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Il collectionne des chars de la Seconde guerre mondiale et en fait un musée

Il collectionne des chars de la Seconde guerre mondiale et en fait un musée

Depuis un an, La Wantzenau, au nord de Strasbourg cache un immense musée sur la Seconde Guerre mondiale dont la collection de véhicules militaires est entièrement privée. Reportage dans un lieu insolite qui cache des histoires de famille, des passions et des recherches acharnées.

Imaginez un gamin jouant avec ses figurines militaires, rêvant de collectionner un jour ses propres chars grandeur nature…. et qui y parvient. C’est un peu l’histoire du MM Park.

Dans la zone industrielle de La Wantzenau au nord de Strasbourg, Éric Kauffmann, patron d’une entreprise d’informatique, ESI, a ouvert en mars 2017 une structure de 7 000 m², à mi-chemin entre le musée et le parc d’attraction. À l’intérieur, un hall immense abrite des chars, des véhicules chenillés ou semi-chenillés, des voitures militaires et de nombreuses salles présentent des uniformes, tenues et autres objets authentiques de la Seconde Guerre mondiale. Plus loin, on découvre une salle « de jeux », avec des simulateurs de vol, un stand de tir et quelques installations d’accrobranche. Un visiteur enthousiaste peut y passer 4 heures.

La collection compte 120 véhicules militaires présentés dans un grand hall (Photo DL/Rue89strasbourg/cc)
La collection du MM Park compte 120 véhicules militaires présentés dans un grand hall (Photo DL / Rue89 Strasbourg / cc)

Des moyens colossaux

Dominique Soulier est le deuxième collectionneur du musée, dont il assure aussi les relations publiques. Il annonce la couleur d’entrée de jeu sur le caractère très particulier du lieu, non sans fierté :

« Il s’agit d’une collection complètement privée, sans aucun fonds publics. C’est sûrement unique en Europe. Peu de collectionneurs privés parviennent à ce niveau-là ».

La visite commence par un mur d’armes, des fusils d’assaut, des pièces rares, parfois prêtées à d’autres musées français. On y trouve par exemple une carabine de Lisle. Comment acquièrent-ils de telles pièces ? « La chance… et un réseau ». Peu à peu, à force de fouiner, après plus de 30 années de recherches, Éric Kaufmann a déniché de nombreuses pièces. Il achète « au hasard des rencontres, des échanges, des tractations avec d’autres musées ». Parfois pour trouver des pièces rarissimes, comme ce Springer, un petit char chenillé, dont Dominique Soulier est très fier :

« Sur les 50 qui existaient, il n’en reste que deux dans le monde. Dont un chez nous. »

Le musée s'ouvre sur ce mur d'armes alliées et allemandes, dont certaines pièces ont été simplement retrouvées et données par des habitants du coin (Photo DL/Rue89strasbourg/cc)
Le musée s’ouvre sur ce mur d’armes alliées et allemandes, dont certaines pièces ont été simplement retrouvées et données par des habitants du coin (Photo DL/Rue89strasbourg/cc)

Des investissements qui nécessitent de grands moyens. Mais sur les finances, les fondateurs restent mystérieux. À l’origine, Éric Kauffmann a bâti sa fortune avec son entreprise ESI, et c’est sur ses fonds propres qu’il a commencé à collecter des pièces. Chaque véhicule coûte plusieurs dizaines de milliers d’euros, comme l’explique Dominique Soulier :

« Il faut compter autour de 15 à 20 000€ pour les petits véhicules, puis plusieurs centaines de milliers d’euros pour les gros chars. Cela peut monter très haut pour les pièces rarissimes. »

Le collectionneur a ensuite investi dans le bâtiment, une ancienne imprimerie qui abritait d’énormes machines. Après 7 ans de travaux, de réhabilitation, de mise aux normes d’accès et d’accueil, le MM Park a ouvert en mars 2017. Aujourd’hui, c’est une société qui, depuis son ouverture, a accueilli quelques 40 000 visiteurs.

L’entrée est payante, 9€ pour les adultes et 4€ pour les enfants. Pour avoir accès aux attractions, il faut un ticket supplémentaire : une formule à 15€ est disponible pour avoir accès à l’ensemble des loisirs. Le parc se propose aussi d’accueillir des événements, des fêtes, et même des goûters d’anniversaire, moyennant la somme de 160€.

Aller chercher des pièces dans le monde entier

Dominique Soulier raconte que son collègue est allé chercher les pièces « dans le monde entier », comme ces quelques véhicules situés dans un musée belge il y a une quinzaine d’années, vendus aux États-Unis puis rachetés par le fondateur du MM Park. Ou cette histoire insolite du char russe retrouvé dans un lac, vendu à un collectionneur anglais, qui l’a cédé à l’homme d’affaires alsacien. Une des pièces les plus impressionnantes est aussi un char russe, un ISU de 45 tonnes avec un canon de 152 mm.

Parmi les 120 véhicules en présence, il y a aussi les « stars », comme le « Souffleur II », sur lequel a officié Jean Gabin, ou ce véhicule amphibie ayant servi au Débarquement, le LVT-4 Alligator, trouvé chez un particulier près de Paris… Certains chars sont laissés dans leur état d’origine, avec leur robe ocre, abîmée et d’autres sont retapés. Le MM Park dispose de son propre atelier avec trois personnes dédiées, « et tout ce qu’il faut pour soulever un blindé », explique le collectionneur. Rénover un char nécessite près de 3 000 heures de travail. Un élément de plus qui témoigne des moyens colossaux accordés au musée, qui ne lésine pas sur les décors et ses installations.

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« Pouvoir toucher les pièces »

Après avoir passé des répliques des portes du Mur de l’Atlantique (réalisées par l’atelier), le visiteur tombe nez à nez avec une véritable vedette allemande de la « Kriegsmarine », posée sur un bassin creusé expressément, de 30 mètres de long et 1,60 m de profondeur. Aidé dans son imagination par le bruit de l’eau diffusé par les haut-parleurs, le visiteur peut y monter, se mettre à la barre, s’imaginer à la place des marins allant en mer pour récupérer les pilotes abattus. C’est une des caractéristiques du musée, jouer sur l’interactivité, comme l’explique Dominique Soulier :

« Éric [Kauffmann] a un principe, que les gens puissent toucher à des pièces. Par exemple, on peut se mettre aux commandes d’une défense anti-aérienne, ou entrer voir l’intérieur d’un tobrouk (un bunker individuel avec tourelle, ndlr). »

On retrouve cet aspect ludique plus loin avec une petite voiture militaire à disposition pour prendre des photos, vêtus d’uniformes, et surtout dans la grande salle dédiée aux plus jeunes (ou aux grands enfants), où on peut s’essayer au tir, à l’accrobranche ou au simulateur de vol.

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Un lieu fortement apprécié malgré quelques critiques

Un côté « parc d’attractions » parfois critiqué par des visiteurs qui s’étonnent aussi de quelques infidélités ou anachronismes. Toujours en progression, le musée n’a d’ailleurs pas finalisé les étiquettes de tous les uniformes, qui sont donc parfois exposés sans informations. C’est assumé par la direction :

« Concernant les panneaux, cela va venir. Nous disons d’entrée de jeu qu’il s’agit d’une collection et pas d’un musée, qui implique une rigueur scientifique irréprochable. Il arrive par exemple qu’un visiteur signale que le mannequin féminin sur notre maquette de sous-marin n’y a pas sa place, puisqu’on disait que les femmes portaient malheur en mer… Nous savons que nous avons encore quelques erreurs à corriger, mais honnêtement, en un an, personne n’est venu nous faire de remarques négatives ».

L'une des "vedettes" (dans tous les sens du terme) de la collection, un bateau de la Kriegsmarine installée dans un bassin créé pour l'occasion (Photo DL/Rue89strasbourg/cc)
L’une des « vedettes » (dans tous les sens du terme) de la collection, un bateau de la Kriegsmarine installé dans un bassin créé pour l’occasion (Photo DL / Rue89 Strasbourg / cc)

Voir la guerre comme un jeu, cela pourrait aussi poser question, mais les fondateurs expliquent ne pas nourrir de nostalgie de la Seconde Guerre mondiale. La collection était plutôt partie d’un intérêt mécanique pour la réparation de gros engins de cette époque. Dominique Soulier raconte :

« On jouait dehors quand on était petits et on tombait sur des objets historiques. Ça met le pied à l’étrier ».

Il explique que c’est ce côté moins muséographique et plus divertissant qui plaît au public, varié et fidèle :

« On a beaucoup de familles qui viennent découvrir le lieu. Avec les visites guidées, les enfants deviennent « tout fous » ! Et il y a bien sûr l’attrait des jeux. Nous avons des passionnés qui viennent, mais ce ne sont pas les plus nombreux. On a aussi des cars de voyageurs, des retraités… »

Un coup d’œil sur Tripadvisor permet de constater qu’effectivement, le public est enthousiaste. Sur une centaine d’avis, la majorité plébiscite l’étendue de la collection et les activités complémentaires. Surtout, le lieu s’est doté d’une grande salle de réception pour accueillir des soirées et des séminaires, prisés notamment par les associations et autres amicales de régiment.

Une légitimité grandissante mise en avant par les créateurs

Les écueils assumés n’empêchent pas la structure de gagner en légitimité, d’après les fondateurs. Ils travaillent désormais en collaboration avec un certain nombre de structures investies dans le travail de mémoire. Pour la vitrine sur l’Holocauste, le MM Park s’est tourné vers le Centre Européen du Résistant Déporté, qui leur a ainsi prêté des tenues de déportés du Struthof, ainsi que des gravures d’Henri Gayot, lui-même déporté au centre de concentration alsacien.

Plus loin, les couloirs du MM Park accueillent la copie d’une exposition itinérante sur la résistance des Alsaciens. L’Association pour des études sur la résistance intérieure des Alsaciens est à l’origine de cette partie du musée. L’établissement accueille aussi des élèves lors de visites scolaires et pour les journées de préparation du concours national de la résistance.

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Une histoire de famille

C’est sur cette mémoire de la résistance française que le musée mise également, avec la collection « Sussex 1944 ». Là encore, tout part d’une histoire personnelle. Le père de Dominique Soulier était un agent du renseignement britannique : le lieutenant Georges Soulier avait participé avec plusieurs autres agents au plan Sussex (des missions mises en place au Nord de la Loire pour préparer le débarquement). Son fils décide un jour de rassembler ses objets personnels et de partir sur les traces de ces agents. Il les rencontrera presque tous, et réussira à collecter de très nombreux objets, témoins de cette époque et de cette mission.

Ainsi, le visiteur découvre une collection comportant des papiers d’identité, des « stylo-pistolets », une chevalière (cachette de pilule de cyanure), un kit de parachutiste, des armes, des croix de guerre et médailles, ou encore cette carte d’évasion de l’agent Jeannette Guyot pour la mission Pathfinder, retrouvée dans une horloge par sa famille. Dominique Soulier explique cette quête par une volonté de mémoire, pour des héros de guerre en manque de reconnaissance.

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Voir toujours plus grand

Le reste du musée montre une volonté de dépasser un peu l’uniforme militaire pour témoigner de cette époque de manière plus large, avec des tenues de scouts, de jeunesse hitlérienne, et même de la Légion des Volontaires Français, rangés du côté des nazis. On y trouve aussi des pompiers, des chauffeurs de voiture, et une volonté particulière de mettre en avant les femmes, avec notamment des uniformes de femmes russes.

Dominique Soulier raconte qu’elles avaient aussi une place importante, comme la tireuse d’élite Lioudmila Pavlitchenko, créditée de plus de 300 victimes. Si la plupart des tenues représentent des personnages alliés et allemands, on trouve aussi des uniformes d’Europe de l’Est, avec une salle entièrement dédiée à… la Bulgarie.

Une salle « Siméon II », du nom du Roi de Bulgarie en exil en France, inaugurée par lui-même, accueille une fierté du musée, la tunique du Roi Ferdinand Ier et sa croix de guerre… Mais à part cette tenue, la salle ne présente que des doubles de la collection bulgare, un petit MM Park d’une centaine de mètres carrés ouvert à Varna. Pourquoi cet intérêt pour la Bulgarie ? En fait, l’épouse d’Eric Kauffmann est bulgare et il s’y rend souvent pour des déplacements professionnels, car il y détient deux hôtels.

Ce passionné n’a de cesse de vouloir développer cette activité et compte encore agrandir les lieux. Comme le dit avec enthousiasme Dominique Soulier :

« On ne peut pas encore dire exactement quels seront les développements, mais en tout cas, on manque déjà de place ! »

À Strasbourg, le docteur Ferrari donne des yeux bleus pour 5 900 euros

À Strasbourg, le docteur Ferrari donne des yeux bleus pour 5 900 euros

Une après-midi par semaine, le docteur Ferrari change la couleur des yeux de trois à cinq clients. Depuis plus d’un an, il est le seul chirurgien-ophtalmologue en France à utiliser une technique qu’il a développée. Pour près de 6 000 euros, ils viennent de Miami, Londres ou Sydney afin de rentrer avec un nouveau regard. Reportage.

« Ça vous va? » Le docteur Ferrari vient de verdir les yeux d’Éric (le prénom a été modifié). Le chirurgien-ophtalmologue tend un miroir à son client. Il acquiesce et lâche un faible « Oui, c’est ça ». Une minute plus tôt, l’homme était encore allongé sur un lit digne d’un film de science-fiction. Francis Ferrari lui injectait un colorant vert dans la cornée après avoir créé « un micro-tunnel circulaire réalisé au laser ». Cette fois l’intervention n’a rien coûté : « C’était une retouche », explique le docteur. La première opération coûte 5 600 euros et les frais de dossier s’élèvent à 300 euros.

Francis Ferrari est né d’une mère alsacienne et d’un père italien, interprète au Parlement européen Photo : GK / Rue89 Strasbourg / cc

Un prix exorbitant ? « Des coûts très élevés », rétorque le docteur Ferrari. Le chirurgien a d’abord découvert sa propre technique de kératopigmentation (opération de changement de couleur des yeux). Il dresse la liste des investissements nécessaires :

« Il y a la réalisation du bloc opératoire, […] l’achat d’instruments et des colorants spécifiques à cette chirurgie, et enfin une TVA à 20% qui ne s’applique pas aux autres chirurgies oculaires, comme une opération pour une myopie par exemple. »

Les clients veulent des yeux bleus

En 1994, Francis Ferrari ouvrait son cabinet d’ophtalmologie à Schiltigheim. Depuis deux ans, il exerce aussi dans l’ « Expert Vision Center », un centre où il loue un bloc opératoire. À Strasbourg, tous les mercredis, « trois à quatre » personnes y changent la couleur de leurs yeux.

Le chirurgien se rend aussi à Paris pour satisfaire sa clientèle venue de Miami, New York ou Londres. Le docteur change la couleur des yeux en 45 minutes. Les clients sortent de l’opération avec quelques flacons pour soulager une douleur passagère. Sur les forums dédiés et parmi les témoignages récoltés par Rue89 Strasbourg, nulle trace de complication suite à la chirurgie.

Le chirurgien estime que deux tiers des clients sont des femmes. Déçues de leurs iris, ces personnes ont le choix entre trois couleurs mais la quasi-totalité choisit le « bleu riviera ». Cette teinte est décrite sur le site internet de l’entreprise comme un « gris-bleu envoûtant […] attractif et fascinant ».

Un marché, peu de concurrents

En décembre 2013, le chirurgien strasbourgeois mène l’opération pour la première fois. Aujourd’hui, 125 personnes ont eu recours aux services de la start-up Neoris, cofondée par le docteur Ferrari en 2017. En l’absence de concurrence directe, il a confiance dans la croissance de son entreprise :

« Il n’existe que deux autres techniques pour changer la couleur de yeux. À Istanbul par exemple, on utilise le laser pour taper sur l’iris et provoquer une dépigmentation. L’inconvénient : on ne choisit pas la couleur à l’arrivée et il y a un risque de provoquer un glaucome (une maladie dégénérative du nerf optique, NDLR). Sinon, la méthode la plus controversée repose sur l’implant de disques perforés devant les iris. En plus de deux ans, il y a eu de nombreuses complications : des glaucomes ou des cornées abîmées… »

Le docteur Ferrari et les réseaux sociaux

Ces arguments ont convaincu nombre de patients du docteur Ferrari. Ce dernier admet passer « des heures sur les réseaux sociaux chaque jour. » Plusieurs groupes de discussion existent sur le sujet. Sur Facebook, l’entreprise a créé deux pages dédiées aux questions des clients. Sur le site dédié à l’opération « Brun vers bleu », le chirurgien répond à la moindre question dans les commentaires. Il publie souvent les photos de ses patients, avant et après l’opération :

Francis Ferrari est très actif sur les réseaux sociaux. Il a encore besoin de se faire connaitre et de rassurer le public. Photo : Capture d’écran

« C’est ça que je veux! »

Charlotte (prénom modifié) a été rassurée par ces échanges avec le docteur Ferrari. De passage à Strasbourg, cette habitante de Londres a accepté de parler de son opération en décembre 2017. Mardi 10 juillet, elle attend au bar de l’hôtel Régent Petite France, un verre de champagne à la main. Cette manager dans une grande entreprise d’informatique ne regrette pas son opération :

« J’étais venue pour demander du vert. Mais juste avant d’entrer dans le bloc, j’ai vu une femme aux yeux bleus magnifiques. Je me suis dit : « C’est ça que je veux ! » Aujourd’hui, j’ai l’impression que les gens m’écoutent plus. Avant, je devais me battre pour avoir l’attention des hommes de ma boite. »

Une autre cliente, autrichienne, souligne le côté « pratique » de l’opération. Cette étudiante en droit et assistante d’un chef d’entreprise portait des lentilles de contact bleues. Selon le docteur Ferrari, de nombreux patients préfèrent le côté « définitif » de l’opération à la pose quotidienne des lentilles.

Une opération encore peu connue des professionnels

Charlotte est retournée voir le docteur Ferrari pour une nouvelle opération : un implant de lentilles intraoculaires. À nouveau, elle a laissé ses deux chats dans un hôtel de luxe dédié aux félins à Londres. Tous les professionnels londoniens ont refusé de l’opérer suite à l’intervention de l’ophtalmologiste strasbourgeois :

« À Londres, les chirurgiens avaient peur de ne pas pouvoir opérer suite à l’injection de colorant. En fait, ils n’avaient pas envie de prendre le risque de faire face à une situation inédite. »

« Pour moi, c’est du temps gaspillé »

La même méfiance règne chez les confrères strasbourgeois du docteur Ferrari. Sous couvert d’anonymat, un chirurgien-ophtalmologue insiste sur le manque de recul sur les conséquences de ces opérations :

« Au niveau de l’ordre des médecins, il nous manque des études sérieuses sur le sujet. Le nombre de personnes opérées est insuffisant pour avoir un vrai retour. À court-terme, il ne semble pas y avoir de dommages physiques. Mais il reste quand même des questions à long-terme : cette opération peut provoquer un œdème de la cornée par exemple [qui entraîne une diminution de la vue. Le docteur Ferrari n’en a jamais observé chez ses clients, NDLR]. Et puis, pour moi, c’est du temps gaspillé pour de l’esthétique au lieu de soigner des malades. »

Un autre chirurgien ophtalmologique est plus mesuré :

« Le tatouage cornéen est pratiqué depuis de très nombreuses années en chirurgie ophtalmologique conventionnelle. J’insiste sur le terme conventionnel parce que je ne parle pas du cadre esthétique [celui du docteur Ferrari, NDLR]. Personnellement, j’ai déjà utilisé cette technique pour un patient qui était fortement ébloui suite à un traumatisme au niveau de l’œil. M. Ferrari a étendu cette méthode à de la chirurgie esthétique. Là-dessus je ne me prononcerai pas. »

Les projets de la start-up Neoris

Francis Ferrari a l’habitude d’entendre ces critiques. Selon lui, aucune complication n’est à déplorer chez ses clients :

« Mon opération peut avoir un impact sur l’épaisseur de la cornée. J’ai réalisé des mesures pour observer le nombre de cellules par millimètres carrés derrière la cornée suite à l’intervention. Les paramètres ne bougent pas. »

Les clients du docteur Ferrari reviennent après la première opération pour réinjecter du colorant qui « se dilue avec le temps ». Le tarif incite à revenir le plus tôt possible. Six mois après l’intervention, la « retouche » est gratuite. Attendre deux ans pour réinjecter de la couleur coûte en revanche 1 800 euros.

À long-terme, le docteur Ferrari envisage de se consacrer uniquement au changement de couleur des yeux. Pour accroître ses bénéfices, la start-up Neoris pourrait mettre en place un « pack premium » incluant le voyage, l’hôtel et la restauration. Une aubaine pour le tourisme strasbourgeois ? Peut-être pas… À la sortie de l’opération, la vue des clients est un peu troublée. Pas pratique pour visiter un musée ou admirer la cathédrale. Le lendemain de l’intervention, les patients sont souvent de retour dans une autre ville. La secrétaire du chirurgien se souvient d’une cliente australienne particulièrement pressée : « En un peu plus de deux jours, elle avait fait l’aller-retour Sydney-Strasbourg… »

#Ophtalmologie

Le centre-ville toujours vidé des voitures et fortifié pour la Grande Braderie

Le centre-ville toujours vidé des voitures et fortifié pour la Grande Braderie

L’édition 2018 de la Grande Braderie de Strasbourg reconduit un dispositif de sécurité similaire aux deux éditions précédentes, sans voitures et avec « checkpoints ». Deux artistes sont invités au milieu des stands.

L’état d’urgence a été levé en France, et en partie incorporé dans la loi, mais ses effets perdurent. Que ce soit pour des raisons de sécurité ou commerciales, la Grand-Île de Strasbourg semble désormais vidée de ses voitures et entourée de points de contrôle, les fameux « checkpoints » au rythme de trois fois par an : pendant le marché de Noël, la fête de la musique et pour la Grande Braderie, le dernier samedi de juillet (qui n’est pas le dernier jour des soldes, ces dernières s’étirant jusqu’au mardi 7 août).

Un pont de plus qu’en 2017

Pour l’édition 2018, samedi 28 juillet, 10 ponts sur 21 seront ouverts aux piétons et cyclistes (voir le plan ci-dessus), soit un de plus qu’en 2017 et 2016, lorsque ce dispositif a été instauré pour la première fois, suite à l’attentat du 14 juillet à Nice.

Les tramways ne desserviront aucune des 4 stations de la Grande-Île (Homme de Fer, Broglie, Alt Winmärik, Grand’Rue), pas plus que Porte de l’Hôpital, et ce jusqu’à 23h. Les bus seront déviés.

Circulation et stationnement interdits

La circulation et le stationnement dans la rue seront interdits dès le vendredi 27 juillet à 22h, jusqu’au lendemain à 23h. Les 4 parkings publics de l’hypercentre (Gutenberg, Tanneurs, Kléber et Broglie) seront fermés à partir de 4h30 le samedi, ce qui laisse encore le temps pour les abonnés résidant dans le centre de sortir dans la nuit par le pont du Théâtre ou le pont Saint Nicolas.

Les habitants du centre-ville qui disposent d’un forfait de stationnement en voirie dans Grande-Île pourront quant à eux stationner gratuitement dans n’importe quelle rue de Strasbourg jusqu’à lundi matin. Les livraisons ne sont pas autorisées ce jour-là.

Un sosie de Johnny en guest-star

Côté programmation, l’association de commerçants « Les Vitrines de Strasbourg » qui organise l’événement a invité deux artistes, contre 4 l’an dernier :

    Johnny Wild : le « sosie vocal officiel » de Johnny Hallyday, à 12h place Gutenberg et à 15h30 place Kléber. Nawelle’K : chanteuse, compositrice et auteur régionale à partir de 15h30 place Kléber.

Les stands à-même la rue ouvriront dès 7h30, jusqu’à 19h30. La place Broglie accueillera quant à elle le vide-grenier.

Le timide réveil des initiatives solidaires à Strasbourg

Le timide réveil des initiatives solidaires à Strasbourg

Avec les « cafés suspendus » et les « baguettes en attente », mais aussi une offre d’accueil et de « micro-services », des commerces et associations strasbourgeoises s’organisent pour créer plus de solidarité avec les personnes dans le besoin. Ces initiatives un peu éparpillées cherchent à se faire plus visibles.

Certains commerces strasbourgeois proposent à leurs clients de payer deux cafés pour n’en recevoir qu’un. L’intérêt ? Ce deuxième café est mis « en attente » et bénéficiera à n’importe quelle personne dans le besoin qui viendrait demander un café « suspendu », selon l’expression d’une tradition née à Naples dans les années 40.

Le concept essaime doucement dans la capitale alsacienne. En 2013, seuls trois commerces pratiquaient ce genre d’initiatives solidaires mais le restaurant Tapas Toro a fermé et les boulangeries Au Pain de Mon Grand-Père ont arrêté de faire des « baguettes en attente ». En face du Lycée des Pontonniers, « Coffee’s cool » a l’habitude de proposer des cafés suspendus, mais fait une pause pendant l’été, où beaucoup moins de gens viennent en demander.

Au café Oh My Goodness, on donne environ cinq cafés suspendus par jour (Photo DL/Rue 89 Strasbourg/cc)
Au café Oh My Goodness, on donne environ cinq cafés suspendus par jour (Photo DL/Rue 89 Strasbourg/cc)

De bonnes intentions avec très peu de visibilité

Le café et restaurant végétarien Bistrot et Chocolat est toujours fidèle au concept original et il a pour particularité de proposer aussi des plats du jours suspendus. L’idée est d’offrir un réconfort alimentaire pour des personnes dans le besoin, même si au final, peu en bénéficient, comme l’expliquent les employés :

« Nos clients n’offrent pas des cafés et plats suspendus au quotidien, c’est plutôt une fois de temps en temps dans la semaine. Il y a quelques habitués… Je ne sais même pas trop si et comment les gens sont au courant. »

Car rien n’indique à l’extérieur que l’initiative existe, seul un panneau à l’intérieur, derrière la caisse, porte l’inscription de cafés et plats suspendus.

Il en est de même pour certaines boulangeries qui proposent des baguettes en attente, comme aux Petits Pétrins, 27 rue Finkmatt. Une vendeuse, devant le tableau noir qui compte les baguettes attendant leur bénéficiaire, raconte :

« Nous n’en donnons même pas une par jour, les gens ne sont pas trop au courant. C’est un peu au bouche à oreille. Même ceux qui donnent le découvrent en payant leur baguette et disent parfois “Ah, tiens, je vais en payer une en plus” ».

Dénicher les sigles « Zéro SDF » sur les vitrines

À l’autre bout de l’avenue, au 56 avenue de la Forêt-Noire, La Maison aux Pains veut s’engager en faveur des plus précaires. La boulangère, Michèle, raconte qu’elle a toujours spontanément offert du pain ou des sandwiches à des personnes qui le demandaient. Mais pour que ce soit un peu plus clair, elle a apposé une affichette « Zéro SDF » sur la vitrine. Il s’agit d’une initiative d’un restaurateur strasbourgeois lancée en 2017, qui permet d’indiquer que les commerçants participants accueillent les personnes SDF, qu’ils peuvent leur offrir un café, un plat, l’accès aux toilettes ou la possibilité d’avoir un verre d’eau.

C’est un sigle qui orne aussi la vitrine du café associatif Oh My Goodness, rue de la Première-Armée, qui a l’air plus connu des personnes dans le besoin, car on y donne environ cinq cafés suspendus par jour, d’après les bénévoles qui y travaillent. Les clients qui veulent participer peuvent payer directement un café suspendu, ou alors, il leur est proposé de transformer leur café offert grâce à leur carte fidélité en café suspendu. Mais au-delà des cafés, le lieu se veut vraiment ouvert, d’après le personnel :

« Une fois par semaine, le café est le lieu d’accueil d’une bénévole qui vient converser avec les personnes SDF. Le pictogramme signifie aussi que les personnes peuvent demander des petits services, aller aux toilettes, un verre d’eau, des mouchoirs, des premiers soins… »

Le sigle de l'initiative Zéro SDF permet de renseigner sur les micro-services accessibles dans les commerces qui l'affichent, comme ici à Oh My Goodness, qui ne s'arrête pas aux cafés (Photo DL/Rue 89 Strasbourg/cc)
Le sigle de l’initiative Zéro SDF permet de renseigner sur les micro-services accessibles dans les commerces qui l’affichent, comme ici à Oh My Goodness, qui ne s’arrête pas aux cafés (Photo DL / Rue89 Strasbourg / cc)

Un esprit qui anime aussi les gérants du restaurant Mandala, rue du Faubourg-de-Saverne, Nicole et Frédéric Muller, qui pratiquent déjà une solidarité du quotidien, mais ont du mal à le faire savoir :

« On a mis l’autocollant Zéro SDF, mais cela ne marche pas trop chez nous. En fait, cela fait longtemps qu’on offre gracieusement un café, un sandwich, l’accès aux toilettes ou la possibilité de charger son téléphone. L’idée est que les personnes SDF aient un endroit où se réchauffer l’hiver. »

Trente commerces solidaires d’ici la rentrée ?

Pour encourager de plus en plus de commerces à proposer ces « micro-services », le projet « Le Carillon« , de l’association La Cloche, se développe à Strasbourg. Cette structure reprend l’initiative de « Zéro SDF » (qui se concentrait surtout sur l’accompagnement des personnes sans-abri), en installant un projet déjà rôdé au niveau national (il y a des « Carillons » dans six villes de France).

L’objectif de Perrine et Anne, deux anciennes bénévoles de Zéro SDF, est cette fois de sensibiliser près d’une trentaine de commerces d’ici la fin de l’été. Le projet fonctionne aussi avec des autocollants, dont chaque pastille représente un service (pouvoir utiliser un micro-onde, avoir accès à un téléphone ou à internet, recharger son propre portable etc.), qui permet au commerçant d’indiquer quels services précis il offre, puisque les pictogrammes sont modulables (à l’inverse de l’auto-collant Zéro SDF). Leur objectif est de « créer un réseau de solidarité locale entre commerçants et habitants, avec ou sans-domicile. »

Pour formaliser le réseau, l’association veut « relancer les commerces déjà sensibilisés », parmi lesquels le Coffee Stub, quai des Pêcheurs, le California Burger à Schiltigheim, et les restaurants La Particule et le Mandala. Perrine, bénévole de l’association, explique que le challenge est d’étendre le réseau de solidarité, de le formaliser et de le rendre visible, surtout envers les personnes qui pourraient y avoir recours :

« Une fois qu’on aura sensibilisé une trentaine de commerces, on éditera un fascicule qui sera distribué dans tous les lieux d’accueil et de soutien aux personnes en situation de précarité. Nous ferons également des maraudes. »

Un développement vers des « services suspendus »

Une organisation plus formalisée qui devrait permettre de mieux atteindre les personnes concernées, et de « décomplexer » leur demande, grâce à un système de bons notamment :

« Les commerçants offriront les micro-services, mais aussi des bons. Soit le gérant met de lui-même quelques bons à disposition, soit les clients payent les bons. Le Carillon les distribue ou les pose ensuite dans les centres d’accueil. »

C’est ainsi que les bénéficiaires n’auraient plus qu’à se rendre dans le commerce en question pour échanger un bon contre un café, un plat ou même une coupe de cheveux, si des coiffeurs participent au dispositif, comme dans d’autres villes.

Les commerces qui rejoindront l'initiative du Carillon pourront appliquer les autocollants correspondant à ce qu'ils proposent, comme la mise à disposition d'un micro-ondes ou d'une trousse à pharmacie (Photo Le Carillon Strasbourg)
Les commerces qui rejoindront l’initiative du Carillon pourront appliquer les autocollants correspondant à ce qu’ils proposent, comme la mise à disposition d’un micro-ondes ou d’une trousse à pharmacie (Photo Le Carillon Strasbourg)

Pour l’association Le Carillon, le bénéfice est triple :

« L’idée est à la fois d’accompagner les personnes sans domicile et de casser les préjugés, d’améliorer la communication sur les commerces engagés en faisant passerelle, mais aussi de pérenniser et de suivre le dispositif, en rendant visite tous les mois aux commerces pour voir si cela se passe bien. »

La solidarité en circuit court

La boulangerie La Maison aux Pains devrait faire partie de ce nouveau dispositif, car pour les gérants, la solidarité et les solutions alternatives sont une évidence : leur vitrine présente de nombreux stickers témoignant de leur participation à Bas les pailles, une initiative visant à limiter les déchets plastiques, à Too Good to Go, l’application qui lutte contre le gaspillage en distribuant les invendus à moindre prix, mais aussi leur collaboration avec la Tente des Glaneurs.

La boulangerie La Maison aux pains tente de multiplier les initiatives solidaires pour lutter notamment contre le gaspillage et l'exclusion des personnes dans le besoin (Photo DL/Rue 89 Strasbourg/cc)
La boulangerie La Maison aux pains tente de multiplier les initiatives solidaires pour lutter notamment contre le gaspillage et l’exclusion des personnes dans le besoin (Photo DL/Rue 89 Strasbourg/cc)

Cette association s’installe tous les samedis midi depuis le printemps 2016 au marché du boulevard de la Marne, pour récupérer les invendus des maraîchers, les trier et les redistribuer gratuitement à quiconque se rend à leur tente. Pas besoin de carte, ni de justificatif, la distribution est libre d’accès. Ils récupèrent également du pain et des viennoiseries à la fermeture de deux autres boulangeries, Du pain et des Gâteaux, rue Geiler, et la boulangerie Banette près du marché.

Nancy Seyer est présidente de l’association et explique que depuis deux ans, la mécanique est bien huilée et bénéficie à de nombreux habitués :

« Nous sommes présents tous les samedis à 14h, même le 24 décembre, même quand il neige ou qu’il fait 40°C. Il y a toujours une vingtaine de personnes qui viennent, les trois quarts sont toujours les mêmes, certains sont là depuis le tout début. Il s’agit de chômeurs, de retraités, d’étudiants parfois. Ce sont des parents qui nourrissent leur famille toute la semaine avec ce qu’ils récupèrent. »

« Créer du lien social »

Environ 200 kg de fruits et légumes sont récupérés chaque samedi, même si cela varie d’une semaine à l’autre. Des restes qui auraient fini à la poubelle sans les « glaneurs ».

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Le frigo solidaire

Mais Nancy Seyer raconte que si l’initiative partait d’un constat de gaspillage alimentaire, elle remplit un certain rôle social aujourd’hui :

« Les gens viennent en avance, forment une file d’attente… On leur a mis des bancs, ils discutent entre eux. On est aussi là pour ces gens dans le besoin. On discute avec eux, et s’ils ont un souci on les aide, on les redirige vers des structures. Une fois, on a aidé une dame à refaire son CV ! »

D’habitude, ils sont entre 6 et 12 bénévoles, mais avec l’arrivée de l’été, la mobilisation va s’essouffler. L’association espère donc attirer de nouveaux bénévoles dans les semaines à venir.

Et pour ceux qui ne se sentent pas à l’aise à l’idée de venir demander de la nourriture gratuite, il y a le frigo solidaire. C’est l’hôtel-restaurant Graffalgar qui l’a installé rue Déserte près de la Gare, avec un principe simple : n’importe qui peut venir déposer des fruits, légumes ou yaourts, en indiquant la date limite de validité, et n’importe qui peut venir se servir, à toute heure. L’équipe du Graffalgar assure le suivi, pour que le frigo reste propre et que les produits ne restent pas indéfiniment.

D’autres initiatives de ce type à Strasbourg ? Mentionnez-là en commentaires !

Dans les rues du centre de Strasbourg, on a testé le jeu de piste autour de la bière

Dans les rues du centre de Strasbourg, on a testé le jeu de piste autour de la bière

Jeu de piste dans les artères du centre de Strasbourg, entre histoire de la ville et son identité brassicole, le rallye-bière se tient tous les samedis après-midi. On a testé.

Le rendez-vous est donné à 14h précises place de l’Hôpital, dans la Krutenau. Sébastien Duban accueille les joueurs et sait tout de suite les mettre à l’aise avec quelques blagues, anecdotes ainsi que de très solides connaissances brassicoles et historiques. Depuis le mois d’avril, le Rallye-Bière, un jeu de piste dans les rues du centre-ville allie histoire et dégustation tous les samedis après-midi.

Au prix de 25 euros par personne, il est proposé par « L’échappée bière », une société lilloise qui ouvre des antennes dans différentes villes (Paris, Bruxelles, Bordeaux), et dont Sébastien Durban est le gérant-associé à Strasbourg. Les réservations doivent s’effectuer en ligne jusqu’à la veille. Seul un stylo est requis pour participer ensuite.

Après un quart d’heure d’explications, le petit carnet de jeu distribué propose de marcher sur les traces de Beatus Cervisius, un brasseur humaniste fictif. L’intrigue se déroule en 1537, au début de la Renaissance, lorsque Strasbourg était une ville libre du Saint-Empire romain germanique.

Certains grands axes du centre de Strasbourg sont incontournables (Photo JFG / Rue89 Strasbourg)
Certains grands axes du centre de Strasbourg sont incontournables (Photo JFG / Rue89 Strasbourg)

Devinettes, énigmes et dégustations

Toutes les orientations dans les artères du centre-ville très connues ou plus confidentielles sont rédigées sous forme de devinettes. Ce qui a pour résultat de mettre tout le temps à l’affût l’équipe de joueurs, qui ne peut se contenter de suivre des indications. Le parcours est rythmé par douze énigmes et quatre dégustations. Toutes les réponses sont à consigner dans une grille pour trouver un lieu secret final.

Même pour les Strasbourgeois, le jeu permet d’attirer l’attention sur de nombreux détails de l’époque médiévale que l’on ne remarque pas au quotidien. Tout un pan du jeu tourne autour de l’architecture de bâtisses du centre-ville.

Les énigmes attirent l'attention sur des détails de l'architecture du centre-ville parfois peu remarqués (Photo JFG / Rue89 Strasbourg)
Les énigmes attirent l’attention sur des détails de l’architecture du centre-ville parfois peu remarqués (Photo JFG / Rue89 Strasbourg)

Dans le carnet de bord, de petits paragraphes proposent des explications historiques concises mais instructives. On y apprend par exemple comment l’essor des brasseries de Strasbourg est très lié au développement du protestantisme, pendant l’époque de la Réforme, il y a 500 ans.

Les énigmes sont assez faciles, mais il arrive de se tromper, de rater une date ou un détail sur une façade. Ne pas trouver une réponse ne bloque cependant pas les joueurs dans la rue et il est possible de continuer son chemin. À chaque dégustation, Sébastien Duban attend les équipes, ce qui permet de rectifier le tir si l’on s’est trompé un peu plus tôt. Il est aussi joignable par téléphone pour les moins débrouillards.

Pauses bienvenues

Après une petite heure et 3 énigmes, l’équipe arrive à la première dégustation dans un bar célèbre du centre-ville. Cette première pause climatisée est bienvenue quand les températures sont élevées, comme c’était le cas samedi 14 juillet. Un jour de pluie ou de froid, on imagine que se réfugier à l’intérieur est aussi un soulagement, car la majorité du jeu se déroule surtout en extérieur.

Lors des dégustations, comprises dans le prix, un petit questionnaire supplémentaire vise à faire deviner les arômes, mais aussi le type de fermentation ou l’origine de chacun des galopins (12,5 cl) servis. Heureusement, trouver ou non la bonne composition du breuvage n’a pas d’impact sur l’énigme finale, à une exception près. Car avoir le nez affûté s’avère bien plus coriace que résoudre les énigmes.

Les 12 énigmes sont rythmées par 12 dégustations à l'aveugle. (Photo JFG / Rue89 Strasbourg)
Les 12 énigmes sont rythmées par 4 dégustations à l’aveugle. (Photo JFG / Rue89 Strasbourg)

Environ un quart d’heure est compté dans le jeu pour chacun de ces arrêts. Question durée justement, mieux vaut prévoir large. S’il y a marqué « environ 3 heures », une autre équipe avait prévu un escape game à 17h15 et s’est retrouvée prise par le temps. À force de regarder la montre, elle n’a guère pu profiter des dernières énigmes ni de prendre le temps de savourer les dégustations. Les pauses sont aussi l’occasion de repartir en ordre dispersé pour ne pas réagir en fonction de ce que font les autres équipes.

Le symbole mystère

À mesure que le jeu se termine, les dégustations sont de moins en moins espacées. Ce qui n’est pas désagréable car un peu de fatigue s’accumule. Le parcours s’étend sur 2,5 kilomètres. La grille de réponse et le lieu mystère (qu’on a trouvé !) font découvrir un symbole connu qui a aidé les brasseurs à maîtriser leur produit, avant la fermentation découverte par Louis Pasteur. Un signe qui va marquer une marque de bière de la région.

L'enquête emmène sur de grands axes mais aussi des plus petites ruelles discrètes (Photo JFG / Rue89 Strasbourg)
L’enquête emmène sur de grands axes mais aussi des plus petites ruelles discrètes (Photo JFG / Rue89 Strasbourg)

En fin de jeu, le nom des quatre bières goûtées est enfin dévoilé. Et la sélection de Sébastien Duban surprend une dernière fois les joueurs. C’est le moment de lui poser des dernières questions ou de s’attarder un peu plus longtemps à une table. La deuxième vague d’équipe, partie à 14h30, va arriver. On se demande un peu comment Sébastien Durban arrive à être disponible pour tous les joueurs dans le bon timing.

L’échappée bière prévoit d’ouvrir d’autres activités à l’automne 2018, notamment un tour guidé sur l’histoire brassicole dans le centre-ville.

GCO : une réunion clé pour le lancement des travaux reportée

GCO : une réunion clé pour le lancement des travaux reportée

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En maison de retraite, ces résidents qui désirent encore

En maison de retraite, ces résidents qui désirent encore

Se choper à Strasbourg (3/8) – En maison de retraite, de nombreuses personnes âgées n’ont plus la force, ni l’envie de chercher une nouvelle âme sœur. Mais certains résidents veulent encore plaire, d’autres s’amourachent du personnel ou vivent en couple. Reportage dans un EHPAD strasbourgeois.

« Ici, il y a des histoires d’amour, comme partout. » Micheline Keiling dirige l’EHPAD (établissement d’hébergement de personnes âgées ou dépendantes) Saint-Arbogast, dans le centre de Strasbourg, depuis 2003. Pour la directrice, la maison de retraite est un lieu de vie comme un autre. La preuve ? Il y a quelques années, deux pensionnaires sont tombés amoureux l’un de l’autre. Et à ce jour, deux couples vivent dans son établissement. Ils ont leur chambre double, leur intimité et leurs habitudes. Selon les dernières rumeurs de la maison, située au cœur de Strasbourg, deux personnes seraient même en train de tomber amoureux…

Un nouveau couple à venir? 

Marie-Madeleine Woehli est bien au courant des ragots. Collier doré autour du cou, assise dans une chaise roulante, la dame de 95 ans apprécie de voir deux pensionnaires attirés l’un par l’autre :
« Il y a deux personnes de la maison de retraite qui se font souvent des déclarations. Ils vont se dire qu’ils se plaisent. C’est de l’intime mais ils le disent devant tout le monde. Ça nous fait plaisir à voir. »
Marie-Madeleine Woehli, 95 ans, ancienne enseignante en école primaire. (Photo GK / Rue89 Strasbourg / cc)
Face à l’élégante dame, Francis Boulanger tient à préciser que ces histoires restent minoritaires dans l’établissement. L’ancien professeur de SVT ne se sent pas concerné par ce sujet de la séduction du troisième âge :
« J’ai perdu ma femme l’année dernière. Je ne m’en remettrai jamais… Notre amour était fusionnel. »
François Boulanger, 91 ans, ancien enseignant de Sciences et Vie de la Terre à Colmar.
Beaucoup de pensionnaires vivent dans le souvenir de leur ancien partenaire défunt. Jean Griesbach, 94 ans, en fait l’expérience dans cet l’EHPAD strasbourgeois : « Presque tous les jours, il y a une bonne femme qui vient vers moi en pensant que je suis son mari… »

La coquetterie : « Un pilier de la maison »

Dans le couloir principal de l’EHPAD, plusieurs femmes sont assises, en silence, elles scrutent les entrées et sorties des visiteurs. L’une d’entre elles porte du rouge à lèvres et de grandes boucles d’oreilles. Ses cheveux sont tout à fait ordonnés. « La coquetterie fait partie des deux piliers de la maison, explique Marie-Madeleine, le premier c’est la nourriture, bien sûr. » Plusieurs résidents ont déjà demandé à Martine Lutz, animatrice, de sortir pour rencontrer quelqu’un. La responsable des ateliers chant, peinture ou danse a donc proposé une sortie cinéma. « Mais elles n’arrivent pas à faire connaissance avec qui que ce soit », regrette la salariée de l’EHPAD. Elle raconte volontiers l’histoire d’un ancien pensionnaire, amoureux de la coiffeuse. Chauve, il sortait chaque semaine pour se faire « couper les cheveux. »

Des résidents en manque d’affection

Les aide-soignants ou l’animatrice font souvent face au besoin d’affection des résidents. Pour le personnel, ce manque est patent chez les personnes âgées. Martine Lutz explique par l’exemple :
« Il y avait ce monsieur à qui je plaisais beaucoup dans la maison de retraite. On dansait ensemble de temps à autre. C’était un flirt virtuel, quelques minutes. Puis je l’incitais à danser avec quelqu’un d’autre. »
Une autre pensionnaire a le béguin pour le veilleur de nuit. S’il travaille, elle réclame sa venue pour être couchée. Un jeu qui ne peut pas durer trop longtemps. Claudine Michel est psychologue de l’établissement depuis deux ans. Elle explique l’attitude que doivent adopter les salariés de la maison face aux désirs des résidents :
« Notre rôle, c’est de comprendre quel est le besoin derrière ces comportements. Certains résidents ont besoin de toucher les autres par exemple. Le personnel peut y répondre en donnant la main tout en interdisant d’aller plus loin. »

« Tout le monde a droit au plaisir »

Pour Claudine Michel, les désirs sexuels dans les maisons de retraite sont une réalité. La salariée de l’EHPAD observe même une prise en compte croissante de ce phénomène par l’institution. Mais un tabou subsiste dans les établissements français : comment réagir face aux personnes âgées désireuses d’avoir des relations sexuelles ? « En France, on n’a pas les moyens d’accompagner un désir sexuel non-solitaire », regrette la psychologue, qui ajoute :
« En Belgique, l’idée d’assistant sexuel a déjà fait son chemin pour les personnes en situation de handicap. En France, c’est encore interdit. Mais ce sont aussi les personnes âgées qui s’interdisent ces envies ou qui refusent d’en parler. Plus on libère la parole sur le sujet, plus les personnes vont s’autoriser des désirs. Tout le monde a le droit au plaisir. »
Un ancien pensionnaire de la maison de retraite n’a pas attendu une loi sur le « droit au plaisir » des résidents d’EHPAD. La directrice de l’établissement se souvient des sorties régulières du vieux monsieur : « On savait très bien qu’il se rendait sur le quai des Alpes. Il allait voir les prostitués… »

Situation confuse autour d’une trentaine de migrants dans un square au Neuhof

Situation confuse autour d’une trentaine de migrants dans un square au Neuhof

Des demandeurs d’asile campent dans un square à un carrefour du quartier du Neuhof. Au fur et à mesure il a pris de l’ampleur mi-juillet. Des solutions de logements ont été refusées par une partie d’entre eux.

Un nouveau bidonville de migrants demandeurs d’asile s’est formé à Strasbourg. Comme en novembre 2017, une trentaine de personnes originaires des Balkans est installée au croisement de l’avenue du Neuhof et de la rue des Canonniers, du côté du square.

Douze tentes sont installées ce jeudi 19 juillet en fin de journée. Un peu plus tôt en fin d’après-midi, trois familles soit 16 personnes ont reçu une proposition pour être logées en face, dans l’ancien hôpital militaire Lyautey. Après le plan hivernal, l’État a cette année pérennisé quelques places d’hébergement d’urgence toute l’année. L’État est tenu de fournir une place d’hébergement aux demandeurs d’asile, le temps de l’instruction de leur demande.

Une proposition refusée

Mais après avoir vu les lieux, deux familles soit 11 personnes et 7 enfants n’ont pas souhaité y rester. Elles devaient dormir dans la même chambre, humide. Les adultes ont signé une décharge à ce sujet. Parmi ces familles, deux seraient en situation de « Dublinés », c’est-à-dire enregistrées une première fois dans un autre pays de l’Union européenne, en Allemagne et aux Pays-Bas. En plus de ces enfants, dont des bébés, une adolescente de 13 ans dort également dehors.

Les habitants ont eu de l’aide d’anciennes personnes à la rue, désormais logée (derrière la tente, photo AC / Rue89 Strasbourg)

Cette solution ne devait être qu’ »un passage », concède une responsable du Centre communal d’action sociale (CCAS).

Un camp minimal

Enès Dzafic, 25 ans, vient de Macédoine avec sa famille :

« Je suis Gypsy/Rom et je fais face aux discriminations politiques dans mon pays. J’ai pu travailler un mois et j’ai été interdit. Je ne peux pas non plus me rendre dans un café. Je suis venu avec mes parents et ma sœur de 22 ans. »

Selon un habitant Gérard Baumgart, membre du collectif des Cannoniers qui tente d’apporter un peu d’aide, certains sont installés depuis plusieurs semaines :

« Une des familles sur place est arrivée il y a deux mois et est enregistrée comme demandeuse d’asile à la Préfecture qui doit fournir une solution. Avec le collectif, nous essayons de les aider. Une personne a rendez-vous à la Cada, un autre doit aller à l’Ofpra à Paris. Si rien n’est proposé, on craint une réaction du voisinage qui demande à ce qu’ils dégagent. Les habitants voient ce camp grandir sous leurs fenêtres. »

Des voisins compatissants mais lassés

Dans ce square, les migrants n’ont ni douche ni toilettes et une partie des associations de solidarité ne fonctionne pas l’été. Le lieu est devenu un point de repère pour les demandeurs d’asile sans proposition. En étant visibles, ils peuvent espérer une solution de logement, comme leurs prédécesseurs. Certains d’entre eux ont des problèmes de santé.

Le camp est dans un square, tout près des aires de jeux (photo AC / Rue89 Strasbourg)

Si la situation n’est pas tendue avec les voisins, ces derniers expriment de la lassitude face au côté récurrent de la situation.

« Je trouve ça inadmissible à notre époque »

Un habitant nous livre son ressenti :

Lors d’une maraude fin juin l’association Médecins du Monde nous a indiqué avoir repéré trois familles à l’époque. Un afflux plus notable se serait formé au fur et à mesure vers la mi-juillet, notamment via des regroupements familiaux. Même si certains occupants du début sont partis, le camp d’infortune avoisine desormais la trentaine de personnes, ce qui a bien plus d’impact dans le quartier.

Pour Marie Dominique-Dreyssé adjointe au maire (« suspendue » d’une de es délégations mais pas de ce type de situations tendues) en charge des Solidarités, la situation doit être réglée dans les prochains jours, mais tous les habitants ne relèvent pas du même statut :

« Il y a des situations complexes et des parcours variés d’une famille à une autre. Certains venant juste d’arriver et qui ne sont pas enregistrés. Une famille ne s’est pas rendue à un rendez-vous pris avec la protection maternelle et infantile. Mais il y a une attention très forte de l’État, avec qui nous sommes en lien et qui connait notre position, pour que les choses bougent rapidement. »

Contactée en fin d’après-midi, la Préfecture n’avait pas encore répondu à nos questions dans la soirée.

Au mois de novembre, les personnes avaient été relogées temporairement dans un gymnase, puis orientées vers d’autres structures, deux jours après les premiers articles.

Les restrictions d’ouverture les dimanches des supermarchés annulées, tout le monde reste fermé

Les restrictions d’ouverture les dimanches des supermarchés annulées, tout le monde reste fermé

La Cour administrative d’appel de Nancy a annulé les délibérations de la Ville de Strasbourg et du Conseil départemental du Bas-Rhin qui restreignaient l’ouverture des supermarchés les dimanches et les jours fériés aux petites surfaces. Mais jusqu’à ce que de nouveaux textes soient adoptés, tous les commerces doivent fermer les dimanches.

En décembre 2016, la Ville de Strasbourg et le Conseil départemental pensaient avoir trouvé le moyen de limiter les ouvertures de supermarchés les dimanches et les jours fériés. En utilisant des dispositions que leur permet le droit local alsacien-mosellan, les collectivités avaient limité par arrêté, chacun sur leurs territoires respectifs, les capacités d’ouvertures dominicales aux supérettes de moins de 1 000 m² à Strasbourg et de moins de 400 m² ailleurs dans le Bas-Rhin.

Mais ces dispositions ont été contestées et attaquées devant la justice administrative par deux magasins exclus du dispositif, le supermarché Match à la Robertsau et le supermarché Carrefour Contact à Entzheim. Jeudi soir, la Cour administrative d’appel leur a donné raison. Dans un communiqué publié vendredi, la Cour a publié quatre arrêts similaires et détaille dans ses motivations :

« Considérant que si la superficie des commerces peut constituer un critère pour déterminer l’existence d’une branche d’activité s’agissant des commerces à prédominance alimentaire, celui-ci doit être combiné avec d’autres critères tels que, notamment, la nature des produits commercialisés ou celle des activités réalisées ; qu’en outre, l’organe délibérant de la commune ou du département statuant sur le fondement des dispositions de l’article L. 3134-4 du code du travail ne peut définir une branche d’activité en fonction des besoins de la population de son territoire, cet élément d’appréciation ne pouvant être retenu que par le préfet lorsqu’il fait usage de son pouvoir de dérogation aux statuts locaux, en application des dispositions de l’article L. 3134-7 du même code. »

Rupture d’égalité

Autrement dit, la Cour a fait droit aux arguments des supermarchés qui pointaient que le préfet et la Ville de Strasbourg ne pouvaient pas différencier par la taille des commerces qui peuvent ouvrir les dimanches et les jours fériés et d’autres non. La Cour a donc infirmé un premier jugement du tribunal administratif de Strasbourg et annulé les délibérations concernées du conseil municipal de Strasbourg et du conseil départemental du Bas-Rhin.

Des chariots de supermarchés (Photo Polycart / FlickR / cc)
Des chariots de supermarchés (Photo Polycart / FlickR / cc)

Me Caroline Meillard, avocate des supermarchés Match de Strasbourg, rappelle qu’il s’agit d’une jurisprudence bien établie :

« Les textes attaqués introduisaient une rupture d’égalité de traitement entre commerces de même nature, ce qui est sanctionné de manière constante par toutes les juridictions, de la première instance aux échelons européens. Même à Strasbourg, le rapporteur public l’avait relevé dans son rapport et avait proposé à la formation délibérante l’annulation de la délibération du conseil municipal. En outre, les supermarchés Match n’ont eu de cesse de rappeler ce point lors de toutes les instances de concertation avec la Ville et les syndicats… »

Syndicats et élus énervés

Il s’agit d’une nette victoire pour les supermarchés alors que ces limites avaient été introduites après une série de péripéties juridiques et l’exhumation d’un droit local particulièrement suranné (voir tous nos articles). Jacky Wagner, secrétaire départemental de la CGT, s’insurge contre cette décision :

« On était parvenus à un point d’accord entre syndicats, commerçants et collectivités et cette décision remet tout en cause. C’est une tentative des supermarchés d’annuler les dispositions du droit local alsacien-mosellan, pour se ranger derrière le droit national qui permet aux supermarchés d’ouvrir le dimanche. »

De son côté, Paul Meyer, adjoint au maire de Strasbourg en charge du commerce, s’est aussi énervé sur son profil Facebook :

Conséquence de l’annulation des délibérations par la CAA, tous les commerces qui profitaient de la dérogation d’ouverture doivent désormais fermer les dimanches, comme l’explique Alain Fontanel, premier adjoint au maire de Strasbourg :

« Le droit local est très clair : on ne travaille pas les dimanches, sauf exceptions permises par le maire ou le préfet dans une limite de cinq heures. Donc notre texte faisait exception au principe de fermeture, ce qui a été censurée par la CAA. Donc c’est le retour pour tout le monde à la règle générale, c’est à dire la fermeture pour tous les commerces de distribution les dimanches, avec une exception pour ceux faisant moins de 120 m², c’est à dire les épiceries de quartier. »

À Strasbourg, le Bastion social veut attirer les régionalistes

À Strasbourg, le Bastion social veut attirer les régionalistes

Pour « réenraciner la jeunesse alsacienne », le Bastion social Strasbourg a lancé une nouvelle organisation : « Die Heimat ». Samedi 21 juillet, le local du groupuscule d’ultradroite devait accueillir Pierre Rieffel, un autonomiste alsacien condamné pour des attentats contre le musée du Struthof et la croix de Lorraine à Thann, symbole de la résistance contre l’occupation nazie. L’invité a finalement annulé sa venue.

« Die Heimat vous conseille vivement cette magnifique randonnée du Geisfels. » À Strasbourg, le Bastion social développe une nouvelle branche, entre tourisme et culture. Mais l’ambition du groupuscule d’ultradroite reste la même : convaincre de nouveaux adhérents de rejoindre le mouvement « nationaliste révolutionnaire ». Samedi 21 juillet, le bar des nationalistes devait accueillir Pierre Rieffel. Cet autonomiste fervent est connu pour avoir participé à plusieurs attentats entre 1976 et 1981. Mais l’habitant de Breitenbach a finalement annulé la présentation de son livre traduit de l’allemand vers le français « Ma vie pour l’Alsace » (voir encadré).

« Les loups noirs » : autonomistes et terroristes

Avec le groupe terroriste « Les loups noirs », l’invité du bastion social a dynamité deux fois la croix de Lorraine de Thann. La première explosion a eu lieu en mars 1981. Le symbole de la résistance à l’occupant nazi a ensuite été reconstruit… puis détruit à nouveau par la même bande en septembre 1981. Pierre Rieffel a aussi été condamné pour l’incendie du musée du camp de concentration du Struthof dans la nuit du 12 au 13 mai 1976.

Coauteur de l’ouvrage « Les loups noirs : autonomisme et terrorisme en Alsace », Bernard Fischbach s’est entretenu à plusieurs reprises avec Pierre Rieffel et parle d’un homme qui « déteste la France, et disait qu’il fallait se battre contre la France pour l’autonomie de l’Alsace. »

L’ancien journaliste à L’Alsace évoque aussi la rancœur personnelle d’un homme ayant vu son père accusé de collaboration avec les nazis. Pendant la Libération, il a d’abord été interné dans le camp du Struthof par les Alliés. En décembre 1946, il a été condamné à sept ans de prison. Dans son ouvrage, l’auteur précise :

« Le camp de concentration Natweiller-Struthof n’évoque pour lui [Pierre Rieffel, ndlr] que le visage douloureux de son père derrière les barbelés. Une image obsédante au point d’occulter un certain nombre de malheureuses et d’atroces réalités. »

Une stratégie bien définie dans la « bible » du Bastion social

Cette tentative de rapprochement des nationalistes avec les régionalistes alsaciens ne va pas de soi. Mais cette convergence s’inspire du « manifeste du nationalisme révolutionnaire », la « bible » de tout militant du Bastion social, dans lequel François Duprat, ancien numéro 2 du FN et théoricien des mouvements d’extrême-droite, détaille :

« Il est indispensable que les nationalistes révolutionnaires collaborent avec les autres fractions de l’opposition nationale. »

Extrait de la vidéo résumant l’université d’été 2018 du Bastion social. (capture d’écran)

Les membres du Bastion Social Strasbourg ont bien appris la leçon de François Duprat. Lors de l’université d’été du groupuscule, fin juin, ils portaient tous un t-shirt avec son nom et deux semaines plus tard, les jeunes militants strasbourgeois lançaient « Die Heimat », le « chez-soi » en français.

Sur Facebook, la page met en avant l’Histoire et les traditions alsaciennes. Les premières publications abordent les particularités des villages de Mittelwihr ou Heiligenstein :

« Située au pied du mont Sainte-Odile, Heiligenstein est surtout connue pour son klevener, cépage unique dans la région et servant à produire un vin blanc classé AOC alsace : le klevener de Heiligenstein. »

Impression d’écran de la page Facebook de la nouvelle initiative du Bastion social Strasbourg.

L’objectif n’est pas seulement de recruter de nouveaux adhérents parmi les régionalistes. Le manifeste de François Duprat incite aussi ses lecteurs à empêcher toute forme de vivre-ensemble :

« L’approche de la crise qui marque encore confusément la vie de notre pays nous impose une stratégie de tension. Nous devons essayer d’aggraver les contradictions internes de la société et de l’État, en nous opposant à toute tentative de “conciliation nationale”. »

Port d’arme et organisation de combat

Le guide du nationalisme révolutionnaire fait aussi l’apologie du « droit pour tout citoyen de détenir à son domicile des armes pour sa défense. » Ce manifeste, réédité par le Bastion social, évoque la nécessité de monter une « organisation de combat » avec un objectif clair :

« Dans l’hypothèse où le mouvement nationaliste révolutionnaire dispose des forces nécessaires à une lutte violente et soutenue, si ces forces sont disciplinées et organisées, il peut rallier à lui les masses de droite, qui recherchent toujours une force susceptible de les rassurer. »

Sur la page Facebook du Bastion Social, une vidéo résume la première université d’été du groupuscule. Suite à une présentation, le clip met en avant une session de boxe en plein air. Lors de l’unique interview de Rue89 Strasbourg avec le président de la section strasbourgeoise, une salle de musculation avait été évoquée comme un futur projet pour L’Arcadia, le bar associatif du Bastion social de Strasbourg.

Pendant l’université d’été du Bastion social, les militants apprennent aussi à se battre.

Thomas Beauffet, l’auteur de l’agression du 9 décembre 2017 contre un Franco-algérien à Strasbourg, apparaît aussi dans le résumé de cette université d’été de l’ultradroite.

En grès des Vosges et carreaux d’Iznik, le monumental consulat de Turquie se dévoile

En grès des Vosges et carreaux d’Iznik, le monumental consulat de Turquie se dévoile

Le nouveau consulat de Turquie de Strasbourg devait ouvrir en 2014. Le bâtiment sera finalement livré aux autorités turques à la fin du mois de juillet 2018. Deux responsables des travaux décrivent un chantier « monumental » et « plein de galères ». En avant-première, Rue89 Strasbourg dévoile l’intérieur d’un édifice empli de marbre, de porcelaine, de noyer et de carreaux importés de Turquie.

Après trois ans et demi de travaux, l’heure est aux finitions. Jeudi 12 juillet, les bâtiments du futur consulat de Turquie à Strasbourg sont remplis de techniciens venus pour réaliser les derniers tests sur l’électricité, le chauffage ou les quatre ascenseurs du bâtiment. Pour les fonctionnaires turcs, l’emménagement dans les locaux du quai Jacoutot est prévu au début du mois de septembre. Les salariés de l’entreprise Demathieu Bard, responsable du chantier, sont soulagés de voir la fin de ce chantier aussi monumental que compliqué.

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La façade en grès des Vosges : une première mondiale

Han Tümertekin a été désigné par le ministère des Affaires étrangères turc pour dessiner les cinq bâtiments sur ce terrain de 8 900 m². Ouvriers et responsables de chantier ont bien ressenti le désir de grandeur exprimé par les plans du bâtiment. Les façades de l’édifice sont recouvertes de 4 500 m² de grès des Vosges : une première mondiale. Il a fallu inventer et tester un mode de pose de ces blocs roses saumons, explique un responsable du chantier :

« On a dû obtenir une autorisation pour cette nouvelle façon de poser une façade en grès des Vosges. On a aussi dû faire des tests sismiques parce que c’est une configuration tout à fait unique. Les façades sont recouvertes de blocs qui font 800 kilos chacun. Toute cette phase a coûté très cher et nous a pris beaucoup de temps… »

Du marbre, du noyer, de la porcelaine…

Le terrain du futur consulat de Turquie à Strasbourg a été vendu pour 1,78 millions d’euros par le Conseil Municipal. Entre 2012 et 2018, les coûts de ce chantier sont passés de 25 à 42 millions d’euros. Un responsable du chantier pour Demathieu Bard invoque des demandes « sur mesure » de l’architecte, attentif « aux moindres détails. » Les prix se sont aussi envolés lors de la pose des 4 400 m² de marbre, de 4 000 m² de parquet en noyer ou suite à l’achat de lustres en porcelaine à 20 000€ pièce. « Lorsque l’on travaille avec des matériaux aussi nobles et qu’on fait en plus du sur-mesure, les coûts grimpent vite », explique un salarié de l’entreprise. Un collègue met aussi en cause les retards pris dans la conception du bâtiment :

« Le consulat de Turquie a régulièrement changé ses exigences, surtout au niveau de la sécurité du bâtiment. C’est un chantier compliqué du fait des allers-retours entre le terrain et l’administration turque à Ankara. »

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Parmi les cinq bâtiments du complexe, le plus élevé atteint près de 23 mètres de haut. La partie ambassade est consacrée à la représentation de la Turquie auprès du Conseil de l’Europe. Au rez-de-chaussée, cinq pièces de 1 000 mètres-carrés au total serviront aux réceptions. L’édifice central doit accueillir les employés de la diplomatie turque et le consulat général. Ici, les 125 000 citoyens turcs du Grand Est pourront demander leur passeport, transcrire les naissances, les décès ou les mariages. La dernière section du bâtiment servira de résidence au consul. Il contient une salle de sport et un hammam ainsi qu’une terrasse avec fontaine et une vue imprenable sur la Cathédrale de Strasbourg.

Plusieurs responsables du chantier évoquent la venue du président turc pour inaugurer le consulat. Rami Sayliman, consul général de Turquie à Strasbourg, promet pour l’instant « des invités de haut niveau » sans préciser ni la date exacte de l’inauguration, ni les personnalités attendues.

#consulat de Turquie

Policiers, serveurs, balayeurs, soignants… Paroles de travailleurs mobilisés un jour de finale

Policiers, serveurs, balayeurs, soignants… Paroles de travailleurs mobilisés un jour de finale

Serveurs, policiers, infirmiers, médecins, pompiers, balayeurs… Ils ont travaillé pendant la finale de la Coupe du monde entre la France et la Croatie, ont encadré les festivités nocturnes et nettoyé les rues jonchées de détritus… Ils racontent une soirée bien différente de celle de millions de Français à Rue89 Strasbourg.

Il y en a qui bossent pendant la finale. Certains Strasbourgeois ont passé leur soirée du 15 juillet à servir des bières ou à assurer la sécurité des fêtards. D’autres ont dû nettoyer les rues jonchées de détritus au petit matin. Pour eux, la finale de la Coupe du monde a le goût de la victoire mais aussi celui, plus amer, d’un travail parfois plus difficile que d’habitude. Témoignages des travailleurs de la finale.

Le serveur

Enno, 25 ans, est serveur aux Dubliners, un bar irlandais de la rue du Vieux-Marché-aux-Poissons. Ce dimanche 15 juillet, comme pour tous les matches de l’équipe de France de cette Coupe, le pub diffuse la finale. Lui est derrière le bar dès neuf heures le matin. À midi, il n’y a déjà plus de chaises. Tous se réservent un siège le plus proche possible de la télévision. Pour 200 places assises, 300 personnes sont venues encourager les Bleus :

« Tout le personnel est venu travailler. Devant le bar, c’était un stade, il y avait des gens jusqu’au bout de la rue. C’était stressant, mais on n’a pas eu d’incidents. Il y avait l’excitation du match, c’est sûr, mais c’était un moment joyeux. Les buts s’enchaînaient et la bière coulait à flots. »

Jusqu’à la fermeture des Dubliners, à minuit, Enno a servi des verres aux supporters déchaînés. Des spectateurs sont montés sur les tables, d’autres ont fait ruisseler le champagne sur leurs voisins. Pendant cette journée du 15 juillet, le bar a écoulé cinquante fûts de bière. Presque l’équivalent d’une Saint-Patrick.

Les policiers

Changement d’ambiance au commissariat de police de Strasbourg. Romain (tous les prénoms des policiers ont été changés) est officier à la sécurité publique de Strasbourg. Et pour lui, la journée de dimanche a été « normale » :

« Les plannings de permanences sont calés fin mars… Donc on savait qu’il allait y avoir une Coupe du monde, mais on n’avait pas forcément anticipé la France en finale. De toutes façons, il était trop tard pour rappeler du monde, les congés sont calés et les succès des Bleus ne constituent pas un motif suffisant pour faire appel aux procédures d’interruptions d’absences… Quand on rentre dans la police, on sait qu’on va devoir travailler lorsque d’autres s’amusent, ça fait partie du contrat en quelque sorte. Des soirées comme celle de dimanche, c’est même plutôt motivant pour les policiers, car c’est dans ces moments que la population a encore plus besoin d’être protégée. »

Affecté à Strasbourg dimanche avec le reste de la CRS 59, Roger détaille :

« Les victoires en Coupe du monde, c’est essentiellement de la viande saoule à canaliser, c’est pas bien méchant même si on a eu quelques soucis, avec des jeunes qui ont escaladé des échafaudages qui auraient pu s’écrouler. Je regrette que les lieux prévisibles de rassemblement n’aient pas été sécurisés en amont… Avec seulement une trentaine de collègues, on n’était quand même pas assez nombreux pour tenir la place Kléber. On a su seulement le 13 juillet qu’on serait à Strasbourg pour sécuriser les conséquences de la finale. Ça ne changeait pas grand chose pour nous de toutes façons, on savait qu’on allait travailler ce jour-là… Ça ou surveiller des lieux de culte… Mais bon, on s’était entièrement équipé parce qu’on savait que ce ne serait pas évident. J’étais à Paris sur les Champs-Élysées en 1998 et j’en ai gardé un souvenir nettement plus festif. »

Le chauffeur de bus

Lucas travaille pour la Compagnie des Transports Strasbourgeois (CTS) depuis bientôt trois ans. Le conducteur de 27 ans n’a pas pu suivre la finale de la Coupe du monde :

« Comme j’étais de service, je n’ai pas pu suivre le match, même à la radio car je n’avais plus de batterie. Mais j’ai pu fêter avec les gens. Et c’était sympa car c’était bon enfant. Les gens étaient souriants, ils abordaient tout le monde. Il n’y a pas eu de casse. »

Les emplois du temps des conducteurs de CTS sont prévus six mois à l’avance. Pour la finale de la Coupe du monde, Lucas et ses collègues n’ont pas eu de prime spéciale comme c’est le cas pour les jours fériés. Le chauffeur a essayé de négocier en prenant de la « récup » mais il n’y avait personne pour le remplacer. Le personnel de réserve a été affecté à la conduite des trams.

Pendant tout le match, le bus de Lucas est resté vide. Suite à la victoire de l’équipe de France, son véhicule s’est rempli de joyeux supporteurs :

« On roulait doucement, on klaxonnait, on faisait la fête avec les autres. Je n’ai pas pu voir le match mais je l’ai pris du bon côté même si on était bloqué dans les bouchons… Cette fois-ci, c’était pour de bonnes raisons. »

Le pompier

Thierry (prénom modifié) est pompier à Illkirch-Graffenstaden. Il a vécu une soirée éprouvante :

« J’ai pris mon service à 8h le 15 Juillet pour le finir 24 heures plus tard. À la caserne, tout le monde attendait la finale. Avec les collègues, on avait prévu un repas sur le pouce pour ne pas rater le début du match. Certains d’entre nous auraient bien aimé profiter de l’occasion pour prendre un jour de repos, mais puisque nous sommes en sous-effectif, c’était impossible. »

Les pompiers pensaient pouvoir regarder le match à la caserne. Mais ils ont très vite été sollicités :

« Quelques minutes après le coup d’envoi, on a eu des appels. J’ai pu voir seulement les premières minutes et un morceau de la deuxième mi-temps. Une fois le match terminé, c’est devenu difficile. On a multiplié les interventions pour des feux de véhicules, de poubelles, ou des gens qui sont tombés des toits de voitures ! »

Le pompier est habitué à être en service pendant les soirées de liesse :

« Si je devais donner un point de comparaison, c’était pire qu’un nouvel-an à Strasbourg. Le 31 décembre, il y a une importante présence policière dans les rues, mais c’était moins le cas dimanche soir, ce qui augmente les problèmes. C’était impossible de rentrer dans la cité [dans le quartier du Neuhof, ndlr], sous peine de se faire caillasser. On devait envoyer la police en reconnaissance, qui vérifiait si les feux de voiture ne pouvaient pas se propager, puis on intervenait sous protection ! »

L’interne de médecine et l’infirmière

Interne en neurologie, Pauline était de garde ce dimanche à l’hôpital de Hautepierre :

« Un ami avait demandé à échanger sa garde il y a plus d’un mois, pour une autre raison que le football. Quand j’ai su que la France jouait la finale ce jour-là, j’étais un peu déçue. Je ne suis pas une grande fan de foot, mais j’aurais regardé car ce n’est pas quelque chose que l’on vit très souvent. Mais je n’ai pas essayé d’échanger car je savais que mes autres collègues avaient autant envie que moi de voir la finale. À l’hôpital, à peu près tous les écrans disponibles diffusaient le match, donc je regardais entre les chambres ou le service des urgences quand j’étais appelée. Il y a eu un moment où j’ai pu rester 20 minutes avec les infirmières qui avaient ramené quelques cakes et boissons pour l’occasion. Aux urgences, c’était assez calme pendant le match, mais ensuite c’était l’horreur, avec tous les stéréotypes de ce qu’on peut imaginer en termes d’alcool. Quelques soignants avaient les peintures bleu blanc rouges sur les joues, mais l’atmosphère est restée très sérieuse. Comme je suis dans un service assez triste, c’est un peu mal placé d’être exubérant. »

Ambiance détendue à la clinique Rhéna où Clémence est infirmière et travaillait aussi, juste à côté de la grande « Fan zone » :

« Avec d’autres infirmiers nous travaillons un week-end sur deux et c’était tout simplement notre tour. La clinique a installé un rétroprojecteur dans une salle à manger, que nous avions un peu décorée avec les drapeaux, où les patients qui ne voulaient pas regarder tout seuls pouvaient se réunir. Quand j’avais un temps mort, je jetais un œil, mais j’ai surtout regardé depuis les chambres où j’enchaînais les visites et où la télévision était très souvent allumée. Je n’ai pu voir qu’un but en direct, le dernier des Croates. Depuis la clinique, on entendait bien la fan zone au Jardin des Deux-Rives à côté. Une fois le match terminé, beaucoup de gens sont passés devant la clinique car ils allaient vers le tram, ce qui donnait quelque chose à regarder depuis les fenêtres ou même en bas pour ceux qui pouvaient descendre. Un supporter, sûrement très alcoolisé, nous a pris dans ses bras et nous a dit qu’on était fabuleux et qu’on faisait le plus beau métier du monde. »

L'équipe de nettoyage n'a pas été renforcée par rapport aux matinées normales... (Photo GK / Rue89 Strasbourg / cc)
L’équipe de nettoyage n’a pas été renforcée par rapport aux matinées normales… (Photo GK / Rue89 Strasbourg / cc)

Le balayeur

Il est 3h30. La plupart des fêtards sont endormis après avoir célébré ce grand moment de fierté nationale. Toufik (le prénom a été modifié) vient de se lever. Dans une heure et demi, il doit nettoyer les places et les rues de Strasbourg. Après 20 ans d’expérience, le balayeur sait que les lendemains de fête sont compliqués. Pourtant, l’emploi du temps des agents de propreté reste le même que d’habitude. Il y a l’équipe du matin, de cinq heures à midi puis celle de l’après-midi, de 13h à 20h. Lendemain de finale ou pas, les effectifs sont identiques.

Lundi 16 juillet, Toufik et son équipe ont nettoyé la place Kléber jusque midi. Des gouttes de transpiration coulent encore sur son front lorsqu’il raconte cette matinée « harassante » :

« Quand j’ai vu la finale et les vidéos de Rue89 Strasbourg en direct, j’ai tout de suite su qu’il y aurait beaucoup de travail le lendemain. Quand je suis arrivé ce matin, j’ai vu le bordel que c’était. C’est l’équipe de l’après-midi qui finira le boulot tellement il y a du verre partout… »

Ce matin, les badauds étaient de meilleure humeur. Certains ont félicité les balayeurs : « Heureusement que vous êtes-là », a entendu Toufik. L’agent de la Ville de Strasbourg apprécie ce moment de joie générale. Il est plus pessimiste pour les semaines à venir :

« Partout dans la fonction publique, il y a des problèmes de sous-effectif. Et puis il y a des choses plus graves encore, comme les migrants qui meurent dans la Méditerranée. Je crains que la joie générale ne fasse oublier les vrais problèmes et que le gouvernement Macron en profite pour continuer d’attaquer les acquis sociaux… »

Le bar La Solidarité vandalisé dimanche soir

Le bar La Solidarité vandalisé dimanche soir

Le bistrot « La Solidarité, situé rue du Travail derrières les Halles à Strasbourg, a subi des attaques dans la soirée de dimanche 15 juillet à lundi, en marge des réjouissances qui ont accompagné la victoire de l’équipe de France en Coupe du monde de football. Ses quatre larges vitrines ont été brisées tandis que les vitres des portes d’entrée ont été étoilées. Des feux de poubelles ont été démarrés rue Friese et une partie du mobilier de terrasse, des bancs et quatre tables en bois, ont été jetés dans ces foyers par les émeutiers.

Ce dimanche soir, les vitrines de la Solidarité ont été dégradées.

Le patron de la Solidarité, Nicolas, n’a pu que constater les dégâts dimanche soir :

« Je suis arrivé entre 21 heures, après que les dégradations aient été constatées, puisqu’on était fermés hier. On n’a malheureusement pas beaucoup d’informations. Mais un immeuble de la rue des Halles a également été attaqué, des poubelles ont été incendiées. Et la voiture d’un client a été caillassée cette nuit. »

Lundi, Nicolas n’avait encore aucune idée du montant des dommages subis, « peut-être entre 5 et 10 000€ ». Il a dû fermer son bar toute la journée de lundi mais il a rouvert dès mardi. La Solidarité est sur le passage des cortèges automobiles, qui accompagnent chaque victoire des Bleus ou du Racing lorsqu’ils se dirigent vers les Halles.

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#Bar La Solidarité

Coupe du monde : Strasbourg en fête après la victoire des Bleus!

Coupe du monde : Strasbourg en fête après la victoire des Bleus!

C’est la fête à Strasbourg ! L’équipe de France a remporté la finale de la Coupe du monde contre la Croatie (4-2). Dans les bars, l’ambiance s’est peu à peu détendue une fois l’écart creusé en deuxième mi-temps, jusqu’au sacre des Bleus. Rue89 Strasbourg a suivi la foule en liesse du début du match jusqu’à la fête, place Kléber et dans les rues du centre.

La France remporte la Coupe du monde 2018 ! En cette fin d’après-midi du dimanche 15 juillet, les Strasbourgeois ont laissé éclater leur joie après le coup de sifflet final. Danse sur des rythmes de djembés, fumigènes bleu-blanc-rouge, klaxons…

Les spectateurs du match ont rejoint la place Kléber pour fêter cette deuxième étoile sur le maillot de l’équipe de France. Rue89 Strasbourg a suivi la soirée du début de la finale jusqu’à la fête dans les rues strasbourgeoises.

Quartier gare : une première mi-temps tendue

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Place du vieux marché aux poissons : la fête commence

Les Bleus ont marqué deux fois en seconde période. Les Strasbourgeois venus voir la finale dans les bars ont commencé à célébrer avant même la fin du match. Aperçu de l’ambiance sur la place du vieux marché aux poissons.

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Place Kléber : la fête continue!

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Dans les rues, après la victoire

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Pourquoi Strasbourg n’est pas aussi « gay-friendly » qu’on pourrait le croire

Pourquoi Strasbourg n’est pas aussi « gay-friendly » qu’on pourrait le croire

Se choper à Strasbourg (2/8)- Strasbourg a vécu sa 15e “marche des visibilités” en juin 2018, mais elle manque encore de lieux de rencontres et de socialisation pour la communauté LGBT. Les gays et les lesbiennes strasbourgeois ont un peu de mal à se trouver, et quand c’est le cas, ils et elles doivent vivre leurs relations à l’épreuve de l’homophobie ordinaire, qui n’épargne pas la capitale alsacienne.

Strasbourg a beau s’être auto-proclamée capitale de l’amour, tout le monde n’y trouve pas forcément son compte. Pour ceux et celles qui se reconnaissent dans la communauté LGBT (Lesbiennes, Gays, Bisexuels, Trans), il est souvent plus facile de se sentir à l’aise dans des lieux “communautaires” ou des endroits dits “safe”, c’est-à-dire où l’on se sent en sécurité.

Des endroits qui manquent à Strasbourg, qui figure pourtant parmi les dix plus grandes villes de France, mais qui ne propose presque que des lieux d’habitués, principalement destinés aux hommes gays. Certaines se rappellent du bar So Divine, près des Halles, un des rares lieux pour femmes lesbiennes et bisexuelles, qui a fermé en 2014. L’arrivée du Spyl, un “bar-club” de l’Esplanade, en décembre 2015, a un peu changé la donne, avec un vrai lieu identifiable et ouvert à toutes et à tous, une ambiance boîte de nuit, et des soirées “girl power” et “drag”.

Peu de lieux festifs, surtout pour les femmes

Sophie a 25 ans, elle est lesbienne et estime par exemple que l’offre des lieux festifs est “plutôt limitée”, quand on n’est pas un homme cisgenre (dont le genre correspond à celui assigné depuis la naissance, à la différence des personnes trans) :

“Il existe des lieux surtout pour les hommes gays, le Spyl, le Z Bar (rue de la Course), ou encore L’Oxydo Sauna (place Clément), en revanche, il n’y a pas vraiment de lieux de rencontres pour les personnes transgenres, lesbiennes ou queer. Après, en allant au Spyl, disons qu’il y a un peu plus de chance de croiser des meufs qui aiment les meufs…  Il faut ouvrir bien les yeux pour les voir parmi la foule de gays !”

Cette disparité hommes-femmes au sein de la communauté LGBT n’est pas nouvelle, d’après Sophie :

“Comme dans beaucoup d’autres villes, même à Paris, c’est toujours le même problème, il y existe un lieu, voire deux, maximum, pour rencontrer des lesbiennes. À croire que les lesbiennes ne sortent pas…”

A Strasbourg, la marche des visibilités est un des rares moments festifs et public pur la communauté LGBT (Photo DL/Rue 89 Strasbourg/cc)
A Strasbourg, la marche des visibilités est un des rares moments festifs et public pur la communauté LGBT (Photo DL/Rue 89 Strasbourg/cc)

Juline, la vingtaine, auteure du blog “Libéré·e” (sur les thématiques LGBT), trouve que la communauté gay à Strasbourg se compose plutôt de différents groupes d’amis par-ci par-là, qui se forment pour “se retrouver” et “être sûr que ce soit safe”. Un petit univers, d’après elle, où tout le monde se connaît :

“Dès qu’on rencontre une nouvelle personne, c’est forcément l’ex de l’amie de telle connaissance…”

En fait, il faut chercher un peu pour voir qu’il y a quelques lieux connus de la communauté LGBT, qui ne s’affichent pas forcément comme tels, mais dont l’ambiance est ressentie comme accueillante, au restaurant La Ruche aux deux Reines par exemple (rue de la Course), qui organise ponctuellement des événements LGBT, ou au Salon de Thé Grand’Rue, café à l’ambiance cosy qui affiche un petit drapeau arc-en-ciel sur sa vitrine.

Le milieu associatif à la rescousse

C’est alors plutôt du côté associatif que les jeunes femmes se tournent pour rencontrer de nouvelles personnes et nouer des relations amicales ou amoureuses. Sophie a été bénévole pendant trois ans à la Station, le centre LGBT de Strasbourg (rue des écrivains), et elle raconte que c’est un lieu qui peut jouer un grand rôle dans la sociabilité queer et lesbienne de la ville, mais aussi nourrir un certain militantisme :

“On organise des soirées en non-mixité pour favoriser la prise de parole entre les minorités sexuelles et de genres. Une fois par mois a lieu le “café cocoon” qui est un espace de discussion réservé aux personnes transgenres, genderfluides, et non-binaires (qui ne se reconnaissent pas dans la binarité homme-femmes, NDLR). Il y aussi les “soirées libre à elleux”, réservées aux filles, trans, genderfluides ou non-binaires, pour discuter librement de sujets sans devoir justifier, ou minimiser nos vécus concernant les violences sexistes et les LGBTphobies. On se donne de la force et des outils mutuellement pour lutter contre les oppressions du système patriarcal dans un esprit convivial et festif.”

Elle signale aussi que le Centre LGBT organise régulièrement des événements plus ouverts et grands publics :

“À noter qu’il y a quelques fois des événements ponctuels pour rassembler la communauté queer plus largement, comme le festival féministe et queer « Subversion : nom féminin » (au mois de mars) ou, pour les lesbiennes, les bals lesbiens organisés par l’association la Nouvelle Lune (une association féministe et lesbienne, NDLR) (le dernier en date était au mois de mai), ou encore la marche des visibilités qui a lieu une fois dans l’année, début juin.”

La Station, Centre LGBTI de Strasbourg, organise régulièrement des activités, notamment des soirées non-mixtes (Photo DL/ Rue 89 Strasbourg/ cc)
La Station, Centre LGBTI de Strasbourg, organise régulièrement des activités, notamment des soirées non-mixtes (Photo DL/ Rue 89 Strasbourg/ cc)

Tinder, Grindr, les applis comme tout le monde !

Mais quid alors de ceux et celles qui ne sont pas trop “dans le milieu” ? Pour rencontrer des gens, il reste les applications et les sites de rencontres, comme le raconte Juline, qui a aussi été bénévole au pôle événements de la Station, et à SOS Homophobie :

“Quand ce n’est pas dans les événements d’associations, moi c’est avec Tinder que je rencontre des gens… Il y a aussi l’application Her, pour les lesbiennes”

Sophie cite aussi les sites de rencontre comme BeTolerant ou OkCupid… Mais globalement, les offres en ligne pour les femmes homosexuelles sont moins nombreuses que pour les hommes.

“On est 3,5% de la population”

Jérémy, la trentaine, bénévole à l’association SOS Homophobie, raconte qu’il s’est essayé aux “applis”, (comme Tinder et Grindr, pour les hommes gays), car il n’est pas trop du genre à sortir :

“Je ne suis pas trop “ambiance boîte”, je dois sortir trois fois dans l’année. Et du coup, ce n’est pas très facile pour quelqu’un qui ne fréquente pas trop le milieu de la nuit. Quand on rencontre des gens hors milieu, pour 95% d’entre eux, on ne sait pas leur orientation sexuelle. On est une petite population, je crois qu’il y a 3,5% de la population qui se dit “homme ayant des relations avec des hommes””.

Mais finalement, il ne s’est pas non plus retrouvé dans les applications, qui ont beaucoup trop d’effet pervers selon lui :

“Cela ne me correspondait pas du tout, c’était vraiment le supermarché. Et puis il y a un côté très discriminant dans le milieu gay, c’est horrible. Il y a un racisme exacerbé sur les applications et un “anti féminité”. Il y a un culte du virilisme, du barbu bien masculin. Ça me donne envie de vomir. Parce que si tu n’es pas blanc, cisgenre, viril et qui va à la salle de sport, tu n’es que la dernière des merdes. Je trouve ça triste. Moi je ne corresponds pas aux stéréotypes de base.”

À Strasbourg comme ailleurs, une hausse de l’homophobie

Ce que soulèvent ces jeunes, c’est que les quelques obstacles aux relations homosexuelles à Strasbourg ne se limitent pas à la rencontre. Il faut ensuite pouvoir vivre sa relation, en public, auprès de sa famille, etc.

Le rapport annuel de l’association SOS Homophobie exprime une inquiétude de la communauté, dans un contexte d’une hausse de 15% des agressions physiques (entre 2016 et 2017). L’actualité récente ne manque pas d’exemples en France : il y a eu ce couple de lesbiennes agressé sur le quai du RER, ce couple d’hommes insulté dans un supermarché en région parisienne, la “brigade anti-trav” qui attaque des personnes trans à Paris, sans oublier une hostilité manifeste avec les tags homophobes sur les passages piétons arc-en-ciel à Paris et les marches d’un escalier arc-en-ciel de Nantes repeintes en blanc.

En juin 2017, la municipalité affichait son soutien à la communauté LGBT en parant le centre administratif de la place de l'Etoile de ses couleurs (Photo La Station)
En juin 2017, la municipalité affichait son soutien à la communauté LGBT en parant le centre administratif de la place de l’Etoile de ses couleurs (Photo La Station)

Si Strasbourg n’a été le lieu d’aucun acte homophobe particulièrement médiatisé cette année, la ville n’est pas exempte en matière d’homophobie. Floriane est déléguée régionale de l’association SOS Homophobie, et elle explique que les témoignages récoltés par rapport à des actes homophobes sont en hausse partout en France :

“Il y a toujours de l’homophobie à Strasbourg, pourtant considérée comme assez gay-friendly. En 2017, il y a eu une hausse des témoignages de 5%, dont 28 agressions homophobes en Alsace, pour la plupart à Strasbourg. Il est toujours difficile de se tenir la main dans la rue, et on entend des choses tristes : en 2017, un drapeau arc-en-ciel, symbole de la cause LGBT, avait été brûlé place Arnold, et l’autre jour, un couple d’hommes rapportait qu’un salon de massage avait refusé de leur faire le massage duo réservé aux couples. Sans parler du milieu universitaire, où il y a une homophobie latente, qu’on retrouve par exemple dans les chants scandés lors d’événements sportifs ou dans le cadre d’associations.”

Comme en témoigne “l’anecdote” de Christiane, rapportée dans le rapport SOS Homophobie 2018 :

“En Alsace, Christiane, lesbienne, croise un soir une cinquantaine d’étudiants hurlant une chanson gayphobe en pleine rue : cette homophobie de masse lui donne un sentiment de vulnérabilité et d’impuissance.”

Floriane explique également que les formes de discrimination sont différentes selon le genre :

“Les hommes vont subir des agressions physiques et verbales dans l’espace public, et les femmes vont surtout sentir un rejet de la part de leurs familles. Les lesbiennes subissent aussi cette double discrimination du fait qu’elles sont femmes et homosexuelles, et sont sujettes au harcèlement de rue.”

“J’ai mis du temps à remettre le nez dehors”

Une homophobie que Jérémy connaît malheureusement bien. Lui qui avait été physiquement agressé à Lyon dit être souvent sur ses gardes et faire attention à Strasbourg :

“À Lyon, je me suis fait casser la gueule aux cris de “Sale pédé”, et même une fois arrivé à Strasbourg, j’ai mis du temps à remettre le nez dehors. Aujourd’hui, je fais gaffe, il y a des quartiers et des rues où je ne vais pas, les Halles par exemple, ce n’est pas super “safe”. J’ai cette petite alerte dans ma tête, qui me dit de rester en sécurité. C’est devenu banal en fait. J’ai beaucoup de gens dans mon entourage qui se sont faits harceler, insulter…”

D’après lui, l’ambiance à Strasbourg est paradoxale puisqu’elle est vue comme gay-friendly et que la municipalité affiche un certain soutien, mais elle pourrait faire mieux :

“Strasbourg est une ville sympa où la municipalité accompagne les événements et fait des choses symboliques pour la visibilité, comme quand elle avait mis des drapeaux arc-en-ciel tout le long des quais des Bateliers. Mais en même temps, il faudrait encore faire mieux. Il faudrait une meilleure formation des agents de l’Eurométropole notamment. Pour ce qui est des dossiers des personnes trans (qui déposent des dossiers de changement de prénom auprès de la municipalité, NDLR), les agents ne connaissent même pas les textes de lois”.

Au quartier européen, près de la Cour Européenne des Droits de l'Homme, un discret soutien s'affiche aussi avec ce drapeau arc-en-ciel peint au sol à l'occasion de la journée internationale de lutte contre l'homophobie et la transphobie, le 17 mai 2016 (Photo DL/Rue 89 Strasbourg/cc)
Au quartier européen, près de la Cour Européenne des Droits de l’Homme, un discret soutien s’affiche aussi avec ce drapeau arc-en-ciel peint au sol à l’occasion de la journée internationale de lutte contre l’homophobie et la transphobie, le 17 mai 2016 (Photo DL/Rue 89 Strasbourg/cc)

“Des remarques lesbophobes par moment”

Même souci de prudence du côté des jeunes femmes, habituées déjà au harcèlement de rue, mais qui doivent cette fois composer avec le fait de s’afficher ou non en couple lesbien. Sophie sait aussi qu’il vaut mieux éviter certains endroits car elle a déjà eu de mauvaises expériences :

“Disons que je trouve que Strasbourg est dans la moyenne au niveau remarques, voire agressions lesbophobes et sexistes… Il y a pire ailleurs je pense, on peut quand même sortir sans se faire maltraiter à chaque coin de rue. Mais on sait au bout d’une certaine heure qu’il faut éviter de passer à certains endroits ou plutôt essayer de les contourner comme la place de l’homme de fer, le quartier gare, ou encore dans les quartiers en périphérie. J’ai des remarques lesbophobes par moment quand je me promène dans la rue, et j’ai été victime d’une agression physique dans un parc quand j’étais avec ma copine, il y a 5 ans.”

Mais paradoxalement, elle dit ne pas avoir de problème à montrer “des signes d’affection envers [sa] partenaire en public” :

“J’ai toujours su être dans ma bulle d’amour sans me préoccuper du regard positif ou négatif qu’on pose sur moi.”

La jeune Juline n’a, elle, pas eu d’expérience négative et tient un discours plus optimiste :

“Ici on peut être out (publiquement homosexuel, NDLR). Moi je n’ai jamais eu de réflexion ou de problèmes, pas de trucs violents, même s’il y a toujours des mecs lourds. Mais je pense que les mecs s’en prennent plus “plein la gueule”. »

Pour ce qui est des rencontres, Sophie analyse les relations homosexuelles comme faisant partie de changements plus profonds animant la jeunesse d’aujourd’hui :

“Il y a un autre problème qui n’a rien à voir avec la lesbophobie, c’est le fait d’assumer tout simplement « d’être ensemble », d’être en couple, pour toute une génération qui a bien souvent du mal à s’engager…”

Les bateaux électriques sans-permis pour naviguer sur l’Ill disponibles cet été

Les bateaux électriques sans-permis pour naviguer sur l’Ill disponibles cet été

Touristes et Strasbourgeois peuvent arpenter la ville à hauteur d’eau cet été, en naviguant sur des bateaux électriques sans permis. Les embarcations, louables à la journée ou à l’heure, permettent de faire le tour de Strasbourg en empruntant l’Ill et le canal de la Marne au Rhin. Alors que les premières embarcations devaient partir ce week-end, un problème de raccordement électrique du ponton au quai du Woerthel repousse le lancement du service.

Sur le quai du Woerthel, dans le quartier de la Petite-France à deux pas des anciens Ponts couverts, tout est déjà prêt pour le départ des premiers bateaux électriques autonomes de Strasbourg. Une flotte de 11 embarcations sera accessible courant juillet à toute personne pouvant justifier de sa majorité.

Les bateaux sont amarrés sur le quai Woerthel, dans le quartier de la Petite-France (Photo SA/ Rue89 Strasbourg / cc)

Avant de prendre les commandes des bateaux sans permis, les usagers devront tout de même suivre une formation de 15 minutes pour apprendre les commandes du bateau. Il sera question de former les gens aux interactions avec les autres les canoës, kayaks et les embarcations de Batorama qui demeurent prioritaires.

Les barques électriques disposent d’une autonomie de 8 heures, ce qui permet de se rendre théoriquement jusqu’à Illkirch-Graffenstaden, au sud de Strasbourg, et de revenir.

Un ponton a été spécialement crée pour accueillir les embarcations (Photo Simon Adolf/ Rue89 Strasbourg)

Jusqu’à 10 km/h

Deux types d’engins sont disponibles : les petits peuvent embarquer 7 personnes, pour un tarif de 40 euros de l’heure, quelque soit le nombre de personnes, ou les plus grandes jusqu’à 11 passagers, pour 50 euros de l’heure. Les bateaux, munis d’un levier « marche avant / marche arrière » et d’un volant peuvent aller jusqu’à 10 km/h (5,4 noeuds).

En année pleine, le service devrait fonctionner de mars à octobre, de 9h à 22h en semaine et jusqu’à 20h les week-ends. « Nous aimerions ouvrir ces balades fluviales durant le marché de Noël, c’est encore à l’étude », ajoute Nicolas Couderc, co-fondateur de la société Marin d’eau douce, qui gère ce parc de bateaux.

Des bateaux à 5 places devraient être disponibles à la location en 2019 (Photo Simon Adolf/ Rue89 Strasbourg)

Pas de date de mise en service précise

Les usagers des bateaux sont « libres du choix de leur itinéraire ». Cependant, certaines portions ne sont pas accessibles à tous. Les canaux de la Petite-France sont par exemple réservés aux personnes disposant d’un permis bateau fluvial. Les barques sont géolocalisées afin d’éviter que les personnes qui ne disposent pas de permis ne se rendent dans les secteurs interdits.

Malgré une inauguration officielle en présence du maire Roland Ries (PS) et de trois adjoints, la Ville de Strasbourg comme la société Marin d’eau douce n’ont pas pu fournir de date précise d’ouverture du service. Il aurait du fonctionner dès ce week-end pour les festivités du 14 juillet, mais un problème de raccordement électrique du ponton a repoussé le départ des premiers bateaux. Néanmoins, Nicolas Couderc évoque un lancement le vendredi 20 juillet. Cet article sera mis à jour dès que la date de disponibilité sera connue.

#Canal de la marne au rhin