Le pic d’ozone débuté le 2 août en Alsace touche à sa fin. Lundi 6 et mardi 7 août, la vignette Crit’Air doit figurer sur le pare-prise des automobilistes dans les 33 communes de l’Eurométropole de Strasbourg. Mais ces mesures s’arrêtent mercredi 8 août en raison d’un orage attendu. La police dressera des amendes au prochain pic de pollution.
Pour la première fois à Strasbourg, la vignette Crit’Air est utile. En raison de la persistance du pic d’ozone (O3), les petits macarons multicolores sont exigés. Depuis le lundi 6 août, la circulation est interdite aux véhicules les plus anciens dans l’ensemble des 33 communes de l’Eurométropole de Strasbourg.
Ces mesures sont valables pour le lundi 6 et mardi 7 août. En raison d’orages attendus dans toute la région qui devraient un peu renouveler l’air, Atmo Grand Est lève la procédure d’alerte dans les dix départements à partir du mercredi 8 août, malgré les chaleur attendues.
Jusque là, seuls les propriétaires de voitures aux vignettes vertes ou de niveau 1, 2 ou 3 pouvaient rouler. Pendant la durée de ce pic, les autorités ne verbalisent pas encore les conducteurs récalcitrants, se contentant de faire de le sensibilisation. Aux autres automobilistes, la préfecture recommande l’utilisation des transports en commun ou le recours au télétravail.
Les automobilistes sans vignette Crit’Air peuvent laisser leur voiture au garage (ou passer la commande du cercle coloré ici.) Une attestation permettra de circuler avant de recevoir la vignette.
Concrètement, l’interdiction de circulation dans l’Eurométropole de Strasbourg frappe les véhicules suivants :
Les deux-roues à moteur vieux de plus de 13 ans
Les voitures à essence de plus de 21 ans
Les véhicules diesel de plus de 12 ans
Les véhicules utilitaires essence de plus de 21 ans
Les véhicules utilitaires diesel de plus de 12 ans
Les poids lourds essence de plus de 16 ans
Les poids lourds diesel de plus de 8 ans
Pour les plus modestes, les foyers non-imposables, l’agence des services et de paiement propose via la « prime de conversion » des aides allant de 500 à 4 000 euros en cas de changement de véhicule, même d’occasion (jusqu’à 1 100€).
Les vignettes pour véhicules particuliers et poids lourds
Pour s’y retrouver dans les vignettes et les véhicules (document ministère)La classification Crit Air pour les poids lourds (document ministère écologie)
Transports moins chers
Les mesures pour limiter la circulation des voitures restent valables :
• il est possible pour les usagers de la CTS, tram et bus, de voyager en illimité avec un ticket « Pic de pollution » à 1,80 euros (2 euros si il est acheté à bord d’un bus). Il n’est cependant pas possible de charger ces tickets sur des cartes Badgéo.
• Sur les bus du Réseau 67 dans le Bas-Rhin l’aller-retour passe à 2,50€.
• Par ailleurs la location de Velhop à la journée dans les 5 boutiques passe à 3 euros contre 6 d’ordinaire.
• Sur les autoroutes et les routes à chaussée séparée, la vitesse maximale autorisée est abaissée de 20 km/h sans descendre en dessous de 70 km/h. Les autocars et poids lourds ne sont pas concernés sur les tronçons limités à 130 km/h.
Recommandations sanitaires
D’un point de vue sanitaire, il est conseillé de privilégier des sorties plus brèves et celles qui demandent le moins d’effort. Pour les personnes sensibles (femmes enceintes, nourrissons et jeunes enfants, personnes de plus de 65 ans, personnes souffrant de pathologies cardiovasculaires, insuffisants cardiaques ou respiratoires et asthmatiques), il est recommandé de limiter les sorties et l’activité physique de manière générale.
Se choper à Strasbourg (5/8) – Pour s’adonner à l’échangisme ou au libertinage, certains Strasbourgeois se rendent à Illkirch-Graffenstaden. L’Inox existe depuis 2003 et ouvre ses portes chaque jour de midi à 1h. Plusieurs fois par mois, le club accueille des soirées orgiaques. Je me suis rendu à l’une d’entre elles.
« On s’est déjà vu ici non? » Négatif. C’est la première fois que j’entre dans un club échangiste. Il est 21h. Je viens de me déshabiller dans une pièce remplie de casiers, sans porte, ni cabine. Dans la salle à côté du bar et de la piste de danse, je n’ai vu que des hommes passer. Leur tenue, la mienne désormais : une simple serviette autour des hanches. Je me dirige vers la terrasse pour fumer une cigarette.
Eric (tous les prénoms ont été modifiés) est le premier à me parler. L’homme au crâne rasé s’est assis à côté de moi sur la terrasse de l’Inox. L’établissement se situe sur l’avenue de Strasbourg, entre un restaurant italien et une habitation à Illkirch-Graffenstaden. Mon voisin essaye d’engager la conversation. « Je suis en vacances ici, affirme-t-il, je repars lundi prochain. » En fait, Eric rentre jeudi. Il ne sait plus quel jour on est. Il semble un peu perdu. On est deux.
Impossible d’interroger les propriétaires ou les clients
Pendant deux semaines, j’ai repoussé la réflexion sur le cinquième sujet de la série « Se choper à Strasbourg ». Le thème était défini : l’échangisme. Mais comment faire ? La première tentative, d’une autre journaliste, n’a pas abouti malgré des e-mails, relances, contacts via les réseaux sociaux. Elle désespère, je prends le relais. Mais impossible d’organiser une interview avec les propriétaires de l’établissement. Essayons avec les clients. Sur Doctissimo, ils sont nombreux à donner leur avis sur L’Inox. Là encore, l’impasse. Généralement, ils me répondent qu’ils sont arrivés là « par accident « , c’était sur la route du « sexe hard » en Allemagne. Une réponse évoque la gêne à l’idée de parler de ce sujet à un journaliste : « Désolé mais c’est le genre de choses que je n’aime pas faire. »
Il faut se rendre à l’évidence. La blague initiale sur l’article « Echangisme à Strasbourg » devient réalité : « Guillaume, tu vas nous faire ce sujet en mode journalisme gonzo. » En effet… La seule solution pour choper les informations sur ce sujet sensible, c’est d’aller sur place, d’en faire l’expérience et de la raconter à la première personne.
« C’est la première fois que vous venez ici ? »
Fin de journée, mardi 31 juillet, il faut y aller. Je tourne en rond dans mon salon… J’appelle le club échangiste, qui vante la présence d’un hammam et de jacuzzis. Je bredouille : « Est-ce qu’il faut un maillot de bain? » L’homme au téléphone se veut rassurant : « Non ce n’est pas la peine. C’est la première fois que vous venez ici ? Venez, on va tout vous expliquer. »
Une vingtaine de minutes plus tard, j’arrive en sueur devant cette petite maisonnette jaune, sonne et pousse une lourde porte en métal. Au bout du petit vestibule, un homme en gilet sans manche, casque-micro vissé sur la tête, m’accueille : « Vous savez que ce soir c’est Orgy Night? C’est 60 euros pour un homme seul. » Trop tard pour faire demi-tour. Mardi dernier, on m’avait parlé d’une entrée à 35 euros. Tant pis. Je paye et prends la douloureuse facture. La totalité des « frais de reportage » ne seront sûrement pas couverts…
S’ensuit l’explication sur le règlement. En deux minutes, l’employé balaye les règles liées à l’hygiène, au consentement de l’autre, à l’utilisation du sauna et du buffet à l’étage. J’ouvre le rideau noir et traverse une piste de danse vide pour gagner le « vestiaire ». Une musique électro-house inonde l’étage. Je galère à fermer mon casier, prends une douche et gagne l’extérieur du bâtiment.
Porno, groupe en action et voix robotique
Sur des canapés en coin, deux groupes de trois personnes discutent. L’un des employés de l’établissement interpelle le trio le plus proche : « C’est pas le moment d’être ici, il faut descendre. » Sous-entendu : il faut participer à l’orgie… Le groupe refuse. J’en profite pour jeter un premier coup d’œil.
Un étage plus bas, l’air est bien moins frais. Au pied de l’escalier, à droite, un siège en cuir est suspendu à des chaines. À gauche, un écran diffuse en boucle du porno signé Dorcel. Le long du couloir principal, plusieurs pièces contiennent lubrifiants, préservatifs et de fins matelas plus ou moins grands. Je m’approche d’une voix féminine haletante : « Vas-y ! Oui ! Vas-y ! » Au bout du hall, plusieurs hommes regardent la scène par des trous dans le mur. Pour les libertins en action, difficile de ne pas remarquer cette présence voyeuriste : certains clients attendent leur tour sur le pas de la porte.
Je remonte les escaliers vers les jacuzzis. En franchissant le seuil, une voix robotique m’indique : « La douche avec savon est obligatoire. » L’alerte résonne à chaque fois qu’une personne entre ou sort. Dans l’eau effervescente, il y a une femme de plus de soixante ans et un homme plus jeune à ses côtés. L’imposante dame est à l’aise, le bras étendu derrière son voisin. Lorsque je rentre dans le bassin, elle m’alpague avec un fort accent alsacien : « Allez, fais pas le timide, viens donc à côté de nous ! »
Les libertins français vont Outre-Rhin
Habitante d’une ville voisine, Mireille ne vient pas souvent à l’Inox. « La dernière fois que j’étais là, c’était il y a quatre mois. » Madame préfère les clubs échangistes allemands. Beaucoup plus grands. Beaucoup plus de monde. Et beaucoup plus de rencontres qu’ici. Elle n’est pas la seule à préférer le libertinage version Outre-Rhin. Une autre cliente parle volontiers du Quicky ou d’un établissement à Fribourg :
« En Allemagne, les gars sont vraiment plus respectueux et attentifs au consentement. J’ai jamais eu de problèmes là-bas. Ici, ça m’est déjà arrivé qu’un mec me doigte trois fois alors que je lui disais non. Je me suis plainte auprès des employés et ils l’ont viré. »
Hasa est venue avec un ami. Une manière pour lui de ne pas payer son entrée. La combine est rodée. Les deux échangent volontiers sur leurs expériences communes. Elle explique sa venue depuis moins d’un an par des déceptions amoureuses. Hamid raconte ses exploits :
« Pendant une soirée mousse dans un club à Francfort, il y avait plus de mille personnes. Là, ça baisait partout. J’ai dû coucher avec au moins quarante femmes. »
« C’est l’heure du buffet »
Le sexe à l’air, Hamid déblatère. Sa carte de membre du « Joey’s club » qui lui donne accès à tous les boites échangistes du coin. Le viagra, qu’il admet avoir pris ce soir. L’incroyable « femme bulgare » qu’il cherche à voir chaque fois qu’il va dans tel établissement. L’autre fois, où « une bourgeoise de Strasbourg » l’a invité chez lui avec son copain. « On est rentré dans sa maison. Elle a cash jeté sa robe. »
Le haut-parleur s’active : c’est l’heure du buffet. Tout le monde monte et fait la queue dans une odeur de sueur. Il y a des pâtes pleines de mayonnaise, du taboulé, de la charcuterie, du melon, du chocolat… Sur la terrasse à l’étage, nombreux sont les hommes seuls devant leur assiette. Deux ou trois couples, entre cinquante et soixante ans, mangent en silence. Je discute avec Hasa, Hamid et Sylvie.
La conversation tourne autour de cette soirée particulière, intitulée XXL Orgy Night. Cette nuit, la fête est donc dédiée au sexe en groupe. La particularité : ces strictes plages horaires entre nourriture et baise. Il faut se pointer à l’heure : le premier buffet a lieu de 19h à 20h. Puis vient une session d’une heure trente de « partie fine » jusqu’à 22h. Ainsi de suite jusqu’à 1 heure du matin. Cette rigueur ne plait pas à tout le monde. « Moi je viens aussi le jeudi, affirme Hamid, c’est plus tranquille. »
« On est pas là pour ouvrir les jambes comme ça »
Au rez-de-chaussée, accoudée au bar, une femme se plaint. Une dizaine d’hommes l’écoutent. Elle menace de ne plus revenir tant l’injonction d’aller en bas, tout à l’heure, l’a choquée. « On est pas là pour ouvrir les jambes comme ça. », lâche-t-elle. L’auditoire acquiesce. La pression du club sur les quelques femmes pas assez enclines à rejoindre l’orgie, est malvenue… La femme continue sa diatribe : « Si on me force à aller coucher, autant aller me prostituer et gagner de l’argent. Avec cette soirée et ces règles, ils vont perdre une cliente ! »
Le nerf de la guerre : la gratuité pour les « couples participants » quand les duos venus sans vouloir participer à l’orgie doivent payer 75 euros. La différence est la même pour une femme seule : elle se joint aux ébats collectifs, elle ne paye pas ; elle s’y refuse, c’est 35 euros l’entrée. Mais comment vérifier que chacun a payé son dû à l’entrée ? Dans les couloirs sous-terrains, des employés restent à proximité des espaces « câlins ». Ils s’assurent que les règles d’hygiène et du consentement sont respectés… mais sont aussi attentifs aux tandems entrés sans payer. Car il y bien un coût derrière l’entrée « offerte » : la promesse de s’adonner aux plaisirs charnels. « Et si je me rends compte qu’en fait, je n’ai envie de personne ici ? », note la cliente énervée.
L’excitation laisse place à l’angoisse
Je n’ai pas le temps d’aborder la question avec Hasa, Hamid et Sylvie. Pour eux, le problème ne se pose pas ce soir. Le groupe se met en branle, direction le sous-sol. En descendant les escaliers, je sens l’angoisse monter et remplacer l’excitation face à une expérience inédite d’un « plan à quatre ». Ma peur se confirme dans la pièce. Tout va trop vite. Trop d’autres hommes rentrent dans la pièce les uns après les autres. Ils regardent, se masturbent ou remplacent le précédent partenaire des deux femmes présentes. J’ai peur d’être ridicule, pas assez viril… Autour de moi, le « hard sex » promis sur l’affiche de la soirée se concrétise : on s’embrasse deux secondes, on couche puis un autre homme prend le relais. Je sors de la pièce après une piètre tentative de préliminaire. Plus tard dans la soirée, on dira de moi en souriant : « Il est encore doux. » Pour la première fois de la soirée, je ressens le besoin pressant de fuir.
Je me calme et me dis « Tu visites une dernière fois les lieux, tu fumes une clope et tu bouges. » La plupart des pièces sont maintenant vides. Des hommes mûrs bedonnants, souvent grisonnant, et quelques jeunes plus musclés errent dans la cave. Ils cherchent dans chaque pièce si un couple ne s’affaire pas en silence. Il est 23h. Il y a bien une trentaine de mâles et sept femmes.
« Ici, c’est une parenthèse »
Il y a toujours cette dame, au moins cinquantenaire, en nuisette rose, seins à l’air, avec un homme en short et en débardeur. Elle arbore un sourire épanoui. Les autres couples plus âgés s’en vont peu à peu. Des duos plus jeunes viennent d’arriver sur la terrasse. Entre deux hommes, j’entends une femme expliquer : « Moi, il me faut du temps… » Je la comprends. Pour moi, c’est peut-être allé trop vite.
Je rejoins le trio qui m’a initié au bout de la terrasse. Hamid, nu, me demande mon ressenti avant de me rassurer : « Tu sais, j’ai déjà eu une panne avec des bombes sexuelles. Ça arrive. » Sylvie ajoute : « Il ne faut pas stresser. Ici, c’est une parenthèse. »
Malgré les encouragements, je me décide à quitter les lieux. Je rends ma serviette et mes claquettes à l’accueil en même temps qu’un couple du troisième âge. Ils se donnent la main en silence. Je reprends mon téléphone portable laissé à charger. Pour écrire l’article, il faut enregistrer de suite ses impressions, les détails observés, les paroles des clients. L’écran s’allume. Un message d’une connaissance contacté quelques heures plus tôt au sujet du club : « N’y va pas ce soir vieux fou ! » Trop tard.
Rédacteur en chef de Rue89 Strasbourg. Spécialisé depuis 2019 en enquêtes locales, à Strasbourg et en Alsace sur des sujets variés allant de l’extrême-droite à l’hôpital public en passant par la maison d’arrêt de Strasbourg, les mouvements sociaux, les discriminations et l’expertise-psychiatrique.
La vingt-huitième édition de la Nuit des Etoiles a lieu du 3 au 5 août 2018. L’occasion d’apprendre à observer le ciel alsacien avec Michel Hunzinger, président du groupe Alsace de la Société Astronomique de France.
Mars, petite soeur de la Terre. Tel est le thème du week-end du 3 au 5 août pour la Fédération d’Associations d’Astronomes Amateurs d’Alsace. Ses membres scruteront les étoiles, avec une attention tout particulière pour la planète rouge. Créée en 1991, la Nuit des Etoiles a lieu en été, quand la nuit se fait plus sombre et que les étoiles se font plus lumineuses. Cette année, quatre lieux alsaciens seront dédiés à cette nuit des étoiles. Des passionnés d’astronomie tâcheront d’aider les novices à observer les astres.
« Plus vous regardez le ciel, plus vous verrez des étoiles »
Michel Hunzinger, président de la Société Astronomique de France, Groupe d’Alsace (Safga), dit prendre du plaisir à comprendre ce qui se passe dans le ciel. Via sa participation à la Nuit des Etoiles, il veut transmettre les bons outils pour cette compréhension.
» Les premières choses à avoir pour un astronome amateur qui débute, ce sont une carte du ciel, réglable en fonction de la date et de l’heure, et une lampe torche. Mais puisque nos yeux mettent longtemps à s’habituer à l’obscurité, cette lampe doit donner de la lumière rouge. On évite que nos pupilles se referment. Donc il faut mettre un petit papier ou un petit scotch de cette couleur. Je pense aussi qu’il faut apprendre les constellations, qui sont une sorte de carte routière du ciel. Cela permet de repérer les étoiles. Après, on construit son matériel : des jumelles, une encyclopédie, une lunette, etc. Plus vous regarderez le ciel, plus vous verrez les étoiles. »
Des événements gratuits sont organisées dans toute l’Alsace. Pour les Strasbourgeois, le CINE de Buissière à la Robertsau propose le vendredi 3 août à partir de 20 heures des ateliers, des conférences ou des observations, avec la participation de l’Observatoire Astronomique. C’est dans les Vosges que la Nuit des Etoiles s’installe le lendemain, dès 16 heures, au Champ du Feu à Belmont.
Le vendredi 3 et le samedi 4 août, rendez-vous à nouveau dans les Vosges, sur la colline du Bastberg à Bouxwiller. Le vendredi 3 août et le samedi 4 août, le château du Haut-Barr à Saverne accueille des observations nocturnes et solaires. Pour mieux voir ce qui se passe dans le ciel ce weekend, Michel Hunzinger conseille de prendre la fameuse lampe torche rouge, mais aussi « une petite laine, ça peut se rafraîchir malgré la canicule ! »
La passion débute avec l’alunage d’Apollo
Michel Hunzinger est séduit depuis tout petit par les étoiles :
« Je ne sais pas trop comment commence une passion. Mon premier souvenir, ça doit être la mission Apollo, quand ma mère m’a tiré du lit pour regarder l’alunage à la télévision. Je me souviens qu’à l’époque, je voyais déjà l’immensité de l’univers. »
Depuis, il n’a pas lâché son télescope. Il y trouve un côté poétique, mais aussi une preuve des problèmes environnementaux auxquels le monde fait face :
« Si seulement on avait conscience du fait que nous sommes petits, mais vraiment petits ! Observer les étoiles, et tout ce qui nous entoure, permet d’aborder la place de l’homme dans l’univers, et de sa gestion de l’environnement. À Strasbourg, il y a une pollution lumineuse énorme. La plaine d’Alsace de façon générale est touchée. Ça nous arrive de partir dans les Vosges pour mieux observer. Les villes et villages devraient moins éclairer leurs rues. »
Mercredi 1er août 2018, deux collectifs interpellent les pouvoirs publics. Le camp installé au croisement de l’avenue du Neuhof et de la rue des Canonniers s’est agrandi et la température monte. 48 demandeurs d’asile ne bénéficient toujours pas de point d’eau. Des habitants du quartier et le bar de Paris tentent de les aider. Ils demandent le soutien de la Ville de Strasbourg.
« Strasbourg est la capitale de Noël mais certainement pas la capitale des droits de l’homme ! » Antonio Gomez, membre du réseau D’Ailleurs Nous Sommes d’Ici 67, s’insurge face au manque d’eau dont souffrent les demandeurs d’asile installés dans le quartier du Neuhof. Son groupe et le collectif Rue des Canonniers distribuent des bouteilles ce mercredi 1er août. À cette occasion, ils ont invité la presse pour interpeller le maire, le préfet et l’adjointe en charge du Neuhof sur le manque d’eau dans le camp, en pleine canicule…
Le collectif D’Ailleurs Nous Sommes d’Ici 67 et le collectif rue des Canonniers ont distribué de l’eau ce mercredi 1er août (photo AC / Rue89 Strasbourg)
Des citoyens énervés par l’inaction de la Ville
L’été, les conditions de vie pour les SDF sont plus difficiles. Pour les collectifs, le manque d’eau est l’urgence primordiale. La ressource est nécessaire pour boire mais aussi se nettoyer, laver ses vêtements, laver des ustensiles de cuisine… Marie Dominique Dreyssé, adjointe au maire a d’ores et déjà refusé de faire installer des douches et des sanitaires. Les membres des collectifs se demandent ce qu’attendent les pouvoirs publiques pour agir :
Depuis la mi-juillet, le campement de fortune s’est agrandi. On dénombre actuellement 18 tentes avec 48 personnes provenant de Serbie, de Macédoine ou de Bosnie-Herzégovine. Parmi ces personnes, deux femmes enceintes, une personne handicapée, une personne avec des troubles psychiques, deux bébés et 14 autres enfants, âgés de deux à 15 ans.
Un accueil chaleureux dans un bar qui en pâti
Les demandeurs d’asile trouvent un accueil chaleureux au « Bar de Paris », situé en face du campement. Le gérant, Ascantürk Manmout et son fils donnent un libre accès à leurs toilettes et aux prises électriques malgré quelques difficultés financières et des factures d’eau et d’électricité qui grimpent. Le fils traduit les propos du gérant :
« Je ne peux pas rester les bras croisés en voyant ces petits. J’ai moi-même huit enfants. Je fais tout ça sans retour mais ça serait bien que la Ville joue son rôle. »
Ascantürk Manmout, gérant du « Bar de Paris ». (Photo AC / Rue89 Strasbourg)
Il y a quelques jours, des membres de l’Office français de l’immigration et de l’intégration sont passés. Ils ont distribué des fascicules dédiés au « retour volontaire ». Leur proposition d’aide était « exceptionnelle », ont-ils indiqué aux demandeurs d’asile. Ces derniers pourraient recevoir 300€ par personne pour regagner leur pays d’origine. Toutes les personnes du campement de fortune ont décliné l’offre.
L’Office français de l’immigration et de l’intégration a distribué ces fascicules qui expliquent les démarches à suivre pour rentrer dans son pays d’origine. (photo AC / Rue89 Strasbourg)
Strasbourg : première ville de France pour les cyclistes, plein de parcs sans tabac et de projets innovants autour de l’environnement… Dans une enquête publiée mercredi 1er août, le média en ligne Explicite ternit l’image d’une ville souvent considérée comme « verte ». Le point noir de la capitale alsacienne : la pollution atmosphérique. En 2016, Strasbourg était quatrième au classement des agglomérations les plus polluées de France. Elle est à l’origine d’une réduction de l’espérance de vie de ses habitants de huit à douze mois, selon le radiologue strasbourgeois Thomas Bourdrel.
L’enquête sur la pollution atmosphérique à Strasbourg a été publiée sur Explicite, un jeune média en ligne.
Le transport routier est présenté comme la première cause de la mauvaise qualité de l’air. Sur l’Avenue du Rhin, les poids lourds de plus de six tonnes sont bannis. Cette réglementation n’est pas bien appliquée selon l’un des riverains de la route. Il dit avoir saisi à plusieurs reprises le préfet et l’Eurométropole, qui ne répriment pas assez efficacement les poids lourds fautifs.
L’entreprise d’emballage Blue Paper épinglée
Un autre exemple de cette pollution atmosphérique : l’entreprise Blue Paper, qui fabrique du papier d’emballage à base de carton recyclé. Quand elle a changé de mode de transformation pour supprimer le gaz du processus, l’entreprise a fondé sa communication sur leur côté écolo. Pourtant, elle aurait doublé ses émissions de particules fines avec cette transition.
Explicite conteste également la légitimité du projet GCO, qui ne permettrait aucune amélioration de la qualité de l’air. Là encore, le média dénonce la stratégie de communication de l’Eurométropole autour de ses initiatives environnementales :
« D’après nos informations, [la métropole de Strasbourg] a commandé un numéro de 24 pages au magazine Alternatives économiques, pour faire la part belle au développement durable strasbourgeois, tout en utilisant la maquette du journal. »
L’enquête d’Explicite est accessible sur inscription gratuite ou abonnement.
Popstraw n’existe que depuis septembre 2017. Cette jeune entreprise de pailles biodégradables a été créée par des élèves du lycée Kléber et exporte dans 39 pays. De leur salle de cours strasbourgeoise à la Serbie en passant par Paris, retour sur leur parcours et sur leurs perspectives.
« Mon père m’a dit “Avec cette entreprise, tu as appris en un an ce que j’ai appris en trente ans de métier” ». Auréa sourit. Elle fait partie des huit élèves de seconde « à vocation économique » du lycée Kléber à s’être lancés dans l’aventure PopStraw. Ketty, Auréa, Fred, Pierpaolo, Elise, Thomas, Matteo et Wayane ont 16 ans. Ils sont partis du 16 au 18 juillet à Belgrade en Serbie, pour représenter la France au concours européen des mini-entreprises avec leurs pailles biodégradables.
À l’origine de ce projet « Mini-Entreprises », Entreprendre pour Apprendre (EPA), une association nationale « dont le but est de favoriser l’esprit d’entreprendre des jeunes et de développer leurs compétences entrepreneuriales ». Zélie Verdeau, la responsable communication de l’association, voit dans le projet une façon de « mettre l’étudiant en valeur, mais aussi l’idée de compromis, l’esprit d’équipe, la complémentarité, le partage des tâches, la coordination ».
Créé aux États-Unis en 1919, le concours revendique l’apprentissage de compétences qui ne sont pas enseignées au cours de la scolarité. Importées en France en 1989, les Mini-Entreprises précèdent largement l’esprit start-up mis en valeur depuis les années 2010.
« Il a fallu apprendre à se connaître »
De façon plus concrète, EPA offre un concours pour collégiens, lycéens ou étudiants. Par groupe, les élèves créent une entreprise hébergée par le lycée. Les jeunes sont responsables de chaque étape de la conception du produit au marketing, de la recherche de fournisseurs à la relation client. Ils participent d’abord à un concours régional. Parmi les 81 mini-entreprises repérées en régions, une seule est ensuite sélectionnée pour la grande rencontre européenne.
Au lycée Kléber, Aurélien Perrey, professeur de sciences économiques propose à ses élèves de monter leur boîte. À la rentrée 2017, il leur présente les mini-entreprises, qui sont pour lui « particulièrement pratiques ». Cet enseignement n’a rien d’obligatoire pour ses élèves mais une vingtaine d’étudiants sont intéressés par l’idée, dont Ketty, Auréa, Fred, Pierpaolo, Élise, Thomas, Matteo et Wayane. La plupart ne se connaissaient pas. Ça a été difficile au début explique Ketty :
« On se connaissait de vue, il a fallu apprendre à se connaître, à s’apprécier et à supporter les défauts des autres. On a des points de vue différents donc forcément il y a eu des disputes et des moments de tension. »
Première étape : trouver une idée. Avec une contrainte donnée en plus par leur professeur, celle d’un projet tourné vers l’écologie :
« Au début ça ne nous arrangeait pas. On ne comprenait pas vraiment l’intérêt d’y intégrer une composante environnement. Mais au final, on s’est rendu compte que ça devenait essentiel. On a eu des tas d’idées. Parfois, la même personne avait la meilleure et la pire idée! »
C’est finalement Auréa qui propose les pailles biodégradables. Coup de bol, l’idée émerge juste avant les propositions d’interdiction de leurs homologues plastiques, très polluants pour les océans. La Commission Européenne a pris une décison en ce sens en mai 2018 puis la France y est allée de son interdiction. Ces politiques ont donné un coup de projecteur sur leur initiative. Pour l’étudiante de 16 ans, c’est une vidéo qui a fait la différence. On y voit une tortue en souffrance, une paille coincée dans la narine. Elle a du mal à respirer. On essaie de lui retirer, mais elle saigne. Âmes sensibles s’abstenir.
39 pays livrés sur les six continents
Puis les lycéens se sont mis à bûcher. À faire des études de marché, à organiser un cahier des charges, à définir leurs contraintes, à trouver le matériau idéal pour leurs pailles, à dénicher une entreprise pour les fabriquer. Pour financer PopStraw, ils vendent à leur entourage des avances remboursables, des emprunts qu’ils promettent de rembourser si l’entreprise fonctionne. Ils récoltent 500 euros. Après près de trois mois de recherche, les étudiants se décident pour des pailles en amidon de maïs, produites par une compagnie installée en Île-de-France. Restait à trouver les clients de PopStraw, en basant tout sur une intense publicité, comme l’explique Pierpaolo :
« Dès que nous avons trouvé l’usine qui a accepté de produire nos pailles, nous avons démarché de potentiels acheteurs. On a fait pas mal de communication au début. Aujourd’hui, on a même plus besoin d’en faire. Chaque jour, on a de nouvelles personnes intéressées. Autant des entreprises que des particuliers. »
D’abord en France, puis en Europe. Très rapidement, les commandes sont internationales. Ce qui a poussé les lycéens à se concentrer sur leur anglais. Ketty explique les difficultés d’apprentissage qu’ils ont alors rencontrées :
« Dans les compétitions, il y a une partie des épreuves qui est en anglais. C’est compliqué, ce sont des heures de boulot en plus. Il faut apprendre le vocabulaire commercial. Au niveau européen, on ne parle que cette langue. On doit donc bosser notre prononciation, parce que l’accent français, ça va pour les Français, moins pour les Croates ou les Grecs »
Les pailles biodégradables dégradables des lycéens de Kléber ont été distribués sur des foires d’Alsace Photo : document remis
Résultat : des entreprises de 39 pays différents sont fournies dans le monde entier. Presque tous les pays de l’Union Européenne sont représentés, aux côtés du Brésil ou des pays de l’Océanie. Ils ont pu collaborer avec la chaîne de supermarchés Leclerc ou les bières Heineken. À Strasbourg, leur produit est vendu à l’épicerie de vrac Le Bocal, rue de la Krutenau. Mi-juillet, PopStraw estimait leurs ventes à 200 000 pailles.
Comme le règlement l’impose, une partie des profits de PopStraw revient à une association. Ici The Sea Cleaners bénéficie de la réussite de la mini-entreprise strasbourgeoise. L’ONG française nettoie les océans du plastique qui y est jeté.
En compétition jusqu’en Serbie
Du 15 au 18 mai 2018, PopStraw participe à sa première compétition. Les « Mini-Entrepreneurs » concourent contre d’autres étudiants du Grand Est, sous l’autorité d’EPA. Ils doivent présenter leur projet, à la fois en anglais et en français, puis discuter avec les jurys sur le stand qu’ils ont fabriqués. Ils gagnent. Au niveau national, la compétition est plus rude, mais ils obtiennent quand même leur ticket d’avion pour Belgrade. Là-bas, ils y représentent la France face à d’autres pays européens, voire un peu plus lointains. Pour Pierpaolo, c’était même un concours international :
« Je dirais que ça avait une échelle mondiale, il y avait le gouvernement des Etats-Unis pour observer la compétition, Israël participait. Au final, on est revenu perdants de Serbie. On a gagné en maturité, certains en aisance orale, d’autres en anglais. On a pu découvrir des projets innovants comme le Portugal qui a crée une balise portable contre les feux de forêts, qui alerte quand elle chauffe trop. C’était une expérience unique. »
Une suite compliquée
Maintenant, les étudiants se préparent à faire la transition. Une Mini-Entreprise ne peut survivre que dix mois, soit le temps d’une année scolaire. Idéalement, ils auraient aimé revendre l’entreprise. Mais c’est trop cher, trop compliqué, comme l’explique le responsable des programmes pédagogiques et de la formation d’EPA France, Nicolas Koster :
« EPA propose des entrées légales, donc les Mini-Entreprises sont rattachées à une école, une université, une mission locale. Ils n’ont pas de charges administratives, pas de numéro de SIRET, pas d’impôts. La propriété intellectuelle et le concept appartiennent à l’établissement auquel ils sont rattachés. Du coup, c’est assez rare qu’elles soient vendues. Certains ont pu la transformer en association, d’autres la mettent en suspens jusqu’à la fin de leurs études. Aujourd’hui, nous n’essayons pas particulièrement de mettre cela en avant, nous préférons une approche plus pédagogique. »
Les huit étudiants partent dans des filières différentes, et probablement des classes différentes. Les élèves ont déjà pu obtenir une rallonge d’EPA, qui demandent aux participants de clôturer leur Mini-Entreprise en juin. Leur professeur Aurélien Perrey quitte Kléber. Il a donc laissé à ses élèves jusqu’à la fin du mois d’août pour vendre, fermer ou garder leur entreprise. Si le programme a permis à certains élèves de concrétiser leur avenir professionnel, d’autres en ressortent simplement avec l’envie de participer un peu plus à ce genre de projets comme Pierpaolo :
« Chaque entreprise crée et construit ses propres valeurs. On a tous su trouver notre place, on a appris à communiquer, on a été responsabilisés. Si on était pas d’accord, on ne pouvait pas avancer. On a monté une entreprise qui a prospéré. Pour nous c’était au-delà de l’argent, ça a aussi permis de changer la vision sur notre avenir. Après tout, comme on nous l’a répété, c’est la première ligne qui existera sur notre CV. »
Depuis le 1er juillet, les parcs de Strasbourg sont devenus non-fumeurs. Terrasses, berges, ou jardins privés, les fumeurs à Strasbourg se cherchent de nouveaux repaires.
Fumeur de 31 ans, Giulio vient presque tous les jours au parc de l’Orangerie, entre midi et deux. À l’entrée côté allée de la Robertsau, il écrase son mégot machinalement dans le cendrier à côté de la grille,en face de la pancarte « Parc sans tabac » tout juste accrochée. Lorsqu’on lui demande s’il exécute à cause de la récente interdiction de fumer dans tous les espaces verts publics strasbourgeois, il s’étonne. Giulio avait l’intention de rallumer une cigarette à l’intérieur.
Sensibiliser puis punir
Respectueux du nouveau règlement, le trentenaire pense changer ses habitudes : « S’il y a une amende, je ne fumerai plus dans ce parc. » Amende, il y aura. Enfin pas avant 2019. Dans un premier temps, la Ville de Strasbourg choisit plutôt la sensibilisation, avec le déploiement de « médiateurs » dans tous les espaces verts publics où l’interdiction de la cigarette a été décrétée le 1er juillet.
Dans un premier temps, les médiateurs devront discuter des dangers environnementaux et sanitaires du tabac, avec ceux qui contreviendraient à cette décision. Ces patrouilles doivent intervenir à partir du mois d’août. Mais la municipalité n’avance pas de nombre d’agents dévolus à cette mission. Ils seront assistés par La Ligue contre le cancer, l’Agence régionale de Santé (ARS) et l’Instance régionale d’éducation et de promotion de la santé (Ireps).
Aucun montant d’amende n’a été communiqué. La municipalité se contente d’une comparaison : fumer dans un parc sans tabac pourrait coûter aussi cher que jeter un mégot sur la voie publique : 68 euros.
Depuis le 1er juillet, il est interdit de fumer dans les parcs, comme ici à l’Orangerie.
Les refuges des fumeurs : terrasses et quais
Les fumeurs respectueux de la loi cherchent une alternative aux parcs. Pour le moment, les berges sont toujours des espaces « cigarette-friendly ». La Ville de Strasbourg assure qu’elle ne prévoit pas à l’heure actuelle d’y étendre l’interdiction. Le ponton des Bateliers, inauguré au début du mois de juillet sous le quai du même nom, est par exemple autorisé aux fumeurs… à condition de prévoir son propre cendrier de poche pour ne pas jeter ses mégots dans l’Ill.
Pas de changement non plus sur la réglementation des terrasses des bars et restaurants, qui pourraient-elles aussi devenir un autre « refuge ». Et contrairement aux berges, pas besoin de s’asseoir par terre et le cendrier est fourni. Mais pour Valentin, 19 ans et étudiant, il n’est financièrement pas possible d’y consommer régulièrement. Ce que Claire, 40 ans et son frère François, 43 ans, confirment :
« Cette interdiction ne veut pas dire qu’il y aura plus de monde sur les terrasses pour fumer. Si on n’y va déjà pas ou alors peu, c’est qu’on a pas d’argent pour y aller dans tous les cas. Financièrement, ça a quand même un coût. Et puis c’est gênant quand on ne sait pas si ça va déranger la table d’à côté, s’il y a des enfants ou des gens qui ne supportent pas l’odeur. »
Des blocs de béton anti-terroristes plutôt que des bancs
Dans les rues de la ville, on retrouve les fumeurs dans les stations de bus et de tram, sur les bancs publics ou simplement appuyés contre un mur. Sur la Place Kléber, Léna, 22 ans, étudiante, allume sa cigarette. Elle est installée sur les blocs de béton, posés ici par la Ville de Strasbourg pour prévenir les attaques terroristes. Autour d’elle, ils sont une dizaine de fumeurs à s’être assis sur les pierres. À défaut d’un nombre de bancs suffisants, ils sont détournés de leur fonction première. Et deviennent des sièges sans dossier à qui souhaite faire une pause gratuite.
Autres sièges prisés des Strasbourgeois, les marches des monuments historiques de la ville. Au pied du Théâtre National de Strasbourg, sur le bord de la fontaine de Janus place Broglie, ou encore devant le Musée d’Art Moderne, place Hans Arp. Pour Claire, c’est une solution envisageable. « Mais on va finir par en être virés nous aussi », craint la quadragénaire. La Bibliothèque Nationale Universitaire, place de la République, a déjà affiché l’interdiction de fumer sur le parvis du bâtiment.
Le soir, les marches du Théâtre National de Strasbourg sont couvertes de mégots de cigarettes, fumées notamment par les usagers du tram. (photo JB / Rue89 Strasbourg /cc)
Fumer « est aussi une façon de réunir les gens »
Fumer en dehors de chez soi est pénible pour Clémence, 30 ans. La décision de la Ville l’embête. Elle est résignée à rester dans son propre appartement. Solution pour les Strasbourgeois qui ont la chance d’avoir un balcon ou un jardin. Un peu moins pour les étudiants coincés dans une petite chambre.
Clémence estime que ça la conduira à un peu moins sortir :
« Je fumais souvent dans les parcs. Notamment à l’Orangerie puisque c’est un beau cadre. Maintenant, je vais probablement rester dans mon jardin pour fumer mes clopes et boire des bières. »
Mais François et Claire pensent également que c’est l’un des revers de cette décision :
« C’est aussi une façon de réunir les gens, ça favorise les échanges et les nouvelles rencontres. On sortira moins, on sera plus souvent chez soi, ce qui n’est pas meilleur pour la santé. »
Même s’ils comprennent que cela puisse être un danger pour la santé de ceux qui les entourent, en particulier les enfants, certains choisissent simplement d’ignorer la restriction et fument à l’intérieur des squares… du moins avant la mise en place d’une amende.
Le festival Au grès du Jazz et Rue89 Strasbourg vous donnent l’opportunité d’écouter des musiciens de renom dans le village de La Petite Pierre. Deux invitations pour deux personnes sont à gagner pour le concert de Quatuor Voce le 6 août et la performance de Christopher Imbs Trio et Seamus Blake le 13 août.
Vous voulez profiter d’un festival de jazz dans les Vosges? Rien de plus simple. Il suffit de vous inscrire aux deux jeux concours ci-dessous. Vous pouvez remplir le premier formulaire jusqu’au 5 juillet afin de profiter du concert de Quatuor Voce le lendemain. Le deuxième formulaire peut être complété jusqu’au 10 août. Le concert de Christopher Imbs Trio et Seamus Blake aura lieu le 13 août.
Quatuor Voce, le 6 août
Pour le premier concert offert, vous pourrez apprécier les sonorités d’un alto, deux violons et un violoncelle. Mais le festival Au Grès du Jazz promet aussi une « rencontre inédite » à cette occasion. Des musiciens séduits par les musiques du monde se produiront avec le Quatuor Voce. La formation française et ses invités surprises joueront le 6 août sur la place Jerri Hans dans le village de La Petite Pierre. Embarquement pour un voyage « du Brésil à l’Indonésie, en passant par l’Iran, Cuba et l’Egypte » à partir de 21h. Deux billets pour deux personnes offerts grâce au jeu-concours.
Christophe Imbs Trio et Seamus Blake, le 13 août
Les lecteurs et lectrices de Rue89 Strasbourg ne voit pas le visage de Christophe Imbs pour la première fois. Le musicien strasbourgeois nous a déjà parlé de son concert à La Petite Pierre en compagnie du saxophoniste Seamus Blake. Lundi 13 août à partir de 21h, piano, contrebasse, batterie et saxophone résonneront sur la place Jerri Hans. Deux billets pour deux personnes offerts grâce au jeu-concours.
Rédacteur en chef de Rue89 Strasbourg. Spécialisé depuis 2019 en enquêtes locales, à Strasbourg et en Alsace sur des sujets variés allant de l’extrême-droite à l’hôpital public en passant par la maison d’arrêt de Strasbourg, les mouvements sociaux, les discriminations et l’expertise-psychiatrique.
Archives vivantes – Le quartier de Hautepierre se construit dans les années 1970 à l’époque où le développement de Strasbourg ne doit pas se faire « sur place », mais à l’extérieur. Ses grands ensembles construits sur les champs à l’ouest de la ville sont considérés comme modernes et permettant de loger une population modeste au milieu de rues à sens unique et sans feu tricolores pour circuler facilement en voiture. Souvenirs.
Si depuis les années 2010, le développement de Strasbourg passe par la construction de « la ville sur la ville », c’est une option différente qui est choisie dans les années 1970. « Le développement ne se fera pas sur place », affirme alors le maire Pierre Pfimlin (Centre démocrate), qui rêve d’un Strasbourg « de 800 000 habitants, du Rhin aux Vosges », allant jusqu’à Haguenau, Barr, Obernai, Molsheim ou Erstein (8ème vidéo, en 1973).
Archives vivantes
Une rubrique proposée en partenariat avec l’INA Grand Est
Ce thème est toujours d’actualité dans les débats sur la « bétonisation » : trouver un équilibre entre développement de la ville et préservation des forêts et des champs, à l’aide de vastes « schémas directeurs ».
Espaces verts et calme
Et dans cet essor, Hautepierre est la principale opération (253 hectares). Ce qui est censé faire sa modernité, c’est d’être entièrement pensé pour l’automobile, avec ses voies à sens unique. « Le système permet une circulation unidirectionnelle comme sur les autoroutes », se targue l’un des concepteurs (dont le nom n’est pas consigné dans les archives de l’Ina, mais qui semble être l’architecte Pierre Vivien, 1ère vidéo, en 1970). « Il n’y aura jamais de feu rouge dans l’ensemble de Hautepierre ! », insiste-t-il. La rénovation du quartier en 2014 lui donne tort.
Les 11 mailles hexagonales prévues, et non 8 comme finalement réalisées, doivent relier Cronenbourg au nord et Kœnigshoffen au sud. Ces « unités de résidences » servent à composer « un grand village » avec des mailles de 3 à 4 000 habitants, avec une dominante d’habitations à loyer modéré (HLM). Le but : être assez près « de la ville et de ses emplois ».
Aménagements en débat dès 1973
Dès l’origine ou presque, à la fin des années 1970, Hautepierre est qualifié de réalisation « très controversée » par le journaliste, lors d’un long sujet sur la politique foncière de Strasbourg (8e vidéo). D’un côté, le député Jean-Claude Burckel (Union des démocrates, droite) s’inquiète :
« Le développement d’un agglomération nécessite des surfaces de terrains absolument importantes et c’est là qu’est la difficulté, puisque inévitablement, lorsqu’une agglomération s’étend, elle va surtout prendre des terrains à l’agriculture. C’est là qu’il faut trouver un juste équilibre. »
Le maire répond que ce serait « une très grave erreur » d’abandonner la deuxième tranche, mais qu’une « conception architecturale différente » pourrait être retenue (ce que l’on entend parfois aussi de nos jours).
Espaces verts, calme, équipements adaptés… Certains commentaires demeurent élogieux. Une vie de quartier se développe, par exemple avec le carnaval (3e vidéo, 1977). Les enfants s’amusent autant « sur les parkings » que les espaces de jeux « imaginés par les adultes ».
« Les écoles au milieu du quartier, ça me plaisait beaucoup »
Enseignante et toujours habitante de Hautepierre, Edith Wilhelm a déménagé de la Meinau vers ce quartier dans les années 1970, attirée par le concept :
« Ce qui me plaisait beaucoup, c’est cette idée des écoles au cœur des mailles, fermées à la circulation. Au début, les habitants sont arrivés avant les écoles et une des premières rentrées s’est faite dans des bâtiments préfabriqués. Les mailles suivantes ont été moins denses qu’Éléonore. Et comme nos remarques étaient remontées, l’école Karine a été construite avant les logements (souvenir évoqué lorsque Pierre Pfimlin parle de « déphasages inévitables » entre logements et équipements – 8e vidéo, ndlr). »
Directeur de l’école Karine de son ouverture en 1975 jusqu’à sa retraite en 1994 Christian Bernon se rappelle avec précision de cette rentrée particulière :
« Il y avait un seul bâtiment mais une école avec 20 classes. A la rentrée, il y avait 5 élèves pour deux enseignants. Après 5 jours, un article des DNA avait relaté de cette situation et le Rectorat a affecté mon collègue à des remplacements jusqu’à qu’il y ait 35/40 enfants, seuil à partir duquel on ouvrait une classe à l’époque, ce qui a heureusement bien changé depuis. A la rentrée 1976, il y avait déjà une centaine d’enfants. On est monté jusqu’à 17 classes, atteintes en cinq ou six ans. »
Cette école a surtout une place particulière dans la vie d’Edith Wilhelm et Christian, car elle promeut les pédagogies dites Freinet, ainsi qu’institutionnelles. L’ancien directeur raconte :
« Nous étions quelques enseignants strasbourgeois à faire le constat que la pédagogie actuelle était dans une impasse, mais nous étions dispersés. Si bien que pour l’enfant c’était juste une année de parenthèse. On s’est dit que ce serait intéressant de partir d’un projet vierge. Dans les écoles françaises, on évalue les connaissances, mais on ne donne jamais d’importance à la relation d’un groupe. On voulait former des enfants responsables autour de valeurs comme l’engagement ou le partage des difficultés. Et même impliquer les parents. C’était aussi de longues réunions hebdomadaires en dehors du temps scolaire pour tous les enseignants. Si c’était à refaire, il y a peu de choses que je ferais différemment. »
Le samedi matin, des activités aussi variées que de la tapisserie, peinture, du sport, du jardinage, de la cuisine, travail du cuir ou du bois étaient proposées sur le temps scolaire. « On dit toujours à un enfant de ne pas se servir d’outils, mais on ne lui apprend jamais à s’en servir ». Cet habitant de l’Elsau n’a jamais habité le quartier. Mais par des collègues il sait qu’en partie « l’esprit est resté » à l’école Karine.
Un document de présentation de l’école Karine et le tableau des activités du samedi matin (photo JFG / Rue89 Strasbourg)
Daniel Gerber, habitant en 1973 et 1974 conserve moins de souvenirs, mais se rappelle de sa vie d’adolescent :
« En cinquième, j’allais encore au collège à Cronenbourg, car il n’y en avait pas encore à Hautepierre. En 4ème, le collège Truffaut avait ouvert. Le reste du temps, j’allais surtout en ville dans les nombreux cinémas. On y allait à vélo à une époque où il y avait beaucoup moins de voitures et de danger. À la place du Auchan, il y avait des champs où l’on jouait, ainsi que dans les forêts où j’essayais la chasse à l’arc, sans grand succès. Après notre déménagement, j’ai gardé des amis à Hautepierre mais je les voyais ailleurs, parce qu’il n’y avait pas grand choses à y faire.
Je garde surtout le souvenir d’un quartier où les petits fonctionnaires s’installaient. Profs, universitaires, agents de la mairie… D’un point de vue de l’urbanisme, c’est une époque où les nouveaux quartiers faisaient le lien entre les anciens. Alors qu’historiquement Strasbourg était une ville satellitaire. Même le Neuhof, était un village avant la cité. »
Contrairement à Édith, il ne garde pas tant le souvenir d’un « quartier vert » à l’origine. « Même la forme en alvéole évoque le béton, c’est la continuité de Le Corbusier. »
Stade d’athlé, Maillon, jardins partagés
L’installation du seul stade de France dédié à l’athlétisme (4e video, en 1978, avec Robert Grossmann, alors vice-président de la Communauté urbaine) ou le théâtre du Maillon (5e vidéo, aujourd’hui occupé par aucune structure) viennent équiper ce quartier, uniquement pensé pour l’habitat, la circulation et la détente familiale à l’origine.
Édith Wilhelm se souvient :
« La piste, j’y courais et les écoles y allaient. C’est un beau revêtement, très agréable pour les articulations. Ensuite elle a été réservée aux clubs, une autre piste en terre battue étant accessible mais moins agréable. Le Maillon avait une belle programmation et un directeur investi, mais peu de culture populaire. Si bien qu’il était peu fréquenté par les habitants du quartier. »
Les habitants se succèdent et la vie citoyenne s’organise. En 1984, un collectif d’habitants du Vert-Village, au nord, prône un boycott des charges des espaces verts (6e vidéo). La « taxe d’entretien spécifique » est vue comme un impôt supplémentaire, pas toujours justifié (à l’instar de la cotisation obligatoire à l’Asere dans le quartier de l’Esplanade, bâti à la même époque).
Mobilisation du Petit Bois
Celle qui a vécu dans trois mailles (Eleonore, Jacqueline et Brigitte) se rappelle aussi des questionnements autour du Petit Bois, au milieu du quartier, maille Brigitte :
« Il y avait déjà eu des pétitions et manifestations pour sauver le Petit Bois où un pépiniériste était installé par la passé. Lors de la rénovation j’étais inquiète, car beaucoup d’arbres ont été coupés et les espaces verts servent parfois de variable d’ajustement. Quand j’ai entendu un responsable dire que « toucher au Petit Bois serait criminel, » ce fut un vrai soulagement. »
À l’origine, les mailles de Hautepierre étaient reliés par des passerelles ou des souterrains sous les routes comme celui-ci. Il n’en reste que quelques uns dans les coins non rénovés. (photo JFG / Rue89 Strasbourg)
Changement d’organisation avec la rénovation
Avec les années, le quartier vieillit et les immeubles sont peu entretenus. Dans ce quartier qui concentre les problèmes sociaux, la rénovation urbaine initiée en 2008 vise à contrecarrer l’urbanisme imaginé en 1970 et veut faire de Hautepierre « un quartier comme les autres ». Le tram sillonnent les mailles, mais surtout les voies unidirectionnelles sont remplacées par des rues classiques, avec des feux rouges, des pistes cyclables et de larges trottoirs. Les mailles, désormais au même niveau que les chaussées qui les contournent, sont « ouvertes » à la circulation. Les GPS, sont quant à eux un peu perdus suite à ces bouleversements.
Attirée par la conception originelle de Hautepierre, Édith Wilhelm a vu la philosophie du quartier remise en question :
« Ce qui me frappe en regardant ces vidéos, c’est qu’il n’y a plus de place pour les parkings, alors que de plus en plus de familles utilisent la voiture. La philosophie a été d’ouvrir les mailles, mais qui communiquaient déjà avec des passerelles et souterrains. Ces passages n’étaient pas toujours très empruntés, car tout le monde n’en avait pas le besoin. Il ne reste que très peu de souterrains d’autrefois désormais. Hautepierre est un quartier qui a des avantages et inconvénients et c’est dommage qu’on se focalise uniquement sur les points négatifs, même venant de ses d’habitants. »
Dans ces changements du cadre de vie (mais pas de la vie quotidienne), une dynamique inattendue émerge, celle des jardins partagés à la place de la terre, des gravats et d’arbres (7e vidéo, en 2008).
Lundi 13 août, le festival Au Grès du Jazz accueille une collaboration inédite, celle de Christophe Imbs et de Seamus Blake. Le pianiste strasbourgeois et le saxophoniste britannique promettent une création unique, mêlant les envies et les influences du premier au jazz précis et précieux du second.
« Audacieux, hors des sentiers battus. » C’est ainsi que Valentine Wurtz, programmatrice du festival Au Grès du Jazz, décrit le projet de Christophe Imbs. À 39 ans, le pianiste, diplômé de la classe jazz du Conservatoire de Strasbourg, a voulu collaborer avec Seamus Blake. Saxophoniste britannique et jazzman prolifique, il a participé à plus de soixante-dix albums. Ils se produiront ensemble avec la batteuse Anne Paceo et le contrebassiste Joan Eche-Puig pour un concert unique le 13 août à 21h à La Petite-Pierre.
Rue89 Strasbourg : Comment est venue l’idée d’une collaboration avec Seamus Blake ?
Christophe Imbs : Quand les programmateurs du festival m’ont offert l’opportunité de proposer une collaboration, ils ont tout de suite été partants pour Seamus Blake. Je l’ai simplement contacté par e-mail et il a été intéressé. Puis je l’ai rencontré sur Paris au mois de juin, il a trouvé la musique chouette. Je suis très flatté qu’il ait accepté ce projet parce qu’il reçoit beaucoup de propositions. Je me suis dit que j’avais vraiment envie de proposer des sonorités et des constructions originales, d’autant plus que je sors un disque en novembre qui est assez important pour moi. Donc c’était aussi le moment de faire le bilan.
« Je dois à Seamus Blake mon ouverture musicale »
Pourquoi Seamus Blake ?
Seamus Blake est quelqu’un que j’écoute depuis une vingtaine d’années. À l’époque où j’étudiais au conservatoire de Strasbourg, il m’a beaucoup apporté. C’était un peu la nouvelle génération, donc il a apporté au jazz une vision plus ouverte, peut être un peu plus basée sur le son. Un peu plus libre aussi, puisqu’il s’éloignait des traditions. Il joue du saxophone ténor, avec un son particulier, singulier et très reconnaissable. Loin des clichés. Et dans ses improvisations, il est vraiment un créateur, il ne fait pas de redite de ce qu’ont pu faire d’autres artistes. Sa musique était plus rock que d’autres, notamment avec l’album Stranger Things Have Happened qui est sorti en 1999. La mienne est jazz, mais aussi électro, rock, pop. Je lui dois mon ouverture musicale.
Et pourquoi avez-vous choisi les autres musiciens ?
Je connais Anne Paceo, la batteuse, assez bien. Nous menons beaucoup de projets ensemble, notamment sur mon prochain disque ForYourOwnGood. Donc quand je lui ai présenté mon idée, elle connaissait déjà bien ma musique. Et c’est Joan Eche-Puig qui sera à la contrebasse. J’attendais impatiemment l’occasion de jouer avec lui, j’aime beaucoup ce qu’il fait et il a déjà collaboré avec Anne Paceo. Mais c’est compliqué sur un travail assez long comme ça, puisqu’il est de Montpellier. On a pu se voir sur un autre concert à Paris, et ça a plutôt bien collé.
Christophe Imbs jouera le 13 août au festival Au Grès du Jazz (photo Philippe Savoir)
Comment avez-vous préparé et travaillé cette collaboration ?
On a des emplois du temps vraiment chargés, c’est un peu compliqué de réussir à se voir. On a répété le premier jet de mes compositions au mois de juin, avec Anne Paceo et Joan Eche-Puig. En ce moment, je suis à La Rochelle, pour avancer dans l’écriture. À la fin de la semaine je leur enverrai mes premières pistes de travail, avec des choses parfois complexes, donc qui devront être connues avant les répétitions. Au mois d’août, on fera une résidence musicale, à Paris, juste avant le festival. Au final, on aura passé six mois sur le projet. Mais c’est moins complexe que ça en a l’air car j’ai depuis longtemps ma direction, je sais de quoi j’ai envie pour ce concert. Musicalement, j’essaie d’écrire en pensant à Seamus Blake et à sa musique. J’essaie de mettre en avant sa personnalité et celles des autres musiciens.
« En quelques jours, nous serons devenus un groupe »
Ça doit quand même être compliqué de travailler à distance pour préparer un concert…
Les musiciens de jazz fonctionnent souvent comme ça, nous avons l’habitude d’être éloignés les uns des autres. Tout le monde est très pris, donc on ne peut pas se voir toutes les semaines. Chacun doit découvrir la partition et travailler dans son coin. On se retrouvera quelques jours avant mais nous serons prêts à jouer comme un groupe. On se concentrera alors sur l’énergie, les sonorités de notre musique…
Seamus Blake a participé sur plus de soixante-dix CDs au cours de sa carrière (Photo Au Grès du Jazz / doc remis)
Quel était votre objectif musical derrière cette collaboration ?
Je me fais violence pour donner de la rage à ce que je joue, j’ai fait pas mal de choses rock et électro. J’aime bien les choses vraiment belles mais je n’aime pas uniquement les choses belles. Je ne veux pas rendre les choses laides non plus, je ne veux juste pas être dans les clichés. C’est une recherche de sons pour décaler le propos. Je fais beaucoup de pièces mélodiques, presque pop par moment. J’ai toujours du mal à parler de la musique que je fais, et notamment pour ce concert, mais je dirais que je suis un pianiste « coloriste. »
Un pianiste « coloriste » ?
C’est un terme que j’emploie en opposition aux pianistes très ancrés dans la rythmique. J’aime bien m’éloigner du côté académique. Je fais un travail sur l’harmonie, le son, la couleur de mon piano. Avec en complément un jeu que je veux rock. Mais ça reste compliqué de m’enfermer dans ce genre de termes, car le public se fait une idée trop précise par rapport à ce à quoi il va finalement assister.
C’est un aspect de votre jazz que vous voulez montrer dans ce projet ?
Dans ce projet, je voulais travailler sur un son électro, avec des effets de guitare, de distorsion sur mon piano acoustique. Je fais du jazz organique, physique, qui est loin d’être intellectuel. Et c’est aussi l’idée de ma participation à ce festival, l’idée que les gens n’y trouvent pas une musique cérébrale. Surtout que, pour avoir déjà été trois fois à La Petite-Pierre, c’est un lieu convivial, idéal pour une rencontre avec le public.
Mardi 3 juillet, le Crédit Mutuel a été condamné à payer une amende d’un million d’euros. La banque strasbourgeoise écope aussi d’un blâme de l’autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR). En cause : des manquements répétés dans la lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme.
À plusieurs reprises, le Crédit Mutuel a fait preuve de laxisme dans la lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme. Le 3 juillet 2018, l’autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR) a condamné la banque strasbourgeoise à payer un million d’euros. Des manquements répétés ont été constatés sur des opérations datant de 2014 et 2015.
Street Art à Monaco… (Photo David / Flickr / cc)
Liste rouge et paradis fiscaux
Entre février et mai 2016, le superviseur bancaire français s’est penché sur les activités des caisses locales du Crédit Mutuel Méditerranéen (CMM). Selon l’autorité de supervision, « le dispositif de détection et d’analyse des opérations atypiques de la Caisse fédérale de Crédit Mutuel (CFCM) […] ne fonctionne pas de manière efficace au sein du CMM. »
La fédération méditerranéenne du Crédit Mutuel a fait preuve d’une lenteur excessive dans l’application des sanctions. La décision du superviseur bancaire évoque une « relation d’affaires [qui] s’est poursuivie pendant plus de 6 mois après la demande de cesser les relations commerciales avec les clients. » Les comptes bancaires en question étaient « principalement alimentés par des virements en provenance d’un pays inscrit sur la liste rouge de la CFCM ».
Dans huit dossiers, le Crédit Mutuel a trop tardé à sanctionner des clients suspects. Des virements non-justifiés de 342 000 euros d’Estonie et de deux paradis fiscaux (Îles Vierges britanniques et Liechenstein) ont mis plus de deux mois à être déclarés par l’établissement. Dans un autre cas, un client fait l’objet d’ « une réquisition judiciaire relative à un assassinat » le 23 décembre 2014. La banque est restée passive pendant huit mois avant d’envoyer une déclaration de soupçon à Tracfin. Cet organisme du ministère de l’Économie et des Finances est chargé de la lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme.
Grosses sommes en liquide et départ en Syrie
Selon le superviseur bancaire français, le Crédit Mutuel n’a pas respecté ses obligations pour lutter contre le financement du terrorisme. L’ACPR cite encore trois opérations bancaires suspectes. À chaque fois, l’autorité dénonce un examen insuffisant pour écarter l’hypothèse d’un lien avec une entreprise terroriste. Les montants d’espèces en cause varient de 7 500 euros retirés en une fois à 116 000 euros déposés en liquide à la banque.
Fin octobre 2015, le père d’un client alerte la banque : son fils a « exprimé son intention d’aller combattre en Syrie. » Le compte est vite clôturé. Il était déficitaire et inactif depuis des achats dans des « commerces à orientation religieuse […] et dans une armurerie (quoique d’un faible montant, ndlr). » Mais l’autorité bancaire accuse à nouveau la lenteur du Crédit Mutuel. Le groupe ne transmet une déclaration de soupçon à Tracfin qu’un mois après avoir eu les éléments suffisants.
La décision de l’ACPR évoque aussi l’absence de recherche sur l’identité de 32 clients dans la période 2014-2015. Impossible pour la banque de savoir si l’un d’eux faisait l’objet d’une mesure de gel des avoirs…
« Des mesures correctives ont été prises »
La Caisse Fédérale du Crédit Mutuel a répondu à cette décision du 6 juillet 2018. Pour sa défense, elle rappelle plusieurs faits indiqués dans la décision de l’ACPR :
« Les insuffisances relevées sont limitées et ne permettent pas de tirer des conclusions générales sur la qualité du dispositif de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme. Comme le relève la décision, des mesures correctives et de renforcement de moyens ont été immédiatement prises. »
La sanction contre le Crédit Mutuel est légère. En 2017, BNP Paribas a été condamné à 10 millions d’euros, d’amende. La Société Générale a dû payer 5 millions d’euros dans le même cadre. L’ACPR a pris en compte les mesures correctives prises par la banque et relativise certains griefs :
« Le nombre de dossiers dans lesquelles la vérification de l’identité a été conduite de manière non satisfaisante est faible au regard du nombre de comptes ouvertes pendant la période examinée. »
En avril 2018, la caisse fédérale du Crédit Mutuel Nord Europe a été condamnée pour des motifs similaires. Le blâme avait été assorti d’une amende de 1,5 million d’euros.
Rédacteur en chef de Rue89 Strasbourg. Spécialisé depuis 2019 en enquêtes locales, à Strasbourg et en Alsace sur des sujets variés allant de l’extrême-droite à l’hôpital public en passant par la maison d’arrêt de Strasbourg, les mouvements sociaux, les discriminations et l’expertise-psychiatrique.
Les mesures de sécurité rendent la vie dure aux commerçants itinérants inscrits pour la Grande Braderie de Strasbourg. Dans le local syndical des commerçants des marchés de France, l’agitation régnait déjà à deux jours de l’événement. Reportage.
« Cette préparation de la Grande Braderie, c’est un calvaire », Sylvie Wilmann ne mâche pas ses mots. Passer son après-midi derrière un bureau, entre les coups de fil et l’ordinateur, très peu pour elle. Cette commerçante non-sédentaire depuis 1986 fait un effort à deux jours de l’événement. « On se bat pour que la braderie continue », explique-t-elle.
Entrée du syndicat des commerçants des marchés de France (67), derrière la gare de Strasbourg. (Photo GK / Rue89 Strasbourg / cc)
300 places de commerçants à gérer
Celle qui est aussi secrétaire générale du syndicat des commerçants de marché du Bas-Rhin doit attribuer les places de chacun des vendeurs itinérants, transférer une liste de 300 inscrits à la mairie et à la police, et enfin accueillir certaines personnes mécontentes de l’emplacement attribué. La gestion des espaces pour les stands a été déléguée par l’organisateur, l’association de commerçants les Vitrines de Strasbourg.
Six personnes charbonnent dans le local syndical, situé derrière la gare de Strasbourg. Ce matin encore, Sylvie Wilmann vendait sa lingerie sur le marché d’Obernai : « On a eu juste le temps de se prendre un sandwich avant de venir ici. »
L’agitation règne dans la maisonnette. Face à Sylvie, Nadège Schouler a le nez dans son ordinateur. Cette autre membre du syndicat aime préciser : « Je suis moi-même fille de camelot (argot pour désigner les marchands itinérants, ndlr) » La femme préfère aussi vendre ses montres et bijoux, à l’air libre… Mais il faut bien donner un coup de main à deux jours de la grande braderie. Les bureaux sont couverts d’épais dossiers, de chèques pour payer les emplacements et de bouteilles d’eau, canicule oblige. L’ancienne présidente du syndicat raccroche le téléphone avant de résumer le dernier appel :
« On vient de m’appeler car le camion d’un des commerçants est cassé. Donc je dois déclarer une nouvelle plaque d’immatriculation auprès de la préfecture. Et la mairie veut aussi sa liste… »
La fin du stationnement derrière l’étal
Les difficultés des commerçants itinérants ne s’arrêtent pas là. Cette année encore, la problématique du stationnement est sur toutes les lèvres. Sylvie Wilmann est exaspérée :
« Avant, on pouvait venir avec nos camionnettes et nous garer derrière l’étal. Depuis les attentats de 2015, les véhicules utilitaires ne sont plus admis dans l’enceinte de la ville. En plus, cette année le stationnement est géré par une entreprise privée. On peut plus négocier avec la ville pour que les commerçants puissent laisser leur véhicule à proximité de leur stand… Du coup, il faut décharger très tôt le matin avant d’aller se garer sur un parking trop petit (celui de la place de Lattre de Tassigny). Là-bas, les affaires sont sans surveillance… »
Bernard Reeb ouvre la porte du bureau. Cet ancien marchand itinérant passe saluer l’équipe. À la retraite, l’ex-président du syndicat donnera un coup de main vers 5h30 du matin pour déballer les cartons. Volontiers râleur, l’homme de 79 ans fustige un nouveau risque qui survient pour les commerçants :
« Si les camionnettes des vendeurs sont garées ailleurs, comment font les commerçants s’il y a de l’orage, s’il pleut? C’est toute la marchandise qui est foutu si on peut pas la mettre à l’abri. »
Bernard Reeb, commerçant itinérant à la retraite et ancien président du syndicat.
Dans le couloir d’à côté, un homme crie son mécontentement. Ce vendeur itinérant vient de recevoir sa place pour la grande braderie. L’emplacement n’est pas le même que l’année dernière. Le président du syndicat, surnommé Lulu par tous les gens du milieu, tente de le calmer. Sylvie Wilmann y parvient après quelques minutes d’explications. « C’est le bordel, les gens commencent à venir râler… », souffle-t-elle.
Un commerçant vient de récupérer son emplacement définitif auprès de Nathalie Guth, trésorière du syndicat.
« Avec les barrages, ça va bouchonner… »
Les membres du syndicat travailleront bien après 20h, jeudi puis vendredi… Le samedi, toute l’équipe sera prête à mettre leurs étals en place, dès 5h30. La secrétaire générale craint déjà déjà le début de cette longue journée :
« Il n’y a que deux entrées autorisées pour plus de 300 vendeurs itinérants… On en avait demandé quatre. Avec les barrages filtrants de la police, ça va bouchonner… Et certains clients sont là dès 6 heures… »
Pour chaque vendeur, la taille et l’emplacement exact du stand sont cruciaux. En début de matinée, l’équipe du syndicat devra mener de front le placement de certains commerçants mécontents… et leurs propres affaires. Car chacun souhaite rentabiliser la location proposée à 22 euros le mètre carré par Les Vitrines de Strasbourg pour les non-sédentaires. Pour la Grande Braderie, il faut faire un gros chiffre. Lors d’un marché classique, le même espace vaut 1,22 €.
Rédacteur en chef de Rue89 Strasbourg. Spécialisé depuis 2019 en enquêtes locales, à Strasbourg et en Alsace sur des sujets variés allant de l’extrême-droite à l’hôpital public en passant par la maison d’arrêt de Strasbourg, les mouvements sociaux, les discriminations et l’expertise-psychiatrique.
Se choper à Strasbourg (4/6) – Vivre de l’amour ou du sexe des autres, c’est possible. Rue89 Strasbourg a interrogé un coach en séduction, deux vendeurs dans des sexshop et des fleuristes sur leur quotidien et l’économie que génère leurs activités. La municipalité cherche la bonne formule pour son événement « Strasbourg mon amour ».
Séduire peut coûter cher. À Strasbourg comme ailleurs, les romantiques passent à la caisse pour offrir des fleurs. Les timides payent un coach en séduction et les fétichistes se fournissent dans les sexshops. La rencontre, l’amour et le sexe, c’est aussi un business. Rue89 Strasbourg a rencontré les acteurs locaux de cette économie.
Apprendre à séduire, tout un art
Depuis 2007, Alexandre Cormont est « love coach », il offre des services de « conseiller sentimental, » c’est-à-dire qu’il aide des personnes « successful » [de catégorie sociale supérieure, ndlr] à reprendre confiance en elles pour pouvoir séduire ou maintenir la flamme dans leur couple. Après Nice, Paris et Lyon, il a vendu ses services à près de 550 Strasbourgeois entre 2012 et 2015 avant de s’installer à Miami :
« J’ai coaché une femme à Strasbourg. C’était vraiment une belle femme mais elle me disait ne jamais être draguée. Je lui ai dit de faire le premier pas, de faire un compliment à un homme, juste pour briser la glace. Le jour même, en sortant du coaching, elle a dit à quelqu’un “Vous avez une très belle chemise monsieur.” Ils ont discuté, sont allés boire un café et ils sont encore ensemble ! »
On ne devient pas « love coach » grâce à une formation diplômante. Alexandre Cormont a obtenu en master en sciences humaines et a suivi une formation en programmation neurolinguistique. Ce parcours suscite quelques incompréhensions dans son entourage. Il en rit : « Ma grand-mère ne comprend toujours pas ce qu’est mon métier. »
Le « love coach » Alexandre Cormont est passé par Strasbourg avant de s’installer à Miami. (Photo James Woodley/ doc remis)
Aujourd’hui, il n’a pas besoin d’études universitaires pour convaincre. Alexandre Cormont met ses propres résultats en avant. Il affirme avec précision :
« 70% des couples que j’ai coachés restent ou se remettent ensemble. En moyenne, les hommes retrouvent l’amour après treize semaines et les femmes, sous six semaines.Pour les femmes c’est très simple de trouver l’amour, surtout à Strasbourg ! Les réseaux Ami(e)z sont bien développés. » [Ami(e)z est une association fondée pour des projets de rencontres, ndlr]
Différentes formules de coaching sont proposées. Le « coaching express premium » constitué d’une heure d’entretien par téléphone et d’un suivi de quatre e-mails s’élève à 397€. Aujourd’hui, le coach a quitté les villes de provinces pour développer son antenne à Miami avec son équipe.
« On confie beaucoup aux fleuristes »
Plus classique et historique, le commerce des fleurs résiste plutôt bien aux crises ou au commerces en ligne. À deux pas de La Laiterie, au croisement du boulevard de Lyon et de la rue de Molsheim, se trouve un des quatre magasins de la chaîne Monceau Fleurs. Marine, fleuriste en apprentissage, y travaille depuis quatre ans. « L’amour fait vivre la boutique », affirme-t-elle.
Les roses rouges à 2,95€ sont vendues quotidiennement. (Photo AC / Rue89 Strasbourg/cc)
« Les jeunes couples achètent souvent des fleurs en début de relation », confirment deux autres fleuristes interrogés. Certains clients ne cachent pas leur infidélité quand les bouquets sont destinés à une maîtresse. Marine constate qu’elle vend au moins une rose rouge par jour. Les autres fleurs de couleur rose représentent aussi une grande partie des ventes. Le pic d’activité pour les fleuristes, c’est donc la Saint Valentin :
« On remarque un très nette augmentation des ventes à la mi-février. Des gens viennent aussi à cette période demander des pétales de roses. Ils souhaitent les disposer sur leur lit… »
L’apprentie-fleuriste aime confectionner les bouquets de mariage et les décorations pour les voitures. Ces créations sont plus abouties et nécessitent davantage de temps que d’autres bouquets plus traditionnels. Les prix des bouquets de mariage commencent à 50€ et peuvent aller jusqu’à plus d’une centaine d’euros.
Au rayon des anecdotes, la fleuriste explique aussi que certains clients achètent des fleurs dans son magasin… pour lui offrir :
“Ils viennent ici : on les aide, on les conseille, on leur propose des choses… On passe dix minutes avec ces clients pour qu’au final, après avoir payé, le bouquet soit pour nous ! »
Les Strasbourgeois dans les sexshops
Beaucoup moins conventionnel, le commerce des accessoires de plaisir sexuel connait un récent essor. La vente de sextoys, côté féminin, devrait progresser en moyenne de 11 % par an dans le monde d’ici à 2021, selon un rapport ReportLinker relevé par Le Monde. Les boutiques physiques tentent de tirer leur épingle du jeu, à condition de se moderniser.
Le sexshop Concorde est installé à l’arrêt de tram Faubourg National, depuis le début des années 2000. C’est la seule boutique du groupe en province. Les trois autres sont implantées à Paris.
Selon Rémi, vendeur, la clientèle du sexshop strasbourgeois se rajeunit et se féminise. Quelques conseils du vendeur peuvent suffire à convaincre de jeunes couples :
« Il y a deux semaines, un jeune couple est venu. Ils paraissaient tout timides. Je pensais qu’ils allaient prendre des choses soft. Ils sont repartis avec 300€ de matériel de soumission et ont inscrit dans le livre d’or qu’ils reviendront pour acheter le gode ceinture ! »
Commentaire des clients dans le livre d’or (Photo AC / Rue89 Strasbourg/cc)
Godemichets dans des sachets opaques
Rémi explique ses astuces de vendeur :
« Au début, quand j’ai été embauché, j’avais l’habitude de dire aux clients : “Imaginez que vous êtes dans une boucherie, quelle entrecôte voulez-vous ?” Avec certains clients, il faut avoir extrêmement de tact, les faire rire pour qu’ils dédramatisent la situation. Ce n’est pas comme de la drague mais presque. Je dois parfois passer trois heures avec certains clients pour les conseiller… »
Mais une fois dehors, la gêne est de retour. Les clients demandent un sachet opaque pour cacher les fouets et autres godemichets achetés. Ils sont rassurés en voyant les sacs plastiques de l’enseigne, noirs et sans aucune inscription.
Rémi remarque un engouement pour les produits haut de gamme. L’emballage et la couleur des produits importent beaucoup aux clients. Certains sont prêts à dépenser plusieurs centaines d’euros pour ces objets :
« Un client collectionneur vient chaque mois faire des commandes pour 500 à 600€ de sextoys. Ce n’est pas pour son utilisation mais pour sa collection. Il souhaite avoir d’autres couleurs, d’autres formes particulières. »
De 99€ à 159€, le packaging ou les fonctionnalité font varier les prix (Photo AC / Rue89 Strasbourg / cc)
Tous les vendredis et samedis en fin d’après-midi, la boutique se fait dévaliser de Poppers, par des clients de 18 à 40 ans. L’unique mode de consommation du Poppers est l’inhalation de ses vapeurs par le nez.
Ces fioles permettent de dilater les vaisseaux sanguins et produisent différents effets immédiats tels que l’augmentation de l’excitation sexuelle et un sentiment d’euphorie passagère. Le Poppers a été légalisé en 2013, permettant en fin de semaine « la ruée vers les Poppers » dans les sexshops.
Le flacon de 10ml de Poppers à 10€ se vend très bien. (Photo AC / Rue89 Strasbourg / cc)
Dans la Grand Rue, l’enseigne WM est plus discrète. La vitrine très sobre ne laisse pas soupçonner un sexshop gay racheté par l’actuel patron en 2006. Les clients d’Hervé sont des gays mais pas seulement, entre 18 et 70 ans.
La vitrine discrète de « WM le shopping des mecs » ne permet pas de voir à l’intérieur du magasin. (Photo AC / Rue89 Strasbourg / cc)
Le patron et vendeur du magasin fait aussi face à des demandes impossibles à satisfaire :
« On me demande souvent des choses que les gens voient sur internet comme des crèmes pour faire grossir la taille du pénis par exemple. Moi je ne vends pas ce genre de choses car ça ne fonctionne pas. Je ne fais pas non plus de farces et attrapes. Je ne vend pas de bonbons en forme de pénis comme on m’en demande parfois. »
Les mois de mai, juin et juillet forment la période des enterrements de vie de jeunes filles et de jeunes garçons. Assis derrière son comptoir, le Hervé raconte, un sourire en coin :
« Je vends beaucoup de poupées gonflables, de très gros godes pour faire peur au partenaire… Entre filles, on s’offre beaucoup de sextoys, elles sont plus coquines que les garçons ! »
La Ville de Strasbourg mise aussi sur l’amour
Depuis février 2013, la Ville de Strasbourg essaye de créer un événement commercial autour de la dimension romantique de son patrimoine. La manifestation « Strasbourg mon amour » avait pour but initial d’augmenter la fréquentation touristique autour de la Saint Valentin, une période où les hôtels strasbourgeois sont peu remplis. Après 5 ans, des hôteliers et restaurateurs se plaignent parfois de ne pas attirer autant de touristes qu’espérés à l’origine.
Paul Meyer, (La Coopérative), a repris les rênes de la manifestation en devenant adjoint au maire de Strasbourg en charge du tourisme en 2016 et souhaite son changer son orientation. Il n’a pas la volonté de transformer Strasbourg en « capitale de l’amour ». Son idée : offrir des moments intimes à quelques couples, en proposant des tours en bateaux ou en privatisant le Palais Rohan. Ces parenthèses romantiques s’adressent désormais aux habitants de Strasbourg :
« La volonté est d’envoyer une image de ville romantique tout au long de l’année et non de remplir les hôtels quelques jours en février. On ne veut pas avoir des pics de fréquentations en été, en février et à Noël. On ne veut pas des masses de touristes qui énervent tout le monde comme à Bordeaux, Berlin ou Barcelone, mais on mise sur des moments exclusifs. »
Soirée slow au « café des amours » place Kléber dans le cadre de l’initiative « Strasbourg mon amour » en février 2018 (Photo : Vincent Muller)
Des dépenses pour augmenter les nuitées
L’opération « Strasbourg mon amour », organisée par l’Office de tourisme avait un budget de 464 000 euros, dont 60 000 euros de la Ville de Strasbourg, 130 000 euros de l’Eurométropole et 15 000 euros pour la Région Grand Est. Aux côtés de l’autofinancement par l’association, la place du secteur privé est estimée entre 10 et 15% du budget total. La municipalité va pousser les entreprises à s’investir davantage.
Les pertes générées par l’édition 2016 (189 000 euros) avaient été jugées comme pesantes sur les finances de l’Office de tourisme par l’audit commandé par l’Eurométropole. L’événement ne correspondait à l’époque qu’à 9% du budget total de l’association, 11% si l’on ajoute l’opération au Japon, abandonnée dès la première édition.
Dans les délibérations dédiées à la subvention annuelle à l’événement, une « augmentation des nuitées touristiques au sein des hôtels partenaires (qui prévoient des opérations ndlr) de l’ordre de 30%, selon les organisateurs », est tout de même listée.
Rapporteur d’une loi concernant les médias, le député strasbourgeois Bruno Studer (LREM) défend la charge du président Macron contre les médias à l’occasion de l’affaire Benalla. Mais l’élu assure que le texte sur les fake news ne sera pas modifié en conséquence.
« Je vois un pouvoir médiatique qui veut devenir un pouvoir judiciaire, qui a décidé qu’il n’y avait plus de présomption d’innocence dans la République et qu’il fallait fouler au pied un homme et avec lui toute la . . .
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Des Strasbourgeois iront « chercher Macron » devant la préfecture du Bas-Rhin à Strasbourg. Vendredi 27 juillet, des manifestants veulent exprimer leur mécontentement sur l’affaire Benalla et plus généralement la politique du président. Rendez-vous place de la République, à partir de 15h.
« Allons chercher Macron » Gustave Fuchs (pseudo Facebook) a appelé les Strasbourgeois à se rassembler devant la Préfecture du Grand Est et du Bas-Rhin ce vendredi 27 juillet à 15h. L’étudiant en classe préparatoire à Strasbourg a pris le président de la République au mot. Sur l’affaire Alexandre Benalla, Emmanuel Macron a déclaré devant les députés de sa majorité lors de sa première expression publique être le « seul responsable ». Le chef d’État a notamment lancé « qu’ils viennent me chercher » à ses opposants, dans son discours un brin provocateur
« Peut-être qu’il se cache là-bas »
L’idée d’une manifestation « spontanée » est née sur le groupe Facebook « Contre la sélection et son monde ». La page était très active en mai dernier lors de la mobilisation contre la plateforme Parcoursup et la sélection universitaire qu’elle induit. Peu importe si le président n’est pas en déplacement en Alsace dans la journée du 27 juillet. Gustave veut répondre aux propos d’Emmanuel Macron. Sur l’utilité du rassemblement, il répond, sans rire :
« On ne trouvera jamais Macron, parce qu’il se cache. Peut-être qu’il se cache là-bas (dans la préfecture de strasbourg, ndlr) »
Emmanuel Macron en 2014 (Photo Le Web 14 / FlickR / cc)
Un rassemblement festif
Pour rappel, l’affaire Benalla a commencé par les révélations du journal Le Monde : Alexandre Benalla s’est présenté comme un policier lors de la manifestation du 1er mai à Paris et à d’autres reprises. Pendant la fête du travail, ce « chargé de mission » à l’Élysée, licencié depuis la publication des articles, a usé de la force contre des manifestants. Seul hic : le mis en cause n’est ni policier, ni gendarme. Sur place, il n’était qu’un « observateur ». L’opposition dénonce un « scandale d’Etat ».
Pour Gustave, le rassemblement doit être festif : « Ça pourrait ressembler à la kermesse qui a eu lieu pendant la mobilisation des cheminots en mai dernier, devant la gare. » L’étudiant a aussi été contacté par des opposants à la construction du Grand Contournement Ouest (GCO) de Strasbourg. Il espère aussi la venue des cheminots pour grossir les rangs de la manifestation : « Si on est une centaine, c’est déjà bien. »
Rédacteur en chef de Rue89 Strasbourg. Spécialisé depuis 2019 en enquêtes locales, à Strasbourg et en Alsace sur des sujets variés allant de l’extrême-droite à l’hôpital public en passant par la maison d’arrêt de Strasbourg, les mouvements sociaux, les discriminations et l’expertise-psychiatrique.
Samedi 28 juillet, le collectif « Justice pour Naomi Musenga » organise un hommage à la femme décédée suite à une prise en charge tardive du Samu de Strasbourg. Deux matches de football auront lieu au stade de la Rotonde, situé dans le quartier de Cronenbourg.
Le combat continue pour le collectif « Justice pour Naomi Musenga ». Samedi 28 juillet, deux matches de football sont prévus au stade de la Rotonde à Strasbourg. La cérémonie débute à 15h et le premier match une heure plus tard. L’événement a été organisé en hommage à la femme décédée après avoir appelé le SAMU de Strasbourg à l’aide. Moquée dans un premier temps, elle avait été prise en charge 5 heures plus tard.
« Il faut qu’on informe tout le monde de l’avancée du dossier, du pourquoi de ce combat… », explique Louange Musenga, une des sœurs de la défunte. La vente des tickets (1€) et des t-shirts à son effigie (10€) permet de financer les frais d’avocat de la famille.
Les deux matches amicaux opposeront des équipes de l’association sportive africaine de football de Strasbourg. Son président, Ozenkwe Izankole, résume le programme de l’après-midi : « Des Strasbourgeois ont formé des équipes pour un match Congo-République Démocratique du Congo à 16h et un second match Côte d’Ivoire-Cameroun à 18h. »
Dans la rue de la Course, plusieurs affiches pour l’hommage à Naomi Musenga sont accrochées aux vitrines des magasins. (Photo GK / Rue89 Strasbourg / cc)
« Il reste des zones d’ombre »
Suite au décès de Naomi Musenga, le 29 décembre 2017, les proches de Naomi Musenga ont mené leurs propres recherches pendant des mois. En avril 2018, ils obtiennent l’enregistrement de l’appel téléphonique qui accable une opératrice du Samu strasbourgeois. La méfiance à l’égard de la justice et des centres universitaires et hospitaliers (CHU) de Strasbourg règne toujours au sein du collectif.
Aujourd’hui, les membres du groupe « Justice pour Naomi Musenga » rejettent les conclusions de l’enquête préliminaire sur les causes du décès. Le 11 juillet, la procureure de la République de Strasbourg expliquait la mort de la jeune femme par « l’intoxication au paracétamol absorbé par automédication sur plusieurs jours. » Pour le porte-parole du collectif, Takoba Tchouta, la cérémonie est l’occasion de donner faire un point sur la procédure en cours :
« Nous contestons la thèse de la mort causée par le paracétamol et nous dénonçons le fait que la procureure annonce dans les médias la conclusion de l’enquête préliminaire. Comme son nom l’indique, ce n’est qu’une enquête préliminaire. À bien des égards, il reste des zones d’ombre. On dénonce le fait que l’enquête soit circonscrite au Samu […] car il y aurait intérêt à enquêter sur l’hôpital. Il reste beaucoup de zones d’ombre sur la prise en charge de la dépouille et l’autopsie. On était censé avoir des certitudes mais il y a plus de questions que de réponses. »
Le refus de la récupération
Les membres du collectif ne demandent qu’une chose : la vérité sur la mort de Naomi Musenga. Malgré les sollicitations nombreuses, ils gardent aujourd’hui leurs distances avec le combat antiraciste par exemple. Louange Musenga préfère s’en tenir aux faits :
« Ce qui est sûr, c’est qu’il y a « non-assistance à personne à danger ». La priorité, c’est bien de se battre pour la manifestation de la vérité afin d’éviter des crimes dans le système d’urgence. […] On nous a reproché de ne pas évoquer le racisme (dans nos revendications, ndlr). On ne peut écarter la possibilité du racisme vis-à-vis de Naomi mais ce drame va au-delà de la question raciale puisqu’il pourrait arriver à n’importe qui, blanc comme noir. »
Takoba Tchouta abonde dans le même sens :
« On se bat aujourd’hui pour Naomi Musenga et pour toutes les autres victimes de manquements du côté du Samu ou des services d’urgence. Notre combat est aussi préventif. On attire l’attention sur le sujet pour éviter qu’il y ait une autre affaire Naomi Musenga. »
Rédacteur en chef de Rue89 Strasbourg. Spécialisé depuis 2019 en enquêtes locales, à Strasbourg et en Alsace sur des sujets variés allant de l’extrême-droite à l’hôpital public en passant par la maison d’arrêt de Strasbourg, les mouvements sociaux, les discriminations et l’expertise-psychiatrique.