Les cinémas Star et Rue89 Strasbourg vous invitent à l’avant-première du film « De Chaque Instant » de Nicolas Philibert, lundi 27 août à 20h, dans le cadre de Ciné-Cool. Le film raconte la délicate formation pendant trois ans des infirmières.
Le pitch
Chaque année, elles sont des dizaines de milliers à se lancer dans les études qui leur permettront de devenir infirmières. Admises au sein d’un « Institut de Formation en Soins Infirmiers », elles vont partager leur temps entre cours théoriques, exercices pratiques et stages sur le terrain. Un parcours intense et difficile, au cours duquel elles devront acquérir un grand nombre de connaissances, maîtriser de nombreux gestes techniques et se préparer à endosser de lourdes responsabilités. Ce film retrace les hauts et les bas d’un apprentissage qui va les confronter très tôt, souvent très jeunes, à la fragilité humaine, à la souffrance, la maladie, et aux fêlures des âmes et des corps.
La bande annonce
Les intervenants
Après la projection, les cinémas Star proposent de poursuivre le sujet avec :
Isabelle Sebri, cadre enseignante à l’IFSI de Saint-Vincent
Jessica Sebastian, jeune infirmière diplômée.
La rédaction de Rue89 Strasbourg est composée de journalistes toutes et tous prêts à écouter les Strasbourgeoises et les Strasbourgeois pour parler des sujets qui les intéressent. Notre existence et notre moral dépendent du nombre d’abonnements pris pour nous soutenir. 🙏⤵
Interpellé par un Strasbourgeois sur la gratuité des transports en commun lors des pics de pollution jeudi 9 août (voir la lettre ouverte), Alain Fontanel, président de la Compagnie des Transports de Strasbourg (CTS) et premier adjoint (LREM) au maire de Strasbourg répond dans un texte que nous publions ici. Et surprise, il se dit favorable à l’expérimentation de cette gratuité ponctuelle.
Cher Ludovic Helbling,
J’ai bien reçu la lettre ouverte que vous m’adressez, en tant que Président de la CTS, et qui aborde, de manière posée et argumentée, la question de la gratuité des transports en commun et l’impact de la mise en place, par l’Eurométropole, des vignettes Crit’Air les jours de pic de pollution.
Je partage pleinement votre objectif de rendre les transports en commun le plus attractif possible pour inciter à leur utilisation plutôt que la voiture. La canicule de ces derniers jours et la multiplication des pics de pollution nous rappellent, une nouvelle fois, que notre modèle actuel de développement et de transport n’est pas soutenable.
Trouver un équilibre
Nous devons, plus que jamais, chercher à lever les freins à l’usage des transports en commun afin de réduire la circulation automobile et la pollution qu’elle génère. Nous devons choisir les moyens les plus efficaces d’atteindre ces objectifs tout en finançant de manière équilibrée les transports en commun sur notre territoire.
Leur coût annuel est, aujourd’hui, d’environ 160 millions d’euros, cette somme permettant de financer, d’une part, le fonctionnement des bus et tram (énergie et personnel) et, d’autre part, les investissements réalisés (nouveaux véhicules et nouvelles lignes). Si on prend les seuls coûts de fonctionnement des bus et tram (120 millions d’euros/an), ils sont actuellement financés par les usagers à hauteur de 52M€ (abonnements + tickets) et par l’Eurométropole par une subvention annuelle d’équilibre de 68 millions d’euros financée, pour l’essentiel, par un impôt dédié (le Versement transport) payé par les entreprises au prorata de leurs effectifs, à laquelle on ajoute 41 millions d’euros pour les investissements.
De 68% à 100% de subvention ?
Les transports en commun sont ainsi actuellement subventionnés à hauteur de 68% par l’Eurométropole et les entreprises, les usagers contribuant directement pour leur part à hauteur de 32% de leur coût de fonctionnement et investissement. La question que vous posez, dans votre lettre ouverte, est de savoir s’il ne faudrait aller plus loin en passant d’une subvention de 68% à 100% dans le cadre d’une gratuité totale.
Cette question s’adresse en réalité au Conseil de l’Eurométropole qui seul a le pouvoir de fixer les tarifs de la CTS et donc, le cas échéant, d’instaurer la gratuité. Cette décision, qui pèserait sur le budget de l’Eurométropole (52M€ par an à trouver), ne peut être prise par la CTS elle-même qui, pour sa part, en tant qu’exploitant d’un réseau de transport, préférera toujours que ses tarifs soient les plus bas possible pour ses usagers.
Je me permets donc de vous répondre, à titre personnel, en tant qu’élu bien sûr mais aussi comme simple citoyen, contribuable et usager (régulier et payant !) de la CTS. Si certains sont, par principe, pour ou contre la gratuité, mon approche est pragmatique et fonction de l’efficacité réelle de cette mesure au regard des objectifs que nous partageons et des questions qu’elle pose.
Encore loin d’un réseau incitatif partout à Strasbourg
Est-ce que la gratuité inciterait réellement les automobilistes à abandonner leur voiture ? Est-ce que les autres modes de financement à prévoir en remplacement sont socialement plus justes ou non ? Un automobiliste n’envisagera d’abandonner sa voiture que s’il a, à proximité de son point de départ et d’arrivée habituels, un transport en commun de qualité avec une fréquence et un temps de parcours raisonnables. Nous en sommes malheureusement encore loin pour beaucoup de citoyens qui ne bénéficient toujours pas, pour leurs trajets, d’une alternative de transport en commun crédible.
La priorité, à ce stade, doit donc – de mon point de vue – aller au développement de nouvelles lignes tout en renforçant les fréquences de desserte avec des amplitudes de service plus grandes. L’Eurométropole va devoir intensifier, dans les années à venir, ses investissements pour développer les transports en commun au profit notamment du nord de l’agglomération, avec une nouvelle desserte attendue de Schiltigheim, et des communes de la deuxième couronne tout en poursuivant l’extension du tram à l’ouest et en facilitant l’usage du TER sur son territoire.
Des améliorations qui coûteront
Ces projets pèseront sur le budget de l’Eurométropole, deux kilomètres de tram supplémentaire impliquent, à titre d’exemple, un investissement d’environ 50 millions pour un coût de fonctionnement de 1,5 million/an. Le projet de « réseau express métropolitain », qui permettrait une meilleure utilisation des TER et des gares SNCF sur le territoire de l’Eurométropole, pourrait à lui seul coûter 25 millions d’euros par an.
La question que vous posez, légitimement, est de savoir quel impact aurait la gratuité complète des transports en commun dans ce cadre. Son premier effet, immédiat, serait de priver la CTS d’une recette de 52 millions d’euros par an que l’Eurométropole aurait l’obligation de compenser en subventionnant à 100% les coûts de fonctionnement du réseau.
Le financement par l’usager, dans le cadre de la tarification sociale, serait donc remplacé par un financement par l’impôt, et par des économies à rechercher sur d’autres dépenses, ce qui, en soi, ne pose pas de problème de principe. Toutefois, la dimension solidaire du financement des transports en commun diminuerait dans la mesure où les impôts locaux reposent sur des bases anciennes et souvent socialement injustes.
Le tarif social, plus juste que les impôts locaux
À l’inverse, la participation des usagers repose, comme vous le savez, sur la situation financière et familiale réelle des abonnés avec la prise en compte, depuis que je l’ai proposé en 2010, du quotient familial. Avec ce système, la moitié des 130 000 abonnés de la CTS paye aujourd’hui au maximum 13,40€ par mois pour l’accès à l’ensemble du réseau bus et tram. Seul un abonné sur 17 environ paye le plein tarif tout en bénéficiant, pour la majorité d’entre eux, d’une prise en charge de la moitié du coût de son abonnement par leur employeur.
Ce premier impact financier pourrait être nuancé si la gratuité permettait un développement important de l’usage des transports en commun au détriment de la voiture.
Et c’est là que le débat se complique car aucune étude n’a permis, à ce jour, de trancher cette question. Les expériences de gratuité menées jusqu’ici ne sont pas – de ce point de vue – concluantes, elles posent par ailleurs d’autres questions en termes de santé publique (réduction de la marche à pied) et d’effet d’aubaine pour tous ceux qui payaient jusqu’ici et ne contribueraient plus au financement des transports en commun (touristes et habitants des communes extérieures).
Ce sont bien ces différents éléments qui ont amené la Ville de Paris à envisager d’instaurer la gratuité des transports en commun uniquement en contrepartie de la mise en place d’un péage urbain, la gratuité venant compenser la taxe voiture. Je considère, pour ma part, que la gratuité générale des transports en commun aurait, à ce stade, plus d’inconvénients que d’avantages.
Elle priverait notre collectivité des moyens financiers nécessaires à l’indispensable développement de l’offre de transports en commun tout en rendant leur financement moins juste sans pour autant avoir l’ensemble des effets bénéfiques espérés.
Favorable à la gratuité les jours de pollution
Je vous rejoins, en revanche, quand vous évoquez le caractère discriminatoire des vignettes Crit’Air et le manque de lisibilité de la réduction tarifaire proposée les jours de pic de pollution.
La mise en place d’une gratuité ponctuelle, les jours de circulation limitée, me semble ainsi avoir, quant à elle, plus d’avantages que d’inconvénients. Elle donnerait un signal clair à tous ceux dont le véhicule ne répond plus aux exigences de qualité de l’air tout en proposant une contrepartie socialement équitable aux limitations de circulation. Elle résoudrait par ailleurs la question des contrôles voyageurs les jours de pic de pollution que vous évoquez dans votre lettre. Il faudrait que l’Eurométropole en évalue le coût et étudie ses modalités de mise en œuvre avant décision.
La lutte contre la fraude demeure, de manière générale, indispensable afin que chacun contribue bien, à hauteur de ses capacités financières avec la tarification solidaire, au fonctionnement et au développement des transports en commun sur notre territoire. C’est aussi un enjeu financier non négligeable, les pertes de recettes liées à la fraude étant évaluées à près de 5 millions d’euros par an.
Je retiens cependant volontiers l’idée d’instaurer, comme vous le suggérez implicitement, un droit à l’erreur ou, en l’occurrence, à l’oubli ponctuel du titre de transport pour les usagers ayant effectivement un abonnement. Je souhaite que nous puissions avancer dans cette direction avec les services de la CTS.
Trouver des alternatives crédibles
Notre territoire, comme beaucoup d’autres, suffoque sous l’effet du réchauffement climatique et de la pollution de l’air avec des effets sociaux, de santé publique mais aussi économiques de plus en plus graves.
Nous devons, pour relever ces défis majeurs, favoriser par tous les moyens disponibles les mobilités alternatives à la voiture. Les transports en commun, mais aussi le vélo, doivent devenir des alternatives crédibles pour tous les habitants de notre territoire et pas uniquement pour ceux du centre de la métropole.
Cela nécessitera d’importants investissements publics, pour développer une nouvelle offre de transports propres, mais aussi du courage, celui d’expliquer, en toute transparence, pourquoi de nouvelles restrictions de circulation sont inévitables pour les véhicules les plus polluants.
Nous sommes face à un véritable défi structurel qui nécessite un ensemble de mesures fortes, volontaristes et cohérentes. Il nous faudra aussi trouver, collectivement, les moyens de financer – et compenser – ces différents dispositifs de manière juste et équilibrée. J’attends, dans ce contexte, avec intérêt les résultats des études lancées par la Ville de Paris sur ces questions et sur la gratuité ponctuelle des transports en commun (à certains horaires ou jours) afin de voir quels enseignements nous pourrions éventuellement en tirer pour notre propre territoire.
J’espère avoir répondu à vos questions en partageant avec vous, de manière transparente, mes réflexions mais aussi mes doutes sur un sujet complexe sur lequel je ne détiens, pas plus que d’autres, la vérité absolue mais qui doit toutes et tous nous mobiliser au nom de l’intérêt général.
Je reste bien évidemment ouvert à toute discussion complémentaire sur ces questions comme sur d’autres.
Le premier adjoint (LREM) au maire de Strasbourg est également président de la société parapublique des transports (CTS). Il répond à une lettre ouverte diffusée sur Rue89 Strasbourg au sujet des prix des transports en commun, notamment lors des pics de pollution.
Président du Racing club de Strasbourg Alsace depuis 2012, Marc Keller se livre pour la première fois à Rue89 Strasbourg sur ses projets pour le club, à l’entame de sa deuxième saison en Ligue 1, retrouvée l’an dernier après 9 ans d’absence.
Rue89 Strasbourg : Quel est l’objectif fixé pour la saison qui commence dimanche ?
Marc Keller : L’objectif c’est de pérenniser le club en Ligue 1. On veut faire un peu mieux, sans perdre de vue que le maintien reste essentiel, dans un championnat très compétitif. Il y a aujourd’hui quatre gros : Paris, Marseille, Lyon et Monaco, puis un groupe de quatre à six clubs bien établis, avec Rennes, Saint-Etienne, Bordeaux, Lille, Nantes, etc. et après une dizaine d’équipes derrière.
Pour cela on a essayé d’améliorer l’équipe. On laisse toujours des joueurs en fin de contrat pour les remplacer et ne pas être en sureffectif. On a recruté 6 joueurs et on a encore probablement deux ou trois joueurs à chercher.
En termes de budget, nous passons de 35 millions d’euros à 38/39 millions d’euros cette saison. Le budget augmente un petit peu, mais chez nos concurrents aussi. Au-delà de ça, le plus important reste de garder l’état d’esprit d’unité et de solidarité que l’on a eu depuis quelques années.
Comment avez-vous fonctionné pour le recrutement cette intersaison ?
Le coach Thierry Laurey est celui qui donne ses besoins pour les postes à améliorer et les profils qu’il souhaite. Ensuite, le recruteur Loïc Désiré et ses équipes font des propositions. Nous, les dirigeants, nous arrivons ensuite. Quand il y a un début de consensus pour la partie sportive, nous devons dire quand ce n’est pas possible financièrement ou au contraire quand nous pouvons faire des efforts.
On a tiré le bilan de l’an dernier et voulu s’orienter vers deux types de joueurs. On a des joueurs en post-formation de Ligue 2, assez jeunes mais avec du potentiel comme Sissoko et Ajorque, à l’instar de l’an dernier avec Kenny Lala, Bingourou Kamara, Nuno Da Costa ou Jean-Eudes Aholou (acheté 350 000 euros à Orléans il y a deux ans et revendu 14 millions à Monaco cette année, le plus gros transfert de l’histoire du club ndlr). Cette année on a aussi voulu amener plus d’expérience, avec des joueurs aguerris comme Saels, Mitrovic, Thomasson ou Koné.
Quelles nouveautés verra-t-on dans le stade ?
Le club a dépensé deux millions d’euros en travaux : un million pour la pelouse hybride, 300 000€ pour une salle de musculation au centre de formation et 700 000€ pour de nouveaux espaces d’accueil du public, notamment via des chapiteaux à la fois pour le grand public et les VIP, à côté d’améliorations générales. L’objectif est d’améliorer l’expérience de tous nos spectateurs, autour d’un moment convivial, où les portes ouvrent deux heures avant et où il est possible de rester après. Sachant que l’Eurométropole fait aussi tous les ans un peu d’entretien de court terme.
Vous avez encore battu votre record d’abonnés. Qu’est-ce que cela vous inspire et combien de places restera-t-il en vente ?
Nous sommes à 19 200 abonnés. Nous avons 26 000 places sachant qu’il faut en réserver 1 000 aux adversaires et que les abonnés comprennent les places de nos sponsors et partenaires. Au guichet, il restera donc 5 à 6000 places par match.
Depuis 2011, on a réussi un mélange de public de passionnés avec le « Mur bleu » (le kop) et un public très familial, plus jeune et féminin. Je pensais qu’on ferait mieux que l’an dernier, mais plutôt autour de 18 000. Depuis les années amateurs, nous avons eu des moments forts avec la montée à Raon-l’Étape en CFA, face à Bourg-en-Bresse ou les derbys contre Colmar… On a créé une Génération Racing qui grandit.
À moyen terme, quelle direction souhaitez-vous donner au club ?
Et il y a les infrastructures. Évidement le consensus des collectivités locales pour financer la rénovation et l’agrandissement du stade est un moment clé dans la vie du club. Si on ne passe pas à 50 ou 60 millions d’euros, hors ventes de joueurs, dans les prochaines années, on restera dans la troisième catégorie de clubs. L’idée c’est de s’approcher de la deuxième catégorie.
Aujourd’hui, la moitié des recettes proviennent des droits de télévision et celles dites « naturelles » sont utilisées à presque 100% de nos possibilités. Nous avons une affluence moyenne à 24 000 spectateurs pour 25/26 000 places. Cet été, on a encore rajouté un chapiteau de 300 places VIP, soit 2 000 places en tout et tout est déjà plein.
Avec les succès et l’enthousiasme autour du club depuis quelques années vous avez dû avoir des sociétés intéressées par l’actionnariat. Est-ce une piste que vous envisagez ?
On a beaucoup travaillé le sponsoring. On a 500 sociétés alsaciennes partenaires. On pourrait en avoir plus, mais nous sommes limités par les mètres-carrés. Nous n’avons pas travaillé l’actionnariat car le club est sain financièrement et qu’on est en pleine phase de développement. La base de la réussite des dernières années, c’est un club apaisé avec un écosystème à l’extérieur, avec le public, les sponsors et les collectivités, mais aussi en interne. Avec Pierre Schmidt et Egon Gindorf, on a pu choisir tous nos amis actionnaires avec nous, ce qui crée une stabilité totale depuis 7 ans.
Marc Keller, ici à la journée des fans, détaille sa vision pour l’avenir du club. (photo Franck Kobi / RCSA)
Pourquoi avoir changé d’équipementier ?
Hummel a été avec nous pendant 11 ans et nous a accompagné même dans les moments difficiles. Pierre Chouissa l’un des dirigeants est actionaire du club. Mais Addidas est une marque d’envergue mondiale avec une histoire régionale et on a décidé de repartir avec eux comme par le passé, tout en gardant une bonne relation avec la famille Chouissa. Ce nouveau sponsor rapporte plus mais c’est un montant que nous ne pouvons divulguer.
Comment avance le dossier de la rénovation et l’agrandissement du stade ?
Les collectivités ont délibéré pour 60 millions d’euros sur 100. Début septembre les vraies discussions, architecturales, techniques et financières vont avoir lieu. On s’achemine vers une société avec les collectivités qui emprunteraient les 40 millions restant. La philosophie on l’a, mais on doit se mettre à table pour discuter les détails.
Si on peut lancer les travaux d’ici deux ans on peut se retrouver dans 4 ou 5 ans avec la Meinau de demain et l’ambiance d’aujourd’hui, vers 32 000 – 33 000 places.
On travaille main dans la main. Il y a des subventions mais on est une société totalement privée depuis 2012 et on assume les risques, c’est normal. On a trouvé un rapport direct et franc avec les collectivités. Le dialogue a été très constructif et naturel. Elles ont conscience que le Racing est à un moment charnière de son histoire.
Les supporters se demandent souvent si le nom du stade sera confié à un sponsor, comme par la future salle de la Sig.
La décision la plus importante, prise à l’unanimité, c’est que l’on reste chez nous. L’autre hypothèse était de construire ailleurs. On va travailler sur un namer (l’organisation ou la marque qui donne son nom à un stade, une compétition, ndlr). Évidemment, on sait que la sensibilité de la Meinau est importante. Mais on en est pas au stade des décisions.
Selon vous, quelle place doit occuper le club dans la ville et la région ?
On travaille sur l’ancrage du stade dans le quartier de la Meinau, avec l’adjoint au maire Mathieu Cahn. Mais le club est aussi un acteur important de la ville, du département et de la région. Il est vecteur de lien social, d’emploi et d’attractivité. Nous travaillons aussi depuis deux ans sur la responsabilité sociale de l’entreprise (RSE) avec notamment l’association Femmes de foot, qui s’engage pour la lutte contre le cancer du sein.
Justement, l’an prochain il y a la Coupe de monde féminine en France, mais pas de matches à Strasbourg. Pourquoi ?
À l’époque de la décision, il y a environ 4 ans, le club était en National. Très sincèrement, on peut comprendre les élus qui ne soient pas trop motivés pour accueillir un événement de foot quand le club phare est au troisième échelon. Nous avons cependant pu accueillir la finale de la Coup de France (OL – PSG), qui avec plus de 12 000 spectateurs, a été un record.
Comme il s’agit de vos responsabilités à la fédération française de foot, est-ce un axe que vous voulez développer au Racing ?
Nous avons ouvert une section féminine qui se développe et joue au stade Jean Nicolas Muller dans le quartier. Il y a même des équipes dites « Pitchounes » dès 7 ans. Mais nous venons de loin et nous avons fait beaucoup d’efforts dans beaucoup de domaines. Il reste beaucoup de choses à faire.
Quel est l’état de la relation avec les supporters ?
Nous avons tissé un lien de grande qualité, très direct, sincère et efficace. L’ambiance est un élément de la réussite du club. L’ambiance sonore bien sûr, mais aussi de sécurité, convivialité et de festivité. En passant le kop du virage à l’arrière du but, ce qui était une demande à l’occasion du passage en Ligue 2, le nombre de membres et l’ambiance ont explosé. Il y a beaucoup de concertation. Les supporters seront associés à la réflexion sur le nouveau stade notamment sur la « tribune active debout ». Nous devons la rendre aussi sûre que les petits sièges actuels, grâce à de grandes coursives en quinconce pour éviter les mouvements de foule.
Est-ce que l’actionnariat des supporters sur le modèle des « socios » comme à Barcelone ou à petite échelle à la Sig est une piste qui vous intéresse ?
On a une relation privilégiée avec eux et un actionnariat partagé avec des chefs d’entreprises locaux. Dans chaque ville, il faut trouver son équilibre. Pour l’instant, on l’a trouvé comme ça.
Dans votre développement, est-ce qu’il y a des clubs qui vous inspirent ?
Partout où l’on va en déplacement, on regarde ce qui se fait. On a beaucoup appris pendant nos années dans le monde amateur en ce qui concerne l’accueil. On s’inspire aussi de ce que j’ai pu connaitre en tant que joueur en Bundesliga allemande, notamment dans le développement des stades en terme d’ambiance, mais aussi de clubs de rugby comme Clermont, Toulouse ou le Lou Rugby à Lyon. Il n’y a pas un club de Ligue 1 en particulier que l’on essaie d’imiter, il y a des choses à prendre partout. Guingamp, qui est dans une petite ville de 8 000 habitants, est un club qui a très bien travaillé, avec un stade de 19 000 places.
Avez vous des contacts avec les autres clubs sportifs de la région ?
Avec les clubs de foot, il y a une bonne relation, quasi-fililale, sur le modèle du partenariat. On discute de tout. Aujourd’hui, les meilleurs Alsaciens viennent au centre de formation, ce qui n’était pas le cas quand on était en National. Pour les clubs des autres sports comme la Sig en basketball ou l’Esshab et Sélestat en handball, on a de bonnes relations. Chaque club peut exister, même s’il y a parfois des choses que l’on pourrait mutualiser, comme le merchandising, la billetterie ou les boutiques, où on a des problématiques similaires et parfois des publics communs.
Les Gay Games se déroulent à Paris du 4 au 12 août 2018. Ces « Jeux Olympiques Gay » sont ouverts à tous, sans restriction d’âge, de nationalité, de performance ou de sexualité. Présents sur place, Alice et Quentin, y découvrent une autre façon de pratiquer le sport.
Aux derniers Jeux Olympiques, à Rio en 2016, il y avait 47 athlètes ouvertement LGBT+. Soit 0,4% des 10 500 compétiteurs. Les Gay Games, qu’on appelle aussi Mondiaux de la diversité, sont un moyen de donner plus de visibilité aux sportifs de la communauté gay et lesbienne.
Créé en 1982 à San Francisco aux États-Unis par le décathlonien Tom Waddell, les Gay Games réunissent une trentaine de sports, pour plus de 10 000 participants. Ouvertes à tous, sans limite d’âge, de performance ou d’identité de genre, les épreuves existent parfois en version handisport. Natation synchronisée masculine, danse de salon pour les couples de même sexe : les Mondiaux de la diversité bousculent les disciplines habituelles des fédérations sportives internationales qui n’autorisent pas ces épreuves. En 2018, ils se tiennent à Paris, où sont prévus les compétitions mais aussi plusieurs événements festifs au Grand Palais ou à la salle Pleyel.
« L’homophobie dans le sport n’est pas une légende »
Alice, 27 ans, et Quentin, 23 ans, ont participé aux Gay Games de Paris. Les deux font partie du club LGBT+ de badminton Festibad, installé à Strasbourg. Arrivée en 2017 dans le club, Alice en est déjà vice-présidente. Avec autant de personnes hétérosexuelles que de personnes homosexuelles, elle apprécie l’espace de liberté que le club lui offre :
« L’homophobie dans le sport n’est pas une légende, il existe une pression pour que les sportifs restent dans la norme imposée. Je suis arrivée chez Festibad à un moment de ma vie où j’avais vraiment envie de trouver un endroit « safe » (« sûr », en français). En allant là-bas, je sais que je ne me prendrai pas de remarques, je ne vais pas devoir réfléchir à la façon dont j’annonce mon homosexualité. »
Alice et Quentin font tout les deux partie du club LGBT de badminton Festibad (Document Remis)
Malgré « un manque de médiatisation » de l’événement selon Quentin qui « est tombé dessus par hasard sur internet », ils décident de participer aux Gay Games. Le jeune homme, qui fait désormais état son homosexualité ouvertement, est fier de pouvoir y participer :
« C’était l’occasion de faire quelque chose un peu hors du commun. Ça reste quand même des Jeux Olympiques. (même si le Comité Olympique des Etats-Unis, pays dans lequel les Gay Games ont été créés, leur a interdit l’utilisation du terme olympique en 1987, ndlr). On fait partie d’une délégation française, on a une tenue aux couleurs de la France, on a défilé avec les autres Français pendant la cérémonie d’ouverture. On va mettre en avant des personnes différentes des modèles sportifs qu’on rencontre habituellement. »
« Quand on est homo, on se sent de toute façon différent »
Car les modèles manquent. Quand Alice cherche les sportifs français qui se sont « outés », qui ont révélé leur homosexualité pendant leur carrière, seule la tenniswoman Amélie Mauresmo lui vient à l’esprit. Les jeunes LGBT+ peinent à trouver des sportifs auxquels s’identifier. Pour Quentin, accepter sa sexualité a été un processus long :
« Toute mon enfance et mon adolescence, je ne cochais pas les cases du sportif populaire du collège, qui incarnait la virilité. Tous ceux qui étaient médiatisés, je ne pouvais pas m’y identifier. J’étais trop gros, ou trop petit. On se dit qu’on y arrivera jamais. Quand on est homo, de toute façon, on se sent différent. Pendant longtemps, je me disais que ce n’était vraiment pas possible que je sois gay. Est-ce-que j’étais vraiment un garçon du coup ? »
L’homophobie, Alice et Quentin la vivent régulièrement. Dans le métro parisien, où ils entendent une femme considérer les homosexuels « comme des animaux à qui il faudrait fermer la gueule ». À Strasbourg, « c’est dans le tram, aux vestiaires, à la fac » mais pas plus qu’ailleurs. Dans le sport, la violence du vocabulaire touche Alice :
« Les petites insultes verbales sont difficiles à supporter à la longue. Il y a des termes qui peuvent vraiment nous gêner. Dans le foot, on insulte souvent les arbitres d’enculés. Tapette, PD aussi. Les gens oublient la violence qu’il y a derrière ces termes. »
Quentin l’a aussi vécu, lors d’une compétition de crossfit à laquelle il participait au Stade de France par le passé. Il doit soulever un obstacle, il y arrive sans souci. Mais derrière lui, un autre participant peine.
« Son pote lui a crié : Vas-y, tu n’es pas un PD. Et il lui a répété ça plusieurs fois. J’avais envie de me retourner et de leur dire : Le PD, lui, y est arrivé ».
Une compétition qui garde des allures militantes
Cette année, la Marche des Fiertés avait choisi l’homophobie dans le sport comme thème. Mais pour Quentin, les joueurs ne sont pas les seuls à être mis en cause :
« Je pense que les fédérations nationales devraient se poser des questions. Pourquoi tant de disciplines officielles sont aussi strictes ? Pourquoi un homme ne pourrait pas faire de la natation synchronisée par exemple ? C’est le stéréotype qui voit les femmes comme des êtres gracieux et élégants, et les hommes comme des mecs forts et virils. On crée des attentes, c’est très négatif. »
Les Gay Games deviennent alors un refuge pour les sportifs LGBT+, ce que Quentin admire :
« Il y a un terme qu’ils utilisent beaucoup, et que je n’avais jamais entendu avant, c’est inclusif. Tout le monde peut venir. On est pas sur la performance. L’idée c’est vraiment que l’important c’est de participer, ce n’est pas du tout élitiste. Autour de nous, ce sont des personnes très différentes mais on a une certaine cohésion. Je me rends compte que je ne suis jamais senti aussi bien dans ma pratique sportive, et dans ma vie de façon générale, que cette semaine. »
Au total, 80 nationalités sont représentées, avec parfois des personnes dont la simple présence peut coûter cher une fois de retour dans leur pays. La compétition a alors gardé une valeur militante. La Rainbow Memorial Run ouvre chaque année les Gay Games depuis 1990 pour rendre hommage aux victimes du Sida. En 2018, elle partait de l’hôtel de ville et longeait le Louvre jusqu’à la Concorde. Le rappel des combats passés a marqué Quentin :
« Il y a des gens de 40, 50, 60 ans et pour eux c’est toujours un acte militant de venir participer. C’est du sport engagé. Ils parcourent le monde entier pour un combat qu’ils ont commencé il y a des décennies. «
Se choper à Strasbourg (6/8) – Avec le mouvement #MeToo, la parole de nombreuses femmes s’est libérée sur le harcèlement de rue, les agressions sexuelles et le viol. En face, des hommes et des femmes critiquent au contraire une « révolution antisexuelle » ou revendiquent la « liberté d’importuner ». Rue89 Strasbourg a récolté les témoignages de cinq féministes strasbourgeoises avec une question : selon vous, la drague en 2018, c’est quoi ?
Ceci n’est pas un manuel pour séduire des féministes. Les scandales en chaîne liées aux agressions sexuelles imposent une nouvelle conception de la rencontre. En réaction, certains dénoncent la fin de la séduction, voire un nouveau règne de la frigidité. Pour mettre fin à cette interprétation erronée, voire malhonnête, du mouvement #MeToo, Rue89 Strasbourg a interrogé cinq féministes strasbourgeoises sur leur conception de la drague.
« Faut arrêter de croire qu’on est là juste pour baiser »
Lundi 6 août, 18h30, dans le bar Les Berthom. « Madame l’ingénieure informatique », son pseudo sur Twitter, met d’emblée les choses au clair : « J’ai toujours été féministe, j’ai toujours dragué ou été draguée. » Mais l’ancienne étudiante en école d’ingénieurs se souvient aussi d’une scolarité où les « bisous et les câlins non-voulus » n’étaient pas rares.
Sur Twitter, « Madame l’ingénieure informatique » est très active sur les thématiques liées au féminisme et aux violences sexuelles faites aux femmes. Autre passe-temps : répondre aux utilisateurs anti-féministes. (Photo GK / Rue89 Strasbourg / cc)
Au quotidien, cette utilisatrice assidue de Twitter observe la haine contre le féminisme. Elle n’est pas étonnée par les écrits de la journaliste Elisabeth Lévy sur la « révolution antisexuelle » que symboliserait MeToo. Avant l’interview, Julie (le prénom a été modifié) a potassé quelques écrits et consulté quelques amies. Elle répond avec assurance :
« Cette réaction respecte un schéma classique. Chaque avancée des droits des femmes, pour le vote comme pour l’ouverture du compte en banque, est suivie d’un retour de bâton. Aujourd’hui, c’est la même chose avec MeToo. Comme on dénonce les violences sexuelles faites aux femmes, on nous accuse d’être frigide. Faut arrêter de croire qu’on est là juste pour baiser. »
Pour la Strasbourgeoise de 25 ans, il n’y a pas de « mauvaise façon de draguer ». Le plus important dans une relation femme-homme : « Accepter que parfois, on te dit non. » Pour ce faire, il faut aussi s’assurer du consentement de l’autre. Julie explique l’importance de « poser la question », tout simplement :
« La culture du viol est répandue par les films et autres médias. Il y a toujours un jeu du chat et de la souris puis, sans question aucune, le chat finit toujours par attraper la souris. On pense trop souvent que le film, c’est la vraie vie. Si les signes de consentement de l’autre sont flous, on ne perd rien à demander. »
Interrogée sur sa dernière rencontre agréable, Julie cite son premier rendez-vous avec son actuel copain. « Tu vois, je ne suis pas misandre, j’ai un mec », glisse-t-elle en souriant. Après plusieurs rencards où la conversation se résumait à un « moi, moi, moi » masculin, l’ingénieure informatique a cette fois apprécié le simple fait d’être écoutée : « Rien que pour ça, je me suis dit que c’était un type vachement bien ».
« Le féminisme, c’est aussi la libération sexuelle de la femme »
Le deuxième interview s’est déroulée avec Judith et Barbara Rimlinger, « féministes de mère en fille ». Pour ces deux membres de l’association Osez le Féminisme 67, le militantisme n’a pas mis fin aux rencontres et aux flirts. Elles regrettent que le mouvement MeToo suscite avant tout l’incompréhension : « En quoi dénoncer les actes de violence qu’on subit signifie qu’on déteste les hommes ? », s’étonne Barbara, 48 ans. « Il faut rappeler que le féminisme, c’est aussi la libération sexuelle de la femme. Si les femmes ont la vie qu’elles souhaitent, c’est mieux pour tout le monde, même les hommes. »
Judith, et sa mère Barbara, espèrent relancer l’association Osez le Féminisme 67 à la rentrée prochaine.
À 20 ans, Judith a déjà vécu une agression sexuelle dans un bar strasbourgeois. Au fumoir, deux hommes l’abordent au sujet de ses tatouages. Très vite, le premier prétexte du dessin sur sa cuisse pour soulever sa jupe. L’autre tente de l’embrasser de force… Difficile, depuis, de ne pas être méfiant lorsqu’un mâle l’approche pour entamer la conversation :
« Quand un homme m’aborde, je crains déjà sa réaction si je lui oppose un refus. Souvent d’ailleurs, je culpabilise parce qu’on est obligé de mentir en faisant croire qu’on a un copain. Tout ce qu’on demande, c’est de ne pas nous mettre dans une situation anxiogène. Soyez poli, gardez une certaine distance et surtout acceptez le refus. Tout se passe mieux comme ça. »
« Comment tu fais pour rencontrer des gens toi? »
Le collectif féministe Copines Strasbourg a aussi répondu à notre demande d’interview. Sur la terrasse de la Taverne française, deux membres du groupe sont venues avec une amie lyonnaise. Mathilde, 21 ans, est la plus ancienne militante autour de la table. Selon la Strasbourgeoise, la problématique du harcèlement et des agressions sexuelles n’a pas attendu l’affaire Weinstein pour être dénoncée au sein de l’institut d’études politiques. Début 2017, le blog « Paye ta fac » recueille des témoignages de sexisme et de harcèlement sexuel à l’Université de Strasbourg. L’initiative est relayée par le journal Le Monde. « L’administration a alors été plus attentive à nos revendications », estime-t-elle.
Pour sa camarade, Claire, l’incompréhension face au mouvement MeToo prime encore sur la prise de conscience :
« Les agressions sexuelles et le harcèlement n’ont pas baissé. Ce type de comportements s’est carrément transformé en « liberté d’importuner » (en référence à une tribune dans Le Monde sur le sujet d’un collectif de 100 femmes dont l’actrice Catherine Deneuve ndlr).
La discussion s’installe autour de cette question : comment continuer à faire connaissance ? Les avis des étudiantes de Sciences Po sur les conditions d’une drague respectueuse divergent. L’une exclut les commentaires sur le physique quand l’autre a déjà pu apprécier un compliment désintéressé sur ses vêtements, ou ses yeux. D’après Mathilde, « si quelqu’un marche dans la rue avec des écouteurs, c’est clair qu’elle n’est pas ouverte à une rencontre. » Claire n’est pas d’accord. Elle préfère laisser ce genre d’opportunités ouvertes. Puis interroge son amie : « Mais comment tu fais pour rencontrer des gens toi ? » « J’utilise Tinder par exemple », rétorque-t-elle.
Sur la table, les verres sont vides depuis près d’une demi-heure. Claire tente de conclure :
« Tout ça paraît super compliqué. Ça pourrait être si simple. C’est comme une tasse de thé que l’on propose à quelqu’un, si la personne refuse, on va pas la forcer à boire. Pour passer à l’action, pose la question. Il faut juste garder cette habitude. »
Le consentement, simple comme une tasse de thé ?
Le silence s’installe, avec l’impression que ce vaste sujet nécessite encore beaucoup de réflexion. Un groupe passe à côté. Sourire aux lèvres, sans s’arrêter de marcher, un homme souhaite une « bonne soirée » puis se retourne pour ajouter « Il faut bien rester poli hein ! ». Les étudiantes rient de plaisir. Cette interpellation désintéressée, c’est une bouffée d’air après une heure et demi à cogiter sur la rencontre. Mathilde s’exclame : « Voilà la chute parfaite! » C’est noté.
Rédacteur en chef de Rue89 Strasbourg. Spécialisé depuis 2019 en enquêtes locales, à Strasbourg et en Alsace sur des sujets variés allant de l’extrême-droite à l’hôpital public en passant par la maison d’arrêt de Strasbourg, les mouvements sociaux, les discriminations et l’expertise-psychiatrique.
Des travaux au lieu d’accueil parent-enfants (LAPE) de la rue de Wasselonne dans le quartier Gare doivent commencer en septembre. Un local de substitution devrait être trouvé avant la mi-septembre afin de continuer d’accueillir ces familles pendant le chantier. Mais fin juillet, les familles ont appris que le lieu choisi pourrait être indisponible. Plusieurs pistes sont envisagées mais pour l’heure aucune décision n’est arrêtée.
La première année du grand chantier de rénovation de la Maison de l’Enfance du quartier Gare, rue de Wasselonne, vient de s’achever. Ces travaux de rénovation sont nécessaires car les lieux fonctionnent toute l’année depuis leur inauguration en 1994. Après des premiers ajustements mineurs, c’est l’heure du gros œuvre. Et pour permettre un bon déroulement, le lieu d’accueil parent-enfants (LAPE), au deuxième étage doit fermer ses portes pendant au moins 18 mois, au contraire des autres structures qu’englobe la Maison de l’Enfance.
Les quinze lieux d’accueil parents-enfants (LAPE) à Strasbourg sont des lieux d’information pour les adultes et d’éveil pour les enfants. Celui de la rue de Wasselonne accueille des bambins de 0 à 6 ans, toute la journée et toute l’année. L’accès aux LAPE est gratuit et réservé aux Strasbourgeois.
Vers la mi-juin, une solution semblait pourtant trouvée. Les locaux de l’ancienne mairie de quartier, aujourd’hui inutilisés, rue Kageneck pouvaient accueillir le LAPE. Mais dans ces mêmes locaux, un autre projet est porté par l’adjoint de quartier Paul Meyer (La Coopérative). Également en charge du numérique, il souhaite y implanter un « endroit d’aiguillage et de formation sur le numérique » à destination de publics peu à l’aise avec les ordinateurs et démarches administratives en ligne, sans avancer de date d’ouverture.
Couac d’information
À écouter l’adjoint de quartier, ces deux activités devaient cohabiter rue Kageneck et tout avait selon lui été ficelé lors de la fête du quartier gare samedi 16 juin. Surtout qu’au début, il n’y aurait que le LAPE en attendant l’ouverture de son projet de « mairie numérique » de plus long terme. Il dit découvrir la situation.
Ce discours est en partie contredit par l’adjointe au maire en charge des familles et de la petite enfance, Nicole Dreyer (PS). Elle affirme qu’aucune décision n’est arrêtée en ce mois d’août, le mois de congés pour les personnels du LAPE :
« La cohabitation semble difficile, mais c’est à l’étude. »
Plusieurs hypothèses sont sur la table. Nicole Dreyer (PS), a espoir de trouver un local dans le secteur avant le 15 septembre. L’adjointe nuance la situation :
« Ce n’est pas comme si on fermait une crèche. »
Elle précise que les locaux du LAPE seront en travaux pour une durée maximale de 18 mois, là où des parents d’élèves de l’école Louise Scheppler ont entendu parler fin juillet d’une durée de 3 ans.
Sur l’ensemble des structures qu’englobe la maison de l’enfance, seul le LAPE, au deuxième étage, sera fermé. (Photo : JFG / Rue89 Strasbourg)
Face à l’absence solution claire à un mois de la rentrée, Anne-Marie Victor, présidente de l’Association des Habitants du Quartier Gare (AHQG) a écrit aux différents décideurs politiques et administratifs dont le maire Roland Ries (PS), afin qu’une solution à une distance raisonnable du quartier populaire de La Laiterie soit trouvée.
Contactée, elle se demande si tous les moyens ont été mis en place pour trouver en local de remplacement pendant la durée des travaux. Elle cite des lieux inoccupés comme l’ancienne boutique des Cycles Charly Grosskost rue du Faubourg national, l’ex-boulangerie rue du Howald…
Le courrier d’Anne-Marie Victor
La Maisonnée, une solution ?
Un autre LAPE existe dans le quartier de la gare, au 13 Rue Kageneck. En appelant, Gabriel Gesler décroche. Celui qui y travaille depuis une vingtaine d’années ne pense pas que l’arrivée de nouvelles familles à la Maisonnée serait un problème car ses habitués fréquentent également le LAPE de la Maison de l’Enfance. Les capacités d’accueil de la Maisonnée ne sont pas remises en question, car Gabriel Gesler pense que la fréquentation se régulera automatiquement.
La Maisonnée accueille actuellement uniquement des enfants âgés de 0 à 4 ans, mais Gabriel Gesler n’est pas fermé à l’idée d’accueillir désormais les enfants âgés de 4 à 6 ans, comme chez leurs homologues de la rue de Wasselonne. Cette décision pourrait être prise durant la première réunion d’équipe de la Maisonnée qui se déroulera le 5 septembre.
La Maison de l’Enfance, ouverte depuis 24 ans, subit actuellement des travaux de rénovation. (Photo : JFG / Rue89 Strasbourg)
L’attente d’un arbitrage
Nicole Dreyer assure qu’aucune décision n’est encore prise. Plusieurs hypothèses sont en réflexion, dont la possibilité de ne pas trouver de locale dans le quartier de la gare.
Les familles pourraient être invitées à se diriger vers un des 14 autres LAPE qui existent à Strasbourg (dont la Maisonnée) ou se déplacer vers un local de remplacement, peut-être situé dans un autre quartier. La décision de décaler les travaux au deuxième étage de la Maison de l’Enfance dans l’attente d’un lieu d’accueil de substitution serait est aussi à l’étude d’après nos informations.
Six immeubles du quartier à détruire, l’école élémentaire Martin Schongauer à déplacer, une salle de boxe à construire… Du côté de l’Eurométropole de Strasbourg, le programme de renouvellement urbain de l’Elsau est décidé. Le conseil citoyen du quartier sera ensuite consulté avant de soumettre le dossier à l’Agence nationale du renouvellement urbain (Anru) à l’hiver, afin de lancer les travaux.
« Pour l’Elsau, l’Agence nationale pour la rénovation urbaine (Anru) est plutôt d’accord avec ce que l’on propose. » Jeudi 2 août, Mathieu Cahn (PS) reçoit dans son bureau au premier étage du centre administratif de Strasbourg. Le vice-président de l’Eurométropole est en charge du renouvellement urbain.
Immeubles rasés et école Martin Schongauer déplacée
La rénovation urbaine de l’Elsau est aujourd’hui chiffrée à 186 millions d’euros, dont 20 millions pris en charge par l’Anru. L’école élémentaire Martin Schongauer qui accueille 270 élèves sera démolie. La présence d’amiante dans le bâtiment empêche tout rénovation, assure Mathieu Cahn. À moyen terme, le terrain devrait accueillir une soixantaine de logements privés. Dans le projet actuel de l’Eurométropole, l’établissement scolaire doit être reconstruit à la place des deux tours massives d’une douzaine étages situés au 30 de l’avenue Jean-Baptiste Pigalle et au 43 rue Matthias Grunewald.
Au 87 de la rue Martin Schongauer, la barre de cinq étages doit être rasée. Les logements sociaux du 21 au 29 rue Martin Schongauer sur une dizaine d’étages doivent aussi disparaître pour tout ou partie. Une salle de boxe sera construite derrière le Centre social et culturel du quartier.
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Dans la rue commerçante et piétonne Watteau, les logements sociaux du numéro 2 au 12, c’est-à-dire l’immeuble qui contient la médiathèque seront aussi détruits. Une partie du terrain débarrassée de ses gravats doit être revendue à un promoteur immobilier.
L’autre sera remplacée par des équipements publics et des espaces verts. L’immeuble du 80 rue Martin Schongauer figure aussi parmi les blocs massifs à détruire. Aucun projet de remplacement ne figure à ce stade sur le projet de l’Eurométropole de Strasbourg.
« Entre 368 et 400 » logements sociaux à détruire
Au total, « entre 368 et 400 » logement sociaux doivent être démolis dans le quartier de l’Elsau qui compte 6 000 habitants. Une partie de l’espace libéré doit permettre d’attirer des promoteurs privés. « C’est une exigence de l’Anru », explique Mathieu Cahn. L’objectif : permettre une mixité sociale plus grande dans le quartier. Pour le vice-président de l’Eurométropole, la destruction est assez simple, mais la revente au secteur privé prendra plusieurs années :
« Aujourd’hui, l’Elsau n’est pas très attractif pour les promoteurs privés. Donc on cherche des solutions : pourquoi pas transférer l’école Martin Schongauer à la place des deux immeubles du 30 avenue Jean-Baptiste Pigalle et du 43 rue Mathias Grunewald ? Pour les autres terrains, en particulier à l’entrée du quartier et à proximité du parc naturel urbain, l’image du quartier dans quatre ou cinq ans aura changé grâce à la rénovation urbaine. Ces espaces pourront alors être vendus. On va donc faire du portage foncier (conserver la propriété de certains espaces en attendant que la revente soit rentable, ndlr) »
Aucune date n’est avancée pour le début des démolitions dans le quartier de l’Elsau. Car au même moment, d’autres logements sociaux doivent être détruits dans les quartiers prioritaires de la Ville (QPV) aussi concernés par l’Anru.
À ce jour, l’Eurométropole planche sur les solutions de relogement offertes aux habitants. D’après les règles de l’Anru, seuls 15% des logements sociaux peuvent être reconstruits dans un même quartier, au côté des nouveaux appartements privés. Mathieu Cahn précise la réflexion en cours :
« Nous devons encore décider quand est-ce que la phase démolition sera enclenchée à l’Elsau. On ne peut pas le faire en même temps que l’on détruit des logements sociaux à Hautepierre par exemple, car il faut trouver des solutions pour reloger les Elsauviens. La problématique ne se gère pas seulement à l’échelle du quartier, mais de toute l’Eurométropole. »
Des barrières pour séparer l’espace public du privé
Pour 48 millions d’euros, 974 logements sociaux actuels doivent être « requalifiés » dans le quartier. « Il s’agit d’améliorer les performances énergétiques des bâtiments », explique Mathieu Cahn. À plus long terme, cette mesure témoigne d’une volonté d’attirer un public plus varié, plus aisé surtout. C’est l’un des fondements des programmes nationaux de renouvellement urbain de l’Anru.
Autre grand principe de la rénovation à venir : la résidentialisation. Mathieu Cahn explicite le projet :
« Dans ce quartier, il n’y a pas de différence entre l’espace public et l’espace privé à l’extérieur. Il faut donc différentier les espaces à usage privé, à la charge du locataire, et les espaces publics, entretenus par l’Eurométropole. »
En clair, des barrières ou des haies vont être installées autour des immeubles. À Hautepierre, le même procédé a permis de grapiller quelques morceaux d’espace privé ou une place de parking. 974 logements sociaux seront ainsi « résidentialisés ». Coût de l’opération : 4 millions d’euros.
Le problème du supermarché reste entier
À propos des commerces dans le quartier, Mathieu Cahn reste évasif. Dans la répartition de l’investissement pour le renouvellement urbain de l’Elsau, un million d’euros est consacré à « l’immobilier entreprise et [aux] commerces ». Le vice-président de l’Eurométropole ne voit pas de supermarché s’installer dans les anciens locaux du Leclerc :
« La surface actuelle des locaux est trop grande. Il y a une inadéquation entre l’offre et la demande des enseignes. Il faudrait aménager un autre espace, ou des cellules communes aux pieds des immeubles. »
Les dirigeants de la Locusem, la société de l’Eurométropole qui facilite l’installation d’entreprises notamment dans les quartiers difficiles s’étaient dits prêts à intervenir s’ils sont sollicités à l’occasion de cette opération.
Appel à la participation des citoyens
En septembre, le vice-président de l’Eurométropole se rendra dans les conseils citoyens de Strasbourg et environs (Schiltigheim, Bischheim, Lingolsheim, Illkirch-Graffenstaden) concernés par le renouvellement urbain. Mathieu Cahn craint déjà un « timing serré ». Les habitants des quartiers auront jusqu’à la mi-octobre pour élaborer un avis sur le projet présenté. Ils pourront s’exprimer sur les bâtiments démolis, la construction de logement privé, la mise en place d’un square…
Depuis plusieurs mois, un Strasbourgeois s’active pour impliquer les habitants du quartier. Laurent Garczynski appelle les Elsauviens à travailler ensemble pour mettre les « vraies questions sur la table ». Cet architecte de formation, intéressé par les techniques de construction durables, veut saisir l’occasion de ce chantier public pour proposer des solutions écologiques et innovantes. Dans un document rédigé en avril 2018, il offre des pistes de réflexions pour l’Elsau : « combiner la rénovation urbaine et la création d’emplois verts », « désenclaver l’Elsau par des liaisons douces (transports non-polluants, ndlr) » ou s’appuyer sur les jardins partagés pour créer des liens entre voisins.
Une décision de l’Anru entre « décembre 2018 et mars 2019 »
Selon Mathieu Cahn, le comité d’engagement de l’Anru pourrait avoir lieu entre « décembre 2018 et mars 2019. » Les travaux pourront démarrer dès la signature du projet par cette instance. Mais l’élu ne démord pas d’une conviction : les travaux vont changer l’image du quartier, certes, mais à l’instar du maire, il pense que c’est surtout le discours qui doit changer à propos de l’Elsau :
« Il faut arrêter de parler d’abord des choses qui vont mal. L’Elsau a plusieurs points forts : sa proximité avec un cours d’eau et l’entrée du parc urbain, le tram qui mène en 12 minutes au centre de Strasbourg et l’accès à l’autoroute, les cultures urbaines comme le street workout et le label écoquartier. En septembre, nous publierons les résultats d’un sondage sur l’image de plusieurs quartiers. Nous avons consulté ceux qui y résident et ceux qui n’y vont presque jamais. On pourra continuer de changer l’image de ces quartiers. »
Pas sûr que tous les habitants pensent que les seuls problèmes relèvent du domaine de l’image.
Rédacteur en chef de Rue89 Strasbourg. Spécialisé depuis 2019 en enquêtes locales, à Strasbourg et en Alsace sur des sujets variés allant de l’extrême-droite à l’hôpital public en passant par la maison d’arrêt de Strasbourg, les mouvements sociaux, les discriminations et l’expertise-psychiatrique.
Jeune habitant de Strasbourg, Ludovic Helbling regrette que les transports en commun ne soient pas gratuits lors des pics de pollution, et de manière générale que les hausses de tarifs n’incitent pas à davantage à les utiliser. Ce membre du mouvement Generation·s interpelle le président de la Compagnie des transports strasbourgeois (CTS), le premier adjoint au maire Alain Fontanel (LREM), sous forme de lettre ouverte que nous publions ici.
Cher Alain Fontanel,
Par la présente lettre, je me permets de m’adresser à vous en votre qualité de président du conseil d’administration de la Compagnie des Transports Strasbourgeois (CTS), en tant que Premier adjoint au maire de Strasbourg et vice-président de l’Eurométropole. En effet, alors que la France, l’Europe et la planète toute entière suffoquent en raison de vagues de chaleurs incommensurables, un véritable problème subsiste à Strasbourg.
En effet, comment peut-on, lucidement, continuer à proposer des tarifs réduits uniquement pour les billets de bus/tram lors de ces jours de pics de pollution ? La logique ne devrait-elle pas être, coûte que coûte, de préserver notre planète, de préserver la santé publique et ainsi d’encourager au maximum les usagers et les usagères à se détourner de leur automobile en proposant un accès gratuit aux transports ? Le conseil d’administration de la CTS, dont vous êtes le président, doit impérativement considérer cette demande.
Je salue d’ailleurs le combat de la maire écologiste de Schiltigheim, Danielle Dambach, qui vient d’écrire au Président de l’Eurométropole, Robert Hermann pour que les transports soient gratuits lors des pics de pollution. Cette position semble être celle de la raison, et elle devrait alerter le conseil d’administration de la Compagnie des Transports Strasbourgeois.
Les abonnés lesés
Qu’en est-il des usagers et des usagères qui utilisent les transports chaque jour et qui, par conséquent, ont un abonnement ? De quels avantages bénéficient-ils face à leur moyen de locomotion qui est un acte écologique et citoyen ?
S’il faut bien admettre que le réseau de la CTS est extrêmement bien desservi, qu’il ne cesse de se développer, de s’améliorer, l’heure devrait être à une plus grande accessibilité des transports, à un coût qui devrait être réduit et s’approcher le plus proche possible d’une gratuité.
J’ai bien conscience de l’existence de la tarification solidaire qui existe aujourd’hui. Il s’agit d’une mesure dont vous pouvez être fiers et fières car elle permet aux usagers et usagères aux revenus les plus modestes un accès à la mobilité sans être défavorisés. Il faudrait néanmoins penser à étendre à un maximum de personnes un tel dispositif.
Pour des tarifs plus attractifs le reste de l’année
En rendant les transports plus attractifs, en augmentant la fréquence de certaines lignes, cela aurait des conséquences positives sur le nombre de voyageurs. Le bénéfice pour la CTS serait bien plus important que lors des augmentations tarifaires (de 24€20 en septembre 2015 à 26€60 par mois depuis juillet 2017 soit une hausse de 2.40€ pour les moins de 26 ans) qui souvent dissuadent les usagers et les usagères d’utiliser le réseau.
Il est de votre responsabilité morale en matière de politique des transports, de politique environnementale, de politique de santé publique que de favoriser au maximum les mobilités alternatives à l’automobile. Il est indispensable de sensibiliser les citoyennes et les citoyens à cette question.
À quand des transports gratuits lors des fréquents pics de pollution à Strasbourg ? (Photo Pascal Bastien / Divergence)
Notons par ailleurs le caractère extrêmement discriminatoire des vignettes Crit’Air qui défavorisent les usagers ayant d’anciennes voitures qui, par définition, sont les plus modestes. Leur automobile est parfois leur seul moyen de locomotion. Comment aider efficacement ces personnes autrement qu’en les assignant à résidence ? S’il existe la prime à la conversion des véhicules, celle-ci reste trop faible comparé au coût que représente l’achat d’un véhicule neuf (2500€ de prime) ou d’occasion (1000€ de prime pour les foyers imposables et 2000€ pour les foyers non imposables).
Le non-sens des amendes pour abonnés
Ma colère réside également dans le procès-verbal qui m’a été adressé ce matin car j’ai – pour la première fois en trois ans d’utilisation quotidienne – oublié mon titre de transport que je paye 266€ chaque année. Une amende de 100€ (60€ d’amende et 40€ de frais de dossier) m’a été adressée par l’agent CTS (qui ne faisait que respecter les procédures). Or, il faut bien admettre qu’il y a un non-sens immense que de m’expliquer que je ne serai pas obligé de payer l’amende mais uniquement les frais de dossier si je la conteste rapidement.
J’entends bien que je suis responsable car mon titre de transport était absent. Je trouve néanmoins les conséquences de cela absolument sidérantes. Ne pensez-vous pas, Monsieur Fontanel, qu’il s’agit pas d’une sanction aberrante que d’infliger une amende si élevée à un jeune étudiant qui, pendant ses vacances, se lève tôt pour prendre les transports à 7h du matin pour se rendre sur son lieu de travail ?
Ne pensez-vous pas qu’il serait temps que le conseil d’administration de la CTS donne à ses agents la capacité de vérifier qu’un utilisateur dispose – ou non – d’un abonnement lorsqu’il oublie exceptionnellement son titre de transports et ce pour la première fois depuis trois ans ? Même le paiement des « frais de dossier » me paraît intolérable.
Le drôle de timing des contrôles
Notez par ailleurs que je prends les transports de façon quotidienne pendant presque deux heures et que je n’ai été contrôlé que très peu ces derniers mois. Or, lors du pic de pollution, je l’ai été trois fois en deux jours. Qu’est-ce que cela traduit ?
Je vous demande ainsi de bien vouloir prendre en considération ma demande et je vous prie de réfléchir, pour l’avenir, à une autre façon d’organiser les transports – notamment lors des pics de pollutions – afin de préserver la planète. L’urgence est écologique. Elle est sociale, également.
Veuillez agréer Monsieur le président de la Compagnie des Transports Strasbourgeois, l’expression de ma plus haute considération.
Ludovic Helbling Membre de Generation·s Strasbourg
Prise de position à titre personnel
Le Festival des Arts dans la Rue, le Farse, est de retour dans le centre de Strasbourg du vendredi 10 au dimanche 12 août, avec une conseillère artistique, Claire Ducreux, pour la programmation. Suivez le guide de la 19ème édition.
Nouvelle direction pour le Festival des arts dans la rue de Strasbourg-Eurométropole (Farse). Claire Ducreux remplace Ali Salmi après trois années de service. Pour sa première édition aux commandes, la 19e, la chorégraphe a souhaité des ambiances plus variées : cirque, théâtre, mime, concerts ou clowns avec de plus petites jauges de spectateurs.
Par rapport à son prédécesseur, elle accorde moins de places aux grands effets comme la pyrotechnie ou aux montages spectaculaires pour davantage se concentrer sur le jeu des comédiens de manière plus proche voire intimiste. L’artiste, dont c’est la première expérience en tant que « conseillère » artistique, a d’ailleurs un rôle plus réduit qu’Ali Salmi, ancien « directeur » artistique. Elle a sélectionné les troupes de la programmation du centre-ville tout public, mais moins le choix des places et l’organisation matérielle.
Plus d’ouverture, mais une grande clôture
Le vendredi 10 août, plus de grand spectacle d’ouverture comme par le passé. Mais les 18 représentations dans le centre-ville, ainsi qu’à la Krutenau ou la Presqu’île Malraux débuteront dès 16h. La fanfare des Groom donnera le coup d’envoi avec sa déambulationLa Baronnade de 45 minutes entre les places d’Austerlitz et Gutenberg, avec une touche d’improvisation.
Pour ceux encore au travail ou occupés, une séance de rattrapage est prévue à 18h45, cette fois-ci dans l’autre sens (Gutenberg – Austerlitz). Cette troupe d’opéra de rue effectuera le même aller-retour à 15h et 19h le lendemain, samedi.
Les Grooms lanceront le Farse dans les rues de Strasbourg le vendredi (photo remise / Leonard)
En revanche, il y aura bien un grand spectacle de clôture le dimanche soir. Pour cela, rendez-vous le dimanche un grand spectacle incandescent au parc du Heyritz avec le Parcours poétique et enflammé de la compagnie Carabosse à 22h.
La compagnie Carabosse va mettre le feu au parc du Heyritz pour la fin du Farse (document remis / Ville de Strasbourg)
Une performance à voir « de loin ou de près », selon Claire Ducreux, dans un entretien de présentation accordé à nos amis de Szenik (qui partagent leurs bureaux avec les nôtres).
Présentation du Farse 2018 par Claire Ducreux
Une programmation pour enfants
Autre nouveauté, le Farse des minis aux docks d’été de la Presqu’Île Malraux à destination des enfants. Onze compagnies s’y produiront à 25 occasions pendant les trois jours entre 15h et 19h, avec une grande place pour les marionnettes et la musique, ou encore une œuvre participative à la craie, FARSe au sol, par Fanny Delque, dès 2 ans.
Avec son concert sur barque, Eddy la Gooyatsh vise aussi à amuser avec Pull over deux fois par jour le samedi et dimanche à 15h et 17h.
Ce nouveau lieu est une volonté politique qu’ « assume et revendique » l’adjoint au maire en charge de l’animation Mathieu Cahn (PS) :
« Lors de la dernière édition, je faisais le constat que le Farse était certes un événement grand public mais pas tellement jeune public et même que certains spectacles de la programmation ne leur étaient pas destinés. Dès le lendemain de l’édition, j’ai décidé qu’ils auraient un espace dédié l’année suivante. Comme la cour du lycée Sturm, que l’on utilisait l’an dernier pour des troupes du Grand Est, est en travaux, on a choisi de rattacher les Docks d’été au festival. »
Ambiances changeantes au camp de base cour Pasteur
La cour de l’école Pasteur, dans la rue des Veaux, reste le camp de base du festival avec des ambiances changeantes au cour de la journée : plutôt conviviale et ouverte aux plus jeunes en journée (contes à 16h samedi et dimanche), avec des animations à l’heure de l’apéro (Blind test samedi et dimanche à 19h) puis dansante le soir à 22h (funk le vendredi, bal le samedi et spectacle le dimanche).
Les rockeurs strasbourgeois des Weepers Circus y sont attendus le dimanche à 12h30 pour leur spectacle musical N’importe Nawak.
Les Weepers Circus sont attendus le dimanche dans la cour de l’école Pasteur le dimanche à 12h30 pour un spectacle musical : « Nimporte Nawak » (photo remise / Ville de Strasbourg)
Ce point de chute, ouvert de 11h à 0h30, sera d’ailleurs ralliée par l’une des deux autres déambulations, le samedi vers 16h50 et 22h par une autre déambulation celle du Chant des pavillons par La Fausse compagnie (parcours musical sensible et poétique), partie 50 minutes plus tôt de la place Kléber.
Le lendemain, elle effectuera un autre parcours, entre les places Saint Thomas et Grimeissen à 15h et 18h15.
La fausse compagnie proposera 4 déambulations avec Le chant des pavillons, sur deux itinéraires différents (Photo Vincent Vanhecke)
Pour les adeptes du genre, la troisième déambulation sera plus lente avec Kamchàtka, par la compagnie éponyme, où huit personnages avec une valise et perdus dans Strasbourg, déconnectés de nos modes de vie, se déplaceront entre la place Kléber et celle de la Cathédrale (environ 1h) le samedi et dimanche à 17h.
Création, mimes, clowns ou siffleurs
Parmi les créations, Claire Ducreux a qualifié Urban et Orbitch par la compagnie Microsillon de « grande claque artistique », un clown acteur comique, qui accompagne son jeu de beat box. Les trois jours à 21h place d’Auterlitz.
Équilibriste aux ponts couverts
Autre création, qui s’annonce spectaculaire, Ondes une traversée en funambule aux anciens ponts couverts à 22h le samedi et dimanche par Aurélien de la Compagnie Rouages.
Au rayon plus comique, Rien à dire par Léandre s’essaye au mime poétique le vendredi et le samedi à 16h30 place Saint-Thomas.
Rien à dire, mais beaucoup à transmette pour Léandre ? (photo Vincent Vanhecke)
Autre genre atypique, de l’humour sifflé par Fred Radix qui jouera Le siffleur et son quatuor, le vendredi à 22h place Kléber.
Place de la Cathédrale le samedi (22h) et le dimanche (22h15), ce seront sept comédiens « d’âge mûr », dont un octogénaire pour peut-être sa dernière, qui questionneront la vieillesse et sa perception avec Point de Fuite par la Compagnie Adhok.
Budget et programmation stable
Au total, plus de 80 représentations sont programmées, soit une dizaine de plus qu’en 2017 qui avait marqué une montée en puissance de l’événement estival.
Le budget de l’événement est stable, à 250 000 euros supportés par l’organisateur, la Ville de Strasbourg. Pendant les trois soirs, les trois spectacles d’illuminations « LuX » au Barrage Vauban, Place du Château et Place de l’Université seront suspendus.
Après un premier passage en 2015, le Tour Alternatiba revient à Strasbourg vendredi 10 et samedi 11 août 2018 pour sa deuxième édition. La volonté des organisateurs est de mettre en avant des alternatives à nos modes de consommation, voire d’en susciter de nouvelles.
« La finalité, ce n’est pas de faire du vélo. La finalité, c’est de montrer qu’une transition est possible, et qu’elle n’est qu’une question de volonté », Clément Charbonnier fait partie de l’association Alternatiba Strasbourg, qui accueille ce vendredi 10 août et samedi 11 août une étape du Tour Alternatiba, étalé de juin à octobre. Déjà passé par la capitale alsacienne par sa première édition en 2015, ce tour de France à vélo des initiatives durables et locales cherche à promouvoir la transition écologique. Treize cyclistes permanents se relaient, sur un tandem à trois et quatre places sur le trajet, mais sont parfois rejoints le temps d’une étape.
Créée en 2013 à Bayonne, l’association Alternatiba vise à construire un mouvement citoyen pour parler du climat. Depuis, des dizaines d’antennes ont été ouvertes en France pour faire de l’écologie à une échelle locale, dont Strasbourg en 2014. Et en 2015, le premier Tour Alternatiba s’est lancé « pour provoquer un soubresaut chez les habitants », explique Clément Charbonnier. En 2018, l’objectif est différent :
« C’est l’étape supérieure. Maintenant on veut rassembler le plus de monde possible pour créer le plus d’alternatives. Le Tour est parti de Paris le 9 juin, et devrait arriver à Bayonne le 6 octobre. Il passe par plus de 200 villes et villages, fait 5 800 kilomètres et traversera les frontières, en Belgique, en Allemagne, en Suisse et en Espagne. »
« La politique est trop lente sur la question climatique.
Les sommets internationaux ont aussi eu un impact sur l’agenda. Le Tour avait été créé en 2015 pour influencer la COP21 à Paris. En 2018, c’est surtout un rapport du GIEC (le Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat) qui a motivé l’initiative. Il sera remis en octobre et portera sur les impacts du réchauffement climatique sur la planète. Clément Charbonnier espère que le GIEC alertera sur l’urgence d’un changement dans nos pratiques et surtout que cela soit suivi par des citoyens ou institutions locales :
« On saisit cette opportunité internationale car c’est là où on pourra faire le plus de bruit. Le rythme politique est trop lent sur la question climatique. Et nationalement, c’est tellement insuffisant que nous, citoyens, sommes obligés de saisir la question. Très peu de choses sont faites, on va droit dans le mur. Pourtant, et c’est ça qu’on veut montrer, qu’on a tous les outils à portée de main. Eux ne tiennent pas toujours leurs engagements mais nous, nous voulons montrer que nous les tenons. »
En 2015, un premier tour Alternatiba avait déjà sillonné la France (doc remis)
Un passage par Kolbsheim avant Strasbourg
Avant de s’arrêter à Strasbourg, le Tour Alternatiba ira soutenir les opposants au Grand Contournement Ouest (GCO – voir tous tous nos articles) installés à la Zone à défendre de Kolbsheim vendredi à midi. Les organisateurs veulent soutenir la lutte contre ce que l’association appelle de manière générale les « grands projets inutiles climaticides » comme l’explique Clément Charbonnier :
« Dans nos objectifs, il y a aussi la désobéissance civile, ce que font les anti-GCO. Au lieu de développer des transports alternatifs, ce que l’on sait faire, on va choisir de mettre plus de voitures sur la route. L’enjeu sur ce projet c’est aussi la question de l’urbanisation et de l’utilisation de terres agricoles pour les projets urbains, alors qu’on a besoin de ces terres. »
Le Tour invite ceux qui le veulent à les rejoindre pour rallier Strasbourg depuis Kolbsheim le vendredi à 16h. L’arrivée se fait au Musée d’Art moderne vers 17h30. Mais les cyclistes repartiront quelques minutes plus tard pour la Vélorution, une manifestation à vélo comme à chaque étape du tour. La version strasbourgeoise se déroulera sur l’Avenue des Vosges, où une manifestation similaire s’était tenue en mai, pour protester contre le manque de places pour les vélos sur les boulevards de Strasbourg.
Un village des alternatives concentré sur l’alimentation
Les militants arriveront à l’Ares, le centre socio-culturel de l’Esplanade. Un « village des alternatives » y a été installé par Alternatiba Strasbourg, qui expose pendant ces deux jours des associations et des entreprises qui luttent contre le réchauffement climatique. Avec pour thème l’alimentation, l’association espère toucher un large public (café débat le samedi à 15h au Fec place Saint-Étienne). Des concerts et des conférences doivent en faire un moment festif jusqu’à minuit. Mais l’objectif de la lutte militante demeure : une formation à l’action non violente est ouverte sur inscription (samedi à 17h30).
Après l’étape strasbourgeoise du vendredi 10 août et du samedi 11 août, le Tour Alternatiba continuera son parcours pendant encore deux mois. Il passera le 12 août à Ungersheim, puis à Mulhouse avant de se diriger vers l’Allemagne.
L’Eurométropole annonce désormais une fermeture « jusqu’à nouvel ordre » pour colmater une fuite.
Décidément, Strasbourg a du mal avec ses rénovations de piscines. À l’été 2016, c’est la piscine de la Kibitzenau, rénovée en 2014, qui fermait ses portes un mois. En cet été 2018 et au cœur de la canicule, c’est au tour de la piscine de Hautepierre réouverte le 7 juillet qui connait des déboires.
Après trois ans (!) de travaux, un bassin extérieur a été ajouté (10 lignes de 25 mètres) et l’intérieur rénové pour 15 millions d’euros. Les deux autres bassins pour enfants prévus doivent être ajoutés plus tard, à une date indéterminée.
Une fuite
L’Eurométropole annonce « une fuite importante sur le circuit de traitement de l’eau » depuis ce dimanche 5 août sur ce nouveau bassin nordique, c’est-à-dire accessible en été comme en hiver à l’instar du Wacken.
Après avoir tablé sur une réouverture mercredi 8 août, puis le jeudi 9 août (« sous réserve du bon déroulement des travaux »), elle indique désormais une fermeture « jusqu’à nouvel ordre ». Le reste de la piscine (le bassin intérieur et le toboggan) restent accessibles.
Il est beau ce bassin nordique dix lignes d’eau de 25 mètres. Mais il est fermé. (Photo Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg)
La rédaction de Rue89 Strasbourg est composée de journalistes toutes et tous prêts à écouter les Strasbourgeoises et les Strasbourgeois pour parler des sujets qui les intéressent. Notre existence et notre moral dépendent du nombre d’abonnements pris pour nous soutenir. 🙏⤵
On la croise à la Meinau, au Baggersee ou à l’Orangerie à Strasbourg. Liliane Devic, 92 ans, est une ancienne championne de tennis de table et compte à son palmarès pas moins de 55 titres, en 60 ans de compétition. Dès que le temps le permet, celle qui ne sort jamais sans sa raquette part affronter amicalement les Strasbourgeois sur les tables de ping-pong en plein air. Et elle en a encore sous le coude.
Une vieille dame, pantalon blanc élégant, les jambes écartées et solidement ancrées dans le sol. Une balle jaune de ping-pong rebondit, s’élève au ralenti… une erreur du débutant en face. Un bras fuse et un smash parfait vient écraser la balle sur la table. Liliane, 92 ans, a encore frappé.
Il faut dire qu’elle a un peu d’expérience : tous les jours dès qu’un rayon de soleil apparaît, cette championne de tennis de table sort à Strasbourg, à la Meinau, dans la Petite-France ou à l’Orangerie, pour rencontrer des adversaires improvisés, à sa taille ou non.
Liliane Devic rencontre des adversaires de tous les âges. Ici place de l’Ile de France, à la Meinau. (Photo ES / Rue89 Strasbourg / cc)Liliane Devic habite depuis toujours à Strasbourg. Elle a passé la majorité de sa vie à la Meinau, où se trouve l’un de ses terrains de sport favori. (Photo ES / Rue89 Strasbourg / cc)
« Il y avait des tables de ping-pong dans une église »
Liliane a commencé le ping-pong à l’âge de 12 ans, en famille, avec sa mère, « ancienne championne de tennis ». C’est tout naturellement qu’elle donne rendez-vous pour se rencontrer « sur un banc, en face les deux tables de ping-pong », place de l’Île-de-France, dans le quartier de la Meinau où elle réside. Et de préciser : « j’ai toujours préféré jouer dehors, même quand je faisais de la compétition. Je ne peux pas rester enfermer tout le temps dans une salle. »
Sur une simple table en bois ovale agrémentée d’un filet, à ses débuts, au Baggersee… Liliane Devic a joué du tennis de table partout et même… dans une église :
« Avant il y avait deux tables au sous-sol d’une église à Lingolsheim. J’y emmenais ma fille quand elle avait 10 ou 11 ans. Puis un jour, le curé en a eu marre et a refusé qu’on joue à l’intérieur. Ça m’a vraiment mise en colère. »
Des anecdotes de pongistes, la retraitée en a des tonnes… L’une d’elle se déroule, dans une brasserie à la Robertsau. La jeune Liliane, 25 ans, vient pour y jouer « avec le fils du gérant, qui fait de la compétition », parce qu’il « suffit de payer une consommation pour pouvoir jouer une heure. » Un jour, un militaire en permission pousse la porte de l’établissement… Autour d’une bière, d’une petite balle jaune et d’un peu de sueur, c’est le début d’une histoire d’amour :
« Je l’ai tout de suite battu, il n’était pas très bon. On s’est mariés dans la foulée ! »
Liliane tient à sa carte de la fédération française de tennis de table, précieusement conservée, comme à la prunelle des ses yeux. (Photo ES / Rue89 Strasbourg /cc)
55 titres à son actif
C’est à peu près à la même époque que Liliane a commencé la compétition, après la Seconde Guerre mondiale, durant laquelle elle n’a pas pu toucher une balle :
« J’ai choisi le ping-pong parce que ça coûtait moins cher que le tennis. À l’époque je devais élever des enfants, je ne pouvais pas me permettre de pratiquer un sport trop cher. Et puis mon mari n’était pas très bon au tennis, alors pour s’entraîner, ce n’était pas l’idéal ! »
Elle enchaîne les rencontres, voyage partout, « à Thionville, Cannes ou dans le Jura » et rafle les trophées.
Liliane Devic a fait une liste afin de ne rien oublier de son palmarès. Il faut dire qu’avec 55 titres au compteur, on a vite fait de s’emmêler les pinceaux… (Photo ES / Rue89 Strasbourg / cc)
Le titre dont elle est le plus fière ? « Celui de championne de France, bien sûr ! » Deux fois en, catégorie vétérans, en simple dames en 1990 et doubles mixtes en 1996. La championne s’est constituée un carnet, avec tous les palmarès obtenus. Elle l’a relié elle-même, forte de son expérience et de sa formation dans les arts décoratifs, qu’elle a enseignés un temps, bénévolement, à la maison des jeunes. Elle n’a par ailleurs jamais travaillé en plus du ping-pong. Assise à l’ombre sur le banc, Liliane tourne amoureusement les pages, caresse les titres, témoins d’une vie de rencontres sportives.
Quand on gagne un titre en ping-pong, on obtient aussi un diplôme. Liliane Devic a soigneusement conservé les siens, dans un ouvrage relié par ses soins. (Photo ES / Rue89 Strasbourg / cc)
Aujourd’hui, elle joue avant tout pour le plaisir, avec plus de précautions :
« J’ai arrêté la compétition à 83 ans. Niveau physique ça n’allait plus, je ne pouvais plus rivaliser face à des jeunes de 40 ans ou 60 ans, en catégorie vétérans. Même en jouant comme je le fais maintenant, j’ai peur de tomber. Je laisse les jeunes ramasser les balles. »
Saison 66-67 : Liliane est déjà championne d’Alsace dames de ping-pong. (Photo ES / Rue89 Strasbourg / cc)
Une vie de rencontres grâce au ping-pong
Liliane défend un esprit de partage et de convivialité au sein de son quartier :
« Je joue avant tout pour rencontrer des gens. Je ne propose jamais de match, c’est uniquement pour le plaisir de jouer. J’aimerais créer quelque chose ici, à la Meinau, où j’habite, que tout le monde joue avec tout le monde. Certains ne jouent pas avec les petits, alors qu’il faut bien leur apprendre… »
Elle étend le bras sur le banc, son chapeau de paille pendant dans la main. Un habitant de la Meinau, béquille à la main, passe et la salue. Liliane sourit de cette rencontre :
« Parfois des gens me disent bonjour dans le rue, je me dis que je les ai certainement rencontrés à la table. Une fois j’ai croisé un jeune à la sortie de l’école. Il m’a appelée mamie ping-pong. »
Derrière Liliane Devic, on aperçoit l’une des tables de ping-pong où elle se rend régulièrement pour défier petits et grands, à la Meinau. (Photo ES / Rue89 Strasbourg / cc)
Des rencontres, Liliane Devic en a fait beaucoup, en 60 ans de compétition et autant d’échanges de balle en plein air. Elle en garde un souvenir enthousiaste ou ému :
« Il m’est arrivé plein de bonnes choses grâce au ping-pong en plein air. Une fois, il y a quelques années, j’ai joué avec des clochards place des Orphelins, très polis. L’un d’entre eux s’est absenté, puis est revenu en me disant “tenez, j’ai choisi une boisson pour vous”. Ce n’est même pas un gars avec qui j’avais joué, c’était très respectueux, ça m’a touchée. Je ne les ai jamais revus. »
« J’ai demandé à la mairie plus de tables de ping-pong »
Liliane Devic, c’est un sourire, de la ténacité et une énergie à toute épreuve… et qu’on ne s’y trompe pas, malgré un problème à l’œil qui remonte à une cinquantaine d’années, elle affirme y voir encore très bien ! (Photo ES / Rue89 Strasbourg / cc)
Liliane s’est battue pour que ces rencontres soient possibles ou continuent d’exister. Quitte à faire du grabuge auprès de la mairie. À Mamie ping-pong, armée de sa raquette et de son sourire avenant, on ne refuse rien. Elle se souvient :
« J’avais demandé à Fabienne Keller lorsqu’elle était maire si elle pouvait mettre deux tables de ping-pong au Baggersee. Elle en a mis quatre, exactement où je voulais ! Malheureusement, les tables ont été brûlées… »
L’actuel maire de Strasbourg Roland Ries a aussi eu à faire à la tenace Liliane : « Un jour, j’ai fait savoir qu’il manquait des tables de ping-pong à Strasbourg. Deux ans après, de nouvelles tables étaient installées. » De là à dire que c’est la nonagénaire qui a fait pencher la balance, il n’y a qu’un pas…
Lorsque la place de l’Ile-de-France fut inaugurée, elle est venue à la rencontre du maire pour lui proposer une partie :
« Il a tout de suite accepté, même si ses conseillers ont semblé surpris sur le coup. C’était très sympathique. Je l’ai remercié pour les tables. Il m’a dit avec le sourire : “On ne peut rien vous refuser !” »
Mais aujourd’hui elle l’admet, « je n’ai plus la force de me battre pour ce genre de choses. Et puis quand je vois les dégradations faites aux tables, ça me fait mal au cœur… »
« Sans le ping-pong je n’aurais pas vécu aussi longtemps »
Sur son passage, Liliane a en tout cas marqué beaucoup de gens. Gilbert Kraemer, membre du Racing Club de Strasbourg (RCS) tennis de table, au sein duquel Liliane a joué une trentaine d’années garde un souvenir ému de la vieille dame :
« Bien sûr que je me souviens d’elle ! Qui peut oublier Liliane Devic ? On a fêté ses 90 ans avec elle. C’est quelqu’un d’une grande gentillesse, elle est aussi sympathique que sportive, même si elle a ses petits problèmes de santé maintenant. Certains gamins l’attendent pour jouer avec elle à l’Orangerie ou au Baggersee. Un jour un de mes neveux m’a raconté s’être pris une raclée par une vieille dame. J’ai tout de suite su que c’était Liliane. Certaines femmes ont du rouge à lèvres dans leur sac à main. Pour Liliane, c’est une raquette et une balle, elle ne sort jamais sans ! »
Dans le quartier de la Meinau à Strasbourg, Liliane est un personnage incontournable. (Photo ES / Rue89 Strasbourg / cc)
Et ça ne risque pas de changer de sitôt, parole de Liliane :
« Le club du troisième âge, je n’y vais pas ! J’aime bien jouer au Scrabble, mais les autres personnes sont bien trop lentes ! Moi, je voudrais mourir d’une crise cardiaque, une raquette à la main… »
Mais ce n’est pas pour tout de suite : le ping-pong, c’est pour Liliane, un vrai secret de longévité.
La mission locale pour l’emploi de Strasbourg permet à dix jeunes sortis du système scolaire de travailler six mois pour le festival « Au grès du Jazz » à La Petite-Pierre. Le 10 août au soir, ils organiseront un spectacle son et lumière retraçant l’histoire de la musique noire, après le concert du pianiste Abdullah Ibrahim. Le but du projet est de permettre aux participants de retrouver une place sur le marché du travail.
À deux pas de la gare de Strasbourg, dix jeunes s’affairent de bonne heure dans les locaux de la Mission locale pour l’emploi. Engagés en contrat de service civique pour six mois par le parc national des Vosges du nord, le groupe doit monter un spectacle son et lumière pour la seizième édition du festival Au grès du Jazz de La Petite-Pierre. L’objectif à long terme : leur permettre de se réinsérer dans le monde du travail, en se formant auprès des bénévoles. Le 10 août, ils présenteront gratuitement leur création aux spectateurs du festival, après concert du jazzman Abdullah Ibrahim.
Des profils très différents
La mission locale se targue d’avoir reçu tous les candidats pour un entretien (même ceux qui avaient donné leur dossier en retard !). Dans le groupe, les itinéraires sont tous différents. Certains sont en sortie d’étude et en recherche d’emploi, d’autres enchaînent les jobs alimentaires. Ce qui rassemble les membres du groupe, c’est une passion commune pour la musique.
Tous les jeunes du groupe ne baignent pas dans le jazz. Benjamin Gress par exemple, préfère le rap, qu’il pratique depuis plusieurs années. Aux côtés de son collègue Anthony Fructuoso, il gère la communication du groupe :
« Avant d’arriver ici, j’ai fait un Bac pro commerce, et je voulais continuer dans une école de communication, mais je n’ai pas été admis. Là, je gère les réseaux sociaux du groupe et parfois ceux du festival. Je travaille sur une vidéo de présentation du spectacle, qu’on va dévoiler quelques jours avant l’événement. »
Boris Mamoyan est aussi musicien. Au sein du groupe, le jeune homme originaire d’Arménie s’occupe de la régie son. Son CAP commerce en poche, il s’installe à Illkirch et souhaite faire un apprentissage. Sans papiers en règle, il enchaîne les refus. Coup du destin : Boris apprend sa régularisation et l’existence du projet le même jour :
« J’ai postulé parce que j’aimais bien la musique. Cela me passionne, je joue du piano et un peu de guitare. D’ici la fin du projet, mon rêve serait d’intégrer une école de musique pour continuer à travailler là-dedans! »
« Créer une solidarité autour du projet »
Avant le début de la mission, les membres de « Swing Cap’s » ne s’étaient jamais rencontrés. Il fallait donc créer un esprit de groupe. Les bénévoles ont voulu ancrer les jeunes dans une culture commune, celle du jazz. Valentine Wurtz, coordinatrice du festival Au Grès du Jazz, explique comment le collectif s’est soudé autour d’un style musical :
« D’abord, on leur a expliqué ce qu’était le jazz, en tentant de leur faire découvrir sa richesse, pour que chacun puisse prendre ce qu’il veut. On leur a tout de même demandé d’écouter des classiques comme Kind of blue de Miles Davis. »
Au sein de l’équipe, chacun dispose d’un rôle défini, en fonction des passions et des compétences de chacun. Les dix jeunes sont presque tous néophytes dans tous les domaines du spectacle. Mais ils réussissent à travailler efficacement grâce à leur bonne organisation, comme l’explique Lucas :
« On a divisé le groupe en deux. Le pôle artistique rassemble les scénographes ou ingénieurs du son par exemple. Le pôle technique est chargé de nous remettre les pieds sur terre ! Quand on propose une idée, ils vont voir si c’est réalisable, si ça rentre dans notre budget… »
Les jeunes ont été reçus à la mairie de La Petite-Pierre le 19 Juin (Photo Romain Wintz / Au grès du Jazz)
Trois scènes pour raconter l’histoire du jazz
Le festival laisse les jeunes travailler en autonomie sur tous les aspects du spectacle, de la conception à la technique en passant par la communication. Ils sont accompagnés par des salariés de la mission locale ainsi que par des professionnels du monde du spectacle qui les aiguillent sur les questions techniques. Lucas Seigot, directeur artistique du projet, raconte la construction du fil conducteur de la performance :
« Pour monter le spectacle, on a tous réfléchi ensemble. On est vite tombé d’accord sur l’idée de mouvement, parce que cela fait partie de l’identité du jazz. On a voulu rendre compte de sa diversité, à notre humble niveau. Dans les faits, le spectacle va ressembler à une mise en scène de l’histoire du jazz. »
Le groupe a effectué des repérages sur le site du festival (Photo Romain Wintz / Au grès du Jazz)
Puis les grandes lignes du projet ont été tracées. Le groupe prévoit trois scènes disposées en triangle. Chacune d’entre elles fait référence à une période emblématique de l’histoire du jazz. La première scène présentera les racines de la musique noire, autour du blues, dans une ambiance proche de celle des champs de cotons. La deuxième veut montrer la transition du jazz des plantations vers les bas-fonds des villes américaine. Enfin, la dernière scène a pour ambition de rendre compte des évolutions contemporaines du style, entre le rock et la musique expérimentale. Les musiciens se produiront pendant près de 30 minutes.
Renouveler l’initiative
Le spectacle n’a pas encore eu lieu mais le festival pense renouveler l’expérience, comme l’explique Valentine Wurtz :
« Pour nous, c’est un moyen d’évoluer. Plutôt que de devenir une grosse machine et recevoir toujours plus de spectateurs, on veut travailler sur notre empreinte sur le territoire ! »
Au terme de six mois de mission, les jeunes du groupe ne seront pas embauchés par le festival, faut de moyens financiers. Mais les contrat courent jusqu’à la fin du mois d’octobre, bien après le festival. Une fois le spectacle joué, la mission locale a prévu de les accompagner dans leur recherche d’emploi.
Vendredi 3 août 2018, les agents de la Ville ont installé un évier mobile muni de robinets pour demandeurs d’asile installés rue des Canonniers. Des toilettes sèches seront également installés, promettent deux adjointes au Maire. Cette décision intervient au surlendemain de l’interpellation du Collectif rue des canonniers et du Collectif D’Ailleurs Nous Sommes d’Ici 67.
Les demandeurs d’asile installés dans le quartier du Neuhof peuvent au moins se rafraîchir. Dans la matinée du 3 août, la Ville de Strasbourg a mis en place un évier mobile. Mais l’eau qui en coule reste encore non-potable. Dans le campement situé rue des Canonniers, des tests de potabilité doivent être effectués dans la journée du lundi 6 août, assure Annick Neff, adjointe chargée du quartier du Neuhof. Ce dispositif doit permettre de remplacer les distributions d’eau en bouteilles. Mercredi 1er août, les collectifs D’ailleurs nous sommes d’Ici 67 et Rue des canonniers déploraient une aide insuffisante.
Un évier mobile avec des robinet a été installé ce vendredi 3 août. (Photo : G. Baumgart / doc remis)
La promesse des toilettes sèches
Dans les prochains jours, des toilettes sèches doivent être installées aux abords du campement. Aucun délai n’est avancé pour l’instant. En cause : « L’entreprise des toilettes sèches est en vacances. », assure-t-on du côté de la Ville. Les habitants du campement font actuellement leurs besoins dans la nature ou utilisent les toilettes du Bar de Paris.
Pour Antonio Gomez, membre du réseau D’Ailleurs Nous Sommes d’Ici 67, cette action de la Ville de Strasbourg reste insuffisante :
« C’est le début d’un long chemin. C’est grâce à la mobilisation et les articles de la presse qu’ils ont agit. Mais la mobilisation continue sur la question du logement. »
Le campement de la rue des canonniers s’agrandit depuis quelques semaines (Photo : AC/Rue89 Strasbourg)
Marie Dominique Dreyssé, adjointe au Maire est reconnaissante de l’action des citoyens du quartier qui aident ces familles dans le besoin. Le camps s’agrandit depuis début juillet. Aujourd’hui, une quarantaine de personnes vivent sur le campement. Vendredi 27 juillet, une famille macédonienne de cinq personnes a accepté l’aide au retour qui lui a été proposée par les services de l’OFII (Office Français de l’Immigration et de l’Intégration).
Le pic d’ozone débuté le 2 août en Alsace touche à sa fin. Lundi 6 et mardi 7 août, la vignette Crit’Air doit figurer sur le pare-prise des automobilistes dans les 33 communes de l’Eurométropole de Strasbourg. Mais ces mesures s’arrêtent mercredi 8 août en raison d’un orage attendu. La police dressera des amendes au prochain pic de pollution.
Pour la première fois à Strasbourg, la vignette Crit’Air est utile. En raison de la persistance du pic d’ozone (O3), les petits macarons multicolores sont exigés. Depuis le lundi 6 août, la circulation est interdite aux véhicules les plus anciens dans l’ensemble des 33 communes de l’Eurométropole de Strasbourg.
Ces mesures sont valables pour le lundi 6 et mardi 7 août. En raison d’orages attendus dans toute la région qui devraient un peu renouveler l’air, Atmo Grand Est lève la procédure d’alerte dans les dix départements à partir du mercredi 8 août, malgré les chaleur attendues.
Jusque là, seuls les propriétaires de voitures aux vignettes vertes ou de niveau 1, 2 ou 3 pouvaient rouler. Pendant la durée de ce pic, les autorités ne verbalisent pas encore les conducteurs récalcitrants, se contentant de faire de le sensibilisation. Aux autres automobilistes, la préfecture recommande l’utilisation des transports en commun ou le recours au télétravail.
Les automobilistes sans vignette Crit’Air peuvent laisser leur voiture au garage (ou passer la commande du cercle coloré ici.) Une attestation permettra de circuler avant de recevoir la vignette.
Concrètement, l’interdiction de circulation dans l’Eurométropole de Strasbourg frappe les véhicules suivants :
Les deux-roues à moteur vieux de plus de 13 ans
Les voitures à essence de plus de 21 ans
Les véhicules diesel de plus de 12 ans
Les véhicules utilitaires essence de plus de 21 ans
Les véhicules utilitaires diesel de plus de 12 ans
Les poids lourds essence de plus de 16 ans
Les poids lourds diesel de plus de 8 ans
Pour les plus modestes, les foyers non-imposables, l’agence des services et de paiement propose via la « prime de conversion » des aides allant de 500 à 4 000 euros en cas de changement de véhicule, même d’occasion (jusqu’à 1 100€).
Les vignettes pour véhicules particuliers et poids lourds
Pour s’y retrouver dans les vignettes et les véhicules (document ministère)La classification Crit Air pour les poids lourds (document ministère écologie)
Transports moins chers
Les mesures pour limiter la circulation des voitures restent valables :
• il est possible pour les usagers de la CTS, tram et bus, de voyager en illimité avec un ticket « Pic de pollution » à 1,80 euros (2 euros si il est acheté à bord d’un bus). Il n’est cependant pas possible de charger ces tickets sur des cartes Badgéo.
• Sur les bus du Réseau 67 dans le Bas-Rhin l’aller-retour passe à 2,50€.
• Par ailleurs la location de Velhop à la journée dans les 5 boutiques passe à 3 euros contre 6 d’ordinaire.
• Sur les autoroutes et les routes à chaussée séparée, la vitesse maximale autorisée est abaissée de 20 km/h sans descendre en dessous de 70 km/h. Les autocars et poids lourds ne sont pas concernés sur les tronçons limités à 130 km/h.
Recommandations sanitaires
D’un point de vue sanitaire, il est conseillé de privilégier des sorties plus brèves et celles qui demandent le moins d’effort. Pour les personnes sensibles (femmes enceintes, nourrissons et jeunes enfants, personnes de plus de 65 ans, personnes souffrant de pathologies cardiovasculaires, insuffisants cardiaques ou respiratoires et asthmatiques), il est recommandé de limiter les sorties et l’activité physique de manière générale.
Se choper à Strasbourg (5/8) – Pour s’adonner à l’échangisme ou au libertinage, certains Strasbourgeois se rendent à Illkirch-Graffenstaden. L’Inox existe depuis 2003 et ouvre ses portes chaque jour de midi à 1h. Plusieurs fois par mois, le club accueille des soirées orgiaques. Je me suis rendu à l’une d’entre elles.
« On s’est déjà vu ici non? » Négatif. C’est la première fois que j’entre dans un club échangiste. Il est 21h. Je viens de me déshabiller dans une pièce remplie de casiers, sans porte, ni cabine. Dans la salle à côté du bar et de la piste de danse, je n’ai vu que des hommes passer. Leur tenue, la mienne désormais : une simple serviette autour des hanches. Je me dirige vers la terrasse pour fumer une cigarette.
Eric (tous les prénoms ont été modifiés) est le premier à me parler. L’homme au crâne rasé s’est assis à côté de moi sur la terrasse de l’Inox. L’établissement se situe sur l’avenue de Strasbourg, entre un restaurant italien et une habitation à Illkirch-Graffenstaden. Mon voisin essaye d’engager la conversation. « Je suis en vacances ici, affirme-t-il, je repars lundi prochain. » En fait, Eric rentre jeudi. Il ne sait plus quel jour on est. Il semble un peu perdu. On est deux.
Impossible d’interroger les propriétaires ou les clients
Pendant deux semaines, j’ai repoussé la réflexion sur le cinquième sujet de la série « Se choper à Strasbourg ». Le thème était défini : l’échangisme. Mais comment faire ? La première tentative, d’une autre journaliste, n’a pas abouti malgré des e-mails, relances, contacts via les réseaux sociaux. Elle désespère, je prends le relais. Mais impossible d’organiser une interview avec les propriétaires de l’établissement. Essayons avec les clients. Sur Doctissimo, ils sont nombreux à donner leur avis sur L’Inox. Là encore, l’impasse. Généralement, ils me répondent qu’ils sont arrivés là « par accident « , c’était sur la route du « sexe hard » en Allemagne. Une réponse évoque la gêne à l’idée de parler de ce sujet à un journaliste : « Désolé mais c’est le genre de choses que je n’aime pas faire. »
Il faut se rendre à l’évidence. La blague initiale sur l’article « Echangisme à Strasbourg » devient réalité : « Guillaume, tu vas nous faire ce sujet en mode journalisme gonzo. » En effet… La seule solution pour choper les informations sur ce sujet sensible, c’est d’aller sur place, d’en faire l’expérience et de la raconter à la première personne.
« C’est la première fois que vous venez ici ? »
Fin de journée, mardi 31 juillet, il faut y aller. Je tourne en rond dans mon salon… J’appelle le club échangiste, qui vante la présence d’un hammam et de jacuzzis. Je bredouille : « Est-ce qu’il faut un maillot de bain? » L’homme au téléphone se veut rassurant : « Non ce n’est pas la peine. C’est la première fois que vous venez ici ? Venez, on va tout vous expliquer. »
Une vingtaine de minutes plus tard, j’arrive en sueur devant cette petite maisonnette jaune, sonne et pousse une lourde porte en métal. Au bout du petit vestibule, un homme en gilet sans manche, casque-micro vissé sur la tête, m’accueille : « Vous savez que ce soir c’est Orgy Night? C’est 60 euros pour un homme seul. » Trop tard pour faire demi-tour. Mardi dernier, on m’avait parlé d’une entrée à 35 euros. Tant pis. Je paye et prends la douloureuse facture. La totalité des « frais de reportage » ne seront sûrement pas couverts…
S’ensuit l’explication sur le règlement. En deux minutes, l’employé balaye les règles liées à l’hygiène, au consentement de l’autre, à l’utilisation du sauna et du buffet à l’étage. J’ouvre le rideau noir et traverse une piste de danse vide pour gagner le « vestiaire ». Une musique électro-house inonde l’étage. Je galère à fermer mon casier, prends une douche et gagne l’extérieur du bâtiment.
Porno, groupe en action et voix robotique
Sur des canapés en coin, deux groupes de trois personnes discutent. L’un des employés de l’établissement interpelle le trio le plus proche : « C’est pas le moment d’être ici, il faut descendre. » Sous-entendu : il faut participer à l’orgie… Le groupe refuse. J’en profite pour jeter un premier coup d’œil.
Un étage plus bas, l’air est bien moins frais. Au pied de l’escalier, à droite, un siège en cuir est suspendu à des chaines. À gauche, un écran diffuse en boucle du porno signé Dorcel. Le long du couloir principal, plusieurs pièces contiennent lubrifiants, préservatifs et de fins matelas plus ou moins grands. Je m’approche d’une voix féminine haletante : « Vas-y ! Oui ! Vas-y ! » Au bout du hall, plusieurs hommes regardent la scène par des trous dans le mur. Pour les libertins en action, difficile de ne pas remarquer cette présence voyeuriste : certains clients attendent leur tour sur le pas de la porte.
Je remonte les escaliers vers les jacuzzis. En franchissant le seuil, une voix robotique m’indique : « La douche avec savon est obligatoire. » L’alerte résonne à chaque fois qu’une personne entre ou sort. Dans l’eau effervescente, il y a une femme de plus de soixante ans et un homme plus jeune à ses côtés. L’imposante dame est à l’aise, le bras étendu derrière son voisin. Lorsque je rentre dans le bassin, elle m’alpague avec un fort accent alsacien : « Allez, fais pas le timide, viens donc à côté de nous ! »
Les libertins français vont Outre-Rhin
Habitante d’une ville voisine, Mireille ne vient pas souvent à l’Inox. « La dernière fois que j’étais là, c’était il y a quatre mois. » Madame préfère les clubs échangistes allemands. Beaucoup plus grands. Beaucoup plus de monde. Et beaucoup plus de rencontres qu’ici. Elle n’est pas la seule à préférer le libertinage version Outre-Rhin. Une autre cliente parle volontiers du Quicky ou d’un établissement à Fribourg :
« En Allemagne, les gars sont vraiment plus respectueux et attentifs au consentement. J’ai jamais eu de problèmes là-bas. Ici, ça m’est déjà arrivé qu’un mec me doigte trois fois alors que je lui disais non. Je me suis plainte auprès des employés et ils l’ont viré. »
Hasa est venue avec un ami. Une manière pour lui de ne pas payer son entrée. La combine est rodée. Les deux échangent volontiers sur leurs expériences communes. Elle explique sa venue depuis moins d’un an par des déceptions amoureuses. Hamid raconte ses exploits :
« Pendant une soirée mousse dans un club à Francfort, il y avait plus de mille personnes. Là, ça baisait partout. J’ai dû coucher avec au moins quarante femmes. »
« C’est l’heure du buffet »
Le sexe à l’air, Hamid déblatère. Sa carte de membre du « Joey’s club » qui lui donne accès à tous les boites échangistes du coin. Le viagra, qu’il admet avoir pris ce soir. L’incroyable « femme bulgare » qu’il cherche à voir chaque fois qu’il va dans tel établissement. L’autre fois, où « une bourgeoise de Strasbourg » l’a invité chez lui avec son copain. « On est rentré dans sa maison. Elle a cash jeté sa robe. »
Le haut-parleur s’active : c’est l’heure du buffet. Tout le monde monte et fait la queue dans une odeur de sueur. Il y a des pâtes pleines de mayonnaise, du taboulé, de la charcuterie, du melon, du chocolat… Sur la terrasse à l’étage, nombreux sont les hommes seuls devant leur assiette. Deux ou trois couples, entre cinquante et soixante ans, mangent en silence. Je discute avec Hasa, Hamid et Sylvie.
La conversation tourne autour de cette soirée particulière, intitulée XXL Orgy Night. Cette nuit, la fête est donc dédiée au sexe en groupe. La particularité : ces strictes plages horaires entre nourriture et baise. Il faut se pointer à l’heure : le premier buffet a lieu de 19h à 20h. Puis vient une session d’une heure trente de « partie fine » jusqu’à 22h. Ainsi de suite jusqu’à 1 heure du matin. Cette rigueur ne plait pas à tout le monde. « Moi je viens aussi le jeudi, affirme Hamid, c’est plus tranquille. »
« On est pas là pour ouvrir les jambes comme ça »
Au rez-de-chaussée, accoudée au bar, une femme se plaint. Une dizaine d’hommes l’écoutent. Elle menace de ne plus revenir tant l’injonction d’aller en bas, tout à l’heure, l’a choquée. « On est pas là pour ouvrir les jambes comme ça. », lâche-t-elle. L’auditoire acquiesce. La pression du club sur les quelques femmes pas assez enclines à rejoindre l’orgie, est malvenue… La femme continue sa diatribe : « Si on me force à aller coucher, autant aller me prostituer et gagner de l’argent. Avec cette soirée et ces règles, ils vont perdre une cliente ! »
Le nerf de la guerre : la gratuité pour les « couples participants » quand les duos venus sans vouloir participer à l’orgie doivent payer 75 euros. La différence est la même pour une femme seule : elle se joint aux ébats collectifs, elle ne paye pas ; elle s’y refuse, c’est 35 euros l’entrée. Mais comment vérifier que chacun a payé son dû à l’entrée ? Dans les couloirs sous-terrains, des employés restent à proximité des espaces « câlins ». Ils s’assurent que les règles d’hygiène et du consentement sont respectés… mais sont aussi attentifs aux tandems entrés sans payer. Car il y bien un coût derrière l’entrée « offerte » : la promesse de s’adonner aux plaisirs charnels. « Et si je me rends compte qu’en fait, je n’ai envie de personne ici ? », note la cliente énervée.
L’excitation laisse place à l’angoisse
Je n’ai pas le temps d’aborder la question avec Hasa, Hamid et Sylvie. Pour eux, le problème ne se pose pas ce soir. Le groupe se met en branle, direction le sous-sol. En descendant les escaliers, je sens l’angoisse monter et remplacer l’excitation face à une expérience inédite d’un « plan à quatre ». Ma peur se confirme dans la pièce. Tout va trop vite. Trop d’autres hommes rentrent dans la pièce les uns après les autres. Ils regardent, se masturbent ou remplacent le précédent partenaire des deux femmes présentes. J’ai peur d’être ridicule, pas assez viril… Autour de moi, le « hard sex » promis sur l’affiche de la soirée se concrétise : on s’embrasse deux secondes, on couche puis un autre homme prend le relais. Je sors de la pièce après une piètre tentative de préliminaire. Plus tard dans la soirée, on dira de moi en souriant : « Il est encore doux. » Pour la première fois de la soirée, je ressens le besoin pressant de fuir.
Je me calme et me dis « Tu visites une dernière fois les lieux, tu fumes une clope et tu bouges. » La plupart des pièces sont maintenant vides. Des hommes mûrs bedonnants, souvent grisonnant, et quelques jeunes plus musclés errent dans la cave. Ils cherchent dans chaque pièce si un couple ne s’affaire pas en silence. Il est 23h. Il y a bien une trentaine de mâles et sept femmes.
« Ici, c’est une parenthèse »
Il y a toujours cette dame, au moins cinquantenaire, en nuisette rose, seins à l’air, avec un homme en short et en débardeur. Elle arbore un sourire épanoui. Les autres couples plus âgés s’en vont peu à peu. Des duos plus jeunes viennent d’arriver sur la terrasse. Entre deux hommes, j’entends une femme expliquer : « Moi, il me faut du temps… » Je la comprends. Pour moi, c’est peut-être allé trop vite.
Je rejoins le trio qui m’a initié au bout de la terrasse. Hamid, nu, me demande mon ressenti avant de me rassurer : « Tu sais, j’ai déjà eu une panne avec des bombes sexuelles. Ça arrive. » Sylvie ajoute : « Il ne faut pas stresser. Ici, c’est une parenthèse. »
Malgré les encouragements, je me décide à quitter les lieux. Je rends ma serviette et mes claquettes à l’accueil en même temps qu’un couple du troisième âge. Ils se donnent la main en silence. Je reprends mon téléphone portable laissé à charger. Pour écrire l’article, il faut enregistrer de suite ses impressions, les détails observés, les paroles des clients. L’écran s’allume. Un message d’une connaissance contacté quelques heures plus tôt au sujet du club : « N’y va pas ce soir vieux fou ! » Trop tard.
Rédacteur en chef de Rue89 Strasbourg. Spécialisé depuis 2019 en enquêtes locales, à Strasbourg et en Alsace sur des sujets variés allant de l’extrême-droite à l’hôpital public en passant par la maison d’arrêt de Strasbourg, les mouvements sociaux, les discriminations et l’expertise-psychiatrique.