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Du prince William à Emmanuel Macron, les madeleines hyper-luxe de Fred et Laurent

Du prince William à Emmanuel Macron, les madeleines hyper-luxe de Fred et Laurent

Cela fait 20 ans que le salon de thé « Au Fond du Jardin », d’inspiration « british », ne désemplit pas. Ses fondateurs misent sur une qualité exceptionnelle des produits et des thés qu’ils vendent, dont des madeleines érigées au rang d’œuvres d’art.

À deux pas de la Cathédrale de Strasbourg se trouve un petit coin d’Angleterre : c’est au 6 rue de la râpe que le salon de thé et boutique « Au fond du Jardin » vend ses propres thés et ses madeleines, autoproclamées « joyaux d’exception depuis 1999 ». Dès l’entrée, le ton est donné : on y trouve des rangées de porcelaine, de boîtes de thé, des objets de décoration. L’espace salon est baigné de tapisserie rougeoyante, chargée de fleurs, d’abats-jours, d’horloges, de cadres photos, dont certains représentent des membres de la famille royale anglaise.

L’aristocratie britannique et l’époque victorienne « fascinent » Frédéric Robert, le fondateur du salon de thé avec son partenaire, le décorateur Laurent Renaud. C’est lui qui est à l’origine de ce lieu à part, fruit d’une passion « dévorante » :

« Ici, c’est toute ma vie. J’ai créé cela à 16 ans, ce décor à l’identique. À 17 ans, je l’ai breveté. »

Dès la terrasse, le salon de thé se distingue par sa décoration florale et "british" (Photo DL/Rue 89 Strasbourg/CC)
Dès la terrasse, le salon de thé se distingue par sa décoration florale et « british » (Photo DL/Rue 89 Strasbourg/CC)

La rencontre de deux passions

Après avoir été étudié à l’Ecole Supérieure d’art à Avignon, il ouvre son entreprise de décoration « Au fond du jardin ». Un jour, il rencontre Laurent Renaud en Bretagne, qui est alors en formation chez le chef étoilé Olivier Roellinger. Il est en train de créer ses propres madeleines bien particulières, aux notes de rose et aux assemblages décoratifs. Le duo est né. Alors que « Fred » (c’est ainsi qu’il se présente dans leur communication), est invité à rencontrer le maître cuisinier alsacien Émile Jung à Strasbourg, il a un coup de foudre pour la ville  :

« Quand j’ai vu le lycée « Harry Potter » (le lycée des Pontonniers, NDLR), je l’ai décidé : Au Fond du jardin, ce sera ici. »

Avec son partenaire, ils ouvrent en 1998 cette boutique qu’ils veulent conviviale, où les gens « vont se sentir loin de toute l’agitation, un monde féérique, dans des décors à la Jane Austen ». Le concepteur adapte les décors en fonction des saisons, il renouvelle l’atmosphère cinq fois par an. À chaque fois, Laurent crée de nouvelles madeleines. Aujourd’hui, leur catalogue compte plus de 80 modèles. Mais attention, ce ne sont pas de banales madeleines. Car tout, de la carte des thés aux madeleines en passant par l’expérience même (« Déjeuner enchanté », « Afternoon Tea », brunch « Victoria Garden » ou « Sir Paddington »), est fait pour rappeler au visiteur qu’il pénètre dans un monde à part. Fred insiste :

« Les “madeleines du voyage”, c’est vraiment notre emblème. Chaque madeleine doit être unique, comme la maison. »

Jusqu’à 7,90€ la madeleine faite maison

Elles ont toutes un petit nom, « Marie-Antoinette », « Autumn Leaves », « Casablanca »… : chaque modèle est pensé comme une œuvre d’art, que la madeleine soit pralinée, aux saveurs d’orange, de violette, ou même d’orchidée. Elles sont aussi ornées de décorations sophistiquées, de glaçage, de fruits, de fruits secs en morceaux, de perles biscuitées… Tous les jours, Laurent fabrique trois fois 12 variétés, et Fred organise la valse des madeleines en vitrine, avant d’en raconter les histoires et compositions aux clients curieux… et qui en ont les moyens. Car ces madeleines de luxe sont vendues de 1,80€ à 7,90€… l’unité.

Cette dernière madeleine, la plus chère de la collection, fût inspirée par le mariage du prince Harry, avec une pâte au champagne rosé et un glaçage garni d’une couronne royale. Un prix qui n’a pas rebuté les clients fidèles, comme l’explique Frédéric :

« J’étais un peu inquiet à cause du prix qui pouvait apparaître comme dissuasif, mais on a été dévalisé. Car les gens comprennent qu’il y a beaucoup de travail derrière, il faut simplement l’expliquer. Une madeleine comme ça peut prendre 22 minutes à assembler. »

À côté des madeleines, les deux passionnés imaginent et créent aussi des thés, plus de 60 au compteur, comme le « London Bridge », le « Harry New Year », ou le « Oscar Wilde », vendus en boutique entre 7 et 8€ le sachet de 100 grammes, ou au salon à 7€ la théière pour une personne. Des prix qui semblent venir d’un monde à part, mais que les créateurs justifient à nouveau par une grande qualité des produits sélectionnés.

Alors que Laurent Renaud est aux fourneaux, Frédéric Robert tient la boutique et accueille les clients au Tea Time, pour leur raconter les histoires qui se cachent derrière chaque madeleine (Photo DL/Rue 89 Strasbourg/cc)
Alors que Laurent Renaud est aux fourneaux, Frédéric Robert tient la boutique et accueille les clients au Tea Time, pour leur raconter les histoires qui se cachent derrière chaque madeleine (Photo DL/Rue 89 Strasbourg/cc)

« Accueillir tout le monde »

Malgré tout, Frédéric se défend d’avoir créé une boutique élitiste. Selon lui, la philosophie d’Au Fond du Jardin est d’accueillir tout le monde. Elle lui vient du « sentiment de n’avoir jamais été dans la norme » :

« Nous travaillons sur cette image, nous disons aux gens “Il faut venir !”. Je mets la même énergie pour vendre une guimauve à moins d’un euro à un jeune du lycée d’à côté qu’une théière à 150€ ! Quand on regarde notre salon, il y a toutes les tendances sociales. L’autre fois, il y avait un couple de punks et une autre fois, une classe de Seine-Saint-Denis. Les jeunes et leur professeur allaient repartir en voyant qu’il y avait la queue, alors je suis sorti les chercher pour leur dire de rester, leur faire la visite du lieu, leur raconter d’où je venais, notre passion, etc. Tout ce qu’on veut, c’est que les gens passent un bon moment. »

Des brunchs réservés trois mois à l’avance

Si le public pourrait être intimidé à la vue de la plaque du guide Gault et Millau 2016 sur la devanture du magasin, il répond tout de même présent. Frédéric raconte que tous les jours, des curieux s’arrêtent devant la vitrine, commentent la décoration, et viennent prendre le thé pour y rester pendant plus d’une heure.

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La maison est même victime de son succès en ce qui concerne ses brunchs du dimanche, pour lesquels il faut réserver et qui sont complets trois mois à l’avance en général :

« Mais pour le « Tea Time », on peut encore venir le matin et réserver pour l’après-midi. L’été est un peu plus creux. On cartonne surtout de septembre à la Fête des mères en général. »

Les clients viennent parfois de loin, entre les touristes américains, anglais, asiatiques et des célébrités françaises et internationales qui s’arrachent les produits d’Au Fond du Jardin. Car le duo s’est bâti une solide réputation, grâce au bouche à oreille et une certaine audace, qui les poussent à imaginer des madeleines « VIP », spécialement conçues pour des personnalités.

Le salon de thé est peu spacieux mais Frédéric assure que les clients s'y sentent très bien (Photo DL/Rue 89 Strasbourg/cc)
Le salon de thé est peu spacieux mais Frédéric assure que les clients s’y sentent très bien (Photo DL / Rue 89 Strasbourg / cc)

La madeleine secrète du président

Frédéric explique que tout a commencé avec Nicolas Sarkozy, alors tout nouveau président de la République en 2007 :

« On avait été contacté par son protocole, mais j’avais du mal à suivre leurs consignes. J’ai eu Michel Drucker au téléphone (il est le « parrain d’honneur » du salon de thé, NDLR), et je lui ai demandé ce qu’il en pensait. Il m’a dit de faire ce que j’avais envie, alors on s’est lancé dans une madeleine « élyséenne » à souhait, et ça a beaucoup plu. À partir de là, il y a eu des ramifications, une chose en a entraîné une autre… »

Presque avec nonchalance, le designer continue de raconter les célébrités qui ont goûté aux madeleines de son partenaire :

« Il y a eu Nicolas Sirkis, Michel Jonasz… On a aussi fait une madeleine pour Pierre-Hugues Herbert et sa compagne, et pour David Pujadas aussi. Cela nous avait été suggéré par sa mère. Ce sont souvent les proches de gens connus qui nous incitent à le faire. Ou alors on travaille sur un modèle et on essaye ensuite d’avoir des gens influents qui vont nous aider. Par exemple, on travaille en ce moment sur une madeleine pour Emmanuel Macron. C’est un vrai challenge pour cerner sa personnalité… Là j’ai passé un peu de temps avec des gens qui l’ont connu pendant ses études, pour mieux comprendre. Je ne peux pas tout dévoiler, mais ce que je peux dire, c’est que le cœur de la madeleine sera différent de l’apparence. »

Une « Madeleine du voyage » à Windsor

Quelques murs du salon de thé sont ornés de nombreux cadres avec des photos de personnalités et la retranscription de leurs petits mots de remerciement et d’admiration. Une photo et un mot de Bill Clinton apprennent au public qu’il a lui aussi eu droit à sa petite madeleine, après que Frédéric eut travaillé pour une mission de décoration pour Hillary Clinton dès 1998. Aujourd’hui, c’est l’ambassadrice américaine à Strasbourg qui se voit envoyer les madeleines de Laurent Renaud.

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Une rumeur tenace assure même que le duo de créateurs est le fournisseur officiel de la monarchie britannique. En fait, ils ont créé une madeleine pour le prince William à l’occasion de son mariage, qu’ils ont livré au protocole, comme le raconte Frédéric Robert :

« Des proches du protocole nous avaient appelés. On avait alors fait une madeleine magnifique pour le prince, avec des éléments qui lui correspondaient, qui rappelaient le voyage… On avait contacté un hôtel londonien pour pouvoir faire l’assemblage des madeleines sur place, avant de les livrer. »

Entre développement, actionnaires et souci d’authenticité

Le succès est tel que les deux acolytes ont voulu faire grandir un peu leur commerce, en développant leur atelier, en engageant des « collaborateurs et collaboratrices », pour la boutique, le salon de thé et la communication. Ils ont ouvert leur capital à des actionnaires il y a un an et demi. Ce qui a été d’une grande aide pour leur développement est aussi un challenge pour garder l’esprit du lieu, pour des gérants qui, de l’aveu de Frédéric, ont « beaucoup de mal à déléguer » :

« Cela se passe très bien avec les actionnaires, mais il faut qu’on pense à rester authentiques. Il ne faut pas qu’un lieu devienne une usine quelconque pour l’ultra-rentabiliser. »

La décoration de la vitrine et les plaques affichées présagent d'une ambiance particulière, entre le haut-de-gamme et le confortable (Photo DL/Rue 89 Strasbourg/cc)
La décoration de la vitrine et les plaques affichées présagent d’une ambiance particulière, entre le haut-de-gamme et le confortable (Photo DL / Rue89 Strasbourg / cc)

Si « Au Fond du Jardin » devait faire des petits, Fred serait intransigeant sur le caractère personnel qui est à la base du concept :

« Nous n’avons pas les moyens pour l’instant de faire un autre “Au Fond du Jardin”, mais si cela devait arriver, si on ouvrait dans une autre grande ville européenne, ou si nous faisions un corner par exemple (un point de vente de leur boutique dans un autre commerce, NDLR), il faudrait que ce soit moi qui vienne installer l’entité, que le cahier des charges soit précis, qu’il n’y ait pas une virgule qui change. Les gens qui viennent, ils viennent nous voir nous. Si on ne retrouvait pas un clone d’Au fond du Jardin, ça ne pourrait pas marcher ».

Une détermination qui l’habite depuis que Pierre Bergé lui a dit un jour : « Ne changez jamais votre cap. »

Ouverture d’une enquête judiciaire sur la mort de Naomi Musenga

Ouverture d’une enquête judiciaire sur la mort de Naomi Musenga

Le procureur de la République de Strasbourg, Yolande Renzi, annonce via un communiqué ce mercredi 11 juillet ouvrir « dans les prochains jours » une information judiciaire concernant la mort de Naomi Musenga (voir tous nos articles). Elle fait suite à l’enquête policière préliminaire du chef de « non-assistance à personne en péril », ouverte en mai suite aux révélations sur la prise en charge tardive de la jeune femme, moquée dans un premier temps au téléphone par le Samu de Strasbourg en décembre 2017.

Selon le rapport de l’Inspection générale des affaires sociales, ces dysfonctionnements ont entraîné « un retard global de prise en charge de près de 2h20 », avant la mort de la jeune femme.

Intoxication au paracétamol

Le communiqué révèle en outre que selon les éléments médicaux de l’enquête policière, le décès est considéré comme…

« … étant la conséquence d’une intoxication au paracétamol absorbé par automédication sur plusieurs jours. La destruction évolutive des cellules de son foie a emporté une défaillance de l’ensemble de ses organes conduisant rapidement à son décès. »

Naomi Musenga en 2006 (photo famille Musenga / doc remis)
Naomi Musenga en 2006 (photo famille Musenga / doc remis)

Une version largement contestée par la famille pour laquelle « Naomi ne s’est pas tuée toute seule. » Le procureur a cependant ouvert une information judiciaire pour non-assistance à personne en péril contre « l’opératrice du centre des appels d’urgence et tous autres », ainsi que pour « homicide involontaire contre X », ce qui peut donc inclure les Hôpitaux universitaires de Strasbourg ou toute autre personne concernée.

Le procureur a ainsi accèdé à une demande exprimée par la famille fin juin.

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Adjoint « En Marche » multicasquettes, Olivier Bitz quitte la politique

Adjoint « En Marche » multicasquettes, Olivier Bitz quitte la politique

Adjoint au maire de Strasbourg en charge des Finances, mais aussi du quartier de la Bourse-Krutenau-Esplanade et de plusieurs dossiers clés (Bains municipaux, radicalisation, rénovation des quais, cultes etc.) Olivier Bitz (LREM) a été nommé sous-préfet à Montagne-au-Perche dans l’Orne, en Normandie . . .

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Clotilde Perrin parle des méchants aux Américains et aux Chinois depuis Strasbourg

Clotilde Perrin parle des méchants aux Américains et aux Chinois depuis Strasbourg

Auteure et illustratrice jeunesse, Clotilde Perrin a quitté ses Vosges natales pour s’installer à Strasbourg à la fin des années 90. Passionnée de lecture et de contes, elle publie en octobre son 11e album jeunesse. Ses livres, tels une invitation au voyage, sont édités aux États-Unis, en Chine en passant par la Russie et la Nouvelle-Zélande.

Bien connue du monde de l’illustration et des libraires strasbourgeois, Clotilde Perrin l’est peut-être moins pour ceux qui n’ont pas d’enfants. Et pourtant cette jeune maman, née dans les Vosges, et strasbourgeoise d’adoption, a déjà publié 10 albums jeunesses et illustré une trentaine d’autres. Ses deux derniers livres, « À l’intérieur des gentils, pas si gentils », paru en 2017 et « A l’intérieur des méchants », paru en 2016, aux éditions Seuil Jeunesse,  se sont déjà vendus à plus de 70 000 exemplaires.
"A l'intérieur des méchants", Clotilde Perrin
« A l’intérieur des méchants », Clotilde Perrin
L’engouement et le plébiscite sont tels que le livre sur les méchants sera édité au mois d’août 2018 aux États-Unis, sous le titre « Inside The Vilains », après avoir reçu, en 2017 lors de « La Nuit du livre », le prix de fabrication dans la catégorie livres animés. L’album grand format, illustré à l’encre de chine, permet à l’aide de flaps, de disséquer trois personnages iconiques des contes pour enfants : le loup, l’ogre et la sorcière. Rien de plus plaisant pour les enfants que de sortir les viscères, débobiner les intestins et vider les poches de ces vilaines créatures.
" A l'intérieur des méchants", Clotilde Perrin
« À l’intérieur des méchants », Clotilde Perrin
Clotilde Perrin, dans son atelier strasbourgeois du quartier de l’Orangerie, étudie beaucoup avant d’écrire. Elle s’est notamment inspiré du film de Michel Gondry, « Eternal Sunshine of the Spotless Mind », pour entrer dans le cerveau de ses personnages:
« Je voulais disséquer le loup de manière psychologique. Avec une amie, Maya Marconnet, qui est spécialiste, on a étudié tous les pervers pour mieux comprendre leurs névroses, leurs angoisses et leurs peurs. Quand je travaille, je ne me dis pas que je dois faire un album pour les enfants, je lis beaucoup de livres de psycho, notamment des livres très techniques d’universitaires car je veux être juste dans ce que je vais faire. Je fais ensuite lire mes livres à des pros, comme des pédopsychiatres ou des chercheurs. »
C’est notamment le cas pour l’album qu’elle réalise actuellement sur les émotions et qui sortira au mois d’octobre 2018.
Portrait Clotilde Perrin dans son atelier à Strasbourg.
Clotilde Perrin dans son atelier à Strasbourg. (Photo LR / Rue89 Strasbourg / cc)
Piquante, drôle et décalée, mais surtout travailleuse et très discrète dans sa vie quotidienne, Clotilde Perrin fait pourtant partie du cercle restreint des Strasbourgeois reconnus outre-Atlantique. À 40 ans, elle peut se targuer d’avoir d’avoir fait l’objet d’un article dans le New-York Times et dans la revue littéraire américaine « Kirkus review », pour son livre accordéon, « Au même instant sur la terre », paru en 2011, (Editions Rue du Monde), et traduit en anglais.
Livre "Au même instant sur la terre", Clotilde Perrin.
Livre « Au même instant sur la terre », Clotilde Perrin.
Mais ce n’est pas son style, les coupures, elle les garde dans un tiroir de son bureau et les évoque par hasard en riant au détour d’une conversation. Ce qu’elle préfère c’est voyager, profiter de ses filles, les apéros entre amis ou encore flâner sur les terrasses des péniches de Strasbourg. Clotilde Perrin aime avant tout aller à la rencontre des gens :
« Je reçois parfois des e-mails d’étrangers. Un jour, un astronome canadien voulait me rencontrer pour discuter de mon livre parce qu’il parle des 24 fuseaux horaires. J’étais très enthousiaste, mais lorsque je lui ai dit que j’habitais en France, cela ne s’est malheureusement pas fait. »
Publiée en Chine, en Italie, en Espagne, en Allemagne, en Russie, aux Pays-Bas et en Nouvelle-Zélande, Clotilde Perrin a également été invitée en Corée du Sud. Au Japon un article lui a été consacré, mais sur sa page Facebook elle lance avec autodérision: « qui pour traduire? ». En mars, elle était reçue à Bologne, en Italie, pour la grande foire du prix de l’illustration.

« S’il y a transmission alors là c’est magique »

Régulièrement invitée dans les écoles strasbourgeoises par les maîtresses, ravies de pouvoir profiter de son talent et de son expérience, l’artiste s’est aussi rendue dans une classe à Mayotte, à la demande du rectorat. Un moment inoubliable pour Clotilde Perrin :
« Je suis la première auteure-illustratrice à être allée dans une école là-bas. C’était une très belle expérience d’aller dans ces écoles perdues dans la nature. Il n’y avait rien dans les classes, sauf mes livres. L’accueil des enfants était hallucinant, j’étais comme une reine. Les filles se maquillaient spécialement pour ma venue et les garçons portaient des costumes. Ils m’ont remis des colliers de fleurs. Avec mes cheveux roux, je devais être une extra-terrestre pour eux. Leur professeur leur avait même appris une méthode de lecture que j’avais illustrée. C’était complètement dingue. »
L’enthousiasme est identique lorsqu’elle se rend en 2017 à Meknès au Maroc, pour le festival du livre jeunesse, « La cigogne volubile », initié par Tomi Ungerer.
Autoportrait Clotilde Perrin
Autoportrait Clotilde Perrin

Prédestinée pour le dessin

Après un BTS en communication visuelle, Clotilde Perrin intègre les Arts Décoratifs de Strasbourg en section illustration dans l’atelier très réputé de Claude Lapointe, formateur de toute une génération d’illustrateurs français. De ses années, elle garde un conseil : « une image n’est pas obligée d’être belle, elle doit être intéressante. » Ses livres, elle les conçoit comme des objets. Qu’il s’agisse de « Tout autour de moi », (2011, Editions Rue du monde), un livre qui se regarde dans tous les sens, inspiré de sa fille, qui bébé tenait son livre à l’envers, ou du livre accordéon « Au même instant sur la terre », (2011, Editions Rue du monde), en passant par le livre, « Les histoires croisées de Victor et Zoé », (2017, Editions Mango jeunesse), qui permet une lecture multiple avec 225 combinaisons possibles. Clotilde Perrin regrette qu’on apprenne trop souvent aux enfants à préserver les livres :
« Il y a un rapport sacré aux livres alors qu’il faut le rapprocher. Un bouquin ça se tourne, ça se prend dans tous les sens, on peut faire une maison avec. Il faut s’approprier l’objet. »
Livre accordéon, Clotilde Perrin
Livre accordéon, Clotilde Perrin

Des Weepers Circus à la médiathèque Malraux

Compagne de Dimitar Gougov, musicien bulgare des « Violons Barbares », la musique fait partie intégrante de sa vie. Le violoniste a d’ailleurs mis en musique avec sa gadulka (instrument à corde bulgare), l’une des expositions de l’artiste en 2015. Clotilde Perrin a également travaillé avec les musiciens strasbourgeois des Weepers Circus en illustrant deux de leurs livres CD, « Le Grand Bazar du Weeper Circus », en 2013 et « Weepers Circus chantent N’importe Nawak », en 2016. Clotilde Perrin se souvient de cette rencontre avec les musiciens :
« Ils cherchaient des dessins drôles, percutants et un univers loufoque et décalé… Bref, un peu comme le mien. »
Elle collabore aussi avec d’autres auteurs comme Didier Levy pour « La petite sœur du chaperon rouge », (2015), ou encore Raphaël Frier pour, « Un baiser à la figue », (2009), où elle illustre des odeurs, une expérience complètement onirique. En février, elle a sorti un livre avec l’auteure Claire Ubac, « Ici et là les maisons d’Akira », aux éditions Albin Michel. Dans un autre registre, cette touche-à-tout a habillé une voiture relais petite-enfance en Champagne-Picardie, exposé son « colis rouge » à la médiathèque Malraux, et illustré un spectacle, « Le renne du soleil », soutenu par la Ville de Strasbourg. Volontaire et engagée, elle vend, en 2016, ses dessins au profit des associations qui aident l’accueil des réfugiés à Paris.

Une passion pour Maurice Sendak, de Max et les Maximonstres

"Ici et là les maisons d'Akira", Claire Ubac et Clotilde Perrin.
« Ici et là les maisons d’Akira », Claire Ubac et Clotilde Perrin.
Côté illustrateurs, elle voue presque un culte à l’américain Maurice Sendak, auteur de « Max et les Maximonstres », titre emblématique qui a bercé toute une génération dans les années 1980 et dont elle collectionne les marionnettes. « J’admire la poésie dans son dessin». Du suisse Etienne Delessert, elle retient les images de monstres, là encore, qui l’ont beaucoup marquée, et son univers foisonnant et riche en couleur. Son inspiration, elle la trouve aussi du côté des tableaux de Jérôme Bosch, du travail pictural de Georges De La Tour et des clairs obscurs des peintures de Goya. « J’aime attirer la lumière dans mes images ».

« Je rêve d’un lieu comme le Vaisseau à Strasbourg pour l’illustration »

Si l’illustration a déjà une histoire dans l’Est (avec Gutenberg et les images d’Epinal notamment), la Région aurait pour projet de créer un lieu mobile autour de l’illustration jeunesse avec des expositions itinérantes. Clotilde Perrin, a proposé de créer ce lieu sur une péniche mais rêve d’autre chose :
« Le musée Tomi Ungerer est très bien mais c’est très élitiste. Moi je rêve d’avoir un lieu comme le Vaisseau consacré à l’illustration avec des images, des ateliers pour enfants et adultes, des mini expos de plusieurs illustrateurs. J’aimerais que ce soit un lieu vivant. On pourrait venir y dessiner, organiser des conférences et accueillir des artistes. Ce serait une énorme salle, avec de grandes baies vitrées, pleins de peintures et des éviers pour pouvoir se nettoyer après. Une sorte d’atelier géant comme au centre Paul Klee à Berne ou comme au Shadok, où l’on vient avec un projet que l’on peut réaliser. »
#Clotilde Perrin

Strasbourg en liesse après la qualification des Bleus en finale de la Coupe du monde

Strasbourg en liesse après la qualification des Bleus en finale de la Coupe du monde

La France participera dimanche à sa troisième finale de Coupe du monde de football en 20 ans. Après la victoire 1-0 face à la Belgique en demi-finale, les Strasbourgeois ont afflué dans les rues du centre-ville pour célébrer la victoire des Bleus.

Au bout du Pont du Corbeau, chaque voiture a eu le droit a une bonne secousse dans le virage de la part de la foule, avant de repartir vers la rue de la Douane, dans un concert de cris et klaxons.

Place Kléber, certains ont pu toiser la foule en délire du haut de la statue du général. Quelques fumigènes, feux d’artifices, pétards et chants (parfois à l’honneur du Racing) ont rythmé la célébration intergénérationnelle.

Et en direct ça donnait quoi ?

À Strasbourg, des coursiers Deliveroo sans grève et pleins de reproches

À Strasbourg, des coursiers Deliveroo sans grève et pleins de reproches

Pour la dernière semaine de la Coupe du Monde de football, plusieurs syndicats de coursiers appellent à la grève. En cause : la précarité de ce métier exercé en auto-entrepreneur. À Strasbourg, comme partout en France, les conditions de rémunération changent pour les livreurs Deliveroo. Ces derniers se plaignent, sans pour autant voir l’utilité ou la possibilité d’une mobilisation.

« La grève ? Ça sert à quoi sinon à perdre ton taff ? » À Strasbourg, les coursiers au courant de l’appel à se mobiliser sont rares. Le collectif des livreurs autonomes de Paris (Clap), la CGT, la CNT et Sud appellent les livreurs à refuser de travailler et les clients « à ne pas commander la semaine du 8 au 15 juillet. » Parmi les « auto-entrepreneurs » au service de Deliveroo à Strasbourg, aucun n’est prêt à rejoindre le mouvement.

A Strasbourg, les coursiers Deliveroo craignent une future chute de leurs revenus sans voir la possibilité même d’une mobilisation. (Photo GK / Rue89 Strasbourg / cc)

Une rémunération changeante

Depuis 2016, Deliveroo a déjà changé deux fois son système de tarification. Les coursiers ont d’abord été payé 7,5 euros de l’heure. Des bonus allant de deux à quatre euros étaient versés selon l’ancienneté. Au cours de l’été 2017, la start-up britannique a d’abord testé puis imposé une rémunération à la commande : 5 euros par plat livré. Pierre (tous les prénoms ont été modifiés) fait partie des bikers de la première heure à Strasbourg. En deux ans, il a déjà vu son revenu fondre :

« Pour le même temps de travail, je suis passé de 2100 euros par mois au tout début à 1400 euros par mois. »

La seconde modification est en cours d’expérimentation jusque fin juillet. L’immense majorité des livreurs a vu son revenu augmenter ces dernières semaines. Mais beaucoup se méfient de l’opacité et de la flexibilité du nouveau système de paiement. Thomas, coursier depuis quelques mois, en a été informé par mail puis sur l’application Deliveroo :

« Maintenant, ils nous payent deux euros pour la récupération de la commande, plus un euro par livraison effectuée et il y a un montant variable selon la distance et le temps moyen pour la parcourir. Le minimum est tombé à 4,6 euros. »

La liberté de choix selon Deliveroo

Aujourd’hui les coursiers sont encore libres de préférer la rémunération à la course plutôt qu’à la distance. Pierre se souvient bien de la première réforme du paiement, d’abord présentée comme un « test » :

« Ils nous ont dit qu’on pouvait essayer au début. En septembre [2017, ndlr], il a fallu dire oui ou se barrer… »

Pour le moment, les perdants de la réforme sont rares. Thomas estime gagner entre 5 et 10% de plus qu’avant. Mais le coursier craint une baisse à venir :

« Les paramètres de la rémunération sont devenus opaques. On voit tous ça d’un mauvais œil. Je comprends qu’il y ait une réduction à venir de nos revenus, Deliveroo doit aussi se faire de l’argent. Ma question c’est plutôt combien on va perdre. »

Un montant minimum par course… « jusque août »

Deliveroo garantit un montant minimum pour chaque course « pendant les mois de juin, juillet et août ». Et après ? Personne ne le sait. Dans l’incertitude, nombreux sont les pessimistes, comme Thomas. « Deliveroo, c’est un client qui nous prend pour des cons », estime Pierre. Car les coursiers ne sont pas salariés mais auto-entrepeneurs. Sur le papier, Deliveroo, Uber Eats ou Foodora sont des « clients » de Pierre et Thomas.

En réalité, ces start-ups sont juste employeurs plus flexibles que les autres. Tous les livreurs savourent cette liberté « de travailler quand tu veux » et « de ne pas avoir un chef qui te dit ce que tu dois faire ». Mais l’organisation du travail tend à se raidir. Il faut maintenant s’inscrire tous les lundis sur des créneaux horaires pour toute la semaine. Le coursier a le droit de se rétracter 24 heures avant la plage horaire annoncée. Le cycliste peut refuser certaines commandes. Mais si son taux d’acceptation est trop bas, il peut recevoir des avertissements pouvant aller jusqu’à la rupture de contrat.

« Dans ce boulot, faut être un peu malin »

Les coursiers n’ont pas de représentant syndical. Chez Deliveroo, les « ambassadeurs » peuvent faire remonter les mécontentements auprès de la direction. À Strasbourg, Félix fait partie de ces promus. Il n’est pas encore passé au nouveau système de rémunération. Payé 6,25 euros la course, il n’a pas vu l’intérêt de tester un dispositif où son statut ne lui confère aucun avantage financier. Ce livreur méprise la mobilisation lancée de Paris :

« Il y en a quelques uns qui râlent mais ils ne sont pas objectifs. Dans ce boulot, faut être un peu malin. C’est un business à gérer. Et puis de toute façon en tant qu’indépendant on n’a aucun poids. »

Ce coursier de longue date préfère voir les côtés positifs du travail chez Deliveroo :

« Les bikers sont impliqués dans l’évolution de l’entreprise grâce à des réunions d’information. Et puis, ils invitent les meilleurs bikers du mois chaque mois et leur offre quelque chose, genre un hamburger. En ce moment, il y a dix coursiers qui participent à une étape du tour de France. »

Sur la place Saint-Etienne, les coursiers se plaignent moins en présence de l’ »ambassadeur ». Aux critiques émises une heure plus tôt par certains livreurs, il répond : « C’est le job ». Tu l’aimes ou tu le quittes, pour faire simple. D’après Félix, il n’y a pas de raison de râler : « Le nouveau système de paiement sera toujours libre », affirme-t-il. Rendez-vous à la fin de l’été.

Les illuminations de la Cathédrale s’étendent au barrage Vauban et au palais U

Les illuminations de la Cathédrale s’étendent au barrage Vauban et au palais U

Constatant le succès des illuminations de la Cathédrale, la Ville de Strasbourg a choisi d’étendre le concept à la façade du barrage Vauban et à celle du Palais universitaire. Le spectacle estival, appelé LuX, espère ainsi convier les Strasbourgeois et les touristes dans une sorte de promenade temporelle, du Moyen-Âge au XIXe siècle en passant par les Lumières.

Chaque année, les illuminations de la cathédrale de Strasbourg doivent se renouveler. Et après celles du millénaire, c’était un peu difficile… Alors pour 2018, la Ville de Strasbourg a eu l’idée d’étendre le concept à deux autres bâtiments, le barrage Vauban et le palais Universitaire. L’idée est d’associer à chaque bâtiment une période historique, le Moyen-Âge pour la Cathédrale (obvisouly), les Lumières pour le Barrage Vauban (c’est vrai que ce fût une période faste, lire notre article historique) et la Révolution industrielle pour le Palais universitaire, avec la création de la Neustadt.

Les spectacles débutent tous les soirs à 22h30 en juillet (sauf le 14), 22h en août (sauf les 10, 11 et 12 août), s’achèvent à minuit et sont proposés jusqu’au 2 septembre.

Place du Château : « La flèche dans les nuages »

Place du Château, une toile de 400 m² accueille la projection de l’histoire des bâtisseurs. Le spectacle met en scène les milliers d’hommes qui ont élevé la flèche de la Cathédrale et les 1 600 tailleurs de pierre qui se sont relayés entre le XIVe et le XVème siècle, été comme hiver.

Barrage Vauban dans l’ambiance du siècle des Lumières (Photo : PasseMuraille pour Ville de Strasbourg)

Barrage Vauban : « Le temps des lumières »

Le barrage Vauban est quant à lui plongé dans l’ambiance du siècle des Lumières. Les réalisations de cette époque, marquée par d’importantes innovations, sont projetées sur la façade de la grande écluse. La beauté architecturale de cette période à Strasbourg est rappelée avec le Palais Rohan, le Lycée Fustel de Coulanges, l’Hôtel de Ville, l’Aubette… Le Strasbourg du XVIIIème siècle est festif et cette ambiance sera transmise musicalement par une rencontre atemporelle entre Vivaldi et la musique électronique.

« Uniō », le spectacle projeté sur le palais universitaire (Photo : AVExciters pour Ville de Strasbourg)

L’architecture de la Neustadt au Palais universitaire

Le spectacle du Palais universitaire ne s’axe pas que sur la période de sa construction entre 1879 et 1884, période où l’Alsace et la Lorraine sont allemandes mais sur toute la création de la nouvelle ville (Neustadt) à cette époque, un morceau que Strasbourg a réussi à faire reconnaître comme patrimoine mondial de l’humanité à l’Unesco. Mais le spectacle, appelé Uniō, promet d’aller bien au delà dans une création visuelle et sonore inédite.

Un coût qui ne triple pas

Le budget du festival LuX est estimé à 800 000€, ce qui n’est pas plus onéreux que les éditions précédentes. Plusieurs partenaires (Électricité de Strasbourg, Bouygues Bâtiment Nord-Est, le groupe Caisse des Dépôts, la Caisse d’Épargne Grand Est Europe, la Sers, Strasbourg Évènements, SERS, Eventail et le réseau Chaleur Urbaine d’Alsace) ont apporté 350 000€.

Roland Ries pour le cannabis thérapeutique, l’historique presqu’imaginé de la décision

Roland Ries pour le cannabis thérapeutique, l’historique presqu’imaginé de la décision

Le maire de Strasbourg Roland Ries (PS, mais hors groupe) a apposé sa signature avec 26 autres personnalités, médecins, écrivains ou élus (« En marche », PS ou écologistes), dont son adjoint à la Santé, le docteur Alexandre Feltz (La Coopérative) à une tribune dans Le Parisien qui demande que le cannabis à usage thérapeutique soit autorisé en France, comme dans 33 pays. Un texte à prééminence scientifique, dont les arguments ont vraisemblablement plutôt été rédigés par les médecins.

Quatre jours après avoir partiellement suspendu ses deux adjoints écologistes, coupables d’indiscipline budgétaire en s’étant opposés au « pacte financier », le maire est-il sorti convaincu de la première boutique de CBD de Strasbourg ? Le maire s’aligne en tout cas sur une prise de position historique d’Europe Écologie – Les Verts.

Le maire de Strasbourg Roland Ries lors de ses voeux à la presse (photo JFG / Rue89 Strasbourg)
Le maire de Strasbourg Roland Ries lors de ses voeux à la presse (photo JFG / Rue89 Strasbourg)

Que s’est-il passé dans la tête de Roland Ries, qu’on ne connaissait pas autant au fait des vertus des cannabinoïdes… Rue89 Strasbourg a imaginé la scène au neuvième étage du centre administratif :

– Alexandre Feltz : « Salut Roland, excuse moi de te déranger, mais on a fait cette tribune avec des amis médecins. On prend position pour le cannabis à usage thérapeutique. On cherche des soutiens politiques pour appuyer notre demande auprès de la ministre, parce que si y’a que des médecins, on dira que c’est qu’un truc de scientifiques… Ça te dirait pas de la signer pour nous aider ?

– Roland Ries, un moment interdit : Alexandre… Alexandre… Je t’aime bien tu sais, j’apprécie ton action dans le Sport Santé et tu as toute ma confiance. Pour la salle de shoot j’étais déjà moins sûr mais bon, je t’ai encore suivi. Mais le cannabis là tu déconnes, c’est un sujet sensible dans l’opinion française. J’ai déjà interpellé le gouvernement sur l’hébergement d’urgence des migrants en décembre et je n’ai plus les réseaux rocardiens d’antan. Ça pourrait me donner l’image d’un maire revendicatif et critique, or nous avons surtout besoin de sérénité localement si tu vois ce que je veux dire… Et puis franchement, qu’est-ce que j’ai à gagner sur un sujet qui ne dépend pas des maires ?

– Alexandre Feltz, exalté : Mais Roland, tu ne te représentes pas en 2020. Tu es un homme libre ! Tu n’as plus de comptes à rendre, c’est génial ! C’est le moment de renverser la table et d’aller au bout de mes convictions ! Euh, de nos convictions !

– Roland Ries : Mais tu l’as vu où le cannabis thérapeutique dans mon programme de 2014 exactement ? Nan juste pour savoir… ? Je te rappelle que ça craque de partout et qu’il faut que je maintienne la cohésion des groupes jusqu’à la fin de ce mandat ! C’est le contrat qu’on a tous passé ! Cela appelle à… de la modération. Oui, voilà, de la modération.

– Alexandre Feltz : Ce n’est pas avec de la modération qu’on préservera Strasbourg de la vague conservatrice ! Et puis d’un point de vue politique, surtout…

– Roland Ries : Surtout ?

– Alexandre Feltz : Surtout, ça te permet de marcher sur les plates-bandes des écolos ! Après les avoir suspendus, paf, tu appuies leurs idées ! Il y a déjà leur idole, Éric Piolle le maire de Grenoble, qui a signé. C’est « en même temps » l’ordre local et la prise de risque nationale !

– Roland Ries, après avoir réfléchi un temps : Ah si c’est pour emmerder les écolos, alors là je dis « hopla ». Maintenant que tu le dis, c’est vrai que ça permettra de reverdir mon image. Je vais quand même pas laisser à Robert Herrmann le monopole de la bonne entente avec les élus écolos ! Déjà qu’avec la Coopérative, vous ciblez des électeurs communs… C’est fou tous ces gens qui veulent parler aux écolos, vous êtes sûrs qu’il y en a tant que ça ?

– Alexandre Feltz : On n’est jamais sûrs de rien quand ça concerne les écolos… Mais tu connais la meilleure ?

– Roland Ries : Vas-y dis moi. Mais attention si c’est un coup tordu, je retire ma signature. En politique, il ne faut jamais trop en faire Alexandre.

– Alexandre Feltz : Comme on a interdit de fumer dans les parcs, aucune chance que l’on devienne capitale du cannabis ! »

Épuisés, les interprètes du Parlement européen coupent le son

Épuisés, les interprètes du Parlement européen coupent le son

Leur mouvement de grève est inédit, mais les interprètes du Parlement européen, à bout, n’ont pas trouvé de meilleur moyen pour faire entendre leur voix. Leurs conditions de travail se sont vues soudainement dégradées : temps en cabine rallongés, pauses bien trop courtes ou beaucoup trop longues, les interprètes craignent des burn-outs généralisés. Réquisitionnés, ils sont contraints de travailler même s’ils sont à 90% en grève. La situation est explosive et l’institution bien décidée à taire le conflit. Rencontre avec les « voix » du Parlement européen.

Derrière des vitres fumées, ils se distinguent à peine dans l’hémicycle du Parlement européen ou dans les salles de réunion des commissions parlementaires. Il faut s’approcher de très près pour voir leurs lèvres bouger, souvent à la vitesse de l’éclair, ou croiser leur regard toujours si concentré. Les interprètes du Parlement européen – 259 fonctionnaires et plus de 2 000 indépendants au total, qui forment le plus grand service d’interprétation du monde – sont des femmes et des hommes de l’ombre. Ils en sortent depuis mardi 5 juin pour faire entendre leurs voix cette fois, leurs mots à eux. Ils sont en grève à 90% pendant la session plénière de juin. Et comme ils l’ont rappelé à l’envi, sur des pancartes à l’attention des eurodéputés : « Sans ma voix, tu n’as plus ton mot à dire ! »

L'hémicycle du Parlement européen à Strasbourg, vu depuis une cabine d'interprètes. (Photo CS / Rue89 Strasbourg / cc)
L’hémicycle du Parlement européen à Strasbourg, vu depuis une cabine d’interprètes. (Photo CS / Rue89 Strasbourg / cc)

De cela, les députés sont tout à fait conscients. Une grande majorité d’entre eux soutient le combat des interprètes, dont les revendications ne concernent ni le salaire, ni le statut, mais les conditions de travail. Car les élus le savent : c’est grâce à eux que les débats, discours et autres interventions sont disponibles dans chacune des 24 langues officielles de l’UE… ce qui représente pas moins de 552 combinaisons possibles. Concrètement, une cabine compte trois interprètes. Ensemble, ils couvrent déjà un certain nombre de langues puisqu’un interprète sait souvent parler jusqu’à quatre, cinq ou six langues. Si la bonne langue manque malgré tout, le trio peut alors « se brancher » sur une autre cabine, et procéder malgré tout à la traduction de l’intervention, « en relais ».

Perpétuellement sur le qui-vive

Alors, mardi matin, le temps d’une opération coup de poing, l’eurodéputé Édouard Martin (PSE) a emmené avec lui une poignée de ses collègues jusqu’à la cabine technique de l’hémicycle, où le petit groupe de soutien aux interprètes a tout bonnement coupé le courant, fermant ainsi les micros et retardant le début de la session plénière. Le président du Parlement, Antonio Tajani (un homme politique issue de la droite italienne, un proche de Silvio Berlusconi) a vivement « regretté que des députés jouent les syndicalistes ». Pas de quoi impressionner Édouard Martin, ancien syndicaliste lui-même, qui rappelle combien le travail des interprètes est précieux :

« Je ne travaille qu’en français, même si j’ai pris des cours d’anglais. Et je continuerai toujours d’exiger une interprétation ! Les interprètes ne font pas du mot à mot, ils interprètent et retransmettent une idée, bref, ils sont essentiels au bon fonctionnement de ce Parlement européen qui n’a de cesse de revendiquer le multilinguisme. »

Les interprètes considèrent que les réquisitions, auxquelles l'administration du Parlement a procédé ces dernières semaines, font à l’encontre de leur droit de grève. (Photo CS / Rue89 Strasbourg / cc)
Les interprètes considèrent que les réquisitions, auxquelles l’administration du Parlement a procédé ces dernières semaines, vont à l’encontre de leur droit de grève. (Photo CS / Rue89 Strasbourg / cc)

Une interprète, qui officie dans l’institution depuis plus de vingt ans en tant qu’indépendante, explique :

« Il n’y a rien de pire qu’une mauvaise interprétation ! Parfois, les députés lisent à tout blinde, ils ont un texte préparé à l’avance, n’improvisent pas du tout. Et puis, avec tous les partis d’extrême-droite, nous sommes perpétuellement sur le qui-vive. Ils usent et abusent d’humour noir, ils sont dans la provoc’, dans l’insulte. Nous, on a toujours peur de faire une boulette, de mal comprendre quelque chose, de ne pas saisir l’ironie… Il faut toujours s’assurer que les propos sont cohérents, logiques, et pour réussir à faire cela, nous devons être au top de nos capacités en permanence. »

« Maintenant, ça suffit ! »

Aucun doute, l’exercice de l’interprétation demande une concentration hors-norme. Dès lors, les interprètes réclament que la durée quotidienne passée dans la cabine soit limitée à sept heures et demie, alors que la direction du Parlement veut l’augmenter de sept à huit heures, dans le souci de faire des économies. Le service de l’interprétariat coûte quelque 50 millions d’euros au Parlement européen chaque année (salaires des interprètes, techniciens, matériel et formations compris). Les interprètes souhaitent aussi ne pas être affectés à plus de deux missions d’interprétation en soirée chaque semaine, et que le temps entre leur première mission de la journée et leur dernière n’excède pas onze heures.

Une interprète, qui travaille à partir d’une langue d’Europe de l’Est, explique :

« Interpréter huit heures par jour, c’est compliqué… C’est impossible, en fait. C’est sûr et certain que le nombre d’arrêts maladie va monter en flèche. Vous savez, il y a déjà eu deux cas d’infarctus dans notre équipe. Difficile d’établir un lien certain avec le travail, mais ce qui est clair, c’est que le niveau de stress auquel nous sommes soumis est innommable, intolérable. »

La grève entamée par les interprètes du Parlement européen a commencé le mardi 5 juin à 14 heures. Et leur grogne ne faiblit pas. (Photo CS / Rue89 Strasbourg / cc)
La grève entamée par les interprètes du Parlement européen a commencé le mardi 5 juin à 14 heures. Et leur grogne ne faiblit pas. (Photo CS / Rue89 Strasbourg / cc)

Mais face à ces appels de détresse, l’administration du Parlement européen fait la sourde oreille. Depuis le début du conflit, aucun dialogue n’a été instauré. Pourtant, les interprètes ne réclament que cela. Un homme, en particulier, est pointé du doigt : le secrétaire général de l’institution, l’Allemand Klaus Welle. Édouard Martin en dresse un portrait peu flatteur :

« Il gère le Parlement européen comme une entreprise. Mais s’il faisait 10% de ce qu’il fait ici dans une entreprise privée, il se ramasserait des grèves tous les deux jours ! À-t-il déjà passé quatre heures dans une cabine d’interprétation pour se rendre compte du travail qui y est fourni ? »

Les interprètes regrettent que de nouvelles conditions de travail leur aient été imposées unilatéralement par l'administration du Parlement européen, sans consultations préalables. (Capture d'écran)
Les interprètes regrettent que de nouvelles conditions de travail leur aient été imposées unilatéralement par l’administration du Parlement européen. (Capture d’écran)

Sa collègue Pervenche Berès (PSE), qui siège au Parlement européen depuis 1994, n’est pas plus enthousiaste :

« M. Welle ne serait pas contre le monolinguisme au sein du Parlement. Faire des économies là-dessus l’arrange. Il veut se rapprocher du modèle du Congrès ; il préfère dépenser son budget autrement que dans l’interprétation, comme en commandant des études qui font plaisir à leurs auteurs et aident, soi-disant, le travail parlementaire… »

Comme bon nombre de ses collègues, la députée européenne Pervenche Béres porte un badge « we are not robots » pour afficher son soutien aux interprètes. (Photo CS / Rue89 Strasbourg / cc)
Comme bon nombre de ses collègues, la députée européenne Pervenche Berès porte un badge « We are not robots » pour afficher son soutien aux interprètes. (Photo CS / Rue89 Strasbourg / cc)

Une interprète, qui vit à Strasbourg depuis plus de vingt ans, résume la situation :

« C’est la dégradation progressive des relations avec l’administration qui a mené à ces décisions radicales, car les propositions inacceptables se sont enchaînées. On ne se met pas en grève de gaieté de cœur, c’est sûr, ce mouvement est totalement inédit et pas franchement dans notre nature, mais un grand nombre d’entre nous a l’impression d’être face à un mur. Maintenant, ça suffit ! Le but, ce n’est quand même pas d’avoir toutes ses synapses grillées après chaque réunion à interpréter ! Car on ne récupère pas de la fatigue intellectuelle avec une nuit de sommeil… Donc il ne faut pas trop pousser le bouchon. »

Partout dans le Parlement, tracts et communiqués informent de cette grève sans précédent dans l’institution. (Photo CS / Rue89 Strasbourg / cc)
Partout dans le Parlement, tracts et communiqués informent de cette grève sans précédent dans l’institution. (Photo CS / Rue89 Strasbourg / cc)

L’une de ses collègues, qui habite également dans la région, témoigne à son tour (anonymement, toujours, car tous les interprètes rappellent que leur hiérarchie leur a bien fait comprendre qu’ils ne devaient pas s’exprimer ouvertement sur le sujet…) :

« Beaucoup d’entre nous n’ont plus envie, tout simplement. L’usure, la démotivation, la morosité sont palpables, visibles. D’autant que face à nous, l’administration tient un discours délétère : à les entendre, on se tourne les pouces toute la journée. Pour eux, c’est simple : on est des pions, des numéros. Ils peuvent faire ce qu’ils veulent de nous, changer nos horaires au dernier moment. La pire galère des plénières à Strasbourg, c’est la garde des enfants. On nous dit qu’on va finir à 18h, et finalement, c’est beaucoup plus tard. Parfois aussi, on est supposé finir à 21h, mais on nous ré-affecte à un autre créneau, alors on est libre le soir, mais la nounou est déjà prévenue… »

Éviter un nivellement par le bas

De plus, selon les interprètes, l’administration a tendance à ne se pencher que sur « la partie émergée de l’iceberg », à savoir le temps en cabine. Les temps de préparation aux réunions, notamment, ne seraient pas pris en compte. Or parler de pêche, de transport, de marchés financiers ou de recherche spatiale, en maîtrisant tout le vocabulaire technique afférent dans plusieurs langues, ne s’invente pas.

Pour veiller à ce que les travaux, notamment pendant la session plénière à Strasbourg, ne soient pas perturbés, le Parlement européen a choisi de réquisitionner les interprètes. (Photo CS / Rue89 Strasbourg / cc)
Pour veiller à ce que les travaux, notamment pendant la session plénière à Strasbourg, ne soient pas perturbés, le Parlement européen a choisi de réquisitionner les interprètes. (Photo CS / Rue89 Strasbourg / cc)

Alors, la déception pointe dans la voix de bon nombre d’interprètes. Beaucoup voyaient le Parlement européen comme une « maison exemplaire », accomplissaient »un rêve » en y étant recrutés. Nombreux sont ceux qui disent « adorer la politique », « aimer les débats » : le Parlement avait tout pour leur plaire. Mais même si plusieurs d’entre eux se sentent des « privilégiés » parmi la profession, ils craignent pour leur santé et parlent tantôt d’ »épuisement », de « stress intense » ou de « machine à broyer ». « On n’est pas des robots », rappellent-ils régulièrement.

Timides ouvertures de l’administration

Qui plus est, aux yeux de certains interprètes, le combat qu’ils mènent aujourd’hui au sein du Parlement européen sert à toute la profession. « Sur le marché privé, les conditions sont plus difficiles encore. Alors si nous, on accepte de lâcher du lest, cela engendrerait un nivellement par le bas pour tout le secteur », insiste une interprète.

Mercredi 11 juillet, le secrétaire général Klaus Welle et le président du Parlement Antonio Tajani ont enfin accepté une réunion avec les représentants syndicaux des interprètes. Côté Parlement européen, on se veut optimiste : « En se réunissant toute une journée, on va parvenir à un accord, c’est certain. » Les interprètes, eux, ont déjà prévenu : « On ne lâchera rien ! »

En débat : « Les réseaux sociaux se nourrissent de nos mauvais côtés »

En débat : « Les réseaux sociaux se nourrissent de nos mauvais côtés »

Les réseaux sociaux promettent de connecter les individus et de leur permettre d’échanger et de se regrouper. Mais ils semblent plutôt les trier, les séparer et servir d’arènes à des invectives qui peuvent être très violentes. Est-ce que les réseaux sociaux ont trahi ? C’est le thème de notre soirée « Tous connectés et après ? », au Shadok jeudi 12 juillet à 19h.

Mardi 4 juillet, le tribunal correctionnel de Paris a condamné deux personnes, de 20 et 34 ans, pour avoir injurié en des termes très violents la journaliste Nadia Daam après qu’elle ait critiqué sur Europe 1 le forum qu’ils utilisent. L’un d’eux avait réalisé un photo-montage où la journaliste était placée en otage de Daesh tandis que le second avait publiquement évoqué un viol.

Ce genre de cyberharcèlement n’est malheureusement pas rare sur les réseaux sociaux. Dans le cas où Nadia Daam était ciblée, sa condition de femme a servi de point d’ancrage comme l’analyse Lucie Soullier dans Le Monde :

« En brandissant ce mot-valise de “féminazi” aussi courant sous le clavier [des internautes du forum] que celui de “journalope”, les cyberharceleurs s’arrogent le statut de “résistant” face au prétendu “nazisme” du féminisme. Le discours se trouve inversé, le bourreau devenu martyr assimilant la dénonciation des violences sexuelles à une pratique génocidaire fasciste, tout en relativisant la Shoah. »

Pourquoi une telle violence ?

Comment en arrive-t-on là, à une telle violence, en quelques minutes ? Marie Després-Lonnet, professeur à l’Université Louis Lumière de Lyon, spécialiste des médias numériques, n’est pas étonnée. Elle est l’invitée du Shadok, centre de culture numérique, et de Rue89 Strasbourg pour une soirée d’échanges et de débats jeudi 12 juillet à partir de 19h, intitulée « Les réseaux sociaux ont-ils trahi ? » :

« Les réseaux sociaux ne rendent pas les gens méchants, ils sont déjà méchants et l’impunité dont ils bénéficient sur les réseaux sociaux leur permet d’exercer cette méchanceté. Le numérique n’a pas fondamentalement révolutionné la manière dont les gens communiquent, mais il a exacerbé certains traits que les humains ont en eux. Ce qui est problématique, c’est la relative impunité dont les internautes bénéficient, ils ne sont pas confrontés, contrairement au monde réel, aux conséquences de leurs paroles. Alors comme l’être humain est assez lâche, il s’autorise tous les excès. On ne connaîtrait pas ces débordements si les écrits étaient attribués et poursuivis. »

Pauline Escande-Gauquier est sémiologue et maître de conférences à Sorbonne Université Celsa. Également invitée jeudi, elle ajoute :

« Les réseaux sociaux sont devenus des espaces violents parce qu’ils se sont démocratisés et qu’ils sont très peu régulés. En Allemagne, ils sont considérés comme des éditeurs de contenus et risquent des sanctions très fortes en cas de discours racistes ou haineux. Du coup, les plateformes assurent une modération bien plus importante. En France, j’ai le sentiment qu’on en est encore au stade de la prise de conscience, on sent qu’il y a une nécessité de changer les règles dont bénéficient les plateformes… Tant que ce sentiment d’impunité perdure, l’autre n’existe pas. Après avoir balancé des horreurs, on ferme son écran et on redevient une personne normale… »

L’abandon des enfants

Les deux enseignantes-chercheures remarquent par ailleurs que peu d’adultes semblent être en mesure de savoir ce que leurs enfants font sur les réseaux sociaux qu’ils fréquentent. Pauline Escande-Gauquier note :

« Dans le cas de l’affaire Nadia Daam, on s’est rendus compte de l’extrême jeunesse des mis en cause… On voit que les parents ont laissé leurs enfants évoluer dans un univers sans règle, où il n’y a pas de sanction face aux conséquences de leurs pulsions. »

Combien d'amis avez-vous ? (Photo Ann Wuyts / FlickR / cc)
Combien d’amis avez-vous ? (Photo Ann Wuyts / FlickR / cc)

Pour Marie Després-Lonnet, les enfants sont particulièrement sensibles aux effets pervers des réseaux sociaux, en raison de leur souci de « faire partie du groupe » :

« Les enfants font très attention à ne pas être perçus comme différents. Et les réseaux sociaux, en promouvant une sorte d’idéal permanent, bien qu’inatteignable, les projettent perpétuellement dans une vision de leur propre échec. Il en résulte une réelle souffrance. Le risque pour la société est qu’ils n’apprennent pas correctement les normes sociales. Avec les téléphones portables, ces réseaux sociaux se sont invités dans la sphère intime… C’est comme si on invitait le monde extérieur, qui peut être violent et perturbant dans sa chambre. »

Pour les plateformes, toute régulation est suspecte

Si ces effets sont aujourd’hui bien perçus par les sociologues et les spécialistes de la communication, ils peinent à entrer dans la sphère publique notamment en raison du lobbying des plateformes. Pauline Escande-Gauquier rappelle d’où viennent les plateformes qui dominent le web et les échanges aujourd’hui :

« Elles sont issues de la contre-culture américaine, avec dans l’idée que toute régulation est mauvaise par nature, voire suspecte. Devant l’Union européenne ou l’Assemblée nationale, elles plaident constamment pour l’auto-régulation, en arguant que les meilleurs modérateurs sont les internautes eux-mêmes. C’est séduisant mais c’est faux et surtout, ça veut dire que sans intervention directe des gouvernements, rien ne changera. »

Marie Després-Lonnet va plus loin :

« Toutes ces logiques d’addiction et d’enfermement, il faut se demander à qui elles profitent… À ceux qui profilent les utilisateurs et revendent ces données, c’est à dire bien souvent les plateformes elles-mêmes ! Tous les utilisateurs réalisent un travail gratuit de filtrage et de recommandation sur lequel repose les plateformes. C’est ce que j’appelle le “participatisme”, tout le monde invite tout le monde à se regarder dans une centre de grand jeu d’ego, mais tout le monde contribue à alimenter les bases de données des grands acteurs de l’Internet… »

L’éducation aux outils numériques, thème central des Rencontres mondiales du logiciel libre

L’éducation aux outils numériques, thème central des Rencontres mondiales du logiciel libre

L’université de Strasbourg accueille du 7 au 12 juillet les 18e Rencontres mondiales du logiciel libre (RMLL). Organisé en partenariat avec l’association Hackstub, le plus grand évènement francophone sur ce thème attend 5 000 participants et des intervenants de top niveau. Cette année, les débats portent sur la place de plus en plus importante que prennent les grandes entreprises dans l’éducation au numérique.

Est-il vraiment sain de laisser aux grandes entreprises du numérique le monopole de l’apprentissage de l’informatique ? Fin 2015, L’Éducation nationale a signé un partenariat de 13 millions d’euros avec Microsoft. Les écoles françaises ont pu s’équiper de matériel tournant sous Windows, le système d’exploitation de Microsoft.

Résultat pour Microsoft, les enfants apprennent à utiliser un ordinateur… sous Windows et se créent des habitudes mentales dès le plus jeune âge. Pour les organisateurs des Rencontres mondiales du logiciel libre (RMLL), cette stratégie est une « fabrique de la dépendance ». La lutte contre cette logique est au programme de la 18eme édition de la manifestation, qui prévoit de rassemble plus de 5 000 personnes à l’Université de Strasbourg et au Shadok du 7 au 12 juillet.

Harmonie Vo Viet Anh, juriste spécialisé dans le logiciel libre et membre du comité d’organisation de l’évènement, explique comment les entreprises sont confrontées au même problème :

« Faire le choix d’un logiciel propriétaire, cela peut vous transformer en esclave. L’exemple le plus criant, c’est celui de Photoshop, développé par Adobe. Auparavant, l’entreprise vendait le logiciel, mais brutalement, elle a décidé de seulement le louer via un système de licence. Ça a couté très cher aux entreprises, mais elles étaient dépendantes du logiciel, et elles n’ont rien pu faire sinon payer. »

Les RMLL auront lieu dans plusieurs lieux autour du quartier de l’esplanade (Doc remis)

La manifestation veut montrer que les logiciels libres permettent d’éviter l’enfermement dans des systèmes propriétaires qui échappent au final aux entreprises, aux associations ou aux institutions qui les utilisent. Pour cela, les RMLL ont notamment convié la chercheuse en science de l’éducation Bibiana Boccolini. Elle a notamment étudié les programmes d’éducation au numérique en Argentine et en tire la conclusion que l’utilisation des logiciels libres permettent de rendre les élèves moins passifs et plus polyvalents.

Des lycéens de l’association Elkerio présenteront les résultats d’une expérience qui a consisté à se passer des services de Google sur leurs téléphones mobiles.

120 événements sur 5 jours

Une bonne partie des quelques 120 événements seront donc dédiés à l’accompagnement des structures pour qu’elles s’équipent de logiciels libres plutôt que de produits issus de Google, Apple ou  Microsoft. Les rencontres sont souvent destinés à un public averti, impliqué, mais les RMLL proposent des rendez-vous destinés au grand public : ils sont labellisés en « débutant » sur le programme en ligne des RMLL et il y a aussi des « performances » en soirées.

Et puis il y a le « hackerspace », installé au premier étage du Shadok et qui veut être « un lieu d’échange et de création numérique autour des logiciels libres. » L’objectif est de permettre à toute personne intéressée de poser ses questions, y compris très pratiques, à des spécialistes afin éventuellement d’initier une démarche de conversion aux logiciels libres ou simplement de découvrir l’étendue et les possibilités de ces outils.

Les organisateurs sont bien conscients que les logiciels libres n’ont pas la capacité de se faire connaître autant que les logiciels propriétaires, qui bénéficient d’intenses campagnes de publicité. L’enjeu des RMLL est donc de rappeler que choisir ses outils est également un choix de politique d’entreprise, voire de société. L’accès aux conférences et tables rondes des RMLL est libre et gratuit.

Du Grand Hamster d’Alsace au « Couloir à camions », l’évolution du discours contre le GCO

Du Grand Hamster d’Alsace au « Couloir à camions », l’évolution du discours contre le GCO

Dans la bataille de communication autour du GCO, les opposants ont fait évoluer leurs arguments, afin d’impliquer les habitants de Strasbourg et de la campagne bas-rhinoise, pas forcément sensibles à la cause du Grand hamster d’Alsace. La santé prend une place de plus en plus importante dans les préoccupations.

Les opposants au Grand contournement ouest (GCO – voir tous nos articles) de Strasbourg ont changé de ton. Au milieu des années 2010, le dossier était souvent associé au sort du Grand . . .

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Au coeur de Strasbourg, les bars des rencards Tinder

Au coeur de Strasbourg, les bars des rencards Tinder

Se choper à Strasbourg (1/8) – La rencontre oui, mais d’abord derrière l’écran. Pour chercher l’âme sœur, le coup d’un soir ou de nouveaux amis, beaucoup de Strasbourgeois utilisent des applications mobiles. Rue89 Strasbourg a interrogé trois d’entre eux sur leur plus belle histoire, leur pire expérience et les lieux privilégiés pour un premier rendez-vous, souvent au centre de Strasbourg.

« J’ai trouvé mon professeur de philosophie, marié, sur Tinder. » « Je suis tombé sur une amie de ma mère en surfant sur un site pour adultère. » Les anecdotes croustillantes fourmillent autour des applications de rencontre. Entre Tinder, Happn, Once ou Bumble, la liste des plateformes est longue. Souvent les Strasbourgeois interrogés en ont utilisé plusieurs. Par manque de confiance en eux, manque de temps ou peur de sortir seul, ils sont nombreux à utiliser leur téléphone pour trouver l’histoire d’un soir ou une relation plus sérieuse. Rue89 Strasbourg en a sondé une trentaine pour en rencontrer trois : Jérôme, Sophie et Vincent (tous les prénoms ont été modifiés).

Tinder et Happn : entre match et crush

Tinder reste de loin l’application la plus utilisée par les Strasbourgeois sondés. Sur cette plateforme, ils peuvent discuter avec un autre utilisateur lorsqu’il y a « match », lorsque deux personnes ont chacune approuvé la photo et la description de l’autre. Sur Happn, deux utilisateurs à moins de 250 mètres l’un de l’autre reçoivent une notification. S’ils approuvent le profil reçu, c’est le « crush » ! Une conversation peut commencer. Si le désir, ou le « like », n’est pas réciproque, le don juan numérique peut insister en envoyant « Hello ! » à la personne indifférente. L’entreprise facture ce service deux euros pour dix « Hello ». À Strasbourg, les personnes en quête de rencontre se croisent le plus souvent autour de la cathédrale, dans le quartier de la Krutenau et autour de la Gare :
Selon cette carte fournie par Happn, les utilisateurs se croisent le plus souvent autour de la cathédrale de Strasbourg, dans le quartier de la Krutenau et autour de la Gare.
Mais les « crushs » et les « matchs » ne sont que les premiers obstacles. Les témoignages sont unanimes : le rendez-vous arrive rarement. Jeanne a « matché » avec près de 200 personnes sur Tinder. Elle n’a eu de conversation qu’avec « quelques dizaines » pour aboutir à cinq rencards… Même son de cloche du côté de Clara :
« J’ai eu plus de 5 000 matchs en deux ans. J’ai parlé à la moitié et j’ai rencontré ou appelé moins de 200 personnes. »

Les bars du premier verre

Sans surprise, les Strasbourgeois se donnent rendez-vous dans des bars. Plusieurs témoignages évoquent les établissements « cachés » de Strasbourg. « Ils sont propices à la séduction », glisse Vincent. Le Grincheux, l’Académie de la Bière, l’Atlantico, le Delirium, L’Artichaut ou Jeannette et les Cycleux sont les enseignes les plus citées. Le choix du lieu dépend de logiques très différentes. Jérôme affectionne les bars à vins ou à cocktails. Le choix de Vincent dépend de l’envie d’un cadre « dynamique », chaleureux, ou une atmosphère « intimiste ». Sophie privilégie deux bars où elle a ses habitudes :

Un serveur face aux premiers rendez-vous

Le premier rendez-vous ne passe pas inaperçu dans les bars. Maxime, serveur aux « Savons d’Hélène » en a même fait un jeu :
« Les rendez-vous Tinder ou autre, ça se voit. Les personnes se cherchent en arrivant puisqu’elles ne savent pas exactement à quoi l’autre ressemble vraiment. Et puis quand ça se passe bien entre les deux, il y a une complicité qui s’installe avec le serveur. Je leur propose régulièrement un dernier verre pour qu’ils continuent de se détendre. »

D’une application à l’autre

Quand ils sont lassés, les utilisateurs changent d’applications. Certains passent par les réseaux sociaux pour aborder des gens sur Facebook, Instagram, Snapchat… Cette lassitude rapide semble avoir entraîné la disparition du site de rencontre alsacien « Tout à fait moi ». Son concept était original : demander aux gens de se présenter par leurs défauts. Sophie se souvient avoir trouvé l’idée intéressante. Elle raconte être vite passé à autre chose. Dans quelques cas, des mauvaises expériences ont poussé des Strasbourgeoises à désinstaller les applications de rencontre. Une jeune femme s’y est décidée lorsque des hommes l’ont reconnue dans la rue avant d’avoir un comportement agressif à son égard.

Les mauvaises expériences

Jérôme et Sophie ont chacun une mauvaise expérience à raconter, Vincent évoque la tragique expérience d’une connaissance : Les applications de rencontre ont cette réputation de « supermarché » où les rayons sont remplis de potentiels partenaires sexuels. Mais les adeptes de Tinder, Happn ou Bumble évoquent aussi des amours durables, une simple discussion agréable et des amitiés. Aujourd’hui, Vincent n’utilise plus aucune plateforme : il a rencontré sa copine grâce à l’une d’entre elles.

Strasbourg : propice aux rencontres

Strasbourg peut sembler trop étroit pour certains connaisseurs d’autres grandes villes. La capitale alsacienne est presque dix fois moins peuplée que Paris. « Strasbourg village », rétorque Vincent. « Une échelle humaine », apprécie Sophie. Le charme de ses quartiers apporte une ambiance « romantique ». Sa proximité avec l’Allemagne rend les rencontres « plus intéressantes ». D’autres apprécient le va-et-vient des étudiants, certains pour une année Erasmus. Selon Tinder, l’Unistra est la huitième université de France où l’application a enregistré le plus de matchs en 2017. Les applications de rencontre réservent également de très belles surprises à leurs utilisateurs. Sophie, Jérôme et Vincent nous confient leur meilleure expérience :

Tous les épisodes de « Se choper à Strasbourg », notre série de l’été 2018

Tous les épisodes de « Se choper à Strasbourg », notre série de l’été 2018

La série « Se choper à Strasbourg » s’est déclinée en huit épisodes lors de cet été 2018. Au menu : applications de rencontre, échangisme, artistes, la drague après l’affaire Weinstein… et bien d’autres sujets aussi sérieux que croustillants. Tous les articles sont à retrouver ici.

Se choper à Strasbourg : vaste programme. L’été est bien installé et le sujet est encore plus brûlant d’actualité. Où se rencontre-t-on dans la capitale alsacienne ? Comment fait-on pour draguer sans passer pour un gros lourd ? Peut-on vivre son homosexualité librement à Strasbourg ? Est-ce une ville trop petite pour être libertin sans se faire reconnaître ? La liste des questions explorées les vendredis entre le 6 juillet et le 24 août s’est déclinée en huit épisodes. Autant de facettes de la sexualité et des rencontres à Strasbourg à notre époque !

Députée « En marche », Martine Wonner rejoint le front anti-GCO

Députée « En marche », Martine Wonner rejoint le front anti-GCO

La députée de Strasbourg-Campagne Martine Wonner (LREM) sort de sa relative réserve et appuie les opposants au Grand contournement ouest (GCO) de Strasbourg. Avec le collectif « GCO Non Merci », elle demande à ce que les alternatives à l’autoroute payante, qualifiée de « couloir à camions », soient considérées et intégrées au « Grenelle des mobilités » que chapeaute l’Eurométropole, suite à l’avis sévère de la commission d’enquête publique sur le GCO.

L’avis de l’ultime enquête publique sur le Grand contournement ouest (GCO – voir tous nos articles) de Strasbourg a remis un doute sur le dossier. Car en plus de l’avis négatif, ce dernier est surtout très sévère sur le fond.

Si bien que le front anti-GCO saisit l’opportunité pour (re)présenter ses alternatives, un peu mises à jour, dans le but de les intégrer au Grenelle des mobilités lancé en février par l’Eurométropole.

Et le collectif a enregistré un nouveau soutien notable, la députée de la circonscription Martine Wonner (LREM). Jusqu’alors, elle s’était présentée en « médiatrice » à l’instar du ministre de l’Écologie Nicolas Hulot sur l’aéroport de Notre-Dames-des-Landes, tout en laissant filtrer quelques critiques sur le projet. Nicolas Hulot justement, elle a enfin eu l’occasion de lui parler personnellement du GCO le jeudi 28 juin.

Martine  Wonner explique s’être faite « une opinion sur le fond » en suivant le dossier depuis son élection en juin 2017 :

« Certes, je suis parlementaire, mais aussi médecin et j’ai aussi le devoir comme d’alerter par rapport à la population, même si pendant plusieurs années d’autres personnes ont mis en avant la pollution comme un argument devant permettre de justifier la construction du Grand contournement de Ouest de Strasbourg. […] L’Alsace est en mauvaise position par rapport à l’incidence des accidents vasculaires cérébraux (AVC) et des études montrent que la pollution augmentent ces AVC. […] Il est indécent de dire que ce Grand contournement ouest pourrait améliorer la circulation. […] Au sein du gouvernement, nous travaillons sur les mobilités. Il est plus que jamais temps de reconsidérer ce projet presque aussi vieux que moi. »

Les critiques de Robert Herrman agacent

Depuis la publication de l’avis négatif, seul le président de l’Eurométropole Robert Herrmann (PS) a réitéré un soutien à l’autoroute à des journalistes de la presse locale, caricaturant un peu au passage les contre-propositions. (« Ceux qui militent contre le GCO ne proposent rien d’autre. Ils parlent de transports doux. Mais peut-on imaginer de mettre des vélos sur l’A35 ? »).

Ces critiques ont agacé les opposants (« Il n’y a pas plus sourd que celui qui ne veut entendre »). Car sur l’A35, ils proposent plutôt de séparer les flux entre ceux qui traversent Strasbourg du nord au sud et ceux qui s’y rendent. Ils s’inquiètent en revanche de l’hypothétique transformation de l’autoroute actuelle en boulevard « Il n’y aura une réduction que de 3,8% du trafic dans un tuyau réduit », résume Dany Karcher, le maire de Kolbsheim.

Les bouchons à Strasbourg, la faute aux véhicules qui traversent la ville ou ceux qui s'y rendent ? (Photo Pascal Bastien / Divergence)
Les bouchons à Strasbourg, la faute aux véhicules qui traversent la ville ou ceux qui s’y rendent ? (Photo Pascal Bastien / Divergence)

Le GCO, moins cher que les routes allemandes pour les camions polluants

Nouveauté dans leur argumentaire, les opposants ont aussi calculé qu’emprunter le GCO reviendrait au minimum à 30% moins cher aux camions pendant les heures de pointe (7h – 9h et 16h-19h) par rapport aux routes allemandes parallèles. Et jusqu’à 78% le reste de la journée pour les camions les plus polluants. « Le GCO est la porte ouverte à un trafic international qui n’apporte rien à l’Alsace », embraye Maurice Wintz, vice-président d’Alsace nature.

Face à ce qu’ils qualifient de « couloir à camion », ils renouvellent la demande d’une écotaxe en Alsace à l’heure où l’idée d’une éco-vignette européenne refait son chemin au Parlement européen.

Discours accentué sur la santé

Les anti-GCO ne parlent plus du Grand hamster d’Alsace, mais haussent surtout le ton sur le volet de la santé. Autre nouvelle tête aux côté de Martine Wonner, le médecin Didier Mirabel, habitant de Dingsheim rappelle que le taux d’incidence d’AVC en Alsace en 2014 est de 120,33. « Ce nombre a progressé de manière vertigineuse. On retrouve plus de cas en milieu urbain qu’en milieu rural ».

À l’instar des médecins de Strasbourg Respire, qui ont même écrit au président de la République, il estime que le GCO risque d’aggraver la situation :

« Pendant très longtemps on nous a dit que le GCO allait diluer la pollution. […] Malheureusement, le GCO va induire à mon avis trois types de trafic. Tous les gens qui vont vouloir rentrer dans Strasbourg pour y travailler, donc un trafic supplémentaire sur l’A350, ceux qui vont vouloir échapper au péage et il va y avoir une véritable invasion de camions (sur le GCO ndlr). »

Ils remarquent aussi que le dossier du Transports en site propre ouest (bus TSPO, prévu initialement pour 2020) prend du retard sur la partie de l’Eurométropole. Or sur l’A350 où il doit circuler, c’est là qu’une augmentation du trafic est prévue.

Avec ces arguments, et s’appuyant sur les cinq avis négatifs consécutifs (2 du CNPN, de l’agence française de biodiversité, de l’autorité environnementale et enfin la commission d’enquête publique) ils demandent à ce que leurs propositions soient intégrées dans le Grenelle des Mobilités que chapeaute l’Eurométropole et la Région Grand Est depuis février. « Robert Herrmann pourrait être beau joueur et mettre l’alternative au programme », appuie Luc Huber, maire de Pfettisheim. Nombre d’associations d’usagers des transports en commun et membres du collectif anti-GCO y sont invitées.

Le Coderst se réunira-t-il ?

De manière plus urgente, ils demandent à ce que la réunion du Conseil départemental de l’environnement et des risques sanitaires et technologiques (Coderst) consacré au GCO ne se réunisse pas comme prévu à la Préfecture le 19 juillet, le temps de faire le point. L’autorisation préfectorale qui sonne le lancement des travaux définitifs peut en découler.

Quant à la déclaration d’utilité publique initiale de 2008, ils relèvent qu’une des quatre réserves de la commission d’enquête publique était de mettre un revêtement absorbant le bruit, ce qui n’a pas été fait et donc vaut pour un avis négatif.

La veille, Nicolas Hulot, accompagné de tout le gouvernement ou presque annonce l’objectif de « zéro artificialisation nette ». L’autoroute de 24 kilomètres compte-elle dans le calcul ?

Revoir toute la conférence de presse

Un labo de Strasbourg lance un auto-test de dépistage du Sida à 10€

Un labo de Strasbourg lance un auto-test de dépistage du Sida à 10€

Le laboratoire alsacien Biosynex installé à Illkirch-Graffenstaden lance un test de détection du Sida à faire soi-même. Entièrement réalisé aux portes de Strasbourg, cet auto-test espère bousculer le marché avec son prix de 10 euros.

Faire son test de grossesse soi-même, la démarche est entrée dans les habitudes. Pour le Sida, syndrome d’immunodéficience acquise, c’est un peu moins commun. C’est pourtant le produit que lance ce jeudi 5 juillet le laboratoire alsacien Biosynex, sous sa marque Exacto, au prix de 10 euros.

C est cette boîte qui sera en pharmacie photo JFG / Rue89 Strasbourg
C’est cette boîte qui sera en pharmacie photo JFG / Rue89 Strasbourg

Créée en 2005, l’entreprise de 128 employés réalise également la recherche et le développement du produit, sa certification, sa production et sa distribution dans ses nouveaux locaux à Illkirch-Graffenstaden. Selon ses fondateurs, c’est notamment l’absence d’intermédiaire qui permet de baisser les prix par rapport à la concurrence, dont les produits sont commercialisés autour de 25 euros depuis leur autorisation 2015.

Toute la chaîne de production des produits Biosynex est basée à Illkirch-Graffenstaden (photo JFG / Rue89 Strasbourg)
Toute la chaîne de production des produits Biosynex est basée à Illkirch-Graffenstaden (photo JFG / Rue89 Strasbourg / cc)

Des milliers de transmissions chaque année

En France, 153 000 personnes sont infectées par le le virus l’immunodéficience humaine (VIH), dont 25 000 qui l’ignorent. Chaque année, environ 6 000 nouvelles contaminations sont transmises.

Oren Bitton, directeur commercial, explique que Biosynex espère changer les habitudes avec ce nouveau produit :

« Seuls une personne sur deux en France connaît l’existence des auto-tests et 75 000 sont vendus chaque année. Il faut que les gens soient au courant que ça existe afin de banaliser le geste. Si le virus est détecté assez tôt, il peut désormais être traité, ce qu’on a tendance à oublier. »

La période d’incubation est cependant très variable selon les personnes infectées. Pour certains, en fonction notamment de l’âge, les symptômes peuvent commencer à apparaître dès les premiers mois, pour d’autres, après plusieurs années.

Le laboratoire alsacien a prévu des boîtes contenant deux tests, à destination des couples. Ils sont disponibles en pharmacie. L’opération est à réaliser trois mois après le dernier rapport susceptible d’avoir engendré une contamination.

Tout le matériel est dans la boite (photo JFG / Rue89 Strasbourg)
Tout le matériel est dans la boite (photo JFG / Rue89 Strasbourg)

La prise en main est facile (Photo Biosynex)

Utilisation simple

La prise en main est simple. Pour effectuer le test, il suffit d’appliquer l’autopiqueur, sur le côté du doigt (où le sang afflue bien plus qu’au milieu), afin de créer une goutte de sang à prélever et à déposer dans un caisson.

Ensuite, il faut attendre 10 minutes pour le résultat. Mais au bout de quelques minutes, une bande, ou deux en cas de séropositivité, commence déjà à apparaître. Ça peut être long 10 minutes…

L’opération, que l’auteur de ces lignes a pu tester, n’est pas douloureuse. Une notice claire accompagne le matériel. Biosynex promet un taux de fiabilité de 99,9%. Si le test est positif, une contre-expertise en laboratoire est donc fortement conseillée.

Une pipette permet de prélever le sang (photo Bisoynex))
Une pipette permet de prélever le sang (photo Bisoynex)

L’enjeu africain

L’auto-test est pour l’instant commercialisé en France. Biosynex, présent dans 76 pays, compte progressivement se déployer en Europe, selon les permissions des législations respectives. À l’avenir, l’enjeu est d’être commercialisé en Afrique, continent particulièrement touché par le VIH (26 millions de personnes contaminées).

À ce sujet, le professeur camerounais François Xavier MBopi-Kéou, venu de Yaoundé (Cameroun) lors de l’inauguration officielle des nouveaux locaux en juin, a notamment déclaré :

« L’Afrique doit bénéficier des retombées des progrès de la recherche médicale. […] Il m’importe peu que les produits attendent d’obtenir des labels avant d’être proposés sur le continent. »

Il suffit de déposer la goutte de sang dans un caisson et la faire réagir avec deux gouttes de produit fourni (Photo Biosynex)
Il suffit de déposer la goutte de sang dans un caisson et la faire réagir avec deux gouttes de produit fourni (Photo Biosynex)

Lors de la conception, quatre études ont été diligentées sur plus de 1 000 personnes différentes.

Biosynex est installée depuis 2017 au Parc d’innovation d’Illkirch-Graffenstaden où elle a regroupé ses précédentes unités. Sur place, 128 collaborateurs travaillent, en plus des commerciaux répartis en France et en Europe. Un des prochains auto-tests qu’elle compte commercialiser concerne l’intolérance au gluten.

#VIH