Nicolas Klotz et Elisabeth Perceval ont gardé leur objectif à l’affût à l’hiver 2016, lorsque la jungle de Calais était devenue une ville nouvelle. Ils en ont tiré un documentaire-témoignage, sur l’odyssée de l’humanité. Les cinémas Star organisent une soirée spéciale avec les réalisateurs et le philosophe strasbourgeois Jean-Luc Nancy mardi 29 mai.
En hiver 2016, la Jungle de Calais est une ville naissante, en pleine croissance où vivent près de 12 000 personnes. Au début du printemps, la zone Sud, avec ses commerces, ses rues, ses habitations, sera entièrement détruite.
Les habitants expulsés déplacent alors leurs maisons vers la zone Nord, pour s’abriter et continuer à vivre. En automne l’État organise le démantèlement définitif de la Jungle. Mais la Jungle est un territoire mutant, une ville monde, une ville du futur ; même détruite, elle renaît toujours de ses cendres.
Tourné avec des jeunes gens pris dans le tumulte des guerres, des violences policières, et leurs tentatives de traverser la frontière vers l’Angleterre, L’Héroïque Lande pourrait être un épisode ignoré de l’Odyssée d’Homère.
La soirée
Projection exceptionnelle de « L’héroïque lande, la frontière brûle« , mardi 29 mai à 19h au cinéma Star, en présence des réalisateurs Nicolas Klotz et Elisabeth Perceval et le philosophe strasbourgeois Jean-Luc Nancy.
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Depuis le 16 mai, la Ville de Strasbourg a décidé de dire chut à une partie de ses habitants. Elle lance une campagne de sensibilisation aux nuisances nocturnes, en collaboration avec des associations de riverains, des membres de conseils de quartiers et des établissements de nuit. Comme pour effrayer les fêtards, des affiches à l’effigie de monstres ont été placardées dans le centre-ville.
Alors que les prochains mois sont plutôt chargés en événements festifs, la Ville de Strasbourg lance au même moment une campagne de communication pour sensibiliser les Strasbourgeois sur les nuisances nocturnes. Car oui, quand on sort boire des bières dehors aux beaux jours, ça fait du bruit. Et le bruit, ça empêche de dormir, voyez-vous. De nombreux visuels ont été élaborés pour rappeler ces faits aux Strasbourgeois de sortie, avec le renfort de monstres de l’imaginaire collectif comme Frankenstein ou Dracula.
Ces personnages sont affichés dans tout le centre-ville de Strasbourg et présents dans les bars, où plus de cent-mille sous-bocks sont distribués. L’information principale à retenir pour les fêtards, c’est un montant : 68 euros. Il s’agit du montant auquel s’élève l’amende forfaitaire appliquée pour nuisances sonores et tapage nocturne. Selon la loi, elle est applicable entre 22 heures et 7 heures du matin. Le premier objectif est donc la sensibilisation et la prévention, mais le second est bien de sanctionner.
Affiche de la campagne 2018 de sensibilisation aux nuisances nocturne à Strasbourg. (Photo : C.A / Rue89 Strasbourg)
Mathieu Cahn, adjoint au maire de Strasbourg en charge de l’animation de la « Charte de la vie nocturne », explique que les nuisances nocturnes ont largement évolué ces dernières années.
« Il y a vingt ans, les nuisances étaient principalement dues aux établissements de nuit. Depuis on a beaucoup travaillé dans ce sens et on constate qu’elles se sont transformées. Aujourd’hui, ce sont plutôt des nuisances sur l’espace public. Encore plus récemment, on a remarqué que la majorité des plaintes concernait des lieux individuels privés, donc des appartements au sein desquels des fêtes se tiennent. »
Donc silence compris ? Si vous voulez faire la fête, allez dans une autre ville.
Ce mardi 22 mai, de nombreux syndicats strasbourgeois participent à la grève nationale lancée par l’intersyndicale Unsa, FO, CGT, FSU, Solidaires de la fonction publique. À Strasbourg, une manifestation est prévue au départ de la place Kléber à 14h. De nombreuses perturbations sont à prévoir dans les écoles.
Après le 10 octobre 2017 et le 22 mars 2018, mardi 22 mai sera la troisième journée de mobilisation de l’intersyndicale de la fonction publique au cours de la première année du gouvernement d’Edouard Philippe. Cependant, cette fois-ci, l’ensemble des organisations syndicales ont répondu à l’appel, ce qui n’était pas arrivé depuis près de dix ans. Des perturbations dans les services publics et des manifestations sont prévues dans plus de cent villes françaises.
De nombreux syndicats mobilisés
À Strasbourg, les organisations CFDT, CFE/CGC, CFTC, CGT, FAFP, FO, FSU, Unsa, Solidaires, CNT accompagnés des « étudiants en lutte » participeront à la manifestation et appellent les usagers à se joindre à eux. Récemment, les Socialistes bas-rhinois ont précisé qu’ils rejoindraient également la mobilisation.
Le #22mai à 14h place Kléber à Strasbourg les socialistes bas-rhinois seront présents au côté de l’ensemble des acteurs de la #FonctionPublique pour porter notre soutien inconditionnel aux services publics et notre opposition à la politique injuste et libérale du GVT
Le départ de la manifestation est prévu à 14h? place Kléber 0 Strasbourg. Le cortège doit rallier l’Ancienne Douane pour revenir vers la place Kléber par la rue des Grandes-Arcades.
Comme lors des deux manifestations précédentes, les syndicats estiment que les décisions du gouvernement d’Edouard Philippe menacent la qualité du service public français. Ils s’opposent à la réforme de la fonction publique, notamment au plan de départs volontaires de 120 000 fonctionnaires qui devrait être mis en oeuvre au cours du quinquennat.
Mais les syndicats s’opposent également à la réforme de la SNCF et à la suppression du statut des cheminots. Ils demandent en outre l’augmentation du pouvoir d’achat des agents du service public. Les étudiants, quant à eux, se mobilisent contre la réforme de l’accès à l’université, depuis plus de deux mois.
Manifestation en défense du service public le jeudi 22 mars dernier. (Photo Rue89 Strasbourg)
Perturbations dans les écoles
La Ville de Strasbourg a annoncé que la restauration scolaire ne pourra être assurée dans les écoles. Toutes les cantines seront donc fermées mardi 22 mai et les parents doivent chercher leurs enfants pour la pause de midi, aucun repas froid ne sera proposé aux enfants ni de garderie. Plusieurs enseignants devraient en outre se déclarer grévistes lors de cette journée. Les écoles mettent en place un service minimum d’accueil, pour lequel il est nécessaire d’inscrire les enfants en appelant ou en se rendant à la mairie de quartier.
Dans un communiqué diffusé fin avril, les syndicats SNJ et CFDT de France Télévision se sont élevés contre l’utilisation de leurs moyens techniques et de leur personnel par la République en marche (LREM). Jeudi 5 avril, le parti présidentiel avait organisé à l’auditorium de France 3 Alsace à Strasbourg un débat sur le thème « Télévision, radio, culture : Quels modèles pour demain ? »
C’est déjà relativement osé puisqu’un projet de fusion des réseaux de la radio publique régionale, France Bleu, avec ceux de la télévision publique régionale de France 3, provoque l’opposition d’une bonne partie du personnel de ces deux médias.
Le siège de France 3 Alsace à Strasbourg (doc remis)
Puisque vous êtes là…
Les syndicats notent que pour assurer la captation du débat et sa diffusion en direct sur Facebook, une caméra a été prévue et 4 techniciens mobilisés. Mais surtout, cette diffusion ne devait pas se faire sur la page Facebook de France 3 Alsace mais… sur celle de la République en Marche. Selon le comptage des syndicats, sept demi-journées de travail auraient donc pu être offertes au parti présidentiel puisque selon eux, « l’antenne régionale ne diffusait ce débat filmé par elle ni sur le web, ni sur Facebook, ni sur son antenne TV… »
Selon le communiqué syndical, la présidente de France Télévision « a semblé tomber des nues en apprenant l’affaire », alertée par une déléguée syndicale en comité central d’entreprise. Elle n’aurait guère apprécié ce détournement de moyens public au profit de la communication d’un parti et la mise à disposition des moyens a été annulé in extremis.
Pour les syndicats, cette « histoire [est] bien embarrassante et un curieux mélange des genres qui interroge sur l’idée que se fait la direction régionale de l’indépendance du service public. On n’ose imaginer la réaction des autres partis politiques, des autres parlementaires et de nos téléspectateurs… s’ils avaient eu connaissance de cette histoire. Quant aux salariés de France 3 Alsace, ils sont ravis d’apprendre que les moyens dont on les prive chaque jour sont utilisés pour faire la cour au parti politique au pouvoir. »
Du côté de LREM, on indique que cette soirée a été organisée dans le cadre d’une mission parlementaire et que le direct sur Facebook a été annulé à la demande des parlementaires.
« Les programmes écrits à la dernière minute sur un coin de table, c’est fini ! » Les mots sont de Mathieu Cahn, actuel adjoint au maire (PS) de Strasbourg et membre fondateur de l’association « Strasbourg Demain. » Avec cette association, annoncée officiellement vendredi 18 mai, les Socialistes de Strasbourg espèrent lancer un mouvement, réfléchir et fédérer en vue des élections municipales de mars 2020. Son tout nouveau président, Philippe Bies, également adjoint au maire (PS) et ancien député, précise la démarche :
« Nous devons proposer aux Strasbourgeois un projet de ville solidaire, écologique et innovante. Pour que ce projet soit nourri des meilleurs contributions possibles, il faut en débattre dès maintenant. C’est pourquoi nous lançons cette association, qui a vocation à accueillir toute personne se reconnaissant dans ces valeurs et souhaitant réfléchir avec nous sur quelle ville construire aujourd’hui pour y vivre bien demain. »
Une vingtaine de membres fondateurs ont constitué l’association « Strasbourg Demain, » dont une dizaine de conseillers municipaux issus de la liste « Strasbourg Énergies Positives, » le groupe majoritaire et socialiste du conseil municipal de Strasbourg. L’autre moitié est constitué de membres de la société civile, souvent engagés dans des associations, comme Muharrem Koç, Audrey Bordonné, Moussah Arza, Martine Dookhoo ou Michel Bintz…
Philippe Bies, au centre, est déjà président de Strasbourg Demain. Pour la suite… « on verra » dit-il… (Photo PF / Rue89 Strasbourg / cc)
Réunir les expertises
« Strasbourg Demain » sera un club de réflexion qui proposera plusieurs méthodes à ses membres et au grand public : des réunions d’analyse, de réflexion et de propositions, des discussions publiques en comités restreints (stammtisch) et des débats publics. Mathieu Cahn précise :
« Strasbourg Demain ne sera pas un club d’experts mais une initiative citoyenne. Il s’y affinera une expertise mais qui sera nourrie par des propositions qui auront été soumises au débat, à la confrontation. Nous pensons que les bonnes idées doivent permettre un consensus via cette expérience publique. »
Philippe Bies précise qu’il ne s’agit pas de lancer la campagne électorale. Mais cette initiative y ressemble beaucoup quand même… Pour l’ancien député, c’est seulement « une dynamique » qui est initiée :
« Une campagne électorale, c’est lorsque le programme sera prêt, que quelqu’un sera choisi pour le porter et que l’ensemble sera proposé aux Strasbourgeois. On n’en est pas là ! On se donne un cadre pour interroger notre rapport à la ville. Ainsi nous pensons à la place de l’enfant, au-delà des rythmes scolaires comment faire pour qu’une politique municipale garantisse son épanouissement ? On cherche aussi à interroger les mobilités et le lien social à l’heure du numérique… Toutes ces questions et bien d’autres, il faut les décortiquer, les étaler, en discuter et ensuite nous élaborerons des propositions. »
D’un côté gardien, de l’autre en recherche…
Philippe Bies assure qu’il différenciera bien le rôle prospectif de « Strasbourg Demain » de son rôle de gardien des engagements de Roland Ries devant les Strasbourgeois en mars 2014 :
« La liste Énergies positives a été élue sur la base d’un contrat avec les Strasbourgeois. Notre action est au service de ces engagements avec une loyauté absolue envers Roland Ries, et en tant que président de ce groupe, je suis le garant de cette loyauté. Donc d’un côté, on gère et de l’autre côté, on commence à réfléchir. Il faut débuter dès à présent car tout le logiciel de la gauche municipale est à réinventer. C’est pour ça que cette démarche n’est pas partisane. »
Mathieu Cahn précise de son côté :
« En 2008, nous avons été élus sur des thématiques de démocratie locale et d’amélioration du logement. En 2014, nous étions dans la continuité. En 2020, nous serons dans un nouveau moment, le prochain maire de Strasbourg n’aura jamais exercé ces fonctions auparavant. Donc il convient d’en profiter pour proposer des idées neuves et correspondant à de réels enjeux d’aujourd’hui. »
Autre socialiste, le président de l’agglomération, Robert Herrmann, ne figure pas parmi les membres fondateurs de Strasbourg Demain. Pourquoi ? Philippe Bies répond :
« Robert Herrmann a mis en place une vraie dynamique au sein de la métropole, il a une vraie vision du fait métropolitain. Mais il est dans l’action et il réfléchit de son côté au futur de Strasbourg et de ses 32 communes périphériques. Ce qu’on peut dire c’est que le moment venu, il faudra se rejoindre car on connaît trop le prix de la division. Il n’y aura pas de division parmi les Socialistes. »
Strasbourg Demain prévoit de produire des propositions au fil des débats et des réflexions engagées au sein de l’association, et d’utiliser également les réseaux sociaux et les outils numériques pour faire participer à distance ceux qui ne peuvent se déplacer ou n’auraient pas suffisamment de temps à accorder aux échanges. Les membres de l’association prévoient également de s’inspirer des exemples qu’ils jugent réussis dans d’autres villes, comme la « ville intelligente » à Dijon, le dynamisme de Bordeaux, les efforts de conciliation autour de la vie nocturne à Barcelone, etc.
La première réunion de lancement de l’association est prévue le 2 juin.
Ouvert à Strasbourg en 2014, le Lieu d’Europe voulait se démarquer en tant que projet porté par et pour les citoyens, pour faire aimer l’Europe. Mais si cette maison du quartier européen regorge d’activités diverses, elle peine encore à attirer le grand public et les touristes. La faute à un manque d’ambition et de moyens selon certains.
Quand il a ouvert au mois de mai 2014, le Lieu d’Europe, situé dans la Villa Kaysersguet en face de la Cour Européenne des Droits de l’Homme à Strasbourg, avait pour objectif de secouer un quartier aux institutions perçues comme fermées et distantes du citoyen. Fruit d’une mobilisation de groupes europhiles de la société civile depuis les années 80, il se veut multi-tâches et propose des conférences, des projections, des expositions, mais aussi des concerts et des animations célébrant les cultures européennes. Pourtant, le lieu a encore du mal à se faire connaître des foules.
La Villa Kaysersguet à la Robertsau accueille le Lieu d’Europe depuis mai 2014 (Photo DL/Rue 89 Strasbourg/cc)
Peu de visiteurs hasardeux
Lors de sa courte première année, 14 000 visiteurs ont franchi ses portes. Ils étaient 30 000 en 2017, pour atteindre, en quatre ans, près de 100 000 visiteurs cumulés, d’après sa directrice, Anne Billaut. De son propre aveu, l’endroit pâtit encore d’un « manque de visibilité », même si elle relativise :
« On n’a que 4 ans, et on est déjà beaucoup plus visible qu’à l’origine. »
Il est vrai qu’on ne tombe pas sur le Lieu d’Europe par hasard, et si de grands panneaux « Le Lieu d’Europe, c’est ici » précèdent son portail, le touriste ou le Strasbourgeois peut être intimidé devant cette grande villa au jardin silencieux.
Une fois passé le petit pavillon dédié aux expositions et le chapiteau prévu pour diverses manifestations, il pourra pourtant découvrir à l’intérieur une grande exposition gratuite sur l’Histoire de l’Europe, de ses institutions, et de son lien à Strasbourg, en français, allemand et anglais. C’est simple et clair, et quelques moments interactifs rythment la visite.
Au deuxième étage, le CIIE (Centre d’Informations sur les Institutions Européennes) a pris ses quartiers dans une salle dotée de ressources adaptée à tous les âges. A côté, une salle permet d’accueillir réunions et conférences, notamment un cycle avec le Conseil de l’Europe sur des sujets comme la corruption, l’immigration, les langues…
L’exposition permanente en trois langues est simple et claire, mais peu adaptée aux enfants (Photo DL / Rue89 Strasbourg / cc)
Principal problème : le manque d’espace
La salle frappe par son espace limité à une cinquantaine de personnes. Mais une extension est prévue : en réhabilitant la maison du 1 allée Kastner, qui se cache derrière la villa, le Lieu d’Europe devrait pouvoir accueillir près de 100 personnes supplémentaires.
Pour Henri Mathian, initiateur du Comité de soutien et de l’Association pour un Lieu d’Europe à Strasbourg, ce dernier n’est pas à la hauteur de l’ambition du projet. Suite aux discussions entre la Ville, des associations de quartier et le comité de soutien, il ne correspond pas au modèle que les citoyens mobilisés autour de lui avaient imaginé :
« En 2011, après des décennies de mobilisation, tout le monde était d’accord sur un projet de réhabilitation de la villa avec une extension modulaire pour une surface utile de plus de 4 000 m². Et puis, finalement, il y a eu l’inauguration en 2014, mais sans nouvelle de l’extension. »
Ambitions déçues des partisans d’un « futuroscope européen »
II se dit aussi déçu du contenu même, alors que certains européistes convaincus portaient un projet d’envergure, qu’il fallait maintenir coûte que coûte :
« Au départ, on voulait un projet du type du Parlamentarium à Bruxelles (un lieu de 6 000 m², ndlr), mais cela a été contrarié par les associations de quartiers, invitées à la table de manière sidérante car sans connaissances techniques européennes. On voulait un lieu qui se dédiait une semaine par an à un pays de l’Europe des 47, pour présenter sa culture, sa cuisine et sa langue, et il fallait pouvoir les recevoir. On voulait aussi plusieurs modules pour reprendre l’Histoire de l’Europe mais aussi son avenir, comme un Futuroscope de l’Europe. »
La ville « très satisfaite » du projet
Faces à ces rêves de grandeur, le son de cloche est un peu plus nuancé du côté de la Ville de Strasbourg, qui gère le lieu. L’adjointe aux affaires européennes et internationales, Nawel Rafik-Elmrini (LREM), se dit très satisfaite d’un projet qui « répond à un besoin historique » et « remplit bien ses missions » :
« On est très content du résultat en termes d’accueil, de projets, de partenariats. Ce n’est pas un musée, on y fait des rencontres, des animations, on y constitue un réseau diplomatique… Il est vrai qu’au tout début, ceux qui portaient le projet voyaient un « Eurodôme ». Mais depuis plus de vingt ans, ce projet ne voyait pas le jour. Il fallait une volonté politique et quand il y a eu celle de Roland Ries, il y avait ce lieu à disposition. »
Anne Billaut, la directrice, préfère elle aussi voir le verre à moitié plein:
« Le Lieu n’est peut-être pas à la taille de ce que certains s’imaginaient, mais c’est quand même quelque chose, et ça va s’agrandir. Moi, je retiens ces quatre années passées, où le message est bien passé : l’Europe n’est pas que celle des technocrates. Et pour faire de la démocratie locale, faire participer les citoyens à l’Europe, on ne peut de toute façon pas le faire avec 300 personnes par jour. »
Elle avance qu’avec une équipe resserrée (trois agents d’accueil, la directrice et un service civique), le Lieu demeure actif. Le mois de mai est particulièrement rempli avec le Erasmus Day, la Journée de l’Europe, la Fêtes des européens, mais aussi le premier Festival Europa’Zik (les 19 et 20 mai) avec des artistes comme Lucia de Carvalho ou Claire Faravarjoo. En juin, le Lieu accueille participe au European Youth Event et accueille le Festival des Orchestres Universitaires Européens.
Pour pallier le manque d’espace, le chapiteau dans le jardin permet d’accueillir du monde à la belle saison (Photo DL / Rue89 Strasbourg / cc)
3 millions d’euros pour le Lieu d’Europe
Pour tout cela, le Lieu puise dans son budget propre et est aidé par la Ville en matière de supports de communication notamment. Son budget de fonctionnement est de 100 000€, complètement pris en charge par la Ville. Mais la directrice concède qu’il ne peut faire de campagne d’envergure à chaque événement. Un écueil encore critiqué par Henri Mathian, pour qui des moyens supplémentaires seraient plus que bienvenus :
« Le projet de 2011 devait être doté de 12 millions d’euros. Là, le Lieu d’Europe a eu 720 000€ au titre du contrat triennal 2014-2017 (contrat entre l’Etat, l’Eurométropole, la Région et le Département pour le rayonnement européen de Strasbourg, NDLR), et pas un centime n’en a été utilisé pour, par exemple, recruter du personnel spécialisé, reconfigurer l’exposition permanente, améliorer les conditions d’accueil, de sécurité, de parking… »
Dans le cadre de la période 2018-2020, 3 millions d’euros sont affectés au Lieu d’Europe. De quoi financer les développements futurs, car le Lieu d’Europe n’en est qu’à la première phase de son projet.
Pour les strasbourgeois et touristes, il peut être intimidant de pénétrer le lieu (Photo DL / Rue89 Strasbourg/cc)
Un projet qui n’en est qu’à ses débuts
Depuis le début, il est prévu une extension et un réaménagement, mais les contours ne sont pas encore précisés, car ils font, encore, l’objet d’une consultation publique. Après une réunion le 16 mars 2018, les grands axes se dessinent : une ouverture d’une partie du parc avec une zone préservée pour respecter la biodiversité, la rénovation de la serre et des statues, et la rénovation de la maison derrière la villa.
L’occasion d’une reprogrammation, d’après Nawel Rafik-Elmrini :
« Nous commençons par faire un appel à candidatures pour les consultants qui remonteront les propositions de tous les partenaires concernant les activités de ces nouveaux espaces. Le processus sera lancé cet automne, et la mise en oeuvre est à l’horizon 2020 ».
Un changement bienvenu pour le public scolaire, qui constitue une grande partie des visites du Lieu d’Europe avec 10 000 jeunes visiteurs par an, mais qui y trouve paradoxalement peu de choses, comme le regrette Henri Mathian :
« L’exposition n’est pas faite pour les scolaires. Heureusement, ils sont pris en charge par le CIIE, mais celui-ci doit faire preuve d’imagination pour pallier les carences de l’exposition. »
Un constat partagée par la directrice Anne Billaut qui souhaite améliorer ce volet à l’avenir :
« Il est vrai que les scolaires font plus les ateliers que l’exposition. Je serais pour créer quelque chose de radicalement différent, quelque chose en plus, une exposition spéciale pour les enfants ».
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Travailler en réseau pour attirer le touriste
Si les protagonistes du lieu se disent conscients de ses défauts, son inscription dans le contrat triennal « Strasbourg, Capitale Européenne » pose aussi la question du rayonnement touristique. En 2015, notre rédaction constatait un lieu mal désigné par la signalétique, et un « Parcours d’Europe » pour le moins obscur.
Aujourd’hui encore, la directrice du Lieu, distant tout de même de près d’un kilomètre du Parlement, regrette que les acteurs du tourisme passent peu par le quartier européen. Nawel Rafik-Elmrini y voit l’occasion de renforcer le travail en réseau et en partenariats, notamment avec le Parlamentarium français, un nouvel espace au sein du Parlement européen strasbourgeois :
« On va aussi travailler avec l’office du tourisme, les guides de Strasbourg et ceux qui viennent du côté allemand, qui ne sont pas toujours outillés pour les questions techniques des visiteurs. On réfléchit à intégrer un module Europe dans la formation des guides conférenciers. »
Une belle marge de progression donc, face à une popularité touristique limitée. Sur Tripadvisor, les avis sont plutôt positifs, mais ils ne sont pas légion. On en trouve… 10. Toutes proportions gardées, le Parlamentarium belge en compte près de 3 000 et la Maison de l’Histoire européenne une petite centaine. Un constat qui reflète bien le fossé entre le côté accessible mis en avant par le Lieu et sa difficulté à attirer au-delà des européens convaincus.
Dans la matinée de jeudi 17 mai, des lycéens accompagnés d’une vingtaine d’étudiants en lutte de Strasbourg ont manifesté en faisant le tour des établissements scolaires de la ville. Deux lycéens ont été interpellés par la Police pour « dégradations ».
Au lycée Marc Bloch de Bischheim, ce jeudi 17 mai, une centaine de lycéens mobilisés contre le Plan étudiant et la loi ORE (Orientation et réussite des étudiants) ont bloqué l’établissement, invitant les élèves à venir manifester à leurs côtés. Accompagnés d’une vingtaine « d’étudiants en lutte » de Strasbourg, ils ont ensuite entamé une manifestation en faisant étape devant plusieurs lycées.
Deux lycéens interpellés pour « dégradations »
Le cortège s’est d’abord rendu au lycée CFA Emile Mathis, à Schiltigheim. Mais à leur arrivée, toutes les portes de l’établissement étaient closes et plusieurs policiers étaient déjà présents. Suivis de près par la Police, les lycéens et étudiants en lutte se sont par la suite dirigés vers le lycée Aristide-Briand. C’est devant cet établissement, que les policiers ont interpellés deux lycéens pour « dégradations ». Un premier lycéen a rapidement été embarqué.
Mais lors de l’interpellation du second lycéen, de nombreuses personnes se sont interposés. Les policiers auraient alors, selon plusieurs témoignages de lycéens et d’étudiants présents, fait usage de la force en donnant des coups de matraques et de boucliers pour finalement réussir à séparer le lycéen de la foule.
Le cortège a ensuite continué son parcours vers le lycée Fustel-de-Coulanges à proximité de la Cathédrale, après s’être arrêté au lycée Kléber et au lycée international des Pontonniers. Sur tout le long du trajet des manifestants, les forces de l’ordre se sont positionnées devant la foule pour bloquer le passage dans certaines rues.
Un rassemblement devant le commissariat central
Arrivé place de l’Etoile, les policiers ont souhaité mettre un terme à la manifestation. Les étudiants et lycéens se sont alors dispersés. Une trentaine « d’étudiants en lutte » se sont regroupés devant le commissariat central de Police situé route de l’hôpital, où les deux lycéens sont actuellement en garde à vue. La plupart d’entre eux estiment que les jeunes lycéens ont été embarqués sans motif valable et qu’aucun n’est responsable de dégradations.
Plusieurs policiers sont positionnés devant l’Hôtel de Police pour empêcher les étudiants de passer. (Photo : C.A / Rue89 Strasbourg)
Une dizaine de policiers se sont alors positionnés en ligne pour empêcher les étudiants de traverser la rue et d’arriver au niveau de l’entrée du commissariat. Le groupe s’est finalement dispersé vers 14h.
Vers 18h, les manifestants se sont donnés rendez-vous devant l’Hôtel de Police, pour demander la libération des deux lycéens. Le premier a finalement été récupéré par ses parents. Vers 18h30, les policiers ont procédé à la dispersion par la force de ce regroupement. Le second lycéen a été libéré dans la soirée.
Trois ans après son existence, la monnaie locale de Strasbourg, le Stück, est en difficulté. L’association gestionnaire n’a plus de salarié pour développer le réseau des commerçants et artisans. Et les collectivités ne montrent aucun empressement à accepter des paiements en Stück pour leurs services. Un séminaire le 23 mai à destination des élus décidera en partie de l’avenir.
La scène se passe un 1er mai, au Mandala lors de « la fête du repos ». Des produits locaux sur la table, des personnes prêtes à consommer local, mais… aucun des produits n’est payable en Stück. Quand bien même ce serait le cas, aucun participant n’a sur lui les billets multicolores. Quelque chose fait dire à ce petit monde que la monnaie locale complémentaire (MLC) strasbourgeoise lancée en octobre 2015 n’est pas rentrée les habitudes et les porte-monnaies des Strasbourgeois autant qu’elle aurait pu.
Après trois ans d’existence, le Stück vit un tournant de son existence. « Le contexte national est de plus en plus favorable. Au niveau local, c’est l’inverse », remarque Antoine Lévy, ancien salarié de l’association gestionnaire et toujours bénévole très actif.
Le cap des 3 ans
Comme dans beaucoup d’associations, le cap des trois ans d’existence est un marqueur. Il faut tirer un premier bilan, à laquelle s’ajoute la nécessité de renouveler l’engagement bénévole (jusqu’à 50 revendiqués pour le Stück), qui parfois s’essouffle au gré des évolutions personnelles et professionnelles des uns et des autres.
En plus de cette contrainte, le Stück a été touché par la fin des contrats-aidés à l’été 2017. Deux salariés qui avaient vécu l’aventure avant même le lancement grand public sont partis, sans qu’aucune forme de remplacement n’ait pu être mis en place. Un autre poste, financé via des fonds européens, est arrivé à échéance.
Enfin, un CDD de 7 mois établi en octobre pour compenser les deux départs et financé via les subventions de la Ville et de l’Eurométropole de Strasbourg n’a pas été renouvelé en raison du manque de visibilité. Les services civiques ? L’association en a déjà eu et n’est pas contre, mais comment les encadrer sans salarié ? À terme, la question du local route du Polygone, au milieu de banques classiques, peut se poser.
Une campagne de ré-adhésion cruciale pour le Stück (photo JFG / Rue89 Strasbourg)
Fin de subventions
La ville de Strasbourg a financé l’expérimentation du Stück à hauteur de 25 000 euros en 2015, puis 24 000 et 20 000 les deux années suivantes. L’Eurométropole, quant à elle, l’a soutenu à hauteur de 5 000 € pour 2016 comme en 2017.
Adjoint au maire en charge de l’économie sociale et solidaire, Paul Meyer (La Coopérative) rappelle que « le soutien dégressif étalé sur trois ans au lancement », est la règle et aussi « un souhait de l’association ». Côté Eurométropole, la conseillère déléguée Jeanne Barseghian (EELV) dit avoir plaidé pour porter la subvention à 10 000 euros mais n’a pas été suivie, notamment par les maires des communes voisines où le Stück ne serait pas assez implanté. Elle pointe aussi la difficulté de l’association au-delà d’un « entre-soi », malgré « un bon démarrage ».
L’association a pourtant l’impression de s’être propagée au-delà de Strasbourg par rapport à ses débuts, avec plusieurs dizaines de commerçants adhérents et désormais huit bureaux de change. Les deux élus affirment pourtant vouloir continuer à soutenir la monnaie bas-rhinoise.
Des commerces en dehors de Strasbourg acceptent des Stück
Des idées mais peu de moyens
L’association a été plutôt discrète sur ses difficultés dans ses infos aux adhérents fin 2017, quand les efforts étaient concentrés sur le deuxième Marché de Noël « Off », où elle tenait un stand. Elle a davantage insisté dessus auprès dans ses newsletter de février et mars. Ses 7 chantiers prioritaires pour le début 2018 comprennent un « paquet survie », qui insiste sur l’importance des ré-adhésions, et peut-être d’augmenter leur soutien aux usagers. Mi-2017, les adhésions ne représentaient que 27% du financement de la monnaie.
L’association ne manque pourtant pas d’idées pour les dix prochaines années. Parmi les évolutions, le paiement numérique. Pour cela, l’association est membre du mouvement Sol des monnaies locales qui vise à prendre en commun certains développements. Un nouveau coordinateur bénévole, Étienne Bachelart doit lui redynamiser les liens, que ce soit entre professionnels ou usagers.
Les objectifs à court et moyen terme du Stück
Manque de volonté à la Ville et l’Eurométropole
Au-delà d’argent, c’est surtout la possibilité de payer des services publics (entrées piscine, abonnement médiathèque, périscolaire, cantines, tickets CTS, stationnement, musées) en Stück qui permettrait de toucher plus d’adhérents. La comptabilité de l’Eurométropole se retrouverait avec des Stücks qu’elle pourrait intégrer en partie au salaire de ses 7 500 agents environ (sur la base du volontariat) ou tout simplement échanger contre des euros (2% de frais, comme un service pour carte bancaire classique), ce qui permettrait au passage de financer indirectement l’association.
Si les deux élus en responsabilité, Jeanne Barseghian et Paul Meyer, parlent « d’efforts » et de multiples réunions comptables avec les agents où plusieurs pistes pour le paiement en Stück ont été explorées, difficile de constater autre chose qu’un manque de volonté politique et administratif sur la question. « L’idée d’une régie comptable supplémentaire n’a pas soulevé l’enthousiasme », convient Jeanne Barseghian. Pourtant, des plus petites communes y parviennent.
Etienne Bachelart, le nouveau « Monsieur Stuck » à Strasbourg (photo JFG / Rue89 Strasbourg)
Ailleurs, on y arrive
La Ville de Chambéry a réussi à verser la prime de fin d’année en Élef, en déléguant sa gestion à une association. Quelques services publics seront payables en Cairns à Grenoble à partir du 1er juin. Le conseil municipal de Venansault (4 500 habitants) en Vendée, a pris une décision similaire dès 2017. S’appuyant sur la loi Hamon de 2014, la Région Normandie lance un moyen de paiement commun à ses cinq départements.
La commune de Bayonne souhaite allier attribuer des subventions à des associations en Eusko, la MLC basque la plus développée en France, payer une part des indemnités d’élus et accepter des paiements. Le tribunal administratif de Pau a donné raison, avant que la cour d’appel administrative de Bordeaux a suspendu cette convention en référé. C’est l’État, via la Préfecture qui avait attaqué la municipalité, ce qu’il ne fait pas ailleurs. Un jugement sur le fond est très attendu par toutes les monnaies locales françaises.
Dans une tribune au Monde publiée fin avril, 34 élus locaux demandent de pouvoir accepter les monnaies locales. Pas d’élu strasbourgeois, bien que l’adjoint au maire Jean-Baptiste Gernet (La Coop.), également en charge de l’économie sociale et solidaire, nous a indiqué qu’il avait bien signé ce texte quand le Stück lui a transmis.
Dans ce contexte, les 4ème rencontres nationales des monnaies locales qui se tiennent le 23 mai à Strasbourg (voir le programme, sur inscription) sonnent comme l’occasion de réveiller le personnel politique strasbourgeois. Deux autres événements publics sont prévus la veille au soir à la Librairie Kléber (18h) et au Mandala (20h).
Réunion de commerçants
Lors d’une réunion en février à destination des professionnels, les difficultés sont évoquées dans l’assemblée d’une trentaine de personnes. Un fermier explique se trouver en bout de chaîne et se retrouver avec trop de Stück sur les bras, car il n’a pas de fournisseurs à payer avec. D’autres utilisateurs regrettent de ne pouvoir l’utiliser dans les marchés. Plusieurs participants ont constaté un « essoufflement » fin 2017 et s’interrogent.
Malgré les coups durs, les membres du Stück restent convaincus des retombées positives de ce système d’échange qui garantit que la richesse circule dans l’économie locale, plutôt que vers des multinationales et parfois leurs paradis fiscaux.
Edith Maurer, co-fondatrice de la boulangerie bio Bäckerstub est adhérente depuis le début, car elle « se retrouvait dans les valeurs locales » de la monnaie :
« Tous les jours des gens paient en Stück, même le samedi, mais nous n’avons pas senti une grosse augmentation avec le temps. C’est un outil pédagogique pour engager la discussion. Mais certains clients qui ont déjà payé en Stück reviennent avec des euros. Les bureaux de change restent une contrainte et il faudrait que les échanges soient plus fluides ».
Réunion de lancement du cercle « animation et développement du cercle des professionnels » en février à la Maison des associations. (photo JFG / Rue89 Strasbourg)
Au local de l’association, Michel Boitard bénévole et « 1er lien » du cercle financements, insiste sur « l’effet double » du Stück :
« 80 000 Stück en circulation [entretien réalisé en février ndlr], c’est autant injecté dans l’économie locale, mais aussi autant d’euros placés sur un compte de la Nef, une banque éthique lors de leur achat. On a aussi su surprendre avec une gouvernance collective en cercles. »
Michèle Boitard estime qu’une des réussites est aussi d’avoir « fait réfléchir » sur la consommation et la manière de consommer, au-delà du nombre d’adhérents somme toute limitée (2 000 personnes ont adhéré au moins une des trois années d’existence).
Mais pour persévérer, il assure que l’association va « reprendre son bâton de pèlerin » et solliciter à nouveau les collectivités, à l’enthousiasme modéré, en dehors de campagnes de communication. Le Département du Bas-Rhin n’a jamais soutenu la monnaie et la Région Grand Est (quand elle s’appelait encore Alsace) n’avait financé qu’une étude de faisabilité pour 2 000 euros. Un nouveau dossier vient d’être déposé à la Ville de Strasbourg. Les bénévoles attendent un rendez-vous pour pouvoir le défendre
Le collectif FestiGays organise à Strasbourg un mois de sensibilisation aux causes LGBTI, avec cette année une attention particulière aux droits des familles homoparentales. Des conférences, des expositions, des projections de films, des concerts et plusieurs soirées s’étalent du 17 mai au 17 juin avec en point d’orgue la Marche des visibilités samedi 9 juin.
En 2017, FestiGays avait réuni près de 10 000 personnes en un mois. Le collectif d’associations et de militants LGBTI (pour lesbiens, gay, bi, trans et intersexe) espère une mobilisation semblable pour l’édition 2018. Elle sera particulièrement axée sur la thématique des familles homoparentales sous le slogan « nos familles méritent vos droits ». Car si l’adoption pour les couples de même sexe est légale depuis cinq ans, certains couples font face à des discriminations. Par ailleurs, la PMA (procréation médicalement assistée) est toujours réservée aux couples hétérosexuels.
Le collectif FestiGays entend, à travers ces événements, interpeller le gouvernement sur ces sujet dans l’espoir d’une réforme du code de la santé pour permettre aux personnes homosexuelles d’accéder à ces techniques. En septembre dernier, la ministre de la Santé Agnès Buzyn, avait précisé que la loi bioéthique pourrait être révisée à la fin de l’année 2018, après la tenue « d’états généraux ».
Un mois de sensibilisation
Du 17 mai au 17 juin, de nombreux événements auront donc lieu dans le cadre du mois des visibilités, qui s’ouvrira avec une flashmob contre l’homophobie, la transphobie et la biphobie le jeudi 17 mai à 18h30 sur la place Kléber à Strasbourg.
Plus tard, l’association SOS homophobie présentera son rapport 2018 (à découvrir ici) au Centre LGBTI « la Station » à 20h. Le public pourra assister à une analyse des appels reçus sur la ligne d’écoute et une présentation des actions menées par l’association.
La présentation de SOS homophobie à la Station, l’année dernière. (Capture Facebook Collectif FestiGays)
Le centre La Station accueillera aussi dès vendredi les auteurs de BD et dessinateurs Laurier The Fox et Gauthier, pour une séance de dédicaces et d’échanges sur le thème des BD queer et la reconnaissance de leurs auteurs. La soirée d’ouverture officielle du festival se fera quant à elle au Spyl Club, situé 8 impasse de Londres à Strasbourg, le vendredi 19 à partir de 22h30.
Trois projections-débats auront lieu les 23 et 26 mai et le 14 juin avec notamment le film Aria d’Emilie Jouvet et le documentaire Coby de Christian Sonderegger.
Jo Güstin, auteure de « 9 histoires lumineuses » viendra présenter son premier recueil de nouvelles paru en novembre 2017. L’humoriste et écrivaine animera une table ronde le 30 mai à la librairie Kléber à 18h. Les visiteurs pourront aussi assister à un court stand-up avant la discussion. Son ouvrage raconte les histoires de personnes confrontées au racisme social et à la violence.
Des expositions et bien d’autres événements sont répertoriés dans l’agenda de FestiGays. Mis à part les projections dans les cinémas (dont le tarif a été fixé à 5 euros) et les soirées dans les clubs strasbourgeois, tous les événements proposés sont entièrement gratuits.
Marche des visibilités le 9 juin et son village associatif
Les Strasbourgeois sont invités, comme chaque année, à défiler dans le cadre de la Marche des visibilités, version strasbourgeoise de la Gay Pride de Paris. Le défilé se fera en musique, avec de nombreux chars, le samedi 9 juin à 14h, au départ de la place de l’Université.
Sur cette même place, plus d’une vingtaine d’associations comprenant la plupart des associations LGBTI locales, la Station ou encore SOS homophobie, tiendront des stands. Selon le président du collectif FestiGays Yves Lorentz, chaque année, le village associatif a davantage de succès auprès du public :
« Nous sommes l’une des seules villes avec autant de stands d’associations impliquées dans la lutte pour les droits LGBTI. Et de plus en plus, ce sont les parents dont les enfants sont homosexuels qui viennent poser des questions et s’informer auprès des bénévoles. »
Plusieurs stands avec des goodies aux couleurs arc-en-ciel, ainsi qu’une buvette seront installés.
Marche des visibilités le 9 juin 2017. (Capture Facebook Collectif FestiGays)Délégation SOS Homophobie. (Capture Facebook Collectif FestiGays)
Pour conclure la journée du 9 juin, une nuit des FestiGays est prévue au studio Saglio de 22h30 jusqu’à l’aube avec 3 DJ’s dont Ritan Wahrol et Dorian Meschin.
L’Opéra national du Rhin et Rue89 Strasbourg vous proposent de gagner 20 places pour « Les sept péchés capitaux, » pour la représentation du mardi 22 mai à Strasbourg.
Le cabaret comme lieu d’illusions, de rêves obscurs et interdits. Trois femmes interpellent avec leurs récits étranges où se croisent la nuit, la lune, la solitude, mais aussi le plaisir, l’argent, le succès. Comment ne pas vouloir les suivre jusqu’au « prochain whisky bar » ? Tout n’est qu’illusion ou mirage qui s’éteindra aussitôt que reviendra la lumière. Et pourtant…
David Pountney, avec la complicité du chef d’orchestre Roland Kluttig, associe trois courts joyaux nimbés de scandale où danse, chant et musique évoquent le mystère et le sens de la vie. Les créations de Pierrot lunaire de Schönberg, des Sept Péchés capitaux (devant le public parisien du Théâtre des Champs-Élysées en 1933) et de Mahagonny – Ein Songspiel de Weill agitèrent les esprits, provoquèrent enthousiasme et débats. Leurs saveurs particulières suscitent toujours autant de fictions attirantes et troublantes.
« Un voyage sexy et inattendu »
Directrice de l’Opéra du Rhin, Eva Kleinitz présente la création des Sept Péchés Capitaux… (vidéo OnR)
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Des centaines d’artistes ouvrent leurs portes un peu partout en Alsace pour la 19e édition des Ateliers Ouverts. À Strasbourg, plus de 200 artistes participent avec 52 ateliers. Comme chaque année, l’idée est de découvrir leurs lieux de travail et d’échanger avec les artistes locaux, les deux derniers week-ends de mai. Cette année, ce sera la dernière occasion de visiter le bric à brac de la Semencerie.
De la photo, de la céramique, de la gravure, de la sculpture, du dessin, de l’aquarelle, des performances etc, les disciplines de prédilection des artistes participant aux Ateliers Ouverts sont très diverses. Les week-ends des 19-20 et des 26-27 mai, plus de 50 ateliers seront ouverts au public à Strasbourg. Pour Accélérateur de particules, l’association qui organise l’événement, l’objectif est de pouvoir découvrir le travail de nombreux artistes et les lieux au sein desquels ils créent. Parmi la longue liste présentée sur le site internet, il va falloir choisir.
Ceux qui ont déjà fait leurs preuves
Comme chaque année, c’est au Bastion XIV (qui regroupe les ateliers d’artistes de la Ville de Strasbourg) que se tiendra le vernissage d’ouverture, le vendredi 18 mai à partir de 18h. Trois groupes et un DJ se produiront sur une scène musicale parmi lesquels le groupe de pop Amor Blitz et de synthpop électro Deer Boy. Les visiteurs pourront également assister à trois performances et se restaurer grâce à cinq food-trucks.
Vernissage au Bastion 14 des Ateliers Ouverts en 2010 (Photo Sarah Dinckel / ateliersouverts.net)La Semencerie fêtera ses dix ans et accueillera des concerts les 19 et 26 mai. Ce sera la dernière occasion pour le public de de profiter de ce lieu atypique du quartier Laiterie car le site a été vendu à des promoteurs et doit être démoli d’ici peu. Les artistes déménageront dans d’autres ateliers, certains d’entre eux seront relogés à la Coop. Une soirée de « finissage » aura lieu le dimanche 27 mai à partir de 18h à 1h.
Grüber ouvert : les petits nouveaux
Après un passage à vide ces dernières années dû à un incendie et au départ de plusieurs artistes, la friche industrielle au parc Grüber à Kœnigshoffen connaît un renouveau. Aujourd’hui, une trentaine d’artistes se sont installés depuis quelques mois dans trois ateliers, des locaux qui ont déjà servis comme brasserie, boîte de nuit puis lieu de culte.
Dans l’enceinte du parc, il y a la Hutte Grüber, qui avait déjà participé aux Ateliers Ouverts 2017. Ses résidents sont principalement des élèves fraîchement diplômés des Arts Déco de Strasbourg, aux compétences variées : le dessin, la sculpture, l’illustration ou encore la céramique.
Artistes de l’atelier la Hutte Grüber (Capture Facebook de la page Hutte Grüber)
Au même endroite, la Drêche et le Passage Bleu participent pour la première fois aux Ateliers Ouverts. Une gravure ambulante est prévue dans la journée du samedi 19 mai et un cadavre exquis géant sera organisé le dimanche 20 mai à 16h. Les visiteurs auront également accès à une petite restauration.
Le week-end suivant, si les ateliers seront a nouveau ouverts les après-midis, l’accès sera fermé le samedi 26 à l’occasion de la soirée Grüber Ouvert afin de célébrer les débuts de la coopération entre les artistes du parc. Concerts, théâtre et performances sont au programme avec notamment le groupe de rap messin La Bergerie, du Punk expérimental théâtral avec D.T.M et Knacki Minaj qui clôturera la soirée vers 2h du matin.
Y aller
Ateliers ouverts de l’enceinte du parc Grüber, 19 et 20 mai à partir de 14h, 91 route des Romains à Strasbourg-Koenigshoffen.
Soirée Grüber Ouvert, samedi 26 mai de 18h30 à 2h, 91 route des Romains à Strasbourg-Koenigshoffen.
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Les coups de cœur de Sophie Kauffenstein, directrice des Ateliers ouverts
Face aux grands collectifs, de nombreux artistes indépendants gagnent à être connus selon Sophie Kauffenstein, directrice de l’organisation Accélérateur de particules.
• Louise Fritsch, pour sa poésie
Installée près de la gare, 8 rue Déserte, elle réalise de très grands formats et est spécialisée en anamorphoses. « C’est très poétique, très religieux. »
• Christophe Wehrung, pour son environnement de travail
Près de la Cathédrale, 8 rue du Chapon, loge un peintre-graveur sorti des arts déco très discret.
« Son atelier est vraiment typique, c’est intéressant à voir. C’est très XIXè siècle, avec des pinceaux, des toiles et des outils partout. On a l’impression de rentrer dans l’antre d’un alchimiste. »
Ateliers de Christophe Wehrung (Photo : Alex Flores / doc remis )• Animallions, pour les apprentis réalisateurs
Dans la plaine des Bouchers à la Meinau, au 28 rue Maréchal Lefebvre, le studio d’animation exerce dans le multimédia et la vidéo. Les enfants présents pourront être encadrés pour réaliser un film d’animation.
• Marc Ferrante et Jérôme Klingenfus à l’Elsau
Pour sortir un peu du centre-ville, un petit tour dans la verdure de l’Elsau, au 10 rue du Caravage. Marc Ferrante travaille sur les rayons X, il confronte différentes techniques, sujets ou types de représentations, souvent incompatibles. Jérôme Klingenfus est chimiste, il expérimente la matérialité du médium photographique et les procédés anciens (en particulier le procédé Lippmann). Dans ses travaux récents, il présente un dialogue entre les artefacts du numérique et ceux des procédés anciens.
La série des Rayons X de Marc Ferrante (doc remis)
Un financement toujours difficile
Ces dernières années, Accélérateur de particules avait fait part de soucis financiers qui mettaient en danger la tenue des Ateliers Ouverts. Pour la directrice, l’association parvient à maintenir la manifestation annuelle mais n’est pas sortie des difficultés :
« Pour tenter de résoudre le problème, on a décidé de se rapprocher entre les villes du Grand-Est en créant les Ateliers du Grand-Est. Ce qui nous permet notamment d’harmoniser nos dates au printemps entre la ville de Reims, Troyes, Nancy, Metz et Épinal. L’autofinancement est également important et repose notamment sur la soirée de vernissage d’ouverture au Bastion XIV. »
La Ligue d’Alsace de football amateur (LAFA) a réagi mardi après-midi suite aux agressions racistes qui se sont déroulées dimanche 6 mai à Mackenheim (lire notre article). Une bagarre ciblant les joueurs noirs de l’équipe de Benfeld avait précipité la fin du match.
Suite à ces faits, le bureau du district d’Alsace de football a été réuni lundi soir afin d’étudier le rapport de l’arbitre sur cette rencontre du groupe G de la Division 3 bas-rhinoise. Les élus ont décidé de saisir la commission de discipline, composée de bénévoles. Cette dernière va entendre les témoignages des personnes qui étaient présentes à Mackenheim dimanche 6 mai. Son instruction devrait durer une semaine à dix jours.
Sanctions aggravées en cas de racisme
Dans son communiqué, la LAFA rappelle que « pour toute infraction contraire aux règlements et commise en raison de l’appartenance ou de la non-appartenance, vraie ou supposée, de la victime à une ethnie, une nation, une race ou une religion déterminée, le motif raciste, xénophobe ou antisémite conduit à l’aggravation des sanctions encourues par son auteur. »
La LAFA appelle également « tous les acteurs à la désescalade, à la retenue et à la plus grande prudence. » Sur les réseaux sociaux, les commentaires haineux et les injures entre différents soutiens d’un club ou de l’autre continuent de plus belle.
La LAFA rappelle en outre que chaque week-end, plus de 2 000 rencontres sont jouées en Alsace et que 98,5% d’entre elles se déroulent sans aucun incident.
Avec le temps, chaque député trouve sa manière de se démarquer. Interventions en hémicycle, travail en commission, visites de terrain, interpellations médiatiques via des tribunes, des rencontres avec des professionnels … Thierry Michels, plutôt discret à ses débuts, semble prendre goût pour les questions orales au gouvernement.
Après celle sur le Bastion social,
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Un militant et une militante qui s’étaient enchaînés sous une foreuse pour retarder des travaux préparatoires du Grand contournement ouest (GCO) de Strasbourg étaient convoqués devant le tribunal correctionnel de Strasbourg lundi 14 mai. Le procureur a requis des peines lourdes, allant jusqu’à l’éloignement de tout le Bas-Rhin, tandis que les sociétés concernées exigent des milliers d’euros de dommages et intérêts. Au-delà des faits, le procès a tourné autour de l’impuissance des opposants à empêcher la construction de l’autoroute payante.
C’est la première fois que Claire et Martin se présentent devant un tribunal. Claire a l’impression de « passer un oral ». Un comité de soutien s’est déplacé dès 7h30 ce lundi réunissant une soixantaine de personnes sur le parvis du Palais de justice de Strasbourg. Dans la petite salle d’audience, pourtant fraîchement construite, tout le monde n’a pas trouvé de place assise une heure plus tard. Pendant environ deux heures, le juge, les avocats, le procureur et les deux militants ont débattu de cette matinée du 7 mars, à une cinquantaine de mètres de la Zad de Kolbsheim, où résident des opposants au Grand contournement ouest (GCO – voir tous nos articles) de Strasbourg.
Les faits font l’objet de peu de contestation. Des gendarmes sont arrivés à Kolbsheim autour de 7h30, accompagnés d’une foreuse. Deux personnes, Martin et un autre militant, s’enchaînent à l’arrière du véhicule. Puis constatant l’inefficacité de cette action pour stopper les travaux (« on pensait qu’ils [les ouvriers ndlr] devaient respecter un périmètre et que notre présence pouvait retarder les travaux »), Martin se couche alors sous l’engin.
Un comité de soutien attendait les deux militants dès 7h30 devant le tribunal de grande instance (Photo JFG / Rue89 Strasbourg)
Les gendarmes assistent à la scène mais n’interviennent pas. Martin est rejoint par Claire, une autre habitante de la Zad. « Les machines tournaient au-dessus de ma tête et on forait à 20 centimètres de mon visage », décrit la jeune femme au juge. Autour de la scène, une trentaine de personnes ont afflué de la Zad, de Strasbourg ou des villages voisins. Lorsque le forage, à 11 mètres de profondeur, se termine les deux militants de 26 et 30 ans pensent en avoir terminé. Mais en se relevant, ils se font en fait embarqués par les gendarmes. Les faits s’étalent sur 45 minutes environ.
Pas de contestation des faits… sauf sur un point. Car dans l’histoire, un câble a été débranché et a même été endommagé, selon les plaignants Problème, « personne n’a vu Martin arracher ce câble », a rappelé dans sa plaidoirie l’avocat des deux jeunes alsaciens, Me François Zind. Il y avait pourtant des gendarmes, des ouvriers de l’entreprise et surtout un huissier mandaté par l’entreprise qui a pris des photos des événements pour les joindre au dossier. Au terme d’interrogatoires qui ont duré de 9h à 18h, Martin avait déclaré aux enquêteurs qu’il n’était « pas impossible » qu’il ait détaché le fameux câble en se déplaçant. Une réponse « par lassitude », dixit son avocat après des heures de garde à vue.
« Je n’ai pas l’impression d’avoir fait une bêtise »
En préambule, le juge Jean-Yves Marillet a posé plusieurs questions personnelles aux deux militants, dont certaines sur leurs revenus. Des questions classiques pour apprécier leur éventuelle capacité à payer les lourdes indemnités réclamées quelques minutes plus tard par les parties civiles. Les deux jeunes militants ont des métiers à temps partiel en tant qu’animateurs, dans l’éducation périscolaire et à la nature.
Gincko, habitant de la Zad de Kolbsheim n’est pas rentré dans le tribunal pour soutenir ses camarades (photo JFG / Rue89 Strasbourg)
Les deux opposants déroulent leurs réponses avec une certaine assurance. C’est Claire qui résume leur état d’esprit :
« Ce n’est pas un rêve de venir vivre sur la Zad, quand il fait froid, à un âge où j’ai beaucoup d’ambition. Je n’ai pas l’impression d’avoir fait une bêtise, je me considère dans le droit de représenter ce mouvement. Je suis malheureuse d’en arriver là. […] Je ne sais pas jusqu’où j’irai la prochaine fois. »
Des milliers d’euros de dommages et intérêts réclamés
Dans le camp d’en face, l’avocat Me Laurent Keller de Dodin Campenon Bernard, une autre filiale de Vinci, la société chargé de la conception et l’exploitation de l’autoroute (via sa société Arcos), et de l’entreprise Geosoltis, une TPE sous-traitante domiciliée à Sarrebourg n’a pas hésité à grossir le trait sur le préjudice en parlant « potentiellement » de « plusieurs centaines de milliers d’euros par jour de retard », là où le contrat indique 40 000 euros.
Il a insisté sur le danger du débranchement du câble, qui a provoqué un court-circuit dans la partie électronique de la cabine de la foreuse :
« Le forage continue, mais l’opérateur ne sait pas où il en est. Lorsqu’il est prévenu [qu’il y a deux personnes sous les chenilles ndlr], il arrête le camion. »
Sur les bancs, les deux prévenus hochent la tête de manière négative au même moment, en guise de protestation.
La foreuse le jour des faits (photo Zad du Moulin)
L’avocat a ensuite abordé la question des dommages et intérêts, envoyant au passage un message à tous les militants :
« Les sociétés ne demandent pas l’intégralité du préjudice. Le chiffrage aurait pu être bien plus conséquent. Elles ne se modéreront plus à l’avenir. »
Dodin Campenon Bernard exige contre chacun des deux prévenus 3 000€ pour perturbations aux travaux, ainsi que 500€ pour préjudice moral. Geosoltis ajoute de son côté 2 000€ pour perte de chiffre d’affaires et aussi 500€ de préjudice moral.
À cela, s’ajoute encore 3 000€ de frais de justice pour chacun des opposants. Une facture de 9 000 euros par personne à laquelle Geosoltis ajoute 496,5 euros pour le câble, juste pour Martin, factures à l’appui. Le seul montant que l’avocat de la défense François Zind « ne conteste pas ».
Le jour des faits, un représentant d’Arcos avait indiqué aux DNA que les mesures des sols nécessaires avaient bien été effectuées ce jour-là, avant de remballer les machines, ce qui semble contredire ce réquisitoire sur le retard des travaux. L’avocat n’a pas souhaité répondre à nos questions après l’audience, faisant part de « consignes » de ses clients.
À l’issue de l’audience, émotion collective et debriefing entre les opposants qui ont pu rentrer dans le palais de justice (photo JFG / Rue89 Strasbourg)
Lourdes réquisitions
Après ce premier coup de bambou financier pour les deux prévenus, l’assommoir est venu du procureur de la République. Lauren Guy estime que « quelque chose a été franchi » dans l’opposition « globalement pacifique » au GCO. Il trouve aussi que l’usage de chaînes métalliques relève d’une action « pas purement spontanée. »
Quant à une éventuelle illégalité des travaux soulevée par l’avocat de la défense (voir plus bas), « ce n’est pas à notre tribunal de le savoir », coupe-t-il court. Il répond que les citoyens doivent « utiliser les voies légales » pour s’opposer à un projet de travaux publics, à savoir un recours en référé.
Exclure les militants du département
Rappelant que les deux individus « n’ont pas de passé judiciaire », il requiert une amende de 350 euros, ainsi qu’une peine de prison de deux mois avec sursis, assortie d’une mise à l’épreuve, à savoir le paiement des indemnités aux entreprises. S’ils ne paient pas, le sursis pourrait être levé.
Mais surtout, il a terminé par demander une « interdiction de paraître » dans tout le département du Bas-Rhin ou du moins, dans les communes concernées par le tracé de 24 kilomètres. La durée de cet éloignement n’a pas été précisée, mais elle est forcément plus longue que le sursis. Elle est au maximum de 5 ans pour un délit.
À nouveau appelés à la barre, les deux jeunes militants ont cette fois la voix tremblante, comme sonnés par ces lourdes réquisitions. « Que reste-t-il au citoyen pour faire entendre son opposition ? », s’interroge alors Martin, qui se définit comme « un amoureux de l’Alsace ». Un peu plus tôt, il avait expliqué au juge que « ce n’est pas une vocation pour moi de m’enchaîner sous un camion. »
Des opposants ont pu rentrer dans la salle d’audience mais ont dû remballer les signes distinctifs (photo JFG / Rue89 Strasbourg)
Claire poursuit :
« Je ne me suis jamais autant senti sous un rouleau-compresseur que maintenant, beaucoup plus que sous la machine. Je suis prête à rencontrer les gens si je leur ai fait peur ou si je les ai blessés. Je veux bien commencer des études pour devenir juge et empêcher que de telles choses [le GCO ndlr] puissent être décidées. »
Pédagogue et peut-être un brin touché par cette vocation soudaine, le juge explique à Claire que c’est le législateur, les députés et sénateurs, qui décident des lois et que le juge n’est là que pour apprécier leur légalité.
L’état de nécessité invoqué par la défense
Dans sa plaidoirie, l’avocat de la défense François Zind a quant à lui demandé « quel État est défendu ? » :
« Défend-t-on l’État dont le président dit qu’il n’y a pas de plan B pour la planète ? Celui qui dont le Conseil national de protection de la nature (CNPN) et l’autorité environnementale rendent des avis négatifs ? Celui qui arrête les travaux en septembre ? On poursuit deux individus de manière publique et d’autres travaux font l’objet d’une transaction pénale [entre la Direction régionale de l’environnement de l’aménagement et du logement et Arcos, plutôt qu’un recours un justice ndlr]. »
Sur l’acte lui-même, il a plaidé « l’état de nécessité« , c’est-à-dire un geste illégal, mais « nécessaire et en proportion raisonnée » pour défendre un « intérêt supérieur ». C’est ce qu’avaient invoqué à leur époque et avec succès les faucheurs anti-OGM, au nom du principe de précaution. Ici, François Zind brandit la protection de la biodiversité. Comment ? « La charte de l’Environnement est dans notre Constitution », développe l’avocat.
En début de séance, il avait aussi plaidé la « voie d’exception« , c’est-à-dire questionné la légalité du forage, s’appuyant sur les divers arrêtés de dérogation aux espèces protégées (chiroptères, grands hamsters et autres oiseaux), devenus caduques, ou non-renouvelés dans les formes selon lui. Si l’illégalité des travaux est retenue, le chef d’accusation de « violence ou voie de fait pour s’opposer à l’exécution de travaux publics ou d’intérêt public », pourrait alors tomber, puisqu’il ne s’agirait plus de travaux publics.
« Hors-sujet, on inverse les rôles », rétorque son adversaire Me Laurent Keller, qui ajoute qu’ »on n’est pas en train de poursuivre la violation de propriété privée. » À l’issue de l’audience, Me François Zind estime pourtant que la décision dépendra notamment de « l’appréciation par le juge de la voie d’exception » :
« J’aurais compris les réquisitions s’il y avait eu une action violente, mais ce n’a pas été le cas. Notre démocratie est assez forte pour ne pas criminaliser l’opposition non-violente. »