Enquêtes et actualité à Strasbourg et Eurométropole

Roland Ries guère perturbé par le lancement de « Strasbourg demain »

Roland Ries guère perturbé par le lancement de « Strasbourg demain »

Vendredi 18 mai, l’existence de l’association « Strasbourg demain » a été rendue publique. Présidée par l’adjoint au maire et ancien député Philippe Bies, par ailleurs membre du Parti socialiste (PS), elle vise à réfléchir sur le long terme à un programme pour les élections municipales en 2020.
Parmi la vingtaine de membres fondateurs on retrouve trois adjoints au maire et un conseiller municipal, tous membres du PS : Philippe Bies donc, mais aussi ses proches Mathieu Cahn . . .

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#Strasbourg Demain

Envie de taper sur des bambous à Musica ? Candidatez ici

Envie de taper sur des bambous à Musica ? Candidatez ici
Est-ce que vous avez toujours eu envie de taper sur des trucs et qu’il en sorte une musique sublime ? Si oui, alors cet appel à candidatures est pour vous ! Le festival des musiques contemporaines Musica et les Percussions de Strasbourg cherchent 80 percussionnistes amateurs qui voudraient répéter avec 6 musiciens de l’ensemble strasbourgeois et le quartet du vibraphoniste et compositeur jazz Franck Tortiller.

« Suspendre le temps »

Cette nouvelle création de Frank Tortiller, appelé Isokrony 2, prévoit donc de réunir sur scène près d’une centaine de musiciens pour un concert exceptionnel, le samedi 6 octobre au Festival Musica. Franck Tortiller décrit ainsi son projet :
« Une isochronie est la caractéristique d’une transmission où les deux points travaillent de concert. Ne faisons-nous pas que cela ? Tenter de vivre à l’unisson du monde, bon an, mal an, maladroitement. Ne tentons-nous pas de nous accrocher à ce rythme qui nous dépasse, nous submerge et qui nous semble indomptable ? Avancer coûte que coûte, tête baissée en prenant garde de ne pas rester sur le bas côté. Ne jamais prendre le temps, puisqu’on ne l’a pas. En tant que compositeur, poser cette question de l’isochronie, c’est aussi se demander si l’on peut, sinon arrêter, au moins suspendre le temps, nous suspendre entre deux tempos, le temps d’un entre deux. »
Les conditions pour participer sont assez simples. Il est demandé :
    d’avoir une pratique instrumentale de plus de 4 ans au sein d’une école de musique ou de cours privé de savoir lire une partition d’être âgé au minimum de 14 ans
Les personnes intéressées peuvent écrire au festival Musica (relations-publiques@festivalmusica.org) « en précisant leur motivation en quelques lignes » avant le 7 juillet. Deux répétitions sont prévues, les 10 et 11 septembre de 18h30 à 20h30 et les 15 et 16 septembre, au Théâtre de Hautepierre. Frank Tortiller est en concert (gratuit) avec son quartet et les Percussions de Strasbourg, dans le cadre des ateliers Percustra, mercredi 6 juin à 19h30. Ces ateliers menés par l’ensemble mettent sur scène des enfants du collège Erasme et du collège Truffaut de Hautepierre, ainsi que d’autres enfants et adultes des quartiers de Hautepierre et Cronenbourg. Un dernier atelier, mené avec des élèves de l’Ecole Elémentaire Jacqueline, a travaillé autour d’une œuvre collective. 

Le député Jean-Luc Reitzer « en a ras la casquette » d’être contrôlé

Le député Jean-Luc Reitzer « en a ras la casquette » d’être contrôlé

Jean-Luc Reitzer, député Les Républicains du Haut-Rhin, a profité d’une audition devant la Haute autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP) à l’Assemblée nationale pour dire tout le mal qu’il pense des opérations de contrôles qui visent les élus pendant et après l’exercice de leur mandat. Pour lui, les députés (payés 5 300€ plus leurs frais de mandats) ne sont pas assez bien rémunérés et que c’est sans doute pour cette raison que 72% des primo-députés ont conservé une activité professionnelle annexe.

Maire d’Altkirch dans le Sundgau et élu député depuis… 1988, Jean-Luc Reitzer a cité la députée LREM qui s’était plaint de devoir « manger pas mal de pâtes » après avoir rejoint la représentation nationale :

« J’en vois pas mal parmi les petits nouveaux de l’Assemblée nationale qui avant gagnaient 10 ou 15 000 euros et maintenant se retrouvent avec 5 300 euros… Est-ce qu’un moyen de lutter contre les tentations diverses, il ne faudrait pas payer un peu mieux les députés et leur donner un vrai statut, pour leur assurer une meilleure réinsertion professionnelle ? »

Pour Jean-Luc Reitzer, dont les travaux de la HATVP ont mis en évidence qu’il avait employé son fils et sa fille comme assistants parlementaires, les députés sont trop contrôlés. Bien qu’il confie sa déclaration de patrimoine à… sa femme, ce travail lui fait passer « un sale quart d’heure. »

« On passe notre temps à collecter les factures, les notes de restaurant ! » se désolé le député du Haut-Rhin qui se présente comme « un type de base ». Il ne supporte plus les contrôles imposés par les nouveaux textes, probablement sans se douter que ce travail est également effectué par des millions de Français, salariés ou à leur compte, à qui les administrations fiscales et sociales demandent également ces fiches, notamment en raison des lois et règlements que Jean-Luc Reitzer a largement contribué à faire voter depuis 1988.

#Jean-Luc Reitzer

Fuir l’Iran et atterrir à la pâtisserie Christian

Fuir l’Iran et atterrir à la pâtisserie Christian

Mehrdad Fakhavar a obtenu la nationalité française il y a quelques mois. La fin d’un combat d’une décennie, lui qui a quitté l’Iran en 2008 à seulement 21 ans. Dix années de lutte mais aussi de rencontres qui ont changé sa vie. À l’image de ce refuge trouvé à Strasbourg, à la pâtisserie Christian.

Dans le salon feutré de la pâtisserie Christian, Mehrdad dit bonjour à tout le monde. Il est habitué des lieux, lui qui y a travaillé comme apprenti chocolatier lorsqu’il est arrivé à Strasbourg il y a trois ans. Ici, on l’appelle « Dad ». Un surnom sur lequel ironise Mehrdad : « Dad c’est plus court et en français, ça sonne mieux que mon vrai prénom. »

« Mes parents ne pouvaient pas m’acheter la liberté. »

Alors va pour Dad. Boire un café, simplement avec des amis, sans craindre de représailles à cause d’idées divergentes. Le Strasbourgeois d’adoption savoure ces moments de liberté. Car c’est bien cette liberté qu’il espérait trouver en venant en France :

« En Iran, mes parents avaient de l’argent mais ils ne pouvaient pas m’acheter la liberté. Alors quand j’ai eu 14 ans, je me suis dit qu’un jour je serai libre. J’étais à part dans ma famille. Je ne crois pas en Dieu mais, dans un pays comme l’Iran, je devais faire semblant en permanence. Jusqu’à ce que je n’en puisse plus et que je décide de partir quand j’avais 21 ans. »

C’est tout de suite vers la France que ses rêves se sont tournés :

« Un jour dans un taxi en Iran, j’ai entendu une chanson en français qui passait à la radio. Je me suis dit qu’un pays avec une si belle langue devait être forcément accueillant. Depuis, j’ai tout fait pour venir en France, comme si c’était la femme de ma vie. »

Début 2008, Dad se lance donc dans un périple de près d’un an pour arriver en France.

Mehrdad Fakhavar est arrivé à Strasbourg après un périple de sept ans. Photo : Maxime Nauche / Rue89 Strasbourg / CC

Parti avec 600 dollars et un âne

En quittant son pays, les amis de Dad ne donnaient pas cher de sa peau :

« Ils me disaient que c’était impossible, qu’il fallait beaucoup plus d’argent. Mais je n’avais pas plus que 600 dollars. »

Le jeune homme a réussi à passer la frontière Iran-Turquie clandestinement à dos d’âne. Un fidèle destrier qu’il a dû laisser pour prendre le bus. Quand les risques de contrôle de police étaient trop forts, Dad faisait la route à pied.

Il a mis deux mois pour arriver à Istanbul. Là-bas, Dad a rencontré quatre Afghans dans la même situation que lui. Ils ont mis en commun le peu d’argent qu’il leur restait pour s’acheter un bateau gonflable, des rames et payer un passeur :

« On a trouvé quelqu’un qui nous a conduits d’Istanbul jusqu’à la mer Égée qui sépare la Turquie et la Grèce. Il a pris l’argent, nous a laissé sur une plage et il est parti. La mer était très agitée mais on n’avait pas le choix. On a ramé pendant des heures. J’avais tellement soif que j’ai bu l’eau de la mer. Les vagues s’écrasaient sur nous. On devait en permanence vider le bateau. »

C’est finalement la police grecque qui les a stoppés. Dad s’est alors retrouvé dans un centre de rétention pour demandeurs d’asile en Grèce, dans une ville dont il a oublié le nom :

« Ils m’ont gardé un mois comme en prison. Au moins j’étais nourri. Mais ça pouvait vite dégénérer avec la police parce que tout le monde était à cran. On ne comprenait rien, on ne savait pas ce qu’il se passait. Ils m’ont libéré au bout de quatre semaines sans que je ne sache pourquoi. »

En sortant du centre de rétention, Dad a vendu son téléphone portable pour s’acheter un billet de train à destination d’Athènes.

Un premier coup de pouce du destin

Une fois dans la capitale grecque, Dad n’avait nulle part où aller. Mais il faut croire qu’une bonne étoile veillait sur lui :

« En marchant dans les rues, complètement par hasard, j’ai croisé un ami de mon quartier qui avait fui l’Iran environ cinq ans avant moi. Il avait fait sa vie à Athènes et il m’a hébergé pendant plus de trois mois. »

Une situation confortable mais pas durable. Surtout que le but ultime de Dad, c’était toujours la France. Sans qu’il ne puisse l’expliquer. Ce pays et sa langue qu’il trouvait si douce l’attiraient toujours autant. Il lui fallait environ 2 500 euros pour voir l’hexagone mais il n’avait plus rien. Tant pis, il ferait sans argent :

« Je devais prendre un bateau entre la Grèce et le port de Bari au sud de l’Italie. Beaucoup de bus touristiques montaient à bord des bateaux. Donc j’essayais de m’accrocher sous un de ces bus pour pouvoir aussi embarquer. C’était ultra-dangereux. Le bitume était à quelques centimètres de mon dos quand le bus roulait. »

Cette stratégie a échoué un nombre incalculable de fois. À chaque tentative, Dad devait fuir sa cachette au moment de monter dans le bateau parce que la police grecque fouillait les bus avec des chiens. Mais ça a fini par marcher au bout de trois mois : « C’est une sorte de loto de la vie. Tu essayes peut-être dix fois et un jour, ça fonctionne. »

L’Italie comme un tremplin vers la France

Dad a mis deux mois pour remonter toute l’Italie jusqu’à Milan. Il voyageait clandestinement en bus et en train. Obligé de descendre souvent pour éviter les contrôleurs et la police :

« Mais j’ai été impressionné par la solidarité des gens en Italie. Pour avoir un repas ou un toit pour dormir. »

C’est justement grâce à un élan d’humanité que Dad a réussi à passer la frontière française. Une rencontre au détour d’une rue de la banlieue de Milan. Un vieil homme lavait sa voiture dans son garage :

« J’ai été vers lui avec les quelques mots d’italien que j’avais appris. Je lui ai raconté mon histoire. Il a accepté de me conduire à une gare à l’extérieur de Milan où je risquais moins d’être contrôlé. Il m’a payé le billet de train pour que j’aille jusqu’au prochain arrêt. »

En montant dans son wagon, Dad se fige en lisant sur les écrans que le train est à destination de Paris :

« Mon rêve était au bout de ces rails. Mais le billet qu’on m’avait acheté ne me permettait pas d’aller jusqu’en France. Et plus je restais dans le train, plus j’avais de chance de me faire contrôler. »

Dad n’a pas résisté à la tentation de rester dans le train. Forcément, les contrôleurs ont fini par arriver :

« Ils m’ont vu mais ils m’ont laissé passer. Ils m’ont fait un énorme cadeau. C’était incroyable. Il y avait une sorte d’énergie positive, une lumière qui se dégageait de cet instant. »

Puis ce fut Paris, en cette fin d’année 2008. Un rêve qui devenait réalité. Une réalité que Dad allait devoir affronter.

Un an de galère à Paris

Cela faisait déjà presque un an que Dad était parti d’Iran. Il est arrivé à Paris en plein hiver avec son sac de couchage. Neuf mois à dormir dehors, sans jamais disposer de logement d’urgence :

« J’étais gelé, je tremblais de tout mon corps. Mes chaussures étaient trouées. Je me suis dit que certaines personnes avaient oublié le sens du mot fraternité. »

Pour passer le temps et se réchauffer, Dad est allé tous les jours à la bibliothèque François Mitterrand. C’est là qu’il a commencé à apprendre le français, en autodidacte. La bibliothèque comme un refuge mais qui lui renvoyait une certaine violence :

« Je voyais tous ces étudiants bien habillés avec leurs smartphones. Ils ne m’adressaient pas la parole et moi j’étais seul. J’avais voyagé neuf mois pour venir dans ce pays et m’intégrer. J’avais traversé tellement d’épreuves. Je voulais juste qu’on s’ouvre à moi, qu’on me prenne dans les bras ! »

Entre Albert Camus et Jacques Brel qu’il aime souvent citer, Dad continue d’apprendre le français seul avec les grands noms de la littérature et de la musique francophone. Alors qu’il fréquente la bibliothèque depuis neuf mois, un étudiant lui adresse enfin la parole. Il s’appelle Esteban et vient du Mexique :

« Il m’a proposé un café en me disant qu’il me voyait souvent ici. Il m’a demandé d’où je venais. Je lui ai raconté mon histoire après quoi il m’a proposé de venir habiter chez lui. »

Le taekwondo comme une renaissance

Esteban avait un petit appartement dans une cité universitaire à Gentilly, dans la banlieue sud de Paris. Dad y a vécu deux mois :

« C’était le début de ma nouvelle vie. J’ai pu me reconstruire grâce à Esteban. Je dormais bien, je me sentais de mieux en mieux. »

Pendant cette période, Dad a commencé à faire du sport. Il a intégré un club de taekwondo à Paris :

« Je parlais à tout le monde sans barrière avec le peu de français que je connaissais. On m’a très bien intégré, les gens étaient sensibles à mon parcours. Je retrouvais enfin une vie sociale. »

Mehrdad Fakhavar a trouvé de l’aide au sein d’un club de taekwondo. Photo : doc remis

Au sein du club, une solidarité s’est développée autour de Dad. Chacun de se relayait pour l’accueillir à tour de rôle chez lui. La situation est restée telle quelle pendant plusieurs années. Le dossier de Dad n’avançait pas beaucoup à la préfecture. Puis lors d’un stage d’entrainement de taekwondo en Haute-Savoie, Dad s’est fait un très bon ami sur place qui lui a proposé de l’héberger quelques semaines. Finalement il est resté deux ans.

« Ce monsieur avait une femme et des enfants. Je suis devenu un membre de la famille. Je ne prenais pas beaucoup de place et je m’occupais de leurs petits. Ils m’ont dit que je pouvais rester autant que je voulais. »

Des salles taekwondo à la chocolaterie Christian

Après plusieurs années à vivre de la solidarité des uns et des autres, Dad s’est dit qu’il était temps de faire quelque chose de sa vie même s’il était toujours sans papiers. Son rêve, c’était de devenir chocolatier. Avec l’aide de ses amis en Haute-Savoie, il a cherché une formation. Pas facile de trouver un patron qui accepte de prendre un migrant iranien sous son aile. Mais ça n’a pas dérangé Christophe Meyer, chocolatier de la pâtisserie Christian à Strasbourg :

« J’aime bien les parcours atypiques. Je ne regrette pas du tout de lui avoir fait confiance. Il est arrivé avec sa joie de vivre, son état d’esprit ultra positif. Il m’a impressionné par sa connaissance de la culture française, des vins, etc. »

Mehrdad a travaillé deux ans aux côtés du chocolatier Christophe Meyer Photo : doc remis

Pendant ces deux années passées aux côtés de Christophe Meyer, Dad a développé une relation presque père-fils avec celui qu’il appelle d’ailleurs « papa ». Ça n’a pas été du goût de tout le monde à la pâtisserie Christian, en témoigne Christophe Meyer :

« Certains voyaient de l’irrespect dans la manière qu’il avait de se comporter avec moi. Mais au contraire, il était très respectueux, il était juste très spontané. D’autres craignaient qu’il ait trop d’emprise sur moi. Ça me faisait doucement rire. Vu les réactions de certains, je me dis qu’il y a des étrangers qui méritent plus d’être français que certains Français. »

Malgré l’investissement personnel dans sa formation, Dad n’a pas décroché son CAP de chocolatier.

Mehrdad Fakhavar a fait un apprentissage en chocolaterie à la pâtisserie Christian. Photo : Maxime Nauche / Rue89 Strasbourg / cc

« Il deviendra coach de vie »

Christophe Meyer

La partie théorique de son CAP était inatteignable, en raison de la barrière de la langue. Mais la partie pratique péchait également se souvient Christophe Meyer :

« On fait un métier très méthodique, minutieux et ça ne lui convenait pas. C’est quelqu’un qui a besoin de parler, de rencontrer des gens, de bouger. Il ne pouvait pas rester des heures dans une cuisine… »

Alors Dad s’est retourné vers le taekwondo et vers une formation de coach sportif. Un diplôme qu’il recevra au mois de juillet. Pour le plus grand bonheur de son ancien patron Christophe Meyer :

« Il a bien su rebondir après la chocolaterie, il s’est accroché à ce projet. Il sera plus qu’un coach sportif, il deviendra coach de vie. Avec son parcours, il a beaucoup à apporter à tout le monde. »

Quand on demande à Dad où est-ce qu’il se voit travailler une fois son diplôme en poche, l’intéressé se donne du temps :

« Je découvrirais bien le Canada avant de commencer à travailler. J’ai mis un peu d’argent de côté en travaillant chez Christian et en faisant les vendanges. »

Juste voyager librement sans devoir se cacher, sans avoir la boule au ventre à chaque frontière. A 31 ans, Dad va pouvoir enfin goûter à ce privilège après dix années de survie.

Mehrdad Fakhavar est devenu français il y a quelques mois. Photo : doc remis

Les deux militants anti-GCO condamnés à des peines de prison avec sursis

Les deux militants anti-GCO condamnés à des peines de prison avec sursis

Claire C. et Martin H., militants anti-GCO et habitants de la zone à défendre (Zad) à Kolbsheim, ont été reconnus coupables d’entrave à l’exécution de travaux publics et condamnés à deux mois de prison, une peine assortie d’un sursis simple de cinq ans par le tribunal correctionnel de Strasbourg mercredi 23 mai pour s’être opposés physiquement à des travaux de préparation du chantier du Grand contournement ouest (GCO – voir tous nos articles). En outre, Martin H. a été condamné à payer 500€ d’amende, également assortie d’un sursis.

Les demandes d’indemnisation des parties civiles ont été jugées recevables. Martin H. doit verser 500€ de préjudice moral à chacune des deux parties : l’entreprise contractante Dodin Campenon Bernard et son sous-traitant l’entreprise de forage Geosoltis, ainsi 496,5€ pour réparer un câble que Martin H. avait endommagé pendant les faits. En outre, les deux prévenus ont été condamnés aux dépens, 300€ par partie civile requérante.

De 600€ à 2 000€ à payer

Donc au final, Martin H. doit débourser 2096,5€ et Claire C. 600€ s’ils acceptent le jugement du tribunal. Ils ont dix jours pour faire appel. À la sortie du tribunal, Martin H. et Claire C. se sont laissés le temps pour répondre, indiquant être un peu lassés par cette procédure :

« Ça ne change rien à notre détermination. Cette autoroute est un non-sens et on s’y opposera par tous les moyens. C’est trop grave. Évidemment, maintenant, on a une épée de Damoclès sur nos têtes… Mais on compte sur le collectif pour continuer les actions d’opposition. Quant à faire appel, nous ne savons pas encore car même si les montants réclamés sont importants, ça nous relancerait pour des mois de procédures et on aimerait passer à autre chose. »

Selon leur avocat, Me François Zind :

« C’est un jugement étrange, il y a une distinction entre Claire et Martin alors qu’ils ont fait la même chose. Je regrette que le tribunal n’ait pas considéré que les travaux étaient illégaux. Le jugement correspond à une peine normale pour un primo-délinquant. Le décision de faire appel va se discuter entre les mis en causes et le collectif, notamment en ce qui concerne les dommages à verser aux parties civiles, qui pourraient produire des dossiers de justificatifs [en deuxième instance ndlr]. »

Ils s’étaient enchaînés sous un camion de forage le 7 mars, dans le cadre de leur opposition au GCO, une autoroute payante de 24 kilomètres prévue pour 2020/2021.

Des peines moins lourdes que les réquisitions

Lors de l’audience le 14 mai (voir notre compte-rendu), le procureur avait requis des condamnations très lourdes. En plus du paiement d’une amende ferme (350€), il demandait une peine de prison de deux mois avec sursis, assorti d’une mise à l’épreuve du paiement des dommages et intérêts, et même l’éloignement des communes concernées par les travaux, voire du Bas-Rhin. Les parties civiles, une filiale de Vinci et son sous-traitant, réclamaient plus de 15 000 euros de préjudice au total.

La défense avait plaidé de son côté que les travaux ne bénéficiaient pas d’arrêtés en règle et l’absence de violence.

« L’exception d’illégalité » n’a pas été retenue par le juge au motif que l’illégalité éventuelle des actes administratifs « n’est pas le fondement des poursuites » et que « des irrégularités ne permettent pas à s’opposer à des travaux publics », selon la jurisprudence. Néanmoins, il n’a pas donné suites à l’ensemble des dommages et intérêts réclamés notamment car aucun justificatif d’éventuels manque à gagner ou de troubles dans l’exécution des travaux n’a été produit par les entreprises.

Une petite centaine de personnes sont venues dans la matinée devant le tribunal en soutien aux deux prévenus. Une cagnotte de soutien a déjà été mise en ligne quelques heures après le jugement.

Vendredi, soirée d’information contre le GCO à La Mercière

Vendredi, soirée d’information contre le GCO à La Mercière

La brasserie artisanale de La Mercière, récemment implantée à Cosswiller, organise vendredi 25 mai à 18h une soirée d’information en opposition au Grand contournement ouest (GCO – voir tous nos articles), cette autoroute de 24 km qui doit être construite par Vinci pour permettre d’éviter l’agglomération de Strasbourg.

La soirée doit débuter avec la projection du film documentaire : Les pieds sur terre, qui propose un regard sur les habitants de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes, réalisé avant que le projet d’aéroport ne soit abandonné.

La soirée se poursuivra par un casse-croûte aux bons produits locaux et une discussion autour du thème « Pourquoi et comment prolonger la lutte contre le GCO ? » avec Luc Huber, maire de Pfetrisheim, Christian Goepp, conseiller municipal à Duttlenheim, Jean-Marie Wilhelm, président de l’association Ligne Verte et des « zadistes » de Kolbsheim.

Alors que le concessionnaire Vinci a obtenu l’accord de l’État pour construire l’autoroute et bouclé le financement de l’opération, nombre de militants opposés à cette construction au nom de la préservation de l’environnement perdent espoir. Mercredi matin, les deux militants qui s’étaient physiquement opposés à des travaux pour préparer le GCO, ont été condamnés à des peines de prison avec sursis.

Les intervenants feront donc un état des luttes qu’il reste à mener, nombre de décisions judiciaires sont encore attendues, et détailleront les propositions du collectif « GCO Non Merci ! » pour empêcher le chantier effectif d’avancer.

À l’Opéra, « Les Sept Péchés Capitaux » transforment la scène en cabaret

À l’Opéra, « Les Sept Péchés Capitaux » transforment la scène en cabaret

Du 20 mai au 15 juin, ambiance cabaret à l’Opéra National du Rhin avec Les Sept Péchés Capitaux, d’après Schönberg et Weill. Un voyage entre villes réelles et fictives empreintes de l’ambiance des années folles.

« J’avais envie pour cette sixième première de donner une autre couleur : une couleur sexy, une couleur de cabaret, d’un voyage inattendu… ». C’est par ces mots que la directrice de l’Opéra national du Rhin (ONR), Eva Kleinitz, introduit Les Sept Péchés Capitaux, nouvelle production d’après Arnold Schönberg et Kurt Weill. De ces deux compositeurs majeurs du XXe siècle, trois courts opéras ont été réunis : Pierrot Lunaire de Schönberg d’après des poèmes d’Albert Giraud, Mahagonny – Ein Songspiel et Les Sept Péchés Capitaux de Weill sur deux textes de Bertolt Brecht.

Le chef d’orchestre Roland Kluttig sous les traits de Pierrot (Photo Klara Beck / ONR).

Un voyage à travers lieux réels et imaginaires

Impossible de décrire une trame narrative pour cette production aux allures de soirée de cabaret. Le public est en effet invité à suivre trois femmes – deux chanteuses et une danseuse – accompagnées d’un quatuor d’hommes, dans un voyage à travers différents lieux plus ou moins rêvés : Bergame, Mahagonny, Los Angeles, etc. Ce « road opéra » mêlant chant, musique et danse appelle les spectateurs à « éviter de rechercher inutilement une logique narrative pour préférer la délectation de la musique, des images et des actions, » selon le metteur en scène, David Pountney.

Pourtant ces trois œuvres n’ont pas été rapprochées par hasard. Écrites respectivement en 1912, 1927 et 1933, elles coïncident quasiment toutes avec les années d’entre deux guerres, dites « années folles ». Cette période connait sur le plan musical des bouleversements décisifs, marqués notamment par l’affirmation de Berlin, ville des deux compositeurs. Dans ce « Berlin des années d’or », la vie artistique de la ville connaît un essor considérable. Lieu de naissance de l’Expressionnisme, d’autres courants artistiques comme le Surréalisme et le Dadaïsme y trouveront également un terreau fertile. Dans le même temps, fleurissent les salles de cinéma mais aussi les cabarets, lieux de prédilection pour les nouveaux moyens d’expression.

Mahagonny, ville fictive du vice (Photo Klara Beck / ONR).

Trois pièces écrites dans un style cabaret

Les trois pièces ont été écrites dans un style cabaret. Elles s’éloignent de l’emphase des opéras, salles de concert ou théâtres classiques et rejettent le divertissement bourgeois pour se rapprocher d’un théâtre populaire. Aussi le contraste avec l’opéra paraît de prime abord étonnant comme le souligne la mise en scène dès l’ouverture : pas d’orchestre dans la fosse, des têtes surgissent des rideaux, on se demande si les spectateurs ont quitté la salle à la fin du spectacle mais il ne fait que commencer.

On retrouve, surtout dans les pièces de Weill et Brecht, la volonté de s’adresser à un large public populaire, qui n’a pas droit à ce genre de spectacles. Les lieux de divertissements populaires investissent soudain la scène de l’opéra qu’il s’agisse d’un ring de boxe, d’un bordel ou d’un salon de poker. Cet intérêt pour une culture plus populaire s’affirme chez de nombreux artistes. Dans les trois œuvres, elles prennent différentes formes. Le Pierrot Lunaire de Schönberg par exemple s’appuiera davantage sur la commedia dell’arte et comme le rappelle David Pountney :

« Le théâtre populaire et la commedia dell’arte ont aussi un rapport évident avec le cabaret et Pierrot s’inscrit dans ce genre de théâtre qui met en scène des stéréotypes et des personnages souvent grotesques et caricaturaux. On trouve d’ailleurs cette même fascination pour les images de comédie et de cirque dans l’art de l’époque – il suffit de penser à Pablo Picasso ou à Max Beckmann. »

Un Pierrot Lunaire en noir et blanc réunit chant et danse (Photo Klara Beck / ONR).

Une nouvelle forme de théâtre

Le choix des pièces, appuyé par la mise en scène de David Pountney et Amir Hosseinpour, plonge les spectateurs dans le contexte artistique et politique d’entre-deux guerres. Artistique d’abord, puisque les deux compositeurs s’inscrivent dans les grands mouvements artistiques d’avant garde du début du XXe siècle. Leurs œuvres se rapprochent du Surréalisme et du Dadaïsme (songeons ici au Cabaret Voltaire installé à Zurich) notamment en ce qu’elles n’obéissent pas à une logique linéaire ni même rationnelle.

Avant d’émigrer aux Etats-Unis et de se tourner vers la comédie musicale à Broadway, Kurt Weill avait créé avec Bertolt Brecht une nouvelle forme. Un théâtre musical satirique et didactique qui s’était illustré avec L’Opéra de Quat’sous en 1928, puis Grandeur et décadence de la ville de Mahagonny en 1930. Ce dernier opéra, version remanié de celui présenté à l’ONR, fut qualifié de « premier opéra surréaliste » par Adorno. Il fit scandale en Allemagne. Il en alla aussi de la sorte pour Les Sept Péchés Capitaux (1933), ballet chanté d’après un livret de Bertold Brecht, joué pour la première fois à Paris dans le contexte d’arrivée au pouvoir d’Hitler en Allemagne et d’antisémitisme latent en Europe.

Schönberg, au même titre que Weill, fut qualifié d’artiste dégénéré par le régime nazi. Compositeur et peintre expressionniste, il déchaîne la critique en 1912 avec sa pièce Pierrot Lunaire. C’est la diseuse de cabaret Albertine Zehme qui lui avait commandé un cycle de récitatifs basés sur la traduction et l’adaptation du poète Otto Erich Hartleben de la poésie du belge décadent Albert Giraud. La pièce décrit les états émotionnels extrêmes de Pierrot dans une ambiance de désespérance teintée d’humour et de provocation. Schönberg en fit 3 fois 7 poèmes pour arriver au chiffre magique 21. Conçus pour voix et 5 instrumentistes, la composition est au carrefour de trois genres : le mélodrame, le cabaret et la musique de chambre.

Deux compositeurs majeurs du XXe siècle

Les deux compositeurs ont un style très différent et entrèrent d’ailleurs en conflit l’un avec l’autre. Toujours est-il qu’ils surent s’approprier la musique populaire et créer à leur manière un style musical neuf et riche. Dans Pierrot Lunaire de Schönberg, par exemple on retrouve palindrome, rhapsodie, canon, valse, sonate, etc. Ce dernier créa le style vocal du « sprechgesang » (néologisme à partir de sprechen « parler » et singen « chanter ») qui se caractérise par la volonté de redéfinir un rapport plus étroit entre parole et musique. Roland Kluttig explique :

« L’origine de cette forme de récitation musicale s’explique à la fois par l’amplitude beaucoup plus vaste de la vocalité classique des comédiens de l’époque mais aussi par le type de déclamation pratiqué par les diseuses des cabarets berlinois ou viennois à l’époque. »

Le chant chez Weill trouve aussi son inspiration dans la culture populaire. Il introduit par exemple des songs, inspirés de ballades berlinoises, de complaintes et de chansons de jazz. Mais aussi car son œuvre a été marquée par la voix de sa femme, Lotte Lenya, voix des cabarets berlinois, dont le style n’est pas sans rappeler celui des trois femmes que le public suit tout au long de la pièce.

Une autre différence notable entre les deux compositeurs est l’utilisation de la musique qui, chez Schönberg constitue une illustration sonore, poursuit Roland Kluttig :

« Le moindre geste, comme celui de déplacer un flacon sur le lavabo, est rendu par exemple à la flûte piccolo par une note placée « fort », note qui serait superflue si ce n’était qu’elle rend exactement la sonorité du geste. »

Chez Weill, la musique interprète le texte à la manière d’un commentaire. Elle s’inspire des styles de musique populaires de l’époque comme le Shimmy, le Jazz ou le Blues, introduits en Europe par les États-Unis pendant la Première Guerre mondiale. Le blues Benares Song par exemple prend racine dans la musique populaire américaine.

Dans les Sept Péchés Capitaux, une satire de l’hypocrisie et des aspirations à l’argent (Photo Klara Beck / ONR).

Un opéra politique ?

Difficile de ne pas associer le nom de Brecht au théâtre politique. Mahagonny et Les Sept Péchés Capitaux comportent effectivement une réflexion centrale sur les aspirations du groupe et les grandes villes. Mahagonny est une ville fictive de l’Ouest américain, sorte de Sodome et Gomorrhe contemporaine minée par la fraude, l’alcool et l’argent. Les aspirations au plaisir du groupe se doublent d’une critique du mercantilisme où tout s’échange contre de l’argent. Le titre même fait référence à l’une des plus fameuses maisons de rendez-vous de la Nouvelle Orléans ; le « Mohagony Hall ».

Les Sept Péchés Capitaux est une œuvre qui critique les aspirations petit-bourgeoises d’une famille de Louisiane. Anna est envoyée à travers les grandes villes des États-Unis dans le but d’acquérir l’argent nécessaire à la construction d’une maison de famille. Ses deux faces, objective et subjective, sont représentées par deux interprètes. La première est soumise aux tentations du péché. Seulement est considéré comme péché de luxure par exemple le fait de préférer l’homme qu’on aime le plus à celui qui paye le mieux. La seconde quant à elle voit ses péchés effacés par le gain d’argent. Une morale inversée en somme, reflet de l’entre-deux guerres, et critique quant à la société et aux aspirations bourgeoises.

Les Sept Péchés Capitaux plonge dans l’univers théâtral, musical, politique des années folles. La synthèse entre cultures et arts divers est réussie : la lune de Méliès côtoie le Pierrot de Schönberg, Pierrot prête ses traits au chef d’orchestre et l’orchestre accompagne les chanteuses entonnant l’Alabama Song, repris depuis par The Doors.

Environ 2 000 personnes dans les rues de Strasbourg pour « donner un avenir à la fonction publique »

Environ 2 000 personnes dans les rues de Strasbourg pour « donner un avenir à la fonction publique »

Ce mardi 22 mai, une dizaine de syndicats parmi lesquels la CGT, la CFDT, Solidaires ou encore l’Unsa ont appelé à manifester à Strasbourg comme partout en France pour « donner un avenir à la fonction publique ». Ils étaient environ 2 000 à défiler pour protester contre le projet de réforme de la fonction publique engagé par le gouvernement et notamment le plan de départs volontaires de 120 000 fonctionnaires.

Pour cette troisième journée de mobilisation de l’intersyndicale de la fonction publique, ce mardi 22 mai, environ 2 000 personnes ont défilé dans les rues de Strasbourg. Le cortège s’est mis en marche à partir de la place Kléber vers 14h15.

Les dix organisations syndicales CFDT, CFE/CGC, CFTC, CGT, FAFP, FO, FSU, Unsa, Solidaires et la CNT se sont réunies autour du slogan « donner un avenir à la fonction publique ». Dans la première partie du cortège, de nombreux « étudiants en lutte » ont également participé à la marche, accompagnés de lycéens des établissements Marc Bloch et des Pontonniers.

Ces derniers appliquent la « convergence des luttes », en affichant un soutien aux cheminots, comme fonctionnaires, en plus de leur opposition à la réforme de l’enseignement supérieur et la loi ORE (Orientation et réussite des étudiants). Les militants des partis La France insoumise et du Parti Socialiste du Bas-Rhin présentaient aussi une délégation.

A l’avant du cortège, les différents syndicats défilent sous une banderole commune, suivi de près par les étudiants (Photo : C.A /Rue89 Strasbourg)

Selon les organisateurs, ils étaient entre 2 500 et 3 000 manifestants. De son côté, la préfecture du Bas-Rhin n’a compté que 1 900 personnes. Le cortège était largement allongé, laissant parfois un espace important entre les différentes sections de syndicats.

Plus de syndicats mais moins de manifestants ?

Lors du dernier appel de l’intersyndicale de la fonction publique le 22 mars dernier, la manifestation avait réunie plus de 3 500 personnes. Celle de la « convergence des luttes » du 22 avril avait mobilisé un nombre similaire de participants, alors que plusieurs syndicats importants (CDFT, FO, Unsa, CFTC…) n’avaient pas appelé à manifester.

La mobilisation strasbourgeoise serait donc en baisse. Pourtant, cela faisait près de dix ans que l’ensemble des organisations syndicales n’avaient pas toutes répondu à un même appel. Des organisations comme la CFDT se sont joints à ce front syndical, en reprochant un manque de dialogue de la part du gouvernement au fil du temps. Certains participants rencontrés avaient pourtant rejoint la mobilisation pour la première fois, à l’occasion de cette journée du 22 mai.

Notre direct au départ de la manifestation

Les conséquences de Parcoursup à l’Université de Strasbourg en débat mercredi

Les conséquences de Parcoursup à l’Université de Strasbourg en débat mercredi

Alors que les lycéens reçoivent les réponses à leurs voeux via l’application Parcoursup pour leurs études supérieures, que se passe-t-il ensuite à l’Université de Strasbourg ? Comment les professeurs traitent les dossiers et prennent des décisions ? Pour la première fois, les mécanismes de ce nouveau processus d’accès aux études supérieures seront en débat à l’Université de Strasbourg.

La mise en place de Parcoursup, l’application qui doit permettre aux lycéens d’obtenir l’accès aux études supérieures en fonction de leur profil, produit-elle une sélection ? À Bordeaux, sept professeurs ont démissionné de leurs fonctions pédagogiques pour ne pas avoir à sélectionner 2 700 jeunes qui ont demandé 280 places de sociologie.

Quels effets Parcoursup aura-t-il à l’Université de Strasbourg ? L’an dernier, l’Unistra s’était enorgueillie d’avoir pu éviter les tirages au sort, mais au prix de renforts in extremis dans les filières les plus demandées. Pour évoquer avec les étudiants et les parents d’étudiants les conséquences, les risques et les opportunités de Parcoursup à l’Université de Strasbourg, un débat est organisé mercredi 23 mai à 18h, à la Maison des sciences de l’homme (Misha), 5, allée du Général Rouvillois, sur le campus de l’Esplanade.

Quatre invités, quatre témoignages

Ce débat permettra d’entendre et d’interroger :

– Benoit Tock, vice-président de l’Université de Strasbourg, en charge de la formation,
– Julien Gossa, membre du conseil d’Administration de l’Université de Strasbourg, Liste Alternatives,
– Julia Miltenberger, étudiante élue au conseil d’administration, AFGES,
– Colin Jude, président de l’Unef à Strasbourg.

La rencontre est présentée et animée par Pierre France, de Rue89 Strasbourg.

Comment Mulhouse est devenu l’un des centres-villes les plus dynamiques de France

Comment Mulhouse est devenu l’un des centres-villes les plus dynamiques de France

Depuis plus de cinq ans, Mulhouse voit fleurir petites et grandes enseignes, et devient l’une des rares villes avec plus d’ouvertures que de fermetures. Une émulation partagée par les commerçants, les habitants et la municipalité, qui en a fait une de ses priorités en investissant et en nommant un « manager » chargé de transformer le centre-ville et son image.

Pour ceux qui connaissaient le centre-ville de Mulhouse vers la fin des années 2000, peuplé de locaux vacants et de commerces en difficulté, la rue du Sauvage (la principale artère du centre) et ses rues attenantes leur sont aujourd’hui méconnaissables. De nouveaux bars assaillent les rues, des cafés fleurissent ça et là, les façades se parent de devantures toutes neuves et sont investies par de grandes enseignes en vogue que Mulhouse n’avait jamais accueillies, à l’image de Starbucks et de Flying Tiger, arrivés en 2016, après l’installation d’autres enseignes internationales comme Hema et H&M Home.

L’arrivée récente de la chaîne de magasins de décorations scandinaves Sostrene Grene au centre commercial de la Porte Jeune est un signe de plus de ce changement profond qui anime la ville. La réfection de ce qui est devenu la Maison Engelmann, rue de la Moselle, a achevé de transformer cette rue qui avait l’air abandonnée depuis la fermeture des grandes quincailleries Coox puis Casa. Aujourd’hui, elle accueille une Biocoop, une librairie et le café Engel’s Coffee, dont la terrasse complète les quelques devantures de Doner Kebab de l’autre côté de la rue.

La rue de la Moselle a vu ouvrir de nombreux commerces ces dernières années. Elle ouvre sur la rue du Sauvage où Muy Mucho a décidé d'installer sa seule enseigne française (Photo DL/Rue 89 Strasbourg/cc)
La rue de la Moselle a vu ouvrir de nombreux commerces ces dernières années. Elle ouvre sur la rue du Sauvage où Muy Mucho a décidé d’installer sa seule enseigne française (Photo DL/Rue 89 Strasbourg/cc)

La recette : des investissements et un « manager de commerces »

Les raisons de cette émulation ? Un programme « Mulhouse Grand Centre » lancé en 2011, et un « manager de commerces » engagé dans ce cadre, Frédéric Marquet, dont le but était de redynamiser tout le centre-ville, et d’attirer grandes enseignes comme commerces indépendants, comme il l’explique :

« Ma mission, c’est de redéfinir une stratégie globale et de faire partager les objectifs par les acteurs du milieu, accompagner les porteurs de projet et faire un travail de proximité, être disponible et accessible. »

D’où un programme de 36 millions d’euros d’investissement pour améliorer le cadre de vie, le commerce, le logement, l’accessibilité et les animations. Pour Nathalie Motte, adjointe au maire (LR) en charge du tourisme et de l’attractivité commerciale, « l’ambiance et l’environnement sont cruciaux » pour « qu’on ait envie d’y être actif ».

Dans le cadre du programme, la Ville multiplie les initiatives pour ramener les habitants au centre-ville, comme les « Jeudi oui », où les commerces prolongent leurs horaires d’ouverture, et une navette gratuite mise en place pour transporter les personnes les moins mobiles (et toutes celles qui le souhaitent) d’une rue à l’autre du centre.

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Des mesures qui semblent payer, en témoignent de très bons chiffres. En 2016, Mulhouse était une des seules villes à connaître plus d’ouvertures que de fermetures, d’après Frédéric Marquet :

« Depuis 2011, 438 commerces ont ouvert, on est à une moyenne de deux ouvertures pour une fermeture, et on est passé de plus d’une centaine de locaux vacants à une soixantaine. Les trois quarts des ouvertures sont le fait d’indépendants, mais on a aussi des grandes enseignes comme la boutique espagnole de décoration Muy Mucho, qui a choisi Mulhouse pour sa première implantation française, ou le retour de Bagelstein qui avait fermé il y a quelques années ».

Au mois d’avril 2018, l’entreprise de livraisons de repas à domicile Deliveroo s’est également installée dans l’ancienne cité ouvrière, qui rejoint la vingtaine de villes françaises où est présent ce service.

L’ère des « concept stores » ou le retour des jeunes

En attendant, ce sont les jeunes entrepreneurs locaux qui tirent leur épingle du jeu, comme Tilvist, le « Coff’tea shop » autoproclamé qui a fait son apparition en septembre 2016, reprenant des locaux vacants depuis six ans, non loin de la Maison Engelmann, au 23 rue de la Moselle. Sa créatrice, Séverine Liebold, est une ancienne de la grande distribution, qui voulait lancer un projet « plus proche de l’humain » après avoir fait un petit tour du monde, et s’est retrouvée dans la dynamique mulhousienne actuelle :

« On m’avait dit « Ne reviens pas sur Mulhouse, cela ne marchera pas », alors j’ai étudié un peu la dynamique d’autres villes comme Colmar. Mais j’en suis revenue convaincue que je n’avais rien à y faire. Cela a beaucoup bougé à Mulhouse-centre et ça bouge encore. Mon café, c’est quelque chose de conceptuel comme on fait aujourd’hui, c’est autant un « shop » qu’un coffee shop. Aujourd’hui dans les commerces on « mixe », on démultiplie les sources de revenus, j’ai vu cela dans le monde entier. C’est une valeur ajoutée considérable. L’idée est que les gens puissent venir travailler, faire comme chez eux… Et j’ouvre le lieu à des ateliers autour du bien-être, des groupes d’écriture etc. »

Un petit tour dans le centre suffit pour constater que ces commerces multifonctions se multiplient. Toujours dans le même coin, rue de la Moselle, s’est installé Le Temps d’une pause, « concept store » dont la terrasse donne sur une fresque murale éphémère, à quelques mètres du Starbucks et de la rue du Sauvage.

Sa gérante, Delphine Drumez, est une ancienne infirmière qui voulait revenir à ses premiers amours, la décoration, tout en gardant une activité avec un aspect humain. Son pari semble réussi, et elle pense que Mulhouse avait besoin de ce nouvel élan :

« Je voulais que le café-concept store devienne un lieu de vie, et ça a cartonné ! Nous faisons des événements, des cours de tricot… On participe à animer la ville ! Depuis ces 4-5 dernières années, ce n’est plus la même Mulhouse, c’est une des seules villes où il y a autant d’indépendants que de grandes enseignes. Ces nouveaux concepts, cela ramène pas mal de jeunes ».

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Pour que « Mulhouse n’ait plus à rougir face aux grandes villes »

Delphine Duprez raconte que les commerçants entre eux participent à l’émulation :

« Il y a tous les mois une réunion des commerçants pour faire le point, il y a aussi des associations comme Les Vitrines de Mulhouse et Cœur de Mulhouse ».

Même son de cloche du côté de David Brès, gérant de Canal BD Tribulles, une librairie spécialisée dans les BD qui a déménagé du Passage du Théâtre à la rue des Tanneurs, et ajouté un salon de thé à sa panoplie, Le Boudoir de Léa :

« La Ville nous a aidé pour retaper la façade, il y a un nouveau dynamisme, c’est indéniable. Et le manager des commerces travaille pour que Mulhouse n’ait plus à rougir face aux grandes villes. Nous les commerces, on a envie de faire partie du train ».

C’était bien l’objectif, améliorer l’image d’une ville qui avait tendance à se paupériser. Nathalie Motte est adjointe en charge des commerces et se réjouit d’une image rafraîchie :

« Nous entendons des anciens Mulhousiens, des Strasbourgeois, des gens venus d’ailleurs en France, qui avaient une image plutôt grise de la ville, qui sont surpris, qui découvrent un centre-ville plus vert, plus neuf ».

La Ville est fière de compter parmi les centres qui ouvrent le plus de commerces (document remis)
La Ville est fière de compter parmi les centres qui ouvrent le plus de commerces (document remis)

« On dormait, mais maintenant on est sur la bonne voie »

Sans trop connaître cet envers du décor, les riverains constatent aussi un vrai changement dans leur ville, et s’en réjouissent. Plusieurs initiatives, pages et sites sont apparus, comme MyMulhouse, un « webzine indépendant et collaboratif ».

Güven, 25 ans, habite à Riedisheim, une commune attenante, mais se rend régulièrement à Mulhouse, où il dit trouver « une ambiance agréable ». Il se réjouit d’un centre qui bouge, sans perdre son essence :

« J’aime bien aller dans les cafés, au café Mozart, au 1924 (une autre « boutique-café » au début de la rue du Sauvage, NDLR), au Starbucks aussi. On voit qu’en ce moment ça change. Ça fait vraiment plaisir, parce que quand on regarde Strasbourg, on voit que c’est vivant. Ici on dormait, mais maintenant on est sur la bonne voie. Jusque dans l’avenue de Colmar (dans le prolongement de la Rue du Sauvage, au-delà de la Porte Jeune, NDLR), il y a de nouveaux endroits qui proposent des petits-déjeuners etc, avec toujours différentes nationalités représentées. Ça bouge aussi vers la place Franklin avec de nouvelles boulangeries, pâtisseries etc, qui manquent juste un peu de publicité ».

La librairie Canal BD - Tribulles a elle aussi dû se renouveler en s'associant au "Boudoir de Léa" pour redynamiser son activité (Photo DL/Rue 89 Strasbourg/cc)
La librairie Canal BD – Tribulles a elle aussi dû se renouveler en s’associant au « Boudoir de Léa » pour redynamiser son activité (Photo DL/Rue 89 Strasbourg/cc)

Bars à vins et légumes bio, ou le début d’une gentrification

L’hypercentre fait des petits dans des rues plus périphériques, et ne se limite pas aux concept stores et autres cafés, comme l’explique Florence, la vingtaine, et Mulhousienne depuis toujours :

« Déjà, on sent un changement dans les anciens bars, où il y a beaucoup plus de gens qu’avant, comme au Murphy’s où il m’arrive de ne pas trouver de place un mardi soir. Sinon, une nouvelle brasserie a ouvert au quartier de la Fonderie (où se trouve une partie de l’université de Haute-Alsace, NDLR). Il y a aussi un nouveau bar à rhum, A’kaz, qui est vraiment super ».

Ces dernières années, la ville a aussi vu ouvrir de nombreux bars à vins, comme l’Hardivin, rue des Tanneurs, ou La Quille, rue de la Moselle, encore. Dans le coin de la Cour des Maréchaux, le local vacant depuis la fermeture de l’Intersport il y a deux ans va retrouver une activité avec Les Halles de Cernay, une surface de fruits et légumes bio.

D’après Florence, cela a également changé le public et la fréquentation du centre-ville. Les commerçants confirment qu’ils constatent un retour des familles, et un retour des jeunes et des 25-45 ans, comme ces petits groupes attablés à la terrasse du Temps d’une Pause un dimanche de mars, un jour de la semaine où il y avait d’habitude très peu d’offres à Mulhouse.

Des bars à vin (ou à rhum) comme la Quille ont fait leur apparition à Mulhouse et témoignent aussi d'un changement de public au centre-ville (Photo DL/Rue 89 Strasboug/cc)
Des bars à vin (ou à rhum) comme la Quille ont fait leur apparition à Mulhouse et témoignent aussi d’un changement de public au centre-ville (Photo DL/Rue 89 Strasboug/cc)

Prolonger la dynamique jusque dans la vie nocturne ?

Mais si la mayonnaise prend bien, les difficultés n’ont pas pour autant disparu. La ville se cherche encore et les Mulhousiens prennent doucement le pli de ces nouvelles offres, d’après Séverine Liebold :

« On est beaucoup à miser sur cette ville et on a raison, mais le challenge, ça va être de stabiliser la fréquentation. Les gens ne sont pas forcément fidèles, ils picorent d’un endroit à l’autre. Mais je m’affaire, je mise sur la qualité des produits, je cherche les nouvelles tendances etc. »

L’adjointe en charge des commerces, Nathalie Motte, concède également qu’il y a encore une marge de progression :

« Ce serait bien d’avoir une homogénéité des horaires des commerces, et surtout une dynamique nocturne. Avec des dispositifs comme le « Jeudi oui », l’idée est de créer des passerelles avec la vie nocturne justement, en ouvrant les commerces jusqu’à 20h ».

Un challenge pour une ville moins étudiante que Strasbourg et qui a longtemps souffert d’un syndrome de « ville morte » dès la nuit tombée.

Six nouveaux centres commerciaux Lidl en Alsace d’ici 2019

Six nouveaux centres commerciaux Lidl en Alsace d’ici 2019

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Fascistes et antifas se donnent rendez-vous lundi près de la Cathédrale

Fascistes et antifas se donnent rendez-vous lundi près de la Cathédrale
Les identitaires du « Bastion Social », qui ont ouvert à Strasbourg le bar associatif « L’Arcadia, » ont annoncé sur leur page Facebook qu’ils entendaient rendre hommage à Dominique Venner, ce lundi 21 mai à 18h devant la cathédrale de Strasbourg. Dominique Venner, figure de l’extrême-droite française, ancien de l’OAS, du Grece et de Jeune Nation, s’est suicidé dans la cathédrale de Paris le 21 mai 2013, pour protester contre « la décadence occidentale » et le mariage pour tous.
La cathédrale, un drôle de lieu pour une confrontation... (Photo Abdesslam Mirdass / FlickR / cc)
La cathédrale, un drôle de lieu pour une confrontation… (Photo Abdesslam Mirdass / FlickR / cc)

Les droits des homosexuels visés

Du coup, les opposants au mouvement fasciste, réunis au sein du collectif « Fermons l’Arcadia », appellent eux-aussi à un rassemblement, lundi dès 17h30 place Gutenberg. Initialement, le collectif avait appelé à manifester place de la Cathédrale également. Le collectif remarque que cette commémoration du Bastion Social a lieu au moment du festival Festigays, un mois de festivités autour des causes défendues par les personnes homosexuelles :
« Il n’est pas étonnant que Venner soit l’un des maîtres à penser du Bastion Social. En effet, les militants du Bastion Social Strasbourg ont déjà essayé d’attaquer la Marche des fiertés en 2013 et ont dégradé plusieurs fois le local de La Station LGBT+. L’hommage à Venner est déjà inacceptable en soi, mais il l’est d’autant plus en plein « Mois des visibilités » contre l’homophobie et la transphobie. »
La préfecture a interdit ces rassemblements devant la Cathédrale, au motif que les manifestations sont interdites devant les lieux de culte. Le Bastion Social a supprimé son appel tandis que le collectif a déplacé son rassemblement place Gutenberg.

Plongée dans les archives des mouvements étudiants à Strasbourg

Plongée dans les archives des mouvements étudiants à Strasbourg

En avril, les étudiants se sont manifestés en masse contre la réforme ORE (Orientation et réussite des étudiants), sur le campus de l’Université de Strasbourg. C’était un nouvel épisode de toute une histoire des mobilisations étudiantes à Strasbourg, notamment contre des lois sur la sélectivité, sommeille dans les pages jaunies des DNA et des archives de la Ville.

En avril, la loi ORE (orientation et réussite des étudiants) a fait couler beaucoup d’encre et beaucoup de gaz lacrymogène, à la suite des mobilisations étudiantes sur plusieurs campus de France, notamment à Strasbourg. La loi portée par la ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche Frédérique Vidal, et adoptée en février, vise à réduire le taux d’échec en première année d’enseignement supérieur. Mais aussi à remplacer la plateforme APB par Parcoursup.

Parmi les points qui font réagir les étudiants dans la réforme : de nouveaux critères de sélectivité pour les licences générales à l’université, avec la nécessité de motiver son projet, même dans les filières qui ne sont pas en tension. Plateforme numérique, augmentation du nombre d’étudiants dans les universités… a priori un débat très contemporain. Que nenni ! Dans la seconde moitié du XXème siècle, de nombreuses manifestations étudiantes ont eu lieu, avec en cause souvent, des lois sur la sélectivité à l’Université… Tour d’horizon de ces manifestations à Strasbourg.

1976 : le plan Saunier-Seité de réforme du second cycle

Une des DNA du 10 avril 1976. Les vacances de printemps n’ont pas eu raison des manifestations étudiantes. Le jour même, une « coordination nationale » se tient à Amiens, avec cinq délégués par université en grève.

En 1976, le plan Saunier-Seité introduit une réforme générale du deuxième cycle avec la licence et la maîtrise. La réforme, qui créé de nouvelles filières, est perçue par les étudiants comme une tentative de professionnaliser l’université et d’accroître la sélection (déjà !). C’est le début de la plus grande grève étudiante qui se soit déroulée en France au XXe siècle. Le mouvement, lancé par le syndicat étudiant UNEF (Union national des étudiants de France) dure trois mois, de mars à mai. À Strasbourg, les heurts sont nombreux. Les étudiants scientifiques de l’Université Louis Pasteur sont particulièrement mobilisés.

Début avril 1976 à l’Université Louis Pasteur. Les étudiants en psychologie ont créé des commissions de travail, ceux de sciences économiques ont constitué une commission d’animation de de popularisation de leur lutte. Les étudiants en sciences politiques sont peu mobilisés. Dans la salle du conseil, près de 200 étudiants demandent que l’Université prenne position vis-à-vis de l’abrogation de la réforme, alors qu’une trentaine de fac se sont déjà prononcées en France. (Archives DNA)

Exemple avec la soirée du 27 avril 1976. Les étudiants et les forces de l’ordre s’affrontent. La veille, les étudiants ont organisé une distribution de tracts sur la voie publique. Les gardiens de la paix arrivent pour s’occuper de la circulation, c’est le début de l’affrontement. Barricade incendiée boulevard de la Victoire, repli des étudiants sur les toits de l’université Louis Pasteur… Un rien a mis le feu aux poudres.

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Trois jours plus tôt, le 24 avril 1976, un article des Dernières Nouvelles d’Alsace (DNA) paraissait, mettant en avant le pacifisme des manifestations…

Avril 1976, dans les rues de Strasbourg. 1500 lycéens et étudiants manifestent contre la réforme du second cycle (Archives DNA)

Des enseignants qui se joignent aux mouvements étudiants ? En 1976, il y a en a aussi. A l’Université Louis Pasteur, les chercheurs de tous bords politiques revendiquent des salaires plus élevés et refusent de transformer les universités en « collèges professionnels. »

(Archives DNA)

Strasbourg n’est pas la seule ville d’Alsace touchée par les manifestations étudiantes. A Mulhouse, c’est du jamais vu. Les thèmes développés par les manifestants sont de deux natures : contre la réforme Haby qui prévoit la mise en place du collège unique, mais aussi à propos de tous les problèmes spécifiques à l’Université du Haut-Rhin, disposant de trop peu de crédits selon les manifestants.

Un millier de manifestants dans les rues de Mulhouse contre la réforme du second cycle des universités : professeurs, étudiants et lycéens ont uni leurs forces. (Archives DNA)

1986 : projet Devaquet et sélection entre bacheliers

En une des DNA du 30 novembre 1986, le projet Devaquet (archives DNA)

1986 : le projet Devaquet de rétablissement de la sélection entre bacheliers. Hausse des droits d’inscription, plus grande autonomie financière des universités… Du côté des étudiants, ça ne passe pas. Durant l’automne, une manifestation nationale est organisée chaque semaine à Paris, avec jusqu’à un million d’étudiants et des émeutes systématiques. Peu à peu, les étudiants en province suivent le mouvement. Le 27 novembre 1986, ce sont près de 12 000 étudiants qui défilent dans les rues de Strasbourg.

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L’Université de Strasbourg ne fait pas partie des premières à suivre le mouvement…

(archives DNA)

Les étudiants en architecture bloquent un chantier à Strasbourg. En grève depuis le 7 novembre 1986, ils ont des revendications spécifiques, liées notamment à leur rattachement au ministère de la culture. (DNA)
Les étudiants en architecture bloquent un chantier à Strasbourg. En grève depuis le 7 novembre 1986, ils ont des revendications spécifiques, liées notamment à leur rattachement au ministère de la culture. (DNA)

Les actions de la FAGE sur le campus

Instaurée en 1989, la loi d’orientation Jospin introduit la distribution des crédits aux organisations élues au CNESER (Conseil national de l’enseignement supérieur et de la recherche) en fonction des résultats électoraux. La même année, la FAGE (fédérations des associations générales étudiantes) voit le jour. Toutes les actions sur le campus de l’Université de Strasbourg ne passent pas par des manifestations. Les syndicats et fédérations étudiants jouent aussi leur rôle. Ici, un courrier émanant de la FAGEM (Fédération des Associations Etudiantes) de Strasbourg, au sujet de la décentralisation des Universités en France.

Courrier de la FAGE à Mr le Ministre Daniel Hoeffel, au sujet de la décentralisation des Universités. (archives de Strasbourg)

Mars 1994, le contrat d’insertion professionnelle

Rémunérer les jeunes diplômés à 80% du SMIC. Le plan Giraud pour la mise en place d’un « SMIC jeune » est étouffé dans l’œuf. En mars 1994, les étudiants sortent dans la rue pour demander l’abrogation des décrets sur le contrat d’insertion professionnelle (CIP). A Strasbourg, les manifestations sont très suivies.

(Archives DNA)
(Archives DNA)

"La rue des anti-SMIC-jeunes", titrent les DNA. La veille, plus de 6000 étudiants ont manifesté à Strasbourg, Sélestat, Colmar, Mulhouse, pour réclamer l'abrogation des décrets sur le contrat d'insertion professionnelle. (Archives DNA)
« La rue des anti-SMIC-jeunes », titrent les DNA. La veille, plus de 6 000 étudiants ont manifesté à Strasbourg, Sélestat, Colmar, Mulhouse, pour réclamer l’abrogation des décrets sur le contrat d’insertion professionnelle. (Archives DNA)

1995, projet de remplacement des bourses

En 1995, un projet de remplacement des bourses par des prêts bancaires voit le jour. Avec en creux le risque d’une forme de sélectivité, notamment pour les étudiants les plus défavorisés. Le gouvernement recule face à la mobilisation qui se tient d’octobre 1995 à janvier 1996, et revient sur le rapport Laurent et la circulaire Bardet. Les étudiants embrayent aussi sur le plan Juppé de réforme de la Sécurité sociale. Le mouvement aboutit au mois de décembre à une grève générale des fonctionnaires, qui dure trois semaines. Une forme de « convergence des luttes »…?

Une des DNA de décembre 1995, qui évoque la menace d’une grève générale, partie du mouvement étudiant.

1997, l’arrêté Bayrou et ses stages diplômants

A partir de mars 1997, les étudiants se mobilisent pour demander le retrait de l’arrêté Bayrou, « relatif au diplôme d’études universitaires générales, à la licence et à la maîtrise ». L’arrêt revient notamment sur les stages diplômants et la semestrialisation. La FAGE, encore, appelle à une manifestation pour défendre « l’université d’aujourd’hui mais aussi de demain ».

Communiqué de presse de le FAGE, 1997 (archives de la Ville)

Quant au mouvement actuel, il continue de mobiliser avec des assemblées générales régulières. La fin de ce nouvel épisode n’est pas encore écrite…

La Manufakture : entrez, c’est ouvert !

La Manufakture : entrez, c’est ouvert !

Un bar éphémère à la Krutenau… Ça tombe bien, on adore ça les nouveaux bars à Rue89 Strasbourg. Mais à 10 euros l’entrée après 22h, Piet exige de pouvoir amener sa tente pour y passer la nuit.

#manufakture

De jeudi à samedi, notre sélection pour 3 jours de musique en plein air au Pelpass Festival

De jeudi à samedi, notre sélection pour 3 jours de musique en plein air au Pelpass Festival

Le Pelpass Festival est de retour avec le printemps, au jardin des Deux-Rives du jeudi 24 au samedi 26 mai. L’association éponyme a choisi de garder des dominantes pour chaque journée, voici notre sélection et nos recommandations parmi la vingtaine de formations programmées.

Bien décidé à s’installer dans la durée et à se présenter comme « le festival de plein air incontournable de Strasbourg », le Pelpass Festival a invité une grosse vingtaine de groupes de tous horizons. Mais là où une majorité des festivals extérieurs abandonnent les programmations par journées thématiques, Pelpass prend un peu le contre-pied, en maintenant des genres prédominants pour chacune des trois dates.

Jeudi 24 mai : hip hop et on le conseille québécois

Ce sont une majorité de rappeurs et de MC’s qui se produiront jeudi à partir de 19h. Venus de Londres (808INK), des États-Unis (CunninLynguists) ou de France (Sphère Primaire, Demi Portion), c’est un aperçu de l’état actuel du hip-hop sur les différentes scènes qui pourra se faire. On conseille fortement d’aller jeter une oreille à LOUD, qui impose un rap qu’on n’entend pas assez souvent en France, le rap québécois. Influencé par les classiques américains (Mobb Deep ou le Wu-Tang), son flow est marqué par l’accent et l’utilisation sans complexe du franglais. Retrouver le slang montréalais dans sa musique est aussi intéressant qu’intriguant.

En toute fin de soirée, Terror Pigeon sera l’exception de la programmation. Mené par Neil Fridd, qui commença le projet en one-man band, Terror Pigeon est devenu un groupe indé d’électro-pop connu pour ses concerts incroyables. Sa musique foutraque et ultra-rythmée, entre beats joyeux et mélodies légères, s’appuie sur la participation du public pour transformer chaque set en sorte de grosse soirée entre amis, avec un brin de nostalgie et beaucoup de tendresse, dont on sort revigoré. Gageons que le feu prendra à Pelpass, comme partout où le groupe passe.

Vendredi 25 mai : on aime la pop et les groupes locaux

Dès 18h le vendredi, et comme l’année dernière, seront proposées des « battles » de groupes locaux, mais cette fois-ci sous le signe de la pop. D’abord Joy & Glory vs Petseleh, puis Amor Blitz vs Amoure. Des rencontres qui promettent de belles surprises et pas mal de création, pour redécouvrir sous un nouveau jour des artistes qu’on connaît bien dans la région. Le reste de la journée sera remplie de groupes excellents. Entre Tootard et son blues du monde, Molecule et son set qui présentera les sons enregistrés lors d’une expédition polaire, et Yuksek, le célèbre DJ français d’électro-pop qui terminera la soirée, il s’agira de passer d’un chapiteau à l’autre et d’enchaîner les ambiances !

Au milieu de tout cela, on pourra profiter de la venue de deux fleurons de l’écurie Born Bad Records, l’un des meilleurs labels français. Forever Pavot d’abord fabrique des chansons parfaites en bande-son de vieux films ambiance 70’s, quand il ne verse pas dans le psychédélisme ou ne produit pas de titres pour Charlotte Gainsbourg. Quant à Cannibale, ils mélangent allègrement le rock, le cumbia ou l’afrobeat pour présenter un rock « garage réunionnais psyché ». Des groupes qui osent tout et naviguent à l’envie, qu’il ne faudra pas manquer au milieu de cette folle journée.

Samedi 26 mai : du rock et des canailles

Pour la dernière journée, la programmation est plus chamarrée, déclinant le rock sous toutes ses formes. Garage avec Sheriff Mouloud, alternatif teinté de folk celtique avec The Moorings, militaro-punk avec Soviet Suprem… Difficile de sélectionner des groupes en particulier. Cette journée sera celle de la diversité. Et à ce titre, on conseillera sûrement de jeter une oreille à Canailles, groupe québecois composé de 8 musiciens, qui mélangent allégrement blugrass et musique cajun pour un résultat pétillant.

Cette édition du Pelpass Festival se terminera avec le groupe marseillais Nasser. Il aura fallu attendre 5 ans depuis leur dernier album pour que leurs nouveaux titres fassent leur apparition, en début d’année. Le trio d’électro-rock s’est donc fait désirer pour la sortie de The Outcome. C’est puissant, rempli de beats électroniques à faire se soulever les foules, et parfait pour faire danser jusqu’au bout de la nuit. Une fin en apothéose à prévoir aux Deux-Rives !

#Amoure

Samedi au Studio Saglio, La Nouvelle Lune propose une nuit « inclusive et festive »

Samedi au Studio Saglio, La Nouvelle Lune propose une nuit « inclusive et festive »

La Nouvelle Lune est une association lesbienne et féministe. Elle investit le Studio Saglio à la plaine des Bouchers à Strasbourg samedi 26 mai de 22h à 6h pour son deuxième « bal de printemps. »

Créée en 2017, La Nouvelle Lune participe à la lutte contre les discriminations et les atteintes aux droits des femmes et des lesbiennes. Forte d’une soixantaine de membres dynamiques et motivées, l’association ouverte à toute personne se définissant comme femme, multiplie les actions.  Isabelle, Audrey, Ann-Lise, Sylvie, Florence, Aline et Pauline précisent :

« Notre but est d’organiser des rencontres conviviales, culturelles, militantes… Nous participons chaque année au défilé lors de la marche des visibilités LGBTI. D’ailleurs, le samedi 9 juin, nous partagerons un char baptisé Charus Lesbotor Intersectionalus avec l’association féministe Les Effrontées. Nous avons également organisé des tables rondes à la Librairie Kléber autour de livres sur des thématiques lesbiennes et féministes. Et en octobre, nous avons créé un festival de cinéma sur les mêmes thèmes, le FémiGouin’Fest, au cinéma Star. Nous sommes aussi membres du CA de La Station, le centre LGBTIQ+ de Strasbourg, et nous sommes inscrites à la commission droits des femmes et égalité du genre à la ville de Strasbourg. »

La Nouvelle Lune
La Nouvelle Lune l’année dernière. (Document remis)

En plus de ces très nombreux événements publics, La Nouvelle Lune organise également des temps conviviaux entre adhérentes pour qu’elles apprennent à mieux se connaître. Chaque membre de l’association a ses propres passions qu’elle peut librement partager et ce qui les unit le plus est bien sûr la culture féministe et lesbienne. La Nouvelle Lune s’inscrit ainsi pleinement dans la continuité de La Lune Noire, une association créée dans les années 80 :

« On peut dire que nous avons à cœur de marcher dans les pas de nos aînées et que la pluralité des opinions autant que l’inclusivité sont des valeurs importantes pour nous. »

Le bal organisé samedi s’inscrit dans cette démarche :

« Nous avons choisi le terme de bal car nous le souhaitons festif bien sûr, mais bon enfant, inclusif et rassembleur de toutes les générations ; pour le côté un peu désuet, mais aussi le côté populaire. La musique sera à la mesure de cette ambition. Il y aura 3 set différents menés par 3 DJettes qui ont des répertoires variés. Nous attendons évidemment un large public LGBTIQ+ et leurs amis. En effet, ce bal s’inscrit dans le programme des festivités du mois des visibilités organisé par le collectif FestiGays. Il est cependant ouvert à toutes et à tous, c’est une mixité choisie. Et nous espérons que des personnes de différentes générations viendront, de 18 à 77 ans ! »

Cette soirée porte un objectif important :

« Nous souhaitons inscrire des habitudes festives pour nous qui avons peu d’espaces sécurisés où nous pouvons nous amuser. »

La Nouvelle Lune
Le FémiGouin’Fest en octobre 2017. L’édition 2018 aura lieu du 12 au 14 octobre. (Document remis)

« Presque tous les jours, les médias rapportent des agressions de personnes homosexuelles et transgenres, donc c’est difficile de se sentir tout à fait en sécurité dans la sphère publique comme dans la sphère professionnelle. On connait toutes et tous des amis qui ont été agressés, physiquement, verbalement. On sent bien que le regard des gens n’est pas toujours bienveillant et ça concerne même parfois nos propres familles. Les discussions autour du mariage pour tous ont libéré une parole haineuse qui ne s’est guère calmée depuis. D’ailleurs le rapport annuel de SOS Homophobie le montre bien car les agressions ont augmenté de 15% cette année. »

Le prochain événement organisé par La Nouvelle Lune aura lieu mercredi 30 mai à la Librairie Kléber. L’association accueillera Jo Güstin, auteure de 9 histoires lumineuses où le bien est le mal.

« Elle est « engagée à déconoliser les imaginaires, à contribuer à la représentation des vies cachées, à parler des non-Blancs, à donner du pouvoir aux femmes, le micro aux personnes LGBTQI, aux Africains, aux non-valides et aux malades, aux exclus de la société en faisant “rire, rêver, réfléchir”. »

#La Nouvelle Lune#Studio Saglio