Depuis décembre, l’association Maison rose réaménage un bâtiment du 91 route des Romains. Objectif : transformer les 3000 m2 de cet ancien entrepôt de stockage de la brasserie Gruber en un lieu accueillant des structures professionnelles, artistiques, sportives et associatives en lien avec les acteurs du parc et du quartier.
C’est une maison rose, adossée au plateau d’activité du parc Gruber, quartier Koenigshoffen. Du temps où elle appartenait à la brasserie Gruber, les caves du bâtiment étaient remplies de glace pour conserver les tonneaux de bière au frais toute l’année. Désormais, le sous-sol accueille (entre autres) un parcours du groupe de spéléo du Bas-Rhin ainsi qu’une salle de réception à l’acoustique impeccable. Des guirlandes lumineuses serpentent de l’une à l’autre et des sous-sols aux étages, fil d’Ariane au milieu des travaux et des gravats.
De juillet à octobre, plusieurs chantiers participatifs sont organisés pour aménager les communs de la Maison rose. Photo : Victoire Pirot / Rue89 Strasbourg / cc
Une quinzaine de bénévoles, 3000 mètres carré
Depuis décembre, une quinzaine de bénévoles réaménagent ce bâtiment de 3000 mètres carré donnant accès à tous les niveaux du parc Gruber. Ils sont artistes, artisans, scénographes, entrepreneurs ou encore praticiens de santé… mais pour l’heure, ils sont surtout bricoleurs. Le petit groupe souhaite créer plusieurs espaces de travail privatifs ou mutualisés, une cuisine, des salles de repos et de réunion, des lieux d’exposition et des salles à disposition associations.
Tous les participants au chantier ont à leur charge l’aménagement de leurs espaces professionnels, pour le moment délimités par des bandes au sol. La Maison rose compte 37 unités de de ce type, dont une vingtaine sont encore disponibles.
Pour le moment, des bandes au sol marquent les futurs espaces privés. Au premier, des ateliers, pour des activités susceptibles d’être bruyantes, à l’étage, des bureaux. Ce traçage au sol, aussi appelé projet Dogville, a été réalisé par l’atelier NA.
Le projet est né en 2018 d’une rencontre entre résidents des différentes structures artistiques et collaboratives implantées au parc Gruber. Membres de la Drêche, de la Fabrique, ou encore de la Semencerie, ils étaient une quarantaine à chercher un autre lieu où installer leurs activités.
Deux ans de négociation pour un loyer modéré
Le bâtiment a été trouvé rapidement mais deux ans de négociation ont été nécessaires pour signer un bail. Les discussions portaient notamment sur la mise en place d’un loyer modéré et progressif sur 24 mois pour atteindre 4000 euros en 2022, soit environ 220 euros pour 25 à 30 m2 d’espace privatif.
La signature du bail en décembre dernier a permis au projet de redémarrer cet hiver, avec le lancement des travaux d’aménagement et l’arrivée de nouveaux bénévoles-constructeurs-locataires. Car louer un espace à la Maison Rose revient à prendre part au projet, comme l’explique Manuel Simoes, membre co-fondateur de la Maison Rose :
« On ne cherche pas à attirer des personnes qui viendraient à 9h pour repartir à 17h. On veut accueillir des gens qui participent au collectif. C’est là où construire ensemble notre bâtiment est super important. On souhaite avoir un bâtiment résilient en quelque sorte, capable d’évoluer en fonction des besoins. L’objectif n’est pas qu’on le finisse et qu’on l’occupe, mais qu’on le vive, qu’on le redéfinisse constamment. Il peut s’agir de monter ou faire tomber des cloisons pour de nouveaux locataires par exemple. »
Vouloir adhérer à la Maison rose ne suffit pas pour y entrer cependant, puisque chaque nouvelle arrivée doit être approuvée par l’ensemble des locataires. Toutes les décisions sont prises à l’unanimité.
Encore largement en chantier, la Maison rose est décorée de guirlandes qui permettent surtout de trouver son chemin, dans certains endroits pas encore éclairés comme les escaliers.
Eviter de participer à la gentrification du quartier
Les membres de la Maison rose utilisent le terme de tiers-lieu pour désigner leur projet. Cette expression, traduite de l’anglais « third place », désigne d’abord des espaces de vie en dehors du travail la maison et le travail. Elle est aujourd’hui utilisée pour rassembler sous une même famille des lieux aussi variés que les fablab, les espaces de coworking, ou encore les jardins et habitats partagés. Le concept vise à souligner la notion d’échanges, de rencontres entre des acteurs qui ne se seraient pas forcément croisés ailleurs.
C’est aussi l’un des aspects du projet Maison rose qui prévoit de mettre à disposition des espaces pour des acteurs du quartier :
« On ne veut pas participer à la gentrification du quartier, insiste Manuel Simoes. On souhaite proposer des actions qui correspondent aux besoins des habitants. Nous sommes en discussion avec le Conseil citoyen de Koenigshoffen et avec l’association PAR ENchantement pour voir comment on pourrait collaborer avec eux, en mettant à leur disposition des salles gratuitement par exemple. Participer à la vie du quartier, cela peut-être aussi accompagner des porteurs de projets, essayer de soutenir les initiatives locales venant du quartier. »
Implantée au parc Gruber, la Maison rose imagine également pouvoir échanger avec les autres structures présentes sur le site. « On peut être très complémentaires, se réjouit Manuel Simoes. Il y a des artistes à la Drêche, à la Hutte, au Scénoscope, on a une salle d’exposition, des grands espaces qui peuvent accueillir des événements. Même chose avec la Fabrique concernant les outils et les compétences. »
Le Groupe de spéléo du Bas-Rhin s’est installé dans l’une des travées du sous-sol. Les sept mètres sous plafond ont permis d’installer un parcours.
Reste que la Maison rose est encore dans le gros des chantiers. Les locataires les plus ambitieux espèrent pouvoir terminer l’isolation de leurs espaces privés avant l’hiver. « On est également à la recherche de compétences qui nous manquent, glisse malicieusement Manuel Simoes. Des chauffagistes, plombiers, électriciens, ou encore des comptables qui seraient prêts à intégrer le collectif. »
La nouvelle majorité compte modifier les têtes de l’administration pour mettre en place sa politique.
La maire de Strasbourg, Jeanne Barseghian (EELV), la présidente de l’Eurométropole, Pia Imbs (sans étiquette) et la présidente « déléguée » Danielle Dambach (EELV) ont annoncé aux plus de 7 000 agents de la Ville et de l’Eurométropole de Strasbourg qu’ils auront bientôt un nouveau patron. La nouvelle équipe souhaite se séparer de l’actuel directeur général des services (DGS), Pierre Laplane.
Pierre Laplane était arrivé en juillet 2010, environ deux ans après l’élection de Roland Ries (PS). Ce fonctionnaire territorial avait pour mission de faire appliquer la politique de la municipalité socialiste par l’administration, à la Ville comme à la métropole (ex-CUS). Lors du mandat 2014-2020, il a notamment dû mettre en oeuvre le non-remplacement de certains agents et « l’externalisation » de certains services, afin de « stabiliser » la masse salariale de la collectivité, autour de 50% de ses dépenses. Il s’est parfois retrouvé à gérer les aspects techniques et juridiques où la Ville et l’Eurométropole avaient des positions différentes (Parc des Expositions, SIG Arena, etc.)
Pierre Laplane, directeur général des services de la Ville de Strasbourg Photo : Abdesslam Mirdass / Hans Lucas
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À quelques jours de la rentrée, six étudiants de l’Université de Strasbourg sont menacés d’expulsion et deux jeunes parents sont interdits de travailler. La cellule de veille et d’alerte pour les étudiants de l’Université de Strasbourg lance un nouvel appel à la préfecture.
La cellule de veille et d’alerte pour les étudiants internationaux de l’Université de Strasbourg assiste dans leurs démarches les étudiants étrangers qui rencontrent des difficultés dans l’obtention d’un titre de séjour, du droit d’asile ou d’une naturalisation. Depuis sa création en 2011, jamais cette cellule n’avait essuyé autant de refus de la part de la préfecture. Sur neuf étudiants suivis, seuls trois ont été régularisés par l’administration.
Début juin, la cellule a présenté neufs dossiers d’étudiants bien scolarisés et soutenus par leurs professeurs à la préfecture du Bas-Rhin pour qu’elle régularise leur situation administrative.
Il aura fallu attendre le 23 juillet une réponse de la direction des migrations et de l’intégration : six des neufs dossiers sont rejetés. Et parmi les trois étudiants qui ont obtenu un titre de séjour, un couple de jeunes parents se voit interdit de travailler.
Les étudiants étrangers doivent non seulement réussir leurs études mais aussi éviter les pièges administratifs Photo : Knowtex / FlickR / cc
Michel Koebel, professeur de sociologie et membre de cette cellule d’alerte et de soutien, s’indigne : « C’est incompréhensible, interdire à ce couple de travailler, c’est le condamner au travail clandestin. »
Michel Koebel exhorte les autorités à « prendre en compte la situation humanitaire de ces étudiants » qui ont pour la plupart réussi leur année malgré les difficultés posées par le confinement :
« Mounia (prénom modifié) est arrivée en France 2019 pour fuir un mariage forcé. Pendant le confinement, elle est devenu très fragile. Elle n’osait plus sortir de chez elle de peur de subir un contrôle de police et qu’on lui demande des papiers qu’elle n’a pas. À court de nourriture, elle a passé plusieurs jours sans manger. Elle a réussi sa deuxième année malgré tout. »
Michel Koebel, professeur de sociologie à l’université de Strasbourg
Pascal Maillard, professeur de littérature, annonce que les membres de la cellule envisagent d’autres modes d’action si le silence de la préfecture du Bas-Rhin se poursuit.
Le nombre d’élèves présents à la rentrée est loin du seuil qui permettrait le maintien de la cinquième classe. D’autres défis attendent cette école atypique du quartier Laiterie.
L’école maternelle Louise Scheppler va passer 2020/2021 l’année avec quatre classes. Le Comité technique spécial départemental (CTSD) de l’Académie de Strasbourg réuni le 3 septembre a confirmé sa décision du mois d’avril.
Le comptage le jour de la rentrée a acté qu’il y avait 99 enfants présents, soit environ 25 par classe. Même s’il y a un peu plus d’inscrits officiellement (109). Le seuil pour rester à 5 classes est fixé à 118 élèves. Ainsi, la question de cette classe s’est assez peu posée en réunion comparée à d’autres situations plus tendues. En 2019/2020, cette école du quartier Laiterie avait accueilli 120 élèves, répartis dans 5 classes.
Vers une classification REP ?
« L’un des enjeux futur sera peut-être de passer l’école en Réseau d’éducation prioritaire (REP), un statut qui dépend en fait du collège », indique Virginie Longchamp, de l’association des parents d’élèves (Apeels). Contrairement à la majorité des écoles, la maternelle Louise Scheppler dépend de trois écoles primaires différentes.
« L’inspecteur est conscient qu’il y a une mixité ici, ainsi qu’à l’école Sainte-Aurélie, même si l’établissement de rattachement des écoles élémentaires, le collège Pasteur, n’est lui-même pas REP. On espère aussi que l’objectif d’une Atsem (Agent territorial spécialisé des écoles maternelles, une aide aux enseignants pour encadrer les enfants ndlr) par classe soit mis en place ici, car il y a beaucoup de petits cette année », poursuit la mère d’élèves. Sur les listes affichées le jour de la rentrée, on comptait en effet une classe de 29, ainsi qu’une bonne vingtaine de « petits » mélangés soit avec des « grands », soit des « moyens ». Il s’agit d’une école avec plusieurs arrivées et départs en cours d’année, au rythme de l’hébergement de familles étrangères et de la scolarisation de leurs enfants dans le quartier Gare.
Le jour de la rentrée 2020, plusieurs banderoles et pancartes visaient à interpeller l’Éducation nationale. Photo : JFG / Rue89 Strasbourg
« Priorité aux petits », pour les Atsem
Du côté de la nouvelle municipalité, « la trajectoire est d’atteindre 1 Atsem par classe sur le mandat. Avec une priorité pour les petits, puis les moyens et les classes REP », rappelle l’adjointe à l’Éducation, Hulliya Turan (PCF).
Après le recrutement de 15 agents en février par la précédente majorité, un autre de recrutement de 15 personnes a été initié cet été, dans le but de les intégrer après les vacances de la Toussaint.
À Strasbourg, 4 800 jardins familiaux font le bonheur de leurs heureux locataires. Qui n’a jamais lorgné à travers la clôture d’un jardin ou envié ces coins de verdure privatifs en ville ? Pourtant, derrière les grillages, la vie n’est pas si rose pour qui ne rentre pas dans le rang. Obtenir et garder son lopin de terre, ça se mérite.
Ce mercredi matin de juillet, Ahcène et Gérard se tiennent devant la porte d’entrée des jardins familiaux de Cronenbourg. Ils ont attendu leur retraite pour devenir responsables d’un lotissement et y passent, désormais, l’essentiel de leurs journées. Ahcène est retraité du secteur de la métallurgie. Il est le principal responsable des jardins familiaux du parc de Cronenbourg.
L’homme semble aimer les responsabilités : il a fondé une association de retraités avec d’anciens collègues et s’investit comme conseiller syndical dans sa copropriété. Il a en outre huit petits-enfants. Mais ce qui occupe l’essentiel de son temps, du lundi au dimanche, c’est son jardin et la gestion du lotissement :
« J’arrive vers les coups de 8h et je rentre vers 11h30. L’après-midi, je fais une petite sieste et je reviens pour 15h30 jusqu’à 19h30 à peu près, toute l’année ! »
Ahcène, le responsable des jardins du parc de Cronenbourg, devant son jardin. Photo : Fanny Laemmel / Rue89 Strasbourg
Le jardinage, une affaire sérieuse
Ahcène est membre de l’Association des jardins ouvriers de Strasbourg ouest (Ajoso), une des cinq associations qui gèrent les jardins familiaux de Strasbourg, avec les espaces verts municipaux. Vieille de 100 ans, l’Ajoso comptabilise plus de mille parcelles. La gestion d’un lot de jardins n’est pas une mince affaire.
Les jardiniers doivent respecter de nombreuses règles et des pénalités existent pour chaque infraction. Parmi les interdits, la culture du maïs et de tournesols. « Un ou deux, ça va, mais on a découvert un jour des plants de cannabis cachés derrière des maïs et des tournesols, alors c’est interdit maintenant ! », explique Gérard, responsable du lotissement du Hundseich, voisin de celui d’Ahcène.
Gérard, le responsable des jardins familiaux Hundseich, dans sa maisonnette. Photo : Fanny Laemmel / Rue89 Strasbourg
Le souci cet été, c’est le gaspillage d’eau. Les rappels à l’ordre sont réguliers, et pas que dans ces jardins de l’Ouest strasbourgeois. Un jardin mal entretenu, pas désherbé, pas assez planté, peut en effet être retiré à son locataire. Il y a un signalement oral lors d’un contrôle puis un ou deux courriers avant la sentence finale. « Il y a 15 jours pour se mettre en conformité », indique Ahcène. Désormais, les « nouveaux jardiniers » sont à l’essai pendant un an. « On joue la police mais on donne aussi des conseils », renchérit Gérard.
« Le règlement est sévère », concède Ahcène, mais c’est selon lui le prix pour obtenir « les plus beaux jardins de Strasbourg ! » Ce matin-là, on ne croise que des retraités ; il faut disposer de pas mal de temps libre pour avoir un beau jardin.
Une parcelle avec cabanon dans les jardins familiaux du parc de Cronenbourg. Photo : Fanny Laemmel / Rue89 Strasbourg
Un jardin, ça se mérite
Obtenir un jardin familial à Strasbourg, ça se mérite… et se laisse désirer. Aucun critère d’attribution n’existe, si ce n’est être résident de la commune et être inscrit sur la liste d’attente. « Il faut compter trois à quatre ans pour obtenir une parcelle, » explique Christel Kohler, adjointe (LREM) au maire en charge de l’environnement lors du mandat 2014-2020. Le tarif varie entre 48€ et 160€ par an selon que le jardin soit équipé ou non d’une cabane, un bac à compost, une arrivée d’eau, etc. Suivant les jardins, d’autres frais peuvent s’ajouter, mais l’opération reste rentable si la récolte est fructueuse.
Les jardins familiaux – ou jardins ouvriers – ont été développés en France à la fin du XIXe siècle. L’idée était d’améliorer la condition des familles ouvrières en leur offrant une activité saine – le jardinage en plein air – tout en leur permettant de cultiver leur nourriture. La vocation initiale est restée puisque le règlement strasbourgeois précise que deux tiers de la surface doit être cultivée en potager. Sur le reste, on y trouve des fleurs, du gazon, des tables, un barbecue, des balançoires et autres jeux pour enfants…
Vous avez dit « biodiversité » ?
Les règles strictes qui s’appliquent aux jardins strasbourgeois créent parfois des situations paradoxales. Comme pour Philippe, chapeau de paille et teint hâlé, qui pratique l’éco-jardinage sur sa parcelle dans les jardins de Helenengarten à côté de la place de Haguenau.
En 2019, il a gagné le premier prix de l’éco-jardinier. Ce prix, décerné par la ville, souhaite mettre en valeur « les innovations dans les potagers, la richesse en flore et en faune », ou encore « un entretien éco-responsable ». Deux semaines après avoir été primé, il ouvrait un nouveau courrier de la ville lui demandant de nettoyer son jardin…
Philippe a gagné le premier prix de l’éco-jardinier en 2019. Photo : Fanny Laemmel / Rue89 Strasbourg
De fait, son jardin ne ressemble pas à celui de ses voisins. Ici, pas d’allée centrale, presque pas de terre apparente, pas de table ni de balançoire. La biodiversité règne et le premier adjectif qui vient est « foisonnant ». Gaillardes, kniphofias, polygonomes, cardons, mélilot, scabieuses… Quand Philippe a postulé au prix de la mairie, il a rempli quatre pages. De tête, il dit avoir planté « entre 200 et 300 espèces. »
C’est en s’enfonçant dans le jardin qu’une allée redessinée en forme de cercle apparaît. Philippe détonne dans le paysage mais s’entend bien avec ses voisins. En revanche, il critique volontiers la vision traditionnelle et rigide des contrôleurs de jardins.
Que penseraient Ahcène et Gérard depuis l’Ouest de Strasbourg ? On peut imaginer que Philippe ne rentrerait pas tout à fait dans leurs critères… Les jardins de l’Ajoso élisent deux prix par lotissement : le « meilleur jardin » au plus entretenu et un « prix d’encouragement » pour des nouveaux jardiniers. Ici on apprécie particulièrement les allées bien nettoyées, les plantations « au carré ». « Et on n’aime pas tellement les fleurs des champs. La ville en avait distribué pour attirer les abeilles mais ça nous embête parce qu’on n’arrive plus à savoir quand c’est entretenu ou pas ! », selon Gérard. La frontière entre l’éco-jardinage et le laisser-aller est ténue.
Agostinho a été primé plusieurs fois pour son jardin « planté au mètre ». Photo : Fanny Laemmel / Rue89 Strasbourg Un jardin bien entretenu et qui mérite le prix d’encouragement d’après Gérard et Ahcène.Photo : Fanny Laemmel / Rue89 Strasbourg
Un jardin pas si secret
Nos deux retraités saluent par leur prénom toutes les personnes qu’ils croisent dans les allées et à travers les clôtures. « Les haies sont limitées à 1,50 m et les séparations mitoyennes à un mètre, pour que les gens puissent se parler ! », commente Ahcène. Ainsi, chacun peut aussi se faire une idée de ce qui se pratique sur les parcelles : qualité de l’entretien, temps de présence, ici pas de secret entre voisins ! Voilà Monsieur Da Costa qui arrive du fond de son jardin pour les saluer. Sa parcelle est tellement couverte de végétaux qu’on ne l’avait pas aperçu jusque-là.
Ahcène discute avec son voisin de parcelle, aux jardins familiaux de Cronenbourg. Photo : Fanny Laemmel / Rue89 Strasbourg
La vue sur les parcelles est si dégagée qu’on peut jouer à deviner l’origine des locataires en fonction des plantations. S’il y a beaucoup de tomates, de concombres, d’aubergines et de piments, « il s’agit de Turcs » selon Ahcène et Gérard. Pour eux, s’il y a surtout des légumes, ce sont des Maghrébins, et avec des plantations de menthe, des Marocains, pour être plus précis. Beaucoup de choux ? Un jardin portugais, sans hésiter. On découvre le « chou de Noël » qui servira à préparer la spécialité à la morue servie pendant les fêtes de fin d’année. Et s’il y a aussi des fleurs ? « Ce sont des Français en général ».
Solidarité et complicité
Un samedi soir de juillet, dans ces mêmes jardins, l’ambiance est plus festive. De loin, les signaux de barbecue confirment la présence de plusieurs jardiniers à cette heure tardive. Il suffit de suivre les odeurs de grillades. Zukeyha, 46 ans, prépare le repas avec sa sœur et son frère. À l’opposé du barbecue, l’eau pour le thé chauffe dans le samovar turc.
Une famille d’une quinzaine de personnes s’est réunie pour des grillades sur cette parcelle qui appartient à leur père. Toute la famille entretient ce terrain obtenu il y a deux ans. « Au départ, c’est difficile avec le voisinage, si quelqu’un est nouveau et qu’il y a un souci dans les espaces communs, c’est lui qui est accusé », concède Zukeyha.
Avoir un jardin familial, c’est aussi pouvoir profiter d’un barbecue de temps en temps. Photo : Fanny Laemmel / Rue89 Strasbourg
Un peu plus loin Isyan, Dilan et Rosa, respectivement 27, 28 et 19 ans, et leurs amis sont déjà au dessert, agrémenté de raki ou de Redbull. La sœur d’Isyan s’occupe de ce jardin depuis six ans. Elle vient le matin dès 6h pour y cultiver les légumes avant de rejoindre le restaurant familial à Auenheim où elle travaille. « Nous, on vient juste pour manger ! », précise Isyan. Les jeunes femmes aiment beaucoup l’ambiance dans ces jardins.
« La complicité qu’on a entre nous, vous ne la verrez pas ailleurs », abonde Rosa. « On est plus proches entre voisins du jardin qu’avec nos voisins d’immeuble », enchérit Dilan. « En hiver, quand on ne jardine pas, on invite nos voisins de parcelles à la maison ». C’est un peu comme une deuxième maison pour ces familles, elles y viennent tous les jours. Le jour où ses parents ne se sont pas rendus au jardin, les voisins de la parcelle ont appelé pour savoir s’ils allaient bien. « Ce qui est bien ici, c’est la solidarité », apprécie Isyan. Le manque de discrétion ne les gêne pas.
Isyan, au centre de la photo, vient surtout au jardin pour manger. Photo : Fanny Laemmel / Rue89 Strasbourg
De l’extérieur, des grillages et des clôtures empêchent l’accès aux jardins. Tous les locataires ont une clé pour les entrées principales et les grilles qui séparent parfois les sous-lotissements. Ces allées labyrinthiques et portes sécurisées rappellent les bâtiments administratifs les moins chaleureux, il ne manque que des badges d’accès.
Heureusement, le paysage est bien plus bucolique. En tout cas, tout le monde semble respecter la consigne de laisser porte close derrière soi. Pour visiter les lieux, il faut montrer patte blanche ou se faufiler au bon moment.
Samedi 5 septembre, une trentaine d’associations, de collectifs et d’artistes investiront la rue du Hohwald pour la fête annuelle du quartier gare.
D’ordinaire, la fête du quartier Gare marque le début de l’été. Cette année, une trentaine d’associations de collectifs et d’artistes fêteront dans la rue du Hohwald le 5 septembre de 15 h à 23 h. Le principe reste le même, de nombreux ateliers tout au long de l’après-midi suivis par une soirée musicale.
Cette année, une trentaine d’associations de collectifs et d’artistes fêteront dans la rue du Hohwald le 5 septembre de 15 h à 23 h.
De 15 h à 18 h, les associations du quartier tiendront des stands et des ateliers. Ainsi Les petites cantines proposeront des battle de cuisine et l’Accorderie mettra à disposition un atelier de jardinage. Des balades guidées dans le quartier et une visite de la fabrique du théâtre sont aussi au programme. Les enfants pourront participer à un atelier de découverte de l’école de musique du centre socio-culturel du Fossé des Treize. L’Association des Habitants du Quartier Gare prépare aussi un jeu de piste pour les plus jeunes.
La méditerranée à l’honneur en soirée
A partir de 18h30, divers artistes se succéderont sur scène pour une soirée musicale. La première partie sera assurée par Ernest. Sur leur page Facebook, le groupe à l’esthétique steampunk se décrit comme une rencontre entre « Tim Burton, Gainsbourg et Jules Verne ». Son répertoire va du rock groovy à la dub en passant par des balades macabres à l’accordéon. Après un open mic rap de 19h15 à 20h30, le groupe turcophone Sousta Politiki jouera du rebetiko, une forme de blues oriental né des échanges culturels entre la Grèce et la Turquie. La soirée sera clôturée par Duna Orkestar, une fanfare aux influences méditerranéennes.
Côté restauration, une buvette tenue par le collectif Gare sera ouverte pour toute la durée de l’évènement. En journée, un salon de thé éphémère accueillera les participants. Pour ce qui est du dîner, ils pourront choisir entre un barbecue, des frites « maisons » et des salades.
Masques à disposition
Le masque sera obligatoire, comme partout dans la rue depuis samedi dernier. Le collectif CSC Fossé des Treize, en charge de l’évènement, en mettra à disposition du public. Du gel hydroalcoolique sera également en libre service sur chacun des stand.
Élu écologiste de Geispolsheim, Jacques Fernique mènera une liste verte-rose-rouge dans l’espoir d’obtenir au moins un siège de sénateur.
C’est un « accord historique » n’hésitent pas à annoncer les chefs de partis. Dans le Bas-Rhin, Europe Écologie – les Verts (EELV), le Parti socialiste et le Parti communiste présentent une liste commune aux élections sénatoriales du dimanche 27 septembre. À en en croire les responsables locaux, c’est la première fois que toutes ces formations partagent l’affiche pour des élections sénatoriales dans le département. La liste est par ailleurs soutenue par quatre plus petits partis : Place publique, Generation.s, le Mouvement écologiste indépendant et Objectif Euro-Region Alsace.
La tête de liste sera Jacques Fernique, ancienne tête de liste aux élections régionales de 2010 et deux fois candidat à la mairie de Geispolsheim. Cadre historique du parti en Alsace, même lors des années de disette, il n’est que conseiller municipal d’opposition depuis 2016.
La deuxième place est prise par l’élue socialiste strasbourgeoise Françoise Bey et la troisième par Jean-Martin Kientz, agriculteur à la retraite et maire de 2001 à 2014 d’Ebersheim, « proposé » par le Parti communiste dont il n’est pas membre.
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Le tribunal administratif demande à la préfecture du Bas-Rhin de préciser la portée de son arrêté du 28 août, obligeant tous les passants à porter un masque en extérieur, avant lundi.
Saisi en référé liberté mardi, le tribunal administratif enjoint, dans une ordonnance publiée le 2 septembre (voir ci-dessous), la préfecture du Bas-Rhin de modifier son arrêté obligeant au port du masque dans l’espace public, dans 13 communes du Bas-Rhin de plus de 10 000 habitants, dont Strasbourg.
Pour le juge des référés, Stéphane Dhers, la préfecture du Bas-Rhin peut imposer le port du masque en ville, en raison de la reprise de la circulation du coronavirus, mais pas partout, pas tout le temps. Le tribunal demande donc à la préfecture de préciser les zones et les horaires où le masque doit être porté à l’extérieur. Il donne à la préfecture du Bas-Rhin jusqu’au lundi 7 septembre à midi, faute de quoi l’arrêté du 28 août est annulé.
Le tribunal administratif est ainsi constant dans son interprétation (il s’agit déjà la 3e ordonnance sur cette question) : imposer le port du masque dans l’espace public est bien une violation à la « liberté d’aller et de venir ». Pour que cette violation se justifie, il faut une raison impérieuse. Pour le tribunal, elle est cette fois justifiée par la reprise de l’épidémie :
« Ainsi, eu égard aux risques de santé encourus par les populations, à l’impératif d’endiguer la propagation de la covid-19, au contexte actuel marqué par la fin des vacances scolaires et universitaires, et alors qu’il est largement admis par la communauté scientifique que le masque constitue un moyen efficace pour contenir cette pandémie, la préfète du Bas-Rhin pouvait légalement en imposer le port dans lesdites communes. »
Depuis le 29 août, tous les passants doivent porter un masque à l’extérieur Photo : PF / Rue89 Strasbourg / cc
Contrairement à son ordonnance de mai, le tribunal reconnaît cette fois les vertus du masques pour limiter la propagation de l’épidémie, en se fondant sur des orientations de l’Organisation mondiale de la santé publiées en juin.
Pour autant, le tribunal trouve que l’atteinte à la liberté de circuler est trop systématique :
« Il ressort des termes de l’arrêté du 28 août 2020 que cette obligation porte sur la période du 29 août 2020 au 30 septembre 2020, soit 33 jours, et urtout qu’elle s’applique toute la journée et sur l’ensemble du territoire de chacune des 13 communes concernées. La préfète du Bas-Rhin, à qui le caractère général et absolu de son arrêté a été opposé à la barre, n’a apporté aucune justification sur ce point. Il ne ressort pas des pièces du dossier qu’il existerait en permanence et sur la totalité des bans communaux concernés une forte concentration de population ou des circonstances particulières susceptibles de contribuer à l’expansion de la covid-19. »
À la barre, Ornella Bracka, juriste de la préfecture, avait pourtant expliqué que l’administration était bien consciente que les circonstances locales étaient variables selon les secteurs mais que la préfète avait opté pour une « règle claire » afin de s’assurer qu’elle soit bien comprise. L’administration désirant probablement éviter les consignes contradictoires à Paris, où quelques rues avaient été désignées « avec masques » mi-août avant que l’obligation ne soit finalement étendue à la capitale entière et à la petite couronne fin août.
Dans un communiqué envoyé en fin d’après-midi, Vincent Feireisen et Christian Chartier, les deux requérants, invitent la préfète à respecter le « principe de proportionnalité » :
« Comme citoyens, nous appelons Mme la préfète du Bas Rhin à se rapprocher des maires des villes concernées, afin de définir avec nos élus les horaires et les lieux où le port du masque à l’extérieur constituera un outil supplémentaire de protection contre l’épidémie, en association avec les gestes barrières indispensables. Comme professionnels de santé (Christian Chartier est médecin, Vincent Feireisen psychologue hospitalier, ndlr), nous demandons à Mme la Préfète et aux maires de mettre en avant la prévention et non pas la répression. »
L’Agence régionale de santé (ARS) met en place un dépistage gratuit et sans ordonnance sur les principaux campus universitaires de Strasbourg. Les 20-29 ans étant les principaux vecteurs de propagation du coronavirus, l’ARS espère ainsi réduire les chances que se forment de nouveaux foyers.
Les étudiants des campus strasbourgeois vont pouvoir se faire dépister au coronavirus gratuitement et rapidement, lors de trois sessions en extérieur en septembre.
L’Agence régionale de santé (ARS) met en place trois centres de dépistage provisoires sous chapiteau, avec la Protection civile et le laboratoire Biogroup :
Le 3 septembre de 10h à 16h sur le campus de l’Esplanade au 4 rue Blaise Pascal à Strasbourg,Le 9 septembre de 10h à 16h sur le campus de l’Esplanade au 4 rue Blaise Pascal à Strasbourg,Le 22 septembre de 11h à 15h sur le campus Illkirch-Graffenstaden.
Cette campagne vise à éviter l’apparition de nouveaux foyers épidémiques, au sein d’une population très souvent asymptomatique, et donc peu consciente de son rôle dans la propagation du coronavirus.
Le prélèvement PCR ne prend que quelques minutes Photo : Senardo Federal / FlickR / cc
Selon l’ARS, dans le Bas-Rhin, le taux d’incidence (nombre de nouveaux cas pour 100 000 habitants) chez les personnes âgées de 20 à 29 ans double quasiment chaque semaine :
« Le retour des vacances, notamment des zones de circulation très active du virus, le relâchement des mesures barrières, et la vie sociale plutôt collective de la jeunesse, sont autant de facteurs propices en cette période à augmenter très rapidement le nombre de jeunes qui deviennent des porteurs asymptomatiques, sans le savoir. »
Cette campagne de dépistage ne nécessite pas d’ordonnance et les tests ne sont pas facturés aux étudiants. Il s’agit de tests « PCR« , qui consistent à réaliser un prélèvement nasal, à l’aide d’un écouvillon, afin d’y détecter la présence du coronavirus. Le prélèvement n’est pas douloureux mais assez désagréable, selon la notice de Biogroup. Les résultats sont envoyés directement aux patients, par e-mail dans les 48 heures.
Questionnée sur les risques de dérive des rondes sécuritaires de Stras Défense, l’adjointe en charge de la sécurité, Nadia Zourgui, a repris sans nuance la communication du jeune groupuscule. Ses collègues ont plaidé l’erreur d’interprétation, sans vraiment convaincre.
La nouvelle municipalité de Strasbourg a tenu son quatrième conseil lundi 31 août. En fin de séance, une question d’actualité a été adressée à la maire Jeanne Barseghian (EELV) intitulée « Une milice d’extrême droite à Strasbourg ? ». Après avoir lu notre reportage sur les rondes sécuritaires du groupuscule Stras Défense, l’élue Pernelle Richardot (PS, majorité) s’est inquiétée de dérives et agissements violents que pourrait provoquer ce nouveau collectif. Précise sur les passages de l’article, elle cite par exemple les regrets du fondateur quant au fait de ne pas pouvoir déambuler armé :
« Les ramifications de ce groupe semblent floues. En cherchant un peu on trouve vite que certains sont issus de l’Action française, d’autres du Gud. Peut-être que d’autres sont de très bonne foi comme le laisse entendre l’article. […] Je vous demande, Madame la Maire, au nom du groupe socialiste et républicain, que notre assemblée condamne fermement et unanimement l’existence de cette milice et ses agissements qui ne sont que haine dite à bas bruit. »
Anne-Perelle Richardot, conseillère municipale PS
La réponse embarrassante de Nadia Zourgui
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Pendant plusieurs mois, une salariée d’un hôpital de Brumath a subi les avances et les gestes obscènes d’un médecin. Lorsqu’elle dépose plainte pour harcèlement sexuel, elle perd le soutien de sa direction. Elle finit par démissionner et déménager. Récit du parcours d’une combattante à la veille du procès au tribunal correctionnel de Strasbourg.
Le calvaire dure depuis plus de trois ans pour Manon (le prénom a été modifié). En 2016, cette ancienne salariée de l’hôpital de La Grafenbourg, à Brumath, subit de plus en plus de remarques obscènes, d’appels incessants et de caresses de la part d’un médecin de l’établissement. La jeune femme finit par travailler la boule au ventre. Elle en perd l’appétit, le sommeil aussi. En juin 2017, elle porte plainte pour harcèlement sexuel. Mais les difficultés ne font que commencer. Récit du « parcours d’une combattante », comme le décrit l’avocate de la victime, Me Amandine Rauch. Le procès aura lieu au tribunal correctionnel de Strasbourg le jeudi 3 septembre à 8h30.
« Des compétences unanimement appréciées »
Pour Manon, les premières années à La Grafenbourg se sont bien déroulées. Lorsque l’employée se lasse d’attendre une titularisation et souhaite quitter l’établissement fin 2015, le président de la Commission Médicale d’Etablissement (CME) tient à faire savoir que « le travail de Madame est très efficace et ses compétences unanimement appréciées ». Ayant obtenu une stagiairisation, elle finit par rester à l’hôpital de Brumath.
Appréciation du travail de Manon (le prénom a été modifié) par le président de la commission médicale d’établissement en date du 9 décembre 2015. Photo : Document remis
De son harceleur, elle se souvient d’abord d’un docteur « familier, marrant… » C’était en 2011. Son visage s’assombrit ensuite, quelques larmes coulent sur ses joues : « Je ne comprends pas pourquoi après tant d’années, il s’est permis de m’attraper le visage pour m’embrasser sur la commissure des lèvres. » On est en septembre 2016, elle travaillait à son bureau.
« Elle est restée sans voix »
Pendant plusieurs mois, cette membre du personnel administratif se sent suivie, « parfois jusqu’aux toilettes ». À chaque occasion, les remarques obscènes se multiplient : « J’ai envie de te serrer dans mes bras », « Si j’avais 25 ans de moins… », « Tu es ma princesse », dit doucement avec une main caressant l’épaule… Tous les jours, après le déjeuner, le médecin l’appelle par téléphone : « Où as-tu mangé ? Avec qui ? »
En août 2016, il enlace Manon par derrière et touche sa poitrine. Une secrétaire de l’hôpital assiste à la scène qu’elle décrira plus tard à un gendarme dans le cadre de l’enquête :
« Le docteur est arrivé comme d’habitude, à plaisanter. À un moment, il s’est mis derrière Manon, qui elle était assise. Il l’a enlacé avec ses bras, et a posé ses mains sur sa poitrine. J’ai immédiatement réagi et j’ai fait une remarque au docteur : “Vas y te gène pas, touche lui les seins.” Il m’a regardé et il a ri. Quant à Manon, elle a été surprise par ce geste. Elle est restée sans voix. »
La même salariée décrit le docteur comme « très tactile (…) il me prenait par les épaules par sympathie, même si cela ne me plaisait pas ».
Dans une autre audition à la gendarmerie, une agent de service hospitalier décrit un « guignol de service » et son comportement :
« – Avec certaines personnes, il est très tactile et il a une autre façon de parler avec certaines collègues. – Qu’entendez-vous par tactile ? – Parfois il pose sa main sur les épaules des femmes, en caressant les épaules. – Quelle est la réaction des femmes qui ont affaire aux “caresses” du docteur ? – Elles ne disent rien, elles ne le repoussent pas. »
Auprès de Rue89 Strasbourg, Geneviève (prénom modifié), une ancienne infirmière de l’hôpital, témoigne avoir conseillé à ses stagiaires féminines « de ne pas aller dans son bureau ».
Le soutien puis les représailles de la direction
Lorsque Manon alerte sa direction en janvier 2017, elle obtient d’abord une réaction de soutien. Le directeur de l’hôpital accorde la protection fonctionnelle à la victime, qui obtient ainsi une assistance juridique pour réparer les préjudices subis. Il déclenche aussi une enquête administrative interne et alerte la directrice générale du centre national de gestion des praticiens hospitaliers.
Mais rien ne change. Manon décide de porter plainte en juin 2017. C’est l’attitude du directeur qui change alors : « Il a fini par me dire que j’étais peut-être à l’origine du comportement du médecin », se souvient-elle. Sollicité à plusieurs reprises, le responsable de l’établissement n’a pas donné suite à notre demande d’interview.
Par la suite, Manon subit des représailles de sa direction. En juillet 2017 et en janvier 2018, elle voit son statut de stagiaire prolongé malgré la qualité de son travail : « Il est impératif que Manon instaure des relations professionnelles sereines et soit en capacité de recréer un climat propice à la collaboration entre acteurs de l’établissement », lit-on dans la justification de l’hôpital. Le 26 mars 2019, le tribunal administratif de Strasbourg retoque la décision du directeur :
« En se fondant, pour proroger le stage de l’intéressée, sur les difficultés relationnelles qu’elle a rencontrées au cours de son stage, sans rechercher à les établir plus précisément et sans tenir compte du contexte particulier en rapport avec les faits de harcèlement sexuel dénoncés, le directeur du centre hospitalier a entaché sa décision d’une erreur d’appréciation manifeste. »
Décision du tribunal administratif de Strasbourg quant à la prolongation du statut de stagiaire de Manon (le prénom a été modifié) Photo : Document remis
La rumeur et l’omerta
Suite à sa plainte, la jeune femme se souvient de la difficulté à récolter des témoignages de collègues : « Elles avaient peur de perdre leur emploi, je comprends. » Il y a aussi les bruits de couloir, qui évoquent « des faveurs de ma part pour être titularisée… C’est scandaleux ! » Le temps passe, Manon sombre. En arrêt maladie, elle ne sort plus de chez elle, sauf pour aller chez le médecin ou le psychologue. Elle finit par démissionner et déménager : « à Brumath, tout me rappelait cette situation. »
Philippe Gueth, responsable juridique à la CFDT Santé Sociaux 67, déplore ce départ de Manon. « Elle est victime mais c’est elle qui a dû partir », observe celui qui a aidé l’assistante sociale dans ses démarches. Il regrette « une direction qui ne veut pas nuire à l’image de son hôpital et des infirmières ou ASH qui ont peur de voir leurs horaires ou leur service changer. »
Pour Geneviève, l’omerta est lié à la situation du docteur : « Vous savez, c’est un médecin spécialisé. La direction le couvre parce que s’il part, ils auront du mal à trouver quelqu’un d’autre… »
« Vivre avec ce doute des gens »
En juin 2020, le parquet de Strasbourg décide de poursuivre le médecin pour « harcèlement moral ». Il est reproché au médecin d’avoir « dégradé les conditions de travail de l’agent par un comportement déplacé et des paroles à connotation sexuelle ».
Une semaine avant l’audience au tribunal correctionnel, et malgré les trois longues années de procédure, Manon, qui a retrouvé un emploi, s’estimait chanceuse : « Au moins, ma plainte n’a pas été classée sans suite. » Elle espère désormais une condamnation du médecin :
« C’est difficile de vivre avec ce doute des gens. La plupart d’entre eux se préoccupait plus de l’impact sur sa carrière que des conséquences pour moi. »
Son avocate, Me Amandine Rauch, renchérit :
« La reconnaissance du préjudice subi fait partie de la réparation psychologique qu’on recherche. Et ce litige doit aider à libérer la parole. Des plaintes peuvent donner lieu à des audiences. Il faut que les femmes continuent ce combat. »
Interrogé par la gendarmerie sur ses « propos entreprenants », le docteur parle de « ton de la camaraderie » et nie toute « pensée sexiste ». Quant au geste déplacé datant d’août 2016, il admet « avoir peut-être effleuré ses seins ». Contacté par l’intermédiaire de sa direction, le médecin mis en cause n’a pas donné suite à nos demandes d’interview.
Rédacteur en chef de Rue89 Strasbourg. Spécialisé depuis 2019 en enquêtes locales, à Strasbourg et en Alsace sur des sujets variés allant de l’extrême-droite à l’hôpital public en passant par la maison d’arrêt de Strasbourg, les mouvements sociaux, les discriminations et l’expertise-psychiatrique.
Deux Strasbourgeois demandent au tribunal administratif d’annuler l’arrêté de la préfecture du Bas-Rhin, obligeant tous les passants à porter le masque dans les rues de Strasbourg et les villes de plus de 10 000 habitants.
Agissant à titre privé, ces deux professionnels de santé avaient déjà attaqué le premier arrêté sur le port du masque en extérieur, pris en mai juste après le déconfinement, par Roland Ries, alors maire de Strasbourg. Le juge avait débouté les requérants mais ouvert la voie à une nouvelle procédure, qui avait alors été menée avec succès par Me Nicolas Fady deux jours plus tard. L’arrêté municipal, contrevenant à la liberté fondamentale de s’habiller comme on le souhaite sans motif impérieux, avait été annulé.
Me Marc Jantkowiak a soulevé l’atteinte à la vie privée dans sa requête en référé liberté Photo : PF / Rue89 Strasbourg / cc
Craignant une reprise de l’épidémie avec la rentrée, la préfecture du Bas-Rhin a pris un nouvel arrêté contraignant au port du masque en extérieur le 28 août. Le texte concerne cette fois tout l’espace public des 13 communes du département de plus de 10 000 habitants.
Pour Vincent Feireisen et Christian Chartier, cette mesure est une nouvelle fois inutile. Dans leur requête, plaidée par Me Marc Jantkowiak, ils indiquent au juge administratif :
« Il apparaît selon les données du ministère des solidarités et de la santé que la circulation active du virus dans le Bas-Rhin est proche de 0%. Il résulte que l’arrêté a été pris à des fins autres que celles résultant de son objet affiché. »
Sans surprise, Vincent Feireisen, Christian Chartier et Me Marc Jantkowiak soulèvent à nouveau l’atteinte à la vie privée sans motif impérieux dans leur requête :
« Les requérants n’acceptent pas cette ingérence dans leur vie privée qui est parfaitement disproportionnée et surtout, qui n’est justifiée par aucun besoin social impérieux ni aucune raison impérieuse liée à des circonstances locales propres à la ville de Strasbourg comme cela a déjà été reconnu par le tribunal de céans. »
Depuis le 29 août, le masque doit être porté dans tout l’espace public de 13 communes bas-rhinoises Photo : PF / Rue89 Strasbourg / cc
A l’audience, Christian Chartier a précisé :
« Nous ne sommes pas des « anti-masques »… Dans mon cabinet, je travaille toute la journée avec un masque sur le visage. Nous sommes pour une utilisation raisonnée de ce dispositif, qui n’a aucune utilité dans un milieu ouvert où les distances sont respectées. Songez qu’à ce jour, masqué, on passe à côté de terrasses bondées où là, magiquement, il n’y aurait plus de virus… »
La préfecture du Bas-Rhin a essentiellement défendu son arrêté par l’aggravation de la situation sanitaire. Juriste pour l’administration, Ornella Bracka a expliqué :
« Le taux d’incidence (nombre de personnes contaminées par rapport à la population, ndlr) ne cesse d’augmenter depuis août, surtout parmi les jeunes de 20 à 29 ans. En outre, la rentrée scolaire et universitaire apportent de nouvelles personnes en ville. L’arrêté est effectif jusqu’au 30 septembre, il est proportionné à la situation sanitaire particulière du département. »
La préfecture a aussi précisé avoir opté pour une règle « claire » : le masque, partout, tout le temps. Une précaution salutaire dans l’environnement ambiant. Le juge administratif des référés, Stéphane Dhers, doit rendre son ordonnance mercredi 2 septembre.
Dans le Quartier prioritaire de la Laiterie, des parents d’élèves de l’école maternelle interpellent le Rectorat sur la situation particulière de cette école, qui a perdu une classe en ce jour de rentrée.
Plusieurs banderoles et cartons ont décoré l’école Louise Scheppler pour le retour des élèves ce 1er septembre. « École en danger » ; « Ici on « sape comme jamais l’instruction » des enfants » ou encore « des classes à taille humaine, c’est-à-dire qui ne dépassent jamais 24 élèves », un propos d’Emmanuel Macron en 2019.
Après des signaux rassurants sur le nombre d’inscriptions depuis le printemps, les parents ont appris le week-end avant la rentrée 2020, que la reprise se ferait avec quatre classes, contre cinq les années précédentes. « Le maître arrivé l’an dernier est reparti. On a dû monter la mobilisation en urgence ce week-end », raconte sur le parvis Virgine Longchamps, trésorière de l’Association des Parents d’élèves de l’école Louise Scheppler (Apeels).
Sur le portail, quatre classes de 29 élèves sont accrochées, soit 116 enfants, sont affichées. Avec des mélanges curieux comme un cours double de « petits-grands », tandis que 13 autres « petits » sont mélangés dans une autre classe avec 16 « moyens ». Pour atteindre ce seuil de 29 écoliers par classe, on compte trois cours-double, contre un seul cours unique de 29 « petits ».
Ah qu’est-ce qu’on est serrés, au fond de cette classe. Photo : JFG / Rue89 Strasbourg
Proche du seuil de la cinquième classe
Le nombre d’inscrits est le cœur du sujet. Par le passé, il a été indiqué aux parents qu’à 118 élèves, la cinquième classe serait maintenue, soit 24 élèves par classe.
Virginie Longchamps constate que les effectifs sont un peu moindres qu’anticipés :
« On sait que certaines familles ont obtenu des dérogations, par exemple quand les plus grands sont à l’école Finkwiller ou Sainte-Aurélie, hier. À 29 par classe, on est au maximum. On espère que le Rectorat ne va pas jouer là-dessus. On sait que c’est une école avec des arrivées en cours d’année donc on risque de passer au-dessus. Ce ne sont pas des conditions pédagogiques idéales après une année tronquée. Les locaux et le matériel sont déjà là. »
Le cas atypique de cette école maternelle est documenté depuis quelques années (voir notre article). L’établissement n’est pas classé REP ou REP+ mais accueille un grand nombre d’élèves issus du Quartier Prioritaire de la Ville (QPV) de la Laiterie.
En rouge, la carte scolaire de l’école Louise Scheppler. La grande majorité du QPV, en jaune, est affecté à cette école. Seuls quelques familles des rues tout au nord sont affectées à Sainte-Aurélie. Photo : doc Ville de Strasbourg
« L’éducation nationale se retranche derrière l’égalité de traitement. Mais c’est un quartier avec beaucoup de mixité, ce qui est génial, mais c’est aussi des enfants qui parlent peu le Français. Pour certains parents il y a une stratégie d’évitement », regrette Adrien Vuillemin, un parent d’élèves.
Selon l’association de parents d’élèves et certains syndicats, le cas Louise Scheppler, qui n’est pas rattachée à un groupe scolaire, mérite un peu souplesse dans l’application des seuils d’élèves.
Au bord de l’autoroute, rentrée masquée avec une classe en moins. Photo : JFG / Rue89 Strasbourg
Décision mercredi
Un inspecteur était attendu dans la matinée, notamment pour se rendre compte du nombre d’élèves réellement présents. Certains sont en effet listés « sous réserve ». En raison de cette visite, il n’y a pas eu de rentrée « échelonnée » entre mardi et jeudi comme initialement prévu. Virginie Longchamps aurait aimé échanger avec un fonctionnaire du Rectorat pour le sensibiliser. Mais personne ne s’est présenté comme tel entre 7h50 et 8h45. Les parents n’ont jamais obtenu de réponses écrites à leurs multiples courriers et mails depuis le printemps. Les informations circulent par interlocuteurs interposés, les élus, les syndicats ou les enseignants.
Le prochain Comité Technique spécial départemental (CTSD), qui décide des ouvertures de classe, se tiendra jeudi 3 septembre. Pour le SNUIPP, le secrétaire départemental adjoint du syndicat, François Schill, compte alerter l’administration sur cette situation singulière à Strasbourg.
Plusieurs banderoles et pancartes visent à interpeller un inspecteur de l’Éducation nationale. Photo : JFG / Rue89 Strasbourg
La nouvelle élue de quartier, Marie-Dominque Dreyssé (EELV), s’est rendue sur place dans le cadre de sa tournée de rentrée des différentes écoles de son secteur. Comme ses concurrentes, la liste « Strasbourg écologiste et citoyenne » avait pris position dans l’entre-deux tours des élections municipales pour le maintien de cette cinquième classe.
En dehors de l’interpellation politique, la municipalité n’a pas de réel pouvoir sur le nombre de classes. Sauf à refuser des dérogations pour maintenir un certain nombre d’enfants inscrits, au-dessus des seuils du Rectorat. Dans son courrier aux parents d’élève, la tête de liste Jeanne Barseghian avait promis de « tout mettre en œuvre tout ce qui sera en notre pouvoir pour maintenir à la rentrée 2020 cette 5ème classe » et solliciter « immédiatement un rendez-vous des services du Rectorat ».
Le 29 avril, le binôme de conseillers départementaux du secteur, Éric Elkouby et Martine Jung (PS), avait demandé de son côté « l’annulation pure et simple de cette mesure discriminatoire pour tout un quartier » en notant qu’elle « s’inscrit dans le sens contraire de l’histoire qui vise à dédoubler les classes de l’école élémentaire ». Éric Elkoby a réitéré son soutien via un post Facebook.
Annulations, reports, réaffectations… La crise du coronavirus a bouleversé la mobilité internationale des étudiants. À Strasbourg, beaucoup ne pourront effectuer leur année à l’étranger. Ce qui demande une grande faculté d’adaptation pour trouver un plan B.
« C’était mon rêve d’aller faire mes études en Allemagne ». Kethie, étudiante en master 2, langue et société à Strasbourg était acceptée à l’Université de Münster pour le premier semestre 2020/2021. Le 10 août, elle reçoit le mail d’annulation. La décision vient de l’établissement de Rhénanie-du-Nord-Westphalie face à la recrudescence des cas.
L’étudiante de 26 ans n’est pas la seule à avoir vu ses projets compromis en raison de la crise du Covid-19. C’est le cas de Laura 25 ans, étudiante en anthropologie. Elle devait partir à Taiwan en janvier 2020 mais sa mère, infirmière, s’y est opposée :
« La veille du départ elle m’a demandé d’annuler. Au final, j’aurais été plus “safe“ à Taiwan qu’à Strasbourg mais ça, on ne pouvait pas le savoir à ce moment là »
Laura devait mener des recherches sur le terrain pour son mémoire de master. Elle se retrouve obligée de refaire son année. Sauf que, depuis, Taiwan a fermé ses frontières. « Je suis en train d’abandonner tranquillement mon projet de recherche, à cause du Covid qui repart et de l’hiver qui vient… », explique l’étudiante peu optimiste quant à ses chances de partir en janvier 2021.
Pour certains et certaines, l’année universitaire à l’étranger se passera derrière l’ordinateur. Photo : Visual Hunt / CC0 1.0 Universal / Public Domain Dedication
Les admissions ou non d’étudiants à l’étranger se décident selon les critères de chaque Université, parfois au dernier moment. Certains étudiants ont ainsi su que très tardivement qu’ils devaient renoncer à leur échange, difficile dans ces conditions de se retourner.
Philippine 20 ans, étudiante en 3ème année à Science Po Strasbourg devait se rendre en août à Hong Kong :
« Au début, l’échange ne devait pas être annulé. Puis, on a eu le choix : annuler le premier semestre et de venir seulement au second si on voulait. Finalement, le 16 juillet, on nous a dit que le campus est confiné. Hong Kong vit une 3ème vague et n’autorise plus d’étudiants étrangers ».
Depuis, elle cherche désespérément un stage pour compenser. Dans ses préparatifs, la strasbourgeoise avait annulé ses vacances pour arriver plus tôt et observer une quatorzaine.
Les établissements proposent des alternatives
Les établissements strasbourgeois se retrouvent avec des étudiants sur les les bras. Kethie espère ainsi pouvoir convaincre l’administration de décaler exceptionnellement son départ au second semestre, une suggestion venue de Münster. Avant d’être fixée, elle va suivre les cours du premier semestre
À Science Po, la 3ème année se déroule obligatoirement en mobilité. Pour ceux qui ne pourront partir au 1er semestre, huit écoles, dont celle de Strasbourg, proposeront des cours virtuel, en langue étrangères et issues de différents établissements. Mais sans l’immersion dans un autre pays.
L’établissement, qui n’a pas trouvé le temps de répondre à notre sollicitation a également organisé la réaffectation d’étudiants en Europe, avec des jurys en avril.
Paul (prénom modifié) devait partir en Amérique Latine où les cours en présentiel ont été annulés fin mai. Mais sa demande de réaffectation en Europe lui a été refusée par Science Podébut juin.
« Après l’annulation des cours en présentiel à l’étranger, c’était une période compliquéecar il fallait faire le point avec les parents, préparer le dossier pour la réaffectation et chercher en même temps un stage à la place de l’année à l’étranger. »
Le stage ou le service civique d’uns année sont deux alternatives validées par Science Po pour valider sa 3ème année. C’est le choix de Julie (prénom modifié) qui préférait ainsi « préciser son projet professionnel » plutôt que de partir dans une destination qu’elle n’a pas choisie. L’étudiante devait s’envoler pour Delhi en Inde, mais n’a jamais reçu de nouvelle de la part de son université d’accueil.
Pendant l’été, Paul avait finalement trouvé un stage en Europe. Mais là encore, le projet ne se concrétise pas à temps :
« Les responsables de Science Po étaient en congés, j’ai reçu ma convention de stage, un mois et demi après ma demande, le 28 août, alors que mon stage devait commencer le 1er septembre. »
Résultat, il est reparti fin août chez ses parents dans la banlieue parisienne et assiste finalement à distance, aux cours… de son université d’accueil en Amérique latine :
« J’ai choisi des cours qui tombent l’après-midi pour pouvoir faire une formation de sapeur-pompier en même temps. Mais d’autres ont des cours entre 21h et 3h du matin à cause du décalage horaire »
Paul, se console comme il peu. « Très peu de personnes ont pu partir hors-Europe », estime-t-il. Kethie, de nationalité géorgienne, retient surtout les nombreuses démarches, dont une lettre certifiée par un notaire, en vain. Selon Philippine, la 3ème année à l’étranger est « l’objectif de tous les étudiants à Science Po ». Elle attendait une expérience « hyper-formatrice ». Beaucoup espèrent encore pouvoir partir au second semestre. Sans toutefois se faire trop d’illusions.
L’opposition dégaine six interpellations à la fin d’un conseil municipal à l’ordre du jour succinct. À suivre en direct à partir de 14h.
Le conseil municipal se réunit inhabituellement tôt en cette fin août. La principale raison est la proximité du conseil de l’Eurométropole de vendredi et la nécessité de renouveler « d’un coup » les conseils d’administration des sociétés appartenant à la municipalité (R-GDS ; Locusem ; Strasbourg-Événements, bailleurs sociaux, etc.). Le débat s’est déjà tenu, brièvement, vendredi au conseil de l’Eurométropole. La majorité n’a pas voulu dévoiler qui elle présentera aux présidences de ces entreprises para-publiques.
La Ville de Strasbourg va en outre placer ses représentants au Port autonome, une instance très stratégique qui accueille des industries pour environ 10 000 emplois. La nouvelle présidence héritera au passage du dossier du « Refuge des oublié.es », un squat menacé d’expulsion (voir notre article).
La proximité avec les congés d’été de cette séance estivale, le troisième conseil municipal, implique un ordre du jour réduit avec 12 points. L’opposition en profite pour déposer six interpellations.
Lors du conseil précédent, les groupes LR et LREM ont montré qu’ils savaient faire front uni pour pousser la majorité dans ses retranchements et ses contradictions. Sur la nouvelle commission aux Finances, les prises de paroles se sont enchaînées, alternant nouveaux élus et anciens élus, pour dérouler les bons arguments. Les conseillers municipaux ont su démontrer à Jeanne Barseghian que si la vice-présidence et la présidence doivent avoir les même prérogatives (en campagne, la candidate avait promis une « co-présidence » ce qui n’existe pas juridiquement), le sens du symbole et de la confiance impliquerait de leur confier de fait la présidence, comme cela se fait dans d’autres villes écolos. Au point que la maire écologiste, et sa désormais traditionnelle veste verte, a retiré sont texte pour le « retravailler ».
L’hémicycle renouvelé fonctionnera masqué pour au moins quelques séances. Photo : JFG / Rue89 Strasbourg
Tir groupé des oppositions
Pour la droite, Jean-Philippe Maurer questionne sur la prolifération des rats depuis le confinement (voir notre article). Quant à la commerçante du centre-ville Isabelle Meyer, elle plaide une nouvelle fois la cause de ses homologues. Mais cette fois-ci, elle liste neuf propositions, dont certaines sont écolo-compatibles (parkings à vélo, navette électrique pour personnes à mobilité réduite, lutte contre le locaux vacants, remise en cause de Streeteo, etc.).
Pour LREM, Rebecca Breitman évoque les violences aux femmes dans la rue, tandis qu’Alain Fontanel défend la création d’une Maison du dessin satirique de presse. Pierre Jakubowicz et Rebecca Breitman (à nouveau) recyclent leurs interventions de juillet, respectivement au sujet des quartiers et de l’aide aux associations. À cela pourraient s’ajouter des questions d’actualité.
Cet hyper-activisme de l’opposition n’est pas sans rapport avec les échéances futures. En septembre, les élections sénatoriales pourraient redéfinir les rapports de forces entre élus à droite. Puis, il y a des investitures à décrocher pour les Strasbourgeois avec les élections régionales et départementales de mars 2021.
La séance est à suivre en direct-vidéo à partir de 14h. Les commentaires en direct par Rue89 Strasbourg reprendront à la prochaine séance, lundi 21 septembre.