Enquêtes et actualité à Strasbourg et Eurométropole

Un médecin de Brumath condamné à six mois de prison avec sursis pour harcèlement sexuel

Un médecin de Brumath condamné à six mois de prison avec sursis pour harcèlement sexuel

Pendant plusieurs mois, une salariée d’un hôpital de Brumath a subi les avances et les gestes obscènes d’un médecin. Au bout d’un long parcours de combattante, la victime a vu l’auteur des faits condamné à six mois de prison avec sursis.

Plus de quatre ans après les faits, le tribunal correctionnel de Strasbourg a condamné un médecin de 57 ans à six mois de prison avec sursis pour harcèlement sexuel ce jeudi 17 septembre.

Rue89 Strasbourg avait raconté le long parcours de l’ancienne salariée de l’hôpital La Graffenbourg, victime des propos et gestes déplacés du médecin pendant plusieurs mois en 2016. Elle avait décidé de porter plainte en juin 2017, lorsque sa direction a fini par sous-entendre qu’elle était peut-être à l’origine des comportements du harceleur.

Contactée, l’avocate de la victime Me Amandine Rauch s’est félicitée de voir « la culpabilité pénale de l’auteur enfin reconnue. Cela montre que la victime n’a pas dénoncé son harceleur en vain, avec tous les efforts que cela représente. »

Pour l’ancienne salariée de l’hôpital La Graffenbourg, la procédure n’est pas terminée. Au niveau de l’indemnisation du préjudice, les droits de la victime doivent encore être examinés. La partie adverse a dix jours pour faire appel de la décision du tribunal correctionnel.

Le calvaire de Haykal Rezgui Raouaji, policier strasbourgeois victime du racisme de ses collègues

Le calvaire de Haykal Rezgui Raouaji, policier strasbourgeois victime du racisme de ses collègues

En octobre 2019, le brigadier de police Haykal Rezgui Raouaji dénonce par écrit le racisme dans sa brigade auprès de sa direction. Face à l’inaction de sa hiérarchie et aux représailles, il a décidé de porter plainte pour racisme, harcèlement moral et discrimination.

Un policier ne devrait pas dire ça. Arrivé à Strasbourg en septembre 2018, Haykal Rezgui Raouaji aurait peut-être dû taire les propos racistes de ses collègues de la Formation motocycliste urbaine départementale (Fmud) de la police nationale à Strasbourg.

Dans sa demande de mutation d’octobre 2019, le brigadier de police aurait dû passer sous silence « les brimades et les commentaires condescendants en rapport avec [s]es origines », les « bicots » et autres « bougnoules » utilisés quotidiennement par les policiers à moto… Attaché à l’idéal d’une police exemplaire, le père de famille de 37 ans ans a décidé de dénoncer publiquement la xénophobie ambiante dans cette unité de police. Il a porté plainte pour racisme, harcèlement moral et discrimination.

Haykal Rezgui-Raouaji, Officier de Police Judiciaire (OPJ) et ancien membre de la Formation motocycliste urbaine départementale bas-rhinoise.

Du racisme ambiant à la profonde dépression

Haykal Rezgui Raouaji dénonce le calvaire qu’il a subi au sein de la police strasbourgeoise par l’intermédiaire de son avocate, Me Kaoutare Choukour :

« Dès son arrivée, mon client a subi des moqueries en lien avec son nom de famille en parlant d’un “nom bien français”. Il a observé ses collègues se réjouir de “gratter (verbaliser, ndlr) des bougnoules”. Il a entendu son chef de brigade employer le même terme raciste devant toute l’équipe. Pendant sa courte carrière au sein de la Fmud strasbourgeoise, il a été constamment ramené à ses origines arabes et à sa religion musulmane supposée de façon péjorative, au point de le faire sombrer dans la dépression. »

Maître Kaoutare Choukour, avocate du policier Haykal Rezgui Raouaji. Photo : Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc

Une carrière exemplaire…

Avant d’être muté avec sa femme, également policière, en Alsace, Haykal Rezgui Raouaji a toujours exercé son métier avec passion. Après avoir passé sa scolarité à Nîmes et à Vannes, le Toulousain d’origine obtient le concours de gardien de la paix en 2007. Il intègre la compagnie territoriale de circulation et de sécurité routière de Seine-Saint-Denis quatre ans plus tard. Il y devient motocycliste référent départemental avant de travailler dans le Val-de-Marne. Le soir, il étudie le code pénal et la rédaction des pièces de procédure (auditions, perquisitions, garde à vue…) pour réussir l’examen d’officier de police judiciaire (OPJ). En septembre 2016, le ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve le décore d’une médaille d’honneur pour acte de courage et de dévouement, après le sauvetage de deux enfants dans un incendie en juin 2014.

En septembre 2016, le ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve le décore d’une médaille d’honneur pour acte de courage et de dévouement, après le sauvetage de deux enfants dans un incendie en juin 2014. Photo : Document remis

… stoppée net à Strasbourg

Mais l’élan de la carrière de Haykal Rezgui Raouji s’est brisé à Strasbourg. Humilié par le racisme ambiant au sein de sa brigade, le policier se rend au travail avec la boule au ventre. Il enchaîne les cigarettes, perd l’appétit et une quinzaine de kilos. Son mal-être se répercute sur sa vie de famille, accroissant son anxiété.

Suite à une dénonciation orale des faits à son supérieur direct, sa hiérarchie lui impose une réaffectation temporaire au bureau de police de Schiltigheim en mai 2019. Sa hiérarchie prend aussi cette décision après l’avoir désarmé suite à son arrêt maladie. « Le désarmement a été décidé sans aucun fondement, sur de simples rumeurs concernant l’état de santé de mon client », explique Me Choukour.

Le fonctionnaire de police est obligé d’accepter cette mutation, avec le sentiment d’être placardisé. Ses collègues aux propos racistes ne sont pas inquiétés. Il sombre dans une dépression plus profonde encore. En août 2019, le policier entame un arrêt maladie pour burn-out de huit mois. Son médecin traitant rédige le certificat médical suivant le 25 septembre 2019 :

« La dernière reprise du travail l’affecte beaucoup sur le plan psychologique et a fait basculer son état déjà précaire dans le négatif avec une nécessité d’introduire un traitement thymorégulateur et un suivi spécialisé. Au départ, seul un traitement anxiolytique suffisait. »

Certificat médical rédigé par le médecin traitant d’Haykal Rezgui Raouaji

En octobre 2019, Haykal Rezgui Raouaji demande une mutation dérogatoire pour retourner à Toulouse. Dans une longue lettre à la Direction départementale de la sécurité publique (DDSP), il décrit son mal-être et dénonce le racisme au sein de la Formation motocycliste urbaine départementale (Fmud) de Strasbourg :

« Je n’ai pu que subir ce manque de dignité constant de la part de personnes avec lesquelles je devais travailler quotidiennement. (…) De manière perverse, mes restrictions alimentaires ou mes tenues vestimentaires sont constamment associées aux terroristes ou aux “racailles” qui sont dans l’inconscient de ces fonctionnaires tous les jeunes issus des quartiers sensibles sans distinction. (…) Supporter ces humiliations, propos racistes, stigmatisants et dégradants est devenu pour moi un défi que je ne peux plus relever. »

« Supporter ces humiliations, ces propos racistes, stigmatisants et dégradants est devenu un défi que je ne peux plus relever. »

Haykal Rezgui Raouaji

Des représailles supposées contre sa femme policière

Sans en avoir la preuve, le policier craint que cette dénonciation a donné lieu à des représailles à l’encontre de Françoise Rezgui Raouaji, sa femme. En novembre, elle fait une découverte inquiétante, comme le détaille Me Kaoutare Choukour :

« À ce moment, les époux Rezgui Raouaji ont tous deux été désarmés. L’un à cause de son état de santé, l’autre en raison de l’état de santé de son mari. C’est une humiliation pour des fonctionnaires de police. Françoise Rezgui Raouaji doit récupérer son arme de service et la restituer chaque jour. Le 18 novembre 2019, elle découvre des cartouches dans son chargeur dont la moitié sont interdites d’utilisation sur la voie publique. Elles ont été rangées en suivant un ordre précis : une balle réglementaire, une balle non-réglementaire et ainsi de suite. Ceci ne laisse aucune place au doute sur l’intention de l’auteur des faits. Pour Françoise, cela signifiait “Dis à ton mari qu’il ferme sa gueule.” »

Ces balles ont été interdites à l’usage sur la voie publique par les policiers, car trop susceptibles de traverser le corps de la cible et de faire une seconde victime.

Dans un rapport écrit transmis à la directrice départementale de la sécurité publique Annie Brégal, le brigadier chef de police de Françoise Rezgui Raouaji confirme le récit des faits du gardien de la paix. Cette dernière rappelle aussi que « mes chargeurs sont identifiables par des gommettes rouges sur lesquelles figure mon matricule. » L’enquête sur ces faits n’a jamais abouti. Haykal Rezgui Raouaji parle d’une affaire tue par la hiérarchie de la DDSP. Une plainte pour « mise en danger de la vie d’autrui » a également été déposée.

Avis défavorable à la mutation malgré la dépression

Fin 2019, la psychiatre Marie-Thérèse Kapfer et la médecin de prévention Nathalie Nourry dressent un rapport qui soutient la demande de mutation de Haykal Rezgui Raouaji. Ces professionnels de santé du Pôle de Santé Publique et de Santé au Travail aux Hôpitaux Universitaires de Strasbourg (HUS) constatent « la présence d’un syndrome anxio-dépressif avec des soins en cours (…) une anxiété généralisée qui le rend irritable. » Ils préconisent « un éloignement du travail et un rapprochement familial. »

En juillet 2020, le couple de policiers reçoit un avis défavorable à leur demande de mutation. À la même période, le commandant de police et chef de l’unité de circulation et de sécurité routière bas-rhinois rédige une notation très sévère à l’encontre du fonctionnaire de police :

« Le brigadier de police semble ne s’être jamais vraiment intégré à l’unité et n’a jamais fourni une activité suffisante (…) sans pouvoir en déterminer correctement les raisons en l’état à notre niveau. »

« Le brigadier Rezgui-Raouaji s’est mis en retrait du groupe »

Cette notation reprend globalement l’appréciation du chef de la Fmud bas-rhinoise, averti depuis un an sur les propos et comportements racistes de certains membres de son unité. Mais son appréciation n’évoque jamais ces faits :

« Le brigadier de police Rezgui-Raouaji Haycal (sic) n’a jamais été en mesure de trouver sa place dans la brigade A. Il s’est mis en retrait du groupe et ne s’est pas impliqué dans son rôle de brigadier motocycliste et d’officier de police judiciaire. »

« Tout le monde étouffe l’affaire »

L’enquête de l’Inspection générale de la police nationale (IGPN) locale sur les faits de racisme dénoncés par Haykal Rezgui Raouaji n’aboutira pas. Mais le policier estime que les investigations ont été menées à charge contre lui. Le manque de moyens à disposition de la police des polices peut aussi expliquer son efficacité. Selon nos informations, l’IGPN à Strasbourg ne dispose que d’un seul enquêteur, avec actuellement plusieurs dizaines de plaintes à traiter…

Au courant de l’été 2020, lors d’une conversation entre Haykal Rezgui Raouaji et le responsable du syndicat Alliance 67, Christophe Rouyer ne laisse aucune place au doute : « De toi à moi, tout le monde sait que tout le monde étouffe l’affaire pour ne pas créer de polémiques et de procédures. » Pour le syndicaliste, Haykal Rezgui Raouaji « aurait dû mettre non-adaptation à l’Alsace d’un point de vue géographique » pour expliquer sa demande de mutation. S’ensuit une leçon de vie auprès du policier : « On s’en fout si c’est faux. On n’est pas dans le monde des bisounours. Est-ce qu’il faut être menteur et hypocrite ? Oui. » Cet extrait a aussi été publié par nos confrères de Là-bas si j’y suis :

Un racisme ambiant corroboré par des policiers strasbourgeois

Au cours de cette enquête, Rue89 Strasbourg a interrogé trois policiers strasbourgeois d’origine maghrébine. Chacun d’entre eux éprouve le sentiment de devoir redoubler d’efforts pour obtenir les mêmes notations que leurs collègues d’origine alsacienne. L’un se souvient de remarques sur son risque de radicalisation en lien avec l’islam. L’autre rapporte des références décomplexées au nazisme dans des boucles Whatsapp de policiers. Ainsi, un membre de la Fnud ne cache pas son goût pour les motos BMW de la Kriegsmarine (la flotte de guerre nazie).

Une policière regrette aussi de voir des policiers talentueux qui peinent à monter en grade en raison de leur origine ou de leur confession religieuse. Elle conclut : « Il ne fait pas bon être musulman dans la police strasbourgeoise. »

Sollicité pour un interview, la Direction départementale de la sécurité publique du Bas-Rhin n’a pas donné suite, de même que le responsable syndical Alliance 67 Christophe Rouyer.

Les Vins d’Alsace à l’amende pour une entente et des consignes de prix pendant 38 ans

Les Vins d’Alsace à l’amende pour une entente et des consignes de prix pendant 38 ans

L’autorité de la concurrence a lourdement sanctionné plusieurs associations viticoles d’Alsace notamment pour une entente sur les prix du raisin.

Une amende de 348 000 euros. Voici ce qui attend le Comité Interprofessionnel des Vins d’Alsace (CIVA). En cause, une première amende de 209 000 euros pour des recommandations tarifaires sur le prix du vin en vrac. Dans les faits, cette pratique débutée en 1980 par le syndicat patronal revenait à donner une « consigne de prix » aux exploitants selon l’Autorité de la concurrence, avec des tarifs « ne reflétant pas les coûts d’exploitation réels de chaque entreprise ».

À cette infraction s’ajoute entre 2008 et 2017, une entente sur le prix des raisins avec l’Association des Viticulteurs d’Alsace (AVA) et le Groupement des Producteurs Négociants du Vignoble Alsacien (GNPVA). Les trois associations se mettaient d’accord « afin d’établir des recommandations, à l’issue de chaque récolte, sur les prix de vente du raisin et ce, pour chaque cépage alsacien », estime l’Autorité. À partir de 2013, ces prix étaient publiés dans une revue spécialisée. Le CIVA doit s’acquitter de 139 000 euros supplémentaires. L’AVA et le GNPVA sont moins lourdement sanctionnés, respectivement à hauteur de 26 000 et 2000 euros. (GPNVA).

Prix des bouteilles à la hausse

Ce barème et cet accord, qui n’étaient pas secrets, ont eu pour effet de limiter la concurrence, d’augmenter le prix de la matière première et donc le prix des bouteilles de vins d’Alsace, comme le Gewurztraminer et le Riesling. Un peu plus d’un quart de la production alsacienne (27%) est exportée à l’étranger.

L’amende est élevée en raison de la durée des faits. La brigade interrégionale de concurrence de Metz a mené l’enquête à débuté dès 2013. Puis les premières pièces ont été transmises en 2016 à la Direction générale de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des fraudes (DGCCRF). L’Autorité de la concurrence s’est auto-saisie.

Avec le début des investigations, ces pratiques ont cessé fin 2017 et en 2018. Le montant est calibré pour être soutenable par rapport au montant des cotisations adhérents au CIVA, « plusieurs millions d’euros » par an selon l’Autorité de la concurrence. Une enquête similaire avait débouché en 2018 sur une amende de 20 000 euros dans le Rhône, mais sur une période plus courte (2010-2018).

Le raisin du vignoble alsacien vendu un peu plus cher que sa vraie valeur. Photo : Alain Rouiller / Flickr / CC

« Forte concurrence » et « attentes croissantes »

Le CIVA n’a pas effectué de transaction en cours de procédure pour reconnaître les faits et minorer le montant. Pour sa défense, il avait fait valoir que ces actions correspondaient à « un contexte économique singulier propre au secteur viticole ». Le comité pointe les « conditions climatiques imprévisibles, le caractère volatil des prix et des aléas de nature politique ou diplomatique » pour justifier cette habitude. Elle ajoute que les vins d’Alsace sont soumis à une « forte concurrence internationale, des attentes croissantes des consommateurs en matière de qualité des produits et de respect de l’environnement ou encore de la conclusion d’accords de coopération ».

Contacté, le directeur du CIVA, Gilles Neusch a découvert la décision dans l’après-midi et conteste ses fonedements :

« La publication d’indicateurs fait partie des statuts d’une inter-profession et cela a été conforté par la loi Egalim. Depuis 1980 nous avons un commissaire du gouvernement dans nos réunions qui ne nous a pas indiqué de cesser ces pratique. C’est une décision qui va interpeller partout en France, car la situation n’est pas spécifique à l’Alsace. »

Le CIVA doit réunir ses élus pour décider s’il fait appel. Cette procédure n’est pas suspensive.

La décision complète

Le port du masque toujours obligatoire à Strasbourg, sauf en forêt et au port

Le port du masque toujours obligatoire à Strasbourg, sauf en forêt et au port

Suite à l’ordonnance du tribunal administratif de lundi, la préfecture du Bas-Rhin a publié un nouvel arrêté précisant les zones où le port du masque en extérieur est obligatoire : partout, sauf en forêt et au port.

La préfecture du Bas-Rhin n’entend pas relâcher la pression sur l’obligation du port du masque. Contrainte lundi par le tribunal administratif de prendre un arrêté plus précis, la préfète Josiane Chevalier a publié un arrêté modifiant les zones d’application à Strasbourg :

En résumé, le port du masque en extérieur est toujours obligatoire sur l’ensemble du ban communal de Strasbourg, à l’exclusion des forêts, de la zone portuaire et de la réserve naturelle du Rohrschollen…

Les parcs et les jardins de Strasbourg, même le parc des Deux-Rives, restent concernés par l’obligation du masque. Ce choix ne devrait pas plaire au juge administratif, il avait relevé lors de son audience lundi un souci de cohérence avec les mesures prises à Schiltigheim et d’autres villes voisines de Strasbourg, où le port du masque n’est pas obligatoire dans les parcs et jardins.

Cette obligation du port du masque en extérieur est en vigueur au moins jusqu’au 30 septembre.

Une question de densité

Lors de ses interventions précédentes, la préfète avait indiqué que la situation sanitaire à Strasbourg, notamment avec le retour des étudiants, nécessitait une grande vigilance sur les mesures barrières, afin d’éviter une propagation du coronavirus. Dans son nouvel arrêté, elle fait référence au retour des 52 000 étudiants comme une population jeune et majoritairement asymptomatique, susceptible de favoriser la circulation du virus.

En outre, la préfète note que les quartiers avec une densité supérieure à 8 000 habitants par km² sont « nombreux à Strasbourg et se déploient sur une large partie du ban communal. » et qu’il aurait été complexe, voire contre-productif, d’exclure certains quartiers de l’obligation et pas d’autres.

Autre motif invoqué qui ne manque pas de piquant : la vocation diplomatique de Strasbourg, « siège de nombreuses institutions européennes, » ce qui « accentue les flux et le brassage de population. » Strasbourg vient de perdre une session plénière du Parlement européen, resté à Bruxelles pour éviter de brasser les parlementaires et leurs virus.

Le port du masque reste obligatoire partout et tout le temps à Strasbourg Photo : GK / Rue89 Strasbourg

Plutôt que quelques exclusions, les requérants s’attendaient plutôt à ce que la préfète restreigne l’obligation du port du masque aux zones les plus fréquentées de Strasbourg, à savoir le centre-ville et les quais. Dans un communiqué publié dans l’après-midi, les requérants et leur conseil, Me Marc Jantkowiak, avouent leur déception :

« Nous constatons encore une fois que l’administration refuse d’exécuter les décisions du tribunal administratif de Strasbourg et du Conseil d’Etat. Il était fait injonction au préfet d’identifier des zones précises où le port du masque serait indispensable. Avec mépris pour les décisions de justice et la population strasbourgeoise, le préfet n’autorise que certaines zones forestières. Dans ces conditions, nous considérons que l’ordonnance du tribunal n’a pas été exécutée de sorte que depuis ce jour, jeudi 18 septembre à 12 heures, aucune obligation de port du masque à l’extérieur n’est imposée en exécution de l’ordonnance du 14 septembre. »

Méfiance cependant : il semble périlleux de considérer que l’arrêté préfectoral est annulée, étant donné que la préfecture l’a bien modifié dans les délais. De leur côté, les requérants ne désarment pas et appellent aux soutiens de la maire de Strasbourg et des associations de défense des libertés pour « assurer la protection des libertés fondamentales. »

Chez Biocoop Coquelicot, produits équitables, management capitaliste

Chez Biocoop Coquelicot, produits équitables, management capitaliste

Surveillance par caméras, pressions et dialogue social en panne… Plusieurs anciens salariés du magasin Biocoop Coquelicot décrivent un management en décalage avec l’éthique affichée par le distributeur de produits bios.

« Chez Biocoop, les employés doivent se battre pour leurs droits comme dans n’importe quel supermarché. » Étudiante en cinéma, Lucia a travaillé un an au Biocoop Coquelicot, situé rue de la Première-Armée à Strasbourg. Ce jeudi 17 septembre, elle rejoindra la mobilisation des autres salariés de l’enseigne de distribution de produits bio à Paris. De son expérience strasbourgeoise, elle garde le souvenir d’une ambiance productiviste, bien loin des valeurs éthiques prônées par la coopérative.

Vitrine du Biocoop Coquelicot, ouvert en avril 2018. Photo : Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc

Le sentiment « malsain » d’être « constamment observés »

Au cours de notre enquête, plusieurs anciens employés nous ont fait part d’un sentiment « malsain » d’être « constamment observés » dans le magasin. Normal, puisque le gérant du magasin Christophe Guezennec utilise les caméras de vidéosurveillance internes pour reprocher à ses employés une pause trop longue ou une discussion avec un collègue. Une ancienne employée se souvient d’une conversation avec une collègue « de cinq minutes, chronométrée et reprochée quelques jours plus tard » par le gérant, images à l’appui.

Christophe Guezennec admet avoir eu recours à la vidéosurveillance « mais seulement lorsqu’un retard était régulier chez un employé, ou pour améliorer les choses lorsqu’une fermeture s’était faite avec retard. » Interrogé sur le sentiment d’espionnage permanent que cela faisait peser sur ses employés, il a indiqué à Rue89 Strasbourg avoir cessé d’utiliser la vidéosurveillance contre ses salariés.

Le personnel change rapidement chez Biocoop Coquelicot. Le patron de l’établissement estime qu’une quarantaine de personnes ont déjà été employés par son établissement depuis sa fondation en avril 2018. L’équipe actuelle compte 18 salariés. La plupart de nos témoins ont quitté l’enseigne au cours des derniers mois : ils ont demandé une rupture conventionnelle ou ont été licenciés.

Travail engagé, sans compter ?

Nathan Cabrita a déménagé d’Annecy pour venir travailler au Biocoop Coquelicot en août 2019. Employé six mois en tant qu’employé polyvalent, il estime avoir réalisé les tâches d’un chef de rayon sans le salaire correspondant. Le jeune homme s’est vu remercié au moment où devait arriver sa promotion. Il raconte son engagement sans compter durant son séjour chez Biocoop :

« Un soir, j’ai proposé mon aide pour un inventaire avec le nouveau directeur du magasin. Après la fin de ma journée de travail à 15h, je suis donc revenu à 20h30… On a terminé juste avant que les premiers clients arrivent à 9h du matin. J’ai ensuite enchaîné avec ma journée de travail. M. Guezennec était au courant mais ces heures n’ont jamais été payées. Comme c’est arrivé le mois de mon licenciement, je ne m’en suis rendu compte qu’après. J’étais trop abattu par ce qui venait de se passer pour les réclamer. »

Nathan Cabrita, ancien employé polyvalent Biocoop

« Un repos de 11 heures entre chaque journée de travail » figure aussi parmi les revendications de certains salariés transmises fin août.

Travail pénible et jours fériés

D’autres employés se plaignent d’une faible rémunération des heures travaillées le dimanche, « elles sont à peine majorées de 10% », souffle Lucia. Cette dernière calcule qu’un jour férié travaillé apporte à peine « quelques euros de plus qu’un jour normal… » Parmi les revendications rédigées par trois employés et transmises fin août 2020 au gérant du Biocoop Coquelicot, on trouve ainsi « une fermeture du magasin cinq jours fériés par an » et une majoration du travail de 25% les dimanches.

Tendinites au poignet, nuque ou dos douloureux… La plupart des employés interrogés décrivent un travail physiquement éprouvant. La majorité d’entre eux a découvert le métier de la distribution alimentaire chez Biocoop Coquelicot. Ils sont plusieurs à regretter le manque de formation aux bons gestes pour porter les charges lourdes. Le gérant Christophe Guezennec rappelle que des formations sont déjà données en interne, quand d’autres sont mises ligne par Biocoop. « Nous sommes actuellement à la recherche d’une formation en externe », affirme le patron.

Pour ce dernier, les employés bénéficient de nombreux avantages dans son établissement, notamment le choix du nombre d’heures qu’ils souhaitent travailler, le choix de leurs dates de vacances, une remise de 30% en magasin et des produits gratuits… Selon le gérant, l’enseigne Coquelicot est « conforme au cahier des charges Biocoop, comme le confirme les audits réguliers. »

Tensions autour de la prime

Les tensions au sein du Biocoop Coquelicot se sont cristallisées lors du confinement. Avec la pandémie, les salariés ont dû redoubler d’efforts pour répondre à une demande en hausse. À la charge de travail augmentée s’est ajouté le stress lié au risque de contamination. Lors d’une réunion, le 28 mai, le gérant du magasin exprime ses doutes au sujet de la prime Covid, promise par mail le 19 avril. Lors de la même rencontre, Christophe Guezennec annonce avoir reçu une demande de médiation appuyée par 12 de ses employés. La procédure peut lui coûter « plus de 10 000 euros ». Il cherche donc à temporiser sur la récompense de ses agents et son montant…

Sans prime, ni médiation, plusieurs salariés décident de mettre la pression. Ils menacent de distribuer un tract devant le magasin. L’appel à mobilisation suscitera un courrier auprès de l’un des employés. La direction le met en demeure « de cesser immédiatement de tels agissements (…) à défaut, nous ne manquerons pas de prendre toutes les mesures nécessaires et notamment d’agir en justice. »

Mail envoyé à l’équipe du Biocoop Coquelicot le 19 août 2020. Photo : DM

La prime de 1 000 euros pour tout salarié à temps complet sera finalement versée fin août. Entre-temps, les employés ont eu le sentiment d’avoir redoublé d’efforts pour atteindre des chiffres d’affaires exceptionnels sans aucune gratification. « Repousser cette prime a été une erreur, reconnaît le gérant, j’ai ouvert le magasin il y a deux ans et demi, c’est normal qu’il y ait encore des problèmes de communication. »

« Il faut faire en sorte qu’il parte »

Dans son cahier des charges général, Biocoop « encourage le dialogue pour permettre à chaque salarié de s’épanouir au sein de la structure ». Mais plusieurs anciens salariés ont le sentiment d’avoir été sanctionnés après avoir exprimé une revendication ou une critique. Embauchée en mars 2020 pour devenir cadre d’un futur Biocoop à Schiltigheim, Estelle se souvient avoir été avertie : « Tant qu’untel et untel seront là, ça sera la merde. On va s’en débarrasser. »

Ancienne cadre chez Nestlé, Estelle a très vite senti qu’elle ne correspondait pas au management pratiqué chez Biocoop Coquelicot. L’ancienne employée de l’établissement se souvient d’une partie de son entretien d’embauche :

« On m’a demandé ce que je ferais face à un employé incompétent. J’ai répondu qu’il n’y a pour moi que des managers incompétents, qui n’expliquent pas assez. J’ai senti qu’il n’avait pas compris ma réponse. »

Des licenciements contestés

Anne (le prénom a été modifié) fait partie des salariés contestataires. La jeune femme a dénoncé l’absence de fiche de poste ou de rendez-vous auprès de la médecine du travail : « J’allais souvent voir le gérant », se souvient-elle. De ces entrevues avec le patron, la salariée tire le sentiment « d’être prise pour la gangrène de l’équipe, une sale gosse qui en veut toujours plus. » Anne a été licenciée pour « faute légère » en juillet 2020. Elle dénonce des « motifs non-circonstanciés ».

Rachid fait aussi partie de ces salariés qui contestent leur licenciement. Cet ancien chef de rang a travaillé à l’ouverture du magasin en 2018. Dans un premier temps, le gérant apprécie le relationnel et l’attention à l’hygiène de son employé. Mais lorsque ce dernier refuse d’être désigné responsable propreté, « il y a eu une cassure », regrette Rachid.

Quelques semaines plus tard, le montant de la caisse de Rachid disparaît. L’employé polyvalent est pourtant sûr de l’avoir remis à son gérant. Il se sent accusé d’avoir volé la caisse du magasin. Une plainte est déposée au commissariat. Rachid est informé qu’il sera sans doute interrogé… jusqu’à ce que le patron retrouve l’enveloppe.

Le salarié sera finalement licencié plusieurs mois plus tard « pour une pause de 5 minutes de 14h53 à 14h58 sans autorisation (du gérant, ndlr) ». Dans sa lettre de licenciement pour faute grave, Rachid est aussi accusé de s’être moqué de clients en les filmant. L’intéressé nie les faits : « J’utilisais régulièrement mon téléphone pour créer des souvenirs avec mes collègues et je pense qu’il s’est servi de ça pour créer ce motif monté de toute pièces. »

Des réactions, d’un syndicat à Biocoop

Ce remue-ménage a déjà suscité plusieurs réactions. Plusieurs clients ont demandé des explications au gérant strasbourgeois en le menaçant de boycott. Le Syndicat Commerce Indépendant Démocratique (SCID) a alerté le siège parisien de Biocoop sur la situation de l’établissement strasbourgeois.

L’administratrice de Biocoop au niveau national, Laurence Chaub, a répondu en indiquant que « Biocoop est un réseau coopératif de magasins indépendants. (…) Chacun des magasins est autonome dans la gestion du personnel. » Elle a précisé « que des actions visant à fluidifier le dialogue avec les collaborateurs du magasin Biocoop Coquelicot, avec des actions concrètes associées, ont déjà été mises en place. » Une urne a en effet été mises à disposition des salariés. En moins d’un mois, elle n’a reçu que quelques revendications autour du système informatique, de la qualité de l’équipement ou des formations sur les gestes postures.

Christophe Guezennec comptait ouvrir un nouveau magasin à Schiltigheim. Face à ces récentes difficultés, il a décidé de surseoir à son projet « pour se concentrer sur le Biocoop Coquelicot ».

Manifestation intersyndicale jeudi pour une « rentrée sociale offensive »

Manifestation intersyndicale jeudi pour une « rentrée sociale offensive »

Trois syndicats appellent à participer à une manifestation jeudi, afin de réclamer des mesures sociales plus justes en cette période de pandémie. Pour ces syndicats, les entreprises ont été bien aidées par le gouvernement, pas les employés.

La CGT, la FSU et Solidaires appellent à une manifestation jeudi 17 septembre à partir de 14h pour « une rentrée sociale offensive. »

Manifestation du 1er mai en 2012 à Strasbourg Photo : archives Rue89 Strasbourg / cc

Pour ces syndicats, le gouvernement ajoute des « mesures régressives » à la crise économique et sanitaire. Ils dénoncent que certaines entreprises profitent de ce climat pour licencier ou délocaliser, alors que leurs salariés ont été les premiers exposés au coronavirus.

Dans l’Éducation nationale, les syndicats dénoncent une rentrée « préparée sans réelle prise en compte de la situation sanitaire et sans moyens supplémentaires. »

Ces syndicats appellent à une mobilisation pour que soient au moins distribués gratuitement des masques aux collégiens, lycéens et étudiants ainsi qu’à l’ensemble de la population. Ils demandent également que soient revues les conditions de travail afin de réduire les temps d’exposition et les risques de transmission.

Les contours de la nouvelle majorité écolo-centriste à l’Eurométropole

Les contours de la nouvelle majorité écolo-centriste à l’Eurométropole

La constitution des groupes politiques donne un aperçu de l’ampleur de la majorité eurométropolitaine. Plusieurs élus « Les Républicains » sont tentés de travailler avec la majorité constituée par les écologistes et des maires centristes.

« Autour de 70-75 élus », c’est sur ce contingent que se projetaient les écologistes pour leur majorité définitive après l’élection de Pia Imbs (59 voix contre 36) à la présidence de l’Eurométropole le 15 juillet. Basée sur la constitution des groupes et des premières déclarations, le compte théorique est à 74 élus et élues.

Cette majorité est un peu plus resserrée que celle du mandat précédent. Les budgets étaient souvent approuvés par plus de 80 personnes. Même si en fin de parcours, certains groupes votaient cette délibération annuelle, mais n’avaient plus de responsabilités et exprimaient divers critiques à l’instar des écologistes ou du groupe des maires de seconde couronne présidé par… Pia Imbs.

Gros bataillon d’écologistes, avec 16 maires

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Trois week-ends du fantastique pour se faire peur, même en période de pandémie

Trois week-ends du fantastique pour se faire peur, même en période de pandémie

En raison de la pandémie, le Festival européen du film fantastique se décompose en trois « week-ends du fantastique ». Les films restent mais les événements en ville disparaissent, engloutis par le coronavirus.

Face à la pandémie du coronavirus, il y a les concerts qui s’annulent, les spectacles qui se maintiennent en demi-jauges et les événements qui tentent la voie médiane. Le Festival européen du film fantastique (FEFFS) est de ceux-là : en 2020, toujours des films exclusifs à voir mais point de Village fantastique, de masterclasses et encore moins de Zombie Walk. Presque tous les événements hors projections ont été retirés de la programmation, laquelle s’étale non plus sur 15 jours mais durant 3 gros week-ends.

« C’était ça ou il n’y avait pas de FEFFS en 2020, » a précisé Daniel Cohen, le directeur du festival, qui a passé tout le confinement et les semaines qui ont suivi à essayer de trouver une solution, jonglant entre les directives sanitaires changeantes et les invitations aux réalisateurs internationaux…

Bande-annonce du premier week-end du Fantastique (vidéo Youtube / FEFFS)

Au final, les habitués du festival le plus étrange de Strasbourg retrouveront quand même les cycles qu’ils apprécient : nouveaux films, rétrospectives d’auteurs, d’acteurs ou des sociétés de production… parfois avec des invités.

Pour le premier week-end, du vendredi 18 au dimanche 20 septembre, le festival propose notamment un hommage à Philippe Nahon. Cet acteur monumental a tourné dans plusieurs films « fantastiques », dont Irréversible qui est présenté au FEFFS avec un tout nouveau montage appelé Inversion intégrale

Une rétrospective présente cinq films avec Philippe Nahon, récemment disparu (vidéo FEFFS / Youtube)

Du 30 octobre au 1er novembre, la programmation n’est pas encore complète mais un cycle sera consacré aux films de la Hammer Film Production, un studio britannique qui a produit entre autres Frankenstein et Dracula… Aux origines du FEFFS se trouve d’ailleurs le Hammer film festival en 2006.

Blood from the mummy tomb est programmé dans la rétrospective Hammer (vidéo YouTube)

La Gruselnacht maintenue

À noter qu’un événement en dehors des cinémas a tout de même été maintenu, la Gruselnacht vendredi 30 octobre, qui voit chaque année le Musée alsacien se transformer en temple de l’horreur pour un public restreint. Cette fois la jauge maximale ne permettra d’accueillir que 115 à 150 participants… Il ne faudra pas rater la date d’ouverture de la billetterie !

Le programme pour le week-end du 27 au 29 novembre n’a pas encore été dévoilé.

Mercredi 23 septembre, une vélorution pour dénoncer des aménagements cyclistes a minima

Mercredi 23 septembre, une vélorution pour dénoncer des aménagements cyclistes a minima

Mercredi 23 septembre, une vélorution de rentrée veut interpeller la municipalité écologiste sur les budgets alloués aux aménagements cyclables.

Le collectif Vélorution, qui fédère plusieurs associations de cyclistes strasbourgeoises, organise une « vélorution de rentrée », mercredi 23 septembre à 18h. Le départ sera donné du square Nicolas Appert à Koenigshoffen.

Trajet de la vélorution de la rentrée 2020 Photo : doc remis

Cette nouvelle manifestation à vélo, intitulée « Des ronds pour les deux-roues » veut dénoncer que les aménagements cyclistes sont souvent réalisés à l’économie par rapport aux travaux destinés aux véhicules à moteur et aux tramways.

La collectif prend pour exemple la toute nouvelle extension du tramway vers Koenisghoffen et les aménagements qui l’ont accompagnée. Quelle est le résultat pour les mobilités douces après la dépense de 42 millions d’euros pour tous ces aménagements ?

La vélorution mondiale, ici à Montréal Photo : VtotheendL / FlickR / cc

À en croire le Stick, l’association des cyclistes de Koenigshoffen, le compte n’y est pas. Dans un document publié en août 2020 (à consulter ici), le Stick liste une série de difficultés (24 !) déjà rencontrées par les cyclistes tout au long de cette nouvelle ligne. L’association déplore que ses propositions, n’aient été « prises en compte qu’à la marge, avec des solutions parfois plus malheureuses que les problèmes qu’elles étaient supposées résoudre. » On se souvient d’un feu tricolore planté en plein milieu de la piste cyclable

Les organisateurs qui avaient appelé à « voter vélo » en mars puis en juin espèrent bien un changement effectif des priorités, de la part de la nouvelle municipalité écologiste. L’objectif de cette manifestation est donc aussi de se rappeler à leur bon souvenir… En campagne, ils avaient promis 15 kilomètres de pistes cyclables par an.

Un Secrétaire d’État les mains vides au chevet du Parlement de Strasbourg

Un Secrétaire d’État les mains vides au chevet du Parlement de Strasbourg

Clément Beaune, secrétaire d’État aux Affaires européennes, est venu lundi à Strasbourg affirmer l’attachement du gouvernement à ce que les sessions du Parlement européen reprennent à Strasbourg… et rien d’autre.

La session du Parlement européen devait débuter ce lundi 14 septembre à Strasbourg. Mais plutôt que de se tenir dans la capitale alsacienne, les débats se déroulent à Bruxelles pour la sixième fois depuis mars. Les deux villes sont classées en « zone rouge » dans leur pays. Face aux alertes qui parlent d’un nouvel affront fait au siège du Parlement européen, le secrétaire d’État aux Affaires européennes, Clément Beaune, est venu rassurer les élus locaux.

Léger flottement face à une allocution vide

Mais à l’heure de la prise de parole devant la presse, ce proche d’Emmanuel Macron n’a pas pu promettre grand chose, si ce n’est « un attachement indéfectible de la France au siège du Parlement européen ». Lorsqu’il a conclu sa courte allocution sur « notre bien commun à tous », un léger flottement a précédé les applaudissements de la dizaine d’élus à ses côtés.

Concernant un « retour rapide » des sessions à Strasbourg, l’objectif demeure la prochaine session plénière, le 5 octobre, quitte à adapter le protocole sanitaire. Au sujet de « compensations », il a évoqué une « conférence sur l’avenir de l’Europe », qui pourrait débuter cet automne.

Une compensation qui fait grincer l’ancien premier adjoint (LREM), Alain Fontanel :

« Cette conférence avait été promise par le président du Parlement, David Sassoli, lors d’un échange que l’on avait eu en juin. C’était un acquis, pas une compensation pour la session de septembre. »

Clément Beaune aux côtés de la maire Jeanne Barseghian et la préfète Josiane Chevalier. Photo : JFG / Rue89 Strasbourg

« Le Président prendra position »

Sur le front diplomatique, « le Premier ministre Jean Castex a eu un échange téléphonique avec le président du Parlement David Sassoli et a pris position. Le Président de la République aura l’occasion de le faire à nouveau de manière claire et nette », a fait valoir Clément Beaune, en appelant à « un peu de patience ». À plus long terme, il évoque la présidence tournante du Conseil européen qui reviendra à la France de janvier à juin 2022 comme une opportunité pour remettre Strasbourg au cœur du jeu européen. Pas de chance, le pays sera alors en pleine campagne présidentielle.

Enfin, Clément Beaune a évoqué une « accélération » des négociations du prochain contrat triennal (2021-2023), où des dizaines de millions d’euros sont réservés aux projets européens de Strasbourg. Le secrétaire d’État ne s’est engagé sur aucun montant précis. Objectif, « concentrer davantage ses actions », ce qui était déjà la philosophie du contrat triennal 2018-2020 qui avait abouti à 24 projets. Il a notamment permis la réalisation de la ligne de bus électrique H, entre la gare et le Parlement. Inaugurée en février, elle n’a toujours pas transporté le moindre eurodéputé.

Le secrétaire d’État en conversation avec l’eurodéputée bas-rhinoise Anne Sander Photo : JFG / Rue89 Strasbourg

« Très positif » pour Jeanne Barseghian

« La seule visite à Strasbourg, aujourd’hui, du secrétaire d’Etat aux Affaires européennes, ne constitue pas une réponse suffisante à “cette crise de confiance” de la part du Parlement Européen vis-à-vis de Strasbourg », a critiqué le Conseil départemental du Bas-Rhin dans une motion votée à l’unanimité. Dans un texte publié un peu plus tôt dans la matinée, son président (LR) Frédéric Bierry était moins frontal. Il se place sur le terrain des arguments contre les travaux envisagés à Bruxelles : « Il est de notoriété publique que les performances énergétiques du bâtiment bruxellois sont déplorables, alors que Strasbourg dispose de l’hémicycle prévu par les Traités à cette fin et que son bâtiment est beaucoup plus sobre d’un point de vue environnemental. »

La maire (EELV) de Strasbourg Jeanne Barseghian, a parfois exprimé des divergences avec le gouvernement sur le port du masque dans l’espace public, ou plus récemment au sujet de la 5G où elle demande un moratoire. Mais sur la question du siège, elle reste dans le consensus transpartisan de ses prédécesseurs :

« L’engagement du gouvernement est très positif. Nous avons convenu de nous voir tous les mois pour avoir plus de suivi. À l’heure où l’Union européenne prend des décisions importantes, notre rôle sera de valoriser le rôle du Parlement à Strasbourg et les mobilisations citoyennes. »

Dans le quartier Archipel, les travaux du premier bâtiment de bureaux « Osmose » à destination des institutions européennes avancent. La municipalité souhaiterait que le secrétariat général du Parlement s’y installe.

Fin août, Jeanne Barseghian a réuni la « task force » (un ensemble d’élus européens et strasbourgeois) qu’elle souhaite fusionner avec le collectif d’associations pro-européennes « Cœurs » pour établir la stratégie locale.

« Pour les questions très concrètes autour du siège, ce sera plutôt du ressort du groupe de contact entre Ville et Parlement. Les associations et la task force travailleront plus rayonnement européen en général. L’un des point qui est ressorti sont que les initiatives sont nombreuses, mais dispersées », relate Hervé Moritz, qui y a assisté pour le Mouvement européen. « La mandature peut faire basculer les traités », s’inquiète-t-il.

« I want my sessions back »

Mais l’action de la municipalité ne satisfait pas son opposition. « Une détermination plus forte et un travail sur le contenu permettrait d’affirmer la place de Strasbourg », estime Alain Fontanel. Comme propositions, il imagine une « Maison européenne du dessin de presse » ou de candidater comme Capitale européenne de la démocratie en 2021 et d’installer le secrétariat de cette nouvelle instance à Strasbourg.

Au-delà de la politique municipale, « il faut étudier toutes les possibilités, y compris juridiques pour faire respecter les traités qui prévoient 12 sessions par an à Strasbourg », poursuit l’ancien candidat aux municipales. Et pourquoi pas détourner le slogan de la britannique Margaret Thatcher : « I want my sessions back ! » Le gouvernement ou simplement des citoyens pourraient former un tel recours devant la Cour de Justice de l’Union européenne (CJUE).

Un eurodéputé français du groupe centriste Renew, où siège entre autres « La République en Marche » a quant à lui boycotté la Belgique. Arrivé dans l’après-midi, Christophe Grudler (Modem) a commencé à suivre la session en visio-conférence depuis son bureau du Parlement européen de Strasbourg.

Christophe Grudler un peu seul pour débuter sa session depuis le Parlement de Strasbourg. Photo : remise

« C’est un coup de gueule personnel contre une décision qui est injuste. Bruxelles compte actuellement plus de cas positifs que Strasbourg. Il est donc incompréhensible d’annuler Strasbourg pour des raisons sanitaires », juge-t-il. À l’heure d’entrer dans son bureau, nul ne sait s’il devra répéter une telle opération le 5 octobre. Et si oui, s’il aura davantage de compagnie.

« Un peu de cohérence ! » Le tribunal administratif demande une zone précise pour le masque à Strasbourg

« Un peu de cohérence ! » Le tribunal administratif demande une zone précise pour le masque à Strasbourg

Le tribunal administratif enjoint la préfète du Bas-Rhin de modifier son arrêté obligeant au port du masque à l’extérieur. Elle doit préciser les zones où il est indispensable de le porter avant jeudi.

Le juge des référés du tribunal administratif de Strasbourg s’est à nouveau penché ce lundi matin sur la question de l’obligation du masque à l’extérieur. Le juge Henri Simon a l’habitude, c’est la troisième fois qu’il étudie cette question. En mai, il avait invalidé un arrêté municipal. En septembre, son collègue avait demandé à la préfecture de préciser le sien.

Et rebelote ce lundi, il enjoint la préfecture du Bas-Rhin « de modifier son arrêté en identifiant dans les quartiers Strasbourgeois (…) les zones précises dans lesquels le port du masque serait indispensable pour protéger la santé de ceux qui les fréquentent au vu de la densité de population rendant impossible toute distanciation physique suffisante pour limiter la
propagation de la Covid-19. »

Autrement dit, le tribunal administratif est assez constant avec ses décisions passées : le port du masque est une atteinte suffisamment grave aux libertés fondamentales pour que l’obligation de son usage soit strictement encadrée.

Le juge estime que la préfecture n’a pas assez tenu compte des différences de densité de population qui existent entre les quartiers de Strasbourg. Il accorde un nouveau délai à l’administration, qui a jusqu’au jeudi 17 septembre à midi pour modifier son texte. Faute de quoi, l’ensemble de l’obligation cessera à Strasbourg. En attendant, le port du masque à l’extérieur reste obligatoire.

Les Strasbourgeois doivent porter le masque à l’extérieur depuis le 28 août Photo : GK / Rue89 Strasbourg / cc

L’imbrication des communes dans l’agglomération

Lors de l’audience lundi matin, le juge des référés Henri Simon s’est étonné des différences entre l’arrêté pour Strasbourg et les 12 autres textes pris par la préfecture pour les autres communes. Henri Simon remarque que ces arrêtés définissent très précisément des zones d’application et des zones d’exclusion :

« Résultat si on se trouve du côté des jardins familiaux en bordure de Schiltigheim, on peut être sans masque. Et si on traverse, on est toujours dans les jardins mais à Strasbourg. On ne s’en rend pas compte mais là, il faut porter le masque ! Où est la cohérence demandée par le Conseil d’État ? »

Ornella Bracka, responsable de la cellule juridique « Covid-19 » de la préfecture du Bas-Rhin, n’a pu que rappeler la position de l’administration :

« Il a été décidé que Strasbourg formant l’épicentre d’une reprise des contaminations, il fallait être particulièrement attentif aux mesures barrières sur le territoire de cette commune. »

Le juge ne remet pas en cause l’efficacité du masque contre la propagation du coronavirus, de même que les requérants d’ailleurs, qui ont assez mal pris d’être qualifiés « d’anti-masques » à l’audience par le Dr Laure Pain, de l’Agence régionale de santé. Dans son ordonnance, Henri Simon précise :

« Il est largement admis par la communauté scientifique que le masque constitue un moyen efficace pour contenir cette pandémie. La préfète du Bas-Rhin peut légalement en imposer le port à Strasbourg (…) en tenant compte de la contrainte que ça représente pour les habitants qui doivent également respecter cette obligation dans les transports en commun
et, le plus souvent, dans leur établissement scolaire ou universitaire ou sur leur lieu de travail. »

Les requérants, qui étaient cette fois plus d’une vingtaine, avaient soulevé un nouveau moyen : le « droit à un procès équitable. » Une autre liberté fondamentale violée, selon eux, par la préfète du Bas-Rhin puisqu’elle a repris le 7 septembre un arrêté similaire à celui du 28 août alors que le Conseil d’État lui demandait de le modifier. Le juge des référés n’a pas répondu sur ce point dans son ordonnance.

La dure vie des « balances » du trafic de drogue

La dure vie des « balances » du trafic de drogue

Dénonciateur public, informatrice discrète, balance supposée ou simple voisin d’un terrain de deal… Ils ont été victimes d’intimidations, de menaces de dégradations ou d’agressions par des dealers. Depuis la disparition de la police de proximité, les habitants n’osent plus informer la police sur le trafic de drogue sans craindre des représailles.

Début 2020, tribunal judiciaire de Strasbourg. Suite à une perquisition à l’Elsau, une petite foule attend nerveusement le début de l’audience. Dans le petit groupe, plusieurs proches des prévenus sont convaincus de connaître la « balance » à l’origine des arrestations de leur fils, pote, petit ami… Quelques insultes fusent, des menaces de représailles aussi…

L’habitante visée déménagera du quartier quelques mois plus tard. Cette situation a poussé Rue89 Strasbourg à enquêter sur la vie de ces Strasbourgeois menacés par le trafic de drogues. Trois « balances » supposées ou avérées ont accepté de témoigner des menaces, des dégradations ou des agressions par les délinquants ainsi que du sentiment d’abandon par la police.

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Une vie de « balance » : la guerre d’un ancien policier contre le trafic dans son immeuble

Une vie de « balance » : la guerre d’un ancien policier contre le trafic dans son immeuble

Depuis 2014, l’homme de 53 ans a toujours manifesté son opposition au trafic de drogue à la cité Rotterdam. Menaces, insultes, agressions physiques… L’ancien policier raconte une vie rendue infernale par les dealers.

Moritz (le prénom a été modifié), grand gaillard de 53 ans, est une « balance » assumée du trafic de drogue au pied de son immeuble. Habitant de la cité Rotterdam, il donne rendez-vous sur la terrasse du restaurant Au Pont d’Anvers, quartier des XV. Un demi de bière dans la main droite, il porte une casquette de marin, une polaire pourpre et une veste bleue sans manche. Avec un fort accent, cet Allemand naturalisé Français à sa retraite aime raconter sa vie passée de « flic undercover » (infiltré) dans le grand banditisme, au sein de la police allemande. Comme si cette époque révolue était plus tranquille : « Dans ma carrière, j’ai fait sauter plusieurs réseaux de prostitution… Mais je n’ai jamais eu autant de problèmes qu’avec les petits dealers en bas de chez moi. »

« On ne veut pas voir de dealers dans cette maison ! »

Tout commence en 2014, lorsque Moritz emménage dans un immeuble de la Cité Rotterdam. La première confrontation se déroule dans un bus. Un jeune dealer s’énerve contre le chauffeur, qui lui réclame son ticket. L’ancien policier prend le parti du conducteur. Les premières insultes fusent : « Sale Allemand », « gros porc », se souvient-il.

Très vite, Moritz comprend que le deal est installé en bas de son immeuble. Observateur quotidien du trafic, il transmet des informations à un policier strasbourgeois sur l’organisation des dealers. Lorsque l’habitant découvre leur stratagème pour entrer dans son immeuble, il prévient CUS Habitat (devenu Ophéa) et fait réparer la porte.

La « poukave » ne se cache pas

À chaque fois, les jeunes vendeurs savent qui est la balance, « la poukave ». Car Moritz leur manifeste régulièrement son opposition. Il demande aux jeunes dealers de quitter les lieux. Sur son téléphone, il garde des traces de ces altercations. Il montre une vidéo tournée en décembre 2016 :

« On ne veut pas voir de dealers dans cette maison, vous comprenez, et ni des consommateurs de stups ! Vous n’avez rien à faire ici.’ »

La nuit, les va-et-vient dans son couloir lui semblent suspect : « Ça toquait régulièrement avec le même rythme à trois heures du matin. » Il comprend que certains voisins stockent de la drogue chez eux. Là encore, il dénonce et provoque plusieurs perquisitions.

Des voitures brûlées…

Cette opposition permanente au deal a valu des représailles croissantes à l’ancien policier, aujourd’hui invalide à 75% du fait d’une maladie de peau et d’une dépression. En 2016, Moritz a vu son Audi A80 « tout juste sortie d’usine » détruite par les flammes. Deux ans plus tard, quelqu’un raye son Audi A100 et lui crève les pneus. Cette année, il a été victime d’une attaque à la voiture bélier :

« J’étais dans une camionnette avec un ami qui vient souvent. Elle est reconnaissable… Une voiture a accéléré jusqu’à notre niveau, deux fois, elle nous a foncé dedans jusqu’à ce qu’on se renverse. Il y en avait pour 6 000 euros de dégâts… »

La voiture brûlée, représaille la plus classique contre les « balances », supposées ou avérées. Image d’illustration. Photo : Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc

Des agressions physiques

Ces dernières années, Moritz a subi plusieurs agressions physiques, dont une à la gazeuse. La dernière attaque date de juin 2020. Une caméra de vidéosurveillance a filmé un jeune homme frapper le quinquagénaire à trois reprises au niveau du visage. Un deuxième jeune a mis fin aux coups de son camarade, alcoolisé. Son agresseur a été condamné le 8 juin à neuf mois de prison ferme.

Un voisin de Moritz partage le même combat. L’homme de 72 ans boit un café. Ancien rédacteur d’assurances, il estime avoir porté plainte « cinq ou six fois » pour des agressions physiques ou des insultes. « Aucune n’a abouti », regrette le retraité. Même mutisme du côté du bailleur social. Il a déjà écrit plusieurs longs courriers à la direction d’Ophéa, dénonçant à la fois les dysfonctionnements au sein de l’immeuble, mais aussi l’insalubrité et l’insécurité. Jean-Marie en devient fataliste : « S’il m’arrive quelque chose, tant pis pour moi. Mais je ne peux pas m’empêcher de dire la vérité. »

Ancien policier, Moritz fustige la police

Après avoir montré sa carte de membre d’honneur de la police municipale strasbourgeoise, Moritz fustige la police nationale. Le petit bureau de police au pied de son immeuble ne lui était guère utile : « Une fois, après une agression, j’entre pour porter plainte. “Faut appeler le 17”, qu’on m’a répondu… Ça m’a mis en furie. » L’antenne de police est vide depuis 2018.

Moritz reprend un demi de bière. Il sort une petite boite, l’ouvre doucement et tapote dessus pour priser du tabac. Il reprend sa diatribe contre l’inefficacité policière : « Lorsque j’ai appelé pour un vol d’électricité (par un branchement sauvage au réseau de distribution, ndlr), un flic en uniforme a débarqué. Devant tout le monde, il a dit “Ah c’est vous M. Wagner !” » Identifié comme balance par tout son immeuble, il l’est aussi par les policiers : « Il vaut mieux que j’appelle en numéro masqué, sinon ils me répondent plus. »

Angoisse, stress et dépression

Pour le Strasbourgeois, hors de question de déménager. Moritz vivrait cette décision comme une abdication. Il se sent ici chez lui et dans son bon droit. Pourtant, le bailleur social Ophéa tente actuellement d’expulser l’habitant pour troubles « à la jouissance paisible des lieux » et injures « notamment à caractère racial ». Le quinquagénaire admet « avoir déjà dérapé quand il se sent abandonné face aux dealers qui me rendent la vie impossible. »

Mais cette force de caractère cache une dépression et des angoisses souvent réactivées par le stress lié aux représailles : « Suite à ma dernière agression, j’ai cru que j’allais faire une crise cardiaque… » S’ensuit des périodes où il n’ose plus sortir seul. L’ancien policier regrette alors que ses amis craignent de lui rendre visite. « Ils ont aussi peur de perdre leur voiture », lance-t-il en riant.

Certaines nuits, Moritz panique. Il s’enfile quelques médicaments pour mieux dormir, comme le Lexomil, un tranquillisant, « avec un canon de bière quand je fais des cauchemars. » Depuis les agressions subies à la cité Rotterdam, le quinquagénaire a augmenté ses doses de Diazépam, un autre anxiolytique.

Au fil des années et du sentiment d’abandon par la police, Moritz s’est transformé en « balance » équipée. Avec joie, il passe un doigt sur l’écran de sa montre et active un enregistreur : « Chaque fois qu’on m’embête, j’enregistre. » Mais son joujou préféré, ce sont des lunettes qui peuvent aussi servir de caméras. L’ancien policier sort toujours équipé d’une gazeuse. Il songe désormais à se procurer une arme. Car Moriz sait que son agresseur sortira de prison l’année prochaine. Il craint son désir de vengeance. « Maintenant, je n’attends plus qu’il me frappe. » La solution de l’ancien policier ? « Un pistolet. »

« Les choses qu’on dit, les choses qu’on fait », un suspens amoureux porté par Camélia Jordana

« Les choses qu’on dit, les choses qu’on fait », un suspens amoureux porté par Camélia Jordana

Dans son dixième long métrage, Les choses qu’on dit, les choses qu’on fait, Emmanuel Mouret poursuit son exploration de la carte du Tendre, avec pudeur mais aussi avec un petit sourire en coin. Rencontre avec le réalisateur, qui s’amuse des inconstances de ses personnages…

Maxime (Niels Schneider) arrive chez son cousin qu’il n’a pas vu depuis des années, mais le cousin (Vincent Macaigne) n’est pas là et c’est avec sa compagne fraîchement enceinte (Camélia Jordana) qu’il va passer quelques jours. À travers les récits de leurs amours présents et passés, Maxime et Daphné se découvrent, interrogent le désir et leurs conceptions de l’amour. Emmanuel Mouret place le spectateur au cœur des confidences, entrecroise les histoires dans un suspens amoureux exaltant, au plus près des sentiments.

La bande annonce des « Choses que l’on dit… »(Pyramide Films)

Rue89 Strasbourg : La construction du récit est très réussie : les personnages se racontent les uns aux autres et chaque confidence entraîne un nouveau rebondissement. Quelle histoire a servi de base à cette structure ?

Emmanuel Mouret : L’histoire principale est la rencontre de Maxime et de Daphné, avec cette idée du cousin invité par le compagnon de Daphné et qui se retrouve finalement seul avec elle pendant quelques jours. En se dévoilant l’un à l’autre, ils créent leur propre histoire. Si le titre Confidences pour confidences n’avait pas été pris pour le film de Pascal Thomas, j’aurais appelé le mien ainsi. J’avais une constellation d’autres récits, qui petit à petit ont constitué une unité : à la fin tout converge. Comme dans certains films de Mankiewicz, le plaisir du spectateur est de s’accrocher pour mettre toutes les pièces en ordre.

Le film tourne autour du désir, de l’absence de désir, du retour du désir…

Je ne pars pas d’un sujet mais de situations. Mais effectivement mes personnages se retrouvent en pleine contradiction entre leurs désirs sexuels ou leurs sentiments et leur désir de rester des gens bien, de ne pas blesser l’autre, de respecter leur parole ou ce qu’ils pensaient être leur conception de l’amour.

Maxime (Niels Schnieder) se confie à Daphné (Camélia Jordana). Photo : Doc remis

C’est un film intellectuel sur des thèmes très charnels, comment avez-vous pensé les corps, notamment des femmes ?

Quand les corps sont dévoilés, cela éteint l’imagination, le spectateur devient voyeur. Je préfère jouer avec les attentes du spectateur. « Ne pas tout montrer » : cela pourrait être une définition du cinéma.

Pour Daphné, je voulais une femme qui ne joue pas avec ses formes mais soit dans l’intériorité. Je pensais à une actrice comme Meryl Streep. Le personnage d’Emilie Dequenne sort du commun, je me suis amusé avec sa coiffure, sa blondeur pour évoquer les héroïnes hitchcockiennes.

François (Vincent Macaigne) et Louise (Emilie Dequenne) (Doc remis).

Daphné dit dès le début : « Plus c’est intime, plus c’est intéressant ». Le film est tourné vers l’analyse des sentiments, le reste : leur métier, le contexte social… on s’en moque.

L’intimité c’est là où se joue la véritable complexité des choses, dans ce qu’on ne montre pas socialement, dans ce qu’on ne peut pas résumer.

De ce fait, est-ce que c’est compliqué pour vous de situer vos personnages dans un milieu social ou dans une temporalité ?

Oui, c’est un vrai casse-tête ! Cela me prend beaucoup de temps, car le milieu social peut caractériser très vite les personnages et je ne veux pas que cela pèse trop. L’amour a toujours à voir avec l’intime et le social, on vit en communauté, on ne peut pas s’y soustraire. Alors certes, les usages amoureux évoluent avec le temps mais les rapports difficiles entre nos sentiments et nos devoirs sociaux ont toujours existé, l’aspect dramatique perdure et c’est cela qui m’intéresse.

Variation sur le triangle amoureux (Doc remis).

La musique est très présente, vous utilisez pas mal de tubes, mais des tubes de la musique classique : comment l’abordez-vous ?

On envisage la musique au montage, cela prend beaucoup de temps car tout est intuitif, basé sur le plaisir. Elle doit rajouter au romanesque, accélérer les sentiments. J’utilise beaucoup de musique instrumentale, de classique parce que c’est une musique qu’on écoute beaucoup, souvent sans s’en rendre compte.

Camélia Jordana est parfaite, elle mêle avec finesse douceur et passion. Comment l’avez-vous rencontrée ?

Je l’ai rencontrée pendant les essais. Je ne la connaissais pas du tout, pour vous dire, je ne savais même pas qu’elle était chanteuse. Sa personnalité est très différente du personnage mais elle a compris Daphné tout de suite. J’ai eu beaucoup de chance de l’avoir.

Pour Primark, le monde se divise en deux catégories

Pour Primark, le monde se divise en deux catégories

Ça y est, Strasbourg est une grande métropole européenne : elle a son Primark. C’est bon pour le commerce, moins pour la planète. Le géant du prêt-à-porter vend uniquement à l’Europe et aux États-Unis. Pour les usines, c’est l’inverse.

L’Orchestre philharmonique de Strasbourg raccorde ses violons

L’Orchestre philharmonique de Strasbourg raccorde ses violons

Après la brutale interruption causée par la crise sanitaire et le confinement, l’Orchestre philharmonique de Strasbourg propose une saison entre innovations scéniques et classiques du répertoire.

Secouée par la crise sanitaire et l’amputation de la saison précédente, la vie culturelle reprend timidement dans les salles strasbourgeoises. C’est le cas pour l’Orchestre philharmonique de Strasbourg (OPS), qui a déjà ouvert sa saison, aussi ambitieuse que les années précédentes, malgré les précautions imposées par la pandémie.

Le spectre du Covid

Comme pour tout le secteur artistique, le confinement a porté un rude coup à l’orchestre de la municipalité, avec pas moins de 42 spectacles annulés depuis le printemps 2020. En découlent les complications financières et logistiques du remboursement des places et du report des spectacles. Certains ont pu être reprogrammés, soit cette saison (notamment Stefan Dohr qui jouera en mars 2021), soit plus tard en 2021-2022.

Comme nombre de structures culturelles, l’OPS doit se conformer à la limitation des jauges des spectacles, afin de maintenir la distanciation recommandée. Le port du masque durant la représentation ne suffit plus, et laisser des sièges vides amènera à repenser l’équilibre financier de spectacles. Certains événements indiquent d’ores et déjà des programmes alternatifs, « si le contexte sanitaire l’impose ».

L’Orchestre Philharmonique de Strasbourg, 15 décembre 2016 Photo : Pascal Bastien / doc remis

Une offre diversifiée dans les tons et les cibles

L’OPS reprend son cycle consacré à Gustav Mahler, notamment avec l’une de ses plus grandes pièces : sa 9e symphonie. Les 4 et 5 février 2021, Le Testament de Mahler sera l’occasion de découvrir une pièce crépusculaire que son auteur lui-même n’a jamais pu entendre, mort avant qu’elle ne soit jouée. En écho de cette dernière symphonie achevée, le programme propose également celle de Mozart, le 20 février 2021.

La saison comporte aussi son lot de pièces plus légères. Clément Lebrun présente le cocasse Bourgeois gentilhomme et les aventures de la marionnette Petrouchka. Bandes originales, les 8 et 9 octobre 2020, invite à redécouvrir des musiques cinématographiques cultes. De Psychose à Orange mécanique en passant par Le Hobbit, c’est l’occasion d’entendre ces musiques en direct.

Une saison charnière qui porte des nouveautés

Plusieurs nouveautés pour l’OPS cette année, à commencer par le changement de sa direction. En place depuis 2012, le chef slovène Marko Letonja laissera, dès la saison prochaine, sa place au jeune chef ouzbek Aziz Shokhakimov. Il dirigera L’Esprit du cor avec Stefan Dohr les 11 et 12 mars 2021 au Palais de la Musique et des Congrès.

Cette saison est également l’occasion pour l’OPS d’initier de nouveaux partenariats. Avec le Musée Tomi Ungerer, Remi Studer et l’OPS créent Otto en mars 2021, l’adaptation de l’histoire Otto, Autobiographie d’un ours en peluche. Et ce sera dans les musées de la Ville de Strasbourg que seront jouées les œuvres du projet Miroirs, le premier dimanche de chaque mois. Des concerts de musique de chambre qui mettront en regard œuvres plastiques et musicales. Comme suggestion pour la Saint-Valentin, l’OPS proposera une expérience sonore et gustative avec le chocolatier strasbourgeois Thierry Mulhaupt.