Enquêtes et actualité à Strasbourg et Eurométropole

Mais pourquoi… a-t-on mis sous bulle la gare de Strasbourg?

Mais pourquoi… a-t-on mis sous bulle la gare de Strasbourg?

À Strasbourg, la gare a deux visages. Depuis 2007, une immense verrière en forme de tore embrasse le bâtiment construit par les Allemands en 1883. Une manière de protéger le monument ? Pas vraiment. De le sublimer ? Pas seulement. Dans cet épisode de « Mais pourquoi », la maire à l’époque, Fabienne Keller, explique la raison d’être de cette construction transparente et circulaire.

Mais pourquoi a-t-on comme mis sous bulle la gare de Strasbourg? Lorsqu’on lui pose la question aussi franchement, la réponse de Fabienne Keller fuse dans un sourire : « Mais parce que le TGV arrivait ! Il fallait agrandir la gare tout en respectant le bâtiment historique. » Maire de Strasbourg de 2001 à 2008, l’actuelle députée européenne connaît ce dossier en détails, puisqu’elle a dû décider de sa conception.

Dans cet épisode de la série de podcasts « Mais pourquoi », elle revient sur les travaux de réaménagement de la gare qui ont permis d’absorber l’afflux de nouveaux passagers lié à l’arrivée du TGV Est en 2007, et concilier les différents modes de transports.

En tant que maire de Strasbourg au moment du réaménagement de la gare, Fabienne Keller avait suivi de près les travaux et les réflexions autour du projet. En 2009, elle a par ailleurs travaillé en tant que sénatrice sur un rapport au sujet du concept de gare contemporaine, pour le Premier ministre. Photo : VP / Rue89 Strasbourg

La verrière qui habille aujourd’hui le monument historique est une création de l’architecte Jean-Marie Duthilleul, lequel a également travaillé sur les gares d’Avignon et de Montpellier. Ce nouveau hall de 150 mètres de long a permis de doubler la surface au sol. Les 5 200 mètres-carrés de vitrages le long de la façade historique sont supportés par 650 tonnes de verre et d’acier. La réalisation de la verrière a nécessité deux ans de travaux et coûté 18,45 millions d’euros.

Derrière la verrière, on devine plus ou moins le bâtiment historique selon le moment de la journée. Photo : JFG / Rue89 Strasbourg
Fabienne Keller à la gare de Strasbourg. (Photo VP / Rue89 Strasbourg).

Troisième recours contre les masques obligatoires à l’extérieur à Strasbourg

Troisième recours contre les masques obligatoires à l’extérieur à Strasbourg

Lundi 14 septembre, le tribunal administratif de Strasbourg devra examiner un recours contre le nouvel arrêté préfectoral du 7 septembre, rendant le port du masque obligatoire à toute heure et en tout lieu de Strasbourg.

Nouveau texte, nouveau recours. Une requête en référé-liberté a été déposée ce vendredi devant le tribunal administratif contre l’arrêté préfectoral du lundi 7 septembre, rendant le masque obligatoire à toute heure et partout à Strasbourg.

A Strasbourg, le masque reste obligtoire partout et à toute heure. Photo : Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc

Rédigé par Me Marc Jantkowiak, le texte a été déposé « au nom de 21 citoyens de Strasbourg », des habitants de Strasbourg, Schiltigheim, Reichstett ou Erstein. Parmi eux, se trouvent Vincent Feireisen et Christian Chartier, les deux professionnels de santé qui avaient attaqué l’arrêté municipal en mai, puis préfectoral fin août, obligeant au port du masque en ville. Le tribunal administratif a fixé la date d’audience au lundi 14 septembre à 9h15.

Ce troisième recours fait suite à l’ordonnance du Conseil d’Etat du dimanche 6 septembre et à son interprétation par la préfecture du Bas-Rhin pour rédiger son arrêté du 7 septembre. Selon les requérants, la préfecture ne pouvait pas reprendre les termes de son arrêté du 28 août pour son second texte :

« Dans le premier article de sa décision, le Conseil d’État enjoint la préfecture de modifier son arrêté pour limiter l’obligation du port du masque à des périmètres caractérisés par une forte densité. C’est très clair. La préfecture a délibérément choisi de contourner le juge des référés du conseil d’Etat pour son texte à Strasbourg… »

Le second arrêté de la préfecture est d’autant plus surprenant qu’il ne prévoit aucune zone « de respiration » à Strasbourg, contrairement aux arrêtés pris le même jour pour Schiltigheim et Bischheim et malgré la demande expresse de la maire (EELV) de Strasbourg, Jeanne Barseghian. Les arrêtés pour les 12 autres villes du Bas-Rhin de plus de 10 000 habitants ont tous prévu des périmètres d’application, autour des rues les plus fréquentées et des établissements publics. Lors d’un échange avec la presse, la préfète du Bas-Rhin Josiane Chevalier a expliqué qu’elle était tenue par les termes de l’ordonnance du Conseil d’Etat.

Vincent Feireisen : « Au début c’était une question de santé, maintenant c’est une question de liberté » Photo : PF / Rue89 Strasbourg

Vincent Feireisen n’en revient pas de la manière dont se déroule cette saga du masque. Pour lui, ancien militant d’Amnesty International et d’Act’Up, il y a une volonté du gouvernement d’instrumentaliser la pandémie :

« Je ne m’explique pas comment une décision équilibrée du Conseil d’État a pu être présentée à la presse comme autorisant des arrêtés aussi déséquilibrés. J’y vois l’intention du gouvernement d’instaurer un climat suffisamment anxiogène pour empêcher les gens de réfléchir. C’est pourquoi il m’apparaît d’autant plus important de mener ce combat jusqu’au bout : au départ, c’était une question de santé pratique, c’est devenu une question de libertés fondamentales. »

Plusieurs arrêtés obligeant au port du masque ont été attaqués devant les tribunaux administratifs français depuis la rentrée. Suite à l’ordonnance de Strasbourg du mercredi 2 septembre, la préfète du Bas-Rhin avait indiqué ne pas faire appel et vouloir travailler avec les maires pour préciser les zones qui seraient concernées par l’obligation du masque.

Pourquoi dès lors le gouvernement a-t-il fait appel de la décision du TA devant le Conseil d’Etat ? Peut-être pour stabiliser le droit mais en l’espèce, puisqu’il s’agit de référés-libertés, la question de l’atteinte aux libertés fondamentale du port du masque n’est pas encore définitivement jugée… Il faut donc s’attendre à d’autres rebondissements.

Samedi, une marche suivie d’un mini-festival pour le climat

Samedi, une marche suivie d’un mini-festival pour le climat

Il fera beau ce samedi 12 septembre, pour le retour d’événements militants autour du climat. La première marche pour le climat depuis le confinement partira à 14h, place de l’Université. Après la manifestation strasbourgeoise, de nombreuses animations seront proposées jusque dans la soirée.

Mobilisées par l’urgence climatique et l’inaction des pouvoirs publics en matière d’écologie, une trentaine d’associations locales se sont engagées à organiser une marche, suivie d’un « festival » pour le climat. L’événement ne répond pas à une journée de mobilisation nationale comme par le passé, mais vient d’une initiative de Citoyens pour le Climat (CPLC) et d’Alsace Nature.

Ce samedi 12 septembre, la marche doit se dérouler de 14h à 16h, pour revenir au point de départ place de l’Université, où d’autres animations sont prévues jusqu’à 20h. Les organisateurs tablent sur 500 participants pour la manifestation, la première de ce type depuis le confinement.

En septembre 2019, la Marche pour le climat a mobilisé plusieurs milliers de personnes à Strasbourg (Photo Elis Nappey / FlickR / cc)
En septembre 2019, la Marche pour le climat avait mobilisé plusieurs milliers de personnes à Strasbourg Photo : Elis Nappey / FlickR / cc

Strasbourg, capitale verte de l’Alsace

Samedi 12 septembre, à 14h, au départ de la place de l’Université, le cortège de Strasbourgeois marchera en direction de la place de la République, puis de la place Kléber avant de retourner par le quai des Bateliers, devant le Palais universitaire. Avec cette marche, les organisateurs espèrent relancer l’attention de tous sur les enjeux climatiques actuels.

L’évènement sera exclusivement strasbourgeois et regroupera sur les stands place de l’Université de nombreuses associations locales comme GCO Non Merci, Destocamine, Alternatiba, Campus Vert, Vélorution, Greenpeace Strasbourg, le Chaudron des alternatives, Nous voulons des coquelicots.

La rentrée, le bon moment pour redynamiser les engagements locaux

A partir de 16h, place au « festival écolo », le premier sous cette forme à Strasbourg. Depuis leurs stands, les associations comme Extinction Rébellion, One Voice, distilleront de nombreux savoir-faire sur la cuisine végétale, la fabrique de savon maison ou la pratique du zéro déchet aux Strasbourgeois. Dans les ateliers, il sera également possible de fabriquer sa propre tawashi, une éponge venue du Japon, élaborée à partir d’anciens tissus, lavable et réutilisable.

Les plus jeunes pourront s’épanouir dans l’espace parents-enfants. Sur une fresque autour du thème « crée ta nouvelle planète », les enfants seront invités à exprimer leur créativité librement. Des plantations de semis et une plongée dans la lecture de contes seront proposées. Alsace Nature organise de son côté un atelier pour découvrir la faune et flore locale.

Programme détaillé ici.

Des ateliers pratiques, conférences et expos

Côté conférences, Marie Furlan, qui a lancé les cleanwalk cet été à Strasbourg, débutera à 16h pour revenir sur son expérience lors d’un atelier sur les initiatives citoyennes. Puis, le consultant Gilles Schacherer à 16h30 dissertera sur le « Système monétaire et crise écologique ». Enfin Michel Risser, docteur en Physique et ancien enseignant-chercheur à l’ECAM Strasbourg, s’exprimera de 17h à 18h sur le thème de l’énergie propre et les transitions écologiques.

« Les gens ont beaucoup de bonnes idées mais ne savent pas toujours les concrétiser », souligne Louise Morlot, la coordinatrice du mouvement Citoyens pour le Climat à Strasbourg.

Deux expositions seront présentées, celle de Christoph de Barry, photographe Strasbourgeois, avec sa série « mise au poing » pensée autour du climat et de l’environnement. Piet, dessinateur entre autres à Rue89 Strasbourg, présentera ses talents de caricaturiste dans une deuxième exposition.

Un événement d’initiative locale

Avant la première édition de cet événement local, Louise Morlot s’enthousiasme de la dynamique strasbourgeoise du moment :

« À Strasbourg, beaucoup de mouvements différents existent, la mairie est écolo, les Strasbourgeois et Strasbourgeoises sont sensibles aux questions environnementales. C’est en trouvant des solutions locales que nous ferons avancer les choses. »

Dans le cadre de cet événement, les gestes barrières devront s’appliquer. Le port du masque est désormais obligatoire dans toute la ville et le sera encore ce samedi. Pour favoriser la distanciation physique, les regroupements de plus de dix personnes autour des stands seront proscrits et du gel hydroalcoolique sera disponible sur le site.

Pour la mémoire de Cyril, sans-abri noyé en février, sa mère en quête de vérité

Pour la mémoire de Cyril, sans-abri noyé en février, sa mère en quête de vérité

Plus de six mois après la disparition de Cyril, un sans-abri strasbourgeois, sa mère cherche à rassembler des éléments sur les circonstances de sa mort, dans l’espoir de se reconstruire. Mais qui s’intéresse au décès d’un sans-abri ?

« Tant que je ne sais pas ce qui s’est passé, ce sera dur de faire mon deuil. Je le ressens de plus en plus ». Six mois après le décès de Cyril, 27 ans, sa mère Isabelle cherche toujours à savoir ce qu’il s’est passé. Assise sur une chaise à l’Hôtel de la rue, elle raconte en détail leur relation. Le regard fixe, elle évoque leurs derniers échanges et les souvenirs douloureux liés à sa disparition. Dans le petit bureau, la porte fermée, une bénévole prend des notes pour savoir comment l’aider juridiquement et avec les administrations.

Disparition début février

Cyril Ledermann a arrêté de lui donner des signes de vie dans la matinée du mercredi 5 février. « On s’appelait une heure par jour », se souvient Isabelle.

Ce jour-là à 18h35, une personne tombe seule dans l’Ill près des Halles, sans pouvoir être secourue à temps. Elle n’est jamais retrouvée. Au matin du 2 mars, le corps de Cyril est repêché dans l’Aar, à hauteur du parc des Contades. Le même matin, Isabelle se rendait au commissariat de Schiltigheim pour faire une « déclaration de disparition inquiétante ». Suite à la description d’Isabelle, la police la redirige vers le commissariat central à Strasbourg. Cyril est formellement identifié.

« D’après le policier et la personne à la morgue, le corps a séjourné un bon moment dans l’eau ». Jusque-là, Isabelle n’avait pas fait ce rapprochement entre Cyril et cette noyade, car la personne disparue le 5 février correspondait à « un homme d’une quarantaine d’années », selon la description des témoins.

Une des dernières photos de Cyril. Photo : doc remis

La thèse du suicide ou de l’accident ne convainc pas sa mère, ni ses proches. « Il a peur de l’eau et ne savait pas nager. On logeait un moment dans un squat nommé le Village du second souffle, près du lac de la Ballastière à Hoenheim et même quand il était alcoolisé, il ne s’en approchait pas », raconte Edson Laffaiteur, le fondateur de « l’Hôtel de la rue » et ancien sans-abri qui a côtoyé Cyril. Ses proches se demandent s’il y a eu un règlement de comptes près du centre commercial.

Sans nouvelle de l’enquête, Isabelle, 48 ans, cherche à comprendre. « Depuis son décès, je suis sous anti-dépresseurs », raconte l’habitante de Schiltigheim, mère de quatre autres jeunes adultes. Elle n’a pas souhaité donner son nom de famille ou apparaître en photos.

Dans sa quête de vérité, la principale difficulté est de ne pas avoir accès à tous éléments. Elle n’a pas pu consulter le rapport d’autopsie. Pas plus que les images des caméras de surveillance. Contacté, le parquet de Strasbourg en charge de l’enquête n’a pas donné suite à notre sollicitation. Isabelle a en revanche pu voir le corps de Cyril à la morgue : « Je le revois tous les jours. Il avait ses habits et son visage était vert ». Isabelle multiplie les demandes, jusqu’à écrire à l’Élysée. « Beaucoup de gens qui l’ont côtoyé dans la rue veulent savoir, mais c’est à la famille de mener les recherches » poursuit-elle.

À la rue depuis ses 16 ans

Cyril Ledermann a quitté le domicile familial strasbourgeois à l’âge de 16 ans, dans un contexte familial tendu. Il gardait contact avec sa mère, divorcée, et venait parfois loger chez elle. C’était le cas à l’automne 2019 pour plusieurs semaines. Mais certaines rechutes dans son addiction à l’alcool rendait parfois les relations difficiles. Le 14 février, dix jours après son décès, le jeune homme devait être incarcéré plusieurs mois à la maison d’arrêt de Strasbourg, pour des faits de violences conjugales commises dans le nord de la France. Il s’agissait de sa deuxième condamnation pour de tels faits. Il était père d’un enfant de 4 ans, aujourd’hui sous la garde d’une précédente compagne à Strasbourg.

Cyril pendant son adolescence. Photo : doc remis

Sur ses doigts, Cyril portait depuis peu un tatouage « Fuck love ». Les huit lettres, quatre sur chaque main, apparaissaient sur ses phalanges lorsqu’il fermait les poings. Isabelle espère que ce signe distinctif évoque des souvenirs à ceux qui l’ont croisé les dernières semaines avant son décès. La mère attend toujours un appel, un témoignage qui aiderait à comprendre les circonstances de la mort de son fils.

Cyril portait des tatouages sur ses mains Photo : Fb

Cyril avait aidé au fonctionnement de « l’Hôtel de la rue » à Koenighsoffen lors de l’ouverture en juillet 2019. Il a quitté les lieux suite à des difficultés de cohabitation. Par la suite, il a aussi vécu au squat Bugatti à Eckbolsheim, ou à l’éphémère squat Saint-Aloïse à Neudorf début janvier 2020. Sa mère ne sait pas exactement quel était son dernier lieu de vie. Il avait notamment trouvé attache dans un lieu à Hautepierre. « Il passait les trois quarts de son temps dans ce quartier, où il avait des amis proches ». Un autre très bon ami vivait à Mutzig, où Cyril avait passé le nouvel an. Il vivotait grâce à des petits boulots de quelques jours.

Cyril a grandi en Alsace. Il revenait du nord de la France. Photo : doc remis

Appels aux témoignages et à la solidarité

Cyril a été incinéré en mars, pendant le confinement. Une cérémonie avec quelques proches s’est tenue le 9 juin. Ses cendres ont été dispersées dans un cimetière de la Robertsau. Sa mère doit encore régler une partie des frais aux pompes funèbres. Il lui reste 1644€ à régler sur 2850€. Isabelle rembourse à raison de 100€ par mois et a reçu quelques dons individuels, mais cherche à récolter les fonds via une cagnotte Leetchi. Début septembre, elle est retournée pour la première fois se recueillir au cimetière.

Depuis la fin de l’été, Isabelle occupe une partie de son temps en aidant à l’Hôtel de la rue, une manière de poursuivre son engagement pour les sans-abris. Dans ses petits appartements, elle avait déjà hébergé plusieurs personnes à la rue par le passé : « J’ai aidé beaucoup de personnes, notamment des femmes. Certains m’appelaient la “maman de la rue”. »

Le chef des urgences de Strasbourg craint la seconde vague de covid couplée à l’épidémie de grippe

Le chef des urgences de Strasbourg craint la seconde vague de covid couplée à l’épidémie de grippe

Incertitudes sur l’intensité de la seconde vague de coronavirus, effectifs paramédicaux (infirmières, aides-soignantes…) insuffisants, épidémie de grippe… Pascal Bilbault, chef des urgences des Hôpitaux Universitaires de Strasbourg (HUS), décrit l’état d’esprit de ses équipes et la préparation de son service face à cette deuxième séquence de Covid.

Chef du service urgences des Hôpitaux Universitaires de Strasbourg, Pascal Bilbault décrit pour Rue89 Strasbourg la préparation de ses équipes à une deuxième vague de Covid-19. S’il espère une seconde séquence « plus longue, moins intense », le médecin craint malgré tout un manque de personnel pour faire face au retour des hospitalisations liées au coronavirus tout en maintenant l’activité « normale » du service, qui fera aussi face à l’épidémie saisonnière de grippe à partir d’octobre.

Rue89 Strasbourg : À Strasbourg, est-ce que nous faisons face à une seconde vague de coronavirus ?

Pascal Bilbault : Tout dépend de ce qu’on appelle seconde vague. Il y a bien un retour de patients infectés Covid, mais pas du tout dans la même configuration qu’en mars / avril. Cette fois, les équipes médicales s’y attendent. Nous avons une meilleure organisation : on peut faire mille tests par jour, contre une dizaine au tout début. Pour les équipements de protection individuels aussi, il n’y a plus de tension sur les masques, ni sur le gel hydroalcoolique.

Et puis la population se protège. On porte un masque dans les transports, au bureau, dans la rue… Il y a aussi le lavage des mains qui est un geste barrière majeur, il faut insister là-dessus. Tous ces réflexes permettent de réduire l’ampleur de cette seconde vague.

Pascal Bilbault, chef du service urgences des Hôpitaux Universitaires de Strasbourg. Photo : Document remis

Mais on observe bien le début d’une seconde séquence. Elle reprend d’abord dans les appels au 15. Fin août, nous avions déjà entre deux et trois fois plus d’appels liés au Covid qu’en juin. Pour l’instant, les gens ne demandent que des conseils ou des indications pour aller se faire dépister. Ces dernières semaines, nous n’avons pas eu de patients à chercher en ambulance pour détresse respiratoire grave et qui se seraient révélés positifs une fois aux urgences.

La seconde vague est-elle déjà observable dans les unités d’hospitalisation ou de réanimation aux urgences de Strasbourg ?

Aux urgences, on teste tous les patients. Dans la semaine du 1er septembre, nous avons eu cinq patients positifs. La semaine suivante, nous avons eu deux patients contaminés. En trois semaines, cela fait une dizaine de patients diagnostiqués positifs aux urgences des Hôpitaux universitaires de Strasbourg (HUS). Une seule personne parmi cette dizaine de patients est allée en réanimation. Cela paraît peu, mais en juin et juillet, nous n’avons eu aucun cas positif.

Comment expliquer que le taux de transmission augmente sans que le nombre d’hospitalisés augmente? 

Plus on teste, plus on trouve des cas positifs. Mais il y a des patients asymptomatiques qui n’ont pas besoin d’aller à l’hôpital, et c’est tant mieux. On ne va pas se plaindre d’une baisse continue des hospitalisations. L’avantage des tests PCR, c’est de pouvoir les isoler et trouver les cas contacts. L’idée, c’est de maintenir le taux de reproduction (R0) du virus le plus bas possible. Pour l’instant, le R0 est à 1,3 dans le Bas-Rhin (une personne positive contamine en moyenne 1,3 personne). C’est pas mal quand on sait qu’on était autour de 3-4 au mois d’avril. Tout ça vient du respect des gestes barrières.

Quel est votre état d’esprit face à cette seconde vague ?

Le nombre de cas hospitalisés va augmenter, c’est sûr. Depuis la semaine dernière, on a fait rebasculer une unité de 11 lits en mode Covid. Le plan B, si la seconde vague était plus importante que prévue, ce serait de transformer une unité de pneumologie et une unité de gériatrie pour accueillir le Covid.

« Il risque d’être impossible de gérer l’activité habituelle plus une nouvelle vague »

Le problème, c’est qu’il va falloir traiter ces patients tout en traitant tous les autres, qu’on n’avait plus pendant le confinement. Il y a toujours une tension sur le personnel paramédical (infirmières, aide-soignantes). Si le taux de contamination explose, il risque d’être impossible de gérer de front l’activité habituelle plus une nouvelle vague.

Les équipes médicales sont-elles prêtes à faire face à une deuxième vague ?

Tout ceux qui travaillaient dans des unités de médecine et de chirurgie ont bossé comme des fous ces derniers mois pour rattraper l’activité interrompue des mois de mars et avril. Les médecins, les infirmières, les aides-soignantes sont donc fatiguées. D’autres sortent aussi de la séquence coronavirus avec la fierté de s’être dépassés, mais ils craignent que ces situations deviennent la norme.

Avez-vous des inquiétudes particulières face à la prochaine vague ?

Aujourd’hui, la question qui se pose porte sur la gestion du coronavirus en même temps que la grippe, dont les symptômes sont similaires. On ne sait pas encore comment organiser les frottis pour les deux virus. Et il faudra s’organiser pour avoir des résultats rapides, deux ou trois fois par jour. Si nous obtenons des résultats 24 heures après le test, c’est déjà trop tard pour les urgences, qui doivent admettre les patients au plus vite. Ici aussi, le problème de la rapidité des résultats vient d’une tension sur le personnel…  

« Cette seconde vague sera plus longue, mais moins intense »

Si la seconde vague de Covid atteint la moitié de la première, on ne pourra pas maintenir l’activité normale. Il faudra peut-être déprogrammer à nouveau… Je pense que cette seconde vague sera plus longue, mais moins intense.

Refaire des déprogrammations peut être lourd de conséquences. Imaginez tous ceux qui attendaient une chirurgie pour un cancer… Et même pour la simple pose d’une prothèse de hanche, cela ne semble pas urgent, mais un rendez-vous reporté de trois mois, ça peut pousser le patient à rester immobile plus longtemps. Il peut perdre en autonomie, perdre en musculation, voire chuter…  

Quand en saura-t-on plus sur l’intensité de la seconde vague ?

On aura une bonne idée fin septembre, quand tout le monde sera rentré de vacances. La plupart de ces cas positifs sont des personnes qui reviennent du bassin méditerranéen. Nous n’avons pas identifié de cluster local pour l’instant.

Le Ségur de la Santé a-t-il déjà changé la donne pour le personnel soignant ?

Le Ségur de la Santé nous a donné de l’espoir mais pas de résultat pour l’instant. C’est difficile d’attendre la première augmentation pour les infirmières. Il faudrait que ces annonces soient suivies d’effets concrets immédiats sinon les gouvernants vont encore passer pour des gens qui promettent mais ne font rien. 

Aux HUS, d’après la directrice des ressources humaines, on a pu embaucher 240 infirmières au mois d’août. Il y a toujours des manques, mais c’est une bonne nouvelle. Maintenant, il faut consolider le salaire de ces infirmières pour les garder.  

Un an d’emprisonnement avec sursis requis contre la conseillère régionale Vanessa Wagner

Un an d’emprisonnement avec sursis requis contre la conseillère régionale Vanessa Wagner

Vanessa Wagner, conseillère régionale (UDI), a comparu jeudi 10 septembre devant le tribunal correctionnel de Strasbourg. France 3 Alsace relate qu’elle était entendue pour « détournement de fonds et de moyens matériels et humains », suite à l’utilisation des moyens de la fédération française du bâtiment du Bas-Rhin (FFB 67), dont elle était secrétaire générale, pour sa campagne aux élections législatives de 2017.

L’affaire, que Rue89 Strasbourg avait révélée en janvier, a débuté suite à la plainte d’employés de la FFB en 2018, agacés d’avoir à se concentrer sur la promotion de la candidate. La présidence de la FFB et ces employés s’étaient constitués partie civile. Mais à l’audience, ils n’ont pas pu être entendus car ils se sont retirés suite à un accord financier, selon France 3 Alsace.

La défense réclame la relaxe

Le procureur de la République a néanmoins requis un an de prison avec sursis, l’interdiction d’exercer une fonction publique et l’interdiction de diriger une société à l’encontre de Vanessa Wagner. Le Parquet a précisé que ces réquisitions englobent d’autres faits, notamment des irrégularités dans la gestion de la société de son mari.

Me Éric Braun, avocat de Vanessa Wagner, a dénoncé à l’audience « un très mauvais travail d’enquête » et a nié la réalité de l’ensemble des accusations. Vanessa Wagner a demandé la relaxe au président du tribunal. Le jugement a été mis en délibéré au 24 septembre.

Repenser « le monde de maintenant, » à Kolbsheim du 10 au 20 septembre

Repenser « le monde de maintenant, » à Kolbsheim du 10 au 20 septembre

Du 10 au 20 septembre, les 10 jours VERT le futur reviennent à Kolbsheim. L’occasion pour les participants d’interroger nos modes de vie au travers de lectures, de conférences et de performances artistiques.

Lieu emblématique de la lutte contre l’autoroute du Grand Contournement Ouest (GCO – voir nos articles) de Strasbourg, le village de Kolbsheim accueille pour la deuxième année consécutive les 10 jours VERT le futur, du 10 au 20 septembre. L’événement ne veut pas être « un énième festival », explique sa fondatrice Yseult Welschinger, mais un moment pour questionner et repenser « le monde de maintenant ».

Cette réflexion se produit à travers toute une palette de moyens, de la conférence scientifique au spectacle vivant en passant par les soirées ciné-débat. Au total, 23 activités sont proposées, toutes gratuites. Il est possible de soutenir le collectif en participant à une tirelire, en achetant les goodies « verts et responsables » ou en se restaurant sur place. Attention, seul le règlement en espèce est disponible.

Une première édition prometteuse

La première édition, qui a rassemblé autours d’un millier de visiteurs sur les 10 jours, a été un succès selon Yseult Welschniger. « On redoutait un peu les réactions, beaucoup on été choqués par notre défaite dans la bataille du GCO. Mais on a vraiment eu un bel écho, on a vu poindre des volontés de résiliences ». Pour cette deuxième année, les organisateurs réaffirment leur volonté de pérenniser l’événement. Si tout se passe aussi bien qu’en 2019, un an après l’évacuation de la Zad, le collectif de cinq personnes envisage de se constituer en association.

Tout au long de l’année, le collectif a tenu des réunions avec les habitants pour les informer et discuter de l’avancement de l’organisation. « On a voulu fédérer les énergies préexistantes et nouvelles », explique Yseult. Yapa école, association kolbsheimoise fraîchement créée proposera ainsi un repas où des collations végétariennes sucrées-salées côtoieront un sanglier à la broche lors de la soirée du samedi 12 septembre. La nouvelle maire, Annie Kessouri affiche également son soutien à l’initiative en parlant de « fierté » dans l’édito du programme qu’elle signe. Plusieurs de ses adjoints ont aidé à mettre sur pieds de cette deuxième édition.

Un évènement qui suscite l’intérêt des élus

Ce rendez-vous ne séduit pas que les élus de Kolbsheim. Plusieurs officiels dont la présidente de l’Eurométropole, Pia Imbs (sans étiquette), et la députée Martine Wonner (ex-LREM) ont annoncé leur présence à la soirée d’inauguration. Un événement le 19 septembre est même spécialement imaginé pour les élus de l’Eurométropole et du Kochersberg : le collectif de jeunes urbanistes « La Traverse » proposera « un atelier de partage sur les manières de mener une transition écologique pérenne » se basant sur les informations récoltées au cours d’une étude de terrain de 7 mois. Danielle Dambach, 2è vice-présidente de l’Eurométropôle et l’adjointe Suzanne Brolly qui représentera Jeanne Barseghian, sont déjà inscrites.

Quelques temps forts de ces 10 jours

Samedi 12 septembre, les organisateurs des 10 jours VERT le futur invitent les participants à se joindre à la Marche pour le climat de la rentrée à Strasbourg. Le cortège partira de la place de l’Université à 14h. Ensuite, dès la fin d’après-midi à Kolbsheim, deux vernissages d’expositions, des lectures, une conférence et un repas-causerie poétique autour de la biodiversité s’enchaîneront.

Le weekend suivant, les 19 et 20 septembre sera « vraiment convivial, on pourra partager pleins de moments en famille » annonce Yseult Welschinger. Elle mentionne notamment la « Ruée vers le futur » samedi 19 septembre de 17h à 21h. Dans la rue de la division Leclerc, divers artistes se retrouveront pour proposer des animations et performances imaginées le jour même.

Le personnel des laboratoires sous pression avec les grandes campagnes de tests Covid

Le personnel des laboratoires sous pression avec les grandes campagnes de tests Covid

Charge de travail décuplée, sous-effectifs, clients agressifs… Des employés de laboratoires d’analyses témoignent du changement brutal de leur métier ces derniers mois.

Elisabeth, la cinquantaine, est technicienne de laboratoire chez Biogroup à Strasbourg. Depuis le début de la pandémie, son médecin lui a déjà prescrit deux arrêts du travail. Mi-mars, elle est d’abord arrêtée deux semaines après avoir présenté les symptômes du coronavirus. À son retour, elle enchaîne les semaines de près de 50 heures. Fin juillet, surmenée, elle fait un malaise sur son lieu de travail. Aux urgences, un médecin lui diagnostique une série de « mini-AVC ». Après trois semaines d’arrêt et 15 jours de congés, Elisabeth est de retour dans son laboratoire malgré la cadence infernale qui l’attend. Elle va mieux « grâce aux médicaments ». Sans eux, elle a du mal à trouver l’équilibre.

« Quatre fois notre activité habituelle »

Élisabeth n’est pas la seule à avoir craqué. Rien que dans son laboratoire, trois secrétaires surmenées ont obtenu des arrêts maladie depuis le début de la pandémie. Ces dernières semaines, son établissement réalise 100 à 130 prélèvements PCR par jour. Ce à quoi s’ajoute les tests sérologiques et l’activité habituelle de collecte du laboratoire.

Dans un autre laboratoire de Biogroup, celui de l’Ancienne douane, le directeur David Marx témoigne en ce mois de septembre d’une activité « quatre fois plus forte » qu’en temps normal :

« On est proche de la rupture. Les secrétaires fournissent un travail énorme, elles enregistrent 20 à 25 patients par heure. On doit trouver une organisation à laquelle on n’a pas le temps de réfléchir. »

David Marx, biologiste et directeur du laboratoire Biogroup ancienne douane

Le personnel est amenée à effectuer des heures supplémentaire, mais en plus les heures de travail sont plus chargées qu’à l’accoutumée. « Dans un des laboratoires où je travaille, je suis à mon poste en continu de 7h à 12h30, sans aucune pause », témoigne Sabine, secrétaire médicale strasbourgeoise.

Élève en troisième année de médecine, Timothée Vincent travaille cet été pour Bio67. Il circule entre les différents laboratoires, mais aussi les stands de tests en plein air, où il prête main forte aux techniciens pour les prélèvements. Lundi 7 septembre, il était au stand de la foire européenne où les visiteurs peuvent se faire tester sans rendez-vous, ni ordonnance. En une journée, son équipe a réalisé environ 500 dépistages.

Lundi matin, une queue se forme déjà devant le laboratoire de l’Ancienne douane malgré la prise en charge rapide des patients. Photo : MB / Rue89 Strasbourg

Des laboratoires en manque de moyens

Face à la demande accrue les laboratoires sont en sous-effectif. Ces structures ont du mal à recruter du personnel qualifié. Une difficulté liée à un manque d’attractivité, selon Elisabeth :

« Les jeunes ne se tournent plus vers la profession de technicien de laboratoire. Je les comprends. Depuis qu’on a été racheté par de grands groupes, le métier a été énormément dévalué. Avant on était polyvalents. Aujourd’hui, on ne fait plus les analyses nous-mêmes. On transmet à un plateau technique. Le salaire d’embauche tourne autour du SMIC et on n’a même pas touché la prime Covid. Au Ségur de la santé, nos représentants ont été invités avant d’être laissés sur le pas de la porte. »

Elisabeth, technicienne de laboratoire chez Biogroup

Selon Daniel Marx, le problème de recrutement porte moins sur le personnel apte à réaliser les tests : « La technique du test est simple, explique le responsable de laboratoire, on pourra toujours se tourner vers les professions de la protection civile, vers les pompiers, etc, pour nous assister. » Daniel Marx s’inquiète plutôt du recrutement des secrétaires médicales :

« On utilise un logiciel de métier complexe. Quand on embauche quelqu’un il faut d’abord le former. À cela, s’ajoute le problème de la configuration des laboratoires. On est limités par le nombre de postes et d’ordinateurs à notre disposition. »

Daniel Marx, biologiste et directeur du laboratoire Biogroup ancienne douane

Une ambiance de travail tendue

En plus d’être constamment sollicités, les personnels doivent gérer des patients « plus agressifs depuis le déconfinement », raconte Sabine :

« Les patients sont pressés, furieux, ils paniquent. Ils sont beaucoup moins compréhensifs que d’habitude. »

Sabine, secrétaire médicale

Sabine ne s’est jamais fait insulter. Elisabeth s’est déjà vu répondre « à cause de vous je vais mourir », lorsqu’elle a annoncé au téléphone que des résultats auraient du retard. Secrétaire dans un laboratoire Bio67, Nadia (prénom modifié) s’est fait « traiter de pute », lorsqu’elle demandait à une dame de sortir du laboratoire.

Cécile (prénom modifié) a pu constater une ambiance plus sereine qu’en labo lorsqu’elle était sur un stand à la foire européenne, malgré l’affluence.

Pour Sabine, c’est plutôt le risque de contagion lié à la configuration des laboratoires qui est une source de stress :

« On manipule des fiches, des cartes vitales en permanence. Dans la précipitation, on ne sait plus si on s’est lavé les mains entre chaque manipulation. Dans un des laboratoires, la salle d’attente n’a pas de fenêtres. On est en intérieur, au contact de patients qui toussent et ont de la fièvre. »

Sabine, secrétaire médicale
Les laboratoires s’arrangent du mieux qu’ils peuvent pour respecter les consignes sanitaires. Ici les salles de prélèvement n’ont pas de fenêtres, le test PCR se fait donc dans l’encadrement de la porte de derrière. Photo : MB / Rue89 Strasbourg

L’appréhension à l’arrivée de l’automne

Personnels et directeurs de laboratoire voient arriver la rentrée avec inquiétude. Les étudiants en médecine embauchés pendant l’été vont reprendre les cours et il sera difficile de les remplacer. Deux externes actuellement mobilisés à plein temps, indiquent qu’ils ne pourront travailler que « quelques heures par semaine », plutôt le week-end, une fois les cours repris en octobre.

Interviewé par France Bleu Alsace le 8 septembre, Lionel Barrand, président du syndicat national des jeunes biologistes médicaux, reconnait que des secrétaires ont été « agressées verbalement » et même « physiquement à Paris ». Il soulève un autre problème. Avec l’automne, c’est le retour du rhume et de la grippe dont les symptômes ressemblent à ceux du Covid :

« Toutes les personnes qui vont avoir un nez qui coule ou de la fièvre seront suspectées de Covid, […] on ne pourra plus dépister tout le monde dans les temps. »

Lionel Barrand, président du syndicat national des jeunes biologistes médicaux

Il enjoint donc la population à se vacciner et le gouvernement à revoir sa politique de dépistage : « Il faut cibler les personnes présentant des symptômes et les cas contacts ».

Voisin procédurier, municipalité frileuse et dissensions internes… L’EurOasis s’enlise

Voisin procédurier, municipalité frileuse et dissensions internes… L’EurOasis s’enlise

Menacée par un recours au tribunal administratif et minée par des dissensions internes, l’EurOasis, association dédiée aux alternatives et aux transitions, s’enlise sur les deux hectares de terrain loués par la Ville de Strasbourg depuis un an.

Derrière le portail du 32 quai Jacoutot, la végétation a repris ses droits. Sur les deux hectares en friche investis en juillet 2019 par l’EurOasis, quelques constructions en terre, en paille et en bois, un jardin de permaculture, des chemins tracés et trois bâtiments fermés, témoignent d’une activité humaine discontinue.

En juin 2018, l’EurOasis remportait l’appel à projets lancé par la municipalité de Strasbourg. Sur cette parcelle verdoyante de la Robertsau cédée par la Ville, l’association s’engageait à créer un espace de coworking, une microbrasserie ou encore une école alternative…. À l’été 2019 cependant, la vente du terrain n’a pas eu lieu. La municipalité a préféré signer une convention d’occupation précaire, suite à un recours devant le tribunal administratif d’un autre porteur de projet qui convoitait cet espace. Ce bail précaire prend fin le 30 septembre 2020, posant ainsi la question de l’avenir de ce lieu dédié aux alternatives.

L’appel à projets cassé par la ville

L’immobilisme actuel d’Euroasis est lié au recours de Jean-Luc Meyer, un voisin du terrain. L’agent négociateur en immobilier estime que l’association a bénéficié de faveurs de la municipalité lorsqu’il était question de vendre l’ensemble en l’état pour 412 500€. Son avocat Me Nicolas Kihn explique pourquoi la décision de la Ville suite à l’appel à projets a été contestée :

« Nous estimons que la Ville de Strasbourg a mal apprécié le projet au regard de ses propres critères, qu’ils soient culturel ou économique. Nous proposions un parc de sculptures, un café des arts, une salle de réception et un restaurant, ce qui correspondait mieux aux attentes de la ville au niveau du tourisme et des loisirs. Au niveau financier, nous avions un plan de financement et une attestation bancaire qu’Euroasis n’avait pas. »

Depuis l’installation d’Euroasis sur le terrain, leur voisin s’est montré particulièrement procédurier. Lors de l’inauguration, Jean-Luc Meyer a tenté de faire annuler l’événement par un recours en référé devant le tribunal administratif, en vain. Lors des événements suivants, il a estimé que les normes d’accueil du public n’étaient pas respectées et en a averti les autorités par courrier.

Revirement sur des subventions

Les membres d’Euroasis espéraient aussi recevoir des subventions de la part de la Ville « à hauteur de 120 000 euros répartis sur 2020 et 2021 », estime Lionel Prime, actuel membre du bureau de l’association. Mais les élus municipaux n’ont jamais délibéré sur ces aides en conseil. Paul Meyer, ancien adjoint en charge de l’Économie sociale et solidaire, explique ce revirement des élus en charge du dossier malgré ses efforts pour soutenir financièrement le projet :

« Il fallait sécuriser la situation des occupants d’Euroasis parce qu’on avait un voisin qui faisait tous les recours juridiques imaginables. Si une subvention avait été versée, elle aurait pu être utilisée par le plaignant (estimant avoir été lésé au profit d’Euroasis, ndlr) dans la procédure qui attaquait l’issue de l’appel à projets. »

Des bâtiments interdits d’accès

Un autre revirement municipal concerne la convention d’occupation précaire signée par l’EurOasis et la mairie de Strasbourg. Cette dernière n’autorise pas les membres de l’association à occuper les trois bâtiments de 750 mètres-carrés. Des diagnostics de l’agence AC Environnement ont aussi révélé des pollutions à l’amiante et au plomb dans ces structures. Mais un ancien membre actif de l’association, Philippe Kuhn, se souvient d’une autre promesse sur ce point :

« On a reçu la visite d’un élu à l’été 2019, qui venait constater de manière non officielle que les bâtiments seraient rapidement habitables après quelques travaux. Cela devait aboutir à la signature d’un avenant au bail, permettant d’entrer dans les bâtiments. Mais en décembre, la Ville nous a confirmé l’interdiction d’accéder aux trois maisons. »

Pour des raisons de sécurité, les bâtiments sont interdits d’accès. Photo : Manuel Avenel / Rue89 Strasbourg / cc

Autre imprévu pour Euroasis : une pollution des sols au mercure a été constatée en plusieurs points. Pour réaliser le jardin de permaculture (une forme de culture qui doit permettre une restauration biologique), Gaby et une dizaine d’autres bénévoles ont dû trouver des solutions : « Nos tomates, potirons et courgettes sont plantés dans des bacs de terre et sur des buttes afin d’éviter le contact du sol, explique-t-elle, l’avantage de ces légume-fruits, c’est qu’ils sont consommables même dans des sols pollués. De la luzerne, des plans de moutarde et de phacélie, permettent également d’extraire cette pollution. Progressivement nous dépolluons le jardin depuis août. »

Les projets d’espace de coworking, de restauration bio, de microbrasserie, d’école alternative ou encore de crèche ont donc été reportés. « Des personnes venues travailler sur le principe du woofing (logement contre travail, ndlr) ont dû quitter les lieux et cela a mis par terre le projet initial », se souvient Philippe Kuhn.

« Des personnes venues travailler sur le principe du woofing ont dû quitter les lieux et cela a mis par terre le projet initial », se souvient Philippe Kuhn.

L’organisation d’événements

L’association s’est alors concentrée sur l’organisation d’événements en extérieur comme le Camp Climat cet été. Des rencontres de plus petite ampleur, comme des conférences sur le climat ou des ateliers de permaculture, ont aussi eu lieu. Mais depuis août, l’alimentation en électricité ne fonctionne plus. Une situation qui remet en question toute programmation selon Lionel Prime :

« Sans électricité, les conditions météorologiques sont déterminantes pour nos activités qui sont toutes en extérieur. À l’automne, et surtout en hiver, ça devient compliqué de travailler sur le site. »

Une crise de gouvernance interne

Pour lancer ses chantiers, l’association proposait des heures de travail contre des parts sociales à pourvoir dans la future société coopérative (SCIC) qu’elle souhaitait former. L’opération de conversion n’a plus cours aujourd’hui selon Lionel Prime, qui mentionne « des abus » dans les horaires déclarés. Un problème supplémentaire pour les membres de l’association, dont certains ont fini par abandonner le projet :

« En décembre 2019, une fissure s’est créée entre les attentes et ce qui se passait dans le collectif, ce qui a mené à une crise interne. »

La moitié du « cercle général », qui prenait les décisions principales, a démissionné. Le groupe restant, quinze à trente actifs sur 250 à 300 membres, s’est réuni en mars 2020 lors d’une assemblée générale extraordinaire afin de mettre en place une nouvelle gouvernance de sept personnes. Le jour de l’inauguration en septembre, 1 500 personnes avaient laissé une adresse mail pour se tenir informé de la suite.

La Ville de Strasbourg n’a pas souhaité répondre à notre demande d’interview, avançant « des négociations en cours » concernant le futur contrat d’occupation des lieux. Pas plus que Philippe Bies, l’ancien adjoint (PS) et président d’Habitation moderne qui avait piloté le dossier. Lionel Prime espère une rencontre avec les adjoints en charge du dossier pour obtenir un bail emphytéotique d’ici 2021.

#ESS

Sénatoriales : Bataille au point d’équilibre du centre-droit alsacien

Sénatoriales : Bataille au point d’équilibre du centre-droit alsacien

La campagne des élections sénatoriales est lancée. Trois listes se disputent le suffrage des grands électeurs du centre-droit alsacien, dont la recomposition entamée depuis la réforme territoriale de 2015 est toujours inaboutie.

En 2014, la droite et le centre bas-rhinois comptaient quatre sièges sur cinq possibles au Sénat. Sauf surprise, ce courant politique majeur en Alsace devrait garder ce contingent en 2020. Mais voilà, cette fois-ci il n’y a plus qu’une seule liste de centre-droit et une autre de droite (UMP à l’époque) pour se disputer les places, mais bien trois listes rivales. On retrouve la majorité LREM qui penche à droite avec Agir, une liste UDI-LR et une troisième aux accents plus régionalistes. La manière dont se répartiront les voix des 2 790 grands électeurs bas-rhinois dimanche 27 septembre donnera un aperçu du nouveau rapport de force de ces courants auprès des nouveaux élus locaux.

LREM fait confiance à Agir

La majorité présidentielle a bien repéré que le point d’équilibre de l’élection bas-rhinoise se jouait au centre-droit. Pour convaincre les grands électeurs, elle fait appel à Antoine Herth, député de Sélestat depuis 2002 qui a quitté « Les Républicains » pour le mouvement allié de centre-droit « Agir » en 2017. Il n’incarne pas le renouvellement, mais ce n’est pas non plus le cas de ses adversaires. En revanche, il a été élu régional en charge des Transports où il a beaucoup discuté du TER Alsace avec des élus du nord de la région. Et surtout, il a arpenté sa circonscription autour de Sélestat depuis près de 20 ans. Deux listes concurrentes, celle des écologistes et celle des UDI-LR, ont d’ailleurs saisi que l’ancrage du candidat ferait sa force. Elles ont toutes deux placé des élues du secteur de Sélestat en quatrième place.

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#Claude Kern

J’ai tenu deux jours au Camp climat

J’ai tenu deux jours au Camp climat

Au Camp climat organisé en août à Strasbourg et Schiltigheim, Ariane a bien cru qu’elle apprendrait à désobéir. C’était sans compter sur la discipline des militants…

Le port du masque reste obligatoire à Strasbourg, partout et tout le temps

Le port du masque reste obligatoire à Strasbourg, partout et tout le temps

Après les recours et la décision du Conseil d’État, la préfecture du Bas-Rhin va publier un nouvel arrêté obligeant tous les passants à porter le masque à l’extérieur sur l’ensemble du territoire de la commune de Strasbourg.

Dimanche soir, le Conseil d’État a demandé à la préfecture de préciser son arrêté du 28 août, obligeant au port du masque, notamment en délimitant des zones de forte densité.

Selon l’analyse de la préfecture du Bas-Rhin de la décision de la juridiction suprême en droit administratif, une ville entière peut être considérée comme une zone à forte densité de population. Lors d’une conférence de presse lundi en fin d’après-midi, la préfète a indiqué que ses services allaient publier un nouvel arrêté reprenant les termes de celui du 28 août sur l’ensemble du territoire de la commune de Strasbourg, soit une obligation de porter le masque à l’extérieur, partout, tout le temps.

Le port du masque a l’extérieur a été confirmé par la préfecture du Bas-Rhin Photo : PF / Rue89 Strasbourg / cc

Dans un communiqué diffusé quelques minutes avant la conférence de presse de la préfecture, la maire (EELV) de Strasbourg, Jeanne Barseghian, a regretté « l’imposition du masque sur l’ensemble du territoire national de manière uniforme » et a demandé à la préfète de ménager aux Strasbourgeois « des aires de respiration (…) lors de la pratique d’activités de plein air et de nature, notamment dans les parcs, jardins et espaces verts. » Interrogée à ce sujet, la préfète a répondu par la négative, arguant des dispositions fixées par l’ordonnance du Conseil d’État.

Extrait de l’arrêté publié par la préfecture pour Strasbourg Photo : doc Pref du Bas-Rhin

Un arrêté par ville

D’autres arrêtés ont été publiés pour préciser l’obligation de porter le masque dans les 12 communes du Bas-Rhin de plus de 10 000 habitants. À Schiltigheim et Bischheim, où la situation sanitaire est « préoccupante » selon l’Agence régionale de santé (ARS), l’ensemble du ban communal est concerné, sauf les parcs et jardins.

Extrait de l’arrêté publié par la préfecture pour Strasbourg Photo : doc Pref du Bas-Rhin

Dans les autres villes du Bas-Rhin (Illkirch-Graffenstaden, Lingolsheim, Ostwald, Hoenheim, Haguenau, Sélestat, Bischwiller, Obernai, Saverne et Erstein), des périmètres ont été définis avec les maires autour des zones les plus fréquentées, notamment les centre-villes.

Comment j’ai failli devenir un vendeur polyvalent de Primark

Comment j’ai failli devenir un vendeur polyvalent de Primark

Annoncé depuis des mois, l’ouverture d’un magasin Primark dans le centre de Strasbourg a déjà suscité de multiples réactions. Retardée par le confinement, l’enseigne de vêtements discount ouvre ce mardi 8 septembre. Mais la procédure de recrutement a été effectuée dès janvier et Tristan Kopp était parmi les candidats.

Ce matin du samedi 18 janvier, je me dirige vers l’hôtel Mercure de la place de Bordeaux, un quatre étoiles à deux pas du Palais de la Musique et des Congrès. Je suis ici pour candidater en tant que « vendeur polyvalent » chez Primark. La marque irlandaise de prêt-à-porter cherche à recruter ses futurs employés en vue de l’ouverture de son magasin strasbourgeois. L’inauguration était prévue pour le 16 avril, elle sera repoussée sine die en raison de la crise sanitaire.

Première étape : passer au tamis de la docilité

Parvenir jusqu’à ce hall est déjà une forme de réussite. Deux semaines plus tôt, lundi 6 janvier, j’ai dû remplir, en plus des habituels CV et lettre de motivation, un questionnaire en ligne atypique : huit situations avec à chaque fois quatre propositions. Il ne fallait pas se contenter de donner une bonne réponse, mais également d’indiquer la proposition qui semblait la plus mauvaise.

Ainsi, lorsque l’énoncé m’a indiqué que je voyais l’un de mes collègues en train de voler un article, la bonne réponse était évidemment de le dénoncer immédiatement et la plus mauvaise était de feindre l’ignorance. De même, une question m’a situé face à un manager me demandant de décaler ma pause repas pour finir une tâche. Me drapant dans ma servitude volontaire, j’ai répondu avec ferveur que j’acceptais sans souci et que la mauvaise réaction aurait été de refuser.

Capture d’écran du mail envoyé automatiquement par Primark.

J’ai du répondre habilement, car je fus retenu pour les entretiens à l’hôtel Mercure. Ainsi, convoqué par un mail élogieux, me voici dans ce hall, au milieu d’une vingtaine de mines sombres chargées d’appréhension. Celles et ceux qui sont là ont déjà dû prouver leur docilité, mais l’écrémage continue.

On prend ma carte d’identité, mon CV et je signe un registre. Un peu de patience, puis nous sommes amenés par groupes de dix le long des hauts couloirs cossus, jusqu’à un salon de réception redécoré pour l’occasion en salle de briefing. Chaises en plastique, vidéoprojecteur. Une femme en tailleur noir ne se présente que par sa fonction, « chargée de recrutement à Primark. »

Deuxième étape : adopter la cool attitude de Primark

Ce premier moment a pour but, nous dit-on, de présenter la marque. Pourquoi pas. Bien qu’il est probable que nous connaissions déjà l’enseigne où nous postulons. Très vite, au lieu de nous donner des informations, la manageuse commence à contrôler nos connaissances. Comme une enseignante face à une classe d’élèves un peu lents, elle interroge tous les aspects  : « Savez-vous que Primark fait partie du groupe ABF ? Quand a ouvert le premier magasin, dans quel pays, dans quelle ville ? Depuis combien de temps existe l’enseigne ? Combien de magasins y a-t-il dans le monde ? » Certains répondent, gagnant ainsi quelques points de mérite dans l’œil de l’examinatrice. L’employé idéal connait visiblement sur le bout des doigts l’historiographie de la marque.

Ce qui importe aussi à ce moment, c’est de nous marteler la bonne humeur de Primark et sa cool attitude. On nous diffuse un montage de vidéos prises à l’ouverture de magasins. Je contemple d’un œil interloqué des foules en délire faisant une haie d’honneur et de ballons aux premiers clients, forcément chanceux. Petite musique corporate et dynamique, visages heureux, témoignages enthousiastes, chanson anglophone… Le bonheur est partout chez Primark.

La devanture de Primark, sur le quai Kellermann à Strasbourg Photo : PF / Rue89 Strasbourg / cc

On m’interroge sur ce que j’ai retenu de la vidéo. « Qu’est-ce qui se passe lors des ouvertures, qu’est-ce qu’ils font ? » demande la maîtresse, préoccupée que nous n’ayons pas encore compris que chaque jour était une fête. Puis elle nous demande dans quels magasins Primark sommes-nous déjà allés. Le bon employé doit être consommateur. Il a d’ailleurs droit à 10% sur ses achats, 4 fois par an. Il nous faut aussi répondre à des questions sur les valeurs de l’entreprise (« le contact humain, le respect du client, l’écologie »), sur le visual merchandising (la mise en avant des vêtements dans le magasin).

Les conditions de fabrication rapidement évacuées

À la question « d’après vous qu’est-ce qu’on vend ? », celles et ceux qui se sont aventurés à bafouiller « des chaussures, des pantalons » ont été vivement salués par la manageuse de Primark. On nous fait reluire les millions de chaussettes et de tee-shirts vendus par an, des chiffres qui sont censés augmenter notre désir de participer à la grande machine Primark.

Les engagements envers les clients sont martelés : « prix bas » et « fashion » dans un « environnement grand et lumineux. Nos clients sont au centre de l’attention ». Pas les vendeuses ni les vendeurs, cela va de soi.

Vient le passage délicat où nous sont servis les « engagements éthiques » de Primark. « On n’est pas propriétaires des usines » mais les fabricants ont un « code de conduite » pour que Primark puisse prendre des engagements auprès de l’Unicef. Respect de la planète, contrôle des fournisseurs, gestion des déchets recyclés en sacs de vente, de quoi se plaint-on ? La manageuse nous explique que Primark est membre de l’Ethical Trading Initiative (ETI) depuis 2006, en est le leader depuis 2011, et qu’ils s’engagent donc à ce que leurs produits soient fabriqués dans de bonnes conditions de travail. La manageuse ne mentionne étrangement pas l’effondrement du Rana Plaza en 2013 où 1 127 personnes ont trouvé la mort en produisant notamment des vêtements pour Primark. « Les employés sont respectés » dit-elle avant de nous annoncer fièrement que plus de 5 000 euros ont été collectés en 2019 pour le cancer du sein. Quel pactole pour ce groupe dont le chiffre d’affaires en France a atteint 693 millions d’euros la même année.

Ce qui est important, c’est de comprendre que tous les employés sont une famille. On nous détaille cependant immédiatement un organigramme de la hiérarchie pour rappeler où se situe le poste à venir, que les plus chanceux parmi nous décrocheront : celui de vendeur polyvalent. Ses missions ne sont pas exposées : c’est à nous de les trouver, une manière de contrôler si nous sommes bien préparés à ce qui nous attend. Nous devrons savoir tout faire : réapprovisionnement et gestion des stocks, caisse, nettoyage, conseil en rayon, surveillance… Plus efficace que de former des postes spécialisés. Il faut être « disponible, polyvalent, volontaire, dynamique et enthousiaste. »

Un contrat spécial étudiants… pour travailler les samedis

Trois types de contrats nous sont proposés, du temps plein (35 heures), du temps partiel (25 heures) et un « contrat étudiant » (12 heures), un après-midi dans la semaine plus le samedi. Pour la plage horaire, il faut être disponible de 6h à 21h, du lundi au samedi.

Pour la tenue, le jean est exigé, mais pas blanc car « vous allez vous salir, à la fin de journée, vous ne serez plus présentables donc on demande une couleur foncée. » Et bien entendu « pas de signe ostentatoire, type collier avec une grosse croix ou le voile ». Coup dur pour tous ces gens qui portent des colliers à grosse croix. On nous prévient, pour l’entretien individuel, il faudra se vendre, vendre sa disponibilité, sa motivation et ce qu’on apportera à l’entreprise.

On nous annonce que l’on recevra une réponse à notre candidature courant février 2020. Dans le mail de convocation, on nous demandait pourtant d’apporter une carte d’identité, un CV, une carte vitale pour « établir un contrat si votre candidature est retenue »… C’était donc un pur mensonge.

Deuxième étape : de l’impératif d’être consensuel

Pour mesurer notre capacité à travailler en équipe, voici le moment de l’entretien de groupe. Nous entrons dans une nouvelle salle. Deux tables de cinq. Trois cadres de Primark sont là. Un manager de Lyon, bien propre et dynamique, sourire de publicitaire. La seconde manageuse nous explique le récit de son « aventure Primark » : vendeuse une première fois, promue manageuse à Metz et la voilà avec cette formidable opportunité qu’est l’ouverture du magasin de Strasbourg. Le troisième est encore en formation. Les trois managers feront partie de l’équipe d’encadrement du magasin de Strasbourg.

On nous annonce un exercice pour « respecter la méthode de consensus ». Chaque membre du groupe devra être d’accord sur chaque décision. L’énoncé tombe : « vous êtes sélectionnés pour participer à un jeu similaire à Koh-Lanta. Ça parle à tout le monde Koh-Lanta ? Bien. » Rassuré sur ce point, il poursuit : « Vous êtes sur une île déserte et vous devez survivre. Vous avez une liste de quinze équipements et vous devez en choisir sept en les classant par ordre d’importance. »

Je découvre effectivement une liste où se mélangent matériel de pêche, moustiquaire, rouge à lèvres et eau potable. Alors que nous discutons, les managers tournent autour de nous et commentent nos choix à voix haute.

Penché sur ma fiche, me voici en train de débattre avec un groupe d’inconnus sur la pertinence de prendre un fil à pêche ou une ration de survie sur une île déserte. Derrière moi, « l’aventurière de Primark » enchaîne ses piques, goguenarde, se lamentant que nous n’ayons « pas encore choisi le rouge à lèvres. »

Psychologie de comptoir à tous les étages

Cet exercice absurde est représentatif des pratiques de psychologie de comptoir qui ont inondé l’univers des ressources humaines, à grands coups de team building ou de happiness management ou d’un autre concept dont la principale valeur semble se résumer à l’exotisme de son appellation anglo-saxonne. Il faut acquiescer et se taire. Répondre par un sourire qui se veut naturel aux plaisanteries vaseuses de ces trois managers, d’ores et déjà nos supérieurs. Alors même qu’aucun contrat n’est encore signé.

« La bouteille de rhum a, au minimum, trois utilités, juste comme ça, » nous lance-t-on pendant nos débats. « Quelle est la deuxième utilité du miroir ? » Il faut que l’on comprenne que nous sommes bêtes, et que cette personne, elle, saurait infailliblement faire les bons choix pour survivre sur cette île déserte où, malheureusement pour nous, elle ne se trouve pourtant pas.

Si un tel exercice était réellement conçu pour mesurer notre capacité à travailler en groupe, il serait un échec confinant au ridicule. Cependant si, comme j’en ai l’impression tout en évaluant la pertinence de rajouter une boussole à mon équipement, il s’agit plutôt d’un rite initiatique pour nous inculquer la docilité, c’est une mécanique efficace.

L’exercice dure jusqu’à ce que chaque groupe parvienne à présenter un orateur pour exposer ses choix et les argumenter. Notre groupe passe en deuxième, et, étant le moins anxieux des cinq, c’est moi que les autres désignent pour cette besogne. Mais alors que je me lève, la manageuse aventurière me somme de me rasseoir, avec une délicate formule : « Merci beaucoup de vous être porté volontaire, mais je vais vous inviter à reprendre place. Comme vous postulez tous pour Primark, les journées sont faites d’incroyables imprévus et c’est mademoiselle qui présentera votre groupe », dit-elle en désignant une camarade, visiblement foudroyée par ce revirement.

Fin de l’exercice. Le manager souriant nous demande si on veut « la bonne liste maintenant, la vraie liste. » « Oui » répond d’un chœur enthousiaste le souffle mourant de l’assemblée. Révélation saisissante : « Il n’y avait pas vraiment de liste. Alors pourquoi est-ce qu’on vous a fait faire cet exercice ? »

Toute la subtilité du procédé nous est enfin révélée : « Ce qu’on va demander à nos collaborateurs, c’est de travailler en équipe, gérer des problèmes vous adapter à des imprévus, comme ici. On va vous demander de travailler peut-être dans le rayon à chaussures, ensuite d’aller en caisse parce qu’il y a beaucoup de monde, ensuite d’aller aux cabines pour donner un petit coup de main, ensuite en stock, etc. ». La polyvalence, le maître-mot pour des employés interchangeables.

L’ultime épreuve : savoir se vendre

Troisième étape. Je me retrouve à présent en face d’un « responsable de département » de chez Primark. C’est le début d’un entretien de 50 minutes où je dois me prononcer sur les notions de « leadership, de collectif, de communication non verbale », expliquer mon dévouement et mon enthousiasme. Le point culminant de cet échange fut l’épreuve de la bouteille.

Le recruteur pose une bouteille de San Pellegrino devant moi. Alors que je scrute les valeurs nutritionnelles de cet objet, il m’annonce « je vous dis que la bouteille, elle est orange ». Aïe, que répondre ? Je louvoie, j’essaye de me renseigner sur les conséquences de ma réponse. Il insiste et me demande « ce que vous voyez en apparence ». Je réponds donc en toute honnêteté « je vois une bouteille de couleur verte. »

Léger flottement. Il tourne la bouteille. Stupeur, là, sur l’étiquette, se trouve la petite étoile de la marque, de couleur orange. C’est alors qu’il m’annonce avec gravité une vibrante leçon philosophique : « Aujourd’hui la bouteille elle est verte, blanche, bleue, orange. C’est pour ça que je vous parlais de la globalité de perception des choses. » Je me mords la joue et acquiesce avec tout le sérieux dont je suis capable.

Si j’avais voulu être aussi taquin que les managers sur ce jeu du choix des détails, j’aurais répondu qu’il m’avait demandé la couleur de la bouteille sous mes yeux, pas de l’étiquette hors de ma vue. Mais, soumission toujours, je me suis contenté de saluer avec humilité la clarté de son esprit.

Voilà d’où viennent les affaires de harcèlement

Je ressors de l’hôtel avec un grand soulagement, mais aussi avec un sentiment de crasse qui me colle au cerveau. Voilà ce qui régit l’emploi de tant de gens. Une assemblée de petits chefs qui dirigent leurs équipes comme ils animent leurs réseaux d’amis, dans un environnement délétère fait de copinage, de moqueries, de flagornerie. Une ambiance propice au harcèlement où la hiérarchie, sous forme de valeur absolue, permet de se dispenser du respect le plus élémentaire.

Le récit de mon expérience ne pose aucun jugement sur les clients ou les employés de cette marque. Cette procédure de recrutement expose une mécanique, un idéal de vie, avec lequel on peut ou non s’accorder, mais qui, objectivement, broie les individus dans ses rouages. Je n’ai malheureusement pas eu la chance d’entrer dans cette entreprise pour en étudier les conditions de travail, mais toutes les orientations prises par ce processus de recrutement sont inquiétantes. Les divers abus dénoncés par les employés du Primark de Toulouse sont corroborés par les valeurs et les modes de fonctionnement mis en lumière par cette matinée.

Le processus annoncé de 90 minutes aura finalement duré 2 heures 30. Je ne serai pas retenu, comme me l’annoncera un mail reçu le 8 mars, soit cinquante jours plus tard. Le mail m’informera que mon dossier sera conservé, pour de « nouvelles opportunités ». Il me conseille de rester informé en me rendant sur le site web de Primark, sa page Facebook en en « publiant mes derniers achats sur Instagram @Primark ». « À bientôt dans nos magasins », conclut le mail… qui pense au client avant tout.

#ressources humaines

Port du masque en extérieur : le Conseil d’État confirme la nécessité de périmètres

Port du masque en extérieur : le Conseil d’État confirme la nécessité de périmètres

Saisi par le gouvernement, le Conseil d’État a confirmé que l’arrêté obligeant au port du masque contre le coronavirus dans le Bas-Rhin doit prévoir des périmètres d’application.

Saisi en urgence par le gouvernement, le Conseil d’Etat a dû se pencher dimanche 6 septembre sur l’obligation de porter le masque en extérieur. Deux tribunaux administratifs, à Lyon et Strasbourg, ont invalidé partiellement des arrêtés préfectoraux, obligeant à porter le masque en ville.

À Strasbourg, la préfète du Bas-Rhin avait pris le 28 août un arrêté contraignant tous les passants à porter le masque dans l’espace public, à Strasbourg et dans 12 autres communes du département de plus de 10 000 habitants. L’arrêté a été attaqué le 1er septembre en raison de son atteinte à la liberté de se déplacer. Le lendemain, le tribunal administratif de Strasbourg rendait une ordonnance selon laquelle la portée du texte devait être précisée, faute de quoi il serait annulé lundi 7 septembre.

La façade du Conseil d’Etat à Paris Photo : Bernard Laguerre / FlickR / cc

Dans son ordonnance, le tribunal administratif avait admis le rôle du masque dans la limitation de la propagation du coronavirus, associé aux gestes barrières. Mais comme il s’agit d’une atteinte à la liberté de se déplacer, il enjoignait la préfète du Bas-Rhin à limiter cette obligation aux zones les plus fréquentées et / ou lors d’une plage horaire. Ce à quoi la préfète du Bas-Rhin avait répondu qu’elle acceptait le jugement et que l’administration définirait ces limites en concertation avec les communes concernées.

« Lorsqu’un centre-ville peut être aisément identifié… »

Mais le gouvernement a fait appel samedi des ordonnances de Strasbourg et Lyon devant le Conseil d’État. Dans la soirée de dimanche, le juge des référés du Conseil d’État n’a pas suivi le tribunal administratif de Strasbourg sur l’atteinte à la liberté de se déplacer. Pour lui, la préfète peut ordonner le port du masque, compte tenu d’une situation sanitaire préoccupante et qui se dégrade, même dans une zone importante par souci de lisibilité et d’efficacité.

Toutefois, le juge pense qu’il est possible de préciser facilement les zones concernées, sans nuire à la lisibilité de l’obligation :

« Certaines zones au moins de plusieurs des communes considérées, notamment lorsqu’un centre-ville peut être plus aisément identifié, pourraient, eu égard à leurs caractéristiques, être exceptées de l’obligation de port du masque édictée, tout en respectant le souci de cohérence nécessaire à l’effectivité de la mesure prise. »

Au final, le Conseil d’État ordonne :

« Il est enjoint à la préfète du Bas-Rhin de prendre, au plus tard le mardi 8 septembre à midi, un nouvel arrêté ou de modifier son arrêté du 28 août 2020 pour limiter, dans les communes concernées, l’obligation de port du masque qu’il prévoit à des périmètres permettant d’englober de façon cohérente les lieux caractérisés par une forte densité de personnes ou une difficulté à assurer le respect de la distance physique. À défaut, l’exécution de l’arrêté du 28 août 2020 sera suspendue. »

En conséquence, l’obligation de porter un masque dans 13 communes du Bas-Rhin dont Strasbourg est encore valide jusqu’à mardi. Avant midi, un nouvel arrêté doit limiter cette obligation à des périmètres précis. Sinon, l’obligation est annulée.

S’agissant du Rhône, le juge des référés a validé l’obligation de porter un masque sur l’ensemble du territoire de Lyon et Villeurbanne.

Masque obligatoire : question de liberté

Masque obligatoire : question de liberté

Après la ville, c’est la préfecture qui s’est heurtée au tribunal administratif en tentant d’imposer le masque dans l’espace public. Masqué ou pas, Piet continuera d’utiliser sa liberté comme il l’entend.

Cirque, théâtre et humour : le dégel du Point d’Eau

Cirque, théâtre et humour : le dégel du Point d’Eau

Malgré les incertitudes de la situation sanitaire, le Point d’Eau présente une saison 2020-2021 prolifique, composée en partie de pièces annulées par le confinement. L’ambition affichée est de relancer la vie culturelle pour tous, artistes et public.

Le contexte sanitaire laisse craindre une frilosité du public à venir repeupler les salles. Les mesures sont là : geste barrières et port du masque obligatoire durant toute la durée des spectacle. Mais il faut beaucoup d’énergie pour briser la glace qui a saisi les habitudes. Pour cela, cette saison organise de nombreux événements, en plus des spectacles.

Le festival OQP (Opération Quartiers Populaires), consacré aux cultures urbaines, sera de retour du 5 au 11 octobre. Le Point d’Eau accueillera pour l’occasion des concerts et récitals de rap. Les 13 et 14 novembre, ce sera le spectacle de Ragtime et de Boogie, Rag’n Boogie, du pianiste alsacien Sébastien Troendlé, qui y fêtera ses 10 ans.

Une partie des événements de l’Afrique Festival, en mars 2021, investiront également Point d’Eau. S’y tiendra notamment un double concert de Dobet Gnahoré et Sona Jobarteh le 20 mars. En plus de ces temps forts, le lieu met en chantier une résidence qui s’étendra sur trois ans, et qui a été elle aussi annulée la saison dernière. Ce projet Révolte(s), porté par le directeur du Point d’Eau Gérald Mayer et la metteure en scène Nadège Coste, devra aboutir à de nombreuses créations. Des installations sonores, des œuvres audiovisuelles et un spectacle interdisciplinaire : Je me révolte, donc nous sommes. Ce spectacle se tiendra dans le cadre de la première édition du Festival des Écritures Actuelles Jeunesse, qui se déroulera du 27 mai au 6 juin 2021. Un festival qui accueillera notamment Le Petit Chaperon Rouge de Joël Pommerat, l’adaptation théâtrale du fameux conte.

Sona Jobarteh tient sa kora, une harpe africaine traditionnellement réservée aux hommes Photo : de Sona Jobarteh

Un programme qui présente de multiples saveurs

Bon nombre de spectacles de cette année sont dédiés à l’émerveillement et au rire. La programmation accueille plusieurs compagnies de cirque, dès le début de la saison, avec La Nuit du cerf. Le cirque Le Roux joue sur une ambiance vintage et une esthétique cinématographique singulières. En tant que cirque contemporain, il s’agit plus d’un long spectacle uni que d’une succession de numéros. À noter, pour la première fois dans l’Eurométropole, le cirque montréalais Éloize présentera un spectacle. Ce sera Hotel, le 6 février, qui plonge dans un hôtel kitch et coloré où se croisent des personnages étonnants et voltigeurs en tenue de laquais.

Quant à l’humour, il sera multiple et grinçant, du nouveau spectacle d’Alex Vizorek, portant sur la mort, au duo de clowns masqués Hartmut Ehrenfeld et Michael Aufenfehn. Le public retrouvera également le rire typique alsacien, avec le passage des deux revues satiriques : la Revue scoute du 31 mars au 4 avril et la Choucrouterie les 15 et 16 mai.

Le cirque Éloize crée des spectacles où les arts du cirque traditionnels se mettent au service d’une atmosphère poétique unique Photo : de Brice Robert

Comme toujours, la saison du Point d’Eau est polymorphe. Entre les divertissements exaltants des comiques et des circassiens, plusieurs spectacles portent une histoire douloureuse.

C’est de cas d’Invisibles, qui fut annulé précédemment par le confinement. Le spectacle se penche sur une population oubliée de la France : les chibanis. Ces travailleurs immigrés du Maghreb, voici des décennies, vieillissent dans l’indifférence du pays qu’ils ont contribué à construire.

Et le cœur fume encore joue sur un registre similaire, celui de la mémoire refoulée de la France. Ce spectacle décortique les échos contemporains de la guerre d’Algérie, de ses traumatismes et des conséquences encore perceptibles. Cette pièce se sert directement du théâtre comme d’un témoin pour passer le relais de l’histoire.

Avec Je vole… le reste je le dirai aux ombres, c’est une histoire plus singulière qui est mise en lumière. Le spectacle cherche à cerner l’esprit du tueur de masse Richard Durn. À travers lui, les artistes fouillent dans la motivation du crime, dans ce qui pousse à sa réalisation. Ces spectacles, bouleversants et engagés, font du Point d’Eau un lieu d’art politique, et pas uniquement de plaisir.

Dans « Et le cœur fume encore », les conséquences d’une histoire coloniale qui pèse encore aujourd’hui sur la France et sur l’Algérie est traitée de façon réaliste, avec ses traumatismes comme ses joies Photo : de Nova Elcfe

Sous la menace du coronavirus…

Le directeur du Point d’Eau Gérald Mayer ne le nie pas : le confinement a porté un rude coup aux salles de spectacles. Bien que les normes sanitaires actuelles lui autorisent de remplir entièrement sa salle de 600 places, il reste prudent. C’est pour cela que, pour l’instant, seulement la moitié des places a été mise en vente. Le reste sera proposé les derniers jours précédant les spectacles.

L’organisation de la saison a aussi été chamboulée. Outre le report d’un certain nombre de spectacles (Invisibles, L’Inizo ou encore Old’up), le début de la programmation est qualifié de « plus léger » par son directeur. Janvier semble être l’horizon à atteindre. Il faut espérer qu’alors, la situation sera propice à accueillir les plus grosses productions, programmées pour la deuxième partie de la saison.

Difficile de respecter les gestes barrières quand on est acrobate. Mais les membres du cirque Le Roux, comme tous les membres de cette saison, mettent tout en œuvre pour freiner l’épidémie Photo : de Jean-Marc Helies

L’impact économique est notable pour le Point d’Eau. En plus des nombreuses places à rembourser, les soutiens financiers promettent d’être plus chiches. Le Point d’Eau désire donc s’orienter vers une politique de co-réalisations afin de limiter ses coûts. La petite salle du lieu, peu sollicitée dans la programmation, pourra devenir un outil afin de créer des partenariats, et d’accueillir des résidences.

Le programme que présente le Point d’Eau est très ambitieux, avec de nombreux événements et des spectacles d’envergure, malgré la crise sanitaire et les contraintes économiques. Reste à espérer qu’un nouveau sursaut de l’épidémie ne vienne pas amputer cette saison comme la précédente.