Vidéo – Depuis le confinement, les boites de nuit sont fermées. La fête déserte le centre-ville et s’exporte dans des lieux isolés, désaffectés. L’artiste et DJ Cécile Roque, alias Mute, guide Rue89 Strasbourg dans cette recherche de la teuf perdue et se souvient de ses pérégrinations festives dans les années 2000.
« C’est une tranche de vie que je vais raconter là. » Cécile Roque est artiste et DJ strasbourgeoise. Connue sous le nom de scène Mute, membre du duo complètement déglingué La Jetlag kiffe le lycra fluo, elle a accepté de guider Rue89 Strasbourg sur les traces de la teuf dans les années 2000.
Reportage dans la vidéo en tête de cet article au départ du Molodoï, vrai QG des fêtards de l’époque. Cécile Roque nous emmène parcourir la zone industrielle du port-du-Rhin jusqu’aux bunkers à la lisière de l’Eurométropole de Strasbourg.
Connue sous le nom de scène Mute, membre du duo complètement déglinguée La Jetlag kiffe le lycra fluo, elle a accepté de nous guider sur les traces de la teuf dans les années 2000. Photo : Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / ccCet article est gratuit. Pour soutenir notre travail, abonnez-vous !
Rédacteur en chef de Rue89 Strasbourg. Spécialisé depuis 2019 en enquêtes locales, à Strasbourg et en Alsace sur des sujets variés allant de l’extrême-droite à l’hôpital public en passant par la maison d’arrêt de Strasbourg, les mouvements sociaux, les discriminations et l’expertise-psychiatrique.
Au sein de l’Église française, des femmes aspirent à l’égalité des sexes. Avec le collectif Toutes Apôtres, sept candidates postulent à des places réservées aux hommes dans la hiérarchie cléricale. Passées par Strasbourg, deux d’entre elles témoignent de leur engagement.
Autour de l’universitaire en théologie, sept autres femmes catholiques ont adressé une lettre de candidatures au nonce apostolique Celestino Migliore, le représentant du pape en France. Elles postulent à diverses fonctions que le droit canonique de l’Eglise romaine leur interdit.
Parmi elles, Christina Moreira et Marie-Automne Thépot espèrent accéder à des fonctions de curé et de diacre. Bousculant les inégalités entre les sexes, elles appellent à plus d’ouverture et à moins de hiérarchie de la part de l’Eglise catholique française. Toutes deux sont passées par les universités à Strasbourg.
La moitié des baptisés exclue des fonctions sacrées
« Les femmes catholiques, la moitié des baptisés de la communauté, en sont réduites aux miettes », pointe Marie-Automne Thépot. Omniprésentes dans les paroisses, elles préparent la messe, les chants, garnissent la nef de fleurs, accueillent les fidèles. « Un rôle de servante invisible » qui ne correspond pas à l’évolution de la société pour cette catholique :
« Aujourd’hui, les femmes font des études supérieures et sont indépendantes économiquement. Certaines sont cosmonautes, ministres, mais dans l’Eglise je ne peux pas mettre mes qualités au service des autres. Soit l’Église sait lire ces changements, soit elle conserve une vision passéiste de la femme qui ne va pas résister aux enjeux contemporains. »
Diplômée de Science Po Strasbourg en 1999, elle travaille aujourd’hui dans l’action sociale à la mairie de Paris.
Marie-Automne Thépot Photo : Yong Chim
Ce ne sont pas les six femmes nommées au mois d’août au Conseil pour l’économie du Vatican, qui feront changer d’avis Christina Moreira : les femmes ont un rôle consultatif, les hommes décident. À 55 ans, cette femme administre une communauté de 280 fidèles, depuis 2015 à La Corogne en Espagne, c’est-à-dire qu’elle est prêtre contre l’aval du Vatican. Grâce à l’association des femmes prêtres qui ordonne de fait, des femmes à des ministères. En parallèle, elle suit à distance des études de théologie à la faculté de Strasbourg.
« Il n’y a pas d’eau bénite bleue et d’eau bénite rose »
« La seule chose qui nous sépare de ces fonctions, c’est notre sexe. Ce n’est pas admissible » poursuit Christina Moreira. Evêque, prêtre, diacre, cardinal ou pape, sont des postes exclusivement masculins. Les juges de droit canonique, qui peuvent modifier ces règles d’attribution, sont eux aussi des hommes. « La porte est fermée et nous n’avons pas le pouvoir de l’ouvrir », abonde Marie-Automne Thépot.
Cette ancienne pensionnaire du collège Notre-Dame de Sion à Strasbourg se souvient de son éducation. Enfant, elle a suivi les mêmes activités que les garçons dans les cercles dominicains et la paroisse Saint-Pierre Le Jeune. En grandissant, elle s’est aperçue des inégalités de genre :
« À la messe je voulais dire l’homélie, lire l’Évangile. On m’a expliqué que ce n’était pas possible, qu’il fallait être prêtre pour cela. Et que pour être prêtre, il fallait être un homme. Une fois, j’ai été reçu avec embarras dans une nouvelle paroisse. Je voulais me rendre utile à la communauté. Mais célibataire et sans enfant je n’étais pas bien reçue, je ne rentre plus dans une certaine vision de la femme, de tradition catholique, qui doit trouver un mari et être féconde. »
La quadragénaire renonce alors à s’investir dans cette paroisse à Paris.
« Il n’y a pas d’eau bénite bleue et d’eau bénite rose, on reçoit tous et toutes le même baptême », estime Christina Moreira qui n’en démord pas, « l’Eglise est le dernier bastion de misogynie de notre société ».
Christina Moreira Photo : Yong Chim
« L’Église ne peut pas se passer de la moitié de son personnel »
« Ce serait tout bénef pour l’Église » estime Marie-Automne Thépot, si une cinquantaine femmes pouvaient accéder à ces quelque 12 000 postes cléricaux. Les deux femmes pointent un manque de bras et une perte de vocation au sein de l’Église française :
« Un ami prêtre en Bourgogne a 12 églises à faire fonctionner. La population y est âgée et rare, il me dit qu’il s’ennuie, n’est plus stimulé, mais qu’il travaille comme un dingue ».
Marie-Automne Thépot
Les femmes souhaitent apporter une diversité et revitaliser la vie de paroisse. « Les églises sont vides, mais il y a beaucoup des croyants ». Ce paradoxe s’explique pour Marie-Automne Thépot par un retour à un cérémonial un peu strict :
« Plus jeune je me souviens, un prêtre pouvait porter une chemise, un jean, avec une petite croix autour du cou. Aujourd’hui, on assiste à un retour de la soutane, la robe noire boutonnée avec le calot. C’est une vision archaïque qui met à distance la communauté. Des témoins me disent, je suis croyant mais à l’église, on ne peut plus se parler donc je n’y vais plus ».
Le rôle du diacre, animateur de communauté qui a le droit d’être marié, lui permettrait de mettre en place l’Église dont elle rêve : chaleureuse et multicolore. Christina Moreira poursuit :
« La présence des femmes éviterait la suspicion de violeur qui pèse sur les hommes d’Église depuis les scandales qui ont éclaté en son sein. C’est aussi un enjeu social. Si aujourd’hui un homme bat sa femme, c’est que dans sa représentation mentale, elle ne pourra jamais avoir d’autorité »
La prêtre de La Corogne, souhaiterait mettre son engagement au service des plus pauvres ou travailler avec des prisonniers qui n’ont pas accès aux offices religieux. Dans sa communauté espagnole, la présidente et la vice-présidente de l’association sont deux simples pratiquantes, non-membres de la hiérarchie cléricale.
Élargir le champs de l’Eglise, une évolution de fond
Toutes Apôtres prône ce modèle d’intégration de tous les fidèles dans l’organisation de l’Eglise. Christina Moreira soutient une plus grande ouverture à la communauté LGBT. « L’orientation sexuelle, n’intervient pas dans message de paix de Dieu ».
Quant à Marie-Automne Thépot elle se rappelle avoir « eu honte de dire que j’étais catholique » à l’issue des Manifs conte le mariage pour tous.
Toutes Apôtres, dans la nébuleuse des mouvements pour les femmes
Les deux femmes disent avoir le soutien de prêtres, en privé, de crainte de se trouver en porte-à-faux. D’autres femmes seraient inspirées par ces candidatures, mais ne se permettent pas pour autant de sauter le pas. La crainte d’un certain ostracisme plane selon Marie-Automne :
« Des femmes me disent, j’admire ce que vous faites, mais je ne pourrais pas faire pareil. Mon mari ne comprendrait pas, ma famille en mourrait, on ne parlerait plus à nos enfants. »
D’autres au contraire réprouvent ces actions. « Des femmes qui nous disent : “vous n’êtes pas les porte-paroles des femmes d’Église, nous sommes heureuses à la place que nous méritons“ ».
Le débat pour l’accès des femmes aux ministères n’est pas nouveau. En 2008, Anne Soupa avait déjà créé le Comité de la Jupe dans ce sens. Oh My Goddess militait pour « donner une voix à celles que l’Eglise invisibilise ». Dans ce sillage, des femmes catholiques du collectif Maria 2.0 avaient entrepris en Allemagne en 2019, des actions de grèves dans les paroisses, pour contester le manque d’égalité au sein de l’Église Outre-Rhin.
Plus récemment, Voices of faith, une organisation internationale, d’hommes et de femmes catholiques, s’est positionnée pour l’accès des femmes aux fonctions interdites.
Pour l’heure, les sept femmes ont obtenu une réponse à leur lettre du nonce. Elles sont conviées individuellement à un entretien en septembre. Un moyen pour « entrebâiller cette fameuse porte fermée » espère Marie-Automne Thépot.
En application de la loi sur la sortie de l’état d’urgence sanitaire, l’Université a décidé que les masques seront obligatoires à tout moment dans les bâtiments et y compris pendant les cours.
Publiée sur Ernest, le nouvel espace numérique de travail de l’Université de Strasbourg (Unistra), la décision de son président Michel Deneken, prévoit les modalités régissant le port du masque pour la rentrée.
Des règles différentes entre élèves et personnels
Les étudiants et étudiantes devront être masqués dans tous les locaux de l’Université, y compris lorsqu’ils sont assis pendant les cours.
Pour le personnel en revanche, le masque n’est obligatoire que lorsque la distanciation physique d’un mètre n’est pas possible. Les enseignants et enseignantes pourront dispenser les cours non-masqués. Ces règles s’appliquent depuis la publication du texte signé le 24 juillet.
Quelques exceptions
Quelques exceptions sont prévues pour les étudiants tant que la distance d’un mètre est respectée :
Lors des présentations oralesLors des examens et concours, une fois assisLorsqu’ils sont seuls dans une pièceLors des réunions de travail, une fois assis
Cette mesure s’inscrit dans le cadre du plan pour l’organisation de l’université pour la rentrée à Strasbourg (ou plan « Ours ») qui privilégie l’enseignement en présentiel. L’Unistra espère accueillir tous ses étudiants et s’il faut faire des choix, donnera la priorité aux nouveaux arrivants, en moyenne 8 000 néo-bacheliers.
L’Université de Strasbourg s’attend à une rentrée masquée et nuageuse. Photo : JFG / Rue89 Strasbourg
Imposer le masque permet de déroger à la difficulté d’imposer la distanciation physique dans des amphithéâtres, souvent bondés en début d’année scolaire. Dans un communiqué du 10 juillet sur les modalités envisagées, le port du masque systématique était présenté comme solution « si la distance minimale nécessaire ne peut être maintenue », avec le « dédoublement des enseignements » ou d’attribuer « une place sur deux », des mesures plus compliquées à mettre en oeuvre.
En partenariat avec Rue89 Strasbourg, les Cinémas Star proposent de gagner des invitations pour la comédie Effacer l’historiqueet le documentaire Un pays qui se tient sage. Les deux films seront projetés en avant-première dans le cadre du festival Ciné Cool.
Quinze invitations pour deux personnes sont à gagner pour Effacer l’Historique le samedi 22 août et dix invitations pour deux pour Un pays qui se tient sage le jeudi 27 août.
Pour jouer, il suffit de remplir les formulaires au bas de cet article. Le premier, pour la séance du 22 août, est ouvert jusqu’au jeudi 20 à 20h et le second jusqu’au mercredi 26 août à 8h.
Synopsis
Effacer l’historique
La nouvelle comédie franco-belge de Kervern & Delépine porte sur l’usage du numérique et son intrusion dans notre vie privée. Dans un lotissement en province, trois voisins sont en prise avec les nouvelles technologies et les réseaux sociaux.
Il y a Marie, victime de chantage avec une sextape, Bertrand, dont la fille est harcelée au lycée, et Christine, chauffeur VTC dépitée de voir que les notes de ses clients refusent de décoller. Ensemble, ils décident de partir en guerre contre les géants d’internet. Les principaux rôles sont incarnés par Blanche Gardin, Denis Podalydès, et Corinne Masiero.
Rencontre et projection au Cinéma Star Saint-Exupéry, rue du 22 Novembre à Strasbourg samedi 22 août 2020 à 20h30 en présence de Gustave Kerven. L’événement Facebook.
La bande annonce
Un pays qui se tient sage
Le documentaire du journaliste David Dufresne sur les violences policières intègre des images filmés téléphone en main lors de manifestations. Le journaliste a notamment mis en exergue ce fait de société sur Twitter avec ses interpellations « allo @Place_Beauvau – c’est pour un signalement » au ministère de l’Intérieur pendant les samedis de manifestation des Gilets jaunes. Son projet a reçu le Grand Prix du Journalisme 2019 lors des Assises du Journalisme. Le journaliste avait ensuite dressé un bilan chiffré après six mois.
Rencontre et projection au Cinéma Star Saint-Exupéry, rue du 22 novembre à Strasbourg, jeudi 27 août à 20h15 en présence de David Dufresne et du sociologue Fabien Jobard. L’événement Facebook
Un pays qui se tient sage est le nouveau documentaire du journaliste David Dufresne spécialiste des violences policières
La rédaction de Rue89 Strasbourg est composée de journalistes toutes et tous prêts à écouter les Strasbourgeoises et les Strasbourgeois pour parler des sujets qui les intéressent. Notre existence et notre moral dépendent du nombre d’abonnements pris pour nous soutenir. 🙏⤵
C’est le retour de Ciné Cool, le festival cinéma qui sonne la fin de l’été. Cette année la programmation réserve (pour l’instant), une trentaine de films en avant-premières, dont le très attendu Tenet, autant de rencontres et même pour la première fois « un pot de l’amitié ».
Les petits prix des séances de ciné marquent d’habitude la fin de l’été en Alsace. Mais cette année, l’opération Ciné Cool pourrait surtout servir à faire revenir les spectateurs en cette année 2020 très compliquée pour les salles obscures.
Du samedi 22 au samedi 29 août inclus, les projections sont au prix de 4,50€ dans les cinémas du Grand Est, avec une majoration pour les films en 3D. Les organisateurs du festival offrent à nouveau un programme riche et diversifié avec (pour l’instant) 30 films en avant-première. À cela s’ajoute une trentaines de rencontres avec des équipes de tournage, toutes à l’occasion d’avant-premières. Pour les rencontres et les avant-premières, il est conseillé de réserver à l’avance.
Comme depuis la réouverture des cinémas le 22 juin, le port du masque est obligatoire dans le hall ou pour les déplacements, mais pas lors des séances. Les Cinémas Star ont cependant indiqué par communiqué qu’ils mettaient en place « l’extension d’obligation du port du masque durant toute la durée de présence aux cinémas », c’est-à-dire pendant les projections et rencontres avec les équipes. De plus, il faut maintenir un siège d’écart entre chaque groupe.
À quoi s’attendre
Au catalogue, la part belle est faîte aux films étrangers qui représentent environ les deux tiers des sorties. On pourra ainsi découvrir À cœur battant, le deuxième long métrage de la jeune réalisatrice israélienne Keren Ben Rafael, une histoire d’amour à distance entre Paris et Tel-Aviv.
« Rencontre » par Skype et projection en avant-première au Saint-Ex mardi 25 août à 20h15.
À cœur battant, ou un amour franco-israélien mise à rude épreuve, avec Judith Chemla. Photo : Copyright Condor Distribution
Au total, dix rencontres avec les équipes, à l’occasion d’avant-premières, sont pour l’instant prévues dans les salles strasbourgeoises,soit six au cinéma Star-Saint-Exupéry et quatre à l’UGC Ciné Cité Rivétoile.
Côté film français, à noter la projection Les choses qu’on dit, les choses qu’on faitd’Emmanuel Mouret. Ce drame romantique et intime traite des relations amoureuses et familiales. Il avait été sélectionné pour le festival de Cannes 2020.
Rencontre et projection au cinéma Star Saint-Exupéry le 24 août à 20h15.
https://www.youtube.com/watch?v=7zHXn7QkRbo
La bande annonce (Moby Dick Films)
Au rayon des documentaires, le réalisateur autrichien Hubert Sauper fera le déplacement à Strasbourg pour présenter Epicentro. Ce film sur Cuba et ses mythes politiques et l’interventionnisme américain à travers les yeux des enfants de la Havane a reçu Grand prix du Jury du festival Sundance (catégorie cinéma du monde – documentaire).
Rencontre et projection au cinéma Star Saint-Exupéry le dimanche 23 août à 19h45.
Le jeudi suivant, c’est au tour de David Dufresne pour la projection de son documentaire Un pays qui se tient sage. Le journaliste indépendant a contribué à mettre en évidence les violences policières depuis le mouvement des Gilets jaunes. Il interviendra en compagnie du sociologue Fabien Jorbard, directeur de recherche au CNRS et spécialiste de la sociologie de la police et de la justice pénale.
Rencontre et projection le jeudi 27 août à 20h15 au cinéma Star Saint-Exupéry.
Un pays qui se tient sage est le nouveau documentaire du journaliste David Dufresne spécialiste des violences policières
Parmi les réalisateur locaux, le strasbourgeois Olivier Babinet est à l’affiche avec Poissonsexe, une comédie décalée mêlant faune marine, romance et une pointe de fantastique sur fond de désastre écologique. En 2017, son documentaire Swagger avait été primé aux Césars.
Rencontre et projection le 26 août à 20h15 au cinéma Star Saint-Exupéry.
Poissonsexe, la comédie indépendante d’Olivier Babinet, un réalisateur strasbourgeois de talent (Copyright Rezofilm)
Pour les enfants deux films d’animation sont proposés en avant-première au Vox. On retient Fritzy, une fresque historique qui relate les aventures d’une petite allemande de l’Est bien décidée à traverser la frontière pour retrouver son amie disparue.
Projection le samedi 22 août à 16h au Cinéma Vox.
Fritzi est un film d’animation européen, une production à 4 pays Photo : Copyright Balance Film, TrickStudio, Doghouse, Maur Films, Artémis
À trois jours du début du festival, tous les événements n’ont pas encore été publiés. L’Odyssée qui fait parti des salles partenaires n’a pas encore annoncé sa programmation après le mercredi 26 août. Le site de l’événement précise que des séances sont encore « en cours d’élaboration ».
Soutenir des salles en difficulté
Crée dans le but de redynamiser la fréquentation des cinémas après la période creuse de l’été, le festival a su séduire les curieux comme les cinéphiles et devenir l’un des rendez-vous incontournables de la rentrée. En 2019, le taux de fréquentation dans le Grand-Est était de 30 à 50 % plus élevé que dans les autres régions.
C’est d’autant plus important cette année que la fréquentation des cinémas est en berne depuis leur réouverture le 22 juin. Le Vox et le Trèfle (Dorlisheim) enregistrent 80% de pertes par rapport à l’an passé, soit un peu plus que la moyenne française qui est de 73,8 % pour le mois de juillet. En cause, les mesures sanitaires qui limitent le nombre de spectateurs et l’arrêt forcé des tournages qui a entraîné une baisse des nouvelles sorties. Le principal manque vient du marché américain qui représente 70% des entrées des cinémas en été, explique Richard Patry, président de la fédération nationale des cinémas français (FNCF) pour France Info.
Stéphane Libs, gérant du cinéma Star, dénonce cette analyse, « Non, il ne manque pas de films au cinéma. On a des super films avec une diversité incroyable ! On a simplement pas de blockbuster, et encore ça va arriver ». Pour le professionnel, le confinement et le climat d’inquiétude causé par la pandémie ont rompu le lien entre le cinéma et ses spectateurs « C’est ça le gros problème ! ».
Ciné Cool tombe à pic pour renouer ce lien. Ainsi pour clôturer le festival le Star organise pour la première fois un pot de l’amitié en compagnie de son équipe. L’événement aura lieu le samedi 29 dès 19h15 au Saint-Ex et sera suivi à 20h30 de la projection, non sans autodérision d’Adieu les cons, une avant-première du nouveau film d’Albert Dupontel.
Adieu les cons, le dernier long métrage d’Albert Dupontel, clôture l’opération Ciné Cool (Copyright Gaumont)
L’espoir Tenet
Les exploitants ont de grandes attentes sur la sortie de Tenet, le thriller d’espionnage de Christopher Nolan. Repoussé, le nouveau film du réalisateur d’Inception et Interstellar est le plus attendu depuis le déconfinement. Un réalisateur populaire, un budget conséquent (200 millions d’euros), une intrigue d’espionnage haletante, un casting prestigieux, Tenet a tout pour faire revenir les spectateurs occasionnels.
Le blockbuster de Christopher Nolan suffira-t-il à limiter la casse des cinémas ? (Crédit Warner Bros 2020).
Sa sortie en Europe est fixée au mercredi 26 août. Les Strasbourgeois pourront le découvrir au cinéma Vox dès le 24 août à 19h45 ou le 25 pour les amateurs de VO. Il sera ainsi possible de le voir à petits prix jusqu’au samedi 29.
Une centaine de militants écologistes alsaciens ont rendez-vous à Schiltigheim et à l’Euroasis du jeudi 20 au dimanche 23 août. Ils doivent se former à différentes techniques pour améliorer l’efficacité et l’impact des actions écologistes à venir.
La centaine de places du Camp climat de Strasbourg a vite trouvé preneur. Prévu du jeudi 20 au dimanche 23 août à la Maison des sociétés à Schiltigheim et à l’Euroasis à Strasbourg, ce séminaire de formation pour militants écologistes est organisé par Alternatiba, les Amis de la Terre et ANV-Cop 21 dans une trentaine de villes de France.
Fin juillet, des militants écologistes se sont retrouvés au camp climat de Blacé, dans le Rhône. Une trentaine de camps climats sont prévus durant l’été en France Photo : Lucas Laemmel / doc remis
Le camp climat de Strasbourg propose une trentaine de rendez-vous auxquels les participants doivent s’inscrire. Il s’agit principalement d’ateliers avec des sujets comme « Coopérer efficacement au sein d’un collectif » ou « coordonner une action de désobéissance civile », mais il y a aussi des tables-rondes ou des « lectures collectives. »
« Améliorer les compétences des militants écolos »
Coordinateur du camp climat strasbourgeois, Tom Baumert précise :
« L’objectif du camp est de faire monter en compétences les militants, pour qu’ils puissent à leur tour organiser des actions efficaces afin de sensibiliser aux enjeux climatiques. On invite aussi des experts, afin de parfaire les connaissances sur la biodiversité ou la désertification par exemple… Ce sont des sujets qui peuvent être techniques. »
Chaque participant a contribué à hauteur de 10 à 15€ au budget de ce camp, qui avoisine les 3 000€. La question de l’impact des luttes écologistes sera au coeur des échanges avec, « la redéfinition de la notion de victoire, » pense Tom Baumert :
« Quand on lutte pendant plusieurs années contre le Grand contournement ouest (GCO, voir tous nos articles ndlr), est-ce qu’on peut parler de victoire sur le capitalisme ? Que s’est-il passé finalement pendant ce temps-là ? »
« À quoi bon lutter ? » est le titre, un brin provoquant, de la table-ronde du samedi soir. Elle accueillera Alma Dufour, chargée de campagne des Amis de la Terre et engagée contre le déploiement des entrepôts d’Amazon (dont deux sont en projets rien qu’en Alsace) et Mickaël Kugler, qui avait activement lutté contre le GCO.
Un village associatif pour le grand public
Les ateliers auront lieu principalement dans les locaux de la Maison des sociétés, prêtés par la Ville de Schiltigheim tandis que le parc de l’Euroasis accueillera un camping. Tom Baumert précise les raisons de ce double lieu :
« Une composante importante des camps est d’installer une vie en communauté, afin d’échanger et d’apprendre à se connaître entre militants. Et pour ça, le parc de l’Euroasis à la Robertsau est formidable. Mais les bâtiments sont encore inexploitables, donc on a dû trouver une solution ailleurs pour les ateliers. »
Les contraintes sanitaires ont limité la jauge maximale de ces deux sites à une centaine de personnes. Les inscriptions ne sont plus possibles mais le grand public est attendu à un village associatif, jeudi 20 août de 17h à 20h dans le parc de la maison des sociétés à Schiltigheim.
« Mémoires de quartier » est un podcast Rue89 Strasbourg qui donne la parole aux habitants sur l’évolution de leur quartier. Dans ce premier épisode, Jacques Gerhardy, buraliste pendant plus de 40 ans rue Vauban, raconte son arrivée près de la place d’Islande dans les années 70, la montée d’un sentiment d’insécurité dans les années 80 et la raréfaction des commerces à partir des années 90.
Au 29 rue Vauban, quelques affiches culturelles égayent l’une des deux vitrines laissées vides. Un rideau métallique couvre l’autre. Elles sont les seuls témoins du passé commercial de ce local, construit à la toute fin du XIXe siècle. Un tabac, repris par Jacques Gerhardy en novembre 1976 :
« Je cherchais un commerce que je pourrai tenir seul. Et je suis finalement tombé sur une annonce dans les Dernières Nouvelles d’Alsace. »
Pendant 41 ans, l’enseigne ouvre tous les jours de 6h à 19h sauf les dimanches après-midis. Des horaires qui lui permettent de capter les travailleurs frontaliers, sur la route de bonne heure pour passer la frontière.
Aucun commerce ne s’est installé au 29 rue Vauban à la fermeture du tabac presse Gerhardy. Photo : VP / Rue89 Strasbourg / cc
Au moment où il s’installe, une partie des grands immeubles situés entre la rue Vauban et la rue de Stockholm, viennent tout juste de sortir de terre. D’autres sont en construction. Un immense terrain vague court jusqu’à l’emplacement actuel de la cité étudiante Les Flamboyants.
Les habitants en ont fait un lieu de partage, un endroit où ils installent parfois leurs tables pour prendre un verre entre eux. « C’était un grand village, tout le monde se connaissait », sourit l’ancien buraliste, qui se souvient que l’on y parlait alsacien la plupart du temps.
« Un quartier de caserne »
L’ancienne caserne Fiévet se situait au 102 avenue de la Forêt noire. Elle a été détruite en 1966. Photo : Archiwiki / cc
La place d’Islande et la rue Vauban sont situées entre deux grands quartiers, l’Esplanade et l’avenue de la Forêt-Noire. Jacques Gerhardy se souvient :
« On peut dire que c’était une petite frontière. Les gens n’aimaient pas beaucoup venir du côté Vauban. Cet endroit a longtemps gardé une étiquette de quartier de caserne. C’est dur à faire oublier. »
Détruite en 1966, la caserne Fiévet se situait au 102 de l’avenue de la Forêt-Noire. Et lorsque Jacques Gerhardy reprend le tabac de la rue Vauban, dans les années 70, quelques anciens font encore allusion à certains bars de nuit comme ayant été des lieux de prostitution, où des « affaires » ont parfois éclaté. Jacques Gerhardy détaille :
« Quand je suis arrivé, on m’a demandé si je reprenais le tabac à côté du bordel. C’est que c’était quand même quelque chose de connu… »
Installé derrière son comptoir, il observe une évolution du quartier dans les années 80. Des « petits trafics », qui s’installent rue Vauban, rue de Flandres et rue Léon-Blum. Certains habitants choisissent de déménager. D’autres, des personnes âgées pour beaucoup, lui font part d’un sentiment d’insécurité. C’est à cette même période que les cambriolages se multiplient dans son local. « À l’époque, il avait beaucoup plus de stock de cigarettes dans la réserve. C’est la marchandise qu’ils ciblaient », explique-t-il.
La place d’Islande, une « petite frontière » entre l’Esplanade et l’avenue de la Forêt-Noire. Photo : VP / Rue89 Strasbourg / cc
Des commerces qui se font plus rares
La construction de la résidence universitaire Les Flamboyants, en 1989, amène de nouveaux habitants.
« Mais je n’ai pas vraiment vu de différence dans ma clientèle. L’arrivée du tram n’a pas changé grand-chose non plus. La période des travaux a été assez difficile pour beaucoup de commerçants, rue Vauban comme à Esplanade. On a perdu des places de stationnement. Mais j’ai eu la chance d’avoir un noyau de clients qui faisait des détours pour venir me rendre visite. »
Autre élément salvateur : l’installation provisoire du tribunal de grande instance, place d’Islande entre 2006 et 2016, le temps que le palais de justice soit rénové. « Ça a fait du bien au quartier, relève Jacques Gerhardy. Beaucoup de dossier y étaient traités. Ça a ramené une nouvelle clientèle de magistrats, d’avocats… »
S’il regrette que le quartier n’ait « pas toujours évolué dans le bon sens », l’ancien buraliste ne voit pas tout en noir pour autant. « L’ARES, l’association des résidents de l’Esplanade, a fait énormément pour la vie de ce quartier auquel personne ne s’intéressait avant », insiste celui qui garde également le souvenir d’un quartier avec « une grande solidarité entre les habitants ».
C’est avec un pincement au cœur qu’il ferme boutique en 2017. « J’avais une clientèle d’habitués, une clientèle familiale. Je connaissais certaines personnes depuis qu’ils étaient petits ! Mais il fallait bien prendre sa retraite », glisse-t-il malicieusement. Son seul regret ? Que son nom ait été associé au bar d’extrême droite l’Arcadia, tenu par le Bastion social :
« J’ai revendu mon fonds de commerce quand je suis parti. C’est le nouveau propriétaire qui leur a loué les locaux. Certaines personnes ont fait la confusion. Ça agace. »
À Strasbourg, les signalements de rats ont explosé depuis le confinement. Face à ce rongeur dont le comportement a évolué, les entreprises et la Ville tentent de répliquer.
« Depuis le confinement, on trouve des colonies entières de rats dans certains restaurants et boulangeries. C’est inédit. » Pour Simon Le Goavec, responsable adjoint du service Hygiène et Santé environnementale de l’Eurométropole de Strasbourg (EMS), les rats pullulent à cause de la crise sanitaire.
Invasion dans la ville
Simon Le Goavec confirme une « tendance à la hausse des rongeurs au centre-ville comme en périphérie » dans les jardins, parcs, berges, piscines et centres d’hébergement d’urgence de l’Eurométropole de Strasbourg. L’augmentation des interventions en 2020 n’a cependant pas pu être communiquée.
Vendredi 14 août, un rat mort sur le pont des Frères Matthis à Strasbourg Photo : Alice Ferber / Rue89 Strasbourg
Expédition au cinquième étage
Depuis le mois de juin, l’entreprise Radical Pest Control a embauché deux nouveaux employés pour faire face à l’explosion des demandes de dératisation. D’après Nicolas Chapelle, le responsable technique de l’entreprise, les rats ont modifié leur comportement à cause du confinement :
« D’habitude, les rats sont méfiants et fuient la lumière. Maintenant, on les voit en plein jour. Dès mars, comme ils ne pouvaient plus profiter des déchets aux abords des restaurants à l’arrêt, ils se sont infiltrés chez les particuliers, souvent cloisonnés avec des réserves de nourriture. »
Selon le spécialiste, l’équipe de dératisation rencontre désormais des « situations inédites » chez les particuliers :
« En avril, dans le quartier de Rivétoile, on a reçu un signalement au 5e étage d’une terrasse d’un immeuble privé. Contrairement aux rats noirs des campagnes, ceux des villes ne longent pas les poutres. Ils s’établissent plutôt en sous-sol ou au rez-de-chaussée. Alors j’ai débarqué avec mon matériel pour traiter une souris. Mais les traces montraient que c’était bien un rat brun qui avait grimpé sur la façade de l’immeuble. Je n’avais jamais vu ça en 20 ans de métier. »
Risques sanitaires et dégâts matériels
Pour se nourrir, les rats dérobent les rebuts alimentaires laissés par l’homme. Même s’ils permettent le nettoyage naturel des sous-sols, leur population doit être contrôlée. D’après Nicolas Chapelle, leur prolifération présente un risque sanitaire :
« Les rats transportent des agents pathogènes comme la salmonellose et la leptospirose (deux infections bactériennes, ndlr). Leurs morsures et griffures sont rares, ils sont très peu agressifs. Mais ils urinent en permanence et laissent derrière eux une quarantaine d’excréments par jour. »
En outre, ces rongeurs dégradent l’environnement urbain. « En creusant des galeries sous la surface, ils fragilisent les sols, explique l’expert. Comme leurs dents poussent en permanence, ils rongent les câbles électriques, ce qui peut provoquer des court-circuits et des incendies. »
« Plus une colonie compte de rats, plus ils sont en confiance et se montrent. Quand on voit 10 rats, c’est qu’il y en a 50 pas loin. »
Nicolas Chapelle, expert en dératisation
Des solutions chimiques de moins en moins efficaces
Les agents de Radical Pest Control et de l’EMS s’accordent sur un point : les solutions chimiques utilisées pour la dératisation, les « rodenticides », perdent en puissance à chaque législation. Des dosages moins létaux et un usage des substances limité dans le temps ont alourdi les protocoles d’intervention des dératiseurs.
Nicolas Chapelle poursuit :
« Les solutions mécaniques dites « captures » comme la tapette, la glu ou la nasse sont encore moins efficaces car elles nécessitent un passage chaque semaine pour changer les pièges. Ce n’est pas rentable pour le client. »
De son côté, David Borell, gérant de Radical Pest Control, utilise une méthode « à la truelle » :
« On traite puis on bouche les entrées des terriers avec des grosses pierres, voire des dalles de béton. On a utilisé cette méthode pendant le confinement, pour 150 terriers. En une semaine du mois d’août, on en a bouché autant autour de 54 immeubles. »
Dernier recours : les boîtiers qui renferment un produit anti-coagulant. Quand le rat mange l’appât, la substance chimique provoque une hémorragie interne qui doit le tuer sous plusieurs jours.
Mais d’après Soulaimane Arroubyou, gérant de l’entreprise Alliance Team Propreté, « le rat doit désormais ingérer 2 à 3 fois la dose pour mourir. Avant la législation de 2018, les principes actifs étaient plus concentrés. »
Des boîtiers sont parfois déposés dans les arrière-cours comme ici, dans le quartier des Halles à Strasbourg. Mais leur efficacité s’arrête aux limites de la copropriété et la substance ingérée doit être suffisante pour tuer le rat. Photo : PF / Rue89 Strasbourg / cc
Selon Soulaimane Arroubyou, la prolifération des rats à Strasbourg s’explique aussi par :
un manque d’hygiène dans les habitations collectives (détritus abandonnés suite à l’arrêt de l’activité des concierges et des services de ramassage pendant le confinement), la chaleur (l’odorat des rongeurs, 150 à 400 fois supérieur à celui de l’être humain, est sensible aux exhalaisons des déchets alimentaires), les travaux (plus nombreux pendant l’été, ils dérangent voire détruisent les habitats du rat qui doit migrer).
Une collaboration public-privé à inventer
Ni l’Eurométropole ni la Ville de Strasbourg n’ont de plan d’action immédiat. Simon Le Goavec appelle à une collaboration entre les entreprises privées et le service public. En septembre, une déambulation sera organisée dans le quartier de l’Elsau avec des experts pour rendre les interventions de dératisation plus efficaces.
Le responsable adjoint annonce qu’un plan de communication sera lancé en octobre : « L’objectif est de montrer que la dératisation est l’affaire de tous : la Ville, le bailleur sur sa parcelle et les habitants qui gèrent leurs poubelles. »
Japon, Corée du Sud, Chine, Taïwan… Dans le milieu du locking, un style de danse associé au hip-hop, la musique de Funkindustry est devenue incontournable. Plongée dans cette « aventure asiatique » avec Fx, le claviériste du groupe strasbourgeois.
De la place Kléber à Osaka. Pour Funkindustry, il n’y a qu’un pas. Le 25 juillet, les 6 membres du groupe découvrent que leurs morceaux cartonnent au Japon. Très prisé par les amateurs de locking, une danse à la frontière du funk et du hip-hop, le style plein de vie des musiciens strasbourgeois séduit un public à 13 000 kilomètres de là.
Taïwan puis le Japon, la Corée du Sud et la Chine
« Tout a commencé un peu par hasard », s’amuse François-Xavier Laurent, alias « Fx », le claviériste de Funkindustry. Alors qu’ils enregistrent en studio leur second album, les artistes sont contactés fin juillet par Yutaro Yoshihara, un danseur japonais. « Il souhaitait utiliser notre morceau “Do It” pour une compétition de locking au Japon, le Dance Stadium », explique Fx.
À la Naniwa High School d’Osaka (Japon), 12 danseuses lycéennes en uniforme jaune et blanc choisissent donc le son de Funkindustry pour leur show de phase préliminaire. Même si leur performance n’est pas retenue par le jury, les musiciens strasbourgeois profitent d’un passage à la télévision japonaise.
Show de locking pour Dance Stadium 2020
Intrigués, les six amis cherchent à savoir comment leur musique s’est faite connaître à l’autre bout du monde. Sur Instagram, ils reconnaissent « Do It » dans une vidéo de danse du chorégraphe Pog Yuichi, qui compte 12 000 abonnés. Elle a été publiée en décembre 2019 à Taïwan. François-Xavier le contacte immédiatement et réalise l’ampleur du bouche-à-oreille :
« Pog est tombé sur nos morceaux grâce à Apple Music. Il a accroché, les a partagés et nous a annoncé qu’ils s’exportaient partout en Chine, au Japon, en Corée du Sud et à Taiwan dans le milieu du locking. C’est un réseau, tous les danseurs se passent le mot. Quelle surprise ! »
En finale du concours Dance Delight 2019, le groupe japonais « All good funk » a choisi « Do It » pour sa prestation
« Au début, on pensait que c’était une mauvaise blague d’un pote, qui aurait ajouté nos sons sur un montage créé de toutes pièces, plaisante Fx. Mais en découvrant vidéos après vidéos sur le net, on a commencé à y croire. Plus on fouille, plus on en trouve. Hier, on en a encore déniché 4 nouvelles. »
« En Chine, Facebook n’existe pas et l’accès à Internet est très restrictif. On ne peut pas le mesurer, mais les danseurs des pays voisins nous disent que les gens adhèrent aussi là-bas. »
François-Xavier Laurent, claviériste de Funkindustry
Promouvoir la scène funk à Strasbourg
Funkindustry existe depuis 2014. François-Xavier a monté ce projet avec deux amis d’enfance : Jean-Mathieu à la basse et son frère Nathan à la guitare et à la voix. Quatre ans plus tard, ils sont rejoints par Rémi (au saxophone), David (à la batterie) et Cédric (à la trompette).
Funkindustry se décrit comme un groupe « jazz, funk et dansant » qui « aime être entouré d’un public qui fait la fête, tape du pied, transpire et ressort avec un grand sourire ». Ensemble, ils ont déjà sorti l’album « Let’s do It again » en 2017, 13 morceaux et 3 clips. Leur second album, éponyme, est prévu pour avril 2021.
François-Xavier (claviers), Nathan (guitare et voix), Jean-Mathieu (basse), Rémi (saxophone), David (batterie), Cédric (trompette) et Martin (ancien percussionniste du groupe) Photo : doc remis
En colocation à la Krutenau, François-Xavier, Nathan et Jean-Mathieu ont profité du confinement pour « se consacrer à la musique ». Chaque membre a répété et s’est filmé depuis son domicile. Résultat : une reprise de Walk on the Wild Side de Lou Reed.
Pour l’instant, les artistes cumulent leur vie de scène avec d’autres boulots. « Le but, c’est d’en vivre, » se projette Fx :
« Mais on est six sur scène, ça engendre beaucoup de frais. On a monté un label “Original Tape Records” afin de promouvoir la culture funk à Strasbourg et les artistes dans la même lignée « groove » que Funkindustry ».
À la Fête de la musique en 2019, Funkindustry s’est produit place Kléber Photo : doc remis
Vers une tournée en Asie de l’Est
« On est les premiers surpris de ce qu’il nous arrive », poursuit François-Xavier :
« Recevoir des compliments de l’autre bout du monde, c’est déroutant et excitant à la fois. Avant, pour se marrer, on se disait qu’on aimerait faire une tournée en Asie, car la culture funk et disco y est plus développée. Maintenant, on réalise que c’est réel, que des danseurs ont travaillé des heures sur nos morceaux et les apprécient. Ça donne envie de faire des échanges avec eux, de concrétiser ce rêve. Mais la crise sanitaire risque de casser cette dynamique… »
Pas d’exploitation commerciale
De cette notoriété grandissante, Funkindustry n’en a jusqu’ici tiré « aucun profit », assure Fx :
« On aurait pu demander une compensation financière. Mais il s’agit de petites écoles qui proposent des spectacles amateurs. Les danseurs n’exploitent pas notre musique commercialement, alors on n’a pas envie de gagner des sous dans ces circonstances. On préfère valoriser leurs initiatives, on a plaisir à partager. Tout ce qu’on demande, c’est les crédits. Après, la Sacem nous indiquera les retombées économiques perçues. On ne s’attend pas à des grosses sommes. »
Le claviériste reste prudent face à ce coup de pouce venu d’Asie : « Ça pourrait décoller dans deux semaines, dans deux ans ou même jamais. Il ne faut pas griller les étapes. »
Entre arsenal juridique renforcé et faits-divers tragiques, les rodéos urbains sont de plus en plus décriés. Rencontre avec un passionné strasbourgeois, qui rêve d’une pratique responsable de la moto-cross.
« Il y en a qui salissent ce sport et nous on subit. » Sébastien (le prénom a été modifié) vit pour la moto-cross, sa passion depuis ses 16 ans. Adepte des roues levées, avec ou sans les mains, le jeune électricien a toujours navigué au carrefour de plusieurs frontières : économiques, légales, culturelles…
Adolescent, il a galéré pour se payer neuve sa première Suzuki 85 RM à 800 euros. Il fallait aussi faire fi du regard des autres. Ses parents par exemple, qui voyaient en cette passion une dangereuse lubie adolescente.
Aujourd’hui, le principal obstacle à sa pratique est légal. Le Strasbourgeois et ses camarades ne disposent d’aucun lieu pour exercer. Depuis le 3 août 2018, le « rodéo urbain » est passible d’un an d’emprisonnement, de 15 000 euros d’amende, d’une saisie du véhicule ainsi qu’une suspension du permis de conduire pour trois ans.
Casque, gants, pare-pierre… Sébastien ne sort jamais sans son matériel de protection. Photo : Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc
« On fait ça dans les règles de l’art »
Sa pratique n’a rien à voir avec les conducteurs de scooter sans casque qui tuent le temps en levant leur bécane dans la rue. Le dimanche, le jeune Elsauvien sort du quartier. Il rejoint des potes pour pratiquer le plus discrètement possible, dans un champ, une zone industrielle ou une forêt. Mais il est toujours chassé par la police, un propriétaire agricole ou des riverains : « Avec la moto, tout de suite on nous traite de racaille, on nous dit de rentrer chez nous… », regrette le motard.
Il porte un casque, des gants et un pare-pierre, qui protège le haut du corps. « Pour nous, comme pour les autres, on ne veut pas de risque. On fait ça dans les règles de l’art », assure-t-il. Au-delà du danger, Sébastien n’a aucune envie de se faire saisir sa dernière moto, une Kawasaki 450 KXF achetée d’occasion à plus de 3 000 euros : « J’ai travaillé des mois pour l’avoir… »
« Sur ma moto, j’oublie tout, je me sens libre. » Sébastien rêve de percer dans le milieu de la moto. Mais la discipline est encore peu reconnue en France. Surtout, il manque un espace légal pour pratiquer à Strasbourg ou autour.
Ces sorties entre fans de bécane, « c’est la bike life », décrit Sébastien. Le week-end, ils sont une dizaine à partir avec une camionnette pleine de motos. Les jeunes viennent de différents quartiers strasbourgeois, voire de villages bas-rhinois. Réunis par leur passion, ils s’échangent des conseils en mécanique, partagent un barbecue et se filment lorsqu’ils exécutent quelques figures. Pour des raisons de sécurité aussi, le motard préfère pratiquer en groupe. Mehmet (le prénom a été modifié) raconte avoir déjà récupéré son ami inconscient après une chute à moto sur un terrain vague : « Si je n’avais pas été là, il serait sûrement resté des heures par terre… »
« On est tombé, on s’est relevé, on a retenté »
Roue levée, une main derrière le dos, parfois sans même tenir son guidon, debout sur la moto… Les figures exécutées par les « cabreurs » sont aussi nombreuses que risquées. « Mais ce que les gens ne voient pas, ce sont les mois d’entraînement derrière cet art, regrette Sébastien, combien de fois on est tombé, on s’est fait mal, pour se relever et tenter à nouveau. » Le jeune passionné parle d’une sensation grisante : « Sur ma moto, j’oublie tout, je me sens libre. »
« Ce que les gens ne voient pas, ce sont les mois d’entraînement derrière cet art », regrette Sébastien.
Par tous les moyens, Sébastien prend ses précautions pour ne pas être verbalisé. Depuis l’adoption de la loi anti-rodéo urbain, le jeune a le sentiment que la répression s’est accrue contre sa pratique. Dans son quartier, les opérations policières à grand renfort d’hélicoptère se sont multipliées contre les motards dangereux. Mais le jeune Elsauvien trouve ça normal que des rodéos dans les rues soient interceptés : « Je me suis déjà fait attraper dans un champ. Les policiers ne m’ont pas verbalisé. On a même fini par discuter du modèle de la moto. »
« Depuis que je lui ai montré des vidéos, depuis que je lui ai expliqué comment on se protège, ma mère ne s’inquiète plus pour moi. Il faudrait qu’on puisse avoir un espace et des journées pour montrer aux gens ce qu’on fait pour qu’il y ait moins de peur autour de la pratique. »
Les deux motards sont convaincus qu’une institutionnalisation de la pratique pourrait permettre à certains jeunes de quartier de s’en sortir. Souvent, Sébastien rappelle l’utilité de sa passion : « Sans ça, gamin, j’aurais peut-être traîné dans la rue et dealé… » Mehmet égrène les business possibles autour de la moto-cross : « Certains ouvrent des garages, d’autres font de l’achat et de la revente, j’ai même découvert une auto-école de moto-cross à Belfort. » Interrogé sur l’unique terrain de moto-cross ouvert à Strasbourg, le jeune Elsauvien estime que la licence est trop chère, « entre 200 et 300 euros l’année… », souffle-t-il.
Le rêve de Sébastien et Mehmet ? « Une dalle en bitume, une bonne ligne pour qu’on puisse pratiquer avec des motards d’autres quartiers et d’autres villages. » À défaut de plaque en béton, les deux motards ont une solution toute trouvée. De la rue Watteau, ils désignent l’autre côté du quartier. Sébastien se projette :
« Il y a un champ énorme dont personne ne prend soin. C’est dommage, on pourrait y construire un parcours pour faire quelques figures. Et je suis sûr que ça roulerait moins dans les rues si on avait cet espace. Mais bon tout ça, c’est qu’un rêve. On a aucun espoir qu’il se réalise. »
Rédacteur en chef de Rue89 Strasbourg. Spécialisé depuis 2019 en enquêtes locales, à Strasbourg et en Alsace sur des sujets variés allant de l’extrême-droite à l’hôpital public en passant par la maison d’arrêt de Strasbourg, les mouvements sociaux, les discriminations et l’expertise-psychiatrique.
Une importante bagarre a éclaté au squat Bugatti dans la nuit du mardi 4 au mercredi 5 août, faisant plusieurs blessés. Le gérant du squat qui abrite environ 250 immigrés, dont une trentaine d’enfants, appelle à l’aide alors que les autorités n’assurent qu’un suivi minimal.
Vers 2h dans la nuit de mardi 4 à mercredi 5 août, une dizaine de personnes immigrées d’origine africaine se sont battues avec à peu près autant d’immigrés géorgiens au squat Bugatti, dans la zone industrielle d’Eckbolsheim. Certains se sont armés de couteaux, d’autres de tessons de bouteilles. Il y a eu plusieurs blessés, dont au moins un a été hospitalisé après avoir subi une importante blessure à l’œil.
Des traces de sang sur le sol témoignent de la violence des coups Photo : doc remis Des traces de sang sur le sol témoignent de la violence des coups Photo : doc remis
« C’est quotidien les bagarres au squat »
Mamahoud (prénom changé), qui vient de Guinée, a été témoin de l’échauffourée :
« Personne ne sait vraiment pourquoi cette bagarre a démarré. Il y avait beaucoup d’alcool. De toutes façons, c’est quotidien les bagarres au squat. J’appelle la gendarmerie presque tous les soirs. Il n’y a aucune sécurité, certains résidents tchétchènes ont été propulsés vigiles, mais ils sont encore plus violents. »
Le capitaine Jean-Luc Breton, commandant en second de la compagnie de gendarmerie de Strasbourg, a refusé de confirmer l’intervention dans la nuit du 5 août. Il n’a pas non plus voulu préciser la fréquence du passage des gendarmes dans ce bâtiment.
Les immeubles de bureaux sont occupés depuis septembre 2019 Photo : PF / Rue89 Strasbourg / cc
La mairie d’Eckbolsheim ignore
Même discours distant de la mairie d’Eckbolsheim, qui avoue ignorer ce qui se déroule dans ce squat ouvert en septembre 2019 et qui héberge près de 250 personnes dans des conditions sanitaires très dégradées. Guy Spehner, adjoint au maire, déclare :
« On a vu apparaître quelques demandes de domiciliation à la mairie et on est inquiet parce que l’école pourrait avoir à accueillir des enfants à la rentrée alors que les classes sont déjà bien chargées. Mais quant au squat spécifiquement, on est au bord de la route et on attend… »
Un jugement autorise une expulsion
Ces anciens locaux de formation ont été acquis par le distributeur Lidl, qui a initié peu après leur occupation une procédure d’expulsion. Un jugement autorisant une éviction a été prononcé le 10 juillet par le tribunal judiciaire de Strasbourg, donnant aux squatteurs un délai de trois mois (voir ci-contre) pour évacuer les lieux. Le 16 juillet, un huissier a apporté au squat un « commandement de quitter les lieux » avant le 16 octobre. Contactée, l’entreprise Lidl a refusé de répondre à nos questions.
Lahcen Oualhaci essaie de maintenir une forme de discipline dans cette vie en commun… Il aimerait bien l’aide de bénévoles « militaires à la retraite » Photo : PF / Rue89 Strasbourg / cc
Gérant de fait du squat, Lahcen Oualhaci n’entend pas évacuer le bâtiment, arguant que « toutes les personnes visées par la procédure, sauf moi, n’y habitent plus. » Il reconnaît cependant un problème sécuritaire :
« On va interdire l’alcool dans le squat, fermer les portes à 23 heures et instaurer des contrôles à l’entrée. Six résidents sont chargés de la sécurité (2 Tchétchènes, 1 Daghestanais, 3 Français) et auront un “contrat de bénévolat” avec notre association « Terre Humaine », en cours de constitution. On a en outre rédigé un règlement intérieur, que tous les résidents devront signer et appliquer. »
Une trentaine d’enfants vivent au squat, d’autres à l’hôtel des Colonnes juste en face Photo : PF / Rue89 Strasbourg / cc
Aucun contact avec la Ville d’Eckbolsheim
Lahcen Oualhaci revendique une présence quotidienne sur le site de 400 personnes, notamment aux heures de distribution de nourriture (à 11h30 et 18h). Outre les 234 personnes référencées comme résidentes du squat (au 12 août), quelque 150 personnes hébergées par l’État à l’hôtel des Colonnes, situé juste en face, s’y rendent pour leur subsistance.
Les pièces, prévues pour abriter des bureaux, sont séparées par des couvertures tendues. À l’intérieur, les résidents préparent leurs repas comme ils peuvent, malgré une plomberie dévastée. À l’extérieur, des toilettes sèches et des douches en bâtiments modulaires permettent aux résidents de rester propres.
« C’est devenu beaucoup trop compliqué de gérer tout ça »
Quasiment seul pour faire fonctionner ce site, Lahcen Oualhaci, 52 ans, appelle l’Eurométropole à l’aide :
« Je n’ai aucun contact avec la mairie d’Eckbolsheim. Zéro. C’est devenu beaucoup trop compliqué de gérer tout ça… Que faire quand 50 personnes se tapent dessus tout d’un coup ? Avec l’alcool, ça peut partir vite, un mot de trop… Il y a des gens ici qui sont en détresse totale, qui ont connu la guerre… Ça fait des mois que je demande des séances de soutien psychologique à l’Eurométropole. On sait bien qu’il y a des gens violents parmi les résidents. On ne les expulse pas, on essaie de les gérer… Sinon, où vont-ils aller ? »
Deux associations visitent régulièrement le squat. Le Service intégré d’accueil et d’orientation du Bas-Rhin (SIAO 67, financé par l’État) apporte chaque semaine environ 2 tonnes de produits alimentaires et des « tickets services » (d’une valeur de 35€ pour chaque résident enregistré, deux fois par mois). Directeur du SIAO 67, Henri Hannequin avoue son inquiétude :
« Le confinement a permis de débloquer l’apport de sanitaires supplémentaires, l’accès à l’eau et une livraison hebdomadaire de vivres. Tous ces services continuent malgré la fin du confinement mais la situation sanitaire et sécuritaire actuelle au squat Bugatti reste très préoccupante. »
Des équipements minimaux ont été installés à l’extérieur par l’État Photo : PF / Rue89 Strasbourg / cc
Médecins du Monde effectue une visite de « médiation-santé » chaque semaine également, afin d’aider les résidents dans leurs parcours de soins. Nicolas Fuchs, directeur de l’association humanitaire dans le Bas-Rhin, constate :
« Il y a des problèmes de promiscuité exacerbés par les parcours migratoires difficiles des résidents et des habitudes de vie différentes… La situation générale au squat Bugatti est inacceptable mais pour beaucoup d’entre eux, c’est mieux que rien. Il est heureux que la situation n’ait pas dégénéré plus tôt. »
L’engagement de l’Eurométropole vivement attendu
Pour autant, les deux responsables indiquent avoir trouvé en Lahcen Ouahjali un « partenaire fiable. » Également logé par l’État à l’hôtel des Colonnes, ce dernier a bon espoir :
« Cette bagarre va permettre de débloquer l’aide publique. C’est malheureux mais toutes mes précédentes alertes n’ont servi à rien. Il aura fallu cet événement dramatique, qui aurait pu être beaucoup plus grave, pour que ça bouge. »
Dans la matinée du mardi 11 août, Marie-Dominique Dreyssé, nouvelle vice-présidente (EELV) de l’Eurométropole en charge des Solidarités, a rencontré Lahcen Ouahjali mais se garde bien de tout engagement :
« On voit bien que la situation ne peut pas continuer ainsi. Comme il s’agit d’une propriété privée, on ne peut pas établir de convention d’occupation comme avec l’Hôtel de la rue à Koenigshoffen. Nous sommes en train de voir quels sont nos moyens d’action pour venir en aide à ces familles. »
En guerre contre la « dictature qui monte », une médecin de Wangenbourg-Engenthal a produit des certificats médicaux à remplir soi-même. Objectif : s’exonérer du port du masque en arguant d’une pseudo contre-indication médicale. L’ordre des médecins départemental assure que cette médecin sera bientôt suspendue.
« Voilà un certificat pour tous, il suffit simplement de mettre votre nom dans l’espace pour… À vous de jouer. » Lundi 10 août, une membre du groupe Facebook « Contre le masque obligatoire, pour la liberté de respirer et de sourire » publie ce message accompagné d’une photo d’un certificat médical.
Rédigé par l’unique médecin de Wangenbourg-Engenthal, commune forestière du piémont des Vosges dans le Bas-Rhin, Eve Engerer, il « certifie que (le nom est à insérer ici, ndlr) présente une contre-indication médicale au port du masque en continu et en occasionnel. » De quoi ravir les 2 400 membres du groupe, qui n’auraient qu’à inscrire leur nom et prénom pour se balader partout à un visage découvert.
Le certificat médical d’Eve E. diffusé sur les réseaux sociaux. Photo : Document remis
Les masques : « Un faux problème »
La médecin bas-rhinoise ne se cache pas d’avoir rédigé ce certificat médical de complaisance. Le 7 août, Eve Engerer a publié une photo du document sur son profil Facebook. Interrogée sur les faits, la médecin de 60 ans élude les questions : « Les masques c’est un faux problème. Imaginez, quand un petit enfant se promène avec un masque, c’est une muselière. Le problème, c’est la dictature qui monte. »
La docteure se décrit comme « médecin de la conscience, je ne suis pas un médecin big pharma (en référence à l’industrie pharmaceutique, ndlr). » Aux médicaments, elle préfère les prescriptions homéopathiques, « l’hypnose humaniste », les plantes et les huiles essentielles. « C’est la joie et l’alimentation qui crée la santé », assure-t-elle entre deux diatribes sur l’élite pédophile mondiale et les vaccins.
Diffusé et découvert sur les réseaux sociaux
En commentaires de ces posts Facebook, les internautes remercient la docteure « du fond du coeur ». Eve Engerer est aussi réactive lorsqu’une membre du groupe « Conscience et clés d’éveil » fait la demande de cette attestation. La médecin bas-rhinoise lui donne rapidement rendez-vous en « message privé. »
À notre connaissance, l’utilisateur de Twitter @TurtleTKD est le premier à avoir questionné ces certifcats médicaux publiquement sur le réseau social. Après avoir enquêté et confirmé l’origine de ces attestations médicales, il a transmis ces éléments au conseil de l’ordre des médecins bas-rhinois dans la journée du lundi 10 août. Le lendemain, il n’avait reçu aucune réponse.
Médecin généraliste à Strasbourg, Claude Bronner dénonce des attestations médicales sans fondement :
« Il n’y a aucune raison médicale pour laquelle des gens ne pourraient pas supporter le port du masque. Les médecins qui disent “ parce que vous ne supportez pas le masque, vous avez le droit de faire prendre des risques aux autres ”, ça n’a pas de sens. Si vous ne portez pas de masque, vous restez à l’écart des autres. »
Une autre médecin strasbourgeoise parle de certificats complètement abusifs et indique qu’Eve Engerer a déjà fait l’objet d’un signalement auprès de l’ordre des médecins.
Un signalement dès le mois d’avril
Président du conseil de l’ordre des médecins du Bas-Rhin, Jean-Marie Letzelter assure avoir réagi suite à des premiers signalements « dès le mois d’avril en demandant la supsension d’Eve Engerer auprès de la directrice de l’Agence Régionale de Santé (ARS) Grand Est. » En pleine pandémie de covid, au mois d’avril, la médecin « donnait des ordonnances où il fallait répéter des chiffres pour se protéger du covid », ajoute-t-il. Jean-Marie Letzelter assure avoir renouvelé l’alerte auprès de l’ARS Grand Est dans la journée du 10 août.
Une suspension… possible
Le responsable départemental de l’ordre des médecins assure que « la suspension d’Eve Engerer devrait intervenir immédiatement. « J’attends la confirmation de la part directrice l’ARS Grand Est. Pour pouvoir arrêter un médecin, il n’y a que la directrice de l’ARS, le procureur, le préfet, ou le ministre de la Santé qui sont compétents. Ensuite c’est le conseil de l’ordre qui prend le dossier en main et qui a cinq mois pour confirmer ou non la décision. »
Contactée, l’ARS Grand Est a confirmé à Rue89 Strasbourg, par e-mail dans la journée du 12 août, « avoir saisi le procureur en vertu de l’article 40 du code pénal. » Autrement dit, des faits qui paraissent frauduleux ont été porté à la connaissance du Parquet, lequel décidera s’il y a lieu d’engager des poursuites contre Eve Engerer. Cependant, l’ARS ne confirme pas la suspension du médecin.
Rédacteur en chef de Rue89 Strasbourg. Spécialisé depuis 2019 en enquêtes locales, à Strasbourg et en Alsace sur des sujets variés allant de l’extrême-droite à l’hôpital public en passant par la maison d’arrêt de Strasbourg, les mouvements sociaux, les discriminations et l’expertise-psychiatrique.
Krystel, une Strasbourgeoise de 36 ans, doit défiler début septembre pour tenter de devenir Miss Curvy Alsace. Ouvert aux tailles 42 et plus, ce concours et les activités qui s’y rattachent permettent à Krystel de dépasser les préjugés.
Lundi à 8h45, sur le parking de la Rotonde à Strasbourg, Krystel rejoint son amie Sabrina au volant de sa Twingo rouge. Le petit véhicule jure parmi les nombreux bus présents autour de la station ce matin. Robe verte à pois blancs pour l’une, jupe noire pour l’autre, les deux amies se sont apprêtées avec soin. Elles prévoient d’aller à Molsheim, Thann et Dannemarie pour se préparer à un concours de beauté, le Miss Curvy Alsace, réservé aux femmes dont les tailles vestimentaires atteignent 42 et plus.
Depuis le début de l’année, les deux prétendantes multiplient les répétitions de défilés, les essayages, les shooting photo et les ateliers de maquillage. Les candidates seront aussi départagées par des épreuves de culture générale et un discours introductif devant plusieurs centaines de personnes.
Ces préparatifs, définis par un comité national, se sont intensifiés à l’approche de la cérémonie, prévue le 5 septembre à Wintzenheim, près de Colmar.
Répétitions devant les Jésuites à Molsheim
Krystel connait bien Molsheim. La jeune femme travaille à l’office de tourisme de la ville. C’est dans l’atmosphère calme du parc des Jésuites qu’elle a choisi de répéter son défilé. « Heureusement qu’on n’a pas encore mis nos écharpes » s’amusent les deux amies dans les rues. En général cela provoque des réactions, « les gens sont curieux mais n’osent pas venir nous voir » poursuit Sabrina.
Aux abords du parc, les deux femmes investissent un banc et y déposent leurs sacs à main. À l’intérieur, deux paires d’escarpins qu’elles échangent contre leurs chaussures. Sabrina en profite pour repasser du rouge à lèvres et toutes deux revêtent finalement leurs écharpes estampillées « Candidate Miss Curvy Alsace ». Quelques passants intrigués s’attardent sur la scène. Sabrina pointe du doigt les contours d’une scène imaginaire.
Sabrina se remaquille avant chaque défilé, même en répétition
« Mets un peu de musique sinon ça ne va pas le faire, » adresse Krystel à son amie. Candyman résonne dans le téléphone d’une des candidates. Épaules en arrière et regard au loin, les deux femmes entament une marche cadencée sur une dizaine de mètres, avant de se figer quelques secondes dans une pose, le bras sur la hanche et la chevelure en arrière. Les deux complices procèdent ensuite à plusieurs passages individuels, s’observent et corrigent leurs gestuelles respectives : « redresse tes épaules, marche plus doucement… »
« Advienne que pourra… »
Depuis neuf mois, Krystel s’exerce à cette épreuve sur plusieurs rythmes, du pas lent au pas allongé. Le soir de l’élection, elle réitérera ces gestes dans différentes tenues, maillot de bain et lingerie. Sur ses chances de couronnement, elle se montre pragmatique « advienne ce qui pourra mais je me donnerai à fond. »
Pour l’inscription au concours, Krystel a dû débourser 25 euros et acheter son propre maillot de bain. Pour les autres tenues du défilé, une caution est requise afin de louer les vêtements dans les boutiques partenaires. À hauteur de 5 séances d’essayage dans toute l’Alsace, la jeune femme s’est préparée à des déplacements fréquents : ce jour-là, la Twingo rouge affichera près de 250 kilomètres au compteur.
« Pour le concours, il faut alimenter une page photo sur les réseaux sociaux. J’alterne des beaux clichés de photographes et des selfies. C’est un investissement qui varie en fonction des prix demandés par les photographes… »
Krystel aura parcouru près de 250 km ce lundi Photos : Rue89 Strasbourg
« Body positive », une tendance de fond
Au moment de remonter en voiture, il est 10h30, « pile dans les timings ». Sur le trajet de Thann, à 1h30 de Strasbourg, Krystel revient sur cet investissement et sur l’énergie qu’elle consacre à ce concours :
« Tous les gens ne comprennent pas, ce n’est pas juste un concours de beauté, ça aide aussi à s’accepter. »
Si aujourd’hui des femmes aux rondeurs assumées militent en lingerie dans les rues grâce au mouvement « Body positive », pointe Krystel, « il reste des gens malveillants ». Plus jeune, elle explique avoir subi des remarques blessantes et dévalorisantes sur son physique :
« Les mots sont importants, car quand une personne est un peu complexée, ils peuvent faire ressortir des trucs rapidement. Une fois, lors d’un essayage de lingerie, la vendeuse semblait vouloir me dire que ma poitrine était anormale. Elle me disait de mettre des coques. »
La jeune femme, bloquée par ses complexes quotidiens et le regard des autres, s’interdisait certaines tenues :
« Quand je prenais les transports en commun, je me sentais observée et jugée. Je me remettais tout le temps en question. Je n’osais pas prendre la parole en public, je parlais tout bas comme ça. Je préférais me cacher derrière mes vêtements. Je ne pouvais pas porter une jupe. De ce côté-là, il y a une évolution dans ma tête. Maintenant, cette nana porte du maquillage, une robe, se montre. Je me sens féminine. »
Les regards en biais, Krystel n’y prête plus autant d’importance. Une assurance acquise après un long travail sur elle-même. Les shooting photo l’ont aidée à reprendre confiance en elle, sous l’objectif bienveillant de photographes qui ont su la mettre en valeur. Il y a six ans, elle en réalisait jusqu’à un par semaine. Les candidates à Miss Curvy ont aussi accès à une conseillère en image, pour harmoniser le maquillage et les vêtements avec leur morphologies.
Au soir du concours, la jeune femme défilera devant un jury et le public vêtue d’un maillot de bain. Un défi qu’elle n’aurait jamais pu relever sans ce cheminement préalable : « Le travail sur soi ce n’est pas juste pour 6 mois, c’est tous les jours. »
Sur le poignet, Krystel s’est faite tatouer un papillon, un symbole qui lui rappelle ses propres métamorphoses
Une alternative à Miss France
En essor cette année, le concours compte 11 candidates contre 7 lors de l’édition précédente. La cérémonie finale ne sera « pas diffusée sur TF1 mais bon… » Krystel, comme les autres candidates, regarde les concours de beauté comme Miss France. Les fenêtres baissées pour rafraîchir l’habitacle de la voiture, la jeune femme décortique le fameux concours :
« La Miss France de l’an dernier avait des formes par rapport aux critères habituels. Celle de cette année n’était pas qu’un physique, elle est passionnée par l’Histoire et a obtenu la meilleure note en culture générale. Ça ôte l’idée d’un concours de bétail… »
« J’ai vu le film Miss, dans lequel un jeune garçon veut devenir Miss France et je trouve qu’avec la présidente actuelle (Sylvie Tellier, ndlr), on va vers ce genre de changement, » se dit Krystel avec optimisme.
« La société juge sur les apparences »
À la pause déjeuner, les deux femmes sont rejointes par l’actuelle Miss Curvy Alsace, Désirée Tschirhart, et la présidente du comité régional, Esclarmonde Ramadour. Cheveux rouges et look cabaret, cette dernière a repris les rênes du concours en 2018. Ancienne obèse, elle a subi une opération qui lui a fait perdre 80 kg pour des raisons de santé. Elle explique ne pas vouloir « lâcher les femmes qui ont du mal à s’assumer face à une société qui juge sur les apparences. »
Sirotant un Irish coffee, Esclarmonde confie à ses protégées ne pas avoir encore pu caser les 5 séances d’essayage de toutes les candidates. En raison du confinement, le temps de préparation a été écourté. La présidente compose également avec les disponibilités de chacune.
Sur la gauche, Esclarmonde, présidente du comité fait face à Miss Curvy Alsace 2020, Désirée Tschirhart Les candidates et Miss Curvy Alsace 2019 prennent la pose pendant les essayages
Reprise de la route. « 13h30, on ne sera jamais à l’heure » s’inquiète Krystel qui surveille fréquemment l’horloge de son téléphone branché en GPS. En cortège, les femmes s’engouffrent dans le Vieux-Thann, à la recherche d’une tenue de défilé chez Boutique B2G, un magasin partenaire du concours.
« Difficile de s’habiller sans ressembler à des grand-mères »
En entrant dans la boutique, tout de suite à droite, un carré de tringles est dédié aux grandes tailles. Krystel plonge les mains dans les tissus polychromes, les écarte, en retire une robe blanche, trop petite se désole-t-elle :
« Avant de découvrir la boutique Shein, par exemple, il était difficile de s’habiller sans ressembler à des grand-mères. La mode n’était pas adaptée pour les grandes tailles. Aujourd’hui je trouve plus facilement. »
La commerçante n’a pas encore reçu sa nouvelle collection. Les candidates devront revenir pour passer commande. Sur place, elles essaient de multiples tenues, pour le plaisir. Les rideaux de la cabine ondulent au gré des essayages. À chaque nouvelle tenue, les femmes s’affairent, se complimentent, rabattent une étiquette qui dépasse, tiennent un masque le temps d’une photo. « J’ai trois mamans en fait, » s’amuse Krystel, entourée par les trois femmes à l’essayage d’une robe fleurie.
Prochaine étape : la boutique Capris Vintage Store à Dannemarie, 25 km plus au sud. « Mon petit doigt me dit qu’on va devoir revenir là-aussi, » augure Krystel.
« Vous allez trouver des vêtements dans ce coin, » indique la responsable en désignant plusieurs rayons. Des robes colorées et des tenues vintage s’y suspendent. Les enceintes diffusent une ambiance rockabilly, la déco évoque les fifties. Sans se faire prier, les femmes commencent à fouiller.
Parmi les tenues vintage, Krystel cherche celle qui l’aidera à faire la différence.
« Ça te fait de ces fesses ! »
Après quelques minutes, Sabrina balance entre une tenue en jean, un tailleur et une combinaison moulante. Elle les essaiera tous les trois, en plusieurs tailles, s’observant sous toutes les coutures devant le miroir. « Ça te fait de ces fesses ! Celle-là te met vraiment en valeur, une vraie pin-up », lui lâche Esclarmonde au sujet de la combinaison.
Sabrina, de dos, ne s’interdit pas les blousons cintrés Deuxième tenue à l’essai pour Sabrina La commerçante a noté le choix de Krystel sur cette fiche
Krystel opte pour le chic d’une robe noire aux motifs de cerises, ceinte d’un ruban rouge. « Il faudra ajouter un jupon, pour donner du volume » précise-t-elle satisfaite. Les essayages durent tout l’après-midi. Les tenues de soirées sont commandées par les deux candidates. Pour Sabrina, ces moments passés dans les boutiques constituent des « transferts de confiance entre filles. » Krystel reprend :
« Quand t’es en groupe, ça te montre que t’es pas toute seule dans ton cas, t’es avec d’autres filles complexées. On a toutes des complexes qu’on apprend à oublier ensemble. »
Les filles en pleine discussion au sujet de la robe de Krystel La fatigue se fait sentir après plusieurs heures dans les boutiques
« C’est des reines de beauté, » s’émerveille une fillette passant devant la porte ouverte de la boutique. « La vérité sort de la bouche des enfants », rétorque l’une des modèles.
Si Krystel est pleinement investie dans la préparation du concours aujourd’hui, elle envisage à l’avenir de profiter de son expérience afin de conseiller des femmes qui se sentent complexées :
« Les photos que je fais montrent une évolution. Ça pousse d’autres filles à se lancer. Sur le long terme je voudrais aider à mon tour les personnes qui se sentent mal, leur apporter du positif, croire en elles. »
La fermeture de la centrale nucléaire de Fessenheim va faire disparaître des milliers d’emplois. Le point sur le cataclysme économique qui attend cette commune d’Alsace.
« Un démantèlement exemplaire ? On va supprimer des milliers d’emplois ! », proteste Jean-Luc Cardoso, référent CGT de la mise à l’arrêt anticipée de la centrale nucléaire de Fessenheim. Depuis la promesse de fermeture en 2012 par François Hollande, les pouvoirs publics anticipent la reconversion du territoire et de ses 1 245 salariés. Malgré la cellule d’accompagnement déployée par EDF, de nombreuses familles devront quitter la région.
1 245 salariés en 2017… 160 en 2024
Fin 2017, la centrale accueillait encore 1 245 salariés. Parmi eux, 850 agents EDF contribuant à la production d’électricité nucléaire (conduite, mécanique-chaudronnerie, assistance technique, contrôle commande…) et 350 sous-traitants issus d’entreprises de nettoyage, de gardiennage ou encore de prestations administratives. Ces employés travaillent sur le site de Fessenheim en permanence mais ne dépendent pas directement d’EDF.
En outre, 45 gendarmes du peloton spécialisé de protection de la Gendarmerie (PSPG) sont présents sur le site. Chargés de la protection de la centrale contre les menaces terroristes, ils ne seront plus sollicités en 2024. Prévu sur 20 ans, le processus de démantèlement ne nécessitera la présence que de 60 salariés d’EDF et d’une centaine de sous-traitants.
500 emplois induits et 800 indirects
À ces 1 245 emplois directs s’ajoutent les employés des entreprises prestataires liées au site de production sans y être physiquement présentes, comme les fournisseurs, les commerciaux ou les ingénieurs-concepteurs. Ces emplois dits « induits » sont estimés à 500 selon la préfecture du Haut-Rhin.
De plus, environ 800 emplois indirects seraient générés par l’activité économique des salariés de la centrale : restaurants, commerces, banques, coiffeurs, clubs de loisirs, services, etc. Leur départ entraînera une baisse de la consommation, une sous-utilisation des équipements, un relâchement du marché immobilier et une perte de vitalité du territoire. Ce déficit est estimé à 10 millions d’euros par an.
« Les salariés, certes, mais leur conjoint, leurs enfants et leurs parents, ils comptent aussi ! », scande Jean-Luc Cardoso. Ces familles risquent de déménager en cas de mutation, expose-t-il :
« Seulement 5% des agents EDF ont un conjoint qui travaille aussi à la centrale. Les 95% restants devront s’adapter. Sans parler des enfants. À Fessenheim, certains ont choisi des études en allemand et espèrent faire carrière de l’autre côté du Rhin. En partant, ils perdront cet avantage. »
S’appuyant sur une étude du cabinet d’expertise Syndex de janvier 2017, le référent CGT parle lui de 1 000 emplois induits et de 2 000 indirects, pour un total de 4 000 emplois affectés. 60% des agents résident avec leur famille sur les zones d’emploi de Colmar et Mulhouse, à moins de 30 km de la centrale. Syndex précise que :
La moitié des familles sont propriétaires de leur logement,77 % des agents vivent en couple,L’attachement à la région est fort (41% des salariés sont nés en Alsace).
Carte réalisée par le cabinet d’expertise Syndex en janvier 2017
Disparition de la moitié des emplois de Fessenheim
Lorsque la construction de la centrale a débuté en 1970, Fessenheim comptait 900 habitants. Un demi-siècle plus tard, 2 400 Fessenheimois vivent à l’ombre des deux réacteurs nucléaires. Les 850 agents EDF représentent 42% des salariés de la commune de Fessenheim et 8% de la communauté de communes du Pays Rhin-Brisach (CCPRB).
En janvier, la préfecture du Haut-Rhin a estimé « qu’entre 157 et 272 enfants quitteraient le territoire de façon progressive, entrainant une fermeture de 4 à 6 classes. » La baisse de chiffre d’affaires du commerce local est évaluée de 4,6 à 6,4 millions d’euros. En outre, le départ des familles causerait la remise sur le marché de 162 à 259 logements.
Possibilités de reconversion
Selon le profil des travailleurs, la reconversion peut s’avérer complexe. Jean-Luc Cardoso détaille les différents cas de figure pour les agents EDF :
« Le plus simple, c’est un salarié de la production nucléaire, mobile, qui trouve un poste équivalent dans une autre centrale. Mais les agents ne sont habilités à intervenir que dans leur domaine d’expertise. Par exemple, un technicien chaudronnier ne pourra être employé à des travaux mécaniques qu’après une reconversion. D’autres choisissent de repartir de zéro car leurs compétences ne correspondent pas à leur nouvelle affectation. »
Ancien agent EDF, Christophe Huyghe a travaillé à la centrale de Fessenheim de 2008 à 2018. Aujourd’hui retraité, il suit de près la reconversion, souvent réussie, de ses anciens collègues :
« Certains ont déjà quitté Fessenheim pour Gravelines, Chinon ou Golfech (trois autres centrales nucléaires en France, ndlr). L’avantage d’une grosse boîte comme EDF, c’est que si la boutique ferme, vous ne perdez pas votre emploi du jour au lendemain. Quand on mute, c’est rarement de gaieté de coeur, mais l’entreprise s’assure que ça se passe bien. Le déménagement est payé et on reçoit une prime d’installation équivalente à un mois de salaire. »
Pour les sous-traitants, une cellule d’accompagnement personnalisé (CAP) a été lancée par EDF et Altedia, un cabinet de conseils. La CAP propose des cours de mise à niveau, de langues étrangères, prépare à la VAE (une certification d’expérience), aide à la constitution de CV et met en relation les candidats à l’embauche avec des entreprises. En 2019, 166 salariés ont bénéficié de 500 entretiens de reconversion.
La centrale nucléaire de Fessenheim est située à 30km de Mulhouse, Colmar et Fribourg (photo Pascal Bastien / Divergence)Photo : Pascal Bastien / Rue89 Strasbourg
Même si les salariés sont aidés par leur entreprise et les collectivités territoriales, Jean-Luc Cardoso souligne les implications d’une mutation :
« Depuis cinq ans, tous les agents ont été prévenus à l’embauche de la possibilité d’être muté. Malgré ce risque, ces employés ont bien dû vivre, construire des maisons, contracter des crédits… Ils sont devenus indispensables pour leur famille et s’occupent souvent de parents ou grands-parents avec des difficultés motrices. Un départ ne se décide pas à la légère. »
Après la centrale, redynamiser le territoire
Amputé de ce poumon économique, le département doit conquérir de nouveaux investisseurs. L’État a promis de verser 32 millions d’euros aux collectivités locales sur dix ans. Selon l’article 79 de la loi de Finances de 2019, trois mécanismes permettront une compensation intégrale des pertes de recettes fiscales jusqu’en 2023, puis de façon dégressive jusqu’en 2031.
« L’État a le devoir de ne pas oublier Fessenheim. Il doit nous accompagner pour compenser les conséquences de cette fermeture, et notamment les pertes de milliers d’emplois. L’État n’a d’autre choix que de prendre en considération toutes ces vies chamboulées : celles des salariés, des sous-traitants, des commerçants, des familles… »
Brigitte Klinkert, ex-présidente du Haut-Rhin, lors d’une conférence de presse le 30 juin
La communauté de communes du Pays Rhin-Brisach (CCPRB) travaille sur EcoRhena, un parc industriel de 80 hectares dédié aux entreprises. Elle prévoit d’étendre le port Rhénan et de rénover l’aménagement vieillissant de l’Île du Rhin, une opération de renaturation écologique orchestrée par EDF. En septembre, la CCPRB organisera un salon de l’emploi pour faire se rencontrer les candidats avec les 1 000 entreprises du territoire. Gilles Xerri, responsable du développement des entreprises à la CCPRB, présente le projet Art’Rhena :
« Pour attirer de nouveaux habitants, on enrichit la vie culturelle. À l’été 2021, le centre culturel franco-allemand Art’Rhena accueillera public et artistes avec sa propre programmation musicale, ses spectacles et ses résidences. »
Un technocentre et des panneaux solaires
Plusieurs projets sont envisagés pour remplacer la centrale nucléaire. D’abord, un technocentre EDF dédié à la décontamination des métaux faiblement radioactifs, annoncé le 21 février par Élisabeth Borne, alors ministre de la Transition écologique et solidaire. S’il est lancé en 2025, le chantier « pourrait fournir jusqu’à 150 emplois directs » selon la communication d’EDF.
Autre option : des installations photovoltaïques. « Le gouvernement ambitionne 300 MW de capacités solaires sur des terrains à quelques kilomètres de la centrale », précise EDF. Le nombre de salariés requis n’a pas encore été chiffré. « De la poudre aux yeux », surenchérit Jean-Luc Cardoso :
« Les panneaux solaires ne règlent ni la question de l’emploi, ni de l’énergie, ni de l’environnement. Les métaux rares viennent de Chine, il faut les transporter jusqu’ici et leur temps de vie est limité à une trentaine d’années. La perte d’énergie produite sera considérable. On sollicitera peut-être 10 agents pour leur installation, et moins encore pour leur maintenance. Même si ça montait à 40 emplois, ce serait presque 100 fois moins que tous ceux perdus à cause de la fermeture de la centrale. »
« Aucune perte d’emploi » selon la ministre de la Transition écologique
« On s’est assuré auprès d’EDF que tous les salariés de la centrale retrouveront un emploi dans le groupe. Il n’y aura aucune perte d’emploi ». Telle était la promesse d’Élisabeth Borne le 19 février au micro de RMC, soit deux jours avant l’arrêt du réacteur n°1. Cinq mois plus tard, Jean-Luc Cardoso considère l’action du gouvernement « insuffisante, surtout au regard de son engagement » :
« Les politiques veulent avant tout se donner bonne conscience. Un démantèlement exemplaire ? On va supprimer 4 000 emplois ! À Fessenheim, le taux de chômage est globalement peu élevé (8,6% en 2016, ndlr) mais ailleurs, une telle fermeture serait encore plus catastrophique. Beaucoup de familles vont quitter la région, donc on viendra nous expliquer que le taux de chômage n’a pas augmenté. Les chiffres seront tronqués. »
Pour le référent CGT, « l’après Fessenheim » ne verra pas le jour avant plusieurs décennies : « Le démantèlement ne sera pas aussi facile qu’annoncé. Regardez la centrale de Brennilis, arrêtée en 1985 et toujours pas déconstruite. À Fessenheim, je mise plutôt sur 2050. »
De vendredi soir à samedi matin, des militants écologistes ont occupé le terrain d’un futur entrepôt géant, destiné au commerce en ligne à Ensisheim. Ils s’opposent au modèle du commerce international pratiqué par les sociétés comme Amazon, suspecté d’être le futur exploitant de cette infrastructure.
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8 août 2020, 11h45
Fin de ce compte-rendu en direct. Merci à tous de l’avoir suivi. Rue89 Strasbourg est un média indépendant, si vous appréciez notre travail, soutenez-nous avec un abonnement à 5€ par mois.
Le site a été entièrement évacué. Les militants espèrent que cette action aura permis de mettre en lumière les enjeux et les conséquences du commerce en ligne. D’autres regrettent qu’elle s’achève si rapidement, mais il était très compliqué de maintenir une occupation sous cette chaleur étouffante.
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8 août 2020, 11h39
Quelques militants sont encore présents sur le terrain.
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8 août 2020, 11h38
Les travaux ont déjà débuté sur le terrain Photo : TV / Rue89 Strasbourg
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8 août 2020, 11h14
Derniers échanges près de la sortie du site Photo : TV / Rue89 Strasbourg
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8 août 2020, 10h59
Christophe Strum, adjoint au maire d’Ensisheim, demande aux militants de quitter le site. Entré en discussion avec les militants écologistes, il invoque la primauté du développement économique sur les impératifs environnementaux, ce à quoi les militants répondent que le développement du commerce en ligne détruit des emplois de proximité.
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8 août 2020, 10h57
Christophe Strum, adjoint au maire d’Ensisheim est arrivé sur place pour rencontrer les militants Photo : TV / Rue89 Strasbourg
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8 août 2020, 10h52
Des travaux de terrassement et d’archéologie préventive ont eu lieu sur une partie du site, mais la zone concernée était auparavant des champs. Photo : TV / Rue89 Strasbourg
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8 août 2020, 10h47
Dans un communiqué envoyé ce matin, Extinction Rebellion détaille les objectifs de l’occupation de ce matin :
« Nous dénonçons l’aveuglement des entreprises qui contribuent à rendre notre environnement invivable et menacent nos vies. Nous dénonçons l’hypocrisie du gouvernement qui laisse se développer de tels projets mortifères sur le plan social et environnemental malgré ses déclarations et les dernières élections qui nous ont prouvé la volonté de changement des électeurs.
Comment tolérer de nouveaux projets qui vont fortement augmenter le trafic routier et de pair la pollution atmosphérique ? En effet, sur ce site ne circuleront pas moins de 5 500 camions par jour.
Bien que le géant du e-commerce promette 1 000 postes à pourvoir, un emploi précaire créé chez Amazon induit la perte de 2,2 emplois de proximité. »
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8 août 2020, 10h42
L’Assemblée populaire sur les impacts du commerce en ligne, souhaitée par les écologistes, n’aura pas finalement pas lieu Photo : TV / Rue89 Strasbourg
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8 août 2020, 10h40
La trentaine de militants écologistes est composée d’une moitié d’Extinction Rebellion (Strasbourg et Colmar), le reste provenant d’autres organisations (Chaudron des alternatives, Alternatiba et des anti-GCO).
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8 août 2020, 10h38
Les militants remballent leurs banderoles.
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8 août 2020, 10h33
Une seconde personne placée en hauteur est évacuée.
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8 août 2020, 10h32
Les militants placés en hauteur sont également évacués. Ils descendent d’eux-mêmes.
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8 août 2020, 10h31
Les gendarmes ont entrepris de démonter la tente installée par les militants.
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8 août 2020, 10h29
Deux structures ont été installées avec des militants placés à 2 mètres de hauteur, pour rendre l’évacuation plus difficile (Photos TV / Rue89 Strasbourg)
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8 août 2020, 10h23
Trois militants sont préposés aux « négociations » avec les gendarmes Photo : TV / Rue89 Strasbourg
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8 août 2020, 10h21
Les gendarmes attendent des renforts. Photo : TV / Rue89 Strasbourg
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8 août 2020, 10h19
Selon les gendarmes, cette occupation doit avoir pris fin à 10h30.
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8 août 2020, 10h18
Face à face détendu entre gendarmes et occupants Photo : TV / Rue89 Strasbourg
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8 août 2020, 10h11
Une dizaine de gendarmes sont désormais présents sur le site, face à environ une trentaine de militants. Les gendarmes ont demandé aux militants d’évacuer les lieux, ce que ces derniers refusent. Ils ont demandé à voir le maire d’Ensisheim.
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8 août 2020, 9h58
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8 août 2020, 9h57
Voilà la tente sous laquelle se déroule « l’assemblée populaire », le site de construction de l’entrepôt est juste derrière Photo : TV / Rue89 Strasbourg
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8 août 2020, 9h53
Les travaux de terrassement ont déjà commencé sur le terrain
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8 août 2020, 9h32
Les militants veulent tenir une « assemblée populaire » afin que soient discutées les options d’usage de ce terrain. Ils y dénoncent une artificialisation des sols et les conditions sociales dans les entrepôts d’Amazon.
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8 août 2020, 9h30
Les militants écologistes ont installé une tente Photo : TV / Rue89 Strasbourg
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8 août 2020, 9h30
Des gendarmes sont arrivés sur le site et ont demandé aux militants d’évacuer le site.
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8 août 2020, 9h00
Début de l’occupation (vidéo en direct par Thibaut Vetter)
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8 août 2020, 6h00
« On ne les laissera pas faire aussi facilement, » assurait Camille (prénom modifié) quelques jours avant l’opération. Dès la soirée de vendredi 7 août, des militants écologistes ont investi un terrain à Ensisheim, au nord de Mulhouse. L’objectif : occuper les lieux de cette infrastructure pour sensibiliser sur les impacts du commerce en ligne.
Sur une zone de 15,7 hectares, la société Eurovia Project 16, filiale du groupe luxembourgeois Logistics Capital Partners (LCP), prévoit de construire un entrepôt de 189 652 mètre carrés. Elle louera ensuite l’entrepôt à un exploitant.
L’entrepôt tel qu’il est prévu dans le dossier d’enquête publique.
Pour le moment, Amazon France dit n’avoir « rien a annoncer près de Mulhouse. » Les militants suspectent tout de même la société de Jeff Bezos qui avait déjà fait respecter des clauses de confidentialité à des élus de Metz avant l’implantation d’un centre logistique en 2019. Pour Camille, Amazon ou une autre société, « ça ne change rien » :
« De toute façon, c’est le même principe qui vise à faire du commerce international à outrance, c’est tout l’inverse de l’échelle locale qui est prônée par les autorités. On sait que ce modèle est nocif, que c’est exactement ce qu’il ne faut pas faire. »
Les relevés sont très clairs : le climat se réchauffe et à Strasbourg particulièrement, le nombre de « journées chaudes » annuelles augmente à un rythme plus élevé chaque année.
Selon Météo France, il faut s’attendre à ce que les journées de canicule soient de plus en plus nombreuses lors des étés strasbourgeois.
Climatologue à la direction Nord-Est de Météo France, Sophie Roy est plutôt directe :
« Dans nos relevés, une “journée chaude” est une journée dont la température maximale atteint 25°C. Strasbourg accueille 5 “journées chaudes” supplémentaires tous les dix ans. La moyenne était de 43 journées en 1950, nous en avons eu 84 en 2019 et 107 en 2018 ! Le réchauffement climatique va continuer, quoiqu’il arrive jusqu’à 2050. Il vaut mieux s’y préparer. »
2019, « année chaude »
Sophie Roy pilote, pour Météo France, le programme Clim’Ability, une série d’études et d’actions au niveau du Rhin supérieur pour aider les entreprises à s’adapter au réchauffement climatique :
« Il y a trois axes de travail, de l’innovation aux bonnes pratiques, en passant par la sensibilisation et les mesures. Les entreprises peuvent réaliser des “diagnostics” en ligne pour analyser l’impact du réchauffement sur leur activité et s’y préparer. »
Le bilan climatique de Météo France a classé l’année 2019 en « année chaude » avec une température moyenne de 13,7 °C, dépassant la normale de 1,1 °C. Cette année présente un caractère exceptionnel, car elle se positionne au 3e rang des années les plus chaudes depuis 1947, derrière le record de 2018 (13,9 °C) et 2014 (13,8 °C). Dans le Grand Est, la température moyenne annuelle a été de 11,3 °C, soit 1,2 °C au-dessus de la normale.
Record battu pour la température maximale
En 2019, la station de Strasbourg-Entzheim a enregistré 84 journées chaudes (température maximale quotidienne supérieure ou égale à 25 °C). L’année écoulée se place au 4e rang des valeurs les plus élevées, après 2018 (107 jours), 2003 (104 jours) et 1947 (88 jours).
Avec 38,8 °C enregistrés le 30 juin 2019 à Strasbourg-Entzheim, le record absolu de température maximale a été battu, le dernier record datant du 7 août 2015 avec 38,7 °C.
Même en plein hiver, les 26 et 27 février 2019 ont été exceptionnellement chauds, avec des maximales supérieures à 20 °C, qui ont pu faire croire aux Strasbourgeois qu’ils étaient en mai. Inversement, 2019 a aussi été l’année d’un record de froid du 4 au 7 mai, avec des températures minimales de 5 à 7 °C en dessous des valeurs statistiques et des maximales inférieures de 3 à 7 °C à la normale.