Enquêtes et actualité à Strasbourg et Eurométropole

Mobilisation pour une famille angolaise de Strasbourg placée en centre de rétention

Mobilisation pour une famille angolaise de Strasbourg placée en centre de rétention

La famille Muatepeta vivait sans papier à Strasbourg depuis mai 2019. Les enfants d’Ana y étaient scolarisés. Ils ont été arrêtés à l’aéroport de Entzheim le mardi 28 janvier pour être expulsés au Portugal, leur pays d’entrée en Union Européenne. Des proches se mobilisent pour l’aider à sortir du Centre de rétention admninistratif de Mesnil-Amelot.

La famille Muatepeta, d’origine angolaise, vivait en France depuis mai 2019. Mais Ana, la mère, et ses 3 enfants ont été sommés de suivre la procédure de Dublin en juillet 2019. Ils devaient donc retourner au Portugal, leur pays d’entrée en Europe, pour y déposer leur demande d’asile. Mardi 28 janvier, la famille angolaise a été arrêtée à l’aéroport d’Entzheim pour être envoyée à Paris. Ils ont été placés en centre de rétention administratif (CRA) de Mesnil-Amelot 2 (Seine-et-Marne).

Mobilisation dans l’entourage de la famille

Le troisième enfant d’Ana est né en France, il venait tout juste d’avoir 8 mois en janvier. Les enfants étaient scolarisés à Strasbourg depuis septembre 2019. Diego, l’aîné, était en classe de primo-arrivants au collège Louise Weiss au Neudorf et le benjamin, Crespo, allait à l’école primaire du Ziegelwasser.

Delphine Bernard, vice-présidente de l’association Sing’n Joy, a vu Crespo fréquenter sa chorale gospel. Touchée par le sort du petit de 6 ans, elle affirme vouloir saisir le Défenseur des droits : « Ce petit garçon a donné de la voix dans notre choeur et il a rempli nos cœurs de ses sourires. Nous voulons qu’il puisse revenir chanter à nouveau. »

La famille Muatepeta à Noël Photo : Estelle Nothoff

Pétition et cagnotte de soutien

Après 48 heures passées en centre de rétention administratif, le juge des libertés et de la détention devait décider si la famille Muatepeta pouvait retourner à Strasbourg, en restant assignée à résidence. Lors d’une audience du jeudi 30 janvier, il a été décidé qu’Ana et ses enfants resteraient en CRA le temps de son expulsion vers le Portugal. « Elle n’avait pas d’avocat puisque ces derniers sont en grève contre la réforme des retraites », regrette Delphine Bernard.

Depuis son arrivée dans le centre de rétention le 29 janvier, Ana n’a plus accès à son téléphone portable. Une pétition a été lancée pour alerter sur la situation de cette famille. Une cagnotte a été également été mise en ligne pour récolter des fonds destinés aux frais d’avocat, car Ana a fait appel de la décision du juge. Ce dernier a désormais 48 heures pour statuer.

À découvrir, l’électro-jazz poétique et planant d’Haqibatt

À découvrir, l’électro-jazz poétique et planant d’Haqibatt

Onirique, électro, précis et barré, c’est l’univers d’Haqibatt, un duo prometteur d’electro-jazz récemment formé à Strasbourg. À découvrir en concert samedi 1er et 15 février à Strasbourg.

Haqibatt, c’est d’abord une rencontre entre Selma Doyen, toute jeune percussionniste formée aux Percussions de Strasbourg et Christophe Piquet, bassiste déjà plus vétéran que les Strasbourgeois ont déjà pu voir à l’oeuvre dans les groupes Vaudou Joséphine ou Odonata.

Comment un duo d’une percussionniste et d’un bassiste peut fonctionner ? Quand la percussionniste se met aux claviers ! Équipée d’un sampler, Selma Doyen se révèle une compositrice innovante, inspirée et pointilleuse.

Selma Doyen et Christophe, le duo aux commandes d'Haqibatt (Photo Alicia Gardès / doc remis)
Selma Doyen et Christophe Piquet, le duo aux commandes d’Haqibatt Photo : Alicia Gardès / doc remis

C’est l’histoire de deux poissons…

Nourrie à la funk, au groove et au jazz, elle propose une balade onirique et entraînante, au gré des pérégrinations de Bob et Yoyo, deux petits poissons partis à l’aventure sur la Lune. Les basses et les arrangements de Christophe Piquet dynamisent les compositions sans les surcharger. Le résultat, c’est un premier EP millimétré, maîtrisé, doté d’une forte puissance évocatrice et poétique.

Cette précision n’a pas échappé aux amateurs et aux observateurs de la scène musicale. À peine créé, Haqibatt est déjà lancé sur les tremplins régionaux. Le duo a été programmé au Off du festival Au Grès du Jazz cet été et a participé à la finale des découvertes du festival Nancy Jazz Pulsations.

https://youtu.be/XDPljsc7mjE
Un patchwork des morceaux du premier EP (vidéo Selma Doyen / YouTube)

Entièrement auto-produit, cet EP de 4 titres permet à Selma Doyen et Christophe Piquet sinon de décrocher la Lune, d’indiquer à tout le monde que le duo est prêt pour les étoiles.

#Haqibatt

693 000€ pour des locataires d’Habitation moderne suite à une mauvaise facturation du chauffage

693 000€ pour des locataires d’Habitation moderne suite à une mauvaise facturation du chauffage

Le ministère de la Transition écologique a demandé au bailleur social Habitation moderne de revoir sa tarification des charges de chauffage depuis 2016. Les tarifs en vigueur ne correspondaient pas à la réglementation.

Plus de 3 000 locataires d’Habitation moderne vont recevoir de l’argent. Très précisément, 3 393 des habitants du bailleur social vont se partager 693 000 euros, soit 204,24 euros en moyenne. La faute à une mauvaise facturation du chauffage dans une partie de ses 10 271 logements bas-rhinois depuis 2016.

Le bailleur aurait pu demander une régularisation à ceux qui ont bénéficié d’un trop-perçu, mais il « confirme son engagement social » en ne réclamant pas les sommes, a-t-il expliqué dans un communiqué. Une manière aussi de faire revenir une forme de paix sociale, après une fronde des quatre associations de résidents et des locataires lorsque ces derniers ont dû payer le rappel de charges mi-2019.

Des logements équipés à moitié

Que s’est-il passé ? Depuis la loi de 2015 sur la transition énergétique, les bailleurs sociaux peuvent facturer le chauffage réellement consommé. Objectif : responsabiliser les locataires et réduire la dépense. Si Habitation moderne a bien équipé les radiateurs de répartiteurs – un « mouchard » dit-on parfois dans le jargon – le bailleur n’a pas toujours installé de robinet thermostatique qui permet aux habitants d’augmenter ou baisser la température.

Ainsi, en attendant d’être en conformité avec le code de l’Énergie (voir ici et ), le bailleur se doit d’appliquer l’ancienne tarification, calculée sur la surface des appartements. C’est la réponse qu’a formulé le ministère de la transition écologique sur ce sujet. Le bailleur l’avait sollicité pour des éclaircissements sur ce dossier qui le mine depuis plusieurs années.

En 2017, Habitation moderne avait appelé auprès de ses locataires 15,25 millions d’euros de charges prévisionnelles, alors que la consommation finale s’était établie à 14,40 millions. Il a donc rendu de l’argent à la mi-2018 aux personnes concernées.

Mais l’année suivante, le bailleur social avait baissé ses appels provisionnels à 14,79 millions, alors que la facture, notamment suite à un hiver plus rigoureux, avait grimpé à 15,13 millions.

radiateur
Se faire facturer sa consommation réelle, mais ne pas pouvoir changer sa consommation ? Pas possible dit le Ministère Photo : visual hunt / 1.0

Les associations satisfaites

Colin Riegger, secrétaire du syndicat de locataires CSF, s’est exprimé au nom de l’intersyndicale CSF, CNL et CLCV pour dénoncer une situation résultant d’un manque d’écoute de la part du bailleur :

« Depuis plusieurs années, nous avons interpellé face à cette facturation aventureuse et la sous-évaluation des charges appelées qui mettent les locataires dans des situations financières difficiles lors du rattrapage. Face à la fin de non-recevoir reçue en octobre 2019, nous sommes montés au créneau avec une interpellation écrite des présidents en sommant le bailleur de régulariser la situation. Il s’est ensuite tourné vers le ministère. Cette réponse permet un apaisement de la situation. Néanmoins, elle n’est pas complètement satisfaisante, puisque ce sera autant d’argent en moins pour le bailleur et donc pour la réhabilitation des logements. Si les associations avaient été plus écoutées dès le début, il y aurait eu une bonne facturation chaque année. »

Arrivée dans le paysage local des associations de locataires en 2014, Alis-Unli a également fait de la question des charges un de ses principaux combats. Elle avait remporté les élections réorganisées en octobre 2019 chez Habitation Moderne.

Le syndicat Alis conforté

Selon Marcel Wolff, membre d’Alis qui suit de près les questions des charges depuis des années, ce n’est qu’une « première victoire » :

« Alis avait demandé un moratoire sur ces rappels qui avait été refusé au conseil d’administration de décembre 2019. C’est un problème de fond, commun aux bailleurs sociaux. On remarque des disparités dans d’autres secteurs comme à l’Esplanade ou encore sur le prix du kilowattheure qui varie du simple au double entre Habitation Moderne et Ophéa (ex-Cus Habitat) alors qu’ils sont sous le même toit, avec la même direction. Il y a aussi le sujet de l’eau froide. Certaines de nos questions sont toujours en suspens. »

Habitation Moderne indique que l’ensemble des locataires concernés recevront un courrier avec les informations individuelles et les modalités de remboursement. La société d’économie mixte ajoute que d’ici la fin 2021, tous ses logements seront équipés d’un répartiteur.

#habitat social

Immeubles, prison et trafic : l’histoire de la Cité blanche, nom de la mixtape de Larry

Immeubles, prison et trafic : l’histoire de la Cité blanche, nom de la mixtape de Larry

La première mixtape du rappeur elsauvien Larry sort vendredi. Le titre, « Cité Blanche », fait référence au trafic de cocaïne dans le quartier de l’Elsau. Il rappelle aussi l’existence passée de trois immeubles à l’emplacement de la maison d’arrêt de Strasbourg. Rencontre avec Rosa, née dans la fameuse Cité blanche dans les années 70.

Jeudi 30 janvier, quartier de l’Elsau. Trois jeunes traînent au coin de la rue Watteau. Demain, la figure locale du rap sort sa mixtape « Cité Blanche ». « Ça fait longtemps qu’on parle de Cité blanche, ou de cité blanca, mais maintenant Larry a percé… », lâche l’un d’eux. Pour les jeunes dealers, le nouveau surnom du quartier contient une référence claire : « C’est à cause du trafic de coke ici », explique un autre. Et le rappeur ne s’en cache pas dans ses sons :

« C’est la Seleção, la cité blanca,
Tu vas saigner du nez si de la frappe, t’abuses. »

Larry – Question – Réponse

Armes blanches et petite ferme

La Cité blanche a pourtant existé bien avant Larry et l’apparition du trafic dans le quartier. Dans les années 1970, trois immeubles portaient ce nom. Habitante de l’Elsau, Rosa, 45 ans, y a vécu les six premières années de sa vie. La femme au foyer regrette la « très belle » cité blanche, ses immeubles de quatre étages et sa petite ferme gérée par « oncle Raymond » avec ses « poules, sa biquette et plein d’autres animaux. » Elle raconte avec nostalgie cette époque « conviviale, où l’on s’aidait les uns les autres, on mangeait des barbecues ensemble dehors… Ça manque maintenant. »

Pourquoi l’ensemble d’immeubles s’appelait-il Cité blanche ? Pour Rosa, le nom s’explique par la couleur des blocs de l’époque. Puis l’Elsauvienne invoque la présence de nombreux yéniches parmi les habitants des blocs :

« Il y avait pas mal d’armes blanches qui circulaient à l’époque, décrit la femme de 45 ans, certains habitants faisaient du porte à porte et proposaient d’aiguiser les couteaux des gens. »

La Cité blanche remplacée par une maison d’arrêt

En 1980, tout le monde doit quitter la Cité blanche. « Mes parents étaient énervés d’apprendre la destruction des immeubles par courrier, se souvient Rosa, on perdait notre maison, notre lieu à nous, notre heim (chez soi, en alsacien, ndlr). » Les habitants des trois immeubles ont-ils résisté à l’expulsion ? « Ma grand-mère a refusé de quitter son appartement, d’autres ont aussi essayé mais bon, la loi c’est la loi… »

Au début des années 80, la maison d’arrêt de l’Elsau a remplacé les trois immeubles de la Cité blanche. Photo : Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc

La maison d’arrêt de Strasbourg a remplacé la Cité blanche dans les années 1980. Les habitants du quartier ont toujours souffert de cette assimilation de l’Elsau à la prison. Le succès de Larry et le nom de sa mixtape détourne le regard de l’établissement carcéral… pour y regretter un autre problème elsauvien, le trafic et la toxicomanie :

« J’en connais des vrais gangs qui prennent d’la C
Ils me portaient petit quand j’les vois j’ai l’seum »

Larry – Abattue (Hors-Série #2)

Protection de l’enfance : une directrice des Apprentis d’Auteuil licenciée pour détournements

Protection de l’enfance : une directrice des Apprentis d’Auteuil licenciée pour détournements

La fondation d’Auteuil a licencié la directrice d’une Maison de l’enfance à caractère social à Strasbourg en décembre. Elle est soupçonnée d’avoir détourné plusieurs dizaines de milliers d’euros à des fins personnelles. Une plainte contre X pour « abus de confiance » a été déposée.

En décembre 2019, la fondation d’Auteuil a licencié pour faute grave la directrice de la Maison de l’enfance à caractère social (MECS) Saint-François d’Assise à Strasbourg. Elle est soupçonnée d’avoir détourné des fonds à des fins personnelles.

Anne Werey, responsable des Apprentis d’Auteuil au niveau du Grand Est, évoque à mots couverts une gestion administrative et financière problématique :

« Le contrôle de la gestion interne a révélé des dépenses qu’on ne devrait pas trouver dans une maison d’enfance. »

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#Apprentis d'Auteuil#MECS Saint-François d'Assises

Un nouveau squat d’hébergement et d’activités culturelles ouvre à Cronenbourg

Un nouveau squat d’hébergement et d’activités culturelles ouvre à Cronenbourg

Un collectif de sans-abris et de militants occupe une maison qui appartient à l’Eurométropole depuis la mi-janvier. L’objectif est d’en faire un lieu d’hébergement, mais aussi d’activités culturelles et écologiques.

Un bâtiment inoccupé depuis plusieurs années reprend vie au 43 route d’Oberhausbergen à Cronenbourg, à l’ouest de Strasbourg. Depuis le milieu du mois de janvier environ, selon les nuits, entre 5 et 10 squatteurs y dorment. Rue89 Strasbourg s’y est rendu le 21 janvier pour la première fois, et a constaté l’occupation par au minimum 5 personnes.

« On est trois à fréquenter l’endroit depuis septembre » d’après l’un des sans-abri. Fatigué, il témoigne :

« Le froid tape bien en ce moment, c’est épuisant de vivre dehors, on a décidé d’occuper de manière permanente. En tout, on pourra héberger environ 20 sans-abris assez rapidement. On vise plutôt des personnes isolées, qui ont plus de mal à obtenir des logements d’urgence en hiver. »

Les squatteurs se sont déjà bien appropriés certaines pièces de la maison. Photo : Thibault Vetter / Rue89 Strasbourg / cc

Un projet à plus petite échelle que l’Hôtel de la Rue

L’un des militants tient à préciser que le projet est d’une nature différente de l’Hôtel de la Rue, rue Gruber à Koenigshoffen, et du Bugatti à Eckbolsheim, deux squats ouverts cet été :

« On est sur un projet plus petit. L’idée c’est que les habitants puissent vraiment s’organiser en collectif et s’autogérer, ce qui n’est pas forcément possible avec des squats dans lesquels vivent 200 personnes. »

La maison présente trois niveaux. Il y a trois chambres au rez-de-chaussée, trois chambres au premier étage et un grand espace à côté d’une chambre au dernier niveau. Les deux premiers niveaux présentent chacun une ancienne cuisine. La maison compte pour le moment une seule salle de bain au rez-de-chaussée. À l’arrière du bâtiment, un jardin en friche s’étend sur 20 à 30 mètres.

Le bâtiment comporte deux potentielles cuisines. Photo : Thibault Vetter / Rue89 Strasbourg / cc
Dans le jardin, les squatteurs aimeraient cultiver des légumes. Photo : Thibault Vetter / Rue89 Strasbourg / cc

Faire du maraîchage dans le jardin

Le bâtiment inoccupé est la propriété de l’Eurométropole qui a porté plainte pour « occupation illicite » ce jeudi 30 janvier d’après Marie-Dominique Dreyssé (EELV), adjointe au maire de Strasbourg, en charge des « Solidarités » :

« La maison doit être démolie dans un délai que nous ne connaissons pas. Les démarches sont engagées au niveau juridique, nous verrons ce qu’il en est de l’évolution de la situation. »

Pour le moment, les squatteurs n’ont pas accès à l’eau ni à l’électricité, comme l’explique un militant :

« C’est le principal problème. On a déjà bien avancé dans le nettoyage et on va intensifier le chantier pour rendre le grenier habitable et accueillir plus de personnes. »

Il évoque ensuite l’avenir potentiel du lieu plus en détail :

« Outre l’hébergement, on veut aussi faire de l’accueil de jour, cuisiner pour faire des maraudes, mettre en place des projets culturels et même écologiques, en faisant notamment du maraîchage derrière la maison. »

#squat cronenbourg

Voir « La Cravate » et discuter de l’engagement en politique mercredi

Voir « La Cravate » et discuter de l’engagement en politique mercredi

Qu’est-ce qui motive l’engagement en politique et qu’est-ce qui en ressort ? Un film-documentaire raconte l’histoire de Bastien, qui a rejoint le Front national lors de la campagne de l’élection présidentielle de 2012. À voir lors d’une séance unique au cinéma Star, mercredi 5 février.

Film documentaire intime, poignant et rare, « La Cravate » est diffusé au cinéma Star mercredi 5 février à 20h lors d’une séance unique, en partenariat avec Rue89 Strasbourg.

Le pitch

Bastien a vingt ans et milite depuis cinq ans dans le principal parti d’extrême-droite. Quand débute la campagne présidentielle, il est invité par son supérieur à s’engager davantage. Initié à l’art d’endosser le costume des politiciens, il se prend à rêver d’une carrière, mais de vieux démons resurgissent…

La bande-annonce

Bande-annonce de La Cravate (vidéo Digital Ciné)

Le débat

À l’issue de la projection, débat avec :

    Philippe Breton, professeur émérite de l’Université de Strasbourg et politologue. Pierre France, journaliste à Rue89 Strasbourg.

Le concours

« Manger local, c’est difficile du jour au lendemain », deux Strasbourgeoises racontent leurs quotidiens

« Manger local, c’est difficile du jour au lendemain », deux Strasbourgeoises racontent leurs quotidiens

Consommer local au maximum est une pratique écologique difficile à mettre en pratique. Virée avec deux Strasbourgeoises, une étudiante et une retraitée, entre les courses, la cuisine et les autres achats.

« Avant je mangeais bio, puis un jour quand j’ai vu des échalotes qui venaient d’Amérique ça m’a fait réagir. Je me suis dit le petit sachet qui a parcouru des kilomètres pour venir à moi ce n’est pas normal. » Après cette découverte en 2018, Carine est devenue « locavore ». Être locavore, c’est consommer ce qui est produit à une faible distance de son domicile. Un mode de vie motivé par plusieurs raisons : réduire son impact écologique, soutenir l’économie locale et manger des produits réputés de bonne qualité.

Les adeptes de cette pratique existent aussi à Strasbourg. L’une d’elle est Carine, retraité de 68 ans qui se considère locavore « à 70% ». L’autre s’appelle Laura, elle a 22 ans et est locavore depuis 2019. Nous avons suivi ces deux femmes dans leur quotidien.

Carine dans son appartement. Photo : BB / Rue89 Strasbourg
Laura, après avoir fait ses courses à Kehl. Photo : BB / Rue89 Strasbourg

Les courses locavore, une histoire de budget

La vielle Twingo grise de Carine longe le parc de l’Orangerie lentement. Au bout de quelques minutes de trajet, les serres des « jardins de Marthe », à l’entrée de la Robertsau, apparaissent sur la gauche. Une minuscule boutique abrite les fruits et légumes que Carine vient acheter chaque semaine.

L’ancienne employé d’EDF aime cet endroit car « c’est pratique, c’est petit, à 5 minutes en voiture de chez moi et je n’ai pas de problème de stationnement. » Ici on trouve des fruits et légumes cultivés directement dans le quartier mais aussi ceux d’autres producteurs de la région. La plupart des produits sont bio, d’autres sont « moches ». Carine avoue qu’elle n’achète pas toujours que du local. Les oranges viennent d’Espagne mais « c’est pour la vitamine C. »

Des choux de Bruxelles « moche » issus de la région vendus moins chère pour éviter le gaspillage alimentaire. Photo : BB/ Rue89 Strasbourg

Épinards, carottes, salade, pommes et pommes de terre. Carine quitte l’échoppe au bout de dix minutes en ayant payé 15 euros pour ses courses de la semaine 100% local.

Carine qui fait ses courses au ‘jardin de Marthe’ Photo : BB/Rue89 Strasbourg

Carine ajoute qu’elle garde une voiture pour aller à sa maison de campagne dans les Vosges, vers la Petite Pierre. « Il y a un distributeur de produits locaux accessible 24h/24 avec des oeufs et des fruits et légumes. »

En Allemagne, des courses locales et pas chères

Laura n’a pas de voiture, elle l’a revendue en s’installant à Strasbourg il y a 3 ans. Dans le tram en direction de Kehl elle confie que « faire des courses locavore prend beaucoup de temps. » Sans compter le trajet, Laura passe en moyenne une heure en grande surface, pour trouver ce dont elle a besoin pour la semaine. Faire ses courses en Allemagne est devenu un rituel pour l’étudiante en master de l’enseignement qui a divisé par deux son budget d’alimentation. En France, pour deux personnes, elle dépensait 80 euros par semaine. En Allemagne, la facture passe à 40 euros.

Pierre et Laura au Lidl de Kehl. Photo : BB/ Rue89 Strasbourg

Avec son meilleur ami Pierre et son chariot de courses rouge, Laura se rend d’abord au Lidl. Après avoir regardé les trois paquets de champignons bio du rayon fruits et légumes, Laura en prend un, hésite, fait une grimace et le repose. « Les champignons sont de Hollande alors je ne les prends pas. » Elle repart avec une boîte d’œufs et des radis produits en Allemagne.

Des champignons bio de Hollande au Lidl Photo : BB/Rue89 Strasbourg

Les deux amis prennent alors la direction d’Edeka où il est plus facile de trouver des fruits et légumes d’origine française ou allemande selon Laura. Impressionné par le flair de son amie, Pierre l’interroge : « Comment tu fais pour trouver des produits locaux ici ? Ça me dépasse, j’ai tellement de choses à apprendre de toi. » Pierre est vegan mais pas locavore.

Quand il décide d’acheter des tomates, Laura lui dit « les tomates d’Espagne tu évites. » Elle explique avoir gardé un mauvais souvenir des cultures de tomates lorsqu’elle était en vacances en Espagne. « Près de là où je résidais, il y avait des agriculteurs sans protections qui pulvérisaient des pesticides sur les champs de tomates. Depuis que j’ai vu ça, je n’achète plus de tomates d’Espagne. »

Laura qui achètent des pommes issues du Baden-Würtemberg à Edeka Photo : BB / Rue89 Strasbourg

Un repas presque locavore

L’appartement de Carine est sombre, elle n’allume pas la lumière tant qu’il ne fait pas nuit. Arrivée dans la cuisine, elle allume « pour qu’on puisse voir ce qu’on cuisine même si c’est pas très écolo. » Réaliser un plat entièrement locavore n’est pas si simple, même si il s’agit d’une soupe. « Pour mon potage, j’utilise du poireau, des pommes de terres, des carottes et des échalotes d’Alsace. » Même si il n’est plus question d’acheter des échalotes qui viennent de loin, Carine peine à trouver une huile locale. « Je fais revenir les échalotes dans de l’huile d’olive qui n’est pas locale. C’est difficile d’être totalement locavore. »

Carine entrain de couper des poireaux pour sa soupe Photo : BB/ Rue89 Strasbourg

Les restaurants, en retard sur le locavorisme

Les restaurants locavores à Strasbourg se comptent sur les doigts d’une main. Laura scrute en détail les ingrédients proposés à la carte :

« Avant j’allais au Troquet des Kneckes, ils faisaient un tiramisu au nut’alsace (pate à tartiné fabriqué par le chocolatier Jacques Boeckel) mais maintenant ils l’ont remplacé par du Nutella. Alors moi et mon copain, on a dit qu’on ne reviendrait plus. Ils l’ont pas pris au sérieux mais ça l’était. »

Malgré cette déception, elle conseille vivement les tartes flambées locavores de Mama Bubbele. « C’est vrai que ça coûte plus cher (à partir de 10€, ndlr) qu’une tarte flambée classique, mais j’y vais pas souvent, alors ça va. »

Carine non plus ne va pas au restaurant très souvent. Quand elle le fait, c’est souvent pour manger son repas préféré, la choucroute. En ce début d’année, une offre « un menu acheté, un menu offert » de la maison Kammerzell est justement l’occasion d’en manger sans se ruiner. Au restaurant, la clientèle est âgée, les tables sont bondées. Carine est venue avec son amie Sylviane, elle aussi locavore, pour manger une choucroute aux trois poissons, qui ne viennent pas tous d’Alsace. Sylviane explique qu’elle ne peut pas manger uniquement local, car elle adore le poisson.

Carine et Sylviane à la maison Kammerzell Photo : BB/ Rue89 Strasbourg

Consommer local c’est bien mais pas suffisant

Le mode de vie de Carine et Laura va de pair avec d’autres efforts, comme les achats de vêtements ou la limitation des déchets. Laura possède un seau à compost que son copain va déposer au bac de quartier tous les samedis, pendant qu’elle a cours.

Les travaux des chercheurs américains Christopher Weber et Scott Matthews prouvent que manger uniquement local n’est pas la meilleure des solutions pour réduire son empreinte carbone. Ils affirment que, substituer un jour par semaine du poulet ou un aliment à base de plantes à la viande de bœuf, permet de réduire l’empreinte carbone d’une personne plus que le fait d’être totalement locavore. Carine et Laura l’ont bien compris c’est pourquoi l’une est « flexitarienne » (elle mange de la viande environ deux fois par semaine) et l’autre est végétarienne.

Consommer des produits de saison est une autre manière de réduire son empreinte carbone. La chercheuse Almudena Hospido prend l’exemple de la culture de tomates en Suède pour expliquer l’impact écologique de la production locale de produits qui ne sont pas de saison. Produire des tomates sous serre en Suède utilise 10 fois plus d’énergie que de les importer d’Europe du Sud, où ils poussent naturellement. De quoi conforter Carine quand elle déguste quelques oranges d’Espagne.

Municipales : Ce que révèle la liste d’Alain Fontanel (LREM)

Municipales : Ce que révèle la liste d’Alain Fontanel (LREM)

« La Ville heureuse pour tous » est la première liste à communiquer l’ordre de ses candidats. Voici la tonalité qu’aurait cette équipe dans l’opposition ou aux commandes.

Comme pour les écologistes, l’actuel premier adjoint au maire et tête de liste Alain Fontanel (LREM) fait partie de ceux qui n’ont pas de mal à trouver des colistiers. Reste à contenter (ou pas) les ambitions de chacun, le tout en respectant la parité homme-femme, les équilibres entre quartiers, de générations, de professions, d’élus sortants et de renouveau. Bref, l’ordonnancement d’une liste est « le premier acte d’autorité du futur maire », dixit le prétendant.

Pour décrypter une liste, il faut regarder deux catégories : les premiers candidats « éligibles » en cas de défaite, amenés à siéger 6 ans dans l’opposition. Puis, viennent ceux qui ne pourront être élus qu’en cas de victoire, jusqu’à la 45ème place environ.

Les 51 premiers colistiers d’Alain Fontanel Photo : PF / Rue89 Strasbourg

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« La vitesse ne nous facilite pas la vie »

« La vitesse ne nous facilite pas la vie »

Professeur de philosophie à Strasbourg, Stéphane Clerjaud s’interroge sur les paradoxes d’une société qui érige la vitesse en vertu. Il livrera son analyse à l’occasion de « La philo hors ses murs » qui se tiendra du vendredi 31 janvier au dimanche 2 février.

« Notre modernité érige la vitesse en vertu et les moyens d’aller et de faire plus vite en bienfaits. Nos capacités physiques étant limitées, nous nous entourons d’objets techniques qui, au gré de leurs perfectionnements, nous donnent un accès de plus en plus rapide à ce que nous cherchons à obtenir. Nous croyons ainsi — et un certain nombre de nos expériences nous le confirment — que tout ce qui va plus vite nous procure un gain net de temps.

Consacrons-nous moins de temps à nous déplacer ?

Ce temps ainsi libéré, nous pouvons le consacrer soit à des choses qui nous intéressent davantage, soit à nous reposer et/ou vivre plus lentement. Or, consacrons-nous moins de temps à nous déplacer ? Le rythme de nos vies tend-il à ralentir ? Notre temps de travail se réduit-il ? Il semble bien plutôt que nous sommes nombreux, et même la grande majorité, à être pris dans un processus d’accélération généralisée, que nous en souffrons, et que parfois certains d’entre nous n’en peuvent plus, saturent et s’effondrent.

C’est un paradoxe profond et terriblement complexe. Mais la philosophie est friande de ce genre de paradoxes ; elle y trouve sa nourriture, son aiguillon. Elle peut aider à rendre les choses plus claires, à inspirer de nouvelles conduites ou à justifier plus fortement encore des stratégies de résistance.

Il s’agit ici de passer par un examen de la technique en général et de l’objet technique en particulier, en s’aidant des contributions de la sociologie, de l’économie, de l’histoire et de l’anthropologie. Voici quelques outils de compréhension illustrés par des exemples courants.

La contre-productivité cachée des objets

Pour juger de la valeur d’un objet technique, nous avons tendance à ne considérer que le versant de son exécution. Ce versant peut présenter des résultats spectaculaires. Mais qu’en est-il en coulisses ? A-t-on conscience de l’énergie consommée par l’objet en question ? Du travail nécessaire pour l’acquisition et la maintenance de cet objet ?

Dès les années 70, Jean-Pierre Dupuy et Ivan Illich ont mis en évidence l’évolution contre-productive de certains objets techniques et de certains dispositifs institutionnels de dimension industrielle (tels que l’École et l’Hôpital).

La voiture va moins vite que la bicyclette

Intéressons-nous à la voiture. Elle permet, certes, d’aller plus vite que la marche à pied, la bicyclette ou les moyens de transport urbain. Mais il en va ainsi seulement si l’on ne tient compte que du temps effectif de son utilisation. Si l’on y ajoute tout le temps de travail nécessaire pour l’achat du véhicule, les frais de carburant, de parking, d’entretien divers, on obtient un temps global qui fait diminuer drastiquement la vitesse moyenne. En vitesse généralisée, la voiture se situe entre la marche à pied et la bicyclette. Le gain qu’elle procure d’un côté est donc annulé par tout ce qu’elle exige de l’autre. C’est un cas typique de contre-productivité.

Des calculs plus récents (exposés par l’économiste lillois Frédéric Héran) ont nuancé ces résultats. En milieu urbain cependant, il est clairement établi que le meilleur rendement est obtenu par la bicyclette.

Le paradoxe de Jevons ou l’effet-rebond

Lorsqu’un moyen technique permet d’accomplir plus rapidement quelque chose, permet-il vraiment de diminuer le temps devant lui être consacré ? Indépendamment des questions de contre-productivité, la réponse est : oui, si les besoins demeurent les mêmes.

Mais c’est méconnaître un phénomène pourtant ordinaire : notre rapport à l’objet technique n’est pas unidirectionnel. Si nous lui assignons les fins qu’il est censé servir, il n’est pas pour autant un moyen neutre et docile : il suggère lui-même des fins auxquelles on n’aurait pas songé si on ne l’avait pas connu, surtout s’il est comparé à un prédécesseur jugé moins performant.

William Jevons est un économiste britannique. Au milieu du XIXe siècle, il s’est penché sur les évolutions de la machine à vapeur. On avait alors déjà réussi, au bout de quelques décennies, à diminuer leur consommation en charbon. Ces économies d’énergie étaient significatives. Pourtant, on n’a pas observé une diminution globale de la consommation de charbon : ce fut même tout le contraire. Les machines étant moins coûteuses en énergie, on en a utilisé davantage et on a fait en sorte qu’elles soient plus puissantes.

Depuis l’e-mail, plus de temps consacré au courrier

Examinons aujourd’hui les effets de la transition du courrier-papier vers le courrier électronique. Celui-ci se caractérise par sa rapidité de rédaction et l’acheminement instantané vers son destinataire. On n’a plus à aller poster la lettre après l’avoir affranchie, à attendre que le destinataire la réceptionne, qu’il réponde, que l’on réceptionne sa réponse, etc.

Dans le meilleur des cas, cela représentait deux jours. Gagne-t-on vraiment du temps avec le courriel ? On peut en douter, car s’il est plus facile d’en envoyer, personne ne s’en prive et c’est la saturation. Il semble bien qu’on ne passe pas moins de temps à s’occuper du courrier, au travail comme en privé, mais davantage.

À qui profite la vitesse ?

À partir de ces quelques éléments, on peut esquisser une méthode pour l’examen des objets techniques qui nous entourent et dont nous nous servons, en portant notre attention sur les facteurs suivants :

    Les effets directs procurés par l’utilisation de l’objet ; Les effets de transformation induits par l’utilisation de l’objet sur les attentes et dispositions de ceux qui l’utilisent. Ayons un peu de compassion pour l’amoureux ou l’amoureuse accrochée à son mobile, désespérée de ne pas avoir de réponse à son texto depuis cinq minutes ; La distinction entre ceux qui emploient ces objets parce qu’ils le désirent, ceux qui les emploient parce qu’ils sont tenus de le faire (sur leur lieu de travail par exemple) et ceux qui aimeraient bien s’en passer mais qui n’ont pas le choix. Par exemple, les résidents de communes extra-urbaines au foncier plus abordable, mais insuffisamment voire non desservies par des transports collectifs.

Comme on vient de le voir, il est loin d’être sûr que la vitesse profite à tout le monde. Alors, pourquoi une telle promotion de la vitesse ? Pourquoi, si elle s’avère bien souvent aussi coûteuse, en temps ou en énergie ? À qui profite la vitesse ? Ces questions seront approfondies lors de la conférence de clôture de « La philo hors ses murs », dimanche 2 février.

« Je suis souvent à la limite de l’endormissement », des conducteurs CTS épuisés témoignent

« Je suis souvent à la limite de l’endormissement », des conducteurs CTS épuisés témoignent

Des chauffeurs de bus et de tram se disent épuisés par leurs horaires très irréguliers et la cadence imposée lors des services. En 2015, 36% des chauffeurs de tram affirmaient s’être déjà endormis en conduisant. Selon le syndicat majoritaire Unsa, les conditions de travail se dégradent depuis 15 ans. Témoignages.

« La direction nous demande de vivre pour notre job. On est des pions qu’on balance où on veut, quand on veut. » Christian (son prénom a été modifié), conducteur de tram à la Compagnie des Transports Strasbourgeois (CTS), a accepté de témoigner. Le chauffeur dénonce des conditions de travail qui se dégradent depuis une vingtaine d’années. L’entreprise, dont le président est Alain Fontanel, candidat LREM pour les élections municipales, compte environ 1 000 conducteurs pour 1 500 salariés au total.

D’après un rapport du CHSCT, 36% des conducteurs de trams sont déjà endormis en conduisant. Photo : TV / Rue89 Strasbourg / cc

Des chiffres inquiétants

Dans le collimateur du syndicat Unsa, majoritaire à la CTS : la gestion des plannings et des congés. La plupart des conducteurs ont des cycles irréguliers. « Ils peuvent commencer un service à 4h du matin un jour, et finir un service à 1h deux ou trois jours plus tard », explique un délégué syndical de l’Unsa CTS. Pour cette raison, une grève indéfinie a été entamée depuis le 24 décembre. Le mouvement est peu suivi, mais il y a un peu moins de trams (notamment la ligne F) et bus sur le réseau depuis.

Rue89 Strasbourg a pu consulter une enquête du CHSCT (Comité d’hygiène, de sécurité, et des conditions de travail) datant de 2015. Pour cette « enquête du service de santé au travail concernant l’état de santé des conducteurs », 191 salariés ont été auditionnés.

En introduction du rapport, les auteurs rappellent que « le travail en horaire décalé est à l’origine de risques bien connus. » Il induit régulièrement « une dette chronique de sommeil qui augmente le risque de somnolence, les risques cardiovasculaires, les risques digestifs et les risques de développer des troubles anxio-dépressifs. »

Les données recueillies lors de l’enquête confirment le propos syndical : « 36% des conducteurs de tram et 9% des conducteurs de bus interrogés disent s’être déjà endormis en conduisant. » Suite à des entretiens, l’expertise conclut qu’au dépôt CTS de l’Elsau, sur les 51 salariés auditionnés, 19% sont en dépression et 25% sont anxieux. Le rapport souligne l’apparition d’une « dette chronique de sommeil chez des conducteurs » et formule des « inquiétudes quand à leur somnolence et leur état de santé mentale. »

Des plannings du jour au lendemain

Tous les conducteurs de bus ou de tram ont un statut particulier au début de leur carrière à la CTS : ils sont « conducteurs de réserve. » Cela dure en général 6 ou 7 ans, mais la période peut s’allonger à 10 ans. La particularité de ce statut : ils n’ont aucune visibilité sur leur planning et ne connaissent leurs horaires que la veille de leur service, à 10h.

Saïd (son prénom a été modifié), conducteur de bus depuis 4 ans, est dans cette situation. Il explique que « son corps a du mal à suivre » :

« Il m’arrive de faire des nuits blanches avant mon service parce que je suis incapable de m’endormir. Ça arrive surtout quand je commence très tôt. Je peux être amené à me lever à 3h du matin alors que d’autres jours, je me couche à cette heure là. Comme bien d’autres collègues, je suis souvent à la limite de l’endormissement pendant le service. Je stresse beaucoup, j’ai peur d’avoir un accident ou de faire une erreur qui pourrait me coûter mon travail. »

Horaires irréguliers et vie de famille

Le délégué syndical de l’Unsa explique que de nombreux conducteurs rencontrent de lourdes difficultés pour articuler leur vie privée avec leur travail : « Certains accusent même leur métier pour leur divorce. » Christian, qui sort de 8 années en réserve, en témoigne :

« C’est difficile de prévoir des sorties vu que nous ne savons que du jour au lendemain si nous sommes disponibles. Avec ma compagne, nous avons été contraints d’inscrire notre enfant à la crèche tous les jours de 7h à 17h30, parce que nous ne savions pas quand je pouvais le garder. Souvent, je pouvais le chercher à 13h mais nous payions jusqu’à la fin de la journée. »

Les congés doivent être posés 6 mois à l’avance

Le représentant du personnel évoque ensuite les difficultés relatives aux congés que rencontrent les conducteurs :

« S’ils veulent se reposer, il est extrêmement difficile pour eux d’obtenir des jours de repos. Maintenant, il faut les négocier 6 mois à l’avance, et les congés isolés d’une journée ne sont quasiment plus acceptés. Des journées de « congé provisoire », pendant lesquelles ils sont tout de même susceptibles d’être appelés, sont parfois placées en plein milieu de leurs vacances. C’est compliqué pour organiser des vacances ou être sûr d’être présents à des événements particuliers comme des mariages, sachant qu’ils travaillent les week-ends et les jours fériés. »

Les jours de repos des conducteurs CTS doivent être posés avant le 20 mars, date après laquelle un nouveau cycle annuel de congés commencera. À la fin janvier, Saïd a encore 15 jours à prendre, mais ceux-ci lui sont « systématiquement refusés. » En théorie, seuls 5 jours sont transférables sur la période suivante :

« L’année dernière, la direction a fait un geste et nous a transféré plus de jours. Cette année, on ne sait pas encore ce qu’il en est… C’est symbolique parce que les congés c’est quelque chose qui nous permet de souffler, de vivre d’autres choses, et on nous les vole. »

Des temps de parcours « réduits au maximum »

Les temps de parcours fixés pour les lignes de tram et de bus sont réduits au maximum. Christian explique que cela provoque « une tension permanente » pendant le service :

« On est obligé d’avoir une cadence énorme. Notre temps de battement lorsqu’on arrive en fin de ligne est très court : on a 5 minutes de pause pour traverser le tram et repartir dans l’autre sens. Si pour une raison ou une autre, on a un retard de deux ou trois minutes qui s’accumule durant le parcours, ce qui arrive très régulièrement, le temps de battement passe à 2 minutes. Impossible d’aller aux toilettes ou de souffler un peu, on enchaîne direct. Pour manger, on a 40 minutes en général. Ce moment, où on est censé se reposer, peut devenir très stressant parce que même là, il nous faut être rapide. On se retrouve souvent à manger sur le pouce en 15 minutes. »

Christian explique qu’il « aime son travail » et qu’il se sent « prêt à faire des efforts »… mais « la situation est devenue infernale dans l’entreprise. » Au cours de la carrière d’un conducteur, le salaire passe d’environ 1 500 euros nets au début à un peu plus de 2 000 euros nets à la fin. « On est pas trop mal payé, c’est vrai, » admet Christian, « ça fait partie des choses qui rendaient l’entreprise attractive. Mais ça ne suffit plus par rapport à la pénibilité de notre travail. » Stéphane de l’Unsa constate que de plus en plus de conducteurs lui demandent « comment il est possible de quitter la boite, parce qu’ils n’en peuvent plus. »

Des plannings à la limite de la légalité

Jointe par Rue89 Strasbourg, la direction de la CTS a indiqué dans un mail « toujours rester dans le cadre des règles légales en vigueur » quant aux conditions de travail appliquées à la CTS. Le délégué syndical de l’Unsa explique que les plannings sont « effectivement dans la légalité mais souvent à l’extrême limite. Onze heures minimum doivent séparer deux services, « or souvent des conducteurs en sont à 11 heures tout pile, ou 11 heures et 2 minutes. »

Des conducteurs choisissent de quitter l’entreprise à cause des conditions de travail. Photo : Rue89 Strasbourg / cc

En ce début 2020, l’Unsa CTS demande une réorganisation de l’organisation du travail et une remise en question des cycles irréguliers. Le syndicat dénonce la flexibilité demandée aux conducteurs. Il critique également le contrat de performance établi à la mi-2017 entre la CTS et l’Eurométropole, qui stipule que l’entreprise publique doit réaliser une économie de six millions d’euros par an, ce qui « pèse inévitablement sur les conditions de travail des salariés. »

À l’opéra, Parsifal boit le Graal jusqu’à la lie

À l’opéra, Parsifal boit le Graal jusqu’à la lie

Pour sa seconde résidence à l’Opéra National du Rhin (ONR), le metteur en scène Amon Miyamoto crée Parsifal, le dernier opéra de Richard Wagner. Son traitement de l’œuvre tente de rapprocher ce chevalier de légende avec notre époque. Le spectacle qui en résulte prend des airs de création hybride, au discours polyphonique et aux ambitions fourmillantes.

Richard Wagner a abondement puisé dans le folklore et les mythes européens pour composer ses œuvres : Tristan et Isolde, Lohengrin, et surtout la légende de Siegfried, pour sa tétralogie gigantesque L’Anneau du Nibelung. Son dernier opéra ne déroge pas à la règle et va se servir du côté des contes du Graal. Parsifal (autre nom de Perceval le Gallois) en est le héros.

Au château de Montsalvat vivent des chevaliers, immortels grâce aux pouvoir du Graal. Mais leur roi Amfortas, blessé par la Sainte Lance qui lui fut volée par un sorcier, finit par refuser d’effectuer le rituel du Saint Calice. Il espère enfin mourir pour échapper à la douleur.

Parsifal apparait comme la figure héroïque par excellence. Photo : de Klara Beck

C’est dans cette situation qu’un jeune voyageur débarque sur les terres de Montsavlat, et tue un cygne. Les animaux étant sacrés dans leur domaine, les chevaliers réprimandent vertement le jeune homme sans nom. C’est Kundry, une sauvageonne et femme maudite par Dieu pour ses fautes passées, qui leur explique son histoire. Il s’agit de Parsifal, un jeune homme fils d’un ancien chevalier du Graal, éduqué dans l’ignorance par sa mère afin de le protéger de la guerre. L’opéra s’appliquera à suivre son périple, sur la voie de la rédemption et de la reconquête de la Sainte Lance afin de laver les péchés du roi Amfortas et d’honorer à nouveau le Graal.

Plus que jamais, l’opéra sert d’oratoire pour la mémoire des disparus et la parole des vivants

Amon Miyamoto est un metteur en scène japonais qui monta Le Pavillon d’or en mars 2018 à l’ONR. C’était à l’occasion du premier festival Arsmondo, consacré au Japon. Ce festival, destiné à la promotion des cultures d’autres pays, fut créé par l’ancienne directrice de l’ONR, Eva Kleinitz, brutalement disparue en mai 2019. C’est également elle qui est à l’origine de ce spectacle, ayant proposé le projet à Amon Miyamoto. Ce dernier déclare ainsi lui dédier le spectacle, et plus particulièrement le personnage de Kundry. L’apparition de celle-ci en ange à la toute fin de l’opéra, survolant la scène, est d’autant plus touchante.

Kundry est la pécheresse absolue, cumulant les fautes et crimes à travers les siècles. Photo : de Klara Beck

Amon Miyamoto voit dans Parsifal une œuvre qui peut aider à « mieux appréhender le monde d’aujourd’hui ». Il identifie plusieurs axes, et d’abord « le salut des femmes ». Dans cette ambiance chrétienne, la femme est porteuse de toutes les fautes. Kundry est la figure de Marie-Madeleine et d’Hérodiade. Elle est condamnée à l’errance pour avoir rit au passage du Christ sur le chemin de croix.

De même, ce sont les Filles-Fleurs et Kundry qui séduisent les chevaliers et les écartent du droit chemin. Sur elles plane l’ombre du péché originel. La principale source de souillure dans Parsifal demeure l’acte sexuel, venu de la tentation des femmes. La rédemption arrive finalement pour Kundry, par la main de Parsifal. La salut semble donc nécessairement venir du fait de l’homme rédempteur, une lecture dont l’actualité peut laisser perplexe.

Microcosme des individus et macrocosme humain

Amon Miyamoto aime l’idée de pouvoir superposer le microcosme des histoires individuelles et le macrocosme de l’histoire humaine. Il cite en interview le film The Tree of life de Terrence Malick et sa mise en scène exploite cette idée de différentes façons. Tout d’abord, le spectacle ouvre en présentant des personnages muets rajoutés à l’opéra : un enfant, vivant de nos jours, sa mère, et son père que l’on voit juste le temps de son suicide. L’enfant, qui est une réincarnation de Parsifal, semble fuir l’amour envahissant de sa mère, tout comme Parsifal abandonne la sienne pour découvrir le monde. Il se retrouve alors dans un musée.

Il explore les couloirs jusqu’à arriver devant un tableau représentant une épaisse forêt. C’est là que l’intrigue commence, avec les premiers chevaliers entrant et commentant leur situation. Ce dispositif renvoie à un gimmick de cinéma, présentant un parcours initiatique où l’enfant tombe dans un univers inconnu. Aspiré par un livre, un tableau, rencontrant un extraterrestre : l’objectif est de lui faire prendre conscience d’une certaine morale à travers une aventure fantastique.

Dans un décor aux motifs d’orchidée, les Filles-Fleurs se disputent les faveurs de Parsifal pour le corrompre. Photo : de Klara Beck

Une histoire de la souffrance ramenée à son espoir de rédemption

Le musée est omniprésent. Il sert de portée d’entrée et de décor. Jusque dans la chapelle du Graal, où des morceaux de crucifix sont exposés aux murs. Pour Amon Miyamoto, les musées montrent « l’Histoire de l’Humanité condensée. » Et de fait, l’exposition que visite l’enfant s’intitule justement « L’Humanité ». La figure de Parsifal est celle du « chaste fol ». C’est un homme innocent, et cette naïveté est son bouclier, car elle lui permet de rester imperméable aux vices, et notamment à la chair. Le monde est sauvé — il est rédempté, de façon christique — par la simplicité de ce jeune innocent. Il y a là l’idée que, face à la complexité d’une société de plus en plus alambiquée, seul un individu simple pourrait remettre de l’ordre.

Le roi Amfortas cherche à fuir la douleur en refusant l’immortalité du Graal. Mais ce faisant il condamne son père, Titurel, qui ne vit plus que grâce à la relique. Photo : de Klara Beck

Car Parsifal est surtout une histoire de souffrance. Souffrance physique de la blessure incurable. Souffrance morale de l’enfant qui a laissé mourir son parent (Parsifal avec sa mère et Amfortas avec son père, mort de vieillesse une fois privé des rituels du Graal). Les personnages sont tous immortels, pour des raisons et à des degrés divers. Cette permanence dans le temps illustre le caractère éternel de leur douleur : la mort elle-même ne peut les en délivrer. Si Parsifal parvient à la chasser finalement, c’est après avoir accepté pleinement de la subir. Il est une figure clairement christique, et son traitement dans cette mise en scène ne le dément pas.

Une autre idée présente dans l’opéra est l’union entre l’homme et la nature. Cela est notamment exploité dans le dernier acte, où, lors du vendredi saint, toute la nature resplendit admirablement, comme pour s’accorder à la bénédiction de Dieu. Pour Amon Miyamoto, il faut que l’esprit soit purifié pour apprécier la nature. Le singe, personnage muet présent à partir de la fin du premier acte, en est une preuve. Présenté comme un animal doué de sentiments, il est la version de l’homme débarassé de ses passions. Il sert de guide à l’enfant et incarne la candeur de Parsifal.

L’adulte, l’enfant et le singe : trois aspects du « chaste fol ». Photo : de Klara Beck

Le foisonnement des messages et des références peine à les laisser respirer

Le syncrétisme de Parsifal se fait ressentir dans les discours animistes et bouddhistes qui se glissent sous les références chrétiennes. Dans le spectacle, des images du globe terrestre sont régulièrement projetées sur la scène. Outre la dimension cinématographique (la musique et le visuel font fortement penser au logo d’Universal Pictures) c’est là une volonté de faire résonner la dimension universelle de l’intrigue. Ces moments dénotent cependant fortement avec l’atmosphère visuelle du reste de la scénographie. Ils peuvent même verser dans le kitch, notamment lorsque des explosions en gifs animés secouent le globe.

Il est clair que la mise en scène cherche à adopter en tous points une dimension d’universalité. Ainsi, les décors, souvent changeants, offrent des ambiances variées, passant des murs du musée à la chapelle, qui prend des airs de salle d’autopsie. Les chevaliers du Graal portent les armes de soldats de différentes époques, depuis les armures antiques jusqu’aux treillis militaires. Cette tentative d’établir une certaine exhaustivité rejoint l’idée de l’art total wagnérien, dans sa volonté de globalité. Mais le résultat est en demi-teinte. Car si le message est clair pour l’esprit, sa mise en œuvre est trop lourde pour s’unifier fluidement avec la musique wagnérienne.

Les chevaliers du Graal pressent leur roi d’honorer son office, ce qu’il refuse à faire en espérant ainsi hâter sa mort. Photo : de Klara Beck

La présence du double Parsifal permet intelligemment de traiter la pureté du personnage. Notamment lors de la scène des Filles-Fleurs, où le soliste semble plutôt sensible à leurs charmes. Lorsque Kundry est sur le point de vaincre sa chasteté, c’est l’enfant qui le fait réagir, et le sauve. De même, pendant l’affrontement avec le sorcier Klingsor, l’enfant se jette devant Parsifal et le protège d’un coup de lance, y laissant la vie (il sera ressuscité ensuite). Mais cet instant, et le combat d’épées qui le précède, manquent de finesse et relancent le sentiment d’une scène cinématographique brouillonne. Ce combat, joué avec sérieux mais peu dynamique et même pataud, écorche la grandeur de Parsifal. Malgré tout, l’opéra ne souffre pas beaucoup de ces fausses notes, et les cinq heures passent sans accroc.

Amon Miyamoto présente une approche esthétique différente de celle, très colorée et monolithique, qu’il déploya pour Le Pavillon d’or. Il a su s’approprier l’œuvre de Wagner pour tenter d’en livrer une version modernisée et digeste dans son propos, ayant privilégié le traitement d’un nombre restreint de ses thématiques. Cependant, au-delà du plaisir esthétique inaltérable de la musique et des visuels, le résultat peine à délivrer un message clair. Que nous apprend ce Parsifal ? Qu’il faut aimer son prochain, apprécier sa famille, respecter Dieu, craindre la chair ? L’opéra semble vouloir trop en dire et finit relativement inaudible. Ces moralités, explicitées avec force tout au long l’œuvre, sont-elles bien celles dont le spectateur contemporain a aujourd’hui besoin ?

Le succès de Motoco à Mulhouse, une piste pour l’avenir des friches culturelles

Le succès de Motoco à Mulhouse, une piste pour l’avenir des friches culturelles

Après un premier échec, Mulhouse gagne le pari d’une reconversion d’une friche industrielle de grande ampleur grâce à l’alliance entre des artistes et une activité économique.

Libération a publié une dépêche de l’AFP sur l’atelier d’artistes Motoco à Mulhouse. Ancien site de l’entreprise textile DMC, quelque 140 créateurs se partagent les quelques 100 000 m² à bon marché (1,83€ le m²), ce qui en fait l’une des plus importantes résidences d’artistes en France.

Interrogée par l’AFP, la directrice du site Martine Zussy explique comment elle a évité une éviction des artistes, un classique de ce genre d’opération immobilière. Elle a financé l’activité de location, déficitaire, en louant pour de l’événementiel les deux immenses salles vides du rez-de-chaussée. Elle propose également aux résidents d’être rémunérés en réalisant la décoration et la scénographie des événements (fêtes d’entreprises, lancements de produit, salons thématiques…), selon l’AFP.

Les artistes ont trouvé un havre de paix économique et contribuent en retour au rayonnement du lieu Photo : Motoco / Facebook

Motoco revendique l’organisation d’une centaine d’événements par an, ce qui permet d’équilibrer les finances du site. Cette formule a convaincu l’artiste-peinte strasbourgeoise Anne-Sophie Tschiegg qui s’est installée à Motoco alors qu’elle s’était promise de ne plus jamais revenir à Mulhouse.

La Ville de Strasbourg est engagée dans une opération similaire avec La Coop mais les anciens locaux du distributeur alsacien n’accueilleront pas autant d’artistes.

Ces sites d’ultradroite qui vantent les actes xénophobes et antisémites en Alsace

Ces sites d’ultradroite qui vantent les actes xénophobes et antisémites en Alsace

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« C’est triste de devoir surveiller un cimetière »

« C’est triste de devoir surveiller un cimetière »

Ancienne professeure de religion en école primaire, Reine Biri a découvert le cimetière juif de Trimbach en 2008. L’Alsacienne fait désormais partie des « veilleurs de mémoire », un dispositif lancé par le Département pour faire face aux profanations de stèles juives et autres tags à caractère xénophobe.

C’est un cimetière juif au milieu des champs, entre les communes de Trimbach et de Buhl, dans le Nord de l’Alsace. « C’est sûrement parce qu’il est caché qu’il est resté intact », commente Reine Biri. Elle fait désormais partie du dispositif du Conseil départemental des « Veilleurs de mémoire ».

Objectif : tenter d’enrayer la série de tags xénophobes et antisémites ayant cours dans le Bas-Rhin depuis plus d’un an… « C’est triste de devoir veiller sur un cimetière », lâche-t-elle en regardant les plus de 600 stèles devant elle.

Depuis plus de 10 ans, Reine Biri fait visiter le cimetière juif de Trimbach, à des élèves ou pendant les journées du patrimoine. Photo : Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc

Un cimetière hors de la commune

Reine Biri a découvert ce lieu en 2008. L’ancienne professeure de religion en école primaire menait alors des recherches sur l’histoire de la communauté juive locale. Au bout de six mois, elle tombe enfin sur ce lieu invisible de la route départementale, alors caché par une petite forêt.

L’entrée se situe entre deux poteaux de bois et un mirador. Elle donne sur de vastes champs vallonnés. « Déjà au XIXe siècle, les Juifs étaient rejetés. Ils n’avaient pas le droit d’avoir un cimetière dans la commune… », raconte Reine Biri.

L’entrée du cimetière donne sur des champs, situés entre les communes de Buhl et de Trimbach.

« Il reste un esprit de haine »

En parcourant le cimetière, Reine raconte les histoires des personnes qui y sont enterrées. Ici, un ancien rabbin de Colmar. Là, une femme assassinée par un boucher dans les années 30 : « Il a été condamné à 6 mois de prison… », souffle la gardienne du lieu.

Grâce aux textes taillés sur certaines tombes, Reine Biri a pu découvrir la vie de certaines personnes enterrées dans le cimetière de Trimbach.

Pour ses recherches, des visites ou pour apprécier le calme de l’endroit, la chauffeure de taxi passe chaque semaine par ici : « Mais je n’ai pas d’heure ou de jours particulier, sinon ils savent que vous êtes là. » Reine fait référence à ceux qui profanent les cimetières juifs. Et l’Alsacienne de naissance n’hésite pas à parler « d’une région où il reste un esprit de haine depuis la dernière guerre… »

La sérénité perdue du cimetière ?

Reine s’interrompt en voyant une silhouette au loin. Claude Sichel, responsable de la synagogue de Woerth, vient d’arriver. En alsacien, la femme s’exclame : « Je ne t’ai pas reconnu ! » La vague d’actes antisémites dans le Bas-Rhin et ce dispositif de veilleurs ont fait perdre un peu de la sérénité que l’ancienne professeure aime ressentir au cimetière. Elle décrit son inquiétude : « Je n’aimerais pas tomber sur quelqu’un en flagrant délit. Et si je tombais sur des tags de croix gammées, ça me rendrait malade… »

Claude Sichel ne voit pas de regain de l’antisémitisme en Alsace. Pour le président de la communauté israélite de Woerth, le phénomène existe « depuis 20 ans ». En 2013, la synagogue dont il est responsable était recouverte de références nazies… S’il approuve le dispositif des « Veilleurs de mémoire », l’homme préférerait de la vidéosurveillance aux abords du cimetière…

A droite de Reine Biri, Claude Sichel, responsable de la synagogue de Woerth Photo : Bas-Rhin

Des projets pour un cimetière à l’abandon

Pour ce cimetière, Reine a plusieurs projets. D’abord, elle voudrait le faire fermer, avec un portail. Sa seconde idée est à la hauteur de sa passion : l’Alsacienne souhaiterait voir une stèle être érigée dans ce cimetière pour les 14 Juifs de Trimbach qui ont été déportés dans les camps de concentration. Ses recherches l’ont mené jusqu’au musée de la Shoah à Jérusalem.

Claude Sichel exprime une autre crainte pour le cimetière de Trimbach : son abandon.

En quittant les lieux pour fuir le froid, Claude Sichel exprime une autre crainte pour l’avenir du cimetière de Trimbach et son histoire :

« Heureusement que Reine est là… Sans elle, ici, personne ne serait là pour passer la mémoire des Juifs de l’Alsace rurale. Pour faire revivre ces cimetières, il faudrait continuer d’enterrer ici. »

Le rappeur Larry organise un concert sauvage samedi à l’Elsau

Le rappeur Larry organise un concert sauvage samedi à l’Elsau

Samedi 1er février, le rappeur strasbourgeois de 21 ans Larry sera sur scène lors d’un « concert sauvage » et gratuit, organisé devant le centre-socio culturel de l’Elsau, son quartier d’origine. L’événement a été organisé pour ceux qui n’ont pas pu obtenir de places à son concert du 22 février, à la Laiterie.

Son concert programmé le samedi 22 février à la Laiterie avait été annoncé complet en seulement deux jours. Alors le rappeur strasbourgeois Larry a décidé d’organiser un « concert sauvage » et gratuit, le samedi 1er février à 20h, devant le centre-socio culturel de l’Elsau, le quartier dont il est originaire.

Une séance de dédicaces et quelques exclus sur scène

L’artiste de 21 ans, qui a signé en mai 2019 un contrat de distribution chez Colombia Records, sera sur scène dans un format « showcase », d’environ 40 minutes. Il interprétera ses morceaux les plus connus comme Sacoche (qui a atteint les 10 millions de vues sur YouTube), ou Gaz (6,8 millions de vues), mais aussi « une ou deux exclus », indique Soumia, la mère de Larry, qui gère ses contrats.

Une séance de dédicace est également prévue à 21h pour ceux qui seront en possession de l’album.

En pleine promotion de son premier projet, Cité Blanche, qui sort vendredi 31 janvier (à noter qu’une édition spéciale Strasbourg comportera deux morceaux supplémentaires), le rappeur alsacien enchaîne les interviews (voir ici sur Konbini et l’article de Les Inrocks) et attire la lumière sur la scène rap locale. Son dernier titre, Question-Réponse, sorti il y a trois jours, a déjà atteint plus de 840 000 vues sur YouTube.

« Question-Réponse », le dernier titre de Larry, a atteint plus de 800.000 vues sur YouTube en trois jours. Le clip a été tourné dans le quartier de l’Elsau.