Enquêtes et actualité à Strasbourg et Eurométropole

« C’est triste de devoir surveiller un cimetière »

« C’est triste de devoir surveiller un cimetière »

Ancienne professeure de religion en école primaire, Reine Biri a découvert le cimetière juif de Trimbach en 2008. L’Alsacienne fait désormais partie des « veilleurs de mémoire », un dispositif lancé par le Département pour faire face aux profanations de stèles juives et autres tags à caractère xénophobe.

C’est un cimetière juif au milieu des champs, entre les communes de Trimbach et de Buhl, dans le Nord de l’Alsace. « C’est sûrement parce qu’il est caché qu’il est resté intact », commente Reine Biri. Elle fait désormais partie du dispositif du Conseil départemental des « Veilleurs de mémoire ».

Objectif : tenter d’enrayer la série de tags xénophobes et antisémites ayant cours dans le Bas-Rhin depuis plus d’un an… « C’est triste de devoir veiller sur un cimetière », lâche-t-elle en regardant les plus de 600 stèles devant elle.

Depuis plus de 10 ans, Reine Biri fait visiter le cimetière juif de Trimbach, à des élèves ou pendant les journées du patrimoine. Photo : Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc

Un cimetière hors de la commune

Reine Biri a découvert ce lieu en 2008. L’ancienne professeure de religion en école primaire menait alors des recherches sur l’histoire de la communauté juive locale. Au bout de six mois, elle tombe enfin sur ce lieu invisible de la route départementale, alors caché par une petite forêt.

L’entrée se situe entre deux poteaux de bois et un mirador. Elle donne sur de vastes champs vallonnés. « Déjà au XIXe siècle, les Juifs étaient rejetés. Ils n’avaient pas le droit d’avoir un cimetière dans la commune… », raconte Reine Biri.

L’entrée du cimetière donne sur des champs, situés entre les communes de Buhl et de Trimbach.

« Il reste un esprit de haine »

En parcourant le cimetière, Reine raconte les histoires des personnes qui y sont enterrées. Ici, un ancien rabbin de Colmar. Là, une femme assassinée par un boucher dans les années 30 : « Il a été condamné à 6 mois de prison… », souffle la gardienne du lieu.

Grâce aux textes taillés sur certaines tombes, Reine Biri a pu découvrir la vie de certaines personnes enterrées dans le cimetière de Trimbach.

Pour ses recherches, des visites ou pour apprécier le calme de l’endroit, la chauffeure de taxi passe chaque semaine par ici : « Mais je n’ai pas d’heure ou de jours particulier, sinon ils savent que vous êtes là. » Reine fait référence à ceux qui profanent les cimetières juifs. Et l’Alsacienne de naissance n’hésite pas à parler « d’une région où il reste un esprit de haine depuis la dernière guerre… »

La sérénité perdue du cimetière ?

Reine s’interrompt en voyant une silhouette au loin. Claude Sichel, responsable de la synagogue de Woerth, vient d’arriver. En alsacien, la femme s’exclame : « Je ne t’ai pas reconnu ! » La vague d’actes antisémites dans le Bas-Rhin et ce dispositif de veilleurs ont fait perdre un peu de la sérénité que l’ancienne professeure aime ressentir au cimetière. Elle décrit son inquiétude : « Je n’aimerais pas tomber sur quelqu’un en flagrant délit. Et si je tombais sur des tags de croix gammées, ça me rendrait malade… »

Claude Sichel ne voit pas de regain de l’antisémitisme en Alsace. Pour le président de la communauté israélite de Woerth, le phénomène existe « depuis 20 ans ». En 2013, la synagogue dont il est responsable était recouverte de références nazies… S’il approuve le dispositif des « Veilleurs de mémoire », l’homme préférerait de la vidéosurveillance aux abords du cimetière…

A droite de Reine Biri, Claude Sichel, responsable de la synagogue de Woerth Photo : Bas-Rhin

Des projets pour un cimetière à l’abandon

Pour ce cimetière, Reine a plusieurs projets. D’abord, elle voudrait le faire fermer, avec un portail. Sa seconde idée est à la hauteur de sa passion : l’Alsacienne souhaiterait voir une stèle être érigée dans ce cimetière pour les 14 Juifs de Trimbach qui ont été déportés dans les camps de concentration. Ses recherches l’ont mené jusqu’au musée de la Shoah à Jérusalem.

Claude Sichel exprime une autre crainte pour le cimetière de Trimbach : son abandon.

En quittant les lieux pour fuir le froid, Claude Sichel exprime une autre crainte pour l’avenir du cimetière de Trimbach et son histoire :

« Heureusement que Reine est là… Sans elle, ici, personne ne serait là pour passer la mémoire des Juifs de l’Alsace rurale. Pour faire revivre ces cimetières, il faudrait continuer d’enterrer ici. »

Le rappeur Larry organise un concert sauvage samedi à l’Elsau

Le rappeur Larry organise un concert sauvage samedi à l’Elsau

Samedi 1er février, le rappeur strasbourgeois de 21 ans Larry sera sur scène lors d’un « concert sauvage » et gratuit, organisé devant le centre-socio culturel de l’Elsau, son quartier d’origine. L’événement a été organisé pour ceux qui n’ont pas pu obtenir de places à son concert du 22 février, à la Laiterie.

Son concert programmé le samedi 22 février à la Laiterie avait été annoncé complet en seulement deux jours. Alors le rappeur strasbourgeois Larry a décidé d’organiser un « concert sauvage » et gratuit, le samedi 1er février à 20h, devant le centre-socio culturel de l’Elsau, le quartier dont il est originaire.

Une séance de dédicaces et quelques exclus sur scène

L’artiste de 21 ans, qui a signé en mai 2019 un contrat de distribution chez Colombia Records, sera sur scène dans un format « showcase », d’environ 40 minutes. Il interprétera ses morceaux les plus connus comme Sacoche (qui a atteint les 10 millions de vues sur YouTube), ou Gaz (6,8 millions de vues), mais aussi « une ou deux exclus », indique Soumia, la mère de Larry, qui gère ses contrats.

Une séance de dédicace est également prévue à 21h pour ceux qui seront en possession de l’album.

En pleine promotion de son premier projet, Cité Blanche, qui sort vendredi 31 janvier (à noter qu’une édition spéciale Strasbourg comportera deux morceaux supplémentaires), le rappeur alsacien enchaîne les interviews (voir ici sur Konbini et l’article de Les Inrocks) et attire la lumière sur la scène rap locale. Son dernier titre, Question-Réponse, sorti il y a trois jours, a déjà atteint plus de 840 000 vues sur YouTube.

« Question-Réponse », le dernier titre de Larry, a atteint plus de 800.000 vues sur YouTube en trois jours. Le clip a été tourné dans le quartier de l’Elsau.

« Les bénévoles du compostage ont besoin du soutien logistique de la future mairie »

« Les bénévoles du compostage ont besoin du soutien logistique de la future mairie »

Les membres du Réseau des Structures de Compostage Urbain de Proximité (RéSCUP) appellent les candidats aux élections municipales 2020 à soutenir cette méthode de tri des biodéchets. Les dispositifs existants ont du mal à faire face à la demande croissante des Strasbourgeois. Les bénévoles dénoncent un manque de soutien de la municipalité.

« Les biodéchets représentent environ le tiers du poids de nos poubelles. Au-delà des objectifs réglementaires locaux, nationaux et européens (proposer une solution de tri des biodéchets aux citoyens avant fin 2023 par exemple), la prise de conscience citoyenne sur la nécessité de mieux gérer les biodéchets pour ne pas les transporter vers des traitements d’incinération ou d’enfouissement est aujourd’hui indéniable.

Le compostage : une solution accessible

Pour cela, une des solutions les plus accessibles et les plus efficientes est le compostage. Les demandes pour composter collectivement ne cessent d’ailleurs de croître, comme nous le constatons tous les jours sur le terrain. C’est la preuve de la volonté de nos concitoyens de s’impliquer dans un changement vertueux de pratiques.

« Les demandes pour composter collectivement ne cessent d’ailleurs de croître, comme nous le constatons tous les jours sur le terrain. » Photo : Pierre Pauma / Rue89 Strasbourg / cc

Le compostage collectif présente plusieurs avantages qui relèvent de l’intérêt général. Tout d’abord en favorisant le tri, il constitue un outil de prévention pour contribuer à l’évitement et la réduction de nos déchets.

Ensuite, il constitue une solution de valorisation de proximité des résidus organiques bien meilleure que l’enfouissement et surtout l’incinération. En effet, il permet de replacer les biodéchets dans une économie circulaire qui les ramènent sur la terre, pour la fertiliser. En ce sens, le compostage joue un rôle pédagogique important.

Enfin, le compostage collectif est un vecteur de lien social. Installé en pied d’immeuble ou dans les quartiers, un bac à compost induit des rencontres entre les personnes, contribue à dynamiser l’espace public et collectif, et génère souvent d’autres projets (jardins partagés, cabane à livres, etc.).

21 associations, 180 sites, 5 200 foyers adhérents

Sur le territoire de l’Eurométropole de Strasbourg, des sites de compostage collectif de proximité sont répartis dans différents quartiers. Leur gestion est assurée par des structures le plus souvent associatives et généralement par des bénévoles. À leur initiative, ces structures ont souhaité se rencontrer pour échanger sur leurs pratiques et leurs difficultés. Ces rencontres ont abouti à la naissance en 2019 du réseau RéSCUP (Réseau des Structures de Compostage Urbain de Proximité de l’Eurométropole de Strasbourg). Il regroupe actuellement 21 structures associatives (parmi les 28 recensées jusqu’ici sur le territoire) soit environ 180 sites et 5200 foyers adhérents.

Un accompagnement insuffisant

Pour la création d’un site de compostage collectif de proximité, chaque structure peut bénéficier d’un accompagnement par les services de la collectivité (ou par délégation) : identification et mise à disposition d’un site adéquat, soutien technique et subvention à l’achat de matériel. Cet accompagnement est nécessaire, mais insuffisant car la plupart des structures associatives rencontrent aujourd’hui des difficultés similaires.

La première difficulté est l’engorgement des sites. Face à l’engouement de la population, de plus en plus d’associations doivent, à leur corps défendant, refuser de nouveaux adhérents. En effet, la gestion de chaque site demande du temps : permanences, brassage des bacs, transport de la matière carbonée structurante (copeaux de bois, feuilles, sciure, etc.). Toutes ces missions sont assurées par des membres actifs bénévoles dont la collectivité n’a d’ailleurs, à ce jour, pas cherché à connaître le temps de travail gratuit fourni. En bref, les sites actuels tendent à être rapidement saturés et leur nombre ne permet plus de répondre aux demandes émanant de la population.

La problématique du transport

Même si nous privilégions toujours la gestion « in situ », la seconde difficulté concerne la gestion des différents flux sur chaque site (matière structurante et compost). D’une part, pour obtenir un bon compost, il est indispensable d’ajouter aux biodéchets de la matière structurante (appelée « le brun », « matière carbonée » ou « matière sèche ») qui n’est pas toujours disponible sur place.

D’autre part, le compost ne peut pas systématiquement être utilisé à proximité des bacs et il peut s’avérer nécessaire de le transporter sur un autre site pour l’utiliser ou pour le laisser mûrir davantage. Que ce soit pour la matière sèche ou pour le compost, leur transport nécessite des
moyens logistiques importants que les associations n’ont pas.

« Le compostage collectif doit être davantage promu »

En conclusion, nous pensons que la gestion de proximité des biodéchets dont le compostage collectif est l’un des principaux vecteurs constitue une réponse aux attentes des citoyens, à l’enjeu environnemental d’évitement, de réduction et de gestion de proximité des biodéchets et au besoin de créer des lieux effectifs de rencontres et d’échanges sur l’espace public. Ce sont ces enjeux qui font que nous nous engageons au sein de nos associations.

Pour nous permettre de poursuivre ce mouvement, le compostage collectif de proximité doit être davantage promu, accompagné et encouragé. Nous comptons donc sur vous pour que ce sujet soit intégré aux réflexions de la future municipalité pour proposer des outils qui permettront de soutenir et de pérenniser ce modèle. »

Contre une réforme du bac jugée inégalitaire, des profs du lycée Fustel en grève

Contre une réforme du bac jugée inégalitaire, des profs du lycée Fustel en grève

Lundi 27 janvier, une vingtaine de professeurs ont brandi des pancartes devant le lycée Fustel de Coulange pour protester contre la réforme du Baccalauréat. Les élèves de première passent les épreuves d’E3C le même jour.

À 7h45, un camion de livraison traverse la place du Château de Strasbourg et s’arrête tout près du lycée Fustel de Coulange avant de faire demi-tour.

« Regardez ils sont en train de livrer des surveillants » plaisantent une vingtaine de professeurs en grève contre la réforme du baccalauréat, devant l’entrée du lycée. Pour montrer leur désaccord, ces enseignants ont déployé une banderole « Lycée Fustel en lutte » ce lundi, jour des épreuves E3C (Histoire Géographie, LV1 et LV2) du baccalauréat. Ces professeurs refusent d’assurer la surveillance de ces épreuves pour les élèves de première.

Des professeurs brandissant la pancarte « Lycée Fustel en lutte » Photo : BB/Rue89 Strasbourg

Les épreuves d’E3C découlent de la nouvelle réforme du baccalauréat et comptent pour 30% de la note finale. Ce lundi matin, les élèves de première du Lycée Fustel de Coulange doivent passer les épreuves d’Histoire-géographie et de langues (LV1 et LV2). Selon les enseignants-grévistes, entre 50 et 70% des professeurs ont décidé de ne pas participer à la surveillance des examens.

« Un baccalauréat local et inégalitaire »

Le nouveau baccalauréat est jugé « inégalitaire » par ces enseignants, comme l’explique Carmen, professeure d’Histoire-Géographie :

« Ce sont les mêmes profs qui corrigent les élèves d’un même lycée. Or certains lycées seront plus exigeants que d’autres qui se trouve en milieu défavorisé par exemple. Donc le bac n’aura plus la même valeur partout. »

Marjorie, professeure de Sciences économiques et sociales, rajoute que les sujets distribués aux élèves ne sont plus nationaux. Chaque établissement doit choisir ses sujets dans une « banque nationale de sujets ». Une fois choisi, ce sujet disparaît de la banque nationale. Aucun lycée ne peut donc proposer les mêmes sujets.

Une réforme « low cost »

Elsa, professeure d’anglais parle « d’une réforme budgétaire plus que pédagogique. » Les professeurs qui disposaient avant d’un temps supplémentaire pour corriger les copies du Bac doivent désormais les corriger parallèlement à leur activité d’enseignants. Carmen ajoute que la rémunération des copies corrigées a également baissé. « Avant nous étions payés 5€ la copie, maintenant c’est 1,49€. »

#lycée Fustel de Coulange

Horizome, dix ans de travail au service d’une utopie à Hautepierre

Horizome, dix ans de travail au service d’une utopie à Hautepierre

En décembre, Horizome a fêté ses dix ans de présence à Hautepierre. Depuis 2009, l’association composée de chercheurs et d’artistes a investi l’espace public avec de nombreux aménagements, mis en place des résidences d’artistes, organisé des conférences, des tables rondes…

« Personne ne pensait qu’on allait rester. » Pauline Desgrandchamp sourit. Designer, scénographe et bénévole à Horizome, elle se souvient des débuts, quand l’association composée d’artistes, de chercheurs en sciences sociales et en urbanisme est arrivée à Hautepierre en 2009.

Au départ, il y a eu la première rénovation urbaine (Anru 1) du quartier. C’est à cette occasion que les membres de l’association commencent à questionner l’enclavement territorial et économique du quartier. Un espace « dont l’image est souvent injustement dévalorisée », soufflent certains bénévoles. Dix ans plus tard, la première phase de l’Anru est achevée depuis 2014 et c’est une deuxième phase de rénovation qui se prépare. Horizome occupe toujours son local, un appartement attribué par le bailleur Cus Habitat (devenu Ophéa), au premier étage d’un immeuble de la maille Jacqueline.

Sur les murs et les étagères de la pièce principale : des ouvrages et des affiches rappellent les multiples résidences d’artistes, les créations de mobilier urbain, le lancement d’une web-radio, d’un studio d’enregistrement, tables rondes, conférences, aménagements de jardins…

Pauline Desgrandchamp le précise d’emblée : « Les gens ne comprennent pas toujours ce qu’on fait. » « Au début, on était regardés comme des fous ! », se marre Grégoire Zabé, plasticien et designer, arrivé en 2009 à Horizome après avoir été artiste en résidence.

Fondé par deux chercheuses en 2009, l'association compte aujourd'hui 5 bénévoles et 2 salariés. (Photo : Horizome)
Fondé par deux chercheuses en 2009, l’association compte aujourd’hui 5 bénévoles et 2 salariés. Photo : Horizome

Des projets à la croisée de plusieurs disciplines

Il y a dix ans, les Hautepierrois ont vu débarquer une anthropologue de l’Université de Strasbourg, Barbara Morovich, et une vidéaste, Marguerite Bobey. Les deux chercheuses et fondatrices d’Horizome partent d’un constat : très peu de travaux universitaires ont été écrits sur le plus grand quartier de Strasbourg et ses 17 000 habitants. Leur projet, baptisé HTP40, consiste à se rendre sur le terrain pour briser l’habituelle distance entre le chercheur et son objet d’étude. Pauline Desgrandchamp précise :

« La démarche était aussi de dire que la plupart des travaux de recherches portant sur les quartiers font bien souvent ressortir les mêmes problématiques : ils constatent l’enclavement, parlent de sécurité ou de politique de la ville. Notre volonté était de mettre en avant des richesses spécifiques à travers des portraits d’habitants, par exemple, et de toujours croiser les disciplines, entre artistes, habitants et chercheurs. »

En 2010, des post-it recouvrent les poubelles du quartier. Oeuvre de l'artiste en résidence Hiroto Naokatahira, un artiste contemporain qui ne parlait pas un mot de français. (Photo : Horizome)
En 2010, des post-it recouvrent les poubelles du quartier. Oeuvre de l’artiste japonais Hiroto Naokatahira, resté deux mois en résidence à Hautepierre . Photo : Horizome

Dès 2009, l’association lance plusieurs projets d’expositions et de travaux autour de la mobilité des habitants. Des projets qui finissent par faire rester Horizome à Hautepierre : « On travaille sur le temps long », insiste Pauline Desgrandchamp. Peu à peu, l’équipe s’étoffe et aujourd’hui, elle est composée de cinq membres, et deux salariés. Ponctuellement, des services civiques et des stagiaires, issus du collège et du lycée du quartier, viennent rejoindre leurs rangs. Sans compter les habitants qui se greffent bénévolement aux différents projets menés par Horizome. Des deux fondatrices, seule est restée Barbara Morovich, membre du conseil d’administration. Marguerite Bobey a quitté l’Alsace pour d’autres projets.

Concertation et mobilisation

L’année suivante, financés par la Ville, la Région et le Département, l’association entame un travail de collecte de la mémoire de Hautepierre. Les bénévoles interrogent l’utilisation de l’espace par les habitants. Ils multiplient le porte-à-porte. Pour Laurine Sandoval, coordinatrice de l’association, Horizome endosse alors le rôle de lien avec les pouvoirs publics :

« Ils voient bien que la concertation est importante mais il y a toujours un manque de moyens pour que ça soit mis en place. Peu de riverains étaient informés des différentes étapes de la rénovation urbaine et la concertation n’était pas un point central du cahier des charges de l’ANRU 1. Les habitants étaient en revanche très réceptifs à notre démarche. Nos rencontres nous ont permis de communiquer sur ce qui allait être démoli ou construit. »

En 2012, Horizome s’est mobilisé contre un projet de golf indoor qui menaçait la Plaine des jeux, appréciée dans le quartier pour ses grandes surfaces vertes. Photo : Fabien Romary / Archi-Wiki / cc

En 2012, un projet de golf privé, soutenu par l’adjoint au maire (PS) Serge Oehler menace la Plaine des jeux, le « Central Park » du quartier. D’emblée, Horizome réalise un questionnaire pour interroger l’usage de cet espace par les habitants. Le constat est sans appel : très peu sont au courant du projet et la population ne comprend pas le choix d’un tel sport, réputé élitiste. Le collectif publie une tribune sur Rue89 Strasbourg pour appeler à la conservation de cet espace et organise un rassemblement… qui ne mobilise pas grand monde. Grégoire Zabé se souvient :

« C’était un 1er-Mai, jour de la fête du travail et de manifestations. Du coup, notre démarche a pu paraître politisée. C’était sans doute maladroit et ça a pu être mal perçu par certains élus. Il y a eu un changement de posture à Horizome après cet épisode : on est moins frontal maintenant. »

Collectif et initiatives personnelles

Lorsqu’ils parlent d’Horizome, les bénévoles utilisent le terme « collectif », plutôt que « association ». Ils insistent sur l’inclusion des habitants dans chacun de leurs projets. Entre 2010 et 2011, alors que les pelleteuses commencent à redessiner le quartier et ouvrent de nouvelles rues, Horizome lance « La Charrette », un dispositif permettant de récolter la mémoire du quartier dans chaque maille pour travailler sur la dénomination des rues.

À Hautepierre, la règle en la matière est stricte : les rues portent un nom d’écrivain mort depuis au moins 20 ans. Grégoire Zabé insiste : « Il fallait que ces noms soient ancrés dans le vécu du quartier, plutôt qu’ils soient attribués par une commission qui ne connaît pas Hautepierre. » Au final : un chemin Peter Pan, un square Gribouille, une allée Le Petit Prince et d’autres dénominations pour 30 nouveaux lieux au sein du quartier.

En 2011, Horizome publie "Mobilités", qui décrit les déplacements de certains habitants du quartier. Le but : expliquer que l'enclavement spatial dans les quartiers est une fausse idée. (Photo : OG / Rue89 Strasbourg)
En 2011, Horizome publie « Mobilités », qui décrit les déplacements de certains habitants du quartier. Le but : expliquer que l’enclavement spatial dans les quartiers est une fausse idée. Photo : OG / Rue89 Strasbourg

Mettre les habitants en avant

De ses travaux et observations du terrain, l’association publie en 2011 un ouvrage, « Mobilités » (édition Horizome), qui interroge l’enclavement du quartier. Les recherches montrent que les habitants sont mobiles, d’une maille à une autre, et d’un quartier à un autre. Mattar, un jeune du quartier a été mêlé à l’aventure : c’est lui qui a pensé toute la charte graphique des parcours de mobilités.

Foodtruck, réparateur de pneus, restaurant d’insertion : Horizome réfléchit aussi à la manière de mettre en valeur des initiatives et projets professionnels d’habitants. « On ne faisait pas nécessairement de distinction entre ce qui était légal ou illégal. Quelques semaines après le lancement d’un des projets, le réparateur de pneus, qui faisait ça au black, s’est fait déloger par la police. Ça nous a permis de mieux nous questionner sur la manière de mettre en avant ces initiatives individuelles », raconte Pauline Desgrandchamp.

La petite entreprise informelle et itinérante de réparateur de pneus n'a pas duré longtemps et a été délogée par la police. (Photo : Horizome)
La petite entreprise informelle et itinérante de réparateur de pneus n’a pas duré longtemps et a été délogée par la police. Photo : Horizome

L’engouement pour l’aménagement de la place Érasme

En 2013, l’aménagement de la place Érasme, dans la maille Éléonore, contribue davantage à ancrer Horizome dans le paysage du quartier. Accompagnée d’habitants, du collectif strasbourgeois Délits d’Archi, d’étudiants de l’école d’architecture strasbourgeoise et d’autres associations de Hautepierre comme l’AMI (Animation Médiation Insertion) ou la (Jeunes Equipes Education Populaire), Horizome élabore une aire de jeux, une structure pour la musculation, mais aussi des bancs, qui étaient jusqu’alors inexistants à Hautepierre. Laurine Sandoval, coordinatrice générale de l’association, sourit : 

« Les bancs ? C’étaient des caddies ! Il y en avait partout et c’était presque le symbole du quartier à tel point que le centre commercial voisin avait installé un système avec des blocs de béton pour qu’ils ne soient plus pris d’assaut. »

Les installations, faites à partir de palettes de bois, ne sont pas fixées au sol. Horizome observe alors les usages qu’en font les riverains. Grégoire Zabé détaille :

« En deux jours, un banc avait été déplacé d’un coin à un autre du quartier. Ces déplacements nous révèlent un certain nombre de choses sur les besoins et les envies selon les endroits. Cela permet de réaliser des projets plus justes. »

Une confiance acquise sur le temps long

Après l’aménagement de la place Érasme, l’engouement dans le quartier a été tel qu’Horizome a vu affluer des demandes particulières. Un riverain souhaitait un terrain de pétanque par exemple. « C’était presque un besoin individuel ! », se souvient Grégoire Zabé. « Une histoire de confiance qui s’est progressivement mise en place », complète Pauline Desgrandchamp.

Avec la JEEP et la Maison des Adolescents, Horizome a aussi participé à la web-série « Au pied d’ma tour », tournée à Hautepierre et réalisée par trois jeunes du quartier. Un projet dont Laurine Sandoval s’enorgueillit :

« Les jeunes sont venus nous chercher. On les avaient rencontrés au moment de l’aménagement de la place Érasme, ils avaient dix ans. Aujourd’hui, ils en ont 17. On se rend compte qu’au bout de dix ans, on a quand même une certaine légitimité. »

Depuis quelques temps, d’autres jeunes du quartier, comme les rappeurs Sam du Binks ou James Gordon, poussent aussi la porte du local. Ils enregistrent leurs sons dans le studio qu’Horizome a installé en 2017.

« On évite pas le cliché de Tintin en terre inconnue »

« On évite pas le cliché de Tintin en terre inconnue », constate Pauline Desgrandchamp. « Certains habitants nous disaient qu’on faisait de belles promesses mais qu’ils ne verraient jamais rien venir. D’autres nous identifiaient comme des fonctionnaires de la mairie. »

Parfois, l’association s’est retrouvée en décalage avec des habitants comme avec cette photo d’un jeune couple qui s’embrassait, collée sur le mur d’un immeuble dans le cadre d’une exposition. Grégoire Zabé se souvient :

« C’était une certaine tranche d’âge qui avait du mal avec cette image. Et puis culturellement, il y a chez certains une pudeur. Nous, on découvrait ce genre de réactions par rapport à une telle photo. On a fini par l’enlever mais ça nous a aussi permis de mieux repenser notre communication sur nos actions. »

Des interventions à Neudorf et Koenigshoffen

En 2017, Horizome a traversé une période difficile avec une baisse des subventions des financiers du Contrat Ville et la fin des deux contrats aidés de l’association. Avec un dispositif local d’accompagnement (DLA), Horizome a repensé sa structure et compte désormais cinq référents de projets.

Pour multiplier les sources de financements, l’association a diversifié ses activités en sortant du quartier. Depuis juin 2019, l’association assure, avec l’association l’Étage, la gestion de l’ancienne clinique Sainte-Odile à Neudorf, devenu un espace d’hébergement d’urgence provisoire. Là aussi, Horizome propose des résidences d’artistes. Le savoir-faire de l’association a aussi été sollicité à Koenigshoffen pour repenser l’aménagement de la place Nicolas Appert. 

Et Hautepierre dans tout ça ? « Avant le discours c’était « il faut se démarquer ». Maintenant c’est « il faut faire de Hautepierre un quartier comme un autre », souffle Pauline Desgrandchamp. Elle poursuit :

« Si on pouvait exercer une quelconque influence, ça serait de changer le rapport dans le dialogue entre les pouvoirs publics et les gens du quartier. Que les rapports de forces et de dialogues puissent changer. On sait bien que c’est utopique. Mais l’utopie, c’est plein de possibilités. »

Voitures, allocs et sécurité : Pourquoi Jean-Philippe Vetter soigne sa droite

Voitures, allocs et sécurité : Pourquoi Jean-Philippe Vetter soigne sa droite

Le candidat de la droite à Strasbourg veut incarner une alternance « crédible », en renvoyant dos-à-dos les listes issues de la majorité sortante. Il débute sa campagne en insistant sur les thèmes fétiches de sa famille politique.

Il fallait se serrer pour pouvoir assister à l’inauguration du local de campagne de Jean-Philippe Vetter place Saint-Étienne vendredi 17 janvier. Une salle bien pleine, environ 300 personnes, alimentée avec un discours très applaudi. Pour quelqu’un qui découvrirait le candidat de 39 ans de « Les Républicains » aux élections municipales à Strasbourg, difficile d’imaginer que fin 2016, il soutenait Nathalie Kościuszko-Morizet, la figure la plus au centre à la primaire de la droite.

Engagé en politique et à droite depuis le début des années 2000, le conseiller municipal n’a d’ailleurs pas échappé à la critique du « bobo du centre-ville », comme la parisienne NKM, par le passé. Un surnom donné par des rivaux, y compris dans sa famille politique. Avec son positionnement de début de campagne, il se détache de cette qualification souvent péjorative, mais surtout très vague.

Commencer par soigner l’électorat de droite répond à une mécanique que l’on retrouve dans beaucoup de partis : d’abord rassembler sa famille et des militants pour faire campagne, avant d’ensuite toucher l’électorat plus indécis, qui s’intéresse plus tardivement à l’élection.

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Racisme : Omerta dans le foot amateur

Racisme : Omerta dans le foot amateur

Les gendarmes n’ont pas retenu le caractère raciste de l’agression contre des footballeurs noirs en mai 2018. Pourquoi se demande Piet ?

Kerfalla Sissoko s’est fait casser la mâchoire sur un terrain de foot à Mackenheim en mai 2018. Il dénonce une agression raciste, mais c’est lui qui sera jugé pour violences en réunion, avec les autres footballeurs impliqués.

L’enquête de la gendarmerie n’a pas retenu le caractère raciste de l’agression. L’ancien joueur de football a déposé une plainte avec constitution de partie civile pour injures raciales… Mais il lui fallait une consignation de 1 000 euros pour que sa plainte soit instruite. Suite à notre article du 20 janvier, les frais ont été avancés par l’ancien joueur de l’équipe de France, Lilian Thuram.

Le road trip d’électro planante de Thylacine à la Laiterie

Le road trip d’électro planante de Thylacine à la Laiterie

Après un passage à l’Ososphère en 2016, Thylacine revient à Strasbourg avec sa musique électronique intimiste et lancinante. Son dernier carnet de route a été composé en Argentine. L’artiste angevin le présentera vendredi 31 janvier à la Laiterie.

Thylacine n’a pas vraiment le profil du DJ qui renverse les foules. Plus proche du chef d’orchestre, que du savant fou des platines, William Rezé a commencé la musique en étudiant le saxophone au conservatoire. L’artiste assure même n’être venu que « sur le tard » à l’électro, en arrivant aux Beaux-Arts d’Angers après son bac :

« J’ai joué dans plusieurs groupes quand j’étais plus jeune, mais j’ai vite compris que je serai limité. J’avais envie de composer un morceau de A à Z, de raconter une histoire. Et la musique électronique m’a permis ça ! Avec un ordi, un clavier et un logiciel craqué, j’ai pu écrire mes premières compos. »

Thylacine, lors d’un concert à Paris en avril 2016 (Vidéo YouTube)

Une musique « pas taillée pour les clubs »

C’est le début de l’aventure Thylacine : un projet artistique au nom de marsupial aujourd’hui disparu. « La musique électronique m’a offert beaucoup de possibilités. J’y ai trouvé une flexibilité qui n’existait pas dans le jazz et encore moins dans le classique », explique-t-il.

Mais cette liberté créatrice, l’artiste angevin l’exprime avant tout en voyage, loin de son appartement parisien. Son premier coup d’éclat remonte à 2015 avec Transsiberian (label Intuitive Records). Dans cet album-concept, les ambiances enregistrées à bord du mythique train russe (bruit des roues, annonces en gare, chants polyphoniques) ont été samplées, et se mêlent avec douceur à une electronica lancinante.

« La musique que je compose est assez intimiste, dans le sens où elle n’est pas forcément taillée pour les clubs. Elle s’inspire de pas mal de choses organiques et texturées, mais aussi de musique classique, de jazz et de musiques du monde. »

Un studio mobile

Avec Roads – Vol.1, son deuxième album sorti au début de l’année dernière, Thylacine a cette fois jeté son dévolu sur l’Amérique latine. Pendant trois mois, le musicien globe-trotteur de 27 ans a sillonné les routes de l’Argentine. Non pas à bord d’un train, mais en tractant une caravane américaine Airstream des années 1970, transformée pour l’occasion en studio mobile. « Elle est autonome, puisqu’alimentée par des panneaux solaires. C’est mon petit cocon créatif qui me permet de me couper de tout », glisse-t-il.

Fini les contraintes techniques et l’intimité du wagon, William peut intégrer à sa guise claviers, guitares et instruments traditionnels argentins (flûtes, charango). Ce nouvel opus à l’accent espagnol, c’est aussi l’occasion de retrouver un vieil ami : le saxophone.

« J’ai mis pas mal de temps à intégrer le saxo dans ma musique. Ce n’était pas forcément évident pour moi au départ. Tout est venu de la scène, où je pouvais partir en impro pendant dix minutes en fermant les yeux.

Nouvel EP le 7 février dans les bacs

Si la musique de Thylacine invite à fermer les yeux et à se laisser emporter sur les routes du monde, il serait dommage de ne pas apprécier la scénographie de l’artiste. La majorité des images ont été captées au cours des pérégrinations du voyageur en Russie, en Argentine ou sur les îles Féroé. « Je retravaille toutes les séquences enregistrées exprès pour le live, détaille William. L’image est extrêmement importante pour moi, car c’est une source d’inspiration. »

Roads – Vol.1 appelant à une suite, le musicien solitaire vient d’enregistrer un nouvel EP intitulé Roads – Vol.2. Un nouveau voyage disponible dans toutes les bonnes crémeries le 7 février, et d’ici là, vendredi sur la scène de la Laiterie.

Incompréhensions après des expulsions à l’Hôtel de la rue

Incompréhensions après des expulsions à l’Hôtel de la rue

Après plus de six mois d’existence, des expulsions de résidents de l’Hôtel de la rue ont provoqué l’incompréhension parmi les premiers bénévoles du squat. Le président de La Roue Tourne parle de mesures « nécessaires. »

Que s’est-il passé dans la nuit du jeudi 23 au vendredi 24 janvier à l’Hôtel de la rue, ce squat situé au parc Gruber à Koenigshoffen ? Une vidéo publiée sur Facebook dénonce une « expulsion » d’un des résidents de ce squat d’une propriété de la Ville de Strasbourg, ouvert durant l’été 2019.

Vidéo de l’expulsion du 23 janvier, publiée sur Facebook par un membre de l’association gérant le Wagon Souk voisin (doc remis)

Président de l’association « La Roue Tourne », qui s’est constituée pour gérer le squat où vivent plus de 250 personnes, Edson Laffaiteur reconnaît l’incident :

« Nous avons été contraints d’appeler la police pour nous séparer de cette personne parce qu’elle s’est montrée menaçante à l’encontre des bénévoles de l’Hôtel. »

Lassitude des premiers bénévoles

Depuis plusieurs semaines, Edson Laffaiteur est accusé par d’anciens bénévoles ou d’anciens proches de La Roue Tourne d’expulser régulièrement des résidents du squat, créé à l’inverse pour sortir de la rue des personnes sans abri. La personnalité d’Edson Laffaiteur, souvent décrit comme une personne autoritaire, a découragé plusieurs bénévoles de la première heure.

Sur Facebook, Hélène Humbert, illustratrice et bénévole aux débuts de La Roue Tourne, a rédigé ainsi sa stupeur et son incompréhension face à ces expulsions :

« Les habitants de l’Hôtel sont manipulés, certains sont terrorisés, d’autres se font virer, en pleine nuit, en plein hiver, ils sont listés et une couleur leur est attribuée en fonction de leur rapport avec les membres de La Toue Tourne, bref, ils ne sont plus maîtres de leur quotidien. »

Extrait du post d’Hélène Humbert sur Facebook

Entre 5 et 10 expulsions

Aujourd’hui engagée au sein du Wagon Souk, un local artistique et festif situé en contrebas du parc Gruber, à 200 mètres du squat, Hélène Humbert dénonce :

« Les résidents doivent émarger tous les jours et s’ils ne le font pas, ils sont expulsés. Depuis quelques semaines, la police est régulièrement appelée par les membres de La Roue Tourne, contre les habitants ! C’est pourtant pour eux que nombre de Strasbourgeois se sont engagés à l’été, pour les familles et les enfants laissés à la rue. Aujourd’hui, s’ils ont le malheur de déplaire à Edson, ils sont remis dehors. C’est intolérable. »

Selon son comptage, au moins onze personnes ont été expulsées de l’Hôtel de la rue ces dernières semaines, dont une famille russo-géorgienne avec un enfant en bas âge. De son côté, Edson Laffaiteur reconnaît « environ 5 expulsions » :

« Il n’y a pas d’arbitraire. Les personnes expulsées le sont après trois avertissements. On a tout l’historique. C’est dommage mais nous devons penser à la sécurité des 250 personnes qui vivent ici. Parmi les personnes expulsées par exemple, il y avait quelqu’un qui s’était enfermé dans les toilettes avec une jeune fille, qu’on a dû secourir en démolissant la porte… »

Un vigile payé par la Ville

Un règlement intérieur a été mis en place, interdisant par exemple de fumer à l’intérieur des locaux, ce qui n’est pas toujours compris par les résidents pointe Edson Laffaiteur.

De son côté, la Ville de Strasbourg a accepté de mettre à disposition de l’Hôtel de la rue un vigile, tous les jours de 18h à 6h du matin. Un travailleur social a également été missionné pour intervenir auprès des résidents pendant quatre mois. Ces éléments font dire à Edson Laffaiteur qu’un « accord » a été signé avec la Ville de Strasbourg, ce que cette dernière réfute.

Marie-Dominique Dreyssé, adjointe au maire (EELV) de Strasbourg en charge des Solidarité, précise :

« Nous n’avalisons pas cette occupation mais nous constatons qu’elle existe et nous faisons en sorte que les résidents soient en sécurité et trouvent des solutions. Il y a d’autres squats dans l’agglomération sur lesquels nous n’avons en revanche aucune prise… »

Une procédure d’expulsion est toujours en cours devant le tribunal d’instance de Strasbourg, à l’initiative de la Ville. L’audience a été plusieurs fois reportée, un rendez-vous devant le tribunal d’instance est programmé le 25 février.

En outre, environ 250 à 280 personnes seraient hébergées au squat Bugatti à Eckbolsheim. En tout, plus de 500 personnes seraient abritées dans 3 à 4 squats ouverts dans l’agglomération. La Roue Tourne en revendique un second, dont l’adresse n’est pas divulguée.

« Il ne faut pas en vouloir aux événements » : une exposition énigmatique au CEAAC

« Il ne faut pas en vouloir aux événements » : une exposition énigmatique au CEAAC

Il ne faut pas en vouloir aux événements : derrière ce titre énigmatique se cachent les sculptures, peintures, photographies, films et installations de 14 artistes contemporains de la région tri-rhénane sélectionnés par l’équipe du CEAAC dans le cadre de la Regionale 20. L’exposition est visible jusqu’au 16 février.

Pour sa 20e année, la plateforme de création artistique Regionale dynamise l’art contemporain en exposant les artistes du bassin rhénan (Suisse du nord-est, Bade du sud et Alsace).

Instaurée depuis 10 ans à Strasbourg par l’association Accélérateur de particules, elle est devenue un événement important de la scène artistique locale. À Strasbourg, c’est au Centre Européen d’Actions Artistiques Contemporaines (CEAAC), ancien magasin de verrerie au décor Art nouveau à la Krutenau, que l’on peut découvrir l’exposition Il ne faut pas en vouloir aux événements.

Ce titre, emprunté à l’empereur et philosophe romain Marc Aurèle, suscite la réflexion : de quels événements est-il question ? Les sens du visiteur sont éveillés par les travaux des 14 artistes exposés (Mali Arun, Sylvain Baumann & Florine Leoni, Patric Binda, Petra Blocksdorf, Sofia Durrieu, Pawel Ferus, Jérémy Gigandet, Jan Hostettler, Inès P. Kubler, Camillo Paravicini, Bianca Pedrina, Vera Sebert & Lara Hampe). Les « événements » qu’ils saisissent sont variables, incertains et fluctuants. En somme, ces artistes explorent le caractère aléatoire du monde et de l’existence.

Le commissariat collectif formé par l’équipe du CEAAC invite à cheminer dans la scénographie linéaire pour poser un regard original sur les phénomènes banaux qui habitent le monde.

Au rez-de-chaussée, l’œuvre interactive Dancing Companion (2019) de Sofia Durrieu incarne à sa manière la notion même d’événement. Composée d’objets monopolisant autant l’ouïe que l’odorat ou le toucher, elle est dissimulée au premier regard par une cimaise. À gauche, disposés sur une étagère, une bougie et une cigarette éteintes, une plante, un smartphone, ainsi qu’un verre de whisky. À droite, une forme organique blanche est suspendue à un mécanisme métallique. Épinglées au mur, les instructions sont simples : choisissez la musique qui vous plaît, prenez la forme blanchâtre dans votre main puis dansez !

Danse mécanique

Les interfaces humain-machine, c’est-à-dire les outils qui favorisent les interactions entre l’individu et la machine, se développent de plus en plus. Être invité à danser un slow avec un mécanisme est donc un événement qui questionne la manière de vivre actuelle et future. Enivré dans cette danse solitaire, le danseur en oublie la dernière instruction « laissez gentiment le bras se poser. » En lâchant la tige, la magie se brise. Un bruit sourd résonne dans tout l’espace, et ramène brutalement le danseur à la réalité. 

« On se sent observé. C’est dommage, c’est une belle expérience, » confie un jeune homme après avoir partagé une danse avec l’œuvre. En effet, la scénographie propose une ambiance tamisée, favorisant l’intimité et la liberté. Le visiteur souvent timide, ne se sent généralement pas autorisé à toucher l’œuvre. Du fait du manque d’intimité, du regard omniprésent de l’Autre, l’expérience n’est pas aisée.

Sofia Durrieu, Dancing Companion, 2019 Photo : graphie : Bum-Erdene Od-Erdene

Solitude et multiplicité

Toujours au rez-de-chaussée, l’œuvre How close we are (2009) des artistes Sylvain Baumann et Florine Leoni siège au centre de l’espace à la manière d’un chantier abandonné. Paradoxalement aussi massive qu’aérienne, la structure est poinçonnée de part en part tel un grillage. Un vestige apocalyptique ? Un chantier ? Les murs d’une cage ? Un jeu de regard entre spectateurs s’opère à travers la structure alvéolée. Entre le jeu de cache-cache et les effets de voyeurisme encouragés par les architectures des grands ensembles dans les villes contemporaines, l’oeuvre met le spectateur dans la position de l’observateur observé.

Sylvain Baumann et Florine Leoni, How close we are, 2009 Photo : graphie : Bum-Erdene Od-Erdene

En montant à l’étage pour observer dans sa totalité How close we are, le visiteur rencontre l’œuvre de Patric Binda, Schuhleiste (2018). Chacun trouve chaussure à son pied grâce à ce mur d’embauchoirs aux formes pour le moins curieuses. À la manière d’un bestiaire fantastique, l’univers parallèle et anachronique de l’artiste met en jeu l’hybridation, celle des corps et des identitées. La notion de normalité s’en trouve questionnée à nouveau frais.

Patric Binda, Schuhleiste, 2018 Photo : graphie: Bum-Erdene Od-Erdene

Penser en relation

Placée à l’entrée de l’exposition, l’oeuvre Pay Attention Motherfuckers Remastered (after Bruce Nauman) (2018) de Pawel Ferus débute et clôt la parcours circulaire de l’exposition sur une note déconcertante. Inclassifiable, l’oeuvre découle selon lui du « sentiment de colère face à la condition humaine. »

Bruce Nauman, auquel Ferus fait référence, est un artiste contemporain américain pluriel ayant fondamentalement marqué l’histoire du l’art du XXe siècle à travers la performance, l’art vidéo, la sculpture et l’installation. En 1973 ce dernier avait encré en miroir sur une feuille de papier les mots “Pay Attention Motherfuckers”, forçant les regardeurs à un effort de décryptage. Pawel Ferus lui, choisit de graver ces mots sur la pierre. La dalle de marbre, qui fait figure de pierre tombale, rappelle le motif du memento mori (souviens-toi que tu vas mourir). En disposant face au bloc de pierre une glace, il mâche le travail de lecture en rendant à l’écriture son sens originel (droite à gauche). L’oeuvre déroute, car le spectateur ne sait pas sur quel élément porter son attention.

Pawel Ferus, Pay Attention Motherfuckers Remastered (after Bruce Nauman), 2018 Photo : graphie: Alice Andrieux

Le commissariat de l’exposition Il ne faut pas en vouloir aux événements est collectif : c’est l’équipe du CEAAC (de la chargée de communication jusqu’au régisseur) qui a choisi les oeuvres, développé un fil conducteur et une scénographie.

Face aux 700 candidatures proposées à leur commissariat par la Regionale, le collectif a souhaité « un retour à la base, à la création qui fait du bien, » ce qui les a amené à exposer plusieurs oeuvres de mêmes artistes pour développer une vision globale de leur travail. Malgré un aspect vivant et interactif, l’exposition demeure difficile à comprendre car les oeuvres sont complexes. Il faut tenter l’expérience, prendre le temps de s’y attarder, pour que les différentes strates de sens se dévoilent.

En sondant les préoccupations des artistes contemporains de la tri-région, la Regionale 20 leur donne une voix commune. Le fil rouge de l’événement s’articulait cette année autour de l’écologie, qu’elle soit corporelle ou environnementale. La manifestation a fait état d’une conscience collective tournée vers le monde et l’Autre.

#Ceeac

Les derniers mots du général de Gaulle sur la scène du TAPS

Les derniers mots du général de Gaulle sur la scène du TAPS

Créé en octobre 2016 au PréO d’Oberhausbergen, Le Crépuscule revient pour cinq représentations au Théâtre Actuel et Public de Strasbourg (TAPS) à partir du 28 janvier. Lionel Courtot met en scène le dernier entretien entre deux grands hommes : André Malraux et le général de Gaulle. Cet échange, dans les lueurs mourantes d’une maison de campagne marque un changement d’époque.

Le Général de Gaulle, figure incontournable de l’Histoire de France. Mais qui connait l’homme derrière l’éternel képi des manuels scolaires ? C’est à cette question répond en partie Le Crépuscule. En décembre 1969, André Malraux vient rendre visite à son ami Charles de Gaulle, retiré dans sa demeure de Colombey-les-Deux-Églises après le désaveu du référendum d’avril 1969.

Il en tirera un livre, Les Chênes qu’on abat…, publié en 1971, quelques mois après la mort du Grand Charles. Cet ultime échange apparaît comme un testament adressé à la nation. Charles de Gaulle y revient sur sa vie au service du pays, avec mélancolie, amertume et parfois humour.

André Malraux et Charles de Gaulle dominent la scène, comme deux figures hors du temps discutant du destin du monde. Photo : de Nicolas Elsaesser

Trouve-ton un homme derrière le général ?

Ce dialogue intime, près de la mort, fait éclater la sempiternelle figure d’un général à la confiance inébranlable, d’un chef d’État stoïque face au chaos de l’Histoire. Libéré de ses tâches et de ses devoirs qui semblaient corseter l’homme dans sa fonction, il fait part de ses doutes.

La plume de Malraux sublime les paroles et le texte est d’une grande qualité littéraire. C’est un moment d’intimité publique, soigneusement poli et destiné à la présentation.

Les deux amis sont aussi deux grands noms inscrits dans les pages de l’histoire de France. Photo : de Nicolas Elsaesser

Le titre de la pièce est, comme celui du livre de Malraux, tiré du poème d’éloge funèbre que Victor Hugo dédie à Théophile Gauthier :  » Oh! Quel farouche bruit font dans le crépuscule, Les chênes qu’on abat pour le bûcher d’Hercule!  » Le spectacle de Lionel Courtot prend l’aspect d’un panégyrique à la mémoire du président français. La scénographie est pensée pour grandir l’homme. Des lumières mourantes nimbent le lointain d’une aura crépusculaire, tragique et sublime.

Philippe Girard porte idéalement la grande stature de Charles de Gaulle. Sur la vaste scène dépouillée, il occupe les rectangles de lumière comme une statue commémorative. Il est parfois difficile de se détacher de l’impression de faire face à une figure historique. La fascination qu’exerce le général demeure inaliénable.

Le commentaire est lancé vers le futur de la France

À l’heure où, dans la bouche de responsables politiques, se revendiquer du gaullisme ne mange pas de pain, Le Crépuscule recadre les valeurs d’une idée dont le temps a émoussé le souvenir. En ayant reposé toutes ses responsabilités politiques, Charles de Gaulle ne peut s’empêcher d’imager l’avenir du pays qu’il a servi toute sa vie. Il y applique les leçons tirées de son expérience. Ses commentaires, qui portent jusqu’à un siècle, mordent l’actualité.

Philippe Girard campe la haute stature et le visage acéré de l’homme d’état désabusé. Photo : de Nicolas Elsaesser

John Arnold incarne André Malraux dans une attitude d’observateur documentaliste. Sa façon de lancer le général sur des sujet, de poser les questions, lui donne des airs de Socrate. Il fait accoucher les paroles de l’homme et guide sa pensée. Il consigne ces mots, conscient de leur valeur. C’est alors intéressant d’essayer d’appliquer ce discours à notre époque. Où le général s’est-il trompé ? Où a-t-il eu raison ? Et, dans ce dernier cas, comment a-t-il pu voir si loin ? En s’interrogeant sur le caractère prévisible de notre situation actuelle, Le Crépuscule invite à effectuer nous-même ce travail d’anticipation.

Ce témoignage est précieux, et l’interprétation est talentueuse. Mais il est important de ne pas oublier tout ce qui ne peut être dit, ici, sur Charles de Gaulle et ses actions. La parole du général dans les mot de Malraux marque un point de vue qui ne peut être le seul audible. Le Crépuscule permet de recommencer à penser l’histoire. Une critique du gaullisme, et de ses conséquences, redevient possible avec une mémoire ainsi rafraichie.

Deuxième pic de pollution aux particules de l’année, les transports moins chers dans l’Eurométropole

Deuxième pic de pollution aux particules de l’année, les transports moins chers dans l’Eurométropole

Suite aux mesures d’Atmo Grand Est, le plan d’actions renforcées contre la pollution de l’air est activé à partir du samedi 25 janvier. Les transports en commun seront à prix réduit.

Après celui du 1er janvier, le deuxième pic de pollution à particules fines (PM10) de l’année 2020 est annoncé pour le samedi 25 janvier à Strasbourg. L’association agréée pour la surveillance de la qualité de l’air pour le Grand Est (Atmo Grand Est) informe d’un dépassement du « seuil d’information » (entre 50 et 80 microgrammes/m3) de particules fines dans l’air pour la deuxième journée consécutive Par conséquent, cela fait basculer Strasbourg en « seuil d’alerte » sur le critère de persistance. L’Eurométropole a déclenché ses mesures pour réduire les émissions.

Transports en commun à prix réduit

Pour inciter à réduire l’utilisation de la voiture, la Compagnie des Transports Strasbourgeois (CTS) propose un forfait journalier « Pic de pollution » à 1,80 euros en vente dans les distributeurs des stations de tram, de la ligne G et à l’agence CTS.

Le Réseau 67 d’autocars de la Région Grand Est espère également inciter à l’utilisation des transports en commun avec un forfait spécial « pollution-air » à 2,50 euros l’aller-retour.

Des Vélhop cadenassés dans la rue. Photo : Rue89 Strasbourg

Pour les personnes « non-vulnérables », le vélo est un autre moyen de transport à privilégier plutôt que l’automobile. Velhop Strasbourg propose la location de vélos à 3 euros la journée dans les boutiques Centre, Gare, Université, Koenigshoffen et Schiltigheim.

Des gestes simples pour se protéger des polluants

Atmo Grand Est conseille aux personnes dites vulnérables (les jeunes enfants, les personnes âgées, asthmatiques, allergiques, ou souffrantes de troubles cardiaques et respiratoires) de ne pas faire du sport et de limiter leurs déplacements surtout aux heures de pointe et sur les grands axes.

Avec les « Colleuses » de Strasbourg : « On se sent plus fortes dans la rue »

Avec les « Colleuses » de Strasbourg : « On se sent plus fortes dans la rue »

Les longs messages contre les violences faîtes aux femmes se multiplient sur les murs de Strasbourg. Deux « colleuses » expliquent le sens de leurs actions.

« J’ai un ami au lycée il ne comprend pas pourquoi on fait ça, il me dit qu’on parle jamais des hommes alors qu’il y a aussi des hommes qui meurent. Les collages, c’est pas pour invisibiliser les hommes, c’est pour visibiliser les femmes. » Eve, créatrice de la page Instagram des « colleuses » de Strasbourg, résume sa démarche. Cette page strasbourgeoise existe depuis septembre 2019.

Le groupe compte environ 70 membres dont une vingtaine d’actifs. Aux côtés d’Eve, Armelle participe presque à toutes les sessions de collage. Le groupe a collé plus d’une centaine de messages sur les murs de la ville. Ces deux activistes ont accepté de répondre à nos questions.

Rue89 Strasbourg : comment choisissez-vous les lieux où vous collez vos messages ? Est-ce fait de manière stratégique ou à l’intuition ?

Armelle : « Il y a un peu des deux. Souvent on se donne un lieu de rendez-vous et on déambule dans la ville. On choisit les lieux en fonction du mur. S’il est bien lisse, c’est plus simple pour coller dessus. Avec un lampadaire pas très loin, le message ressort bien. Il y a certaines filles qui se baladent dans Strasbourg et prennent des notes quand elles ont repéré des lieux qui sont biens, mais ça se fait plutôt au feeling en général. »

Eve : « Avec le marché de Noël aussi c’était stratégique. On choisissait des endroits où il y avait beaucoup de touristes. Il y a aussi des filles qui essayent de coller vers Cronenbourg ou Koenigshoffen, des lieux plus isolés pour donner de la visibilité à nos messages. » 

Comment choisissez-vous vos messages ?

Eve : « Il y a un groupe Whatsapp national où les filles de Paris ont envoyé une liste des slogans les plus utilisés. Souvent, c’est un peu les mêmes qui reviennent sinon on les invente. Il y a des messages qui ont aussi été changés par exemple “naître femme tue,” parce que c’est transphobe. D’autres messages ont été rajoutés, pour parler des violences en général. »

Des activistes entrain de coller le message « tu pourrais être la prochaine » Quai Sainte-Attale Photo : collages_feminicides_stras

Pourquoi avez-vous choisi ce mode d’action ? 

Eve : « À la base c’est parti d’un mouvement à Paris lancé par Margherite Stern et moi j’ai tout de suite accroché avec ce mode de fonctionnement, j’ai trouvé que c’était parlant et visible. »

Armelle : « Il y aussi le fait qu’on va coller entre nanas. Et finalement, on a vraiment l’impression de se réapproprier la ville et qu’il ne peut rien nous arriver. On se sent beaucoup plus fortes dans la rue et pour une fois, on peut se balader de nuit sans avoir peur et ça fait du bien. »

Pour préparer vos messages, où vous réunissez-vous ?

Armelle : « Chacune le fait dans son coin, parce que pour la plupart, on n’a pas de grands appartements et ça prend énormément de place de faire sécher. On écrit les messages à la peinture noire, donc il faut aussi un temps de séchage, si on se rejoint à 20h chez quelqu’un on se rend compte qu’on a pas le temps d’attendre et d’aller coller ensuite. »

Ce collage a tient depuis plusieurs semaines en janvier place Sainte-Aurélie dans le quartier Gare. Photo : PF / Rue89 Strasbourg

Pourquoi des feuilles blanches avec une lettre en noire par feuille A4 et pas des graffitis ? 

Armelle : « Les graffitis c’est de la dégradation de bien public alors que là ce ne sont que des feuilles. C’est une différence énorme car on ne dégrade pas les bâtiments. Et on écrit une lettre par feuille car le message ressort beaucoup plus de loin. »

Eve : « S’il y a des problèmes avec la police, il suffit de décoller les feuilles. »

Quelles sont les difficultés que vous avez rencontrées ? 

Armelle : « À Strasbourg, on n’a jamais eu de problème avec la police. La plupart des gens qui viennent nous parler nous encouragent à continuer. Il y a même des gens qui ont demandé s’ils pouvaient nous aider financièrement. À la quinzaine de collages que j’ai fait, en tout je n’ai rencontré que deux personnes qui n’étaient pas d’accord avec ce qu’on faisait. Une qui a crié de loin et une autre qui est venue nous voir en disant “les filles je viens vous voir mais vous n’allez pas être contentes de ce que je vais vous dire.” Il n’était pas agressif du coup c’est parti en discussion, c’est juste qu’il ne comprenait pas pourquoi on collait. »

Les colleuses qui affichent le message « Tuer ≠ Aimer » près du quai des Bateliers. Photo : collages_feminicides_stras

Avez-vous un exemple de message d’encouragement ?

Armelle : « La dernière fois qu’on est allées coller, une femme est venue nous voir pour nous remercier. Elle venait de sortir d’une relation toxique et elle n’arrivait pas à en parler dans son entourage. Se balader dans Strasbourg et voir les messages, ça lui faisait du bien. Elle se sentait moins seule. » 

Est-ce que les messages sont arrachés ?

Armelle : « Oui et on voit tout de suite la différence quand c’est la municipalité qui les arrache ou quand c’est les gens. Quand c’est les gens qui le font, c’est mal arraché et il y a pleins de papiers par terre. »

Eve : « Il y en a qui s’amusent parfois à arracher juste un mot ou une lettre pour que la phrase change totalement de sens. »

Vers quelle heure allez-vous coller ?

Armelle : « Ça dépend des quartiers, nous dans le centre-ville on va coller de nuit. Il y en a une qui colle du côté de Hautepierre et de l’Elsau et elle le fait à un autre moment pour être sûre de ne pas se faire embêter. »

Avec quoi collez-vous ? 

Armelle : « De la colle à papier peint. Donc juste un mélange de colle et d’eau, c’est pour ça que ça se décolle assez facilement. »

Les sessions de collage sont-elles ouvertes aux hommes ? 

Eve : « Il y a déjà eu cette question plusieurs fois dans le groupe. C’est pas fermé aux hommes, c’est juste qu’à partir du moment où une fille ne veut pas coller avec un homme, c’est non. »

Armelle : « Quand on va coller, c’est aussi un moment où on se retrouve entre filles et ça fait tellement du bien d’avoir ça dans notre vie de tous les jours. Après, ça ne me dérangerait pas qu’un homme vienne coller avec nous. » 

À Lampertheim, les demandeurs d’asile vivent avec les cafards depuis des années

À Lampertheim, les demandeurs d’asile vivent avec les cafards depuis des années

Dans le centre d’hébergement d’urgence à Lampertheim, des dizaines de demandeurs d’asile vivent parmi les cafards et les punaises depuis 2017. Adoma, l’organisme responsable de la structure, promet de nouvelles mesures contre ces nuisibles tout en arguant des moyens limités mis à disposition par l’État.

« Les cafards sont partout. Ils sortent surtout la nuit. Quand on cuisine, ils tombent parfois dans la casserole… » Albanaise exilée, Dora (le prénom a été modifié) vit dans le centre d’hébergement d’urgence Adoma à Lampertheim depuis plus d’un an.

Au même étage, Arben, aussi d’origine albanaise, nous montre les insectes dans les placards et l’aération bouchée avec du journal dans sa chambre : « Ils entrent par là », explique-t-il. L’homme date l’apparition des nuisibles dès son arrivée dans la structure, en 2017.

Ces cafards dans la cuisine du centre d’hébergement d’urgence de Lampertheim ont été filmés au mois de décembre 2019. (Document Remis)

Une pile électrique pour ouvrir les portes

Près de 80 personnes vivent actuellement dans cet ancien hôtel Formule 1, coincé entre une route départementale et une voie de chemin de fer.

Dora ne s’y sent pas en sécurité : la plupart des chambres peuvent être ouvertes à l’aide d’une simple pile électrique. Il y a bien un vigile pour surveiller, mais seulement trois heures par jour. « Moi, ça me fait peur que quelqu’un puisse rentrer dans ma chambre à n’importe quel moment », murmure-t-elle.

Le délabrement des bâtiments est complet Photo : GK / Rue89 Strasbourg / cc

Pour nettoyer leurs vêtements, les résidents sont contraints de se rendre dans une laverie automatique à Strasbourg. « Certaines femmes lavent leur linge à la main, comme à l’époque », ajoute Fikret (le prénom a été modifié).

Selon Nathalie Burger, directrice territoriale Adoma, le prestataire de service pour la laverie a cessé son activité en juillet 2019. « On vient de trouver une nouvelle entreprise », assure-t-elle au cours d’une interview accordée sur place mardi 21 janvier.

Certains habitants sont contraints de laver leurs vêtements à la main, à l’extérieur du centre. (Document remis)

Les promesses d’Adoma

En traversant le couloir de l’ancien hôtel, Nathalie Burger assure que le problème des portes qui s’ouvrent grâce à des piles sera bientôt réglé : « Un nouveau système d’ouverture a été commandé. » Et les cafards ? « Jusque l’année dernière, la problématique était traitée en interne, explique la directrice territoriale. Désormais nous privilégions le recours à des entreprises spécialisées mais leur délai d’intervention est plus long… »

Le recours à une entreprise extérieure contre les cafards justifie des délais d’interventions plus longs, selon Adoma Photo : GK / Rue89 Strasbourg / cc

Objectif : « réduire les nuitées hôtelières »

En 2017, CDC Habitat a racheté le bâtiment du Formule 1 de Lampertheim, alors propriété du groupe AccorHotel. Adoma, filiale du bailleur social, a remporté un marché public « relatif à l’ouverture de 5 000 places d’hébergement d’urgence avec accompagnement social. » Objectif de l’État : réduire le « recours aux nuitées hôtelières (pour un public en situation de grande précarité, ndlr) ».

Car la solution hôtelière cumule deux inconvénients : son prix et l’absence d’accompagnement social. Un gérant d’hôtel de l’Eurométropole, en contrat avec l’État pour une partie de ses chambres, explique que son établissement est rémunéré 30 euros par nuit pour un studio, 60 euros pour un appartement deux pièces :

« On ne fait aucune différence entre nos clients et les personnes envoyées par les Services intégrés de l’accueil et de l’orientation (SIAO) ou le Conseil départemental. »

Mais pour le centre Adoma de Lampertheim, ce forfait ne s’élève plus qu’à 18,21 euros par place par jour. En outre, ce tarif ne comprend pas seulement l’hébergement mais aussi l’accompagnement social des résidents… Nathalie Burger résume :

« Nous avons deux intervenants sociaux et deux agents polyvalents sur place. Avec la responsable du site (qui gère trois autres structures, ndlr), ça fait 4,25 équivalents temps plein (ETP). »

« Des locaux dont personne ne veut »

Le forfait accordé par l’État est-il trop faible ? « Bien sûr, on peut dire que c’est insuffisant », répond la cadre d’Adoma, avant d’ajouter :

« Je considère que l’on peut mener un travail de qualité sur la base de ce forfait (…) selon moi, la priorité devrait être donnée à la création de places d’hébergement supplémentaires, avant d’envisager une augmentation du financement des places existantes  »

« Des locaux dont plus personne ne veut »… sauf l’État. Photo : GK / Rue89 Strasbourg / cc

Contactée, la préfecture du Bas-Rhin assure que « les sites utilisés pour l’accueil des personnes doivent respecter les conditions de sécurité et de décence. » La direction départementale déléguée (DDD) est ainsi censée « attester trimestriellement de la bonne exécution du marché public. »

Selon une travailleuse sociale engagée dans l’hébergement d’urgence dans le Bas-Rhin, l’État cherche des solutions alternatives aux nuits d’hôtels pour assurer sa mission d’hébergement d’urgence. Mais elle constate que « la plupart des locaux utilisés pour héberger les personnes sont ceux dont plus personnes ne veut… Et aucun travail de maintenance, pour rendre les locaux plus adaptés, n’est réalisé. »

Les Oscars du capitalisme à Strasbourg mercredi

Les Oscars du capitalisme à Strasbourg mercredi

En tournée dans toute la France, le Pap40 et le cardinal Triple A seront à Strasbourg mercredi pour remettre les Doigts d’or aux bons soldats du capitalisme. Résignez-vous bande de feignasses !

Vive la sainte croissance, vive le saint emploi ! C’est avec ce genre de credo que l’Église de la Très Sainte Consommation est en tournée avec la cérémonie des Doigts d’or, les Oscars du Capitalisme. Le Pap40 et le cardinal Triple A seront au Molodoï à Strasbourg mercredi 29 janvier. Parmi les invités locaux : Thierry Kuhn, le directeur d’Emmaüs Mundolsheim.

Bande annonce des Oscars du capitalisme 2020

Les Oscars du Capitalisme sont rôdés, mais tout comme l’exploitation des êtres humains par d’autres finalement. La cérémonie en est à sa 7e édition et consiste en une rétrospective des séquences cultes de l’année écoulée  investissements faisant fi des contraintes écologiques, contournements se riant des contraintes fiscales et d’une manière générale, une célébration de ces politiques qui visent à mettre les pauvres et les feignasses au travail afin que les riches puissent continuer à l’être de plus en plus.

Caricature ou… pas tant ?

Comme chaque année, la sélection a été rude tant la religion de la croissance et de l’emploi compte de fidèles. Plusieurs catégories sont prévues, dont :

    Meilleure répliqueMeilleur acteurMeilleur mâleMeilleur chien de gardeDoigt d’or de l’ennemi public n°1 du capitalismeet… l’extrême doigt d’or.

Gagnez vos places pour « Cent mètres papillon » au Point d’Eau

Gagnez vos places pour « Cent mètres papillon » au Point d’Eau

Le Point d’Eau et Rue89 Strasbourg vous invitent au spectacle événement de Maxime Taffanel, « Cent mètres papillon. »

Cent Mètres Papillon raconte l’histoire de Larie, un adolescent épris de natation. Il suit le courant en quête de sensations, d’intensité et de vertiges. Au rythme de rudes entraînements, et de compétitions éprouvantes, il rêve d’être un grand champion.

Ce récit témoigne de ses joies et de ses doutes, « au fil de l’eau ». C’est aussi l’histoire de Maxime Taffanel, nageur de haut niveau devenu comédien, l’histoire de son corps poisson devenu corps de scène.

« La prestation de Maxime Taffanel s’appuie sur une composition gestuelle parfaitement maîtrisée, une densité dramatique du récit bien équilibrée, entre joie et doute, entre rires et larmes, et une sincérité émouvante. »

Télérama

Le Point d’Eau est accessible en Tram B (arrêt Hôtel de Ville Ostwald), 18 min depuis Homme de Fer.