Enquêtes et actualité à Strasbourg et Eurométropole

Municipales : un projet de liste réclame « la transparence »

Municipales : un projet de liste réclame « la transparence »

« Les habitants aux commandes » tentent de monter une liste sans parti politique, ni élu sortant pour les élections municipales.

« Chantal Cutajar propose une liste autour de la démocratie participative et une semaine plus tard elle lance une étude pour implanter la foire Saint-Jean dans le centre-ville, sans interroger ses habitants. Le tout après les débats qu’on a eu cet hiver sur les contraintes que posent le Marché de Noël. »

Au bar la Perestroïka, Pacha Mobasher commente un article des DNA, circonspect. Avec Jean-Luc Poussin et d’autres Strasbourgeois, ils tentent de monter la liste « Les Habitants aux commandes » aux élections municipales de mars 2020.

« Aucune liste d’habitants n’émergeait »

Des contacts avec l’association de Chantal Cutajar, « Citoyens engagés, » avaient été noués. Mais la propulsion de l’adjointe comme candidate début janvier a poussé les Strasbourgeois à créer une nouvelle liste.

Pacha Mobasher a été candidat sans étiquette aux élections législatives 2016 (partielle) puis en 2017 à Strasbourg. Il livre son constat :

« L’offre politique s’est dessinée à l’automne et on a constaté qu’aucune liste d’habitants n’émergeait, contrairement aux projets actuels de partis et de personnes. »

Le tram à l’ouest, exemple qui ne passe pas

Pour Jean-Luc Poussin, cadre à la SNCF, c’est le dossier du tracé du tram vers Koenigshoffen qui l’a décidé à s’engager :

« Roland Ries a eu une salle hostile face à lui, puis une enquête publique où l’écrasante majorité a préféré le tracé par la gare. Mais le tracé rue du Faubourg-National a été choisi, uniquement parce qu’il coûtait moins cher. C’était pourtant une opportunité pour faire de l’intermodalité avec la gare. Et on aurait pu faire un espace de verdure pour le quartier dans la rue du Faubourg-National. »

Lassés que le terme « citoyen », à la mode, soit utilisé par plusieurs équipes, les deux amis parlent de liste « d’habitants ».

« Strasbourg capitale de la transparence » ?

Avec son programme, la liste plaide pour que Strasbourg devienne la capitale de la « démocratie participative », de la « transparence financière » et la « capitale des données publiques ». En clair, mettre en ligne tous les contrats, conventions, données et dépenses de la collectivité.

Jean-Luc Poussin donne un exemple du « dialogue bloqué » à Strasbourg :

« La municipalité a des procédures envers de nombreux habitants. Certains font des demandes pour avoir accès à des documents publics et doivent les réclamer devant les tribunaux. La collectivité se défend avec des avocats payés par le contribuable. Puis entre temps les documents sont fournis, donc la personne perd en Justice. »

Le « comité d’éthique« , issu du Pacte de la démocratie locale et supervisé par le déontologue, a déjà dénoncé ce type de dysfonctionnement.

Le logo du projet de liste. Les deux personnes citées dans l’article ont préféré ne pas apparaître en photo pour « ne pas se mettre en avant. » Photo : doc remis

Des propositions déjà formulées

La liste a déjà plusieurs propositions (à retrouver ici) comme une adaptation du Référendum d’initiative citoyenne (RIC) à l’échelle locale, un « chèque verdure » pour « redonner l’initiative aux gens » ou un budget culture à réorienter vers les quartiers. « Le théâtre du Maillon a par exemple quitté Hautepierre pour le Wacken », dénonce Jean-Luc Poussin.

Les personnes intéressées se retrouvent chaque mercredi soir à 18h au 10 boulevard Poincaré, dans le quartier Gare.

Un appel à candidats

Mais avant de se présenter, il faut encore trouver 65 colistiers. Pacha Mobasher lance un appel :

« On sait qu’il y a des listes orphelines et nous appelons à ce qu’elles se rejoignent, afin d’avoir des personnes de tous les quartiers. Notre tête de liste n’est pas désignée. »

« Les Habitants aux commandes » sait qu’elle n’a pas les moyens financiers des listes concurrentes. Elle aura du mal à rivaliser avec les équipes des listes déjà en place. Elle espère néanmoins faire avancer ses idées dans le débat local et pousser la future municipalité à plus de transparence, d’écoute et d’intégration des habitants.

Trois manifestations en trois jours contre les retraites par points

Trois manifestations en trois jours contre les retraites par points

L’intersyndicale appelle à de nouvelles mobilisations à Strasbourg contre la réforme des retraites les mercredi 22, jeudi 23 et vendredi 24 janvier.

Trois manifestations contre la réforme des retraites auront lieu mercredi 22, jeudi 23 et vendredi 24 janvier. À Strasbourg, l’assemblée générale intersecteurs et l’intersyndicale (CGT, FO, FSU, Solidaires, CNT) appellent d’abord à manifester mercredi à partir de 14h en partant de la place de la Gare. La « retraite aux flambeaux » partira jeudi 23 janvier à 17h30 de la place Kléber. Le lendemain, suite à l’appel de l’intersyndicale, les manifestants partiront à 14h de la place du Maréchal de-Lattre-de-Tassigny (aussi appelée place de la Bourse).

Manifestation contre la réforme des retraites du 17 décembre Photo : Victor Maire / Rue89 Strasbourg / cc

La « retraite aux flambeaux »

La « retraite aux flambeaux » est une nouvelle forme de manifestation contre la réforme des retraites. Des marches aux flambeaux ont déjà eu lieu la semaine dernière à Rouen, Quimper ou encore Nice. Les manifestants strasbourgeois feront un tour du centre-ville de la place Kléber, en passant par la rue du 22-novembre, puis la rue de la Division-Leclerc et la rue du Vieux-Marché-aux-Poissons avant de finir place Kléber.

Action surprise à la CFDT

Cette nouvelle semaine de mobilisation s’inscrit dans un climat tendu entre les partenaires sociaux. Des militants de la « coordination SNCF-RATP » ont fait irruption dans les locaux de la CFDT à Paris le vendredi 17 janvier. Les militants à l’origine de cette action surprise contestent les négociations menées par Laurent Berger, secrétaire général de la CFDT, avec le gouvernement qui mèneraient à la « régression sociale. »

Examen par le conseil des Ministres

Pour mobiliser contre la réforme des retraites, la journée de vendredi n’a pas été choisie au hasard : le conseil des Ministres va examiner le projet de loi pour la septième fois depuis le début du mouvement le 5 décembre.

Vendredi, le cortège strasbourgeois passera par la rue de la Première-Armée, la rue des Orphelins, le quai des Pêcheurs, la place d’Austerlitz puis celle de la République avant de rejoindre la place Kléber.

Malgré les multiples actions et opérations « coup de poing », la mobilisation recule du côté de la SNCF et de la RATP. Les conducteurs de la RATP ont décidé de suspendre le mouvement de grève durant cette semaine.

La justice condamne France Bleu à accepter une expertise des risques liés au travail

La justice condamne France Bleu à accepter une expertise des risques liés au travail

Après de nombreux reports d’audiences, le tribunal judiciaire de Strasbourg a condamné Radio France à accepter que son comité social et économique de l’Est réalise une étude sur les risques psychosociaux dans les régions Est et Bourgogne – Rhône-Alpes.

Raté ! En septembre, la direction de Radio France croyait pouvoir éviter une enquête interne sur les risques psychosociaux au sein de ses locales de l’Est et du Sud-Est de la France, en demandant à la justice d’annuler une délibération du Comité social et économique de l’Est (CSE Est).

Mais après avoir assigné par huissiers les trois représentants syndicaux responsables du CSE et cinq reports d’audiences, le tribunal judiciaire de Strasbourg (ex chambre civile) a finalement statué que la demande du CSE Est était légitime et a condamné Radio France aux dépens dans une ordonnance en référé du 14 janvier.

Harcèlements et management défaillant

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Victime d’une agression raciste, Kerfalla Sissoko sera jugé pour « violences en réunion »

Victime d’une agression raciste, Kerfalla Sissoko sera jugé pour « violences en réunion »

Victime d’une agression raciste lors d’un match de football amateur entre Benfeld et Mackenheim en 2018, Kerfalla Sissoko est convoqué mardi 28 janvier devant le tribunal correctionnel de Colmar en tant qu’accusé. Une cagnotte a été lancée pour permettre à l’ancien joueur de foot de réunir les 1 000 euros nécessaires pour déposer une plainte pour « injures à caractère racial ».

« Je me sens délaissé », souffle Kerfalla Sissoko. Le dimanche 6 mai 2018, l’ancien joueur de l’AS Benfeld est tombé inconscient. Il a été frappé par des supporters et footballeurs de Mackenheim. Deux coéquipiers, également d’origine africaine, ont aussi été violentés lors de cette rencontre. Pourtant, Kerfalla Sissoko et Mounir Aouali ont été convoqués devant le tribunal correctionnel de Colmar le mardi 28 janvier. Comme deux joueurs de l’équipe adverse, ils sont accusés de « violences en réunion »suite à une plainte des joueurs de Mackenheim.

Kerfalla Sissoko ne comprend pas : « Je passe de victime à accusé alors que j’ai fourni les documents médicaux (attestant d’une fracture de la mâchoire et aux côtes, ndlr). »

De gauche à droite : Moudi Aouali et Kerfalla Sissoko, à la sortie de l’audience en appel de la Ligue de Foot du Grand Est en août 2018. Photo : Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc

« Plus personne n’a rien entendu »

L’enquête de la gendarmerie n’a pas retenu le caractère raciste de cette affaire, regrette l’avocate de Kerfalla Sissoko, Me Caroline Bolla : « Quand on lit le dossier pénal, plus personne n’a rien entendu, comme si les insultes racistes étaient une invention… » « Retourne dans ta brousse, » « sale nègre… » Ces propos infâmes ont été laissés de côté par la gendarmerie, qui n’a pas retenu cet aspect des témoignages des victimes.

L’ancien entraîneur de l’AS Benfeld Jean-Michel Dietrich regrette de ne pas être convoqué en tant que témoin le 28 janvier :

« Je leur répéterai bien qu’ils ont subi des propos racistes. Si ça avait été qu’une équipe qu’ils voulaient taper, pourquoi seulement les joueurs d’origine africaine ont été frappés ? »

Une consignation de 1 000 euros

Me Bolla a bien tenté de déposer plainte avec constitution de partie civile pour « injure à caractère raciale »… mais l’obstacle est alors financier. L’ancien joueur de foot n’a pas les moyens de payer la consignation de 1 000 euros demandée par le juge d’instruction :

« La fondation Thuram (qui a soutenu Kerfalla Sissoko au début de l’affaire, ndlr) ne peut pas financer ce genre de choses. Je suis un petit employé dans une entreprise. Je n’ai rien pour payer. »

À l’approche de son procès, des soutiens de Kerfalla Sissoko ont lancé deux cagnottes pour réunir les 1 000 euros exigés, une sur Leetchie et Lepotsolidaire. Selon son avocate, en l’état actuel du dossier judiciaire, l’ancien joueur de football risque « plusieurs mois de prison avec sursis. »

Déjà condamnés par la Ligue de foot amateur

Dans cette affaire, ce n’est pas la première fois que Kerfalla Sissoko et Mounir Aouali se retrouvent parmi les accusés. En août 2018, la délégation alsacienne de la Ligue de foot amateur du Grand Est a confirmé en appel la condamnation de deux joueurs de Benfeld et de deux joueurs de Mackenheim à 10 matches de suspension. Kerfalla Sissoko n’a plus jamais chaussé de crampons depuis.

Kerfalla Sissoko a eu la machoire brisé et a failli s'étouffer sur le terrain (doc remis)
Kerfalla Sissoko a eu la machoire brisé et a failli s’étouffer sur le terrain lors de la rencontre contre Mackenheim en mai 2018. Photo : doc remis

« Un manque de solidarité en Alsace »

Antonio Gomez, membre du collectif antiraciste strasbourgeois D’ailleurs nous sommes d’ici, a soutenu les joueurs de Benfeld dès les débuts de l’affaire. Il dénonce aujourd’hui « un problème dans la solidarité en Alsace. »

Pour Jean-Michel Dietrich, ancien entraîneur de Kerfalla Sissoko, la Ligue de football amateur et les institutions judiciaires sont responsables de cette « situation lamentable » :

« Il a fallu attendre près de deux ans pour ce procès. En fait, les institutions du football et de la justice ont joué la montre pour qu’il n’y ait plus d’écho médiatique à cette affaire… Pour Kerfalla Sissoko, c’est une blessure grave qui traîne. La justice le traite comme un moins que rien… »

Jean-Michel Dietrich, président de l’AS Benfeld et fervent soutien de ses joueurs suite au match contre Mackenheim en mai 2018. Photo : Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc

« Je me méfie toujours »

Mounir Aouali, deuxième accusé de l’AS Benfeld, a repris le football en revanche. Il a rejoint un autre club, celui de Kilstett. « Mais j’ai pas trop le moral, je me méfie toujours… », confie-t-il. Les insultes racistes sont réapparues dès son premier match en tant que joueur de l’AS Kilstett en Coupe de France…

Si Kerfalla Sissoko voit d’un bon œil la dénonciation des injures racistes dans le football professionnel, il regrette le silence sur cette problématique au niveau amateur :

« J’ai juste voulu ouvrir les yeux de tout le monde sur ce qui se passe dans le football. C’est bien de voir ce qui se passe dans le monde professionnel pour arrêter le racisme mais il faut aussi sensibiliser dans les petits clubs… »

« Sur la réforme des retraites, il manque beaucoup de détails importants »

« Sur la réforme des retraites, il manque beaucoup de détails importants »

L’économiste Damien Broussolle est l’invité de « l’Université en campagne contre les idées reçues » de ce mercredi 22 janvier, consacré aux retraites. Pour l’enseignant-chercheur strasbourgeois, le changement de système souhaité par le gouvernement va impacter d’autres secteurs de l’économie, comme les impôts et l’assurance-chômage.

Les deux projets de loi de réforme des retraites seront présentés ce vendredi 24 janvier au Conseil des ministres, avant un examen par l’Assemblée nationale et le Sénat.

Mercredi 22 janvier à 18h30, Rue89 Strasbourg en partenariat avec le programme « L’Université en campagne contre les idées reçues » propose une nouvelle rencontre sur le sujet au Centre socioculturel de la Montagne Verte, après celle du 16 octobre.

L’invité est l’économiste strasbourgeois Damien Brousolle, maître de conférences et chercheur au Laboratoire de Recherche en Gestion et d’Économie (LARGE). Il a également travaillé trois ans en tant que contractuel au Ministère des Finances.

Des décisions attendues après le projet de loi

Pour l’économiste, le projet actuel ne permet pas de connaitre toutes les répercussions du basculement d’un système par répartition vers un système par points. En effet, certaines mesures doivent être décidées par ordonnances par le gouvernement, après le débats et votes du Parlement.

Parmi les points encore flous, Damien Broussolle donne l’exemple des chômeurs :

« Aujourd’hui, être au chômage permet d’accumuler des trimestres, le temps de l’indemnisation. Avec le système par points, la durée de cotisation ne compte plus. Combien de points permettra d’acheter l’indemnité versée ? Le projet de loi ne le dit pas. Il manque beaucoup de détails importants de ce type. Cette réforme des retraites intervient d’ailleurs après celle de l’assurance-chômage. C’est donc désormais l’État qui gérera ces questions et non plus les partenaires sociaux. On passe d’un système d’assurance à un système d’assistance. »

L’économiste Damien Broussolle reviendra sur la réforme des retraites Photo : JFG / Rue89 Strasbourg

Des cotisations qui remplacent les impôts

Dans l’analyse de cet économiste, le changement de système impactera par ricochet d’autres aspects des finances publiques, comme les impôts. Il revient sur la cotisation sur les hauts revenus, qui n’ouvrent pas de droits supplémentaires :

« Les salariés qui gagnent plus de 120 000 euros annuels supporteront une cotisation de 2,81% de leurs revenus pour participer aux dispositifs de solidarité qui ne les concernent pas, comme la retraite minimale à 1000 euros. Mais tous les salariés en-dessous de 120 000 euros paieront aussi cette « fraction » de solidarité : dans la cotisation de 28,12% du salaire, il y a 25,31% qui ouvre des droits à l’individu, auxquels s’ajoute 2,81% (soit 28,12% au total) pour ce même mécanisme de solidarité, aujourd’hui financé en partie par l’État via l’impôt. Donc tout le monde contribue en fait à hauteur de 2,81% de ses revenus. C’est une évolution vers une taxe unique, une flat tax en anglais, l’inverse de l’impôt sur le revenu qui est progressif. »

L’affiche de cette nouvelle conférence. Photo : réalisation Unistra

Quelques idées reçues…

« Il y a déjà un âge-pivot aujourd’hui, à 62 ans », « Le vieillissement de la population est un phénomène inquiétant », « La réforme est plus juste, car chaque euro cotisé ouvre les même droits pour tous »… Voici quelques idées reçues qui seront abordées au CSC de la Montagne-Verte. D’autres seront dévoilées au début de la rencontre.

Damien Broussolle expliquera si ces affirmations sont plutôt vraies, plutôt fausses ou à nuancer. Le public est également invité à poser ses questions.

Mercredi, des parents d’élèves manifestent contre le non-remplacement des professeurs absents

Mercredi, des parents d’élèves manifestent contre le non-remplacement des professeurs absents

Le collectif de parents d’élèves L’APEStE appelle à manifester devant le rectorat de Strasbourg le mercredi 22 janvier à 15h. Objectif : réclamer des « moyens humains supplémentaires » pour mettre fin à un non-remplacement chronique des professeurs absents des écoles strasbourgeoises.

« Dans l’école de mes enfants, il y a eu 27 jours d’absence depuis la rentrée, dont 17,5 non-remplacés », dénonce Audrey (le prénom a été modifié), mère de famille strasbourgeoise et membre de L’APEStE (Association des Parents et des Elèves de Strasbourg et de l’Eurométropole). Le collectif appelle à manifester devant le rectorat de Strasbourg mercredi 22 janvier à partir de 15h. Il espère ainsi obtenir des « moyens humains supplémentaires » pour mieux répondre aux absences des instituteurs.

En 2018 déjà, des parents d’élèves strasbourgeois dénonçaient le manque de remplaçants dans les écoles de l’Eurométropole. Photo : Doc Remis

Professeurs et élèves impactés

Le collectif dénonce les effets délétères de ces non-remplacements pour les enfants comme pour les institutrices : « Les élèves sont alors répartis dans les autres classes ce qui surcharge les autres enseignants, qui à leur tour, arrêtent d’épuisement… » Autre effet négatif pour les profs : face au manque de remplaçant, « les professeurs ne peuvent pas assister à leur formation continue », dénonce la porte-parole de L’APEStE. Elle conclut :

« Le non-remplacement des enseignants absents démontre le manque de moyen général pour l’éducation de nos enfants. »

Le collectif espère ainsi obtenir un rendez-vous avec la directrice académique des services départementaux de l’Education nationale (DASEN). La porte-parole de L’APEStE se souvient d’une mobilisation il y a deux ans :

« On sait juste qu’après notre manifestation, une chargée de mission en lien avec les remplaçants avait été recrutée. Donc manifester ça peut avoir un impact. »

Créé l’année dernière, le collectif L’APEStE s’est d’abord mobilisé sur la question des rythmes scolaires. Aujourd’hui, il mène la contestation sur le manque d’Accompagnants d’élèves en situation de handicap (AESH) ou autour de la question des sorties scolaires avec les femmes voilées.

Zéro déchet : Comment Fribourg met sa voisine strasbourgeoise à l’amende

Zéro déchet : Comment Fribourg met sa voisine strasbourgeoise à l’amende

Strasbourg expérimente, Strasbourg étudie, Strasbourg louvoie… Pendant ce temps à Fribourg, le tri des biodéchets et la taxe proportionnelle sont un non-sujet depuis plus de 20 ans. L’avant-garde allemande est aujourd’hui à l’étape supérieure : la chasse au suremballage.

Avec ses troncs massifs emboîtés et sa toiture végétale, l’écostation de Fribourg ressemble à un de ces trous de hobbit imaginés par Tolkien. Une sorte d’ambassade de l’écologie, construite en matériaux naturels ou recyclés en plein milieu d’un immense parc urbain. Ce matin-là, Ulrike Hecht reçoit une dizaine d’élèves en classe verte. Leur mission du jour : trier des déchets éparpillés sur le sol. Les gamins ont beau avoir 12 ans maximum, les erreurs sont rares. Et ce n’est pas une mince affaire quand on a cinq poubelles à sa disposition comme à Fribourg ! Grise pour les déchets non recyclables, bleue pour le papier, verte pour le verre, jaune pour les emballages, et enfin, marron pour les biodéchets. Pour Ulrike Hecht, on est jamais assez sensible au tri des déchets :

« En général, les plus jeunes savent très bien trier. Le problème, c’est qu’ils ne savent pas toujours pourquoi ils le font. »

La suite lui donne raison. Une fois les ordures triées, la question du devenir des déchets se pose aux élèves. Que fait-on des papier triés ? « On les brûle ! », s’exclame un gamin avec des étoiles plein les yeux.

Ulrike Hecht en plein atelier pédagogique à l’écostation. Photo : Pierre Pauma / Rue89 Strasbourg / cc

Deux fois moins de déchets à incinérer en 20 ans

Fribourg a toujours été en avance sur la gestion des déchets, même en Allemagne qui a déjà quelques années d’avance sur la France en la matière. Dans une région où les conservateurs de la CDU ont été bousculés par la poussée verte, la ville quasi frontalière avec la France a été remportée par les écologistes en 2002 ( aujourd’hui en cohabitation avec un maire sans étiquette, mais soutenu par les sociaux-démocrates depuis 2018).

Mais dès 1997, Fribourg a fait partie des premières villes à mettre en place un bac pour recueillir les biodéchets. Cela permet aujourd’hui à l’ASF, la société qui gère les déchets et la propreté des rues, d’afficher des résultats impressionnants. Son directeur marketing Peter Krause nous détaille le bilan. En 20 ans, la poubelle non recyclable du Fribourgeois moyen est passée de 193 à 89 kilos.

« Le tri nous permet de retirer environ 68 kilos de biodéchets de la poubelle grise par habitant. Certaines villes comme Berlin sont à 40 kilos. Cela nous permet de générer du biogaz qui est inséré dans le réseau énergétique, et du digestat qui sert de fertilisant dans les espaces verts de la ville. »

La poubelle marron de Fribourg, pour les biodéchets. Dans ce sac plastique, 20 ans de progrès écologique et fermentescible vous contemplent. Photo : Pierre Pauma / Rue89 Strasbourg / cc

Réduire ses déchets et économiser

Le principe pollueur-payeur fait lui aussi parti des meubles. Chaque foyer paie en fonction du nombre de personnes qui le composent et loue à l’année une poubelle dont le prix varie en fonction de son volume. Un couple avec deux enfants qui joue le jeu du zéro déchet peut s’en sortir avec moins de 200 euros de redevance par an. La même famille, qui a besoin d’un bac de 240 litres vidé toutes les semaines, paiera plus de 700 euros.

L’écostation de Fribourg date de 1986. Elle est isolée par une toiture végétalisée et est équipée de panneaux solaires. Photo : Pierre Pauma / Rue89 Strasbourg / cc

L’idée d’une taxe proportionnelle a beau faire son chemin en France, les élus des grandes villes se cabrent et alignent les arguments pour justifier leurs réticences : les risques de triche, et surtout, la difficulté à mettre en place ce dispositif dans des habitats collectifs, où les listes de locataires sont rarement à jour. Le Strasbourgeois est donc capable de payer en fonction de sa consommation pour l’assurance auto, l’électricité, le gaz, Internet… Mais pour sa poubelle, c’est mission impossible.

Le système français, « insensé » pour Ulrike Hecht

La taxe proportionnelle pour les poubelles est une formalité en Allemagne, puisque l’enregistrement auprès des services communaux est obligatoire après tout emménagement. L’argument de la complexité administrative étonne donc quelque peu Ulrike Hecht.

« Mais du coup, comment vous facturez vos déchets à Strasbourg ? » On lui explique la vaste usine à gaz de la TEOM : la taxe d’enlèvement des ordures ménagères, calculée en fonction de la taille du logement. Elle nous regarde comme si on avait jeté un papier par terre et s’exclame : « Mais c’est insensé ! Ça n’incite absolument pas à réduire ses déchets ! »
 

Ralf Hufnagel, le directeur de l’écostation, a pu constater le retard français lors de ses dernières vacances.

« On voulait s’arrêter dans un camping en Alsace, et on s’est aperçu qu’ils ne triaient rien. Les emballages, les biodéchets, les restes… Tout allait dans une seule poubelle. On a fini par faire demi-tour. »

La difficile reconquête des zones de non tri

Il serait un peu naïf de croire que la transition fribourgeoise s’est déroulée sans anicroche. Comme souvent, le tri des déchets est de moins bonne qualité dans les habitations collectives. Quand tout le monde jette dans le même bac, chacun se sent un peu moins responsable de sa mauvaise tenue. Dans certains immeubles, l’ASF a dû renoncer à la poubelle marron des biodéchets qui, mal gérée, peut attirer les rongeurs. Un phénomène qui reste marginal cependant, affirme Peter Krause :

« Nous avons 95% des foyers qui ont une poubelle pour les biodéchets. Les autres sont soit des gens qui compostent eux-mêmes, soit quelques vieux immeubles du centre-ville où l’entreposage de déchets est problématique, soit quelques endroits où nous avons constaté une mauvaise qualité de tri et des problèmes d’hygiène. »

Peter Krause, directeur marketing de l’Abfallwirtschaft und Stadtreinigung Freiburg, ASF en plus court. Photo : Pierre Pauma

Le sujet est un brin sensible aux yeux d’Ulrike Krause. C’est que lesdits points de friction concernent parfois des quartiers où vivent des populations issues de l’immigration et déjà stigmatisées. Elle croit pour sa part aux vertus de la pédagogie :

« On a reçu des gens des quartiers à l’écostation, ils étaient ravis de s’y mettre. Personne n’avait simplement pris le temps de leur montrer les bons gestes de tri ! »

Au pied d’une résidence étudiante, 10 conteneurs alignés… mais aucun pour les déchets verts. Photo : Pierre Pauma

Peu de place pour les initiatives

Aux abords de certaines résidences étudiantes, les poubelles ont été remplacées par des conteneurs installés dans l’espace public et enterrés. Des « points d’apports volontaires » en jargon des collectivités, qui ont l’avantage de limiter les erreurs de tri et le vandalisme. Mais toujours pas de solution pour trier ses épluchures de légumes.

En 2016, Clemens Wulf habitait dans une résidence étudiante à Vauban. Un écoquartier que Fribourg la Verte aime mettre en avant comme modèle d’urbanisme durable. Problème : Clemens n’avait pas de poubelle marron dans son immeuble. Face à la mauvaise qualité du tri et l’apparition de rats, l’ASF avait fini par les enlever. Privé de son droit inaliénable à trier ses épluchures de légumes (inscrit dans le droit allemand !), l’étudiant a bataillé ferme pour mettre en place un système de compostage collectif.

Sciure BAE. pendant 6 mois, Clemens a expérimenté le compostage de proximité à l’échelle de son foyer étudiant. Photo : document remis. Illustration : Piet

Malgré les réticences de l’administration, il a mis sur pied un projet pilote avec une douzaine de colocations étudiantes. L’étudiant savait qu’au moindre faux pas, c’en serait fini du bac à compost :

 « J’ai mis au point un mélange de copeaux de bois, de charbon actif et de roche primitive en poudre pour absorber un maximum d’humidité, mais c’était trop contraignant. On a fini par faire un système mixte avec à la fois des lombrics et de l’activateur de compost, pour avoir une décomposition rapide. »

Le système a fonctionné pendant 6 mois. Le compost a été répandu dans le quartier et Clemens assure ne pas avoir vu la queue d’un rat. Mais le projet se heurte à un certain immobilisme. L’expérience n’est pas reconduite. La ville a beau proposer une réduction de 8 euros aux citoyens-composteurs qui se passent de bac marron, le compostage collectif n’a pas été envisagé comme solution là où la poubelle marron a échoué. Clemens Wulf aurait aimé pourvoir perfectionner son système et l’adapter au milieu urbain.

« C’est un environnement exigeant. La maturation doit être rapide, sans odeur et sans espèces ou bactérie nuisible. Ça doit passer par une phase de recherche et d’expérimentation que je ne peux pas porter tout seul à bouts de bras. »

La chasse au suremballage est lancée

À défaut de faire la révolution du compost, Fribourg jette son dévolu sur la chasse au plastique. En 2017, alors que la Chine et d’autres pays d’Asie du Sud Est commençaient à renvoyer les déchets occidentaux par conteneurs entiers, l’opinion publique allemande se découvre un bilan peu reluisant.

Vu à Kehl, sur le chemin du retour. Il y a encore du chemin à faire au niveau de la chasse au plastique ! Photo : Pierre Pauma

L’Allemagne recycle officiellement 50% de ses déchets plastiques, ce qui en fait une des moins mauvaises élèves de l’UE. Mais le pays reste le plus gros consommateur de plastique du vieux continent. Depuis 2019, la loi oblige les producteurs d’emballages à payer une éco-participation pour le recyclage. Mais pour Peter Krause de l’ASF, cette application du principe du pollueur payeur manque encore de clarté et de transparence :

« Le consommateur a beau payer l’emballage et l’éco-participation dans le prix final d’un produit, il n’en est pas toujours conscient. Quand il lit une étiquette avec un prix, celle-ci ne lui dit pas combien va lui coûter l’emballage. »

C’est ce que fait déjà partiellement le système de consigne avec les bouteilles. Mais ces dernières ne constituent qu’une infime partie des 6 millions de tonnes de plastiques recrachées par les Allemands en 2017, dont presque un tiers sous forme d’emballage.

« On a les mains liées par le système »

L’épicerie bio et zéro déchet Glaskiste, en plein centre de Fribourg, a bien quelques idées à soumettre. Le gérant du magasin Niklas Bleser mène une bataille du pot de terre contre le pot de fer. Glaskiste ne s’est pas tirée une mais trois balles dans le pied en s’efforçant de proposer des produits bio, locaux, et sans emballage. L’utopie a un prix : 6,50 euros le kilos de riz, pareil pour les poivrons. Quant au kilo de café soumis à une taxe supplémentaire en Allemagne, il explose allègrement la barre des 20 euros. Niklas Bleser est lucide, le zéro déchet reste un luxe :

« On a beau payer nos employés au-dessus du salaire minimum et leur accorder 20% de remise sur l’alimentation du magasin, même avec ça, ils ne font pas leurs courses chez nous. Pour le moment, on ne peut pas faire moins cher, parce que nous n’avons pas la possibilité d’acheter en gros volumes. On a les mains liés par le système marchand. »

Niklas Bleser, gérant de l’épicerie zéro déchet Glaskiste (2e à droite) Photo : Pierre Pauma

Pour une taxe sur les emballages plastiques

Mais après trois ans dans le rouge, l’épicerie est enfin à l’équilibre. Prochaine étape : ouvrir un deuxième magasin pour pouvoir respirer financièrement… et acheter en plus grandes quantités. Dans un premier temps, la nouvelle boutique continuera de proposer certains produits emballés. Mais le jeune directeur ne serait pas contre une dose d’intervention politique :

« On a des concurrents qui produisent des tonnes d’emballages. Nous on s’efforce de réduire le superflu et on en tire aucun avantage économique. Tant que le ramassage de la poubelle jaune sera gratuit et illimité, il n’y aura aucun effort de fait. Fribourg devrait aussi mettre en place une taxe sur les emballages plastiques. »

En 2016, la ville inaugurait la Freiburg-Cup, un gobelet consigné pour les boissons chaudes à emporter que l’on trouve chez une centaine de partenaires. Prochainement, ce sont les filets à provision qui devraient faire leur retour. Fribourg multiplie les petits pas, à défaut de taper davantage au portefeuille. Une taxe locale sur les emballages plastiques ? Peter Krause n’y croit pas.

« Nous avons déjà réduit de moitié la poubelle non recyclable, mais on stagne depuis quelques années à 90 kilos. C’est un grand défi d’aller au delà de ce seuil. »

Il doit pourtant bien rester quelques marges de progression. L’écostation a pesé ses ordures ménagères de l’an dernier : à peine plus de 30 kilos.

À Fribourg, on peut prendre un café à emporter dans un gobelet réutilisable. Photo : Pierre Pauma

Une oreille pour les banlieues

Une oreille pour les banlieues

C’est le sujet casse-gueule par excellence pendant les municipales : les banlieues. Certains candidats ont du mal à se positionner sur la question de la sécurité, tandis que d’autres ont du mal à parler d’autre chose ! Les habitants desdits quartiers à Strasbourg, ont souvent le sentiment d’avoir été oubliés.

Municipales : Radioscopie de la première liste connue, côté écologistes

Municipales : Radioscopie de la première liste connue, côté écologistes

La campagne frémit. Les premières propositions emblématiques commencent à être distillées. Du côté de la composition des listes, c’est plus complexe. Les écologistes sont les premiers à faire connaitre leurs 65 candidats, mais pas encore l’ordre final. Revue d’effectifs.

La liste « Strasbourg écologiste et citoyenne » est la première à faire connaitre ses 65 candidats. Mais l’ordre ne sera voté que le samedi 1er février. C’est à ce moment-là que l’on saura vraiment quelle personnalité pourra porter des actions si l’équipe venait à l’emporter.

Un moment d’intenses tractations s’annonce en interne pour présenter « une diversité et une complémentarité, des âges des engagements, des quartiers et des catégories socio-professionnelles », dixit la tête de liste Jeanne Barseghian. Le « comité de pilotage », composé d’une quinzaine de personnes, proposera cet ordonnancement, les soutiens de la démarche devront l’approuver par un vote.

Il est difficile de faire des projections tant l’élection s’annonce incertaine, mais la liste peut tabler sur une dizaine d’élus dans l’opposition en cas de défaite, contre environ 35 dans la majorité en cas de victoire. Un calcul qui implique la nécessité d’intégrer une dizaine d’éléments en cas d’alliance(s) pendant l’entre deux-tours. De ce qui transparaît des discours, la ligne rouge pour discuter semble être LREM et tout ce qui est à sa droite (LR, RN).

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Cordes latinos et chants français signés Karpatt à l’Illiade

Cordes latinos et chants français signés Karpatt à l’Illiade

En vingt ans de carrière, Karpatt a parcouru le monde pour faire connaître sa musique. Le dernier album du trio de chanson française est un hommage au Chili, à découvrir vendredi 24 janvier sur la scène de l’Illiade à Illkirch-Graffenstaden.

Avec ses ruelles et ses jolies maisons colorées, Valparaiso est réputée pour sa douceur de vivre et son ambiance bohème. Ouverte sur l’océan Pacifique, la deuxième ville du Chili est depuis toujours un port commerçant, où se côtoient marins, musiciens baroudeurs et artistes de tout poil.

Valparaiso, c’est aussi le nom choisi par le trio de chanson française Karpatt pour son septième album studio, sorti le 29 mars 2019. Un clin d’œil au « pays du froid et des poètes », parsemé de sonorités latines et nourri de rencontres et de témoignages, récoltés sur place, lors de la tournée chilienne du groupe un an plus tôt.

Karpatt – Medley final lors d’un concert au Cabaret Sauvage (vidéo Youtube)

De nouvelles inspirations musicales et textuelles

Depuis maintenant plus de deux décennies, les Karpatt traînent leurs instruments aux quatre coins du globe : de la Suisse au Kazakhstan, de la Lituanie à l’Espagne en passant par le Québec, l’Indonésie, la Tunisie et désormais le Chili. « J’aime dire que nous faisons de la chanson française inspirée de tous les autres pays », assure Fred Rollat, chanteur et compositeur du groupe.

Ressortent de ces voyages de nouvelles inspirations musicales et textuelles. Notamment l’apparition de l’accordéon, qui a incité Elodie Morlaes à faire venir le groupe à l’Illiade, dans le cadre de la soirée de lancement du prochain Printemps des Bretelles :

« Je suis les Karpatt depuis longtemps et on peut dire qu’ils savent se renouveler. Avec Valparaiso, ils ont réussi à construire un album de chanson française, mais à l’identité latine très prononcée. C’est un groupe qui en live arrive à apporter une autre densité à sa musique. »

Elodie Morlaes, programmatrice à l’Illiade d’Illkirch-Graffenstaden

« Une vraie claque émotionnelle »

Dans la lignée de leur précédent disque, Angora (2016), et de leur chanson « Salvador », Fred Rollat (guitare et chant), Hervé Jégousso (contrebasse) et Gaétan Lerat (guitare) ont à nouveau emprunté la « Panaméricaine » pour explorer cette fois cette étroite lande de terre montagneuse qu’est le Chili. « On a été extrêmement touchés quand on a découvert ce pays et ces gens, se souvient Fred Rollat. Et la claque émotionnelle que nous avons reçue s’est transformée petit à petit en textes, puis en chansons, puis en album. »

Un guide de voyage composé de 18 chansons aux doux accents cuivrés et ensoleillés d’Amérique latine, comme avec le titre « Mela Cumbia », interprété en featuring avec la lionne brésilienne Flavia Coelho. Valparaiso est donc un album festif, mais pas seulement. Et le chanteur du groupe tient à le rappeler :

« Avec Karpatt, on ne s’est jamais interdit quoi que ce soit. Dès le départ, nous avons écrit des chansons sociales pour dénoncer et d’autres plus légères, pour s’amuser. En écoutant des témoignages sur la dictature de Pinochet, j’ai pu écrire Canto Libre… J’y ai trouvé un parallèle entre la résistance chilienne et les attentats de Paris que nous avons reçu de plein fouet. »

Fred Rollat, chanteur et compositeur de Karpatt

L’embarquement pour le Chili est prévu vendredi 24 janvier à Illkirch-Graffenstaden. Avant et après le concert, les huit musiciens de la fanfare Omega animeront le bar de l’Illiade avec leur « jazz klezmer, super décalé ».

#L'Illiade

Se déplacer est un combat pour les Strasbourgeoises à pied, à vélo ou en tram…

Se déplacer est un combat pour les Strasbourgeoises à pied, à vélo ou en tram…

Récupérer les enfants en rentrant du travail, subir le harcèlement, l’attente et la foule dans les transports en commun, éviter les fous du guidon sur les pistes cyclables… À Strasbourg, les déplacements quotidiens des femmes s’avèrent bien différents de ceux de leurs camarades masculins. C’est ce que révèlent plusieurs études illustrées par le témoignage de Strasbourgeoises, qui montrent aussi des réalités différentes entre les quartiers et le centre-ville.

« Une femme qui ne travaille pas, c’est sûr qu’elle se déplacera 3 fois plus qu’un homme. » Yelek, habitante de l’Elsau et mère de trois enfants, a arrêté de travailler il y a 5 ans quand sa “petite dernière” a eu des problèmes de santé. Dans le couple, c’est elle qui participe aux sorties scolaires et aux réunions. Elle fait tout à pied, notamment pour aller faire des courses dans les épiceries du quartier. En fait, Yelek n’est pas la seule à avoir ce ressenti : entre 25 et 40 ans, les femmes font jusqu’à 50% de déplacements supplémentaires (plus de 6 trajets par jour au lieu de 4 pour leurs homologues masculins). C’est ce que montre une étude de l’ADEUS sur la mobilité dans le Bas-Rhin publiée en septembre 2019.

Des différences entre les genres subsistent dans leurs transports, comme détaillé dans une étude de l’Adeus sur les mobilités Photo : doc Adeus

Des déplacements en « toile d’araignée »

Chris Blache, cofondatrice de la plateforme Genre et Ville, évoque les activités liées au genre féminin pour expliquer leurs déplacements supplémentaires :

« Les femmes sont multitâches : quand elles vont travailler, elles font une étape pour emmener les enfants à l’école. Le soir elles les récupèrent puis passent encore faire des courses. Ce sont aussi elles qui honorent les rendez-vous chez le médecin par exemple. Elles font des déplacements en “toile d’araignée”, alors que les hommes font des trajets directs : du domicile au travail, du domicile au sport, aux autres loisirs, etc. »

Femmes cyclistes et multitâches

Marina, habitante du centre-ville, travaille à Reichstett. Cette ancienne universitaire, aujourd’hui manager, persiste à faire ses 20 kilomètres par jour à vélo, malgré « sept vélos volés ». Elle est aussi un peu « multitâche » car son mari rentre tard de ses journées de travail :

« On a privilégié sa carrière sur la mienne. Il part très tôt, bosse en Allemagne, donc c’est souvent moi qui vais chercher ma fille à l’école et qui fais parfois des petites courses. »

Yelek marche et Marina roule à vélo. Mais les enquêtes montrent qu’on retrouve surtout les femmes dans les transports en commun. Marion Tillous, chercheuse sur la mobilité et les transports en lien avec le genre à l’université Paris 8, indique que les femmes sont plus souvent « captives » des transports collectifs ou de la marche, n’ayant pas le choix entre ces modes et d’autres plus rapides comme la voiture. A Strasbourg, la Compagnie des Transports Strasbourgeois (CTS) constate que les femmes représentent 57% de son public.

Les trams bondés, inadaptés aux seniors

C’est le cas de Josiane, 70 ans. Cette habitante du quartier de l’Elsau fait « le tour de Strasbourg en tram et en bus » plusieurs fois par semaine. Seul son mari peut conduire une voiture. Cette figure du quartier fait partie des femmes seniors sans permis de conduire, bien plus nombreuses que les hommes du même âge. Josiane et son compagnon font parfois les courses ensemble, quand ils vont à Fegersheim.

Au quotidien, la retraitée a beaucoup d’activités associatives qui l’amènent à se rendre au centre de Strasbourg en tram ou en bus. Josiane emprunte ainsi les transports en commun aux heures de pointe, quand les rames sont pleines :

« Entre 8h et 9h30, c’est tout simplement bondé dans le tram B à mon arrêt Elsau, c’est horrible. Il m’arrive de devoir en laisser passer plusieurs avant de pouvoir monter dedans. Sinon, j’essaye de prendre la ligne F. »

Mais courant 2020, le tram F desservira Koenigshoffen à la place, ce qui l’inquiète. Josiane déplore aussi le temps et l’énergie que lui prennent tous ses déplacements en transport :

« Il y a des jours où j’attends pendant un quart d’heure la ligne L1 sous la pluie, à Montagne Verte. Ensuite, je ne peux pas toujours m’asseoir, il faut que j’attende que des gens me proposent leur place. »

La majorité des usagers de la CTS sont des femmes, mais elles y trouvent de nombreux inconvénients Photo : grego1402 on Visual Hunt / CC BYCopy

Marina se permet parfois de prendre la voiture, quand son mari ne travaille pas, le vendredi, et qu’elle a « mal aux cuisses » ou veut être « un peu plus coquette » pour aller au travail. Ces raisons qui détournent les femmes de la pratique du vélo ont été identifiées par la chercheuse Floriane Ullrich en 2013, dans une étude sur la ville de Bordeaux : cela peut être l’arrivée d’un deuxième enfant, la tenue correcte exigée au travail, le manque d’aisance à vélo… et le rapport aux usagers masculins.

Le sentiment d’insécurité peut ainsi s’imposer à Josiane, surtout quand elle rentre « tard le soir après des réunions ». Elle envoie toujours un SMS à son mari quand elle en part.

Dans les transports, la crainte d’être harcelée, suivie…

C’est ce malaise qui a détourné Yelek des transports en commun, où elle « craint à tout moment d’être agressée » :

« Je porte le foulard et ces derniers temps, avec les polémiques, les regards des gens me font peur. »

D’autres femmes interrogées évoquent aussi le problème du harcèlement comme élément décourageant. Marion, une trentenaire de Schiltigheim, raconte ses expériences en tram :

« Quand on est une femme, on n’est pas toujours à l’abri d’agressions. Il m’est arrivé de subir du harcèlement de la part d’un homme à l’arrêt Grand Rue. Il n’arrêtait pas de me poser des questions sur mes tatouages et ne me lâchait pas. Quand j’étais plus jeune, un homme m’a suivi dans le tram, y compris après plusieurs changements et ce jusqu’à ma destination à Illkirch. Il est restée 1 heure avec moi, essayait de me faire des “câlins”, me disait que j’étais “à lui.” »

Si les femmes marchent et prennent beaucoup les transports, elles développent des stratégies pour se sentir en sécurité Photo : tokyoform/Flickr/cc

Le harcèlement, ce fléau

En Île-de-France, une étude révélait que 100% des femmes avaient déjà été harcelées dans les transports. Une autre étude réalisée à Bordeaux en 2014 analysait les « stratégies » des femmes dans les transports : adapter sa tenue, emmener ses écouteurs et des objets « sécuritaires ». Par exemple, Maud, strasbourgeoise de 27 ans, n’a « jamais eu de souci » dans les transports, mais estime qu’en cas de sentiment d’insécurité, « rejoindre le chauffeur est toujours une bonne option. »

La chercheuse Marion Tillous ajoute que ces violences sexuelles sont favorisées aux heures de pointe :

« Les hommes se frottent aux femmes, prennent des vidéos sous leurs jupes, leurs murmurent des paroles sexuelles ou des insultes à l’oreille, les suivent, etc. Ces violences fonctionnent comme une menace pour toutes les (jeunes) femmes qui auraient une volonté de se déplacer librement et contraignent leur mobilité : elles fonctionnent comme un rappel à l’ordre sexué. »

Chris Blache estime donc qu’il faut faire un travail sur les représentations pour éviter les « prophéties auto-réalisatrices » :

« Quand on a peur, on est plus vulnérable. Le harcèlement de rue, c’est une domination, une revendication de l’espace, qui est extrêmement invalidante. Mais il faut redire que les femmes sont légitimes dans l’espace public. »

Autre paramètre qui détourne des transports en commun : la difficulté de s’y déplacer en étant chargée. Fanny, habitante du Neudorf, trouve « impossible d’entrer dans le tram aux heures de pointe. » A 28 ans, elle préfère la marche au tram, même si elle doit l’emprunter pour aller au sport, au centre-ville ou à la gare, à contre-cœur : elle trouve qu’il est « rare d’être à l’aise dans le tram avec sa valise ou un sac de sport. »

Le vélo pour se sentir « tranquille »

Marion la schilikoise travaille à la Krutenau à Strasbourg. Elle fait la plupart de ses trajets en vélo, comme toutes les femmes habitant autour du centre-ville qui nous ont répondu. Elle voit son trajet en vélo comme le « seul moment de tranquillité de la journée. »

C’est ce que David Sayagh, sociologue et auteur d’une thèse sur l’usage genré du vélo en ville, a constaté lors de ses études sur la pratique du vélo chez les adolescentes et jeunes femmes strasbourgeoises :

« Pour certaines filles, notamment issues des classes moyennes intermédiaire ou supérieure, le vélo permet de s’émanciper en partie du sentiment de vulnérabilité dans l’espace public, dans la mesure où il est perçu comme plus sécurisant que la marche. Les filles et les mères concernées avancent l’idée qu’à vélo elles se font moins remarquer ou qu’elles peuvent partir plus vite en cas de danger. »

Les hommes représentent 77% des morts à vélo

Une chose vient perturber la « tranquillité » de Marion à vélo : elle a l’impression de devoir céder de l’espace aux hommes.

“Quand un mec arrive en contre-sens, c’est toi (la femme) qui bouge ! Il y a une présence masculine prononcée dans l’espace public, ils respectent moins l’espace vital. Il m’arrive régulièrement qu’un homme se mette à 5 cm de moi au feu rouge. Sans parler des livreurs Deliveroo qui te frôlent. »

Marion, cycliste entre Schiltigheim et Strasbourg

David Sayagh a remarqué ces différences dans les pratiques, qui sont déterminées par la socialisation sexuée. Dans un article de 2017, il parle de « confrontation ludique pour les garçons » et de « prudence pour les filles » :

« L’adolescence se traduit chez les filles par une raréfaction des formes de pratiques ludiques, sportives, et « d’occupation » de l’espace à vélo. Ce constat est le résultat de socialisations sexuées qui reposent notamment sur les modèles sexués incarnés par les parents, les restrictions de sortie sexuées, les équipements sexués (la plupart des vélos ludiques ou sportifs sont associés à des vélos qui « font garçons » aux yeux des jeunes), l’espace public sexué… »

L’émancipation est une des raisons pour lesquelles les femmes se déplacent à vélo Photo : Fumigraphik/Flickr/cc

Marion, qui constate qu’effectivement, son conjoint conduit un « fixie » (vélo léger prisé par les hommes), dit ne pas se sentir « safe » sur la route avec les voitures et privilégie les pistes cyclables. Aline porte un casque et se trouve également plutôt prudente, alors que son mari Bruno, sans casque, dit « griller les feux » lorsque cela ne le « met pas en danger », et n’a « pas de souci avec la route », même s’il préfère les pistes cyclables. Il dit rouler à vélo car les transports en commun sont “lents”.

Le bilan 2018 de l’Observatoire national interministériel de la sécurité routière indique que les hommes représentent 77% des morts à vélo. David Sayagh nuance cependant l’interprétation de ce chiffre, en rappelant que les hommes font davantage de vélo (en durée et en distance) et sont donc forcément plus exposés.

Pour faciliter les déplacements des femmes, il faut les mettre aux commandes

Dans l’idéal, Marina la cycliste multitâche voudrait des mesures de transport multimodal, c’est-à-dire qui faciliteraient les trajets qui passent du vélo au tram puis au train, par exemple :

« Pour aller à Reichstett, j’aimerais pouvoir prendre le tram et mettre le vélo dedans, y compris aux heures de pointe. Je rêve de rames équipées comme au Danemark ou en Hollande, avec plus d’endroits pour accrocher les vélos. »

Les équipes de Genre et Ville encouragent fortement ces mesures. D’après Chris Blache, il faudrait surtout travailler sur la ponctualité, un point soulevé par de nombreuses femmes dans une enquête faite à Poitiers :

« Un bus en retard signifie rater la correspondance du tram, et ainsi de suite, ce qui peut être très pénalisant quand on se rend à un rendez-vous. »

David Sayagh, lui, encourage à « penser la ville de manière systémique » :

« Il faut pouvoir penser conjointement le mobilier urbain, l’aménagement des cours d’écoles, la sécurité de jour comme de nuit, dans la rue comme dans les transports en commun, la participation des femmes aux processus de décision et à l’aménagement. Si les villes continuent à être construites et dirigées par des hommes, les choses ne vont sans doute pas changer ! »

La manifestation contre la retraite par points déviée du QG « La République en Marche »

La manifestation contre la retraite par points déviée du QG « La République en Marche »

Les autocollants à répétition et une vitre endommagée sur le local de campagne d’Alain Fontanel ont provoqué une modification de parcours pour la manifestation du jeudi 16 janvier.

Depuis le mois de janvier, les trois manifestations strasbourgeoises contre la retraite par points ont connu un nouveau rituel à mi-parcours pour quelques participants : recouvrir d’autocollants le local de campagne pour les municipales de « La République en Marche ». Un mini-événement très photographié, partagé sur les réseaux sociaux, et présent dans tous les comptes-rendus de manifestation de la presse locale. Ce geste et ces clichés ont eu le don d’agacer les soutiens d’Alain Fontanel dès la première fois, le jeudi 9 janvier. Une réaction qui a peut-être encouragé quelques manifestants à réitérer dès le samedi suivant.

Une vitrine du gouvernement

Les quais des Bateliers fraîchement piétonnisés, c’est justement ce symbole qu’a choisi le premier adjoint au maire pour y implanter sa permanence, « La Fabrique de la ville heureuse ». Mais sa large vitrine est devenue une représentation locale du gouvernement et les manifestants contestent sa politique économique.

La manifestation du mardi 14 janvier ne devait pas passer par les quais des Bateliers, mais revenir directement dans le centre-ville, où aucune manifestation n’était autorisée en décembre. Mais le parcours déposé n’a pas été suivi par la tête de cortège, qui a emprunté ce parcours assez habituel. Cette incursion a débouché sur un nouveau collage sauvage et des inscriptions, la troisième fois en cinq jours.

Un trajet modifié

Cette nouvelle tradition ne s’est pas renouvelée ce jeudi 16 janvier, lors de la huitième manifestation. Le tracé déposé par les organisateurs en préfecture a été modifié à la demande préfectorale la veille, afin de contourner cette partie des quais.

Dans l’après-midi, les accès étaient protégés par les policiers. Les manifestants sont passés à côté dans le calme, tout en prenant de nombreuses photos et vidéos.

« Ne plus dégrader la permanence »

Pour Esther Bauer, secrétaire de Solidaires, qui a représenté les 5 syndicats à l’habituelle réunion de préparation à l’hôtel de Police, l’explication fournie a été simple « ne plus dégrader la permanence d’Alain Fontanel ». « Les modification de trajets, ça arrive, mais d’habitude les raisons sont plutôt liées à des travaux ou au marché de Noël », complète la syndicaliste.

Interrogée sur les raisons de cette déviation, la Préfecture a simplement répondu que « comme pour toute manifestation, l’itinéraire a été établi pour éviter tout trouble à l’ordre public. »

Mardi 14 janvier, des policiers constatent les dégradations commises sur les vitrines du local de campagne d’Alain Fontanel (LREM) Photo : UD CGT / Facebook

Une vitre endommagée

À la manifestation du samedi 11 janvier, au moins un individu a commis une dégradation et a fêlé une vitrine. « Plusieurs vitres ont été étoilées sur les quais, dont celle de la permanence », précise la Police nationale. L’homme interpellé, un responsable syndical de la CNT, a été présenté à la Justice. Il est reconvoqué devant le tribunal correctionnel de Strasbourg le vendredi 13 mars, soit le dernier jour de la campagne officielle.

C’est vraisemblablement ce dommage qui a justifié un détournement du cortège. Les autocollants ont toujours été décollés très rapidement par les militant LREM et ne constituent pas vraiment une « dégradation » susceptible de poursuites, selon un policier.

Une autre permanence épargnée

Après le premier passage, Alain Fontanel avait publié sur Facebook une photo de sa vitrine souillée. « La dégradation n’est pas une manière démocratique de faire valoir ses idées », regrettait le premier adjoint tout en rappelant que « manifester est un droit fondamental garanti par notre Constitution qui doit s’exercer dans le respect de toutes les opinions ». Un post très commenté, en soutien ou a contrario pour cautionner le geste, finalement supprimé. Le candidat a indiqué à plusieurs médias ne pas avoir demandé à la police de dévier les futures manifestations.

Jeudi 16 janvier, la manifestation est à nouveau passée devant la permanence du candidat Mathieu Cahn (PS), rue de la Division Leclerc, dans une relative indifférence. Comme lors des précédents passages, aucun autocollant n’a été apposé. Les autres locaux de campagne ne sont pas sur les trajets habituels de manifestation (Les Républicains place Saint-Étienne et les écologistes rue du Faubourg national).

Aucune manifestation strasbourgeoise ou nationale contre la réforme des retraites n’est encore programmée. Le projet de loi sera présenté mercredi 22 janvier en Conseil des ministres.

Quel est le préjudice de la nuit du 31-décembre ? Aidez-nous à le quantifier

Quel est le préjudice de la nuit du 31-décembre ? Aidez-nous à le quantifier

La nuit du 31-Décembre 2019 a vu de nombreux véhicules être incendiés sur les parkings des quartiers de Strasbourg. Rue89 Strasbourg lance une grande enquête participative pour évaluer le préjudice et la réponse des assurances.

Plusieurs centaines de voitures ont été brûlées à Strasbourg durant la nuit du 31-Décembre 2019, un chiffre nettement en hausse par rapport aux années précédentes alors que cette « tradition » d’attaques aux biens semblait s’atténuer. Les pompiers ont dû intervenir 240 fois au cours du réveillon dans les quartiers de Strasbourg.

À la Cité de l’Ill, plusieurs voitures ont été la cible des incendiaires (doc remis)Photo : doc remis

Pour évaluer le préjudice subi par les habitants de ces quartiers, Rue89 Strasbourg lance une enquête participative à partir du formulaire ci-dessous.

Les données recueillies ne sont destinées qu’à Rue89 Strasbourg et ne seront jamais communiquées.

Aidez-nous à populariser cette enquête et faites tourner cet article auprès de vos amis afin qu’un maximum de personnes y participent. Toute la rédaction de Rue89 Strasbourg vous remercie d’avance pour votre aide.

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Un mandat de promesses : les habitants de l’Elsau se sentent toujours oubliés

Un mandat de promesses : les habitants de l’Elsau se sentent toujours oubliés

Projet de rénovation urbaine ambitieux, retour d’un commerce et d’un distributeur automatique… Pour les habitants de l’Elsau, le dernier mandat municipal se résume surtout à des promesses. Sur le terrain, le constat est unanime : la situation a empiré entre 2014 et 2020.

« Une quarantaine de voitures brûlées en une nuit… On avait pas vu ça depuis le début des années 2000 », souffle Josiane Sattler deux semaines après la Saint-Sylvestre. Cette représentante des locataires du bailleur social Ophéa (ex-CUS Habitat) ne cache pas son ressentiment suite au dernier mandat municipal : « C’est de pire en pire… » Et la présidente du syndicat de locataires CLCV Strasbourg Sud d’évoquer le trafic de drogues de plus en plus visible, les demandes de logements sociaux qui s’enlisent et les berges de l’Ill, de « plus en plus sales. » Et les promesses de la rénovation urbaine ? « Moi je crois ce que je vois », répond-elle.

Josiane Sattler se dit « pessimiste » après un mandat où la situation du quartier a plutôt empiré, selon elle. Photo : Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc

Un supermarché toujours attendu…

Depuis le début du mandat 2014-2020, la principale préoccupation des habitants reste la même : à quand le retour d’un supermarché dans le quartier ? Depuis plusieurs années, des caddies renversés barrent l’accès au parking devant l’ancienne enseigne Leclerc. Une petite banderole promettant « prochainement » l’ouverture d’un Carrefour Express nargue toujours les Elsauviens à l’entrée même de leur quartier.

Le supermarché de l'Elsau est fermé depuis avril 2015 (Photo GK / Rue89 Strasbourg / cc)
Le supermarché de l’Elsau est fermé depuis avril 2015 Photo : GK / Rue89 Strasbourg / cc

Le trafic de drogues de plus en plus visible

En entrant par le chemin de la promenade du sourire, la première image de l’Elsau reste triste. Sur les côtés du sentier, des seringues sont souvent visibles. Plusieurs habitants, souvent des mères de famille, ont exprimé leur inquiétude face à la présence de matériel d’injection dans l’espace public, parfois dans le hall de l’immeuble ou aux abords d’une aire de jeux pour enfants…

Un « drive » de drogues

Les abords du centre socioculturel ne sont pas épargnés par le trafic de drogue. Les dealers, souvent très jeunes, ne se cachent pas lorsqu’un consommateur approche. Une habitante, qui préfère rester anonyme, parle de l’Elsau comme un « drive » :

« Depuis environ 2 ans, le trafic se fait à ciel ouvert. Le 5 octobre par exemple, lors de la fête des cultures, les jeunes ont vendu pendant des heures à côté du CSC. Un conducteur de scooter avec de l’alu sur sa plaque faisait des aller-retours pour chercher la marchandise dans une camionnette à côté. »

« On a besoin de plus de travailleurs sociaux »

En ce milieu d’après-midi du 15 décembre, Azeddine Naji organise un entrainement de foot en salle pour cinq filles du quartier. Cet animateur du centre socioculturel est une référence pour nombre d’Elsauviens, notamment les plus jeunes. Le père de famille s’engage bien au-delà de son travail. Il a récemment créé l’ASLE, une association d’insertion par le sport. Cette figure du quartier craint que la rénovation urbaine ne suffise pas à trouver des solutions pour les adolescents déscolarisés :

« C’est bien d’embellir le quartier mais il faut que les gens changent, qu’ils soient accompagnés et formés. Il manque une solution pour ces jeunes qu’on pointe souvent du doigt. On a besoin de plus de travailleurs sociaux parce que la génération n’est plus la même : ce sont maintenant des jeunes qui s’arrêtent d’aller à l’école dès le collège parce qu’ils font leurs billets avec le deal. »

Azzedine Naji : « C’est bien d’embellir le quartier (…) mais il manque une solution pour ces jeunes qu’on pointe souvent du doigt. »Photo : Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc

« Mieux vaut attendre et bien faire »

« Le temps est long », concède l’adjoint en charge du quartier, Luc Gillmann. Près de 10 ans seront passés entre les premières « balades urbaines » dans le cadre du projet de rénovation urbaine et les premières destructions d’immeubles, prévues pour 2024.

L’élu socialiste tient à rappeler l’important investissement consenti par la Ville et l’Eurométropole de Strasbourg, les bailleurs sociaux comme Ophéa et l’Agence nationale de rénovation urbaine (Anru) : autour de 186 millions d’euros. « Au départ, les sommes étaient biens moindres du côté de l’Anru. Mathieu Cahn (adjoint en charge du renouvellement urbain à l’Eurométropole et candidat PS à la mairie, ndlr) a bien négocié sur ce dossier. Mieux vaut attendre et bien faire », justifie-t-il à plusieurs reprises.

Les responsables du projet de rénovation urbaine ont tenté de répondre à plus de 200 Elsauviens pendant près de trois heures lors de la présentation publique de mars 2019. Photo : Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc

Dans le domaine sportif, Luc Gillmann rappelle la construction de l’aire de street-workout, créée en collaboration avec les jeunes du quartier. L’adjoint se félicite aussi d’avoir donné « un vrai revêtement » au city-stade du quartier, en 2017. Pour la salle de boxe, dont le contrat de location a été résilié, l’élu rappelle les 2,5 millions d’euros investis pour construire un nouvel espace en prolongation du gymnase Léonard de Vinci.

Un permis de construire le supermarché pour 2020 ?

Alain Jund, adjoint à l’urbanisme, admet « un sentiment compréhensible d’abandon de ce quartier. » Mais l’élu du groupe Ecologistes et citoyens assure avoir « repris la main » sur le dossier du supermarché, avec l’adjoint de quartier Luc Gillmann et l’élu et candidat PS Mathieu Cahn :

« Le projet d’entrée de quartier de l’Elsau se précise. Il y aura entre 850 et 1000 m² de surface commerciale. Le promoteur Marignan est en train de discuter avec différents exploitants. On serait plutôt sur une supérette et d’autres activités, comme une boulangerie, un PMU et un distributeur de billets. Il y aura aussi 45 logements. L’opération mixte commerce-habitation permet de garantir la pérennité de l’opération. Il est vrai que ça prend du temps mais il faut créer les conditions d’implantation de l’activité commerciale. A l’été 2020, on peut espérer avoir ce permis de construire. »

Alertez la rédaction anonymement et envoyez-nous des documents

Alertez la rédaction anonymement et envoyez-nous des documents

Une plateforme d’envois anonymes et sécurisés à destination de la rédaction de Rue89 Strasbourg est disponible.

C’est vrai, recevoir des enveloppes brunes sans un mot, avec notre adresse rapidement écrite dessus, a son charme. Mais il y a un gros problème avec ces envois : on n’a généralement aucun moyen de contacter la ou le lanceur d’alerte.

Or, ce qui apparaît évident au yeux de quelqu’un, suffisamment en tout cas pour nous alerter, ne l’est pas forcément pour nous… Résultat, on peut passer à côté d’une info, perdue au milieu d’un document de cent pages.

Les documents envoyés par des anonymes à la rédaction de Rue89 Strasbourg l’étaient jusqu’à présent uniquement par voie postale.

Désormais, nous disposons d’un outil d’alerte numérique, sécurisé, anonyme ET qui permet un échange entre la rédaction et la ou le lanceur d’alerte ! Grâce au soutien de GlobaLeaks et du Hermes Center for Transparency and Digital Human Rights, les trois rédactions locales Rue89 disposent d’une plateforme sécurisée pour l’envoi de documents.

Cette plateforme, accessible à l’adresse alerte.rue89locaux.com, est très simple à utiliser. À partir d’un navigateur, la ou le lanceur d’alerte sélectionne la rédaction à contacter, puis décrit son envoi au moyen d’un court formulaire. Cette même personne se voit communiquer un code, qui lui permet ensuite de se reconnecter afin de voir les suites qui ont été données à son envoi.

La plateforme de GlobaLeaks permet d’envoyer des documents en protégeant les lanceurs d’alerte.

Notre plateforme a été configurée selon nos besoins par Giovanni Pellerano et Rima Sghaier, de GlobaLeaks. Qu’ils soient ici vivement remerciés pour leur aide technique et leur contribution à la liberté d’expression d’une manière générale. De notre côté, nous promettons d’assurer la complète confidentialité des échanges d’une part, de protéger nos lanceurs d’alertes même si cela doit empêcher la publication d’une information d’autre part et d’accorder toute l’attention que requerront ces envois.

La sécurité commence par le navigateur

Attention toutefois, la plateforme ne permet pas d’effacer les traces laissées par un navigateur classique sur un ordinateur. En conséquence, son utilisation depuis une entreprise peut être détectée par l’administrateur du réseau de cette entreprise par exemple… même s’il sera difficile de savoir quel document a été envoyé.

Pour une sécurité totale, la plateforme peut être utilisée via le navigateur Tor, qui utilise un version anonymisée et sans trace de l’Internet. La procédure d’installation d’un réseau sécurisé privé est assez simple avec Tor mais elle nécessite d’avoir les droits nécessaires sur son ordinateur.

Le Défenseur des droits dénonce les “défaillances du forfait post-stationnement”

Le Défenseur des droits dénonce les “défaillances du forfait post-stationnement”

Le contrôle du stationnement en voirie comporte plusieurs défaillances, dont Rue89 Strasbourg a déjà fait état. Des problèmes tels que le dysfonctionnement des horodateurs, le manque d’interlocuteurs ou encore des sigles trop nombreux et complexes ont incité le Défenseur des droits à publier un rapport sur le sujet.

Une personne en situation de handicap a dû payer un FPS (forfait de post-stationnement) alors qu’elle bénéficie du stationnement gratuit. Valérie, résidente de l’Esplanade, a aussi été verbalisée alors qu’elle s’acquitte d’un abonnement mensuel de 15 euros. Les difficultés des citoyens pour stationner dans les rues payantes ont fait réagir le Défenseur des droits Jacques Toubon. Le lundi 13 janvier, cette autorité administrative a publié un rapport intitulé “La défaillance du forfait de post-stationnement : rétablir les droits des usagers”. Le texte préconise vingt mesures pour remédier aux problèmes.

Problème de terminologie

Depuis janvier 2018, le forfait post-stationnement (FPS) a remplacé le PV. Pour contester la somme de FPS, les usagers peuvent faire un recours administratif préalable obligatoire (RAPO). En cas de rejet du RAPO, l’usager a la possibilité d’intenter un recours juridique en envoyant un dossier à la Commission du Contentieux du Stationnement Payant (CCSP).

Pour le Défenseur des droits, le système actuel comporte trop d’acronymes, ce qui complique la compréhension pour les usagers. L’appellation CCSP empêcherait aussi aux automobilistes de comprendre qu’il s’agit d’une juridiction. Pour cela, le rapport préconise de changer le nom de la CCSP pour la nommer « Cour nationale du stationnement payant sur voirie. »

Pour contester, 564 interlocuteurs différents

« Les automobilistes qui souhaitent contester le FPS au niveau du RAPO sont susceptibles d’avoir 564 interlocuteurs différents sur le territoire national et autant d’adresses », dénonce le rapport. La Ville de Strasbourg a délégué le contrôle du stationnement en voirie à une société privée, Streeteo, filiale d’Indigo. Le site internet de l’entreprise ne fournit aucun numéro, ni adresse postale ou email.

Ce manque d’interlocuteur a compliqué la démarche de Magnus, résidant à Schiltigheim. Lors de la saisie de son numéro d’immatriculation sur l’horodateur, le conducteur s’était trompé de numéro. Une erreur de frappe qui lui coûte un FPS. Il est convaincu qu’à l’aide d’un interlocuteur physique, il aurait pu négocier pour ne pas payer le FPS.

Pour un guichet dans chaque ville

Le rapport souligne la nécessité de mettre en place un guichet physique dans chaque ville pour informer les usagers sur « les modalités du stationnement, les tarifs, les règles spécifiques s’appliquant à certaines catégories d’usagers et sur le suivi de l’instruction du recours administratif préalable obligatoire (RAPO). »

Autre difficulté : les conditions de stationnement en voirie varient en fonction des villes. Le défenseur des droits préconise donc d’uniformiser les règles.

Dysfonctionnement des horodateurs

Le rapport met enfin en lumière les difficultés rencontrées par les automobilistes utilisant l’horodateur. Il explique que « certains usagers, personnes âgées ou malvoyantes, rencontrent des problèmes de lisibilité des écrans digitaux des horodateurs notamment pour saisir le numéro de la plaque d’immatriculation. » Le temps d’affichage des informations est aussi mis en cause : il ne laisse pas suffisamment de temps aux usagers pour effectuer le paiement.

Si l’automobiliste ne dispose pas de carte bancaire, il lui est impossible de payer la place de stationnement à certains endroits. Pour remédier à ce dysfonctionnement et à cette « rupture d’égalité », le rapport du défenseur des droits préconise la mise en place d’un « horodateur proposant le paiement en numéraire pour un nombre de places de stationnement déterminées. » ainsi que l’amélioration du « temps d’affichage et de la lisibilité pour permettre à l’ensemble des publics d’effectuer le paiement. »