Enquêtes et actualité à Strasbourg et Eurométropole

Bois toxique au Port du Rhin : la France galère, l’Allemagne gère

Bois toxique au Port du Rhin : la France galère, l’Allemagne gère

Depuis au moins huit mois, l’entreprise MTS entrepose du bois toxique au Port du Rhin. En septembre, la préfecture a ordonné l’évacuation de ce stock illégal. Mais aujourd’hui, des centaines de tonnes sont toujours là, place Henri Lévy. Un attentisme qui met en lumière la question du traitement de ce type de déchet en France.

Comme Rue89 Strasbourg le révélait début novembre, l’entreprise MTS stocke du bois toxique au Port-du-Rhin, place Henri Lévy. Il s’agit d’anciennes traverses de chemins de fer imprégnées de créosote. Ce produit est utilisé pour éviter que le bois ne pourrisse, mais il est probablement cancérigène et très toxique pour les milieux aquatiques.

Le rappel des faits

MTS est une entreprise de transit de céréales, d’engrais, de charbon et de déchets. Elle n’est pas autorisée à entreposer du bois toxique place Henri Lévy et ne respecte pas les mesures de protection de l’eau et des sous-sols qui s’imposent. À l’été, le parquet de Strasbourg a ouvert une enquête.

En septembre, la Préfecture du Bas-Rhin demandait l’évacuation de ces 2 000 tonnes de bois contaminé. Mais faute de débouchés, MTS dit ne pas pouvoir écouler plus de 400 tonnes par mois. De son côté, la préfecture évoque un rythme de seulement 80 tonnes mensuelles. Ses services attendent l’évacuation complète du stock pour effectuer des mesures au niveau des sols et constater une éventuelle pollution.

MTS, miroir d’une problématique nationale

Le cas de l’entreprise MTS pose la question du traitement des anciennes traverses de chemins de fer en France. En décembre 2018, l’État français a interdit le recyclage des traverses à cause de la créosote qu’elles renferment. Le bois toxique doit être systématiquement incinéré. Problème : l’Hexagone manque d’infrastructures capables de brûler ce type de bois.

En effet, les traverses de chemins de fer ne peuvent pas être incinérées n’importe comment. Elles doivent passer dans des fours équipés de filtres spéciaux et qui chauffent à plus de 850 degrés pour détruire un maximum de polluants. Ce n’est pas le cas de celui de Strasbourg tout juste réparé.

Il existe trois types d’infrastructures qui remplissent ces critères : les incinérateurs de déchets dangereux, les fours de cimenteries, et enfin, certaines centrales biomasse.

Une seule centrale biomasse capable d’éliminer les traverses en France

Le principe d’une centrale biomasse est simple. Il s’agit de brûler des végétaux et/ou des matières animales pour créer de la chaleur. Cette chaleur alimente des usines ou des habitations. C’est le cas, par exemple, de la centrale du Wacken. La chaleur dégagée peut aussi faire tourner une turbine qui produit de l’électricité. Le bois, ou les rafles de maïs, sont utilisés comme une ressource.

Mais en France, il n’existe qu’une seule centrale biomasse qui chauffe assez fort et qui dispose de filtres assez performants pour être autorisée à brûler des traverses de chemins de fer. Elle se trouve à Roussillon au sud de Lyon.

Cette centrale peut absorber jusqu’à 15 000 tonnes de bois toxique chaque année. SNCF Réseau doit écouler 65 000 tonnes de bois créosoté par an, soit 97% du gisement de traverses en France.

Les incinérateurs de déchets dangereux sont beaucoup trop chers

Une entreprise comme MTS ou SNCF Réseau doit payer l’industriel qui incinère les traverses, quel que soit le type d’installation.

Contrairement à une centrale biomasse, le modèle économique de beaucoup d’incinérateurs consiste simplement à détruire un déchet. Il n’y a pas de récupération de chaleur, ni de production d’électricité. L’industriel ne tire aucun bénéfice du déchet, donc il pratique des prix beaucoup plus élevés qu’une centrale biomasse.

D’après Cyrille Blard, chargé de l’économie circulaire chez SNCF Réseau, cela coûte trois à quatre fois plus cher de détruire des traverses dans un incinérateur que dans une centrale biomasse.

La concurrence est rude pour accéder aux cimenteries

Pour avoir accès aux fours des cimenteries, les traverses de chemins de fer se retrouvent en « concurrence » avec d’autres déchets dangereux à incinérer (pneus, piles, pots de peinture, etc.). En clair, c’est l’entreprise qui paye le plus cher qui a accès aux fours.

Or, le transport et le broyage des traverses sont très coûteux. Difficile donc de rivaliser avec d’autres déchets moins onéreux à transporter et à conditionner. SNCF Réseau parvient tout de même à écouler 30 000 tonnes de traverses par an en cimenteries, en grande partie dans l’Allier.

50% des traverses françaises sont incinérés à l’étranger

La plupart des traverses qui ne peuvent être incinérées en France le sont en Belgique ou en Allemagne. Par exemple, à Strasbourg, l’entreprise MTS envoyait ses traverses exclusivement de l’autre côté du Rhin, notamment à Kehl, profitant ainsi de la faible distance pour réduire le coût de transport.

Les entreprises françaises ne sont pas les seules à exporter des traverses outre-Rhin. Avec ses 37 centrales biomasse capables d’incinérer du bois toxique, l’Allemagne est en avance sur beaucoup de pays européens. Du coup, du bois afflue de France, de Suisse ou encore d’Italie. La concurrence est rude et donc les prix pour accéder aux centrales allemandes s’envolent.

Ces dernières savent ainsi qu’elles sont en position de force. Elles n’hésitent pas à être toujours plus exigeantes avec leurs clients. Par exemple, la centrale biomasse de Kehl a arrêté de s’approvisionner en traverses chez MTS car elle estimait que les broyats contenaient trop d’éléments parasites comme du métal.

MTS ou SNCF Réseau auraient plus qu’intérêt à ce que d’autres centrales biomasse voient le jour en France. Pour ne plus dépendre de l’étranger, ni être en concurrence avec d’autres déchets dans les cimenteries.

Pourquoi la France est à la traîne

Depuis le début des années 2000, la France lance presque chaque année des appels à projets pour encourager le développement des centrales biomasse. Soit l’entreprise bénéficie d’une subvention pour soutenir son investissement de départ. Soit l’État s’engage à racheter l’électricité produite par la future centrale à un prix stable pendant 20 ans. Des mécanismes similaires existent en Allemagne.

Mais sur un point, la France a fait différemment de ses voisins. Jusqu’au début des années 2010, pour être retenu dans un appel à projet, une centrale biomasse devait obligatoirement brûler une certaine part de bois directement issue des forêts. L’idée était justement d’encourager l’économie forestière française.

Pour une centrale biomasse, cette obligation n’était pas très intéressante économiquement. Le raisonnement était le suivant :

    Le bois forestier coûte cherL’investissement dans la centrale biomasse sera plus long à amortirAutant limiter l’investissement en utilisant une technologie peu coûteusePour ces raisons, autant ne pas équiper la centrale de fours et de filtres nécessaires à l’incinération de bois toxique.

De son côté, l’Allemagne n’a pas obligé les entreprises à utiliser une part de bois forestier. Donc pour les investisseurs allemands la logique a été différente de celle des Français :

    Les traverses ne coûtent rienL’investissement dans la centrale sera vite amortiAutant construire une centrale capable d’incinérer des traverses

Presque toutes les centrales biomasse qui incinèrent des traverses en Allemagne sont sorties de terre entre 2000 et 2004. Après cette période, la République fédérale est revenue en arrière, car il s’est passé ce que la France avait anticipé : la filière forestière s’est trouvée délaissée. Les subventions ont ensuite été réduites pour les centrales qui brûlent des traverses.

« Incinérer du bois toxique ça fait peur »

Au début des années 2010, la France a levé l’obligation d’incinérer du bois forestier pour prétendre aux aides à la construction de centrales biomasse. Mais les choses mettent du temps à bouger au niveau des procédures techniques et administratives. Pour les centrales capables d’incinérer des traverses, il faut environ cinq ans entre le début du projet et sa réalisation concrète.

Un autre frein est surtout d’ordre psychologique. Sylvain Bordebeure travaille à l’Agence de l’environnement et de maîtrise de l’énergie (Ademe). Il s’occupe des appels à projets pour les centrales biomasse :

« Incinérer du bois dangereux, ça fait peur. Par exemple, l’industrie agro-alimentaire est assez réticente pour chauffer ses usines. Il y a toujours la crainte que ça crée une psychose chez les consommateurs. C’est la même logique au niveau des collectivités locales qui craignent que ce soit mal accepté par les citoyens. »

Pourtant, une centrale qui incinère du bois toxique est soumise à des normes européennes d’émissions beaucoup plus strictes que des centrales biomasse classiques. Par exemple, la différence est assez marquante entre la centrale de Kehl (bois toxique) et celle du Wacken (bois classique).

Pour une centrale biomasse, les traverses représentent une ressource bon marché dont le prix et l’approvisionnement est certain pour les 20 prochaines années. On ne peut pas en dire autant du gaz ou du pétrole. Mais malgré cela et des subventions, l’investissement de départ effraye encore beaucoup d’industriels.

Deux centrales biomasse vont ouvrir en Lorraine

Pour 2020, l’appel à projets sera lancé d’ici fin janvier et les candidats ont jusqu’au mois de mai pour déposer leurs dossiers à l’Ademe. Deux entreprises lorraines font figure de pionnières : Egger dans les Vosges et Novacarb à côté de Nancy.

La première produit des pièces de meubles en bois à Rambervillers. Depuis plusieurs années, Egger dispose d’une centrale biomasse qui alimente son usine en chaleur. L’entreprise souhaiterait pouvoir alimenter sa centrale avec des déchets issus directement de sa production plutôt qu’avec du bois des forêts environnantes.

Mais certains déchets produits par Egger contiennent des produits dangereux donc l’entreprise a dû améliorer les performances de sa centrale biomasse. Les travaux touchent à leur fin. Courant 2020, l’entreprise pourra incinérer du bois pollué et donc également des traverses de chemins de fer comme celles de MTS. Entre 2000 et 3000 tonnes par an.

De son côté, Novacarb produit du bicarbonate de soude dans la banlieue nancéienne à Laneuveville-devant-Nancy. Aujourd’hui, son usine tourne essentiellement au charbon. Or dans l’Union européenne, plus une entreprise émet du CO2, plus elle doit acheter des quotas carbone. Comme le charbon émet beaucoup de CO2, Novacarb doit acheter énormément de « droits à polluer » ce qui lui coûte plusieurs millions d’euros par an. L’entreprise travaille donc depuis des années sur un projet de centrale biomasse qui doit voir le jour en 2022. SNCF Réseau compte y envoyer entre 35 000 et 50 000 tonnes de traverses par an.

Difficile de se passer complètement de la créosote

Les traverses de chemins de fer sont les seuls produits pour lesquels l’utilisation de créosote est encore autorisée en France. En avril 2018, l’Agence national de sécurité sanitaire (Anses) publiait un rapport dans lequel elle soulignait l’absence d’alternative techniquement et économiquement viable à la créosote.

Le rapport s’appuie sur les chiffres de 2016 et montre que la majorité des traverses françaises sont aujourd’hui en béton. Malgré tout, le document explique qu’il est difficile de généraliser les traverses béton pour des raisons techniques. Par exemple, si une courbe est trop serrée, le béton ne peut pas être utilisé.

Une traverse en bois pèse entre 70 et 80 kilos contre 300 pour l’équivalent en béton. Les contraintes de transport et de maintenance ne sont pas les mêmes. L’Allemagne a testé des bois non-traité sur certaines lignes. Cela nécessite des réparations plus régulières, ce qui conduit a une hausse des coûts supplémentaires et une perturbation plus importante du trafic de trains.

Piégés, les propriétaires du nouveau Bastion social pourraient rompre le bail

Piégés, les propriétaires du nouveau Bastion social pourraient rompre le bail

Environ un an après la résiliation du bail de « l’Arcadia » rue Vauban à Strasbourg, l’association Vent d’Est a trouvé un nouveau pied-à-terre dans l’Eurométropole. Pour rappel, Vent d’Est est le nouveau nom de l’organisation d’extrême-droite le Bastion social, dissous par le Conseil des ministres en avril 2019 suite à des actes de violence. On y retrouve beaucoup de membres communs aux deux groupes.

Rencontrés par la rédaction, les propriétaires de ce local en sous-sol de 25m² dans un ancien bunker à Ostwald ont tenu à rester anonymes. Ils ne se sont pas doutés du passif de leurs occupants. Cette fois-ci, pas de nom évasif comme par le passé (Strasbourg Argentorate), simplement cinq personnes qui se sont présentées pour louer en leur nom propre. L’un d’eux apparaissait dans les statuts du Bastion social. Les individus ont assuré vouloir développer un projet d’espace de musculation.

Désormais avertis du CV de leurs nouveaux locataires, un des propriétaires rappelle que seuls « les 5 titulaires du bail et leurs amis sur invitation peuvent entrer, mais qu’il ne s’agit pas d’un endroit pour recevoir du public ». En revanche, s’il n’y a « pas de problème », il n’y aura « pas de résiliation », a-t-il précisé après notre rencontre. S’ils constatent un non-respect de ces règles, ils pourraient résilier le contrat de location. Une démarche déjà entreprise par le passé avec d’autres occupants.

Sur son compte Twitter, Vent d’Est attend un public « nombreux chaque semaine » et a annoncé une soirée d’inauguration qui se serait tenue le vendredi 10 janvier. Les propriétaires craignent des dégradations des opposants antifascistes à Vents d’Est et au Bastion social, comme cela s’était passé à l‘Esplanade.

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Huitième manifestation contre la retraite par points jeudi

Huitième manifestation contre la retraite par points jeudi

Une nouvelle journée de contestation de la réforme du gouvernement est prévue jeudi 16 janvier à Strasbourg.

Cinq syndicats (FO, Solidaires, CGT, CNT et FSU) appellent à une nouvelle après-midi de mobilisation contre le projet de retraites par points, jeudi 16 janvier. À Strasbourg, il s’agira de la huitième manifestation sur ce sujet depuis le 5 décembre 2019. En 2020, ces cortèges ont battu le pavé les jeudi 9, samedi 11 et mardi 14 janvier dans la capitale alsacienne. Le marché de Noël étant terminé, le départ est donné cette fois-ci place Kléber à 14h.

Des syndicats arrêtent

Certains syndicats de salariés (CFDT et Unsa) ont arrêté d’appeler à défiler depuis le 11 janvier, suite au retrait « provisoire » de l’âge pivot à 64 ans dans le projet de loi. Les partenaires sociaux ont jusqu’à avril 2020 pour proposer un autre moyen d’équilibrer le financement, sans baisser les pensions, ni les cotisations. Sinon, le gouvernement tranchera.

Les manifestations s’enchaînent les mardis, jeudis et samedis Photo : Victor Maire / Rue89 Strasbourg

Dans son appel à manifester, l’intersyndicale bas-rhinois propose de conserver le système actuel, quitte à revoir le financement par les cotisations :

« Nous exigeons le maintien du système de retraite existant par répartition solidaire et intergénérationnelle et par annuité. [Les organisations syndicales] portent en commun des propositions pour améliorer les droits de toutes et de tous. Pour ce faire, il faut augmenter les financements assis sur les cotisations sociales et les richesses produites par le travail. »

Extrait de l’appel intersyndical à manifester pour le 16 janvier

Le trajet modifié

Contrairement au parcours initialement déposé en Préfecture, celui-ci a été rallongé. Principale modification, il évitera le quai des Bateliers où se trouve la permanence du candidat « La République en Marche » aux élections municipales, Alain Fontanel. « La Fabrique de la Ville heureuse » se retrouvait recouverte d’autocollants hostiles depuis janvier, avec la mise en place de cet itinéraire classique de manifestations, conséquence de la fin du Marché de Noël. Une vitre a été endommagée lors de l’un des trois passages. Autre modification, plus mineure, le point d’arrivée a été déplacé de la Place Broglie à la place Kléber.

Venez en discuter avec un spécialiste

Que change un régime par points par rapport à la répartition ? Quel est l’état actuel du système des retraites français ? Ce sera le thème de notre première rencontre de « l’Université en campagne contre les idées reçues », le mercredi 22 janvier à 18h30 au CSC de la Montagne Verte. Ce jour-là, le projet de loi sera présenté en Conseil des ministres.

Julien Gosselin dissèque l’intarissable violence du monde : un spectacle de dix heures

Julien Gosselin dissèque l’intarissable violence du monde : un spectacle de dix heures

Trois romans portés sur scène pour près de dix heures de spectacle : voilà le projet massif que Julien Gosselin propose au public strasbourgeois. Le Théâtre National de Strasbourg (TNS) et le Maillon s’associent pour accueillir ce spectacle, tout comme ce fut le cas pour 2666 (joué en 2017). C’est dans la salle neuve du Maillon que la compagnie « Si vous pouviez lécher mon cœur » reprend place, avec ses décors imposants et ses graves préoccupations.

Julien Gosselin est un metteur en scène qui travaille exclusivement des œuvres contemporaines. Son matériau de prédilection est le roman. Pour cette création, il se consacre à l’américain Don DeLillo. Celui-ci écrit depuis 50 ans sur de nombreux sujets : le terrorisme, la crise économique, la mondialisation, les rapports de violences entre individus comme entre nations, le langage et sa fonction.

Ses trois romans choisis Les Joueurs, Mao II et Les Noms, donnent leur nom au spectacle éponyme. Publiés entre 1977 et 1991, ils élaborent un portrait du monde centré sur les États-Unis. Ils portent aussi leur regard jusqu’en Grèce et en Chine.

L’espace mobile permet de créer des intérieurs, des rues, qui évoluent selon la luminosité et la fumée ambiantes. Photo : de Simon Gosselin

Don DeLillo grave dans ses mots son époque et les préoccupations de sa société

Dans Les Joueurs, l’intrigue s’articule autour de Pammy et Lyle Wynant, un couple dysfonctionnel dans le New York des années 70. Lyle est trader au World Trade Center. Un jour, l’un de ses collègues est tué par un terroriste. En enquêtant sur cet événement, Lyle finit par entrer en contact avec le groupe armé. Commence alors un enchaînement d’espionnages dans lequel il perd tout contrôle. Pammy, de son côté, cherche à échapper à l’ennui mortel de sa routine, et part en voyage avec deux amis dans le Maine. Mais cet isolement ne semble pas suffisant pour les rasséréner.

Mao II appuie sur les contrastes de taille et de nombre. D’un côté se trouve l’écrivain Bill Gray, ermite littéraire rattrapé par la réalité, et de l’autre les foules laborieuses, à travers la figure de Mao Zedong. Il explore la figure du romancier et celle du terroriste, en les comparant comme deux équivalences. Quant au roman Les Noms, il s’attache à suivre des investisseurs américains, traders et stratèges qui sillonnent le proche-Orient pour défendre les intérêts de leurs sociétés. L’un d’eux se prend d’une fascination morbide pour une secte effectuant des meurtres rituels dans la région. À travers lui se dessine une double tentative de compréhension : l’Amérique qui s’exporte dans le monde et ce dernier face à la puissance écrasante de l’Amérique.

La caméra plonge dans la sphère intime des appartements privés, là où la solitude se fait ressentir le plus cruellement. Photo : de Simon Gosselin

Le roman comme réceptacle et observatoire de la violence

La dimension romanesque du spectacle est évidente. Julien Gosselin ne travaille pas à partir d’actualités, de reportages ou de documents historiques : son matériau contient déjà une écriture artistique très marquée. Dans le spectacle, on retrouve la nécessité de lier entre eux des événements, des personnages, des enjeux. Les trois spectacles sont séparés, que ce soient les décors et mises ou scène, ou plus simplement dans leurs noms, mais l’ensemble est homogène. Les enjeux amorcés dans Les Joueurs sont explorés dans les deux pièces suivantes, de différentes manières. La solitude de Bill Gray face au monde dont il s’est retiré fait écho à celle de Pammy et Lyle à New York. Bien qu’il soit possible de voir indépendamment chacun des spectacles, leur juxtaposition crée un sens inédit.

Fondamentalement, Julien Gosselin veut parler de la violence dans son théâtre. Elle prend de multiples formes : c’est la violence des marchés contre les pays, celle des gouvernements contre les populations, celle des murs contre les corps, celle du marteau contre le crâne. C’est la confrontation entre des idéologies d’organisation du monde qui ne peuvent coexister et qui sont amenées à se combattre à mort. C’est aussi la violence inconsciente de l’isolement, des individus coupés de la masse. La solitude est un élément récurent du spectacle, qu’elle soit subie, crainte ou recherchée. La violence de ce monde n’est pas tant un moyen d’action que le sujet même des actions. Vivre, avancer, subsister implique d’exercer cette violence, même aveugle et apparemment sans but.

La performance est théâtrale, technique et cinématographique

La technique déployée par ce spectacle est impressionnante de complexité. Le décors évolue continuellement, et les techniciens épaulés des acteurs effectuent une chorégraphie. Les meubles et les praticables bougent, le rideaux et les écrans montent et descendent. Le plateau est mis à l’épreuve de ses possibilités techniques de transformation et d’adaptation. La lumière elle aussi est sans cesse réadaptée pour créer de nouvelles ambiances.

Certains changements de décors se font à vue et le jeu ne s’interrompt pas pour autant, il y a toujours quelque chose à voir. Photo : de Simon Gosselin

Tout comme dans les précédents spectacles de Julien Gosselin, la vidéo est un élément vital. La première heure du spectacle ne laisse pas voir le moindre acteur directement : tout est disponible sur les écrans. Les comédiens sont filmés en direct par des cadreurs qui effectuent une réalisation nouvelle à chaque représentation. Le tour de force est à saluer : le montage, les changements de décor, d’espaces, d’ambiance, tout se fait en direct avec une qualité visuelle irréprochable.

Avec ce travail de l’image, la mise en scène s’accorde le pouvoir de l’écrivain : celui de cadrer le regard du lecteur, en ne lui délivrant que les informations qu’il désire transmettre. La musique, omniprésente, est réalisée en direct par une régie installée sur le plateau.

L’acteur monologue entouré de corps, accentuant ainsi la symbolique de sa solitude. Photo : de Simon Gosselin

Le spectacle se pose comme une fraction minuscule de la réalité

Julien Gosselin ne prétend pas faire de théâtre. Les œuvres qu’ils monte naissent de sa volonté de porter en scène, en chair et en muscles des mots, des romans. Les spectacles de la compagnie « Si vous pouviez lécher mon cœur » semblent extraordinairement denses. Plus que la durée de l’ensemble de 9h30, c’est plus ce qui est montré et exploré. Le spectacle ménage un sentiment d’inexpliqué et d’inconnu.

Ce qui est abordé sur scène ne représente à chaque moment, qu’une infime frange d’une globalité que l’on devine immense, presque inconcevable. Les personnages eux-mêmes incarnent ce sentiment : ils sont en quête de savoir, de réponses, de révélations. Ils enquêtent en vain, pataugeant dans le noir en suspectant qu’il y a toujours bien plus à découvrir que ce qu’ils n’ont déjà dévoilé.

Dans « Les Noms » la plupart des échanges s’effectuent dans l’obscurité et la confidence. Photo : de Simon Gosselin

Au fur et à mesure des spectacles, la scénographie se fait de plus en plus opaque. Aux espaces de lumière clinique des Joueurs succèdent la lumière tamisée du bureau de Bill Gray, puis les lueurs de bougies où s’échangent des confidences sur la secte sans nom. La fumée bouche la vue.

Tout comme dans 2666, Julien Gosselin prend garde à ne rien boucler, à ne pas marquer de fin claire à son intrigue. Il la décante jusqu’à créer un flou : les dernières scènes font-elles encore partie de l’histoire ? Rien n’est résolu. La recherche d’une raison à ces gestes de violence ne peut aboutir. Son intérêt réside bien plus dans la nécessité de révéler l’existence des questions, de réveiller cette démangeaison incessante qui ne quitte plus le plateau.

Plus de dix ans d’abandon pour l’ancien hôpital psychiatrique de Hoerdt

Plus de dix ans d’abandon pour l’ancien hôpital psychiatrique de Hoerdt

En photos, balade dans l’ancien hôpital psychiatrique de Hoerdt, au nord de Strasbourg. Préservé, cet ensemble vide aux allures de village attend son avenir.

Déménagé en 2008 en raison de sa proximité avec la raffinerie de Reichstett, fermée trois an plus tard, l’Établissement Public de Santé d’Alsace du Nord (Epsan) de Hoerdt est toujours en bon état. Verdoyant, cet ensemble de bâtiments chargé d’histoire semble avoir été quitté d’un seul coup. Par les fenêtres, on distingue des chaises ou du linge entreposé.

Propriété de l’État, ce site toujours surveillé attend une nouvelle vie depuis plus d’une décennie. Dans de larges allées, bâtiments historiques en pierre y côtoient des constructions en béton plus récentes. En janvier 2019, le président de l’Eurométropole Robert Herrmann (PS) proposait d’y installer une nouvelle prison annoncée dans le secteur de Strasbourg.

Ouvert en 1861, cet établissement accueillait une population marginale, de mendiants, vagabonds, infirmes ou enfants abandonnés, dans le but de les réintégrer à la société par le travail et la religion. Il se transforme au XXè siècle en hôpital psychiatrique, puis en Epsan. Un Ehpad y fut aussi implanté.

De vastes allées

Les grandes allées et les bâtiments en pierre ponctuent l’ensemble de la structure. Photo : Jean-François Gérard / Rue89 Strasbourg / cc
L’établissement a fait l’objet d’un livre paru en 2016 : « L’hôpital de Hoerdt, 150 ans au service de la dignité humaine »
L’allée qui mène à l’ancien établissement.

Les bâtiments

L’ancien bloc médical.
Les bâtiments sont toujours en bon état, mais l’horloge est en panne.
Quelqu’un a oublié son fauteuil dehors.

Le retour de la nature

À d’autres endroits, la nature a repris ses droits.
Sapins et bouleaux sont nombreux tout autour des bâtiments.

Les chapelles

La chapelle protestante.
La chapelle catholique
De beaux vitraux autour dans la végétation

Comme un abandon soudain

Certains bâtiments semblent avoir été subitement abandonnés.
Par la fenêtre, on distingue une ancienne laverie.
Des traces de Noël toute l’année.
Le téléphone ne sonne plus.
Mais la chaufferie fonctionne toujours.

En Alsace, la réforme Blanquer fait les affaires d’Erdogan

En Alsace, la réforme Blanquer fait les affaires d’Erdogan

A la rentrée 2019, les cours de turc ont cessé dans certains établissements publics alsaciens. Cette disparition pourrait favoriser les lycées confessionnels et les structures pédagogiques pilotées par le gouvernement turc de Recep Tayyip Erdogan, dénoncent plusieurs enseignants.

« Si le lycée Jean Monnet ne donnait pas de cours de turc, je serais allée dans un autre lycée. » Melike, 18 ans, étudie le turc comme langue vivante B (LVB, l’ex-LV2) à Strasbourg. Mais dans d’autres lycées alsaciens, les élèves désireux de passer le turc au bac n’auront plus cette chance. De plus en plus d’établissements alsaciens cessent de proposer le turc en LVB. Dans la plupart des cas, les futurs lycéens alsaciens pourront tout au plus prendre cette langue en option (LVC).

Inquiétude des professeurs de turc

Plusieurs professeurs s’inquiètent de cette « disparition programmée du turc » dans les lycées publics alsaciens. À la rentrée 2019, les établissements René Cassin à Strasbourg, Édouard Schuré à Barr et Robert Schuman à Haguenau ont fermé leurs classes de turc. À la rentrée 2020, le lycée Koeberlé à Sélestat cessera à son tour de proposer le turc en LVB. « Une partie des huit enseignants de turc ont vu leurs heures d’enseignement réduites et pour une enseignante, réduite de moitié », dénoncent-ils.

Une pétition « pour l’avenir des langues rares » résume ainsi l’effet de la réforme du Baccalauréat :

« Les candidats au Bac, désirant choisir une langue rare, ont l’obligation de s’inscrire dès l’année de 1ère en langue vivante A et B, et doivent impérativement suivre cet enseignement au sein de leur établissement scolaire. Toutefois, ces enseignements sont très rarement dispensés (en LVA ou LVB, ndlr) au sein des établissements de l’Éducation Nationale. Seront de ce fait pénalisés tous les élèves inscrits dans un établissement scolaire ne proposant pas la langue rare de leur choix. »

« De trop faibles effectifs »

Sollicité, le rectorat de Strasbourg a précisé que l’enseignement du turc en LVB ou LVC existe encore dans 10 lycées à la rentrée 2019 au sein de l’académie de Strasbourg :

« Les moyens sont attribués en fonction des demandes des établissements qui ont la responsabilité d’organiser les enseignements. En raison de trop faibles effectifs, 2 lycées de l’académie de Strasbourg ont choisi de ne pas reconduire cet enseignement à la rentrée 2019. »

Selon notre décompte, au moins 3 lycées d’Alsace ont cessé de proposer des cours de turc (Cassin, Schuman, Schuré) cette rentrée.

L’option langue menacée

Le rectorat met en avant le manque d’élèves inscrits. Un problème de motivation qui découle d’un autre aspect de la réforme Blanquer. Elle réduit l’incitation des adolescents à prendre une troisième langue pour le baccalauréat. La « Langue Vivante C » ne comptera plus coefficient 2 au Bac. Les LVA et LVB ont un coefficient 5. Au début de l’année 2019, l’Association des professeurs de langues vivantes (APLV) dénonçait déjà une réforme qui allait « avoir pour effet de diminuer le choix de langues prises en option, qui sont le plus souvent soit des langues régionales soit des langues étrangères peu enseignées. » 

Selon un enseignant alsacien de turc, certains établissements préfèrent aussi s’épargner l’effort d’organiser l’emploi du temps d’un professeur de langue rare : « Les lycées publics commencent à éliminer l’enseignement de turc parce qu’ils ne peuvent pas répartir nos heures, car on doit intervenir dans plusieurs établissements dans la semaine. »

Une question d’égalité

Mustafa, père de famille strasbourgeois, apprécie que son fils ait pu prendre le turc en LV2 au lycée en 2014/2015. Pour ce « défenseur de l’école laïque », cette option doit être maintenue pour garantir le plus possible une égalité entre les élèves :

« L’État doit faire en sorte que ses établissements puissent avoir des langues rares. Mon fils a pu prendre turc LV2 et bénéficier d’un fort coefficient au bac. Si un lycéen ne peut plus le faire, il y a une inégalité de traitement. Et s’il n’y a plus d’option, le risque c’est que les enfants soient obligés d’aller vers d’autres établissements privés, parfois non-laïcs. »

Des alternatives liées à l’État turc

Plusieurs professeurs, dans l’enseignement secondaire ou supérieur, ont aussi exprimé cette inquiétude auprès de Rue89 Strasbourg. L’un d’eux évoque un risque lié au public turcophone :

« En Alsace, nous avons plusieurs établissements hors-contrat de groupes religieux comme Ditib Strasbourg (union turco-islamique des affaires religieuses , émanant directement de l’Etat turc, ndlr) ou rattachés aux autorités turques comme Maarif Education (un institut de formation et d’enseignement lancé par le gouvernement turc, ndlr) qui proposent des cours de turcs. »

Du côté du lycée privé Yunus Emre, dans le quartier de Hautepierre à Strasbourg, le président du groupe scolaire confessionnel Murat Ercan estime que la réforme Blanquer aura peu d’effets sur son établissement :

« Jusqu’à présent les langues étrangères n’orientaient pas le choix d’inscription, c’était plutôt l’approche pédagogique, le suivi et un environnement qui correspondait plus à leur culture, notamment pour les filles qui pouvaient porter le voile, l’alimentation et les locaux. Je ne pense pas que la réforme Blanquer suscitera de nouvelles inscriptions. »

La fondation Maarif, instrument de soft power

À l’étranger, la fondation Maarif ne cache pas ses objectifs. Suite à la tentative de coup d’Etat de 2016, imputée au prédicateur Fethullah Gülen, la structure constitue un outil de soft power turc dans de nombreux pays. En Afrique, elle a permis au président turc de reprendre le contrôle d’un vaste réseau d’écoles.

L’antenne strasbourgeoise de la fondation est installée dans le quartier de l’Esplanade depuis octobre 2018. Directeur de Maarif France, Omer Tekin jure que son objectif n’a rien à voir avec les écoles gülenistes :

« Nous voulons permettre à l’ensemble des hommes d’accéder à un enseignement de qualité. Pour ça, nous cherchons les lacunes des systèmes d’éducation des pays où on se trouve. En France, notre offre porte surtout sur l’enseignement de l’anglais, sur l’aide et l’accompagnement pour l’orientation des enfants. »

En proposant aussi des cours de langue turque gratuits, la fondation Maarif pourrait bien profiter de la menace qui pèse sur l’enseignement public du turc en Alsace. « La fondation Maarif constitue une alternative bien sûr », admet le responsable Ömer Tekin. Selon nos recherches, les options gratuites manquent à Strasbourg. Voici un emploi du temps offert par la structure financée par l’État turc aux élèves de primaire, de collège et de lycée à Strasbourg :

Pour l’année scolaire 2019-2020, la fondation Maarif propose deux heures de « Langue et culture turque » pour les élèves de primaire, de collège et de lycée.

« Notre mission s’étend sur plusieurs siècles »

L’antenne strasbourgeoise de la Maarif compte aujourd’hui une soixantaine d’inscrits, selon Ömer Tekin. À plusieurs reprises, il insiste : sa structure « n’a pas d’objectif politique. » Dans une brochure de présentation de la fondation, le président turc décrit ainsi l’objectif de l’entité :

« La Fondation Maarif de Turquie, créée le 17 juin 2016, tient un rôle capital dans le partage avec nos amis de la riche expérience de notre pays dans le domaine de l’éducation et la réalisation de notre mission qui s’étend sur plusieurs siècles. »

Extrait d’une brochure de présentation de la fondation Maarif. Photo : Doc Remis

Avec « Un vrai bonhomme », Benjamin Parent questionne l’éternel masculin

Avec « Un vrai bonhomme », Benjamin Parent questionne l’éternel masculin

Pour son premier long métrage, Benjamin Parent explore les sources de la masculinité à l’adolescence. Interview premières fois avec ce réalisateur pour qui « il reste beaucoup de chemin à parcourir. »

Dans « un vrai bonhomme », Tom et Léo sont frères mais ne se ressemblent pas. Léo le sportif, beau gosse, est la fierté de son père, quand Tom ne fait pas son âge, mal à l’aise dans des baskets de mec trop grandes pour lui. Entre attraction et répulsion pour son frère aîné, Tom va entamer ce parcours du combattant qu’est l’adolescence.

Dans son premier long métrage, Benjamin Parent questionne les injonctions faites aux garçons à être des « vrais bonhommes » et la difficulté à se construire à une période de la vie où il peut être plus simple de se conformer au groupe pour éviter la bagarre… Ces deux thèmes : l’adolescence et la masculinité sont une source de réflexion intarissable pour le réalisateur, pour qui « il reste encore beaucoup de chemin à parcourir ».

Benjamin Parent sur le tournage d’Un vrai bonhomme Photo : Document remis

Première bagarre

« J’étais jeune, ça devait être en CM2, devant un cinéma. Un élève, qui était mon rival en classe, sort une remarque raciste, on était en pleine période « Touche pas à mon pote ». Je le remets à sa place, il m’insulte et là, je lui donne un coup de poing. C’était un peu un prétexte pour lui rentrer dedans. Mais sinon, plus tard, c’est mon petit frère qui se battait à ma place. La scène de bagarre dans le film est inspiré d’une altercation au cours de laquelle mon frère a mis la pâtée à trois garçons. »

Premier vrai baiser

« Très tard ! Je ressemblais à un gamin à l’adolescence… donc 17 ans, en Floride, en vacances. »

Premier mensonge aux parents

« J’étais pas un mec cool, j’étais assez sage ! Mais si, j’ai quand même une belle arnaque : pour voir le film X sur Canal+ avec mon frère, on enregistrait le catch diffusé juste avant et on laissait enregistrer plus longtemps. Mes parents s’en sont rendus compte et on a fait les premiers surpris… »

Premiers posters

« Des posters de jeux vidéo et de films, je me rappelle très bien de Schwarzenegger dans Commando, Jack Nicholson dans Batman et Van Damme dans Bloodsport, en 1988, très bon film ! »

Van Damme, icône virile affichée dans la chambre d’ado de Benjamin Parent

Premier livre qui vous a fait pleurer

« Je suis une légende de Richard Matheson. Je ne lisais pas tellement à l’adolescence, surtout de la science-fiction, des BD. Entretien avec un vampire d’Anne Rice aussi m’a marqué. Je me suis mis à lire plus tard, vers 20 ans, quand j’ai eu ma première histoire d’amour, avec une fille qui vivait à Strasbourg… 8 heures de train aller-retour par week-end, j’ai lu des dizaines de bouquins ! »

Premier film où on ne regarde pas le film…

« J’ai toujours regardé les films ! Je n’étais pas le genre de garçon qui attirait beaucoup les filles… D’ailleurs dans Un vrai bonhomme, la séance de ciné où il doit emballer Clarisse n’a pas lieu. »

Premier film réalisé

« J’ai commencé à tourner avec un caméscope VHS, à 14 ans. On n’avait pas de quoi monter évidemment donc on faisait du tourné-monté. Un de ces films s’appelait Vampyr, j’avais pompé le titre dans un magazine, c’est un film de Carl Theodor Dreyer que je n’avais pas vu. Et j’ai fait mon premier trucage, avec un type filmé dans un miroir… »

La grande mode des listes « citoyennes »

La grande mode des listes « citoyennes »

Citoyen par-ci, citoyen par-là… On tient le mot de ces municipales pour Strasbourg. Après la liste écologiste et citoyenne emmenée par Jeanne Barseghian, Chantal Cutajar a annoncé elle aussi sa liste… Citoyenne, forcément. De quoi inspirer notre dessinateur, qui a décidé lui aussi de composer sa dream team pour le Conseil municipal.

Municipales 2020 : Kévin Loquais désigné tête de la liste Strasbourg en Commun

Municipales 2020 : Kévin Loquais désigné tête de la liste Strasbourg en Commun

Dans la soirée du vendredi 10 janvier, les soutiens de la liste « Strasbourg en commun » ont désigné Kévin Loquais pour mener la campagne des élections municipales. Plusieurs mesures sociales, écologiques ou démocratiques ont déjà été mises en avant par le mouvement situé à la gauche de la gauche.

Les soutiens de la liste « Strasbourg en commun » ont élu leur tête de liste pour les élections municipales dans la soirée du 10 janvier. Le juriste Kévin Loquais, militant de la France insoumise de 29 ans, a remporté l’élection interne au scrutin majoritaire à deux tours.

« Il y a une tête de liste mais on travaillera en binôme (avec Améris Amblard, militante du mouvement Génération.s, ndlr) », s’empresse de préciser celui qui représentera plusieurs sensibilités politiques situées à la gauche de la gauche, entre Génération.s Strasbourg, la France Insoumise et le jeune mouvement Peps (Pour une écologie populaire et social).

L’équipe de départ pour l’équipe des municipales de la France insoumise, Génération.s et des signataires de PEPS et Eco-métropole Photo : Diyar Sharif / Rue89 Strasbourg

Des propositions avant un candidat

Depuis plusieurs mois maintenant, les soutiens de la liste « Strasbourg en commun » fustigent un système électoral « qui veut qu’on élise une personne et non pas des idées », comme le résume Kévin Loquais. Avant même d’avoir désigné leur candidat, les adhérents de ce mouvement ont donc établi quinze propositions distillées sur les réseaux sociaux depuis décembre.

Parmi les mesures écologiques, la liste « Strasbourg en commun » propose par exemple d’ « interdire à la circulation les voitures diesel nouvellement immatriculées. » Pour réduire la pollution atmosphérique, la gauche de la gauche strasbourgeoise propose aussi de mettre en place « une taxe dégressive jusqu’à exonération sur des critères sociaux et fiscaux » sur l’usage du véhicule à Strasbourg.

Dans le domaine du social, la liste propose aussi d’appliquer le « droit de préemption sur les locaux vides » pour accompagner les « initiatives solidaires pour le développement du commerce de proximité dans les quartiers dépourvus. » Niveau gouvernance, un « référendum d’initiative citoyenne municipal » est aussi proposé.

Priorité à la gouvernance et aux quartiers

Dès le début de l’année 2019, les Insoumis strasbourgeois ont entamé leur « pré-campagne municipale » avec une opération de porte-à-porte. Objectif : présenter un questionnaire autour des transports, des soins, de la culture, de la vie de quartier etc. Kévin Loquais avait participé à cette opération qui incarne deux de ses priorités politiques :

« Il faut changer la façon dont on fait de la politique. Pour lutter contre l’abstention, il faut donner des garanties aux citoyens afin qu’ils puissent contrôler les élus, comme par exemple un moyen de révoquer un élu à mi-mandat si les promesses ne sont pas tenues. Nous souhaitons aussi redonner de l’activité et de l’âme aux quartiers de Strasbourg. C’est un gros dossier, on est encore en train de préparer ce sujet. »

Chantal Cutajar officialise sa candidature aux municipales

Chantal Cutajar officialise sa candidature aux municipales

Chantal Cutajar a lancé sa campagne pour les élections municipales de mars à Strasbourg vendredi. La liste et le programme de l’actuelle adjointe au maire en charge de la démocratie locale ne sera dévoilé que dans un second temps.

« Je veux être maire de Strasbourg. » Au premier étage du Foyer étudiant catholique (FEC) dans la matinée du vendredi 10 janvier, Chantal Cutajar a officialisé qu’elle allait mener une liste appelée « Citoyens engagés » aux élections municipales à Strasbourg.

Dans son discours de candidature, celle qui est encore adjointe au maire en charge de la Démocratie locale a insisté sur la « justice sociale et la réduction des inégalités », la « fraternité face à l’intolérance », le « contrôle citoyen des promesses politiques » et la nécessité d’une « mutation écologique » face à un « risque d’effondrement. »

Chantal Cutajar, tête de la liste « Citoyens engagés » pour les élections municipales 2020 Photo : Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc

Pas encore de programme, « une vision »

Les propositions concrètes et la liste complète des candidats viendront plus tard. C’est « une vision construite avec l’ensemble des colistiers » qui a été présentée par cette juriste de formation. Une seule proposition a été énoncée, dans le domaine de la démocratie locale :

« Je propose la création d’une chambre de la participation citoyenne qui s’inscrit dans le prolongement du conseil de la participation citoyenne, que nous avons mis en place dans le cadre de ma délégation. Ce sera le lieu de la “coconstruction” des politiques publiques qui engagent l’avenir de nos citoyens. »

Cette candidature « ni de droite, ni de gauche, » selon elle, se veut celle « des citoyens engagés. » Éphémère adjointe de la majorité de droite en 2002, Chantal Cutajar figurait sur une liste Modem en 2008 avant de rejoindre la liste PS de Roland Ries en 2014. Aujourd’hui, elle refuse toute étiquette politique et souhaite avant tout « poursuivre le renouveau du modèle de la démocratie locale. »

« Je suis candidate pour mettre en oeuvre une politique co-construite avec les Strasbourgeois. » Photo : GK / Rue89 Strasbourg / cc

La participation citoyenne, comme un mantra

Une cinquantaine de personnes ont assisté au discours de Chantal Cutajar. Les mots « citoyen » et « participation » sont revenus dans toute les bouches. Comme Olive, aide-soignante et habitante du quartier de Neudorf, qui évoque le budget participatif mis en place en 2019.

Un peu plus loin, un groupe de quatre hommes discutent après le discours de la candidate. Nourdine dit apprécier cette femme politique qui « casse les codes. » À quelle mesure fait-il référence ? Le jeune homme hésite. Son voisin Patrick, patron de la librairie Broglie, lui vient en aide : « Je ne pense pas qu’il y a une mesure en particulier, c’est l’ensemble de son action. »

Près de la sortie, un homme élégant en manteau brun, chemise blanche et écharpe noire, est venu « par curiosité ». Interrogé sur le discours de Chantal Cutajar, il se montre un brin perplexe : « Ça me paraît un peu utopique tout ça. Moi je suis plus terre à terre. »

La beauté des habitants de la Meinau en album

La beauté des habitants de la Meinau en album

La photographe Paola Guigou a pu mettre en images quelques habitants du quartier de la Meinau à Strasbourg. Le résultat, publié dimanche 12 janvier, est une ode à l’humanité.

Compagnie artistique attachée à l’espace public, la compagnie lu² a réalisé en 2019 un “Streetalbum,” une série de vignettes autocollantes dédiée au quartier de la Meinau. L’objet, illustré par les photos d’habitantes et habitants du quartier par Paola Guigou, met en perspective la beauté des scènes de la vie quotidienne.

StreetAlbum Meinau de la compagnie Lu² (Photo Paola Guigou)
Photo : Paola Guigou
StreetAlbum Meinau de la compagnie Lu² (Photo Paola Guigou)
Photo : Paola Guigou

Le Streetalbum décline une entrée géographique par page ou double-page, les lieux ont été choisis par celles et ceux qui vivent et font vivre ce quartier, selon la compagnie lu².

StreetAlbum Meinau de la compagnie Lu² (Photo Paola Guigou)
Photo : Paola Guigou
StreetAlbum Meinau de la compagnie Lu² (Photo Paola Guigou)
StreetAlbum Meinau de la compagnie Lu² Photo : Paola Guigou

Les photographies de Paola Guigou sont issues de quarante reportages réalisés durant l’été. Des archives issues de la Ville de Strasbourg, du bailleur social Ophéa (ex CUS Habitat) et de fonds personnels d’habitantes et d’habitants complètent le Streetalbum.

StreetAlbum Meinau de la compagnie Lu² (Photo Paola Guigou)
StreetAlbum Meinau de la compagnie Lu² Photo : Paola Guigou

L’ouvrage sera publié et distribué gratuitement dès dimanche 12 janvier. Une restitution, sous la forme d’une chasse au trésor, est prévue autour de la place de l’Île-de-France. 1 400 exemplaires ont été imprimés. Un autre événement de restitution est programmé le jeudi 16 janvier.

StreetAlbum Meinau de la compagnie Lu² (Photo Paola Guigou)
StreetAlbum Meinau de la compagnie Lu² Photo : Paola Guigou

L’ouvrage pourra même être complété par d’autres vignettes, qui seront cette fois disponibles dans cinq lieux « complices » du quartier, à découvrir.

Des cheminots déterminés et plus de 4 500 manifestants contre la réforme des retraites

Des cheminots déterminés et plus de 4 500 manifestants contre la réforme des retraites

Jeudi, plus de 4 500 personnes ont manifesté contre la réforme des retraites à Strasbourg. Mobilisation historique du côté des cheminots, ambiance festive pendant la manifestation et professions variées dans le cortège… Autant de facteurs qui peuvent expliquer la longévité du mouvement social.

Muni d’un mégaphone, Alexandre Welsch court sans cesse dans les rues de Strasbourg pour haranguer ses collègues cheminots. Ce jeudi 9 janvier, cinquième jour de manifestation contre la réforme des retraites, le secrétaire général du syndicat Sud Rail Alsace a décidé de « prendre le rôle de meneur ». Pour faire durer cette mobilisation, déjà historique au sein de la SNCF, « il faut que ça vive, l’ambiance c’est très important, ça donne envie aux gens de revenir. »

En milieu d’après-midi sur la place Broglie, Alexandre Welsch, syndicaliste Sud Rail, harangue la foule de cheminots.

Plus de 4 500 manifestants

Le mouvement contre la réforme des retraites dure depuis plus d’un mois. Le 5 décembre, lors de la première journée de mobilisation, plus de 10 000 personnes étaient descendues dans les rues strasbourgeoises. Puis le chiffre était descendu à 3 000 lors de la deuxième manifestation… Toujours selon notre décompte, plus de 4 500 personnes ont manifesté ce jeudi 9 janvier (3 700 selon la police).

Pour Anne, 47 ans et infirmière dans une entreprise à Sélestat, la longévité du mouvement n’a rien d’étonnant :

« Quand on parle d’argent, les gens sont dans la rue. Moi, avec la réforme, je risque de perdre 400 euros par mois si je pars à la retraite à 62 ans. Avec cinq jours de grève, je n’ai rien perdu par rapport à ce que la réforme me fera perdre. »

Anne, 47 ans, infirmière en entreprise à Sélestat. Photo : Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc

La pénibilité en toile de fond

Parmi les rangs des manifestants, il y a les habitués et les débutants. Agent d’usinage à Haguenau, Jérôme vient d’intégrer le syndicat CGT de son entreprise. Le jeune Alsacien se mobilise pour faire reconnaître la pénibilité de son travail : « Entre le travail de nuit et le port de charge lourde, je dois déjà voir un kiné trois ans après avoir commencé à bosser… »

Jérôme (à gauche), 27 ans, manifeste pour la première fois ce jeudi 9 janvier à Strasbourg. Photo : GK / Rue89 Strasbourg / cc

« L’enjeu est terrible »

Dans le cortège, syndiqués comme syndicalistes décrivent une mobilisation aussi cruciale pour l’avenir de la contestation en France. Laurent Feisthauer, secrétaire académique de la CGT Educ’action Alsace :

« L’enjeu est terrible. Après la réforme du bac, de la formation professionnelle, du primaire et la réforme du dialogue social dans la fonction publique… On va vers la perte de notre statut, de tout ce qui a été construit depuis 1945 dans la Fonction publique. Tout ça est rejeté pan par pan et la retraite, ce sera le morceau ultime. Si nous laissons passer cette réforme, ça va être très difficile de mobiliser derrière les collègues. »

Laurent Laurent Feisthauer, secrétaire académique de la CGT Educ’action Alsace :  » Si nous laissons passer cette réforme, ça va être très difficile de mobiliser derrière les collègues. » Photo : GK / Rue89 Strasbourg / cc

Yannick, agent de maintenance à la SNCF, est en grève depuis le 5 décembre. « C’est presque un mois de salaire que j’ai perdu », souffle-t-il. Pour le cheminot, la caisse de grève représente un petit espoir de compensation. Un peu plus loin, Denis, intermittent du spectacle à la retraite, a « cotisé 500 euros pour une cagnotte (il en existe plusieurs, décrites dans cet article, ndlr) »

Denis, intermittent du spectacle à la retraite, a fait don de 500 euros pour soutenir économiquement le mouvement. Photo : Buket Bagci / Rue89 Strasbourg / cc

« Les seuls rebelles avec des syndicats forts »

Interrogé sur les raisons de sa détermination, Yannick dit reprendre espoir avec « les raffineries qui se greffent au mouvement, ça peut faire plier le gouvernement en perturbant encore plus l’économie. » L’agent de maintenance se sent aussi investi d’une mission plus large : « Nous les cheminots, on est encore les seuls rebelles avec des syndicats forts en France. Si on n’est pas là, il n’y a pas de contestation. »

Yannick, 49 ans, agent de maintenance à la SNCF, est favorable au retour du départ à la retraite à 60 ans. Photo : GK / Rue89 Strasbourg / cc

La conseillère régionale Vanessa Wagner visée par une enquête sur des détournements

La conseillère régionale Vanessa Wagner visée par une enquête sur des détournements

Vanessa Wagner, conseillère régionale (UDI) de la Région Grand Est, est accusée d’avoir utilisé les moyens de la Fédération française du Bâtiment du Bas-Rhin pour ses campagnes politiques. Une enquête est ouverte et un conseil d’administration exceptionnel est prévu vendredi.

La Fédération Française du Bâtiment du Bas-Rhin (FFB 67) est un endroit d’ordinaire plutôt calme. Environ un millier d’entreprises cotisent à ce syndicat patronal dont les actions de représentation, de formation et de lobbying occupent sept personnes.

Un engagement politique à contre-courants

Mais depuis la fin de l’année 2018, ces salariés reçoivent la visite de gendarmes et sont auditionnés dans le cadre d’une enquête visant la secrétaire générale de la FFB 67, Vanessa Wagner. Les enquêteurs de la brigade financière cherchent à savoir dans quelle mesure les moyens de la FFB 67 ont été mis au service des engagements politiques de Vanessa Wagner.

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« Archéo en lutte Alsace » : ces « damnés de la terre » qui battent le pavé

« Archéo en lutte Alsace » : ces « damnés de la terre » qui battent le pavé

Depuis le début du mouvement contre la réforme des retraites, un groupe d’archéologues participe aux manifestations à Strasbourg. Le collectif « Archéo en lutte Alsace » dénonce la précarité économique, la pénibilité physique et « une perte de sens du métier ».

Black blocs, cortège féministe et archéologues précaires… Les passionnés de préhistoire figurent parmi les nouveaux visages des manifestations strasbourgeoises. Mi-décembre 2019, plusieurs dizaines de personnes manifestaient derrière une banderole dénonçant la « loi du marché » et son lot de « patrimoine bradé, de précarité et de sciences au rabais. » Suite à notre enquête sur une fouille archéologique enterrée par une filiale de Vinci, Rue89 Strasbourg a récolté les témoignages de plusieurs archéologues usés par leurs conditions de travail.

Place de la République, le 17 décembre 2019, plusieurs dizaines d’archéologues expriment leur colère contre « le patrimoine bradé, la précarité et les sciences au rabais » Photo : Victor Maire / Rue89 Strasbourg / cc

Précarité et concurrence

Dans le milieu, personne n’ose témoigner en son nom : « Je ne me plains pas, je suis prête à accepter un maigre salaire parce qu’il y a de la concurrence », explique Julie (tous les prénoms ont été modifiés). Avec un Bac+5, elle a commencé à travailler en tant que « fouilleuse qualifiée » et rémunérée au SMIC.

Les archéologues gagnent peu… et ils enchaînent souvent les contrats à durée déterminée : « Pour chaque contrat de trois mois, on passe un mois au chômage au moins… », souffle Julie qui semble pessimiste : « Je connais des archéos avec 10 ans d’ancienneté, ils enchaînent toujours les CDD… »

Froid, pression et mal au dos

Pour plusieurs archéologues interrogés, les fouilles préventives autour du Grand contournement ouest (GCO) ont été moralement difficiles : « Vinci, c’est le diable, tacle une jeune archéologue, on n’aime pas cette ambiance où l’on sent que l’entreprise attend impatiemment qu’on se casse du chantier… » Elle se souvient aussi d’une fouille réalisée en plein mois de décembre : « Il faisait presque -15°C et j’essayais de briser la glace pour creuser… »

Diplômé depuis quelques années, Alexandre galère toujours pour trouver du boulot. Pour le jeune archéologue, son métier est « à la pointe de la précarité ». Pour parler de son travail, il n’hésite pas à reprendre l’expression consacrée par un article de Libération « Les damnés de la terre » :

« La pénibilité du travail, passé à genoux pour creuser, ce qui te flingue le dos, les genoux et les poignées, l’exposition au froid et au chaud selon les saisons… Rien n’est pris en compte dans notre rémunération souvent comprise entre 1 300 et 1 400 euros. »

Des archéologues contraints de se réorienter…

Si Tristan apprécie les périodes de carence entre les CDD, le jeune archéologue dénonce volontiers la pression des entreprises pour réduire les délais de fouille : « On doit toujours libérer la zone le plus vite possible mais en archéologie, on ne sait jamais sur quoi on tombe. Cette ambiance d’urgence pousse à bâcler le travail… »

Le « Groupe Archéo En Lutte Alsace » s’est constitué en 2019 pour dénoncer cette précarité, ces conditions de travail et ces fouilles bâclées. Dans un communiqué du 3 janvier 2020, ses membres dressaient un constat alarmant :

« Lorsque le corps s’use ou que l’envie légitime d’avoir une situation stable supplante la passion originelle, la plupart des archéologues sont contraints à une réorientation. (…) Comment imaginer un renouvellement générationnel et un recrutement de qualité lorsqu’on dilapide ses forces vives ? »

Le collectif sera à nouveau dans la rue pour la cinquième manifestation contre la réforme des retraites à Strasbourg dans l’après-midi du jeudi 9 janvier. Son rendez-vous est fixé à 13h30 devant la brasserie « Le Stern », place de la Bourse.

Débatomap, une application pour proposer ses idées aux candidats

Débatomap, une application pour proposer ses idées aux candidats

Un cabinet d’urbanistes a mis en ligne une application pour que les citoyens puissent proposer leurs idées aux candidats aux élections municipales. Un système de vote permet de soutenir ou d’écarter les idées existantes.

Le cabinet d’urbanistes Repérage Urbain a lancé « Débatomap » à Strasbourg, un outil en ligne pour proposer des idées d’aménagement de la ville aux candidats engagés dans les élections municipales. L’application permet de discuter de chaque proposition, de voter pour ou contre, après la création d’un compte utilisateur. Une synthèse des contributions sera envoyée mi-mars aux candidats par le cabinet, dont l’un des fondateurs, Éric Hamelin, est strasbourgeois.

En 2014 déjà, ce cabinet avait lancé avec Rue89 Strasbourg une première version de cette application, dans le contexte des élections municipales. Elle s’appelait alors « Strasbourg 2028 ». Plus de 650 idées avaient été déposées et débattues par les Strasbourgeois. Les sujets allaient de la production d’énergie à la ville flottante en passant par des projets d’agro-quartier

110 idées concrétisées en six ans

Six ans plus tard, on peut noter que 110 idées proposées ont été plus ou moins concrétisées durant ce mandat. Tout n’est pas directement parti de Strasbourg 2028 évidemment, mais dans beaucoup de cas, il s’agit de « convergences d’idées » entre diverses sources d’influence, citoyennes ou urbanistiques.

Ainsi le réaménagement des quais des Bateliers avait été suggéré dans Strasbourg 2028. Plusieurs idées parmi les plus appréciées suggéraient de « supprimer les stationnements » sur les quais et de les aménager en « zone de rencontre », de les mettre « à sens unique » afin d’y améliorer les cheminements piétons et vélos. Le candidat écologiste d’alors, Alain Jund (EELV), avait aussi ajouté le réaménagement de ces quais à son programme.

Sur Débatomap comme sur Strasbourg 2028, chaque idée peut être débattue, soutenue ou... descendue (capture d'écran)
Sur Débatomap comme sur Strasbourg 2028, chaque idée peut être débattue, soutenue ou… descendue Photo : capture d’écran

D’autres idées plus iconoclastes, comme… des projections cinéma en plein air, avaient aussi été publiées pour la première fois dans Strasbourg 2028. Force est de constater que l’idée a fait florès…

Plus généralement, plusieurs propositions autour de Strasbourg et de ses cours d’eau semblent avoir servi d’inspiration. On trouvait sur Strasbourg 2028 plusieurs propositions aujourd’hui réalisées, telles que « Installer des péniches bars-restaurant à Malraux » ou « créer des circuits en barque électrique vers la Montagne Verte. » D’autres propositions sur le thème des « baignades urbaines » ou des « piscines flottantes » sont à l’étude à la Ville de Strasbourg…

Comment utiliser Débatomap ?
#crowdsourcing

Le parking du musée d’art moderne coûte trois fois plus cher aux habitants du quartier Laiterie qu’à ceux du centre

Le parking du musée d’art moderne coûte trois fois plus cher aux habitants du quartier Laiterie qu’à ceux du centre

Avec la réduction des places de stationnement dans les rues, les Strasbourgeois sont incités à utiliser les parkings publics à étages. Mais dans le quartier populaire de la Laiterie, le tarif « résident » du parking local reste plus de trois fois plus cher que pour les habitants de la Grande-Île.

Sous le musée d’art moderne, le parking « Centre historique – Petite France » est à mi-chemin entre le quartier Laiterie et le centre-ville. Sur la carte des 12 zones de stationnement, il se situe bien dans la zone 10, celle de la « Laiterie – Musée d’art moderne » et non la zone 3 (« Centre Petite-France »). Mais selon que l’on habite d’un côté ou de l’autre de l’Ill, le tarif varie du simple à plus du triple.

Si l’on loge dans l’ellipse insulaire, le tarif pour garer sa voiture pendant un mois est de 25 euros. En revanche, si on habite du côté du Quartier prioritaire de la Ville (QPV) de la Laiterie, plus proche à vol d’oiseau, il faut débourser 91,50 euros par mois, voire 118€, selon la rue où l’on réside.

Un tarif lancé en 2013

Ce prix avantageux de 25 euros par mois correspond à l’offre « Résidéo », lancée en 2013 d’abord au tarif de 39 euros. Elle est réservée aux habitants de la Grande-Île et ne s’applique que pour un seul véhicule par foyer au parking Petite France ou au P3 des Halles. L’objectif est de réduire la pression sur les places en voirie dans le centre touristique, de plus en plus piétonnisé. La politique tarifaire est votée par les élus de la Ville de Strasbourg et appliquée par Parcus, la société publique-privée délégataire de ces deux parkings.

Avec les travaux du détournement du tram F vers Koenigshoffen, et la suppression de places qui l’a accompagné (185 emplacements), l’offre Residéo a été étendue à quelques rues du quartier Gare, provisoirement.

Une demande à adresser aux candidats ?

Ce périmètre sera-t-il maintenu après les travaux mi-2020 ? L’adjoint de quartier Paul Meyer (La Coop./LREM) assure que c’est son souhait, mais ce sera surtout à la future équipe élue en mars de décider. Un sujet sur lequel les automobilistes du quartier peuvent essayer d’interpeller les listes en cours pour les élections municipales, en vue d’obtenir des promesses.

Les abonnements Résidéo, Résidents ou tout public permettent de bénéficier des prestations d’un parking « en ouvrage » (sécurité, protection de la neige et intempéries). Ils restent plus chers que le droit de stationner dans les rues de sa zone de résidence (15€ par mois).

Le tarif résident permet cependant un prix légèrement dégressif s’il est souscrit pour trois mois (85€ par mois) ou un an (72,75€/mois). Mais il demeure loin du tarif Résidéo, qui lui reste fixe (300 euros par an, soit toujours 25€/mois).

Les prix varient du simple au triple entre résidents du quartier et ceux du centre-ville. Photo : source site de Parcus

Un parking sous-utilisé ?

Le parking Centre historique – Petite France et ses 939 places est connu pour être moins utilisé que ses homologues. Cette sous-occupation fait dire à certains habitants du quartier Laiterie qu’ils pourraient aider à le remplir, en accédant à l’offre avantageuse Résidéo.

Du côté de Parcus, on répond que donner un taux d’occupation moyen « n’a pas de sens » surtout avec une ouverture 24h/24. La direction avance « une augmentation de 15% » de la fréquentation depuis la fin des travaux de rénovation en octobre 2018. En janvier 2019, Parcus annonçait néanmoins un taux d’occupation de deux tiers, au maximum.

Son directeur Pascal Jacquin, précise que le parking reste « un réservoir en cas d’événements en centre-ville ». Il était en effet plein lors des journées de grèves des trains en décembre, couplées au Marché de Noël. Le changement de nom (il s’appelait avant Petite France – Sainte Marguerite) vise aussi à mettre en valeur cette proximité avec le centre, plutôt qu’avec le quartier Laiterie. Depuis la réhabilitation, Parcus indique avoir enregistré une hausse de tous les publics (horaires et abonnés) et compte 190 abonnés Résidéo.

Deux des trois étages ont été embellis pour rendre le parking Centre historique plus agréable. Il vise davantage les automobilistes qui vont vers le centre-ville que ceux du quartier Laiterie. (photo JFG / Rue89 Strasbourg)

Des places en moins dans le quartier

Avec les travaux du tramway et la rénovation du quartier, 260 places de stationnement seront supprimées dans le quartier Laiterie. Une nouvelle offre de parking va émerger aux portes de Koenigshoffen, avec un ouvrage de 350 places, à l’entrée de la route de Romains. Mais ce parking-relais de l’autre côté de l’autoroute est trop éloigné pour les habitants du quartier Laiterie, estime Paul Meyer.

Des parkings qui s’ouvrent chez les bailleurs

Pour autant, la solution n’est pas forcément l’extension de l’offre Résidéo, selon l’adjoint de quartier :

« L’objectif de Résidéo est d’avoir une incitation à mettre sa voiture un peu plus loin et pas juste devant chez soi pour l’utiliser tout le temps, ce qui ne serait pas le cas ici. En revanche, j’ai fait ouvrir des places dans les parkings de bailleurs sociaux qui étaient vides, pour 35€ par mois. Elles sont ouvertes à tous les habitants des différents bailleurs sociaux du quartier. Certaines offres sont valables dès à présent et d’autres sont en cours. »

Parmi les emplacements, deux parkings à l’immobilière 3F, rue du Ban-de-la-Roche, soit une cinquantaine de places et environ autant chez les bailleurs Ophéa (ex-CUS Habitat) et Domial, respectivement rue de Rothau et de Marlenheim.

Philippe Bies, président du bailleur social CUS Habitat, a tenu à rappeler le contrat avec la start-up Zenpark en avril 2017 permettant « la mise à disposition d’emplacements de stationnements vacants pour des utilisateurs tiers de plusieurs résidences d’Ophéa. » Dans le quartier Laiterie, ce contrat a permis de mettre 14 emplacements à disposition dans la rue de Marlenheim pour 59 euros par mois.

parking centre historique
Moins utilisé, le niveau -3 n’a pas été refait contrairement aux deux autres. Photo : JFG / Rue89 Strasbourg

L’élu local estime par ailleurs que malgré la division par deux du nombre de places sur le parking du Ban de la Roche (de 230 à 115), le passage en zone payante verte dégagera des places aux résidents. Cet emplacement gratuit était en effet saturé à 98%, notamment par des voitures « ventouses », 158 selon une étude des services du stationnement de la Ville. Dans les rues payantes à côté, un taux d’occupation de 72% est relevé entre 6h et 15h.

Avec le projet d’extension du Bus à haut niveau de service (BHNS) G vers la place de l’Étoile, repoussé au mandat à venir, d’autres places de stationnement en voirie sont amenées à disparaître sur le boulevard de Lyon. L’occasion à venir pour les riverains de réclamer une extension du périmètre Résidéo.