Comme les 32 autres communes de l’Eurométropole, Strasbourg va interdire les véhicules les plus anciens à partir de janvier 2021. Mais le rythme d’exclusion serait ensuite plus rapide à Strasbourg que dans les villes et villages voisins.
« Moi, maire de Strasbourg, je suis sous pression des associations, qui est maximale. La situation n’est pas la même à Strasbourg que dans le reste de l’Eurométropole ». Ainsi, Roland Ries (PS) justifie de finalement délibérer sur l’évolution plus rapide de la Zone à faible émissions (ZFE) à Strasbourg que dans le reste de la métropole. Pour rappel, il s’agit d’autoriser ou d’interdire les véhicules sur la base de leur ancienneté (et non de leurs émissions) et la vignette Crit’Air associée, pour limiter la pollution de l’air.
Initialement, il était question d’avoir un périmètre unique dans toute l’Eurométropole (sauf sur le GCO). Cet objectif se brise sur les réticences de l’Eurométropole, notamment suite aux freinages des maires. Le point de départ est le même pour Strasbourg et les 32 communes voisines : exclusion des voitures sans vignette, c’est-à-dire d’avant 1997, au 1er janvier 2021. C’est le point d’arrivée qui diverge. L’Eurométropole s’apprête à délibérer sur l’exclusion des Crit’Air 2 (interdiction de tous les diesels et des voitures à essence d’avant 2011) au plus tard en 2030, sans fixer de date précise. Pour Strasbourg, ce sera 2025.
Le calendrier prévisionnel à Strasbourg :
1er janvier 2021 : interdiction des véhicules sans Crit’Air (et dans toute l’Eurométropole)1er janvier 2022 : interdiction des véhicules Crit’Air 5 et plus anciens (et dans toute l’Eurométropole)1er janvier 2023 : interdiction des véhicules Crit’Air 4 et plus anciens 1er janvier 2024 : interdiction des véhicules sans Crit’Air 3 et plus anciens1er janvier 2025 : interdiction des véhicules sans Crit’Air 2 et plus anciens (tous les diesels)
Pour s’y retrouver dans les vignettes et les véhicules. La classification est différente pour les motos et poids-lourds. Photo : document ministère des Transports
Les arrêtés sont pris uniquement par le maire. En d’autres termes, le successeur de Roland Ries pourra appliquer ou non cette promesse après les élections municipales de mars 2020.
Quid de l’A35 ?
Cet arrêté s’appliquerait partout à Strasbourg. Partout ? Ce n’est pas au maire de réglementer l’usage de l’autoroute A35, son axe le plus polluant qui traverse la ville du nord au sud. C’est à ce jour l’État qui en a le pouvoir. Il prévoit de transférer cette gestion à l’Eurométropole dans la cadre de son réaménagement, encore flou à ce jour. « Cela ne se fera pas sans l’aide du futur président de l’Eurométropole qui aura le pouvoir de police sur cet axe », estime Christel Kohler, adjointe au maire (LREM) chargée de l’Environnement.
Néanmoins, 2021 ne sera une année de grande répression des automobilistes. « Les appareils de vidéo-verbalisation nous seront livrés fin 2021. Les premiers mois seront l’occasion de faire surtout de la pédagogie », complète l’élue de la majorité.
Les règles durcies pour les pics de pollution
Lors des pics de pollution, les règles se durcissent aussi. À partir du 1er octobre 2019, seules les voitures avec vignettes 0, 1 ou 2 seront autorisées en cas de pic de pollution prolongé (à partir du 3ème ou 4ème jour) dans l’Eurométropole. Ces limitations n’ont porté que sur 8 jours en 2018 et 2019, à chaque fois pour des pics d’ozone en été (et non de microparticules PM10, plus nombreuses en hiver et au printemps).
Quelques dérogations nationales aux vignettes Crit’air existent : les véhicules d’intérêt général prioritaires ou bénéficiant de facilités de passage tels que les véhicules de secours et d’intervention (police, pompiers, ambulances…) et les véhicules des personnes handicapées ou les taxis.
La France est sous le coup d’une procédure de la Cour de Justice de l’Union européenne pour non-respect des valeurs limites de pollution. Parmi les territoires critiques, Strasbourg est concernée pour le dioxyde d’azote (NO2), c’est-à-dire la pollution de fond, très impactée par la circulation routière. Le gouvernement a laissé entendre qu’en cas d’amende, il pourrait mettre à contribution les agglomérations visées.
Une vingtaine de mères de famille ont manifesté devant le rectorat de l’académie Strasbourg dans la matinée du mercredi 18 septembre. Elles dénoncent l’absence d’auxiliaires de vie scolaire (AVS) pour leurs enfants trisomiques, autistes ou atteints de troubles du langage…
Laetitia tremble de froid devant le rectorat de l’académie de Strasbourg. En cette matinée du 18 septembre, la mère de Jules manifeste avec le Collectif Citoyen Handicap malgré son épuisement. Deux semaines après la rentrée, son fils n’est accompagné par un auxiliaire de vie scolaire (AVS) qu’une heure par semaine seulement…
« Jules est atteint de plusieurs troubles dyslexiques sévères. Il a besoin de quelqu’un pour la lecture des consignes, rester attentif et prendre des notes de ses cours », explique-t-elle. Elle s’use à écrire des mails aux référents inclusion ou handicap du rectorat, elle appelle le service « école inclusive » sans obtenir de réponse…
Kinésithérapeute à Saverne, Laëtitia le sait :
« Si on ne pousse pas, je peux attendre la fin de l’année, mon fils n’aura jamais d’AVS à temps plein… »
De gauche à droite : Cynthia, Raja et Soumia se battent pour un accompagnement adapté au handicap de leur enfant. Photo : Guillaume Krempp / Rue89 strasbourg / cc
250 enfants sans accompagnant dans le Bas-Rhin
Selon la coordinatrice du Collectif Citoyen Handicap, près de 250 personnes du Bas-Rhin n’ont pas d’AVS pour leur enfant handicapé, ou un accompagnement insuffisant. Marie Lettler dénonce un manque de moyens constant depuis plusieurs années :
« La plupart des auxiliaires de vie scolaire suivent trois, voire quatre ou cinq enfants ! On est bien loin de l’école inclusive (qui fait partie de la loi “pour une école de la confiance”, votée en juillet, ndlr). »
La rectrice de l’académie de Strasbourg conteste le constat du collectif. Sophie Béjean rappelle la création de « 213 postes d’accompagnants d’élèves en situation de handicap (AESH, nouvel acronyme remplaçant AVS) et 19 classes ULIS (Unité locale d’inclusion scolaire, classes dédiées aux élèves ne pouvant pas suivre une scolarité individuelle continue, ndlr). » Interrogée sur le nombre d’accompagnants manquants, la responsable insiste :
« Pour la rentrée 2019, les services départementaux de l’école inclusive ont réalisé les affectations de personnels d’accompagnement à hauteur de près de 1200 postes en équivalent temps plein. Notre académie ne manque pas d’AVS, tous les 15 jours, des situations nouvelles apparaissent et elles sont traitées. Le recrutement prend du temps. »
Des problèmes réglés… pour le rectorat seulement
Des réponses qui exaspèrent les manifestantes toujours dehors. « Vous croyez que ça m’amuse d’être ici ? », rétorque Raja, mère du petit Riyad, 12 ans. À chaque rentrée depuis le CP, la Strasbourgeoise doit se battre pour obtenir un accompagnement adapté :
« Cette année, mon fils a un AVS 12 heures par semaine. Donc il n’est pas présent pour les matières où Riyad en a vraiment besoin, comme les mathématiques et le français… Mais au rectorat, ils ont noté que mon problème était réglé… »
Raja se dit encore « chanceuse » d’être à Strasbourg. À ses côtés, Cynthia retient ses larmes lorsqu’elle décrit la situation d’Evan, 7 ans. À Marmoutier, l’enfant trisomique n’a aucun accompagnant pour se rendre au CP. L’infirmière subit :
« J’ai fait ma demande en mars et j’ai reçu la notification d’approbation de la Maison départementale des personnes handicapées (MDPH) en août. Le 31 août, j’ai appris qu’Evan n’aurait pas d’AVS. On m’a même demandé si je voulais bien décaler la rentrée d’Evan au lendemain… »
Seule proposition faite à la famille : une classe adaptée à Lingolsheim, à près d’une heure en voiture de son domicile. « Ce n’est pas une solution pour un enfant de 7 ans… », regrette-t-elle.
Des parents épuisés
Devant le rectorat, les manifestantes évoquent leur quotidien épuisant. Parfois, « la maîtresse nous engueule parce que notre enfant peut perturber le cours quand il n’a pas d’AVS. » Plusieurs évoquent leur désir d’occuper un emploi mais l’impossibilité de le faire. Celles qui y parviennent se disent soit au bord du burn-out ou « chanceuse » : « J’ai un employeur arrangeant et mon mari est là pour les enfants à midi… » Toutes les mères présentes dénoncent un soutien insuffisant aux élèves atteints de handicap : « Nos enfants handicapés ont déjà un quotidien difficile et injuste. Sans AVS, ils vivent une double-injustice. »
Le manque d’AVS s’explique aussi par la précarité du métier, souvent à temps partiel avec des contrats courts. Avec la loi « Pour une école de la confiance », les accompagnants seront désormais embauchés avec un contrat à durée déterminée de trois ans minimum, renouvelable une fois avant transformation en contrat à durée indéterminée. Une formation initiale de 60 heures leur sera obligatoirement prodiguée.
Mais tant que Raja, Cynthia et Laëtitia n’obtiendront pas d’accompagnement adapté pour Jules, Riyad ou Evan, elles continueront de se battre.
Rédacteur en chef de Rue89 Strasbourg. Spécialisé depuis 2019 en enquêtes locales, à Strasbourg et en Alsace sur des sujets variés allant de l’extrême-droite à l’hôpital public en passant par la maison d’arrêt de Strasbourg, les mouvements sociaux, les discriminations et l’expertise-psychiatrique.
Quarante ans que l’on crie dans l’espace et que personne ne l’entend ! Pourtant, lorsqu’Alien est sorti en mai 1979, le film de Ridley Scott a fait beaucoup de bruit et installé dans le cinéma un nouveau genre.
Dans son documentaire Memory : the Origins of Alien, Alexandre O. Philippe revient sur cette génèse pendant 95 minutes. Et pour lui, Alien est un miracle qui tient à une rencontre improbable, il en est ressorti un film aux résonances mondiales, dont les ressacs se ressentent encore aujourd’hui. Il était l’invité du Festival européen du film fantastique.
La rédaction de Rue89 Strasbourg est composée de journalistes toutes et tous prêts à écouter les Strasbourgeoises et les Strasbourgeois pour parler des sujets qui les intéressent. Notre existence et notre moral dépendent du nombre d’abonnements pris pour nous soutenir. 🙏⤵
Outre le bitume du Grand contournement ouest, l’autoroute entraîne un autre appauvrissement de la biodiversité, moins visible. Il sera lié à la réorganisation des parcelles des agriculteurs touchés, sur une zone presque 40 fois plus grande que le tracé.
Bruno Ulrich, écologiste ancré dans le paysage associatif alsacien, est préoccupé par un deuxième impact, à retardement, que l’autoroute du Grand contournement ouest (GCO – voir tous nos articles) de Strasbourg pourrait avoir, outre les forêts coupées et les zones humides détruites :
« C’est moins médiatisé donc les aménageurs peuvent se permettre plus de choses. Nous avons vraiment le sentiment que cette procédure se fait sans prendre en compte l’avis des écologistes, alors que ça pourrait avoir des retombées à long terme encore plus graves que l’infrastructure du GCO en elle-même… »
Cette « procédure », c’est le remembrement agricole que le GCO nécessite. Sur le tracé de la future rocade payante de 24 kilomètres, 300 hectares de terres agricoles ont disparu pour 128 agriculteurs. Ceux-ci se voient donc réattribuer des terres à d’autres endroits, dans le cadre de ce qu’on appelle un remembrement agricole.
L’opération a pour but de minimiser les impacts pour chaque agriculteur concerné, en répartissant les pertes entre 500 exploitants, par le biais d’un réaménagement des parcelles. Pour un projet d’une telle étendue, le remembrement sera extrêmement conséquent : il s’étendra sur 28 communes et atteindra la surface de 11 250 hectares, soit 37,5 fois l’étendue du tracé de l’autoroute.
Les espaces impactés par le remembrement consécutif au GCO Photo : source : Conseil départemental du Bas-Rhin
Historiquement très critiqués par les écologistes, les remembrements parcellaires ont joué un rôle important dans la “révolution verte” des années 60-70, car ils ont permis l’augmentation de la taille des parcelles.
Comme l’expliquent dans leur étude les géographes Jean-Pierre Husson et Éric Marochini, ces gains de productivité ont engendré une perte de surface très importante pour les écosystèmes naturels et un recul de la biodiversité dans toute la France.
Les grandes parcelles obtenues suite à des remembrements aboutissent souvent sur des déserts biologiques. (Photo Thibault Vetter / Rue89 Strasbourg / cc)Photo : Thibault Vetter / Rue89 Strasbourg
Depuis, des lois visant à prendre en compte la nature dans ces processus ont été votées. En théorie, chaque perte d’écosystème doit être compensée. Concrètement, tout se décide en concertation lors de commissions communales de remembrement, organisées par le département, qui envoie les invitations pour y participer. Sont présents : des représentants des communes, des représentants des exploitants agricoles, des propriétaires de parcelles rurales, un représentant du conseil départemental, et des « personnes qualifiées en protection de la nature (PQPN) ».
Difficile de se faire entendre pour les écologistes…
Bruno Ulrich a participé à des commissions de remembrement pour le GCO en temps que PQPN. Il estime qu’il est difficile de se faire entendre pour les défenseurs de la nature :
« Les PQPN sont minoritaires lors de ces réunions. Pour donner un exemple, lors d’une commission de réaménagement liée au GCO à Ernolsheim, sur une vingtaine de personnes nous étions 4 PQPN, dont 2 de la chambre d’agriculture et 1 de la Fédération de Chasse. Moi, je représentais Alsace Nature, j’étais le seul à défendre des aménagements qui auraient été bénéfiques pour l’environnement. Il fallait réagir immédiatement à ce qui était proposé, sans étude de terrain. J’étais une sorte de consultant dont la parole était prise en compte quand ça n’était pas trop dérangeant. Mais les décisions se prennent à la majorité or la plupart des acteurs autour de la table ont d’autres priorités que la protection de la nature. Les mesures compensatoires votées sont souvent incohérentes. La réalité, c’est que ces aménagements sont plutôt des aubaines pour les gros agriculteurs. »
Ce champ de maïs qui s’étend à perte de vue a été obtenu suite à un remembrement parcellaire. Photo : Thibault Vetter / Rue89 Strasbourg / cc
Effectivement, les compte-rendus des commissions de réaménagement font toutes état d’une majorité écrasante d’agriculteurs. Ce phénomène est notamment lié au fait qu’ils sont souvent à la fois représentants des exploitants agricoles, des propriétaires de parcelles, et même dans la plupart des cas membres des conseils municipaux.
Prenons un cas concret. Lors de la commission de remembrement liée au GCO du 21 avril 2017 pour Stuzheim-Offenheim, Griesheim et Hurtigheim : sur les 23 personnes qui votaient, 16 personnes étaient agriculteurs. Les PQPN étaient au nombre de 2. Les 5 autres personnes étaient soit propriétaires soit représentants de la municipalité.
Dominique Daul, de la Fédération départementale des syndicats d’exploitants agricoles (FDSEA, syndicat majoritaire des agriculteurs) trouve ça normal :
« C’est normal que les agriculteurs aient leur mot à dire. Nous sommes les premiers concernés par les remembrements. Depuis que Nicolas Hulot a signé la prolongation de la déclaration d’utilité publique du GCO en janvier 2018, nous savions qu’il serait construit. On essaye donc d’avoir les meilleurs réaménagements possibles. Pour ce qui est de l’environnement, les agriculteurs sont les seuls qui travaillent dehors tous les jours, avec la nature. Il faut savoir qu’on nous impose déjà 1 000 hectares de cultures propices au Grand Hamster (espèce menacée). À part ça, forcément, on va voir apparaître des parcelles plus grandes, comme dans tous les remembrements, mais ce n’est pas ça qui va menacer la biodiversité. »
Ce papillon profite ici d’une bordure de champ, micro-secteurs voués à disparaître à cause de l’augmentation de la taille des parcelles. Photo : Thibault Vetter / Rue89 Strasbourg / cc
Des impacts certains sur la biodiversité
C’est exactement le contraire de ce qu’affirment plusieurs études sur l’impact des grandes parcelles sur la biodiversité. Une recherche anglaise, menée par 19 scientifiques parue en 2018, explique l’importance des chemins de bordures dans la reproduction et le développement des insectes pollinisateurs. En résumé : plus les parcelles sont grandes, moins il y a de bordures de champs, moins il y a d’insectes pollinisateurs.
L’enquête de la LPO
Plus proche de chez nous, une étude menée pendant 4 ans par Alexandre Goncalves et Kevin Umbrecht, scientifiques à la Ligue de protection des oiseaux (LPO) d’Alsace, appuie ce point de vue. Ils se sont penchés sur les effectifs d’alouettes des champs, qui est une espèce « bio-indicatrice » (c’est-à-dire que sa présence montre que beaucoup d’autres espèces le sont aussi, car elle dépend d’un écosystème de bonne qualité), en fonction de la taille des parcelles. La conclusion était que plus les parcelles sont grandes, moins il y a d’alouettes des champs.
Le sol d’un champ de maïs est nu à cause des pesticides déversés. Plus ces surfaces sont grandes plus les populations d’insectes sont menacées. Photo : Thibault Vetter / Rue89 Strasbourg / cc
Une opposition entre les écologistes et la FDSEA
Le débat entre la FDSEA et les écologistes ne date pas d’hier. Ce syndicat partisan d’un modèle agricole « industriel » et acteur majeur du remembrement était pourtant membre du collectif « GCO non merci » jusqu’en 2017.
Au cours d’une manifestation d’agriculteurs contre les mesures environnementales liées au GCO le 18 septembre 2017, la FDSEA a scellé son opposition aux associations naturalistes en déversant du fumier devant les locaux d’Alsace Nature et en quittant le collectif d’opposition à l’autoroute. Franck Sander, président de la FDSEA de l’époque réclamait alors « que les écolos arrêtent cette surenchère. » La revendication principale du syndicat était d’obtenir un remembrement avantageux… sans trop de contraintes écologistes.
Le 27 novembre 2017, c’était au tour de la Chambre d’agriculture, organisme dirigé par la FDSEA (par le biais d’élections) de formaliser sa position à travers une motion.
Celle-ci exigeait notamment « que les autorités environnementales et le Conseil national de protection de la nature (CNPN) arrêtent de réclamer toujours davantage de surfaces et de mesures de compensation, notamment dans les domaines de la forêts et des zones humides. » À cette époque, le gouvernement avait demandé au constructeur de revoir son dossier et de le soumettre à un deuxième examen au CNPN, après l’avis très sévère rendu à l’été. Cette demande, suite à un face-à-face entre opposants et machines décalait les travaux en forêt d’un an. Le deuxième avis rendu en janvier 2018 était toujours négatif, mais un peu moins sévère.
Stéphane Giraud, directeur d’Alsace Nature, se souvient bien de cet épisode :
« Sur le coup, nous étions effarés par ce manque de considération pour la nature. Pour ce qui est du remembrement, il est encore difficile d’en faire un bilan car le processus est en cours. Mais il est certain qu’en raison de l’agrandissement de la taille des parcelles, on va perdre plein de micro-secteurs naturels, qui représentent parfois les derniers îlots de biodiversité nécessaires à la reproduction des insectes. Un effet qui ne sera pas répertorié dans les études d’impacts… qui préfèrent afficher que des cultures favorables aux hamsters seront mises en place. Mais c’est du bricolage. Pour avoir des populations stables, ce sont des prairies et une diversité de cultures favorables qui sont nécessaires et sur bien plus que 1 000 hectares. Cette mesure pour le hamster sert de caution à tout le remembrement. »
Chaque zone de prairie constitue un poumon pour la biodiversité. Photo : Thibault Vetter / Rue89 Strasbourg / cc
Les mesures compensatoires ne sont pas toujours effectives
Maurice Wintz, vice-président d’Alsace Nature, voit un autre problème :
« Tous les dégâts ne sont pas encore répertoriés mais même ceux qui sont listés et qui sont censés être compensés à cause de la loi, ne le seront pas forcément. Lorsqu’une mesure compensatoire est décidée, il n’y a aucun suivi pour vérifier si elle est respectée et si celle-ci a bien fonctionné. En général, il n’y a qu’une seule subvention qui est allouée à la mise en place de la mesure compensatoire. Par exemple, si on veut compenser un bosquet, il y a une unique subvention pour planter des arbres, et si à cause d’un aléa météorologique, aucun arbre ne pousse, plus personne ne va s’en soucier. »
Maurice Wintz, qui participe régulièrement en tant que PQPN à des commissions dans le Kochersberg, la zone la plus concernée par le GCO, a plusieurs exemples de mesures compensatoires décidées en sa présence lors de remembrements passés qui ne sont pas effectives.
Ainsi à Willgottheim, suite à une coupe d’arbres lors d’un réaménagement parcellaire, des arbres ont été plantés, il y a 5 ans, à côté d’un cours d’eau pour créer un écosystème en compensation. Mais à ce jour, quasiment aucun arbre n’a poussé.
Aucun arbre n’apparaît sur la droite de cette photo prise à Willgottheim, où une mesure compensatoire avait pourtant abouti à une plantation il y a 5 ans. Photo : Thibault Vetter / Rue89 Strasbourg / cc
Autre exemple, à environ deux kilomètres de cela, en bordure de champs à Durningen, une bande à reboiser a été plantée en 2018. La commission avait conclu que celle-ci devait faire 20 mètres de large. Maurice Wintz, alors qu’il passait par là par hasard, s’est rendu compte que la bande ne faisait que 5 mètres. Aucune justification ne lui a été donnée. Il a finalement réussi à faire augmenter à 10 mètres la largeur de la bande, ce qui correspond à la moitié de ce qui avait été décidé lors de la commission.
La commission de remembrement avait tranché pour une bande de 20 mètres de large, celle-ci mesure finalement 10 mètres. Photo : Thibault Vetter / Rue89 Strasbourg / cc
L’impact concret sur les espèces sera difficilement mesurable étant donné l’ampleur de la zone et la difficulté d’y effectuer un suivi scientifique complet. Stéphane Giraud est amer :
« Avec l’État, le département, les agriculteurs ou des entreprises, nous réalisons un travail de fourmi depuis des dizaines d’années pour réduire les impacts de l’agriculture sur la biodiversité. C’est affligeant de voir comme tout peut-être balayé d’un revers de la main par cette procédure. Le Kochersberg est déjà une région sinistrée en terme de nature et on y ajoute non seulement le GCO, mais aussi ce remembrement… »
Monji Hattey préside l’Union des commerçants du Bas-Rhin depuis 2015. Et selon lui, l’Eurométropole de Strasbourg n’apporte aucune réponse aux revendications des marchands strasbourgeois : mettre fin à la vente à la sauvette, apporter des points d’eau et des toilettes dans certains marchés, voire en créer un nouveau dans le quartier du Port-du-Rhin.
La relation se tend un peu plus entre les syndicats des commerçants et l’Eurométropole de Strasbourg. Début septembre, les représentants des marchands non-sédentaires, dont celui de l’association des commerçants non-sédentaires strasbourgeois (ACNSS), ont claqué la porte d’une réunion avec Robert Herrmann, président de l’Eurométropole et adjoint (PS) au maire en charge de l’occupation du domaine public.
Monji Hattey, président de l’Union des commerçants du Bas-Rhin, rappelle ses nombreuses alertes sur l’hygiène et la sécurité des marchés de Hautepierre, Cronenbourg et la Meinau. Il dénonce la concurrence déloyale des vendeurs à la sauvette et propose la mise en place d’un grand marché dans le quartier du Port-du-Rhin, en pleine transformation.
Monji Hattey, président de l’Union des commerçants du Bas-Rhin, décrit les revendications des marchands non-sédentaires à Strasbourg Photo : Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc
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Rédacteur en chef de Rue89 Strasbourg. Spécialisé depuis 2019 en enquêtes locales, à Strasbourg et en Alsace sur des sujets variés allant de l’extrême-droite à l’hôpital public en passant par la maison d’arrêt de Strasbourg, les mouvements sociaux, les discriminations et l’expertise-psychiatrique.
Après le feu, sont venus la poussière, le bruit et les bétonneuses. Le quartier frontalier du Port-du-Rhin, à l’extrême est de Strasbourg, connaît d’intenses phases de travaux depuis 10 ans et le sommet de l’Otan. Et ça ne devrait pas s’arrêter : sept tours avec vue sur le fleuve doivent encore sortir de terre d’ici 2030. Visite commentée pour abonnés, jeudi 26 septembre à 11h30.
Septembre 2019, la rue Coulaux est bloquée une fois de plus pour « travaux de voirie ». A chaque fois, l’activité du restaurant marocain du n°4 est au point mort, confie une voisine. Anne-Véronique Auzet est originaire du quartier, où ses grands-parents ont fait construire l’immeuble de la rue Coulaux dans lequel elle s’est réinstallée en 2007. Juste à temps pour profiter des travaux sur le pont ferroviaire sur le Rhin, adapté aux exigences du passage des TGV et inauguré en 2010.
Le tram D a désenclavé le quartier
Membre du Conseil citoyen, Anne-Véronique se félicite du désenclavement du quartier du Port-du-Rhin, désormais accessible depuis le centre de Strasbourg grâce au tram D, plébiscité par les habitants depuis sa mise en circulation en 2017. Mais elle déplore :
« Depuis que je vis ici, les travaux ne se sont jamais arrêtés : il y a eu le pont du train et la rénovation des immeubles de la cité Loucheur avant le sommet de l’Otan en 2009, puis les travaux du tram, la rénovation de l’école, la construction de nouveaux logements et avec ça, la poussière, le bruit, etc. D’un côté, c’est très bien, on a de nouveaux services : la Poste, un Carrefour City, la crèche transfrontalière, les urgences de la clinique Rhéna… Mais d’un autre côté, les habitants en ont marre des travaux. On voudrait souffler un peu avant d’enchaîner sur une nouvelle tranche de constructions. »
Il y a 100 ans, quand Strasbourg était allemande, le Rhin n’était pas une frontière et les trams traversaient déjà le fleuve Photo : DR Le quartier du Port-du-Rhin, entre 2004 (inauguration du jardin des Deux-Rives) et 2009 (incendie de l’Ibis). Sur cette photo aérienne, ne figurent notamment ni la clinique Rhéna ni l’îlot bois, érigés sur le grand terrain vague servant de parking Photo : Doc remis par la SPL Deux-Rives
Sept tours de 50 mètres le long du Rhin
Cette nouvelle tranche de construction qui fait peur aux habitants est d’ores et déjà planifiée le long des berges du Rhin, entre la cour des Douanes et le jardin des Deux-Rives. Sur cet espace de moins d’un kilomètre devraient être érigés sept nouveaux ensembles immobiliers en double hauteur, comme les Black Swans à Malraux, dont les « tours » monteraient à 50 mètres. Des constructions qui feraient passer la population du quartier de 1500 habitants en 2009, 3000 aujourd’hui, à 5600 en 2030, 6500 en comptant ceux de la Coop.
Le long du Rhin, les sept îlots (avec tours de 50 mètres) devraient être construits d’ici 2030 Photo : Extrait du plan-guide territoire / Agence TER / 2018 Vue 3D des futurs ensembles immobiliers sur les berges du Rhin, côté français Photo : Agence TER
Eric Bazard, directeur de la SPL (société publique locale) en charge de l’aménagement du secteur Deux-Rives (de la Citadelle au Rhin, en passant par Starlette et la Coop), confirme le calendrier serré :
« Nous démarrons par l’aménagement des berges le long du Rhin. La concertation est terminée, les maîtres d’œuvre sont en train de boucler le projet : trois séquences de promenade vont être créées sur 60 mètres entre les futurs immeubles et le fleuve, avec des jeux pour enfants plus proches du quartier ancien qu’aujourd’hui, des gradins, des espaces de pique-nique, etc.
Concernant la cour des Douanes, la consultation est en cours, avec deux projets finalistes : l’un incluant une école hôtelière privée, l’autre un espace de loisirs autour du numérique [d’après les élus rencontrés, le second projet l’emporterait, ndlr]. Cette opération de 300 logements, dans le cadre d’un projet suffisamment attractif pour désenclaver le site, devrait voir le jour dans quelques années. »
Vue aérienne de la cité Loucheur, de la cour des Douanes et du pont de l’Europe, dans les années 1970 Photo : DR
D’après le directeur de la SPL, les deux projets autour du pont de l’Europe suivront, pour une livraison prévue en 2025. Ensuite, les ensembles au sud du pont, côté jardin des Deux-Rives, devraient être terminés avant 2030. Les prix : environ 3500 à 4000€ du mètre carré, sans aucun logement social à la cour des Douanes, proximité du QPV oblige. Sur les bords du Rhin, 25% des appartements seront accessibles aux familles à faibles revenus.
Intégration sociale et scolaire des nouveaux habitants
Les questions d’intégration et de mixité sociale se posent donc. Il y a 10 ans, les 1500 habitants de la cité Loucheur (île aux épis) comptaient parmi les plus pauvres de Strasbourg. Aujourd’hui, la moyenne des revenus tourne toujours autour de 600€ par mois. Un état de fait qui conduit à l’existence d’une économie de la drogue, « un gros problème dans le quartier », regrette Anne-Véronique Auzet, qui ne se serait pas atténué, selon elle, avec l’arrivée du tram. Le fossé économique entre nord et sud de l’avenue du Rhin persiste donc.
Place de l’Hippodrome, inaugurée en 2014, trait d’union théorique entre anciens et nouveaux habitants du quartier Photo : MH / Rue89 Strasbourg Face à la résidence Deux-Rives (2014), l’îlot bois accueille ses premiers habitants en 2019 Photo : MH / Rue89 Strasbourg
En corollaire, l’intégration scolaire a aussi du mal à se faire. Les habitants de la résidence Deux-Rives, installés depuis 5 ans, sont rares à mettre leurs enfants à l’école du quartier. Un nouvel établissement est pourtant prévu dans le schéma directeur de la SPL. Il sera construit côté jardin : l’ancienne école accueillera toutes les classes maternelles, assure Eric Bazard, les nouveaux locaux toutes celles du primaire. De cette façon, élus et urbanistes espèrent éviter de creuser un peu plus le fossé entre anciens et nouveaux habitants.
Trop dense et/ou trop pollué ? Les élus partagés
Certains élus municipaux se félicitent de la densification de l’habitat, là où hier ne s’étalaient que des friches portuaires inutilisées. D’autres critiquent cette même densification, aux abords du second axe routier le plus pollué de Strasbourg après l’A35. Sans compter la pollution atmosphérique issue des activités industrielles du port, dont la cohabitation avec les nouveaux habitants n’est pas sans hypothéquer leur maintien sur place dans le futur.
Syamak Agha Babei, vice-président de l’Eurométropole en charge de l’habitat, remarque néanmoins :
« Nous devons répondre à un besoin en logements, là où des terrains sont disponibles. Il faut multiplier les formes urbaines et les solutions de logements proposées, avec de l’habitat participatif, du social et du très social, des logements intermédiaires accessibles… »
Et c’est ce qui se fait par l’intermédiaire de la SPL, se satisfait l’élu. Les logements de la cité, juste en face, laissés à l’abandon ? Pas du tout, assure Philippe Bies, adjoint de quartier, qui assure que 100% des bâtiments CUS Habitat bénéficieront d’une rénovation énergétique dans les deux ans.
La clinique privée Rhéna draine des milliers de personnels et patients chaque jour, sur le second axe routier le plus pollué de Strasbourg Photo : MH / Rue89 Strasbourg
Reste la problématique de la pollution, issue de la circulation, mais également de l’activité industrielle. Une mission « avenue du Rhin » a rendu ses conclusions en juin 2019, mettant en avant l’interdiction des poids lourds en cas de pics de pollution et la mise en place de contrôles plus réguliers sur cet axe. Des préconisations qui ne vont pas assez loin pour Jean-Baptiste Gernet, élu en charge des mobilités alternatives auprès du maire de Strasbourg et du président de l’Eurométropole, qui miserait plutôt sur la création d’une « zone à faible émission » (ZFE), avec à la clé l’interdiction du diesel.
Urgence climat : gare réouverte et nouveau parc urbain
Pour lui comme pour ses collègues Alain Jund, en charge de l’urbanisme, ou Philippe Bies, récemment converti aux exigences climatiques, il est urgent par ailleurs « d’accompagner le port autonome vers des activités plus en cohérence avec les scénarios de la transition ». A mettre au programme des municipales de l’année prochaine…
Des initiatives vont déjà dans le sens d’une meilleure résistance aux changements à venir, rappellent les différents acteurs : la création en 2023-25 d’un nouveau parc à l’emplacement du Petit Rhin, ancien bras du fleuve, et la réouverture de la gare du Port-du-Rhin, sous les fenêtres d’Anne-Véronique. Alain Jund l’assure : « C’est faisable dans les cinq ans ».
Propriétaire du Rhénus Sport, l’Eurométropole temporise sur le dossier de la transformation du stade de basket de la SIG en Arena. Son président Robert Herrmann estime que le club ne présente pas toutes les garanties.
Lundi 16 septembre, en marge d’une conférence de presse sur la rénovation du stade de la Meinau, Robert Herrmann s’est aussi exprimé sur l’avenir du stade de basket de la SIG. Le président (PS) de l’Eurométropole a estimé qu’il ne peut délibérer en l’état pour faire avancer le projet de transformation du Rhénus Sport en Arena du club de basket strasbourgeois.
Pour résumer, le président de l’Eurométropole doute de l’équilibre économique du projet. Il craint que la garantie d’emprunt, à hauteur de 50% des 21 millions d’euros, ne retombe in fine sur les finances de sa collectivité. Pendant l’été, il a reçu le résultat d’une mission d’expertise économique et financière (MEEF), un appui juridico-financier commandé auprès du ministère des Finances.
Une expertise qui sème le doute
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Au coeur du quartier de l’Elsau, les habitants de la rue Watteau subissent l’activité des dealers, de jour comme de nuit. Face au sentiment d’inaction des pouvoirs publics, Rue89 Strasbourg révèle les projets de la police nationale, des associations et de l’Eurométropole de Strasbourg pour lutter contre le trafic de drogues.
Certains l’appellent le « four ». D’autres « point de fixation. » Dans la rue Watteau, au cœur de l’Elsau, le trafic de drogues s’est installé dans les recoins abandonnés du quartier. Cannabis surtout, mais aussi cocaïne et héroïne sont cachés dans un snack inactif, derrière le rideau fermé d’un supermarché, dans des voitures à l’abandon. Quatre Elsauviennes ont accepté de témoigner de leur quotidien de voisines et victimes du deal.
Enfants et seringues
Les mères de famille s’inquiètent surtout des dangers du deal pour les enfants. « Place Nicolas Poussin, les petits jouent à côté des dealers », lâche Ayşe (les prénoms des habitantes ont été modifiés) en regrettant l’époque des sorties insouciantes dans le parc.
Aujourd’hui, elle garde un oeil constant et inquiet sur sa nièce de sept ans : « Par terre, il y a parfois des seringues ou des pochons. » Nilifaş craint plutôt l’influence des jeunes dealers sur son fils : « Il m’a dit qu’il avait entendu parler de salaire de 1 500 euros par mois… »
Seringue utilisée par les usagers d’héroïne ou de cocaïne. Photo prise à l’arrière de l’arrêt de tram Elsau, côté jardins partagés, le 29 juillet 2019 Photo : Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg
Dans la rue Watteau, le trafic s’est immiscé jusque dans les caves et les appartements vides. Dans plusieurs immeubles, la porte principale ne ferme plus et les caves servent à se shooter, de toilettes, de cachette ou de chambre. Les vols de poussettes ou de vélos sont courants. La musique et les conversations, dehors en pleine nuit, empêchent de dormir. Mais peu de riverains de la rue Watteau osent s’opposer aux dealers, estime Ayşe : « On est toujours les mêmes à dire quelque chose. Les gens ont peur… »
Une porte fracturée dans la cave d’un immeuble de la rue Watteau.
Aysel, Ayşe, Nilifaş et Demet ont appelé plusieurs fois la police, alerté le bailleur social, tenté de lancer une pétition… Mais rien ne change, selon elles. Pire : les tensions montent entre habitants et dealers. « Combien de fois mon oncle les a foutus dehors… Il faut attendre que ça finisse mal pour que ça change ? Le trafic a déjà tué le quartier ! », s’énerve Ayşe qui dénonce des interventions « inutiles » de la police : « Ils n’arrêtent personne alors qu’ils savent très bien où la drogue est cachée… »
Objectif : « Inculper les têtes du réseau »
« Les riverains ont l’impression d’être abandonnés, c’est tout le contraire », veut rassurer Jean Hayet, directeur central adjoint de la Sécurité publique du Bas-Rhin. Depuis le 1er janvier 2019, la police a relevé 80 affaires de stupéfiants dans le quartier, entre usage, revente de petites quantités et trafic. Les policiers constituent un dossier afin d’inculper les têtes du réseau : « Pour les Elsauviens, cela semble mieux que l’on patrouille et que l’on coffre. Mais l’expérience montre que ça ne fait que déplacer le problème. »
Une action coordonnée
Dans le cadre du projet gouvernemental « Police de sécurité du quotidien », un réserviste de la police nationale intervient dans le quartier pour tenter de nouer une confiance avec les habitants. Sur de petits prospectus, les Elsauviens sont invités à « signaler des situations relevant d’incivilités » et à exprimer leurs « interrogations ou observations sur des problématiques de sécurité. » Tous les quinze jours, policiers, bailleurs sociaux, responsables de la sécurité pour l’Eurométropole ou associations se réunissent pour coordonner leurs efforts. Jean Hayet poursuit :
« Cela nous permet aussi de mieux cibler notre action, sur des créneaux horaires plus intéressants, en priorisant la sécurité des voisins du deal. En parallèle, on récolte les informations pour nos investigations. »
Flyer distribué à l’Elsau dans le cadre du déploiement de la « Police de sécurité du quotidien ».
La police ne suffit pas
Suite à une plainte d’une Elsauvienne pour « menaces, agressions et dégradations », la police a ainsi pu intervenir pour assurer la sécurité de l’habitante. Mais le problème s’est effectivement déplacé au pied d’une autre tour… Jean Hayet l’admet : « Quand on clôt un dossier (lié au trafic de drogues, ndlr), c’est toujours temporaire. » Comprendre, quand un réseau est démantelé, son territoire est rapidement réinvesti par d’autres trafiquants. Plusieurs acteurs proches du dossier parlent d’un « cercle vicieux ».
Au même endroit, photo prise le 5 septembre.
Sur le terrain, des habitants et des travailleurs sociaux s’activent pour réagir à « la promesse d’égalité républicaine non-tenue. » Rue Martin Schongauer, des bénévoles de l’association Mémoires Vives veulent lancer une « université populaire des quartiers. » Ils espèrent bien bénéficier d’une partie des fonds alloués à la rénovation urbaine à venir. Hasard du calendrier, l’Elsau, ainsi que le Neuhof et la Meinau vont immédiatement bénéficier de 100 000 euros de subventions dans le cadre du label « Cités éducatives ». Le projet gouvernemental a débloqué 34 millions d’euros au niveau national pour améliorer la réussite des élèves de 80 quartiers.
Un projet d’insertion à venir ?
Au cours des deux dernières années, l’Eurométropole de Strasbourg a travaillé à l’élaboration d’un projet de prévention et d’insertion pour l’Elsau. « Face au problème du trafic, il n’y a pas une seule solution. On n’arrive pas sur un territoire comme ça, c’est de la dentelle », confie une source proche du dossier.
S’il obtient un financement, le « Travail alternatif payé à la journée (TAPAJ) » devrait être mis en place dans le quartier. Luc Gillmann, adjoint (PS) au maire en charge du quartier Elsau, décrit le dispositif :
« TAPAJ, c’est une régie de quartier pour pouvoir embaucher des jeunes de moins de 25 ans afin de les aider à s’insérer dans le monde du travail. Ils seraient payés à la journée pour ramasser les seringues ou faire de la médiation auprès des habitants. J’ai donné un avis favorable pour le financement du projet (qui devrait être débattu au conseil municipal d’octobre, ndlr) »
« Où est-ce qu’on va aller ? »
Victimes du trafic, les habitants de la rue Watteau côté pair devront déménager. La rénovation du quartier prévoit la destruction de leur immeuble. Luc Gillmann explique ce choix urbanistique :
« L’ouverture de la rue Watteau sur la place du centre social et culturel devrait mettre fin au trafic dans cette zone. Sans cachette, au milieu d’une grande place, le deal devrait disparaître, même si l’on sait qu’il ne fera que se déplacer. »
« Et nous, où est-ce qu’on va aller ? », se demandent les quatre Elsauviennes. Certaines partiraient volontiers, d’autres restent attachées à leur quartier. Ailleurs, les loyers seront-ils toujours aussi abordables ? Les familles installées dans plusieurs logements de l’Elsau seront-elles séparées ? Voilà de nouvelles sources d’inquiétude pour les habitants des logements bientôt détruits. Elles feront l’objet du troisième épisode de la série « Rue Watteau – Au cœur de l’Elsau délaissé. »
Rédacteur en chef de Rue89 Strasbourg. Spécialisé depuis 2019 en enquêtes locales, à Strasbourg et en Alsace sur des sujets variés allant de l’extrême-droite à l’hôpital public en passant par la maison d’arrêt de Strasbourg, les mouvements sociaux, les discriminations et l’expertise-psychiatrique.
Ah, le Festival du film fantastique. L’occasion chaque année de flirter avec le surnaturel. Surnaturelle, la politique strasbourgeoise ne le serait-elle pas un peu ? D’aucuns ont entendu des voix cette semaine. Des chuchotements, même.
Avec Mix Master Mike, un vent de hip hop californien va souffler sur les rives de l’Ill. Mercredi 25 septembre, les Tanzmatten de Sélestat accueillent l’ancien DJ des Beastie Boys pour un double événement unique en Alsace : un concert le soir mais surtout un grand cours gratuit dans l’après-midi.
Casquette de baseball vissée sur la tête, chaîne bling-bling autour du cou, t-shirt ample et jean baggy… Mix Master Mike a tout des codes du rap West Coast, une musique qui l’accompagne depuis le début des années 1990. À 49 ans, Michael Schwartz de son vrai nom est en effet l’un des pionniers du « turntablism » (le platinisme en français), l’art de créer de la musique grâce aux platines vinyles. Le natif de San Franciso (Californie) est d’ailleurs devenu double champion du monde DMC (Disco Mix Club) en 1992 et 1993.
Son talent pour le scratch et son univers mêlant à la fois rap et rock tapent dans l’oeil des Beastie Boys, qu’il rejoint pour leur cinquième album studio, Hello Nasty (1998). Mix Master Mike devient alors le DJ attitré du plus punk des groupes américains de hip hop. Il accompagne le trio new-yorkais en tournée mondiale jusqu’en 2012. Cette année-là, le groupe décide d’arrêter la musique, après le décès de l’un des membres fondateurs, Adam « MCA » Yauch, suite à un cancer.
Mix Master Mike aux platines lors du concert des Beastie Boys à Londres en 2007 (Document remis)
Quand Michael Jackson rencontre le metal
Ce qui rend la visite de Mix Master Mike d’autant plus unique, c’est le cours géant, sa « Masterclass » dans l’auditorium de la Bibliothèque humaniste de Sélestat pour les apprentis scratcheurs à 15h, pendant 2h30. La rencontre est gratuite, sur inscriptions.
Le soir, cette pointure du mix sera sur la scène des Tanzmatten pour une session live. L’association Zone 51, qui organise la soirée ne cache d’ailleurs pas son enthousiasme, comme le raconte Elise Renaudet, chargée de communication de l’association :
« Par rapport à la légende qu’il représente, c’est une incroyable opportunité de faire venir Mix Master Mike. Le mec ne se contente pas de passer des disques et d’appuyer sur quelques boutons. Avec ses platines, il a développé une discipline à part entière. À la manière d’un chef cuisinier, il réussit des associations improbables. »
La force de ce génie des platines réside dans sa capacité à varier les styles. Sa musique reste ancrée dans l’univers hip hop et emprunte parfois des samples funk, soul, electro ou rock.
« Même pour nous, ce n’est pas simple de communiquer. Le mec va mélanger du Michael Jackson avec du metal, du Rage Against The Machine avec de la funk. Comment veux-tu réussir à le définir ? »
Elise Renaudet
Mix Master Mike sera en concert à Sélestat le mercredi 25 septembre Photo : Document remis
Depuis le début de sa carrière, à la fin des années 1990, Mix Master Mike a sorti quatre albums solo : Michristmasterpiece Muzik’s Worst Nightmare (1996), Anti-Theft Device (1998), Spin Psycle (2001) et Bangzilla (2004). Après une longue pause de quinze ans, le presque quinquagénaire revient avec Conquest, un cinquième opus qui sera disponible à l’automne 2019 en téléchargement libre et qui verra la sortie d’un titre inédit enregistré avec MCA des Beastie Boys.
Un artiste qui se fait rare
Aussi à l’aise pour faire l’ouverture des concerts de Metallica, qu’avec les rappeurs latino-américains de Cypress Hill, Mike a fait son entrée en 2015 au très sélect Rock & Roll Hall of Fame (le panthéon du rock) de Cleveland (Ohio), en tant que membre des Beastie Boys. « Il faut dire qu’il recompose des morceaux existants avec un certain degré de virtuosité », estime Elise Renaudet. DJ Mix Master Mike a entamé une tournée mondiale qui passera par la France, une première depuis plus de dix ans.
Son dernier passage par l’Alsace remonte à novembre 2008, à l’occasion d’un concert à la Laiterie de Strasbourg. Le rendez-vous est cette fois pris aux Tanzmatten de Sélestat, le mercredi 25 septembre, avec une première partie assurée par Nelson, DJ Strasbourgeois aujourd’hui installé à New York, avant une battle remuante à quatre platines entre Netik et Fly, DJ français les plus titrés du championnat DMC.
Le Festival Musica commence vendredi 20 septembre et met une nouvelle fois à l’honneur les musiques contemporaines et les expériences acoustiques. Focus sur un temps fort du festival : deux spectacles consacrés à une approche sensible de la musique.
La perception de la musique semble aller de soi : il s’agit d’écouter des sons combinés de manière harmonieuse. Cette écoute peut être attentive, dans le cadre d’un concert, mais aussi inconsciente. La musique et les sons nous entourent au quotidien, sans que nous y prêtions nécessairement attention. Il est pourtant possible de repenser le rapport de l’auditeur au son en prenant conscience de l’impact de ce dernier sur le corps. C’est ce que propose le Festival Musica avec Our ears felt like canyons les 25 et 26 septembre et Sonic Temple vol. 1 le 26 septembre.
L’écoute mobile de la guitare invisible
L’ensemble Zwerm est l’association de quatre musiciens réunis autour d’un appétit expérimental et d’une curiosité pour les explorations acoustiques. Depuis 2007, les guitaristes multiplient les incursions dans différentes franges de la musique contemporaine. Le mercredi 25 et le jeudi 26 septembre, à 18h30, c’est à l’Auditorium de France 3 Grand Est que le public strasbourgeois découvrira le quatuor.
Our ears felt like canyons, créé en 2017, est un spectacle qui place l’oreille du spectateur au cœur du dispositif. Le public a la possibilité de se déplacer librement dans l’espace, dans les gradins et même sur la scène. Les musiciens sont rassemblés dans un espace étroit, masqué par un rideau semi-opaque.
Cette liberté de placement invite le spectateur à se faire acteur de son écoute, car les sons évoluent selon sa position. En se déplaçant, il perçoit la présence la musique : elle occupe tout l’espace de la salle. Ce mouvement permet également de rompre avec une écoute trop linéaire, celle d’un auditoire qui s’installe dans un espace délimité, et reçoit frontalement la musique venant de la scène. Les corps du public sont engagés à explorer l’espace sonore tissé par les musiciens.
Dans le spectacle « Our ears felt like canyons » le public est libre de s’installer où il le souhaite pour trouver son point d’écoute. Photo : de Volker Beushausen
Dans ce projet, Zwerm s’inscrit dans la tradition d’une écoute dite acousmatique. Il s’agit d’une écoute où les sons ne sont pas reliés visuellement à leurs causes, ils surgissent sans que le spectateur voit le mouvement du musicien. Cette coupure entre le geste et son résultat a pour objectif de placer l’écoute au centre du spectacle. Tout risque de distraction visuelle dans l’observation des praticiens est banni. C’est une logique qui se retrouve ainsi à l’opéra, où l’orchestre est, dans la fosse, masqué aux yeux du public pour ne pas disperser son attention.
Une traversée concrète de la musique
Les pièces musicales jouées ont été composées par Joanna Bailie, Christopher Trapani et Alexander Schubert spécifiquement pour ce dispositif. Les trois tableaux sonores offrent des approches très différentes, allant d’un paysage complexe de pulsations voyageant dans le public à un univers psychédélique, en passant par une musique industrielle tirée d’enregistrements d’usines. Le processus immersif offre ainsi au public une réelle traversée de la musique, qui prend une dimension concrète en agissant directement sur le corps de l’auditeur.
Les quatre guitaristes jouent dans un espace visuellement coupé du public Photo : capture d’écran de la bande-annonce du spectacle
Le temple du bruit et ses rituels sonores
C’est ce même souci de penser le son dans sa dimension physique qui anime Sonic Temple, un événement présenté uniquement le jeudi 26 septembre à l’Église Saint-Paul. Un moment tout entier consacré à la noise, une approche musicale née au début du XXe siècle, à contre-pied de l’harmonie traditionnellement recherchée. Ce bruit propose une écoute attentive des sons pour eux-mêmes. Des sons tirés le plus souvent de la vie courante et qui ne sont au quotidien que des toiles de fond auxquelles nul n’accorde d’attention.
Sonic Temple vol. 1 s’annonce comme une performance musicale, poétique et physique : il s’agit de sons qui éprouvent les corps. Avec une pièce de Phill Niblock interprétée par Hampus Lindwall, l’orgue, pourtant à sa place dans une église, offrira des performances inédites en emplissant la nef de masses sonores compactes. Erwan Keravec proposera un spectre chantant à la cornemuse, et Michael Gendreau une improvisation électronique à partir des résonances de l’église.
La soirée accueillera également le collectif Schimpfluch, une chance pour le public de Musica de découvrir des morceaux rarement présentés de poésie sonore et de musique industrielle. Sonic Temple, dans la tradition de la noise, ne promet pas une écoute confortable. Le corps du public, engagé dans le spectacle, pourra y vivre une expérience d’écoute pleinement consciente des effets produits par les vibrations de l’air.
Le Local, bar de la Krutenau connu pour ses concerts et son caveau, a fermé ses portes pour une semaine vendredi 13 septembre, suite à une décision de la préfecture du Bas-Rhin. Le coup est dur en pleine période de rentrée, d’autant que les faits incriminés remontent à plusieurs mois.
Ce vendredi 13 septembre, c’est sur les vitres du Local, 4 rue de l’Abreuvoir à la Krutenau, que les habitués du lieu ont pu découvrir sa fermeture. Sur Facebook, via la page de l’établissement, les propriétaires donnent plus de détails. Le Local fait l’objet d’une fermeture administrative pour « trouble à l’ordre public », selon la police administrative de la préfecture du Bas-Rhin. L’établissement devra rester fermé jusqu’au vendredi suivant. Stéphane Kirchherr et William Beyou, propriétaires et fondateurs du lieu, accusent le coup avec difficulté.
Deux attroupements, deux signalements
Les faits ayant conduit à cette fermeture administrative sont deux signalements pour nuisances sonores. Le premier a fait l’objet d’un avertissement adressé par courrier le 12 décembre 2018. Il s’agissait « du regroupement bruyant d’une cinquantaine de personnes » devant le Local. Le 9 avril 2019, suite au signalement d’un riverain, la police municipale de Strasbourg constate le regroupement « d’une trentaine de clients provoquant d’importantes nuisances sonores en discutant et riant à fort volume ».
Ce sont ces infractions qui conduisent la préfecture à envisager une fermeture temporaire du lieu en mai 2019. Suite à un e-mail exposant leur version, resté sans réponse, les gérants pensaient que la préfecture avait décidé d’en rester là. Mais ils ont reçu mercredi 11 septembre un appel du commissariat de police leur demandant de venir signer la fermeture administrative le vendredi suivant.
Sur les vitres du bar fermé, des affiches informent de la fermeture administrative. Photo : de Tristan Kopp
La rentrée, période charnière pour un bar d’étudiants
Si Stéphane Kirchherr et William Beyou ne remettent pas en cause la sanction, ni la réalité des nuisances sonores constatées en décembre et en avril, ils déplorent la temporalité de la sanction. Sans avoir été prévenus à l’avance de son application, et surtout en pleine période de rentrée, cette fermeture menace la pérennité de leur établissement.
Septembre est pour l’établissement une période charnière. C’est le moment de capter de nouveaux habitués, de renflouer les caisses après l’été et aussi de relancer la saison culturelle. Le Local est connu, au delà de ses services comme débit de boissons, pour son caveau accueillant de très nombreux événements.
La petite scène locale à nouveau touchée
Avec plus de 200 concerts la saison dernière, des scènes ouvertes pluridisciplinaires, des expositions, projections et soirées associatives, le lieu s’est installé sur la scène culturelle strasbourgeoise. Le concert de Vix Trio prévu vendredi 13, ainsi que la soirée hip-hop du Passage et la soirée de comédie anglophone de Strafunkel ont dû être annulés.
Contactée, la préfecture assure que la temporalité de cette fermeture résulte du temps de traitement de la sanction et n’a fait l’objet d’aucun calcul.
Les gérants estiment la perte de chiffre d’affaires aux alentours de 10 000€. Ils estiment que l’existence du Local est mise en cause et prévoient de lancer dimanche 15 septembre une cagnotte en ligne, avec également un week-end de soutien du 27 au 29 septembre.
Un nouveau site d’informations locales débute à Strasbourg. Issu d’un grand réseau de presse régionale de l’Ouest, Actu.fr cherche à donner plus de visibilité aux histoires locales.
Au cœur de l’été, le paysage des médias locaux strasbourgeois s’est enrichi d’un nouveau venu : Actu.fr a lancé une édition « Strasbourg ».
Propriété de Publihebdos, lui-même filiale du groupe Ouest France, Actu.fr vient de l’Ouest comme l’atteste ses 30 éditions en Normandie, 15 éditions en Bretagne, tout comme en Pays-de-Loire ou 14 en Île-de-France. Le site, basé à Rennes, existe depuis février 2017 et s’appuie sur les informations issus des nombreux hebdomadaires locaux du groupe. Le média traite aussi les principales nouvelles nationales et internationales, notamment en publiant les dépêches de l’Agence France Presse.
Francis Gaunand, président du directoire de Publihebdos, retrace l’ambition de cette jeune plateforme :
« En 2012, nous avons lancé des sites pour chaque titre de notre réseau, mais nous avons remarqué que les informations avaient du mal à sortir de leur territoire. On manquait de crédibilité, de visibilité ou de référencement. Après un virage stratégique en 2015, l’idée a été de créer une « marque ombrelle », pour faire remonter de belles histoires, des informations insolites, qui méritent une audience plus large, tout en gardant nos marques hyperlocales qui ont des affinités avec leur audience. L’objectif est de se rassembler pour éviter des disparitions de titres et des déserts médiatiques comme aux États-Unis. On a vu que cela fonctionne, qu’on arrive à distribuer l’information et avoir une couverture nationale. Aujourd’hui, nous complétons notre couverture dans des zones où nous étions peu présents. »
De 1 à 4 journalistes dans le Grand Est
Ainsi, certaines informations strasbourgeoises, notamment les plus insolites ou les « premières en France » ont vocation à remonter sur la page d’accueil nationale d’actu.fr, de bénéficier de son référencement et ses réseaux sociaux. D’autres articles de l’édition Strasbourg seront avant tout à destination des habitants, comme les sorties, les transports ou les infos pratiques.
D’après l’Alliance pour les Chiffres de la Presse et des Médias (ACPM, ex-OJD), Actu.fr totalise plus de 50 millions de pages vues par mois depuis mai 2019, en croissance constante (+76,35% en un an). À force de nouvelles éditions ou « d’ouverture à des partenaires, » hors Publihebdos, actu.fr est entré dans le top15 des sites d’info français et dans le top3 des sites de presse régionale (après Le Parisien et Ouest France). Dans le Grand Est, où seule une édition Metz-Nancy existait jusqu’à l’été 2019, l’audience serait de 2 millions pages vues, selon Francis Gaunand.
Nicolas Zaugra ancien journaliste-fondateur du site Lor’Actu, a débuté l’édition Nancy-Metz, la seule du Grand Est, en octobre 2017. Et depuis cet été, l’équipe régionale est passée à quatre : un journaliste à Nancy, une à Metz et une jeune journaliste à Strasbourg, Ninon Fauchart. Nicolas Zaugra chapeaute la petite équipe et se déplace d’une ville à l’autre.
À Strasbourg, il faut « être un peu chauvin »
Pour Nicolas Zaugra, l’enjeu pour actu.fr n’est pas chasser sur les terres des médias déjà installés :
« La concurrence est saine. Notre objectif est de diffuser ce qu’on ne lit pas ailleurs. On sait que ce n’est pas le cas aujourd’hui à Strasbourg, mais il nous faut un peu de temps pour nous adapter au paysage médiatique de chaque ville, devenir complémentaire de ce qui existe déjà. On fera peu de reprise d’informations des concurrents, sauf scoop majeur. »
Parmi les spécificités identifiées pour percer en Alsace :
« Être un peu chauvin, parler de la fierté régionale, des spécificités alsaciennes, la gastronomie ou le Racing. On ne suivra pas tous les matches, mais ceux dont tout le monde parle comme Paris ou le derby face à Metz. »
Les élections municipales en ligne de mire
Comme toute rédaction locale, Actu.fr s’attend à ce que les élections municipales soient une période intense. Nicolas Zaugra reprend :
« Avec Nancy, Metz et Strasbourg, on observe trois villes assez similaires : une sociologie qui vote au centre-gauche, de la piétonnisation, du vélo ou les transports en commun qui se développent, tout le monde qui annonce vouloir planter des arbres et d’un point de vue politique La République en Marche qui cherche comment se positionner. On ne sera pas trop dans les histoires de listes, mais on va regarder les projets, qui dit quoi sur le bio dans les cantines, les zones commerciales, etc. On sait qu’à Nancy-Metz, on est très attendu. À Strasbourg, on est plus récents, mais on compte aussi être présent. »
Après un peu plus d’un mois, difficile pour Ninon Fauchart de lister un sujet emblématique. Mais elle a été frappée par « les initiatives locales, » nombreuses à Strasbourg comme « le compostage » ou « les microbrasseries », des idées et des personnes qu’elle a découvertes en prenant ce poste, alors qu’elle vivait à Strasbourg depuis plusieurs années. Quant à Nicolas Zaugra, il garde un souvenir marquant des attentats à Strasbourg : « J’étais venu sur place, on avait notamment parlé des victimes lorraines parmi les blessés. »
La publicité pour financer l’info
Le site fait le choix de la gratuité totale avec de la commercialisation d’espaces publicitaires. Le site n’est pas à l’équilibre seul, mais le groupe l’est grâce à ses titres (plus de 3 millions d’euros de bénéfices en 2017).
Francis Gaunand détaille :
« On est dans une logique web-first (priorité à internet), mais les 350 journalistes du groupes produisent plus que ce qu’il y a sur Actu.fr, certains contenus étant gardés pour les hebdos. On teste un espace premium notamment pour nos abonnés papiers, mais la priorité est encore à la hausse de la notoriété et des audiences. »
Depuis septembre, Actu.fr publie environ deux articles par jour dans son édition « Strasbourg. »
Le Racing club de Strasbourg défie le Paris Saint Germain et ses stars ce samedi 14 septembre à 17h30. Mais pour 49 de ses plus grands fans, leur samedi se passera au commissariat et non au Parc des Princes. La préfecture les prive de déplacement pour 3 mois pour s’être rendus en gare de Nîmes un soir de match, un lieu qu’ils devaient éviter. Retour sur une sanction polémique, sans qu’un juge puisse se prononcer.
L’histoire débute un samedi de mars. Le 16, le Racing club de Strasbourg (10è) se rend à Nîmes (11è) pour un match de championnat. Une rencontre de milieu de tableau qui mobilise peu les fans si loin de l’Alsace. En outre, plus de 30 000 Strasbourgeois ont déjà prévu d’aller à Lille deux semaines plus tard pour la finale de la Coupe de la Ligue. Ainsi, seuls 88 supporters prévoient le déplacement, un contingent plutôt modeste.
Depuis le retour du club dans l’élite en 2017, les associations de supporters se sont habituées à la publications d’arrêtés limitant leurs déplacements. Ces textes pour les matches classés « à risque » limitent en nombre de participants, restreignent l’accès à des zones de la ville voire les interdisent complètement.
En mars, anticipant un tel texte, l’association des Ultras Boys 90 (UB90) prévoit un départ de nuit, un arrêt à Avignon en fin de matinée pour y passer l’après-midi, avant de gagner le stade des Costières à Nîmes en train pour le match à 20h. Autre avantage, cela permet aux chauffeurs des deux bus de continuer leur route, prendre leur pause réglementaire (11h consécutives), puis effectuer le trajet retour de nuit avec les fans après le coup de sifflet final.
Respecter l’arrêté… par l’absurde
Sans surprise, un arrêté de la préfecture du Gard est publié deux jours avant le match. Il invoque notamment un « antagonisme politique entre les ultras des clubs nîmois et strasbourgeois et d’alliances passées entre les « ultras nîmois et ultras mulhousiens » et décrit deux moments tendus depuis 2016. « Ces antécédents, on ne les conteste pas », justifie d’emblée « Roulian » (pseudo) l’un des supporters, membre de la « Vieille Garde » au sein des « Ultras Boys 90 » qui a participé au déplacement. Mais ce qui n’a pas été anticipé, c’est que le périmètre interdit retenait la zone de la gare. Un rendez-vous avec les forces de l’ordre est fixé aux autocars en amont de la ville. Chez les supporters, on hésite sur la marche à suivre :
« Quand on a vu ça on s’est demandé ce qu’on fait ? Cela nécessitait de revoir toute l’organisation. On a décidé collectivement de garder ce qui était prévu et qu’on pouvait respecter l’arrêté à la lettre. »
Les encadrants connaissent par cœur la formulation de ces arrêtés. Ils interdisent à « à toute personne se prévalant de la qualité de supporter » d’un club « ou se comportant comme tel » de paraître dans certaines zones de la ville où se tient le match. Le risque est connu, mais la consigne est claire : pas de chant, pas de signe distinctif.
Au début, tout se passe bien. « On s’est baladés, moi je suis allé voir le Palais des Papes. On a croisé quelques Gilets jaunes, mais ils ont compris que cela ne les concernait pas trop. Les policiers, très présents, nous ont aussi remarqués », poursuit Roulian, informaticien et père de famille.
En déplacement, comme ici à Dijon en 2019, ou à domicile, les supporters interpellent les autorités via des tribunes. Sans grand succès jusqu’à présent. Photo : Racingstub
Le plan continue comme prévu. En fin d’après-midi, direction la gare d’Avignon pour acheter 88 billets de TER vers Nîmes. Dans le hall, vers 17h30, des agents de la sécurité ferroviaire viennent se renseigner : « Nous nous rendons à Nîmes », répond simplement celui qui dirige le groupe, sans mentionner le match.
Sur le quai de la gare de Nîmes une demi-heure plus tard, une centaine de policiers de la Bac, plus que de supporters, attend le groupe. Les autorités et les supporters sont plutôt raccords sur la description des faits : les interpellations se déroulent dans le calme. « On sait que vous attendez le train Mulhouse qui arrive pour vous affronter », lance un policier, à la surprise des supporters.
« On croyait qu’ils allaient nous emmener au stade »
Ces arrêtés visent entres autres à ne pas trop mobiliser les forces de l’ordre, mais… ils demandent des moyens conséquents pour les appliquer. Les 88 montent dans deux bus de l’agglomération de Nîmes. « On croyait qu’ils allaient nous emmener au stade. En regardant le GPS sur les téléphones, on a compris qu’on allait dans la direction inverse. », se souvient Roulian, venu entre amis mais sans sa famille. La troupe arrive à l’école de police de Nîmes, où les identités sont relevées.
Environ 2500 supporters du RCS ont pu se rendre au match de barrage de Coupe d’Europe (Europa League) à Francfort. Leur nombre n’était pas encadré. Photo : Rachaminov / Racingstub
Sur place, les représentants des supporters négocient avec la commissaire présente. « J’attends un feu vert, je ne vois pas de raison de vous retenir » dit la policière. Pourtant, le « Supporter Liaison Officer », un interlocuteur entre le club et les supporters, par ailleurs ancien ultra, doit transmettre la mauvaise nouvelle : « Retour à Strasbourg ». Les deux cars sont escortés jusqu’à Orange à une cinquantaine de kilomètres de là, pour s’assurer que la tribu ne fasse pas demi-tour. Et tant pis pour les 11 heures de pause des chauffeurs.
Convocation deux mois plus tard
L’histoire aurait pu s’arrêter là. « On n’a pas pu aller au match, on s’est déjà dit que c’était une grosse sanction », pense alors Roulian.
Deux mois plus tard, en mai, il reçoit un convocation au commissariat de police, comme un peu plus de la moitié des protagonistes du 16 mars. Très précisément 49 sur les 88 présents. Pourquoi 49 sur 88 ? Tout le monde a son hypothèse, mais personne n’a la réponse. « Les policiers ont autre chose à faire », estime un suiveur du club, membre du Racingstub. « Certains ont changé d’adresse et sont plus durs à retrouver », pense un autre. Difficile de dresser des critères objectifs : certes, aucun des mineurs présent n’est appelé, mais certaines filles le sont ou un habitant du Haut-Rhin.
Le directeur de cabinet du préfet du Bas-Rhin, Dominique Schuffenecker, qui gère le dossier, n’a pas d’explication non plus : « Je ne sais pas, cela doit être ceux qui ont été identifiés. Il n’y a pas de passe-droit ou de traitement de faveur ». Pourtant, la quasi-totalité des identités ont été relevées à Nîmes.
Les 49 ont beau avoir une audition pour se défendre, leur présence ne peut être contestée. Ils apprennent qu’ils sont frappés d’une « interdiction administrative de stade » (IAS), décidée par le préfecture. Il s’agit d’un pouvoir des préfets subtilement intégré lors d’une loi anti-terroristes de 2006, puis étendu lors de nouvelles lois en 2010 puis 2016.
La préfecture propose de réduire la sanction
Lors d’une réunion en juillet à la préfecture à l’initiative du club, le sujet est abordé. Pour la préfecture, Dominique Schuffenecker propose de réduire l’interdiction de 3 mois par rapport aux 6 envisagés. Un compromis accepté par les Ultras boys 90. « Parmi les arguments, il y avait celui de ne pas sanctionner les leaders trop longtemps, qui assurent que les déplacements se passent bien », se souvient le haut-fonctionnaire.
En partie soulagés, les supporters prennent l’engagement de respecter la sanction. Les UB90 savent aussi que le Racing a demandé à jouer un maximum de matchs à domicile pour la nouvelle saison (3 des 4 premiers), qui débute en août. L’interdiction ne fait rater « que » 5 déplacements sur 19, même si certains peu éloignés, à Reims, Dijon ou Paris, permettent de faire « un peu de marge pour financer les déplacements plus éloignés, ou moins de personnes se rendent » (comme à Nîmes).
Mais autre surprise, cette interdiction est assortie d’une obligation de pointer au commissariat quand le Racing se déplace. Elle ne s’est appliquée qu’à une rencontre pour le moment, lors du match à Reims le dimanche 18 août.
Roulian, mandaté pour s’exprimer par les UB90, s’agace :
« Si à Strasbourg c’était nickel, on peut venir l’après-midi et regarder le match ensuite, mais à la campagne ça a été un festival : des gendarmeries fermées, des gendarmes qui ne comprennent pas, d’autres qui font un contrôle d’alcoolémie dans la foulée, ceux qui prennent à 17h45 (l’heure de la mi-temps), mais pas à 17h43… »
D’autres sont convoqués le samedi, jour d’ouverture de la gendarmerie de secteur, alors que le match est le dimanche. La préfecture se dit consciente de ces dysfonctionnements et « en discussion pour régler le problème », sans avoir trouvé de solution à ce stade.
Ce samedi 14 septembre, à l’occasion du match à Paris, les UB90 appellent à un rassemblement de protestation devant le commissariat de Strasbourg à 16h30, avant d’aller voir le match à 17h30. Les autres membres de l’association non-sanctionnés boycottent les déplacements le temps des 3 mois.
L’interdiction est valable uniquement en France. Elle n’empêche pas les 49 de se rendre au stade de la Meinau, ni de se rendre au déplacement à Francfort le 29 août, où le contexte était tendu.
Et le club dans tout ça ? « Marc Keller met toujours en avant l’ambiance de la Meinau ce qui n’est pas le cas de tous les présidents. Mais il a aussi ce côté gendre idéal, un poste à la fédération. On aurait apprécié qu’au moins le soir du match il dise aux caméras que ce n’est pas normal que ses supporters n’aient pas pu venir », regrette Roulian. Malgré de multiples sollicitations, le club a refusé de s’exprimer auprès de Rue89 Strasbourg sur le sujet.
Philippe Wolff, président de la fédération des supporters (qui englobe les UB90 et d’autres groupes) comprend la position :
« Par rapport a d’autres villes, nous ne sommes pas à plaindre. Le club agit en sous-main et les relations sont bonnes. On aimerait toujours qu’il en fasse plus et prenne position publiquement dans le débat. Le club nous répond que s’il le fait, cela se passe moins bien en préfecture. »
Les 49 envisageraient d’attaquer les interdictions administratives, ce que nous n’avons pas pu confirmer. En France, une majorité de ces IAS contestées, de l’ordre de 75%, sont déclarées illégales. Mais le problème est que la justice se prononce souvent quand elles sont déjà terminées « Le juge rejette très souvent les référés pour défaut d’urgence », explique Me Pierre Barthelemy, avocat de l’association nationale des supporters (ASN), habitué à porter ce type de recours.
Selon la préfecture du Bas-Rhin, la dernière interdiction de stade contestée dans le département datait de juillet 2017 pour une durée de six mois. En avril 2019, le tribunal administratif a validé cette IAS.
À l’instar de l’association des supporters, les UB90 déplorent que ces interdictions ne passent jamais par la case justice. Roulian reprend :
« On est les premiers à dire que les supporters violents doivent répondre de leurs actes devant un juge, comme n’importe quel citoyen. Mais on est contre la sanction collective. L’IAS est aujourd’hui dévoyée. Cela devait être une mesure préventive après un acte manifestement répréhensible, le temps d’un jugement. »
La préfecture du Bas-Rhin nous a confirmé qu’il n’y aurait pas de poursuites pénales contre les 49. « Ce serait au parquet de s’auto-saisir », complète-t-elle.
Réplique dans la société
Le gouvernement a tenté de répliquer ces interdictions « préventives » décidées par les préfets pour des manifestants début 2019. Le Conseil constitutionnel avait finalement retoqué cet article de loi, jugée comme une atteinte aux libertés. « C’est comme si certaines libertés étaient plus fondamentales que d’autres. On a l’impression que les stades, qui sont un reflet de la société et ses imperfections, sont un laboratoire pour le reste du pays », s’agace Roulian.
Du côté de la préfecture du Bas-Rhin, Dominique Schuffenecker espère une désescalade :
« D’habitude, on a moins d’une dizaine d’interdictions en cours. On en a actuellement 7 autres pour des faits plus graves et qui ne font pas parler d’elles. Il est vrai qu’il y a une tension, on le voit par les banderoles qui nous interpellent lors des matches, sûrement liée à l’ampleur du nombre de personnes. Fin octobre, les suspensions vont expirer et cela devrait s’apaiser. »
Pour autant, la « sanction administrative » n’est pas regrettée :
« Il était important que l’on sanctionne pour montrer que ces arrêtés doivent être respectés. Les personnes concernées vont réfléchir avant d’enfreindre à nouveau un arrêté. »
Le directeur de cabinet aurait promis de venir voir un match dans le kop pour mieux comprendre la culture des ultras. « Vous me l’apprenez, mais c’est quelque chose que je pourrais faire. On est dans le dialogue », répond l’intéressé.
Une mission parlementaire en cours
Les supporters ont peut-être trouvé un allié avec le député de la majorité Sacha Houlié (LREM). Avec l’ancienne ministre des Sports Marie-Georges Buffet (aujourd’hui députée PCF), il débute une mission d’information parlementaire sur le supporterisme. Le député de la Vienne, 31 ans, qui a suivi plusieurs matches dans les tribunes d’Ultra à Marseille avant d’être élu, espère pouvoir revoir ces règles :
« Lors du débat sur la loi anti-casseurs, le Premier ministre a dit qu’il voulait s’inspirer des interdictions de stade qui avaient fait leurs preuves. Or, ce dispositif, qui est un régime d’exception, n’a jamais été évalué. Je ne veux pas faire de fausses promesses, mais il est temps d’entendre tout le monde sur le sujet et de faire des propositions. »
L’association nationale des supporters (dont est membre la fédération des supporters strasbourgeois) a voté lors de son assemblée générale sa participation et a déjà versé une contribution documentée. À l’automne, les auditions prévoient plusieurs déplacements, à Lyon, Saint-Étienne, et peut-être à Strasbourg. « Ce serait intéressant », selon le marcheur.
Le gouvernement veut supprimer de nombreux services des impôts dans les petites et moyennes villes. Les syndicats s’inquiètent pour l’accueil du public et les conditions de travail des agents. Ils appellent à la mobilisation lundi 16 septembre.
Dès 2020 ou 2021, les habitants d’Erstein devront aller jusqu’à Sélestat pour voir un conseiller à propos de leurs impôts sur le revenu. Pour régler des paiements communaux, comme la cantine scolaire, les interlocuteurs des Ersteinois seront désormais à Strasbourg ou Molsheim.
C’est la conséquence d’un plan gouvernemental qui prévoit la suppression de 22 trésoreries du Bas-Rhin. Six Services des Impôts aux Particuliers (SIP) seront supprimés et leurs zones de compétence réparties entre Strasbourg, Saverne, Sélestat et Wissembourg. Tout ceci d’ici 2022.
L’intersyndicale des agents des finances publiques (Solidaires Finances Publiques 67, FO DGFiP, CFDT Finances Alsace, CGT Finances publiques 67 et CFTC) se mobilise contre ce projet lundi 16 septembre avec une grève et une manifestation.
Supprimer les antennes locales et créer de grands pôles
Aujourd’hui, les trésoreries de Barr, Bischwiller, Soultz, Truchtersheimet d’une vingtaine d’autres communes permettent aux habitants de payer la cantine de l’école, leur facture d’eau ou de demander un délai de paiement.
Ces établissements conseillent aussi les collectivités locales, notamment pour la définition de leur budget communal ou pour le paiement de leurs agents. Pour remplacer plusieurs dizaines d’établissements, le gouvernement a prévu la création de 3 services de gestion comptable (SCG) à Haguenau, Strasbourg et Molsheim.
Pour les Schilikois, aller à Saverne ou Haguenau ?
Face à ce projet basé sur le traitement numérique de dossiers, José Pereira, du syndicat FO DGFiP (Force Ouvrière – Direction Générale des Finances Publiques) dénonce l’allongement des distances pour les usagers ayant besoin d’une aide personnalisée.
Un particulier d’Illkirch-Graffenstaden dépendra bientôt de Sélestat pour toute question relative à une dépense communale ou à ses impôts. Un particulier de Bischheim, dépendant aujourd’hui de Schiltigheim, devra faire 35 km jusqu’à Haguenau pour une question de facture d’eau… Aussi, avec la fermeture des services de Sarre-Union, les habitants de l’Alsace bossue seront contraints de se rendre à Saverne, à 35 kilomètres.
Pour les syndicats, ce plan gouvernemental « pénalise les administrés les plus fragilisés, comme les personnes âgées ou les personnes ne maîtrisant pas internet. »
Les salariés du SIP du 35 Avenue des Vosges à Strasbourg affichent leur mécontentement aux fenêtres Photo : DL/Rue 89 Strasbourg/cc
184 postes concernés et 40 suppressions de postes par an
Christine Helstroffer, du syndicat Solidaires Finances Publiques, estime que « 184 personnes seront directement concernées par la fermeture de leur poste. » Les agents s’inquiètent de cette « mobilité forcée », indique José Pereira : « Certains devront aller travailler à plus de 40 km de chez eux… »
Françoise Coulongeat, directrice départementale des finances publiques, se veut rassurante :
« Il y a des possibilités de télétravail ou de reconversion sur le lieu de travail, notamment dans des nouvelles maisons de services publics, redéployées sur les territoires. »
Mais les agents et syndicats craignent surtout les 40 suppressions de postes par an jusqu’en 2022, dont la répartition n’est pas encore connue. Les responsables syndicaux dénoncent une logique de suppression de postes « qui s’est accentuée ces quinze dernières années et provoque une dégradation des conditions de travail des agents. » Depuis 2009, le nombre d’emplois dans la DGFiP du Bas-Rhin est passé de 1 800 à 1 400, avec un rythme de 30 à 40 suppressions par an.
Des services déjà surchargés
Dans la majorité des trésoreries, les horaires d’accueil ont déjà été réduits à des demi-journées, ou à quelques jours dans la semaine. Selon Christine Helstroffer et José Pereira, les employés et les administrés subissent déjà un manque de moyens :
« Les agents travaillent dans l’urgence. On leur dit qu’une demi-heure au téléphone, c’est déjà trop… Ils ont du mal avec ces consignes, car ces agents veulent offrir un service de qualité au public. »
Les syndicalistes déplorent que le nouveau projet remplace des structures très implantées localement par « du travail de masse ». Ils dénoncent une tendance globale de retrait du service public au profit d’une marchandisation des services : « C’est ce qui s’est passé avec la carte grise en 2017, dont le « marché des démarches » a été investi par des sociétés privées. », regrette Christine Helstroffer.
Les syndicats craignent que l’accueil physique soit sacrifié au profit des démarches en ligne Photo : wikimedia commons
Moins d’agents, mais plus de proximité ?
La directrice départementale des Finances publiques assure que l’accueil sera « le même qu’aujourd’hui, grâce aux Maisons de service public ». Ces points d’accueil multi-administrations créés dans les mairies devraient aussi permettre d’accompagner les usagers pour les formalités via Internet, ou prendre un rendez-vous avec un agent de la DGFiP (Direction Générale des Finances Publiques). Selon elle, ces points d’accueils et Maisons de service public garantiront un « service complet » :
« Des agents d’accueil polyvalents seront capables de répondre à 85% des besoins des usagers, qui pourront faire toutes leurs démarches en ligne à partir de ces « maisons ». Pour les 15% restants, les agents organiseront un contact avec un conseiller, soit par téléphone, soit en visioconférence, soit en présentiel, avec un rendez-vous pris en ligne. »
Buralistes à la rescousse?
Pour les paiements en liquide jusqu’à 300 euros, des buralistes ont été associés au projet gouvernemental :
« Si les services de Schiltigheim seront bien fermés, le projet prévoit de mettre en place 3 points de paiement chez les buralistes associés à la Française des jeux, à Bischheim, Hoenheim et Schiltigheim. La confidentialité sera garantie puisque les buralistes ne connaîtront pas la nature de l’encaissement. »
Une disposition qui ne serait que de « la poudre aux yeux » d’après Christine Helstroffer :
« Ces Maisons ne remplaceront en aucun cas les centres de Finances publiques, puisqu’elles ne seront pas dotées de techniciens des impôts. La direction départementale a indiqué que des agents de la DGFiP pourraient y faire des permanences. Mais avec la charge de travail qu’ils ont déjà sur les épaules, on se demande bien comment ils pourraient aller passer une demi-journée dans les villes et villages. »
Les syndicats Solidaires, FO, CFDT, CGT et CFTC demandent donc le retrait du projet au nom de « la défense du service public et la défense des agents ». Ils appellent à manifester lundi à 10h, au départ de la Place de la République.
Ils sont professeurs, bodybuilders, travaillent dans des administrations, ils sont suivis depuis Strasbourg par des milliers de personnes qui scrutent chaque jour leurs nouvelles publications sur le réseau social de partage de photos et de vidéos Instagram. Rue89 Strasbourg a discuté avec sept profils à suivre en cette période de rentrée.
Instagram. Difficile de ne pas avoir entendu parler de l’application de partage de photos et de vidéos lancée en 2010, et utilisée par près de 17 millions de personnes en France. Aussi appelés « influenceurs digitaux », ils sont en mesure de modifier, consciemment ou non, des comportements de consommation, d’inciter à l’achat ou à un changement de vie.
Cuisine, beauté, look, santé, écologie : à Strasbourg, ils sont quelques uns à être suivis par des milliers de personnes qui scrutent chaque jour leurs nouvelles publications. Selon leurs profils et leur investissement dans leur activité sur Instagram, leurs nombres d’abonnés varient de 6 000 à plus de 40 000 personnes. Ils font partie du cercle dit des « micro-influenceurs », qui comptent entre 10 000 et 100 000 abonnés (a contrario des « macro-influenceurs » avec plus de 100 000 suiveurs), appréciés pour leur authenticité affichée, leur proximité avec leurs abonnés et leur communauté très fidèle. Rue89 Strasbourg a dressé une liste – non exhaustive – des sept comptes Instagram made in Strasbourg à suivre en cette rentrée. Pour les débutants, un petit lexique en fin d’article (page 3) les attend.
« Les Cookines » : des recettes, du local et du bien manger
« À la base, la cuisine n’est pas ma passion ». Pourtant, Julia, alias « Les Cookines » est suivie par plus de 7 000 personnes qui apprécient ses recettes diététiques avec des aliments produits en circuit court. Le but : favoriser le local et les produits frais. Comme beaucoup d’autres instagrameurs, la jeune femme de 31 ans, professeur d’histoire-géographie, a démarré son aventure digitale via un blog. À la base, ses recettes étaient destinées à un cercle d’amis, mais en 2015 une amie la pousse à créer un profil Instagram, pour diffuser ses bonnes idées cuisine :
« À partir du moment où je me suis rendue compte que je pouvais avoir un impact sur les gens, je n’avais plus envie d’écrire des recettes classiques du style “ajoutez 300 g. de beurre”. J’ai voulu apporter quelque chose d’autre et je considère ma démarche comme militante et je parle aussi d’écologie, d’environnement. »
Julia est par ailleurs co-fondatrice de l’association StamTisch qui organise chaque année le Refugee Food Festival. La jeune femme espère atteindre les 10 000 abonnés : « avec ce nombre, on obtient des fonctionnalités supplémentaires comme insérer des liens dans les stories, le “swipe up” (voir encadré)”. Elle qui voulait être journaliste anime depuis la rentrée une chronique « bien manger » dans l’émission C Tendance, sur France Bleu Alsace.
Pourquoi « la Vilaine » ? « Contrairement à ce que les gens pensent, c’est en rapport avec mon caractère, plus qu’avec mon physique », pose d’emblée Hélène, 32 ans qui s’est réellement lancée sur Instagram il y a plus d’un an, après une longue hospitalisation. Atteinte d’un lymphoedème (une maladie qui fait gonfler certaines parties du corps suite à l’accumulation de liquide lymphatique, ndlr), la Strasbourgeoise cherchait des témoignages sur sa maladie :
« J’ai fais le choix de parler du lymphoedème parce-que c’est une maladie trop peu connue. Je pensais être un cas sur dix millions, mais il y en a beaucoup plus qu’on ne le croit. »
En janvier, après des épisodes compliqués dans sa vie personnelle, Hélène s’est lancée un challenge « perte de poids ». Le but : se servir des réseaux, elle est aussi sur YouTube, pour réussir à tenir le cap pour se dire à elle-même et à ses abonnés : « tu vas réussir ». C’est d’ailleurs grâce à Instagram qu’elle a pu trouver une diététicienne, basée à Montpellier, et avec laquelle elle échange via Whatsapp.
La jeune femme, qui avoue passer près de quatre heures par jour sur son téléphone, met un point d’honneur à répondre à tous les messages et entretient un lien intime avec ses abonnés : « beaucoup me disent grâce à toi je vais à la piscine ou d’autres choses encore… » Elle relativise : « Mais je ne suis pas médecin, ce n’est pas mon métier. Chaque personne est différente, chaque pathologie aussi. Je ne suis pas là pour donner des conseils. » Fin août, Hélène a organisé un pique-nique avec des abonnés de la région pour les rencontrer « en vrai », histoire de dépasser la simple relation numérique.
« My Sweet Cactus » : le compte d’une pro d’Instagram
Instagrameuse professionnelle, Léa-Marie, alias « My Sweet Cactus », est auto-entrepreneuse depuis février 2019. La jeune femme de 24 ans, élue Miss Prestige 2014 (concours de beauté créé en 2010 par Geneviève de Fontenay, ndlr) et ancienne chroniqueuse « tendances » sur Alsace 20, se qualifie elle-même de « couteau suisse » :
« Je fais tout de A à Z : l’écriture des posts, la photo, les retouches, le marketing… Ça peut prendre cinq heures, de l’idée de la photo à sa publication. »
Son compte créé en 2016, pour « ajouter de la douceur au quotidien », s’inscrit dans le créneau du « lifestyle ». Comprendre : mettre en valeur sa manière de penser, les produits qu’elle utilise et vendre les lieux où elle se rend. Ses partenariats sont divers : hôtels, maquillage, vêtements, voyages… Léa-Marie se décrit comme une « conseilleuse » qui s’adresse à ses plus de 43 000 abonnés comme elle le ferait à une bonne copine.
Avant de se lancer sur Instagram et monter son entreprise, la jeune femme savait où elle mettait les pieds. Titulaire d’un master de gestion d’entreprise à Science Po Strasbourg, elle a également validé sa dernière année de Master avec un double diplôme de l’EM Strasbourg en communication digitale, elle a rédigé un mémoire sur les « stories » Instagram (voir encadré).
« Je me suis rendue compte que c’était la personnalité des gens qui faisait toute la différence. Dans mon cas, c’est ma bonne humeur et ma positivité qui font que les gens m’apprécient. »
Quant au chiffre d’affaire de son entreprise, la blogueuse indique qu’elle s’assure un smic minimum chaque mois et que son activité peut être en dents de scie. Consciente que tout peut s’arrêter du jour au lendemain, la Strasbourgeoise sait qu’avec son double diplôme, elle devrait pouvoir rebondir et n’exclue pas, à l’avenir, de monter son entreprise en communication.
« The Dressing Box » : des idées looks au masculin
Le lifestyle n’est pas dédié qu’aux femmes. À Strasbourg, c’est Florian, 34 ans, qui est l’un des instagrameurs phares en la matière. Ancien commercial dans le prêt-à-porter, celui qui se décrit comme « hyper-actif » a profité d’une période de chômage, en 2015, pour démarrer un blog axé sur la mode masculine, puis s’est lancé dans la foulée sur Instagram :
« Le but était de partager mes trouvailles pour homme. Il y a quatre ans, il n’y avait quasiment pas de compte comme le mien, donc j’ai réussi à me placer rapidement. »
Le Strasbourgeois vit de son activité d’influenceur en tant qu’auto-entrepreneur. Il travaille avec trois agences basées à Paris, Lyon et Marseille, qui lui trouvent des contrats et des partenariats avec divers marques.
« Ces agences me conseillent surtout sur l’aspect promotion des produits ou des marques dont je parle. Mais si je ne suis pas d’accord avec la démarche, je refuse. Le but avec Instagram n’est pas de devenir un panneau publicitaire et de parler de choses qui ne me correspondent pas. »
Il confie gagner parfois moins que le Smic, parfois plus. « Généralement, il faut au moins 50 000 abonnés pour vivre tranquillement d’Instagram », ajoute le jeune homme, suivi par plus de 37 000 personnes, essentiellement basées à Strasbourg, Paris et Lyon.
Entre la recherche de partenariats, d’idées pour ses publications, les séances de photos, il passe près de sept heures par jour sur l’application. Chaque soir, Florian prend une heure pour répondre aux gens qui lui écrivent : « Des ados me demandent des conseils pour devenir instagrameurs. Certains veulent arrêter leurs études. Je leur réponds qu’Instagram n’est pas le reflet de la réalité , c’est passager, et qu’on n’a jamais la certitude que ça va marcher quand on se lance ». Le Strasbourgeois a d’ailleurs anticipé la possibilité que tout s’arrête subitement et réfléchit à lancer sa marque.
« Farahhness» : la dénicheuse de bons plans
https://www.instagram.com/p/B11us1knQfU
À Strasbourg, Farah est dénicheuse de bons plans, suivie par plus de 28 000 personnes qu’elle appelle ses « candies », ses bonbons.
« Les bons plans, c’est dans mes gènes, ma mère est pareille ! Je les repère en traînant dans les magasins, grâce aux newsletters ou d’autres comptes, mais il y a aussi des personnes qui m’en envoient dès qu’elles en voient. »
La jeune femme de 36 ans anime une chronique bons plans tous les mercredi matins depuis trois ans sur la radio strasbourgeoise RBS.
Salariée d’une grande administration, la Strasbourgeoise originaire de Montreuil se définit comme une « partageuse » plutôt qu’une influenceuse. Sur le compte qu’elle a lancé en 2013 : des idées de looks, des conseils maquillages, des épisodes de sa vie de maman et de working girl. Mais pas que : Farah sensibilise aussi ses abonnés au don du sang et s’est aussi plusieurs fois exprimée sur des sujets de société comme le hijab de sport lancé par Décathlon en février :
« Partager des bons plans, c’est top, mais ça serait trop réducteur pour moi, j’ai besoin de donner du sens à ce que je fais. »
Elle se dit très sélective en terme de collaborations, qui ne sont pas rémunérées :
« Faire du partenariat pour le partenariat ne m’intéresse pas, même si c’est sympa de recevoir un produit gratuitement. »
Un peu militante, elle soutient des petites marques locales qui débutent : « Je n’attends rien en échange même si elles me le rendent bien, je ne vais pas mentir », ajoute Farah qui confesse qu’en plus de cinq ans de présence sur l’application, Instagram l’a aidé à prendre de l’assurance et confiance en elle.
« Bionic Body » : le compte instagram qui montre ses muscles
https://www.instagram.com/p/B18y7j8iKNM
C’est après un shooting photo, il y a quelques années, qu’Edgard, 34 ans, a créé son compte (Rue89 Strasbourg vous en parlait en août). Un photographe l’avait sollicité pour qu’il prenne la pose sans cacher ses prothèses tibiales. Amputé des deux jambes à l’âge de 4 ans après un accident de voiture, l’athlète de haut niveau en bodybuilging voit alors les réactions positives affluer et lance « Bionic Body », un compte suivi par plus de 340 000 personnes.
Originaire de Guyane, le Strasbourgeois, champion d’Europe handisport en 2015 se décrit comme « juste un gars sur les réseaux », pas comme un influenceur. Son épouse, rencontrée sur internet, l’épaule au quotidien pour trouver des idées de publications ainsi que dans la rédaction des légendes photos. Sur son profil, les photos de famille et d’entraînements se succèdent.
Pour alimenter son compte, Edgard demande à des connaissances, qui elles-aussi viennent pousser de la fonte, de le prendre en photo ou en vidéo. En 2018, le sportif a quitté son poste de commercial et est passé professionnel, grâce à des sponsors qui le soutiennent dans ses préparations.
Les défis, c’est la marque de fabrique de Celia (sans accent, elle le précise d’emblée sur son compte). Depuis 2015, l’étudiante en psychologie de 24 se lance des défis : un an sans fast-food, un an sans acheter de vêtements (pour se déconditionner d’acheter de la fast-fashion, entre autre).
En janvier 2018, elle lance son compte Instagram pour son nouveau défi : un an sans déchets. « C’est le défi qui bouscule le plus les habitudes », précise la Strasbourgeoise suivie par plus de 7 000 personnes. Végétarienne, écologiste, Celia profite de son exposition pour diffuser ses idées. « Libre aux personnes d’y adhérer ou pas. C’est ce côté non-culpabilisant qui fait que ça marche », estime la jeune femme qui, avec ses grimaces et des photos très peu retouchées, confie ne pas se prendre trop au sérieux.
Outre son défi d’un an sans déchets, Celia se lance chaque mois un nouveau défi. En août, elle a incité celles qui la suivent à passer un mois sans maquillage :
« J’ai reçu de nombreuses photos de filles au naturel, pour qu’on se soutienne toutes à une période généralement très complexante sur Instagram, entre photos de vacances et images super retouchées. »
Sa particularité : Celia sous-titre toutes ses stories, une demande de certains de ses abonnés malentendants. L’étudiante reçoit quasi-quotidiennement des propositions de partenariats, qu’elle refuse systématiquement :
« Pour moi, ça n’a aucun sens de prôner d’acheter moins et de gagner de l’argent sur ce que les gens achètent à cause de moi. »
Son compte lui a permis d’être « plus avenante, moins timide » : « Je me filme et je le publie alors que je ne suis même pas capable de faire un exposé devant un amphi en psycho », confesse-t-elle dans un sourire. « Mon truc c’est de montrer que je ne suis pas exceptionnelle ; que si moi j’ai osé le faire, tout le monde peut le faire ».
Journaliste indépendante et professeur d’éducation aux médias. Sujets société, inégalités, éducation, police-justice. J’aime aussi écrire sur le rap et la culture hip hop de Strasbourg et d’ailleurs.