Enquêtes et actualité à Strasbourg et Eurométropole

Jean-Luc Schaffhauser : « Marine Le Pen est la meilleure alliée d’Emmanuel Macron »

Jean-Luc Schaffhauser : « Marine Le Pen est la meilleure alliée d’Emmanuel Macron »

L’ancien candidat à la mairie de Strasbourg pour le Front national et ex-eurodéputé projette de regrouper « les oppositions à Emmanuel Macron » pour lui tenir tête en 2022. Il ne retient pas ses critiques envers la patronne du Rassemblement national.

Loin de quitter la vie politique après la démission de ses mandats locaux, Jean-Luc Schaffhauser se focalise sur « l’essentiel » à savoir « le gouvernement de la France » et donc les élections présidentielles de 2022. Ancienne tête de liste du Front national en 2014 aux élections municipales, il veut s’atteler à réunir « les oppositions » au président Emmanuel Macron et « ne prétend à rien », une formule parfois utilisée en politique… quand on prépare une candidature.

D’habitude plutôt fuyant avec les journalistes, il a cette fois-ci organisé une conférence de presse mercredi pour évoquer ses projets d’avenir.

« Je ne vois pas Marine Le Pen gagner »

Cet ancien proche de Marine Le Pen, aux réseaux multiples, pense que la présidente du parti d’extrême-droite est aujourd’hui dans une impasse :

« Peut-être que je me trompe, mais je ne vois pas Marine Le Pen gagner. Elle n’est pas en rupture. Elle s’est trompée de stratégie et le score des élections européennes en 2019 est plus faible qu’en 2014, dans des conditions pourtant plus favorables. […] L’expérience intime que j’ai de Marine Le Pen est qu’elle n’a pas cette culture du rassemblement. L’arrivée de l’une ou l’autre personnalité n’est pas une ouverture. On dirait que cette alliance objective avec le président lui convient. C’est une rente. »

Jean-Luc Schaffhauser en conférence de presse le 5 septembre

Suite logique de ce raisonnement, il « offre [s]es services » pour créer « une plateforme commune aux oppositions », car « l’union des droites ne forme pas une majorité ». Pour justifier ses « talents de rassembleur », il évoque les « forums d’opposition » en Europe de l’Est où il a participé avant la chute du Mur de Berlin qui regroupaient « des Royalistes jusqu’aux communistes ».

Au Parlement européen lors de son mandat entre 2014 et 2019, il s’est au contraire senti « inutile » à cause de l’étiquette FN : « J’ai déposé plein d’amendements, mais ils ne passaient jamais, il fallait les faire passer par d’autres groupes ».

Deux livres au programme

Pour réussir son entreprise politique, l’homme de 64 ans compte d’abord écrire un livre personnel à la fin de l’année 2019 sur « les conditions d’une rupture », puis un deuxième, « une plateforme programmatique écrite à plusieurs », promet cet ancien centriste qui assure avoir gardé « des amis dispersés, à droite et à gauche ». Il estime néanmoins que le Rassemblement national sera « incontournable », pour un « projet alternatif » avec « une culture de l’État’, mais pas forcément avec sa patronne pour le porter. « Il faut qu’elle change », glisse-t-il.

Jean-Luc Schaffhauser est finalement moins critique avec Emmanuel Macron, qu’il assure avoir connu « bien avant qu’il soit connu » :

« Emmanuel Macron est lucide, mais il n’a pas les moyens de mener sa politique. Il n’a pas engagé de réformes structurelles, à ce sujet les retraites seront un test. Il a essayé d’avoir un budget européen, mais ne l’a pas obtenu. Donc sa politique mène à une désindustrialisation. Nous allons vers la faillite. »

En politique étrangère, il salue néanmoins l’invitation de Vladimir Poutine par le président français en marge du G7 ou plus de « pragmatisme » envers le régime syrien. Il qualifie de « très bonne initiative » la visite récente de Virginie Joron, nouvelle eurodéputée et patronne du RN dans le Haut-Rhin, avec une délégation de son parti.

Ancien proche de Marine Le Pen, Jean-Luc Schaffhauser est désormais en froid avec la présidente du RN Photo : JFG / Rue89 Strasbourg

L’ancien eurodéputé vit désormais dans un village du département des Vosges « avec deux bergers allemands » et se rendra toutes les semaines à Paris pour rencontrer des personnalités, parfois par le TGV de Remiremont.

Passation locale dépassionnée

Il a confirmé que son mandat de conseiller municipal à Strasbourg ne l’avait guère passionné. « J’ai été parachuté car la tête de liste choisie par le Front national faisait défaut. » « J’ai toujours voté pour le service public, pour la régie et contre les privatisations », ajoute-t-il tout de même, bien qu’il ait aussi appelé à plus d’économies de fonctionnement à plusieurs reprises.

Quant à certaines de ses sorties virulentes contre les migrants, les habitants des quartiers populaires ou des associations de défense des homosexuels qui ont secoué l’assemblée municipale et semblent entraver ses desseins d’ouverture vers les oppositions de gauche à Emmnauel Macron, il dit s’être « senti seul à combattre les communautarismes » : « Je respecte les identités, les histoires, les nations les cultures. Quand je suis à l’étranger je m’y conforme. »

Au niveau strasbourgeois, il passe la main à Andrea Didelot, 27 ans et tout juste titulaire d’un diplôme de dentiste. Également libre de tout engagement politique désormais, l’ex-numéro 3 de la liste envisage d’œuvrer à un rassemblement dans le même ordre d’idée, mais « l’heure n’est pas aux candidatures ». Le timing est en revanche plus serré.

« Hard Corps » : maigrir à tout prix

« Hard Corps » : maigrir à tout prix

Après avoir « tout tenté », Mélanie a décidé de recourir à la gastrectomie en septembre 2014. En quelques mois, elle a perdu 50 kilos. Pour dénoncer la grossophobie qu’elle a subie jusqu’à 35 ans, cette assistante sociale alsacienne a joué dans un film basé sur sa transformation radicale. « Hard Corps » sera projeté au Molodoï ce soir à 19h.

« J’ai peur de redevenir ce que j’étais. » Il y a cinq ans, Mélanie a perdu cinquante kilos après avoir eu recours à une gastrectomie. Membre de l’association alsacienne « Les sales films », elle a décidé de mettre cette transformation radicale au cœur du long-métrage « Hard Corps ». « J’ai toujours été en surpoids. J’avais envie de dénoncer ce que j’ai subi jusqu’à mes 35 ans », explique-t-elle, encore stressé à l’idée de se voir sur grand écran pour la première fois, jeudi 5 septembre à 19h au Molodoï.

Le long-métrage de Yann Kerdoncuff « Hard Corps » sera projeté au Molodoï jeudi 5 septembre à 19h. Photo : Document Remis

Régimes inutiles, sport et blessures

Mélanie s’est d’abord trouvée « ronde ». Elle vivait avec « la vision de la femme pulpeuse des années 70. » Mais suite à une rupture amoureuse, « tout s’est dégradé… » Pendant près de quinze ans, la jeune femme a donc enchaîné les rendez-vous chez le médecin, les diététiciens… Aucun régime, aucun suivi nutritionnel ne l’a aidée à perdre du poids. Les 3 à 4 séances de sport hebdomadaires non plus. « J’ai fini par faire de l’arthrose aux genoux, parce que je n’étais juste pas faite pour tant d’activité sportive », se souvient-elle.

Au quotidien, la jeune femme est constamment ramenée à son poids. En plein jour, rue des Arcades à Strasbourg, un homme l’interpelle : « Vas-y la grosse, planque-toi! » Personne ne réagit. Le soir, dans les bars, les verres à deux tournent souvent courts. Sinon, la nuit chez l’autre reste souvent sans lendemain. Au travail, un bénéficiaire de ses services d’assistante sociale ne se souvient plus de son nom. Il demande à l’accueil : « Comment elle s’appelle la grosse là? » Pour Mélanie, la source de tous les maux semble claire : « Mon mal-être, c’était le gras qui prenait toute la place sur mon corps. Je voulais exister par moi-même. »

Gastrectomie et « Hard Corps »

En septembre 2013, Mélanie voit la gastrectomie comme l’unique solution. Pendant un an, la trentenaire se lance dans une longue procédure pleine de rendez-vous et d’examens : psychologue, gastro-entérologue, chirurgien, coloscopie, endoscopie… Les risques post-opération sont aussi nombreux : occlusion intestinale, anémie, carence en vitamines… Concrètement, c’est deux tiers de l’estomac qui sont retirés. « Mais j’ai entendu des gens parler de solution de facilité », soupire-t-elle.

En quelques mois, la trentenaire perd cinquante kilos et prend l’équipe de court : « On a dû tourner plus vite que prévu », dit-elle en souriant. A force de jouer le personnage de Juliette, Mélanie apprécie « d’être au centre de l’intérêt. » Par la suite, la femme à la chevelure brune rencontre Adrien, son mari. Un magasin de robes de mariées lui fait une offre de mannequinat : « J’ai fait deux défilés puis on m’a appelé pour un troisième… J’étais enceinte. »

« Je me suis faite violence »

Le montage, le mixage-son, l’étalonnage et la composition musicale du film ont pris près de six ans. Il y a peu, le réalisateur a transmis un lien privé pour le visionnage de « Hard Corps ». Mélanie a essayé de voir le film plus d’une dizaine de fois sans y parvenir : « C’était très dur de me voir », explique-t-elle avant de résumer sa participation au long-métrage : « Je me suis faite violence pour montrer que je suis une femme, et pas juste un corps flasque. » Au poignet gauche, Mélanie porte une montre connectée, « pour le suivi sportif ». Avec la grossesse et le stress d’une maison en chantier, elle s’inquiète de sa « reprise de poids ». Aujourd’hui encore, la balance est utilisée chaque matin.

Incendie à Schiltigheim : un suspect avoue, le motif raciste non-établi

Incendie à Schiltigheim : un suspect avoue, le motif raciste non-établi

L’incendie survenu le 3 septembre a provoqué la mort d’un enfant et blessé 11 personnes. L’enquête débute sans retenir de caractère raciste à l’acte.

Selon un communiqué du procureur adjoint, Alexandre Chevrier, le suspect concernant l’incendie survenu mardi 3 septembre à Schiltigheim a reconnu sa « participation active aux faits ». Survenu peu après 3h30, ce feu dans un immeuble rue Principale a entraîné la mort d’un enfant de 11 ans et 11 blessés. Il n’a cependant pas expliqué son geste.

Pas de motif raciste

En l’état de l’enquête « il n’existe aucun élément en faveur d’un acte raciste », poursuit le procureur adjoint. L’immeuble de 45 appartement appartenant au bailleur social Foyer moderne hébergeait des familles majoritairement d’origine étrangères. La proximité avec deux incendies dans des foyers de migrants, revendiqués par la suite à Saint-Nabor avec des inscriptions racistes, avaient dans un premier temps fait émerger cette hypothèse, notamment dans les premières réactions. La garde à vue du suspect a été prolongée ce mercredi 4 septembre. Il a fait l’objet d’un examen psychiatrique dont les résultats ne sont pas encore connus.

Cet individu de 22 ans était connu des services de police municipale pour de la petite délinquance et a été retrouvé plusieurs fois alcoolisé sur la voie publique, a-t-on appris par d’autres sources. Avant lui, un autre suspect avait d’abord été interpellé avant d’être mis « totalement hors de cause ».

L’incendie est survenu peu après 3h du matin le mardi 3 septembre Photo : GK / Rue89 Strasbourg

Minute de silence et autre incendie

En conférence de presse, la maire Danielle Dambach (EELV) a appelé l’État à « davantage de moyens humains pour la police nationale du secteur et à renforcer sa présence la nuit ».

Une minute de silence est programmée samedi à 11h à l’hôtel de Ville de Schiltigheim.

D’autres voitures ont été brûlées la nuit suivant rue d’Adelshoffen, sans faire de victime. Le lien entre ces événements n’est pas avéré.

Les Bibliothèques idéales, pour s’armer contre les incendies du monde

Les Bibliothèques idéales, pour s’armer contre les incendies du monde

Les Bibliothèques idéales reviennent pour célébrer la littérature au-delà des livres. Du 5 au 15 septembre, entre l’Opéra National du Rhin et la Cité de la Musique, les concerts, conférences et rencontres rassembleront auteurs, artistes et spectateurs pour commencer la saison culturelle.

Plus qu’un salon du livre alignant les stands de dédicaces, les Bibliothèques idéales sont un moment festif et pluridisciplinaire. À partir du jeudi 5 septembre 2019, le public strasbourgeois peut assister à des lectures, concerts, spectacles et conférences sur les arts et les lettres. La littérature au-delà du livre, c’est tout l’esprit de ce festival qui anime la rentrée strasbourgeoise depuis 2006.

Installé principalement à l’Opéra national du Rhin (ONR) du 5 au 8 septembre puis à la Cité de la Musique et de la Danse (CMD) du 9 au 15 septembre, le festival sollicité d’autres lieux dont le Palais de la musique et des congrès, la Bibliothèque nationale universitaire ou encore la terrasse du Palais Rohan. Des événements sont également prévus dans les médiathèques de l’Eurométropole, où des bibliothécaires accompagnés de musiciens et de comédiens arpenteront Strasbourg pour délivrer des textes aux arrêts de tramway…

Dix jours pour croiser les arts et les esprits

Loin du silence rigoureux observé dans les bibliothèques, le festival fera du bruit, avec des concerts à l’ONR célébrant Jacques Brel (le 5 septembre) ou Charles Aznavour (le 8 septembre), des lectures musicales et des arrangements. Les chanteurs et compositeurs se mêlent aux philosophes et aux écrivains. Le 15 septembre à la CMD, Isabelle Durin & Michaël Ertzscheid revisiteront au piano et au violoncelle les mélodies de grands films. Les images se mêleront aussi à la musique avec la venue du réalisateur Tony Gatlif le 13 septembre pour une soirée de musique tzigane et de cinéma.

La danse sera aussi de la partie avec Hip-Hop’era, une rencontre entre l’Illusion Crew (groupe de breakdance local) et les danseurs du Ballet national du Rhin, le 6 septembre à l’ONR. Cet événement, qui rassemble des cultures pourtant séparées par tout un univers social, est l’occasion d’un enrichissement artistique. Sur les musiques arrangées par DJ Timal, mixant les influences du lyrique et du hip-hop, les danseurs présenteront le fruit de leurs influences mutuelles. L’événement sera suivi par l’Acoustique Experience du rappeur et poète Youssoupha, l’adaptation pour un cadre intimiste de son album Polaroïd Experience.

Les bibliothécaires vont à la rencontre des Strasbourgeois à l’occasion des Bibliothèques idéales Photo : doc remis

La musique allant de concert avec la poésie, il est normal que les poètes strasbourgeois soient de la partie. Très attendu, le chanteur et auteur Abd Al Malik viendra le 8 septembre à l’ONR parler de la jeunesse française des banlieues et de son rapport à la culture. Un propos d’autant plus fort dans ce cadre que le rappeur a grandi dans une cité du Neuhof. Le mercredi 11 septembre il sera temps de célébrer le génie des poètes alsaciens, avec une longue soirée consacrée à Claude Vigée, Hans Jean Arp et Tomi Ungerer.

Des rayonnages politiques et sociaux

Le festival s’inscrit dans l’actualité. La littérature ne doit pas être un simple divertissement hors-sol : elle existe au sein de la société dont elle transmet les tendances, les inquiétudes et les transformations. Dans le contexte politique international troublé, dans la capitale européenne, il faudra donc réfléchir à la situation du monde.

Le dimanche 15 septembre à la CMD, Raphaël Glucksmann, député européen, débattra sur ces sujets avec Raphaël Enthoven, philosophe, puis avec la journaliste Sophia Mabrouk. Le même jour cinq philosophes (Adèle van Reeth, Raphaël Enthoven, Dorian Astor, Michaël Foessel & Nicolas Léger) discuteront la phrase de Françoise Sagan qui sert de devise à cette édition : « La littérature m’a toujours donné cette impression qu’il y avait un incendie quelque part, et qu’il me fallait l’éteindre. »

Le 11 septembre verra aussi une intervention de Françoise Nyssen, qui reviendra sur son expérience en tant que ministre de la Culture (de mai 2017 à juin 2018). L’éditrice est attendue sur la place de la culture dans ce gouvernement. Le 12 septembre, ce sera Jean-Pierre Dupuy qui interrogera la peur du nucléaire militaire et les risques qui planent toujours depuis la guerre froide. Ces rencontres illustrent la nécessité de développer la philosophie au sein du champ politique, et permettront aux Strasbourgeois de se saisir de ces sujets.

D’ordinaire, une bibliothèque idéale est supposée regrouper l’essentiel de la littérature, sa substantifique moelle. Un objectif forcément utopique, que le festival souligne par le pluriel : les Bibliothèques idéales sont cette tentative sans cesse renouvelée de constituer l’anthologie grandiose de l’esprit humain. Le croisement constant des arts, des influences et des esthétiques fait de ce festival le grand marqueur de la rentrée culturelle strasbourgeoise.

Ancienne tête de liste du Front national, Jean-Luc Schaffhauser démissionne de ses mandats à Strasbourg

Ancienne tête de liste du Front national, Jean-Luc Schaffhauser démissionne de ses mandats à Strasbourg

Le chef de file du Front national aux élections municipales de 2014 rend ses deux mandats locaux à quelques mois de leur terme.

Jean-Luc Schaffhauser quitte les hémicycles de Strasbourg. Tête de liste lors des élection municipales en mars 2014 (8% au deuxième tour), il était depuis le seul des deux élus à prendre la parole ou presque en séance du conseil municipal.

Avant sa démission, il a surtout attaqué la politique de la municipalité en termes d’urbanisation, de lutte contre les discriminations, d’accueil des migrants, d’aides aux quartiers ou sur la stratégie de défense du siège du Parlement européen. Il n’était plus beaucoup présent depuis le début de l’année 2019. En mai, il ne figurait pas sur la liste du Rassemblement national (ex-FN) lors des élections européennes, après avoir exercé un mandat européen entre 2014 et 2019 pour cette formation.

Il était surtout connu comme un homme-clé du parti, notamment pour entretenir les réseaux russes ou pour l’obtention de prêts bancaires. Pas complètement encarté au parti de Marine Le Pen, il était officiellement membre du « Rassemblement Bleu Marine » (comme Gilbert Collard), un mouvement un peu plus large que le parti politique.

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Un enfant de 11 ans meurt dans un incendie, un suspect arrêté

Un enfant de 11 ans meurt dans un incendie, un suspect arrêté

Vers 4 heures du matin ce mardi, un incendie s’est déclaré dans un immeuble abritant des logements sociaux de Schiltigheim, souvent occupés par des familles d’origines étrangères. Un enfant de 11 ans est décédé et huit personnes ont été blessées. Un suspect a été arrêté.

Un enfant de 11 ans est mort et huit personnes ont été blessés dans un incendie d’immeuble ce mardi 3 septembre au petit matin, dans la rue principale de Schiltigheim. Cet immeuble de 45 appartements occupés pour la plupart d’entre eux par des familles d’origine étrangère est géré par le bailleur social Foyer Moderne.

Le feu s’est déclaré aux alentours de 4 heures du matin. 46 pompiers ont été dépêchés sur place. Ils sont parvenus à maîtriser les flammes aux alentours de 11 heures. Pour la maire de la commune, l’intensité de l’incendie et son origine (il aurait débuté dans les parties communes du logement social) font privilégier la piste criminelle.

Un homme âgé de 23 ans a été interpellé, selon 20 Minutes Strasbourg. Une caméra de vidéosurveillance a filmé le suspect. Aux Dernières Nouvelles d’Alsace, la maire de Schiltigheim a rappelé l’incendie récent d’un foyer de migrants dans sa commune, revendiqué par la suite par des tags à Saint-Nabor :

« Il y a trois caméras aux abord de l’immeuble, qui ont filmé des images et qui sont en cours d’exploitation. Je n’écarte aucune piste, ni la piste accidentelle, ni la piste criminelle. Mais personnellement je ne peux pas m’empêcher de faire le lien avec les incendies de la semaine dernière qui ont eu lieu dans la rue du Fondeur où il y avait un hébergement de l’association Horizon Amitiés (et où une famille de migrants était logée, ndlr). »

L’incendie, particulièrement violent, a démarré aux alentours de 4 heures du matin. La piste criminelle est privilégiée. Un suspect de 23 ans a été arrêté. Photo : Document Remis

Parmi les blessés, cinq personnes ont échappé aux flammes en sautant par la fenêtre. Elles ont été blessés par la chute. Trois autres personnes ont été prises en charge après avoir inhalé de la fumée. Selon un rapport des pompiers, les huit blessés sont en « urgence relative ». Leurs jours ne sont pas en danger. La Ville de Schiltigheim étudie actuellement les solutions de relogement pour les habitants de l’immeuble et les voisins : « La majorité d’entre elles retrouveront un toit dès ce soir. Une solution d’urgence dans un gymnase est actuellement mise en place », a annoncé Danielle Dambach en fin d’après-midi.

« L’hôtel de la rue » assigné en expulsion le 5 novembre

« L’hôtel de la rue » assigné en expulsion le 5 novembre

Le tribunal d’instance a fait parvenir une assignation en expulsion au président de l’association La Roue Tourne, qui occupe depuis juillet « L’hôtel de la rue » à Kœnigshoffen. Malgré cette convocation, Edson Laffaiteur et la Ville de Strasbourg se disent ouverts à la négociation.

« Le rendez-vous est pris ! » Mercredi 28 août, l’association La Roue Tourne publiait sur Facebook une assignation en expulsion devant le tribunal d’instance. Cette convocation fait suite à la plainte de la Ville de Strasbourg pour « occupation illicite » du bâtiment situé au 91 route des Romains.

Depuis le 22 juillet, l’ancien siège de la brasserie Gruber, propriété de la Ville de Strasbourg, est occupé par des militants du droit au logement et héberge environ 150 personnes sans-abris (lire nos articles). Le bâtiment est inutilisé bien qu’un projet de « Maison de services publics » de la municipalité doit s’y concrétiser.

L’espoir d’une conciliation

Edson Laffaiteur devra donc comparaître face à un juge le 5 novembre à 8h45. Malgré tout, le militant se dit confiant :

« Notre espoir, c’est d’arriver à une conciliation avec la Ville de Strasbourg. Ça fait plus d’un mois qu’on est là, il n’y a eu aucun accident. Nous sommes en discussion avec l’adjointe aux Solidarités, Marie-Dominique Dreyssé (EELV). Elle est ouverte à la négociation. »

Squat autogéré ou centre d'hébergement sous convention avec la Ville de Strasbourg ? Les bénévoles et habitants de l'hôtel de la rue Gruber décident lundi soir. (Photo Emeline Burckel / Rue89 Strasbourg / cc)
L’occupation du bâtiment est en sursis. Photo : Emeline Burckel / Rue89 Strasbourg / cc
Convocation au tribunal d’instance, publiée par l’association La Roue Tourne sur sa page Facebook le 28 août. Photo : Document Remis

Négociations en cours

L’audience devant le tribunal peut encore être évitée. L’association La Roue Tourne a déjà proposé une esquisse de convention d’occupation du bâtiment. Pour éviter l’expulsion, elle cherche à trouver un accord qui permettrait le maintien de « l’Hôtel de la rue » jusqu’au lancement effectif du projet de Maison des Services Publics. Des négociations sont encore nécessaires pour parvenir à une telle convention, selon Marie-Dominique Dreyssé. La Ville de Strasbourg a publié un communiqué en ce sens dans la journée du 31 août :

« Dans l’attente d’une décision de justice, le maire, Roland Ries, et son adjointe aux Solidarités, Marie-Dominique Dreyssé, restent ouverts au dialogue pour examiner les conditions d’une évolution positive et responsable de la situation. (…) Cette évolution à Koenigshoffen ne se fera pas sans un dialogue et la mise en place d’un projet structuré avec des compétences reconnues en matière d’hébergement d’urgence et d’accompagnement sanitaire et social. »

Autrement dit : la municipalité doute que l’équipe de militants actuels soit en mesure d’assurer l’hébergement et la sécurité des quelque 140 personnes actuellement à « l’Hôtel de la rue ». Pour qu’elle envisage une occupation temporaire, l’équipe doit intégrer des professionnels de l’hébergement et de l’accompagnement social. « Nous sommes en réflexion pour travailler avec des associations professionnels, qui exercent depuis des années et qui ont des compétences reconnues. Nous souhaitons professionnaliser le projet, pour le pérenniser », assure une juriste bénévole de La Roue Tourne.

Appel à mobilisation

Devant le durcissement prévisible de la situation, Edson Laffaiteur appelle les soutiens de « l’Hôtel de la rue » à se mobiliser devant le tribunal le jour de l’audience :

« Il faut des centaines de personnes pour nous soutenir. On pourrait faire une fête devant le tribunal avec des canapés, un barbecue… »

D’après le président de l’association La Roue tourne, « le calendrier électoral joue en notre faveur (avec les élections municipales en mai 2020, ndlr). » Car à six mois du scrutin municipal, une évacuation de « l’Hôtel de la rue » sans aucune alternative pour les résidents aurait un effet dévastateur.

Des invitations pour le Festival européen du film fantastique

Des invitations pour le Festival européen du film fantastique

Le Festival européen du film fantastique s’installe à Strasbourg du 13 au 22 septembre. Près de 100 films sont programmés, dont certains projetés pour la première fois, d’autres impossibles à voir au cinéma… et pour certains, des invitations à gagner ci-dessous.

Du 13 au 22 septembre, le Festival européen du film fantastique de Strasbourg (FEFFS) propose 158 projections dans quatre cinémas. Au programme : horreur, science-fiction mais aussi thriller, documentaire et comédie noire… Le programme est à retrouver ici tandis qu’en partenariat avec les films du Spectre, voici six séances pour lesquelles des places sont à gagner.

Star Wars, Robocop ou Jurrassic Park portent sa marque…

Phil Tippett : mad dreams and monsters

Artisan aux mille créatures, Phil Tippett est un artiste qui marquera à jamais l’histoire du stop-motion. Repéré par Georges Lucas pour Star Wars, ce brillant inventeur est à l’origine des robots tueurs de Robocop ou des dinosaures de Jurassic Park. Récompensé de plusieurs prix dont deux Oscars, ce travailleur acharné continue de mêler savoir technique et expérimentation esthétique.

En 2011, Gilles Penso et Alexandre Poncet signaient déjà un documentaire sur Ray Harryhausen, père spirituel de Tippett. Ils entrent cette fois-ci dans l’atelier de cette légende des effets visuels, en revenant sur son œuvre prolifique et ses multiples collaborations.

Koko-Di Koko-Da fait partie de la compétition officielle…

Koko-Di Koko-Da

Un couple en crise à la suite d’une tragédie décide de partir camper dans une forêt éloignée de tout. Mais, à la nuit tombée, ils s’aperçoivent qu’ils sont désormais piégés dans une étrange boucle temporelle, les condamnant à revivre sans cesse leur pire cauchemar.

Traversé de poésie macabre, Koko-Di Koko-Da est un conte particulièrement cruel explorant les parcelles les plus enfouies de notre imaginaire et regroupant de multiples influences allant du survival pur aux spectacles dessinés de notre enfance. Une spirale infernale sans concession et remplie de symbolique qui déstabilise autant qu’elle marque et qui ne laissera personne indemne.

Little Joe

Little Joe

Alice, phytogénéticienne, a créé une nouvelle espèce de fleurs thérapeutiques appelées Little Joes. Quelques bouffées et vous êtes heureux, quitte à perdre un peu d’entrain. Mais au fil du temps, la fleur provoque plus de changements que prévu.

Dans une ambiance étrange à l’esthétique sereine, au son d’une musique japonaise discordante, le film de Hausner évoque l’usage répandu des psychotropes et le bien-être artificiel qu’ils procurent. Little Joe pourrait être vu comme un cousin contemporain des films de body snatchers ou voleurs de corps : au fond, il met en garde contre la perte de soi.

Le Voyage du Prince

Le Voyage du Prince

Un vieux prince échoue sur un rivage inconnu. Blessé et perdu, il est retrouvé par le jeune Tom et recueilli par ses parents, deux chercheurs contraints à l’exil parce qu’ils ont osé croire à l’existence d’autres peuples. Le prince, guidé par son ami Tom, découvre avec enthousiasme et fascination cette société pourtant figée et sclérosée. Pendant ce temps, le couple de chercheurs rêve de convaincre l’Académie de la véracité de leur thèse auparavant rejetée…

Le Voyage du Prince est un conte philosophique qui à travers le regard d’un étranger sur cette cité des singes, porte avec tendresse et humour un regard critique sur nos sociétés.

Adoration

Adoration

Paul tombe fou amoureux de Gloria, patiente de l’hôpital psychiatrique où travaille sa mère. L’adolescente affirme avoir été internée à tort. Ensemble, ils s’enfuient pour un voyage aux allures d’odyssée, lors duquel les incidents de violence se multiplient.

Adoration oppose deux mondes : d’un côté, la réalité menaçante des adultes, qui ne promet que séparation et enfermement. De l’autre, un espace de transcendance, intime et hors du temps, porté par la dévotion quasi religieuse de Paul pour Gloria. S’inspirant des grands du Réalisme poétique français du passé, du Welz signe avec brio sa vision de l’amour le plus pur, version XXIe siècle.

Furie

Furie

Pour les vacances d’été, Paul et Chloé confient leur charmante maison à la nourrice de leur fils et à son mari. À leur retour, le nom sur la sonnette a été changé et ils ne peuvent plus rentrer chez eux. La justice est incapable de leur venir en aide. Paul, professeur de lycée à la vie confortable et rangée, se trouve ébranlé dans ses convictions, sa virilité et sa moralité. Une violence sourde et aveugle croît alors en lui.

Non content de renverser le concept de home invasion, Olivier Abbou signe un film très pertinent sur la fragilité de nos positions sociales et sur le socle chancelant de nos identités.

Le concours

Musée hanté, cinéma immersif… Quatre événements du Festival du film fantastique à réserver dès maintenant

Musée hanté, cinéma immersif… Quatre événements du Festival du film fantastique à réserver dès maintenant

Expériences immersives au musée alsacien ou zoologique, séance mystère… Pour ces événements à accès limité, la billetterie du Festival européen du film fantastique de Strasbourg a ouvert dimanche.

Projection secrète en plein air, concert en église, expérience immersive au musée alsacien et zoologique… Quatre événements du Festival européen du film fantastique (FEFFS) ne seront accessibles qu’aux plus rapides. La billetterie a ouvert dimanche 1er septembre. Rue89 Strasbourg vous permet de ne pas louper votre place.

Musée alsacien hanté

Trois séances de spectacle immersif auront lieu au musée alsacien le mardi 17 septembre, à 19h30, 21h et 22h30. Le public devra faire face à l’arrivée d’une poupée et d’esprits malins dans l’établissement. Il sera sollicité par le clergé pour tenter de mettre fin à la malédiction. « Grüselnacht : le rituel » est un spectacle immersif organisé par l’agence « Comptoir du crime ».

Le public devra faire face à l’arrivée d’une poupée et d’esprits malins dans l’établissement. Photo : Document remis

L’achat de préventes au musée alsacien est le seul moyen de s’assurer une place pour ces spectacles immersifs. Tarif unique : 6,50 euros. Attention : ce lundi, une dizaine de places pour la dernière séance étaient encore en vente…

« Les oiseaux » projeté au musée zoologique

Une autre forme de cinéma immersif : voir le film d’anthologie « Les Oiseaux » sous le regard des volatiles du musée zoologique. La projection du long-métrage d’Alfred Hitchcock aura lieu le vendredi 20 septembre à 19h30.

La réservation est obligatoire sur le site de billeterie du FEFFS. La séance gratuite

Expérience immersive et secrète

Chaque édition du Festival du film fantastique comporte sa séance immersive secrète. Projection du film « Les dents de la mer » aux Bains municipaux, de « L’Exorciste » dans une église… Cette année, la séance mystère se déroulera en plein air après un trajet en bus. Rendez-vous place de l’Etoile le jeudi 19 septembre à 20h.

La réservation est obligatoire sur le site de billeterie du FEFFS. Tarif unique : 9 euros

Comme souvent, il faut se dépêcher… Photo : doc remis

Un orchestre à l’église

Le dimanche 15 septembre à 16h, le No Limit Orchestra jouera les bandes originales de nombreux films d’anthologie comme « Alien », « Les dents de la mer », « Harry Potter » à l’église Saint-Pierre-le-Vieux. Rendez-vous pour l’ouverture des portes à 15h30.

Le No Limit Orchestra est spécialisé dans la musique de films et de jeux-vidéos. Photo : Document Remis

La réservation est obligatoire sur le site de la billeterie du FEFFS. Tarif unique : 12 euros

Moisissures, rats et portes cassées… Rue Watteau, des Elsauviens résignés à la décrépitude

Moisissures, rats et portes cassées… Rue Watteau, des Elsauviens résignés à la décrépitude

Asthmatiques à cause des moisissures dans leur appartement, mis en danger par un compteur électrique vétuste, une porte principale ou une sonnette cassées… Plusieurs habitants de la rue Watteau désespèrent face à un logement inadapté ou insalubre. CDC Habitat, le bailleur social mis en cause, promet une réaction rapide.

Désespoir à tous les étages, au 12 rue Watteau. Devant ce petit immeuble de l’Elsau à Strasbourg, les galères commencent dès la porte d’entrée. Jeudi 1er août, vers 14h, Hüzüme Özdemir n’arrive pas à ouvrir la porte principale avec son badge. « Il y a aussi la sonnette qui est cassée depuis près de deux ans », souffle la fille d’un couple de sexagénaires vivant au premier étage.

Tout en gardant un œil sur sa fille, adolescente, Hüzüme fait visiter l’appartement de ses parents, partis en vacances en Turquie. Elle raconte cette situation intenable et les demandes envoyées au bailleur social CDC Habitat, anciennement Nouveau Logis de l’Est :

« Chaque jour, une infirmière doit passer trois fois pour soigner mon père, qui a le diabète, des problèmes rénaux et qui est quasiment aveugle. Si la sonnette ne marche pas, la soignante repart parfois… C’est un fardeau pour moi, je m’inquiète tous les jours à cause de ça… Mais ils n’ont toujours rien fait… »

Hüzüme a fait remonter d’autres plaintes concernant l’appartement de ses parents auprès du bailleur social CDC Habitat. Force est de constater que ses demandes n’ont rien changé : dans la salle de bain, aucune rambarde au niveau des toilettes pour permettre à Ceman Özdemir de se relever. L’homme de 63 ans n’a plus aucun doigt de pieds. « Il lui faut cette barre pour pouvoir se déplacer… », assure sa fille. Elle demande aussi à ce que le garage à vélos soit fermé à clé… La porte ne présente même pas de serrure.

La porte d’entrée du garage à vélos ne peut pas être fermée à clé… Photo : Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg

Asthme et moisissures

Dans le même immeuble, une famille vit à l’étroit dans un trois pièces. Quatre filles dorment dans une même chambre. « À cause des moisissures, toute la famille a de l’asthme », assure la mère en montrant une dose de Ventoline posée sur la table. Le père se lève et montre les recoins de pièce pleins de tâches sombres, où la peinture s’effrite. « Les moisissures, c’est encore pire l’hiver », affirme-t-il.

Électricité défectueuse

La famille rêve de quitter cet appartement. Malgré deux visites, ils continuent de se doucher en utilisant le flash de leur téléphone portable pour s’éclairer : « Depuis trois mois, chaque ampoule qu’on branche dans la salle de bain casse… », explique le fils. Dans un français fragile, le couple tente de décrire toutes leurs difficultés. Parfois leur fils traduit :

« Il y a aussi la porte d’entrée qui tombe parfois. Et la pièce à vélo qui n’est pas fermée. On s’est fait voler la poussette trois fois déjà. Et dans la cuisine, la prise électrique ne fonctionne pas. Elle a déjà cassé notre bouilloire plusieurs fois… Et les toilettes fuient de temps en temps… »

Plaintes à tous les étages…

Le père de famille tient à montrer l’état de la cave. Ici aussi, aucune porte n’a encore de serrure. Chaque planche en bois a un énorme trou à la place de la poignée… Puis le locataire frappe à la porte d’un voisin. Tout le monde a quelque chose à dénoncer dans cet immeuble. La porte s’ouvre sur un enfant, un jouet Superman à la main. Il appelle quelqu’un, en tchétchène. La mère arrive d’abord puis elle cherche son mari.

Ici aussi, le locataire ne se fait pas prier pour décrire les problèmes qui le rongent. Il y a d’abord les lampes dans la salle de bain, qui n’ont jamais fonctionné. Mais il y a surtout une facture annuelle d’eau chaude, qui augmente chaque année… sans qu’Adam (le prénom a été modifié) ne comprenne pourquoi :

« Déjà en septembre 2018, j’ai dû payer 450 euros en plus des charges mensuelles… Cette année, on me demande 1 000 euros… Ce n’est pas possible, ça fait des années qu’on fait attention… J’ai appelé le bailleur social, qui m’a dit qu’il trouverait une solution… Mais je viens de recevoir un premier avertissement de l’huissier pour le paiement. »

Puis la résignation…

Tous les locataires rencontrés ont cessé d’essayer de joindre leur bailleur social. Pour Üzüme, la visite d’un technicien n’a pas été suivie d’effets. La mère de famille asthmatique ne veut plus retourner au local de CDC Habitat, situé au 7 rue de Wallonie dans le quartier Vauban : « La dernière fois que j’y étais, il y a trois mois, j’ai pleuré dans le bureau… »

Un peu plus loin dans la rue Watteau, le sentiment d’abandon prévaut aussi. « Tous les soirs, je vois des rats rentrer dans les caves. Ils me font peur, ça fait deux ans que je n’y ai pas mis les pieds… », raconte Ayhan Karakoc. Elsauvien depuis 1981, ce commerçant décrit une dégradation des conditions de vie depuis sept ans environ. Le supermarché, la boulangerie, le distributeur de billets ont fermé les uns après les autres.

Chez lui, la fenêtre est cassée depuis plusieurs années. Lorsqu’il pleut, l’eau s’infiltre dans le salon. Le parquet gondole légèrement sous le radiateur. « J’ai appelé le bailleur au moins six fois mais rien n’a jamais été fait… », regrette Ayhan.

« Il manque des gens sur le terrain »

Daniel Bonnot, président départemental de l’association Consommation Logement et Cadre de Vie (CLCV), ne semble pas étonné par les photos prises dans les logements elsauviens. Selon cet acteur de la défense des locataires, il est difficile d’établir la responsabilité des bailleurs sociaux en général :

« Ca pêche partout au niveau de l’entretien des logements. À l’Elsau, tout le monde s’en plaint. Mais face à des moisissures, le bailleur pourra dire que le locataire n’aère pas assez. S’il y a des rats et des asticots, il dira que les sacs poubelle ne sont pas fermés. »

Pour ce spécialiste du logement social, la disparition du concierge dans les immeubles elsauviens joue un rôle important dans cette dégradation des conditions de vie : « Il manque de la proximité, des gens sur le terrain qui soient connus des habitants. » Daniel Bonnot recommande aux locataires de faire part de leurs problématiques à l’association CLCV : « Quand nous intervenons, le bailleur social répond souvent plus vite… »

Le combat continue

Contacté, le directeur régional de CDC Habitat n’a pu répondre que sur les situations de Ayhan Karakoc et de Hüzüme Özdemir, qui n’ont pas demandé à être anonymisés. Gilles Pauchet promet une réparation rapide de l’interphone « dont la panne est liée à un acte de vandalisme important. » Concernant les rats, le responsable souligne qu’il existe des « opérations de dératisation régulières, dont la dernière remonte à juin et la prochaine est prévue pour septembre. »

Concernant l’électricité défectueuse, les charges anormalement élevées ou les moisissures, Gilles Pauchet invite les locataires concernés à joindre CDC Habitat par téléphone, sur internet ou par une visite en agence. Pour les anonymes en situation de précarité, l’éternel combat continue.

À écouter dans 89dB : le meilleur des sorties culturelles à Strasbourg en septembre

À écouter dans 89dB : le meilleur des sorties culturelles à Strasbourg en septembre

Le Festival européen du film fantastique, les coulisses d’un nouveau festival d’art urbain, la rencontre entre hip-hop et ballet… Tout ça c’est dans 89dB, le rendez-vous de la team radio de Rue89 Strasbourg. L’émission enregistrée au cinéma Star est à écouter ici.

La Grenze, premier « lieu d’expérimentations politiques »

Si vous avez vécu dans une grotte pendant toutes les vacances, petit rappel. La Grenze est une salle et surtout une grande terrasse ouvertes mi-juillet après quelques péripéties techniques, derrière la gare, à la place d’anciens entrepôts de la SNCF.

Mais ce n’est pas une simple salle de concert ou un bar de plus. Non, l’idée de génie a été d’en faire un lieu d’expérimentations et de découvertes. Qu’on en juge : en six semaines la Grenze a déjà accueilli des barbecues, des stages de capoeira, des ateliers sur l’urbanisme, le genre ou les circuits courts, un blind-test géant et plein d’autres choses encore…

89dB a cette fois été enregistrée devant le cinéma Star vendredi 30 août. Photo : JFG / Rue89 Strasbourg

Strasbourg a besoin d’endroits conviviaux comme celui-ci, ouverts aux expériences et aux alternatives, où des experts peuvent venir présenter quelque chose mais aussi écouter, des endroits où les sujets de société peuvent être posés, débattus ensemble et que chacun puisse en repartir nourri, grandi. 

C’est tellement évident, qu’on se demande pourquoi on n’y a pas pensé plus tôt ? Cette fonction sociale, complètement essentielle, de la rencontre a quasiment disparu des grandes villes, qui concentrent pourtant l’essentiel de la population. Dans nos métropoles, on en est tous à regretter l’ambiance des fêtes de villages ! 

Au Festival européen du film fantastique, en short avec une bière

Que serait le mois de septembre à Strasbourg sans le Festival européen du film fantastique (ou Feffs pour les intimes) ? Environ 90 œuvres à l’affiche, des réalisateurs du monde entier et le plein d’événements parallèles, que du lourd. Voilà la recette de Daniel Cohen, directeur artistique du festival :

« On ne se pose pas la question de savoir ce qui marche ou non. Si un film nous plait, on essaye de le programmer, c’est aussi simple que ça. Du coup on a une programmation très variée. Ça va du thriller érotique au film d’animation en passant par la science-fiction. »

Daniel Cohen, directeur artistrique du FEFFS, explique les contraintes et les enjeux d’un festival de cinéma de genre… Photo : JFG / Rue89 Strasbourg

Forcément, cette diversité se ressent sur le public du festival, lui aussi très hétéroclite :

« Vous avez des geeks, des fans de films de genre, des personnes juste curieuses, etc. L’ambiance est très détendue. Contrairement à Cannes, on peut venir en short ! Pour les projections des midnight movies, qui sont les plus trash, certains viennent même avec leur bière. »

À retrouver cette année : le village du Feffs place Saint-Thomas pour discuter des films autour d’un verre, l’espace jeux vidéo au Shadok, la séance secrète au départ de la place de l’Etoile et plein d’autres animations en parallèle du festival. Le Feffs dure du 13 au 22 septembre. Pour en savoir plus, réécoutez l’interview intégrale de Daniel Cohen dans 89dB.

Hip-h’opéra ou la rencontre de la break dance et du ballet

Pour la deuxième année consécutive l’Espace Django et l’Opéra national du Rhin s’associent pour proposer un spectacle qui rassemble les danseurs hip-hop de l’Illusion Crew et les danseurs du Ballet du Rhin. Pour Chloé Pelascini, responsable communication chez Django, le but d’Hip-h’opéra est clair :

« L’idée est de rassembler des publics, des pratiques et des territoires différents. Après ce genre d’événement, on peut espérer que certaines personnes osent d’avantage pousser les portes d’un opéra. »

Si l’exercice est enrichissant pour le public, il l’est tout autant pour les artistes comme le souligne Chloé Pelascini :

« Les danseurs du Ballet vont être impressionnés par les prouesses des danseurs de hip-hop et inversement. Il y a un réel échange artistique. »

Rendez-vous donc le 6 septembre à l’Opéra national du Rhin. Hip-h’opéra commence à 20h mais l’entrée étant libre, ne venez pas trop tard pour espérer avoir de la place. Le spectacle sera suivi d’un concert acoustique de Youssoupha.

Le Festival Colors : le nouveau rendez-vous de l’art urbain contemporain

Tout le mois de septembre, des oeuvres de street art vont fleurir un peu partout dans l’Eurométropole à commencer par un hangar de 500 m² rue Déserte, près de la gare. Une oeuvre gigantesque réalisée par 16 graffeurs européens et dévoilée au public le 6 septembre pour marquer le début du festival Colors. Pour l’artiste strasbourgeois Stom500, c’est une expérience inédite :

« C’est comme une grande colonie de vacances où on rencontre des artistes qui viennent d’un peu partout, c’est très enrichissant. En plus, on peut se permettre des choses qu’on ne se permettrait pas forcément dans la rue. On peut en mettre plein les yeux, utiliser des couleurs criardes, des fluos, etc. J’ai vraiment hâte de voir la réaction du public. »

Les 16 graffeurs qui participent à la première édition du festival Colors seront rémunérés. Si cela peut paraître évident, c’était loin d’être le cas il y a encore quelques années. Le directeur du festival Julien Lafarge se souvient :

« Avant on pouvait faire venir peindre un mec en lui offrant une bière et un sandwich. Mais ça c’est terminé. Je veux que l’art urbain soit reconnu comme n’importe quel autre type d’art. On bénéficie du soutien de sponsors comme Socomec ou Météor mais aussi de l’Eurométropole. La ville a compris que l’art urbain était vecteur d’attractivité tout simplement parce qu’un mur coloré, c’est plus joli qu’un mur en béton. »

Le festival Colors dure du 6 au 29 septembre. Le hangar de 500m² rue déserte sera en accès libre les vendredis, samedis et dimanches. A cela s’ajoute de nombreuses performances en extérieur. Tout le programme et les horaires sont à retrouver sur le site du festival Colors.

Strasculture pour savoir quoi faire de vos soirées et de vos week-ends

Strasbourg ne manque pas de possibilités pour sortir et vous allez vous en rendre compte avec Strasculture. Le samedi 7 septembre, place Kléber, 70 structures culturelles de l’Eurométropole présentent leur programme pour la saison à venir.

« Y a du monde au balcon », le festival gratuit et participatif

La rue du Ruisseau-Bleu au Neudorf est connue pour tous les projets collaboratifs que ses habitants ont mis en place. C’est dans cette rue qu’aura lieu le dimanche 8 septembre le festival « Y a du monde au balcon ». C’est gratuit et tout le monde est invité à ramener un petit truc à boire, à manger, à partager. Il y aura trois groupes alsaciens. Le Choeur sauvage, c’est un ensemble vocal d’improvisation. Le groupe de rock mulhousien The Hook et le trompettiste strasbourgeois et chanteur de raggamuffin Tribuman.

Cabanes de combat

C’est le titre d’une exposition photos de Philippe Graton. Il a passé cinq ans sur la ZAD de Notre-Dame des Landes. Ses clichés racontent la créativité architecturale des zadistes. Des bâtiments qui témoignent de la société alternative développée sur la ZAD. C’est passionnant et c’est à partir du 24 septembre jusqu’au 22 octobre à l’espace Apollonia rue Boecklin à la Robertsau. 

Le début de saison de l’Espace Django en fête

L’Espace Django lance sa saison le 21 septembre et comme chaque année c’est une grande fête avec plein d’animations dès 14h. Beaucoup de musique, de danse, de percussions. Il y aura un atelier poèmes et la journée se terminera par le concert à 21h du groupe Trans Kabar qui joue du rock maloya inspiré de la musique traditionnelle réunionnaise.

#rue du Ruisseau Bleu

Euroasis cherche des bras pour construire ce vaste lieu vert et alternatif

Euroasis cherche des bras pour construire ce vaste lieu vert et alternatif

L’association Euroasis prend doucement possession de ses trois bâtisses et de ses terrains. En devenant une société coopérative, elle compte créer un vaste espace dédié aux alternatives à l’entrée de la Robertsau.

Le quai Jacoutot, dans la Ceinture verte de Strasbourg, son canal le long de l’Orangerie, ses péniches, le consulat de Turquie, sa route vers le port-aux-pétroles, son futur centre technique, son club de tennis et… son nouvel ovni : l’Euroasis. Pour l’instant, c’est surtout trois grandes maisons délabrées dans un espace verdoyant, voire sauvage.

Maisons et nature s’entremêlent Photos : JFG / Rue89 Strasbourg
Certains espaces sont condamnés. Les lieux ont probablement été squattés il y a plusieurs années.

L’association Euroasis a récupéré les clés début juillet au titre d’une convention d’occupation précaire. L’histoire ? En 2017, la municipalité met en vente ce lot de 2 hectares dont elle est propriétaire depuis 15 ans, mais ne sait pas vraiment quoi en faire. Après un appel à candidatures, le projet collectif Euroasis l’emporte en 2018. Un an de discussions plus tard, il n’y aura pas de vente, mais un bail emphytéotique, de 25 voire 50 ans à loyer symbolique. Un moyen aussi de repousser les menaces de recours d’un candidat écarté. De son côté, Euroasis compte créer un espace dédié aux transitions « écologiques, démocratiques et personnelles ».

Une petite tente s’est installée dans la clairière

Trois maisons et des arbres

Alors que trouve-t-on une fois passé le portail en métal vert ? Trois maisons et une quatrième en piteux état qui menace de s’écrouler. Mais aussi des chemins, une yourte, une clairière, de très hauts arbres où les porteurs de projets imaginent des cabanes, quelques lampadaires d’un autre temps, une toile tendue… Du côté du quai, un triangle de terre est entrain d’être défriché pour y créer un potager en permaculture.

Cet espace servirait à une jardin en permaculture.
Un lampadaire d’un autre temps

Sous ses airs de projet utopique, c’est une aventure à plusieurs millions d’euros qui se prépare. Une partie du terrain est constructible, ce qui permettra de tripler la surface totale (2 250 m²). Un bar associatif, un espace de co-working, un lieu pour l’événementiel, un autre de l’hébergement pour les invités et personnes de passage, une école et micro-crèche sont prévus.

Cette maison avec sa rotonde est la première en arrivant depuis le quai
À l’arrière, une tonnelle où se discutent les premières activités de l’association
Vue depuis la route
En piteux état, cet espace pourrait être remplacé.

Les loyers de ces activités serviraient à rembourser les prêts et rémunérer les sociétaires, Euroasis étant amenée à devenir une coopérative (une SCIC). Les sources de financement seraient multiples (fonds européens, promesse de dons, prise de participation, mécènes, coopérative des colibris, financement participatif, prêt classique, etc.).

Dans les branches, un écureuil en balade sur le site.
Sur le côté ouest, le terrain donne sur le chemin Goeb, sa route et sa piste cyclable entre l’Orangerie et la Roberstau.

La première étape, dès cet automne, c’est une rénovation « légère » des trois maisons construites dans les années 1900, de 250 m² chacune. Ces bâtisses ont toutes trois niveaux, dont des combles aujourd’hui mal isolés (donc très chauds en ce mois d’août), où du logement temporaire de groupes est imaginé.

Les intérieurs sont anciens, mais le bâti dans un état correct.
En bois, les combles sont chauds et poussiéreux mais pourraient loger temporairement des personnes de passage.
Un cabinet dentaire a probablement été installé ici.
Les vitraux sont intacts

Besoin de personnes investies

Pour y arriver, Euroasis compte d’abord convaincre 20 personnes, entièrement prises en charge, de participer à ce chantier à l’automne 2019. Plus que des âmes bricoleuses, l’association cherche surtout des personnes « enthousiastes » qui peuvent s’investir. En échange de leur travail, pas de salaire, mais des parts dans la future société coopérative.

Le principe, c’est 1 heure = 20 euros. Il faut 500 euros pour posséder une part (soit 25 heures de travail), ensuite rémunérée à hauteur de 1,25%, « un peu plus que le livret A ». « On a considéré que le travail méritait d’être récompensé, surtout pour un projet qui va prendre de la valeur. Sinon, ce sont les financiers qui remportent la mise », explique Philippe Kuhn, porte-parole de l’association.

Toutes les maisons ont de beaux balcons, voire des terrasses
Deux maisons sont assez rapprochées, la troisième est plus excentrée.
Les finitions font partie du charme du lieu

Les étapes suivantes : des nouveaux lieux sur les parties constructibles pour tripler la surface occupée, soit 1 500 m² supplémentaires d’ici deux ans (un an pour le permis et un an pour la construction). Puis une rénovation plus profonde des maisons d’origine.

Si l’une des priorités est de remettre à jour les réseaux d’électricité, de chauffage, au gaz et au mazout, « on compte sortir des énergies fossiles avec peut-être de la biomasse ou une pompe à chaleur », projette Philippe Kuhn qui n’oublie pas la vocation écologique du lieu.

La hauteur des arbres est impressionnante. Euroasis envisage d’y installer des cabanes.

Inspiration bretonne

L’Euroasis et son mode de fonctionnement s’inspire de La Bascule, une occupation temporaire de l’ancienne clinique de Pontivy (Morbihan) et plus généralement de la philosophie des Colibris. Et à Strasbourg ? La Grenze derrière la gare, chez qui du matériel sera récupéré après sa fermeture fin octobre, le Kaleidoscope, AV lab…

Si le thème des transitions « démocratiques » et « environnementales » reviennent désormais régulièrement dans les mouvements citoyens et politiques, celui des transitions personnelles est moins souvent évoqué. « On peut manger bio, se chauffer aux énergies renouvelables et tout de même exploiter son voisin. La prise de conscience doit aussi être personnelle », explique à ce sujet Philippe Kuhn.

Une possibilité de logement temporaire au frais

Fonctionnement en cercles

Emprunt de principes démocratiques, l’association se réunit « en cercles ». Le jeudi 22 août, c’était le « cercle général » qui se retrouvait, avec une dizaine de personnes, dont une au téléphone. Après une « météo intérieure » où chacun communique son humeur actuelle, les participants font le point sur les avancées et blocages de chacun. Ce soir-là, une promesse de subvention de 100 000 euros sur deux ans de la municipalité vient égayer la discussion.

Une réunion du cercle général sur des rondins de bois, jeudi 22 août.

L’Euroasis compte se présenter largement au grand public le week-end du 20-22 septembre à l’occasion de son premier « festival », comme l’appellent les membres du cercle, préoccupés par sa bonne organisation. L’occasion peut-être de convaincre d’autres personnes de s’investir, en temps ou en argent, dans la future coopérative.

« Le braquage, c’est une bulle de liberté infinie, ça rend accro »

« Le braquage, c’est une bulle de liberté infinie, ça rend accro »

Bob a 63 ans et plus d’une centaine de braquages derrière lui. Gangster d’une autre époque, il raconte pour Rue89 Strasbourg une vie intense, faite de gros casses et de cambriolages, de fêtes en club jazz et de deux décennies derrière les barreaux.

Bob compte sur ses doigts. « C’est bon je peux en parler, il y a prescription ». À 63 ans, l’ancien braqueur reste vigilant. « T’es pas en train d’enregistrer? », vérifie-t-il avant de reprendre une histoire de braquage, de compagnon de prison ou une anecdote en bijouterie. « Mon oncle, tu pourrais écrire un livre avec tout ce que t’as vécu », répète Yesman (le surnom de son neveu), sourire aux lèvres, les yeux admiratifs. Alors Bob reprend son discours. Celui d’une vie « intense », faites de gros casses, de fêtes en club jazz… et de prison.

Pour ses braquages, Bob utilisait des pistolets, mais surtout des fusils à canon scié « Ca impressionnait beaucoup plus », explique-t-il.

Violence et soif de liberté

Dans l’existence de Bob, la liberté a toujours été une valeur cardinale. Sa grand-mère, son père et d’autres encore ont connu les camps de travail en Allemagne. La première a sauté du camion au moment de sa déportation. Elle en est morte. Son père s’en est tiré. Mais la violence de la guerre ne l’a jamais quitté.

« Mon père, c’était une masse. » À 17 ans, il faisait 120 kilos. Il se battait souvent, parfois avec la police. Les enfants subissaient aussi la violence paternelle. Alors quand le frère de Bob s’est mis au banditisme, la réputation de Bob était déjà faite. « À 12 ans, j’avais déjà intégré cette marge qu’est le banditisme. D’un côté, les exemples qu’on me donnait, c’étaient des gangsters. De l’autre, la société me voyait déjà comme un voyou. »

« J’ai juste accompagné mon frère »

Moustache fine, juste au-dessus des lèvres, lunettes rectangle sur le nez, Bob se souvient en souriant de ses « compagnons de route ». Il égrène quelques noms : Michel, Constantin… Puis il rit en regardant au loin, ouvre une petite boite à cigarettes et boit une gorgée de rosé. « Ce qui m’a poussé à faire tout ça, c’est aussi l’amitié, explique-t-il, ça a commencé par mon frère qui braquait déjà. Je l’ai juste accompagné. »

Dès la fin des années 60, Bob enchaîne les braquages et les casses. Plus d’une centaine de vols dans des supermarchés, des banques, des entreprises ou chez des particuliers fortunés. « On ne s’arrêtait jamais… Quand t’as goûté à ça, si tu fais rien pendant deux ou trois jours, tu t’ennuies… »

« Maniaque et précis » : la méthode

Comment Bob, son frère et quelques amis proches ont-il pu amasser des « briques » pendant tant d’années? « Je suis maniaque et précis », répond-il. Le braquage comporte plusieurs étapes. Il y a d’abord le repérage. Un braqueur se gare à proximité d’une banque, d’un supermarché. Dans le rétroviseur, il guette les entrées et sorties des employés. Quelques jours plus tard, l’air de rien, il prend connaissance de l’intérieur du bâtiment. Une information essentielle : la position du coffre et du vigile qui le surveille. « Mais le plus important, c’est de choisir un lieu proche d’une sortie de la ville, et loin du commissariat ou de la gendarmerie », ajoute l’expert en braquage.

Dans un bar tenu par une connaissance, les gangsters prennent un verre en fin d’après-midi : « Le taulier me connaissait depuis que j’étais gamin, on était tranquille là bas. » Ils discutent longuement du plan, font l’inventaire des scénarios possibles… sans jamais définir de date : « On se décidait toujours au dernier moment pour éviter de se faire cueillir sur place… » Même le jour de son mariage, Bob a quitté les festivités quelques heures pour revenir « avec quelques briques. » Pourquoi ? « J’avais l’alibi parfait », répond-il en sourire en coin.

Spécialité : voiture bélier

La spécialité du gang de Bob : le braquage à la voiture bélier. « Tu rentres avec la caisse en défonçant la vitre à l’entrée, tu braques le vigile et tu te barres », explique-t-il. Les braqueurs portent des gants, un chapeau et un col roulé : « Au dernier moment, tu remontes juste le col jusqu’au nez, tu te fais pas remarquer avant. C’était plus pratique qu’une cagoule », décrit le sexagénaire. La clé du succès : « rester zen. Il faut être sérieux dans ce que tu fais mais rester détendu. On blaguait beaucoup pour évacuer le stress… »

Une fois sortis de la ville, les braqueurs s’isolent dans une forêt, près d’un lac. Ils ouvrent le coffre au chalumeau, puis le balancent à l’eau. Mais les gangsters ne se séparent pas une fois l’argent réparti. « On était toujours ensemble, en autarcie. Quand tu te retrouves avec des millions de francs, tu vas tout claquer dans les clubs avec tes potes », raconte Bob, en tirant sur sa fine cigarette. Mais le choix des bars, des boites, n’est jamais anodin : « On connaissait les propriétaires, parfois c’était eux qui nous aidaient à revendre la quincaillerie… Bien sûr, tu vas pas te faire remarquer devant des inconnus… Sinon t’es mort. »

« Tu vas pas le croire »

Le neveu avait prévenu : « Il y a des histoires que tu vas pas croire. Mais je sais que tout ce qu’il dit est vrai, parce que mon père, et mon autre oncle m’ont raconté les mêmes braquages. » Une nuit, vers 2 heures du matin, Bob et deux complices transportent un coffre au beau milieu de la rue à Paris. Une autre fois, de retour d’un braquage, Bob conduit une voiture en direction d’un lieu sûr. Un coffre caché sous une couverture se trouve a l’arrière. Les pistolets et autres fusils à canon scié se trouvent sur la banquette. Soudain, les phares éclairent le visage ensanglanté d’une femme, debout sur la route. Sa voiture, accidentée, est sur le bas-côté. « J’ai hésité. Puis je me suis arrêté et on l’a ramenée chez elle. Elle a dû voir notre tête dans le journal un an plus tard », raconte-t-il en pouffant de rire.

Bob a passé près de 20 ans en prison. Deux fois 10 ans. La première fois pour un échange de tirs avec un vigile, blessé. La deuxième fois, un complice a balancé une série de braquages… Le sexagénaire se souvient de ces parenthèses dans sa vie : « Au bout de quelques années, t’as tout laissé dehors. Il y a plus que la vie derrière les barreaux », explique celui qui a connu les prisons de Fresnes, Muret, Fleury, Colmar… Bob parle d’abord de l’année passée dans le même centre de détention que son père. Puis il se rappelle de ses amitiés nouées à l’ombre, avec le voleur d’art Stéphane Breitwieser, le chimiste et fabriquant d’héroïne Jo Cesario ou tel complice de Mesrine. « Lui et sa bande m’avait pris sous leur aile parce que j’étais à la bibliothèque à l’époque, je leur faisais passer ce qu’il faut », dit-il tout en restant évasif, toujours.

Accro au braquage

Pour certains, la prison est une leçon. Enfermés, ils prennent conscience de leurs actes. Le braquage restera un coup de tête, motivé par le rêve d’un voilier ou d’une vie sur une île. Mais pour d’autres, le prochain braquage s’organise derrière les barreaux : « Quand tu passes des mois, voire des années en taule, tu repères les types en qui tu peux avoir confiance, ceux qui tiennent parole… » Pour ces gangsters, l’argent n’est plus l’unique motivation. L’acte du braquage, du vol, suscite une dépendance, à l’adrénaline, au sentiment de surpuissance : « Ce qui rend accro dans le braquage, c’est cette bulle de liberté infinie. »

Aucun remord donc. Juste des regrets : « De ne pas avoir fait mieux, et plus, lâche-t-il sans hésiter. J’ai pu fréquenter d’autres milieux, moins interlopes, j’ai trouvé qu’une telle vie n’en valait pas la peine. Maintenant, il n’y a pas un jour qui passe sans que je pense à tous les copains, ceux qui m’ont tiré du pétrin… Je vois leurs sourires. Si j’avais vécu une existence plate, je ne serais plus là aujourd’hui. »

Rentrée des Gilets jaunes : « Il faut se greffer à d’autres mouvements »

Rentrée des Gilets jaunes : « Il faut se greffer à d’autres mouvements »

Comment continuer ? Réunis au restaurant de Paris dans la soirée du 26 août, les Gilets jaunes de Strasbourg République et de Citoyens en colère jaune se sont divisés, parfois invectivés, sur la question.

« C’est fini les vacances ! » Sandrine lance la réunion de rentrée des Gilets jaunes Strasbourg-République. Il est 18h30, une quarantaine de personnes ont pris place au restaurant de Paris place du Temple-Neuf, un demi de bière, une menthe à l’eau ou une sucette à la main.

Au programme : le calendrier des manifestations à venir. Mais la rentrée a été compliquée. Tout en appelant à la convergence avec d’autres mouvements (contre la réforme des retraites, pour la lutte contre le changement climatique…), les participants ont laissé apparaître leurs inquiétudes et divisions sur la suite du mouvement.

Rentrée tendue pour les Gilets jaunes du groupe Strasbourg République, réunis dans la soirée du lundi 26 août au restaurant de Paris. Photo : GK / Rue89 Strasbourg / cc

La convergence et ses limites

Plusieurs participants dressent un tableau alarmiste : « Il faut reconnaître qu’à Strasbourg, on n’est pas des milliers… » « À cause des médias, on est devenus infréquentables », ajoute un autre. Seule solution : « Il faut se greffer aux autres mouvements », affirme un retraité, sûr de lui. La convergence apparaît d’abord comme une solution acceptable. Plusieurs participants se plaignent même de ces syndicats divisés : « Pourquoi est-ce qu’ils appellent chacun à des manifestations différentes ? », s’étonne un Gilet jaune de la première heure.

Mais très vite, l’appel à l’unité rencontre des limites au sein du groupe. Un homme se lève et se plaint : « J’ai l’impression qu’on est la cinquième roue du carrosse pour tous les mouvements… » Un autre militant fustige l’alliance avec « les écologistes, qui ont saboté le G7 et se sont mis devant les banques pour les protéger pendant la manif. »

Un nouveau venu détone

Vers 19h, Bilal Hizoune entre dans le restaurant de Paris. Casquette Calvin Klein, chaussures Nike et ordinateur sous le bras, le nouveau venu détone du reste des participants. Il est accueilli froidement : « Je suis fâchée parce que ce que tu as fait c’est malpoli », commence Sandrine. Le militant affirme avoir demandé une autorisation de manifester le 7 septembre à Strasbourg. La Préfecture du Bas-Rhin n’a toujours reçu aucune demande. Mais pour les Gilets jaunes présents ce soir, le problème est autre : Bilal n’a pas consulté la coordination Grand Est. Le jeune homme ne se démonte pas pour autant : « Vous venez ou vous ne venez pas, ça ne m’empêchera pas de manifester… »

La coordination des Gilets jaunes de l’Est sert à organiser une répartition équilibrée des manifestations dans les différentes villes du Grand Est. Photo : Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc

La tension monte vite. L’un des modérateurs est hors de lui : « Il y a un connard qui vient nous dire ce qu’on doit faire ! » Les participants tentent de calmer Christian avant que le tour de parole ne reprenne. Les questions sont pleines de suspicions, les mots parfois crus : « Tu la fermes », lance un jeune militant à Bilal, qui obtempère. Plus mesuré, un jeune homme en jean et baskets blanches se montre ouvert à cette manifestation tout en exprimant ses craintes : « Toute initiative est bonne à prendre, mais j’ai peur qu’on se retrouve à 200 personnes (pour la manif’ du 7 septembre, ndlr). »

Deux camps s’opposent. Le premier veut faire feu de tout bois quand le second estime qu’une structure a été mise en place pour coordonner le mouvement au niveau régional. Cette manifestation n’a pas été discutée en Coordination Grand Est, elle ne peut donc pas être soutenue, selon eux.

« Vous êtes des politiciens »

Au bout de deux heures, le débat est quasiment impossible. « Ça pue ici », ose un participant en rentrant dans la salle. Une petite dizaine de personnes soutient l’initiative de Bilal Hizoune. Ils sont remontés face à la réaction du groupe Strasbourg-République : « Vous parlez de convergence, mais vous jouez à quoi là ? Vous êtes des politiciens, comme eux », estime un Gilet jaune. Sandrine déclare une pause et libère la salle de sa tension croissante.

Parmi la quarantaine de Gilets jaunes strasbourgeois, une large majorité voteront finalement contre la participation à l’organisation de cette manifestation. Sandrine, l’une des coordinatrices du groupe, se veut rassurante :

« C’est sûr que le mouvement va repartir. On a l’habitude de ces moments un peu tendus. La prochaine réunion importante aura lieu à Dannemarie le dimanche 8 septembre, toute la journée à partir de 9h30. Elle sera ouverte à tous les Gilets jaunes du Grand Est. Ensuite il y aura la manifestation du 14 septembre à Nancy et l’acte 45, le 21 septembre à Paris… »

Bilal Hizoune ne mâche pas ses mots à la suite de cette réunion : « J’en suis sorti avec un très mauvais sentiment. Il y a des façons de parler, et de se respecter… » L’organisateur de la manifestation du 7 septembre, en marge de la Foire européenne, est convaincu d’être soutenu « par la majorité des QG alsaciens. » Le militant pour « la destitution du président Macron » résume le conflit avec certains Gilets jaunes : « Tout ça, c’est une question d’égo… » Un acte 43 aura donc bien lieu à Strasbourg. La manifestation nationale se déroulera, elle, à Montpellier.

À Strasbourg, 2 000 logements privés restent vides depuis plus de trois ans

À Strasbourg, 2 000 logements privés restent vides depuis plus de trois ans

À Strasbourg, 2 000 logements restent vides depuis plus de trois ans. Ce chiffre monte à 3 400 pour l’ensemble de l’Eurométropole. Grâce à un dispositif lancé en mai 2016, des solutions ont été trouvées pour 235 logements vacants.

« Sans accompagnement, en tant que propriétaire, on est parfois perdu. » Raphaël Reppel possède une bâtisse dans le quartier de Cronenbourg. Aux étages, trois appartements étaient vacants depuis plus de trois ans. Aujourd’hui, ils sont tous occupés grâce au dispositif de l’Eurométropole « Mieux relouer mon logement vacant ». Initié en mai 2016, il vise à réduire le nombre de logements vides depuis plus de trois ans (3 400 dans les 33 communes de l’Eurométropole, dont 2 200 à Strasbourg). Jeudi 29 août, le vice-président de l’Eurométropole Syamak Agha Babaei (divers gauche) et l’adjoint au maire Alain Jund (EELV) ont présenté la méthode de ce programme qui a permis de mettre fin à la vacance de 235 logements en près de trois ans.

Les appartements de cette bâtisse sont restés inoccupés pendant plus de trois ans. Photo : Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc

L’état des lieux

Pour estimer le nombre de logements concernés, l’Eurométropole de Strasbourg a d’abord dû accéder au fichier des logements vacants de la direction générale des impôts. Ensuite, des questionnaires ont été envoyés aux propriétaires concernés. Des entretiens ont aussi été menés pour connaitre les profils types des bailleurs sans locataire. « Contrairement aux idées reçues, ces appartements n’appartiennent pas à des grands groupes, mais à des propriétaires d’un ou deux logements », explique Alain Jund.

Souvent, les propriétaires de logements vides ont eu une mauvaise expérience avec un locataire. Ils sont parfois démunis face aux besoins de rénovation de leur logement et ne connaissent pas les différentes aides de l’Eurométropole ou de l’État. Pour Syamak Agha Babaei, la solution réside dans une « mise en réseau du propriétaire avec les entreprises pour rénover, les banques pour financer et les associations d’intermédiation locative (qui permettent de trouver un locataire et offrent des garanties sur les loyers impayés, ndlr) »

Subventions et mise en relation

À partir de ce constat, l’Eurométropole a conçu le dispositif « Mieux relouer mon logement vacant ». Il propose d’abord des solutions financières. Si le propriétaire pratique un loyer modéré, l’Agence Nationale de l’habitat (Anha) offre une prime de plusieurs milliers d’euros et un abattement fiscal de 70 à 85% sur les loyers perçus. Lorsque le logement est dégradé, le programme met à disposition des entreprises adaptées. En cas d’importantes rénovations, notamment énergétiques, l’Eurométropole et l’Anha peuvent subventionner jusqu’à 60% du montant des travaux hors-taxes. Enfin, des structures spécialisées sont mises à disposition du propriétaire pour assurer un suivi régulier du locataire ou encore le versement régulier du loyer. Dès 2020, la plateforme d’intermédiation locative « Fac’Il » rassemblera ces services pour les propriétaires en difficulté.

Propriétaire, locataire, municipalité : tous gagnants

Grâce à ce dispositif, Syamak Agha Babei espère trouver une solution pour 100 logements vacants chaque année. L’effort doit aussi permettre d’augmenter la part d’appartements privés dans l’offre de logements sociaux. Le maire de La Wantzenau Patrick Depyl (Modem) a signé la convention d’intermédiation locative avec l’Agence Immobilière à Vocation Sociale (AIVS) Habitat Humanisme. Sa municipalité subventionne ainsi la prospection et l’accompagnement des propriétaires qui proposent des loyers modérés. En échange, elle réduit le montant des pénalités infligées aux communes dont l’offre de logement social est insuffisante.

Dans la bâtisse dont Raphaël Reppel est propriétaire, Lucie Imbs occupe désormais un 35 mètres-carrés pour 275 euros par mois, charges comprises. La jeune étudiante a pu reprendre des études d’éducatrice jeunes enfants grâce à ce niveau de loyer. Son bailleur y a aussi trouvé son compte : la Soliha, une filiale de l’Anah, a financé près de la moitié des 105 000 euros de travaux de rénovation, énergétique notamment.

Un des appartements rénovés Photo : GK / Rue89 Strasbourg

Selon la Fondation Abbé Pierre, 3 millions de logement sont inoccupés en France. Parmi eux, 100 000 habitations seraient immédiatement utilisables.

En Alsace, les années 2010 ont redistribué les cartes des festivals d’été

En Alsace, les années 2010 ont redistribué les cartes des festivals d’été

Depuis le début de la décennie, le paysage des festivals a quelque peu évolué en Alsace. Rue89 Strasbourg s’est penché sur la disparition, la montée en puissance ou bien l’éclosion de ces rendez-vous de musiques actuelles.

Vieilles Charrues, Musilac, Hellfest, Garorock, Eurockéennes, Francofolies… Autant de noms familiers pour voir défiler les plus grands groupes de musique. En France, selon les derniers chiffres de la Sacem (2015), on dénombre pas moins de 1 887 festivals de musiques actuelles.

Avec l’effondrement des ventes de disques, les concerts et festivals sont montés en puissance. Là où le chiffre d’affaires mondial généré de ventes de CD est passé de 23,3 milliards de dollars en 2001, à 9 en 2010, puis 4,7 en 2018, la courbe des gains par les concerts connait la trajectoire inverse : 0,6 milliard en 2001, 1,4 en 2010 et enfin 2,7 en 2018. L’écoute massive, souvent gratuite ou à peu de frais, de la musique a permis de trouver de nouveaux publics et augmenter la demande pour la frisson du direct, impossible à télécharger.

Les concerts représentent aujourd’hui la troisième rentrée d’argent pour l’industrie musicale (derrière le streaming et les ventes physiques). Mais entre la hausse des cachets, les demandes sécuritaires des autorités et la baisse des subventions, tout le monde n’a pas survécu aux mutations de la décennie 2010 en Alsace.

En 2012, le festival Lez’Arts Scéniques en a fait les frais. L’association Zone 51 décide de mettre un terme au festival après onze éditions, qui ont réuni le meilleur du punk, du metal et du reggae français et international. L’ancien directeur Laurent Wenger explique son choix :

« Un festival est souvent tenu par une poignée de personnes qui sont épuisées. C’est un milieu très concurrentiel, le public ne s’imagine pas les contraintes et le travail derrière l’organisation d’un tel évènement. Au fil des années, notre dette était devenue trop conséquente. »

Le festival du Centre-Alsace ne redécollera pas. Dans un contexte où les attentats se multiplient, l’équipe du Léz’Arts Scéniques dit stop. « Les contraintes sécuritaires étaient devenues draconiennes, et puis le festival n’était plus rentable », précise l’ancien directeur. Zone 51 donne naissance à deux nouveaux festivals en 2013 : le Summer Vibration pour le volet reggae (été) et le Rock Your Brain Fest, avec une journée consacrée au metal et une autre au punk (à l’automne). « C’est dommage, mais j’ai l’impression d’être arrivé au bout d’un projet. J’ai réussi à faire venir Motörhead, Public Enemy, Rancid, IAM, Sum 41, énumère Laurent Wenger. Je me suis fait plaisir. »

Autres exemples de manifestations bien implantées qui n’ont pas résisté au cruel virage des années 2010 : les Bêtes de scène à Mulhouse (2015) et les Artefacts à Strasbourg (2017). Les deux festivals avaient pour point commun d’être chapeautés par les équipes du Noumatrouff et de la Laiterie, les salles de musiques actuelles des deux plus grandes villes alsaciennes.

L’essor de Décibulles à la campagne

Pendant ce temps dans la vallée de Villé, les Décibulles ont pris de l’ampleur. Grâce à son armée d’un millier de bénévoles et à la programmation de têtes d’affiche de tous styles (Ska-P en 2013, Chinese Man en 2014, Cypress Hill en 2015, Gramatik en 2016, Deluxe en 2019), la fête de la bière de copains de Neuve-Église s’est rapidement transformée en festival incontournable du Grand Est. Pierre Hivert, directeur du festival Décibulles dresse son bilan :

« Pour moi, l’esprit de camaraderie est le même qu’au début sauf qu’on a passé un cap de professionnalisation. Désormais, on insiste sur la scénographie et de nouvelles installations, pour toujours se renouveler. »

En dix ans à peine, il a doublé sa fréquentation : 13 500 visiteurs en 2010, 28 000 en 2019. Mais malgré ce succès, la santé financière du festival Décibulles reste fragile. Le festival compte sur un budget de 1,35 million d’euros, dont 25 à 27% sont dédiés aux cachets des artistes :

« Nous ne sommes subventionnés qu’à 8%. Alors le reste de l’année, c’est à nous de nous débrouiller pour assurer l’édition suivante. Beaucoup de festivals sont des colosses aux pieds d’argile. »

Pierre Hiver, directeur des Decibulles

Si selon Pierre Hivert, « les festivals alsaciens ne se marchent pas sur les pieds », Décibulles connait les mêmes difficultés que ses concurrents. La faute à des aléas climatiques, à une baisse des subventions, à des contraintes sécuritaires toujours plus importantes notamment depuis les attentats de 2015 ou les cachets qui s’envolent…

Passées à 4 jours, les Eurockéennes s’ajustent

Même pour la plus grosse machine de l’Est, les Eurockéennes à côté de Belfort, ses 4 scènes, ses 31 éditions, ses têtes d’affiches, sa presqu’île du Malsaucy et ses 9,2 millions d’euros de budget, il faut s’ajuster à ce nouveau contexte. « Là où les subventions représentaient 15/20% dans les années 2000, elles sont de 7% désormais. Pour garder un budget en hausse, nous compensons avec une augmentation lissée du prix des billets (51€ la journée, 158 les 4 jours en 2019, environ 50% des rentrées d’argent) et des hausses de mécénat ou de sponsoring (24% des recettes en 2018) », explique un organisateur. Après trois éditions consécutives à 4 jours qui ont permis de battre des records de fréquentation (135 000 en 2018, 128 000 en 2019), la question va se reposer pour 2020. Car s’étaler dans le temps, c’est aussi répartir l’enveloppe pour les artistes et techniciens (respectivement 40% soit 3,5 millions d’euros environ et 31% du budget) et faire venir des grands noms. Et à ce niveau, on se compare plutôt à la concurrence nationale :

« Avec les Vieilles charrues et le Hellfest nous sommes parmi les seuls à être restés sur un modèle associatif, contrairement aux autres rendez-vous, gérés par des grands groupes qui peuvent se permettre des déficits. Nous sommes attachés à ce modèle qui nous amène à travailler avec une cinquantaine d’associations et à mener des opérations solidaires et sociales. De 300 saisonniers pendant le festival au début de la décennie, notre association de 9 salariés permanents est passée à près de 600, pour les contraintes de sécurité, mais aussi l’accueil et divers services. »

Un organisateur des Eurockéennes

Autre évolution de la décennie, « devoir programmer de plus en plus tôt ».

Le cas des Eurockéennes est particulièrement scruté par le microcosme, car au cœur d’un bras de fer avec la Préfecture du Territoire de Belfort. Selon l’interprétation de la préfète Sophie Élizéon de la récente circulaire Collomb, quand bien même « Territoire de musique » est une association à but non-lucratif, son festival est quant à lui lucratif. Ce cas permettrait d’appliquer 100% de facturation de la mobilisation des forces de l’ordre et non plus le « bouclier tarifaire » qui protège les associations qui ne paient qu’une quote-part. L’association présidée par Mathieu Pigasse depuis 2015 conteste cette lecture particulièrement stricte dans ce département, qui revient à une explosion de cette dépense (+800% selon l’Est républicain). Pour certains observateurs, le cas des Eurockéennes pourrait être un test et ensuite se généraliser à d’autres associations. La facture de 2018, finalement ramenée à 80 000 euros (contre 254 000 initialement) doit encore être examinée par le tribunal administratif.

S’avancer pour mieux programmer

Dans le Haut-Rhin, Claude Lebourgeois a dû avancer sa Foire aux vins de Colmar de la mi-août à la fin juillet pour pouvoir programmer les meilleurs groupes de rock, rap, variétés ou electro. « Il y a un break de quinze jours où les artistes sont en vacances, indique le directeur artistique du festival. Cette année par exemple, si on était restés sur les dates de 2016, nous n’aurions eu ni Sting, ni Black Eyes Peas ni Big Flo et Oli. »

100 000€ pour une exclusivité nationale

Depuis 30 ans, une série de concerts accompagnent pendant dix jours la Foire aux vins d’Alsace. « Finalement, nous sommes une animation parmi d’autres, concède Claude Lebourgeois. On essaie d’amener un public qui ne viendrait pas à la foire commerciale. » Résultat, plus de 90 000 spectateurs sur dix jours en 2018.

Généraliste, grand public et populaire, la « FAV » a un statut à part : pas de pass festival, mais des concerts longs d’une heure et demi à deux heures vendus à l’unité, et avec une jauge limitée. Ce qui oblige parfois les organisateurs à revoir leurs rêves à la baisse :

« Je me suis déjà renseigné pour faire venir U2, Rammstein ou Metallica, mais les cachets peuvent atteindre les 3 millions d’euros ! De plus, certaines grosses machines comme le Hellfest rajoutent parfois 100 000€ pour obtenir l’exclusivité nationale. Avec nos 10 000 places, on ne peut vraiment pas se le permettre. »

Claude Lebourgeois, programmateur de la FAV

Les festoches strasbourgeois évitent le cœur de l’été

Enfin, il y a ces festivals strasbourgeois qui évitent soigneusement le cœur de l’été, le jeune et éclectique Pelpass festival (3 éditions) au mois de mai aux Deux-Rives, ou les historiques Contre-Temps en juin (16 éditions) et Nuits électroniques de l’Ososphère fin septembre (20 éditions). P

Lancé en 2013, le Longevity, axé sur la musique house, préfère depuis 2017 la fin des vacances (du 30 août au 1er septembre 2019), après quelques éditions placées fin juillet. « L’idée de départ était de profiter des beaux jours, malheureusement le calendrier de la Ville de Strasbourg est bien fourni à cette période et il y avait trop de manifestations culturelles en même temps », explique Guillaume Azambre, le directeur artistique du festival.

« L’autre difficulté est de programmer des artistes, car début juillet nous étions également en concurrence avec quelques grosses machines. En se déplaçant à la fin de l’été, on est sur une symbolique forte : la rentrée, et on peut imposer nos conditions modestes aux artistes. »

Article édité par Jean-François Gérard