Enquêtes et actualité à Strasbourg et Eurométropole

Isabelle Collet : « La mixité homme-femme dans le numérique n’existera pas sans d’importants efforts »

Isabelle Collet : « La mixité homme-femme dans le numérique n’existera pas sans d’importants efforts »

Ancienne informaticienne, Isabelle Collet s’est intéressée à la place des femmes dans le numérique depuis plus de 15 ans. Notre invitée de « Tous connectés et après », ce jeudi 3 octobre au Shadok dresse un constat froid et lucide de la situation actuelle.

Lorsqu’Amazon s’est posé la question d’automatiser son processus de recrutement, le groupe s’est aperçu qu’il y avait un petit problème : l’algorithme écartait systématiquement les candidates. Pourquoi ? Parce que l’application avait été nourrie avec les résultats de la politique des ressources humaines du groupe : les hommes étant systématiquement mieux promus, pourquoi s’embêter avec des femmes ?

Cette expérimentation a été rapidement stoppée mais elle est révélatrice des biais sexistes qui se sont installées dans le monde numérique. Isabelle Collet, chercheuse sur le genre et les rapports intersectionnels de l’Université de Genève, les a étudiés depuis plus de quinze ans. Elle est l’invitée de « Tous connectés et après ? », notre cycle de rencontres autour du numérique en société, en partenariat avec le Shadok, jeudi 3 octobre à partir de 19h.

Rue89 Strasbourg : Pourquoi vous êtes-vous intéressée à cette question de la place des femmes dans le numérique dès le début des années 2000 ?

Isabelle Collet : En 1991, j’étais une jeune diplômée en traitement des images numériques. Mais je suis arrivée sur le marché à une période où les entreprises de l’informatique avaient tendance à se débarrasser de leurs employés. Je me suis réorientée dans la formation et c’est là que j’ai constaté le déséquilibre entre femmes et hommes dans ces métiers qu’on appelait à l’époque l’informatique tertiaire. J’ai choisi d’étudier ce phénomène avec une thèse à l’Université de Paris-Nanterre en 2000. À l’époque, tout le monde s’en foutait, ce n’est devenu un sujet qu’une dizaine d’années plus tard.

Isabelle Collet, professeure à la faculté de psychologie et des sciences de l’éducation de l’Université de Genève. Photo : Sabine Papilloud / Le Nouvelliste

Pourquoi tout le monde se foutait d’une telle inégalité de genre ?

Dans les années 70, il y avait beaucoup de femmes dans l’informatique, elles ont massivement investi ce domaine et les écoles notamment parce que le secteur était nouveau et qu’elles avaient le champ libre. Mais dès les années 80, la proportion s’inverse, pas en raison d’une désaffection des femmes pour l’informatique mais plutôt à cause d’une arrivée massive des hommes dans ce secteur devenu stratégique. Tout le secteur a en fait été victime des mêmes biais sexistes qui traversent les sociétés occidentales : puisque l’informatique est un métier d’avenir, c’est au chef de famille qu’il doit revenir… En outre, l’arrivée des micro-ordinateurs dans les familles a créé une génération de geeks, très appréciés par les entreprises de l’époque.

« Pour les premières applications de santé, personne n’avait pensé à la question des règles »

Donc cette masculinisation de l’informatique a été vécue comme un phénomène assez « normal » en somme. Les questions sont apparues lorsqu’on s’est aperçu des premiers dégâts que cette inégalité a causé. En Angleterre par exemple, le remplacement des femmes autodidactes, très compétentes, par des hommes diplômés a produit un retard mesurable à l’échelle du pays. Mais surtout, depuis que le numérique a envahi nos vies, avec les téléphones portables, les entreprises se sont rendus compte qu’elles répondaient peu ou mal aux besoins des femmes, qui représentent quand même 50% des clients ! Ainsi, lorsque les premières applications de santé sont apparues, aucune ne traitait de la question des règles… Personne n’y avait pensé.

Quelles sont les conséquences de cette masculinisation du numérique ?

Le problème est à tous les niveaux : dans le recrutement on l’a vu, dans les services rendus également mais aussi dans les données disponibles. On manque d’informations sur les femmes ! Ainsi les biais sexistes se retrouvent dans les banques d’images, où on va inscrire dans les données les canons de beauté classiques ainsi que les préjugés. Avec mes étudiants, je leur demande de regarder les images sur le « stress au travail » par exemple… Eh ben ce sont majoritairement des femmes qui l’illustrent.

« Il faut agir au-delà des mesures de contournement ponctuelles »

Alors, on commence à s’en rendre compte mais ce qui est fait, ce sont des mesures de contournement ponctuelles. Par exemple, on s’est aperçu que lorsque Google traduit un pronom neutre, il associe un genre en fonction du métier : il est médecin, elle est infirmière, etc. Quand ça a été pointé, Google a réglé le problème par un correctif de son algorithme.

Mais il faut ensuite surveiller et vérifier comment ces correctifs sont appliqués… Les processus d’intelligence artificielle (IA) sont très complexes à vérifier. Ainsi dans les algorithmes d’attribution de prêts bancaires, une IA va avoir les mêmes biais sexistes qui consistent à accorder plus facilement de l’argent à un homme qu’à une femme. Bon, on peut le corriger. Dans les algorithmes de recrutement, on peut demander aux algorithmes de produire des listes paritaires.

Comment faire pour évoluer vers plus de mixité ?

Dans les entreprises, on commence également à œuvrer pour maintenir une certaine mixité homme-femme. Les départements des ressources humaines ne voient pas bien pourquoi il faudrait faire de la place aux femmes, mais les employés apprécient de travailler dans un environnement mixte. Donc, c’est déjà une première raison…

« Sur les quotas, il faut avoir le courage d’être réalistes »

Ensuite, il y a la question des quotas. Même si on n’aime pas ça intellectuellement et éthiquement, il faut être réaliste. On sait déjà que ça ne fait pas baisser les niveaux de recrutement, puisque non seulement on trouve des femmes pour rejoindre des formations techniques mais surtout elles ne déméritent pas. C’est une solution pour accélérer le rétablissement de la mixité.

Ensuite, il faut travailler sur le recrutement et sur la sociabilisation des formations. Une université américaine est parvenue à 40% de femmes en travaillant sur les points de blocage, s’adresser aussi aux filles pour qu’elles postulent et les maintenir dans les formations en éliminant des prérequis implicites. Et puis ensuite évidemment, il faut qu’elles aient le sentiment que le monde professionnel les attende. C’est un effort constant, il n’y a pas de système auto-régulé qui débouche sur une mixité parfaite…

Sang, solitude et détritus… Après la mort, les nettoyeurs

Sang, solitude et détritus… Après la mort, les nettoyeurs

Dans un village près de Sélestat, un homme meurt chez lui. Cinq jours plus tard, son fils découvre le cadavre dans l’appartement, plein de sang, de bouteilles et de journaux. C’est ici que commence le travail des nettoyeurs de la Cité de la Propreté, confrontés chaque mois à l’horreur de la mort sociale.

« Vous pourrez enlever les tâches de sang sur le canapé ? » Mohamed promet de tout faire pour. Il est 9h du matin. Dans un village près de Sélestat, un homme est décédé chez lui. Son fils a trouvé le corps cinq jours plus tard, dans un appartement plein tâches de sang, de bouteilles de rosé et de journaux. Sous le choc, il a fait appel à l’entreprise Cité de la Propreté pour nettoyer les lieux. Vers 9h30, le patron de la société, une agent de nettoyage et une stagiaire arrivent sur les lieux. Avec Mohamed, ils vont faire disparaître les traces de la mort avant l’enterrement, l’après-midi même.

Trois heures pour ranger et nettoyer le sang dans l’appartement. Photo : Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc

Combinaison et risque bactérien

Sous un porche, Mohamed, Maëlle et Emilienne enfilent une combinaison blanche, des gants, un masque… « Avec le sang, il y a toujours un risque bactérien », explique Volkan, chef de l’entreprise et habitué des « interventions post-mortem ». Avant de monter les marches d’un sombre escalier, le patron décrit le déroulé des deux heures à venir : ranger et mettre de côté les affaires à rendre à la famille, désinfecter le sol et les meubles avant de nettoyer une dernière fois le tout.

Maëlle n’a pas peur. Elle a déjà vu du sang humain lors d’un stage à l’hôpital de Saverne. Elle veut devenir inspectrice sanitaire. Photo : Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc

Maëlle n’a pas peur. La lycéenne veut devenir inspectrice sanitaire. Elle a déjà vu du sang humain lors d’un stage à l’hôpital de Saverne. Émilienne, agent de nettoyage depuis ses 18 ans, tire sur une cigarette avant d’évoquer son stress : « C’est la première fois que je vais voir du sang. » Alors la mère de famille trentenaire se donne du courage en cherchant les points communs entre cette intervention et son travail quotidien : « Ici, ou pour du ménage dans un logement social, c’est toujours la misère… »

Des déchets accumulés pendant des années

La porte de l’appartement ouvre sur un couloir exigu. Un pas à gauche et les nettoyeurs voient les traces de sang au sol, des bouchons en liège et des comprimés roses et blancs sur la table. « Les journaux et les bouteilles au sol, ce sont les signes annonciateurs du syndrome de Diogène », analyse Volkan, habitué des appartements où des déchets se sont accumulés pendant des mois, voire des années.

Tout se fait d’abord dans le silence. Personne ne sait ce qui s’est passé. Photo : Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc

Emilienne et Mohamed s’activent tout de suite. Ils dégagent les débris de verre, jettent les bouteilles de Rosato Trevenezie et préparent les produits désinfectants et dégraissants. Tout se fait d’abord dans le silence. Personne ne sait ce qu’il s’est passé. Tout le monde se demande pourquoi chaque pièce porte des tâches écarlates, en particulier la chambre à coucher. Émilienne pense à voix haute : « Il doit être mort dans son lit… » Volkan coupe court à la réflexion : « C’est pour ça que je ne dis rien à mes collègues sur ce qui s’est passé, pour les protéger psychologiquement… »

Oublier l’odeur du sang

Peu à peu, l’atmosphère se détend. Les plus grosses traces rouges ont disparu vers midi. Le sol colle à cause du produit désinfectant. Émilienne et Mohamed font des blagues, comme pour oublier l’odeur indescriptible et tenace du sang. « Mes cousins pompiers viennent m’aider quand il y a eu utilisation d’une arme à feu, eux ils mettent de la musique et ils dansent », raconte Volkan. L’intervention se termine avec la propagation d’un produit surodorant. « Cet après-midi, les proches pourront venir récupérer les affaires ici et faire leur deuil », conclut le patron.

Volkan fait 10% de son chiffre d’affaires avec les « interventions post-mortem ».

À la tête d’une entreprise de 25 salariés, Volkan réalise 10% de son chiffre d’affaires avec les « interventions post-mortem ». Le service peut coûter de 2 000 à 10 000 euros, dans les cas les plus extrêmes « avec des morceaux d’organes suite à un suicide par arme à feu », détaille-t-il.

Le pic de novembre-décembre

Aujourd’hui patron, Volkan a commencé à nettoyer des parties communes d’immeuble dès ses 17 ans, « en guise de punition quand je séchais les cours », explique-t-il. Puis le jeune du quartier des Pins de Haguenau a travaillé en tant qu’agent de nettoyage, responsable d’agence pour finir par reprendre l’entreprise. Selon ce connaisseur du secteur, peu de sociétés alsaciennes ont les compétences nécessaires pour ce type d’opération. Mohamed, responsable du site et trente ans d’expérience dans le nettoyage, renchérit : « Les grosses sociétés ne veulent pas dépenser d’argent dans la formation des salariés au post-mortem. »

De retour sous le porche, Mohamed, Maëlle et Émilienne enlèvent leur combinaison intégrale. Le patron leur promet « une après-midi de libre, bien méritée. » Lui s’occupera de trouver une usine d’incinération qui acceptera de brûler un matelas souillé de sang : « J’en ai appelé cinq ce matin, personne n’accepte ce type de déchet… » Le problème, c’est que l’activité « post-mortem » va bientôt connaître son pic : « Novembre-décembre, je fais parfois deux interventions par semaine. C’est là que les gens se sentent le plus seuls… »

Face à Mathieu Cahn, un deuxième candidat au PS

Face à Mathieu Cahn, un deuxième candidat au PS

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L’incinérateur Sénerval, le dossier chaud de l’agglo

L’incinérateur Sénerval, le dossier chaud de l’agglo

Désamianté à grand frais, l’incinérateur Sénerval souffre toujours de dysfonctionnements, a révélé cette semaine Rue89 Strasbourg. Une accumulation de problèmes, que Robert Herrmann s’est employé à tempérer lors d’une conférence de presse.

L'incinérateur est autant critiqué par la droite pour son coût de réhabilitation, que par les milieux écologistes qui regrettent le maintien de trois fours.
Dessin de Piet.

La Maison Bleue, l’Omezis Festival, le Mondial d’impro et le meilleur des sorties d’octobre, réécoutez 89dB

La Maison Bleue, l’Omezis Festival, le Mondial d’impro et le meilleur des sorties d’octobre, réécoutez 89dB

Les aventures d’une nouvelle salle de concert, un festival qui veut dépoussiérer le jazz et le Mondial d’impro. Tout ça c’est dans 89dB, le rendez-vous mensuel de la team radio de Rue89 Strasbourg. L’émission enregistrée en direct de la Maison Bleue est à écouter ici.

Retour sur la Grüselnacht, la rencontre de la culture alsacienne, du fantastique et de l’horreur

Comme le veut la tradition, à chaque début d’émission, 89dB revient sur un événement du mois qui vient de s’écouler. Jean-François Gérard était à la Grüselnacht au musée alsacien. Une soirée inattendue dans ce genre d’endroit mais qui montre comment redynamiser les lieux culturels.

L’interview d’Erik et Mathieu, membres fondateurs de la Maison Bleue

Erik et Mathieu ont participé à la création de la Maison Bleue, la nouvelle salle de concert du Neudorf. Sur le plateau de 89dB, ils nous ont raconté leur aventure dans ce projet semé d’embûches mais plein d’espoir pour la scène locale.

L’équipe de 89dB était reçue à la Maison Bleue par Erik et Mathieu. Photo : JFG / Rue89 Strasbourg / cc

D’ailleurs, le groupe de rock strasbourgeois Van Hammer Stone a dévoilé son nouvel album le soir de l’émission à la Maison Bleue. David, le batteur du groupe, nous a expliqué en quoi cette nouvelle salle était une vraie chance pour les artistes du coin.

L’Omezis Festival contre l’embourgeoisement du jazz

C’est un petit nouveau dans le paysage musical strasbourgeois. L’Omezis Festival débarque du 15 au 19 octobre et compte bien sortir le jazz des salons feutrés pour le faire sacrément transpirer !

La France défendra son titre au Mondial d’impro

Du 17 au 26 octobre, Strasbourg et Illkirch accueillent le Mondial d’impro. Comment se déroule la compétition ? Comment se passent les matchs ? Quelles limites les comédiens doivent-ils respecter ? Tristan Kopp, le monsieur théâtre de 89dB, vous explique tout pour que vous soyez parfaitement préparés à vivre cet événement international.

Le meilleur des sorties d’octobre

À la fin de 89dB, on vous aide à vous y retrouver parmi les innombrables idées de sorties le mois prochain à Strasbourg.

#omezis

Avec Gérard Baumgart, strasbourgeois engagé pour l’hébergement des migrants

Avec Gérard Baumgart, strasbourgeois engagé pour l’hébergement des migrants

« Les Strasbourgeoises et Strasbourgeois engagés », c’est le nouveau podcast de Rue89 Strasbourg. Dans cette série de portraits sonores, des militants racontent leur engagement, leur parcours. Premier épisode avec Gérard Baumgart, bénévole engagé pour la cause des migrants à Strasbourg.

À 75 ans, il est de tous les campements. Que ce soit au Rempart, aux Canonniers, aux Ducs d’Alsace ou au Parc de la Bergerie, Gérard Baumgart est un prof retraité engagé pour la cause des migrants à Strasbourg. Avec ses amis du collectif de bénévoles qu’il anime, le septuagénaire va à la rencontre des familles de demandeurs d’asile qui vivent sous tente et alerte les pouvoirs publics sur leur situation, souvent dramatique. En cette fin septembre 2019, c’est la reformation d’un camp aux Ducs d’Alsace, entre Cronenbourg et Hautepierre qui l’occupe.

Gérard Baumgart, lors d’une visite au camp des Ducs d’Alsace, fin septembre Photo : Rue89 Strasbourg / RD

Éloigné de toute formation politique, Gérard Baumgart consacre tout son temps libre à la défense des droits des migrants dans la capitale alsacienne, « pour faire vivre la solidarité » et pour obtenir « un hébergement digne », au moins pendant le temps que dure l’examen de la demande d’asile des réfugiés.

« Les vignettes Crit’air aggraveront la crise climatique mondiale »

« Les vignettes Crit’air aggraveront la crise climatique mondiale »

Pour Marc Hoffsess, ancien collaborateur au cabinet du maire et gréviste de la faim contre le GCO, l’exclusion programmée des voitures les plus anciennes à Strasbourg sur la base des vignettes Crit’air pousse à de la surconsommation automobile… et toute la pollution qu’elle engendre.

Sans doute, évidemment, faut-il lutter contre le diesel, émetteur de microparticules responsables de dizaines de milliers de morts précoces en Europe. Sans doute faut-il donner des gages à la Commission Européenne pour éviter ses amendes pour dépassement des seuils de mauvaise qualité de l’air. Sans doute faut-il, en cette période pré-électorale, courir à celui qui paraîtra le plus écolo, en allant d’annonce en annonce pour essayer de faire oublier l’écocide du Grand contournement ouest (GCO – voir nos articles) de Strasbourg.

Pour toutes ces raisons, la mise en place des restrictions d’accès à l’Eurométropole aux véhicules les plus anciens et les plus diéselisés semble une bonne mesure, prenons-la donc et tâchons de la mettre en œuvre dans les meilleures conditions, notamment pour les moins favorisés d’entre nous.

« Du court-termisme affolé »

Mais, il faut bien être conscient que tout cela ressemble fort à du court-termisme un peu affolé, qui pourrait faire du remède un mal bien pire que celui qu’il prétend combattre. Car de quoi s’agit-il ? Bien sûr, de la qualité de l’air qu’à Strasbourg nous respirons.

L’avenir nous dira si le choix de faire le GCO, nouvelle autoroute traversant le territoire non plus strasbourgeois mais eurométropolitain, et les projets de continuer d’améliorer la desserte du port en camions, contribueront à son amélioration. La dissonance cognitive de leurs promoteurs semble ici maximale : lutter contre la pollution tout en la favorisant.

Quelle empreinte écologique pour les nouvelles voitures ?

Mais il s’agit surtout de la crise climatique qui, elle, n’est pas que strasbourgeoise, mais planétaire. Cette crise planétaire nous oblige désormais à raisonner en cycles de vie de tout ce que nous consommons, dans une économie que nous avons laissée se mondialiser. D’où vient ce que je consomme, par exemple la nouvelle voiture que les vignettes Crit’Air vont m’inciter à acheter ? Avec quelles matières premières est-ce fabriqué ? Dans quel pays et continents ? Quelles énergies l’achat de ma nouvelle voiture va-t-il coûter, sur la totalité de sa chaîne de production, de livraison, d’usage et de destruction ? Combien d’émissions de gaz à effet de serre cet achat, sur toute la durée de sa chaine de valeur, va-t-il générer ?

Les vignettes Crit’air visent à interdire les véhicules les plus anciens au fur et à mesure Photo : JFG / Rue89 Strasbourg

Certes, ma nouvelle voiture émettra moins de microparticules lorsque je l’utiliserai à Strasbourg (si son constructeur cesse de tricher), mais quelle aura été son empreinte écologique et énergétique, donc sa prédation sur les ressources naturelles et le climat, pour que je puisse continuer à accéder en voiture à Strasbourg ? La chaine de valeurs des voitures neuves, notamment des 4×4 (ou SUV) qui envahissent le marché français, avec leurs carcasses tankesques, leurs moteurs surpuissants et leur électronique embarquée gavée de terres rares, pèse mille fois plus sur nos biens communs planétaires que celle des voitures plus anciennes, qui, régulièrement et bien entretenues, enchaînent allègrement les contrôles techniques positifs, roulent à l’essence et dont les vitres s’actionnent à la manivelle, mais qui, elles, devront aller à la casse dans peu de temps.

En clair et en résumé, les ZFE strasbourgeoises et les vignettes Crit’Air, pensées pour renouveler notre parc automobile (et ralentir les pertes d’emploi dans nos industries automobiles), aggraveront la crise climatique mondiale. Zone à faible émission (ZFE) et Crit’Air perpétuent l’illusion que les villes et les agglomérations peuvent rester accessibles aux voitures individuelles. La crise climatique exige pourtant de nous un choix exclusif, clair, résolu et urgent en faveur des mobilités collectives, partagées, actives et douces pour notre bien commun.

À Hautepierre, les habitants attachés à la Plaine des jeux, le « Central Park » du quartier

À Hautepierre, les habitants attachés à la Plaine des jeux, le « Central Park » du quartier

Quand il fait beau, les habitants de Hautepierre investissent la Plaine des Jeux. Seule maille verte du quartier, ce vaste espace de 10 hectares, collé au Parc des Sports, a été menacé par un projet de golf en intérieur. Aujourd’hui, des riverains s’interrogent quant à l’avenir du lieu dans le nouveau plan de rénovation urbaine et réaffirment leur attachement à ce lieu. 

« Là, vous voyez, on trouve même des fraises ! » Aussitôt, Geneviève Manka se baisse pour ramasser quelques fruits. Tout en se relevant, elle liste tout ce qu’elle a pu observer sur la Plaine des Jeux, cette vaste surface de 10 hectares coincée entre les avenues Corneille et Racine, au bout du quartier de Hautepierre à Strasbourg.

Écureuil, grive, plantes diverses et variées : « C’est un petit endroit de biodiversité », décrit celle qui vit depuis 32 ans dans le quartier. « Quand il y a du monde, on se bagarre les mètres carrés, mais on se bagarre aussi l’ombre ! », sourit la présidente de la section locale de l’association de défense des locataires CNL.

Un peu plus loin, sur l’une des buttes de la Plaine des Jeux, trois jeunes garçons profitent de l’ombre, posés sur de vieux fauteuils laissés sous un arbre. Au sol, des chemins de traverse se sont dessinés dans la terre à force d’avoir été empruntés par les habitants. Malgré la canicule de cet été avec des températures frôlant parfois les 43 degrés, les habitants ont régulièrement occupé l’espace : chaises et tables pliantes, barbecues, banquets d’anniversaires pour enfants, parties de foot improvisées. De la Plaine des jeux, des grands frères du quartier se souviennent y avoir fait les 400 coups, fumé leurs premières cigarettes ou y avoir eu leurs premiers flirts…

Photo : Dessin Geneviève Manka
Photo : Dessin Geneviève Manka

« L’histoire du quartier s’écrit ici chaque week-end »

« Chaque week-end, c’est une part de l’histoire du quartier qui s’écrit ici », décrypte Grégoire Zabé, membre du collectif Horizome, composé d’artistes et chercheurs et implanté depuis dix ans à Hautepierre. « C’est un espace nécessaire au quartier, il y a un véritablement attachement à cet endroit », poursuit cet artiste en résidence qui a conçu en 2017 une maquette virtuelle du quartier avec plusieurs jeunes et habitants. Il évoque « l’appropriation » réussie de ce lieu par les riverains.

La Plaine des jeux depuis la rue Baden Powell en 2016 Photo : Julien Romary / Archi-Wiki / cc

En 2018, la Ville a organisé une consultation afin de recueillir les attentes des riverains. Une centaine de réponses plus tard, sept barbecues ont été installés et une aire de jeux a été créée le long de l’avenue Corneille. Grégoire Zabé pointe l’importante de la fonction « loisirs » de cet espace : « Sur d’autres mailles, on trouve le centre commercial et l’hôpital. Cette maille-là, c’est le Central Park du quartier ! », en référence à l’immense espace de 341 hectares, poumon vert de la ville américaine de New York.

Un projet de golf indoor a inquiété tout le monde

Dès la sortie de terre des premières mailles à vocation résidentielles en 1969, la Plaine des jeux et le Parc des sports, regroupés sur un même espace de 47 hectares, ont vocation à être des mailles d’activités. Fonction de loisirs pour la Plaine de jeux, fonction sportive du côté du Parc qui regroupe le club de Rugby, un club de football, des terrains de tennis, la piscine (dont une partie des travaux d’extension ont été achevés en 2018, ndlr) mais aussi une piste d’athlétisme en libre-service où s’entraînent parfois quelques groupes de jeunes filles et de mamans du quartier.

Photo : Dessin Geneviève Manka

En 2012, un projet de création de golf privé, soutenu par l’adjoint au maire (PS) du quartier et golfeur Serge Oehler, a menacé la Plaine des jeux. Le projet comprenait l’implantation d’un espace intérieur et d’un parcours de six trous en extérieur. Le but affiché à l’époque : démocratiser la pratique du golf, valoriser le quartier et créer jusqu’à cinq emplois dans les futurs espaces de restauration.

« Pas grand monde dans le quartier était informé de ce projet », se souvient Grégoire Zabé, dont le collectif Horizome avait publié en 2012 une tribune sur Rue89 Strasbourg pour conserver la Plaine des jeux en l’état, un « espace de respiration » et « très fréquenté par les habitants ». L’idée n’a finalement jamais vu le jour, pour le plus grand bonheur de cette mère de famille croisée près de l’arrêt de tram Cervantès, qui rappelle que la Plaine des jeux est cruciale pour ceux qui n’ont pas les moyens de partir en vacances. Mais la crainte qu’un futur projet ne grignote l’espace demeure.

Les espaces verts, ADN du quartier-jardin de Hautepierre

Avec les multiples jardins partagés du quartier créés dès les années 70, la Plaine des jeux contribue à l’ADN des espaces verts de Hautepierre. Le document de convention de la première rénovation urbaine signé en 2009 (ANRU 1) souligne d’ailleurs que le quartier se démarque par la qualité de ces espaces végétalisés.

Les arbres permettent aux habitants du quartier de trouver un peu d’ombre en été Photo : Fabien Romary / Archi-Wiki / cc

À Hautepierre, les craintes autour du devenir des rares respirations ne sont pas nouvelles. Lors des premiers coups de pelleteuse de la rénovation urbaine, première du nom (ANRU 1), des habitants s’était interrogés sur l’avenir du Petit Bois, espace d’un hectare au cœur de la maille Brigitte. C’est cet attachement pour ces lieux qui a poussé Geneviève Manka à réaliser quelques dessins de la Plaine des jeux : un témoignage du dynamisme et de l’occupation de l’endroit par les habitants.

Un lieu scruté par des universitaires

À Hautepierre, ces espaces verts appropriés par les habitants ont suscité la curiosité des universitaires. En 2010, Gilles Vodouhe, chercheur de l’École nationale d’architecture à Strasbourg (INSA), s’est intéressé au modèle d’éco-quartier. Il considère la Plaine des jeux comme un endroit « symbolique » du quartier :

« Quand je rencontrais des élus pendant mes recherches, ils citaient d’emblée la Plaine des jeux pour évoquer l’aspect quartier-jardin de Hautepierre. Les jardins partagés sont pour la plupart installés dans les cœurs de maille, mais la Plaine s’inscrit dans un ensemble plus large qui a incité les différentes municipalités à mettre l’accent sur les espaces verts dans le quartier. »

Outre l’aspect écologique, c’est la Plaine des jeux comme espace de sociabilité qui a intéressé Calvin Moluh. En 2019, le chercheur en ingénierie sociale a soutenu un mémoire sur les rassemblements communautaires de ce lieu :

« J’ai fréquenté la Plaine des jeux pendant plusieurs années. J’y ai observé une augmentation très significative des communautés africaines sur cet espace le dimanche. Ils viennent y reproduire un mode de vie similaire à leurs pays d’origine. C’est assez impressionnant ce qu’on peut observer là-bas : il y a une augmentation massive des participants tous les dimanche, tous les ans. Certains week-ends, on compte 2 000 à 3 000 personnes sur la Plaine des jeux ! »

Quel avenir pour la plaine des Sports ?

Alors que le nouveau plan de renouvellement urbain (ANRU 2) prévoit de détruire 304 logements et d’en construire 165, des habitants s’interrogent : la Plaine des jeux est-elle menacée ? « La Plaine des Jeux reste la Plaine des Jeux ! », balaie d’emblée Serge Oehler. « Tout ce que nous avons prévu dans ce coin du quartier est la rénovation des vestiaires du club de foot. Mais l’État n’a pas encore validé le projet. » Une première lettre d’engagement de l’État devrait être signée d’ici à la fin de l’année.

La Plaine des jeux participe pleinement à la vocation « cité – jardin » de Hautepierre Photo : Fabien Romary / Archi-Wiki / cc

L’élu le rappelle toutefois : le lieu est géré par le service des sports, et non par celui des espaces verts. « Cet endroit a toujours été considéré comme un espace sportif ouvert à tous les habitants. Ceci dit, si nous avons un projet sportif, c’est le but de ce lieu. »

Le 12 mars, les élus de la Ville et de l’Eurométropole sont venus détailler aux habitants les contours du plan de renouvellement urbain. Les mailles Éléonore, face à l’hôpital, et Brigitte sont prioritairement concernées par cette deuxième phase de travaux. Le plan prévoit qu’elles soient traversées par un parcours piéton, habillées d’espaces verts, d’aires de jeux et d’un parcours sportif. Le but : faire de Hautepierre, « un quartier comme les autres. » L’expression fait sourire un bonhomme âgé d’une trentaine d’années qui, en se retournant vers la Plaine des jeux, lâche : « un quartier comme les autres ? Quand on a ça à côté de chez soi… »

#Plaine des jeux

Au conseil de l’Eurométropole, le centre administratif à retaper

Au conseil de l’Eurométropole, le centre administratif à retaper

Comme le conseil strasbourgeois de lundi, l’assemblée des 33 communes va débattre du stade de la Meinau, vignette Crit’Air et d’une rénovation de l’accueil à la mairie place de l’Étoile, notamment pour faciliter l’accès aux personnes à mobilité réduite. À suivre en direct à partir de 9h.

Au fil du mandat, le conseil de l’Eurométropole est devenu de plus en plus électrique. Cette politisation est le résultat de la prise progressive de pouvoirs par les métropoles françaises. Par le passé, cette assemblée était vue comme plus « technique », par rapport aux conseils dans les communes.

Dans les échanges, il en découle parfois des frustrations de maires ou au contraire d’élus Strasbourgeois. Les prises de parole, parfois virulentes visaient aussi à attaquer les choix de son président Robert Herrmann (PS), vu comme un redoutable candidat au centre pour conquérir la mairie en 2020. Mais ce qui change désormais, c’est que Robert Herrmann n’est plus candidat. Même s’il a laissé entendre qu’il pourrait revenir, les principales écuries ont leur poulain : Jeanne Barseghian pour les écologistes, Mathieu Cahn pour le PS, tandis que Modem et République en Marche se dirigent vers une alliance. La droite va bientôt trancher entre ses deux Jean-Philippe.

Ainsi les débats pourraient gagner un peu en sérénité. De plus, les plus gros dossiers à l’ordre du jour ont déjà été débattus par le passé. L’agrandissement/rénovation du stade de la Meinau prévu désormais pour 2025 et dont les 100 millions d’euros d’argent public (et 30 millions à la charge du club en incluant les terrains d’entrainement et le centre de formation) sont décriés uniquement par les écologistes, leurs nouveaux alliés du Labo citoyen (dont le vice-président Syamak Agha Babaei est le seul élu), mais aussi… Yves Bur, maire de Lingolsheim et sorte de « numéro 2 » de la majorité gauche-droite formée avec les maires.

Mais dans son groupe, cet ancien membre des successifs partis de droite (UDF, UMP, LR) est un peu seul sur cette ligne. La délibération ne porte que sur le bilan de la concertation, moins suivie qu’anticipé. Elle n’a pas modifié le projet de porter le stade à 32 500 places, si ce n’est de « préciser » quand la fan zone extérieure serait ouverte ou non les soirs sans match et les moyens d’arriver au stade (TER à la gare Krimmeri, covoiturage, trams, etc.).

Une mairie à rénover de fond en combles

Autre point important, qui a soulevé d’assez longs débats moins consensuels qu’anticipés lors du conseil municipal de Strasbourg, la « mise en accessibilité » du centre administratif place de l’Étoime. L’objectif est en quelque sort « d’abaisser » le bâtiment de 1976 pour accueillir tous les publics de plain-pied et de la même manière. Les ascenseurs pour accéder aux niveau 0 (délivrance de prestations) et 1 (réunions publiques, salle des conseils) seraient revus. Actuellement, les personnes qui ne peuvent gravir les marches doivent passer par une entrée lugubre et des ascenseurs tristounets. Par ailleurs, les agents et prestataires bénéficieront d’un accès réservé pour mieux séparer les allées et venues. Fin des travaux prévus pour la fin 2022.

Le parvis du centre administratif rénové va sétendre de plein pied Visuel EMS

Si tout le monde a voté la délibération lundi (sauf le nouvel arrivé Andrea Didelot), deux questions en filigrane ont été soulevées Qu’est-ce qu’une modernisation de la mairie centrale signifie pour le service public et les mairies de quartier ? Et, est-ce une dépense sèche (8,6 millions d’euros, partagés entre Ville et Eurométropole) ou s’inscrit-elle vraiment dans une rénovation plus globale ? Car la suite du dossier attend aussi la future majorité.

futur CA
Aperçu du futur intérieur du centre administratif modernisé Photo : document EMS

Le centre administratif est une « passoire énergétique », qui coûte 1 million d’euros annuels. Pas terrible comme exemple à l’heure où la collectivité clame la nécessaire adaptation au changement climatique et demande des efforts. Évoqué début 2016, un tel chantier a été repoussé au mandat suivant. Une rénovation en profondeur des 11 niveaux est estimée entre 30 et 50 millions d’euros. « Il y a urgence à rénover », estime pour sa part Éric Schultz (sans étiquette), adjoint au maire à l’accueil du public qui a conduit ce projet et juge les conditions actuelles « déplorables ».

parvis place de l'Étoile
Le nouveau parvis place de l’Étoile serait piétonnisé, les voitures ne passeraient plus entre l’entrée et le tram Photo : l’étroite ligne gris clair sur ce visuel de l’EMS

« Flou artistique » des Crit’Air, une fois encore

Autre serpent de mer abordé lors de ce conseil, la vignette Crit’air. Strasbourg comme les communes voisines veulent interdire les véhicules sans vignette en 2021 (tous les véhicules d’avant 1997), puis les vignettes 5 (les diesels construits entre 1997 et 2001) en 2022.

Pour la suite, les calendriers divergent. Strasbourg souhaite une interdiction de tous les diesels en 2025, là où l’Eurométropole parle seulement de 2030 comme date maximale.

Le débat à moins de six moins des élections est un peu surréaliste, puisque « les équipes en place auront la responsabilité de concrétiser les choses », rappelle Yves Bur. Chaque maire décide pour sa commune, même s’il semble incongru que des voitures soient autorisées dans les villages excentrés, mais pas à Strasbourg.

« Les maires ont des exigences »

Le maire de Lingolsheim rappelle la position générale des maires :

« À ma connaissance, il n’y a aucune concertation avec le département (qui va gérer les routes nationales avec la loi Alsace ndlr), les chambres consulaires, les transporteurs, les entreprises… Qui ne l’a pas fait ? Les élus Strasbourgeois ! Les maires s’interrogent et ont des exigences. Beaucoup d’efforts ont été fait pour les transports publics à Strasbourg, maintenant, ils doivent arriver pour la première ou deuxième couronne. L’enjeu de Crit’ait ce n’est pas juste remplacer sa voiture, mais opter pour des modes de transports plus doux. Les maires n’attendent pas forcément des lignes « en dur », mais aussi des services innovants. »

Yves Bur en conférence de presse préalable au conseil, le 25 septembre

Comme embryon de réponse, la CTS expérimente depuis la fin août un service de « Transport à la demande » (TAD) dans 4 communes de l’ouest (Entzheim, Hangenbieten, Holtzheim ou Kolbsheim), où il faut réserver à l’avance, jusqu’à 30 minutes avant le départ. Un dispositif qui sera élargi en 2020.

Pour expliquer que la divergence entre Strasbourg et les maires s’arrête à 2023, Yves Bur y voit aussi « des considérations électorales » :

« Les maires se demandent comment vendre une telle mesure ? Les voitures sans vignette ou Crit’air 5 concernent peu de monde, mais la 4 déjà plus. Personnellement, je suis pour marquer le coup avec une date butoir, même si je ne suis pas sûr qu’on y arrivera. Chaque maire sera ensuite libre de se caler ou non sur le calendrier strasbourgeois. Pour l’instant c’est le flou artistique. »

L’ordre du jour ne prévoit pas de point sur l’usine d’incinération, mais l’exposition de dysfonctionnements et la réaction de Robert Herrmann pourraient soulever un point d’actualité.

Municipales à Schiltigheim : la droite redonne sa chance à Christian Ball

Municipales à Schiltigheim : la droite redonne sa chance à Christian Ball

La Commission nationale d’investiture de « Les Républicains » n’est pas parvenu à départager les deux Strasbourgeois, mais s’est décidée pour Schiltigheim. Sans surprise, Christian Ball a été choisi. Le délégué de la circonscription, aujourd’hui dans l’opposition locale, est bien connu des Schilickois. Il était candidat en 2014 (puis devenu premier adjoint suite à une alliance de second tour) et en avril 2018, après avoir provoqué des élections anticipées, qu’il avait finalement perdues au second tour.

Mais à nouveau, il y croit, toujours sous le nom de « Schilick pour tous », avec « une équipe largement renouvelée », pour mener un rassemblement de la droite et du centre « le plus large possible » :

« On ne devrait pas avoir d’aléas de second tour, avec une liste qui se retire pour en soutenir une autre ».

En avril 2018, le maire sortant Jean-Marie Kutner (centriste sans étiquette), 3è, s’était retiré et avait appelé à voter pour Danielle Dambach (EELV) pour faire barrage à Christian Ball, largement en tête au 1er tour. La liste verte, fusionnée avec celle du PS et du PC avait ainsi inversé la tendance.

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Usine d’incinération : Robert Herrmann soutient Sénerval malgré les dysfonctionnements

Usine d’incinération : Robert Herrmann soutient Sénerval malgré les dysfonctionnements

Suite aux révélations de Rue89 Strasbourg sur l’état de l’usine d’incinération de Sénerval, le président de l’Eurométropole a réagi en soutenant la direction de l’installation.

Les révélations sur les dysfonctionnements de l’incinérateur du Rohrschollen ont fait réagir le président de l’Eurométropole Robert Herrmann (PS), ce mercredi 25 septembre. Lors d’une conférence de presse, l’élu strasbourgeois a spontanément répondu à plusieurs points de notre enquête. Il a repris les éléments du directeur de l’installation, Thierry Provendier, sans émettre de critiques sur la maintenance insuffisante de l’infrastructure, qui appartient à l’Eurométropole. Ainsi, Robert Herrmann a insisté sur le respect du calendrier de redémarrage :

« Le réseau de chaleur est aujourd’hui inerte partout. La mise en service doit se faire sous deux jours (le 27 septembre, ndlr). Il n’y a a priori pas de difficulté. Concernant l’alimentation de l’entreprise Punch en vapeur, c’est en cours de mise en service. Pour l’électricité, la convention prévoit une mise en service le 30 septembre. »

Robert Herrmann, lors d’une conférence de presse du 30 septembre

Vapeur, du vide

Selon Robert Herrmann, l’usine de levure SIL Fala serait alimentée en vapeur depuis fin juillet. Le président de l’Eurométropole a assuré qu’un constat d’huissier le prouvait. Les documents en question ont été transmis le 3 octobre. Concernant le client SIL Fala, « il est acté que SENERVAL n’a pu délivrer la quantité de vapeur prévue au contrat, à savoir 267 MWh sur 24 heures, faute de consommation de la part de SIL FALA. »

Selon une source interne à l’Unité de Valorisation Energétique, de la vapeur a bien été envoyée à ce client… mais elle a connu une interruption due à des canalisations trouées…

Le deuxième document envoyé par l’Eurométropole de Strasbourg confirme l’alimentation en eau chaude de Punch Powerglide par Sénerval.

L’usine Lesaffre Culinary devrait aussi être alimentée par l’incinérateur. Mais une responsable de la communication a indiqué que son entreprise est seulement « en discussion pour un contrat de fourniture de vapeur industrielle. » Autrement dit, l’usine d’incinération n’a pas encore fourni d’énergie à cette entreprise et un accord doit encore être trouvé pour lancer l’alimentation en vapeur. Pourtant, le dossier de presse distribué lors de la visite en août affirmait que « l’unité alimente de nombreux clients bénéficiaires dont Lesaffre Culinary Strasbourg. » Fake news.

Des travaux, encore des travaux

Précision utile de Robert Herrmann : face aux poteaux et aux murs délabrés, les travaux de bétonnage seront pris en charge par le groupe Séché. Le président de l’Eurométropole a aussi déclaré que la réhabilitation d’un étage de l’usine, pour y réinstaller bureaux et vestiaires, n’avait pas été porté à sa connaissance.

Un lourd contexte de licenciements

Robert Herrmann estime que ces révélations sont le « fruit d’amertumes », notamment de la part de « l’ancien délégué du personnel » cité dans l’article. Dans le contexte social très tendu de l’usine, « neuf licenciements disciplinaires et deux pour inaptitude ont été prononcés, auxquels s’ajoutent cinq ruptures conventionnelles. » En tout, c’est un tiers de la masse salariale de l’entreprise qui a quitté l’incinérateur.

Le président de l’Eurométropole a aussi insisté sur le fait que ces départs ont eu lieu « sous le regard de la direction du travail », pour signifier qu’ils ne sont pas abusifs. Dans un second volet de notre investigation sur l’incinérateur, nous reviendrons sur cette période houleuse, émaillée de 36 arrêts-maladie déclarés entre mars et avril 2018.

« Pas de difficultés majeures »

Ainsi, le président de l’Eurométropole continue de défendre l’opération de remise en l’état des trois fours :

« Aujourd’hui, l’usine récupère la totalité des déchets strasbourgeois et de territoires en dehors de l’Eurométropole. Sans cette usine, le seul détournement de déchets coûte 70 millions d’euros. Comme dans toute usine, il peut y avoir des choses plus compliquées que d’autres, mais nous n’avons pas eu connaissance de difficultés majeures. »

L’usine d’incinération n’est pas à l’ordre du jour du conseil de l’Eurométropole du vendredi 27 septembre, mais peut faire l’objet d’une question d’actualité.

Municipales : À droite, une audition et un vote pour départager les deux Jean-Philippe

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Une nouvelle salle de concert pour un nouveau podcast, 89dB est en direct de la Maison Bleue vendredi

Une nouvelle salle de concert pour un nouveau podcast, 89dB est en direct de la Maison Bleue vendredi

Une salle de concert flambant neuve, un nouveau festival de jazz et la coupe du monde de théâtre d’impro. En octobre, Strasbourg a de quoi faire oublier que c’est l’automne. On vous en donne un bel aperçu dans 89dB, en direct de la Maison Bleue vendredi 27 septembre à 18h.

Qui aurait cru que l’automne était propice à tant d’éclosions artistiques ? La Maison Bleue, nouvelle salle de concerts au Neudorf, compte bien s’installer dans le paysage rock strasbourgeois pour vous faire passer des soirées mémorables. De son coté, le label made in Strasbourg Omezis lance son premier festival de jazz. Enfin, l’équipe de France de théâtre d’impro conservera-t-elle son titre de championne du monde ? Réponse à la fin du mois !

Rendez-vous le vendredi 27 septembre pour l’enregistrement de 89dB, l’émission de radio de Rue89 Strasbourg, en direct de la Maison Bleue à partir de 18h. L’événement est aussi à suivre sur notre page Facebook.

Le direct

Le programme de l’émission

    L’aventure de la Maison Bleue, ou la naissance d’une salle de concert à Strasbourg

La Maison Bleue, c’est une nouvelle étape de l’histoire du label strasbourgeois Dirty 8 créé en 2005. Après plusieurs années de réflexions et de travaux, mais aussi un investissement de 300 000 euros, cet ancien lieu de répétitions rue de Guebwiller au Neudorf est devenu une salle de concerts capable d’accueillir 300 personnes. L’inauguration a eu lieu le 19 septembre.

Ouvrir un endroit pareil en 2019, c’est loin d’être simple pour une petite structure. Erik, membre permanent de Dirty 8, est l’invité de 89dB. On parlera avec lui de cette aventure semée d’embûches. Van Hammer Stone, groupe strasbourgeois qui sera vendredi soir sur la scène de la Maison Bleue pour dévoiler son nouvel album.

    La France défendra son titre au Mondial d’improvisation du 17 au 26 octobre à Strasbourg et Illkirch

Il y a quatre ans, la France décrochait son premier titre de championne du monde de théâtre d’improvisation. Autant dire que les Bleus auront à cœur de ne pas perdre leur couronne à domicile ! Mais c’est sans compter sur les comédiens des autres nations francophones (et l’Italie), tous plus talentueux les uns que les autres.

Dans 89dB, on vous emmène dans les coulisses de cet événement international et on prend des nouvelles de nos talents locaux puisque beaucoup de Strasbourgeois composent l’équipe de France.

Le 27e Mondial d’improvisation, c’est du 17 au 26 octobre au CSC Fossé des Treize de Strasbourg à l’Illiade d’Illkirch.

    La label Omezis lance un nouveau festival de jazz à Strasbourg

Quatre lieux, cinq jours de festival, avec bien sûr des concerts, mais aussi des projections, des débats, des expos. C’est tout le sens de ce premier Omezis Festival : mettre le jazz à l’honneur dans toute sa diversité et sous plusieurs formes.

Quand on aime la musique, le jazz est encore incontournable aujourd’hui et on vous le prouve dans 89dB ! De toutes façons, l’Omezis Festival finira de vous convaincre. Rendez-vous du 15 au 19 octobre au Grincheux, au Local, au Molodoï et à la Maison de l’Image

Une nouvelle tête pour cette émission.
    L’agenda du mois d’octobre

Cette fois ça y est, tous les lieux qui rythment les soirées strasbourgeoises ont fait leurs rentrées. C’est autant d’idées de sorties donc on vous oriente un peu dans notre agenda à la fin de 89dB !

200 millions d’euros plus tard, « l’usine d’incinération reste dans un sale état »

200 millions d’euros plus tard, « l’usine d’incinération reste dans un sale état »

Poteaux et murs en décrépitude, fuites dans les conduites de vapeur, cendres toxiques mal contenues… Malgré les 200 millions d’euros d’argent public investis, le redémarrage de l’usine d’incinération a présenté de nombreux dysfonctionnements ces derniers mois. « L’unité de valorisation énergétique » n’a toujours pas produit de chaleur pour les ménages ni d’électricité pour les entreprises.

« Ils ont fait quoi avec l’argent ? », se demande un employé de l’usine d’incinération, opérée par l’entreprise Sénerval. Comme plusieurs de ses collègues, Jean (les prénoms des salariés ont été modifiés) ne comprend pas où sont passés les 200 millions d’euros investis par l’Eurométropole de Strasbourg pour permettre de redémarrer les chaudières de « l’unité de valorisation énergétique » (UVE) installée sur l’île du Rohrschollen, au sud de Strasbourg. Entre septembre 2016 et juin 2019, Sénerval, filiale du groupe Séché, n’a pu incinérer aucun déchet sur le site, afin de procéder à son désamiantage, exigé par les ouvriers lors d’une grève de 83 jours en 2014.

Promesses non-tenues

Salariés et direction de l’entreprise avaient trouvé un protocole d’accord en 2014. Il portait aussi sur la remise à neuf de certaines parties de l’infrastructure. Selon un ancien délégué du personnel, le groupe délégataire du service public de traitement des déchets n’a pas tenu ses promesses :

« Il y a eu un travail sur les tubes des fours, mais les brûleurs ont simplement été repeints. Les laveurs de fumée et les électrofiltres n’ont pas été changés alors que c’était l’objet de la grève en 2014. »

Ni chaleur ni électricité

Pour l’instant, « l’unité de valorisation énergétique » porte mal son nom. Car l’usine d’incinération n’a pas encore produit d’énergie depuis son redémarrage. Fin août, l’explosion d’une pompe a empêché l’alimentation du réseau de chaleur urbain. Il a fallu trois semaines pour changer la pièce.

Selon les témoignages de plusieurs salariés rencontrés par Rue89 Strasbourg, les conduites de vapeur sont trouées à plusieurs endroits, empêchant l’alimentation du réseau de chaleur urbaine. Côté production d’électricité, c’est toujours zéro kilowattheures : le turbo-alternateur n’a pas encore été installé. Mais, assure le directeur de l’installation Thierry Provendier, « la turbine pourra démarrer la semaine prochaine car elle a été mise à l’abri ». Ouf.

Enfin, l’Eurométropole de Strasbourg assurait fin août que l’usine d’incinération alimentait trois entreprises locales en vapeur. Selon nos informations, une seule société (SIL Fala) a déjà reçu ce type d’énergie depuis le redémarrage de l’incinérateur. Plusieurs témoignages internes à l’entreprise Sénerval indiquent que cet approvisionnement a connu de nombreuses difficultés. Lesaffre Culinary a aussi indiqué à Rue89 Strasbourg que le contrat d’approvisionnement en vapeur industrielle était toujours en discussion…

Fuite de vapeur à plus de 150°C

À l’intérieur même de l’usine, des canalisations fuient. La vapeur expulsée atteint des températures de plus de 150°C. Xavier détaille :

« À certains moments, on a pas pu intervenir sur un outil aussi crucial que le poussoir (l’outil qui permet de réguler le volume de déchets dans le four, ndlr) parce qu’on risquait de se brûler avec la vapeur ».

Rue89 Strasbourg a pu se procurer plusieurs images de ces tuyaux défectueux. Pour le directeur de l’usine, rien d’anormal dans cette vidéo réalisée début septembre : « C’est en mettant les canalisations sous pression que l’on trouve les fuites. Nous avons ainsi changé une dizaine de pièces défectueuses. »

Un exemple parmi d’autres de tuyaux d’évacuation de vapeur troué… (doc remis)

Béton dégradé, étage à réhabiliter…

Loin d’être terminée, la rénovation de l’installation va connaître encore plusieurs phases de travaux. Les cadres travaillent dans des bureaux préfabriqués installés à côté de l’usine. Les ouvriers aussi se lavent et se changent dans des préfabriqués. « Un étage de l’usine n’a toujours pas été réhabilité, explique le directeur, mais il n’y en a plus pour très longtemps. » Une rallonge pour ces travaux est en discussion avec l’Eurométropole…

Autres nouveaux frais à venir : la consolidation de certains poteaux ou murs en béton. Une entreprise a récemment audité les structures bétonnées de l’usine. L’étude a d’abord permis de connaitre la capacité de résistance maximale de certains planchers… mais aussi d’évaluer les coûts d’une remise en état. « Il y en a pour plusieurs centaines de milliers d’euros », estime Thierry Provendier.

Plusieurs poteaux présentent des signes de dégradation avancée. La réparation devrait coûter plusieurs centaines de milliers d’euros selon le directeur de l’établissement. Photo : Document remis

Des poussières toxiques dégagées manuellement

Selon nos informations, le système de traitement des poussières toxiques a déjà montré des signes de faiblesse depuis le redémarrage. Normalement, les agents chimiques CMR (cancérogènes, mutagènes et reprotoxiques) doivent rester en vase clos et finir dans un silo hermétique.

Dans une usine fonctionnelle, les employés ne devraient pas être amenés à dégager des cendres hautement toxiques manuellement. Photo : Document remis

Mais les ouvriers de Sénerval ont déjà dû pelleter ces résidus dangereux manuellement. « Cette question est réglée, rassure le responsable de l’usine, on a fait venir une entreprise qui a mis fin à une avarie liée à la rouille dans les canalisations. Dorénavant, pour assurer la sécurité des employés, une entreprise spécialisée dans l’évacuation de ce type de cendres interviendra. »

Visite publique et monte-charge cassé

Lors d’une visite de « l’usine de valorisation énergétique » organisée par l’Eurométropole le 28 août, ces difficultés n’ont pas été portées à la connaissance des journalistes. Mais un indice sur l’état de l’installation avait percé malgré tout : pendant plus d’une dizaine de minutes, les visiteurs, dont le président de l’EMS Robert Herrmann, sont restés bloqués dans un monte-charge. Un employé décrit les coulisses de cette anecdote :

« Ce monte-charge ne fonctionne plus bien parce que la direction n’a jamais fait réparer l’autre ascenseur, qu’on utilisait pour monter des centaines de kilos de grenailles (utilisés pour séparer les cendres de la fumée, ndlr) Du coup, on a cassé le premier monte-charge parce qu’il n’était pas prévu pour cette utilisation. »

Baisse chronique de la maintenance

La dégradation de l’usine remonte à la fin des années 2000, selon un rapport du cabinet Technologia sur les risques psychosociaux au sein de l’entreprise Sénerval. « Peu avant le départ du précédent exploitant Protires, une baisse de la maintenance a précipité l’outil industriel dans une dégradation manifeste. »

Dans une étude du même cabinet et finalisée en juin 2018, un employé témoignait d’une maintenance à flux tendu : « Malheureusement on ne fait plus de préventif depuis 2010. On fait beaucoup de curatif. » Ces documents évoquent notamment des « “rustines” en métal sur les tuyaux pour colmater les trous en lieu et place du changement de la section de tuyau posant problème. »

Pour le directeur de l’établissement, « la phase dure du redémarrage est terminée. L’UVE sera fonctionnelle la semaine prochaine. » Malgré les nombreuses difficultés techniques, Thierry Provendier voit grand : « Mon objectif, c’est de faire de Sénerval l’usine la plus performante de sa génération. » Un employé de l’entreprise balaye ce vœu pieux d’une phrase pleine de lassitude : « Je crains que l’usine ne tourne plus jamais comme il faut. Je n’ai même plus envie d’y mettre les pieds. »

Ouverture des Petites Cantines, restaurant associatif à la gare

Ouverture des Petites Cantines, restaurant associatif à la gare

Un restaurant associatif de quartier, faisant partie du réseau Les Petites Cantines, ouvre dans le quartier Gare à Strasbourg.

Un restaurant associatif ouvre ce mardi 24 septembre dans le quartier gare à Strasbourg. Son concept est simple : les adhérents viennent pour « cuisiner, manger ou les deux. »

Le concept des Petites Cantines expliquées depuis le restaurant Perrache à Lyon (Vidéo LPC / YouTube).

Le restaurant de Strasbourg se situe au 5, rue Kuhn, dans des locaux commerciaux loués à Ophéa (ex CUS Habitat). Toute l’équipe de la jeune association a passé l’été à transformer cet ancien magasin en restaurant.

Rencontrer ses voisins en cuisinant

Le concept des Petites Cantines consiste à utiliser la cuisine pour permettre à des voisins de se rencontrer et d’échanger. Les adhérents, en préparant des petits plats ensemble, nouent des relations et peut-être, désamorcent des conflits de voisinage.

Les bénévoles de l’association ont travaillé tout l’été pour rendre accueillant le restaurant. Photo : LPC / Facebook

Il n’y a pas besoin d’être un cuisinier hors-pair pour participer, l’association assure une auto-formation de ses membres à partir des compétences déjà à l’oeuvre. Les Petites Cantines sont nées à Lyon en janvier 2017 (voir l’article complet sur Rue89 Lyon) où déjà trois restaurants existent. Le réseau compte 8 restaurants en France.

Les Petites Cantines de Strasbourg prévoient d’ouvrir tous les midis, du mardi au vendredi dans un premier temps. Les personnes intéressées pour cuisiner sont attendues le matin dès 9h30 tandis que ceux qui ne viennent que pour manger sont attendues dès midi. Il est prudent de réserver, soit via la page Facebook, soit par le site web, soit par téléphone (09 88 05 57 02).

#Les Petites Cantines

GCO : 13 personnes jugées après la construction d’une cabane sur le tracé

GCO : 13 personnes jugées après la construction d’une cabane sur le tracé

Le 20 avril, des militants anti-GCO ont construit une cabane sur le tracé de l’autoroute. Treize d’entre eux seront jugés mercredi 25 septembre pour « vol en réunion », pour avoir déplacé du matériel de chantier lors de cette action. Un rassemblement et un concert de soutien sont prévus le même jour.

Les opposants au Grand Contournement Ouest (GCO) l’appellent « le procès de la butte ». Il aura lieu dans la matinée du mercredi 25 septembre au tribunal de grande instance de Strasbourg. Treize personnes seront jugées pour « vol en réunion » suite à une action qui date du samedi 20 avril, en plein week-end de Pâques. Ce jour-là en se réveillant, les habitants de Pfettisheim et de Pfulgriesheim, riverains du chantier, s’étonnent de la présence d’une cabane installée sur une butte à proximité des travaux. L’installation a été réalisée par un groupe d’une trentaine d’activistes au petit matin. Leur action et le slogan « ZAD PARTOUT » apparaissent sur plusieurs vidéos réalisées par des militants et relayées sur les réseaux sociaux.

Sur la cabane, les militants ont affichés divers slogans, tels que « Non au GCO » ou « ZAD ». Photo : remise Zaddumoulin / Rue89 Strasbourg / cc

Bilbo, l’un d’entre eux, explique l’objectif de l’action :

« L’idée était de réoccuper symboliquement le chantier pour montrer que nous ne baissions pas les bras. On voulait faire un coup médiatique pour attirer du monde dans la lutte. C’était évident qu’on allait se faire expulser mais on ne pensait pas que ça allait arriver aussi rapidement. »

Les chefs d’accusation contestés

Au cours de la même matinée, entre 60 et 80 gendarmes, dont certains font partie d’unités d’élites comme le PSIG (Pelotons de surveillance et d’intervention de la gendarmerie) convergent sur place. Une dizaine de personnes sont dans la cabane, le reste est devant. Peu avant 12h, alors que des habitants des villages alentours sont venus soutenir les militants écologistes, l’évacuation a lieu. Celle-ci est critiquée par les activistes qui jugent l’intervention policière « violente ». Treize d’entre eux sont placés en garde à vue.

Cette vidéo a été postée par une ancienne habitante de la Zad du Moulin pour dénoncer « la répression que nous avons subie ce jour-là. »

Les militants anti-GCO sortent 48 heures plus tard, avec une convocation devant le tribunal correctionnel pour le 25 septembre. Le chef d’accusation est le même pour tout le monde: « vol » avec deux circonstances aggravantes : commis en réunion et des dégradations. Deux militants sont aussi accusés de violences envers des personnes dépositaires de l’autorité publique. Colin sera jugé mercredi, il témoigne :

« Déjà, il n’y a certainement pas eu de violence de notre part et ça les vidéos en attestent. Moi je suis accusé d’avoir volé du matériel de chantier. Mais la cabane a été construite avec du matériel que nous avons amené. Rien n’a été emmené hors du tracé de l’autoroute. Cette accusation est totalement absurde. Moi, j’étais dans la cabane au moment de l’intervention des gendarmes. Sans sommation, ils nous ont gazés depuis l’extérieur, nous étions totalement asphyxiés. Certains d’entre nous qui étaient dans la cabane et qui ont fait exactement la même chose que moi ont pu partir tout de suite. »

L’objectif de l’action était de faire un « coup médiatique » en construisant une cabane sur le tracé de l’autoroute. Photo : remise Zaddumoulin / Rue89 Strasbourg / cc

« Ils ne savaient pas ce qu’ils faisaient »

Maurine, qui était dans la cabane avec Colin, abonde à cette version des faits :

« J’ai eu de la chance, ils m’ont mis dans le bon groupe… L’un d’entre nous était en dehors du cordon des gendarmes, il était censé être tiré d’affaire. Il nous a ramené à manger et comme il s’est approché de nous, il a été emmené en garde à vue. Les gendarmes ne se souvenaient sûrement plus de qui il s’agissait. Il est maintenant accusé des mêmes faits. Ça démontre bien qu’ils choisissaient au hasard. »

La gendarmerie n’a pas souhaité répondre à nos questions au sujet de l’intervention. Jean-Luc Fournier, chargé de communication pour Vinci, justifie la plainte :

« Il y a eu intrusion sur le chantier et notre matériel a été déplacé. Au vu de ce vol nous avons porté plainte, c’est normal. Il y a eu de multiples événements de ce type sur le chantier. »

Les militants écologistes ont organisé un événement de soutien avec notamment des prises de paroles, de la musique et de la petite restauration. Celui-ci commencera à 8h devant le tribunal de grande instance. Le soir, un concert de soutien est également organisé au Molodoï avec l’artiste Kalune.