Enquêtes et actualité à Strasbourg et Eurométropole

De nouveau, une centaine de migrants installés aux Canonniers

De nouveau, une centaine de migrants installés aux Canonniers

Reformé depuis le 15 juillet pour la quatrième fois en un an, le camp dit des « Canonniers », à l’entrée du Neuhof, abrite déjà une centaine de personnes. Le collectif des « Canonniers » demande à la Ville et à l’État le démantèlement de ce campement et le relogement de ses habitants.

« Nous exigeons avec force, que le démantèlement ait lieu très rapidement : dans la semaine (du 12 au 18 août, ndlr), pour que les gens puissent effectuer leur demande de scolarisation à la mairie », scande Gérard Baumgart, bénévole du collectif des Canonniers.

Démantelé en juin, le camp de fortune au croisement de l’avenue du Neuhof et de la rue Paul Dopff, s’est reformé autour du 15 juillet et regroupe déjà 105 personnes. Il s’agit en majorité de personnes venues d’Europe de l’Est (Géorgie, Albanie, Kosovo). Près de la moitié des habitants sont des enfants.

Le camp des Canonniers est situé à l’entrée du Neuhof. Photo : EB / Rue89 Strasbourg / cc
Les migrants qui y vivent viennent en majorité d’Europe de l’Est. Photo : EB / Rue89 Strasbourg / cc
Beaucoup d’entre eux sont en famille. Photo : EB / Rue89 Strasbourg / cc
Sur 105 habitants, 46 sont des enfants. Photo : EB / Rue89 Strasbourg / cc

L’urgence de la rentrée scolaire

« Nous souhaitons que les 46 enfants soient scolarisés. Le droit à l’école existe quoi qu’il arrive, peu importe la situation des parents. Ils peuvent inscrire les enfants à l’école mais la difficulté c’est qu’ils ne savent pas où ils seront logés. Si ça tarde trop, l’école proche de l’endroit où ils seront sera certainement déjà remplie. »

Neuf enfants ont entre un et six ans, quinze sont en âge d’aller à l’école primaire. Les autres devraient faire leur rentrée au collège en septembre prochain. Mais le cas de ces adolescents pose d’autres problèmes :

« Ils doivent passer par le Centre d’Information et d’Orientation, pour évaluer leur niveau et dans quelle classe ils doivent aller. On essaye de déterminer leur trajet scolaire et leurs difficultés. Il faut aussi des traductions. Or, ces démarches prennent du temps. Il est donc capital que le démantèlement et le relogement aient lieu rapidement. »

Pour Gérard Baumgart, ancien professeur, la scolarisation des enfants est « capitale », puisqu’ils permettent aux bénévoles de communiquer avec les familles, la plupart d’entre eux parlant soit l’allemand, l’anglais ou le français.

De nombreux enfants vivent dans le camp des Canonniers. Photo : EB / Rue89 Strasbourg / cc
Beaucoup sont en âge d’être scolarisés. Photo : EB / Rue89 Strasbourg / cc
Les familles s’inquiètent de ne pas savoir où seront scolarisés leurs enfants. Photo : EB / Rue89 Strasbourg / cc

De nouveaux arrivants « tous les deux jours »

Des bénévoles passent presque tous les jours dans le camp, pour apporter des produits de base aux personnes présentes. Les collectifs des Canonniers et « D’ailleurs nous sommes ici » fonctionnent proposent l’aide de médecins, d’interprètes, d’avocats et d’autres aidants (comme la paroisse de la Meinau). Leur premier objectif est de trouver un hébergement salubre à ces familles. Mais Gérard Baumgart regrette le manque de solution pérenne à Strasbourg :

« On souhaiterait que l’hébergement soit de longue durée mais par moment on a l’impression de jouer aux chaises musicales. Quelqu’un qui a été relogé va se retrouver dehors à nouveau parce que le contrat d’un mois qu’on lui a donné s’achève. »

« Certaines familles arrivent dans le dénuement le plus total, sans même une tente pour dormir », il s’agit alors de trouver des solutions d’urgence pour les bénévoles des deux collectifs.

C’est le cas d’une famille bosniaque, arrivée dans la journée de mercredi. Ils sont six. Aucun d’entre eux ne parle le français ou l’anglais. Seul le père de famille parvient à communiquer en allemand. Ils attendent près d’un arbre depuis des heures, ne sachant pas à qui s’adresser, avec un grand sac de voyage comme seul bagage. Le père craint de voir son dernier enfant, tout juste âgé de 8 mois, dormir sans abri.

De nouvelles familles font leur arrivée « tous les deux jours » indique Gérard Baumgart. Les bénévoles photographient les documents qu’ils ont apportés et les aident à formuler des demandes d’asile. « Ces dossiers représentent des milliers de documents », précise Gérard Baumgart. Des « récits de vie » leur sont aussi demandés, pour connaître leur histoire :

« La majorité des personnes préfèrent crever ici que retourner d’où ils viennent. Ils ont une telle peur d’être tués. »

Une famille venue de Bosnie vient d’arriver au camp des Canonniers. Photo : EB / Rue89 Strasbourg / cc
Le couple a quatre enfants. Ils n’ont pas de tente. Photo : EB / Rue89 Strasbourg / cc
La famille ne parle ni le français, ni l’anglais, mais seulement quelques mots d’allemand. Photo : EB / Rue89 Strasbourg / cc
Leur dernier enfant est âgé de 8 mois. Il est désormais le plus jeune du camp. Photo : EB / Rue89 Strasbourg / cc

Des délais administratifs trop importants

Semran et sa femme Anita, 22 ans tous les deux, ont fuit le Kosovo. Ils vivent depuis trois semaines dans le camp des Canonniers avec leur fille d’un an, Sadia. La préfecture leur a proposé un rendez-vous le 5 septembre.

Une autre famille ayant fait sa demande d’enregistrement de demande d’asile le 6 août, s’est vue convoquée à la préfecture le 4 septembre. Or la convocation à l’Ofpra (Office de protection des réfugiés) doit avoir lieu dans les trois jours, ou dans les dix jours en cas de forte affluence.

Aux Canonniers, 20% des migrants ont déjà vu leur demande d’asile refusée par l’Ofpra. « Ils vivent dans la peur continuelle d’être expulsés quand ils voient passer la police », regrette Gérard Baumgart. Une proportion similaire a un rendez-vous fixé pour l’enregistrement de leur demande d’asile. Les autres ont des dossiers en cours d’examen.

Les bénévoles regrettent que l’urgence des situations ne soit pas mieux prise en compte et demandent au préfet « de mettre en oeuvre des mesures particulières » pour ces personnes. Le cas d’une femme enceinte est régulièrement cité en exemple, ainsi que celui d’un homme qui se rend trois fois par semaine à l’hôpital pour une dialyse, et retourne ensuite au camp.

Semran, sa femme Anita et leur petite fille Sadia vivent dans le camp des Canonniers depuis trois semaines. Photo : EB / Rue89 Strasbourg / cc
Le dossier de la famille sera examiné par la préfecture le 5 septembre. Photo : EB / Rue89 Strasbourg / cc
Jusqu’à aujourd’hui, Sadia, un an, était la benjamine du camp des Canonniers Photo : EB / Rue89 Strasbourg / cc

Marie-Dominique Dreyssé, adjointe au maire de Strasbourg (EELV), en charge des solidarités évoque une situation « qui nous préoccupe tous ». Elle rappelle cependant que l’hébergement d’urgence est à la charge de l’État. L’adjointe est favorable au démantèlement mais rappelle :

« Une centaine de personnes est dehors, et quelque soit le contexte, ça doit amener à une réponse d’une autre nature qu’un squat ou du bricolage. »

Strasbourg veut une boutique éphémère d’artisanat en face de la Cathédrale

Strasbourg veut une boutique éphémère d’artisanat en face de la Cathédrale

Un appel à projets propose à des artisans d’occuper de manière temporaire l’emplacement actuel de la boutique Culture.

Implantée depuis 2003, la boutique Culture face à la Cathédrale va déménager. Elle ira sur la place voisine, celle du Château, au sein du futur Centre d’interprétation d’architecture et du patrimoine (CIAP), un lieu obligatoire suite à la labellisation « Ville et Pays d’Histoire » (lire notre article en 2014) qui devait ouvrir dès 2016, mais a été repoussé successivement au gré des arbitrages budgétaires.

Pour occuper l’immeuble au croisement avec la rue Mercière, la Ville de Strasbourg, propriétaire de cet emplacement historique, souhaite dans un premier temps qu’une « boutique éphémère » s’installe pour une durée de 11 mois. À cet emplacement idéal et très fréquenté, elle souhaite que le futur occupant mette en avant « les savoirs-faire remarquables et l’artisanat de l’Eurométropole et de l’Alsace ».

La maison de 1467 à l’angle de la place de la cathédrale et la rue Mercière est un emplacement historique et symbolique Photos : jeffowen / wikimedia commons / cc

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Derrière le compte « Bionic Body », Edgard aux pieds d’argent se reconstruit par la muscu

Derrière le compte « Bionic Body », Edgard aux pieds d’argent se reconstruit par la muscu

Muscles et titane, Edgard John-Augustin est « Bionic Body », un athlète de haut niveau en bodybuilding et star des réseaux sociaux. Amputé des deux jambes à 4 ans, ce Strasbourgeois ne voit pas ses prothèses comme un handicap, mais comme sa « particularité ». 

Edgard est Bionic Body, bodybuildeur de haut niveau. Photo : Emeline Burckel / Rue89 Strasbourg / cc

10h35. Un titan de 110 kilos de muscles fait son entrée dans la salle de sport de la plaine des Bouchers, près du stade de la Meinau. Edgard John-Augustin, 34 ans, est « Bionic Body », un athlète de haut niveau. Ici, tout le monde le connait ou presque. Emma Bald, coach fitness et ostéopathe d’Edgard le décrit comme quelqu’un d’apprécié, de « discret, qui ne se la raconte pas du tout ». 

Pourtant, Bionic Body est une star sur les réseaux sociaux. Son débardeur noir laisse apparaître des pectoraux saillants et des bras impressionnants. Au premier regard, sa taille, 1,94 mètre, et sa carrure feraient oublier un détail : ses prothèses tibiales.

Edgard perd ses jambes à l’âge de 4 ans, dans un accident de la route en Guyane :

« Je dormais dans la voiture. Je me suis réveillé parce que j’entendais les pleurs de ma mère. Quelque chose me piquait, j’étais allongé sur des herbes. Ils m’ont retiré du véhicule et je ne sentais plus mes jambes. En regardant, j’ai vu qu’il y avait du sang partout. C’est le seul souvenir que j’ai de ce jour là. »

Avec sa mère, l’accident reste tabou. « C’est un sujet que j’évite », admet-il. « Elle se sent coupable même si ce n’était pas sa faute et que je ne lui en veux absolument pas. »

Le bodybuildeur s’entraine 6 jours par semaine. Photo : EB / Rue89 Strasbourg / cc
Les séances de musculation durent d’une à deux heures. Photo : EB / Rue89 Strasbourg / cc
L’athlète de haut niveau consacre une séance par groupe de muscles. Photo : EB / Rue89 Strasbourg / cc

De l’étudiant rondouillard au musculeux athlète

Le Strasbourgeois d’adoption se rend à la salle de sport six fois par semaines pendant une à deux heures. Chaque jour, il travaille un groupe de muscles différent. « Une zone du corps par jour, ça tient parfaitement dans le planning de la semaine », rigole l’athlète. Aujourd’hui, focus sur les bras. Edgard s’avance vers la première machine, saluant au passage les habitués qui s’entraînent en même temps.

Bionic Body commence la musculation en 2008, à 23 ans. Il vit alors à Paris et débute des études en BTS commerce. À l’époque, Edgard est « rondouillard » et a du mal à accepter son surpoids :

« Je suis allé dans une salle de sport pour la première fois la veille de mon entrée en BTS, en 2008. J’ai fais une séance d’essai et je me suis inscrit tout de suite. Je n’ai plus jamais lâché. Je voulais me transformer, devenir un nouveau moi. »

Au départ, Edgard cache ses jambes. Il fuit les vestiaires, préférant se changer dans les toilettes. Il porte de longs joggings et évite certains exercices :

« J’acceptais d’être le cliché du mec à la salle, qui ne travaille que le haut du corps. Je faisais comme si ça ne me touchait pas. Je ne travaillais pas les cuisses à l’époque parce que j’avais peur que les prothèses pètent, tout simplement. »

Edgard s’inscrit dans une salle de sport en 2008 à l’âge de 23 ans. Photo : EB / Rue89 Strasbourg / cc
Au départ, il préfère cacher ses jambes. Photo : EB / Rue89 Strasbourg / cc
L’athlète ne travaillait que le haut du corps lorsqu’il a commencé la musculation, de peur que ses prothèses cassent. Photo : EB / Rue89 Strasbourg / cc

Edgard devient Bionic Body

Edgard est alors commercial à Paris. Un jour, une collègue lui parle de son ami photographe qui cherche des modèles athlétiques et atypiques. Le bodybuildeur décide de le contacter.

« Il m’a dit « viens sans te cacher, sans jogging, sans rien ». Il a posté les photos du shooting sur Facebook en me mentionnant. J’ai vu mon application Facebook s’affoler, je ne comprenais pas. Il ne m’avait rien dit ! Je remarque les notifications, je vais voir ce qui se passe et là je vois les photos du shoot. »

Les réactions positives pleuvent. Beaucoup de ses amis découvrent qu’Edgard porte des prothèses. C’est à partir de ce shooting photo qu’il décide de créer ses comptes Facebook et Instagram. Bionic Body est né.

« Je ne sais pas si c’est une coïncidence. Je suis très croyant et je pense que tout est écrit. J’ai très bien fait de le contacter. C’est grâce à lui. D’une sorte de faiblesse, c’est devenu une force. » 

C’est grâce aux réseaux sociaux qu’Edgard rencontre Morgane, sa femme et la mère de son second fils, âgé de 2 ans.  

La vie de bodybuildeur professionnel

Depuis 5 ans, Edgard foule la scène des salons de bodybuilding qui rassemblent des passionnés de la discipline, et enchaine les compétitions. Les athlètes, divisés en catégories de taille et de poids, enchainent les poses en maillot de bain sur une scène, devant un jury de professionnels. Les poses sont imposées, ce qui permet de comparer les concurrents. Sont jugés la masse musculaire, la symétrie, le volume, si le corps est plus ou moins « sec »… des années de travail sont examinées à la loupe.

Bionic Body est devenu professionnel en 2018, grâce à ses sponsors, laissant derrière lui sa vie de commercial. L’athlète compte de nombreux titres dont celui de champion d’Europe en catégorie handisport en 2015. En juin 2019, à New York et Toronto, le sportif concourait parmi les valides. À chaque salon ou compétition, Bionic Body ne passe pas inaperçu, comme au Arnold Classic dans l’Ohio, le jour où Arnold Schwarzenegger le félicite.

« A ma première compétition, ce n’était pas que la fierté d’avoir gagné. Après un régime et une préparation très très dure, avec des moments de doutes, des moments où on a envie de tout lâcher, quand tu arrives sur scène, c’est un sentiment indescriptible. Tu te dis, ça y est, j’ai réussi. Et c’est ça qui nous fait accrocher. »

Edgard est bodybuildeur professionnel depuis 2018. Photo : EB / Rue89 Strasbourg / cc
Bionic Body fait de la compétition de bodybuilding depuis 5 ans. Photo : EB / Rue89 Strasbourg / cc
En juin 2019, Edgard concourait à New York et Toronto parmi les valides. Photo : EB / Rue89 Strasbourg / cc

« Juste un gars sur les réseaux« 

Au moment de changer de machine, Edgard brandit son téléphone et s’approche d’une connaissance. Il s’excuse avant de lui demander de le filmer. Le cadre est approuvé, la prise de vue est validée et quelques minutes plus tard, la vidéo est en ligne. Une poignée de main et un franc sourire en remerciement et l’entraînement peut continuer. 

« Je fais toujours attention, je n’insiste jamais. Je veux bien faire comprendre que je sais que c’est pas très cool, parce une quand tu vas à la salle, t’es pas là pour filmer quelqu’un. Tu as ton entrainement, ton timing, t’as pas que ça à faire. Mais c’est vrai qu’il faut alimenter les réseaux sinon les gens s’ennuient ».

Edgard est suivi par plus de 300 000 personnes sur Instagram et par près de 50 000 personnes sur Facebook. Mais lorsqu’il entend le mot « influenceur », il tique et s’en amuse : « Je ne suis pas un influenceur, je suis juste un gars sur les réseaux ».

L’idée de communauté l’embarrasse également. « C’est vrai que j’ai la chance d’avoir une communauté sur les réseaux sociaux mais je n’aime pas ce mot, je préfère parler de soutiens », souligne Edgard. Parce que Bionic Body, c’est un compte familial. Pas de manager ou de photographe attitré qui le suit partout. 

« Avec ma femme, on a instauré des rôles. Elle check mes mails et m’aide aussi sur les posts, avec les tournures de phrase. Et quand je suis en training, je demande souvent aux mêmes personnes, des gars qui me connaissent, de me prendre en vidéo. Pareil pour les photos : si je ne fais pas appel à un photographe, j’ai mon appareil avec moi et je demande aux gens ». 

Bionic Body est suivi par 300 000 personnes sur Instagram. Photo : EB / Rue89 Strasbourg / cc
Il se fait filmer pendant ses entrainements, pour alimenter ses réseaux sociaux. Photo : EB / Rue89 Strasbourg / cc
Le terme d’influenceur le fait sourire : pour lui, il est « juste un gars sur les réseaux ». Photo : EB / Rue89 Strasbourg / cc

Edgard s’entraîne d’abord pour lui-même. Il ne souhaite pas que son plus grand fils de 9 ans le suive dans la voie du bodybuilding, même s’ »il fera ce qu’il voudra, évidemment, mais je ne veux pas qu’il pense qu’il faut être musclé, pour être bien dans sa vie ». Mais s’il parvient à motiver d’autres personnes, c’est « la cerise sur le gâteau ». L’athlète reçoit quotidiennement des messages de soutien, des témoignages de fans.

« Une fois, deux jeunes qui ont fait deux heures de routes jusqu’ici sont venu faire une séance d’essai en espérant me croiser et on a pu faire connaissance, c’était génial. Dans un salon à Toulouse, j’ai rencontré une jeune fille. Elle s’est mise à pleurer quand elle m’a vue. On a discuté, elle m’a dit qu’elle avait beaucoup d’admiration pour moi. Elle m’a vraiment touché. Tu te rends pas compte de l’effet, de l’impact que tu peux avoir sur les gens en faisant ce que tu aimes. C’est fou. »

Aujourd’hui, Edgard voit ses prothèses comme « une force, un tremplin ». Son public est large, il s’étend au delà du monde du fitness. « Je pense que les gens viennent à cause du message que je véhicule. Ce qui compte c’est que je m’épanouisse, que je fasse ce que j’aime. Et si en plus je peux donner de la motivation, de la force aux gens, tant mieux. Mais je ne suis pas un porte-parole, on a tous nos problèmes ». 

Le visage d’Edgard se crispe, les muscles perlés de sueur se contractent, et l’athlète soulève la barre. La somme des poids atteint 110 kilos. La série terminée, il se redresse, reprend son souffle. Son rituel quotidien est terminé.

Edgard vient de terminer ses dernières compétitions et entame une phase de repos, où il privilégiera plutôt les événements de sponsors et les démonstrations. « Ça fait 5 ans que j’enchaine sans m’arrêter, et même si c’est un très beau sport, il y a d’autres priorités comme ma famille ». Le retour sur scène de Bionic Body se fera dans un peu plus d’un an. « Rendez-vous en 2021 ! ».

#salle de sport

Dans le Strasbourg piétonnisé, passants, terrasses et cyclistes se marchent sur les pieds

Dans le Strasbourg piétonnisé, passants, terrasses et cyclistes se marchent sur les pieds

Plus de voitures, plus de problème ? Si seulement. Dans le centre-ville démotorisé, l’espace désormais libéré occasionne de nouveaux conflits entre piétons, riverains, cyclistes et commerçants. Petite déambulation dans le Strasbourg estival où l’enfer, c’est les autres.

La rue du Maire-Kuss face à la gare : ses livreurs du matin, ses kamikazes en trottinette, ses Deliveroo qui se croient à l’arrivée du Tour de France sur les Champs-Élysées, et son côté impair où fleurissent les terrasses. Une certaine idée de l’enfer pour Karim Hachemi-Osswald, malvoyant de son état.

Franc-tireur dans la défense de l’accessibilité des personnes à mobilité réduite (PMR), Karim se plaint depuis des années des difficultés qu’éprouvent les personnes handicapées à se déplacer en ville. Avec plus ou moins de succès. Il nous a donné rendez-vous près de la gare, après avoir posté un nouveau coup de gueule sur Nextdoor, une application pour les relations de voisinage.

Nous démarrons à peine notre déambulation pour constater les difficultés, que Karim nous montre du doigt les piétons qui circulent en plein milieu de la route. Avec ses trottoirs de 4,50 mètres de large et sa piste cyclable à double sens, la rue du Maire-Kuss fait partie de ces rues où les voitures n’ont plus le droit de passer, sauf livraisons. Mais quand il se retrouve face à une terrasse, bien souvent, le piéton préfère emprunter la voie des vélos plutôt que de passer par l’étroit mais réglementaire espace entre les terrasses et les façades. Quitte à devoir négocier avec les vélos pour ne pas se laisser rouler sur les pieds. Facile quand on a deux jambes. Un peu moins quand on est malvoyant ou en fauteuil.

La rue du maire Kuss, vers la fin de l’happy hour Photo : Pierre Pauma

L’enfer, c’est les présentoirs

Tout au long de la promenade, Karim détaille les terrasses problématiques. Rue du maire Kuss, Grand’Rue, rue du 22-Novembre… Quant à la rue du Jeu-des-Enfants, Karim regrette l’exception faite à la charte des terrasses, qui précise que celles-ci doivent être de plain-pied. Les estrades en bois rendent l’espace difficilement praticable pour les piétons ou les personnes en fauteuils. Entre 9 et 11h, il leur faut cohabiter avec les véhicules de livraisons.

Rue du jeu des enfants entre 9 et 11h. Photo : Pierre Pauma

Bref, Karim a le sentiment d’avoir été oublié avec ceux qu’il défend au moment où la voiture a été chassée du centre-ville :

« On nous a vendu une « Magistrale piétonne » qui irait de la gare jusqu’au Neudorf, mais c’est une escroquerie. L’espace a été donné aux terrasses. On a amené le tourisme de masse dans le centre-ville, et on se sert des piétons comme variable d’ajustement. »

Gabriel Reeb, président de la fédération des aveugles du Grand Est, partage le constat sur le manque de place pour les personnes à mobilité réduite :

« Il y a du mieux à Strasbourg, comme les repères tactiles à hauteur des passages piétons pour traverser en toute sécurité. Mais globalement, il n’y a pas de volonté politique pour faire appliquer la loi. Les commerçants sont tenus de laisser 1,40 mètre de trottoir libre, c’est rarement respecté. Il y a souvent des présentoirs qui encombrent la voie. »

L’enfer, c’est le bruit

Les riverains ne sont pas en reste. La cohabitation avec les touristes et les commerçants n’est pas toujours simple. En témoigne l’Assemblée générale de l’association Petite France du 24 avril dernier. Pour l’adjoint de quartier (et du tourisme) Paul Meyer (la Coopérative/Generation.s), la réunion a vite pris des allures de sermon. Parmi les griefs encore une fois, les terrasses qui tendent à prendre leurs aises. La Grand’Rue est souvent citée. Même chose pour le quai de la Bruche, qui abrite entre autres curiosités, le plus vieil arbre de Strasbourg. Mais difficile de d’approcher le platane de 1667 quand celui-ci est entouré de tables et de chaises.

Sur le quai, les terrasses occupent facilement la moitié de l’espace. Réponse de Paul Meyer ce soir-là : il n’est pas le seul à décider, la voirie n’est pas de son ressort. Du point de vue d’un membre de l’association Petite France, la ville a fait le choix du tourisme :

« L’adjoint de quartier devrait avoir des marges de manœuvre, mais il se dédouane sur d’autres élus. Non seulement, les terrasses empiètent au-delà de ce qui est autorisé, mais en plus elles ajoutent des chevalets qui accentuent la confusion en l’espace public et privé. »

Ajoutez à cela le bruit des touristes ou l’odeur du munster…

Le quai de la bruche Photo : Pierre Pauma

L’enfer, c’est les quais

À peine avons-nous mollement secoué le cocotier marronnier estival, que Jacques Chomentowski en tombe. Le président de délégation du Groupement des Hôteliers, Restaurateurs et Débitants de Boissons du Bas-Rhin et propriétaire du Cocolobo a eu vent de notre enquête et nous contacte directement. Il s’inquiète des procès faits aux restaurateurs et tenanciers des débits de boisson :

« Je me souviens d’une époque où on nous reprochait d’être une ville morte. Et maintenant c’est le contraire. Je ne souhaite pas défendre l’indéfendable, il y a peut-être des terrasses qui abusent en permanence. Mais si on parle de tables qui dépassent de 20 cm entre midi et deux heures parce qu’elles ont été déplacées par les clients… Il faut faire preuve d’un peu de discernement. »

Quand les terrasses dépassent les encoches réservées Photo : Pierre Pauma

Le restaurateur semble regretter que les griefs contre l’ouverture de nouvelles terrasses de ces dernières années comme sur la place d’Austerlitz, ne mettent la municipalité sur la défensive dès qu’il y a création d’une nouvelle zone piétonne : 

« Sur le quai des Bateliers, la première chose qu’on a entendu c’est « il n’y aura pas de terrasses ». Finalement, il y a des terrasses limitées à 22h30. Et en même temps, la ville installe des quais flottants juste à côté, où les gens peuvent s’alcooliser et se mettent en plus en danger. Où est la cohérence ? »

En 2018, le service voirie avait envoyé une soixantaine de rappels à l’ordre, le plus souvent pour des dépassements de terrasses. Cette année, les inspections devraient tomber bientôt. Le 2 août au matin, le patron de l’Artichaut dans la Grand’Rue et sa serveuse regardaient circonspects les nouvelles marques au sol laissées par le service voirie qui font foi. « On a pas encore eu d’inspection, mais ça ne saurait tarder. » Pierre Nonnenmacher, responsable du domaine public à la réglementation urbaine, confirme :

« Jusqu’à présent, les délimitations étaient marquées par des clous, nous avons ajouté de la peinture au sol pour que ce soit plus clair. Et nous faisons régulièrement des exercices d’accessibilité avec les pompiers pour vérifier qu’il reste assez de place en cas d’intervention d’urgence. »

Les marquages au sol définissent la limite autorisée par la Ville de Strasbourg, ici devant la Cathédrale Photo : Pierre Pauma

L’enfer, c’est les vélos

Depuis peu, les autorisations des terrasses sont disponibles en open data sur le site de la ville. Une aubaine pour Karim Hachemi-Osswald, qui jusqu’à présent bataillait ferme pour obtenir les documents d’autorisation de terrasse. Dans la rue du Maire-Kuss, il a remarqué que les terrasses ne laissaient pas les deux mètres de trottoir que leur imposait la mairie. Mais pour Siho Koze, gérant du bar La Potence, c’est aussi une question de sécurité.

« Si je laisse deux mètres de trottoir, les vélos passent entre la façade et les tables. Ici ce n’est pas une rue piétonne, c’est une autoroute à vélos. L’autre jour il y en a un qui a heurté ma femme au poignet alors qu’elle servait la terrasse. Le jour où j’ai un vrai accident et que je vais me plaindre à la mairie, est-ce qu’ils feront quelque chose ? »

Siho Koze, propriétaire de La Potence. Photo : Pierre Pauma

Un poil nostalgique du temps béni où il tenait un kebab dans la Grand’Rue, là où se trouve aujourd’hui le Caupona, Siho Koze se demande si les Strasbourgeois mécontent des terrasses voudraient vraiment revenir en arrière :

« Prenez la rue du 22 novembre : bientôt ça sera piétonnisé, il y aura probablement de nouvelles terrasses… Les gens vont se plaindre aussi ? Curieusement, on ne les entendait pas quand il y avait des bagnoles à la place ! »

Gabriel Reeb, de la Fédération des aveugles, pointe aussi du doigt les vélos et les trottinettes, qui ont parfois une conception bien à eux du code de la route.

« Il faut ajouter à ça les vélos qui encombrent les trottoirs. La première cause d’accident chez les non-voyants et les malvoyants, ce sont les vélos qui sont accrochés n’importe où. »

Un cycliste en roue libre, rue du 22 novembre Photo : Pierre Pauma

La frustration que génère cette cohabitation désorganisée rappelle les propos de Charles, un cycliste strasbourgeois qui ne mâchait pas ses mots contre les piétons qui marchaient sur sa piste cyclable. Et aussi à cet ancien coloc’ cycliste qui râlait sur les piétons dans la Grand’Rue, là où personne ne fait attention à rien. Et à une nouvelle habitante, rentrée de sa première virée de Strasbourgeoise, qui a contrario pestait contre l’omniprésence des vélos…

Mais pourquoi… les trains circulent-ils à droite en Alsace ?

Mais pourquoi… les trains circulent-ils à droite en Alsace ?

Dans la « France de l’intérieur » les trains circulent à gauche selon, le modèle britannique. Mais pas en Alsace-Moselle. Dans cet épisode, « Mais pourquoi » revient sur les raisons historiques de cette particularité régionale. Mais pourquoi les trains circulent-ils de l’autre côté ?

Saviez-vous que dans la majeure partie de l’Hexagone, les trains circulent à gauche, comme en Grande-Bretagne ? Ce n’est toutefois pas le cas en Alsace-Moselle. Dans l’ancienne région du Reich allemand, les trains roulent à droite.

Pour comprendre cette particularité, il faut remonter l’histoire du rail français, de la première ligne ferroviaire du territoire reliant Saint-Étienne à Andrézieux en 1823 (achevée en 1827), à la première annexion de l’Alsace-Moselle, en passant par le Second Empire de Napoléon III et l’essor du chemin de fer français.

Philippe Schwob, de SNCF Réseau Strasbourg et passionné d’histoire ferroviaire, revient sur les raisons historiques de cette particularité régionale méconnue.

Philippe Schwob, passionné d’histoire ferroviaire, détaille les raisons de cette particularité régionale Photo : Emeline Burckel / Rue89 Strasbourg / cc

Adapter la circulation ferroviaire en Alsace-Moselle au reste de la France aurait représenté un coût beaucoup trop élevé lorsque la région retrouve la République en 1918.

Pour passer d’un sens de circulation à un autre, des ouvrages d’art appelés « sauts-de-mouton » ont donc été installés, permettant un changement de côté. Ils sont visibles aux abords de Vendenheim, Sarrebourg, Mutzig, Metz, ou encore Baudrecourt.

Schéma d’un saut-de-mouton Photo : Wikipedia Commons / cc
Exemple de saut-de-mouton près de Vendenheim en Alsace, sur la LGV Est Photo : NB80 / Wikimedia Commons / cc
Exemple de saut-de-mouton Saut-de-mouton près de Waiblingen en Allemagne Photo : NB80 / Wikimedia Commons / cc

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Des livreurs Deliveroo en grève, contre des courses à moins de 3€

Des livreurs Deliveroo en grève, contre des courses à moins de 3€

La plate-forme de livraison de repas à domicile Deliveroo a introduit une nouvelle grille tarifaire fin juillet, supprimant le tarif minimum d’une course. Après une première manifestation à Paris, la mobilisation des coursiers s’étend mais peine à prendre de l’ampleur à Strasbourg.

« J’ai travaillé deux heures avec les nouveaux tarifs et j’ai laissé tomber, c’est trop peu payé ». Jérémy (tous les prénoms ont été modifiés à leur demande), coursier Deliveroo depuis 2 ans, a décidé de limiter son activité sur la plate-forme suite à l’introduction d’une nouvelle grille tarifaire mardi 30 juillet. Elle met fin au tarif minimum de la course, auparavant fixée à 4,20€ à Strasbourg. 

« Avec la nouvelle tarification, ils ont légèrement augmenté le tarif de la course sur des longues distances mais ils ont fait sauter le minimum donc au final, on a perdu en chiffre d’affaires. »

Une centaine de livreurs seraient actifs à Strasbourg, selon les estimations car Deliveroo refuse de communiquer ce chiffre.Photo : Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc

Comme les autres livreurs, le jeune homme de 21 ans a le statut d’auto-entrepreneur. Il ne bénéficie donc d’aucune des protections accordées aux salariés, comme celles notamment liées aux accidents du travail. En outre, 11,5% de son chiffre d’affaires doit lui permettre de payer ses cotisations et charges sociales.

« J’essayais de faire 2 heures le midi et 4 heures le soir. J’arrivais à une moyenne de 700-800€ de chiffre d’affaires. À un moment, je n’ai plus eu le choix, j’ai dû demander de l’argent à mes parents parce que je n’avais plus assez de côté pour payer mon loyer. »

Pour le jeune actif tout juste diplômé pour l’industrie, il était déjà compliqué de s’en sortir avec l’ancienne grille de tarif. « Aujourd’hui, je trouve que c’est sous payé et ça ne m’intéresse plus ». Jérémy est intérimaire depuis un mois, parce qu’ »il faut bien gagner un smic ». 

-50% de chiffre d’affaires

Donald est coursier à plein temps, il travaille 55h par semaine. Le trentenaire constate une baisse drastique de son chiffre d’affaires depuis l’instauration des nouveaux tarifs :

« Avant, j’étais à presque 20€ de l’heure. Aujourd’hui, je tourne à 9-10€. J’ai perdu la moitié de mon chiffre d’affaires. Niveau motivation, c’est plus pareil évidemment. Et les clients sont aussi moins généreux, c’est normal parce que les frais de livraisons sont de plus en plus chers. Je pouvais arriver à 15 ou 20€ de pourboires par jour, mais maintenant c’est plutôt 1€. » 

Le livreur est auto-entrepreneur depuis plus de trois ans. « Comme je suis au plafond, presque 25% de mes recettes vont à l’Urssaf ». Il refuse presque systématiquement les petites courses, car sans tarif minimum, elles ne sont pas rentables :

« Une course qui t’emmène dans un resto à 10 minutes de vélo, ça ne sert à rien de l’accepter. Aujourd’hui, de 11h30 à 15h, j’en ai refusé une quinzaine. Tu vas jusqu’au restaurant, tu attends que la commande soit prête pendant 10 minutes, parfois plus, et ensuite il faut livrer. 3€ bruts pour une livraison entre 20 et 30 minutes… avec les charges, il ne te reste plus rien derrière. » 

Une course proposée à moins de 3€ à un livreur strasbourgeois Photo : Document remis

La nouvelle grille de paiement augmente légèrement la rémunération des courses plus longues. Mais à la fin du mois, les livreurs ne sont pas mieux payés. « Le problème c’est que lorsqu’on s’éloigne du centre, on n’a pas de nouvelle commande dans le coin, donc on fait le retour à perte », soutient Jérémy.

Donald demande un tarif minimal de 3,50€ la course, soit 70 centimes de moins que l’ancien plancher : 

« En tant qu’auto-entrepreneur, on est censé être des chefs d’entreprises. On ne perçoit pas de salaire mais un chiffre d’affaires. Deliveroo, c’est notre client. Et c’est le seul client qui impose ses tarifs aux professionnels, c’est du travail salarial dissimulé en fait. »

La nouvelle grille de tarif Deliveroo a mis fin au tarif minimum de la course Photo : Document remis

Une mobilisation délicate

Arnaud, ancien coursier à vélo Deliveroo de 2016 à 2019, a vu les conditions de travail des livreurs se dégrader au fil des années. Mais le manque de mobilisation à Strasbourg ne l’étonne pas :

« Il y a eu une vague de recrutement il y a un an, et tous les livreurs Uber Eats sont passés chez Deliveroo parce qu’ils ont vu que c’était mieux payé. Et là c’est parti complètement en vrille parce que même si c’était de pire en pire, les mecs d’Uber prenaient juste le boulot parce qu’ils étaient habitués à de pires conditions… »

Arnaud se souvient qu’il y a deux ans « l’ambiance était vraiment meilleure, ça s’est dégradé à une vitesse incroyable ». La livraison à vélo, pour lui, c’est fini : « ils ne risquent pas de me refaire bosser, je préfère rester au RSA. » 

Plusieurs groupes Facebook et discussions groupées en ligne rassemblent la centaine de livreurs Deliveroo de Strasbourg, mais selon Jérémy, une grève n’est presque jamais évoquée :

« C’est compliqué d’organiser des grèves à Strasbourg parce qu’on a une discussion sur Messenger entre livreurs, mais il y a trois “capitaines” qui sont sur cette conversation et qui peuvent faire remonter les noms de ceux qui contestent. »

Les « capitaines », ce sont des administrateurs : des livreurs payés 1€ de plus par course, mais surtout des intermédiaires avec les bureaux parisiens. « C’est par eux qu’on doit passer quand on a des revendications, sinon on n’a aucun contact avec qui que ce soit au dessus », précise le coursier.

Donald est l’un des organisateurs du mouvement de protestation à Strasbourg. Selon le livreur, le week-end du 3 août, ils étaient une quarantaine de coursiers a avoir bloqué l’application : ils s’inscrivent sur un créneau et refusent toutes les courses. Mais beaucoup n’adhèrent pas au mouvement :

« Le problème, c’est qu’à Strasbourg, on n’a pas vraiment de soutien. On n’a pas de syndicat ni de collectif comme Clap 75 à Paris [le Collectif des Livreurs Autonomes à Paris, ndlr]. Les restaurateurs comprennent, mais c’est tout. »

Un autre phénomène rend la mobilisation difficile : de nombreux livreurs louent illégalement leur compte à des sans-papiers, qui ne peuvent pas ouvrir de comptes eux-mêmes sur les plate-formes de livraison :

« Certains livreurs vont quand même aller bosser, c’est comme ça. Et nous, on ne veut pas les en empêcher. Ils ont vraiment besoin de travailler parce qu’ils ont besoin d’argent. Il y a aussi des sans-papiers qui travaillent pour des comptes loués, qui parlent mal et comprennent mal le français. Ce qu’on demande, c’est que les clients boycottent la plate-forme. Il faut que les choses bougent. »

Baignade dans l’Ill : peut-être l’an prochain

Baignade dans l’Ill : peut-être l’an prochain

Dans le cadre de son plan « Strasbourg se jette à l’eau », la Ville entend développer de nombreux projets sur l’eau. Mais patience : la piscine flottante de Strasbourg n’en est qu’au stade de l’appel à projets et le site du Herrenwasser ne devrait pas être ouvert à la baignade avant l’été 2020, voire 2021.

L’idée d’une piscine flottante en plein coeur de l’Eurométropole est évoquée depuis un an, dans le cadre du projet « Strasbourg se jette à l’eau« . Il s’agit de l’une des propositions pour réinvestir les voies d’eau de Strasbourg. Cependant, l’heure n’est pas encore à la construction de la fameuse piscine mais à l’appel à projets, comme prévoyait le calendrier initial, explique Paul Meyer, adjoint au maire de Strasbourg en charge du numérique et du quartier Gare :

« On a identifié qu’il manquait à Strasbourg une piscine flottante comme à Berlin, à Paris ou à Lyon. Le manque de piscines se voit de manière criante avec ce qui se passe chez nos voisins allemands. Du côté opérationnel, on a surtout voulu susciter de l’intérêt. Il n’est pas question de mettre de l’argent public. L’idée, c’est de créer une émulation, des initiatives privées. Et après, nous cadrerons, nous arbitrerons entre les différentes propositions. Pour l’instant, des investisseurs s’intéressent aux projets d’hôtel flottant et de piscine flottante. »

La piscine flottante Badeschiff sur la Spree à Berlin, qui a inspiré l’adjoint au maire Jean-Baptiste Gernet Photo : Wikipédia / Creative commons

Patience, donc. Le projet porté par Jean-Baptiste Gernet et Paul Meyer (La Coopérative) a pour but de « retrouver un rapport à l’eau, en exploitant un potentiel de la ville oublié pendant les années 60-70 ». Installation de pontons du côté des quais des bateliers en juin 2019, la terrasse flottante aux abords du quai de la Saint-Jean… quelques projets ont déjà vu le jour.

En attendant de piquer une tête dans la future piscine flottante, qui se situerait soit dans le bassin de la citadelle, soit du côté du jardin des Deux-Rives, les projets imaginés par les étudiants de l’école d’architecture sont exposés du 9 août au 16 septembre au barrage Vauban.

Vers le retour de la baignade urbaine

Quant au site du Herrenwasser, près de Montage Verte, il redeviendra bien un site de baignade urbaine mais… « l’été prochain ou dans deux ans au maximum ». Le lieu abritait d’anciens bains publics, très prisés jusqu’aux années 50.

Une étude sur la qualité de l’eau a été lancée il y a trois mois, avec des tests de propreté rendus toutes les deux semaines, sur une bande d’1,5 km allant du Herrenwasser jusqu’à l’Elsau. « Les analyses sont extrêmement favorables », souligne Paul Meyer :

« En termes de propreté de l’eau, on est au rendez-vous. On établit patiemment un profil de baignade pour mettre en place un lieu de baignade public avec toutes les normes. »

Jean-Baptiste Gernet, adjoint au maire de Strasbourg en charge notamment de la vie fluviale, insiste sur le fait que la baignade naturelle est un « enjeu important avec le réchauffement urbain », afin de « créer des îlots de fraîcheur ». Mais établir un profil de baignade prend du temps. Les premières analyses dans le secteur du Herrenwasser datent de l’année dernière :

« Nous avions fait des analyse durant l’été 2018 et cet été. Nous ne savons pas encore si des analyses l’été prochain seront nécessaires. À Paris, la ville disposait d’analyses de la qualité de l’eau sur presque 10 ans avant d’autoriser la baignade dans le canal de l’Ourcq. On manque encore d’antériorité… »

Les bains publics du Herrenwasser dans les années 30 Photo : Document remis

Aucun aménagement des berges n’est prévu, « si ce n’est ce qui est réglementaire », souligne Paul Meyer, à savoir des toilettes et des douches financées par la Ville :

« On souhaite par la suite avoir un plan baignade. Rénover les piscines c’est important mais multiplier les lieux de baignade dans la ville l’est également. On a une chance incroyable d’avoir ce rapport à l’eau dans la région, mais quand on voit le peu de lacs autorisés à la baignade dans les Vosges… Se baigner dans les gravières comme les Allemands, c’est un luxe ! L’idée est d’avoir des zones de baignades de plus en plus grandes pour ne pas saturer les sites. »

D’autres sites de baignade naturelle sont à l’étude. La municipalité penche notamment du côté des Deux-Rives ou de l’étang d’Illkirch-Graffenstaden.

Il avait « le matos, » normal pour un… capitaine de police

Il avait « le matos, » normal pour un… capitaine de police

Entre 2003 et 2007, un capitaine de police de Strasbourg, coresponsable de la brigade des stups, remettait sur le marché les saisies de drogues pour alimenter son idylle avec une greffière du tribunal.

En 2007, François Stuber, 46 ans à cette époque, était l’un des officiers les plus décorés du commissariat de police de Strasbourg. Responsable de la lutte contre le trafic de stupéfiants, il connaissait très bien le marché, un peu trop bien en fait.

Car depuis 4 ans, le capitaine Stuber avait franchi la ligne qui sépare les flics des gangsters. Tombé fou amoureux d’une greffière du tribunal de grande instance de Strasbourg, Laurence Hamon, 36 ans à cette date, il s’est mis à courir les casinos entre la France, la Suisse et l’Allemagne et à mener la grande vie avec sa maîtresse dans une version moderne (et moins sanglante) de « Bonnie & Clyde ».

François Stuber et Laurence Hamon ont écumé les casinos français, suisses et allemands… (cliquez pour la vidéo Gangsters d’Alsace)

Pour soutenir ce train de vie qui n’avait plus grand chose à voir avec celui d’un fonctionnaire de la police nationale, il s’est mis à piocher dans les saisies de drogues du commissariat. C’était assez facile, puisque c’est à lui que revenait la tâche de les détruire.

Médaille d’honneur, citations…

En outre, François Stuber était un policier efficace. Titulaire de la médaille d’honneur de la police, sa notation mentionne neuf fois la qualité « supérieure » en 2006 ! Un flic à l’ancienne, du genre à sortir tout seul du commissariat pour ramener le soir même un dealer menotté… Personne ne questionnait les méthodes du flic.

Dans son livre « Nik la stup », l’ancien chef de la brigade des stupéfiants de Strasbourg, Denis Jasek, relate :

« Un accord tacite existait entre le procureur de la République et la brigade des stups : pour les saisies importantes, les résultats des pesées étaient inscrits sur les procès verbaux et la drogue était stockée pour être détruite dans les locaux de la brigade. C’était la faille du système, je n’ai jamais pu imaginer que mon adjoint ne détruise pas les saisies. »

Héroïne, shit, amphétamine, cocaïne… tout y passe. Pour la distribution, François Stuber mettait à contribution Laurence Hamon, chargée de répartir les doses en de plus petites quantités pour la revente. Et pour le réseau ? Là encore, François Stuber avait le bon contact, du moins le croyait-il.

La faille viendra… d’un dealer

Il avait demandé à son indic le plus efficace, Ludovic, d’écouler la drogue : il lui fournit « le matos », à lui d’apporter les clients. François Stuber a permis à Ludovic d’éviter la tôle lors d’une saisie en 2002. Àgé de 25 ans, il ne peut rien refuser au grand flic.

Mais à partir de 2006, leurs relations se tendent : l’activité de la brigade des stups décroit tandis que les besoins d’argent de Stuber ne cessent de gonfler…

Lorsque François Stuber demande à Ludovic d’aller acheter de l’herbe aux Pays-Bas, c’en est trop. Il ne supporte plus la pression que lui fait subir François Stuber, « une vie de chien » dira-t-il aux enquêteurs, et décide de contacter les douanes, dont il est aussi un « aviseur. » Des écoutes sont mises en place sur les deux lignes de François Stuber par l’Inspection générale de la police nationale (IGPN). Trois mois plus tard, en mars 2007, l’information judiciaire se termine avec l’arrestation de François Stuber, Laurence Hamon et de Ludovic.

« Silence de mort au commissariat »

Me Francis Metzger se souvient de son arrivée dans les geôles du commissariat :

« Il régnait un silence de mort. Je croise des policiers que je n’avais jamais vus, venus de Paris… Tout le monde était extrêmement tendu : les policiers se sont sentis trahis par l’un des leurs, le tribunal pareil… Les auditions ont été menées dans une ambiance extrêmement électrique. »

En novembre, François Stuber et Laurence Hamon sont présentés devant un tribunal correctionnel, mais dans la salle de la cour d’assises et avec le président du tribunal de grande instance d’alors à la manœuvre.

Francis Metzger se rappelle :

« Ils ont assumé leurs actes et les dégâts de leur comportement, ils n’ont pas demandé le dépaysement de l’affaire et ont tenu à être jugés par ceux qu’ils avaient trompés pendant toutes ces années. »

Ils ont été condamnés respectivement à 10 et 9 ans de prison pour trafic de drogue, la peine maximale prévue par le Code pénal pour François Stuber. Ils n’ont pas fait appel. Libérés après 4 et 3 ans grâce à des mesures d’aménagements de peine, François Stuber et Laurence Hamon se sont mariés et se sont réinsérés dans d’autres voies professionnelles, toujours en Alsace.

En photos, la balafre du GCO dans le Kochersberg

En photos, la balafre du GCO dans le Kochersberg

Kolbsheim, Vendenheim, Ernolsheim sur Bruche, Stutzheim-Offenheim… Tous ces villages voient leurs forêts, leur champs ou leurs prairies se transformer peu à peu en autoroute. Photoreportage au milieu des machines de Vinci, d’immenses étendues de terre aux airs lunaires… avant la pose du béton.

Fin juillet, un dimanche, un après-midi nuageux. Un photographe hésite devant le chantier du GCO à Kolbsheim. Des barrières et un panneau lui interdisent l’accès à l’immense étendue de terre qui éventre la forêt. Puis il se décide. Malgré ses Vans en tissu, peu adaptées au terrain boueux, il monte la butte puis se retourne.

Un an plus tôt, le même reporter couvrait l’évacuation de la ZAD du Moulin, à quelques centaines de mètres d’ici. « C’est impressionnant. Je ne reconnais presque plus l’endroit », lâche-t-il. Un peu plus loin, un autre curieux reste figé au bord du fossé brun. Se tenant les côtes, il regarde l’étendue de terre brune, comme abasourdi. Voyant le photographe, il tente une blague, comme pour rompre ce silence gênant : « Ils feraient mieux de creuser tout ça avec des pelles ! »

Un décor lunaire

Le GCO traverse la forêt de Kolbsheim, maintenant séparée en deux. Photo : Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc
En fin de journée, le chantier se vide de ses ouvriers. Ici, à proximité d’Ittenheim. Photo : Emeline Burckel / Rue89 Strasbourg / cc
Derrière ce pont en construction, camions et bulldozers s’activent. Photo : Emeline Burckel / Rue89 Strasbourg / cc
A Kolbsheim, au bout de l’étendue déserte, un tractopelle à l’arrêt. Photo : Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc
« Ils feraient mieux de creuser tout ça avec des pelles! » Photo : Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc

L’âge des machines

Sans machine, pas de grands travaux… Photo : Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc
Pause dans les travaux de terrassement. Photo : Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc
Les engins de Vinci. Photo : Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc
A quelques dizaines de mètres d’une ferme, les travaux se poursuivent près de Stutzheim-Offenheim. Photo : Emeline Burckel / Rue89 Strasbourg / cc
La construction du GCO se fait sur près de 300 hectares de terres agricoles… Photo : Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc

Entre nature et béton

Kolbsheim fait partie des communes les plus touchées par le projet autoroutier. Photo : Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc
Quelques militants anti-GCO continuent d’occuper une petite zone à quelques pas des travaux. Photo : Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc
Les engins de chantier garés en ligne en attendant de reprendre du service le lendemain Photo : Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc
Un pont en construction près de Kolbsheim. Photo : Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc
Un autre chantier, en bordure d’Ittenheim. Photo : Emeline Burckel / Rue89 Strasbourg / cc

Percées de béton

Un tunnel en construction à la sortie de Vendenheim. Photo : Emeline Burckel / Rue89 Strasbourg / cc
Photo : Emeline Burckel / Rue89 Strasbourg / cc
Photo : Emeline Burckel / Rue89 Strasbourg / cc

La carte des gares alsaciennes sans guichet, ni distributeur de billets

La carte des gares alsaciennes sans guichet, ni distributeur de billets

Depuis mars 2019, les usagers du TER Grand Est doivent payer une majoration en achetant leur billet à bord… Peu importe si leur gare de départ ne met ni guichet, ni distributeur de billet à disposition. Une mesure discriminante, en particulier pour les personnes âgées et les mineurs qui résident en espace rural. Cartographie des gares alsaciennes sous-équipées.

« On va me punir parce que ma gare n’a pas de distributeur de billet… » Stacy, 17 ans, prend souvent le train pour Urmatt. Elle y retrouve son amoureux, peu importe les risques de contravention. Car la lycéenne risque gros chaque fois qu’elle entre dans le TER. Sans carte bancaire, elle ne peut pas acheter de billet sur l’application SNCF. Début août, face au contrôleur, elle évite de justesse une amende de 100 euros. La jeune fille n’a pas assez d’argent pour payer le nouveau tarif majoré à bord, introduit en mars dernier. Heureusement, l’agent SNCF bricole un prix permettant à l’adolescente de s’en sortir sans contravention…

Cette clémence des contrôleurs reste une exception. Car la SNCF veille à l’application de la nouvelle tarification à bord du TER, décidée en bonne entente avec la région Grand Est. Ainsi, les habitants des communes comme Herbitzheim, Schweighouse-sur-Moder ou Bourg-Bruche ont un accès limité aux tarifs de base des trains. En effet, sans guichet, ni distributeur de billet, ils doivent passer par l’achat sur internet ou par téléphone. Mais qu’en est-il des personnes âgées ne sachant pas surfer sur le web? Qu’en est-il des mineurs sans carte bancaire ? Stacy, jean et basket Nike aux pieds, se demande : « Pourquoi nous on peut pas payer le train comme tout le monde? »

« Sans contrôleur, que feront les voyageurs en cas d’accident ? »

« Sans contrôleur, que feront les voyageurs en cas d’accident ? »

Mercredi 16 octobre, un accident de TER dans les Ardennes en donnait un énième exemple: de plus en plus de trains n’ont plus de contrôleurs à bord. Ils sont ponctuellement remplacés par des agents de la Lutte Anti-Fraude. À cela s’ajoute les nouvelles règles de tarification à bord des TER Grand Est… Un contrôleur raconte le malaise croissant au sein de sa profession.

Stacy, 16 ans, monte dans le train à Saint-Blaise-la-Roche (Bas-Rhin). En la voyant chercher le contrôleur, Alex (le prénom a été modifié) connait déjà la suite. Dans sa gare, l’adolescente n’a aucun moyen d’acheter un billet de train : pas de distributeur de billet, pas de guichet. PANG, en langage SNCF, signifie Point d’Accueil Non Géré. « L’application ne fonctionne pas… », s’excuse la jeune fille. Au lieu de payer son billet 3,70 euros, elle doit payer au minimum 10 euros, selon les nouvelles règles de tarification à bord, en vigueur depuis le 20 mars. Stacy n’a pas assez d’argent. Alors l’agent SNCF ferme les yeux et bricole un tarif permettant à la lycéenne d’éviter une amende de 100 euros… « Je ne vais pas pouvoir faire ça longtemps », annonce l’agent de Service Commercial Train (ASCT).

Jeunes et vieux en difficulté

Le train redémarre, direction Strasbourg. Il tangue parfois au milieu des forêts vosgiennes. Alex regarde le paysage défiler :

« Les usagers prennent ça pour du racket. C’est normal. Les personnes âgées n’ont pas internet, les mineurs n’ont pas de carte bancaire… Comment est-ce qu’ils doivent faire pour avoir un billet si même leur gare n’en propose pas ? »

Depuis mars, la SNCF applique une tolérance zéro pour les usagers du TER Grand Est sans billet. La nouvelle a pris les contrôleurs de court. Sans annonce préalable, une nouvelle tarification à bord est entrée en vigueur. Les agents de contrôle étaient en première ligne… « Tout est fait pour dissuader le voyageur de prendre un billet dans le train, explique Alex. Avec notre nouvel outil, il est impossible de faire payer le même tarif qu’au guichet. On peut utiliser un tarif exceptionnel mais on doit le justifier par la suite… »

Nouvelles règles d’achat à bord des TER du Grand Est.

« Nous rendre inutiles… »

Alex craint la généralisation des trains EAS, pour Equipement Agent Seul. Ces trois lettres symbolisent la fin progressive du métier de contrôleur classique. Car un train EAS peut circuler avec pour seul personnel à son bord le conducteur du train. Depuis 2017, la région Grand Est remplace progressivement les contrôleurs par des brigades sporadiques, la LAF, pour Lutte Anti-Fraude. « Tout ce qui est fait actuellement vise à nous rendre inutiles dans les trains », souffle le contrôleur.

La gare d’Urmatt propose encore des billets de train, mais via un distributeur automatique seulement…

Les portes automatiques se referment après un arrêt en gare d’Urmatt. Au départ du train, Alex doit vérifier que la sécurité des passagers est garantie. Il arpente le long couloir, vérifie la présence d’extincteurs, s’assure que personne n’a fait un malaise aux toilettes ou qu’aucun usager n’importune les autres voyageurs. « Dans les trains, il y a souvent des voyageurs qui s’imposent à des jeunes filles qui n’osent rien dire. C’est aussi mon boulot de les protéger », explique-t-il.

Sécurité au rabais ?

Alex s’inquiète aussi pour la sécurité des usagers. Lorsque tous les trains fonctionneront sans contrôleur, que feront les voyageurs en cas d’accident ou d’agression ? Le contrôleur répond avec un rire jaune, en montrant une affiche fraîchement collée dans le train : « Un danger ou un malaise (…) signalez-le : 3117 » Plus sérieuse, l’agent SNCF continue :

« En cas de retard, nous appelons la gare pour assurer des correspondances. En cas d’accident, nous sommes là pour poser des plots de sécurité, rassurer les voyageurs… Vous voyez un conducteur avec toutes ces responsabilités en plus ? »

Sans contrôleur, en cas d’urgence, il y a toujours un numéro de téléphone à appeler…

Un problème en Alsace aussi

Le 16 octobre 2019, un TER percutait un poids lourd dans les Ardennes. L’accident a fait 11 blessés. Mais le vrai problème, selon le syndicat CGT : le conducteur était le seul agent à bord. Pour Arnaud Feltmann, secrétaire CGT des cheminots en Alsace, le problème touche aussi la région alsacienne :

« Ici aussi, plusieurs accident auraient déjà pu avoir lieu, suite aux trains sans contrôleur et problème d’alerte radio GSMR qui normalement permet d’arrêter tous les trains d’une zone en urgence. En cas d’accident, le contrôleur est formé à la sécurité ferroviaire, pour stopper les circulations, et aussi prendre en charge les voyageurs choqués et ou blessés. »

Anne Corbé, porte-parole de la SNCF, se veut rassurante. Elle évoque tout d’abord les RER en Île-de-France, qui « circule depuis des décennies sans contrôleur à bord. » Puis la responsable communication rappelle la « validation sécuritaire en amont » des trajets. Communication par interphonie du conducteur en cabine aux passagers, voire communication de la gare dans le train directement, pictogrammes invitant à composer le numéro 3117 en cas d’urgence… Selon la communicante, le contrôleur ne garantirait aucun supplémentaire dans le train : « La solution magique n’est pas qu’il y ait un contrôleur en plus dans chaque train. On pourrait très bien imaginer qu’un contrôleur soit touché aussi dans ce genre de situation. »

Mobilisation incertaine

Alex espère qu’une mobilisation reprendra à la rentrée 2019. Mais la dernière grève laisse un souvenir douloureux pour les cheminots. Ils se sont battus pendant des mois contre « des attaques d’une importance sans précédent » sans obtenir gain de cause…

Une autre menace selon le contrôleur : le recours de plus en plus régulier aux intérimaires… « Dans la vente, sur les quais mais aussi pour le contrôle de billets, assure-t-elle, à Nancy, j’ai vu ces jeunes en chasuble violette à la sortie du train. Ils faisaient les premiers contrôles pour rediriger les voyageurs sans billet vers des agents titulaires de la Lutte Anti-Fraude… » Et la femme de conclure : « C’est avec des CDD et des intérims qu’une entreprise rend la grève plus difficile. Les collègues peuvent subir un chantage à l’emploi. »

Un été au cinéma : les films à ne pas rater

Un été au cinéma : les films à ne pas rater

En été, il y a les plages et… les films. Pour ceux qui restent à Strasbourg, voici ma sélection pelliculaire estivale et c’est plutôt bien fourni.

En 2019 encore, le cinéma est l’endroit parfait pour passer un bel été. Si la climatisation des salles strasbourgeoises a convaincu beaucoup de s’y rendre, l’actualité cinématographique justifie de passer des après-midis dans le noir. L’occasion, à la moitié d’un été caniculaire, de faire un premier bilan – non-exhaustif et évidemment subjectif – et d’appréhender un mois d’août chargé en événements et sorties de films.

Parasite

L’actualité dense de l’industrie cinématographique est marquée par Parasite (Bong Joon-Ho) Palme d’or cannoise qui connaît un succès populaire légitime et enthousiasmant. Ce récit d’une famille prolétaire, dotée d’un jeune homme débrouillard, qui s’immisce en douce dans le quotidien de bourgeois naïfs, aveuglés par leur propre condition sociale, a tout pour devenir une fable moderne. Six ans après Snowpiercer : Le Transperceneige, qui traitait déjà de la lutte des classes mais par un traitement plus métaphorique, n’en reste pas moins l’autre face d’une même pièce, celle de la construction d’un discours critique aiguisé sur la détérioration des relations humaines dans un monde capitaliste et surtout américanisé.

Quelle bonne nouvelle que de voir le film dépasser les attentes de The Jokers, son distributeur français, qui le fait doubler en VF avec beaucoup de soin pour ouvrir l’œuvre à un nouveau public qu’elle trouvera sans aucun doute.

Parasite, réalisé par Bong Joon-Ho, distribué par The Jokers

Midsommar

En ce qui concerne le cinéma d’horreur, il y a de quoi être rassuré. Une nouvelle génération prend la relève en réalisant des œuvres qui brillent par leur inventivité, leur discours souvent critique, un humour piquant et par la volonté authentique de raconter des histoires simples, sans se réfugier derrière la prétention d’avoir compris les codes et de les déjouer. Avec Jordan Peele (Get Out, Us) ou Robert Eggers (The Witch, The Lighthouse), Ari Aster en fait partie et a su prouver sa valeur dès le premier long métrage : Hérédité, sorti l’an dernier, frôlait déjà le coup de maître.

Disons-le d’emblée : Midsommar est LE film d’horreur de l’été. L’histoire est celle de Dani, une jeune femme sur le point de rompre avec son petit-ami très peu attentionné. Après un événement traumatique et ne sachant se résoudre à se quitter, ils partent en vacances en pleine campagne suédoise, dans la famille d’un ami de faculté afin de participer, curieux, à une célébration païenne. L’accueil chaleureux de ces hippies homéopathes tourne vite à l’angoisse dès lors qu’il s’agit de rendre à la nature ce qu’elle nous donne, sang et chair compris.

Autant dire que l’annonce d’un deuxième film qui présenterait une secte suédoise en rase campagne laissait présager un traitement savoureux de la part d’Aster. Son style déjà affirmé, qui mélange l’étrange façon Lánthimos, une bande originale anxiogène, des personnages complexes et une conception très concrète du gore, convenait parfaitement pour ce sujet délicat, tarte à la crème du cinéma d’horreur. Cette tentative, toujours radicale, d’horrifier le spectateur en plein soleil fonctionne pleinement et les images de terreur, abondantes, risquent bien de s’imprimer dans nos rétines pour longtemps encore.

Midsommar, réalisé par Ari Aster, distribué par Metropolitan Films

Annabelle 3 : La Maison du Mal

Autre conception de la peur au cinéma, la poupée maudite la plus célèbre de la décennie revient sur les écrans pour un troisième opus. Annabelle 3 : La Maison du Mal ne promettait pas grand-chose, comme à l’habitude des spin-offs de Conjuring. Le premier film, inintéressant, préparait au moins le terrain du deuxième, déjà plus convaincant. Cette dernière aventure de la plus laide et ennuyeuse des poupées a le mérite de partir d’une idée plus alléchante que les autres.

Le film s’intéresse à la maison des époux Warren, dont les pratiques d’exorcistes et de démonologies sont au cœur de Conjuring. Après une chouette introduction où l’on prend plaisir à revoir Patrick Wilson et Vera Farmiga camper leur rôle de chasseurs de démons, la baby-sitter de leur fillette ramène une amie un peu trop curieuse. En fouinant la maison, elle tombe sur la fameuse pièce qui contient tous les objets hantés récupérés par les Warren lors de leurs enquêtes et les active bien évidemment tous, dont la poupée Annabelle.

C’est l’occasion d’évoquer des affaires connues des Warren et certains mythes célèbres de la démonologie. Cette caverne d’Ali Baba des horreurs, centre névralgique du film, est le lieu de scènes particulièrement intéressantes comme celle d’une télévision qui diffuse un futur proche ou l’introspection de la fouineuse qui fait le deuil d’un père qu’elle croit avoir accidentellement tué.

Sans prétention donc, Annabelle 3 : La Maison du Mal enrichit une nouvelle fois le Conjuring-verse, crée par James Wan. Après La Nonne, décevant, et La Malédiction de la Dame Blanche, bien meilleur mais qui a souffert d’une distribution catastrophique en France (le film ne parle pas du tout de la Dame Blanche mais bien de La Llorona, croyance mexicaine populaire), Annabelle 3 se laisse regarder pour qui est friand de la mythologie Warren. Attendons désormais un éventuel troisième épisode de la saga principale, en nous contentant pour l’instant du cinéma d’exploitation façon Wan.

Annabelle 3 : La Maison du Mal, réalisé par Gary Dauberman, distribué par Warner Bros. France.

Tolkien

Les biopics sont des objets filmiques intéressants. Certains arrivent, avec beaucoup de justesse, à rendre des hommages posthumes émouvants tout en conservant une valeur cinématographique par des idées de mise en scènes brillantes et originales (I Walk the Line sur Johnny Cash ou Control sur Ian Curtis de Joy Division). D’autres, plus documentaires, sont écœurants de bons sentiments en oubliant qu’un film n’est pas un album photo nostalgique de beuveries (l’ineffable Amy).

Tolkien n’arrive même pas à être de ces catégories tant il est enrobé de mièvreries et de banalités, alors que l’ambition de raconter la vie de cette homme de lettres était légitime. L’auteur du Seigneur des Anneaux n’est résumé qu’à cette œuvre-ci, dont les quelques représentations – plutôt réussies – sont issues des adaptations filmiques, comme si le film ne s’intéressait qu’à l’auteur-qui-a-inspiré-la-fameuse-trilogie-de-Peter-Jackson.

Enfin, le film psychologise l’écrivain, réduisant son travail minutieux d’universitaire à des traumatismes d’enfance, dans un contexte caricatural de l’Angleterre du début XXe siècle. À ce sujet, l’œuvre prétend se moquer des bonnes manières anglaises mais garde une complaisance amusée avec ce qui reste représenté comme une distinction raffinée de l’élite… Quelle déception !

Tolkien, réalisé par Dome Karukoski, distribué par 20th Century Fox

Spiderman: Far From Home

Enfin, six mois après l’excellent Spiderman : New Generation, Spiderman : Far From Home quitte l’Amérique pour faire voyager Peter Parker, toujours campé par Tom Holland, en Europe dans le cadre d’un voyage scolaire. Le costume laissé à la maison, c’est l’occasion pour Peter d’un break mérité après les événements d’Endgame et de séduire Mary-Jane dans des scènes comiques réussies. Teen-movie plus que jamais, les vacances s’arrêtent brusquement lorsqu’un colosse d’eau attaque Venise avant d’être arrêté par Mysterio, nouvel allié de Spiderman qui va faire ses preuves dans des affrontements spectaculaires.

Après Homecoming, décevant tant ce nouveau Peter était dans l’ombre de Tony Stark, Far From Home est une bouffée d’air frais bienvenue pour conclure cette troisième phase du Marvel Cinematic Universe. Mais la surprise, c’est la richesse des discours, inattendus, sur l’illusion et les images médiatiques, abordant les questions de fake news et de traitement d’informations par la presse. Dans ces nouvelles aventures du Tisseur, l’évolution du personnage, pris dans la toile du simulacre, prend enfin une direction intéressante et dont la résolution, très marquante, ne fait qu’appeler un prochain film plus profond encore.

Spiderman: Far From Home, réalisé par John Watts, distribué par Sony Pictures.

Que voir en août ?

Si ces mois de juin et juillet comportaient bien d’autres films intrigants (Yesteday, de Danny Boyle, Le Daim, de Quentin Dupieux, etc), intéressons-nous désormais à quelques événements d’un mois d’août particulièrement chargé.

Once Upon a Time in… Hollywood

La dernière production de Quentin Tarantino, Once Upon a Time in… Hollywood, qui paraîtra le 14 août, s’intéresse à l’histoire d’une star sur le déclin (Leonardo Di Caprio) et de sa doublure (Brad Pitt), plongés dans une industrie du cinéma bouleversée par une actualité politique dense (Vietnam, luttes sociales).

Dès la bande-annonce, des promesses annoncent un film hommage – comme d’habitude chez Tarantino – à l’ère pré-Nouvel Hollywood (la génération Coppola, Spielberg, Scorsese…). Au cœur de ce tumulte au pays des rêves, le film racontera l’assassinat de Sharon Tate (actrice montante et épouse de Roman Polanski) par Charles Manson et sa famille dégénérée, sujet délicat s’il en est. Mention spéciale à l’apparition de Bruce Lee (incarné par Mike Moh) qui sera un personnage célébré dans le film et dont on souhaite que l’apparition ne se résume pas qu’à une scène, mais dont les premiers retours sont plutôt tièdes. Reste à savoir ce que Tarantino peut dire d’Hollywood et de son affreux monde.

Ce bon copain d’Harvey Weinstein, qui a produit ses films, saura-t-il traiter avec justesse et esprit critique un tel contexte, entaché d’un féminicide et d’un contexte politique chargé ? À n’en pas douter, ce réalisateur boulimique d’images proposera au moins une réflexion, propre à la post-modernité qu’il représente, sur le patrimoine cinématographique qui l’a nourri.

Once Upon a Time in… Hollywood, réalisé par Quentin Tarantino, distribué par Sony Pictures.

Le Gangster, le Flic et l’Assassin

Le même jour, espérons que Le Gangster, le Flic et l’Assassin profite du succès de Parasite pour renouveler l’intérêt français pour le cinéma coréen. Ce thriller est le second long-métrage de Lee Won-tae, nouveau réalisateur qui signe ici son deuxième film, passé en midnight movie à Cannes. Au casting, on retrouve avec plaisir Ma Dong-seok, qui jouait un futur papa bourru dans Dernier Train pour Busan, peut-être le personnage le plus attachant du film.

Cette fois-ci, l’histoire est celle d’un policier qui va s’associer à un chef de gang pour traquer un tueur en série qui a sali la réputation de ce dernier. Si la bande-annonce délivre ses promesses, on peut s’attendre à ce que Le Gangster, le Flic et l’Assassin soit fait du même bois qu’un The Villainess ou A Hard Day, à savoir des productions léchées et dont le spectacle est assuré.

Le Gangster, le Flic et l’Assassin, réalisé par Lee Won-tae, distribué par Metropolitan Films.

Rétrospective Kenji Mizoguchi

Pour qui veut s’intéresser à l’histoire du cinéma, les cinémas Star savent y faire en proposant des rétrospectives de qualité. Après une rétrospective dédiée à Charlie Chaplin, et pendant une autre sur Almodovar, le Star Saint-Exupéry célèbre le cinéma japonais en projetant huit films restaurés de Kenji Mizoguchi.

Ce cinéaste, dont beaucoup de films ont été perdus, en est pourtant un pilier, avec Akira Kurosawa ou Yasujirō Ozu. Son sens esthétique, ses cadres très soignés, son goût du mélodrame – féminin principalement – mais qui refuse la surenchère valent le coup d’œil.

Pour commencer, je vous conseillons son dernier film, La Rue de la Honte (1956) qui traite de la prostitution tokyoïte alors que le pays pense à en interdire la pratique, film magnifique sur le destin de femmes dans un japon d’après-guerre bouleversé par l’occupation américaine. Et pour ceux qui sont en quête de frissons, Les Contes de la lune vague après la pluie (1953) , son chef-d’œuvre, est un film de fantôme qui fait le récit de Genjuro, potier campagnard qui délaisse sa famille pour tenter sa chance en ville. Il est alors séduit par une femme au charme étrange, dame Wakasa. Fable fantastique et mélodrame puissant, ce long-métrage est un film précurseur du film de fantôme à la japonaise mais également une œuvre qui invoque une riche histoire du théâtre, kabuki et nô notamment, déjà hantée par des figures spectrales.

Présentation des huit films de la rétrospective Kenji Mizoguchi orchestrée par Capricci Films.

Deux huissiers mandatés par la Ville de Strasbourg au squat Gruber

Deux huissiers mandatés par la Ville de Strasbourg au squat Gruber

Vers 8h30 ce mardi matin, deux huissiers se sont présentés au squat Gruber, à Koenigshoffen. Ils ont demandé à relever toutes les identités des personnes présentes, ce à quoi le président de La Route Tourne, l’association de fait qui a ouvert cet « hôtel de la rue » au 91 de la route des Romains, s’est opposé :

« Je leur ai dit qu’il n’y avait que la police pour demander l’identité des gens. Ils m’ont répondu que dans ce cas, ils reviendraient avec la police. Alors nous avons fait sortir tout le monde, réveiller les enfants qui dormaient, et j’ai donné mon pseudo, Camille. »

L’hôtel de la rue héberge entre 140 et 150 personnes, dont un tiers d’enfants et de bébés. Les plus jeunes résidents ont pensé qu’il s’agissait de la police.

Entre 140 et 150 personnes logent au squat Gruber, qui affiche complet (Photo PF / Rue89 Strasbourg / cc)
Entre 140 et 150 personnes logent au squat Gruber, qui affiche complet Photo : PF / Rue89 Strasbourg / cc

Les huissiers de justice, mandatés par le tribunal de grande instance de Strasbourg sur réquisition de la Ville de Strasbourg, propriétaire des lieux depuis 2018, ont ensuite effectué une visite des locaux.

Ils ont pris des photos du rez-de-chaussée, des cuisines, des douches, d’une partie des chambres et de la cave, en notant quelles étaient les mesures et dispositifs de sécurité visibles ainsi que les conditions de stockage des denrées alimentaires. Leur visite du bâtiment a duré une vingtaine de minutes.

La veille, tous les bénévoles et les occupants ont tenu une réunion, parfois houleuse, à propos d’un projet d’occupation qui doit être soumis à la Ville de Strasbourg pour déboucher sur une convention d’occupation, le temps que la Ville ait la nécessité de ces locaux.

Deux semaines après, les bénévoles du squat Gruber se découvrent différents

Deux semaines après, les bénévoles du squat Gruber se découvrent différents

Comme prévu, la première assemblée générale des bénévoles et des habitants du squat Gruber, lundi soir, s’est tenue dans une atmosphère tendue. Mais tous les participants se sont rendus compte qu’en deux semaines, ils n’avaient jamais pris le temps d’interroger le projet d’occupation.

La scène se déroule dans un caveau de la rue Gruber, le « Wagon Souk ». Depuis le 22 juillet, bénévoles et résidents de « l’hôtel de la rue », le squat du quartier de Koenigshoffen, ont l’habitude d’y manger. Malgré la fraîcheur de ces lieux enterrés, les esprits sont échauffés dans la soirée du lundi 5 août.

Les échanges ont parfois été tendus entre les porteurs du projet et ceux qui le découvraient...
Les échanges ont parfois été tendus entre les porteurs du projet et ceux qui le découvraient…

« On ne s’est jamais posé… »

Il est 20h ce lundi soir et depuis près de deux heures, environ 80 personnes s’écharpent sur l’avenir du squat Gruber. Un projet d’occupation des locaux, devant déboucher sur une convention avec la Ville de Strasbourg, propriétaire des lieux, cristallise des réactions inquiètes et des critiques acerbes. Et dans ce brouhaha électrique, “Ada” pointe subitement :

« Ce squat est ouvert depuis deux semaines, j’ai l’impression que ça fait trois mois. On a tous les traits tirés, on a tous vécu des situations extraordinaires mais… on ne s’est jamais posé. On a passé notre temps à gérer les urgences. Il faut désormais qu’on réfléchisse tous ensemble à ce que nous voulons faire de ce lieu. »

L’urgence a masqué les différences

De nombreuses personnes se sont mobilisées pour aider les habitants du squat mais elles ne se sont vraiment rencontrées que lundi soir. Unetelle a créé un espace jeux pour les enfants, untel a donné des cours de français, un autre a trouvé des matelas, etc. L’accueil de 140 personnes, dont un tiers d’enfants et de bébés, a généré son lot de besoins immédiats et de problèmes pratiques à résoudre rapidement…

Les habitants du squat ont assisté aux échanges, souvent en simples spectateurs
Les habitants du squat ont assisté aux échanges, souvent en simples spectateurs.

Lorsque quelques personnes ont décidé de rédiger un projet d’occupation, en vue de décrocher une convention d’occupation avec la Ville et ainsi empêcher une expulsion par la force publique, ils l’ont fait sans véritablement associer une partie des bénévoles, comme l’explique Stéphane :

« On a bien fait des réunions mais les gens n’étaient pas là. C’est la première fois que je vois une bonne part de ceux qui ont exprimé des critiques lundi soir… »

« Des maladresses dans la présentation du projet… »

Nadia, utilise un langage contrôlé pour s’exprimer :

« Il y a eu quelques maladresses dans la manière de présenter le projet… »

Tours de parole et traductions ont permis de modérer les débats.
Tours de parole et traductions ont permis de modérer les débats quasiment automatiquement…

Résultat : le projet d’occupation a été perçu par une partie des bénévoles comme une tentative de prise de contrôle du squat et de normalisation alors qu’il est né d’une volonté collective, avec l’ambition d’associer les habitants et de le garder hors des radars de l’Etat. Il aura fallu deux bonnes heures de débats, parfois houleux, pour sortir de ces craintes.

Car finalement, tous les bénévoles sont d’accord sur l’essentiel : les habitants doivent pouvoir exprimer leurs besoins et participer à la gestion quotidienne du lieu. L’ennui, c’est qu’ils parlent géorgien pour la plupart, parfois anglais, et qu’il faudra du temps et beaucoup d’énergie pour mettre en place une forme d’autogestion multilingue…

Une expulsion toujours possible n’importe quand…

Or le temps, c’est ce qui risque de manquer selon Stéphane, l’un des rédacteurs du projet présenté lundi :

« Dans tous nos échanges avec la Ville, on nous indique qu’il n’y a aucun projet attendu et qu’on se retrouvera au tribunal… En outre, la préfecture peut très bien décider toute seule d’expulser les occupants avant qu’on ait pu présenter le moindre projet construit ! C’est pour ça qu’on a travaillé vite… Je veux bien tout traduire mais… il vaudrait mieux ne pas traîner. »

Tenguiz, venu de Géorgie, met tout le monde d’accord en demandant pourquoi on se dispute ?

C’est Tenguiz, géorgien parlant anglais, qui met tout le monde d’accord :

« Quand je suis arrivé en France, on m’a dit les Français sont des gens calmes. Alors calmons-nous, on est tous embarqués dans le même projet ici. Et grâce à vous les Français, des enfants dorment au sec, alors s’il vous plait, arrêtez de vous disputer… »

Vers 20h30, alors qu’il ne reste plus qu’une trentaine de personnes, Edson, « président » de La Roue Tourne, une association de fait constituée après le décès d’une personne sans-abri, et principal instigateur de l’occupation, conclut :

« Bon, alors que tout le monde rédige ses propositions, les fasse traduire, et on les intégrera dans le projet. Puis on intégrera tout ça avant de le transmettre à la Ville. »

Plus tard, alors que les bénévoles se retrouvent dehors et sortent les cigarettes, Edson admettra :

« J’ai compris qu’une partie des bénévoles avait eu l’impression d’être court-circuitée… Et bien entendu, tous ceux qui s’impliquent doivent être en mesure de participer à la construction du projet. Mais c’est juste qu’on n’a pas eu le temps… On n’a pas eu le temps. »

Comment rester ? Réunion décisive au squat Gruber lundi soir

Comment rester ? Réunion décisive au squat Gruber lundi soir

Une réunion de présentation d’un projet pour le squat Gruber est prévue lundi soir. L’objectif est d’opposer à la Ville de Strasbourg, propriétaire du bâtiment à Koenigshoffen, une utilisation rationnelle et sécurisée des locaux. Mais cet effort de pérennisation a fait apparaître des tensions avec une partie des bénévoles et militants, attachés à l’autogestion.

Comment pérenniser le squat Gruber, aussi appelé « Hôtel de la rue »? Pour y répondre, une réunion de « présentation du projet » doit se tenir ce lundi 5 août à 18h. Bénévoles, militants et résidents devront débattre de la destination de ce bâtiment de Koenigshoffen, propriété de la Ville de Strasbourg depuis 2018, inoccupé depuis plusieurs années.

Deux visions du projet s’affrontent : d’un côté, l’idée d’un lieu “autogéré par ses habitants” comme la Maison du peuple à Nantes, et de l’autre, un modèle inspiré des Grands Voisins à Paris, qui abrite des bureaux d’associations, artistes, artisans, en plus d’un centre d’hébergement et d’un accueil de jour pour les demandeurs d’asile. 

Squat autogéré ou centre d'hébergement sous convention avec la Ville de Strasbourg ? Les bénévoles et habitants de l'hôtel de la rue Gruber décident lundi soir. (Photo Emeline Burckel / Rue89 Strasbourg / cc)
Squat autogéré ou centre d’hébergement sous convention avec la Ville de Strasbourg ? Les bénévoles et habitants de l’hôtel de la rue Gruber décident lundi soir. Photo : Emeline Burckel / Rue89 Strasbourg / cc

Un projet gardé secret

La réunion de lundi soir doit permettre de dévoiler aux bénévoles et aux occupants un projet d’utilisation des locaux et une convention d’occupation avec la Ville de Strasbourg. Un comité de pilotage de trois personnes a rédigé ces textes durant le week-end. 

Le projet prévoit d’aménager 4 appartements partagés, de 6 à 8 chambres chacun et de dédier une partie de l’espace disponible au rez-de-chaussée à des bureaux pour des “associations partenaires”. Un café avec une petite restauration serait également installé au rez-de-chaussée, avec une terrasse, pour construire un lien avec le quartier et accueillir les habitants de Koenigshoffen. 

Objectif : éviter l’expulsion

Selon plusieurs rédacteurs de ce texte, “l’objectif est d’éviter une expulsion car une plainte pour occupation illicite a été déposée par la Ville de Strasbourg. Nous voulons qu’ils la retirent, en se basant sur la démonstration de notre capacité à gérer ce lieu dans de bonnes conditions d’accueil et de sécurité.”

Un autre confirme : « C’est vrai qu’il y a beaucoup de bénévoles, mais on sait bien que les bonnes volontés s’essoufflent avec le temps. Il faut pouvoir construire des plannings, assurer la sécurité, etc. » Le modèle est donc celui de la Maison Mimir à la Krutenau, dont l’histoire a démarré avec un squat en 2008, avant que les occupants ne trouvent un accord avec la Ville de Strasbourg et signent une convention d’occupation. 

Des discussions avec la Ville

Adjointe au maire en charge des solidarités, Marie-Dominique Dreyssé (EELV) confirme que des discussions sont en cours : 

« Nous n’attendons pas de projet de la part des occupants du bâtiment. Mais nous leur avons expliqué que nous prenions acte de l’occupation, qu’une plainte avait été déposée et que lorsque nous serons devant le tribunal pour décider de leur expulsion, ils auront intérêt à avoir un projet cohérent et solide… Lorsque Mimir s’est constitué, les allers-retours ont été constants jusqu’à ce que nous soyons satisfaits et rassurés quant à la destination des lieux. Là, on n’a même pas encore d’interlocuteur… »

Une opacité néfaste

Et pour cause, une partie des bénévoles a appris l’existence de ce projet après sa rédaction… D’autres ont depuis plusieurs jours quitté la gestion du lieu, en dénonçant des méthodes autoritaires et des intérêts masqués. Il est question d’un don important en provenance d’un mécène strasbourgeois… Selon l’intéressé, aucun don n’a été réalisé, d’autant que l’association La Roue Tourne n’a pas encore de compte en banque. Ses statuts sont en cours de rédaction.

Plusieurs bénévoles dénoncent un projet « rédigé en catimini ». Lors de la première semaine d’occupation, volontaires et résidents ont tenu une assemblée générale. Peu après, une réunion a eu lieu pour rédiger une convention d’occupation. Plusieurs militants sur place regrettent de ne jamais pu avoir participer à ces discussions. “Ça nous donnait l’impression que les AG permettait d’avoir une démocratie de façade”, souffle l’un d’eux. 

Plusieurs bénévoles ont décrit une gestion opaque du lieu, où les rédacteurs de la convention d’occupation ne sont pas des volontaires connus des bénévoles sur le terrain. Avant la réunion de présentation du projet, ils sont nombreux à s’inquiéter du contenu de ce document. 

Des militants évincés

Selon nos informations, le président de l’association La Roue Tourne a aussi interdit la venue de trois militants strasbourgeois, venant des associations D’ailleurs Nous Sommes d’Ici et La Cariole. Pour une bénévole, l’opacité qui entoure la structuration du lieu est néfaste : 

« Moi même je suis très méfiante désormais… On s’aperçoit qu’il y a soudainement plusieurs personnes qui travaillent dans l’immobilier qui s’intéressent à ce bâtiment, à la valeur patrimoniale incontestable. Donc s’il y a un mécène dans cette histoire, qui est-il et quel est son intérêt ? »

Difficile de se montrer critique face au « président » de l’association La Roue Tourne. Edson rappelle constamment aux bénévoles son passé de SDF. “C’est la politique du premier concerné, décrit un militant strasbourgeois, ça permet de couper court à tout débat avec un argument d’autorité.” Un autre volontaire décrit aussi l’impulsivité d’Edson : « Il a pu menacer de tout casser dans l’hôtel parce que quelque chose ne lui convenait pas… »

« La Roue Tourne contrôlera le projet »

Le « président » de La Roue Tourne rejette les critiques qui lui sont adressées. Pour Edson, plusieurs bénévoles se sont « dégonflés » au moment de l’ouverture du squat : « Ce sont les egos qui s’expriment maintenant », conclut-il. 

Pour la réunion d’information, l’ancien SDF se montre un peu plus flexible sur le contenu de la convention. Mais il tient à rappeler : 

« Cette convention, c’est une idée de La Roue Tourne. Le but, c’est de déposer un projet fin août, début septembre. Il peut y avoir des modifications mais sur le principe général du bâtiment, c’est nous qui avons ouvert, c’est La Roue Tourne qui contrôlera le projet. »

Confronté aux craintes des bénévoles vis-à-vis de l’influence d’un investisseur, ou de la mairie, Edson rejette encore en bloc les accusations : 

« Ils ont peur qu’on soit corrompu par la Ville mais c’est mon projet. Personne n’a d’influence sur mon projet. Si on est aussi catégorique avec les militants, on le sera aussi avec la mairie. J’assume ce projet tout seul. C’est moi qui ai donné toutes les idées, issues de mon expérience de huit ans à la rue. »

Mais pourquoi… le quartier de la Petite-France porte ce nom ?

Mais pourquoi… le quartier de la Petite-France porte ce nom ?

Quartier typique de Strasbourg, la Petite-France est la carte postale alsacienne par excellence. Dans cet épisode, « Mais pourquoi » s’intéresse à ce haut lieu du tourisme Strasbourgeois. Mais pourquoi le quartier de la Petite-France se nomme ainsi ?

La Petite-France fait partie des lieux touristiques incontournables à Strasbourg. Aussi célèbre que la cathédrale, le quartier attire chaque année de nombreux curieux, venus découvrir les maisons à colombages qui datent des XVIe et XVIIe siècles. Mais savez vous d’où ce quartier emblématique tire son nom ? Le guide touristique Rodolphe Cattin répond à cette question.

Le guide touristique Rodolphe Cattin, lors d’une visite de la Petite France Photo : Emeline Burckel / Rue89 Strasbourg / cc

Pour comprendre d’où le quartier tient son surnom, il faut remonter à l’époque médiévale, lorsque la Petite-France était encore le quartier des tanneurs. Les greniers ouverts des maisons à colombages servaient alors à faire sécher les peaux des tanneries. Mais alors, pourquoi ce nom de « Petite France » ? Réponse dans cet épisode.

La Petite-France avec la Maison des Tanneurs à droite, et son grenier ouvert pour faire sécher les peaux  Photo : Emeline Burckel / Rue89 Strasbourg / cc
Quartier de la Petite-France Photo : Emeline Burckel / Rue89 Strasbourg / cc

Nous attendons vous suggestions ! Les questions que vous vous posez sur Strasbourg pourront faire l’objet d’un nouvel épisode de « Mais pourquoi ».