La Ville de Strasbourg bloque une nouvelle fois un espace public après l’évacuation d’un camps de sans-abris, pour la plupart demandeurs d’asile. C’est la cinquième fois moins de deux ans que cette réponse est apportée.
Le lendemain de l’évacuation du camp dit « des Canonniers » mardi 28 août, la troisième en 2019, le terrain vague est en passe d’être stérilisé. Ce triangle de terre, situé précisément rue Paul Dopff à côté de la rue des Canonniers au Neuhof, a fait l’objet de plusieurs occupations de sans-abris, qui y dormaient sous tente.
Le 27 août, 208 personnes dont 74 enfants, ont été prises en charge et orientées vers des structures dédiées aux demandeurs d’asile partout en France, le temps de l’examen de leur demande (environ 150 personnes avaient été identifiées comme vivant sur place). Mercredi 28 août, des piquets de bois de plus d’un mètre entourent cette parcelle d’herbe qui compte une quinzaine d’arbres. Deux fils de fers tendus relient certains en haut et en bas. Plus personne n’était sur place vers 16h30. Le lendemain, les poteaux posés ont été complétés par d’autres morceaux de bois pour créer une palissade.
Piquets de bois et fils pour éviter de nouvelles installations aux Canonniers Photo : JFG / Rue89 Strasbourg La Ville innove, après les blocs de béton et les blocs de grillage, elle utilise des palissades en bois. Photo : remise
Certains riverains de la rue de Châteauroux, contiguë de cette parcelle, avaient formulé une demande en ce sens au printemps, sans obtenir de réponse favorable. Le jour de l’évacuation, l’adjointe de quartier Annick Neff (PS) laissait entendre qu’elle n’était pas opposé à un tel aménagement dissuasif (« On va déjà nettoyer le terrain et replanter le gazon et peut-être ajouter une glissière souple », nous répondait-elle), contrairement à l’adjointe en charge des Solidarités, Marie-Dominique Dreyssé (EELV).
Le café 58, voisin de l’endroit et qui a participé aux gestes de solidarité en améliorant le quotidien des occupants (eau, toilettes, électricité) n’a pas effectué de demandes en ce sens, nous a confirmé son gérant. L’occupation à répétition des espaces publics à ce carrefour à l’entrée du Neuhof (voire plus bas) s’explique probablement par la proximité avec l’ancien hôpital militaire Lyautey, où il existe quelques places d’hébergement d’urgence, notamment en hiver.
L’espace fermé
En rouge, le triangle de terre utilisé par des sans-abris au campement dit des Canonniers. L’espace est délimité par la route, un café, des habitations et les rails du tramway. Photo : capture d’écran Google maps Un café et des immeubles de moins de 10 ans jouxtent cette petite parcelle. Photo : JFG /Rue89 Strasbourg
Cinq verrouillages depuis l’automne 2017
Ce n’est pas la première fois qu’un espace public est neutralisé suite à une occupation de sans-abris, souvent des personnes demandeuses d’asile venues de l’Europe de l’Est (Balkans et ex-URSS).
La même méthode avaient été employée à l’automne 2017 sur les terrains rue du Rempart derrière la Gare. Fin 2018, le trottoir rue des Canonniers, occupé plusieurs fois depuis la fin 2017, a aussi été remplacé par des blocs de béton. En face, le square des Canonniers, occupé à l’été 2018, le portillon a été surélevé et une chaîne à cadenas ajoutée, pour fermer cet espace le soir (20h en hiver, 22h en été), ce qui relève de l’exception à Strasbourg. Au quai de Malte près de la Petite France, des clôtures (plus basses qu’aux Remparts) ont été installées en janvier 2019 suite à une évacuation semblable.
L’entrée du square des Canonniers, avant après
Le square des Canonniers en mars 2018, un simple petit portail Photo : Google Streetview Le square des Canonniers en 2019, un portillon plus haut et une chaîne (à gauche) qui peut se fermer via un cadenas Photo : Google Streetview
Ces repoussoirs n’ont pas évité la formation d’autres camps de sans-abris, à d’autres endroits. En un an, le nombre de personnes prises en charges via l’évacuation de camp ou désormais « au fil de l’eau » a presque quadruplé (de 274 en 2018 contre 796 à la date du 27 août 2019). D’autres installations similaires existent à Strasbourg, notamment à l’ouest de la ville.
Le collectif des Canonniers annonce qu’il compte « inform[er] le réseau des Villes « solidaires » dont Strasbourg fait partie pour en dénoncer les agissements locaux » et propose « à cette instance de réexaminer une telle candidature si un changement ne survient pas de suite. »
Du street art, du hip h’opéra et bien sûr des films fantastiques. Tout ça, c’est dans 89dB, le rendez-vous mensuel de la team radio de Rue89 Strasbourg. Daniel Cohen, directeur artistique du Festival européen du film fantastique est notre invité en direct du Cinéma Star.
La rentrée culturelle s’annonce chargée à Strasbourg ! Alors qu’un nouveau festival de street art voit le jour en septembre, danseurs de hip-hop et de ballet se rencontrent à l’opéra. Tradition oblige, le douzième Festival européen du film fantastique de Strasbourg (FEFFS) revient rythmer la fin de l’été dans la capitale alsacienne.
Rendez-vous vendredi 30 août à 18h pour l’enregistrement de 89dB, l’émission de radio de Rue89 Strasbourg en direct du Cinéma Star. L’événement est aussi à suivre sur notre page Facebook.
Le programme de l’émission
Le Festival européen du film fantastique de Strasbourg, l’incontournable du mois de septembre
Du 13 au 22 septembre le FEFFS investit les cinémas Star, Vox et UGC, mais aussi le Shadok pour la partie jeux vidéo et réalité virtuelle.
Des réalisateurs du monde entier viennent présenter leurs films parfois flippants, parfois légers, du film d’époque au cinéma d’animation en passant par les documentaires. Le tout sans oublier ses événements telle la marche des zombies, la Gruselnacht au musée Alsacien, les rencontres et autres expositions.
Dans 89dB, on décortique le programme du FEFFS avec son directeur artistique, Daniel Cohen.
Colors, naissance d’un festival de street art à Strasbourg
Il porte parfaitement son nom. Colors va vous en mettre plein les yeux du 6 au 29 septembre. Pendant un mois, 16 graffeurs européens vont transformer plusieurs lieux de l’Eurométopole à commencer par le garage de l’hôtel Graffalgar. Cela fait un mois qu’ils s’attellent à métamorphoser ce hangar de 500m². Le résultat sera dévoilé au grand public le vendredi 6 septembre à 18h.
On a pu aller jeter un petit coup d’œil en avant-première, guidé par Julien Lafarge et de Stom500 directeurs artistiques du festival. On vous raconte tout dans 89dB !
Hip-h’opéra, la rencontredu hip-hop et du ballet
Le temps d’une soirée, deux univers, deux styles vont fusionner et ne faire plus qu’un. La compagnie Illusion Crew et le Ballet du Rhin se retrouvent ensemble sur la scène de l’Opéra national du Rhin le 6 vendredi septembre à 20h.
89dB vous emmène dans les coulisses de ce spectacle original et audacieux.
La fine équipe de 89dB est de retour vendredi 30 août ! Photo : JFG / Rue89 Strasbourg
L’agenda du mois de septembre
Après l’été toujours un poil ronronnant, les soirées strasbourgeoises repartent sur les chapeaux de roues une fois la rentrée passée. Vos meilleurs idées de sorties sont répertoriées à la fin de 89dB !
Reformé à l’été pour la troisième fois de l’année et la quatrième en moins d’un an, le camp de sans-abris rue des Canonniers à Strasbourg a une nouvelle fois été démantelé ce matin.
C’est devenu un événement qui rythme la vie strasbourgeoise plusieurs fois par an. Avant la rentrée scolaire, les services de l’État et de la Ville de Strasbourg, ont démantelé en début de matinée ce mardi 27 août un camp de personnes à la rue, pour la plupart migrantes et demandeuses d’asile venues d’Europe de l’Est.
En dépit de l’occupation de « l’Hotel de la rue » à Koenigshoffen (voir nos articles) depuis la fin juillet, où environ 150 personnes dans diverses situations ont trouvé un toit, la même proportion de personnes, 150, s’était progressivement installée au camp dit « des Canonniers », à l’entrée du quartier du Neuhof depuis le 15 juillet. Après plusieurs jours, un accès à l’eau et deux toilettes avaient été installées par la municipalité. La dernière évacuation de ce lieu datait du 18 juin.
L’évacuation débutée vers 8h s’est déroulée dans le calme Photo : phot JFG / Rue89 Strasbourg
Gymnase puis hébergement temporaire
Selon le processus habituel désormais bien rôdé, les personnes présentes ont été acheminées avec leurs effets personnels en camionnette vers un gymnase voisin de la municipalité, celui de la rue des Vanneaux. Puis les personnes sont réparties dans des structures temporaires dédiées aux demandeurs d’asile, du Bas-Rhin ou d’autres départements français, le temps de l’étude de leur demande, de l’ordre de plusieurs mois. Les familles venaient notamment de Macédoine, d’Albanie, de Géorgie, du Kosovo ou de Russie quand elles sont Tchétchènes. En France, les pays des Balkans sont classés comme « sûrs » et une majorité de demandes, de l’ordre de 80%, sont refusées.
Environ 74 enfants faisaient partie du camp strasbourgeois et l’objectif de la répartition de ce matin est de leur trouver une adresse pour rentrée. Une vingtaine de personnes de la municipalité et une douzaine de la préfecture ont été mobilisées, ainsi que des interprètes.
Deux navettes gérées pour la municipalité ont assuré les allers-retours vers le gymnase à proximité. Les personnes prises en charges sont identifiées via un bracelet. Photo : JFG / Rue89 Strasbourg
Près du quadruple d’évacuations entre 2018 et 2019
Présente sur place, la directrice départementale déléguée de la cohésion sociale du Bas-Rhin, Isabelle Guyot rappelle le fonctionnement :
« Les agents de l’État déplacés dans le gymnase identifient les situations pour trouver une solution sous un à deux jours dans les différentes structures dédiées aux demandeurs d’asile en France. Personne ne sera à la rue ce soir, ni demain. »
Avec un tableau récapitulatif à la main, elle documente l’augmentation croissante de ce type d’opérations à Strasbourg. Là où 274 personnes ont été pris en charge de cette manière en 2018, (auxquelles ont peut ajouter les évacuations des Remparts et déjà des Canonniers fin 2017), le total était déjà de 410 en 2019, avant cette évacuation du 27 août, qui a ajoutée 208 personnes suite à un décompte terminé dans l’après-midi. Selon plusieurs professionnels du milieu, des individus qui ne dormaient pas sur place se sont signalés à cette occasion pour être considérés dans les propositions de relogement. Ce qui explique la différence entre les 140 à 150 personnes recensées jusque-là et le total du jour.
La dangerosité en raison de la proximité pour les enfants de la route et du tramway, sans protection. Photo : JFG / Rue89 Strasbourg
Vers une nouvelle gestion
De plus, depuis le mois de juin, la Préfecture a aussi mis en place une gestion dite « au fil de l’eau » en lien avec la municipalité. L’objectif est que dès qu’une poignée de tentes sont repérées, des solutions à petite échelles soient proposées plus rapidement, plutôt que privilégier les évacuations massives. Si elle a permis la mise à l’abri de 176 personnes supplémentaires, soit 794 personnes au total en 2019, ce rythme a néanmoins été moins soutenu que l’agrandissement progressif du camp des Canonniers cet été.
Adjointe en charge des solidarités, Marie-Dominique Dreyssé (EELV), revient sur cette nouvelle approche, bien qu’insuffisante :
« Nos services en contact avec le public font une veille permanente sur le territoire et les services de l’État ont un peu changé de stratégie. Normalement, les réponses d’hébergement sont différentes selon la situation et la composition des familles à la rue. Pour enrayer le phénomène, on essaie de proposer une solution dès que les personnes sont identifiées comme vulnérables. Le combat politique est de changer les règles. Tout le monde y gagne à fluidifier la prise en charge. »
Avant cette évacuation du 27 août, la proportion de personnes prises en charge de la sorte depuis 2018 était d’environ 75% de demandeurs d’asile qui doivent être logés le temps de l’examen de leur demande, 16% de déboutés, parfois reconduits aux frontières ou régularisés au fil du temps (selon les critères de la circulaire Valls), 7% de « Dublinés », c’est-à-dire enregistrés dans d’autres pays de l’Union européenne où doit est étudié leur demande. Enfin, 2% sont dits de « droit commun », c’est-à-dire de nationalité française ou européenne qui ont le droit d’être logés dans d’autres structures, via d’autres procédures.
Pour cette famille macédonienne, la prise en charge est un soulagement Photo : JFG / Rue89 Strasbourg
L’avenir du site en question
La formation du camp de manière rapprochée laisse des riverains de la rue de Châteauroux, voisine de ce petit triangle de terre, désarçonnés. Lassés par les sollicitations, les feux, le bruit ou l’impossible hygiène dans un si petit espace sur-occupé, certains résidents ont demandé que la parcelle soit « inoccupable » à l’avenir. « Nous n’avons pas à subir les conséquences d’une politique migratoire désastreuse », estime l’un d’eux, Marc (prénom modifié), même s’il convient que l’éventuelle reformation de camps similaires dans des endroits plus visibles « ne règle nullement la situation de ces personnes en détresse ».
Pour Marie-Dominique Dreyssé, grillager n’est pas la solution :
« Cela revient à bloquer un espace, pour quoi faire ? Il faut qu’un espace ait une fonction. Mais ce n’est pas moi qui décide, ni la direction que je chapeaute qui paie. »
De l’eau potable avait été ajouté par la municipalité après plusieurs jours Photo : JFG / Rue89 Strasbourg
Le maire Roland Ries (PS) avait assumé fin 2018 la pose de blocs de béton sur le trottoir voisin, où plusieurs camps s’étaient formés en 2017 et 2018. Mais cela n’empêche pas le réapparition d’installations similaires, celle des Canonniers étant un exemple.
L’adjointe de quartier, Annick Neff (PS) est quant à elle plus partagée sur la suite à donner :
« Il y a d’un côté un désir de s’occuper de ces gens au mieux. Mais cela se heurte à la difficulté d’associer les coutumes. Il y a deux squares à proximité mais ce n’est pas l’habitude pour les mères d’aller seules avec les enfants et restent sur cet espace dangereux avec la proximité de la route et du tram. C’étaient des gens propres, mais il est difficile de maintenir le site en état quand on est si nombreux. On va déjà nettoyer le terrain et replanter le gazon et peut-être ajouter une glissière souple. Sur ces sujets, c’est à l’Europe de faire son travail. »
Deux camionnettes pour 9 personnes ont enchaîné les allers-retours, toute la matinée. Photo JFG / Rue89 Strasbourg
Le collectif des « Canonniers », qui plaide pour une prise en charge plus rapide et interpelle régulièrement les autorités, rappelle que « d’autres campements similaires existent encore à Strasbourg » et que « les bénévoles ne peuvent être partout à la fois ». Vers 10h30, l’évacuation se termine, une grande tente bleu que le collectif avait acheté avec l’aide d’une paroisse est démontée. Son occupant est introuvable. Elle sera stockée provisoirement dans le café voisin. Elle risque amenée à resservir, faute de mieux.
Du 13 au 22 septembre, le festival européen du film fantastique proposera 158 projections dans quatre cinémas de Strasbourg. Au programme : horreur, science-fiction mais aussi thriller, documentaire et comédie noire…
Des gardiens de phares fous, une artiste sous LSD augmenté, un très sérieux « Temple satanique » ou une course-poursuite avec un monstre… Du 13 au 22 septembre, le festival européen du film fantastique propose une programmation en roue libre. Pendant 10 jours, les cinémas Star et Star Saint-Exupéry, Vox et UGC Ciné-Cité proposeront 158 projections en tous genres : long-métrages fantastiques, d’animation, thrillers érotiques, horreurs, sciences-fictions… et même une soirée de « mauvais films aux budgets dérisoires ». Petit aperçu du programme cinématographique dévoilé ce mardi 27 août par Daniel Cohen et Consuelo Holtzer, les deux directeurs artistiques de l’événement.
Fantastique, horreur et comédie
La compétition internationale propose des films comme « The Beach House », où un couple parti en amoureux à la plage doit faire face à des extraterrestres. « Come to Daddy » relate d’une retrouvaille entre un père et son fils… mais la réconciliation tourne au thriller-comédie gore. La programmatrice Consuelo Holtzer ne cache pas son goût pour la satire « In Fabric », une « sorte de Desperate Housewives sous acide ».
Extrait de « The Beach House », ou comment une virée en amoureux tourne au cauchemar avec des extraterrestres.
Une autre compétition, « Crossovers », rassemble des films de genres très variés. « Domestique », du réalisateur tchèque Adam Sedlak, est un huis-clos glauque où un couple met tout en œuvre pour parvenir à leurs rêves : lui de devenir cycliste professionnel, elle de tomber enceinte… Le programmateur Daniel Cohen recommande vivement le long-métrage de Riley Steans, « The art of self-defense ». Un gringalet effacé, récemment battu lors d’une bagarre, décide d’intégrer un club dirigé par un drôle de gourou… Il y a un enfin un film au titre délicieux : « Dogs don’t wear pants » où le spectateur rencontre un père de famille veuf, qui découvre le BDSM. « Les scènes sont très sensorielles », promet Daniel Cohen.
Un père de famille veuf découvre le BDSM dans « Dogs don’t wear pants » Photo : Document remis
Animation et séances nocturnes
Depuis 2018, le festival propose aussi une compétition de films d’animation. Dans « L’extraordinaire voyage de Marona », une petite chienne se souvient de sa vie et ses différents maîtres suite à un accident. Le long-métrage de Lorenzo Mattotti « La fameuse invasion des ours en Sicile » raconte la réaction des ursidés suite à l’enlèvement d’un ourson par des chasseurs. Dans « J’ai perdu mon corps », le réalisateur français Jérémy Clapin raconte l’histoire d’une main qui s’échappe d’un labo pour retrouver sa place initiale.
Une main à la recherche de son corps, par le réalisateur français Jérémy Clapin. Photo : DM
Les cinéphiles noctambules pourront profiter de la catégorie « Midnight movies ». Huit films seront projetés aux alentours de minuit tout au long de l’événement. De quoi se faire peur au beau milieu de la nuit avec « Aquaslash », un film d’horreur qui prend place dans un parc aquatique occupé par un tueur en série aux longues lames de rasoir. Dans le même bain, « The pool » raconte l’histoire d’un directeur artistique piégé dans une piscine où rôde un crocodile…
Cohabitation forcée avec un croco dans une piscine désaffectée. Une heure trente de tension insoutenable Photo : DM
Documentaires et rétrospectives
Le festival ne manque pas d’éclectisme. Pourtant, des « séances spéciales » ont aussi été programmées : documentaire sur la consommation ininterrompue de séries « Binge Mania », sur les adeptes du « Temple satanique » et leur combat pour la justice sociale « Hail Satan? » ou encore « Red 11 », long-métrage du réalisateur mexicain et invité d’honneur du Feffs, Robert Rodriguez.
Aux Etats-Unis, les adeptes du « Temple Satanique » combattent les hommes politiques trop prompts à promouvoir le christianisme Photo : DM
Plusieurs rétrospectives auront lieu tout au long du festival. La première s’appuie sur un thème éternel de la science-fiction : les parasites. « Alien, le huitième passager« , « La chose » de John Carpenter ou encore « La planète des vampires » de Mario Bava seront projetés au cinéma Star. Des thrillers érotiques tels que « In the cut » ou « Body Double » seront aussi projetés dans le cadre des rétrospectives.
Mention spéciale à la nuit excentrique, programmée au Star Saint-Exupéry le samedi 21 septembre. Au programme : « Ninja Terminator« , « Slips en vadrouille » et « Les maîtres de l’univers ». Cette séance, de minuit à 6 heures du matin, est consacrée aux « nanars », aux « films aux budgets dérisoires, aux acteurs perdus et aux scénarios incohérents (…) Parce qu’au cinéma comme dans la vie, c’est l’intention qui compte! »
Rédacteur en chef de Rue89 Strasbourg. Spécialisé depuis 2019 en enquêtes locales, à Strasbourg et en Alsace sur des sujets variés allant de l’extrême-droite à l’hôpital public en passant par la maison d’arrêt de Strasbourg, les mouvements sociaux, les discriminations et l’expertise-psychiatrique.
Après deux années chaudes, la moitié des arbres de la région manque d’eau, plus qu’après la canicule de 2003. Une des pistes serait de changer les espèces qui peuplent les forêts.
Les arbres du Grand-Est se parent de couleurs d’automne. Seulement, en cet été 2019, ce phénomène n’a rien à voir avec un changement de saison. Les forêts meurent de soif. Selon Rodolphe Pierrat, adjoint au directeur territorial Grand Est de l’Office National des Forêts (ONF), « 50 à 60% de la surface des forêts du Grand Est est impactée, dont 20 à 30% durablement ».
Les arbres en “stress hydrique”
Météo France indique qu’en 2018, la pluviométrie a été « déficitaire de 10 à 20% le long des frontières du Nord et du Nord-Est, et jusqu’à 25 à 30 % en Alsace, Lorraine et Franche-Comté qui ont connu une sécheresse record au cours de l’automne ».
Schématiquement, pour assurer son activité métabolique, l’arbre associe du dioxyde de carbone (CO2) à de l’eau pompée directement dans le sol avec ses racines. Pour gérer la chaleur, l’arbre fait comme nous : il transpire. Il absorbe de l’eau qu’il rejette dans l’atmosphère pour diminuer la température autour de lui. Mais si le sol vient à manquer d’eau, il va dans un premier temps cesser ses échanges avec l’atmosphère, explique Rodolphe Pierrat :
« Cet arrêt de la transpiration va poser problème s’il dure trop. Si on cumule sécheresse et canicule pendant trop longtemps, non seulement l’arbre ne pourra plus transpirer mais en plus il ne pourra plus évacuer la chaleur. Les feuilles vont d’abord bronzer et finir par brûler : elles vont complètement dessécher. »
Ce phénomène est appelé « stress hydrique ». Dans cet état, les arbres ne peuvent plus compenser le manque d’eau. Des ruptures vont se créer. « On appelle ça des embolies », précise Rodolphe Pierrat. Conséquence : des feuilles voire des branches de l’arbre vont sécher. En fonction des essences – selon si elles sont plus ou moins résistantes – cela peut entraîner la mort des spécimens les plus faibles, faute de pouvoir gérer l’excès de chaleur, l’absence d’eau et de pouvoir assurer son métabolisme primaire.
L’état des forêts du Grand-est est la conséquence directe du manque de pluie et de l’intense chaleur de l’année 2018. Des conditions qui se répètent en 2019 avec une canicule dès juin, « du jamais vu » aussi tôt dans l’année selon Rodolphe Pierrat. « On peut imaginer que des arbres qui ont déjà été frappés mais qui ont survécu en 2018, vont mourir cette année ». Pour l’ONF, le phénomène est encore plus marqué qu’en 2003. Si l’indice de canicule était fort, avec une sécheresse marquée, les années précédentes n’étaient pas « défavorables ». Le contexte actuel est différent :
« L’année 2018, sur les 60 dernières années, c’est celle qui combine le nombre de jours cumulés de sécheresse le plus important et l’intensité de chaleur la plus importante. Et à cela s’ajoutent les années 2015 et 2016 qui n’étaient pas favorables non plus. On est sur une succession d’années sèches. »
Rodolphe Pierrat, Adjoint au directeur territorial Grand Est de l’Office National des ForêtsPhoto : Document remis
D’autres parasites pullulent
Le manque d’eau additionné à la chaleur entraine également la prolifération d’un champignon, qui menace particulièrement les pins :
« Le développement du sphaeropsis sapinea n’est pas lié à l’humidité, il prospère après une période de canicule. Ce champignon provoque le rougissement des aiguilles. D’habitude c’est sur une partie du feuillage et l’arbre s’en remet mais là, c’est la totalité du pied qui rougit ce qui va provoquer la mort de l’arbre. »
Un autre parasite, le scolyte, se complaît dans ce climat. Cet insecte s’attaque notamment aux épicéas. Il creuse des galeries sous l’écorce des conifères, empêchant la sève de circuler et pouvant entrainer la mort de l’arbre.
D’ordinaire, les dégâts sont disséminés et les capacités de défense de l’arbre suffisent à combattre les scolytes. Mais si ces coléoptères sont particulièrement virulent, c’est parce que les arbres sont affaiblis et ne peuvent plus rivaliser face à leur nombre :
« Avec la sécheresse et l’affaiblissement des arbres, la population de scolyte va se développer jusqu’à un seuil épidémique. Elle va arriver à un tel niveau qu’elle va devenir capable d’attaquer des arbres sains. C’est ce qui s’est passé en 2018. On a eu trois générations des scolytes en même temps, ce qu’on avait jamais rencontré auparavant. »
Les scolytes creusent des galeries dans le bois, empêchant la sève de circuler. Photo : Document remis / ONF
L’ONF estime à 400 000 m3 le volume d’épicéas attaqués en 2018 dans le Grand Est. Fin avril 2019, le taux d’épicéas « scolytés » en France était estimé à 50%, contre un taux habituel de 15%.
L’épidémie de scolytes a gagné le quart Nord-Est des forêts françaises, ce qui inquiète particulièrement les producteurs du bois et leur filière. Les arbres scolytés sont abattus pour éviter la prolifération, mais le bois malade a moins de valeur et reste difficile à revendre sur un marché déjà saturé.
Les foyers de scolytes dans le Grand-Est et en Bourgogne Franche-Comté début 2019. Photo : Document remis, société Telespazio / ONF
Une sélection naturelle accélérée
Rodolphe Pierrat désigne un phénomène « silencieux » par rapport à la tempête de 1999 où « d’un seul coup, 140 millions de m3 étaient tombés au niveau européen ». Or, la crise actuelle est comparable puisqu’en Europe, c’est 120 millions de m3 de bois vont devoir être abattus prématurément pour des raisons sanitaires. « C’est plus progressif mais on estime qu’on est quasiment au même niveau de dégâts », alerte-t-il.
« On se retrouve avec des surfaces en coupe rase ou avec des grosses éclaircies en forêt donc on aura besoin de reconstituer la forêt, permettre son renouvellement. »
Conséquence, l’ONF sélectionne les arbres ni malades, ni desséchés pour qu’ils se reproduisent grâce à leurs graines. Mais cela pourrait ne pas suffire :
« L’adaptation des forêts au changement climatique est une problématique. D’une part, on doit avoir conscience que les températures ont augmenté et vont encore continuer à augmenter. On est au-delà des scénarios les plus pessimistes. Pour autant, la forêt a des capacités d’adaptation. Les essences d’arbres en plaine d’Alsace ne sont pas les mêmes qu’en haut du massif des Vosges. Mais la question est : est-ce que cette capacité d’adaptation est aussi rapide que l’évolution des conditions climatiques ? »
L’ONF compte accélérer cette adaptation. Elle projette d’introduire de nouvelles essences provenant des forêts de l’Aude, de Corse, du versant espagnol des Pyrénées, voire des espèces venues de Turquie comme le sapin Bornmuller, plus adapté à la sécheresse que le sapin des Vosges. « C’est ce qu’on appelle la migration assistée : introduire de nouvelles provenances pour accélérer ce qui se ferait naturellement mais sur un pas de temps beaucoup plus long », explique Rodolphe Pierrat.
Mais l’inquiétude à long terme demeure, car un arbre planté aujourd’hui sera récolté au mieux dans 25 ans pour des peupliers, 50 ans pour certains sapins, et jusqu’à 200 ans pour un chêne Sessile. « Mais qui sait quelles seront les températures dans 200 ans ? », interroge le spécialiste.
Dans le cadre de la semaine « Ciné Cool« , les cinémas Star et Rue89 Strasbourg vous proposent de gagner 10 invitations pour deux personnes pour la projection du documentaire « Nous le peuple ». Cette avant-première se déroulera au cinéma Star, rue du Jeu-des-Enfants, le samedi 31 août à 20h15, en présence de la co-réalisatrice du film Claudine Bories.
Le scénario
Prenez trois groupes : des détenus de la prison de Fleury-Mérogis, des lycéens de Sarcelles, des habitants, principalement des femmes, de Villeneuve-Saint-Georges en banlieue parisienne. Soumettez-leur des questions de société. Écoutez-les. Et à partir de là, demandez-leur d’écrire un nouveau projet de Constitution. C’est l’objet du nouveau documentaire de Claudine Bories et Patrice Chagnard, qui aiment faire entendre la voix des anonymes.
Jeunesse et démocratie au cœur de ce documentaire qui passe par une prison et un lycée. Photo : Epicentre Films
Ces trois groupes ne se rencontrent pas mais pourtant, écrivent ce texte ensemble, par vidéos interposées. C’est comme ça qu’ils avancent, échangent, débattent. Au-delà du micro tendu à ceux qu’on n’entend pas ou peu, le film invite à réfléchir à la notion de « considération ». Quelle valeur est accordée à la voix des citoyens, selon l’endroit d’où ils parlent ? Deux députés de la France Insoumise porteront leur voix jusqu’à l’Assemblée, mais pour quel retentissement ? La « démocratie participative », mythe ou réalité. Vous avez quatre heures.
La rédaction de Rue89 Strasbourg est composée de journalistes toutes et tous prêts à écouter les Strasbourgeoises et les Strasbourgeois pour parler des sujets qui les intéressent. Notre existence et notre moral dépendent du nombre d’abonnements pris pour nous soutenir. 🙏⤵
Avec ses allées, ses pelouses, son lac, sa cascade, son zoo, son bowling, ses terrains de sport, son restaurant gastronomique… le parc de l’Orangerie est devenu un incontournable de Strasbourg. Si bien qu’il a donné son nom à tout un quartier. Mais d’où vient ce nom ?
Plus ancien parc de Strasbourg, mais aussi le plus vaste avec ses 26 hectares, le parc de l’Orangerie a évolué avec la ville. La légende prétend que le parc aurait été planté selon les plans du concepteur des jardins du château de Versailles, André Le Nôtre, mais la première mention d’une « promenade Le Nôtre » n’apparaît qu’en 1805. Elle serait d’ailleurs un simple hommage. Or le parc existe déjà bel et bien depuis 1700, les autorités militaires françaises ayant demandé l’aménagement de promenades pour entraîner leurs chevaux.
Mais alors, d’où vient ce nom d’Orangerie ? Il faut attendre la Révolution française pour que le parc soit rebaptisé ainsi. Une collection de 138 orangers est confisquée à la famille Hesse-Darmstadt, des nobles, propriétaires du château de Bouxwiller. Les arbres sont offerts à la Ville de Strasbourg, qui décide de construire une serre pour les accueillir et les protéger du froid dans son parc : d’où le nom d’Orangerie.
Dans ce nouveau podcast de « Mais Pourquoi » (à écouter en tête de l’article), Franck Burckel, chargé des animations et de la communication aux archives de la Ville et Eurométropole de Strasbourg, revient sur la riche histoire de ce parc emblématique.
Franck Burckel, chargé des animations et de la communication aux archives de la Ville et Eurométropole de Strasbourg Photo : EB / Rue89 Strasbourg / cc
L’exposition de 1895
Du 18 mai au 15 octobre 1895, l’Orangerie accueillait l’exposition industrielle. Le parc est agrandi vers le sud-est, le lac est creusé, la cascade est créée… Un grand restaurant est construit à l’emplacement de l’actuel bowling, mais rasé en 1961 (cliquez sur les photos ci-dessous pour les agrandir). D’autres aménagements existent encore. Une maison rustique de Molsheim est déplacée jusque dans le parc pour donner un aperçu aux visiteurs de la vie à la ferme en Alsace. Il s’agit de l’actuel Büerehiesel, un restaurant gastronomique.
Vue d’ensemble du parc Photo : Archives de la Ville et Eurométropole de Strasbourg Des Strasbourgeois profitant du lac (Archives de la Ville et Eurométropole de Strasbourg) Ancien restaurant principal du parc, et emplacement actuel du Bowling (Archives de la Ville et Eurométropole de Strasbourg) L’actuel Bürehiesel Photo : Archives de la Ville et Eurométropole de Strasbourg La cascade du parc de l’Orangerie (Archives de la Ville et Eurométropole de Strasbourg) Le restaurant vu du lac Photo : Archives de la Ville et Eurométropole de Strasbourg Le parc vu du lac Photo : Archives de la Ville et Eurométropole de Strasbourg La cascade du parc (Archives de la Ville et Eurométropole de Strasbourg) Pavillon d’exposition (Archives de la Ville et Eurométropole de Strasbourg) Hall d’exposition Photo : Archives de la Ville et Eurométropole de Strasbourg Le parc vu du lac Photo : Archives de la Ville et Eurométropole de Strasbourg Hall d’exposition Photo : Archives de la Ville et Eurométropole de Strasbourg
N’hésitez pas à poser vos questions en commentaire. Vos suggestions pourront faire l’objet d’un nouvel épisode !
En été, on préfère éviter les plats trop lourds. Mais, en dehors de l’éternelle salade césar, pas facile de trouver quoi manger quand il fait très chaud. Rue89 Strasbourg a déniché quelques idées de recettes fraîcheur auprès des restaurateurs strasbourgeois.
Quand le thermomètre dépasse les 30 degrés, les corps ne supportent plus toujours la nourriture chaude ou grasse, pourtant typique de la gastronomie alsacienne. Alors comment faire pour que l’alimentation reste un plaisir à une ère où les étés seront de plus en plus chauds ? Deux cuisiniers et un barman de Strasbourg livrent leurs recettes et astuces estivales.
La tartine méditerranéenne
La Corde à Linge se situe en plein cœur du quartier de la Petite France. Connu de tous les Strasbourgeois (ou presque), le restaurant propose une large gamme de plats traditionnels, mais pas seulement.
En été, le chef cuisinier Oster Mickaël aime réaliser sa tartine de houmous, feta et légumes confits.
Photo : Document remis
La préparation du houmous est l’étape la plus longue de cette recette. La veille, mettez les pois chiches à tremper dans de l’eau froide.
Le lendemain, mettez les dans 2 lites d’eau froide, avec le laurier et une gousse d’ail. Portez l’eau à ébullition et laissez les cuire 1h30 à 2h. N’oubliez pas de saler et de poivrer à mi-cuisson.
Lorsque vous égouttez les pois chiches, pensez à conserver l’eau de cuisson. Ensuite, mixez les en purée puis remettez-les dans une casserole et chauffez à feu doux. Incorporez 10 cl d’huile tiède tout en fouettant, ainsi qu’un peu de jus de cuisson et de jus de citon. Pilez l’ail au mortier avec 2 cuillerées d’huile et rajoutez le dans la casserole, hors du feu.
Une fois le houmous terminé, il faut faire confire les tomates cerises à 100° pendant toute une nuit, puis les poivrons à 300° pendant 15 minutes.
Pour servir, déposez le houmous et les légumes sur une tranche de pain de campagne épaisse et toastée. Enfin, ajoutez le fromage feta, quelques olives et les germes de poireaux sur la tartine.
La salade végane
Pour l’été 2019, la carte des salades de La Corde à Linge a été entièrement revisitée. D’après Oster Mickaël, le chef, la salade végane est idéale lorsque les températures sont élevées. Cette recette nécessite peu d’ingrédients et est facile à reproduire. La préparation prend 20 minutes.
Photo : Document remis
Déposez quelques feuilles de salade verte. Puis, découpez les légumes crus (concombre, carottes oranges, jaunes et violettes) en tagliatelles. Pour cette recette, vous pouvez adaptez les quantités selon vos envies.
Après les avoir passées au four à 200° pendant 7 minutes, ajoutez les tomates cerises. Pour finir, ajoutez des croûtons, de l’huile d’olive, et un peu de fleur de sel. Le tour est joué !
Le gaspacho tomates-pastèque
Le restaurant Calmos s’est installé dans la Grand’Rue en février 2019. À la carte : des plats de type brasserie, toujours cuisinés avec des produits de saison.
Lorsqu’il fait chaud, le chef cuisinier Luc Breitenbucher conseille aux clients son gaspacho tomate-pastèque. C’est une recette facile à reproduire, et très rapide à réaliser. La préparation ne prend qu’une dizaine de minutes.
Photo : Rue89 Strasbourg
Première étape : coupez la pastèque et les tomates en gros cubes. Puis, dans un blender (ou à l’aide d’un mixer à soupe), réalisez votre gaspacho en mixant les cubes de pastèques et de tomates, et rajoutez l’ail haché ainsi que les 15 feuilles de basilic. Tout en continuant à bien mixer, rajoutez le vinaigre balsamique, le sel, et le piment. Pour finir, rajoutez de l’huile d’olive. Durant cette étape, attention à ne plus trop mixer : cela risque de donner de l’amertume !
Une fois la préparation terminée, pensez à réserver votre gaspacho au frais pendant une heure. Ensuite, servez le bien froid dans des bols ou des verres. Rajoutez un peu de basilic ciselé, un filet d’huile d’olive et une pincée de sel et de piment d’Espelette. Au dernier moment, vous pouvez également rajoutez quelques croûtons.
En boisson, le spritz pêche
Au bout de la rue de la Douane se trouve un bar à cocktails à l’ambiance exotique : Le Douanier, justement. Une nouvelle carte est arrivée mi-juillet.
Pour Suleyman Akbulut, barman, il n’y a pas de boisson plus rafraîchissante que le « spritz pêche ». C’est un cocktail facile à réaliser depuis chez soi, parfait pour se remettre d’une journée de canicule.
Photo : Rue89 Strasbourg
Pour commencer, versez 3cl d’Apérol dans un grand verre à vin rempli de glaçons. Puis, ajoutez également 3cl de liqueur de pêche et 2cl d’eau gazeuse. Enfin, complétez le verre avec du crémant d’Alsace. N’oubliez pas la touche finale : garnissez votre boisson d’un petit morceau de pêche fraîche ! La préparation ne prend que deux minutes.
Les Vosges, c’est toujours l’assurance d’un bon bol d’air pour s’extirper de la pollution strasbourgeoise. Pour partir en rando plusieurs jours sans porter sa tente et sans se ruiner, il existe plusieurs possibilités, de la plus rustique jusqu’à un certain confort.
Les abris : l’option sauvage et gratuite
Au détour d’un chemin, dans une clairière, au bord d’un ruisseau, de nombreux abris de fortune sont bâtis dans le massif des Vosges.
L’abri Baumann du Weierlé se situe dans la vallée de Thann, non loin du col du Hundsruck Photo : Carlo Pedersoli / Flickr / cc
Ces cabanes sont très sommaires, en bois ou en pierre, avec une pièce unique. On ne parle pas ici de kiosques et d’autres aires de pique-nique couvertes mais bien de petites constructions avec quatre murs, un toit, une porte et au moins une fenêtre. Elles disposent souvent de tables et d’un poêle à bois ou d’une cheminée. Bien sûr : pas d’eau courante et encore moins d’électricité. Pour la douche, il faudra trouver un torrent. Les poissons vous seront reconnaissants de ne pas y déverser des litres de gel douche.
N’importe qui peut passer la nuit dans un de ces abris et c’est gratuit. Il faut quand même amener son sac de couchage, un matelas, de quoi manger et boire. Pour avoir plus chaud, beaucoup de randonneurs dorment directement sur les tables plutôt qu’à même le sol. Certaines cabanes sont équipées d’une petite mezzanine prévue pour y dormir. Pensez à rajouter une couverture de survie sous votre matelas, cela isole encore mieux du froid.
Certains randonneurs n’hésitent pas à utiliser les abris même en hiver Photo : Marion Klein / Flickr / cc
C’est vrai, les abris vosgiens ont l’air un peu dépouillés. Mais ils permettent de passer la soirée dans un cadre exceptionnel, sans réservation, le tout agrémenté d’un délicieux feu de cheminée. Il convient cependant d’apporter son bois soi-même et de laisser une réserve avant de partir. Apportez également vos allumettes. Le lendemain matin, pas besoin de se presser, chacun part quand il veut.
Toutes ces cabanes sont construites et entretenues par des bénévoles d’associations, comme le Club vosgien, ou par les communes. Elles sont plus ou moins récentes, plus ou moins accessibles, plus ou moins fréquentées et donc plus ou moins vétustes. Pour planifier sa randonnée, l’état des abris est indiqué sur le site refuges.info. Il est aussi possible de se renseigner en appelant la commune concernée.
Dernier point : toujours penser à un plan B, si les quelques places disponibles sont déjà prises ! Pas de panique, certains abris ne sont pas loin les uns des autres.
L’abri de Haute-Bers se trouve au-dessus du Lac des Perches dans les Vosges du Sud Photo : Ludovic / Flickr / cc
Les refuges : dormir dans un lit sans casser sa tirelire
Pour ceux en quête d’un peu plus de confort, il existe des dizaines de refuges et de gîtes d’étape dans les Vosges. On y dort en dortoirs, c’est-à-dire en compagnie de pas mal de monde. Il est possible d’y prendre une douche, souvent chaude, et d’utiliser une cuisine. Très rares sont les refuges qui proposent une restauration sur place donc il vaut toujours mieux amener ses provisions.
Le refuge du Neuweiher est ouvert tous les week-ends entre Pâques et fin novembre Photo : Baptiste Monsion / Flickr / cc
Dormir en refuge dans les Vosges demande de s’organiser un peu. L’immense majorité est gérée par des bénévoles de différentes associations. On retrouve bien sûr le Club vosgien, mais aussi le Club alpin, les Amis de la nature, les Amis des Vosges, etc. Tout ce petit monde fait son maximum pour être en mesure d’accueillir les randonneurs le plus souvent possible mais ce n’est pas toujours évident. D’où l’importance de toujours passer un coup de téléphone avant sa venue pour être sûr de ne pas terminer sa randonnée devant une porte fermée.
Contrairement aux abris, pas besoin d’emmener son matelas dans les refuges. En revanche, des bouchons d’oreilles peuvent s’avérer salvateurs. La probabilité qu’il y ait au moins un gros ronfleur par dortoir est plutôt élevée. Le sac de couchage est également à apporter.
Côté prix, il faut compter en moyenne 15 euros par personne et par nuit. Les enfants bénéficient souvent de tarifs réduits, tout comme les membres des associations qui gèrent les refuges.
Le confort des fermes-auberges pour se requinquer
C’est le paradis du randonneur dans les Vosges : une douche chaude, un lit douillet et un bon repas préparé avec les produits de la ferme ou de celles du coin. Les fermes-auberges permettent de complètement recharger les batteries après une ou plusieurs journées de marche.
La ferme-auberge du Schantzwasen est située à côté du Lac Vert Photo : OTL / Flickr / cc
Si vous penchez pour cette option, vous n’aurez plus qu’à vous mettre les pieds sous la table avant de profiter de votre chambre individuelle. Bref, c’est le choix du confort. Pour le dîner, la nuit et le petit-déjeuner, coûtent en moyenne 50 euros par personne, un prix souvent divisé par deux pour les enfants.
La ferme-auberge des Jonquilles à la Bresse est ouverte toute l’année sauf les mardis Photo : OTL / Flickr / cc
Certaines fermes-auberges ne proposent pas de literie donc mieux vaut avoir son sac de couchage. En revanche, pas besoin de transporter de matelas, ni de nourriture.
Comme pour les refuges, il est préférable d’appeler en amont pour réserver et s’assurer que l’auberge soit ouverte. Les fermes-auberges peuvent choisir de fermes quelques semaines durant les intersaisons.
Fin des années 2000, trois amis bas-rhinois ont construit un algorithme capable de jouer au poker en ligne. Ils ont d’abord rêvé d’une île et d’argent facile, avant d’abandonner le projet, trop chronophage et rendu impossible par la loi relative aux jeux d’argent et de hasard en ligne…
« Tout est parti d’une blague : on s’est dit, pour battre Stéphane au poker, il faudrait créer un robot ! » En 2007, Stéphane (les prénoms ont été modifiés) étudie les mathématiques. Il travaille à côté pour un site de conseils de stratégies de poker. Le jeune homme potasse les théories du jeu et aide les joueurs. Le samedi soir, il joue pour lui-même et sort souvent vainqueur de ses parties entre amis. Ses potes d’enfance, Paul et Arthur, connaissent mieux le langage informatique et le développement web que les cartes. La blague va donc devenir un projet très sérieux : il s’appellera Bender, le robot qui joue au poker… et qui triche.
Dans la série américaine Futurama, Bender est un robot prêt à tout pour arriver à ses fins.
Trois potes, toutes les compétences
La fine équipe dispose de toutes les compétences pour créer l’algorithme. Stéphane, c’est l’expert du poker. Arthur étudie l’informatique. Il traduit les stratégies de jeu de son acolyte en code. Paul travaille déjà dans l’entreprise de son père. Développeur autodidacte, il gère le réseau internet, le planning de jeu ou encore la mise à jour du robot. « Mais ce projet n’aurait jamais fonctionné si l’on ne se connaissait pas depuis qu’on a douze ans », ajoute Paul en tirant sur une cigarette.
Pendant trois ans, la bande charbonne pour faire tourner le robot. Les trois compères mettent leurs activités entre parenthèse pour s’y consacrer quasiment à temps plein. L’organisation est huilée : l’ordinateur central contrôle 48 tours. Chacune est associée à une identité physique et peut donc s’inscrire sur un site de poker explique Stéphane :
« On représentait en tout cinquante personnes. Il y avait des membres de nos familles, des potes, des frères de potes, on leur filait chacun cinquante euros ou 10% de l’argent gagné sous leur identité. »
Dans la cave des parents d’Arthur, plusieurs dizaines de tours fonctionnent en soirée sur des sites de poker en ligne. Photo : Document remis
Robot vs. amateurs
L’objectif : « tout automatiser », de l’allumage, la connexion, la partie à l’éteignage. C’est face aux joueurs amateurs que Bender est le plus efficace. Avec une somme de départ limitée, le robot enchaîne les manches. C’est notamment le soir, lorsque beaucoup de joueurs se connectent qu’il amasse le plus. Lorsqu’un seuil de gain maximal est atteint, l’argent est directement transférée sur leur compte bancaire. Un niveau d’autonomie que Bender a atteint en six mois. Mais avec l’évolution du jeu en ligne, il faut le perfectionner.
Graphique indiquant le nombre de joueurs selon l’heure de la journée. Photo : Document Remis
Bender a un autre avantage énorme sur ses adversaires humains : « On pouvait anticiper le jeu de nos adversaires grâce au profiling (analyse de statistiques, ndlr) des autres joueurs, décrit Paul, donc on avait des statistiques énormes sur nos adversaires. » Les trois amis profitent aussi des offres faites aux nouveaux joueurs : « On s’est vraiment gavé sur les 50 ou 100 dollars offerts par les plateformes pour inciter au jeu », se souvient Stéphane.
« Les gens trouvaient ça cool mais… »
Torse nu sur sa terrasse, Stéphane se rappelle aussi du côté sexy de cette activité. « À la faculté, les gens trouvaient ça super cool mais ils ne savaient pas le temps que ça nous prenait en réalité… »
Ce graphique représente les gains d’un des bots (joueurs) sur près de 100 000 parties : 538 dollars. Photo : Document remis
Comme n’importe quels gangsters, la bande doit tout faire pour ne pas être repérée. Les sites de poker ferment les comptes et saisissent les fonds en cas de comportement suspect. Il en va de leur réputation. Si un joueur apprend qu’un robot a joué sur sa plateforme, l’internaute risque d’aller voir ailleurs par peur d’être dépouillé par une intelligence artificielle. Paul et Arthur passent donc beaucoup de temps à construire un algorithme au comportement le plus humain possible.
Des contraintes chronophages
Pour rester caché, Stéphane fait des recherches sur des forums spécialisés :
« Ce sont des choses très simples qui pouvaient nous dénoncer. Un utilisateur humain, quand il joue, il déplace sa souris d’un point A à un point B. Un robot ne fait pas le déplacement. On a donc dû programmer la simulation du déplacement de la souris par exemple. »
Autre contrainte chronophage : la mise à jour régulière des sites de poker. Stéphane détaille une autre limite du robot : « Il suffisait que la plateforme change la forme de ses cartes pour que l’algorithme soit perdu. Il fallait constamment l’adapter aux nouvelles versions. »
D’un rêve d’île au SMIC
Au départ, les trois amis se voyaient déjà vivre sur une île en profitant de l’argent généré par Bender. Progressivement, la vision de plages de sable fin s’est dissipée : « Avec notre robot poker, on a gagné plus de cent mille balles en trois ans. Mais quand tu rapportes ça à un salaire horaire, on gagnait moins que le SMIC. Ce projet, c’était deux ans de travail », décrypte Stéphane.
En mai 2010, la nouvelle régulation des jeux d’argent en ligne limite les joueurs aux sites qui respectent la réglementation nationale. Une nouvelle autorité (l’Autorité pour la régulation des jeux en ligne) peut s’attaquer aux sites récalcitrants. Avec pour terrain de jeu la France uniquement, le robot perd de sa rentabilité. « Si on avait continué, on aurait enfreint la loi », souffle Stéphane. De plus, une taxe est mise en place sur les bénéfices des plateformes. « Cet impôt, c’était exactement notre marge. Ce n’était plus rentable », analyse Stéphane.
La fin de Bender
Dans la cave des parents d’Arthur, la cinquantaine de tours ne tournent plus depuis 2010. Les trois amis se sont repartis 20 000 euros avant d’éteindre Bender. Quelques potentiels investisseurs se sont manifestés… avant d’abandonner le projet. Tant pis. L’un des trois travaille aujourd’hui au Vietnam. Il y a développe des jeux pour smartphone à son compte. Multi-entrepreneur, Arthur assure avoir utilisé une partie de l’algorithme pour ses propres projets. Il ne regrette rien : « Je trouve ça cool de vivre ton rêve et de ne pas être tributaire du système. »
Sur sa terrasse, à quelques dizaines de kilomètres de Strasbourg, Stéphane est moins catégorique. Aucun remord face aux joueurs battus par un algorithme : « Notre robot avait ses failles. Il n’avait aucun bon sens humain comme pour anticiper le bluff. Il suffisait de l’exploiter pour le battre… » Mais un sorte de regret tout de même : « Quand je vois tout le temps qu’on a mis dans ce projet, je me dis que c’est dommage que la société ne pousse pas à des actions plus constructives… »
Rédacteur en chef de Rue89 Strasbourg. Spécialisé depuis 2019 en enquêtes locales, à Strasbourg et en Alsace sur des sujets variés allant de l’extrême-droite à l’hôpital public en passant par la maison d’arrêt de Strasbourg, les mouvements sociaux, les discriminations et l’expertise-psychiatrique.
Les couleurs du célèbre club de foot strasbourgeois sont le bleu et le blanc. Mais pourquoi avoir choisi ces couleurs alors que le blason de la ville est rouge et blanc ? Pour comprendre, il faut remonter aux lendemains de la Première Guerre mondiale, en 1919.
« Allez les Bleus et Blancs ! », entonne le stade de la Meinau pour encourager ses joueurs fétiches. Mais pourquoi s’enthousiasmer pour ces couleurs qui ne figurent nulle part dans les armoiries de Strasbourg, dont le symbole est rouge et blanc ? Une particularité qui remonte à la libération de la ville à la fin du Deuxième Empire allemand.
Les Grandes Armes de Strasbourg, avec le blason rouge et blanc. Photo : Wikipédia Commons
Maxime, plus connu sous son pseudonyme Athor sur le site Racingstub.com, « supporter intégriste du Racing Club de Strasbourg » revient dans cet épisode de « Mais pourquoi » (à écouter en tête de cet article), sur cette spécificité.
En 1919, l’Alsace-Moselle, allemande depuis 1870, vient d’être rattachée à la France pour la deuxième fois. Le FC Neudorf, fondé en 1906, souhaite se franciser. Il adopte alors le nom et les couleurs de l’équipe la plus populaire du moment : le Racing Club de France, à Paris. Le FC Neudorf devient le Racing Club de Strasbourg. Et comme son grand frère, le bleu devient sa couleur. Ironie de l’histoire, c’est en voulant affirmer une identité française, que l’équipe adopte un nom anglais, la patrie du football.
Maillot des joueurs du RCS à domicile pour la saison 2018/2019 Photo : Document remis / racingstub.com
Mais alors, pourquoi le Racing Club de France, dont s’est inspiré le RCS, a-t-il choisi le bleu ? Il existe plusieurs hypothèses. L’un des fondateurs du club en 1882, Georges de Saint-Clair, aurait indiqué qu’il s’agit d’un clin d’œil au drapeau grec. Les couleurs bleu ciel et blanc pourraient également faire référence à celles des athlètes de l’Université de Cambridge.
D’autres questions sur votre ville ou votre région ? Vos suggestions pourront faire l’objet d’un nouvel épisode !
Les joueurs du Racing, qui célèbrent le but de Lebo Mothiba lors de la demi-finale de Coupe de la Ligue remportée face à Bordeaux en février 2019. Photo : / Franck Kobi / RCSA / doc remis
Sonia Verguet est « designer culinaire », l’une des seules de la région. Rencontre avec une artiste strasbourgeoise enthousiaste à l’ère du « manger mieux ».
Sonia Verguet donne rendez-vous sur son lieu de travail, le pôle Rotonde, qui abrite aussi « Accélérateur de particules » et d’autres designers, illustrateurs, photographes… Derrière le bâtiment, l’ombre d’un arbre et des chaises de récupération offrent une hospitalité suffisante pour parler avec l’artiste de ce qu’elle fait et de ce qui l’anime : le design d’objet et le design culinaire.
Rendre le kougelhopf cool
En ce moment, elle explore le kougelhopf, une brioche qu’elle trouve « sèche et ennuyante », pour en faire le sujet de son prochain livre (après Initiation au design culinaire, sorti aux éditions Eyrolles en 2015).
L’idée lui est venue en retrouvant un moule chez elle, avec lequel elle a voulu expérimenter :
« J’ai réalisé que tout le monde possède ce genre de moules chez lui, mais l’utilise peu. Je me suis demandée pourquoi on ne s’autorisait pas à en faire autre chose, à l’utiliser pour des cakes au citron ou aux olives. J’ai commencé à en faire plein de choses différentes, et en les postant sur les réseaux sociaux (voir son compte Instagram), j’ai compris que cela intéressait des gens, qui me réclamaient une suite ».
Quelques expériences de Sonia Verguet avec son moule à kougelhopf : le Barbapapa Koug (Photo Instagram Sonia Verguet)Le Cool Glof (Photo Instagram Sonia Verguet)Le Maxi Cool Glof (Photo Sonia Verguet)
Intitulé “Coolglof”, l’ouvrage sera garni de 100 kougelhopfs revisités (le Kidsglof, le “Charpente”…), de 100 images donc, mais quasi sans recette. Le but est surtout de stimuler l’imagination par l’image.
Pour elle, cet ouvrage est le fruit d’un savant mélange de chance, de hasard et de réseautage. Pour Initiation au design culinaire, un éditeur chinois pour qui elle avait écrit un édito l’avait encouragé à présenter tout ce qu’elle avait déjà fait dans un livre. Même si elle “doutait un peu”, Sonia a envoyé un présentation de ses créations, et à sa grande surprise, s’est vue publiée. Elle a décidé de faire de même avec ses kougelhopfs et la maison Kéribus, rencontrée lors d’un salon du livre.
Arrivée il y a 15 ans en Alsace, Sonia Verguet compte encore mieux développer son activité dans son futur atelier de la Coop Photo : DL / Rue89 Strasbourg / cc
Strasbourg, « ville de vacances »
Avec ce travail sur le kougelhopf, elle se penche sur un symbole fort de sa région d’adoption, qu’elle ne quitterait pour rien au monde… pour l’instant. Après 3 ans de Beaux-Arts à Dijon, elle est venue finir ses études aux Arts déco à Strasbourg, section objet, en 2004. Elle est restée “parce [qu’elle] aimait la ville”, tout simplement :
« L’échelle de la ville me plaît, on en fait facilement un tour d’horizon, on est rapidement au courant des choses, on n’est pas noyé dans les infos ou les offres, en termes de travail notamment. »
La moitié de l’activité de la designer est encore consacré au design d’objet. Ici, le travail autour du bleu et de la céramique… et son travail dans le cadre du projet Résonances (Photos Sonia Verguet)
Elle qui quitte souvent Strasbourg pour le travail pense que le secret pour ne pas se lasser de la ville, c’est la séparation :
« J’ai encore le même regard que celui que j’avais quand je suis venue pour la première fois, pour passer le concours. J’aime le fait qu’elle soit plutôt verte, et j’aime bien l’eau. Strasbourg me fait penser à une ville de vacances. »
Quel goût a le rock ? Quelle forme a le sucré ?
Ses débuts portent donc sur un travail plus courant, le design d’objet. Mais après avoir participé à une exposition pour les Journées de l’Architecture, dont le thème était « Le goût de l’architecture », elle s’associe au chef cuisinier et designer Olivier Meyer.
Avec lui, elle parcourt les expositions culinaires pendant 3 à 4 ans. Seule, elle continue à répondre à des commandes. Pour les 25 ans des Eurockéennes, elle présente un projet autour du « goût de la musique » : le public est invité à décrocher des notes de musique comestibles et à les tremper dans des sauces aux noms de musique. De quoi réfléchir au goût qu’aurait l’électro, le rap…
Pour le magazine Bubble Mag Paris, elle invente un « goûter ludique pour les petits », avec des morceaux de pâtisserie en formes géométriques, qui s’imbriquent et ont des goûts différents selon la couleur. Pour un repas à la Haute école des arts du Rhin (HEAR), elle réfléchit à la forme qu’auraient les saveurs et imagine des mets dont il faut deviner le goût en fonction de son apparence ou de son support. Pour le Musée d’art moderne du Luxembourg et son exposition « Damage Control », elle invite les visiteurs à détruire du biscuit au maillet pour créer son propre crumble…
Aux Eurockéennes, il fallait tremper des notes de musique sucrées et salées (Photo Sonia Verguet)Au Mudam, on prend plaisir à casser son crumble (Photo Sonia Verguet)Les formes géométriques doivent donner aux enfants l’envie de goûter de nouvelles saveurs de manière ludique (Photo Sonia Verguet)
Ce qui lui plaît dans tous ces projets, c’est de « créer du lien » :
« La nourriture est un plaisir gustatif, mais nourrit aussi les souvenirs d’être ensemble. »
L’importance de la Chine
Arrivée à Strasbourg, elle fonde l’association Rhénanie avec la dessinatrice Olivia Benveniste, pour inviter les designers et artistes à réfléchir ensemble à un sujet. Elles lancent alors un premier projet, qui dure trois ans, autour de l’Histoire du bleu dans la céramique, à l’occasion duquel Sonia Verguet expose au Musée alsacien et fait des ateliers à la HEAR.
Surtout, elle en profite pour aller en Chine, car « ce sont vraiment les Chinois qui ont démarré le bleu dans la céramique, et il fallait aller à la source. » C’est la deuxième fois qu’elle se rend là-bas. La première fois, elle assurait le vernissage de Food Design, une exposition itinérante organisée par le designer culinaire Marc Brétillot, qui présentait le travail de ses camarades français du secteur. Elle se rappelle d’ailleurs qu’ils n’étaient que 7. En Alsace, elle n’en connaît pas d’autres…
Sonia Verguet est une des seules designers du coin à explorer la matière comestible Photo : DL / Rue89 Strasbourg / cc
Elle retournera une troisième fois en Asie à titre personnel, à Jingdezhen, grâce à une bourse de la région Grand Est. De ces résidences, elle tire des objets qui revisitent des classiques, en créant d’abord un carnet de bord avec des peintures sur tasse en porcelaine, et en créant un vase et une théière dotés des images traditionnelles chinoises de la carpe et du dragon… qui n’apparaissent que si l’utilisateur relie les points entre eux.
Photos Sonia Verguet
Du Jura à l’Egypte en passant par les Philippines….
Sonia Verguet se nourrit de ces voyages, elle qui n’est jamais vraiment restée en place. Née à Saint-Claude, dans le Jura, elle déménage très vite avec sa famille à Manille, aux Philippines, au gré des mutations de son père. Elle revient faire une partie de son collège en France, et une autre en Egypte. Tout cela l’a rendue très ouverte aux changements :
« J’ai beaucoup voyagé donc je m’adapte, je ne me pose jamais trop de questions. J’ai l’impression que trop de gens réfléchissent et, du coup, ne font pas. Je me suis rendue compte que ça fonctionne bien quand je fais attention à mes intuitions. »
Pour un atelier à la HEAR, Sonia Verguet a travaillé sur la forme qu’auraient les saveurs (Photos Sonia Verguet)
Elle constate que tout se fait plus rapidement aujourd’hui, que les gens la connaissent et viennent la voir. Le risque, c’est d’être un peu dépassée par les événements : elle est sa propre chargée de communication, son propre agent prospecteur, sa propre comptable. Cela l’a frappée quand un client lui a demandé au téléphone de « lui passer [son] attachée de presse » et qu’elle s’est regardée, toute seule dans son bureau :
« Entre les e-mails, les budgets, les demandes de subvention, je réalise que mes créations représentent 5% de mon travail. Du coup je ne fais que des petites choses, je suis limitée par mes propres capacités. »
Elle réfléchit à s’entourer de collaborateurs, à « travailler à plusieurs sous forme de studio », pour faire grossir son activité.
Elle déménagera bientôt dans les locaux du nouveau terrain de la Coop. Elle trouve cela « enthousiasmant d’arriver dans un endroit nouveau », car « le cerveau se met en reset ».
Sonia Verguet va quitter le Pôle Rotonde et son mini coin de nature pour la Coop Photo : DL / Rue89 Strasbourg / cc
« Manger mieux », dans un monde de surconsommation
Surtout, elle aimerait que son lieu de travail puisse davantage servir de “showroom”. Alors que le déménagement a été repoussé en raison des retards de travaux, elle invitera à l’occasion de l’inauguration future les Strasbourgeois à réfléchir autour du “manger mieux”. Des artistes et designers étrangers du réseau de Rhénanie seront conviés. Cela pourrait être le projet Volumes, de Marije Vogelzang, sur notre rapport à la satiété, ou celui de Naoto Fukasawa, Packaging, qui valorise le contenu sans marketing ou slogans.
Car Sonia Verguet songe souvent à ce que cela signifie d’être designer, de créer de l’objet dans un monde de surconsommation. Avec le design culinaire, elle « le vit un peu mieux », car ce qu’elle produit est éphémère (et retourne à la terre, d’une manière ou d’une autre, rappelle-t-elle), mais « reste peut-être plus en tête ».
La designer culinaire compte dans son réseau des pâtissiers : ici, à l’occasion de la galette des rois, un travail autour de la fève en collaboration avec la pâtisserie Gâto….…. et un travail sur la galette (« Tous des Rois »), pour la pâtisserie Gillmann (Photos Sonia Verguet)
À terme, l’artiste espère un projet plus grand, quand elle aura davantage de subventions. Plusieurs initiatives strasbourgeoises ont attiré son attention, comme La Fabrique de l’Hospitalité à l’hôpital civil de Strasbourg, qui a entamé une démarche design pour améliorer certaines parties de l’hôpital, ainsi que les temps d’attente ou les séjours des patients.
En ce moment, ils réfléchissent aux repas à l’hôpital et se demandent pourquoi personne n’aime la nourriture à l’hôpital (“cela pourrait avoir trait aux barquettes, à la présentation du menu, aux odeurs, aux sons qui entourent les repas, etc”, avance Sonia). Une réflexion qu’elle aimerait beaucoup montrer, mais qui en est encore au stade de l’idée.
Sonia Verguet songe souvent à ce que cela signifie d’être designer, de créer de l’objet dans un monde de surconsommation Photo : DL / Rue89 Strasbourg / cc
En attendant, son actu de l’été, ce sont des vidéos sur le design et pour les enfants, diffusées au Centre Pompidou. Il y en a deux qui sortent par mois à partir de juillet et jusqu’en octobre.
De quoi ajouter encore une corde à son arc, même si, pour elle, que ce soit à travers des objets, de la nourriture, des livres ou des vidéos, il s’agit toujours de la même chose : « améliorer le quotidien et créer du sens » .
Archives vivantes – Stocker les déchets les plus polluants dans les galeries des anciennes mines d’Alsace, puis les ressortir le jour où une solution serait trouvée. C’était une idée novatrice dans les années 1990 à Wittelsheim jusqu’à ce qu’un incendie en 2002 fasse craindre un effondrement, puis une contamination de l’eau de la nappe phréatique alsacienne. La situation est loin d’être réglée aujourd’hui. Retour en images et souvenirs.
Stocker les déchets dont on ne sait quoi faire en France. C’était le but du premier centre français de stockage géologique à Wittelsheim (Haut-Rhin), dans le bassin minier d’Alsace, qui s’étend sur 12 communes au nord-ouest de Mulhouse. Lancées au début du XXè siècle, ces mines de potasse, du sel utilisé comme engrais, ont employé jusqu’à 13 000 personnes dans les années 1950. Puis, entre la baisse des cours mondiaux et l’épuisement des ressources, la société des Mines de Potasses d’Alsace (MDPA) a progressivement cessé son activité jusqu’au début des années 2000.
L’idée, c’est que les galeries à 550 mètres sous terre hébergent ce qu’on nomme les déchets « ultimes », aussi appelés de « classe 0 », qu’on ne sait pas traiter (mercure, cyanure, arsenic, etc.). En théorie, ces barils devaient y restent 30 ans avant d’être ressortis.
Une première enquête publique en 1991
Les prémisses du projet remontent à 1972. Mais c’est dans les années 1990 qu’il se concrétise en partie à cause de la « faible mobilisation locale » par rapport à la Lorraine ou dans le sud-est, relèvent un courrier de la Direction régionale de l’Industrie, de la Recherche et de l’Environnement (Drire, devenue Dreal) ou un reportage (vidéo 3).
Jean-Pierre Hecht, ancien mineur et délégué syndical CFDT jusqu’en 2017, aujourd’hui membre du collectif d’opposants « Destocamine » se souvient :
« À cette époque, j’étais pour. Les mineurs y croyaient. On était lucide sur la nécessité de gérer nous-même nos déchets pour ne pas les envoyer en Afrique ou en Allemagne. Notre amour propre a pris le dessus. On se disait qu’on avait bossé pour nos agriculteurs et que maintenant on pouvait garder ce savoir-faire et se rendre utile. Il y avait une garantie de 250 emplois et l’assurance que le projet soit réversible, c’est-à-dire que les barils soient remontés. C’était dans le cahier des charges, le puits n’aurait jamais été ouvert sans cela. »
Le début des travaux
Dès l’origine, une opposition écologiste se forme. Elle craint la contamination de la nappe phréatique, moins profonde, « en cas de séisme ou d’accident ». Située à quelques dizaines et centaines de mètre sous terre, la plus grande réserve d’Europe, fournit trois quart de l’eau potable en Alsace, la quasi-totalité des besoins des cultures et la moitié de l’utilisation des industries.
Georgette Schmitt, 81 ans et femme d’ancien mineur, a son idée sur la mobilisation restée timorée de l’époque :
« Il y avait cette mentalité un peu paternaliste que les syndicats et la mine s’occupent de tout, en bien ou en mal, mais que ce n’est pas au citoyen de s’impliquer. Et puis il était impensable que les MDPA fassent quelque chose qui mette en danger les générations futures. »
L’historique du projet
La société Stocamine, filiale des MDPA, gère ce site. Objectif : enfouir 40 000 tonnes par an jusqu’à atteindre 320 000 tonnes. Pour assurer l’équilibre économique, les puits Joseph et Else accueilleront aussi des déchets de « classe 1 » comme les poussières d’amiante ou d’incinération, déjà stockés dans d’autres sites français contrairement aux « classe 0 ». Le premier camion franchit les grilles le 10 février 1999 sous la neige et devant une cinquantaine de manifestants français et allemands.
Mais la première année, seules 5 à 7 000 tonnes sont enterrées, loin des objectifs initiaux.
Pour les opposants au confinement des déchets sous terre, il faut démarrer le destockage dès que possible Photo : JFG / Rue89 Strasbourg
Une certification ISO et des espoirs
Moins de deux ans après l’ouverture, en 2001, Stocamine reçoit la labellisation ISO 9002, qui atteste d’une traçabilité des résidus industriels. La direction espère rassurer les sceptiques et obtenir de nouveaux marchés pour atteindre l’équilibre financier.
Mais en parallèle, des fûts interdits sont accueillis. Des mineurs alertent les autorités en voyant des camions non-autorisés. « À ce moment, on sentait que l’activité battait de l’aile. C’était un beau projet sur le papier, mais la parole n’a pas été tenue », se rappelle Jean-Pierre Hecht, qui a changé d’avis à cette période.
La mine Joseph-Else est toujours en activité, afin de consolider et surveiller les galeries. Photo : JFG / Rue89 Strasbourg
Des fûts non-autorisés
En février 2002, suite à de longues polémiques, 200 tonnes de fûts sont remontés. Contenant des substances toxiques (pyralène et PCB), ils ne devaient pas figurer dans ce puits selon la loi. Malgré le « comité de surveillance » où des opposants siègent, les doutes s’intensifient face à cette « dérive ».
L’incendie de 2002 précipite la fin d’activité
Le 10 septembre 2002, un incendie survient dans le « bloc 15 » où 1 800 tonnes de déchets ultimes sont entreposés. La fumée remonte jusqu’en surface. Georgette Schmitt, se souvient de l’odeur persistante et d’un jour où « nous avons jeté tous les légumes, tandis que les enfants étaient confinés dans les classes ». Onze ouvriers manifestent des troubles après avoir inhalé les fumées.
Contenu en quelques jours en surface, l’incendie n’est totalement éteint que deux mois plus tard, le 21 novembre. Cet accident, suite au non-respect des conditions d’exploitation, met fin à prématurément l’activité, jamais rentable, dès 2003. Au total, 44 000 tonnes de déchets sont entreposées en 3 ans et demi de fonctionnement.
Avec sa galerie endommagée par l’incendie et qui menace de s’effondrer, le dossier prend une nouvelle ampleur, plus politique et nationale. En 2010, le collectif Destocamine se forme et rassemble une dizaine d’associations. « Tous les ministres de l’Environnement nous ont reçu sauf Nicolas Hulot et François de Rugy », note Josiane Kieffer, présidente de l’Union Locale de la Consommation Logement Cadre de vie (CLCV). L’attentisme sur le sujet est souvent qualifié de « bombe à retardement », coûteux (45 millions d’euros en 2014, à raison de 5,5 millions par an) et dangereux.
Deux lignes s’opposent. D’un côté celle des MDPA, désormais administrée par l’État, qui préconise un « confinement » des déchets. La société prévoit la construction de barrages (jusqu’à 19) pour limiter et retarder de « plus de mille ans » la contamination de la nappe phréatique d’Alsace. « Au début, un tel scénario était impossible, maintenant on explique que la pollution ne serait que sur quelques mètres-cubes… », soupire Jean-Pierre Hecht, dubitatif. De plus, la direction et certains représentants des mineurs mettent aussi en avant la dangerosité d’une telle opération pour la vie des ouvriers.
De l’autre, les opposants prônent un déstockage total ou presque, plus coûteux et peut-être plus risqué. Les 23 021 tonnes de classe 1 partiraient dans les autres sites français fonctionnels. Pour les 18 990 tonnes de classe 0, elles iraient dans d’autres mines en Allemagne, moins exposées à un « ennoyage » dans une nappe phréatique. Autre proposition, la vitrification des déchets, « plus chère, mais si on l’avait faite dès le début cela aurait été moins coûteux que ce qui a été dépensé ».
Quelques tonnes remontées en 2014
Le dossier évolue un peu sous le quinquennat de François Hollande. Mais après des bons contacts initiaux avec l’éphémère ministre Delphine Batho, les espoirs initiaux sont douchés lorsque la successeuse Ségolène Royal annonce vouloir retirer « un maximum » de déchets mi-2014. Josiane Kieffer rappelle l’ambiguïté :
« Tout le monde a entendu 93%. Mais c’était 93% des déchets mercuriels, soit 2 270 tonnes en tout sur 44 000. On espérait au moins que ce soit les déchets de mercure et d’arsenic soit 9 000 tonnes. On s’est dit soit elle s’est moqué de nous, soit on s’est moqué d’elle dans les informations transmises. »
Après trois ans de déstockage par la société allemande Saar Montan, il reste environ 41 700 tonnes de déchets depuis 2017. Depuis, au gré des revirements, aucune décision définitive n’est prise. Au début de l’été 2019, une cinquantaine de personnes s’activent chaque jour pour des opérations d’entretien et de consolidation : 44 mineurs polonais de la société Primetech, ainsi qu’une dizaine des 29 salariés des MDPA et des intervenants extérieurs.
Pour Josiane Kieffer, le dossier stagne car les personnes consultées se ressemblent :
« Les élus ne sont pas ingénieurs. Il s’en remettent aux avis d’experts qui sont tous issus du corps de mines. Ils vont dans le même sens et parfois se défendent entre eux. »
Elle aimerait que des spécialistes suisses ou allemands de ces questions soient davantage écoutés.
Jean-Pierre Hecht nous reçoit à la colonie Langenzug, un lieu de vie pour les associations construit par les MDPA dans la cité minière. Photo : JFG / Rue89 Strasbourg
Encore des études et derniers espoirs
Avec le renouvellement de l’Assemblée en 2017, les opposants ont enregistré de nouveaux soutiens, les députés Raphaël Schellenberger (LR), Bruno Fuchs (Modem) ou Vincent Thiébaut (LREM, Bas-Rhin), qui préside une mission parlementaire d’information, s’intéressent au dossier. Le compte-rendu, jugé trop proche des arguments des opposants, déplaît aux MDPA qui publie plusieurs réponses au rapport des députés dans sa lettre d’information d’octobre 2018.
Fin janvier 2019, celui qui était encore le ministre de l’Écologie, François de Rugy ordonne pourtant un confinement total du site, contre l’avis d’une expertise demandée par son prédécesseur Nicolas Hulot. Après là encore plusieurs rebondissements, semble-t-il jusqu’au milieu d’un dîner à l’Élysée le 12 février avec les parlementaires du Grand Est, il change de position. Il enclenche une nouvelle étude de faisabilité d’un « déstockage complémentaire ». La 106ème selon les comptes du collectif.
Une nouvelle fois, l’ascenseur émotionnel attend les opposants :
« Après une réunion publique d’information le 8 avril pour confirmer cela, on pensait fêter la fin du collectif. Et en découvrant le cahier des charges le 11 avril en comité du suivi, le bloc 15 n’y figure pas. »
Pendant ce temps, seules des opérations de maintien du site ont lieu, au désespoir de Jean-Pierre Hecht :
« On se focalise sur ce bloc, mais on perd du temps sur le reste. On pourrait déjà déstocker les autres blocs et étudier en parallèle le cas du bloc 15, sachant qu’avec les progrès de la recherche, les techniques évoluent. Les travaux actuels montrent que l’on s’entête dans cette voie. »
Dans sa lettre d’information du 31 juillet, les MDPA rappellent que l’étude est menée « en parallèle de la poursuite du confinement ». Les conclusions des recherches, dont le marché ne sera passé qu’en décembre, sont annoncés pour le « printemps 2020 ». Cinq candidats ont effectué plusieurs visites pour transmettre leur offre ajoutent les MDPA. Trois options sont à l’étude, le déstockage complet hors bloc 15, celui de 25 % des déchets pouvant entrer en contact avec l’eau ou un déstockage « supplémentaire » en parallèle du confinement qui doit se terminer en 2027.
Le député Raphaël Schellenberger et la présidente du Haut-Rhin, Brigitte Klinkert, ont demandé au ministère « d’accélérer » pour obtenir un retour « fin 2019 ». Le dossier attend en tout cas la nouvelle ministre de l’Environnement Élisabeth Borne. De son côté, le collectif vient de s’adjoindre les conseils de l’avocate et ancienne ministre de l’Écologie (1995-1997) Corinne Lepage.
Natif du quartier de l’Elsau, cet espoir du foot français rejoint l’un des meilleurs club d’Europe.
L’été 2019 est décidément celui où des jeunes de l’Elsau font parler d’eux. Après la signature du rappeur Larry avec le label Sony (lire notre rencontre), c’est au tour d’un footballeur de franchir un gros cap. Quelques jours après avoir fêté ses 20 ans le 16 août, le Strasbourgeois Michaël Cuisance a signé un contrat avec le prestigieux club allemand du Bayern de Munich.
Natif de l’Elsau, Michael Cuisance a débuté le foot en 2005, une saison au FC Koenigshoffenn puis une autre à l’ASPTT, avant d’intégrer le centre de formation du Racing club de Strasbourg. Mais lors de la perte de l’agrément professionnel lors du dépôt de bilan du RCS en 2011, Michael Cuisance part dans le centre de formation régional voisin de l’AS Nancy-Lorraine. Il joue néanmoins deux saisons au Sporting de Schiltigheim qui bénéficiait d’un accord avec le club lorrain pour donner du temps de jeu à ses plus jeunes pousses. Il rejoint la Lorraine en 2016 pour terminer sa formation.
Né à l’Elsau, Michael Cuisance va devoir s’imposer dans le prestigieux Bayern de Munich Photo : Bayern Munich / Twitter
Bons débuts allemands
Sans avoir joué avec l’équipe première nancéienne, il est transféré à 17 ans au Borussia Mönchengladbach. Ce un club allemand de milieu de tableau débourse 250 000 euros à l’été 2017. « ‘Gladbach » finit 9ème et son milieu de terrain français (27 matches) est même élu par les supporters meilleur joueur de la saison 2017/2018. La deuxième année, l’équipe s’est renforcée et l’Elsauvien joue moins (14 matches en tout) alors que son équipe termine cette fois 5ème. À l’été 2019, il quitte donc le club pour le Bayern de Munich, qui domine la ligue sans partage depuis 2012. Le transfert officialisé le 18 août est estimé à 12 millions d’euros.
🗣 Unser Neuzugang: "Ich weiß, dass dies ein sehr großer Schritt für mich ist. Aber ich fühle mich bereit und bin sehr stolz, künftig das Trikot des #FCBayern tragen zu dürfen."#ServusMichaëlpic.twitter.com/hDmSXgzV90
Depuis 2014, il joue dans les équipes de France de jeunes, des moins de 16 ans, jusqu’aux moins de 20 ans cet été.
En Bavière, Michael Cuisance intègre une des meilleures équipe d’Europe. Il rejoint quatre internationaux français, les champions du monde français Benjamin Pavard, Corentin Tolisso et Lucas Hernandez, ainsi que Kingsley Coman aux côtés d’autres stars internationales (Coutinho, Neuer, Lewandowski, Perisic, Muller etc.).
Plusieurs Elsauviens, dont Yan Gilg et Moustapha Taouil, préparent un projet culturel et éducatif : la Fabrique Artistique Culturelle et Citoyenne. Implantée à Marseille, Dakar et Strasbourg, la FACC ambitionne de créer de l’activité économique et de permettre aux habitants de participer à l’avenir de leur quartier.
« L’école républicaine est obsolète et elle n’a pas tenu sa promesse. » Yan Gilg est de retour à Strasbourg, avec un constat et de l’ambition. Le directeur des compagnies Mémoire Vive et Les sons de la rue veut « rendre à l’Elsau ce que le quartier lui a donné. » Jeudi 1er août, il a présenté son projet d’ »université des classes dominées » à Rue89 Strasbourg.
Yann Gilg et Mouss, premiers acteurs de la future Fabrique Artistique et Culturelle. Photo : Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc
Une FACC, un label
La présentation du projet se fait dans un salon du 80 rue Martin Schongauer. L’appartement sert en partie de studio d’enregistrement. Un dispositif précieux pour les jeunes du quartier, souvent admiratifs du succès fulgurant du rappeur elsauvien Larry. La FACC de Yan Gilg espère ainsi lancer des jeunes artistes strasbourgeois.
« L’Elsau, c’est un berceau des cultures urbaines. La FACC fonctionnera avec des partenaires issus des quartiers populaires », annonce Yan Gilg. Ce dénicheur de talents se tourne vers Nora Tafiroult, à ses côtés. La présidente de l’association qui chapeaute le média strasbourgeois Sp3ak3r (prononcer spikeur) participera aussi au projet si le conseil d’administration vote en ce sens.
Redonner confiance aux habitants
Pour la fondatrice du « média des quartiers », l’objectif de la FACC et de Sp3ak3r sont les mêmes :
« Il s’agit d’aider les habitants à avoir confiance en eux, à se sentir légitimes pour dire ce qu’ils pensent de la rénovation de leur quartier, d’intégrer des grandes écoles, de créer leur propre entreprise… »
Au bout du canapé, Moustapha Taouil acquiesce. Ce gérant d’une entreprise spécialisée dans l’événementiel mettra son expertise et son matériel à disposition du projet.
La FACC s’adressera à des jeunes « sortis de tous les radars sociaux, qu’on aura repérés avec une motivation et un potentiel artistique », affirme Yan Gilg. Ils viendront à la fois de Strasbourg, mais aussi de Marseille et de Dakar, comme l’explique l’initiateur du projet :
« Pour nous ce lien avec l’Afrique est nécessaire sachant que la majorité de la population des banlieues sont des afro-descendants. L’idée, c’est de connecter le quart-monde français au tiers-monde. La transmission du savoir doit permettre à l’individu de relever la tête, de s’en sortir, pour ensuite dupliquer son parcours. »
Donner du swag à l’école
Dans la continuité de l’action des Sons de la Rue, la pédagogie de la FACC se basera sur la création artistique. Yan Gilg résume : « Il s’agit de jalonner un parcours de création avec des moments de transmission. » L’objectif assumé : redonner du « swag » à l’école, qui ne serait « plus compétitive » pour les jeunes, « des geeks, qui ont appris l’autoformation grâce aux tutos et aux forums sur internet. »
Il n’y aura donc pas de cours magistraux à l’Elsau. L’apprentissage se fera surtout au sein de la production artistique, explique Yan Gilg :
« Certains développeront des compétences de design, de communication ou de comptabilité pendant un projet. Puis ils réutiliseront ces compétences pour trouver un boulot ou monter une entreprise et seront alors les nouveaux professeurs de la FACC. »
Financement par l’aide au développement…
La FACC pose la question cruciale de « la plus-value sociale de la création artistique. » Car l’objectif du projet reste « l’insertion économique et le développement territorial », rappelle Yan Gilg. Dans le cadre d’une demande de financement auprès de l’Agence française du développement, il a présenté le potentiel économique de la FACC :
« À Dakar, on a déjà descendu pour 10 000 euros de matériel, trois petits studios d’enregistrement et une station d’infographie. Parmi les 25 jeunes élèves qu’on a Dakar, il y en a qui voudraient développer des compétences d’infographie. Ils ont accès au matériel, aux logiciels, au lieu de travail… Les mec font des prestas, ils évoluent, répondent à des appels d’offres. En contrepartie, pour la FACC Dakar, ils feront des flyers pour des concerts… »
Des locaux et des demandes
À ce jour, la FACC à Strasbourg dispose d’un local à l’Elsau et d’un autre à la Meinau. « On est encore en demande d’un autre cinq pièces auprès de CUS Habitat (Ophea, bailleur social présent à l’Elsau, ndlr) », affirme Yan Gilg. Il espère pouvoir intégrer le projet dans le cadre de la rénovation du quartier. Les projets de rénovation de l’Elsau ont pourtant été présentés aux habitants en mars. Mais le futur doyen de la FACC reste confiant :
« Beaucoup est décidé, mais il reste quand même une enveloppe, des affectations commerciales, voir ce qui va être attribué aux services publics… Nous on a des choses à proposer. Une idée par exemple, une filière autour du textile. On est en train de mettre en lien des gens de la FACC Dakar avec la FACC d’ici, notamment autour du Wax. L’objectif, ce serait de faire de la création de modèle unique avec les ateliers là-bas et des showrooms et un magasin ici. C’est une des pistes qu’on travaille. »
« Vous, vous allez rester pauvres »
En filigrane, Yan Gilg et Moustapha Taouil dessinent une autre vision de la rénovation du quartier. Pour eux, le projet de rénovation urbaine de l’Elsau a été pensé sans la majorité de ses habitants. Leur objectif commun : redonner du pouvoir aux Elsauviens des tours. Pour expliquer son engagement, Moustapha Taouil décrit son sentiment lors de la réunion sur la rénovation de son quartier :
« Ils ont dit qu’il y aura le même nombre d’habitants sauf que certains devront partir et qu’ils allaient ramener une classe sociale plus aisée. C’est passé inaperçu. C’est comme si tu disais, on va ramener les riches, mais vous, vous allez rester pauvres dans le quartier. Personne ne semblait intéressé par ce qu’on devait faire avec les habitants qui sont là, rien. »
Rédacteur en chef de Rue89 Strasbourg. Spécialisé depuis 2019 en enquêtes locales, à Strasbourg et en Alsace sur des sujets variés allant de l’extrême-droite à l’hôpital public en passant par la maison d’arrêt de Strasbourg, les mouvements sociaux, les discriminations et l’expertise-psychiatrique.
En 2018, le musée de l’impression sur étoffes à Mulhouse constate la disparition de vases et de pièces textiles de grande valeur. Très vite, la police arrête l’auteur… qui s’avère être un responsable du musée. Pas voleur dans l’âme, il a « juste » profité du trésor qu’il avait sous la main pour satisfaire ses envies de faste et de vengeance.
Début avril 2018, le Musée de l’impression sur étoffes (Mise) de Mulhouse reçoit un appel d’une maison de vente aux enchères, Sotheby’s Paris : en cause, des soupçons autour de vases Gallé proposés à la vente, d’une valeur de 100 000 à 200 000 euros chacun.
Le directeur, Eric Bellargent, constate qu’il manque effectivement trois vases, sur les neuf en dépôt au musée, et porte plainte. Le 17 avril, il décède dans un accident au musée, tombant d’une échelle alors qu’il changeait une ampoule.
Au fur et à mesure, le musée fait état d’autres anomalies : il manque plus de 400 carrés Hermès, des foulards dont la valeur oscille entre 200 et 500€, sur les 515 conservés sur place. Ces pièces étaient exposées au service d’utilisation des documents (SUD), où des clients viennent consulter les collections pour s’en inspirer ou s’informer. Comme le rapportait L’Express dès 1993, des « stylistes du monde entier (200 clients réguliers) [venaient] piocher dans plus de 3 millions de modèles, classés robe ou ameublement ».
Nombreux sont les Américains : certaines clientes spécialistes du patchwork sont venues régulièrement pendant 14 ans comparer leurs motifs avec ceux du musée.
Le Mise de Mulhouse est en crise depuis l’an dernier Photo : wikimedia commons
C’est au SUD également que le récolement et l’inventaire lancés à l’été 2018 mettent à jour des manques criants : plus de 3 500 livres d’échantillons (du fonds « Texunion ») manquent à l’appel, tout comme des dessins et empreintes cachemire. En novembre 2018, la maison de ventes Art Richelieu retire d’une vente textile à Drouot (Paris) onze albums de tissus, à la demande du service des Musées de France, « en raison de certitudes ou de présomptions graves d’appartenance aux collections du Musée de l’impression sur étoffes », rapporte le Journal des Arts, cité par L’Alsace. La valeur d’un seul de ces livres peut aller de 200 à 1000€.
Quand la maison Sotheby’s appelle le musée au sujet des vases, le responsable de ce fameux « SUD » s’appelle alors Jean-François Keller. En arrêt maladie, le délégué à la conservation ne vient pas au travail depuis des semaines…
La « timidité tranquille » du gardien du « trésor »
L’homme d’aujourd’hui 60 ans travaillait au Mise depuis 1986. C’est en 2011 qu’il a été nommé délégué à la conservation. Des sources proches du musée le décrivent comme quelqu’un d’agréable, plein de talent, cultivé :
« Tout le monde l’adorait. Il parlait plusieurs langues, il trouvait plein de choses intéressantes pour le musée, il avait vraiment un don. Il était charmant. »
En l’an 2000, le journal La Croix lui consacre un portrait, débutant par ces quelques lignes : « le calme apparent de Jean-François Keller, sorte de timidité tranquille qu’accentue l’apaisement du musée de l’Impression sur étoffes, va vite se révéler trompeur. Voilà un passionné total. »
L’article parle de sa passion pour les étoffes, qui se retrouvent dans son appartement, entre « drapés » et « nappes superbes ». Le texte évoque le SUD, un « trésor dont il a la garde » (L’Express parlait d’un « Fort Knox sur lequel il règne »).
Jean-François Keller y parle ainsi de son travail : « Le SUD, au fond, n’est qu’une grosse base de données. Notre devoir est simplement de montrer et de partager des savoirs. » On y apprend qu’il a découvert le musée et son métier « presque par hasard », lui qui était un ancien cadre d’administration reconverti à la muséographie et ne « savait pas que le musée existait » avant d’y travailler.
Son interview sur le site independent-collectors laisse à voir sa facette de collectionneur d’art. Il s’y réjouit que le monde des collectionneurs « revienne à l’art », alors que c’était un « milieu lié à l’argent et au marché »…
Un dénouement rapide et des aveux
Après l’affaire des vases, la police enquête sur ces disparitions de pièces de collection et les soupçons des enquêteurs se portent rapidement sur… le délégué à la conservation. Le 26 avril, Jean-François Keller est arrêté en Allemagne et mis en examen pour vols et détournements. Il reconnaît les vols des vases et de 215 carrés Hermès revendus sur eBay (le site de revente en ligne). Remis en liberté à l’été 2018, il attend depuis que l’instruction suive son cours. Les DNA rapportaient en avril 2018 que Jean-François Keller aurait « voulu se venger de sa hiérarchie ».
Relations orageuses au sommet
Au musée, il formait avec le directeur un duo « libre de faire ce qu’il voulait », d’après des employés du musée. Le directeur « orchestrait tout » et le délégué à la conservation supervisait, seul, le SUD, qui était « bien séparé » des réserves et collections où travaillaient le reste du personnel.
Depuis 1997, ce département avait quitté le bâtiment principal, pour investir une petite maison à côté du musée (où se tient aujourd’hui un parking). C’est là qu’il recevait les clients, qui « étaient rois ». Peu à peu, Jean-François Keller s’est créé un large réseau, a beaucoup voyagé, au Japon, à New York, pour présenter des pièces de collection, et fréquentait ainsi des stylistes et artistes… En 2017, il faisait partie du comité de sélection pour Art Paris, le salon d’art contemporain.
La collection et les réserves du musée sont immenses : plus de 40 000 objets. Ici, les planches servant à l’ancien procédé d’impression Photo : wikimedia commons
Ce sentiment de toute puissance serait monté à la tête des deux hommes forts du Mise, qui avaient déjà un caractère bien trempé, selon des salariés ayant connu les deux hommes pendant plusieurs années :
« Parfois, le directeur le traitait bien, et parfois, ils ne se supportaient plus. On peut dire qu’ils s’aimaient et se haïssaient en même temps. »
Un témoin raconte qu’Eric Bellargent recevait des droits d’auteur pour des livres écrits pour la maison Taschen (qui publie des livres d’art, NDLR), et que Jean-François Keller, jaloux, aurait demandé à recevoir un plus gros salaire. Faisant face au refus du directeur, il lui en aurait voulu.
Des failles dans le fonctionnement du musée
Cette organisation du musée, qui n’avait plus de véritable conservateur depuis 3 ans, favorisait l’impunité, d’après une des sources proches de l’affaire, ayant connu le fonctionnement du lieu :
« Il y a eu plusieurs alertes, depuis plusieurs années, du personnel vers la direction, et aussi en externe. Le directeur ne pouvait pas ne pas savoir pour les vols. Mais quand un directeur et son bras droit sont idolâtrés par ceux qui gravitent autour du musée, quand ils jouissent d’une position « haut placée » dans la ville, que voulez-vous faire ? »
Un autre témoin connaissant très bien le musée pointe que l’absence de ces ouvrages pouvait se constater très facilement, avant même l’inventaire de l’été 2018 :
« Il y avait un mur entier de livres de la collection Texunion, qui impressionnait dès qu’on entrait dans la pièce au SUD. Au bout d’un moment, il a été évident qu’il restait seulement quelques livres disséminés. Le directeur ne pouvait pas ne pas avoir vu. »
Des passionnés et stylistes du monde entier viennent consulter les livres d’échantillons stockés au SUD. Il en manque 3500. Photo : wikimedia commons
Le président du musée, Pascal Bangratz, a finalement porté plainte en novembre 2018 pour le vol de ces 11 livres, alors que le personnel lui avait adressé une lettre ouverte témoignant de leur consternation face au fait qu’il n’ait « pas porté plainte sur l’ensemble des vols et disparitions constatées malgré des manques communiqués dès le 23 mai », rapporte le Journal L’Alsace.
Des vols facilités par des lacunes d’inventaire
Le musée aurait souffert d’un manque de moyens alloués au traçage, avance une des sources ayant connu de près le fonctionnement du lieu :
« Quand on reçoit des subventions, il devrait y avoir des contrôles, or il y avait vraiment un manque de supervision, de comptabilité rigoureuse… Il n’y avait pas de fichier informatique. L’inventaire n’a jamais pu être bien fait. »
Alors que 40 000 objets avaient été consignés en photos numériques, celles-ci ont un jour disparu en une nuit, faute de compétences informatiques pour les sauvegarder contre cette éventualité. Seules des diapositives subsistent, qui permettent aujourd’hui de faire des comparaisons avec les objets du SUD.
Le musée entame un très long inventaire, dû à la grande diversité de ses pièces Photo : wikimedia commons
Le pillage des collections laisse le Mise dans une grande crise, qui s’ajoute aux difficultés financières. Des employés actuels parlent d’une « situation triste à pleurer » et regrettent une déconsidération de l’œuvre et du patrimoine :
« Un musée, c’est ce qu’on lègue à nos enfants, c’est conserver un patrimoine. Ceux qui ont fait ça ont vendu cet héritage. C’est tellement dommage. »
Pour les livres retirés de la vente Drouot, une enquête est en cours, mais le modus operandi pour faire arriver ces livres à une vente parisienne n’est pas encore connu.