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Loi Blanquer : les jardins d’enfants inquiets pour leur avenir

Loi Blanquer : les jardins d’enfants inquiets pour leur avenir

Parents et personnels se mobilisent pour sauver les jardins d’enfants alors que le Sénat examine cette semaine la loi pour une école de la confiance.

Directrices, personnels et parents ne lâchent pas la pression pour sauver les jardins d’enfants alors que le sénat a commencé mardi l’examen du projet de loi Pour une école de la confiance du ministre de l’éducation Jean-Michel Blanquer. Quel rapport ? L’obligation de scolarisation des enfants à partir de trois ans menace l’existence même de ces établissements atypiques très présents en Alsace et qui accueillent les petits de 2 à 6 ans.

Parents et personnels des jardins d'enfants d'Alsace se sont rassemblés samedi 11 mai à Strasbourg pour alerter l'opinion publique sur leur situation. (Crédit : CG / Rue89 Strasbourg)
Parents et personnels des jardins d’enfants d’Alsace se sont rassemblés samedi 11 mai à Strasbourg pour alerter l’opinion publique sur leur situation. Photo : Crédit : CG / Rue89 Strasbourg

Ces structures alternatives à l’école maternelle reçoivent près de 800 enfants chaque jour à Strasbourg, et près de 10 000 dans l’ensemble de la France. Une goutte d’eau si l’on sait qu’une classe d’âge représente 800 000 enfants en France. Un détail dans le paysage de l’accueil des enfants que le ministre semble avoir oublié dans son projet législatif. Pas étonnant, puisque les jardins d’enfants ne relèvent pas du ministère de l’Éducation nationale mais de celui de la Famille.

Une vingtaine de structures privées en Alsace

En plus des jardins d’enfants municipaux qui accueillent les petits de 4 à 6 ans, une vingtaine de jardins d’enfants privés et associatifs existent en Alsace. Calqués sur le modèle allemand des Kindergarten, ils s’occupent des bambins dans des conditions très privilégiées par rapport à celles des écoles maternelles classiques. Le jardin d’enfants associatif Les tous p’tits d’Alsace, dans le quartier de l’Esplanade à Strasbourg, existe depuis… 1924. Aurélie Ira, sa directrice, explique :

« Mettre son petit dans un jardin d’enfants relève d’un choix pédagogique des familles. Les enfants y sont beaucoup plus encadrés qu’à l’école. Un décret de 2000 nous impose un adulte pour 15 enfants. On a plus de temps pour écouter, accueillir, et accompagner les familles. Nous faisons du soutien à la parentalité. On accueille les enfants sur un temps long, de trois à quatre ans de suite avec la même personne. Cela laisse le temps pour créer du lien, pour rassurer les parents sur leurs compétences et déceler les difficultés. »

Concrètement, une « classe » de jardin d’enfants mélange tous les âges. Les enfants y sont pris en charge tous les jours de la semaine de 7h45 à 18h15. Une souplesse pour les parents qui tranche avec le planning périscolaire – école – crèche ou nounou du système d’accueil classique.

« Dans la lignée des grands pédagogues »

Patricia Chalet, directrice du jardin d’enfants Michael, qui appartient au mouvement pédagogique Rudolph Steiner, à Koenigshoffen depuis 1954, insiste :

« Nous voulons être reconnus comme des lieux d’instruction et que les jardins d’enfants qui ont une longue histoire ne disparaissent pas. Ces établissements se sont développés dans la lignée des grands pédagogues qui se sont questionnés sur les besoins du petit enfant, à contre-courant des écoles maternelles qui ne pensent l’enfant que comme un futur élève. Il y a beaucoup de pays dans le monde où les jardins d’enfants sont préférés aux écoles maternelles. »

Pour Marie Chapoutot, enseignante dans le public, le choix de mettre sa première fille dans un jardin d’enfants n’a pas été évident dès le départ. Cette année, son aînée de six ans passe sa dernière année chez Les p’tits loups d’Alsace. Et elle compte bien se battre pour que son bébé d’un an y aille aussi dès ses deux ans :

« Ma fille avait commencé sa scolarité dans une école maternelle publique classique. Elle n’était pas à l’aise dans sa classe, pleurait tout le temps. Elle ne voulait pas rester à l’école. Nous nous sommes alors dit que l’on devait trouver une autre solution et nous sommes orientés vers cette structure pour la rentrée suivante. Aujourd’hui, elle est épanouie, il y a un vrai bien-être, je vois la différence. Par rapport à l’histoire de ma fille, la pédagogie différenciée proche de Montessori est très précieuse. Les grands aident les petits à grandir. Les enfants pratiquent beaucoup de jeux, ils sont dans la manipulation des objets. Nous, ce qu’on en retient, c’est que notre enfant y est bien, qu’elle apprend plein de choses et qu’elle est heureuse d’y aller. »

Un choix des parents

La vingtaine de jardins d’enfants privés d’Alsace est agréée par les services municipaux de Protection maternelle et infantile (PMI). Depuis 2000, ils sont même soutenus par les CAF qui les financent directement. La participation des familles est indexée sur un barème en fonction de leurs revenus. Aurélie Ira insiste :

« C’est un choix pédagogique que les parents sont prêts à financer parce qu’ils s’y retrouvent. Il y a la volonté de beaucoup de parents de plus s’investir dans l’éducation de leurs petits enfants et donc de trouver des lieux qui leur correspondent, avec une variété de projet pédagogique. »

Samedi 11 mai, un enfant dessine à la craie sur la place Kléber en protestation contre la menace de disparition des jardins d’enfants. Photo : Crédit : CG / Rue89 Strasbourg

En début d’année, le député alsacien LREM Bruno Studer a tenté de rattraper les manques du projet de loi et déposer un amendement pour sortir les jardins d’enfants de l’impasse. Son texte, déjà voté en première lecture à l’Assemblée nationale, donne un délai de deux ans aux jardins d’enfants pour se transformer en écoles maternelles privées ou en crèches.

Une mobilisation nationale

Pas du tout de quoi rassurer les concernés… Face à la menace de disparaître, les jardins d’enfants d’Alsace et ceux de Paris, se sont depuis mobilisés pour peser dans le débat législatif. A la tête du collectif alsacien, Aurélie Ira, elle-même éducatrice de jeunes enfants, explique :

« Quand le projet de loi a été rendu public il y a un an nous pensions être inclus dedans. Mais en fait l’Education nationale ne savait pas qu’on existait… Bruno Studer a alors proposé un amendement pour permettre aux jardins d’enfants de continuer pendant deux ans, le temps de se transformer soit en lieux d’accueil de 0 à 3 ans soit en écoles maternelles privées. Mais notre personnel n’a pas tous les diplômes pour travailler en écoles sous contrat. Certaines sont éducatrices de jeunes enfants, d’autres ont un CAP petite enfance, d’autres sont auxiliaires de puériculture ou encore animatrices. »

Aurélie Ira et ses collègues alsaciennes se sont donc organisées pour faire valoir leur cause. Elles ont enchaîné les rendez-vous auprès des députés et des sénateurs de la région pour les sensibiliser au problème. Avec succès puisque le sénat qui examine le texte cette semaine met au vote un amendement pour pérenniser la dérogation que Bruno Studer avait introduite pour deux ans.

Après le Sénat, retour risqué à l’Assemblée Nationale

La sénatrice Fabienne Keller (Agir) défend sa position :

« Les jardins d’enfants propose une forme d’accueil stable quand les parents sont en situation tendue dans leur travail. Ils proposent une pédagogie adaptée et offrent un certain « maternage » à des enfants qui en ont besoin. C’est un modèle qui est complémentaire de l’école maternelle ou intermédiaire et dont la pérennité semble fragilisée par le texte de loi. Même si je soutiens la scolarisation à trois ans, je pense que ce modèle remplit tous les objectifs d’une manière différente de l’école mais tout aussi efficace. Cette diversité peut être mise en regard de la diversité des enfants. Le problème n’a été vu qu’assez tard à l’Assemblée nationale. Elle n’a pas eu le temps de l’expertiser. »

Si la sénatrice se veut confiante sur l’ouverture du débat au sénat, la suite pourrait être plus compliquée pour les jardins d’enfants. Alors que le sénat va étudier un amendement pour une dérogation longue des jardins d’enfants à l’obligation de scolarisation, le gouvernement a déjà déposé un amendement pour rétablir dans la future loi un délai d’adaptation de trois ans. Rien ne laisse présager que l’Assemblée nationale aille dans le sens du sénat, alors que les syndicats d’enseignants s’opposent à la reconnaissance des jardins d’enfants et considèrent la dérogation initiale de deux ans comme une trahison.

Bruno Studer ne cache pas son embarras :

« C’est une dérogation qui m’a valu ailleurs en France des reproches selon lesquels je voulais préparer la fin des écoles maternelles. La réflexion n’est pas du tout terminée parce que le travail législatif n’est pas fini. Il est encore temps de traiter le sujet. »

Les structures historiques du pays vont se constituer en fédération nationale le 18 mai pour réfléchir notamment à une charte de bonnes pratiques et avoir un poids légal. Ses responsables ont rendez-vous au ministère de la Famille le 22 mai. La direction nationale de la cohésion sociale les a quant à elle invités à les recevoir le 17 mai. A l’Assemblée Nationale, plusieurs députés seraient favorables à la prolongation d’une dérogation, le temps de trouver les contours juridiques d’une niche pour ces établissements atypiques. Oseront-ils défendre publiquement le modèle face aux syndicats enseignants ? Le terrain est glissant.

En attendant, depuis la médiatisation du problème, et donc des jardins d’enfants, les demandes d’inscriptions dans ces établissements alternatifs explosent partout, confie Aurélie Ira : « On ne sait plus quoi faire des demandes. »

Jeudi, opération « lycée mort » à Marc Bloch pour de meilleures conditions de scolarité

Jeudi, opération « lycée mort » à Marc Bloch pour de meilleures conditions de scolarité

L’intersyndicale des enseignants du lycée Marc Bloch, à Bischheim, invitent les lycéens à ne pas se rendre en cours dans l’après-midi du jeudi 16 mai. Les associations de parents d’élèves soutiennent cette demande de meilleures conditions de scolarité.

Jeudi 16 mai, les parents d’élèves du lycée Marc Bloch, à Bischheim, sont invités à ne pas envoyer leurs enfants en cours l’après-midi. Cette opération appelée « lycée mort » est organisée par l’intersyndicale des enseignants du lycée, avec le soutien des associations de parents d’élèves FCPE et APEPA. De 13h30 à 17h30, les enseignants mobilisés seront présents sur le parvis du lycée pour échanger sur la situation.

Plusieurs syndicats d’enseignants appellent les lycéens à ne pas se rendre en cours dans l’après-midi du jeudi 16 mai. Photo : Document Remis

À l’origine de cette manifestation, les conditions de scolarité menacées au lycée à la rentrée prochaine : « forte perte de moyens, classes surchargées à 35 élèves en permanence… », indique l’intersyndicale des enseignants. Pour sauver la situation, les professeurs défendront leurs revendications devant le lycée, où « la très large majorité des enseignants seront mobilisés », estime Julien Ratcliffe, co-responsable de l’intersyndicale du lycée :

Nous demandons le retrait de la réforme du baccalauréat, le rétablissement des dotations horaires qui ont été supprimées, le maintien des effectifs enseignants et des mesures de soutien pour les élèves en difficulté. Globalement, nous voulons plus d’ambition pour la réussite de tous les jeunes.

#lycée marc bloch

Souffrance dans la protection de l’enfance : « Je veux sauver ma peau. Soit ça change, soit j’arrête »

Souffrance dans la protection de l’enfance : « Je veux sauver ma peau. Soit ça change, soit j’arrête »

Une trentaine d’agents de la protection de l’enfance ont manifesté dans la matinée du 14 mai pour la création de postes supplémentaires. Face à une charge de travail en hausse, ils dénoncent des moyens insuffisants et une direction du Département qui « entend mais n’écoute pas ».

« Enfants sacrifiés. Agents épuisés. SPE (Service de Protection de l’Enfance) en danger » Devant l’hôtel du département, une trentaine grévistes scandent les motifs de leur colère. Ils n’en sont pas à leur première grève de l’année. Malgré une mobilisation le 30 avril, à l’appel d’une intersyndicale (CFDT, CFTC, CGT, FO et UNSA), les travailleurs sociaux, psychologues ou encore les chargés d’accueil ne sont toujours pas satisfaits par les réponses du Conseil départemental du Bas-Rhin. « On nous parle de 27 postes créés dans le service SPE en deux ans, mais on ne le ressent pas sur le terrain », estime Hülliya Turan, représentante du personnel pour la CGT.

Une trentaine d’agents du service de protection de l’enfance manifestaient devant le Conseil départemental dans la matinée du 14 mai. Photo : GK / Rue89 Strasbourg / cc

Une guerre des chiffres

Vers 10h du matin, la direction des ressources humaines a proposé une réunion aux grévistes. Ils en sont sortis insatisfaits,. Dans un courrier interne, les cadres du conseil départemental rappellent l’augmentation de 4 millions d’euros des moyens alloués à la politique de l’enfance. La direction reconnait « la saturation du dispositif d’accueil et ses conséquences pour les jeunes et pour vous, professionnels. » Elle rappelle donc « l’ouverture de 341 nouvelles places (…) en cours de mise en oeuvre. »

Pour les agents sur le terrain, les effets de ces mesures tardent à se faire sentir. Violette Marino, secrétaire de section CFDT au Conseil départemental, regrette une réponse insuffisante :

Le nombre de Mineurs non-accompagnés (MNA) a explosé. On est passé de 330 enfants en 2016 à 800 en 2018. Des places ont été créées mais il y a encore des mineurs qui n’ont pas pu trouver de place dans le département. Les travailleurs sociaux ne sont pas assez nombreux. Une collègue enceinte, qui devait prendre deux semaines d’arrêt, est revenue une semaine plus tôt pour aider…

Un nombre de travailleurs sociaux insuffisant

Le service de protection de l’enfance joue un rôle crucial dans l’accompagnement d’enfants dont la santé, l’éducation ou la sécurité est en en péril. Le département doit leur assurer un toit, dans un foyer ou une famille d’accueil, une scolarisation ou encore un suivi médical. Pour le conseil départemental, un travailleur social doit pouvoir assurer le suivi de quarante mineurs. Le nombre d’enfants à aider est supérieur pour les agents du le Bas-Rhin, estime-t-on du côté de la CGT. Plusieurs sources syndicales souhaiteraient plutôt confier trente enfants à chaque agent du SPE. Violette Maro explique :

On doit pouvoir construire un parcours de vie pour chaque enfant. Mais les travailleurs sociaux ont l’impression de ne plus pouvoir faire leur travail. Par exemple, ils devraient rendre visite aux familles d’accueil tous les 4-5 semaines. Ils ne peuvent le faire que tous les semestres…

« J’ai l’impression de m’autodétruire »

Le manque de personnel vient aussi d’un recrutement difficile au vu de la dureté du métier et des nombreux arrêts maladie… « J’ai l’impression de m’autodétruire », raconte une travailleuse sociale sous couvert d’anonymat. « La moitié de mon équipe est partie il y a six mois. Ils ont demandé une mutation ou leur retraite anticipée. »

Enfant déscolarisé, enfant sans famille d’accueil ou foyer, enfant malade… Les travailleurs sociaux bas-rhinois y pensent tout le temps, le jour comme la nuit. Lorsque les moyens manquent, la situation se dégrade. Une souffrance pour les mineurs, leur famille d’accueil et les employés du SPE. Ces derniers subissent une charge de travail et mentale insupportable :

« L’heure est grave. Si les choses ne bougent pas d’ici septembre, je vais sauver ma peau. Je fais pas ce boulot pour l’argent, je le fais pour son sens. Mais on est dans un tel état. On est épuisé. Soit ça change, soit j’arrête.  »

Vitesse et voies réduites sur l’A352 entre Strasbourg et Molsheim jusqu’en septembre 2020

Vitesse et voies réduites sur l’A352 entre Strasbourg et Molsheim jusqu’en septembre 2020

Jusqu’en septembre 2020, les travaux du Grand contournement ouest (GCO) de Strasbourg vont modifier la circulation sur l’A352 entre Strasbourg et Molsheim, dans les deux sens. La largeur des voies sera réduite, ainsi que la vitesse de circulation.

Sur l’A352, les fous du volant devront lever le pied. Depuis le 13 mai et jusqu’en septembre 2020, les voies de l’autoroute entre Strasbourg et Molsheim perdent cinquante centimètres de largeur.

Le constructeur du Grand contournement ouest (GCO, voir tous nos articles) de Strasbourg doit en effet utiliser une partie de l’A352 pour la relier à la future A355. La vitesse maximale est donc abaissée à 70 km/h sur la zone des travaux dans les deux sens de circulation. Ces mesures dont « l’impact sur le trafic est quasiment neutre », selon Arcos, le concessionnaire du GCO, doivent permettre « de garantir la fluidité du trafic et la sécurité des usagers ».

Pour mettre en place cette réduction des voies, l’autoroute A352 fermera quatre nuits successives. De Molsheim à Strasbourg, la circulation sera interdite entre le 13 et le 15 mai de 20h à 6h du matin. Dans le sens inverse, les automobilistes devront emprunter un itinéraire alternatif par la route départementale 500, du 15 au 17 mai.

Bela Loto veut rendre visible le désastre écologique du numérique

Bela Loto veut rendre visible le désastre écologique du numérique

Directrice de la Maison de l’informatique responsable, Bela Loto alerte sur les coûts écologiques des ordinateurs, tablettes, téléphones portables et autres appareils connectés. Elle appelle à un sursaut citoyen pour ralentir les effets délétères de la consommation énergétique du numérique.

Quand elle se déplace, Bela Loto emmène toujours une mallette de la Maison de l’informatique responsable (MIR). Dans ces mallettes, un appareil de notre quotidien numérique, décortiqué. La directrice de la MIR explique :

« Devant le public, on sort un composant et on indique quel métal est utilisé pour le fabriquer, en quelle quantité et où se trouve ce métal dans le monde, dans quelles conditions il est extrait, etc. Et tout à coup, le coût écologique d’un ordinateur portable devient très concret pour les gens. C’est notre objectif : rendre visible l’immatériel car la consommation d’énergie par tous ces appareils n’est pas visible. »

Bela Loto est invitée par le Shadok et Rue89 Strasbourg pour une table-ronde sur la responsabilité environnementale du numérique, jeudi 16 mai à 19h.

Bela Loto, directrice de la Maison de l’informatique responsable Photo : doc remis

Elle sera accompagnée par Romaric David, responsable du data center de l’Université de Strasbourg et membre d’Écoinfo, un collectif pour améliorer l’empreinte écologique de l’informatique dans la recherche française.

Romaric David, responsable du datacenter de l’Université de Strasbourg Photo : doc remis

Écoinfo est né il y a une dizaine d’années tandis que la MIR a deux ans. Ces questions d’impact écologique du numérique commencent tout juste à atteindre le grand public, alors que plusieurs ordinateurs et smartphones ont déjà colonisé chaque foyer français.

« Il y a une souffrance dans les foyers français »

Pour Bela Loto, on assiste à un début de prise de conscience :

« Il y a une souffrance désormais dans les foyers français, on stocke des vieux ordinateurs, des téléphones pas si anciens mais qui ne fonctionnent plus bien… On ne sait pas quoi en faire, on est saturé… Les gens sentent bien que ce modèle n’est pas soutenable et nous sommes désormais assaillis de questions et de sollicitations pour organiser des ateliers et des rencontres sur ces questions. »

Il existe des filières de collecte et de recyclage, mais elles ne sont guère utilisées car souvent méconnues. Plus des deux-tiers de nos déchets informatiques rejoignent les poubelles du monde en Asie du sud-est ou au Ghana… La MIR a organisé en avril à Paris un festival de films documentant cette faillite planétaire.

La tragédie électronique, documentaire de Claire Robiche (vidéo Arte / Viméo)

Car la situation ne cesse d’empirer. Selon une étude de « The Shift Project », la part du numérique dans les émissions de gaz à effet de serre a augmenté de moitié depuis 2013, passant de 2,5 % à 3,7 % du total des émissions mondiales. L’intensité énergétique du numérique augmente de 4 % par an, à contre-courant de l’évolution de l’intensité énergétique du PIB mondial, qui baisse actuellement de 1,8 % par an. La consommation d’énergie directe occasionnée par un euro de numérique a augmenté de 37% par rapport à 2010.

Pour Bela Loto, le grand public doit absolument reprendre le contrôle de son environnement numérique :

« Il n’y a pas de solution à la consommation d’énergie et des ressources du numérique mais on peut, simplement, ralentir la progression. »

Contre-Temps, festival survivant

Contre-Temps, festival survivant

Malgré la fermeture de nombreux lieux où Contre-Temps avait ses habitudes, le festival des musiques électro revient pour une 16e édition du 6 au 23 juin. Voici donc le détail des Pelouses sonores aux Deux-Rives, des Mixorama et autres croisières sous le soleil de Strasbourg…

Il y a des événements qui rythment la vie des Strasbourgeois autant que les températures rythment la vie des cigognes. Contre-Temps est de ceux là, niché au coeur du printemps, le festival électro annonce le relâchement, l’été, les vacances, toussa…

Et pourtant l’été aurait bien failli ne pas se pointer en musique cette année à Strasbourg. Stefan Robinot détaille les plaies d’Égypte auxquelles le festival a dû faire face :

« Le Mudd a fermé, le Rafiot ne fait plus de soirées DJs, on ne peut plus aller non plus au Shadok en raison d’une vacance de sa direction… Si on ajoute à ça que le Maillon ne peut pas accueillir la soirée de clôture cette année et qu’on n’envahit plus le cinéma Star… Ça devient compliqué. Mais heureusement, on va être les premiers à investir un nouveau lieu ! »

Premier festival à la Halle Citadelle

Ce nouveau lieu, c’est la Halle Citadelle, deux anciens hangars de 800 m², en face du parc de la Citadelle et rapidement aménagés pour accueillir du public… avant que des logements ne soient construits sur cette îlot de l’axe Deux-Rives.

Contre-Temps a choisi de nicher dans ces hangars ses soirées « Soundtrip » et « Final beat » des vendredi 14 et samedi 15 juin, deux temps forts du festival qui doivent accueillir notamment Mehmet Aslan et Glitter, une DJ prometteuse, Mawimbi et Boboundé.

Mehmet Aslan marrie les sonorités orientales aux rythmes électroniques, dans un mélange ultra-dansant.

Comme toujours Contre-Temps propose une partie de sa programmation gratuitement, ce sera notamment le cas de la soirée d’ouverture, à La Chambre jeudi 6 juin, avec Lars Bartkhun et José Roboter.

Lars Bartkuhn, l’assurance d’un certain classicisme de la musique électronique.

La session Mixorama en plein air est également gratuite, elle aura lieu cette année sur la terrasse du Café du TNS avec une douzaine de DJs en « battle » à partir de 18h. Puis vers 23h, ce sera à la Laiterie avec une nouvelle série d’artistes dont Letherique, Schlafos et Miss Tricky.

Petite soirée intime au ciné… avec Moxie

Avant ça, Stefan Robinot n’est pas peu fier de pouvoir retourner à l’Espace Django – voilà au moins un lieu qui n’a pas encore fermé – pour deux vrais concerts avec les énergiques Mauskovic Dance Band et Mildlife.

Mauskovic Dance Band, du rythme qui va bien et qui ne vient pas de trop loin !

La soirée se poursuit avec l’occupation d’une petite salle d’exposition au fond de l’UGC Ciné-Cité, suffisante pour accueillir 200 personnes et Contre-Temps propose d’y écouter Moxie, une DJ résidente de NTS.

Moxie, une star à apprécier en petit comité…

Et bien entendu, Contre-Temps ne serait pas Contre-Temps sans les croisières sur l’Ill en bateau-discothèque, trois départs par jour sont prévus les vendredi 7, samedi 8, mercredi 12, jeudi 13 et vendredi 14. Attention, malgré ces nombreuses dates, les places sont limitées et elles partent vite

Deux pelouses valent mieux qu’une

Autre rendez-vous incontournable du festival, les magiques Pelouses sonores au jardin des Deux-Rives. Elles se dédoublent cette année, avec une version plus électro le samedi 22 juin de 14h à 22h (le Rhin se couche tôt) et une autre le dimanche 23 juin, mêmes horaires, avec des concerts et notamment les Strasbourgeois de Funk Industry.

Les Strasbourgeois de Funk Industry n’en finissent pas de rénover le genre…

Dans les cantines scolaires, des repas végétariens un peu moins chers

Dans les cantines scolaires, des repas végétariens un peu moins chers

À partir de septembre 2019, les repas végétariens seront 30 centimes moins chers que les menus classiques dans les cantines publiques de Strasbourg. La Ville espère augmenter la proportion de repas végétariens.

À la rentrée, les menus végétariens dans les restaurants scolaires publics de Strasbourg seront au prix d’1,15€, soit 30 centimes moins chers que les autres menus (standard, halal et sans porc). Françoise Buffet, adjointe au maire de Strasbourg en charge de la vie scolaire et de l’action éducative, justifie ainsi cette distorsion de prix :

« C’est une manière d’inciter les familles à se tourner vers l’alimentation végétarienne. C’est une question importante aussi bien au niveau de la santé publique que de l’environnement. »

Le menu végétarien est proposé depuis les années 90 dans les cantines de Strasbourg. La consommation de ces repas a atteint 4% du total en moyenne sur les 59 restaurants scolaires. Pour initier les enfants, un unique menu végétarien est servi à tous les élèves une fois par mois. Les plats ont été élaborés avec une nutritionniste. « Tant que les protéines animales sont remplacées, par exemple par des oeufs ou des produits laitiers, il n’y a pas de risques pour l’enfant », tient à souligner Françoise Buffet.

11 000 repas chaque jour

Chaque jour, plus de 11 000 repas sont servis dans les restaurants scolaires de la ville. Depuis 2009, la Ville cherche à améliorer le contenu des assiettes. À ce jour, 30% des produits servis sont biologiques et locaux. « On devrait atteindre les 40% cette année, mais on espère aller encore au-delà ! », précise Françoise Buffet.

La Ville de Strasbourg espère inciter les parents à inscrire leurs enfants au menu végétarien en baissant le prix de 30 centimes.
La Ville de Strasbourg souhaite inciter les parents à inscrire leurs enfants au menu végétarien en baissant le prix de 30 centimes. (Photo Rue89 Strasbourg)Photo : Rue89 Strasbourg

Depuis 2 ans, la Ville de Strasbourg intervient également sur le contenant des repas : les barquettes en plastique sont progressivement remplacées par des récipients en inox réutilisables. Actuellement, 50% des contenants sont en inox, et les 100% devraient être atteints d’ici 2 ans. Un investissement de 9 millions d’euros sur 4 ans pour la Ville.

#végétarien

Affaire Naomi Musenga : les conflits d’intérêts de l’expert médico-légal

Affaire Naomi Musenga : les conflits d’intérêts de l’expert médico-légal

Le procureur de la République de Strasbourg a confié l’expertise médico-légale de la mort de Naomi Musenga à un médecin lié aux Hôpitaux universitaires de Strasbourg. Ce conflit d’intérêt jette un doute sur la conclusion rendue, selon laquelle la jeune femme de 22 ans serait morte d’une intoxication au paracétamol.

Le 10 juillet 2018, le procureur de Strasbourg Yolande Renzi annonçait que Naomi Musenga, dont l’appel n’avait pas été pris en compte par une opératrice du Samu le 29 décembre 2017, était morte d’une « intoxication au paracétamol, absorbé par automédication sur plusieurs jours ». Une conclusion qui ne convainc toujours pas la famille de la jeune femme de 22 ans et pour laquelle Rue89 Strasbourg a montré qu’elle comportait plusieurs failles.

Au moment de rendre ses conclusions, le procureur s’est appuyé sur l’avis médico-légal rendu par l’expert judiciaire désigné par ses soins dans ce dossier : le professeur Jean-Sébastien Raul. Ce qui est assez normal étant donné que ce médecin est le responsable de l’Institut de médecine légale (IML). Mais l’IML est aussi un service… des Hôpitaux universitaires de Strasbourg (HUS), dont la responsabilité est mise en cause dans cette affaire.

Être salarié d’un organisme et avoir à se prononcer sur celui-ci est la définition même d’une situation de conflit d’intérêts tel que le définit l’article R.4127-105 du Code de la Santé publique. Une situation qui interroge quant à l’impartialité de l’expertise du Pr Raul sur la mort de Naomi Musenga. L’affaire avait ébranlé l’hôpital, allant jusqu’à entraîner la démission du responsable du Samu en juin 2018.

Dans un tel cas, l’expert a-t-il la possibilité de se récuser ? Oui, assure-t-on à la direction du Conseil de l’Ordre des médecins du Bas-Rhin :

« Si le médecin expert a un parti pris pour l’une des parties, théoriquement, il doit se récuser. C’est non seulement son droit, mais c’est son devoir. Il est logique qu’on ne puisse pas être juge et partie dans une juridiction quelle qu’elle soit ».

Contactée, Yolande Renzi n’a pas souhaité détailler les options qui étaient à sa disposition pour éviter cette situation.

Pourquoi avoir mis en avant la thèse du paracétamol ?

À la fois professeur à l’Université de Strasbourg et praticien hospitalier (PU-PH), Jean-Sébastien Raul est reconnu comme étant l’un des cinq experts français du syndrome dit du « bébé secoué« . Depuis 2003, il est aussi inscrit sur la liste des experts judiciaires de la Cour d’appel de Colmar. À ce titre, il a déjà eu à rendre des expertises comme en 2015 au sujet du petit Lucas Cuntzmann, mort peu de temps après sa naissance. Il y a trois ans, son rapport avait conclu à un secouement du bébé et envoyé à tort le père en prison. Par la suite, la révision du dossier médical par le Pr Christian Marescaux (qui épaule aussi la famille Musenga) a convaincu les enquêteurs que le nouveau né était en fait atteint d’hydrocéphalie et conduit à la libération du père de Lucas deux mois plus tard. Malgré ce revirement, le parent est toujours mis en examen.

Dans le cas de Naomi Musenga, l’expertise du Pr Raul l’a amené à conclure en juin à une mort par intoxication au paracétamol que la jeune femme aurait elle-même ingéré en grande quantité. Une thèse qui écarte la responsabilité de l’hôpital en insinuant que la jeune femme s’est tuée toute seule.

Cette explication contredit les éléments d’un autre dossier médical, établi cette fois par l’hôpital directement après son décès. Cet examen concluait à une « défaillance multi-viscérale« , c’est-à-dire de plusieurs organes. Publié en mai 2018, ce rapport d’une autopsie réalisée en janvier se garde bien de conclure et évoque avec précaution un « stade précoce d’intoxication au paracétamol ».

De volontaires omissions ?

Le rapport d’expertise de 6 pages du Pr Raul, rendu un mois plus tard, en juin, et auquel Rue89 Strasbourg a eu accès, fait apparaître des éléments qui contredisent l’enquête menée par l’Inspection générale des affaires sociales (IGAS). Par exemple, les horaires d’arrivée des secours au domicile de Naomi Musenga indiqués par l’expert tendent à montrer qu’il n’y aurait eu aucun retard dans la prise en charge de la jeune femme. Au contraire, ceux mentionnés dans l’enquête de l’IGAS, qui s’appuie sur l’enregistrement des appels réceptionnés, mettent en avant un laps de temps plus important dans la chronologie des faits.

Le Pr Raul indique aussi qu’au domicile de Naomi Musenga, le Service mobile d’urgence et de réanimation (SMUR) a procédé à l’administration d’une dose de morphine « par perfusion ». Or, une note du compte d’intervention du Samu mentionne une injection de 2 mg de cette substance par intraveineuse lente (IVL). Après cette injection en intra-veineuse, la jeune femme a fait un arrêt-cardio respiratoire conduisant à son transfert vers le Nouvel hôpital civil (NHC). Cette omission tendrait à atténuer une possible responsabilité du SMUR dans son intervention.

Des documents pas transmis à la famille

Le service médico-légal dirigé par Jean-Sébastien Raul apparaît deux fois dans le rapport public qu’a produit l’IGAS sur cette affaire. Une première fois, les magistrats ont noté que deux des pièces du dossier médical n’avaient pas été transmises à la famille Musenga, qui cherchait à connaître les causes du décès de Naomi.

Mais étrangement, l’IGAS ne mentionne pas clairement la nature d’une des pièces manquantes ni le nom du service qui en a fait traîner la transmission. Et ce que les inspecteurs de l’IGAS désignent pudiquement comme un « examen complémentaire » est, selon nos informations, un examen toxicologique réalisé par le service de médecine légale.

… puis finalement envoyés après la médiatisation de l’affaire

Comme le corps de Naomi ne contenait plus de sang, les prélèvements ont été effectués au niveau de l’oeil et du liquide pleural (qui entoure les poumons). Résultat : aucune trace de paracétamol n’a été retrouvée dans l’oeil et un taux modéré du médicament été détectée dans le liquide pleural. Un élément important pour éliminer l’hypothèse de la mort par paracétamol. L’IGAS note qu’il n’a été transmis à la famille qu’au début du mois de mai, après la médiatisation de l’affaire.

Pourquoi avoir bloqué la transmission de ce document ? Les Hôpitaux universitaires n’ont pas souhaité répondre à nos questions, invoquant, comme le procureur, l’affaire toujours « en cours d’instruction ».

Autre occurrence du service médico-légal dans le rapport de l’IGAS : les magistrats ont expliqué que le choix d’une autopsie médicale avait été effectuée à la place d’une autopsie médico-légale (diligentée lorsque la mort est considérée comme suspecte, ndlr). Dans une note confidentielle, l’IGAS explique que le médecin légiste d’astreinte n’en voyait pas l’intérêt au vu des données de la patiente, mais recommandait de procéder à aux analyses toxicologiques décrites plus haut. 

En tant que directeur du service médico-légal, Jean-Sébastien Raul pouvait-il ignorer ces faits lorsqu’il a été désigné expert ? Contacté, il n’a pas répondu non plus à notre proposition d’entretien.

La dure vie des singes pensionnaires de l’université

La dure vie des singes pensionnaires de l’université

Cette semaine, une association antispéciste a interpellé l’université sur son centre de primatologie . Mais au fait, quels tourments peuvent bien endurer les singes de laboratoire ? Piet, qui ne rate pas une miette des européennes, a bien une petite idée.

Dessin de Piet.

Sébastien, vendeur de semences « pirates » : quand l’Europe pousse et la France freine

Sébastien, vendeur de semences « pirates » : quand l’Europe pousse et la France freine

« L’UE a changé ma vie » (3/4) – Distributeur de graines libres, jugées pour certaines illégales en France, Sébastien ne croit plus vraiment en l’Europe. Pourtant, un règlement voté par le Parlement européen en 2018 pourrait permettre aux semences biologiques de circuler librement…

À Illkirch-Graffenstaden, entre une boulangerie et une agence de crédits, Sébastien Seguin vend des semences « pirates ». En septembre 2018, le Vosgien d’origine a ouvert la boutique « Grana ». Après une première vie professionnelle fade, parfois « absurde », de serveur, puis de commercial, le petit-fils de paysan est mûr pour un retour à la terre en bonne et due forme. Il découvre le distributeur de semences associatif Kokopelli par le bouche à oreille. Sébastien adhère à l’association et se lance dans le commerce de graines.

Son but : mettre à disposition de tous des milliers de variétés cultivables sur Terre. « Elles font aussi partie de notre patrimoine commun », explique-t-il. Mais l’État français le freine, interdisant encore la commercialisation de certaines graines. Une issue pourrait venir d’un règlement voté par Parlement européen en 2018.

Sebastien Seguin, devant des semences Kokopelli. Photo : PP / Rue89 Strasbourg / cc

To be or not to be dans le catalogue ?

Dans le fond de sa boutique se trouvent les graines de la discorde. Le catalogue de Kokopelli ne propose que des semences libres de droits. Parmi elles, certaines sont inscrites dans le très officiel catalogue des variétés cultivées. C’est le cas de certaines variétés régionales comme le melon de Lunéville ou le chou cabus d’Alsace. Cette inscription au catalogue, c’est un passage obligatoire avant une commercialisation en France. Une procédure aussi coûteuse qu’incertaine, que Kokopelli refuse de suivre. En théorie, le radis d’hiver watermelon ou la tomate noire « black sea man » que l’on trouve en rayon, Sébastien ne peut pas les vendre, ni les donner :

« Il y a quand même une marge de tolérance. Entre nous, j’attire beaucoup plus l’attention des douanes avec mes graines de cannabis, dont la vente n’est pourtant pas interdite ! »

Une législation européenne floue et une vision française restrictive

Mais que disent les textes exactement ? Au niveau européen, il est interdit de vendre ou de céder des semences non-inscrites, « en vue d’une exploitation commerciale ». La vente de variétés de semences non-inscrites à des agriculteurs ou des maraîchers est donc interdite mais quid pour les particuliers, qui visent a priori l’autoproduction ? En 2014, la Cour d’appel de Nancy a donné une interprétation très restrictive. Pour elle, c’est la commercialisation tout court qui est interdite. L’avocate de Kokopelli, Blanche Magarinos-Rey, en est la première désolée :

« Il y a toujours la possibilité de faire casser cette interprétation de la loi, mais en attendant elle fait jurisprudence. Pourtant, un pays comme le Danemark a reconnu notre interprétation de la loi européenne, et a même autorisé la vente de semences non-inscrites au catalogue auprès des particuliers ! »

Résumé de la législation encadrant les semences. (Infographie Pierre Pauma)
Résumé de la législation encadrant les semences. Photo : Infographie Pierre Pauma

Avec sa boutique, Sébastien espère faire redécouvrir une diversité. En commençant son jardin, il a lui-même découvert des variétés dont il ne soupçonnait pas l’existence. Qu’importe si les autorités les jugent non conformes, « c’est au jardinier de décider » dit-il.

Parmi les dizaines de milliers de variétés existantes, seule une poignée d’entre elles occupe le marché. Une conséquence pour Sébastien des réglementations excessives et de la standardisation imposée par la grande distribution :

« Prenez la banane par exemple. En France on connaît une variété, c’est la banane Cavendish. Les supermarchés l’ont choisie parce qu’elle a une peau épaisse qui résiste bien au transport. Mais elle a complètement éclipsé d’autres variétés bien plus intéressantes gustativement, comme la banane Gros Michel qui était très cultivée dans les Antilles. En France si vous cherchez un peu, vous trouverez peut-être de la banane plantain ou de la banane dessert… Ça fait trois variétés exploitées, sur un bon millier… »

Européen désabusé

Globalement, Sébastien Seguin n’attend plus grand-chose de l’Union Européenne, ni des responsables politiques en général. Il s’est politisé au moment du Traité de Maastricht en 1992, qui officialisait la création de l’euro. La grande Europe, il y a cru. Mais tout cela va bien trop lentement pour lui. Sur certains sujets qui lui sont chers et où l’UE laisse les mains libres à ses États-membres, la France freine. C’est le cas pour la légalisation du cannabis :

« En Europe, la France est un pays beaucoup plus conservateur qu’elle ne veut le faire croire. Il y a peut-être une légère amélioration sur l’accompagnement des start-ups, mais c’est tout. »

Sébastien a également expérimenté la culture de tabac. « Beaucoup ne le savent pas, mais un particulier a le droit de cultiver du tabac pour sa consommation personnelle. »

Le mythe d’une Europe qui protège ne trouve pas vraiment grâce à ses yeux. Trop de lobbies à Bruxelles, dit-il. Alors que les détracteurs des semences libres justifient souvent leur position par le devoir de transparence à l’égard des jardiniers, Sébastien aimerait justement un peu plus de transparence sur le label bio européen, trop laxiste à ses yeux :

« Quand je demande du sourcing à un fournisseur qui vend du bio, c’est difficile d’avoir des infos vérifiables. Est-ce que ce qu’il me vend ne pousse pas en réalité juste à côté d’un champ de conventionnel ? J’en sais rien.  »

Une « libération » des semences grâce au Parlement européen ?

Et pourtant, le salut pourrait bien venir de l’Europe. De Strasbourg même. En avril 2018, le Parlement Européen a approuvé un règlement qui autorise la vente de « matériel hétérogène biologique ». Comprendre par ce barbarisme, toutes les semences biologiques non standardisées qui ne remplissent pas les critères du catalogue officiel.

Un progrès ? Les partisans des semences libres restent prudents. Le texte n’entrera en application qu’en 2021 et la Commission européenne a tout le temps de le vider de sa substance d’ici-là. Depuis les censures partielles par le Conseil Constitutionnel des lois Biodiversité en 2017 et Egalim en 2018, les militants de la graine libre évitent de crier victoire trop tôt.

De manière surprenante, certains acteurs de la filière accueillent ce règlement avec beaucoup d’inquiétudes. Dans une longue note, le Réseau de semences paysannes redoute que cette libération n’ouvre la porte aux OGM dans l’agriculture biologique. Pour Blanche Magarinos-Rey, l’argumentaire ne tient pas :

« Je ne vois pas vraiment comment un règlement sur le bio pourrait concerner les OGM. Ni comment Monsanto ou d’autres accepteraient de ne pas protéger des semences qui ont demandé un investissement énorme. »

À l’échelon national, les choses pourraient également évoluer : les groupes LREM et Modem ont déposé un projet de loi autorisant la vente de semences non répertoriées aux particuliers. Celui-là même qui avait été censuré par le Conseil Constitutionnel en octobre.

Contre le centre de primatologie, des militants déguisés en singes s’invitent à l’Université

Contre le centre de primatologie, des militants déguisés en singes s’invitent  à l’Université

Des militants de l’association antispéciste Animalise ont interpellé vendredi la présidence de l’Université de Strasbourg au sujet du centre de primatologie. Déguisés en singes hurleurs, ils ont tenté d’obtenir que l’Université écoute leurs revendications.

Le campus universitaire de Strasbourg est presque désert ce vendredi matin. Il est 9h15 et 5 membres de l’association antispéciste « Animalise », dont 4 étudiants, se pointent au rendez-vous qu’ils se sont fixés. L’objectif : faire du bruit dans le bâtiment de la présidence, pour arracher un dialogue avec la direction de l’Unistra, en particulier le président Michel Deneken, au sujet du centre de primatologie (voir tous nos articles).

Vers 9h30, les militants investissent le hall du Nouveau Patio, le bâtiment de la présidence. Une fois dans l’enceinte, 4 d’entre eux se couchent par terre avec des masques de singes et des pancartes sur lesquelles on peut lire des slogans : « Mort-e pour l’Unistra » ou  » Prisonnier-e de l’Unistra » tandis que des cris de singes enregistrés résonnent en continu.

Les militants d’Animalise avaient des masques de singes pour représenter des singes qu’ils accusent de mourir par la faute de l’Université de Strasbourg. Photo : Thibault Vetter / Rue89 Strasbourg / cc

Une majorité pour la fermeture du centre

Les militants s’estiment ignorés parce que leur proposition
« Fermeture du Centre de Primatologie » est celle qui a reçu le plus de contributions (soit 104 votes : 63 « d’accord », 38 « pas d’accord » et 4 « mitigé ») à la « grande consultation auprès des étudiants Cap 2030 ». En outre, une pétition en ligne pour la fermeture du centre de primatologie et contre l’extension de celui-ci, a été signée par plus de 141 000 personnes.

L’existence de cet établissement, qui achète des singes issus d’élevages pour les revendre à des unités de recherche en Europe après leur mise en quarantaine, est régulièrement dénoncée par des associations de défense des droits des animaux.

L’Université a longtemps été le gestionnaire de fait de ce commerce lucratif, un singe peut être vendu 5 000 euros, via une association. Fin 2017, l’activité commerciale du centre de Niederhausbergen a été intégrée à l’Université.

Le directeur général des services de l'université, André Jamet est intervenu pour demander la sortie des étudiants. (Photo Thibault Vetter / Rue89 Strasbourg / cc)
Le directeur général des services de l’université, Frédéric Dehan, est intervenu pour demander la sortie des étudiants. Photo : Thibault Vetter / Rue89 Strasbourg / cc

Tout à coup, Frédéric Dehan, directeur général des services, arrive et demande aux 5 militants de sortir et de continuer leur manifestation dehors. Les intéressés refusent et réclament un entretien avec Michel Deneken. Pour eux, il est nécessaire de participer à la négociation :

« C’est silence radio depuis que le résultat du vote de notre proposition est connu. Ils ne vont jamais fermer le centre de primatologie si on ne fait pas le forcing. On le sait, ça fait des années qu’on réclame sa fermeture et qu’ils nous disent qu’ils y réfléchissent. »

Des agents de sécurité arrivent pour faire sortir les étudiants. Dans le calme, ils commencent par s’approcher d’eux et leur demandent de se lever. Les militants refusent de bouger. Finalement les agents attrapent Milton et le poussent vers la sortie. Une dizaine de minutes plus tard, les 4 autres activistes rejoignent leur ami devant le bâtiment.

La sécurité ne pouvait pas contraindre les militants à sortir, ce qu’ils ont finalement décidé de faire. Photo : Thibault Vetter / Rue89 Strasbourg / cc

« Moi je suis pour l’euthanasie si c’est comme ça »

Dehors, juste devant le bâtiment, les membres de l’association Animalise ont eu l’occasion de discuter avec Jean Yves Pabst, vice-président finances de l’Université de Strasbourg :

« On fait quoi des singes si le centre est fermé ? Moi je suis pour l’euthanasie si c’est comme ça… L’expérimentation sur les animaux, c’est encore nécessaire et pour moi, une vie humaine vaut plus que la vie d’un autre animal. »

Ces étudiants ont pu discuter avec Jean-Yves Bapst, un des vice-président de l’université de Strasbourg. Photo : Thibault Vetter / Rue89 Strasbourg / cc

Il est environ 10h30, les militants quittent le bâtiment avec la promesse d’un rendez-vous avec la présidence de l’université.

Municipales : Strasbourg GO s’arrête

Municipales : Strasbourg GO s’arrête

Le projet de liste citoyenne qui avait pour objectif de faire de Strasbourg une ville résistante au changement climatique s’arrête à un peu moins d’un an de l’élection.

Ne pas avoir de thème pour le mois de mai était un indice, c’est désormais officiel. Le projet de liste aux élections municipales « Strasbourg Go » n’ira pas au bout. Le projet, dévoilé en novembre 2018 (lire la tribune fondatrice sur Rue89 Strasbourg), avait pour thème centraux la résistance au changement climatique et « l’effondrement » de nos modèles de développement. Cette démarche se faisait en dehors des partis politiques traditionnels.

Le mouvement pointe plusieurs raisons à sa stagnation militante : « Manque de disponibilité, difficultés à mobiliser, retenue des associations, défiance vis à vis de la dimension politique ».

La démarche Strasbourg Go ne se traduira pas par une liste aux élections municipales de mars 2020.

Pas de consigne et la suite

L’initiateur de la démarche Jean-Christophe Anna, un chef d’entreprise strasbourgeois de 43 ans, explique s’être arrêté fin avril et ajoute que personne parmi la dizaine de membres du « noyau opérationnel » n’a souhaité endosser ce rôle. Dans des raisons qu’il ajoute à titre personnel , il pointe le manque de « prise de conscience actuelle de la population vis à vis de la double urgence écologique et sociale » et « la situation actuelle de Strasbourg qui s’est trop betonnisée ».

Le mouvement, qui avait eu des contacts avec plusieurs formations, ne donne pas de préférence pour les municipales. Il pointe plutôt vers les nombreuses associations et mouvements locaux où s’engager en Alsace :
(Alsace Nature, Strasbourg Respire, Zona – La Ceinture Verte de Strasbourg, Alternatiba, ANV-COP21, La Jeunesse pour le climat, Il est encore temps, le Labo Citoyen, EurOasis, Greenpeace, Sea Shepherd, RAP (Résistance à l’Agression Publicitaire), le Carillon, Le Stück, Vélorution, la Maison Citoyenne, Oxfam, Zéro Déchet Strasbourg, Strasbourg Action Solidarité, Les Restos du Cœur, L’Abribus, Zéro SDF Strasbourg, Collectif SDF Alsace, La Cimade… )

Strasbourg Go laisse néanmoins la porte ouverte, si quelqu’un voudrait « reprendre le flambeau », la marque Strasbourg Go étant déposée.

Jean-Christophe Anna ajoute poursuivre son engagement à différents niveaux et lance d’ailleurs un nouveau site, sur un thème similaire : effondrementetrenaissance.com

#Strasbourg Go

La formule de la première pétition à succès, pour la Ceinture verte

La formule de la première pétition à succès, pour la Ceinture verte

La plupart des pétitions reconnues par la Ville de Strasbourg ne sortiront pas de l’anonymat. Mais l’une d’elle, concernant la ceinture verte, a réussi à obtenir le droit d’être citée au conseil municipal de juin. Voici comment.

Depuis la fin 2018, des pétitions sur des sujets locaux sont reconnues officiellement par la municipalité. C’est l’une des nouveautés du « Pacte de la démocratie » initié en avril 2017. Les premières demandes déposées mi-novembre arrivent au terme du délai de six mois imparti pour réunir des soutiens.

Le système devait incarner l’avènement de la démocratie à l’ère numérique, c’est au contraire une campagne de terrain à l’ancienne qui va avoir droit à son heure de gloire dans l’hémicycle du conseil municipal.

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Que se passe-t-il au Parlement européen en dehors des sessions ? Le mystère.

Que se passe-t-il au Parlement européen en dehors des sessions ? Le mystère.

Les eurodéputés ne siègent que quatre jours par mois à Strasbourg. Le reste du temps, ils sont à Bruxelles. Pourtant, environ 250 personnes travaillent en permanence à Strasbourg. Nous avons voulu savoir pourquoi et… ça a été très compliqué.

Pour faire simple, les eurodéputés débattent à Bruxelles des politiques à mener dans l’Union européenne (UE). Puis ils se réunissent quatre jours par mois à Strasbourg pour les votes formels, on appelle ça la « session plénière ».

D’où cette question simple : mais que se passe-t-il dans l’enceinte du Parlement européen de Strasbourg 26 jours sur 30 ? Nous ne pensions pas qu’il serait aussi difficile d’obtenir une réponse.

Plus de trois mois pour recevoir un début d’explication

Le 27 novembre 2018, nous avons un premier contact avec la direction générale de la communication du Parlement européen. Nous apprenons que près de 250 personnes travaillent en permanence à Strasbourg, même quand les eurodéputés sont à Bruxelles. Voilà qui éveille notre curiosité.

Dans la foulée, nous demandons à la personne que nous avons au téléphone de pouvoir venir visiter le Parlement hors-session (quand les eurodéputés ne sont pas là). Notre but étant de rencontrer celles et ceux qui y travaillent en permanence pour comprendre leurs rôles. On nous demande de « résumer notre demande par mail. »

Deux jours plus tard, nous recevons une réponse. Notre demande de visite n’est même pas évoquée. On nous explique juste brièvement que les personnes qui travaillent en permanence à Strasbourg s’occupent de l’accueil des visiteurs, de l’entretien du bâtiment et de la sécurité. Merci mais c’est un peu léger pour en faire un article.

Mais nous ne nous décourageons pas, nous multiplions les e-mails et les coups de téléphone au Parlement. Nos requêtes sont sans cesse renvoyées de services en services, entre Strasbourg et Bruxelles, personne ne semble être en mesure de répondre à cette simple question : que se passe-t-il hors des sessions ? Ces allers-retours durent plus de trois mois, jusqu’à un beau un jour de mars. Le 7 exactement.

Une visite du Parlement mais sans pouvoir discuter avec les employés

Début mars, nous recevons un appel de Daniela Senk, chargée de communication au Parlement de Strasbourg. Elle reconnait que personne, ni à Strasbourg, ni à Bruxelles, ne sait vraiment comment traiter notre demande. Tout le monde se renvoie la balle. En règle générale, les journalistes n’ont pas le droit d’entrer au Parlement hors-session, mais Daniela Senk accepte quand même de nous recevoir le 20 mars.

Le jour de l’interview, on nous fait tout de suite comprendre qu’il ne sera pas possible de rencontrer des employés du Parlement, pas même les chefs de service. On nous dit que ce n’est pas dans les habitudes de la maison et que la communication est très encadrée « à cause, de toutes les fausses informations qui circulent sur l’Union européenne vous comprenez… »

Comme nous avons un côté têtu, nous sommes tout de même entrés en contact avec certains employés du Parlement à Strasbourg, en dehors des murs. Mais aucun n’a accepté de nous parler de son travail 26 jours sur 30, même sous couvert d’anonymat, par peur d’être reconnu.

Combien de personnes travaillent dans chaque service alors ? Ça n’a pas non plus été possible de le connaitre. On nous a expliqué que ce chiffre varie beaucoup car le Parlement fait appel à des contractuels et que les fonctionnaires peuvent être contraints de bouger entre Strasbourg, Bruxelles et Luxembourg (le troisième siège officiel du Parlement européen).

Enfin, on nous a expliqué que certains services, comme la sécurité, sont sensibles et que, compte tenu du risque terroriste, il n’est pas possible de « publier des informations trop précises sur les effectifs vous comprenez… » On commence à comprendre.

Une vingtaine de personnes travaillent à faire de Strasbourg la vitrine de l’Europe

Outre les quelques 250 employés du Parlement à Strasbourg, le seul chiffre que nous avons pu obtenir est celui du personnel chargé de développer les liens entre les citoyens et les institutions européennes. Une vingtaine d’employés travaillent à cela en permanence à travers différents projets.

Par exemple, depuis l’année dernière, n’importe qui peut visiter le Parlement européen en s’y rendant spontanément, sans inscription préalable. Entre 2017 et 2018, le nombre de visiteurs est passé d’environ 92 000 à un peu plus de 138 000. Au fil de la visite, des vidéos et des écrans interactifs expliquent ce que l’UE, et notamment les eurodéputés, font au quotidien pour l’Europe.

Les visiteurs peuvent suivre le travail de leur eurodéputé grâce à des écrans interactifs
Photo : European Union – 2018 EP

Autre signe d’ouverture en direction des citoyens, le Parlement de Strasbourg accueille désormais des conférences d’ONG à but non-lucratif en rapport avec l’Europe. Il y en a eu 28 en 2018.

Enfin une des activités historiques du Parlement européen à Strasbourg est l’organisation d’Euroscola. Depuis 1990, des milliers de jeunes issus de tous les États membres prennent part chaque année à des simulations du Parlement européen pour en comprendre le fonctionnement. Le projet a rassemblé plus de 9 500 participants en 2017.

Ces différents projets visent aussi à donner une raison d’exister au Parlement de Strasbourg face à ceux qui revendiquent un siège unique du Parlement européen à Bruxelles.

Un bâtiment sous haute-sécurité

Impossible donc de savoir combien de personnes sécurisent en permanence le Parlement à Strasbourg. Leur rôle est évidemment de surveiller tous les accès et de contrôler toutes les personnes qui y entrent, mais pas uniquement. Lorsqu’une entreprise extérieure intervient pour, par exemple, effectuer des réparations, les sous-traitants sont en permanence surveillés par un agent de sécurité. Si du matériel de chantier entre et sort chaque jour du Parlement, il est contrôlé à chaque fois. Une équipe de pompiers est également présente sur place 24h/24.

Chaque mois, des dizaines de personnes préparent l’arrivée des eurodéputés

L’organisation logistique du Parlement est réglée au millimètre. Tout doit être prêt pour le début des sessions parlementaires. Certains employés s’occupent de réceptionner les dossiers des eurodéputés. En effet, avant de partir de Bruxelles, les élus européens envoient leur matériel de travail par camion à Strasbourg car toutes les données ne sont pas encore numérisées.

Le personnel d’entretien du Parlement doit couvrir l’équivalent de plus de 40 terrains de foot Photo : Maxime Nauche / Rue89 Strasbourg

D’autres personnes gèrent les travaux de maintenance du quotidien, qui ne nécessitent pas l’intervention d’entreprises extérieures. Ces employés sont responsables de l’éclairage, de la sonorisation, ou encore du réseau informatique. Il y a également ceux qu’on appelle au Parlement les « déménageurs ». Ils s’occupent de l’aménagement des lieux de travail, de déplacer les meubles (chaises, tables, bureaux, etc.) en fonction des besoins.

Le courrier est réceptionné et distribué dans les différents services par des personnes spécialement habilitées à le faire. Enfin, un service de restauration est présent sur place pour les employés et les visiteurs.

Certains assistants parlementaires travaillent à Strasbourg plutôt qu’à Bruxelles

Chaque eurodéputé est aidé dans son travail par des assistants parlementaires. La plupart d’entre eux sont aux côtés des élus à Bruxelles pour les épauler au quotidien. Mais ce n’est pas une obligation. Les assistants parlementaires peuvent exercer leur fonction dans un des trois établissement du Parlement européen (Bruxelles, Strasbourg ou Luxembourg). Mais pourquoi certains restent-ils en permanence à Strasbourg loin de Bruxelles et des autres institutions européennes ?

Certains des 1133 bureaux du Parlement sont occupés en permanence par quelques assistants parlementaires Photo : Maxime Nauche / Rue89 Strasbourg

Collaborateur de l’eurodéputé Aymeric Chauprade (membre du groupe parlementaire eurosceptique EFD), cet assistant parlementaire qui veut rester anonyme déclare :

« Travailler depuis Strasbourg, c’est une manière de militer pour que le siège du Parlement reste en France. Il faut aussi dire qu’on a une bien meilleure qualité de vie à Strasbourg qu’à Bruxelles. Et surtout, ici on n’est pas dérangé toutes les trente secondes par les lobbyistes qui viennent toquer à votre bureau ! »

Un constat que relativise une des assistantes de l’eurodéputée Anne Sander (PPE) :

« Avec tous les moyens de communication, les lobbyistes vous contactent que vous soyez à Bruxelles ou à Strasbourg. Si c’est si important pour Anne Sander d’avoir en permanence quelqu’un à Strasbourg, c’est en signe d’ouverture, pour montrer que le Parlement n’est pas fermé trois semaines sur quatre. C’est essentiel pour elle d’avoir quelqu’un ici qui puisse accueillir les citoyens. C’est ce que je fais régulièrement en recevant des groupes pour leur expliquer notre travail et le rôle du Parlement. »

Sur plus d’une centaine d’eurodéputés appelés au hasard pour savoir si certains de leurs assistants parlementaires travaillent à Strasbourg, l’immense majorité ne savait même pas que cela était possible. D’autres ont bien des collaborateurs à Strasbourg mais tous, à ces deux exceptions près, ont refusé de nous parler.

Contre l’arrêté anti-mendicité, une manifestation samedi

Contre l’arrêté anti-mendicité, une manifestation samedi

Le mouvement « Labo citoyen », qui compte dans ses rangs le vice-président de l’Eurométropole Syamak Agha-Babaei, appelle à manifester samedi contre l’arrêté anti-mendicité publié le 27 avril par le maire de Strasbourg.

Rarement un texte aura autant divisé la majorité municipale (lire notre analyse dans l’édition abonnés). En prenant un arrêté visant les mendiants de trois places du centre-ville, Roland Ries a envoyé un très mauvais signal à toute sa gauche.

Et ça n’a pas loupé. Le mouvement lancé par Syamak Agha-Babei, conseiller municipal du groupe PS mais également vice-président de l’Eurométropole et donc membre de l’exécutif, le Laboratoire citoyen, appelle à une manifestation samedi 11 mai place Kléber contre ce texte.

La simple "présence prolongée" est visée par l'arrêté anti-mendicité (Photo archives Rue89 Strasbourg)
La simple « présence prolongée » est visée par l’arrêté anti-mendicité Photo : archives Rue89 Strasbourg

Le Labo Citoyen en profitera pour rappeler que, selon ses membres, Strasbourg a les moyens d’héberger tous les SDF de la ville et de les accompagner sans surcoût, ses membres planchent sur cette question depuis plusieurs mois.

Municipales : En quoi l’arrêté anti-mendicité change la donne

Municipales : En quoi l’arrêté anti-mendicité change la donne

Une semaine après sa publicité, l’arrêté anti-mendicité laisse des stigmates sur la politique strasbourgeoise. État des lieux des différentes formations et leurs candidats.

Le maire Roland Ries et son adjoint à la sécurité Robert Herrmann ont beau répéter qu’ils ont pris un arrêté anti-mendicité « agressive » qui ne vise pas du tout les mendiants passifs, la nuance sémantique ne s’impose pas dans le langage courant. Surtout que l’article 2 vise bien une occupation « accompagnée de sollicitations ou non ». La période est aussi restreinte aux périodes touristiques (l’été et le Marché de Noël) comme si l’agressivité était plus supportable pour les riverains et commerçants le reste du temps. En outre, certaines places problématiques ne sont pas mentionnées (notamment celle de la Cathédrale).

L’association de commerçants Les Vitrines de Strasbourg a d’ailleurs salué un « arrêté anti-mendicité », sans ajouter l’adjectif censé l’accompagner. Cet arrêté, d’habitude l’apanage des villes de droite, agit comme un marqueur parfois perçu comme « anti-pauvre » et devrait faire date, vraisemblablement jusqu’aux prochaines élections municipales en mars 2020. Voici ce que la semaine a changé pour chacun des protagonistes.

Le maire Roland Ries

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