Le centre catholique Bernanos a besoin de trouver 55 000€ pour continuer à héberger des réfugiés mineurs. Les bénévoles se mobilisent et une exposition de portraits des réfugiés est organisée au Troc’afé.
C’est en décembre 2016 que le centre Bernanos, paroisse catholique universitaire de Strasbourg, ouvre ses portes à un réfugié pour la première fois, « sur un hasard », se souvient le père Thomas, curé de la paroisse. Un soir d’hiver, un Camerounais de 15 ans frappe à la porte du centre. Il cherchait un endroit où dormir.
« Là, on a réalisé. C’était au moment où une vague de réfugiés a déferlé sur l’Europe. On l’a accueilli naturellement et, de fil en aiguille, d’autres sont arrivés. C’est allé très vite. »
Père Thomas
Divers ateliers sont organisés, auxquels les réfugiés sont invités à participer. Par exemple, à l’occasion d’un atelier « Valeurs et identité », les réfugiés ont posé pour un photographe. Photo : Dom / P-MOD graphies
À ce jour, le centre Bernanos héberge entre 25 et 30 réfugiés selon les périodes, ces jeunes ne sont pas pris en charge par l’Aide sociale à l’enfance qui estiment qu’ils sont trop vieux ou accompagnés. Le centre catholique pallie la carence des services sociaux et se charge de scolariser ces jeunes selon leurs niveaux auprès d’établissements scolaires.
« On aide les réfugiés à s’intégrer le plus possible, et ils sont très reconnaissants. Surtout, ils ont une volonté incroyable. À l’école, certains ont rattrapé leur retard à une vitesse hallucinante alors qu’ils étaient analphabètes. »
Père Thomas
55 000€ à trouver
Mais, depuis quelques mois, la situation se complique. La préfecture du Bas-Rhin demande au centre de se mettre en conformité avec les normes de sécurité des centres d’hébergement.
Problème : cette opération coûterait environ 46 000€ de travaux et l’association paroissiale, qui dépend à 100% des dons, n’a pas ces moyens. En outre, 9 000€ sont nécessaires pour payer le matériel pédagogique et la cantine des réfugiés scolarisés.
Pour rassembler ces fonds, le père Thomas a soumis un projet au budget participatif de la Ville de Strasbourg, mais il a essuyé un refus. En parallèle, les réfugiés et bénévoles du centre ont eu l’idée de vendre les portraits qu’ils ont réalisés durant des ateliers de dessin animés bénévolement par des illustratrices professionnelles. Une exposition est prévue durant tout le mois de mai au Troc’afé, rue du Boulevard-de-Saverne.
L’affiche de l’exposition au Troc’afé a été sérigraphiée chez Papier Gâchette par les réfugiés eux-mêmes, avec l’aide des illustrateurs bénévoles. Photo : doc remis
Fenêtres d’évasion indispensables
Amandine Più, illustratrice et bénévole au centre, confie :
« C’est fou de voir à quel point ils sont positifs. Toutes ces activités sont importantes. Le dessin leur permet d’exprimer des choses qui sont plus faciles à dire sur une feuille qu’à l’oral. Et c’est l’occasion de partager des moments de rire, car ils en ont bien besoin. »
Des instants d’évasion essentiels pour ces jeunes, dont l’avenir est parfois en suspens comme le rappelle le père Thomas :
« Tant qu’ils sont mineurs, ils peuvent rester en France. Mais à leur majorité, leur situation doit être régularisée. Sinon, ils peuvent être expulsés. Les démarches sont compliquées, c’est très angoissant pour eux. »
Les réfugiés du centre ont réalisé des portraits à l’occasion d’ateliers de dessin. Ils seront exposés au Troc’afé le 18 mai. Photo : doc remis
Le samedi 15 juin, ce sera au tour des illustratrices bénévoles de vendre leurs oeuvres. Tous les bénéfices seront reversés au centre Bernanos.
Qui sera le nouveau maire de Strasbourg en mars 2020 ? Avec le municipal-o-drome, Rue89 Strasbourg vous propose de retrouver chaque mois le positionnement de chacune des listes et ses candidats potentiels. En attendant les européennes de mai, le mois d’avril 2019 est marqué par deux petits chocs qui ne bouleversent pas les équilibres.
Le municipal-o-drome est un outil imaginé par Rue89 Strasbourg qui vise à sortir de l’instantanéité des déclarations des prétendants. L’autre objectif est d’avoir l’ensemble du panorama électoral en un coup d’œil pour remettre chaque mouvement dans ce contexte plus global. Passer la ligne d’arrivée revient à être le candidat investi par sa formation.
Depuis janvier 2019, le positionnement de chaque candidat est décidé par les journalistes de la rédaction selon leur appréciation de la situation. Il dépend aussi de critères objectifs comme une déclaration publique ou non de candidature qui permet d’apparaître sur la pelouse, la concurrence au sein de son « écurie » ou la capacité des différentes équipes à mener une liste. S’être déclaré en premier confère aussi un avantage (provisoire) au sein de sa famille politique. L’ordre de placement de haut en bas ne répond pas à une logique particulière.
Attaques et observation
Comme en mars, le mois d’avril n’a pas enregistré de candidature officielle. Une figure fait néanmoins son apparition comme potentiel(le) candidat(e), saurez-vous la retrouver ? Tout le monde s’observe jusqu’aux élections européennes de mai, qui donnera une indication du potentiel des différentes « étiquettes ».
Deux clashs ont néanmoins traversé la majorité municipale et sa demi-douzaine de candidats : d’une part, la demande du retrait de la fonction de « coordinateur de la majorité » au premier adjoint Alain Fontanel (LREM), désormais allié au niveau européen avec l’opposante locale historique Fabienne Keller. Un e-mail bidon a tenté d’allumer un contre-feu avant de s’éteindre. Sur la forme, le maire Roland Ries a donné suite à la demande à l’initiative du président de groupe socialiste (et potentiel candidat PS) Philippe Bies, tout en indiquant que dans les faits il assurait déjà cette fonction depuis 2017 et l’explosion de la majorité municipale.
Le deuxième devrait laisser plus de traces : la prise d’un arrêté anti-mendicité dite « agressive » par le maire Roland Ries, sur proposition de son adjoint à la sécurité Robert Herrmann (PS), par ailleurs candidat. Pour une grande partie de la gauche et même au sein de LREM ou de la droite, la mesure est perçue comme n’apportant rien de neuf par rapport aux lois existantes qui pénalisent la violence. Le texte fait figure en revanche de marqueur « anti-pauvreté » dans le centre-ville, jugé rédhibitoire pour certains.
Pour zoomer, il suffit de continuer à faire défiler son écran vers le bas.
Des pistes d’améliorations ?
N’hésitez pas à nous en faire part en commentaires. Nous tenterons d’en tenir compte pour les prochaines éditions.
Jean-François Gérard, Geoffrey Brossard et Nina Courtois Un outil créé à trois, dans l’ordre : un journaliste, un développeur web et une graphiste
Entendu au commissariat après des plaintes de salariées de la Maison des associations, le directeur a été placé en garde à vue lundi matin.
Convoqué lundi matin à l’hôtel de police dans le cadre de l’enquête qui le vise pour des faits de harcèlement sexuel à la Maison des associations de Strasbourg (voir notre enquête), Patrick Gerber n’en est ressorti qu’en soirée.
Confronté en fin d’après-midi à deux des trois victimes, il a nié avoir sexuellement harcelé les plaignantes, deux anciennes salariées de la Maison des associations qu’il avait lui-même recrutées. Tout juste a-t-il admis « des maladresses. »
L’hôtel de police de Strasbourg Photo : doc remis
Expertise psychiatrique
Âgé de 54 ans, Patrick Gerber a été libéré en fin de journée et a été confronté mardi matin à la troisième plaignante, la jeune stagiaire de 25 ans que nous avions appelée Isabelle.
C’est la journée oppressante vécue par la jeune femme qui a convaincu les deux autres victimes de porter plainte contre leur directeur pour harcèlement sexuel et dénoncer des gestes déplacés et des propos sexistes constants. Traumatisée, Isabelle a mis plusieurs semaines avant de pouvoir se retrouver seule chez elle ou dans un bureau…
Les victimes avaient d’abord tenté d’alerter les responsables de l’association gestionnaire de la Maison des associations mais une enquête interne n’avait abouti qu’à un blâme pour Patrick Gerber et l’obligation de garder sa porte de bureau ouverte…
À l’issue de l’enquête de police, le procureur de la République doit décider s’il poursuit Patrick Gerber des chefs de harcèlements sexuels aggravés. Une expertise psychiatrique pourrait être ordonnée.
Henryk Stöckl, un youtubeur allemand d’extrême-droite, s’est glissé dans la manifestation des Gilets jaunes du 27 avril à Strasbourg. Il s’est fait passer pour un street medic, un secouriste bénévole. Retour sur un coup de communication très bien huilé.
Samedi 27 avril, lors de l’Acte 24 des Gilets jaunes à Strasbourg annoncé comme cataclysmique, tout le monde a repéré ces « street medics » allemands, des secouristes bénévoles prêts à aider les manifestants lorsque leurs yeux brûlent, en combinaisons rouges dans le cortège.
L’un d’eux, Henryk Stöckl, vêtu du même équipement, a filmé toute la manifestation pour la retransmettre en direct sur YouTube. Henryk Stöckl est bien connu, c’est un youtubeur allemand ouvertement d’extrême-droite.
Il est xénophobe, islamophobe, écolophobe, pro-Trump et ne jure que par Russia Today, chaîne de télévision russe dont l’édition française saute sur tout mouvement social comme s’il s’agissait des prémices d’une révolution. Sur les réseaux sociaux, Henryk Stöckl compte des dizaines de milliers d’abonnés qu’il nourrit avec un nombre de fake news impressionnant.
Voilà juste un exemple :
Un exemple de fake news publiée par Henryk Stöckl sur Facebook
Avec cette image postée en décembre 2018, Henryk Stöckl fait croire qu’Angela Merkel a répété ses vœux pour 2019 en turc, après les avoir adressés en allemand. Ce qui est totalement faux surtout que l’alphabet utilisé sur l’image n’est pas du tout du turc mais de l’arabe.
La complicité de secouristes allemands d’extrême-droite
Henryk Stöckl s’est joint à cette équipe de street medics allemands, les « Demo-Sanitäter », qui se disent neutres politiquement. Henryk Stöckl apparait en haut à gauche de l’image ci-dessous.
Nous avons contacté Andreas Manuel Eggert, le leader et créateur des Demo-Sanitäter. Il dit avoir accepté que Henryk Stöckl les accompagne à Strasbourg à condition que sa vidéo ne soit pas politique et qu’elle se borne à diffuser « ce que les médias traditionnels ne montrent pas. »
Mais en fouillant un peu, on se rend vite compte que l’immense majorité des modérateurs du groupe Facebook des Demo-Sanitäter est ouvertement d’extrême-droite. Mais d’après Andreas Manuel Eggert, cela n’influence en rien leur manière de soigner les gens lors de manifestations.
Henryk Stöckl a donc pu raconter la manifestation du 27 avril dans un live YouTube de plus de cinq heures, visionné par près de 85 000 personnes. Rue89 Strasbourg l’a même partagé dans notre direct consacré à la manifestation du 27 avril. Nous ne savions pas encore qui était Henryk Stöckl, d’où l’importance de remettre les choses au clair. Sa présentation des faits est exagérée, souvent simplifiée et parfois complètement fausse.
Le live de Henryk Stöckl, cinq heures durant.
Henryk Stöckl plante le décor : la France, c’est la Corée du Nord
Dans son live, Henryk Stöckl dit à trois reprises qu’il « risque sa vie » au nom de la démocratie et par solidarité avec le peuple français. Il va « au front », parle de « guerre civile » pour décrire la manifestation à Strasbourg et compare la situation actuelle de la France à celle de la Corée du Nord.
L’activiste de 24 ans appuie ses propos en rappelant que 75% des Français souhaitent la démission d’Emmanuel Macron. Dans les faits, 75% des Français ont une opinion défavorable du président de la République, ce qui est différent.
Le jeune homme explique que onze personnes ont perdu la vie lors de manifestations de Gilets jaunes. En réalité, huit d’entre elles ont été renversées par des véhicules aux abords de barrages routiers et trois sont effectivement décédées lors de manifestations.
Henryk Stöckl ne cache pas son admiration pour Donald Trump
Enfin, Henryk Stöckl manie le « teasing », parle de « l’atmosphère de plus en plus tendue » et promet que « la situation peut dégénérer sans savoir jusqu’où la violence ira. »
La réalité maquillée pour les besoins de la production
Sauf que la manifestation du 27 avril n’aura pas été particulièrement violente, tant du côté de la police que des manifestants. Du coup, Henryk Stöckl est obligé de s’affranchir de la réalité : au moindre mouvement de foule, il affirme que la police utilise des flash-balls et des grenades de désencerclement. Ce à quoi il ajoute à un moment : « Macron fait ce qu’il veut parce que c’est le chouchou de l’Europe mais si Trump faisait la même chose il y aurait une vague d’indignation mondiale. »
Le youtubeur allemand ajoute que « la France viole le droit international en utilisant du gaz lacrymogène. » Or la Convention sur l’interdiction des armes chimiques prévoit bien qu’un tel produit puisse être utilisé pour maintenir l’ordre.
Pour démontrer son courage, Henryk Stöckl explique qu’il peut être arrêté par la Brigade anti-criminalité (BAC) à tout moment. Comme il le dit si bien, les policiers de la BAC sont « les plus dangereux, ceux qui vous frappent pour le plaisir et qui vous mettent en prison sans aucune raison. »
Comme souvent avec l’extrême-droite, Henryk Stöckl instrumentalise le mouvement des Gilets jaunes
Un entracte sponsorisé par l’extrême-droite danoise
Pendant son live Youtube, le militant d’extrême-droite essaie de combler les blancs. À un moment il reconnait, qu’en France, « on est encore libre de manifester contrairement au Danemark où un homme politique a été condamné pour simplement avoir fait tomber le Coran par terre. »
Henryk Stöckl fait référence à Rasmus Paludan, créateur du parti danois d’extrême-droite Stram Kurs. Il a bien été condamné début avril à de la prison avec sursis mais pour des insultes racistes à l’encontre de personnes noires. Ses provocations vis-à-vis de l’Islam n’ont jamais été punies par la justice au nom de la liberté d’expression.
Toujours est-il que Henryk Stöckl utilise cet exemple danois pour s’indigner que, dans le même temps, le gouvernement français laisse manifester « des radicaux, des terroristes » comme les antifascistes et les black blocks. D’ailleurs, à de nombreuses reprises pendant son live Youtube, l’activiste filme des gens à leur insu en affirmant que ce sont des black blocks. Toute personne vaguement habillée de noir lui suffit…
Quand Henryk Stöckl est lâché par ses acteurs
Pour ajouter un côté dramatique à son récit, Henryk Stöckl interviewe plusieurs protagonistes de la manifestation. Malheureusement pour lui, ils ne vont pas toujours dans son sens.
Quand le cortège se met en route place de l’Etoile, le jeune homme demande à une secouriste française si elle a peur de ce qui va se passer. Elle lui répond que non, pas vraiment. Quelques heures plus tard, il retourne la voir pour qu’elle raconte la violence des évènements. Mais là encore, elle explique que « aujourd’hui ça va, c’est plutôt tranquille. »
Le youtubeur tente sa chance avec un autre street medic en lui posant la question suivante : « T’as vu beaucoup d’hooligans aujourd’hui ? » Réponse de son interlocuteur : « Ben j’en sais rien, je ne suis pas dans la tête des gens. » Pas de bol.
Et soudain, Henryk Stöckl défend la police
Henryk Stöckl n’en est pas à sa première fiction. Depuis aout 2018, il parcourt l’Allemagne, participe à des manifestations et se livre au même genre de récits que le 27 avril à Strasbourg. En fonction du type d’évènement, son discours change radicalement.
Lors de rassemblements d’extrême-droite, comme à Chemnitz dans l’Est de l’Allemagne, il incarne le rôle de l’opprimé épris de liberté risquant sa vie face aux forces de l’ordre. C’est aussi le rôle qu’il a joué à Strasbourg le 27 avril.
Mais à l’inverse, au mois d’octobre, il narrait le courage héroïque des policiers de Fribourg face aux manifestants antifascistes. Henryk Stöckl parlait alors du « rassemblement le plus violent de la décennie. » Sur sa page Facebook, il parle encore de « guerre civile » et va même jusqu’à dire qu’un policier a perdu la vue à cause d’un projectile. La police de Fribourg a dû démentir sur Twitter.
„Schwer verletzter Polizist“ = Falschmeldung „Augenlicht verloren“ = Falschmeldung „Mob macht Hetzjagd auf AfD“=Falschmeldung „Polizist durch Flasche im Gesicht verletzt“=Falschmeldung „bürgerkriegsähnlich“=maßlose Übertreibung
On peut y lire : « Policier gravement blessé » = fausse information, « perte de vue » = fausse information, « chasse aux sorcières contre des membres de l’AfD » = fausse information, « policier blessé au visage à cause d’une bouteille » = fausse information, « guerre civile » = exagération.
Même le parti de l’Alternative für Deutschland ne veut pas de lui
En constatant cette désinformation de masse orchestrée sur les réseaux sociaux par Henryk Stöckl, nous nous sommes demandés si le parti allemand d’extrême-droite Alternative für Deutschland n’était pas derrière tout ça. Nous aurions aimé en parler directement avec le jeune homme, mais il n’a pas donné suite à notre sollicitation.
Mais la même question posée à l’antenne de l’AfD à Francfort, région d’origine de Henryk Stöckl, est plus claire : le parti rejette ses demandes d’adhésion. N’est-il pas fréquentable ? Pas de réponse. En attendant, la saga que l’activiste construit sur Youtube participe avec brio à la montée de l’extrême-droite en Europe. La superbe tribune qu’il s’est offerte le 27 avril à Strasbourg n’en était qu’un épisode…
Un arrêté anti-mendicité, des chiens interdits, même tenus en laisse… À un an des élections municipales, Robert Herrmann marque son territoire. Allez, ça mérite bien un monument. Piet est candidat pour l’appel d’offres.
L’UE a changé ma vie (4/4) – En 2009, l’usine Maille Verte Vosges est placée en liquidation judiciaire. Éric Neri est le seul à proposer une offre de reprise. À moins d’un mois des élections européennes, cet ingénieur de formation craint une déstabilisation de l’Union. Son usine exporte deux tiers de sa production en Belgique et en Allemagne et le Brexit a déjà affecté le carnet de commandes…
« Ici, chaque famille a un fils, un cousin, une sœur, qui a perdu son boulot dans le textile. » Mais à Saint-Nabord dans les Vosges, l’usine continue de tourner, en grande partie grâce à Éric Neri. Directeur de l’entreprise américaine AMES en 2007, il est le seul à proposer une offre de reprise en 2009.
À cette époque, la crise financière avait conduit à la liquidation judiciaire de l’entreprise. Dix ans plus tard, la même usine réalise plus de cinq millions de chiffre d’affaires. Elle a même recruté cinq nouveaux employés au cours des dernières années. « Je suis un Européen convaincu », affirme le chef d’entreprise.
Éric Neri, 62 ans, chef de l’entreprise Maille Verte Vosges depuis 2009 : « Face à des blocs comme les États-Unis et la Chine, nous avons besoin d’une Europe forte, avec un marché intérieur fort. » Photo : Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc
Le textile, les fermetures
Éric Neri en est fier : il n’a travaillé « que dans le textile et que dans l’Est de la France ». Le Vosgien d’adoption développe volontiers sa pensée « en tant que citoyen ». Il rit et sourit. Pourtant, l’histoire de sa filière est pleine de fermetures. L’homme au gilet gris et aux lunettes carrés a étudié à l’École nationale supérieure des industries du textile de Mulhouse. L’établissement a fermé il y a plusieurs années. Le jeune ingénieur a aussi vu les usines cesser de produire :
« J’ai vu des industries faire des investissements pléthoriques pour moderniser leur production. Mais elles ont quand même fini par fermer. Les filatures du Chenimenil par exemple. On est passé de 1 à 4 filatures puis à zéro… J’étais convaincu que l’industrie du textile, c’était fini en Europe. »
Les réglementations européennes… Certains y verraient des contraintes excessives. Le patron de MVV y voit la promesse de produits européens de qualité.
« Nous avons besoin d’une Europe forte »
Puis le père de famille a changé d’avis. « Je me suis dit que la solution se trouvait dans une production locale, respectueuse de l’environnement et des travailleurs », résume-t-il.
Éric Neri voit plutôt l’Europe comme une opportunité. Ses avalanches de normes seraient moins des contraintes que des garanties pour la santé des Européens : « Dans notre secteur, il y a des produits chimiques qui sont interdits, car on s’est rendu compte que les teintures étaient allergènes. »
D’où la nécessité de renforcer encore l’Union Européenne pour « ne pas laisser rentrer n’importe quoi » et « pour faire face à des blocs comme les États-Unis ou la Chine. Nous avons besoin d’une Europe forte, avec un marché intérieur fort », conclut-t-il.
Éric Neri le répète à plusieurs reprises : le marché français ne pourrait pas absorber toute la production de Maille Verte des Vosges. Photo : GK / Rue89 Strasbourg / cc
Au-delà d’un cadre légal, l’Union Européenne a aussi fourni une aide financière à l’entreprise vosgienne. Lorsque Maille Verte Vosges renaissait des cendres de la crise de 2008, le Fonds européen de développement régional (Feder) a subventionné l’achat de nouvelles machines à hauteur de 50 000 euros. Aujourd’hui, ce même programme européen soutient à plus de 80 000 euros un projet d’économie en eau. « En tant que gestionnaire de mon entreprise, je suis conscient de ce soutien de l’UE, mais les gens n’ont aucune idée de ce qu’est la gestion d’entreprise. Pour l’Europe, c’est la même chose », regrette Éric Neri.
« Sans l’Europe, c’est fini »
Dans l’usine, certains employés sont conscients de l’importance de l’Europe pour leur entreprise. Sonia, agent de textile de 42 ans, ira voter fin mai pour deux raisons.
La première : « Parce que je suis une femme et qu’on a pas toujours eu ce droit. » La deuxième motivation se trouve dans ces longues bandes de maille qu’elle observe attentivement. « On travaille beaucoup avec les pays européens. Sans ça, c’est fini », résume-t-elle. Selon les années, Maille Verte Vosges exporte entre 60 et 70% de sa production en Allemagne et en Belgique.
Sonia, agent de textile, 42 ans : « On travaille beaucoup avec les pays européens. Sans ça, c’est fini. » Photo : GK / Rue89 Strasbourg / cc
Mais d’autres peinent à voir l’impact de l’Union européenne sur leur quotidien. C’est le cas de Patrick, 57 ans, qui ne voit « pas vraiment de concret » dans l’action de l’UE. Tout juste observe-t-il que « c’est un peu le bordel en ce moment (avec le Brexit, ndlr) ».
Patrick, 57 ans, dont 40 dans la boite, ne voit « pas vraiment de concret dans l’Union Européenne ». Tout juste observe-t-il que c’est « un peu le bordel » en ce moment.
Thierry, 52 ans, dont 30 au sein de MVV, admet ne « pas vraiment s’intéresser à l’UE ». Ce technicien polyvalent, ennoblisseur pour les connaisseurs, se montre plus critique :
« Ici, des produits sont interdits alors que dans le reste du monde ce n’est pas le cas. Et puis, il y a des différences au sein même de l’Europe. Les salaires ne sont pas les mêmes, même les règles de pêche n’étaient pas les même entre la France et le Royaume-Uni. »
Thierry Vetter, 52 ans, ennoblisseur : « Je ne m’intéresse pas vraiment à l’Europe. Mais ici il y a des produits interdits qui sont autorisés ailleurs. Il faut harmoniser… »
« Sauver ce qui reste »
Pour Éric Neri, l’Union Européenne est un cadre facilitant l’échange de marchandises. Pas de devise à convertir, pas de documents douaniers à remplir, des normes harmonisées entre les pays-membres… « Aujourd’hui, qu’on charge un camion pour Bruxelles ou Bourg-en-Bresse, c’est la même chose », se félicite le patron de PME, qui n’hésite pas à fustiger « nos camarades britanniques » dans leur tergiversation sur la sortie de l’UE. Car chez MVV, le Brexit est synonyme d’activité plus faible : « J’ai un client qui m’a dit que toute sa production pour le Royaume-Uni était figée… »
L’usine produit beaucoup de textile pour les professionnels de la construction. Les teintes recherchées doivent être très visibles. Photo : GK / Rue89 Strasbourg / cc
D’où la crainte du chef d’entreprise face à la montée de l’euroscepticisme. « Moi, les élections européennes, ça me fout un peu la trouille », lâche-t-il sans hésiter.
Éric Neri refuse de donner le nom du parti qu’il soutiendra. Mais il laisse quelques indices. Séduit par l’idée qu’un pays puisse être géré comme une entreprise, il estime qu’il « faut du temps pour changer les choses. » Il soutiendra le parti au pouvoir. Ce passionné du textile n’espère pas une réindustrialisation de l’Europe, ou des Vosges, mais « au moins sauver ce qui reste… »
L’entreprise compte 35 salariés, soit cinq de plus qu’au moment de la reprise de l’usine par Éric Neri.
Rédacteur en chef de Rue89 Strasbourg. Spécialisé depuis 2019 en enquêtes locales, à Strasbourg et en Alsace sur des sujets variés allant de l’extrême-droite à l’hôpital public en passant par la maison d’arrêt de Strasbourg, les mouvements sociaux, les discriminations et l’expertise-psychiatrique.
Le temps du Pelpass festival approche. Pendant qu’on croise les doigts pour que les nuages et la pluie soient chassés de l’horizon d’ici là, on prépare le planning de ces 3 jours de mise au vert musicale du côté des Deux-Rives.
L’association Pelpass a fait feu de tout bois cette année. Pour cette 3e édition, au diable les journées thématiques, au diable les têtes d’affiche. Le festival sera aussi éclectique que foutraque. Même si le mot d’ordre, au Pelpass Festival, est bien souvent de découvrir des groupes un peu au feeling, voilà quelques pistes pour bien commencer : 3e édition, 3 jours, voilà donc 3 rendez-vous à ne pas manquer pour chacune des soirées qui se profilent.
Timetable – Pelpass Festival #3
Jeudi : battles, chants bulgares et DJ set
On commence par l’un des tous premiers noms à avoir été dévoilé cette année : Tha Trickaz. Duo français riches de deux albums et une multitude d’EPs, Julien, aka Pho et Thu, aka Dj IRaizebass, parcourent le monde pour des sets qui mélangent trap et hip hop, avec sons japonisants. Leur particularité ? Des DJs sets masqués, accompagné d’un mapping vidéo, et souvent une furieuse envie d’aller danser avec le public quand ils le peuvent. Est-ce que cela sera le cas au Pelpass ? Affaire à suivre à minuit sous la grande tente.
Tha Trickaz – Native Sessions – La Gaîté Lyrique
Ce même jour, un autre groupe aux antipodes viendra chanter dès l’ouverture. Ispolin est un trio de voix féminines, accompagnés de beats et d’un batteur. Et loin, bien loin d’un DJ set, il faudra plutôt s’attendre à être étonné et envoûté par des voix. En effet, le chant bulgare est caractérisé par du chant polyphonique aux rythmes syncopés. Musique traditionnelle aux influences multiples, Ispolin en fait un mélange intéressant à l’aide de leur batteur et soundmaker. Une parfaite entrée en matière.
La « grosse scène » du Pelpass Festival en 2018 Photo : Angelina Lombardo / doc remis
À ne pas manquer non plus, le retour des « battles » du festival Pelpass. Le premier verra s’affronter Nautilus et Albinoid Sound System. Mais difficile de parler d’affrontement entre ces deux groupes strasbourgeois. Entre le premier, formé d’anciens membres de La Fanfare en Pétard, et le second, dont les membres sont des grands habitués du lieu, le mélange présage un grand moment de transe. Mélange de jazz, d’afrobeat et d’électro, il faudra s’attendre à une débauche de cuivres et de chaleur.
Uptight – Albinoid Sound System (Vidéo : Emilie Fux)
Vendredi : jour des révélations
Autre battle, autre style entre Flo Chmod et Ian Caulfield. Une fusion intéressante dont le résultat risque d’être surprenant, entre un artiste plutôt folk et l’autre plutôt pop. Si leurs deux projets ont pour point commun d’être des projets solo, Flo Chmod vient de Strasbourg et mise sur la guitare sèche, pendant qu’Ian Caulfield, d’origine rémoise, joue de sa guitare électrique et de son clavier. Alors dialogue entre les 2 voix ou fusion des deux projets pour une création particulière ? Rendez-vous le vendredi aux alentours de 20h.
Ils seront suivis un peu plus tard des déjantés Cyril Cyril. Tout droit venu de Genève, le duo est signé chez Born Bad Records et n’a pas de complexe à mélanger dans un style joyeux des rythmes berbères, une inspiration blues du bayou, et un chant scandé aux chœurs psalmodiés. À la fois minimaliste et d’une richesse infinie, préparez-vous à être hypnotisé, mis en transe, et conduit à danser sans vous arrêter sur ces tambourins et ce banjo trafiqué
Sous la mer, c’est calme – Cyril Cyril (Réal : David Vallet)
Et parce que le festival Pelpass ne serait pas le même sans du hip-hop, l’un des grands noms à ne pas manquer ce soir-là sera Josman. Il est qualifié « d’espoir du rap français » par les Inrocks, ou encore de « jeune loup du rap français » par Le Monde et a déjà fait sensation à Rock en Seine l’été dernier.
Encore très discret, Josman donne la priorité à sa musique plutôt qu’à son image, à l’inverse de beaucoup de rappeurs français du paysage actuel. Ses textes, très terre-à-terre, font écho à sa vie, pendant que sa musique, elle, crée un décalage bienvenu, puisqu’elle installe une ambiance plus aérienne et planante à l’ensemble. À découvrir sous la grande tente.
Un Zder, Un Thé – Josman (Réal : Marius Gonzalez)
Samedi : au delà des frontières
L’après-midi du samedi commencera par un concert surprise dès 17h. Il faudra donc être présent tôt pour une programmation qui enchaînera très rapidement les trois groupes qui ont retenu notre attention. Vers 19h, la troupe londonienne de Kokoroko d’abord, soit « sois fort » en orobo, une langue du Nigéria. Cet octet de jazz, tous cuivres dehors, refuse que le jazz soit autre chose qu’une musique faite pour danser, et le mâtine donc d’afrobeat et de soul. Nourris de la chaleur des clubs londoniens, ils feront tout pour que le spectateur ne soit pas qu’un simple observateur. Aucune chance à Pelpass.
Ils seront suivis d’Asher Roth, la caution rap US de cette 3e édition. 10 ans après son premier album, et le titre « I Love College » qui lui avait permis d’atteindre une notoriété certaine très rapidement, il a fait le choix de ne pas jouer le jeu des grosses maisons de disques et de prendre ses distances avec cette vie remplie de gardes du corps et de compromis musicaux frustrants. Son rap a su ainsi évoluer avec lui, au gré de ses envies et de ses influences et c’est ainsi que son dernier projet sur disque, avec Travis Baker et Nottz Raw, a fini par atteindre une puissance et une énergie aussi proche du rock que du rap. Un artiste intéressant dont il sera curieux de découvrir les nouveaux choix.
Mommydog – Asher Roth (Réal : Mike Oberlies)
L’enchaînement sera parfait avec Flamingods. Groupe psyché par excellence, avec la juste dose de funk, de pop et de musiques arabes, la bande de Kamal Rasool vient de sortir son nouvel album Levitation. C’est à la fois tribal et tropical, ça transcende les frontières des styles et des pays, et ça garantit au public une expérience mystique et jouissive à coups d’instruments traditionnels détournés. Une belle bulle colorée en prévision. Le tout restera de pouvoir encore enchaîner après ça.
Toutes les cantines des écoles publiques de Strasbourg resteront fermées jeudi 9 mai, en raison d’un mouvement de grève du personnel de service.
La Ville de Strasbourg a précisé dans un bref communiqué publié vendredi que toutes les cantines publiques sont concernées, aucun repas ne sera servi. Aucune démarche n’est nécessaire pour annuler les réservations, « les repas du 9 mai ne seront pas facturés », indique la Ville mais les parents doivent récupérer leurs enfants à midi.
Les accueils périscolaires du matin et du soir seront assurés « dans la mesure du possible » indique le même communiqué.
Les agents municipaux en charge du service des cantines sont en grève jeudi 9 mai.
Mobilisation nationale des fonctionnaires
Ce mouvement de grève s’inscrit dans une journée nationale de mobilisation de la fonction publique, à l’appel des organisations syndicales CFDT, CFTC, CFE-CGC, CGT, FAFP, FO, FSU, Solidaires, UNSA et CNT.
Dans un communiqué commun, ces syndicats dénoncent :
« Les personnels, avec leurs organisations syndicales, revendiquent l’augmentation de la valeur du point d’indice afin d’améliorer leur pouvoir d’achat, la suppression du jour de carence et rappellent leur opposition aux 120 000 nouvelles suppressions de postes annoncées. »
La rédaction de Rue89 Strasbourg est composée de journalistes toutes et tous prêts à écouter les Strasbourgeoises et les Strasbourgeois pour parler des sujets qui les intéressent. Notre existence et notre moral dépendent du nombre d’abonnements pris pour nous soutenir. 🙏⤵
Le club de Lyon-Villeurbanne, l’Asvel, et celui de Strasbourg, la SIG, se livrent à une intense rivalité sur les terrains de basket. Mais les deux clubs mènent de front une autre bataille, plus politique et surtout économique : celui de la prochaine Arena moderne en France. On compte les points avec nos confrères de Rue89 Lyon.
Strasbourg (6ème) et l’Asvel (1er) s’affrontent à l’Astroballe de Villeurbanne dimanche 5 mai à 18h30. Un match de fin de saison aux enjeux limités, avant les phases finales en mai et juin.
Depuis la moitié des années 2010, les deux grandes villes ont développé une intense rivalité après s’être imposées sportivement comme les deux places fortes du basket français. Strasbourg a disputé cinq finales entre 2013 et 2017, sans l’emporter. L’Asvel, propriété de la superstar française Tony Parker a remporté le titre face aux Strasbourgeois en 2016. S’en était suivie une demie-finale rocambolesque l’année d’après, où la SIG l’avait emporté trois manches à deux, après avoir perdu les deux premières joutes en Alsace. Pour le printemps 2019, l’Asvel fait figure de favori de la fin de saison.
Mais cette lutte pour la suprématie française ne se joue pas que sur les lattes de parquet. Une autre bataille se trame dans des salons plus feutrés, où se négocient permis de construire et soutiens d’entreprises : celle de la future salle moderne de France ou « arena » en anglais. Un nouvel échelon jugé indispensable pour générer plus de revenus, asseoir sa domination nationale et se frotter aux sommets européens
Choix sportifs : Euroleague contre BCL
Quel que soit le champion en juin, l’Asvel est « invitée » à se frotter au gotha européen en 2019/2020 et idem la saison suivante en 2020/2021. Aucun club français n’avait participé à l’Euroleague depuis… Strasbourg en 2015/2016 (déjà invitée à l’époque). S’en est suivie une réforme de la compétition-reine, qui est en fait une société privée détenue par les clubs. « Tous les clubs ont une part, mais elle est phagocytée au 3/4 par le Réal de Madrid, le FC Barcelone et Maccabi Tel-Aviv, qui décident ce qui s’y passe », explique Pascal Legendre, journaliste spécialisé pour le site Basketeurope.
La SIG a pour sa part fait le choix d’une autre compétition, la mal-nommée Basketball Champions League (BCL). Peu de « champions » nationaux y concourent, mais plutôt les équipes de deuxième rang, comme son équivalent l’Eurocup (aussi détenue par l’Euroleague).
Le Crédit mutuel forum de nuit. Le bâtiment de droite sera une tour de bureaux pour le Crédit mutuel. Les deux chantiers ont été confiés à Vinci. Photo : Chabanne + Partenaires / Architecte
8 000 places à Strasbourg, 10 000 à Lyon
À Strasbourg, le projet est fixé. Le Rhénus Sport, inauguré en 2004 sera agrandi et deviendra le « Crédit Mutuel Forum », en passant de 6 000 à 8 000 places (voire 10 000 à moyen-terme) et avec des commerces ouverts toute l’année dans l’enceinte, bientôt au milieu du nouveau quartier d’affaires de Strasbourg (Archipel), face au Parlement européen. Le projet se chiffre à 40 millions d’euros, un quart étant apporté par les collectivités locales.
Annoncée depuis plus de 10 ans et relancée en 2016 après la reprise de l’Asvel par Tony Parker, la “M Arena”, une salle de 10 000 places assises (12 000 pour les concerts) est dans les cartons du club villeurbannais.
Cet immense complexe sportif devrait en plus du terrain de basket, accueillir : un hôtel, des bureaux (10 000 m² sur 7 étages), et plusieurs commerces (980 m²). Le tout à la place de l’ancien stade Georges-Lyvet à Villeurbanne. L’astroballe, actuelle salle de l’Asvel, qui affiche un taux de remplissage de 98% avec 5 600 places, ne sera pas détruite. Jean Paul Bret, maire socialiste de Villeurbanne, particulièrement attaché au club de basket de sa ville, explique :
“L’Astroballe n’est pas désuète malgré ses 23 ans d’existence, il n’est pas question de la désaffecter. Peu importe l’avenir sportif de l’Asvel, il y a tout de même des rencontres qui se dérouleront devant 6 000 spectateurs donc il y aura toujours besoin d’une deuxième salle. Elle pourra toujours accueillir certains matchs de l’ASVEL et d’autres événements.”
Calendrier serré et rails de velours à Strasbourg
La demande de permis de construire à Strasbourg a été déposée fin janvier et devrait être délivré fin mai. Aucune velléité de recours n’a été annoncée. Le club est dans la phase finale du bouclage financier et attend les derniers votes des collectivités locales au printemps.
Ainsi, le dossier ne devrait pas s’inviter dans les joutes des élections municipales en vue des élections de mars 2020. Les premières démolitions du Rhénus Nord devraient intervenir en octobre. Comme le club continuera de jouer dans la salle, une partie du gros-œuvre ne peut être fait qu’à l’intersaison. Il faut ainsi compter deux ans de travaux.
Le président de la SIG, Martial Bellon, explique sa philosophie :
« L’Euroleague n’est plus la même compétition que celle que nous avons joué il y a quatre ans. C’est passé d’une coupe à un championnat. Là où il y avait 14 matches et de poule et une vingtaine jusqu’aux phases finales, il y en a désormais 34, à compléter avec un saison de France qui compte autant de rencontres, plus les phases finales et autres coupes. Cela fait des saisons à plus de 80 matches comme aux États-Unis en NBA, ce qui nécessite une équipe de 14-15 joueurs (contre une dizaine aujourd’hui).
À cela s’ajoute d’importants frais de déplacements à travers l’Europe. La question ne peut se poser qu’une fois l’Arena terminée. Nous pourrions passer d’un budget de 9 millions cette année si nous faisons un bon parcours final, à 12 millions d’euros. Ce discours peut passer comme un manque d’ambition auprès des supporters, mais nous n’avons pas comme à l’Asvel un actionnaire principal qui est en capacité de mettre au pot en fin d’année (le club est détenu par une trentaine d’entreprises alsaciennes, ndlr). Des clubs pourtant solides comme Bamberg (Allemagne) ou Gran Canaria (Espagne) ont eu de grosses difficultés après une saison d’Euroligue et je ne veux pas nous mettre dans cette situation. »
La nouvelle arena de la SIG Strasbourg doit ressembler à ça Photo : Crédit Chabanne + Partenaires / Architecte
La M arena attendue pour 2022 à Lyon
Côté Asvel, c’est un peu plus compliqué. Le projet a pris du plomb dans l’aile, obligeant le club à revoir ses plans. La “M arena” devait sortir de terre en 2020, elle sera finalement livrée courant 2022. Un changement de calendrier, qui s’explique par le redressement judiciaire, en octobre 2018, de la société de construction choisie par le club. L’entreprise Floriot, sera finalement reprise, en mars 2019 par trois anciens cadres et onze de ses salariés, suite à une décision du tribunal de Commerce de Lyon.
Un temps mort administratif qui n’a pas provoqué pour autant l’arrêt total du projet. Même durant les péripéties de leur constructeur, les dirigeants de l’Asvel ont maintenu le cap d’un début de travaux début 2020. Et pour tenir cette promesse, Tony Parker peut compter sur le soutien des autorités de Villeurbanne. Si la commune ne subventionne pas le projet, financé uniquement par des fonds privés (le coût de celui-ci est estimé à entre 60 et 100 millions d’euros), Jean-Paul Bret, est très attaché au club. Et il tient à ce que la nouvelle salle soit sur son territoire :
« Il y a une histoire particulière entre ce club et la ville de Villeurbanne. C’est le club le plus titré de l’histoire du basket avec Limoges. Et la commune le rend bien : mes prédécesseurs ont toujours aidé les dirigeants de l’Asvel à se développer. Aujourd’hui, il y a même une association d’anciens joueurs internationaux de l’ASVEL qui sont restés à Villeurbanne. Le club s’inscrit dans l’histoire de la ville, il doit également y inscrire son avenir. »
D’un point de vue sportif, Pascal Legendre trouve aussi « plus réaliste » les ambitions strasbourgeoises, en pointant que le budget moyen des clubs d’Euroleague est de 25 millions, soit plus du double de Strasbourg ou de Villeurbanne.
Autres événements : surtout du sport à Strasbourg
Le Crédit mutuel forum, géré par le club via un bail emphytéotique mais propriété de l’Eurométropole, devrait pouvoir être configuré pour accueillir d’autres événements. Mais pas de spectacles, à la demande de la collectivité, pour ne pas faire concurrence au Zénith, le dernier de France, inauguré en 2008. Le président Martial Bellon, qui a toujours dit s’inspirer avant tout des modèles allemands, a évoqué la possibilité d’accueillir des matches de la coupe du monde de handball en 2023.
En mars, la mairie de Villeurbanne a largement communiqué sur le contrat d’exploitation signé avec la société Legends, qui devrait ainsi gérer la partie culturelle et artistique de la future salle. Un partenariat qui garantit, selon la municipalité, « le financement et la prise en compte du cahier des charges posé par le club. »
Mais pour certains observateurs cette annonce n’est pas neutre, il s’agirait pour Villeurbanne de prouver, aux dirigeants du club la viabilité du projet. En effet, la presse spécialisée fait état de discussions entre Tony Parker et Jean Michel Aulas.
Et pour cause, le président de l’Olympique Lyonnais en foot, planche depuis quelques mois sur son projet de salle multifonction au Groupama Stadium, dans l’Ouest lyonnais. Un projet qui vient directement concurrencer la “M Arena”.
Le 20 mars, Jean-Michel Aulas, président de l’OL, explicite ces échanges à nos confrères à l’Équipe :
« On peut probablement entrer au capital, mais de manière minoritaire. »
Contacté à ce sujet, l’Asvel n’a pas souhaité donner suite à notre demande d’entretien. Si le maire de Villeurbanne confirme l’existence de négociations, l’équipe affirme que la commune n’y participe pas. Au contraire, Jean Paul Bret ne semble pas être partisan d’un rapprochement entre Lyon et l’Asvel et presse les dirigeants du club de clarifier la situation :
« L’arrivée éventuelle de Jean Michel Aulas pose un certain nombre d’interrogations. Les sites sur lesquels il veut construire sa salle ne sont pas opérationnels, aucun ne sont conforme au Plan Local d’Urbanisme, il faudra attendre au moins 5 ans. Si l’Asvel met son destin dans les mains d’Aulas, elle met en péril le projet qu’elle avait retenu en devant une sorte d’OL-Basket. On a besoin que le club sorte du flou et nous donne des réponses précises et une position claire : la collectivité ne peut pas rester dans une attitude dilatoire. Au-delà des déclarations d’amour à Villeurbanne de la part club, il faut déposer un permis de construire avant juillet. »
Dans deux ans, à qui le tour ?
Pour Pascal Legendre, journaliste à Basketeurope, le développement des deux salles ne fige pas tout à fait l’avenir du basket français au-delà de 2021 :
« Par rapport aux autres pays d’Europe, la France a un grand retard au niveau des salles multi-sports. Un rapport en 2008 expliquait cela très bien et rien n’en est sorti . Après les deux ans d’Euroligue de l’Asvel, c’est normalement une participation pour 10 ans qui doit être attribuée. Tout le monde va observer l’Asvel qui devra avoir de bons résultats pour garder du public, passé l’effet de curiosité. Mais pour un club d’envergure européenne, la ville la plus adaptée serait Paris. La capitale concentre les richesses économiques et l’impact médiatique y est plus fort, comme on le voit avec les résultats du PSG en foot et en handball. Il y a certes Bercy, mais qui est avant tout une salle de spectacles. Pour l’instant, le projet de salle Porte La Chapelle qui n’est que de 7 000 à 8 000 places alors que la moyenne en Euroleague est de 8 500 spectateurs. »
Et autre détail, pour l’instant aucun club parisien ne brille régulièrement, hormis quelques coups d’éclats de Nanterre (champion en 2013, vainqueur de coupes européennes de second rang en 2015 et 2017). En dépit de la récente U Arena de la Défense où elle a joué une fois contre… l’Asvel (15 200 spectateurs), cette banlieue ouest n’est peut-être pas prête à être fondue dans un grand club de la capitale. Et la vérité du terrain dans tout cela ? Dimanche elle sera secondaire et cela pourrait le rester à l’avenir.
Hausse des abonnements CTS, rénovation du stade de la Meinau, médiathèque de Schiltigheim, zone commerciale de la Vigie… Le conseil de l’Eurométropole va délibérer sur plusieurs points très concrets ce vendredi. À suivre en direct à partir de 9h.
Après avoir voté des grands objectifs lors de ses deux dernières séances (à lire ici et là), le conseil de l’Eurométropole de Strasbourg de ce vendredi 3 mai va cette fois-ci s’intéresser à des dossiers plus concrets.
Un stade à rénover
Le premier point devrait susciter beaucoup de prises de parole, mais un relatif consensus puisque le Racing a déjà réussi sa deuxième saison pour son retour dans l’élite du football français. Ses résultats au-dessus des attentes (maintien assuré dès le printemps et victoire en Coupe de la Ligue) se traduisent par un fort engouement et des rencontres à guichets fermés, y compris pour les rémunérateurs sponsors, quasi-systématiquement. L’Eurométropole, propriétaire du stade de la Meinau, va délibérer sur une rénovation et un agrandissement de cet équipement.
Si certaines enquêtes publiques ou concertations sont courtes et se déroulent dans un quasi-anonymat, cette concertation là sera bien visible et connue. Contrairement à d’autres grands dossiers locaux, la commission nationale du débat public a même été saisie ! Pourtant, dans ce dossier entamé il y a deux ans, où des esquisses ont été transmises aux élus, mais pas au grand public, difficile d’imaginer les citoyens vraiment changer le projet par leurs contributions. Le coût (100 millions d’euros), le calendrier, certains aménagements (ajout d’un espace convivial dit « fan zone ») et le nombre de places sont arrêtés. Les travaux feraient passer de 27 000 à 32 500 le nombre de places, dont 10% de loges.
Cette augmentation de la jauge passera par un « comblement de la fosse » au bord du terrain et vraisemblablement la suppression des tribunes debout, les moins chères, le long de la pelouse. Une tribune surélevée serait aussi ajoutée côté ouest, au-dessus des bancs de touche.
Les citoyens auront peut-être un peu plus de latitude sur les aménagements aux abords du stade. L’idée générale est de réduire le stationnement à proximité directe du stade, notamment sur le côté avenue de Colmar.
Ce dossier ressent un effet « fin de mandat », la communication sur les projets non-débutés étant plus contrainte à partir de la rentrée 2019, en raison de la proximité avec les élections. La question de donner le nom du stade à un sponsor, sujet qui froisse nombre de supporters, n’est en revanche « pas l’objet de cette concertation », dixit le président de l’Eurométropole Robert Herrmann (PS). Les collectivités ont déjà réservé 60 millions d’argent public, les 40 millions restant devant être trouvés via un emprunt (et peut-être un sponsor).
L’objectif est de terminer les travaux en 2023. Strasbourg pourrait ainsi candidater pour accueillir des matches des Jeux olympiques de Paris en 2024.
Les tribunes populaires au debout au bord du stade vont-elles résister à la rénovation de la Meinau ? (photo JFG / Rue89 Strasbourg)
Un peu de social avec la hausse des prix CTS
Elle revient tous les ans, c’est la hausse des tarifs de la CTS. Alors qu’un groupe de travail sur la gratuité des transports en commun doit rendre ces conclusions en juillet, le tandem Ries-Herrmann a répété plusieurs fois son opposition de principe. Fidèle à la logique de s’approcher d’une prise en charge de 50% des coûts de fonctionnement par les usagers, la collectivité augmente de 1€ l’abonnement mensuel (de 50,8 à 51,8€ en tarif plein et 26,6 à 27,6€ pour le demi-tarif jeunes et seniors), de 30 centimes les deux tranches sociales intermédiaires (25,7€ et 13,4€) et pas du tout le barème le plus bas (5,80€). Mini-révolution dans ce contexte, les barèmes pour bénéficier des tarifs sociaux vont être revalorisés (de 1,8%) pour la première fois depuis leur instauration en 2010. Il faut dire qu’avec l’inflation, même des bénéficiaires du RSA ne pouvaient plus y prétendre. Cette nouveauté fait suite à une demande du vice-président Mathieu Cahn (PS) et de l’association d’usagers l’Astus.
Les tickets, augmentés l’an dernier, gardent leur prix inchangé (pour cette année). La logique est d’augmenter abonnements ou tickets un an sur deux.
La médiathèque de Schiltigheim arrive
Le conseil des 33 communes va aussi voter la programmation d’un épineux sujet à Schiltigheim. Près de vingt ans après les débuts du projet, qui a varié au gré des alternance politique, la quatrième médiathèque de l’Eurométropole (avec celles de Lingolsheim, Illkirch-Graffenstaden et Malraux à Strasbourg) sort de terre. La dernière inauguration datait de 2009.
La médiathèque de Schiltigheim, aujourd’hui en travaux, bénéficiera d’une grande terrasse. Photo : JFG / Rue89 Strasbourg
La médiathèque Nord, qui compte déjà un directeur, sera intégrée sur 4 étages dans un immeuble de 30 logements au cœur de la cité des Brasseurs. Pour la faire fonctionner en 2021, la métropole va recruter 16 agents, une première inflexion notable par rapport au plan de non-renouvellement d’agents entamé en 2014 pour diminuer le personnel. À l’intérieur (2 520 m²), la conception prévoit moins d’espaces pour les collections de livres qu’ailleurs et plus pour la médiation et des animations. Une ouverture le dimanche est envisagée.
L’épineux sujet des zones commerciales
L’Eurométropole va voter sur un sujet qui va revenir dans les débats des élections de 2020 et dépasse le clivage majorité-opposition : celui du soutien aux zones commerciales. Sentant la critique venir en ce qui concerne la délibération sur l’accessibilité de la Vigie au sud, l’exécutif assure d’ailleurs l’avoir intégrée dans un plan d’ »accessibilité globale » (« 65% des flux concernent l’habitat et 35% la zone commerciale ») des communes des alentours (Fegersheim, Illkirch-Graffenstaden, Geispolsheim, Ostwald). L’opération coûte 15 millions d’euros, soit 12,5 de travaux et 2,5 d’études. Dans ce total, 10 millions concernent la transformation des trois ronds-points en carrefours à feux et environ 2,5 millions pour accompagner cela d’aménagement cyclables, pour transports en communs et piétons. Le vice-président en charge du commerce et de l’artisanat Jean-Luc Herzog (DVD) ajoute n’avoir accordé que 10 000 m² sur les 40 000 demandés par la société Altarea, qui gère la Vigie.
Une autre délibération vise à déminer cette critique selon laquelle l’Eurométropole favoriserait les zones commerciales au détriment du commerce de proximité. Un an après une étude sur le petit commerce, la collectivité vote le même jour un nouveau fonds de 200 000€. Il vise à aider les commerces des plus petites communes de l’Eurométropole (moins de 6 000 habitants) en cas d’investissement matériels ou immatériels (30% des frais, jusqu’à 35% pour les bouchers-charcutiers et boulangers).
La publication d’un arrêté anti-mendicité n’est, semble-t-il, assumé par personne au conseil municipal sauf le maire et son adjoint à la sécurité. Roland Ries a donc écrit au président du groupe majoritaire, Philippe Bies, pour le rappeler à l’ordre…
À la suite de la publication d’un arrêté anti-mendicité, la majorité au conseil municipal de Strasbourg a connu une nouvelle crise : personne, à part Robert Herrmann, adjoint au maire en charge de la sécurité, ne souhaitant soutenir le maire Roland Ries dans cette démarche.
Personne pas même au sein du groupe « Energies positives », qui regroupe les Socialistes et une majorité de ceux qui ont porté la municipalité aux commandes de Strasbourg en 2014. Le président du groupe, Philippe Bies, a même évoqué sur les réseaux sociaux une « dérive sécuritaire » :
« Cette nouvelle réglementation (…) est un aveu de faiblesse face à des situations souvent anciennes. C’est aussi une rupture dans l’histoire de notre ville. On est tellement loin de la ville inclusive à laquelle nous travaillons au quotidien. Je regrette sincèrement cette dérive sécuritaire qui ne résoudra rien, bien au contraire. »
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Une partie des vendeurs de Citroën à Strasbourg sont en grève ce jeudi. Ils protestent contre un nouveau mode de calcul de leurs commissions, qui reposent désormais sur la satisfaction des clients.
Les vendeurs salariés de Citroën Retail Strasbourg, la filiale de PSA chargée des ventes directes des véhicules, principalement aux entreprises, sont en grève vendredi 2 mai.
Ils ont installé un piquet de grève devant le garage de Strasbourg, situé avenue de Colmar à la Meinau. Selon Jean-Pierre Bender, délégué syndical CFTC, 90% des vendeurs sont en grève mais la direction ne reconnaît que 9 grévistes.
Ils mettent en cause le nouveau « pay-plan » utilisé par Citroën pour calculer la partie variable de leur salaire, la plus importante. Auparavant, leurs commissions étaient dépendantes du nombre de véhicules vendus et désormais, elles vont dépendre des notes attribuées par les clients lors des enquêtes de satisfaction.
Neuf vendeurs de Citroën Retail n’acceptent pas le nouveau mode de calcul de leurs rémunérations. Photo : doc remis
Pour Jean-Pierre Bender, ce mode de calcul revient à être rémunéré sur des aspects que les commerciaux ne contrôlent pas :
« Par exemple, on a eu des délais de livraison supplémentaires dus à des erreurs de carburant à l’usine de fabrication par exemple… Comment voulez-vous que le client soit satisfait dans ces conditions ? En outre, ces notations de satisfaction sont collectées par Citroën et attribuées au garage dans son ensemble. Ainsi, si la note d’un garage descend en dessous d’une satisfaction de 80%, tous ses commerciaux se voient privés de prime. »
« De 90€ par véhicule à 20€ »
Selon Jean-Pierre Bender, le nouveau mode de calcul va réduire les commissions des vendeurs d’environ 90€ par véhicule vendu à 20€ :
« C’est une baisse de 30 à 40% du salaire des commerciaux. Personne ne peut accepter ça. Quand j’ai commencé en 1977, on était 300 salariés de Citroën à Strasbourg, avec chacun un bout de la qualité à défendre. Aujourd’hui, on est plus que 80 avec des sous-traitants à toutes les étapes. Citroën cherche à nous faire payer ces choix ! »
La direction de Citroën reconnaît que l’évaluation des clients aura un impact sur les rémunérations des commerciaux mais qu’elles ne vont pas baisser. Un porte-parole de Citroën Retail détaille :
« On est sur des salariés dont les rémunérations oscillent autour de 50 000 euros par an… Et tout le monde se bar pour recruter des commerciaux, donc on n’aurait aucun intérêt à voir leurs rémunérations baisser. Il s’agit de faire évoluer les commissions aux nouvelles conditions du marché, comme les leasing avec option d’achat, etc. »
Reste que les clients de Citroën vont être appelés à noter la qualité globale des véhicules et qu’on peut douter qu’ils soient conscients que la note qu’ils choisiront aura une influence directe sur les rémunérations, et donc les vies, des vendeurs. Ce système d’évaluations systématiques par les usagers se généralise, dans la lignée des applications mobiles, mais généralement sans que le public ne soit informé des conséquences…
Après le silence qui s’est installé rue de l’Arc-en-ciel avec la fermeture du Mudd Club en décembre 2018, Le Local, un petit bar à la Krutenau, cherche à reprendre le flambeau de l’accueil des groupes locaux. Ce ne sera pas facile…
Fermé fin 2018, le Mudd Club était un haut-lieu de la musique locale strasbourgeoise. Depuis, c’est dans un autre sous-sol que les concerts des groupes locaux se sont déplacés : celui du Local, un bar situé rue de l’Abreuvoir à la Krutenau. Dans ces 70 m² aux lumières tamisées, un peu de la chaleur du Mudd se détache des murs. Stéphane Kirchherr, qui a imaginé et ouvert ce lieu avec son comparse William Beyou en 2015, confirme cette connexion :
« Phil (Philippe Pollaert) l’un des patrons du Mudd est venu nous voir pour nous donner des conseils, des contacts, nous dire les conneries à ne pas faire. Le Mudd a été une de nos sources d’inspiration principales pour l’ouverture du Local et ils nous ont toujours soutenu, dès de début. On aimerait reprendre leur flambeau, même si c’est à notre façon. »
Le caveau du Local est équipé pour les besoins des groupes. (document remis par Le Local)
Le Local est un café-concert. Dès son ouverture l’endroit a accueilli des groupes, pouvant se produire avec un accompagnement technique réduit au minimum sur une scène minuscule. Des jam sessions se formaient régulièrement, rassemblant des musiciens au petit bonheur la chance. Mais ce n’était pas suffisant pour les deux propriétaires :
« Tout le monde dans l’équipe est musicien, alors on a conscience de la situation des groupes qu’on accueille et de leurs nécessités. Dès le début, on a toujours payé les artistes au mieux. On les accueille, on les nourrit, on les héberge. Sans moyens il faut savoir bricoler… »
Quatre concerts par semaine
Impossible de dissocier le Mudd Club de son caveau qui accueillait ses concerts. Une caractéristique que le bar de la Krutenau a fait sienne le 12 octobre 2018, après un an de travaux. La cave qui jusqu’alors servait au stockage a été transformé en une mini-salle de concert. Avec ce nouvel espace, la programmation du Local s’est intensifiée et rappelle celle du Mudd dans son foisonnement et ses esthétiques. Le lieu organise en moyenne 4 concerts par semaine ! L’ambiance est ancrée sur une base rock/blues rock, avec des excursions dans le jazz, le folk, un peu de hip hop et de reggae.
Le programme de mi-janvier à fin février du Local. (document remis par Le Local)
Stéphane Kirchherr a lui-même arpenté la scène du Mudd et il y était encore peu avant la fermeture, en novembre 2018, sous son nom de scène Churchman, accompagné du musicien Prokop, un autre habitué du Local. Cette filiation se retrouve aussi dans les Freestyle Mondays. Ce lundi mensuel consacré aux impros et joutes verbales de slam et rap se déroulait au Mudd depuis 2011. Le 19 novembre 2018 eu lieu la première édition au Local. Mais le caveau reste petit et les contraintes du lieu forcent les artistes à adapter leurs scènes à l’espace restreint.
Poursuivre et prolonger
Bien que la musique soit très importante pour Stéphane et William, ils désirent faire du Local un lieu culturel au sens large, pas restreint aux concerts. Le bar accueille des expositions d’artistes locaux : Jungle Cyborg, Anton Doroshkov, Collag3s Stori3s ou encore Ruben Gray.
Antony Metté et Stéphane Kirchherr devant l’ouverture du futur escalier vers le caveau en août 2018. (document remis par Le Local)
La programmation du caveau elle aussi ne se limite pas à la musique. La troupe de théâtre Banana Impro occupe l’espace deux fois par mois, la compagnie Träumer y a joué Chasse à la grive, une pièce de théâtre, et des artistes de stand-up pourraient les rejoindre.
Émergence et défrichage
Les café-concerts occupent une place importante dans le réseau de la musique actuelle émergente. Ils sont une étape obligatoire dans le parcours des groupes en cours de professionnalisation. Le Local a par exemple accueilli les groupes Hewa et The Flouk’s quelques semaines avant qu’ils ne soient sélectionnés dans le Tremplin de Décibulles.
Strasbourg abrite une activité musicale très riche, de l’avis de Joël Beyler, président de la Fédélab (la Fédération des labels & producteurs phonographiques du Grand Est) et manager du label #14 Records. Malgré la dématérialisation de la musique et l’impact que cela a pu occasionner sur l’industrie du disque, le passage dans les petites salles demeure indispensable selon Joël Beyler :
« Le passage par les salles de concert est de plus en plus important dans le développement d’un projet artistique. Par le passé, l’industrie du disque soutenait le live, le rapport s’est inversé aujourd’hui. Un groupe musical peut se développer par la scène. Il existe de nombreux petits lieux de diffusion. Mais à Strasbourg, il manque des lieux de taille intermédiaire, on passe des cafés-concerts qui ont une jauge de 50 personnes à des salles avec des jauges plus grandes, le format intermédiaire n’existe pas même si certaines réponses semblent se profiler dans les années à venir, du côté de la Maison Bleue ou de la Coop. »
La musicienne américaine Ashley Heath en concert au Caveau du Local le 15 octobre 2018. (document remis par Le Local)
Le Local s’intègre ainsi à des réseaux très heureux de trouver une scène accessible… notamment au travers de partenariats avec des labels comme NLP, Blue Bear Records ou encore Omezis. C’est avec ce collectif et label de jazz indépendant et l’association culturelle La Lézarde que le Local organise régulièrement les soirées Omezis, soirées-conférence ambitieuses d’une durée de 8 heures. Paul Shwartz, gérant d’Omezis et membre du conseil d’administration de la Fédélab, se dit très satisfait de cette nouvelle configuration :
« Durant deux ans les soirées Omezis se sont déroulées à la Popartiserie, mais l’endroit a fermé en mai un peu précipitamment. Ce qui nous a conduit à chercher un autre lieu et par chance le Local a ouvert son caveau à la rentrée. Au départ c’était un peu un challenge, en termes de place déjà. Mais finalement nous aimons beaucoup la proximité avec le public. À la Popartiserie les soirées étaient de 19h à 22h, il fallait fermer tôt… Au Local, nous avons pu étendre le concept… «
Les tireuses à bière ne délivrent que des produits de micro-brasseries. (photo de Tristan Kopp)
Des difficultés de fonctionnement toujours présentes
Mais il n’y a pas de miracle. Les petites salles peinent à maintenir leur activité. Pour Stéphane Kirchherr, cela est notamment dû au fait que la législation est pensée pour les grosses structures. Souvent subventionnées, elles peuvent absorber des frais de mise aux normes, d’aménagement et de fonctionnement inaccessibles aux cafés-concerts. La vague de fermeture des petites salles survenue à Paris au début de l’été 2018 avait déjà attiré l’attention sur les difficultés rencontrées par ces lieux d’émergence. Stéphane Kirchherr détaille :
« On a mis les moyens, on a investi, on a pris des risques. Il y a les études d’impact sonore, les travaux de mise aux normes, l’achat de limiteurs sonores, la Sacem, la Spree, le coût des cachets, tout ce qui concerne la réception des musiciens, l’achat du matériel de scène, le coût du personnel technique, le personnel de sécurité, le coût en temps… J’en passe et des meilleures. Heureusement que nous sommes soutenus par des associations, notamment AM Production, l’association qui gère le caveau. »
Cependant il note un changement d’ambiance dans ses relations avec la Ville de Strasbourg, depuis l’ouverture du caveau. Selon Stéphane Kirchherr, la direction de la réglementation urbaine prennent en compte la situation réelle et le contexte des bars avant de formuler leurs avis. Il espère que cette dynamique continuera…
Dans l’exposition « Comme un souvenir… », les photographies d’Anne Immelé et Dove Allouche se mêlent aux sculptures de Pierre-Yves Freund pour dialoguer avec les films d’Andreï Tarkovsky. À voir jusqu’au 5 mai 2019 à la Fondation Fernet-Branca à Saint-Louis.
La Fondation Fernet-Branca a donné carte blanche à Anne Immelé pour concevoir l’exposition collective « Comme un souvenir… ». Inspirées de l’œuvre du célèbre cinéaste russe Andreï Tarkovsky (1932-1986), les photographies de la commissaire-photographe s’associent à celles de Dove Allouche et aux sculptures de Pierre-Yves Freund.
L’exposition est construite autour de trois extraits des films The Mirror (1974) et Stalker (1979) d’Andreï Tarkovsky. Ces séquences donnent à voir la vie des écosystèmes à travers les textures, les couleurs et les températures observés par le cinéaste dans la nature. La composition des images structure avec force les récits introspectifs de ses films, et plonge les visiteurs dans leurs propres paysages psychiques. C’est cette même ambiance qui caractérise les photographies présentées dans l’exposition, comme en écho à l’œuvre du réalisateur russe. Dans ce contexte, la plasticité des formes et la palette de couleurs dans les clichés viennent renforcer l’héritage du travail cinématographique.
Visiter « Comme un souvenir… » offre l’occasion de tisser des liens entre les trois formes artistiques que sont le cinéma, la photographie et la sculpture. Une centaine de photographies et six sculptures racontent l’expérience des trois artistes face aux paysages naturels, urbains, et domestiques.
A l’instar d’Andreï Tarkovsky, ces artistes recherchent la lenteur des narrations, qu’ils mettent en œuvre afin de nous interroger sur notre rapport à l’environnement et sur nos parcours personnels.
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Les empreintes du temps
Vue de l’exposition « Comme un souvenir… » à la Fondation Fernet-Branca. Photo : Liliana Amundaraín pour Rue89 StrasbourgVue de l’exposition « Comme un souvenir… » à la Fondation Fernet-Branca. Photo : Liliana Amundaraín pour Rue89 StrasbourgVue de l’exposition « Comme un souvenir… » à la Fondation Fernet-Branca. Photo : Liliana Amundaraín pour Rue89 StrasbourgVue de l’exposition « Comme un souvenir… » à la Fondation Fernet-Branca. Photo : Liliana Amundaraín pour Rue89 StrasbourgVue de l’exposition « Comme un souvenir… » à la Fondation Fernet-Branca. Photo : Liliana Amundaraín pour Rue89 StrasbourgVue de l’exposition « Comme un souvenir… » à la Fondation Fernet-Branca. Photo : Liliana Amundaraín pour Rue89 Strasbourg
Les effets de l’érosion sur la matière ainsi que la répétition des gestes qui marquent le passage du temps sont au cœur des sculptures de Pierre-Yves Freund (né en 1951) ; ils résonnent subtilement avec le travail d’Andreï Tarkovsky. Cette première collaboration entre Anne Immelé et Pierre-Yves Freund donne lieu à une réflexion combinée entre la capture d’images et la capture des gestes en plâtre. Les gammes chromatiques des photographies et des sculptures sont mises en dialogue par les artistes pour faire vivre l’espace d’exposition.
Les six sculptures présentées ont été créées à partir de la répétition d’une même action. Qu’il s’agisse de la manipulation de la matière par l’artiste ou de l’empreinte successive des moules, chaque œuvre est constituée d’un ensemble de volumes à géométrie organique et singulière en plâtre teinté. Ils sont disposés en série sur le sol ou les uns au-dessus des autres pour créer des structures poreuses aux couleurs minérales.
Un cas particulier est la sculpture Presque (2013), composée des bacs géométriquement très réguliers emplis de thé noir. Son installation à côté d’une fenêtre permet l’évaporation du liquide au fil des dix semaines de l’exposition, et la formation progressive d’une trace craquelée sur les surfaces métalliques des conteneurs. Cette marque devient alors l’empreinte d’un phénomène naturel contraint par des choix humains.
Pierre-Yves Freund, Presque, 2013.Photo : Pierre-Yves Freund. Métal, thé noir. 120 x 120 x 60 cm.
Voyage entre la nature et la ville
L’intérêt d’Anne Immelé pour le travail d’Andreï Tarkovsky est lié à l’ancrage matériel et concret de ses films, qui témoignent tout autant de la beauté de la nature que de sa laideur. Dotée d’une formation en photographie et en arts visuels, Anne Immelé (née en 1972) développe, conjointement à sa pratique artistique, des activités d’enseignement et de recherche en photographie qui nourrissent en retour sa pratique du commissariat d’expositions. Elle est la co-fondatrice, avec Jean-Yves Guénier, de la Biennale de Photographie de Mulhouse.
La photographe s’intéresse à l’observation de ce qui nous entoure dans le quotidien. Ses prises de vue captent aussi bien l’intimité de sa propre chambre que l’espace de la rue, traversé dans ses parcours quotidiens. Au moment d’exprimer la présence des personnes qu’elle rencontre, le travail sur la lumière naturelle et sur le portrait joue un rôle majeur. Pour cette exposition, Anne Immelé a choisi plus de quatre-vingts images parmi les séries photographiques WIR (1995-2002), Les antichambres (2003-2007), Memento mori (2009-2011) et Local Heroes et Des lacs (2001-2003). Les photos sont assemblées en séquences, comme autant de possibles récits laissés ouverts à l’imagination des spectateurs.
La série Des lacs (2001-2003), nous confronte à la dimension contemplative de la nature : un homme habillé en costume formel se tient sur la rive d’un lac, face à une forêt vallonnée. Le paysage qui l’entoure semble susciter un vertige car, en équilibre sur un pied, il paraît figé, comme s’il s’apprêtait à tomber dans le vide. Cette image témoigne d’une relation délicate entre le corps de la photographe et l’espace capté par son regard. Le résultat semble affecté par son pouls, comme une empreinte des sensations dérivées des expériences fugaces. L’interaction entre l’individu et les éléments naturels est délicatement captée sous la forme d’un équilibre entre la photographie de paysage et le portrait.
Anne Immelé, Sans titre, de la série « Des lacs », 2001.Photo : Anne Immelé.
L’artiste cherche aussi à saisir l’instant précis dans ses portraits des personnages détendus. C’est en particulier le cas dans la série Les antichambres (2003-2007), et dans la série Local Heroes où elle privilégie le moment de connexion entre elle et les sujets photographiés, en laissant une place à la spontanéité du cadrage. Les photographies des sites extérieurs, quant à elles, expriment un intérêt pour l’action de l’eau et du vent dans la transformation du paysage. Le regard sur l’eau se concentre sur ses mouvements et ses couleurs ; il est contrasté par un cadrage très construit qui valorise les qualités de la fluidité comme expression plastique du temps.
La dernière partie de l’exposition confronte les visiteurs à l’environnement urbain en tant que future ruine de béton armée. Les photographies de l’architecture de Mulhouse témoignent, dans la plupart des cas, des parcours quotidiens d’Anne Immelé en ville ou dans les no-man’s lands de quartiers excentrés, en particulier ceux de la Tour de l’Europe et de La Fonderie, avant leur transformation. Nourries par les travaux de photographes également concernés par le territoire tels que Michael Smith, Lewis Baltz, Sophie Riestelhueber et Jean-Louis Garnell, les photographies d’Anne Immelé, à la fois documentaires et très plastiques, montrent la tension entre extériorité et intériorité produite dans ces espaces. Elles contribuent bénéfiquement à la construction d’une mémoire visuelle, subjective et poétique des modifications urbaines de la ville.
Des nouvelles perspectives
Le cinéma d’Andreï Tarkovsky est devenu un objet d’étude très répandu dans le milieu de la pratique artistique et des recherches académiques sur son œuvre. L’exposition « Comme un souvenir… », en s’appuyant sur ces films, nécessite de la part des visiteurs un exercice de concentration pour se plonger dans la lecture des thématiques exploratoires, de la nature jusqu’à la ville contemporaine. Malgré la sensation de répétition des images, cette proposition vient agréablement surprendre, tant par la subtilité des sculptures de Pierre-Yves Freund que par le regard décontracté sur l’architecture de Mulhouse qu’offre Anne Immelé.
Face au sexisme, au harcèlement et aux agressions sexuelles à l’Université de Strasbourg, un nouveau collectif féministe d’étudiantes vient de se former. Les « Héritier.e.s d’Athéna » veulent offrir une écoute et un accompagnement aux victimes.
Un nouveau collectif féministe vient de se créer à l’Université de Strasbourg. Des étudiantes de différentes composantes (en majorité issues des sciences humaines) se sont rassemblées sous le nom Les Héritier.e.s d’Athéna. Elles ont le sentiment d’un vide dans la lutte contre le sexisme à l’Université de Strasbourg. Le collectif Copines existe mais selon elles, il se concentre essentiellement sur l’Institut d’Études Politiques (IEP) de Strasbourg.
Mais ces dispositifs sont trop peu connus des étudiants, selon les membres des Héritier.e.s, qui n’en avaient elles-mêmes pas connaissance. Malgré quelques mesures, le climat sexiste à l’université est toujours vivace et la cellule d’écoute (une adresse mail avec une réponse rapide) mise en place par l’Université ne suffit pas à le dissiper. Les Héritier.e.s d’Athéna le constatent dans leur entourage ou de leur propre vécu.
Le collectif estime qu’un certain nombre de victimes n’osent pas aller s’adresser aux services l’Université. Une victime d’agression, de harcèlement ou de discrimination qui dénonce des agissements se met en danger en s’exposant à la critique et l’incrédulité. Porter plainte contre une agression ou du harcèlement sexuel est difficile en France, et signaler sans porter plainte n’occasionne que rarement des conséquences. Une procédure en conseil de discipline est difficile à engager, car il faut déposer une déclaration signée et faire agir la direction de l’Université.
Si l’agresseur fait partie du personnel de l’Université, un rapport de force difficile peut alors s’installer, puisque l’institution se trouve juge et partie. L’enquête intitulée « Les violences subies dans le cadre des études universitaires » menée par l’Institut National d’Études Démographiques (Ined) en 2018, a notamment analysé l’Université de Strasbourg. Elle mentionne notamment :
« Les femmes ont un risque deux fois plus élevé que les hommes d’être touchées par des violences sexuelles avec ou sans contact. », que « les violences déclarées sont soit psychologiques, soit en lien à la sexualité, en particulier pour les femmes », que « ces violences sont relativement récurrentes et s’inscrivent dans la durée. » et que « bien que les étudiant∙e∙s parlent des faits qu’elles/ils subissent, peu de démarches sont entreprises. »
Le collectif est pour l’heure composé uniquement d’étudiantes (document remis par le collectif)
Des boîtes de témoignage pour débuter
Un collectif d’étudiantes offre un autre espace pour les victimes. Il peut les accompagner dans la prise de conscience de leurs agressions, en les conseillant sur les démarches juridiques et en les orientant vers d’autres accompagnements. Pour l’heure, le collectif est encore en « non-mixité choisie », et ne comporte donc que des femmes. Ce choix est motivé par cette volonté de créer un espace de sécurité où la parole des victimes pourra se faire entendre. Selon les Héritier.e.s, « la majorité des auteurs d’agressions et de harcèlement sexuels sont des hommes » et les femmes sont près de quatre fois plus souvent victimes de violences sexuelles que les hommes. Le maître-mot du collectif : briser le silence. Il n’entend pas se substituer à d’autres interlocuteurs, mais plutôt être un point d’entrée pour certaines victimes :
« Nous pouvons rediriger les victimes vers des professionnels, mais nous n’avons pas la prétention d’en être nous-mêmes. Nous travaillons sur la parole et la prise de conscience, et ensuite nous pouvons imaginer aller plus loin en se référant à des institutions. Nous essayons de faire franchir à la victime le tout premier pas, à savoir celui d’admettre ce qui s’est passé, dépasser la honte, ce qui permet ensuite d’aller chercher de l’aide. »
Le collectif s’est formé sur une initiative et hésite encore à se constituer en association. Diverses actions sont envisagées, notamment des interventions dans les amphithéâtres pour sensibiliser les étudiants au consentement. Pour l’heure, le collectif a lancé sa première action : la mise en place de boites à témoignages.
L’une installée dans le hall du Patio, à côté de la loge d’accueil (photo de Tristan Kopp)
Ces urnes de bois, dans les halls du Patio et du Palais Universitaire, sont là pour recueillir anonymement les témoignages des personnes ayant vécu des violences sexistes. Déposées en avril, elles resteront à disposition jusqu’à la mi-mai. Les Héritier.e.s d’Athéna invitent déjà les étudiants et les étudiantes à les contacter directement sur leur page Facebook.
À l’occasion du mercredi 1er mai, la plupart des syndicats de salariés à l’exception de la CFDT appellent l’ensemble les citoyens à se rassembler. La manifestation partira à 10h, place du Maréchal de Lattre de Tassigny. À rebours des « contre-réformes » du gouvernement, les syndicats défendent l’amélioration des droits des travailleurs, le progrès social, la paix et la solidarité internationale, sans oublier la transition environementale.
Mercredi 1er mai, les syndicats seront mobilisés comme à leur habitude à Strasbourg. Les organisations CGT, FSU, Solidaires, Unef, UNL, FO et CNT appellent ensemble à une journée de mobilisation sur l’ensemble du territoire. À Strasbourg, cette manifestation partira de la place du Maréchal de Lattre de Tassigny, dite « place de la Bourse » à 10h. Des salariés des hôpitaux universitaires de Strasbourg, qui étaient en grève lundi, d’EHPAD et de la sucrerie d’Erstein, menacée par un plan social, ont annoncé leur présence.
Comme il est d’usage, d’autres structures s’agrègent à ce défilé hétéroclite. Ainsi, un « cortège féministe » avec plusieurs associations et collectifs tels Osez le féminisme 67, Les Effronté-e-s Strasbourg, Les Héritier·e·s d’Athéna (dont on vous parle ici), La Nouvelle Lune et Nous Toutes 67 compte défiler pour la cause des femmes.
Un sujet local s’invite dans les revendications
Suite à la publication par le maire d’un arrêté anti-mendicité dans trois lieux du centre de Strasbourg, plusieurs collectifs d’aide aux précaires comptent aussi profiter du défilé pour se rapprocher et voir quelles réponses apporter (un recours au tribunal administratif est envisagé).
Le trajet passe comme il est d’usage par la place de la Bourse à la Krutenau
Exprimer les revendications des travailleurs
Comme le rappelle Force Ouvrière dans son tract, le 1er mai est une « journée de solidarité internationale au cours de laquelle les travailleurs expriment leurs revendications ». À l’occasion de cette mobilisation, les différents syndicats réclament des avancées et souhaitent faire « cesser les régressions sociales et environnementales ». Parmi les revendications : la revalorisation des salaires du privé et du public, des minimas sociaux et des pensions, une meilleure protection sociale, le développement des services publics et la création d’emplois. Crises des Gilets jaunes et Marches pour le Climat obligent, des mesures pour permettre une « transition environnementale » sont également demandées avec plus d’insistance que par le passé.
« Le 1er mai 2019 se situe dans un climat social tendu, marqué par des attentes sociales fortes, mais aussi la poursuite de contre-réformes majeures sur les retraites ou la fonction publique », appuie FO. Le tout, aussi, à quelques semaines des élections européennes, pour lesquelles les syndicats ne donnent habituellement pas de consigne de vote.
La manifestation de 2019 revêt un caractère d’autant plus symbolique qu’elle célèbre le centenaire de l’Organisation internationale du travail (OIT). Née au lendemain de la Première Guerre mondiale, l’OIT a pour objectif d’améliorer les conditions de travail au travers de son organisation, composée des représentants des gouvernements, mais aussi des employeurs et des travailleurs de chaque pays membre.
Y aller
Défilé du 1er mai, départ à 10h place du Maréchal de Lattre de Tassigny à Strasbourg