Le député de La France insoumise François Ruffin a créé l’événement mercredi en venant encourager les opposants au Grand contournement ouest (GCO) de Strasbourg, le jour où étaient étudiés des recours juridiques importants contre le projet d’autoroute. Il repart en promettant de parler du dossier aux autres députés de sa famille politique, pour nationaliser voire européaniser le débat sur le transport des marchandises par la route.
François Ruffin (La France insoumise) a fait l’aller-retour à Strasbourg mercredi 19 septembre et en particulier sur les collines de Kolbsheim, en surplomb de l’ancienne forêt et Zad du Moulin, désormais rasée. Pour la première fois un député non-alsacien, s’est intéressé au dossier du Grand contournement ouest (GCO – voir tous nos articles) de Strasbourg, ce projet d’autoroute payante de 24 kilomètres, dont les travaux ont débuté ce mois-ci.
François Ruffin a d’abord encouragé les opposants au GCO devant le tribunal administratif, avant d’aller à Kolbsheim. (Photo Abdesslam Mirdass)
Prise de connaissance récente
Vers 10h, il est arrivé devant le tribunal administratif au moment où débutait un double recours en référé. Avenue de la Paix, il a encouragé la centaine de manifestants restés devant les grilles : « Ne baissez pas les bras. Parfois, les victoires surgissent au moment où on s’y attend le moins. Cette bataille, vous pouvez la gagner. »
L’élu picard a appris l’existence du GCO avec l’évacuation de la zone à défendre : « Je l’ai appris à la radio, je ne suis ni plus bête, ni plus malin qu’un autre. Et on m’a écrit sur mon adresse e-mail à l’Assemblée. Je n’ai pas une cartographie de tout ce qui passe en France. Je peux intervenir plus en amont sur des dossiers plus près de chez moi, car je suis plus vite informé », a-t-il répondu à Rue89 Strasbourg plus tard dans la journée.
Au-delà de ce mot d’ordre général, il a salué, une fois n’est pas coutume, l’action d’une députée de la majorité, Martine Wonner (LREM), qui s’oppose fortement au projet d’autoroute payante.
À l’écoute d’opposants dans les champs
Il est ensuite allé à Kolbsheim, village symbole de la résistance au projet. Le journaliste fondateur de Fakir a le sens de l’événement. Assis sur un banc dans un champ et avec une table, il a écouté un à un les opposants qui souhaitaient s’exprimer. Ce qu’il a appelé « commission d’enquête officieuse et décentralisée » est filmé et diffusé en direct sur sa page Facebook. Pendant plus d’une heure, il a pris des notes et écouté des opposants et non les promoteurs et concepteurs du projet.
« Mes petits enfants l’appelaient la forêt des dinosaures », lui raconte avec émotion une habitante de 65 ans, « choquée » par l’intervention policière. En contrebas, on entend les tronçonneuses. « Venir sur place permet de faire la différence entre des mots écrits sur une feuille, et des visages et paysages », commente par la suite le député.
Comme tout journaliste, François Ruffin sait écouter longuement des opposants à une cause (photo JFG / Rue89 Strasbourg)
L’Europe des camions
D’un point de vue plus politique, le dossier est selon lui un symptôme de la question du transport des marchandises dans « l’Europe des camions ». Un débat que doit avoir tout le continent selon lui, en prenant en compte les contraintes écologiques :
« Je dis parfois qu’il faudrait mettre un camion au milieu des étoiles du drapeau européen. Les camions sont un mode de transport pas cher qui éloignent les lieux de production des lieux de consommation. Au train, on fait payer le prix du rail, c’est pour cela qu’il n’est pas compétitif. Le prix de la route est externalisé, pourtant un camion abîme la chaussée des milliers de fois plus qu’une voiture. »
François Ruffin a indiqué qu’il reviendra peut-être, « si je peux être utile ». « C’est moi qui compte sur vous. Quand vous manifestez, cela nous donne un porte-voix dans l’hémicycle », a conclu celui qui compte désormais sensibiliser les 16 autres députés de La France insoumise au GCO.
La venue d’un député insoumis, ça donne la pêche ou pas ? (photo JFG / Rue89 Strasbourg)
Les Strasbourgeois passent devant tous les jours sans les remarquer. Normal, c’est fait pour. Des installations conçues pour empêcher le repos, la sieste ou la flânerie fleurissent un peu partout. Souvent appelés « mobilier anti-SDF » par raccourci, ces aménagements visent en fait tous les usagers de la ville. Rue89 Strasbourg lance une carte collaborative pour recenser l’architecture et le mobilier hostiles.
Square du Vieux-Marché-aux-Vins. Des bancs disposés en U, autour d’une fontaine. Placé au beau milieu des restaurants et des sandwicheries, c’est l’endroit idéal pour manger sur le pouce un plat à emporter. Mais en regardant les bancs de plus près, le riverain avisé notera la présence de barres obliques sur l’assise. Trop basses pour servir d’accoudoir, mais assez proéminentes pour empêcher quiconque de s’y allonger.
Un classique du design hostile. Depuis les premières études sur le sujet dans les années 90, ces dispositifs sont régulièrement décriés. On se souvient des bancs grillagés d’Angoulême, ou de la carte du mobilier anti-SDF de la Fondation Abbé Pierre.
Des bancs anti SDF place du Vieux-Marché-aux-Vins, aussi appelés « repos du Fakir » par les connaisseurs. Photo : Pierre Pauma / Rue89 Strasbourg / cc
Dans le centre-ville de Strasbourg, un peu d’entraînement suffit à repérer le « design répulsif », ou bien les « anti-sites » comme les appelle Marianne Villière. En 2017, cette artiste avait entrepris avec Le Syndicat Potentiel, de dresser une liste de lieux à première vue anodins, mais qui, insidieusement, décident de ce qui est toléré dans un lieu public et de ce qui ne l’est pas. Une manière pour elle de dénoncer une forme « d’hypocrisie » :
« Il y a une trahison qui s’insère dans le rôle que l’objet prétend soutenir. Le dispositif en question procède à une évacuation des corps en toute impunité. Il peut être défini comme un anti-site. »
Bombés, les bancs empêchent de rêver
D’autres Strasbourgeois s’en préoccupent. Spontanément, plusieurs citent les bancs de la place Broglie. Leur aspect bombé et le niveau parfois irrégulier des lattes les rendent difficilement utilisables en position allongée. Hervé (le prénom a été modifié) tente tout de même une sieste, en fin d’après-midi. SDF depuis plusieurs années, il a eu l’occasion de tester de nombreux bancs à Strasbourg et dans le monde. Ce qui fait de lui un consultant en design de mobilier urbain de premier choix :
« Rien que sur les matériaux, on voit de moins en moins de bancs en bois et de plus en plus de métal ou de plastique. L’hiver, le bois conduit mieux la chaleur du corps, on a moins froid sur un banc en bois. Mais sur du métal, laisse tomber. »
Hervé sur son banc place Broglie. Photo : Pierre Pauma, dessin de Piet
Quant à la forme du banc, il lui trouve bien quelques vertus, mais rien à voir avec le confort d’une vraie banquette :
« C’est pas mal fait parce que si tu t’affales, tu te casses la gueule. T’es obligé de te tenir droit, donc c’est peut-être meilleur pour le dos. Mais si je suis crevé et que je veux dormir, je choisis le banc plat. En plus ici, le banc est dur. Ça ne doit pas être du bois massif, il y a sûrement du métal en dessous. »
Hervé, lui, ne croit pas cette histoire de bancs anti-SDF. En revanche, il se souvient bien des bancs du quai Saint-Étienne et des berges aux alentours qui ont disparu peu à peu. « Va savoir pourquoi. »
Les fêtards et les skateurs aussi
Hervé a raison. Entre 2011 et 2013, les bancs sur le quai Saint-Étienne ont cédé la place à des arbustes. Même traitement pour les berges en contrebas, des deux côtés de l’Ill. Entre 2013 et 2014, les bancs et le gazon moelleux des berges ont été remplacés par de la végétation dissuasive, agrémentée l’été de grilles. Seul le chemin en pavés reste encore praticable pour les promeneurs. Circulation autorisée, stationnement interdit.
Pour le coup, ce ne sont pas les SDF qui sont visés. Juste en face du quai, les habitants de la résidence de l’Esca se sont longtemps plaints des nuisances sonores occasionnées par les groupes qui profitaient des quais l’été pour pique-niquer ou boire un coup. Une population souvent jeune et étudiante plutôt que marginale… Les plaintes des riverains à propos du bruit, les détritus et les odeurs d’urine ont eu raison du lieu de rencontre.
Il faut dire que ceux qui profitent encore des quelques mètres carrés de gazon rescapés en bas du quai Saint-Étienne n’ont pas de toilettes à disposition, contrairement aux chiens qui disposent sur place d’un canisite. Cette année, l’installation de berges amovibles au niveau d’un quai des Bateliers tout neuf font office de compensation.
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Unpleasant design, comme ça pas d’ennuis
Nombre de ces stratégies répulsives ont été regroupées sous l’appellation d’unpleasant design (conception déplaisante, ndlr). Ce site s’amuse à recenser tout ce que le design urbain a pu concevoir de répulsif dans le monde : revêtement anti-stickers, lumières bleues dans les lieux publics pour empêcher les héroïnomanes de trouver leurs veines mais aussi les rivets anti-skate : des petites pièces de métal ajoutées sur le mobilier urbain pour empêcher les skateurs d’y réaliser des figures…
Ainsi à Strasbourg, les marches devant l’entrée du TNS, avenue de la Marseillaise, ont été rendues impraticables pour les skateurs. Un choix qui peut être justifié par des questions de sécurité, étant donné que ces marches débouchent directement sur une voie piétonne et une piste cyclable. En revanche, les bancs de la presqu’île Malraux et sur ceux de la place d’Athènes refaite en 2011 ont également été agrémentés de bloqueurs de skates. Gamelle assurée pour les sportifs téméraires.
Pierre Garbellini, skateur et gérant de la boutique de skate Rollingspade, s’en souvient encore :
« Dès qu’on a découvert la place, on y est allés. Ça a duré trois mois grand maximum. Ensuite ça a été boulonné. Sur la presqu’île Malraux à la limite, je peux comprendre. On fait du bruit et quand tu mets 350 000 euros dans un appart, t’as peut-être envie d’avoir un peu de calme. Mais place d’Athènes, on ne dérangeait personne, les premiers immeubles étaient assez éloignés. »
Pierre regrette de ne pas avoir de réel endroit consacré au skate à Strasbourg. Il y a bien le parc de Cronenbourg, mais celui-ci est, selon lui, davantage adapté à la pratique du BMX ou du roller. Faute de mieux, les skateurs de Strasbourg se contentent du parvis devant le Musée d’Art Moderne et Contemporain, où la pratique du skate est tolérée.
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Pour la Ville, pas de politique « anti SDF » systématique
Sur l’espace public, la municipalité réfute l’idée d’une stratégie d’exclusion systématique des SDF. « On est même très permissifs je trouve à Strasbourg », affirme Marie-Dominique Dreyssé, adjointe au maire en charge des Solidarités :
« On a eu ces débats là il y a quelques années, ça revient parfois. Mais le maire a tranché, il n’y aura pas d’arrêt anti-mendicité à Strasbourg. »
En revanche, il peut arriver que la Ville prenne des dispositions sur l’espace public, en cas de plaintes de riverains ou de commerçants. Ce fut le cas dans la rue Saint-Hélène, où de nombreux SDF qui, selon Marie-Dominique Dreyssé « ne souhaitaient pas être pris en charge », avaient pris l’habitude de s’installer devant l’entrée d’un immeuble. La Ville a fait installer des arceaux à vélos supplémentaires ainsi que des poteaux pour mettre fin à cette occupation.
Il arrive aussi que les riverains s’émeuvent de ce mobilier : au moment de la rénovation de la place d’Austerlitz, les plans initiaux comportaient des bancs avec des barres « anti SDF » en travers. Suite aux protestations de l’Ahbak (Association des habitants Bourse, Austerlitz, Krutenau) et du collectif SDF Alsace, la conseillère municipale du quartier, Michèle Seiler, qui était également contre, a veillé à ce que les bancs soient prévus pour tous… Même si quelques bancs avec des séparations subsistent.
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Du mobilier très ingénieux
La ligne entre mobilier design et véritable installation anti-SDF peut parfois être floue, comme dans le cas des fauteuils à une seule place par exemple. Marie-Dominique Dreyssé justifie leur présence par de nouveaux besoins des usagers. Certains peuvent préférer un fauteuil à une place pour éviter d’être importunés, comme ce serait le cas avec un banc classique. Une entreprise de mobilier urbain que nous avons contacté fait aussi valoir la légitimité des accoudoirs sur certains bancs, souvent décriés. Il peuvent s’avérer utiles pour aider les personnes âgées à se relever.
Nous avons tout de même décidé de répertorier sur notre carte les lieux qui ne proposaient pas d’alternative « allongée », en plus des fauteuils une place. Alain Jund, adjoint au maire en charge de la police du bâtiment, fait valoir d’autres solutions que le design des installations, pour éviter les frictions entre utilisateurs du mobilier et riverains :
« Dans le nouveau quartier autour du centre Rivetoile par exemple, on a choisi d’éloigner les bancs des bâtiments. Tout le monde peut profiter du lieu, sans gêner les habitants du quartier. »
Dans ce quartier relativement récent, il faut reconnaître un effort en matière de diversité du design et de confort (même si peu se sont risqués dans les parages en pleine canicule, sans ombre).
Bel effort de la Municipalité. On met les mêmes place Broglie et dans Grand’Rue ? Photo : Pierre Pauma
Une bataille permanente entre SDF et commerçants
Sur l’espace privé en revanche, la Ville n’a que peu de prise. C’est là que la plupart des dispositifs répulsifs fleurissent. Grand hit des commerçants, la barrière anti-assise, qui empêche de s’asseoir devant les devantures. Certains passants ne la remarquent pas et défient un interdit dont ils n’ont même pas conscience. Comme cette touriste fatiguée par ses déambulations autour de la Cathédrale, qui s’accorde une pause devant la vitrine d’une bijouterie place de la Grande-Boucherie. Elle n’a pas remarqué les arceaux sur le devant de la vitrine, supposés la faire fuir.
Dans la Grand’Rue, les frictions entre commerçants et personnes à la rue sont régulières. Quand ce n’est pas l’installation qui dissuade les SDF, c’est la police qui s’en charge, raconte un habitué de Grand’Rue qui y fait parfois la manche.
Un exemple de barrière anti-assise sur une devanture de Grand’Rue. Photo : Pierre Pauma
Au cœur des tensions, le carrefour entre Grand’Rue et la rue du Fossé-des-Tanneurs, le spot des métalleux, qui occupent l’endroit à grand renfort de stéréo et de 8.6. Un happy hour spontané hors terrasse auquel participent parfois les passants, mais que les commerçants goûtent peu. En première ligne, l’Hôtel Europe dont Rue89 Strasbourg avait déjà parlé, alors qu’une pancarte anti « Manu le Rockeur » avait été installée sur sa façade. La pancarte a depuis disparue, mais les plaintes persistent. Ni le parking à vélo sous le balcon, ni le gros pot de fleur devant le terre-plein, n’ont eu raison de l’attroupement. Au grand dam de sa directrice, Marie-Hélène Engel :
« Je peux comprendre qu’ils sont dans une situation difficile. Mais c’est l’image de l’hôtel qui est pénalisée. On a régulièrement des clients qui se plaignent du bruit à cause des gens qui boivent dehors. Une fois j’ai même eu un couple qui n’est resté qu’une seule nuit au lieu des trois prévues. Leur chien s’est fait mordre par celui d’un SDF. »
À défaut de pouvoir compter sur les arceaux à vélos ou sur la police, la directrice de l’hôtel s’en remet au travail des associations.
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Garder les SDF en ville… pour ne pas les perdre de vue
Et pourtant, c’est bien à force de connaître les points de rassemblement réguliers que les associations qui aident les sans-abris parviennent à faire leur travail. Valérie Suzan préside l’association Strasbourg Action Solidarité (SAS) qui fait régulièrement des maraudes. Chaque fois que des mesures sont prises pour éloigner les SDF, c’est un point de contact qui se perd :
« Cette chasse complique le travail des maraudes. Il y a des gens qu’on suit et un beau jour on ne sait plus où les retrouver. Il nous faut des vraies solutions d’hébergement, pas uniquement des foyers d’accueil qui sont uniquement des solutions d’urgence. »
Cette tension n’étonne plus Franck Guêné. Professeur d’architecture à l’Insa de Strasbourg et habitant du quartier de la Grand’Rue, il ne connaît que trop bien les conséquences de la « politique de la carte postale aseptisée ». Pour lui, l’urbanisme ne cible pas spécifiquement les sans-abris, mais il ne les prend tout simplement pas en compte :
« C’est un phénomène classique. Les SDF s’installent en ville là où ils sont légitimes, là où leur présence ne sera pas contestée. Donc là où ils sont invisibles. Mais dès que l’espace qu’ils occupent est assigné à d’autres usages, comme le tourisme, le commerce ou les loisirs, ils deviennent gênants. C’est là qu’ils sont contraints de partir. »
Aux abords des quartiers plus résidentiels, les installations répulsives fleurissent également. Grande spécialité aux abords des immeubles : les galets incrustés dans du béton. Mention spéciale à cette résidence près du nouvel hôpital universitaire, qui ressemble plus à un hérisson qu’autre chose. En plus des cailloux et de la végétation, des poteaux en béton ont été installés pour combler les espaces laissés vacants par les buissons. Aux abords d’un bâtiment pour l’instant en travaux du quartier Esplanade, on trouve ces pierres reliées à des câbles en acier, pour empêcher quiconque de s’allonger. Pas un seul mètre carré n’est utilisable.
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Inhumain et inefficace ?
Au début de l’été 2018, ES Énergies a fermé le passage abrité au pied de son siège près du boulevard Wilson. Celui-ci était régulièrement occupé par des personnes sans-abris originaires d’Europe centrale et de l’Est. Une décision qui a choqué certains riverains. Deux habitantes se sont arrêtées en cette matinée de septembre, pour s’enquérir de l’état de santé d’un des SDF qui se plaint de maux de ventres. Elles ont appelé les pompiers :
« On avait l’habitude d’utiliser ce passage, même avec les enfants. Ils ne dérangeaient pas, on discutait même parfois avec eux. »
ES Énergies peut souffler derrière son portail et son passage vitrifié. Mais les SDF sont toujours là. Ils ont simplement posé leurs affaires de l’autre côté de la chaussée, derrière le centre commercial des Halles. Ils sont une demi-douzaine, Polonais pour la plupart. La conversation est laborieuse. Dans un mélange de français, d’anglais et d’allemand, Maliga fait comprendre qu’il est à bout :
« On ne fait rien de mal nous ici, on ne fait que dormir. Moi j’ai été militaire, j’ai combattu en Yougoslavie, j’ai des papiers, on nous envoie la police, et puis ça maintenant (il montre le portail installé par ES Énergies). »
Certains d’entre eux ont pu bénéficier d’un suivi. Comme Janusz, qui a été pris en charge par la Fondation Saint-Vincent de Paul. Il nous fait comprendre qu’en plus d’aide pour ses problèmes d’alcool, il y a gagné un surnom : Jean-Valjean. « Ce sont des gens biens », martèle-t-il en montrant son coeur.
Janusz (à gauche) et Maliga. La grille et la vitrine derrière eux ont été installés récemment par ES Énergies. Photo : Pierre Pauma
Parfois, les personnes visées par les installations finissent par s’en accommoder. Sur sa devanture, le Norma du quartier gare avait fait installer des rails en fer sur sa devanture, afin d’inviter certains clients du magasin à écluser leurs bière ailleurs. Las, nous raconte une personne qui y travaille :
« On a régulièrement des gens qui continuent de s’installer et qui boivent. Ils s’assoient sur les rails, ils s’en foutent, et nous on fait avec. On a autre chose à faire que de les dégager toutes les cinq minutes. »
Rénovations, bâtiment neufs : la suppression des espaces vides
Sur la place Kléber, le grignotage de l’espace public est clair, aussi bien par la Ville que par les promoteurs. L’installation de bancs végétalisés a certes créé de nouvelles places assises mais la Ville a choisi en 2016 de protéger le caveau du Général Kléber, en l’entourant d’une lice pour empêcher l’occupation du socle de la statue. En 2017, la terrasse de l’ancienne Brasserie Schutzenberger est condamnée par des panneaux qui servent de support à un résumé de l’histoire de Strasbourg, à l’usage des touristes, toujours pour éviter que des personnes ne s’y abritent.
Prochainement, la rénovation de la Maison Rouge devrait voir disparaître son parvis au profit d’un avancement des vitrines. Le lieu est régulièrement occupé par des personnes sans-abri. Décriée par certains comme un empiétement sur l’espace public, l’agence d’architectes en charge de la rénovation avait déploré pour sa part un parvis « triste et mal fréquenté ». C’est une manière encore plus discrète que les grilles ou les galets d’exclure certaines populations des centres villes : supprimer tout abri potentiel à l’occasion de la conception ou de la rénovation du bâtiment.
La nouvelle aile de l’ENA ainsi que la Tour Elithis, pour citer deux ouvrages récents, offrent bien peu d’espaces abrités par exemple. Difficile cependant de prouver qu’il s’agit toujours d’une stratégie « anti-SDF ». Franck Guêné reconnaît une tendance à la privatisation de ces abris potentiels :
« On n’a pas vraiment une architecture anti-SDF, mais plutôt normative, c’est-à-dire qu’elle répond à des objectifs précis. La priorité dans la construction des quartiers, c’est la sécurité. Cela concerne aussi bien le dégagement des voies d’accès pour les pompiers, que la sécurité juridique dans le découpage des parcelles en lignes droites pour clarifier les délimitations. La règle c’est : chacun sur sa parcelle. Dans les nouveaux quartiers comme vers les Deux-Rives finalement, on a moins d’espaces blancs comme les courettes ou les ruelles que l’on peut trouver dans le vieux Strasbourg. Les rares espaces qui ne sont pas occupés sont cloisonnés. On installe des clôtures, des barrières, des digicodes… »
Les zonards de la Maison Rouge pourront toujours trouver abri à quelques pas de là, vers la rue du Vieux-Marché-aux-Grains ou bien sous les Grandes-Arcades… Jusqu’à la prochaine plainte des commerçants ou des riverains.
L’hypermarché Leclerc (ex-Coop Alsace) de la Vigie à Geispolsheim a racheté le Leclerc Express (ex-Coop également) à Illkirch-Graffenstaden, dans le quartier Libermann au mois de mai. En mars 2016 ce point de vente menaçait de fermer dès l’été (voir notre article).
Pour Laurent Leclercq, le directeur de la société Hypercoop de Leclerc qui avait racheté une partie des anciennes Coop en 2012, dont ce point de vente, la transaction n’a pas fait l’objet d’annonce particulière, car « il . . .
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L’enquête sur la disparition de Sophie Le Tan début septembre près de Strasbourg tourne autour d’un suspect chez qui des traces de sang de la jeune dame de 20 ans ont été retrouvées.
« Chaque heure qui passe pose plus de problèmes ». La procureure de la République de Strasbourg, Yolande Renzi, s’est montrée pessimiste le sort Sophie Le Tan, mais « veut encore croire » qu’il est encore possible de retrouver la jeune fille vivante. La représentante du ministère public a donné une conférence de presse mardi 18 septembre sur les avancées de l’enquête concernant la disparition de cette étudiante de 20 ans. Cette dernière n’a pas donné signe de vie depuis le vendredi 7 septembre, alors qu’elle se rendait à une visite d’appartement à Schiltigheim, route de Bischwiller dans la matinée.
Mise en examen pour assassinat
Un homme de 58 ans a été interpellé samedi et placé en détention provisoire après deux jours d’interrogatoire. Son nom, Jean-Marc Reiser, a été communiqué mardi soir. Suite à la perquisition dans son studio, plusieurs traces de sang avec des traces d’ADN de Sophie Le Tan ont été retrouvées, malgré « un nettoyage en profondeur ». Ce « nouvel élément » a déclenché une mise en examen pour assassinat, c’est-à-dire, homicide volontaire avec préméditation.
Cet habitant de Schiltigheim depuis un an présente des antécédents judiciaires, dont une condamnation de 15 ans pour viol dans le Doubs en 2001 (les faits remontent à 1995). « Il avait purgé sa peine depuis 2012 et a commis des infractions ultérieures qui lui avaient valu une condamnation avec sursis et une de prison ferme », a indique Yolande Renzi. Il ne faisait pas l’objet d’un suivi personnalisé. Plus que les antécédents, ce serait son « profil » qui aurait mis les enquêteurs sur la piste.
Deux femmes dans la même situation
Deux autres jeunes femmes devaient en théorie visiter un appartement plus tôt avec Jean-Marc Reiser. L’une était accompagnée lors de cette visite qui n’a jamais eu lieu et l’autre non. Ce sont des appels partagés sur les réseaux sociaux des amis de Sophie Le Tan qui leur ont permis de faire le rapprochement entre leur situation et celle de l’étudiante, et de contacter la police.
« Elles ont eu le réflexe de ne pas y aller », rapporte Christophe Allain, directeur de la police judiciaire, une fois que personne n’est venu au rendez-vous dans la rue. « On peut imaginer qu’il [le suspect ndlr] observait la scène », ajoute-t-il.
Le suspect ne faisait pas l’objet d’un suivi personnalisé (photo JFG / Rue89 Strasbourg)
Piégé par le téléphone
C’est ensuite notamment le bornage des téléphones qui a permis d’interpeller le suspect au volant de sa voiture en périphérie de Strasbourg, mais pas à Schiltigheim. Il n’essayait pas de fuir la ville, ni n’a tenté de s’échapper lors de son interpellation. « Il connaissait bien la téléphonie et savait ne pas se faire remarquer lors des contacts qu’il pouvait passer », a précisé Christophe Allain, directeur régional de la police judiciaire, en référence à des stratagèmes pour ne pas être tracé. Selon la procureure, il a répondu à des questions sur sa situation personnelle, mais pas sur les faits concernant Sophie Le Tan.
Sans profession, ce célibataire était inscrit à l’Université de Strasbourg en cette rentrée, mais pas en faculté d’Économie comme Sophie Le Tan. Son véhicule doit désormais être étudié par la police scientifique.
Une semaine après la disparition de Sophie Le Tan, une étudiante de 20 ans, à Schiltigheim, une personne de 58 ans a été placée en garde à vue samedi soir. Une instruction judiciaire a été ouverte et le suspect a été entendu par un juge d’instruction lundi. Sophie Le Tan n’a pas été retrouvée.
C’était dans la matinée du samedi 8 septembre, Sophie Le Tan, étudiante de 20 ans à Strasbourg originaire du Haut-Rhin, était en route pour visiter un appartement route de Bischwiller à Schiltigheim. Depuis, elle a disparu et ses amis ont immédiatement lancé un appel à témoins sur les réseaux sociaux. Sophie étant majeure, la police a attendu 48 heures avant d’entamer une enquête pour disparition inquiétante :
🔴 APPEL A TÉMOINS 🔴
Les enquêteurs de la Direction Régionale de la Police Judiciaire de #Strasbourg ont besoin de votre aide dans le cadre d'une disparition inquiétante.
Et dans la soirée de samedi 15 septembre, les investigations de la section de recherche de la police judiciaire ont permis d’appréhender un suspect de 58 ans, demeurant à Schiltigheim et de le placer en garde à vue. Selon un communiqué du procureur de la République, Yolande Renzi, une instruction judiciaire a été ouverte et le « magistrat instructeur a déféré lundi soir le suspect pour l’entendre sur cette disparition. »
Différentes photos de Sophie Le Tan publiées sur Facebook (captures d’écran)
Selon les éléments qui pourront résulter de cette audition, le suspect pourrait être mis en examen pour enlèvement et séquestration… Sur les réseaux sociaux, ses proches se sont mobilisés pour relayer les appels à témoins. Mais la jeune fille n’a toujours pas été retrouvée. Le procureur de la République prévoit de donner une conférence de presse mardi soir à 18h. Elle sera à suivre en direct sur la page Facebook de Rue89 Strasbourg.
Le conseil municipal de Strasbourg avait pour projet de vendre des parcelles de forêts pour un peu plus de 13 000 euros, afin de permettre les compensations environnementales relatives au Grand Contournement Ouest (GCO) de Strasbourg. La délibération a été reportée.
Depuis l’hiver, des bénévoles de l’association Bretz’Selle proposent des ateliers gratuits dans le quartier Laiterie à Strasbourg pour apprendre à réparer son vélo soi-même. Reportage.
Tous les mercredis entre 17h30 et 19h30 sur le parvis du bar Laiterie, toujours désaffecté et face à la salle de concert, « Gare Debout » propose aux habitants de venir réparer gratuitement leur vélo. Les bénévoles et salariés de l’association Bretz’Selle insistent pour ne pas tout faire à la place des gens, mais de leur montrer comment manier les outils.
Pendant deux heures, pas un temps mort pour Justine Perrin, bénévole et Coline Trautmann, salariée. Elles doivent aussi gérer un petit conflit de voisinage, vite dissipé.
Un local siouplait ?
Le projet « Gare Debout » aimerait à terme bénéficier d’un local dans le quartier. Pour le moment, elle bénéficie d’une autorisation d’occupation de ce qui doit devenir « Saperlipopette ». Le collectif, qui va bientôt devenir une association, en appelle aux bonnes volontés du secteur pour un peu d’aide et garder un œil sur les enfants, même si ses bénévoles se relaient.
Son action a été récompensée par la Fondation SNCF en tant que « Coups de Cœur solidaires 2018 ». Les 2 000 euros perçus serviront à acheter des pièces, des outils, des meubles de rangement et peut-être financer le futur local.
Les dirigeants strasbourgeois ont présenté dimanche la nouvelle version du nouveau Parc des expositions de Strasbourg, qui doit remplacer l’actuel au Wacken.
Le Parc des expositions (PEX) de Strasbourg va déménager de quelques centaines de mètres. Finis les halls vétustes du Wacken, ils seront démontés pour faire place au quartier d’affaires Archipel. Le nouveau PEX va s’installer sur les terrains derrière l’hôtel Hilton, où se trouvaient jusqu’en 2017 les terrains sportifs du SUC.
Cinq halls en bois, de l’autre côté du Palais de la musique des Congrès (voir le plan plus bas), accueilleront 26 000 mètres-carrés de surface d’exposition. Les quatre premiers bâtiments doivent être terminés en 2021 et le cinquième espace vers 2022.
Présentation en vidéo
Robert Herrmann, président (PS) de l’Eurométropole de Strasbourg a partagé un petit clip de présentation sur sa page Facebook. La proximité du centre-ville et des institutions européennes est notamment mise en avant.
Pour la réalisation de cette nouvelle mouture, après le projet de 2013 abandonné pour causes de difficultés budgétaires, un jury de l’Eurométropole de Strasbourg a choisi à l’architecte japonais Kengo Kuma. Les concepteurs ont insisté sur l’architecture « sobre et frugale », avec une grande ouverture sur l’extérieur. Une petite terrasse se logera en haut, dans la toiture.
L’aménagement fait la part belle au bois et au métal, mais entre les bâtiments, les cheminements et un petit espace central extérieur sont en béton, avec assez peu de place pour des sols plus naturels pour limiter l’impact du changement climatique.
Le futur parc des expositions en images
Lors de la présentation de la nouvelle version du PEX, l’opposition de droite avait notamment regretté que les surfaces sont équivalentes à celles de l’ancien Parc des expositions, en passe d’être détruit. Les dirigeants strasbourgeois répondent que cette enveloppe réduite est « mieux adaptée aux besoins actuels » et que les halls sont modulables.
Le choix de ce projet définitif doit encore l’objet d’un vote lors du conseil de l’Eurométropole du vendredi 28 septembre.
Encore pas mal de béton sur les parties communes, malgré un petit fossé le long de la sortie de l’A35 (Credit Kengo Kuma and Associates)
Vue aérienne du futur parc des expositions de Strasbourg (Credit Kengo Kuma and Associates)
Le canal le long de la sortie de l’A35 semble un peu plus large qu’en vrai (Credit Kengo Kuma and Associates)
L’intérieur se veut très ouvert sur l’extérieur et modulable. Ici dans le Hall 5 (Credit Kengo Kuma and Associates)
(Credit Kengo Kuma and Associates)
Plan général
Un des halls doit être proche du Palais de la musique et des congrès, les quatre autres plus éloignés. (doc Eurométropole)
Financement public
Ces halls, d’un coût prévisible de 65 millions d’euros, sont financés principalement par l’Eurométropole de Strasbourg, à hauteur de 34 millions d’euros, mais aussi par la Ville (10 millions), la Région Grand Est (10 millions), le Département du Bas-Rhin (6,5 millions), et l’État (3,8 millions) via le contrat triennal 2018/2020, une exception strasbourgeoise qui consacre et finance les projets à vocation européenne.
Par ailleurs 10 000 m² de surfaces utiles pour les services locaux techniques et l’accueil et 18 000 m² de plateformes logistiques sont prévus. À cela s’ajoute un parking à étages (900 places couvertes et 400 en extérieur) à côté de la chaufferie biomasse du Wacken.
Pour rappel un premier projet présenté en 2013 ressemblait à ceci :
LeParc des expositions de Strasbourg version maousse (Crédit Dietmar Feitinger)
Esquisses pour un Parc des expositions à Strasbourg (Dietmar Feitinger)
Strasbourg est dans les temps pour le passage du plastique à l’inox dans ses cantines. Mais malgré des économies en déchets, les aménagements pour certaines classes maternelles et pour le personnel s’annoncent plus difficiles pour les trois dernières années du marché.
Depuis la rentrée, 42% des élèves strasbourgeois mangent dans des contenants réutilisables. Les cantines de l’école du Rhin et de la Meinau ont rejoint le dispositif à l’été. Un an après avoir décrété la fin des barquettes en plastique jetables, Strasbourg est largement en avance sur ses objectifs de 50% en 2 ans et de 100% en 4 ans. Mais tout n’est pas si simple…
Les plats principaux des selfs des écoles élémentaires étaient déjà dans des contenants en inox réchauffés. Strasbourg ne partait donc pas de zéro. Seules les portions individuelles (entrées, desserts ou fromages) et quelques repas complémentaires étaient servis dans du plastique l’année dernière encore. Changer ces contenants a donc été très simple puisqu’il suffit de changer du plastique par de la porcelaine par exemple.
Plus périlleux étaient les repas spécifiques (sans porc, halal ou végétarien), mais aussi des repas « d’appoint », livrés dans des barquettes plastiques individuelles en fin de matinée, selon le nombre de ticket-cantines récoltés le matin. Les repas étaient préparés à l’avance, mais il fallait toujours des ajustements à la marge, connus seulement le jour-même.
La réservation en ligne pour parer à certaines barquettes
Pour parer à ces repas supplémentaires, et de manière générale pour réduire le gaspillage alimentaire que cela entraînait, la collectivité a mis en place un nouveau système réservation en ligne à l’avance, en place depuis cette rentrée 2018. Elle permet en théorie de prévoir combien de repas sont commandés chaque jour, la moyenne étant à 11 000 repas environ pour 16 000 inscrits au total dans la cinquantaine de sites de Strasbourg.
« Nous avons toujours voulu un marché exemplaire et ce système de réservation permet d’éviter des transports en camion et des gaspillages. Quelque centaines de repas par jour étaient livrés et jetés », explique l’adjointe au maire en charge de l’Éducation, Françoise Buffet (divers gauche).
Pour en revenir au passage à l’inox dans les cuisines, la Ville de Strasbourg commence par les écoles où les aménagements sont « les plus simples ». Pour l’école Louvois à l’Esplanade rénovée en octobre 2017, les plans ont été changés en cours de route. Pour les futures écoles au Hohberg, Gustave Doré et Danube livrées cette année scolaire, les plans ont été pensés en fonction de ce choix récent tranché à l’hiver 2016/2017.
Pour d’autres, la collectivité avise au cas par cas selon la taille des cuisines. Pour le changement de matériel, il faut parfois des fours dimensionnés aux plats en inox, des frigos sur roulettes adaptés ou encore des éviers plus profonds pour nettoyer les bacs.
La question plus complexe des maternelles
C’est dans les maternelles que la question s’annonce plus complexe. Dans les restaurants qui ne sont pas encore passés à l’inox, le bac en plastique est posé sur la table et les enfants servis. Mais les plats en inox sont plus lourds et les très jeunes élèves sont davantage susceptibles de les toucher et de se brûler. Problème, plus les enfants sont jeunes, plus ils sont sensibles à la potentielle exposition aux perturbateurs endocriniens libérés lorsque le plastique est chauffé…
Pour éclairer ses réflexions, la Ville de Strasbourg s’est offert les services d’un ergonome. La piste choisie est d’installer des îlots centraux où poser les bacs puis servir les assiettes unes à unes afin de limiter le nombre de pas, comme à l’école Louvois. Mais ces petits changements prennent de la place dans des espaces contraints.
Le passage aux barquettes en inox a changer la manière de travailler des équipes de restauration à l’école Louvois. (Photo CM / Rue89 Strasbourg / cc)
Malgré ces difficultés, Françoise Buffet ne remet pas en cause l’objectif de 0% de plastique en 2021 :
« On le fera, car c’est un engagement, mais il faudra plus de budget qu’aujourd’hui. Au bout de trois ans, il restera quelques sites qu’il faudra réaménager, ce qui implique des constructions. La question du personnel est à mon sens prioritaire et le changement entraîne un petit besoin de personnel supplémentaire. »
Selon des informations communiquées au CHSCT (Comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail), 13 écoles nécessitent une restructuration légère, 10 sites des restructuration lourdes et pour 5 restaurants scolaires, les solutions n’ont pas encore été trouvées. L’engagement de Roland Ries devrait donc dépendre en partie du bon vouloir de l’équipe qui lui succédera en mars 2020. Même s’il faudra quoiqu’il arrive trouver une solution avant 2025 (voir encadré).
Barquettes plastiques illégales en 2025
Dans le cadre de la loi agriculture et alimentation, les députés ont voté le vendredi 14 septembre l’interdiction des « contenants alimentaires de cuisson, de réchauffe et de service en matière plastique » dans les cantines, de la crèche à l’université, au plus tard au 1er janvier 2025 contre l’avis du gouvernement. Cette échéance concerne les collectivités de 2 000 habitants et plus, les autres ayant jusqu’à 2028 pour se conformer à la nouvelle réglementation.
Du côté des représentants du personnel, on regarde ces changements de près sans s’y opposer, comme le résume Laurence Siry, déléguée syndicale à la CFDT Eurométropole :
« C’est un changement dans la manière de faire, vers un choix écologique qui nous parait positif et de toutes façons, c’est un choix politique donc nous n’avons pas à le commenter. On est vigilants sur les troubles musculo-squelettiques. Les plats sont plus lourds et l’îlot central pour permettre le service à l’assiette nécessite de circuler au milieu d’élèves à la maternelle, qui ne sont pas tous toujours sagement assis à une table à cet âge… Le développement durable a toujours des coûts supplémentaires. »
Comme depuis le début de la mobilisation, les surcoûts éventuels de la mesure ne sont pas chiffrés. Pas plus que les économies en déchets ou en transports, même si à ce sujet, un point d’étape est prévu après deux ans. Sur les 4 ans du programme, la collectivité estime néanmoins à 1,5 million le nombre de barquettes non-recyclables jetées en moins.
Les parents vigilants
Du côté des parents d’élèves, on se dit plutôt satisfait que le lien soit maintenu tous les trois mois et des avancées par touches. Mais on ne sait comment interpréter les signaux des décideurs qui insistent sur la difficulté des changements à venir, sans pour autant remettre en cause leur engagement. Ludivine Quintallet, membre fondatrice du collectif « Projet cantine, » attend de voir les évolutions cette année :
« Identifier les problèmes à l’aide d’un ergonome est nécessaire, mais ne doit pas remettre en cause l’impératif initial. On reste vigilant pour l’application des engagements et on aimerait un peu plus de transparence dans le choix des écoles aménagées. C’est un programme à remettre dans le contexte actuel de la santé publique et de l’Environnement. Tous les journaux parlent du plastique, de ses dangers et de la pollution des océans. On est devant un défi et si on n’est pas capable de changer les écoles à l’échelle d’une ville, c’est inquiétant pour le reste de la planète. On élit des représentants pour changer les choses, pas maintenir l’existant. »
Une nouvelle réunion de suivi est prévue fin septembre.
Plus de 2 000 opposants au GCO se sont rassemblés dans l’après-midi du samedi 15 septembre. Après quelques discours devant la mairie de Kolbsheim, les manifestants ont approché la zone des travaux, interdite d’accès, pour voir les premiers arbres abattus.
« Résistance ! Résistance ! » Les opposants au GCO ont séché leurs larmes depuis l’évacuation de la ZAD. Ils sont plus de 2 000, selon notre propre décompte, à manifester ce samedi 15 septembre dans le village de Kolbsheim. La veille, le tribunal administratif de Strasbourg a retoqué l’arrêté autorisant l’aménagement d’un viaduc. Il est 14h30. Au-dessus de la foule, quelques drapeaux alsaciens, une pancarte « Je suis Kolbsheim » et des casquettes « Non au GCO ».
Le maire de Kolbsheim, acclamé
Sur un escabeau, face à un porte-micro branlant, quelques discours s’enchaînent. Le premier fustige « un capitalisme infantile », incapable d’accepter des limites. Vient le discours du maire de Kolbsheim, acclamé. Les manifestants chantent « Joyeux anniversaire » à Danny Karcher pour ses quarante ans de mariage. « Le GCO est un projet encore plus vieux que mon mariage », glisse-t-il. Alain Jund, adjoint au maire en charge de l’urbanisme de la Ville de Strasbourg, encourage les opposants : « On avait la légitimité de nous opposer, maintenant on a la légalité avec nous. » Une représentante du syndicat des avocats de France a demandé de « stopper immédiatement les déboisements en cours. »
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Les manifestants ont quitté le village peu après 15h. Le long du canal de la Bruche, ils ont marché vers le site de l’ancienne ZAD. Devant les troncs d’arbres au sol, certains filment, d’autres fustigent un « massacre ». Laurent, 68 ans, est assis sur le côté de la piste cyclable. Il s’est rendu à plusieurs reprises sur le site occupé pour aider les zadistes. Le schilikois dénonce le projet autoroutier :
« La forêt est un bien commun, il faut arrêter de la détruire. En plus, cette autoroute ne va pas désengorger Strasbourg mais provoquer un appel d’air pour les camions de toute l’Europe ! »
« J’espère que l’on garde un peu de cette forêt. »
La manifestation s’est terminée dans un pré à quelques pas. Germaine, manifestante de 89 ans érigée au rang de symbole de la lutte, s’exprime d’une voix faible au micro : « J’espère que l’on garde un peu de cette forêt. » Pour les opposants au GCO, les prochains rendez-vous ont lieu au tribunal administratif. Deux procédures en référé, dont une sur la globalité du projet, se tiennent le 19 et 20 septembre. Michael Kugler, du collectif GCO Non Merci, appelle à s’opposer au déboisement à venir à Pfettisheim et Pfulgriesheim.
Rédacteur en chef de Rue89 Strasbourg. Spécialisé depuis 2019 en enquêtes locales, à Strasbourg et en Alsace sur des sujets variés allant de l’extrême-droite à l’hôpital public en passant par la maison d’arrêt de Strasbourg, les mouvements sociaux, les discriminations et l’expertise-psychiatrique.
La section jeux vidéo et réalité virtuelle au Festival européen du film fantastique de Strasbourg est devenu un mini-festival en soi, avec expositions, rencontres, tests, concours et une aura nationale voire au-delà… Consacrée au jeu vidéo indépendant, elle concentre également le meilleur de l’innovation de ce bouillonnant secteur culturel.
Au menu de la section « Jeux Vidéo et Réalité Virtuelle » du Festival européen du film fantastique de Strasbourg (FEFFS), des conférences, une exposition interactive, du rétrogaming ou encore un concert. Le cœur de cette section du FEFFS reste l’Indie Game Contest, une compétition internationale lors de laquelle sont présentés 16 jeux vidéo indépendants, que les joueurs peuvent tester jusqu’au 23 septembre.
Teaser de la section jeux vidéo et réalité virtuelle du FEFFS
Le jeu vidéo indépendant s’est peu à peu développé, montrant qu’à côté des « blockbusters », de petites équipes avec de petits budgets pouvaient aussi créer des jeux d’une grande qualité. Certains jeux comme Minecraft ou Everything obtiennent un succès comparable à celui de jeux dits « AAA. » C’est ce qu’explore Bounthavy Suvilay dans son livre Indie Games (2018), premier ouvrage dédié au jeu indépendant. Elle sera présente à la Fnac jeudi 20 septembre à 17h30.
Selon Thiebault, développeur à Iumtec, c’est l’innovation qui attire les joueurs vers les jeux indés :
« On remarque que les jeux AAA sont de moins en moins innovants. Cela est dû à des budgets de production colossaux dont il est difficile de se relever en cas d’échec. Ce qui fait la force des indépendants, parce qu’ils ont besoin de moins de capitaux, ils prennent moins de risques financiers et peuvent donc prendre plus de risques dans leurs concepts ou leurs mécanismes. »
Le prix Octopix est décerné par un jury composé cette année de Doc Géraud (youtubeur, ancien game designer pour Ubisoft), Matthieu « Boulapoire » Hurel (ancien journaliste GameKult), Sophie « Force Rose » Krupa (journaliste JV le Mag) et Bounthavy Suvilay (auteure du livre Indie Games).
« On oscille entre des idées de jeux très fortes et des productions impeccables »
Qu’en est-il de la sélection ? Selon Alexandre, un des organisateurs, « on oscille entre des idées de jeux très fortes et des productions impeccables. » En tout, neuf nationalités sont représentées et de nombreux styles : du puzzle game avec Harmonie et It’s Paper Guy !, du jeu d’enquête avec Rainswept, du survival horror futuriste avec Signalis, du jeu de plateforme avec MainFrames ou Unruly Heroes, de l’action-aventure avec Olija, de l’action-stratégie avec Sea Salt, du rogue futuriste avec Black Future ’88 et Crying Sun, du FPS (first person shooter) avec Protocore.
Parmi la sélection, citons également le jeu de plateforme rétro inspiré des classiques des années 90 : Kaze and the Wild Masks où joueurs et joueuses évoluent dans un univers coloré aux commandes d’une lapine. Cendres, jeu de survie réalisé par 7 étudiants en troisième année de Game Design à l’ETPA Toulouse a lieu dans un monde ravagé par une catastrophe volcanique. Autre ambiance dans le jeu argentin Nine Witches : nazis et paranormal forment un cocktail détonnant où vous aurez la possibilité de combattre une division de SS. Enfin shoot’em’up rime avec récitations de psaumes dans The Textorcist où l’on suivra les démêlés de l’exorciste Ray Bibbia.
« Il ne faut pas rester dans une bulle d’auteurs »
La création strasbourgeoise sera représentée par le studio Iumtec qui présentera son jeu Protocore, un des rares jeux indé en First Person Shooter (FPS). Ce genre, qui a peu évolué ces dix dernières années, s’ouvre depuis peu aux indépendants grâce à la venue sur le marché de technologies abordables. Ses développeurs seront présents au Shadok les week-ends pour rencontrer les joueurs :
« Il faut ouvrir le jeu indépendant au public et ne pas s’installer dans une bulle d’auteurs. Le jeu vidéo, c’est quelque chose de communautaire ; ceux qui se sont le mieux vendus sont ceux qui ont de la communauté. La génération qui s’intéresse au jeu vidéo actuellement vient principalement d’internet, c’est une génération qui communique beaucoup et dont la communauté est plus soudée que dans le cinéma par exemple. »
Outre cette compétition, c’est l’intérêt pour les cultures numérique et la volonté de considérer le jeu vidéo comme un secteur culturel complet qui ont présidé dès le départ. Selon Alexandre :
« Le FEFFS considère le jeu vidéo comme un objet culturel, comme une expression artistique et non pas comme un simple bien de consommation. Depuis le début de cette section, c’est important pour le festival de donner la parole à ceux qui font vivre cette culture en invitant des artistes, des universitaires, des développeurs ou des journalistes. »
Un certain nombre d’activités proposées vont dans ce sens : les conférences, mais aussi l’exposition Yann Minh, intitulée Cyberpunk’s not dead qui revient sur son parcours et sa proposition artistique entre jeu vidéo et réalité virtuelle. Le rétrogaming ajoute quant à lui une dimension historique à la section :
« Le sujet de la rétrospective suit celle de la rétrospective cinéma – cette année les femmes dans le fantastique – et les conférences essaient de suivre les grandes tendances du jeu vidéo avec un angle critique. Cette année, une conférence qui porte sur les mondes virtuels vont réunir notre artiste invité Yann Minh et l’anthropologue strasbourgeois Patrick Schmoll pour réfléchir à la manière dont les nouvelles technologies changent nos relations, notre manière de vivre dans le cyberespace, nos identités en ligne, etc. »
L’affiche 2018 de la section Jeux Vidéo et Réalité Virtuelle rappelle que les femmes seront à l’honneur du rétrogaming cette année.
L’immersion au service de l’horreur
Perçus comme satellitaires vis-à-vis du reste du FEFFS, les évènements qui se tiendront au Shadok tendent cette année à s’en rapprocher. Ainsi, parmi les expériences en réalité virtuelle proposées figurent Night Night et Campfire Creepers, deux courts métrages du studio Dark Corner, pionnier dans le domaine de l’horreur immersive. Campfire Creepers est d’ailleurs une création d’Alexandre Aja, connu dans le cinéma d’horreur pour La Colline a des yeux (2006).
Une « Survival Horror Night » transformera le Shadok en univers horrifique le temps d’une soirée. Celle-ci correspond à l’Arcade night de l’an passé, avec en plus une dimension immersive d’horreur à laquelle participent des spécialistes de l’évènementiel. Le challenge est d’installer le public dans un espace cauchemardesque et de réussir à le poser sur le temps long, nécessaire au jeu d’horreur.
Pour Alexandre, au-delà de ces évènements, les liens entre les thématiques des deux sections se rejoignent :
« Le cinéma fantastique et le jeu vidéo indépendant partagent plusieurs points communs. Le jeu vidéo a mis longtemps à devenir légitime aux yeux du grand public et le jeu vidéo indépendant est encore réservé à un public assez confidentiel et averti, tout comme le cinéma fantastique, avec ses codes, ses outrances, sa générosité. Ce qui les relie, c’est la passion qu’ont tout un tas d’artisans et d’artistes pour leur domaine de prédilection : avec peu de choses, on peut créer une œuvre artistique et radicale. Les deux sont issus du do-it-yourself, du bricolage, de la collaboration de petites mains. »
Une section qui gagne en reconnaissance
Après six ans d’existence, la section Jeux Vidéo et Réalité Virtuelle a désormais une reconnaissance nationale, notamment de la presse spécialisée, comme l’explique Alexandre :
« Cette année, Jeuxvideo.com, Gameblog, Indiemag ou Gamekult ont dédié des articles à notre section, donc du site spécialisé jeu indépendant jusqu’aux gros sites d’actualités. Des développeurs du monde entier ont soumis spontanément leur jeu à notre Indie Game Contest, du Brésil au Japon en passant par l’Inde. Des écoles françaises nous ont également soumis les projets de fins d’études de leurs étudiants. »
Outre le temps du festival, le partenariat entre l’association Les Films du Spectre (FEFFS) et le Shadok a donné naissance en juin aux Indie Game Nights, rendez-vous régulier (tous les deux mois) qui vise à faire se rencontrer des professionnels du jeu indépendant. Cette extension permet de faire vivre la section toute l’année, et cette visibilité est primordiale selon Thiébault :
« En donnant de la visibilité, ça octroie du poids politique au jeu vidéo dans le sens où les élus vont commencer à être plus sensibilisés. Cet espace de création est un terreau qui doit être dynamisé pour légitimer le jeu vidéo: on parle du premier divertissement mondial alors qu’il y a encore très peu de lieux où on peut le réfléchir comme il y en a pour la musique ou le théâtre par exemple. Ce type d’évènements est nécessaire même si selon moi ils se sont développés tard à Strasbourg si on compare à d’autres villes comme Toulouse, Angoulême ou Metz. »
Pour le développeur strasbourgeois un des prochains pas à franchir est de mixer les publics et de s’ouvrir vers ceux qui jouent chez eux mais ne s’intéressent pas (encore ?) au jeu indépendant.
Vendredi 14 septembre, le tribunal administratif de Strasbourg a suspendu l’arrêté préfectoral permettant les travaux préparatoires pour la construction du viaduc du GCO, prévu à Kolbsheim. L’État est condamné à verser 2 000 euros à l’association Alsace Nature, à l’origine du recours.
Nouveau rebondissement dans le dossier du Grand contournement ouest (GCO – voir tous nos articles). Vendredi 14 septembre en fin d’après-midi, le tribunal administratif de Strasbourg, saisi d’une requête en référé, s’est prononcé en faveur de la suspension du texte : « L’arrêté du préfet du Bas-Rhin du 26 octobre 2017 accordant à la société ARCOS un permis d’aménager […] est suspendu. » Une victoire pour les opposants au GCO, dont une cinquantaine s’était réunie dans la matinée devant le bâtiment, pendant l’audience.
Vers 9h, peu avant l’audience d’une requête en référé déposée par Alsace Nature, une cinquantaine d’opposants au GCO se sont rassemblés devant le tribunal administratif de Strasbourg (Photo Abdesslam Mirdass)
Une étude d’impact « insuffisante »
L’audience qui s’est tenue le matin même avait débuté par la plaidoirie de Me François Zind, représentant de l’association Alsace Nature. L’avocat a dénoncé une « insuffisance substantielle dans la notice d’impact » du viaduc sur le château de Kolbsheim. Pour le spécialiste du droit environnemental, le concessionnaire du GCO, Arcos (filiale de Vinci) a négligé les conséquences de l’ouvrage sur le paysage visible de ce monument historique. Ce point a été retenu par le tribunal administratif de Strasbourg :
« Le premier moyen est tiré de ce que les prescriptions de l’Architecte des Bâtiments de France (ABF) sont dénuées de portée normative et renvoient à l’avenir, l’ABF n’ayant pas entendu donner un avis définitif sur les caractéristiques essentielles du projet et ne pouvant valoir accord au sens de l’article L. 632-2 du code du patrimoine. »
L’avocat a aussi fustigé une étude d’impact du projet datant de 2005, « la préhistoire de la prise de conscience environnementale en France. » Le tribunal administratif de Strasbourg a aussi repris cet argument dans ses conclusions :
« Le second moyen est tiré de la méconnaissance de l’article R. 441-5-2° du code de l’urbanisme, le dossier de demande d’autorisation de permis d’aménager ne contenant pas l’étude d’impact actualisée du projet GCO alors que cette disposition est susceptible de s’appliquer dès le 1er février 2017 au motif que l’Etat doit être regardé comme maître d’ouvrage au sens de l’article 6 de l’ordonnance du 3 août 2016 par l’effet de la directive n° 2011/92/UE. »
Le tribunal administratif de Strasbourg considère qu’il existe « un doute sérieux » concernant la légalité de l’arrêté et choisit donc de le suspendre en attendant un jugement sur le fond. Il condamne en outre l’État à verser 2 000 euros à l’association Alsace Nature. Interrogé suite à l’audience, Me Zind a indiqué qu’une telle conclusion « ne signifiait pas automatiquement la fin du déboisement mais qu’elle pouvait peser lourd dans le débat public. »
Pas de suspension des travaux pour Arcos
Arcos (Vinci) a réagi par communiqué dans la soirée :
« À ce jour, le projet du Contournement Ouest de Strasbourg (COS) a fait l’objet de nombreuses procédures qui se sont traduites par 94 actes administratifs et réglementaires. Sept de ces actes ont fait l’objet de recours rejetés par la juridiction administrative.
Le tribunal administratif de Strasbourg, saisi d’une requête en référé, a suspendu l’arrêté du préfet du 26 octobre 2017 autorisant l’aménagement d’un viaduc du projet. L’arrêté suspendu, dont la légalité n’a pas été jugée au fond, ne concerne pas les travaux en cours, et n’entraîne donc pas l’arrêt du chantier. »
Les travaux préparatoires et de déboisement à Kolbsheim sont autorisés par un arrêté préfectoral de janvier 2017.
Deux audiences, les 19 et 20 septembre
Deux autres requêtes en référé lancées par Alsace Nature doivent encore être jugées la semaine prochaine. Mercredi 19 septembre, le tribunal administratif de Strasbourg se penchera sur l’arrêté unique pour la totalité des travaux du GCO. Jeudi 20 septembre, une autre procédure portera sur la modification du Plan Local d’Urbanisme de Brumath, nécessaire pour s’adapter à la conception de l’échangeur nord.
En attendant les prochaines audiences, les opposants au GCO appellent à se rassembler à Kolbsheim samedi 15 septembre à 14h. Michael Kugler, l’un des meneurs de la lutte contre le projet autoroutier, évoque la venue de militants écologistes de Paris et de Lorraine.
La décision du tribunal administratif
Réaction d’élus
Quatre jours après avoir été victime du gaz lacrymogène, Karima Delli, eurodéputé écologiste, est toujours sous le choc. D’une voix faible, dont elle s’excuse régulièrement, elle enjoint le ministre de la Transition écologique à suspendre le projet :
« Combien de violence inutile pour en arriver là… C’est une bonne nouvelle que la destruction aveugle de la biodiversité et de la nature prenne fin. Je demande à François de Rugy de mettre en place un moratoire et d’ouvrir la discussion. Il faut mettre fin à la confrontation. »
Dany Karcher, maire de Kolbsheim, tempère la joie des opposants au projet autoroutier :
« Le résultat de l’arrêté qu’on attend surtout, c’est celui de mercredi prochain. Il peut suspendre les travaux. De mon point de vue, on devrait déjà arrêter les travaux et attendre les autres conclusions des autres procédures en référé. Parce que là, le déboisement peut continuer lundi et ce, « légalement ». Mais de tels agissements ne seraient pas légitimes. Heureusement, demain, ce n’est pas un jour de travail. Les gens n’auraient pas compris que l’on continue de couper les arbres. »
Sur le plan européen, Yannick Jadot, eurodéputé écologiste, souhaite lancer une pétition et questionner le financement du projet par la Banque européenne d’investissement (BEI) :
« Nous travaillons sur le financement de la BEI, pour avoir des explications sachant qu’elle est censée répondre à des critères environnementaux et climatiques. Et on va voir ce qu’on peut faire au niveau d’une pétition autour de le menace qui pèse sur la biodiversité. Nous souhaitons ainsi interpeller la commission européenne. »
Martine Wonner sera présente lors de la manifestation des opposants au GCO, à 14h à Kolbsheim. Elle demande à ce que le ministre de la Transition écologique se rende sur site :
« Nous avons fait un appel en entendant les propos de François de Rugy estimant qu’il n’y avait plus rien à faire et que tout était lancé. Je voulais quand même marquer le fait qu’il en décidait avant même qu’on se rencontre. Nous lui avons proposé de venir sur site. Nous tenons à ce que le dialogue puisse reprendre. »
Rédacteur en chef de Rue89 Strasbourg. Spécialisé depuis 2019 en enquêtes locales, à Strasbourg et en Alsace sur des sujets variés allant de l’extrême-droite à l’hôpital public en passant par la maison d’arrêt de Strasbourg, les mouvements sociaux, les discriminations et l’expertise-psychiatrique.
Les opposants au Grand contournement ouest (GCO – voir tous nos articles) ne relâchent pas leur pression pour protester contre les travaux de déboisement, qui ont commencé à Kolbsheim, Vendenheim et Kilstett au nord de Strasbourg. Après l’évacuation de la zone à défendre (ZAD) du Moulin, ils ont émaillé la semaine d’opérations de protestations plus ou moins accompagnées d’accrochages avec les gendarmes mobiles déployés sur les sites.
Mercredi, le collectif GCO Non Merci a réuni plus de 700 personnes à Kolbsheim (Photo Abdesslam Mirdass)
Et samedi 15 septembre, à 14h, les associations membres du Collectif GCO Non Merci appellent à un nouveau rassemblement devant la mairie de Kolbsheim. Appelé « Aux arbres citoyens », les organisateurs espèrent attirer autant de participants que samedi dernier à Strasbourg, où près de 5 000 personnes avaient marché pour le climat, suite aux images de destructions de forêts qui ont été publiées cette semaine. Mercredi soir, plus de 700 personnes se sont allongées à Kolbsheim pour protester contre les arbres abattus.
Un appel « à la responsabilité »
Dans la soirée, le préfet du Bas-Rhin a appelé les organisateurs « à la responsabilité et leur demande de veiller à ce qu’il se déroule de manière pacifique. » Autrement dit, ceux qui iront s’aventurer trop près des gendarmes mobiles recevront leur volée de gaz lacrymogène comme à chaque fois… La préfecture a néanmoins proposer aux organisateurs de la manifestation d’envoyer une délégation d’observateurs sur le site, qui, selon le communiqué, « pourra constater l’état d’avancement des travaux et leur déroulement au regard des prescriptions environnementales imposées par l’État à l’opérateur Arcos / Vinci pour leur réalisation. »
Y aller
Manifestation contre le début des travaux du GCO, devant la mairie, 900 rue de la Division-Leclerc à Kolbsheim.
Vous avez aimé le concept du jardin partagé ? Vous adorerez celui de la brasserie partagée. Une poignée d’apprentis brasseurs viennent de créer une brasserie associative à Strasbourg où tous les adhérents peuvent apprendre à brasser leur propre bière. Premier brassin pédagogique ouvert au public dimanche 16 septembre.
« Ouais je sais, on a plus bossé sur nos bières que sur la déco pour l’instant, » s’excuse Charlie Carle en rigolant. Dans cette salle de réunion inutilisée et louée à une entreprise au port de Strasbourg, le président de Brassage et Partage stocke un matériel pour le moins inhabituel. Le comptoir et la machine à café passent encore, mais quid des trois cuves de 200 litres qui trônent au fond de la pièce ? C’est dans ces 40 mètres carrés que Brassage et Partage espère allier sa passion de la bière et du do it yourself (faire soi-même, ndlr).
Car monter une brasserie associative est une chose, mais inviter tout le monde à mettre la main à la pâte en est une autre. L’équipe a déjà eu l’occasion de brasser en public. Dimanche 16 septembre, elle organise son premier brassin pédagogique dans son local. Les débutants sont acceptés, mais le nombre de places est limité. Charlie espère démocratiser l’exercice avec un prix imbattable (l’adhésion commence à 20 euros, quand il faut compter minimum 100 euros pour un cours dans une microbrasserie), mais aussi en proposant un format différent :
« Quand tu fais un stage en microbrasserie, tu as 10 personnes alignées face à 10 cuves. Chacun suit sa recette dans son coin et repart avec ses bières. C’est un bon début, mais nous on a envie de faire un truc plus collectif, avec un nombre un peu plus réduit de stagiaires à chaque fois. »
Quatre créations de Brassage et Partage, accessibles uniquement aux adhérents (Photo Pierre Pauma)
« Moi j’y trouve un goût de pomme »
Aujourd’hui, Charlie Carle, Boris Jouanne (que Rue89 vous avait déjà présentés à une autre occasion) et Anthony Larrondo sont venus contrôler la fermentation de leur dernier brassin, et ajouter du houblon dans une cuve qui a fini de fermenter. Le but : enrichir la bière avec de nouveaux arômes. C’est le dry hoping (houblonnage à froid), une opération cruciale pour obtenir une Indian Pale Ale. Un classique de la micro-brasserie connu pour son amertume, et que tout apprenti brasseur se doit de maîtriser. Pour ce brassin, les trois brasseurs utilisent un houblon citra. En attendant leur bain, les pellets de houblon pesés au gramme près embaument les deux mètres alentours d’un parfum d’agrumes.
Devant les cuves, Boris examine un densimètre qui flotte dans un échantillon de bière. L’opération consiste à mesurer la perte de densité de la bière depuis le début de la fermentation. Plus la densité a baissé, plus les sucres se sont transformés en alcool. Le but : obtenir le même degré d’alcool d’un brassin à l’autre en suivant la même recette. « C’est à ça que l’on reconnaît un bon brasseur, » note Charlie. « S’il trouve une recette qui lui plaît, il saura la refaire. »
Grâce au densimètre, Boris sait exactement la teneur en alcool de sa bière. (Photo Pierre Pauma)
Pour le moment, le brassin examiné par Boris n’est pas terminé. Les levures présentes prennent une robe trouble et donnent un goût de pâte au breuvage inachevé. L’amertume n’a pas encore pris le pas sur le malt, et il y a peu de bulles. Comme dans les Tontons Flingueurs, Charlie lui trouve un parfum de pomme (verte). En 6 mois d’expérimentations, les apprentis brasseurs ont eu le temps de se faire un nez et même de mettre au point des recettes dans lesquelles ils placent de grands espoirs…
Le houblon qui va être versé aujourd’hui donnera de la Kama Citra, une Indian Pale Ale obtenue grâce à une variété de houblon très appréciée des aficionados. Boris, Charlie et Anthony n’ont pas non plus à rougir de leur bière blanche, brassée avec du sureau cueilli à la main… Et puis il y a d’autres recettes dont ils préfèrent rire aujourd’hui, comme leur version aussi accidentelle qu’imbuvable du lambic, une bière belge qui fermente uniquement grâce aux levures présentes naturellement dans l’air ambiant. Un fiasco, admet laconiquement Boris :
« On brassait dans une cave, et Charlie s’était brûlé le pied en renversant de la bière qui n’avait pas encore refroidi (100°C en fin de brassage, ndlr). On a filé d’urgence à l’hôpital en laissant la cuve ouverte. Quand je suis repassé plus tard, les levures présentes dans l’air de la cave avaient colonisé la cuve. On a laissé fermenter pour voir… Et c’était dégueulasse. Ça avait juste goût de vieille toile d’araignée. »
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Un peu de formation, beaucoup de ressources en ligne
Charlie consigne les recettes les plus concluantes dans BeerSmith, un logiciel de brassage complet utilisé par de nombreuses brasseries. Il calcule les bonnes proportions d’ingrédients en fonction du matériel utilisé et du résultat escompté. Charlie a complété sa formation avec deux stages en brasserie, dont un à Bendorf, la microbrasserie du quartier Neudorf. Terre de bière par tradition, l’Alsace produit 95% du houblon français et offre quelques facilités pour trouver des fournisseurs et des conseils. Et surtout, tous ont pu allègrement piocher dans la mine d’or qu’est devenu Internet pour les brasseurs débutants.
Dans les années 80 aux États-Unis, le mouvement des crafteurs s’est lancé en réaction à la standardisation du marché de la bière par les brasseurs industriels. Des petits artisans ont ouvert des micro-brasseries en laissant libre cours à leur créativité pour offrir une alternative à l’insipide Budweiser, la bière américaine qui squatte les rayons de supermarchés outre-Atlantique. Le mouvement a finalement conquis l’Europe, y compris la France où les micro-brasseries se comptent aujourd’hui par centaines.
Les sites aussi complets que pédagogiques pour apprendre le brassage abondent, et la communauté zytophile n’a cessé de s’agrandir et de s’organiser. Elle a désormais ses blogs, ses groupes Facebook et ses réseaux sociaux dédiés. Charlie aimerait d’ailleurs rallier quelques puristes à la cause :
« On en est encore à nos premiers pas. Il nous manque peut-être un ou deux vrais beer-geeks pour apporter le grain de folie et nous guider en même temps. »
Anthony est venu avec une bonne nouvelle : il a déniché sur la toile une version traduite de How to brew (Comment brasser, ndlr), la Bible du brasseur débutant. Il n’avait jamais brassé avant cette année, mais il apprend vite. Le dernier brassin en cours de fermentation, c’est son bébé :
« J’avais envie de faire ma bière depuis longtemps. Mais je me suis très vite aperçu que le brassage dans sa cuisine, ça prend de la place et ça peut occasionner quelques problèmes de voisinage… J’ai commencé à me renseigner pour dénicher un local et puis finalement j’ai rencontré Charlie et l’équipe de Brassage et Partage quand ils faisaient une démonstration au Bendorf Festival en avril. L’esprit de partage m’a tout de suite emballé. »
Anthony, Charlie et Boris qui goûtent à une bière blanche de leur création (Photo Pierre Pauma)
Heineken comme sponsor ? « Pas question ! »
Prochaine objectif pour la brasserie : trouver une solution pour contrôler la température durant la fermentation. Une condition indispensable pour permettre plus de subtilité dans les arômes et obtenir une belle mousse. La température de fermentation idéale se situe entre 20 et 25°C. Pas facile de maintenir ce climat pendant les deux mois nécessaires à la fabrication d’une bière dans un petit local, surtout en période de canicule. Cette année, l’adage du brasseur n’a jamais été aussi vrai : en hiver brasse ce que tu veux, en été brasse ce que tu peux.
L’idéal serait une chambre froide, mais l’investissement est de taille. Pour les premiers brassins et le matériel, les membres fondateurs ont mis de leur poche. Les adhésions et les ventes de bière devraient assurer quelques rentrées financières, mais ce modèle économique ne satisfait pas vraiment les apprentis brasseurs. À commencer par Boris :
« Vendre de la bière, ça me saoule un peu. Vendre, ça veut dire tenir compte d’une demande d’un marché, et devoir standardiser un minimum ses bières. La blanche qu’on a fait par exemple, c’est un truc très sobre qu’on a fait pour le grand public. On préfère se consacrer au brassage et s’amuser. »
Le sponsoring peut-être ? Pourquoi pas répond Charlie. Il espère pouvoir convaincre les professionnels du secteur, mais pas à n’importe quel prix. Boudés par une partie des amateurs de bières, les industriels tentent de se dépêtrer de leur image ringarde à grand coups d’opérations de communication, comme ce concours de biérologie d’Heineken qui avait laissé des blogueurs pour le moins sceptiques. Pour Charlie qui a travaillé dans le commerce équitable, pas question de faire entrer le loup dans la bergerie :
« Pour l’image, clairement, c’est impensable qu’une asso promouvant le brassage artisanal soit soutenue par un gros industriel. C’est comme si un agriculteur bio acceptait une subvention de Monsanto… Les seuls qu’on accepterait c’est Meteor, car c’est une brasserie familiale indépendante qui a toujours eu une démarche locale engagée. Ils ont continué d’acheter leur houblon en Alsace, ce qui a sauvé le secteur. On partage des valeurs même si c’est un brasseur industriel. »
Pour acheter une chambre froide, une cuve et de nouveaux tuyaux, il leur manque environ 5 000 euros. De quoi espérer un jour, égaler le dernier coup de cœur de Charlie en matière de bière : l’OTP de Bendorf, brassée avec du poivre et du concombre.
Y aller
Brassin pédagogique dimanche 16 septembre à 9h et dimanche 17 novembre à 9h, à l’Hôtel des Forges, 81 rue du Rhin-Napoléon dans le port autonome à Strasbourg. Inscription sur le site de Brassage et Partage.
Un dramatique accident a coûté la vie à Valentin Mihai, Rom de 28 ans qui s’était installé avec sa famille dans une caravane de la Ville de Strasbourg à Cronenbourg, malgré des normes de sécurité respectées selon la Ville et la Croix-Rouge.
Valentin Mihai avait 28 ans. Rom né en Roumanie, il avait fui la misère pour devenir agent d’entretien à Strasbourg. Grâce à un contrat d’insertion, il faisait chichement vivre sa famille, sa femme Brindisa et ses deux enfants Daniel, 11 ans, et Amir, 7 ans, hébergé au foyer social Joséphine Baker à Cronenbourg, qui accueille une trentaine de caravanes. Mais dans l’après-midi du vendredi 7 septembre, Valentin s’est tué en ramassant une rallonge électrique sur des tapis imbibés d’eau.
Brindisa s’est immédiatement jetée sur lui pour tenter de le ranimer, ses cris alertant la communauté, d’autres personnes tentent de prodiguer un massage cardiaque à Valentin alors que les secours sont appelés. Mais les pompiers ne trouvent pas le foyer Joséphine Baker (il n’est pas référencé sur les cartes). Quinze minutes plus tard, la famille décide de transporter elle-même la victime aux urgences de l’hôpital de Hautepierre. Sur place, médecins et soignants tenteront de le ranimer, et obtiendront des signes électriques intermittents avant de le déclarer décédé vers 23h30…
Brindisa Mihai va porter le deuil de Valentin pendant un an (Photo PF / Rue89 Strasbourg / cc)
« Cet accident aurait pu être évité »
Rencontrée mardi soir, Brindisa Mihai, 27 ans, est en colère. À l’aide d’un cousin traducteur, elle détaille les circonstances du drame :
« Valentin est rentré de son travail en début d’après-midi, il était fatigué et je m’apprêtais à lui faire à manger. Il est impossible de cuisiner à l’intérieur des caravanes, elles sont trop petites, alors nos plaques électriques sont à l’extérieur. Mais la Ville (à qui appartiennent les caravanes, ndlr) a refusé que nous étendions l’auvent. Résultat nos plaques ne sont pas abritées, ni même là où nous mangeons. Il y avait de l’humidité partout. Toute la matinée, je prenais des coups de jus, je l’ai dit à Valentin. Et quand il a voulu brancher la rallonge, il ne s’est pas relevé. Je suis en colère, je pense que cet accident aurait pu être évité si la Ville nous avait seulement autorisé à nous abriter. »
Une enquête de police est en cours, et s’oriente vers l’accident domestique. Du côté de la Croix-Rouge, qui gère le site par délégation de la Ville de Strasbourg, on avoue ne pas comprendre comment ce drame a pu arriver. Jean-Jacques Muller, bénévole responsable de l’insertion pour la Croix-Rouge, détaille :
« Le site date de fin décembre 2017, il est conforme aux normes de sécurité et loin d’être au bout de ses capacités d’accueil… Un accident de ce genre était ce qu’on pouvait craindre à l’Espace 16 (derrière la gare, ndlr) ou à l’Espace Hoche (vers Illkirch-Graffenstaden, ndlr) par exemple mais là, les bornes sont neuves et limitées en ampérage… C’est incompréhensible. Il est exact que nous avions demandé à la famille de limiter son auvent, car les règles pour toutes les caravanes sont les mêmes : deux mètres maximum d’emprise. Ils étaient à 3m50… »
L’entrée du Foyer Baker, ouvert en décembre 2017 (Photo MM)
Même discours à la Ville de Strasbourg, où Marie-Dominique Dreyssé, adjointe au maire en charge des solidarité, pointe :
« Évidemment, si la famille avait été accueillie dans un appartement, un accident comme celui-ci ne serait pas arrivé… L’hébergement à l’année dans des caravanes est un habitat précaire mais les familles connaissent les règles de sécurité. Nous faisons en sorte que les consignes soient appliquées, mais évidemment, on ne peut pas être présent partout, tout le temps… »
Brindisa et ses deux enfants sont repartis en Roumanie, où ils conserveront le deuil de Valentin pendant une année, avant de revenir en France. La Ville de Strasbourg s’est engagée à accueillir la famille à son retour.
France 3 revient lundi sur une affaire qui a secoué le milieu policier et judiciaire alsacien en 2008 : l’arrestation du numéro 2 de la brigade des stupéfiants du commissariat de Strasbourg d’alors, le capitaine François Stuber et de sa complice principale, greffière au palais de justice de Strasbourg. Les deux avaient mis en place un trafic de drogue parallèle, réalisé à partir des saisies de la brigade. L’affaire avait été révélée par Rue89. Ils ont été condamnés respectivement à 10 et 9 années de prison ferme.
Nik La Stup, de Denis Jasek (éd. La Nuée Bleue)
Le documentaire réalisé par Zouhair Chebbale en profite pour revenir sur la création et le quotidien de la brigade des stups à Strasbourg. Il est construit à partir du livre autobiographique de Denis Jasek, ancien responsable de la brigade, titré « Nik la stup. » Denis Jasek a été un grand flic à l’ancienne, autonome tant qu’il obtenait des résultats. Mais il n’avait pas vu la dégringolade de son adjoint, la fin de sa carrière en a été irrémédiablement ternie. Peu après sa retraite, un accident cérébral lui a ôté la parole. Il témoigne dans le documentaire par sa présence silencieuse et au travers de ses écrits.
En 1995, il y avait entre 10 et 20 morts par an à Strasbourg, pour des overdoses d’héroïne, le Samu réanimait 120 personnes par an… Denis Jasek rappelle qu’un accord tacite existait entre le procureur de la République et la brigade des stups : pour les saisies importantes, les résultats des pesées étaient inscrits sur les procès verbaux et la drogue était stockée pour être détruite dans les locaux de la brigade. « C’était la faille du système, » explique Denis Jasek, « je n’aurais jamais imaginé que mon adjoint ne détruise pas les saisies. »
Aller plus loin
« Paroles de flic, un passé stupéfiant », documentaire de 52 minutes, inédit, diffusé sur France 3 Grand Est lundi 17 septembre après le Soir/3.