Enquêtes et actualité à Strasbourg et Eurométropole

Au conseil municipal, Archipel, la pollution, les BHNS et le sport pro

Au conseil municipal, Archipel, la pollution, les BHNS et le sport pro

Le conseil municipal de Strasbourg fait sa rentrée avec un important ordre du jour de 81 points. Il sera question de la deuxième phase du quartier d’affaires international du Wacken, Archipel, mais aussi de transports en commun, de sport et de pollution. Des débats à suivre en direct vidéo et avec nos commentaires à partir de 15h.

« Un climat détestable ». C’est par ces mots que le maire de Strasbourg, Roland Ries, avait conclu sur les coups de 22h40 la première moitié de l’année 2018, fin juin. Ce recadrage collectif et cet agacement faisait suite à une violente charge de Paul Meyer (La Coopérative) envers Syamak Agha Babaei (apparenté PS), deux membres de sa majorité, sur le sujet de l’hébergement d’urgence. Et si aucun clash majeur n’est à déplorer pendant l’été, rien n’indique pour autant que la majorité municipale ne reprenne dans le calme et l’unité.

Remous internes

L’ancien député et actuel adjoint de quartier du Neudorf, Philippe Bies, a déjà déclaré sa candidature à l’investiture du Parti socialiste pour la succession de Roland Ries en 2020. Et il regrette, en tant que, président du principal groupe d’élus (23), que « la machine municipale est au service de la Macronie locale ».

Côté affaires internes, citons le départ d’Olivier Bitz en juillet, devenu sous-préfet dans l’Orne. Cela permet à Pierre Ozenne d’intégrer l’hémicycle et gonfler les rangs des écologistes. Ce militant est notamment connu pour ses engagements pour le tram vers Kœnigshoffen, sur rails et non sur pneu, puis le tracé par la gare.

Phase 2 du quartier Archipel

L’un des premiers gros débats concernera la deuxième phase du quartier d’affaires Archipel, côté nord. Au programme, 120 000 m² de bureaux (70 000 m²) et logements (50 000 m²), ainsi qu’un petit parc au nord de 2,5 hectares. À cela s’ajoute un « sillon botanique » creusé, de 1,5 hectare. Il permet en outre d’absorber d’éventuelles crues de l’Aar. Des berges aménagées sur 500 mètres complètent le secteur.

Pour Roland Ries et son premier adjoint Alain Fontanel (LREM) en charge du dossier, il faut aller vite car le Crédit Mutuel et la Caisse d’Épargne seraient demandeuses. La banque à l’écureuil aurait aussi des propositions du côté de Metz pour installer son siège « Grand Est ».

Plan de masse du projet Archipel 2, au nord du boulevard de Dresde (document Ville de Strasbourg)

Un BHNS en plus, un autre retardé

Sortir ce quartier de terre exigera de détruire les quelques halls restant du parc des expositions (PEX). Une situation qui entraînera un petit casse-tête avant la livraison du futur PEX. Les images de synthèse du nouvel ensemble attendu en 2021 à quelques centaines de mètres de là ont été publiées dimanche 16  septembre.

La municipalité a d’ailleurs annoncé qu’un bus à haut niveau de service (BHNS), reliera directement dès 2019 la gare à ce futur quartier, où Adidas est déjà installé, et les institutions européennes dès 2019. Une annonce soudaine qui tranche avec le prolongement de 2,8 kilomètres de la ligne G vers la place de l’Étoile, repoussé lui à 2021.

Des coupes d’arbres scindent la majorité

Cette extension devait aussi l’objet d’une délibération et de probables âpres débats, puisqu’elle nécessite l’abattage de 190 arbres comme vous l’annonçait Rue89 Strasbourg dès le mois de juin. Prenant acte de nombreuses « incompréhensions » exprimées publiquement par des élus de sa majorité, le maire a annoncé samedi dans un communiqué qu’il avait choisi de retirer cette délibération :

« Dans un tel projet, dont personne ne conteste la pertinence puisqu’il permet une liaison directe et performante entre la gare centrale et la place de l’Etoile, deux approches différentes sont possibles : l’une qui privilégie la performance avec une plateforme centrale sur le boulevard, et l’autre qui privilégie l’environnement avec deux couloirs spécifiques. La seconde permettrait de conserver plus d’arbres mais serait moins efficace. Un compromis doit être trouvé entre ces deux logiques. Christel Kohler, adjointe aux espaces verts, et Paul Meyer, adjoint de quartier, vont constituer un groupe de travail, pour voir comment concilier au mieux les exigences en matière de transport et les exigences en matière d’environnement. »

Ce n’est pas la seule délibération qui a été reportée. Lundi 17 septembre en séance plénière, un projet de transaction de parcelles en forêt de Brumath pour les compensations environnementales du Grand contournement ouest (GCO – voir tous nos articles) a été décalée au 15 octobre. Il ne devrait donc pas être question de l’autoroute payante, à moins que les discussions dérivent.

Les adjoints Serge Oehler (à gauche) et Paul Meyer (à droite) devraient respectivement intervenir sur le sport et les BHNS (Photo Pascal Bastien / Divergence)

Le retour des subventions aux clubs de haut niveau

Comme chaque année en septembre, c’est le moment de renouveler les subventions et achats de prestations aux deux grands clubs professionnels de Strasbourg. Les montants pour le Racing club de Strasbourg et la SIG accusent une légère baisse, d’environ 10 000 euros chacun (1 à 1,5% des sommes). Les deux équipes sportives vont aussi bénéficier de financements publics pour moderniser et agrandir leurs stades respectifs.

La vision à terme est de leur permettre de dégager plus de revenus privés (lire notre grand entretien avec Marc Keller et nos articles sur l’Arena de la SIG) et d’augmenter leurs budgets pour rester compétitifs. De là à réduire la participation financière publique future malgré les enjeux de visibilité pour les élus ? Voilà le contexte nouveau qui pourrait soulever le débat.

Depuis le début du mandat, les deux clubs ont été assez peu impactés par les baisses de ressources pour la Ville de Strasbourg (-2% pour la SIG et +52% pour le Racing, passé du National à Ligue 1 pendant ce temps).

Pollution et ZFE, le sujet qui vient

Au programme également, la mise en place d’une Zone à Faible Émissions (ZFE) dont on devrait beaucoup parler dans les années à venir. À ce stade, il ne s’agit que d’un engagement de principe, les modalités restant à définir. Le débat sera à porter au niveau des 33 communes de l’Eurométropole et risque d’opposer des visions différentes sur l’usage de la voiture et ses restrictions.

Pour Roland Ries, « il est important que l’A35 soit dans le périmètre ». À cela s’ajoute aussi « la question des contrôles, sans arrêter systématiquement les véhicules », que devra faire l’État. « C’est un sujet-test pour la collectivité et le vivre-ensemble pour les années à venir. On parle souvent des pics, mais la pollution de fond est plus nocive. C’est aussi un enjeu social pour permettre aux populations les plus fragiles socialement de continuer à se déplacer », embraye Alain Fontanel. Celui qui est aussi président le CTS s’est dit favorable à la gratuité des transports en commun lors des pics de pollution dans le contexte nouveau des vignettes Crit’Air.

D’autres délibérations plus consensuelles prévoient le renouvellement d’une convention de 6 ans avec les Restos du cœur pour l’occupation gratuite du restaurant « La Fringale » (1,7 million de repas par an) rue des Remparts derrière la gare, ainsi que pour le paiement d’un site collaboratif pour recenser les 350 œuvres de street art à Strasbourg. Nouvelle Ligne recevra une subvention de 6 000€, pour la carte strasbourg.streetartmap.eu dont la réalisation a coûté 10 000 euros selon l’association.

La rentrée de l’opposition

En fin de conseil, l’opposition sort ses dossiers de prédilection pour les interpellations : le Palais des Fêtes pour Fabienne Keller (Agir), le stationnement pour Thierry Roos (divers droite), l’accident de bateaux de location pour Thomas Rémond (Modem) ainsi qu’une question d’actualité sur les îlots de chaleur pour Pascale Jurdant-Pfeiffer (UDI)

À suivre en direct dans la vidéo en tête de cet article à partir de 15h.

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Il Barbiere di Siviglia, un opéra drôle et pétillant pour commencer la saison

Il Barbiere di Siviglia, un opéra drôle et pétillant pour commencer la saison

Presque un an après Les Nozze di Figaro de Mozart, le public strasbourgeois retrouve Figaro sous les traits du barbier, avec Il Barbiere du Siviglia de Rossini. Cet opéra-bouffe, créé le 21 février 1816, est joué à l’Opéra National du Rhin jusqu’au 28 septembre et à la Filature de Mulhouse les 7 et 9 octobre.

L’ouverture de la saison 2018/2019 se veut festive pour l’Opéra nationale du Rhin (ONR) qui présente à cette occasion une des œuvres les plus populaires de l’opéra : Il Barbiere di Siviglia de Rossini.  Le chef d’orchestre italien Michele Gamba ainsi que le metteur en scène Pierre-Emmaniel Rousseau, qui signe également les décors et les costumes, feront à cette occasion leurs débuts à l’ONR. Pierre-Emmanuel Rousseau confie :

« Il Barbiere di Siviglia de Rossini, c’est une commande d’Eva Kleinitz pour l’ouverture de la saison, mais c’est aussi le premier opéra que j’ai vu étant enfant. Il y a un côté effrayant parce que c’est un titre très connu et que les œuvres les plus connues sont souvent les plus difficiles à aborder en raison des attentes qu’elles génèrent. »

Figaro jouant l’entremetteur entre Rosina et Almaviva (Photo: Klara Beck).

Revenir à ce que deviendront les personnages

L’opéra de Rossini est une adaptation de la comédie de Beaumarchais Le Barbier de Séville, joué pour la première fois en 1775. Il s’agit du premier volet de la trilogie Le roman de la famille Almaviva, porteuse du contexte prérévolutionnaire qui vit la perte d’équilibre puis la chute de l’aristocratie française. Des trois volets, le Barbier est le moins subversif et il l’est moins encore dans son adaptation par Rossini en 1816. Pierre-Emmanuel Rousseau souhaitait quant à lui revenir au propos social et politique de Beaumarchais en nourrissant ses personnages de ce qu’ils seront amenés à devenir dans Le Mariage de Figaro puis dans La Mère Coupable.

De fait, l’intrigue du Barbier ne marque pas par son originalité, qui est très proche d’autres comédies du XVIIe siècle où un vieillard voit son projet d’épouser sa pupille perturbé par l’arrivée d’un jeune homme. L’Ecole des femmes de Molière et La Précaution inutile de Scarron ont une intrigue très similaire. Toutefois, Le Barbier se démarque dans le fait que l’histoire d’amour naissante entre Rosina et Almaviva ne débouche pas seulement sur le « happy end » qui clôt la comédie et l’opéra. Le comte Almaviva se montrera infidèle envers la comtesse dès Le Mariage de Figaro, où il tentera d’user du droit de cuissage pour coucher avec Suzanne, la fiancée de Figaro. Puis, dans la Mère Coupable, nous apprendrons que le comte et la comtesse ont chacun de leur côté un enfant illégitime. Aussi, le metteur en scène peine à ne considérer Almaviva que comme il apparaît dans Le Barbier :

« Almaviva n’est pas qu’un bellâtre amoureux. Le Comte agit avec un sentiment de totale impunité, et semble prêt à dire à tout moment : « Je peux faire ce que je veux, c’est mon droit ! » (…) Il ne faut pas oublier ce que deviendra le Comte dans Le Mariage de Figaro ! »

Almaviva au balcon de la comtesse sous les traits de Lindoro (Photo: Klara Beck).

Un palais délabré et un monde qui s’effondre

Faire ressortir les motivations égoïstes des différents protagonistes et ne pas en faire des personnages sympathiques, voilà un des moteurs de cette mise en scène. De même qu’Almaviva n’est pas qu’un jeune éperdu d’amour pour Rosina, de même cette dernière voit dans le comte un moyen de s’évader : « Almaviva n’est qu’un prétexte » selon Pierre-Emmanuel Rousseau. Rappelons que la jeune femme est enfermée par Bartolo qui cherche à l’épouser et à capter son héritage. Le metteur en scène a donné à sa Rosina des allures de l’héroïne éponyme du Tristana de Buñuel. Dans ce film, Tristana est une jeune orpheline recueillie par son oncle, un aristocrate vieillissant, dont elle devient la maîtresse. Tous les soirs, elle se montre dénudée à la vue des jeunes hommes depuis son balcon, jusqu’à rencontrer son futur amant. Le balcon du Barbier, est également un lieu d’où on s’évade du vieux monde et d’où on séduit pour Rosina, et cela n’échappe pas à la vigilance de Bartolo.

En faisant ressortir les motivations individuelles des personnages, Pierre-Emmanuel Rousseau dépeint des caractères qu’il refuse d’embellir. Cette caractéristique est commune au metteur en scène et au peintre Francisco de Goya. Au service de la famille royale, celui-ci peignait ses membres en les représentant avec beaucoup de réalisme, sous leurs vrais traits (voir par exemple son tableau La famille de Charles IV (1801)). Ce n’est donc pas un hasard qu’il se soit inspiré du peintre espagnol pour concevoir les costumes de ses personnages, même s’il s’agit d’« un Goya qui aurait mis les doigts dans la prise ».

Quant à la scénographie, elle vient souligner l’enfermement de Rosina. A la fois intérieur et extérieur, le lieu ressemble à un palais décrépi en train de s’effondrer inspiré des palais délabrés de Barcelone aux palais des films de Visconti. Le décor est celui d’un monde de vieillards. Cet aspect est rehaussé par des personnages volontairement vieillis – en opposition à la jeunesse de Rosina, Almaviva et Figaro – ainsi que par la figure de Don Basilio, qui représente un obscurantisme clérical que certains qualifieraient de « moyenâgeux ».

Le décor est aussi paradoxalement troué d’ouvertures, qui font communiquer les différents espaces, et privé d’issue. Les fenêtres et autres percées donnent lieu à des jeux d’espionnages mais accentuent la captivité de Rosina. Quant aux sorties, elles sont toutes factices, y compris l’escalier dont il ne reste que des vestiges ; la seule échappatoire se fera finalement par le plafond.

Décors et costumes s’ancrent dans une Espagne XVIIIe siècle plus ou moins fantasmée, où une procession de la Semana Santa côtoie des références goyesques, un costume de torero, et une copie de la Vierge de la Macarena de Séville.

Rosina et Almaviva s’en vont en montgolfière (Photo: Klara Beck).

Il Barbiere offre un très bon divertissement grâce à une mise en scène drôle et millimétrée à laquelle il faut ajouter des interprètes talentueux et très à l’aise avec le jeu d’acteur : Ioan Hotea (le comte Almaviva), Leon Kosavic (Figaro), Marina Viotti (Rosina), Carlo Lepore (Bartolo), Leonardo Galeazzi (Basilio), Marta Bauzà (Berta) et Igor Mostovoi (Fiorello). On s’amuse notamment d’un Don Basilio sorte de Tartuffe aux accents de Nosferatu, des jeux et déguisements d’Almaviva ou des danses endiablées reprises par l’ensemble des personnages. Figaro, arborant veste patchwork, cicatrice et tatouages, est éclatant sous les traits d’un barbier filou, libre et sans attaches, à l’image de Beaumarchais ou de Rossini.

Groupe culte, rock et psyché à la Laiterie mardi soir : The Brian Jonestown Massacre

Groupe culte, rock et psyché à la Laiterie mardi soir : The Brian Jonestown Massacre

Dans la série du retour des plus grands groupes rock des années 1990 à la Laiterie, place au Brian Jonestown Massacre. Après la sortie de Something Else en mai et avant la sortie du prochain album cet automne, la bande d’Anton Newcombe fait un arrêt à Strasbourg. Retrouvailles avec les rois du rock psyché.

Faut-il encore présenter The Brian Jonestown Massacre ? Ce groupe de San Francisco formé au début des années 1990 est devenu au fil des albums une figure emblématiques du rock psychédélique. Tous les ingrédients étaient réunis. Des influences mythiques (le Velvet Underground, les Jesus And Mary Chain…). Des albums à la pelle (18 sans compter les EP, albums live et compil’). Et un leader charismatique à problèmes (Anton Newcombe), dont les frasques violentes sous influence ont marqué la première décennie du groupe, suivies par des phrases chocs plus récemment.

L’odyssée d’Anton Newcombe

Mais c’est surtout depuis 2004 et DiG!, film documentaire qui suivait les destins croisés des Dandy Warhols et du Brian Jonestown Massacre, que le groupe a acquis une exposition bien méritée. Défendant coûte que coûte son indépendance, choisissant ses labels et créant le sien, puis s’exilant à Berlin pour enregistrer ses albums dans ses propres studios, Anton Newcombe, seul représentant rescapé du BJM des débuts, continue de tracer sa route, sous l’œil vigilant de son public. Virage pop, expérimentations baroques, il ne se refuse rien mais maintient la ligne directrice forte et psychédélique du groupe.

Il lorgne également de plus en plus vers la France, en multipliant les collaborations. Sur Musique de film imaginé, sorti en 2015, il fait reprendre du William Sheller à la française Soko. L’an passé, il pose sa voix sur « Istanbul Is Sleepy » de The Liminanas, avant de reprendre avec eux cette année « Two Sisters » des Kinks. Le concert du BJM à la Route du Rock cet été a d’ailleurs été l’occasion de voir Anton Newcombe accompagner les Liminanas le même jour pour un duo, avant de voir la formation complète en action, où ils n’ont pas hésité à chanter « Anemone » en français.

Un classique de plus sur la scène de La Laiterie

Et malgré des derniers albums qui n’ont pas toujours emporté l’adhésion totale (Something Else, dernier en date de cette année, n’a rien inventé), aller voir The Brian Jonestown Massacre sur scène en 2018, c’est surtout aller écouter de la très bonne musique, complètement intemporelle, et qui, quoiqu’on en dise, ne se démodera jamais. Et même si le leader reste coutumier des sorties médiatiques délicates (la dernière en date étant une blague de très mauvais goût sur le viol), on espère que le concert à la Laiterie de mardi sera l’occasion d’apprécier les talentueux musiciens dans ce qu’ils font de mieux : un rock psyché planant, élégant et totalement hypnotisant.

En première partie de ce groupe mythique (que La Laiterie semble enchaîner ces derniers temps), on retrouvera Dead Horse One. Ce groupe de Valence s’inscrit dans une veine similaire à leurs aînés, moins dans la finesse psyché peut-être mais définitivement biberonné au shoegaze des 90s, tant américain que britannique. Attention, début des festivités dès 19h30.

« Aux arbres citoyens », thérapie collective des opposants au GCO à la forêt du Krittwald

« Aux arbres citoyens », thérapie collective des opposants au GCO à la forêt du Krittwald

Une semaine après sa première édition à Kolbsheim, le collectif « GCO non merci » a organisé samedi une nouvelle marche « Aux arbres citoyens », contre les coupes réalisées dans la forêt du Krittwald, au niveau de l’échangeur programmé entre l’autoroute A35 et le futur contournement routier de Strasbourg. Après quelques épisodes mouvementés pour les opposants du GCO, ce rassemblement a fait office de catharsis collective, avant un nouveau départ.

Ils étaient plusieurs centaines (plus de 500 selon les organisateurs), samedi 22 septembre, à se réunir à la sortie de Vendenheim, en bordure des coupes réalisées dans la forêt du Krittwald en prévision du chantier du GCO. Sur un terrain désertique et désolé, élus, familles, jeunes et moins jeunes des communes environnantes ou de plus loin étaient venus montrer leur mobilisation contre l’autoroute de contournement.

Une semaine après le premier appel « Aux arbres citoyens », ils ont été accueillis par Alain Jund, adjoint au maire (EELV) de la Ville de Strasbourg, venu rappeler :

« Non, tous les élus de Strasbourg et de l’Eurométropole ne sont pas pour le GCO. Il y a une prise de conscience. Il n’est pas trop tard ; il n’est jamais trop tard ! »

Mickaël, venu de la ZAD de Kolbsheim, était là pour le confirmer : le moulin est bien à nouveau occupé par une quinzaine de militants. Une cabane est même encore sur place. Située en dehors du périmètre des travaux, elle n’a pas été détruite. Les gardes mobiles, venus fermer la route à la circulation, ne se préoccupent pas de la zone.

Les manifestants sont invités à laisser un noeud noir ou blanc aux grilles du chantier, en hommage aux arbres abattus. (Photo N. S.)
Les manifestants sont invités à laisser un noeud noir ou blanc aux grilles du chantier, en hommage aux arbres abattus. (Photo NS / Rue89 Strasbourg / cc)

Maurice Wintz, vice-président d’Alsace Nature, a énuméré les différents contentieux encore en cours devant la justice administrative. Vendredi, les derniers échanges de mémoires ont eu lieu concernant le recours en référé ciblant l’autorisation unique des travaux, dont la décision sera donnée mardi 25 septembre :

« Quoi qu’il arrive, cela ne dit rien sur la pertinence de GCO ; cela n’enlève rien au combat. Il nous faut continuer à lutter et à manifester ! »

« Que la raison revienne »

En attendant, les premières coupes d’arbres ont été éprouvantes pour ceux qui les ont vécues, les face-à-face avec les forces de l’ordre et les ouvriers en charge du déboisement aussi. Philippe Ployé, président des Fédinois contre le GCO, propose à chacun de s’exprimer et de faire ressortir ses émotions. Luc Huber, le maire de Pfettisheim, est le premier à se lancer :

« Cette forêt m’a sauvé alors que j’étais écolier en internat. Une période très dure pour le jeune garçon que j’étais ; la forêt m’a permis de me ressourcer, quand, tous les jeudis, on nous y emmenait se promener. Maintenant, les quatre cavaliers de l’apocalypse veulent la détruire ; ils en porteront la responsabilité. Huit hectares ont été déboisés mais 12 hectares restent à sauver. »

Cris d’encouragement. Une vieille dame, toute menue, s’avance :

« Lundi, nous étions vingt personnes face à une centaine de gendarmes. Toute la journée, ils nous on raconté des salades, en nous disant que les machines ne coupaient que les broussailles. En fait, les ouvriers ont commencé de l’autre côté de la forêt. Au bout d’un moment, on a vu les machines soulever les arbres ; derrière, il n’y avait plus rien. »

Le porte-voix passe ensuite le micro à une jeune fille :

« J’habite à Paris, je n’étais pas là le jour où le déboisement a commencé. Ça ne m’empêche pas de vouloir agir : je voudrais créer un comité de soutien à Paris. Tous ceux qui sont intéressés ou qui ont des contacts à Paris, qu’ils viennent me voir ! »

Peu à peu, les langues se délient et les personnes qui cinq minutes avant n’osaient pas, avancent dans le cercle formé par les manifestants :

« C’est injuste ce qui s’est passé lundi matin, lâche Renée. Les gendarmes ont laissé passer l’huissier de Vinci, mais ils ont bloqué l’huissier des écologistes ; ils ne l’ont laissé rentrer dans la zone qu’une heure après ! »

Des glands, une chute de bois... les manifestants veulent chacun conserver un morceau de la forêt du Krittwald. Témoins de leur lutte ?
Des glands, une chute de bois… Les manifestants veulent chacun conserver un morceau de la forêt du Krittwald. Témoins de leur lutte ? (Photo NS / Rue89 Strasbourg / cc)

Une autre dame, la soixantaine, poursuit :

« Lors du déboisement, j’ai vu une personne qui ne faisait rien que regarder le cordon de sécurité. Les gendarmes lui sont tombés dessus… Pourquoi ? Où est l’état de droit dans tout ça ? Quand je suis passé à côté d’une des machines de déboisement, la personne dans la cabine m’a ri au nez ! A-t-on besoin d’humilier les gens comme cela ? »

« Ries et Herrmann n’aiment vraiment pas les arbres »

Cachée derrière des lunettes de soleil, une jeune femme d’une trentaine d’années a du mal à contenir ses émotions :

« Je suis de Vendenheim. Cette forêt, on continue d’y aller pour respirer. C’est quand même dingue que l’homme, une espèce qui n’est pas capable de vivre plus de cent ans, saccage ainsi des arbres plus que centenaires ! Roland Ries et Robert Herrmann n’aiment pas vraiment les arbres. »

Bruno le zadiste vient remonter le moral des habitants :

« Cela fait plus de deux ans qu’on est sur le terrain. Voir ces arbres tomber, ça fait mal. Mais pour l’instant, le GCO n’est pas construit et les déboisements ne sont pas irréversibles : un arbre, ça se replante ! »

Les manifestants sont ensuite invités à pénétrer la zone déboisée pour y ramasser des glands. Sarah, pasteur à Vendenheim, cherche des familles d’accueil pour faire pousser des plants. Elle a d’ailleurs déjà trouvé un nom pour son programme de replantation : « adopte un chêne. »

Une nouvelle manifestation est prévue mardi 25 septembre à 18h00, à Strasbourg, place Broglie devant l’opéra.

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#Krittwald#Philippe Ploye

Coup de rabot sur les tours prévues sur la friche Lana à la Robertsau

Coup de rabot sur les tours prévues sur la friche Lana à la Robertsau

Le maire de Strasbourg a finalement reculé sur le projet d’immeubles que la Ville projetait de construire sur les friches de l’entreprise Lana à la Robertsau. Constatant un « point de blocage », Roland Ries et le promoteur Edifipierre proposent désormais 30 villas à la place de 280 logements.

L’urbanisation de la Robertsau est toujours plus délicate que dans les autres quartiers de Strasbourg. Francis Meppiel, président du promoteur Edifipierre aurait dû le savoir lorsqu’il a présenté à la municipalité un projet d’urbanisation des anciens entrepôts de l’entreprise Lana, pour 280 logements répartis sur 3 tours de 15 étages. Révélé par Rue89 Strasbourg en décembre 2015, le projet a focalisé la colère des habitants, qui tiennent à l’aspect villageois de leur quartier.

Vendredi, le maire de Strasbourg, Roland Ries (PS mais plus trop), a proposé un nouveau projet pour les 10 000m² des friches de Lana : plus de tours mais une trentaine de « villas, » deux étages maximum, qui abriteront 130 à 150 habitations dont 25% de logements sociaux. Aux côtés de Nicole Dreyer l’adjointe de quartier de la Robertsau, de Francis Meppiel et de l’architecte Alain Oesch, Roland Ries a fait un petit mea-culpa : 

« Les conditions d’acceptabilité du premier projet présenté en 2017 n’étaient pas réunies. Les critiques étaient fortes, et l’on était dans une situation de blocage. Je me réjouis du projet repensé alternatif qui m’a été présenté cet été. »

Roland Ries et Nicole Dreyer (Photo EJ / Rue89 Strasbourg / cc)
Roland Ries et Nicole Dreyer (Photo EJ / Rue89 Strasbourg / cc)

Pour Nicole Dreyer, c’est le projet minimal qu’il y aura sur cet emplacement :

« 80 hectares ont été réservés pour l’agriculture. Pour respecter les objectifs du plan local d’habitat, il faut construire à la Robertsau au moins 150 logements par an. La friche Lana doit être urbanisée. » 

Francis Meppiel a détaillé . 

« Edifipierre rénove actuellement le 44 rue d’Ypres, et c’est en montant au dernier étage que je me suis dit que le quartier des XV avec ses grandes villas était le modèle à suivre. Nous souhaitons donc faire un nouveau « quartier des 30″ entre le parc de l’Anguille et l’eau d’où son nom, Parc’éo. »

Les villas de 350 m² seront vendues d’un seul tenant ou en tranches, le prix devrait se situer aux alentours de 4 100€ le mètre-carré.

Vue d'architecte du nouveau projet Parc'éo (Photo TOA &amp; AEA Architectes - Edifipierre)
Vue d’architecte du nouveau projet Parc’éo (Photo TOA & AEA Architectes – Edifipierre)

Il y a aura des commerces sur l’esplanade qui donne sur la rue de l’Ill et les cheminements le long du Mulhwasser sont maintenus. Le promoteur rappelle qu’il ne s’agit encore que d’une proposition, des modifications sont possibles.

Alain Oesch, architecte et Francis Meppiel (Photo EJ / Rue89 Strasbourg)
Alain Oesch, architecte et Francis Meppiel (Photo EJ / Rue89 Strasbourg)

Premiers coups de pioches espérés dans un an, pour des travaux en trois tranches de 10 maisons. Livraison espérée début 2020, juste avant les élections municipales. 

Dimanche, un aperçu du pôle bio de la Manufacture avec marché et animations

Dimanche, un aperçu du pôle bio de la Manufacture avec marché et animations

Après le bar éphémère de la Manufakture, la Krutenau accueille dimanche 23 septembre dans l’ancienne manufacture de tabac des restaurateurs, vignerons et producteurs alsaciens qui ont tous l’agriculture biologique en commun. Au programme: marché, dégustation, concert, restauration et atelier Do It Yourself.

Depuis 2015, un collectif de producteurs et de restaurateurs travaillent ensemble pour donner naissance au futur pôle « 100% bio, 100% coopératif et solidaire » qui s’installera à l’intérieure de l’ancienne de la Manufacture de Tabac à la Krutenau en 2020. Afin de faire connaître leur projet aux Strasbourgeois, les acteurs de la filière bio organisent une rencontre dimanche 23 septembre, de 11h à 22h, afin de mettre en avant les produits alsaciens avant le lancement des travaux.

Léa Rudolf, chargé de mission au sein de la fondation Terra Symbiosis coordonne le projet.

« C’est la première fois que l’on présente au public un avant-goût de ce qu’il pourra voir en 2020 à la Manufacture. Il s’agira d’un lieu de rencontre pour boire, manger et faire ses courses mais ce sera également un lieu de ressources pour les associations qui souhaitent organiser des conférences et des ateliers sur l’écologie. Les producteurs sont là pour faire découvrir leurs produits et parler de leur engagement notamment pour le respect du sol et de la biodiversité. »

Vincent Lauler – Ferme des Hutten.

Une dizaine de producteurs alsaciens pour un marché des producteurs bio

Comme à la Nouvelle Douane, une dizaine de producteurs alsaciens rassemblés en un collectif vont proposer un marché des producteurs bio et local avec des produits frais. À terme, ils seront une vingtaine, en 2020, à gérer le magasin. Une épicerie en vrac sera également présente sur place pour compléter l’offre, promouvoir le zéro déchet, ce qui permettre aux riverains de faire toutes leurs courses dans un lieu unique.

Trois restaurateurs doivent faire découvrir leur cuisine à travers une sélection de plats bio : Raphaël Miquel, du Food-Truck « L’essentiel chez Raphaël » propose une cuisine végétale et vegan, Kevin Goetz, éleveur fermier de la ferme « La Coccinelle » à Witternheim confectionne des plats français à base de produits qui viennent directement de la ferme et Olivier Meyer, du centre culinaire, Kuirado à Koenigshoffen, cuisine des spécialités semi-gastronomiques à partir des produits du Jardin d’Agnès ainsi qu’un bar à vin. Ces trois restaurateurs s’installeront définitivement à la Krutenau dés 2020.

Raphaël Miquel, l’un des restaurateurs qui s’installera à la Manufacture en 2020.

Un atelier de cuisine participatif

Démarré à Lyon en 2016 par deux jeunes entrepreneurs, l’association Les Petites Cantines s’installe à Strasbourg. Ce restaurant participatif et solidaire a pour objectif de créer du lien entre les habitants des quartiers et lutter contre l’anonymat afin de passer un moment convivial.

Stéphanie Grosjean et l’équipe Les Petites Cantines de Strasbourg. (Doc remis)

Stéphanie Grosjean, coordinatrice du projet à Strasbourg, cherche un local pour s’installer dans le quartier de la gare au printemps 2019 :

« Nous allons créer deux restaurants solidaires à la gare et à la Manufacture. Entourés d’une équipe de bénévoles, on va proposer chaque jour à midi un menu 100% bio. Tout le monde pourra venir nous aider à mettre la main à la pâte. On cuisinera ensemble, on dressera la table ensemble, on mangera ensemble et on fera la vaisselle ensemble. Le but est de promouvoir le bio pour tous avec un prix libre avec comme vocation d’inclure tout le monde, tout en sensibilisant sur l’alimentation durable. Tout va se construire autour des habitants. »

L’objectif pour Les Petites Cantines à Strasbourg est que chaque habitant puisse proposer un menu, échanger autour de recettes et organiser des soirées à thèmes. En attendant l’ouverture de ces deux restaurants, il sera possible dimanche d’enfiler un tablier pour cuisiner à la Manufacture. Tous les ingrédients seront disponibles sur place. L’atelier se fait sur inscription à partir de 9h30.

Domaine Schaeffer Woerly

Ateliers de dégustation des vignerons bio d’Alsace

Les amateurs de vins, pourront déguster des vins bio d’Alsace dimanche jusqu’à 18h, avec deux ateliers sur l’association « mets et vins », et un atelier d’ »initiation à la dégustation ». Au total, 16 vignerons alsaciens seront à la Manufacture, parmi lesquels le domaine Schaeffer Woerly, les caves de Ribeauvillé, les caves du Roi Dagobert ou encore le Domaine Clé de Sol. Les vins de cépage, les vins de terroir, les pinots noirs et crémants d’Alsace seront vendus sur place. Trois vignerons seulement intégreront le pôle en 2020 : Théo Shloegel du Domaine Lissner, André et Yann Durrmann, et Eric Kamm.

Tout au long de la journée, plusieurs ateliers seront proposés aux Strasbourgeois autour de la boulangerie avec Jean Waegell, paysan boulanger, qui effectuera une démonstration à l’aide de son four à bois. Il sera l’un des futurs boulangers du pôle bio. Jean Bianchi, jeune apiculteur, se déplacera avec sa ruche. Il y aura aussi l’atelier four solaire avec André Durmann, vigneron à Andlau.

Les enfants pourront fabriquer des cookies aux légumes de 14h à 18h avec Les Papilles estomaquées. L’association Zéro Déchet Strasbourg sera présente pour sensibiliser sur l’industrie textile et l’autopsie des poubelles. Elle organisera des ateliers DIY (Do It Yourself) pour fabriquer des cosmétiques maison ou des produits ménagers (sur inscription dans la limite des places disponibles et sur la base d’une participation de 2 euros).

#Les Petites Cantines

Le Bas-Rhin cherche à atténuer la misère sociale dans les maisons de retraite

Le Bas-Rhin cherche à atténuer la misère sociale dans les maisons de retraite

Frédéric Bierry, président du Conseil départemental du Bas-Rhin, a présenté vendredi matin un « plan d’urgence » en faveur des maisons de retraite (EHPAD) de 4,5 millions d’euros. Alors que ces lieux souffrent d’un manque de personnel récurrent, les conditions de vie des résidents scandalisent de plus en plus les familles.

Jeudi soir, Envoyé Spécial diffusait un reportage dans les maisons de retraite, dont une à Schiltigheim, démontrant le manque de soins et d’attentions dont souffrent les résidents. Laissés seuls la plupart du temps bien que dépendants pour la plupart, les résidents peuvent rester 15 jours sans prendre une douche ou toute la nuit avec une couche sale… Ils mangent mal et parfois trop peu.  Ces témoignages, relayés par des familles scandalisées alors qu’elles paient entre 1 000 et 3 000€ chaque mois, se multiplient malgré les pressions des directions de ces établissements. En cause essentiellement, un manque récurrent de personnel accompagnant.

Les Établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD) sont financés pour les soins par l’Agence régionale de santé (ARS, l’État), pour la dépendance par le Conseil départemental et pour l’hôtellerie par les familles. Ainsi sur une place qui coûte en moyenne 3 400€ par mois, l’ARS en finance 1 170€, le Département 400€ via l’allocation personnalisée à l’autonomie (APA) et il reste à charge 1 800€ pour la famille. Ce dernier montant peut être partiellement couvert par une aide sociale du Département, en fonction des revenus de la personne âgée.

« Il se développe une maltraitance institutionnelle »

Président du Conseil départemental du Bas-Rhin et donc cofinanceur des 138 EHPAD présents dans le Bas-Rhin, pour la moitié privés, Frédéric Bierry estime que la situation dans les maisons de retraite nécessite un « plan d’urgence » :

« Nous nous sommes déplacés dans certains EHPAD avec les élus concernés pour rencontrer les résidents, les familles et le personnel. Le sentiment qui transparaît est que les établissements n’ont souvent pas les moyens de fonctionner correctement, car leurs missions se sont peu à peu déplacées de l’hébergement simple vers l’accompagnement de la dépendance, au fur et à mesure que les résidents arrivent en étant de plus en plus âgés. Aujourd’hui, on entre dans un EHPAD autour de 85 ans. Donc il s’est développé une sorte de maltraitance institutionnelle : des personnes âgées y développent de nouveaux problèmes de santé en raison d’une mauvaise alimentation, de leur inactivité, d’un manque d’attention, etc. »

Pour parer au manque personnel accompagnant, le Conseil départemental va recruter une quinzaine de personnes, qui seront mobilisées pour remplacer rapidement un salarié en arrêt maladie dans n’importe quel EHPAD du Bas-Rhin. Le Département espère ainsi réduire la surcharge de travail qui pèse sur les épaules, déjà éprouvées, des aides-soignants des EHPAD et qui se traduit par un taux d’absentéisme supérieur à 10%. Les maisons de retraite du Bas-Rhin emploient plus de 7 000 personnes pour environ 13 000 résidents.

Le manque de personnel accompagnant est le principal problème des maisons de retraite (Photo GK / Rue89 Strasbourg / cc)
Le manque de personnel accompagnant est le principal problème des maisons de retraite (Photo GK / Rue89 Strasbourg / cc)

Les familles en lançeuses d’alertes

Frédéric Bierry est resté évasif sur les autres mesures de ce « plan d’urgence, » pourtant chiffré à 4,5 millions d’euros par an de dépenses supplémentaires. Des rénovations sont prévues mais d’une manière générale, le Conseil départemental espère changer la nature de ses relations avec les EHPAD, pour les faire évoluer d’une « relation technique financière vers un accompagnement centré sur l’humain. » Frédéric Bierry estime que des solutions existent déjà à l’intérieur des établissements :

« On constate que le bien-être des résidents peut être tout à fait différent entre deux établissements pourtant similaires en taille et nombre de lits. Donc on va faire en sorte d’identifier les bonnes pratiques à l’intérieur du département pour les diffuser à l’ensemble des établissements. On va aussi solliciter les familles, on veut qu’elles soient en mesure de nous alerter quand il y a des problèmes et que l’institution soit en mesure de répondre. Nos contrats d’objectifs et de moyens avec les EHPAD vont être modifiés pour refléter ces exigences. »

Pour l’instant, le Département ne dispose pas d’outils lui permettant de détecter si un établissement est fonctionnel ou non. Il peut envoyer des inspecteurs mais qui ne relèvent que des problèmes mineurs. Frédéric Bierry souhaite que les élus du Conseil départemental présents aux conseil d’administration des établissements soient mieux connus par les familles, qui doivent être en mesure de les alerter si elles constatent des dysfonctionnements.

Le Département va également regarder comment améliorer la prise en charge de la dépendance, avant que les personnes ne soient placées dans les maisons de retraite… Par exemple en améliorant le dispositif des « accueillants familiaux » : actuellement une cinquantaine de personnes reçoivent des personnes âgées chez elles, après un agrément et en lien avec un EHPAD.

« Depuis vingt ans, on manque d’aide-soignant en EHPAD »

« Depuis vingt ans, on manque d’aide-soignant en EHPAD »

La directrice de l’EHPAD Saint-Arbogast, à Strasbourg, dénonce un manque de personnel chronique dans son établissement. Un sous-effectif qui complique la mise en place d’un véritable « lieu de vie » pour les résidents. Reportage au cours d’un repas d’anniversaire.

Une bougie pour fêter ses 101 ans. Au rez-de-chaussée de l’EHPAD Saint-Arbogast, Suzanne Klementz fête son anniversaire avec une semaine d’avance. Autour de la table, trois autres résidents et trois membres du personnel nés en septembre. La directrice de l’établissement Micheline Keiling tient à cet événement mensuel. Souvent, le temps manque pour offrir un vrai « lieu de vie » avec une relation plus personnelle entre les salariés de la maison et les pensionnaires. « Ici, on a 20 postes et demi d’aides-soignants. Il nous en faudrait sept de plus », explique la responsable de cette maison de retraite gérée par l’Abrapa.

La dépendance croissante des résidents dans les maisons de retraite réclame plus d'aide-soignants (Photo GK / Rue89 Strasbourg / cc)
La dépendance croissante des résidents dans les maisons de retraite réclame plus d’aide-soignants (Photo GK / Rue89 Strasbourg / cc)

« J’ai parfois l’impression d’être à l’usine »

Dans cet EHPAD habilité à l’aide sociale, les résidents bas-rhinois payent près de 1 900 euros par mois de leur poche. L’Agence Régionale de Santé (ARS) finance le « forfait soin ». Il comprend la totalité du salaire des infirmiers, 70% du revenu des aides-soignantes et le matériel médical. Le « forfait dépendance » est à la charge du Conseil départemental, qui subventionne une partie des frais du personnel et échelonne le soutien financier selon l’état de dépendance des résidents.

Depuis 22 ans, Lorena Aravena nettoie l’établissement et aide les résidents à prendre leur repas. Dans le jargon, elle est Agente de Service Logistique. Elle est nostalgique de ses premières années de travail :

« Aujourd’hui, il faut se dépêcher pour avoir un peu de temps de dialogue avec les résidents. Le problème, c’est que si je prends 10 minutes de retard pour terminer le dîner, c’est l’aide-soignante derrière qui terminera plus tard parce qu’il faut encore changer la personne et la coucher… Il y a 20 ans, il y avait une quinzaine de personnes dépendantes ici. Aujourd’hui, sur 82 résidents, il y a peut-être quatre ou cinq personnes autonomes. Avec le manque de temps, j’ai parfois l’impression d’être à l’usine, alors que ce sont des êtres-humains… »

« Le problème, c’est la gestion de l’urgence »

À la table, Lionel Marcelle tend une cuillère à la bouche de Jean-Louis Osche, 85 ans. Pour l’infirmier, « le problème, c’est la gestion de l’urgence. » Tant bien que mal, une aide-soignante parvient à s’occuper tous les matins de 17 résidents. Il faut aider à la toilette, à l’habillage, à la prise du petit-déjeuner et observer l’état de santé des pensionnaires… Mais il suffit d’une absence, d’un résident malade, ou d’un accident, pour rompre cet équilibre précaire. La directrice se souvient de la « catastrophe » en juin : parmi les cinq infirmiers, trois arrêts-maladie et un congé.

Sur la table, la mousse de canard, le poisson puis un gâteau au chocolat se succèdent. Un repas soigné pour l’occasion. Medirest est le sous-traitant chargé de la restauration. Chaque jour, l’EHPAD paye « 9 euros et quelques » par résident pour le petit-déjeuner, le déjeuner et le dîner. « Les frais de personnel sont inclus », ajoute la directrice, qui ajoute : « Le goûter, je le prends sur le budget animation… »

Des aides-soignantes mal payées

Micheline Keiling n’a pas regardé l’enquête d’Envoyé Spécial sur un EHPAD privé dans l’Eurométropole de Strasbourg. « Ce sont toujours les mêmes images », regrette-t-elle. « Nous, ça fait vingt ans qu’on dit qu’il manque des aides-soignantes. Sur ce sujet, les gouvernement se succèdent et se ressemblent. » Pour la directrice, le sous-effectif vient aussi d’un salaire trop bas :

« Les aides-soignantes gagnent à peine plus que le SMIC. En plus, ce souvent des mères de famille. L’État doit prendre la décision de mieux les payer. »

Au cours du reportage, Micheline Keiling n’avait pas encore pris connaissance du plan du Conseil départemental du Bas-Rhin pour les EHPAD. La directrice d’EHPAD reste sur ces gardes :

« Pour l’instant, tout ce que je sais, c’est que le financement du Département pour l’année prochaine n’augmente que de 0,5% alors que nos frais pour le service de restauration vont croître de 1,5 %. C’est aussi pour ça que les salaires des aides-soignantes n’augmente pas… »

Le projet de cinéma MK2 à Schiltigheim validé à Paris

Le projet de cinéma MK2 à Schiltigheim validé à Paris

La Commission nationale d’aménagement cinématographique (Cnaci), a confirmé le projet de cinéma MK2 à Schiltigheim, ce vendredi 21 septembre.
Après le feu vert en commission départementale en avril, René Letzgus, dirigeant du cinéma Le Trèfle à Dorlisheim et surtout du Vox au centre-ville Strasbourg a déposé un recours auprès de la commission nationale à Paris. Il estime . . .

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Le sénateur André Reichardt pour une Alsace hors de la Région Grand-Est

Le sénateur André Reichardt pour une Alsace hors de la Région Grand-Est
Alors que Jacqueline Gourault, ministre auprès du ministre de l’Intérieur, vient de boucler un tour d’Alsace pour voir comment pourrait se créer une nouvelle collectivité alsacienne, le sénateur André Reichardt (Les Républicains) lui a envoyé une lettre l’invitant à réfléchir à la suite. Et la suite, c’est la sortie de la Région Grand Est pour la future collectivité d’Alsace. Celui qui est pourtant conseiller régional et du même parti que le président de la Région, Jean Rottner, rappelle dans son courrier que deux sondages en février 2018 et mai 2017 ont indiqué que respectivement 83% et 84% des Alsaciens souhaitent sortir de la Région Grand-Est :
« Dans ces conditions, toute proposition qui maintiendrait l’Alsace durablement dans la Région Grand Est ne saurait me convenir car elle se heurterait au désir de nos concitoyens. En outre, créer un département alsacien aux compétences élargies créerait un précédent qu’il serait difficile de contenir. (…) La fusion du Bas-Rhin et du Haut-Rhin ne manquerait pas de raviver la peur pour la population de chacun d’entre eux qu’elle perde son identité, cette peut ayant été pour beaucoup dans l’échec du référendum de 2013. »
André Reichardt avec la Marque Alsace (doc remis)
André Reichardt avec la Marque Alsace (doc remis)
Surtout que personne ne panique ! André Reichardt propose quand même une solution à la ministre :
« La seule option qui reste est la création d’une collectivité à statut particulier, dotée des compétences économiques. (…) Cette collectivité pourrait être constituée hors de la Région Grand-Est soit y fonctionner temporairement avant d’en sortir. »
Autrement dit, la ministre pourrait proposer la création de… la Région Alsace ! C’est pourtant simple.

La lettre d’André Reichardt à Jacqueline Gourault

Le président du Bastion Social Strasbourg prend la tête du mouvement national

Le président du Bastion Social Strasbourg prend la tête du mouvement national

Mercredi 19 septembre, le président du Bastion Social Strasbourg a pris la tête du mouvement identitaire au niveau national.

Mercredi 19 septembre, Valentin Linder a été nommé à la tête du mouvement identitaire Bastion Social. Le président de la section strasbourgeoise, responsable de l’ouverture du bar associatif L’Arcadia à l’Esplanade, remplace Steven Bissuel. Le fondateur lyonnais du groupe d’extrême-droite quitte la présidence pour des « raisons personnelles et judiciaires, » indique le mouvement dans un communiqué. Il a été condamné à 20 000 euros d’amende pour incitation à la haine raciale en août 2018.

La présidence du bastion social au niveau national passe de Steven Bissuel (à gauche) à Valentin Linder (à droite), président de la section strasbourgeoise du mouvement identitaire. (Capture écran)

Valentin Linder et Strasbourg Offender

À 24 ans, Valentin Linder doit coordonner l’action des six antennes du Bastion Social (Lyon, Strasbourg, Marseille, Chambéry, Aix-en-Provence et Clermont-Ferrand). Sur son compte Instagram, cet ancien membre du GUD (ancienne organisation étudiante française d’extrême-droite) montre un certain intérêt pour le groupuscule de hooligans « Strasbourg Offender ». Le 8 septembre 2018, les Strasbourgeois remportaient un combat en pleine nature, à 13 contre 13, contre une équipe parisienne.

Sur son profil Instagram, Valentin Linder publie une photo de tout l’équipement nécessaire aux combats auxquels participe Strasbourg Offender (Capture d’écran)

Le retour de Thomas Beauffet

Peu après le lancement de la section strasbourgeoise du Bastion Social, Valentin Linder avait accordé un entretien à Rue89 Strasbourg. Sur l’agression xénophobe du 9 décembre 2017, le responsable s’était dédouané de toute responsabilité : « Les coupables ne sont pas membres du Bastion. » Notre enquête avait permis de démontrer le contraire : Thomas Beauffet, trésorier de l’association, avait été condamné à huit mois de prison ferme, avec maintien en détention pour violence aggravée.

Suite à sa libération, Thomas Beauffet a repris ses activités au sein du mouvement identitaire. L’ex-incarcéré a ainsi fondé l’association Cicéro. L’organisation a pour but le « soutien moral, financier et juridique que nous apporterons aux prisonniers et justiciables militants du Bastion Social et à leurs familles ». Elle sera présentée le 22 septembre dans le local du Bastion Social Strasbourg, au 29 rue Vauban.

Six membres du Bastion Social Strasbourg ont été contactés jeudi 20 septembre. Aucun n’a répondu à nos sollicitations.

Vers un BHNS électrique de la gare à Archipel dès 2019

Vers un BHNS électrique de la gare à Archipel dès 2019

La Ville de Strasbourg compte mettre un place une liaison directe en Bus à haut niveau de service (BHNS) entre la gare de Strasbourg et le quartier d’affaires Archipel, ainsi que les institutions européennes. C’est un projet nouveau qu’ont annoncé le maire de Strasbourg Roland Ries (PS) et son premier adjoint Alain Fontanel (LREM) lors d’une conférence de presse préalable au conseil municipal.
Trois variantes
Trois itinéraires sont étudiés. L’un par le boulevard Clémenceau et l’autre . . .

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GCO : Pas de suspension d’urgence pour l’échangeur autoroutier

GCO : Pas de suspension d’urgence pour l’échangeur autoroutier
Deuxième décision ce jeudi concernant le Grand contournement ouest (GCO – voir tous nos articles) de Strasbourg ! Mais cette fois, le tribunal administratif de Strasbourg n’a pas suspendu l’arrêté préfectoral mettant en compatibilité le Plan local d’urbanisme (PLU) de Brumath avec la construction de l’échangeur au nord avec l’A4 et l’A35. Ce nœud autoroutier avec l’A4 et l’A35 est construit et financé par la Société d’autoroutes du nord et de l’est de la France (Sanef) pour 43 millions d’euros, en échange d’un allongement de sa concession. Les trois juges administratif estiment que les arguments présentés par Alsace Nature « ne sont pas de nature à faire apparaître un doute sérieux sur la légalité des actes de la préfecture du Bas-Rhin » (voir la décision ci-dessous).

Un pont en question

L’association environnementaliste reprochait notamment, via son avocat Me François Zind, l’absence d’étude d’impact, le fractionnement (ou « saucissonage ») du dossier du GCO ainsi que le manque d’information des citoyens. Mais les débats lors de l’audience de mercredi ont surtout tourné autour la construction d’un « écopont », un terme utilisé pour désigner un passage pour les animaux sauvages. Or pour Alsace Nature, ce n’est pas une mesure pour qui « compense » l’impact de l’autoroute sur la nature comme indiqué, mais le « réduit ».
François Zind, l'avocat d'Alsace Nature peu avant l'audience (photo JFG / Rue89 Strasbourg)
François Zind, l’avocat d’Alsace Nature peu avant l’audience (photo JFG / Rue89 Strasbourg)
Pour l’avocat de la Sanef, l’audience n’était pas le moment ni l’endroit pour « refaire le débat du GCO ». Il a minimisé l’impact de ce document technique publié en janvier 2018, qui « a produit ses effets », son application concrète étant les arrêtés pour les travaux. Il a indiqué que l’écopont sera installé « sur le réseau existant » (l’A4) et non à proximité du futur échangeur vers Vendenheim, les alternatives proposées étant compliquées :
« L’idée d’un passage sous l’autoroute peut-être séduisante intellectuellement, mais elle pose d’autres inconvénients. Il faudrait rehausser l’autoroute. »
La représentante du préfet du Bas-Rhin a insisté sur l’intérêt général du projet. Elle a rappelé que l’avis de l’enquête publique sur cette mise en compatibilité était favorable, assorti uniquement de recommandations (et non de réserves, plus contraignantes) et qu’il y avait eu « une large information du public ». Mais pour Stéphane Giraud, directeur d’Alsace Nature, ces « arguments techniques visent à ne pas répondre aux contraintes biologiques. » D’autres communes doivent encore mettre en conformité leur PLU avec l’échangeur nord. Comme l’a révélé Rue89 Strasbourg, la Ville de Strasbourg compte vendre quelques parcelles de forêt à Brumath lui appartenant pour permettre les compensations environnementales prévues. Cette décision en référé ne remet pas en cause le jugement sur le fond, qui est attendu à l’automne.

La décision du tribunal administratif

À Ottmarsheim, un engrais potentiellement explosif « géré comme du sable »

À Ottmarsheim, un engrais potentiellement explosif « géré comme du sable »

1 250 tonnes de nitrate d’ammonium et dix non-conformités aux règles de sécurité ! Ce cocktail potentiellement explosif est décrit dans une enquête du quotidien en ligne Reporterre. Un inspecteur de Groupama Grand Est a décidé de lancer l’alerte à propos des conditions de stockage dans une cooperative agricole à Ottmarsheim, dans le Haut-Rhin.

Une palette de sucre (à gauche) stockée au dessus d’une palette de sacs d’ammonitrate dans un hangar de la coopérative agricole céréalière d'Ottmarsheim. Le mélange des deux produits permet la création d’explosif. (Photo Reporterre)
Une palette de sucre (à gauche) stockée au dessus d’une palette de sacs d’ammonitrate dans un hangar de la coopérative agricole céréalière d’Ottmarsheim. Le mélange des deux produits permet la création d’explosif. (Photo Reporterre)

« Un sujet tabou dans le milieu de l’agriculture »

Le nitrate d’ammonium n’est pas dangereux tant qu’il reste pur, à température peu élevée. Mais il « peut se décomposer à partir de 210 °C et détonner dans un espace confiné », comme l’explique Reporterre. Le 21 septembre 2001, l’explosion d’un stock de cet engrais a fait 31 morts et plus de 2 000 blessés à Toulouse. À Ottmarsheim, le lanceur d’alerte a observé la « mise hors service volontaire de la détection incendie par l’exploitant » ou encore « l’absence de deux lances à incendie » et le manque « d’évacuation des fumées. »

Pour l’inspecteur de Groupama Grand Est, « l’ammonitrate est un sujet tabou dans le milieu de l’agriculture. » Interrogée par Reporterre, la coopérative agricole de céréales d’Ottmarsheim a affirmé que les normes étaient respectées. Alertée également, la Direction régionale de l’environnement (Dreal) relève des « non conformités » mais assure que l’exploitant a promis d’y mettre fin.

Le respect des règles de sécurité autour de l’engrais interroge. Reporterre rappelle l’explosion d’un silo à grain dans le port du Rhin à Strasbourg, le 6 juin dernier :

« Le bilan aurait pu être beaucoup plus élevé si les pompiers n’avaient pas évacué un stock de 447 tonnes d’ammonitrates situé à proximité du silo. »

La préfecture admet ici « une infraction à la réglementation ». Du côté de la Coopérative de Strasbourg, Reporterre a appris que « ce transit s’effectuait jusqu’ici de manière régulière sans soulever la moindre question ».

GCO : le tribunal suspend l’abattage de 30 arbres à Pfulgriesheim

GCO : le tribunal suspend l’abattage de 30 arbres à Pfulgriesheim

À la demande d’Alsace Nature, le tribunal administratif de Strasbourg a suspendu un arrêté autorisant la coupe de 30 faux-acacias (ou robiniers) entre Pfulgriesheim et Pfettisheim, dans le cadre des travaux du Grand contournement ouest (GCO – voir tous nos articles) de Strasbourg.

Les juges, réunis en formation collégiale, estiment qu’il existe un « doute sérieux » sur la légalité des actes préfectoraux et donc urgence à les suspendre. La compétence du préfet du Bas-Rhin à signer un tel texte fait défaut selon les trois magistrats. Après plusieurs défaites, c’est la deuxième victoire en une semaine pour Alsace Nature, qui a aussi obtenu la suspension du permis d’aménager du viaduc de Kolbsheim le 14 septembre.

Absence d’alternatives contre intérêt limité

L’association environnementaliste contestait l’absence d’alternatives à ce déboisement, ainsi qu’un défaut d’information du public. « Il y a des mesures de compensations, qui sont d’ailleurs très bonnes, on ne le conteste pas, mais les mesures d’évitement n’ont pas été essayées », explique l’avocat d’Alsace Nature, Me François Zind.

D’un point de vue plus technique, l’association s’interrogeait sur la compétence utilisée par le préfet, et non par le Conseil départemental, ainsi que de la conformité des documents qui indiquent que les arbres sont dans la commune voisine de Pfettisheim, et non à Pfulgriesheim.

En face, Me Jean-Nicolas Clément pour le constructeur et concessionnaire du GCO Arcos (filiale de Vinci), a répondu que l’opération avait un « intérêt écologique limité » et que le Conseil départemental soutient aussi le GCO. La représentante du préfet a ajouté de son côté que ce « décor planté » avait un « motif purement paysager ».

Le tracé du GCO passe entre Pfulgriesheim et Pfettisheim. (visualisation Google Earth par Arcos)
Le tracé du GCO passe entre Pfulgriesheim et Pfettisheim. (visualisation Google Earth par Arcos)

Temporisation

À l’issue de l’audience mercredi, la société Arcos nous a indiqué qu’elle attendrait cette décision, avant de procéder ou non à cet abattage. L’avocat d’Alsace Nature craignait une coupe entre le dépôt de sa requête, vendredi 14 septembre et l’étude du recours. Les déboisements majeurs à Kolbsheim et Vendenheim à l’issue de l’évacuation de la Zad, sont encadrés par des actes spécifiques qui n’ont pas été suspendus. Mais Vinci n’a pas attendu les décisions sur les autres recours pour procéder à ces travaux préparatoires.

Un empressement qu’avait dénoncé le syndicat des avocats de France (SAF) dans un communiqué (« une atteinte intolérable au principe du recours effectif !« ). Des membres de sa section strasbourgeoise étaient d’ailleurs présents au rassemblement devant le tribunal administratif la veille, qui a réuni environ 150 personnes. Lors de l’audience, François Zind a salué cette temporisation.

Le jugement sur le fond sera prononcé dans les prochains mois. Le tribunal administratif a aussi sommé l’État à verser 1 000 euros à Alsace Nature pour les frais de justice.

La décision de justice

#pfulgriesheim

GCO : le geste de François de Rugy

GCO : le geste de François de Rugy

Après une évacuation musclée de la ZAD de Kolbsheim et le début de l’abattage des arbres, le tribunal administratif a ordonné la suspension d’une autorisation d’aménagement du viaduc du Grand contournement ouest. Le nouveau ministre de l’Environnement, François de Rugy, n’entend pas freiner le dossier.