Enquêtes et actualité à Strasbourg et Eurométropole

« Le Parlement européen est devenue une ZAD, une zone à députés »

« Le Parlement européen est devenue une ZAD, une zone à députés »

Les usagers des berges de l’Ill se sont à nouveau mobilisés lundi 10 septembre, près du Parlement européen de Strasbourg pour demander de conserver l’accès au quai du Bassin de l’Ill et à retrouver celui de la promenade Alcide de Gasperi.

Coïncidence : la manifestation pour le maintien de l’accès aux berges autour du Parlement européen de Strasbourg a lieu le jour-même où les gendarmes ont évacué la ZAD de Kolbsheim et expulsé les opposants au GCO. Bernard Irrmann, du collectif Véläuch, évoque ironiquement une autre ZAD, la « Zone À Députés » qui envahit l’espace public et n’aura – elle – rien à craindre des CRS.

Avec Jacques Gratecos, de l’ADIR (Association de défense des intérêts de la Robertsau), ils ont rappelé les positions du collectif d’associations d’usagers et de riverains constitué contre ces restrictions de circulation et dénoncé un Parlement européen qui tend à se replier sur lui-même. L’institution n’a jamais répondu aux multiples courriers qui lui ont été envoyés.

Les berges doivent-elles devenir des impasses ?

Jean Sommer (Alsace Nature et CADR 67) a insisté sur le caractère illégal du blocage des berges, qui contrevient à la servitude de marchepied, une obligation légale qui impose de laisser libre le passage le long d’un cours d’eau. Parmi les élus présents, Éric Schultz, adjoint au maire (La Coopérative), et Françoise Pfersdorff, conseillère départementale (LREM) du canton Robertsau-Wacken.

Un clapping revendicatif
Les manifestants adressent leurs messages au personnel du Parlement qui dîne à la cantine

La manifestation devait débuter sur l’autre rive, place des Glycines, devant le portail définitivement fermé de la promenade Alcide de Gasperi, mais la préfecture n’a pas autorisé ce rassemblement. Les manifestants sont donc arrivés comme précédemment par le pont de la Rose-Blanche et se demandaient, en cette veille de première session parlementaire après les vacances, s’ils se heurteraient à des grilles fermées sur le quai du Bassin de l’Ill, comme annoncé par les autorités.

C’est à ces emplacements que les grilles devraient être érigées…

Pour l’instant, rien n’est fermé. Les panneaux informant de la fermeture ont été retirés par les services municipaux.

Une députée LREM gazée, trois interpellations et plusieurs centaines d’opposants au GCO à Kolbsheim

Une députée LREM gazée, trois interpellations et plusieurs centaines d’opposants au GCO à Kolbsheim

Mercredi 12 septembre, les opposants au GCO étaient de plus en plus nombreux à Kolbsheim. Dans la matinée, Martine Wonner, députée de la majorité mais opposée au GCO, a reçu du gaz lacrymogène en provenance des gendarmes mobiles. Trois militants ont été interpellés. La journée s’est terminée sur une action symbolique par plusieurs centaines de personnes devant la mairie du village.

Nouvelle journée agitée à Kolbsheim, près de l’ancienne ZAD du Moulin. Suite à l’évacuation de la forêt voisine dans la matinée du 10 septembre, l’opposition au Grand contournement ouest (GCO – voir tous nos articles) a pris de l’ampleur. Les députés européens, tout comme des maires et des personnes âgées, participent d’une volonté de résister à l’abattage des arbres, ici comme à Vendenheim.

Trois personnes interpellées

Mercredi 12 septembre, tout a commencé à l’aube. Les machines de déboisement sont passées devant des manifestants impuissants. Trois personnes ont été interpellées. La préfecture en accuse deux de violences contre les forces de l’ordre. Ils tentaient d’empêcher l’arrestation d’un premier militant. La scène a été filmée et publiée sur le compte Facebook « ZAD du Moulin / Grand Hamster – Non GCO ».

Le maire brûle son écharpe tricolore

À Kolbsheim, le maire Dany Karcher, la députée de la majorité Martine Wonner et l’eurodéputé José Bové ont mené des opposants vers la forêt. Ils accusent les forces de l’ordre de nouveaux gazages dans la matinée. Excédé, l’élu kolbsheimois a décidé de brûler son écharpe tricolore, comme le rapportent France 3 Grand Est.

Le lierre et la « mascarade »

Lors de l’abattage des arbres, une délégation des services techniques de l’État a vérifié « le respect des mesures édictées dans les autorisations environnementales ». L’ancien assistant parlementaire de José Bové, devenu militant au sein du collectif « GCO Non Merci », Michel Dupont, dénonce une « mascarade ». Il estime que les inspecteurs « n’ont pas eu le temps de regarder si le travail sur le lierre a bien été fait (il devait être enlevé deux mois avant le début des travaux, ndlr) »

Boycott de la réunion avec le ministre De Rugy

Le gaz lacrymogène, les travaux lancés avant des décisions du tribunal administratif sur trois référés, le non-respect des règles environnementales… Autant de raisons pour les opposants au GCO de boycotter la réunion du jeudi 13 septembre avec le ministre de la Transition écologique et solidaire. Sur RMC,  François de Rugy a affiché son soutien au projet autoroutier :

« Le projet est lancé, il est déjà parti, mais je serai très exigeant et l’Etat va se donner les moyens, pour que plus un seul camion ne passe par le centre de Strasbourg sur l’autoroute A35 actuellement existante. »

Peu après 18h, les opposants au GCO se sont réunis sur la place de la mairie de Kolbsheim. Plusieurs témoignages évoquent « plus de 750 participants à trois minutes de silence » : « Une minute pour la nature, une pour la démocratie et une pour demain. »

Aux Journées du patrimoine, dernière chance pour profiter des trésors du Kochersberg

Aux Journées du patrimoine, dernière chance pour profiter des trésors du Kochersberg

Alors que les arbres des forêts de Kolbsheim et Vendenheim commencent à être abattus pour faire place au Grand contournement ouest (GCO), voici quelques suggestions pour se mettre au vert, tant qu’il est encore temps, dans le Kochersberg à l’occasion des Journées du patrimoine, samedi 15 et dimanche 16 septembre.

Alors que la Nature recule face au projet autoroutier du GCO, forêts et espaces verts se trouvent en bonne place dans le programme des Journées du patrimoine en Alsace, samedi 15 et dimanche 16 septembre. Voici une sélection de promenades inspirée par l’actualité.

Expo photos sur les arbres remarquables

À Vendenheim, des arbres centenaires ont été abattus mardi alors pourquoi ne pas visiter l’exposition photos sur les arbres remarquables en Alsace, dans l’église protestante de Harskirchen, à 80 kilomètres de Strasbourg. L’objectif : valoriser le classement des arbres remarquables par le Conseil départemental du Bas-Rhin.

Pour les Strasbourgeois peu désireux de se rendre à l’autre bout de l’Alsace, il y a la visite guidée du parc de l’Orangerie. Samedi et dimanche, entre 14 et 15h, il est possible de (re)découvrir les arbres centenaires, les fleurs et la roseraie de cet espace de 26 hectares. Ceux qui regrettent déjà la ZAD du Moulin feront un tour au jardin Fridolin. Dimanche 16 septembre, entre 15h30 et 16h, les amoureux de la Nature les plus romantiques pourront entendre une lecture de poèmes sur les fleurs et l’amour.

Autre occasion d’apprécier des arbres : la visite du jardin botanique de l’Université de Strasbourg. Ici, la végétation est choyée. Une serre tropicale abrite des palmiers et des bananiers. À l’extérieur, les visiteurs pourront découvrir des espèces de toutes les régions tempérées du monde, comme le Noyer de Pécan ou le Séquoia géant. Rendez-vous dimanche 16 septembre à 15h pour un « départ à la parcelle des plantes utilisées par l’Homme. »

Visiter le château de Kolbsheim avant le GCO

Dans le monde idéal des Journées du patrimoine, l’extraction de l’or noir n’est plus qu’un sujet d’exposition. Daniel Rodier guidera les amateurs tout le week-end dans le musée du pétrole français à Pechelbronn. Y aura-t-il de la place pour les méfaits de la pollution liée aux hydrocarbures ? Dans la description de l’établissement, on promet plutôt une meilleure compréhension de « l’importance de l’or noir et des produits dérivés dans le monde ». Plus proche des Strasbourgeois, l’ancienne manufacture des Tabacs ouvre ses portes. Samedi 15 et dimanche 16 septembre, deux visites par jour auront lieu.

Ce week-end est aussi la dernière occasion de profiter des jardins et du parc à l’anglaise du château de Kolbsheim, sans avoir en arrière plan une autoroute. Les visites sont programmées le samedi 15 septembre entre 9h et midi et entre 14h et 19h et le dimanche 16 septembre de 14h à 19h (prix 4€). La beauté et la quiétude des lieux est menacée par la construction du viaduc du GCO, qui passera en bordure du domaine.

Les jardins du château de Kolbsheim (Photo Château de Kolbsheim)

Ceux qui ne résolvent pas à voir le Kochersberg balafré par le GCO peuvent profiter de ce week-end pour visiter la maison du Kochersberg, à Truchtersheim. Ce musée des arts et traditions populaires organisent des visites guidées de l’exposition, en ce moment sur les coiffes alsaciennes… et l’habitat.

Boycotter le Crédit agricole, bloquer les travaux… Comment la lutte contre le GCO continue

Boycotter le Crédit agricole, bloquer les travaux… Comment la lutte contre le GCO continue

Malgré la destruction de la ZAD et l’abattage des premiers arbres, les opposants au GCO veulent continuer de lutter contre l’autoroute. Dans la soirée du mardi 11 septembre, plus de 150 personnes ont débattu des suites à donner à la contestation. Parmi les idées évoquées : boycotter les banques qui financent le projet autoroutier, bloquer les travaux ou soutenir financièrement Alsace Nature…

« Il y a un moment où ça va péter. » Philippe Ployé est en colère depuis l’évacuation de la Zone à défendre (ZAD) du Moulin à Kolbsheim. Le président des « Fédinois [habitants de Vendenheim, ndlr] contre le GCO, » membre du collectif « GCO non merci » ne se résout pas à voir des chênes centenaires abattus. Il était avec environ 150 opposants mardi soir à une « assemblée de lutte » à Vendenheim pour décider des suites à donner à la contestation.

A l’appel du collectif ‘GCO non merci », plus de 150 opposants au projet autoroutier se sont réunis devant la mairie de Vendenheim. (Photo Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc)

« Plus d’un seraient prêt à casser les machines »

« Il va y avoir une radicalisation », lâche Philippe Ployé. Le médecin ajoute : « En privé, j’en ai eu plus d’un qui serait prêt à casser les machines (utilisées pour le début des travaux, ndlr). » La réunion débute. Devant la mairie de Vendenheim, l’un explique comment se protéger du gaz lacrymogène. L’autre explique comment réagir en cas d’interpellation : « Vous devez garder le silence et vous demandez un avocat. »

« Quoiqu’il arrive, on continuera de se battre », assure une représentante d’Alsace Nature, fer de lance du collectif GCO Non Merci. Une manifestation devant le tribunal administratif est proposée dans la matinée du vendredi 14 septembre. Une audience doit y avoir lieu pour examiner deux recours en référé contre le viaduc et l’échangeur du GCO. Un homme se lève et incite à faire un don à l’association environnementaliste. Les recours de la députée (LREM) Martine Wonner pour obtenir un moratoire sur le projet sont aussi évoqués.

Le manque de contestataires actifs

Le problème majeur, c’est bien le manque de contestataires actifs. Pour aller bloquer les travaux dans la forêt de Vendenheim le lendemain matin, une vingtaine de mains se lèvent. Juste assez de monde pour empêcher les travaux ici, mais pas à Kolbsheim. Lunettes sur le nez, canne à la main, un autonomiste alsacien et fier adhérent d’Unser Land, se désole : « Où sont-ils les 1,8 million d’Alsaciens pour s’opposer à ce projet ? »

L’arrivée inopinée de Yannick Jadot provoque les applaudissements des participants assis sur la place. Le député écologiste européen incite à « lancer une pétition pour que la commission européenne vérifie la légalité du projet » et à « faire pression sur le nouveau ministre de l’écologie ». Le nouveau ministre de l’Environnement, François de Rugy, devrait accueillir les opposants au projet lors d’une réunion jeudi 13 septembre.

« Taper dans le porte-monnaie »

Puis Michaël Kugler, du groupe local d’Europe Ecologie – Les Verts, anime le débat. Parmi les participants, il trouve un volontaire pour organiser une formation à l’action non-violente. Le militant écologiste annonce la publication prochaine d’une carte interactive sur le site du collectif « GCO non merci ». Elle doit permettre de répertorier les arbres à protéger sur le tracé de l’autoroute.

« Il faut taper dans le porte-monnaie », lâche un participant. Il poursuit :

« Vérifiez que vous n’avez pas un compte au Crédit agricole. Ils financent le projet (ainsi que Banca IMI S.p.A, CaixaBank, KBC, CSOB et AUXIFIP, ndlr) .Vous y allez et vous leur dites : je ferme mon compte parce que vous financez un projet climaticide. »

La nuit s’apprête à tomber. L’assemblée décide d’aller « ramasser les glands des chênes centenaires abattus. » L’occasion d’aller constater les dégâts dans la forêt de Vendenheim. Casquette « Non au GCO » vissée sur la tête, Philippe Ployé craint « qu’il n’y ait déjà plus rien à protéger après-demain… »

25 choses que vous ignoriez sur le Centre européen de la consommation

25 choses que vous ignoriez sur le Centre européen de la consommation

Le Centre européen de la consommation souffle ce lundi 10 septembre ses 25 bougies. À cette occasion, il organise aujourd’hui sa soirée d’anniversaire au Parlement européen. Mais ce centre, késako ? Beaucoup ignorent tout de l’existence de cet organisme franco-allemand qui peut pourtant se révéler très utile dans la vie quotidienne des Européens.

1) Qu’il existe (et ce, depuis 1993) !

En 1993 a été créée l’association « Centre européen de la consommation », spécialisée dans les litiges transfrontaliers pour la région. Cette association propose des consultations juridiques. Des avocats et notaires franco-allemands y travaillent, par exemple pour aiguiller les Français et les Allemands qui ont un projet immobilier de l’autre côté du Rhin. En 2005, cette association a été choisie par Berlin et Paris pour accueillir les Centres européens des consommateurs (CEC) France et Allemagne, qui sont spécialisés dans les litiges à l’échelle européenne. Ainsi, le CEC France et son pendant allemand, « das europäisches Verbraucherzentrum », partagent aujourd’hui les mêmes locaux, les mêmes équipes, les mêmes prérogatives et la même envie d’épauler les consommateurs européens dans toutes leurs démarches. Et une croyance y prévaut : « Avec des droits, c’est bien, les connaître, c’est mieux ! »

2) Qu’il est basé à Kehl

À deux pas du jardin des Deux-Rives, mais déjà du côté allemand du Rhin, le Centre européen de la consommation est situé sur la place de la gare (Bahnhofsplatz 3) et donc accessible en tram depuis Strasbourg (ligne D, arrêt Kehl bahnhof).

3) Qu’il n’est pas tout seul

Chaque État membre de l’Union européenne (28 pays, donc, mais bientôt plus que 27 à cause du Brexit), ainsi que la Norvège et l’Islande, compte un Centre européen des consommateurs. Au total, il y a en a donc 30, même si le CEC France et le CEC Allemagne sont regroupés. En 2005, le réseau ECC-Net (European Consumer Centre-Network) a été créé par la Commission européenne pour permettre à toutes les structures pré-existantes de travailler en bonne intelligence, encore plus qu’auparavant.

Le Centre européen des consommateurs à Kehl aide les Français et les Allemands à faire en sorte que leurs droits soient bien respectés, notamment quand ils achètent en ligne. (Photo CEC / DR)
Le Centre européen des consommateurs à Kehl aide les Français et les Allemands à faire en sorte que leurs droits soient bien respectés, notamment quand ils achètent en ligne. (Photo CEC / DR)

4) Qu’il peut se révéler franchement utile

Le Centre européen de la consommation (CEC) ambitionne d’informer et de conseiller chaque consommateur quant à ses droits en Europe, ainsi que lui apporter l’assistance juridique nécessaire en cas de litige qui l’opposerait à un professionnel établi dans un autre pays membre de l’UE, en Norvège ou en Islande. La commissaire européenne Vera Jourova, commissaire européenne à la Justice, aux consommateurs et à l’égalité des genres, précise :

« Au cours des 25 dernières années, les Centres européens des consommateurs ont travaillé sans relâche pour permettre aux consommateurs de bénéficier de la protection qu’ils méritent. Sur le marché européen, ils ont aidé à construire la confiance des consommateurs au delà de leurs frontières nationales. De son côté, la Commission européenne s’attelle à augmenter encore ce niveau de confiance, notamment avec sa proposition de « New deal » pour les consommateurs, qui leur donnera encore plus d’outils de recours, individuellement ou collectivement, et permettra de faciliter l’obtention de compensations. »

La Commissaire européenne Vera Jourova, ici au Parlement européen à Strasbourg, est depuis toujours convaincue par l'action des Centres européens des consommateurs en Europe. (Photo Genevieve Engel / EP)
La Commissaire européenne Vera Jourova, ici au Parlement européen à Strasbourg, est depuis toujours convaincue par l’action des Centres européens des consommateurs en Europe. (Photo Genevieve Engel / EP)

5) Qu’il a le même âge que le marché unique

… Ce bon vieux marché unique, tel que façonné par le traité de Maastricht entré en vigueur en 1993, celui-là même qui, petit à petit, a dévoilé toujours plus d’avantages, comme les deux ans de garantie légale de conformité en cas d’achat d’un produit défectueux ou un délai de rétractation de 14 jours, partout en Europe, pour revenir sur un achat si le produit ne convient pas. Le genre de petits « plus » toujours appréciables.

6) Que face à lui, Ryanair ou easyJet ne font pas le poids

Vol annulé à la dernière minute ? Ne restez pas les bras croisés ! Si les e-mails ou lettres de réclamation directement adressés par les voyageurs restent parfois sans réponse, face à un CEC, une compagnie peut difficilement faire le mort. Concrètement, si un consommateur français contacte le CEC France pour une annulation de vol easyJet, les juristes de Kehl transmettent le dossier à leurs homologues outre-Manche, qui communiquent directement avec la compagnie. Ensuite, le dossier revient au CEC France et est traduit. « Cela peut aller assez vite », expose Elphège Tignel, responsable de communication, avant d’ajouter : « En fait, tout dépend de la réponse du professionnel ». Visiblement, les contacts avec easyJet sont relativement bons ; avec Ryanair un peu moins. Au CEC France, on l’avoue volontiers :

« En Europe, Ryanair ne fait franchement pas office de bon élève. Cette compagnie est perpétuellement dans la provocation… Mais les règles sont aussi valables pour elle. »

7) Qu’il milite pour un droit des passagers aériens tout nouveau, tout beau

À en croire le CEC France, il n’y a pas que dans les terminaux d’aéroport avec Booba dans les parages que règne la pagaille. Dans les textes européens qui encadrent le droit des passagers aériens, c’est pareil. En la matière, un règlement existe depuis 2004. Beaucoup appellent à sa révision depuis bientôt quatre ans, mais la réforme patine. « Il devient urgent de mettre certains éléments noir sur blanc, comme la taille des bagages en cabine, les montants d’indemnisation en cas de retard, » insiste Elphège Tignel, animée par la volonté de « simplifier la vie des gens. » Les règles en vigueur actuellement découlent le plus souvent d’arrêts de la Cour de justice de l’UE, mais plutôt que d’avoir à s’appuyer sur la jurisprudence européenne, les membres du CEC France aimeraient pouvoir compter sur des textes législatifs à part entière.

8) Qu’internet n’a pas de secret pour lui

L’autre gros secteur d’intervention du CEC France, à côté du droit aérien, est celui du commerce électronique. Depuis le second trimestre 2018, l’organisme a constaté une explosion de plaintes liées à des meubles dits « design » achetés en ligne. Elphège Tignel raconte :

« Il y a pas mal de fraudeurs qui se sont mis sur ce créneau, avec des promotions d’enfer, sur des meubles qui ne sont finalement que des fausses copies venues de Chine de pièces originales, jamais conformes aux standards en vigueur, et souvent franchement affreuses. »

Le plus fréquemment, pour la livraison, un délai de 12 semaines est annoncé, qui s’allonge, s’allonge et s’allonge encore. Si le consommateur veut faire machine arrière, l’entreprise lui demande alors de s’acquitter de 150 euros. Et Elphège Tignel de résumer : « Au niveau du droit de la consommation, c’est n’importe quoi ! » Mais comme tous ses homologues en Europe, le CEC France n’intervient qu’à l’amiable, et dans les cas de fraude avérées, il ne peut que rediriger les consommateurs malheureux vers la justice pour engager une procédure.

9) Qu’il a une dent contre la contrefaçon

Au volet de la lutte contre la contrefaçon, le CEC France joue un rôle de prévention important. Plus généralement, tous les types de fraudes sont dans le viseur de l’organisation. Parmi les plus fréquentes : les abonnements cachés ou les offres de smartphones à un euro qui ouvrent la voie à des prélèvements automatiques tous les mois, évidemment non désirés. Depuis bientôt deux ans, Sarah Abitbol est l’une des juristes du CEC France. Elle regrette :

« Nous avons eu des milliards de dossiers d’abonnements cachés… C’est fou le nombre de gens qui vont donner leurs coordonnées bancaires sur des sites d’arnaques… »

10) Que ses employés sont des champions hors catégorie du droit

Le Centre européen de la consommation, à Kehl, c’est 45 personnes au total, dont une vingtaine de juristes du côté allemand, et huit pour la France. Bardés de diplômes, ils maîtrisent le droit hexagonal, allemand et européen. Ils ne confondent pas un règlement européen et une directive européenne, savent que les conclusions d’un avocat général de la Cour de justice de l’UE ne sont pas forcément « suivies » quand l’arrêt est rendu, n’ont pas peur de plancher des heures durant sur des amendements de compromis mis sur la table par les eurodéputés…

11) … et des langues

La juriste Sarah Abitbol, 31 ans, parisienne devenue strasbourgeoise, témoigne :

« Je crois que plus que ma connaissance des textes juridiques, ce qui impressionne mes proches, ce sont les langues. J’en parle trois couramment, car j’ai grandi aux États-Unis et ai habité en Allemagne. Connaître le vocabulaire courant et, en plus, le vocabulaire juridique, ça peut impressionner ! Même si un de mes collègues parle six langues ! »

Ce dernier connaît en effet le français, l’italien, le grec, le néerlandais, l’espagnol et l’allemand. Être à l’aise dans cette dernière langue est impératif pour travailler dans l’équipe.

Le CEC à Kehl compte 45 personnes au total, dont une trentaine de juristes. (Photo CEC / DR)
Le CEC à Kehl compte 45 personnes au total, dont une trentaine de juristes. (Photo CEC / DR)

12) Que ses services sont totalement gratuits

Au lieu de recourir à un avocat et de payer des frais d’honoraires qui peuvent vite se compter en centaines d’euros, se tourner vers le CEC France (pour les Français) est une option à envisager en cas de pépin.

13) Qu’il a déjà aidé bon nombre de personnes

En 2017, ce sont pas moins de 4 600 plaintes qui ont été traitées par le CEC France (5 000 environ pour le CEC Allemagne). Les demandes d’informations occupent aussi largement leurs équipes. La même année, ce sont pas moins de 100 000 contacts qui ont été noués avec le CEC France, par des individus à la recherche de conseils divers.

Les CEC France et Allemagne traitent environ 10000 plaintes par an. Ici, une consultation avec juriste. (Photo CEC / DR)
Les CEC France et Allemagne traitent environ 10000 plaintes par an. Ici, une consultation avec juriste. (Photo CEC / DR)

14) Que le CEC France est un tantinet jaloux du CEC Allemagne…

Les subventions nationales allouées au CEC France ont atteint 195 300 euros en 2018. Le CEC Allemagne bénéficie de plus du double, soit 657 000€ en 2018. A cela s’ajoute, pour chacun, un financement européen (à la même hauteur que le budget national). Sans surprise, le CEC France a parfois du mal à faire le poids face au CEC Allemagne, ne serait-ce que parce que son effectif est de facto réduit. Et Elphège Tignel de constater :

« L’Allemagne donne beaucoup plus d’importance à la consommation que la France. Pour eux, c’est une partie très importante de l’économie, et nous, on le ressent vraiment. »

15) … et qu’il se sent parfois un brin boudé par Paris

La solution, selon le CEC France ? Que le ministère de l’Economie, et plus précisément sa Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF), se montre un peu plus généreuse. Mais Alexandre Chevallier, directeur de cabinet adjoint de la DGCCRF, se défend :

« Les montants attribués au CEC France par la DGCCRF ne sont pas comparables car les systèmes de financements allemand et français sont différents. En Allemagne, le mouvement consumériste est très organisé alors qu’il existe en France une autorité de protection des consommateurs qu’est la DGCCRF qui n’existe pas, sous la même forme, en Allemagne. Dans les crédits alloués par les projets de loi de finances, année après année, il nous a fallu faire face à des baisses de crédits. Mais le CEC France en a été relativement été préservé. »

16) Qu’il manque un peu de visibilité

Elphège Tignel explique :

« Beaucoup de consommateurs s’adressent à nous parce qu’ils ont entendu parler du CEC France sur des forums. La première chose qu’ils nous disent, c’est qu’ils ne savaient pas qu’on existait ! Pourtant, ce n’est pas faute de mettre en avant nos activités ! »

Mais cinq juristes pour 66 millions de consommateurs, c’est peu. « Si on devient plus connu, il faudra aussi que les moyens suivent derrière », poursuit la responsable de communication. Le CEC France n’a pas vu son équipe s’élargir depuis douze ans. Par contre, le nombre de plaintes, lui, gonfle de 20% chaque année, pas moins.

17) Que son président n’a pas été choisi au hasard

Trois eurodéputés, Alain Lamassoure, Andreas Schwab et Evelyne Gebhardt, ont siégé à ce poste clef. Depuis juillet, c’est au tour de Vincent Thiébaut, député du Bas-Rhin, d’occuper ce rôle. Au sein du CEC France, beaucoup espèrent que l’engagement de l’homme politique en faveur des problématiques transfrontalières pourra permettre à la branche française de rattraper son retard par rapport au CEC Allemagne.

18) Que parfois, les plaintes qui lui sont adressées lui donnent du fil à retordre

La juriste Sarah Abitbol explique que parmi les affaires les plus ubuesques et les moins faciles à gérer se trouvent souvent celles qui concernent les animaux. Cette avocate de formation raconte :

« Récemment, je m’occupais du dossier d’un consommateur qui voulait se faire rembourser… un chat ! Selon le droit français, un chat est un bien. Mais au Portugal, où ce chat avait été acheté, cela n’est pas le cas. Dès qu’il est question d’animaux, c’est tout de suite du ressort du pénal. Donc il a fallu parlementer longtemps avec nos homologues pour savoir comment procéder. »

Sarah Abitbol est juriste au CEC depuis bientôt deux ans. (Photo CEC / DR)
Sarah Abitbol est juriste au CEC depuis bientôt deux ans. (Photo CEC / DR)

19) Qu’il a sa propre appli

L’application « ECC-Net: Travel » est disponible sur iPhone et Android, et en 24 langues. Avant ou pendant un voyage, il peut être bon d’y jeter un oeil, car elle compile les démarches à effectuer si les bagages sont perdus, le vol retardé ou que la chambre avec vue sur mer réservée en ligne donne finalement sur un bloc de béton. L’application fonctionne dans les 28 pays de l’UE.

20) Qu’il n’est pas seul à prendre soin de vous

Pour protéger les consommateurs, les CEC dans toute l’Europe ne sont pas les seuls boucliers mis en place par l’Union européenne. En 2004, elle a aussi instauré un réseau, dont le nom conviendrait parfaitement à un dinosaure : Rapex. Il n’empêche, c’est bien ce système d’alerte rapide pour les produits dangereux (produits alimentaires exclus) qui a permis, en 2016, de faire retirer en vitesse les téléphones Samsung Galaxy Note 7 qui avaient une fâcheuse tendance à exploser en raison d’un défaut de conception de leur batterie.

21) Que travailler dans un réseau prend parfois des airs de casse-tête

Si faire partie d’un vaste réseau est le plus souvent une force, parfois, travailler avec une trentaine d’autres équipes n’est pas chose aisée, surtout quand il s’agit de s’intéresser à des points de détail des législations, qui peuvent, pour une raison ou une autre, se révéler très importants pour les consommateurs. « On ne vit pas en Autriche, on ne peut pas savoir si d’un jour à l’autre, les pneus neige sont interdits ! Et nos collègues à Vienne ne vont pas forcément penser à nous donner l’info », illustre Elphège Tignel, qui souligne toutefois que « travailler en multilingue, en multi-cultures est plutôt riche ».

22) Qu’il est souvent de bon conseil

Jeux en ligne, revente ou rachat de billets de concert, de pièces de théâtre, de matchs : voilà autant de domaines dans lesquels les textes en vigueur semblent toujours un peu troubles. Pour ne pas avoir à s’inquiéter d’être ou non dans la légalité, voire pour éviter de tomber dans un piège (faux tickets de train, arnaques en ligne, etc.), chercher conseil auprès du CEC France n’est certainement pas une mauvaise idée.

Le budget du CEC est décidé par le ministère de l’Economie, et plus précisément sa Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF). (Photo CEC / DR)
Le budget du CEC est décidé par le ministère de l’Economie, et plus précisément sa Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF). (Photo CEC / DR)

23) Que les problématiques franco-allemandes l’occupent beaucoup

Problèmes de garage en Allemagne, questions autour de l’immatriculation d’un véhicule ou interrogations concernant l’achat d’un bien immobilier de l’autre côté de la frontière, signature d’un acte de vente sur l’autre rive du Rhin, incertitudes quant aux remboursements des soins de santé, ce sont le plus souvent de « soucis de la vie quotidienne » dont font part les Européens au Centre européen de la consommation. « Les différences de culture sont notoires entre la France et l’Allemagne, jusque dans la manière de consommer », ne cache pas Elphège Tignel, qui sourit :

« Les Allemands seront beaucoup plus dans la recherche d’informations préalables, alors que les Français viennent nous voir ensuite, une fois qu’ils sont dans la panade après avoir acheté je-ne-sais-quoi ! »

24) … et que celles-ci réservent parfois des surprises de taille

Sarah Abitbol, juriste au CEC France, sait depuis qu’elle est arrivée dans l’organisation qu’entre l’Hexagone et l’Allemagne, le droit applicable peut varier du tout au tout. Elle donne un exemple très parlant :

« Un truc très courant touche aux réservations de séjours par des consommateurs français sur des sites allemands, au motif que ces voyages seraient moins chers. Une fois sur le site, ils font une simulation… puis reçoivent une facture. Ils ne comprennent pas, ils disent qu’ils n’ont rien payé, n’ont pas donné leurs coordonnées bancaires. Or outre-Rhin, cliquer sur “accepter” sur un site est contraignant. Il faut le savoir. »

25) Qu’il se visite

Pour les groupes, des visites du Centre sont organisées régulièrement, avec un petit topo sur le droit des consommateurs à la clef. Ce sont notamment des lycéens et des étudiants qui en profitent. Du mardi au jeudi inclus, les consommateurs peuvent aussi se rendre directement à Kehl, pas vraiment pour « visiter » les lieux, mais pour échanger directement avec un juriste, si besoin.

#centre européen de la consommation

C’est quoi ces tags #SaveYourInternet partout à Strasbourg ?

C’est quoi ces tags #SaveYourInternet partout à Strasbourg ?

En lettres blanches ou jaunes, des hashtags #SaveYourInternet ont fleuri en nombre sur les trottoirs de Strasbourg. Mais pourquoi internet serait-il en danger ? À cause de la réforme du droit d’auteur, pardi ! C’est du moins ce qu’affirment bon nombre de lobbyistes opposés au texte.

À midi ce mercredi, un vote très attendu se tiendra au Parlement européen, en session plénière à Strasbourg : la réforme du droit d’auteur dans l’Union européenne. L’idée générale du texte est de rééquilibrer le rapport de force entre les créateurs (artistes, créateurs, auteurs mais aussi les journalistes) et les grandes plateformes du numérique. Deux dispositions sont particulièrement sensibles : l’article 11, qui envisage la création de droits voisins pour les éditeurs de presse, et l’article 13, qui s’attaque au « value gap », ou écart de valeur, soit le décalage entre les bénéfices engrangés par les plateformes d’un contenu protégé et ce que perçoivent réellement les créateurs, en bout de chaîne.

Pas moins de 150 amendements ont été déposés en vue du vote de la directive "droit d'auteur". (Photo CS / Rue89 Strasbourg / cc)
Pas moins de 150 amendements ont été déposés en vue du vote de la directive « droit d’auteur ». (Photo CS / Rue89 Strasbourg / cc)

Depuis le début des pourparlers autour de ce texte (proposé par la Commission européenne en 2016), les eurodéputés sont soumis à une intense pression. Virginie Rozière, eurodéputée membre du groupe des Socialistes et démocrates européens (S&D) au Parlement, raconte :

« Entre le vote en commission des Affaires juridiques et le premier vote en plénière [durant lequel le mandat de négociation a été rejeté, ndlr.], en juillet, deux semaines seulement sont passées… durant lesquelles j’ai reçu pas moins de 40 000 e-mails au sujet du droit d’auteur ! Le lobbying autour de ce texte est pire encore que celui que nous avons connu lors de la négociation de la directive sur les armes à feu. »

Elle pointe notamment du doigt la campagne #SaveYourInternet, qui est dirigée et fondée par Copyright for Creativy, une coalition de lobbies actifs dans le domaine du numérique. Elle compte notamment en son sein la très puissante Computer and Communications Industry Association (CCIA), qui, elle-même rassemble Google, Amazon et autres Facebook. Sur le site, il est notamment possible d’envoyer automatiquement des e-mails à un ou plusieurs eurodéputés, afin de les inciter à voter contre le texte. Résultat : les boîtes e-mail des élus européens débordent.

Derrière le hashtag #SaveYourInternet se cachent des représentants d'intérêts des grandes plateformes du numérique. (Photo CS / Rue89 Strasbourg / cc)
Derrière le hashtag #SaveYourInternet se cachent des représentants d’intérêts des grandes plateformes du numérique. (Photo CS / Rue89 Strasbourg / cc)

Virginie Rozière n’est pas la seule députée à être estomaquée par l’ampleur de la mobilisation. Dans le camp adverse, à droite, Marc Joulaud, membre du Parti populaire européen, faisait aussi part de son désarroi alors que le mandat de négociation venait d’être rejeté en session plénière, début juillet :

« C’est une campagne de lobbying d’une violence sans précédent qui a été orchestrée par les GAFA. On a manipulé les citoyens en jouant sur leurs peurs, on a assimilé les députés à des censeurs militaires, on les a insulté et menacé de mort. Ce sont des méthodes abjectes et profondément cyniques qui montrent bien à qui l’on a affaire, mais qui ne font que renforcer mes convictions. »

Le vote du texte se tient ce mercredi 12 septembre à midi. (Photo CS / Rue89 Strasbourg / cc)
Très attendu, le vote du texte se tient ce mercredi 12 septembre à midi. (Photo CS / Rue89 Strasbourg / cc)

Un débat très mal posé

Depuis l’échec du texte début juillet, plus de 150 amendements ont été déposés pour le modifier. Ils seront soumis aux votes aujourd’hui. Dans les couloirs de l’institution, tout un chacun évoque un « scrutin crucial », une « étape majeure », mais nombreux sont aussi ceux qui l’admettent, à l’image de la socialiste Pervenche Berès : « Beaucoup de gens sont fatigués de ce débat. »

Le texte est en outre très imparfait, il ne fait pas que mécontenter les GAFA, la Quadrature du Net, association citoyenne à l’opposé de Google et Facebook, appelle également à voter contre le texte, en arguant des menaces qu’il fait peser contre la liberté des structures décentralisées.

Ce matin, sur la route vers le Parlement, les tags au sol comme le comité d’accueil devant l’institution dans lequel se mêlent depuis hier artistes et représentants d’intérêts, n’auront cesse de rappeler aux 751 élus que sur ce dossier, ils sont particulièrement attendus au tournant.

La députée européenne Karima Delli blessée par des gaz lacrymogènes à la ZAD de Kolbsheim

La députée européenne Karima Delli blessée par des gaz lacrymogènes à la ZAD de Kolbsheim

Dans la soirée de lundi, une centaine d’opposants au Grand contournement ouest de Strasbourg sont retournés vers la ZAD du Moulin, à Kolbsheim, évacuée par les gendarmes mobiles le matin même. Après des prises de paroles place Broglie à Strasbourg et avec la participation de deux eurodéputés écologistes, Karima Delli et José Bové, ils sont allés au jardin du château de Kolbsheim où ils se sont retrouvés avant de se rapprocher de la ZAD vers 19h.

Selon des témoins présents sur place, les gendarmes mobiles ont alors tiré des grenades lacrymogènes sur le groupe qui approchait. Puis ils ont fait ensuite usage de bonbonnes de gaz à courte distance. Karima Delli a eu la malchance de se trouver juste en face et a perdu brièvement connaissance, incapable de respirer.

https://twitter.com/josebove/status/1039218213354184706

Le groupe s’est alors dispersé et Karima Delli a été évacuée chez le maire de Kolbsheim, Dany Karcher, où elle a repris ses esprits peu après. Selon l’entourage des élus écologistes, Karima Delli n’a pu reprendre une respiration normale que vers 21h. Ses yeux continuaient de la faire souffrir en soirée.

Les élus écologistes dénoncent une violence qu’ils jugent disproportionnée de la part des gendarmes mobiles, une violence d’autant plus regrettable que l’évacuation de ce matin s’est déroulée sans heurts ni blessés. Le préfet du Bas-Rhin a indiqué lors d’une conférence de presse en fin de matinée que les gendarmes mobiles resteraient déployés sur les futurs sites de construction du GCO « aussi longtemps que nécessaire. »

#Karima Delli

En une nuit, de l’espoir aux larmes pour les opposants au GCO

En une nuit, de l’espoir aux larmes pour les opposants au GCO

Dans la nuit du 9 au 10 septembre, les zadistes de la forêt de Kolbsheim attendaient l’intervention des forces de l’ordre avec une certaine excitation. Mais lundi matin, les opposants au Grand Contournement Ouest (GCO) ont vite été dépassés par l’intervention de plus de 500 gendarmes mobiles. Reportage.

« C’est le grand soir ! », « Rendez-vous à 5h sur les barricades ! » Dimanche 9 septembre, à la nuit tombée, l’effervescence règne sur la ZAD du Moulin. Au cœur de la forêt de Kolbsheim, au nord-ouest de Strasbourg, zadistes et villageois opposés au projet de Grand Contournement Ouest (GCO – voir tous nos articles) se préparent à l’intervention des forces de l’ordre. Vers 20h, ils sont une quarantaine à échanger sur la résistance à opposer aux gendarmes mobiles. Il faut barrer la route départementale, organiser la venue des habitants alentours, communiquer par talkie-walkie… L’assemblée accepte l’idée d’une lutte pacifique, jugée indispensable pour gagner le soutien des habitants du coin.

Barricades, extincteur et presbytère

Trente minutes plus tard, la discussion prend fin. Tout le monde s’affaire. Sur une table pleine des restes du dîner, de mégots et de bières, on dessine une carte où deux croix indiquent l’emplacement des futures barricades. Un zadiste en imperméable, keffieh et capuche sur la tête remplit un extincteur de peinture. Deux personnes partent installer le « poste de communication » dans le presbytère de Kolbsheim. La pasteure du village, Caroline Ingrand-Hoffet, soutient la lutte contre le GCO. Elle a laissé la salle à disposition des militants écologistes.

L’obscurité est totale le long de la route départementale. De temps à autre, des lampes frontales éclairent des militants. Ils transportent des pneus, une citerne, une remorque ou des palettes vers les entrées des villages de Kolbsheim et d’Ernolsheim-Bruche. Mais des rires éclatent aussi dans la nuit. Vers 3h du matin, quelques militants s’amusent à déterminer « qui a la plus grosse barricade ? » Dans un talkie-walkie, on demande « Ouais, les rastas, vous me recevez ? » Pas de réponse.

5 heures : vaine tentative de négocier

À 5h du matin, la pasteure de Kolbsheim fait sonner le tocsin. L’ambiance s’est brutalement tendue. À la lisière de la forêt, les militants ne comptent plus le nombre de camions militaires aperçus à l’horizon. Une centaine de gendarmes mobiles arrivent par Ernolsheim-Bruche. Dans un mégaphone, un gendarme lâche rapidement deux sommations et ordonne de charger. La barricade enflammée est vite éteinte par les gendarmes. Les opposants reculent vers l’entrée de la ZAD.

À l’arrivée des gendarmes mobiles, les zadistes mettent le feu à une barricade installée à la sortie du village d’Ernolsheim-Bruche (Photo Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc)

Vers 6h, un meneur de la lutte anti-GCO profite d’un bref instant de calme pour s’avancer vers les forces de l’ordre, les mains en l’air. Plusieurs élus locaux le rejoignent. Le maire de Kolbsheim, Danny Karcher, demande la fin de l’intervention au secrétaire général de la préfecture, Yves Séguy : « Le préfet aurait pu attendre la fin des procédures de référé [qui contestent la légalité de certains aspects du chantier, ndlr] »

La nouvelle maire de Schiltigheim, Danielle Dambach, s’interpose également entre les boucliers des gendarmes et les militants, de plus en plus tendus. Elle évoque la possibilité d’un moratoire sur le projet. Selon l’élue, la députée de la majorité Martine Wonner tente de convaincre le nouveau ministre de la transition écologique d’ouvrir à nouveau les débats sur le projet autoroutier. Au bout d’une dizaine de minutes, la charge est lancée. La maire écologiste tombe dans la cohue. Une grenade lacrymogène éclate. La fuite collective dans la nuit se fait dans les cris de peur et les pleurs.

Plusieurs personnes ont été incommodées par les gaz lacrymogènes utilisés par les gendarmes (Photo GK / Rue89 Strasbourg / cc)
Germaine, 89 ans, a aussi subi le gaz lacrymogène utilisé par les gendarmes. (Photo GK / Rue89 Strasbourg / cc)

Près de 200 opposants et 515 gendarmes

À côté du moulin, les forces de l’ordre ont déjà pris place au cœur de la ZAD. Les 515 gendarmes mobilisés ont été déployés sur plusieurs points. Les opposants ont été rapidement dépassés par l’ampleur du dispositif. Deux heures durant, les zadistes et une majorité de riverains ont reculé, sans cesse poussés par les boucliers des gendarmes et troublés par le gaz lacrymogène, utilisé en spray et par des jets de grenades.

Les gendarmes mobiles ont procédé à l'évacuation méthodique des participants (Photo GK / Rue89 Strasbourg / cc)
Les gendarmes mobiles ont procédé à l’évacuation méthodique des participants (Photo GK / Rue89 Strasbourg / cc)

Vers 7h du matin, la forêt a été vidée des quelque 200 personnes mobilisées contre l’évacuation. À la sortie de Kolbsheim, les visages sont marqués par la colère et la stupeur. Élisabeth, 61 ans, se tient sur sa canne. Elle a les larmes aux yeux et les lèvres tremblantes lorsqu’elle résume son sentiment :

« Je ne m’attendais pas à tant de violence alors que nous étions tout à fait pacifiques. Alors bien sûr, maintenant je pleure en regardant cette forêt où on se baladait quand on était jeunes. »

Les habitants et manifestants ont été repoussés jusque dans le village (Photo GK / Rue89 Strasbourg / cc)
Elisabeth (à gauche) a 61 ans. Elle a du mal à retenir ses larmes après l’intervention. (Photo GK / Rue89 Strasbourg / cc)

« J’ai enlevé mon écharpe tricolore »

Dans le village, les militants essorés sont assis sur le trottoir. Le maire de Kolbsheim tient à dénoncer une intervention « inadmissible ». Annie Kessouri, deuxième adjointe, abonde :

« Ce matin, j’ai enlevé mon écharpe tricolore à un moment donné. Je n’avais plus envie de servir cet Etat où l’on écoute plus Vinci que nos citoyens… »

La rancœur règne parmi les villageois. « Avec ce qui vient de se passer, difficile d’avoir de l’espoir face au changement climatique », siffle Valentine, habitante d’Ernolsheim-Bruche.

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Sans ZAD, dans cette matinée du 10 septembre, les militants écologistes ont perdu un moyen d’empêcher les travaux de commencer. Mais les opposants au GCO ont aussi vu un symbole de la lutte disparaître. Au milieu des poules, à côté des cabanes encore intactes, il n’y a plus que des gendarmes.

Vêtus de gilets oranges, des géomètres s’affairent déjà dans le pré. Un camion de déménagement arrive. Un huissier de justice organise la saisie des objets présents dans les caravanes et autres baraquements. Vers 9h du matin, un dernier zadiste était évacué d’une cabane construite dans la cime d’un arbre. Face aux caméras, il crie sa rage face à ce projet « fou et inutile ». Puis, désabusé, l’homme à la longue moustache se tourne vers les forces de l’ordre qui l’ont évacué : « Bon, alors, on y va messieurs ? »

Alsace Nature a déposé un recours contre l’autorisation de réaliser les travaux du GCO

Alsace Nature a déposé un recours contre l’autorisation de réaliser les travaux du GCO
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GCO : début des travaux de déboisement à Vendenheim

GCO : début des travaux de déboisement à Vendenheim
Alors que la Zone à défendre (ZAD) de Kolbsheim était évacuée, d’autres gendarmes mobiles ont pris position ce lundi matin à l’est de Vendenheim, au nord de Strasbourg. Ils ont sécurisé une autre zone boisée concernée par les travaux du Grand contournement ouest (GCO – voir tous nos articles), celle où doit être construit le futur échangeur avec l’A4 et l’A35.
Le périmètre a été bouclé par les gendarmes mobiles (Photo Stéphane Giraud / doc remis)
Le périmètre a été bouclé par les gendarmes mobiles (Photo Stéphane Giraud / doc remis)
Alertés par la présence d’ouvriers et d’engins de chantier, les membres des « Fédinois contre le GCO » se sont immédiatement rendus sur place. Mais la vingtaine de militants n’a pas pu faire grand chose contre les forces de l’ordre, qui avaient déjà pris position autour de la forêt de Vendenheim, près du club de pétanque et du club canin. Ils n’ont pas pu non plus compter sur d’éventuels renforts, puisque tous les militants disponibles étaient au même moment à la ZAD de Kolbsheim. Président des Fédinois contre le GCO, Philippe Ployé détaille :
« On nous empêche d’avancer, on ne sait pas ce qu’il se passe mais on entend les engins et les ouvriers travailler. Il semble que l’ensemble du site est en train d’être clôturé. »
Les Fédinois ont notamment fait procéder à des constats d’huissiers, dans l’optique d’une procédure devant le tribunal administratif puisque selon eux, les travaux de déboisement ne peuvent pas démarrer alors que des recours, déposés par Alsace Nature, sont en cours d’examen par le tribunal administratif. À cet emplacement, la Sanef doit construire un échangeur avec le futur GCO.
#Philippe Ploye

GCO : la ZAD de Kolbsheim a été évacuée lundi matin

GCO : la ZAD de Kolbsheim a été évacuée lundi matin

Plus de 500 gendarmes mobiles ont procédé à l’évacuation de la Zone à défendre (ZAD) du Moulin à Kolbsheim, au nord-ouest de Strasbourg ce lundi matin. Sur place, une centaine de militants refusent de laisser démarrer les travaux pour le Grand contournement ouest, une autoroute dont ils contestent la pertinence et l’utilité. Suivez notre compte-rendu en direct.

C’est la fin de notre compte-rendu en direct de l’évacuation de la ZAD. Rendez-vous sur Rue89 Strasbourg dans l’après-midi pour un article reprenant l’ensemble de cette matinée et les derniers éléments. Merci de nous avoir suivis. Rue89 Strasbourg est un média local indépendant. Si vous appréciez notre travail, souscrivez à un abonnement de 5€ par mois. Merci !
Les cabanes placées dans les arbres en hauteur ont été vidées de leurs occupants, il n’y a plus aucun opposant au GCO sur le site de la ZAD.
Les baraquements éphémères n’ont pas encore été détruits. Des géomètres sont sur place pour procéder aux repérages pour le déboisement.
Les employés pour le déboisement commencent à arriver sur le site, protégés par les gendarmes mobiles.
Des pelleteuses sont présents sur le site, pour détruire les installations construites par les zadistes durant leur occupation du site du Moulin.
La ZAD a désormais été totalement évacuée. Les gendarmes mobiles ont bouclé l’ensemble du périmètre et verrouille les accès.
La nouvelle maire, écologiste de Schiltigheim, Danielle Dambach était présente ce matin face aux gendarmes. Elle a envoyé ce communiqué à la presse :
« 5000 personnes à Strasbourg contre le GCO samedi, des centaines de milliers de Français mobilisés ce week-end pour le climat. Pourtant ce lundi, c’est dans l’effroi de la violence institutionnelle que nous nous réveillons. Le gouvernement a décidé d’envoyer les forces de l’ordre évacuer le chantier du grand contournement ouest. Ce projet d’autoroute payant qui sacrifiera 450 ha, qui ne résoudra pas l’engorgement de Strasbourg. Malgré des avis en enquêtes publiques négatifs, des avis sévères du comité national de la protection de la nature, la mobilisation des citoyens, élu.es, associations directement concernées, l’Etat fait la sourde oreille. Pire, le gouvernement s’obstine alors même que des recours et des référés sont en cours pour mettre fin à ce projet. Alertés, nous étions ce matin sur site avec mes collègues, un réel dialogue avec l’Etat n’a pas été possible, c’est ainsi qu’élus et citoyens se sont fait charger et ont reçu des gaz lacrymogènes pour avoir voulu protéger l’environnement. Les bulldozers, la force, les tronçonneuses et le bitume, voici les composantes de la démocratie et de l’écologie pour le pouvoir en place. Pourtant nous ne lâcherons rien et appelons à la non violence, il n’est pas trop tard pour mettre fin à ce projet inutile. »
L’opération est terminée. Les manifestants commencent à se disperser.
La préfecture du Bas-Rhin a envoyé un communiqué aux médias :
« L’opération de gendarmerie intervient en exécution de la décision rendue par le tribunal administratif de Strasbourg le 20 juin 2018 ordonnant aux occupants sans autorisation de quitter immédiatement les lieux. Les occupants n’ayant pas exécuté d’eux-mêmes la décision rendue par la justice, le concours de la force publique a été rendu nécessaire. 515 gendarmes ont été mobilisés afin de s’assurer que le départ des occupants se déroule dans des conditions de sécurité optimales. Les opérations se déroulent sans incident à ce stade. Les occupants irréguliers ont été écartés ; les constructions illégales sont en cours de démolition. Cette opération intervient alors que Jean-Luc Marx, préfet de la région Grand Est et du Bas-Rhin, a signé le 30 août dernier les autorisations environnementales nécessaires à la réalisation de l’autoroute. Ces décisions sont le résultat d’une procédure d’instruction approfondie menée par les services de l’État, à l’issue de laquelle des mesures et des prescriptions environnementales particulièrement exigeantes ont été édictées pour réaliser ce projet d’aménagement indispensable au territoire. »
Les gendarmes procédent à l'évacuation méthodique des habitants de la ZAD (Photo Abdeslam Mirdass)
Les gendarmes procédent à l’évacuation méthodique des habitants de la ZAD (Photo Abdeslam Mirdass)
Les zadistes sont tenus à distance de la ZAD du Moulin (Photo GK)
Les zadistes sont tenus à distance de la ZAD du Moulin (Photo GK)
Selon notre journaliste présent sur place, il n’y a pas de blessé sauf des chutes. Les militants restent calmes et évitent le contact avec les gendarmes mobiles.
Des zadistes sont en train de se faire repousser vers Kolbsheim par une trentaine de gendarmes mobiles.
Les élus écologistes sur place ont tenté de négocier, en vain, avec les gendarmes, en arguant des recours déposés (Photo GK)
Les élus écologistes sur place ont tenté de négocier, en vain, avec les gendarmes, en arguant des recours déposés (Photo GK)
Les militants sur place continuent d'essayer d'empêcher les travaux (Photo GK)
Les militants sur place continuent d’essayer d’empêcher les travaux (Photo GK)
  Vidéo ZAD du Moulin
Les zadistes sont regroupés tandis que l'abattage des arbres commence (Photo GK)
Les zadistes sont regroupés tandis que l’abattage des arbres commence (Photo GK)
Des bruits de tronçonneuses se font entendre. La ZAD est entourée d’une forêt qui doit être détruite pour faire passer le GCO.
Les frêles barricades de la ZAD sont démontées par les gendarmes.
La situation s’est calmée, il n’y a plus de grenades lacrymogènes.
Une trentaine de militants sont encerclés à l’intérieur de la ZAD par les gendarmes mobiles.
Certains zadistes devaient rejoindre des cabanes placées en hauteur dans les arbres, il n’est pas confirmé à ce stade qu’ils aient réussi à s’y installer.
Les gendarmes mobile sont à l’intérieur de la ZAD.
Les gendarmes sont arrivés par la route D93. (Photo GK)
Les gendarmes sont arrivés par la route D93. (Photo GK)
Les gendarmes mobiles investissent la ZAD (Photo Guillaume Krempp)
Les gendarmes mobiles investissent la ZAD (Photo Guillaume Krempp)
Des grenades lacrymogènes ont été lancées, les Zadistes se sont couchés par terre et les gendarmes progressent. Des gens tombent par terre.
Les gendarmes ont donné leurs sommations et se lancent à l’assaut de la ZAD.
Les zadistes se sont barricadés, une pile de pneus a brièvement été enflammée puis éteinte. Une centaine de zadistes et militants sont sur place.
Dany Karcher, maire de Kolbsheim, tente de négocier avec Yves Séguy, secrétaire général de la préfecture du Bas-Rhin (Photo Eric Taryné / doc remis)
Dany Karcher, maire de Kolbsheim, tente de négocier avec Yves Séguy, secrétaire général de la préfecture du Bas-Rhin (Photo Eric Taryné / doc remis)
Il y a une centaine (au moins) de gendarmes mobiles se tiennent à une centaine de mètres de l’entrée de la ZAD, sur la route D93. Ils n’ont pas encore pénétré dans le périmètre de la ZAD.
Il y a un face à face entre le secrétaire général de la préfecture du Bas-Rhin et le maire de Kolbsheim, Dany Karcher, avec la maire de Schiltigheim, Danielle Dambach. Les élus expliquent que des recours devant le tribunal administratif sont déposés contre les travaux. Les forces de l’ordre se tiennent à distance.
Dans un communiqué, Europe Ecologie les Verts indique :
« La décision de faire les coupes s’est effectuée alors qu’il n’y a que des avis négatifs, en particulier de l’enquête publique. Deux référés au tribunal administratif contre le viaduc de Kolbsheim et un contre le dossier unique ont été déposés. Ces référés devraient être traités dans les 8 jours. On demande à ce qu’il n’y ait pas de coupes tant que les référés ne sont pas jugés.
Les élus locaux ont fait le déplacement (Danièle Dambach, Andrée Buschmann, Alain Jund, Marie-Dominique Dreyssé). »
Selon notre journaliste présent sur place, un escadron de gendarmes mobiles s’est positionné à proximité de la ZAD du Moulin vers 5h15.

Un bateau électrique chavire et met ses 9 passagers à l’eau

Un bateau électrique chavire et met ses 9 passagers à l’eau

Les pompiers de la caserne Finkwiller sont intervenus rapidement (Photo Pierre Pauma)
Les pompiers de la caserne Finkwiller sont intervenus rapidement (Photo Pierre Pauma)

Petite frayeur dimanche après-midi, dans le quartier de la Petite-France à Strasbourg. Neuf passagers d’un petit bateau électrique sans permis se sont retrouvés à l’eau, ils ont dû être secourus par les pompiers et trois d’entre eux ont été légèrement blessés.

Selon Pierre Pauma, notre journaliste-dessinateur qui était sur place au moment des faits, les plaisanciers ont coupé le moteur avant d’apponter, ce qui a déporté le petit bateau de 11 places vers le barrage, en raison du courant, le rendant ingouvernable. Puis le bateau a été déséquilibré et les neuf passagers sont tous tombés à l’eau, trois ou quatre d’entre eux se sont retrouvés sous la coque.

Le bateau a été attiré vers le barrage par le courant (Photo Pierre Pauma)
Le bateau a été attiré vers le barrage par le courant (Photo Pierre Pauma)

Ce sont les sapeurs-pompiers de la caserne Finkwiller, juste en face, qui sont allés secourir les naufragés tandis qu’une personne s’est jetée à l’eau pour les assister. Selon les pompiers, deux hommes de 58 et 80 ans et une femme de 78 ans ont été transportées à l’hôpital de Hautepierre pour soigner des plaies légères.

Selon Jean-Baptiste Gernet, adjoint au maire de Strasbourg en charge des mobilités alternatives, il s’agit du premier accident rencontré par la société de location de bateaux depuis qu’elle s’est installée à la Petite-France cet été. La société Marin d’Eau Douce loue à l’heure ces bateaux de 7 à 11 places après une formation au pilotage de quelques minutes.

Neustadt : Fabienne Keller veut un parking, et vite !

Neustadt : Fabienne Keller veut un parking, et vite !

Dans une interview à Rue89 Strasbourg, l’ancienne Maire de Strasbourg et conseillère municipale Fabienne Keller regrette le manque de places de parkings dans le centre ville. Un véritable problème selon elle pour les petits commerçants. En 2014, Roland Ries avait promis à l’association des Vitrines de Strasbourg la construction d’un parking dans le quartier Neustadt, celui-ci est toujours en étude.

Dessin de Piet.

#Agir

Release party jeudi à l’Elastic pour le nouveau disque de Peace Me Off

Release party jeudi à l’Elastic pour le nouveau disque de Peace Me Off

Après un premier EP en 2016, le groupe strasbourgeois Peace Me Off s’apprête à sortir un deuxième disque, Damaged Coda. La sortie prévue le 13 septembre sera accompagnée d’une release party à l’Elastic le même soir.

Peace Me Off a commencé comme un groupe un peu inclassable. Des restes d’un passé punk dans une musique mélancolique à base de violons et de guitare sèche. C’était en 2016, à l’heure du premier EP (extended play, mini-album, ndlr). De l’eau a coulé sous les ponts depuis, puisqu’un an plus tard, un changement de formation décidait d’une restructuration totale des sets. On attendait le résultat à la composition et à l’enregistrement, et ce résultat, c’est cette semaine qu’on pourra le découvrir.

Deux groupes et une expo

Damaged Coda est très (très) différent de son aîné, avec cette fois-ci un positionnement plus clair côté rock. Plus de traces du folk originel. Seule la mélancolie continue de pointer majoritairement à travers les paroles. Toutefois, on ne perd pas cette apparente volonté de ne pas se restreindre à un seul genre, puisque les 4 titres de Damaged Coda lorgnent de tous côtés. Quand la longue « Concealed Coldness » évoque le post-rock avec ses plages instrumentales, « Like The Others Do » est beaucoup moins planante. Ce duo avec Jerem de Yurodivy est beaucoup plus typé metal. Toujours un doux mélange, donc, avec la voix comme point d’ancrage.

Cet EP, dont la sortie officielle est pour le jeudi 13 septembre, pourra être découvert le soir-même en version live. À l’Elastic, Geoff et sa bande organisent une release party en bonne et due forme. Un groupe invité, Mestre, du post-punk de Metz, viendra partager l’affiche. Mais ce n’est pas tout, puisque KOMA exposera également ses œuvres. En charge de tout l’univers visuel du groupe, de l’artwork aux t-shirts, ce sera l’occasion pour le public de découvrir un peu plus l’univers de cette artiste locale.

Et en attendant tout ce beau monde, rendez-vous lundi sur la page Facebook de Peace Me Off pour un nouveau clip, et donc un titre de l’EP à écouter.

La Société générale visée par une action de militants écologistes contre le gaz de schiste

La Société générale visée par une action de militants écologistes contre le gaz de schiste

Samedi 8 septembre, une agence de la Société Générale à Strasbourg a reçu la visite d’une vingtaine de militants d’Action Non Violente – COP21. Armés de balais, d’éponges et de serpillières, ils se sont invités pour « faire le ménage » afin de dénoncer les participations de la banque dans l’extraction de ressources fossiles. Cette action d’ampleur nationale annonce un prochain rendez-vous avec la banque prévu le 14 décembre.

Avec leurs balais, leurs serpillières et leurs gilets jaunes fluos, les militants d’Action Non Violente COP21 Strasbourg (ANV-COP21) ne cadraient pas avec le décor de l’agence de la Société générale de la place Gutenberg à Strasbourg. Samedi en milieu de matinée, jour de mobilisation citoyenne « pour le climat », ils ont brièvement manifesté devant l’agence leur opposition à la participation de la banque dans le financement d’un projet d’extraction de gaz de schiste, dans la vallée de Rio Grande au Texas.

Une vingtaine de militants se sont placés devant l'agence de la Société générale samedi matin (Photo Valentin Machard)
Une vingtaine de militants se sont placés devant l’agence de la Société générale samedi matin (Photo Valentin Machard)

Le groupe militant s’était déjà fait connaître en 2016, sous un autre nom, pour ses « actions de nettoyage » à l’encontre de la BNP Paribas, alors principal investisseur de l’extraction des ressources fossiles. En 2015 lors de la COP 21, l’association « fauchait » des chaises au Crédit Agricole pour dénoncer l’évasion fiscale.

Nicolas Falempin, porte parole d’ANV-COP21 à Strasbourg, détaille :

« La Société générale est la première banque française à soutenir les énergies sales. Elle est même la première banque au monde à soutenir l’exportation et donc l’expansion du gaz de schiste aux États-Unis. Or 80% des énergies fossiles doivent rester dans les sols si nous voulons atteindre l’objectif de la COP21 (la conférence mondiale pour le climat, ndlr). »

« Aux entreprises de prendre leurs responsabilités »

Pour ANV-COP21, ces actions de perturbations permettent de faire pression sur la banque et la pousser à changer de politique commerciale. Selon Nicolas Falempin, après des actions de nettoyage similaires en 2016, la BNP Paribas s’était engagée à arrêter de participer au financement de l’extraction de gaz de schiste :

« On ne s’attaque pas aux employés, nous sommes non-violents, nous voulons juste que les entreprises et les États prennent leurs responsabilités. Ce n’est pas aux citoyens de changer leurs habitudes. »

L’opération de communication a duré un peu plus de 10 minutes et n’a guère été appréciée par la direction de l’agence. Les militants se sont retirés avant l’arrivée des forces de l’ordre.

ANV-COP21 appelle à organiser une nouvelle « opération de nettoyage, » à l’agence centrale de la Société générale, boulevard Haussmann à Paris vendredi 14 décembre, jour de la fin annoncée de la 24e conférence des Nations-Unies sur le climat (COP24).

Avec bières et musique, La Lanterne s’offre un lifting pour ses 20 ans

Avec bières et musique, La Lanterne s’offre un lifting pour ses 20 ans

La Lanterne, microbrasserie strasbourgeoise, s’offre une cure de jeunesse pour ses 20 ans. Nouvelle déco, nouveaux horaires, cuisine et scène ouverte : Camille Rocchi détaille les projets et les ambitions de ce bar emblématique du centre de Strasbourg.

À La Lanterne, en plein centre de Strasbourg, Camille m’accueille avec sourire. « On est fermé, tu le vois en exclusivité ! » Tout est propre, bien rangé, ça sent encore la peinture fraîche. Sur son ordinateur, elle me montre les photos du bar en mode avant/après. Pas de doute, il y a du travail qui a été fait pendant l’été. L’endroit est plus moderne et plus chic qu’avant :

« Ça faisait des années que la déco de La Lanterne n’avait pas été changée. Elle était un peu restée dans son jus quoi. Alors Marc, le patron, a fait appel à moi en tant que directrice artistique pour refaire l’identité visuelle du bar mais aussi créer des événements, gérer la communication et tout ce qui va avec. »

La Lanterne, c’est une affaire de famille. Avant d’être à Marc, la microbrasserie et le bar étaient à son père. Devenu propriétaire des lieux, et pour marquer le vingtième anniversaire, Marc a décidé de réaliser de gros travaux et il a laissé carte blanche à la dynamique Camille :

« J’ai décidé de moderniser La Lanterne mais sans en faire un lieu aseptisé. J’ai voulu montrer que c’est un bar qui a du vécu, qui a une âme. Tu le vois aux matériaux que j’ai utilisé, avec cette dominance du cuivre, l’utilisation des fûts de bière en guise de lavabo dans les toilettes… J’ai aussi beaucoup chiné, les chaises viennent d’Emmaüs par exemple. Et puis surtout, j’ai souhaité mettre en avant le côté microbrasserie qui est clairement un plus pour La Lanterne.

On parle beaucoup des microbrasseries strasbourgeoises ou d’ailleurs, ça s’est énormément développé ces dernières années, mais j’ai l’impression qu’on est passé complètement à côté de La Lanterne. J’ai vraiment envie de rappeler qu’on est spécialiste de la bière, que c’est notre credo. »

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Refaire de La Lanterne une institution de la vie nocturne

Il y a dix ans, La Lanterne, c’était clairement the place to be. Le bar était toujours bondé, un repère où t’es sûr de toujours croiser quelqu’un que tu connais. Camille s’en rappelle :

« J’ai découvert la Lanterne quand j’étais étudiante, il y a une bonne grosse dizaine d’années. À l’époque, on y allait tout le temps avec les potes pour boire des bières, parce qu’on savait qu’elles étaient artisanales et pas chères. Et il y avait des barmen super cool, comme Rob. Beaucoup de gens y ont fait leurs armes… et leurs foies ! C’était vraiment une institution de la vie strasbourgeoise.

La Lanterne
Selfie de Marc et Camille pendant les travaux.

Mais ça s’est un peu perdu. Bien sûr, La Lanterne marchait encore bien mais ce n’était plus comme avant. Beaucoup de nouveaux bars ont ouverts, des concepts ont fleuri un peu partout dans la ville et La Lanterne n’a pas su prendre le tournant.

C’est aussi pour ça qu’on fait une refonte. On aimerait vraiment remettre La Lanterne au centre de la vie strasbourgeoise. On souhaite en faire un endroit chaleureux et festif. Un lieu à taille humaine, avec un côté bar de quartier qui a un peu disparu de Strasbourg ces derniers temps. On pourra y faire la fête le soir mais aussi bien y manger le midi. »

La Lanterne
La Lanterne. (Photo : Camille Rocchi / doc remis)

OKLM façon bierstub

La cuisine qui était encore en travaux quand je suis passée à la mi-août est une nouveauté. Elle prend place dans l’ancienne salle fumeur. À l’époque, La Lanterne n’était pas ouverte le midi et ne faisait que des tartes flambées et des planchettes le soir. Les nouveaux horaires et cette restauration sont une idée de Marc et de Camille :

« Les plats qu’on va proposer vont correspondre à La Lanterne. Ce sera une restauration de type bierstub. On est aussi en train de travailler pour proposer des accords mets-bière tout en utilisant des produits frais et locaux. L’idée est de pouvoir manger bien et pas cher. On veut attirer un public large, les amateurs de bières artisanales, de bonne bouffe et d’endroits authentiques !

Pour ce qui est des bières, on va bien sûr servir les nôtres, ce qui est quand même bien cool ! On ne brasse plus directement dans ces locaux pour des questions de normes, on les fait à l’extérieur. Mais on espère pouvoir brasser à nouveau ici à l’avenir, ce sera une prochaine étape !

Et puis on va aussi proposer des bières artisanales originales qui viennent des quatre coins du globes. J’ai déjà commencé à tester quelques goûts, comme une bière au pinot noir, c’était assez spécial ! Et puis on pourra toujours commander des cocktails, de l’alcool fort, du vin… On ne fera pas que de la bière. »

La Lanterne
La Lanterne. (Photo : Camille Rocchi / doc remis)

Jam session et stand-up

La Lanterne aimerait aussi renouer avec la musique. Ça ne t’aura sûrement pas échappé, entre le vieux logo avec une manche de guitare et le nom des bières comme la Fender, on sent que le bar a été créé par des fans de rock ! À l’époque, ils organisaient des jams chaque semaine et même quelques concerts. Aujourd’hui le bar, tant par manque de place qu’en raison des problèmes induits par les nuisances sonores, ne peut pas se permettre de s’ouvrir à des groupes, sauf pour de petits concerts acoustiques. Ainsi va Strasbourg…

Camille et Marc ne veulent pourtant pas se contenter de passer de bons disques dans le bar … Ce qui est pourtant déjà pas mal, en tous cas pour moi ça compte beaucoup dans le choix des lieux où je vais ou non traîner ma vieille carcasse. Le patron et la directrice artistique veulent aussi renouer avec des spectacles live en organisant des scènes ouvertes de type jam ou stand-up :

« Franchement, avec tous les travaux, je n’ai pas encore eu l’occasion de m’en occuper mais je vais commencer à m’y mettre dans les prochains jours. Je vais contacter des associations notamment. C’est un projet qui nous tient vraiment à cœur. On aimerait que les gens puissent venir et jouer ou raconter des blagues et que ce soit un truc à la cool, pour le fun. On participe aussi à des événements comme le festival Stras’Bulles ou Strasbourg Mon Amour. Et puis on avait organisé un tournoi de beer pong spécial Halloween qui avait bien marché l’an dernier, on aimerait le refaire. »

La Lanterne
Camille Rocchi qui a gentiment accepté que je la photographie ! (Photo Lulu / Rue89 Strasbourg / cc)

Un gros week-end pour les 20 ans

Une chose après l’autre pour Camille qui, après avoir travaillé au Wawa Bar, se voit confier pour la première fois un aussi gros challenge :

« Bien sûr, c’est beaucoup de travail ! Et puis pas mal d’huile de coude aussi. On n’était souvent que deux pendant l’été pour faire le gros des travaux alors tu imagines… Mais je suis vraiment fière du résultat ! Et puis ce n’est pas rien de m’occuper de La Lanterne. Si tu m’avais dit quand j’avais 18 ans que j’allais refaire le bar où je traînais le plus à l’époque ! Il y a un petit côté sentimental, je ne vais pas le nier… J’espère que j’ai su respecter l’ambiance propre à La Lanterne justement parce que je la connais bien. Je ne suis pas quelqu’un d’extérieur qui a débarqué en voulant coller des idées qui ne correspondent pas au bar. En plus, j’y ai déjà travaillé comme serveuse alors je savais très concrètement quelles étaient les choses à améliorer. »

C’est également elle qui organise avec Marc un week-end festif les 5 et 6 octobre afin de marquer l’anniversaire du bar, parce que 20 ans, ça mérite une sacrée fête, et sa refonte. Ce sera l’occasion de découvrir la nouvelle carte avec des cocktails de bières originaux et puis d’autres surprises. Il y aura notamment vendredi les concerts de Cash Poney Club à 20h, Dirty Deep à 21h30 puis Vladimir Spoutnik de 23h à 3h du matin.

#La Lanterne