Enquêtes et actualité à Strasbourg et Eurométropole

Schiltigheim suscite les attentions des élus strasbourgeois

Schiltigheim suscite les attentions des élus strasbourgeois

Les élus strasbourgeois se montrent très attentionnés pour les projets à Schiltigheim et de sa nouvelle maire écologiste Danielle Dambach. Une nécessité car certains dossiers impactent aussi bien les Strasbourgeois que les habitants de la cité des brasseurs. Mais il y a aussi des intérêts électoraux…

En devenant maire de Schiltigheim en avril, l’écologiste Danielle Dambach avait débuté par une concession à l’Eurométropole, l’assemblée des communes de l’agglomation. Elle avait accepté de laisser la vice-présidence qu’occupait son prédécesseur, Jean-Marie Kutner, en charge . . .

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Le nombre de bornes pour voitures électriques va exploser à Strasbourg en 2019

Le nombre de bornes pour voitures électriques va exploser à Strasbourg en 2019

Bouygues et Électricité de Strasbourg (ÉS) vont déployer massivement des bornes de recharge pour voitures électriques en 2019 dans l’Eurométropole de Strasbourg. L’objectif de Bouygues est d’en installer 80 à partir de l’année prochaine. Un gros coup d’accélérateur alors que la dizaine de bornes mise en service en 2012 par la municipalité devient clairement insuffisante.

Installer une borne pour voiture électrique, ça coûte environ 25 000 euros. Or, aujourd’hui, seule une cinquantaine de personnes profite des bornes publiques de l’Eurométropole de Strasbourg.

L’Eurométropole refuse d’investir davantage dans les stations de recharge

Donc cette dernière ne veut plus mettre la main à la poche, comme l’explique Céline Oppenhauser, cheffe de projet en innovation dans les mobilités :
« C’est aux acteurs privés de prendre leurs responsabilités. Est-ce qu’au début de la voiture thermique, les pouvoirs publics distribuaient de l’essence ? »
À court terme, ce n’est rentable pour personne d’investir dans les stations de recharge. En attendant, le nombre de voitures électriques dans le Bas-Rhin augmente, mais sur un faible volume (voir graphique ci-dessous). On observe une forte hausse en 2013 liée à l’aide à l’achat délivrée par la région Alsace. Mais en 2017, les voitures électriques ne représentaient toujours que 1,5% des nouvelles immatriculations dans le département. C’est là que les pouvoirs publics locaux se sont retrouvés face à un cercle vicieux : les bornes installées en 2012 n’ont pas assez de succès parce qu’il n’y a pas assez de voitures électriques en circulation. Mais il n’y a pas assez de voitures électriques parce qu’il n’y a pas assez de bornes…. Vous suivez ? Donc ÉS et Bouygues parient sur l’avenir en voulant installer de nombreuses stations de recharge pour inciter à se munir d’un véhicule électrique. Les deux entreprises espèrent bien sûr de grosses retombées financières dans les années à venir. L’Eurométropole aussi s’en tire bien puisque les deux acteurs lui verseront une redevance pour avoir le droit d’exploiter le domaine public.

Deux stratégies différentes pour Bouygues et ÉS

Pour l’instant, la voiture électrique est peu pratique d’une bonne partie de l’Eurométropole parce que les habitants n’ont guère la possibilité de recharger. C’est le cas dans les quartiers de forte densité où les riverains et automobilistes se garent dans la rue comme au Neudorf ou dans la Neustadt, par exemple, à la lisière de la limite gratuit/payant. Ce sont ces quartiers-là que Bouygues va viser en priorité même s’il devrait y avoir au moins une borne de recharge dans chacune des 33 communes de l’Eurométropole pour 80 bornes au total en 2019. Du son côté, ÉS va lancer une consultation sur son site pour essayer d’évaluer le nombre de stations nécessaires. L’entreprise procédera ensuite à l’installation de ses bornes. Les deux entreprises seront en concurrence. Ainsi, l’Eurométropole espère tirer les prix vers le bas.

Un accès aux bornes simplifié

Les possesseurs d’une voiture électrique savent à quel point il est compliqué d’utiliser les bornes déjà présentes dans l’agglomération. La plupart des stations de recharge publiques sont gratuites et accessibles avec un badge Freshmile, du nom de la start-up alsacienne qui gère les bornes installées par l’Eurométropole. Mais d’autres stations publiques ont été mises en service par des acteurs différents comme Sodetrel (Groupe EDF) ou le Néerlandais New Motion. Elles sont payantes et nécessitent d’autres badges. Il existe aussi des bornes dans les parkings privés (Indigo, Parcus, etc.) Elles sont toutes payantes et la plupart sont accessibles avec un badge Sodetrel. Mais comme il y a toujours des exceptions, certaines nécessitent un badge Freshmile… Enfin certains commerçants mettent parfois des stations de recharge à disposition de leurs clients. Mais il n’est possible de charger que de quelques pourcentages sa batterie, le temps de faire ses courses. D’autant plus que certains magasins disposent de bornes qui fonctionnent avec des badges encore différents.

Les rares bornes de recharges électriques

D’après l’Eurométropole, ce problème devrait disparaître avec l’arrivée des stations de recharge Bouygues et ÉS. Cela fonctionnera toujours avec un système de badge à créditer sur internet. Les entreprises ne veulent pas équiper les bornes de terminaux pour cartes bancaires, pour des questions de coût. Mais il sera possible d’utiliser son badge ÉS dans une station Bouygues et vice-versa. Néanmoins les deux groupes proposeront des abonnements pour bénéficier de tarifs préférentiels sur leurs bornes. Ainsi la recharge avec un badge ÉS, coûtera plus cher sur une borne Bouygues que sur une borne ÉS.

Pas d’incitations pour les voitures électriques à Strasbourg

Pour l’Eurométropole, Céline Oppenhauser, reconnait qu’à l’avenir le stationnement devrait logiquement être gratuit pour les voitures électriques à côté des bornes de recharge :
« On ne peut pas demander aux gens de payer leur place de parking s’ils veulent faire le plein de leur batterie. Imaginez si on devait payer pour aller dans une station-service ! »
Mais ce sera sûrement là le seul avantage que les automobilistes pourront tirer d’une voiture électrique à Strasbourg dans les années à venir. Il n’y aura, par exemple, pas de prime pour l’achat d’un tel véhicule poursuit Céline Oppenhauer :
« Nous préférons soutenir les transports collectifs plutôt qu’individuels. Surtout que si la voiture électrique règle le problème de la pollution, elle ne règle pas celui des embouteillages. »
À Strasbourg, les voitures électriques n’auront pas non plus accès aux couloirs de bus comme c’est le cas en Norvège à Oslo et comme le proposait le conseiller municipal d’opposition Thierry Roos (divers droite) dans une tribune sur Rue89 Strasbourg.

Le viaduc et l’échangeur du GCO visés par deux recours en référé

Le viaduc et l’échangeur du GCO visés par deux recours en référé

L’association Alsace Nature avait annoncé des recours devant la justice administrative contre les arrêtés préfectoraux autorisant les travaux du Grand Contournement Ouest (GCO – voir tous nos articles) de Strasbourg. Mais l’association environnementale s’en prend d’abord au permis d’aménager le viaduc de Kolbsheim et à la mise en compatibilité du Plan local d’urbanisme (PLU) de Brumath, qui empiète sur l’échangeur avec l’A4 et l . . .

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Avec Kilti, une Strasbourgeoise tente de vendre de la culture en paniers

Avec Kilti, une Strasbourgeoise tente de vendre de la culture en paniers

Les paniers culturels Kilti sont distribués à Strasbourg depuis janvier 2018. À l’origine de l’initiative, Jessica Poignard veut faire découvrir les artistes locaux. Pour 15, 25 ou 49€, ces sacs contiennent une poignée de sorties à Strasbourg et ses environs.

« J’aimerais qu’à Noël on fasse appel à des artistes locaux plutôt qu’à des Wonderbox, qu’à la Saint-Valentin on offre de la culture plutôt que des roses ». Jessica Poignard, 34 ans, porte bénévolement à Strasbourg le projet des paniers culturels Kilti. Kilti comme le terme créole pour culture. Tous les trois mois depuis janvier 2018, l’onglet « Strasbourg » du site kilti.org propose trois nouvelles sélections d’oeuvres et de billets pour des spectacles locaux. Chaque « panier » est renouvelé régulièrement et doit être commandé en avance, ce qui permet d’économiser sur le prix final des billets. Et que ce soient le sac illustré, l’œuvre artistique ou la sortie culturelle qui composent les Kilti, aucun ne vient de plus loin que les Vosges. Les artistes doivent être alsaciens, pour représenter un « terroir local de la culture ». Chaque nouveau panier trimestriel aborde un thème différent, comme le veut la règle du réseau culturel Kilti. Jessica Poignard et sa stagiaire actuelle, Marie Champouillon, sont, pour l’instant, les uniques membres de la « Kilteam » strasbourgeoise. Fondé à Lille sur le modèle des Amap (des abonnements à des paniers de fruits et légumes), le concept des paniers culturels s’est exporté à Paris, Bruxelles, Metz, Montpellier et en Martinique. Hasard de l’organisation, toute l’équipe de responsables locaux est féminine.
Marie Champouillon est stagiaire pour Onze Heures et Qu’ART car « elle a eu envie de participer à l’art même sans âme créative ». Au bras, elle porte le sac du panier « Eros », distribué en juin (doc remis)

« J’étais une touriste dans ma propre ville »

En 2012 déjà, le Hall des Chars, aujourd’hui repris par l’équipe du Kafteur, avait tenté de lancer une « amap culturelle »». Inspirée par le modèle lillois où elle a étudié neuf ans, Jessica a fondé l’antenne strasbourgeoise des paniers kilti à son retour. Née à Hautepierre, élevée à Ostwald, elle s’est passionnée pour les arts grâce à un prof d’arts plastiques au collège, « un peu autoritaire mais tellement génial ». Après une licence d’arts plastiques, elle s’est exilée pour voyager, puis terminer ses études à Lille :
« J’ai toujours aimé Strasbourg, j’ai toujours eu envie de revenir. Donc c’était parfait que Laudine (Verbraeken, cofondatrice de Kilti, ndlr) me propose de reprendre le principe des paniers Kilti à Strasbourg. »
Un projet d’autant plus important pour elle, après treize ans d’absence :
« Je suis partie longtemps, j’avais tout à redécouvrir. En revenant, j’étais une touriste dans ma propre ville. Du coup, j’avais un œil nouveau sur la ville. Surtout à Strasbourg, où la vie culturelle est déjà très riche. »

« Aucun artiste ne parle uniquement de l’art »

Jessica se met donc en quête d’artistes qui soient accessibles. Financièrement, mais aussi humainement, pour que Kilti soit un moyen de rencontrer d’autres passionnés. Elle fonde en décembre 2017 l’association Onze Heures et qu’ART, pour organiser des événements culturels locaux et offrir un cadre juridique aux paniers Kilti en Alsace. Son initiative veut mettre en relation les artistes et leur public. Pour cela, elle fait appel à ses réseaux de connaissances :
« Parfois, on va voir les artistes ou les institutions culturelles quand on veut absolument bosser avec eux. D’autres viennent à nous. On fait aussi des rencontres sur des marchés de créateurs ou via des projets précédents. Certains artistes sont tellement en lien avec un thème qu’on est obligés de les choisir. Par exemple, pour le prochain panier dont le thème est « geek » (culture de l’imaginaire et/ou des technologies), on travaille avec Lucas Cournut qui fait de la toy photography (littéralement de la photographie de jouet ndlr). Avec lui, on aura l’impression que Batman a visité la Cathédrale ! Pour choisir les thèmes, on essaie de considérer les tendances mais aussi des choses assez vastes pour que le maximum de personnes soient intéressées. »
Les artistes, à chaque fois différents, ont carte blanche. Un illustrateur fournit le visuel et c’est un atelier de sérigraphie artisanale qui l’imprime sur le sac en tissu qui fait office de « panier ». Puis sont choisies des œuvres : photographies, dessins mais aussi tatouages éphémères ou broderies. Pour les sorties proposées, Jessica démarche des institutions culturelles pour qu’elles offrent des activités au public.

Des forfaits de 25 et 49 euros

Les paniers se commandent sur internet, puis se récupèrent lors d’une soirée de remise. Trois formules sont proposées aux « Kiltineurs » : celle à 15 euros qui se contente d’une œuvre et d’un sac ; celle à 25 euros permet d’ajouter deux places pour un événement culturel ; enfin pour 49 euros le client repart avec le sac, deux œuvres et deux places pour deux événements.
Un panier mini-mini est aussi disponible à la vente (doc remis)
Pour les étudiants, les bénéficiaires du RSA et les demandeurs d’emploi, le plus gros panier (Kilti Maxi) baisse à 32 euros. Ce qui, pour Jessica, vise à rendre la culture accessible au plus grand nombre :
« Les paniers sont de base, vendus beaucoup moins chers que ce qu’ils valent en réalité. Cela permet une visibilité des artistes c’est sûr, ils font des cadeaux pour montrer leur travail. 75% de nos revenus leur reviennent, 25% servent pour l’organisation de nos soirées de distribution. Qui sont à chaque fois dans des lieux différents, car nous essayons de trouver des publics parfois un peu plus éloignés de la culture. On a déjà fait ça au Shadok, à la Popartiserie et à la Maison Mimir. »
Les paniers culturels Kilti sont achetés par une trentaine de personnes. Jessica est optimiste pour les futures éditions strasbourgeoises :
« Ce n’est que le début, on est en pleine phase de développement. Dans les soirées de remise, une soixantaine de personnes viennent, même sans avoir acheté, et elles sont toutes enthousiastes. Les gens adhèrent à l’idée. On a de l’espoir, surtout pour le prochain panier qui est le quatrième. Ce sera en pleine rentrée culturelle. »
Parmi les prochains thèmes déjà décidés, « Bougez-vous ! » et « Agriculturel ».

Gagnez des places pour « Nos Batailles » avec Romain Duris

Gagnez des places pour « Nos Batailles » avec Romain Duris

Les cinémas Star et Rue89 Strasbourg vous invitent à une soirée spéciale avec la diffusion en avant-première de « Nos Batailles » avec Romain Duris, en présence du réalisateur Guillaume Senez. Tentez votre chance, 15 invitations pour deux personnes sont à gagner.

Le pitch

Olivier se démène au sein de son entreprise pour combattre les injustices. Mais du jour au lendemain quand Laura, sa femme, quitte le domicile, il lui faut concilier éducation des enfants, vie de famille et activité professionnelle. Face à ses nouvelles responsabilités, il bataille pour trouver un nouvel équilibre, car Laura ne revient pas.

La bande-annonce

La soirée

Le film sort en salles mercredi 3 octobre. Les cinémas Star organisent une projection en avant-première mercredi 26 septembre à 20h15 au cinéma Star Saint-Éxupéry, suivie d’une rencontre avec le réalisateur, Guillaume Senez.

Le concours

Malgré les critiques, l’Université de Strasbourg continuera d’enseigner l’homéopathie

Malgré les critiques, l’Université de Strasbourg continuera d’enseigner l’homéopathie

En juin, l’ordre des médecins a indiqué que l’homéopathie était une pratique « non éprouvée par la science », ce qui a relancé le débat sur la réalité des bienfaits de cette branche de la pharmacopée. Depuis la rentrée, l’université de Lille a choisi de suspendre les cours d’homéopathie. Mais à l’Université de Strasbourg, qui délivre un diplôme universitaire d’homéopathie depuis 2008, l’existence de la formation n’est pas remise en cause.

En juin, le Conseil national de l’Ordre des médecins, dans une note très diplomatique mais ferme, a rappelé à tous les professionnels de santé que l’homéopathie faisait partie de la catégorie des remèdes « non éprouvés par la science » et qu’il ne saurait y avoir de prescription homéopathique qu’en complément d’autres traitements. L’Ordre répondait ainsi à une tribune de 124 médecins publiée en mars dans Le Figaro « contre les médecines alternatives. » En août, la ministre de la Santé, Agnès Buzyn, a indiqué qu’elle avait demandé à la Haute autorité de santé (HAS) de se prononcer sur les bénéfices de l’homéopathie afin de réévaluer son remboursement par la Sécurité sociale (fixé à 30% en France, mais qui atteint 80% en Alsace-Moselle).

Dans ce climat d’accusation diffuse de charlatanisme, l’Université de Lille a préféré « suspendre » les cours d’homéopathie depuis la rentrée, en attendant l’avis de l’HAS.

Son doyen de la faculté de médecine, le Pr Didier Gosset, explique à France 3 Nord :

« L’homéopathie restait comme une doctrine sans preuve scientifique. Les études sur le sujet sont peu nombreuses ou mal étayées. Tout le monde prône, enseigne, une médecine qui est fondée sur les preuves. »

À Strasbourg, l’Université propose depuis 2008, au titre de la formation continue, un diplôme universitaire (DU) d’homéopathie au sein de la faculté de pharmacie. Il est ouvert aux médecins, mais également aux dentistes, pharmaciens, sages-femmes et même vétérinaires et permet à ses titulaires de prescrire des médicaments homéopathiques. La faculté de médecine de Strasbourg propose également des cours d’option dédiés à l’homéopathie, à destination des élèves ayant dépassé la première année. Des formations similaires existent ailleurs en France, notamment dans les universités de Marseille, de Nantes ou de Lyon I.

Les cours du DU ont lieu dans les locaux de la faculté de Pharmacie, sur le campus d’Illkirch-Graffenstaden. Financé par le Service de formation continue de l’Unistra, mais également par une contribution financière des étudiants, de 1 890 euros pour l’année universitaire 2017/ 2018, la formation accueille chaque année 20 étudiants.

« Le placebo, un médicament très efficace »

Jean-Lionel Bagot, médecin homéopathe et coresponsable du diplôme, assure qu’il dispose du soutien de l’Université et du doyen de la faculté de pharmarcie, Jean-Pierre Gies :

« On ne nous à jamais demandé de remettre notre enseignement en cause. L’homéopathie est une discipline qui a toujours été enseignée à la faculté de médecine, même avant 2008 et la création du diplôme universitaire. Nous restons persuadés qu’il est préférable que l’homéopathie soit enseignée avec une exigence universitaire. Comme toutes les formations proposées à l’Université, nous disposons d’un conseil scientifique et nos programmes sont validés par des professionnels. Si l’on remet en cause des diplômes comme le nôtre, on ouvre la porte à tous les abus, comme aux États-Unis, ou la prescription de l’homéopathie est autorisée aux non-médecins. »

Tubes de granules d'homéopathie (Photo Visual Hunt / cc)
Tubes de granules d’homéopathie Photo : Visual Hunt / cc

Mais comment faire pour conserver cette exigence universitaire en l’absence de preuves scientifiques ? Pour Alain Beretz, pharmacologiste et ancien président de l’Université de Strasbourg, il faut regarder les bénéfices finaux pour la population :

« Lors d’un cours sur le placebo, je disais que c’est l’un des médicaments les plus efficaces. Dans ce cours, je mentionnais l’homéopathie, car c’est de ça qu’il s’agit… Laissons de côté toutes les théories fumeuses sur les prétendus effets biologiques des granules… Elles sont indéfendables. Le vrai sujet, c’est quelle place pour les médecines complémentaires dans l’arsenal ? Si une personne parvient à mieux dormir avec des granules de sucre, où est le problème ? Rappelons qu’en médecine classique, les benzodiazépines sont surconsommés en France, avec des effets secondaires parfois très néfastes. »

« Garder le débat à l’intérieur de l’université »

Doyen de la faculté de médecine, le Pr Jean Sibilia souhaite que le débat sur les effets de l’homéopathie reste à l’intérieur de l’université :

« C’est un sujet de société très intéressant, il faut en parler de manière non passionnée et sortir des postures “pour” ou “contre”. Il faut trouver la place de l’homéopathie parmi les médecines complémentaires ou intégratives (qui mêlent soins du corps et de l’esprit, ndlr). La pratique des médecins homéopathiques est très à l’écoute, en empathie avec leurs patients, qui sont mieux suivis. C’est à prendre en compte, il faut comprendre pourquoi cette médecine a autant de succès. En outre, si l’homéopathie sort de l’université, que va-t-il se passer ? La communication se fera par des gourous et par l’industrie, ce n’est pas une solution. Donc il nous faut progresser, rester rigoureux sur ce qui est prouvé et ce qui ne l’est pas et transparents sur les intérêts des personnes qui interviennent dans nos formations. »

Lors d’une conférence de presse suivant la déclaration de juin, Patrick Bouet, le président de l’Ordre des médecins déclarait qu’il espérait que « les universités tireront les conclusions nécessaires » des récentes recommandations du conseil. Celui-ci ne reconnait en effet pas les formations universitaires en homéopathie, comme celle de Strasbourg.

Le Pr Sibilia indique également attendre les conclusions de la Haute autorité de santé avant de réévaluer la pertinence du diplôme parmi les formations de l’Université de Strasbourg et rappelle que cette formation n’est accessible qu’aux internes et aux médecins confirmés et que l’homéopathie est enseignée dans bien d’autres universités, dont les prestigieuses Oxford et Stanford.

Fabienne Keller : « Les perspectives pour Strasbourg manquent de cohérence »

Fabienne Keller : « Les perspectives pour Strasbourg manquent de cohérence »

Observatrice privilégiée depuis les bancs de l’opposition et pour avoir dirigé la ville de 2001 à 2008, Fabienne Keller, sénatrice (Agir) du Bas-Rhin, évoque dans un entretien les tensions dans la majorité strasbourgeoise, les dossiers de la fin de mandat, l’Alsace, son nouveau parti Agir ou les élections européennes.

Rue89 Strasbourg : Un an après, quel regard portez-vous sur l’explosion de la majorité locale en quatre groupes ? 

Fabienne Keller : Le sujet, c’est quelle gestion de la collectivité cela entraine. Ce sont la ville et ses habitants qui en subissent les conséquences. Dans la conduite des politiques, on ne voit pas de cohérence. On a le sentiment que cette municipalité passe plus de temps à gérer des rivalités internes qu’à proposer de grandes perspectives d’avenir pour Strasbourg.

À la fin du dernier conseil municipal, il y a eu un échange très violent entre Paul Meyer (La Coopérative, membre de la majorité ndlr) et Syamak Agha Babaei (également membre de la majorité, ndlr). On sentait qu’il y avait d’autres choses à régler entre eux, qui datent d’avant la scène à laquelle nous avons assisté en séance. Qu’en pensent les fonctionnaires ? Les Strasbourgeois ? Les partenaires ?

Ce manque de cohérence, on le constate cette rentrée avec la Foire européenne, il n’y a plus de pays invité, alors que c’était un marqueur du rayonnement international de Strasbourg. Ce n’était pas seulement de la promotion touristique, mais aussi un moyen de nouer des relations économiques pour les entreprises strasbourgeoises, avec le président de la CCI qui venait parler et rencontrer les forces économiques du pays invité… Concernant le site, les terrains sont vendus, mais le futur emplacement n’est pas encore aménagé, il n’est annoncé que pour 2021, ce n’est pas faute d’avoir interpellé les dirigeants sur ce problème ! Et donc on se retrouve avec une gestion de dossier chaotique et forcément, on aura cette année et les années suivantes des éditions au rabais de la Foire européenne…

Il y a aussi eu des départs dans votre groupe…

C’est le choix de ceux qui sont partis. Les raisons de leurs départs viennent de divergences nationales. Je ne vois pas de sujet local qui puisse motiver cette décision… Nous ne changeons pas de ligne, par rapport à ce que nous avons proposé aux électeurs en 2014.

« On met aux Finances l’excentrique Serge Oehler… À un moment, il faut être sérieux »

La mise en examen de Roland Ries fragilise-t-elle la défense de Strasbourg ?

C’est une affaire judiciaire donc je n’ai pas à la commenter. Les affaires d’éthiques sont centrales en politique et il y a une demande de plus en plus forte des citoyens.

Cet été, vous avez aussi critiqué le choix de Serge Oehler pour remplacer Olivier Bitz comme adjoint au maire en charge des Finances…

Serge Oehler a été le champion des projets excentriques : un golf à Hautepierre, un site olympique… Je n’ai pas de souvenir d’une prise de position de sa part lors des débats budgétaires. À un moment où il faut être rigoureux.

Les Finances justement, pensez-vous que le pacte financier avec l’État, adopté en juin, soit une bonne chose ?

Je me suis abstenue. Je ne suis pas favorable au contrôle par l’État des finances des collectivités locales, où le sens des responsabilités est très fort. Ceci dit, leur déficit est intégré à celui de la France, donc il fallait faire quelque chose. La mesure est imparfaite car elle ne se focalise que sur les dépenses, même si une politique nouvelle obtient un pré-financement. Je suis surtout inquiète pour la gestion du personnel, car il y a peu de vision à long terme. C’est une gestion comptable qui prend mal en compte les effets sur la motivation des agents. Il faut un travail de management de fond qui à mon sens n’est pas fait à Strasbourg.

Avec notre groupe, on va suivre de près ce qui se passe dans le domaine social et quelle est la présence sur le terrain. On se demande si des économies, t ne sont pas pénalisantes à moyen ou à long terme. Ce n’est pas comme ça que l’on a une administration complète, capable d’assurer beaucoup de métiers, même avec des effectifs resserrés. Je n’ai pas digéré la fermeture du service des tutelles, non-obligatoire, dont les effets ne se voient qu’à long terme. Les cas les plus délicats, dont des personnes âgées, étaient confiés à la Ville. Les associations gèrent cela, mais elles ne peuvent pas tout faire.

Quels sont les dossiers qui vous mobilisent le plus pour la fin de ce mandat ?

Je crois que c’est la politique punitive et peu structurée du stationnement et des transports. Le désir de réduction de la place de la voiture au centre-ville est réel et légitime, mais la méthode adoptée n’est pas la bonne. Il faut inciter et pouvoir proposer des solutions. En fin de semaine, tous les parkings sont saturés. Où est la vision positive ? Cela a un effet réel sur les commerçants qui s’en plaignent beaucoup… L’association de soutien à notre liste a fait un travail très approfondi sur le sujet, qui donne des pistes pour alimenter le débat dès à présent, plus que pour constituer un programme. Le cadencement des trams s’est dégradé. Or, plus on encourage les gens à prendre les transports en commun, plus il faut qu’ils soient performants.

« Il faudra être vigilant quant aux risques industriels à la Coop »

Il y a aussi les risques industriels au port qui ont émergé cet été. Nous demandons qu’une mesure fine des risques soit faite au vu des accidents récents, notamment sur le secteur de la Coop. Il faut toujours revisiter des plans administratifs quand il y a des accidents. Cette urbanisation vers l’Est a du sens, mais plus on s’approche des sites industriels, plus il faut être prudent. Les habitants de ces futurs quartiers n’existent pas et donc n’ont pas de voix aujourd’hui… Mais après, il sera trop tard. En outre, le port est un poumon économique qui doit être préservé. C’est à cet endroit que les industries peuvent se tourner vers les transports non-polluants via des voies ferrées et d’eau plutôt que les camions.

Aux Deux-Rives comme ailleurs, l’urbanisme, la « bétonisation » actuelle questionne. Le maire aime dire qu’il aime la Neustadt, mais il ne s’en inspire pas. On voit des tours, mais on ne retrouve pas l’harmonie et l’art de vivre, avec des petites places, à laquelle nous sommes attachés ici. Dans le quartier du Danube, la densité a été doublée et les espaces centraux qu’on avait imaginés ont été remplacés par des constructions supplémentaires. C’est un urbanisme de parcelles, sans cohérence. Les appartements se construisent grâce à des mécanismes de défiscalisation, mais quelle valeur auront-ils dans 9 à 12 ans quand ces incitations seront terminés ? Autre problème qu’on a constaté cet été à cause du béton, ces appartements sont bien isolés du chaud comme du froid, mais si la chaleur rentré, il est difficile de la faire sortir.

L’abandon des quartiers est aussi un sujet de préoccupation. À l’Esplanade, la mairie de quartier n’ouvre plus qu’une demi-journée par semaine. Aux Poteries, la Maison de l’Enfance, qui est accueillante subit des incursions la nuit ou des rodéos en scooter ont lieu toute la nuit. La situation de l’Elsau est inquiétante, pas seulement à la station de tramway où rien ne fonctionne, mais car il n’y a toujours pas de supermarché.

À la place des Halles se pose la question de l’accueil pour les bus de la Compagnie des transports du Bas-Rhin. Parmi les personnes qui utilisent ce service, il y a beaucoup de scolaires et de travailleurs. Le but, c’est de les approcher de leurs établissements. Ce n’est donc pas cohérent d’éloigner ces bus du centre-ville. Ils doivent profiter aux habitants de la ville, mais aussi à ceux qui viennent de l’extérieur.

« Alors que d’autres collectivités misent sur le tri, nous on brûle tout »

Et bien sûr, il y a le dossier de l’usine d’incinération. L’Eurométropole doit indemniser pendant deux ans et demi la société qui brûlait la tonne de déchets plus cher quand cette dernière venait d’en dehors de l’Eurométropole. C’est la conséquence d’une mauvaise gestion, à cause d’une délégation de service public accordée pour 20 ans. Au final, la facture s’élève à 180 millions d’euros pour la collectivité, soit 900€ par famille, qui ne sont pas investis ailleurs, comme dans les transports justement ! Il faut se poser la question du sens d’une usine de cette capacité à moyen terme, alors que d’autres collectivités trient davantage leurs déchets, notamment les bio-déchets. Nous, on brûle encore le tout-venant, alors qu’il faudrait le trier comme en Allemagne pour avoir le moins de rejets possibles…

Sur ce point, l’Eurométropole répond que cela permet de produire de la chaleur pas chère pour les entreprises du port…

Ça a toujours été le modèle économique de l’usine, ce n’est pas nouveau. Mais depuis deux ans et demi d’inactivité, les industriels se sont organisés. Quels seront les marchés de la vapeur au redémarrage ? Il y aura une surcapacité.

Il a aussi été question d’Alsace cet été avec le rapport du préfet Jean-Luc Marx  sur l’avenir institutionnel de la région. Quelle est votre position ?

Avec mes collègues d’Agir, nous soutenons la solution d’une collectivité à statut particulier pour l’Alsace, rendue possible par l’article 72. Le débat du moment est de passer ou non par la révision constitutionnelle. Mais comme le dit mon collègue (le député du Haut-Rhin, ndlr) Olivier Becht dans son rapport, si on attend la révision constitutionnelle, on n’aura pas le temps de mettre en œuvre ces changements avant les échéances électorales de 2020. Or il n’y a plus de calendrier pour cette révision qui va prendre du temps tandis qu’en Alsace, il y a des politiques sur lesquelles nous devons avancer, comme le bilinguisme, le transfrontalier ou une écotaxe régionale.

« Sur l’Alsace, soyons collectifs, ne refaisons pas les mêmes erreurs qu’en 2013 »

À force de réclamer cette fusion améliorée des Départements du Bas-Rhin et du Haut-Rhin, l’Alsace et Strasbourg ne perdent-ils par d’autres arbitrages nationaux ou à l’échelle Grand Est pendant ce temps ? 

Ce n’est pas ma vision. Il faut être ambitieux et les projets créent de l’entrainement. On a déjà échoué collectivement en 2013, ne refaisons pas la même erreur. Les administrations des Départements ne seraient pas chamboulées par cette fusion, ce qui peut réduire les craintes. Je forme le vœu que les élus de la Région Grand Est et Jean Rottner en particulier (le président de la Région, ndlr) voient cette démarche comme une innovation. Un changement peut s’avérer positif pour tout le monde.

L’Alsace est un territoire pertinent pour des politiques culturelles, sociales ou économiques. Au moment où le président de la République est critiqué pour sa recentralisation, ce serait un beau geste de reconnaître ce « Désir d’Alsace, » qui est réel.

Le Grand contournement ouest (GCO) devrait bientôt se construire, est-ce toujours une infrastructure adaptée à la métropole actuelle ?

Strasbourg est l’une des dernières ville de France sans contournement. L’A35 avait été construite à la place d’anciens terrains militaires récupérés par la municipalité. Cette autoroute coupe la ville en deux. Je suis favorable à une ville dense et la requalification de l’A35 en boulevard urbain peut le permettre.

Fabienne Keller en discussion avec un membre de son groupe, Thomas Rémond (Modem)
Fabienne Keller en discussion avec un membre de son groupe, Thomas Rémond (Modem)

Mais vues les projections de trafic (150 000 véhicules par jour contre 165 000 en 2016), on imagine mal un boulevard comme l’avenue des Vosges à la place de l’A35 actuelle…

Je suis favorable à des voies réservées aux bus et au covoiturage comme cela se fait aux États-Unis. Cela permettra de supprimer certaines bretelles et de libérer de l’espace, par exemple derrière la gare comme nous le préconisions dans notre programme en 2014. Nous avions déjà ouvert des passages lors de mon mandat, mais il faut faire davantage désormais.

« Aux Européennes, nous serons avec le Parti populaire européen »

Il y a les élections européennes en mai, comptez-vous vous y investir avec votre nouvelle formation ?

Je travaille avec Olivier Becht sur le projet d’Agir. Une idée forte ressort : il y a des sujets où l’Europe est la bonne échelle comme les migrations, il faut des règles communes à tous les États et à appliquer ; la défense, où des progrès ont été faits ces derniers mois en réaction du retrait envisagé des États-Unis de l’Otan, le renseignement où le retrait des Britanniques va poser un problème mais où la coopération peut être améliorée sans changer les Traités ; l’Économie et l’emploi, où un budget européen et une relance sont possibles ; la jeunesse où il faut décupler le projet Erasmus, et enfin l’harmonisation fiscale, où les gens ont le sentiment, à juste titre, qu’il n’y a pas d’équité. Pour d’autres sujets, il faut laisser les collectivités et les États décider, c’est peut-être ça qui nous différencie de « La République en Marche ».

Avec quel parti européen allez vous vous allier ? Avec le grand groupe de droite, le Parti populaire européen ou les Libéraux au centre (comme La République en Marche), moins nombreux ?

Nous avons rempli notre adhésion au PPE.

N’est-ce pas problématique d’être dans le même parti européen que le Premier ministre hongrois Victor Orban, qui défend des thèses nationalistes opposées aux vôtres ?

L’enjeu, c’est que les extrêmes droites et gauches n’obtiennent pas la majorité de blocage au Parlement européen. Le Parti populaire européen est large, travaille bien et son barycentre est européen, de centre-droit et humaniste. Il n’est pas majoritaire et il a besoin d’accords pour faire passer des textes. Au-delà de ça, il faut rester ouvert au peuple hongrois qui a fait un choix, même si je refuse les thèses de son gouvernement. En France aussi, il y a eu une tentation des extrêmes l’année dernière… Comme pour la Pologne, il faut éviter les raccourcis ou d’exclure. J’espère qu’il n’y aura pas trop de mesures punitives contre la Hongrie, pour permettre de partager un projet commun.

Voulez-vous vous impliquer au point d’être sur une liste ?

C’est trop tôt pour le dire. Il faut déjà savoir avec qui nous partons. Seuls, avec ou sans « La République en Marche », avec ou sans « Libre », le nouveau parti de Valérie Pécresse, avec ou sans l’UDI… On va en discuter ce week-end dans le cadre de notre congrès fondateur d’Agir à Bordeaux, autour d’Alain Juppé. On voit que son projet présidentiel est toujours d’actualité et son expérience aurait peut-être évité des erreurs comme les affaires avec le général De Villiers, Benalla ou le prélèvement à la source.

Manifestation de la dernière chance contre le GCO samedi à Strasbourg

Manifestation de la dernière chance contre le GCO samedi à Strasbourg

Le collectif « GCO Non Merci » ainsi qu’une dizaine d’autres organisations appellent à une nouvelle manifestation contre le projet d’autoroute de contournement de Strasbourg (GCO – voir tous nos articles) samedi 8 septembre à Strasbourg. Le départ sera donné à 14 heures, place de la République. Ce samedi est aussi le jour de nombreuses « Marches pour le climat » à travers plusieurs villes de France.

En 2017, les organisateurs étaient parvenus à mobiliser entre 2 500 et 3 000 personnes, mais avaient dû se passer du soutien des agriculteurs de la FDSEA, qui avaient majoritairement abandonné l’opposition au GCO. Cette année, la députée Martine Wonner (LREM), qui a rejoint le front anti-GCO cet été, a annoncé sa présence et prendra la parole à 15h place de la République.

Voir la vidéo de la manifestation du 30 septembre 2017

Avec cette nouvelle manifestation, les opposants au Grand contournement ouest espèrent mobiliser les citoyens au delà des habituels cercles écologistes, en présentant ce projet d’autoroute payante au travers du Kochersberg comme un « couloir à camions » et un « massacre de terres agricoles », des thèmes jugés plus mobilisateurs que les défenses de la faune et de la flore.

C’est aussi peut-être la manifestation de la dernière chance, puisque les arrêtés nécessaires au début des travaux de terrassement ont été signés fin août par les autorités. Il n’existe donc plus aucun verrou entre les bétonneuses et les champs, hormis les les recours juridiques et les quelques dizaines d’opposants, qui se relaient sur la Zone à défendre (Zad) de Kolbsheim en attendant une confrontation avec les gendarmes…

Hector et Firmin soutiennent le GCO

Un écrivain public strasbourgeois brise le tabou de la fraude aux thèses à l’Université

Un écrivain public strasbourgeois brise le tabou de la fraude aux thèses à l’Université

Il existe à Strasbourg une dizaine d’écrivains publics, à chacun sa spécialité : administratif, correction de romans, lettres de motivation, discours d’entreprises ou biographies. Thomas, lui, écrit mémoires et thèses à la place d’étudiants fainéants. Depuis son appartement idéalement situé à l’Esplanade, il raconte à Rue89 Strasbourg le tabou des « nègres littéraires » dans l’enseignement supérieur.

Dans le salon de Thomas (le prénom a été modifié), les livres, les paquets de cigarettes et les tasses de café vides s’empilent dans un ensemble ressemblant de près au mythe de la chambre étudiante. Et pour cause, il a passé le week-end à travailler sur sa dernière commande : un mémoire sur la médiation familiale. Il n’a pas encore écrit l’introduction, il préfère le faire après avoir tout rédigé. Il ajoute les notes de bas de page pendant la rédaction, c’est plus pratique. Il s’excuse un peu du désordre de son bureau, les feuilles raturées et les livres empruntés à la BNU donnent l’impression qu’à 43 ans, Thomas a repris ses études.

En réalité, Thomas est écrivain public et rédige des mémoires et des thèses à la place d’étudiants qui en ont les moyens. Depuis 13 ans, il a écrit 5 thèses et une trentaine de mémoires principalement pour l’Université de Strasbourg. Sa profession n’étant pas réglementée, Thomas ne risque rien si ce n’est la désapprobation de ses pairs. Cependant, pour les étudiants, cette pratique est une fraude et donc illégale. Les enseignants en charge de la correction ont accès à un logiciel leur permettant de détecter les plagiats mais ils peuvent difficilement vérifier si c’est bien l’élève qui a rédigé le texte. Jusqu’aujourd’hui aucun des clients-étudiants de Thomas n’ont été découverts ni sanctionnés. 

Clope sur clope, « une nécessité » pour tenir les nuits à écrire (photo Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc)

Ceux à qui Thomas prête sa plume le contactent souvent directement, par téléphone. Ils préfèrent rester discrets, difficile pour un étudiant faussaire de laisser un avis positif sur le site internet de Thomas. Il explique ne jamais recevoir de retours en public, même anonymes, « ils préfèrent oublier qu’ils ne l’ont pas écrit, ils ont quand même mauvaise conscience. »

Pourtant, tout fonctionne par le bouche à oreille. Parfois, les langues mettent quelques années à se délier et les anciens étudiants conseillent celui qui leur a permis d’être diplômés. Aussi, l’écriture de devoirs universitaires n’étant pas sa seule activité, certains amoureux menteurs ou candidats peu inspirés peuvent aussi conseiller les services de Thomas.

Des enseignants qui tombent dans le panneau

Il y a quelques semaines, il a reçu le retour de la professeure en charge du suivi du mémoire sur la médiation familiale. Il applique les conseils donnés à sa cliente :

« Mon travail est toujours soumis à un professeur ou à un tuteur par l’intermédiaire du client. Si je pouvais avoir le directeur de thèse ou le prof directement au téléphone, je lui poserais d’autres questions et de bien plus pertinentes que celles du client, qui est forcément toujours un peu à la traîne. »

Pourtant, ce n’est pas faute d’essayer : le scribe donne deux rendez-vous par semaine à ses clients pour qu’ils suivent l’évolution du travail et ne se sentent pas complètement désarmés face aux inévitables questions des enseignants. Cependant, dans la fraude, tous ne sont pas très impliqués. Certains étudiants donnent le sujet puis disparaissent complètement pendant des mois, avant de venir récupérer le texte et payer, au plus grand désespoir de l’écrivain.

« Après avoir écrit 300 pages (pour une thèse) ou 50 pages (pour un mémoire), il n’est pas rare que le client me demande : “Toi qui l’as lu, qu’en penses-tu ?” »

Pour Flavien Bouttet, anciennement chargé de cours à l’Université de Strasbourg et désormais enseignant chercheur à l’Université de Nancy, cette relative impunité des étudiants s’explique aussi par les conditions de travail des enseignants en charge de la correction :

« En master, on était trois ou quatre pour suivre vingt étudiants et on forme un jury de deux profs pour chaque mémoire. C’est à dire que l’on a dix mémoires à lire assez vite. Et les étudiants en seconde année de master, on ne les voit que rarement, ils t’expliquent qu’ils sont en retard, qu’ils doivent travailler leur truc, ils donnent un bon coup de cordon les derniers mois, ils rendent quelque chose sans trop avoir échangé avec les enseignants… Pour la thèse, par contre, ça me paraît dingue. Je pense que si un étudiant parvient à faire une thèse dans ces conditions, sans que ni le laboratoire ni le directeur ne se rendent compte qu’il y a un truc louche, c’est qu’il y a une faille importante dans le parcours de formation. Même si la première des failles c’est quand même que l’étudiant puisse avoir l’idée de faire ça. »

Plus fantôme que nègre

Retour chez Thomas. Ce n’est pas la première fois que sa cliente étudiante en médiation familiale fait appel à lui, alors comme tout élève appliqué, Thomas relit ce qu’il avait déjà écrit pour un précédent devoir. Sur son ordinateur, dans un coin de son bureau, ses recherches sont toutes classées par date, lorsqu’il écrit un mémoire ou une thèse, il fait tout : des recherches bibliographiques jusqu’à la mise en page.

« Je suis un nègre. Quelqu’un qu’on paie pour écrire ce que les autres signent. Dans le dictionnaire, le mot figure entre négociation et neige. Après le commerce mais avant la blancheur immaculée », écrivait en 2001 Bruno Tessarech dans « La machine à écrire ». En réalité, il existe une multitude d’autres termes pour désigner ceux qui écrivent pour les autres : écrivain public, mercenaire de plume, scribe, rédacteur, conseil en rédaction, copiste, prête plume… À tous ces mots, Thomas préfère celui de Fantôme issu de l’anglais « ghost-writer » :

« On est fantôme parce qu’on est dans l’ombre de la personne, on est invisible, mais on l’accompagne quand même. L’égo, la jalousie, je n’y ai pas droit. » 

30 mémoires, 5 thèses, des tas de mots d’amour

Comble de l’ironie : Thomas n’a, lui, jamais fini sa thèse. Du haut de son balcon, le Strasbourgeois a une vue directe sur la faculté où il a étudié la philosophie et les lettres. Après un doctorat sur Louise Labé et le XVIe siècle français, l’éternel étudiant a repris une licence « librairie et métiers du livre. » Il est devenu libraire puis bibliothécaire, des CDD mal payés et peu stables. À l’aune de ses 30 ans, il a décidé de changer de voie et de devenir écrivain public:

« Je me suis dit “Qu’est ce que je sais faire d’autre que lire et écrire ?” J’avais des connaissances dans le milieu des écrivains publics alors j’ai sauté le pas, d’abord au sein d’une coopérative puis à mon compte au bout de quatre ans. »

Il ne s’est pas tout de suite spécialisé dans l’écriture universitaire. « Comme tout le monde, » il a commencé par écrire pour des publics très différents : des discours, des paroles de chansons, un programme politique pour un pays étranger, des éloges funèbres, de l’administratif et même… des lettres d’amour :

« Pour moi, les lettres d’amour et de séduction, c’est le plus étrange, on nous prend un peu pour des marabouts. On devient parfois un peu leur psy mais nous on doit encaisser en quelques heures ce qu’un psy entend en six mois. On nettoie même pas la plaie, on est dedans. C’est une humiliation en plus, ils les prennent pour des connes. »

Ce n’est que par la suite que l’écrivain public a décidé de se spécialiser dans la correction et l’écriture de devoirs universitaires. Il a commencé il y a dix ans et ça a tout de suite bien fonctionné, probablement parce que Thomas était prêt à faire ce que beaucoup d’autres refusent.

Immoral mais légal pour l’écrivain

Nous avons contacté quatre autres écrivains publics en nous présentant comme de futurs clients étudiants. Tous nous ont gentiment signifié qu’ils corrigent les textes mais qu’ils n’écrivent pas. Un positionnement que partage l’Académie des écrivains publics de France (AEPF). L’association est à l’origine de la charte de déontologie régissant la profession et il y est clairement mentionné, à l’article 7, l’interdiction d’écrire des devoirs universitaires à la place des étudiants :

« Les travaux d’étudiants entrant dans le cadre de l’obtention d’un diplôme ne pourront en aucun cas faire l’objet d’une réécriture totale de la part de l’écrivain public. »

Mais, regrette son président Pascal Martineau, cette charte n’est qu’un texte de principe et n’a aucune valeur légale :

« Écrivain public est un métier qui n’est pas réglementé donc chacun le pratique comme il l’entend. Il n’y a rien qui interdit la rédaction complète d’un travail universitaire mais ce n’est pas correct. »

Thomas a écrit quatre thèses pour l’Université de Strasbourg et une pour celle de Mulhouse, la première sur le théâtre, la seconde en psychopathologie, la troisième en philosophie et deux autres en arts plastiques. L’éternel étudiant s’est essayé à de nombreux domaines, cependant il n’accepte pas tout :

« Une thèse où on ne me donne que le sujet, je fais le plan, la nomenclature, la bibliographie, les recherches et j’écris tout, ça prend un an et demi. En maximum deux ans, il faut pouvoir cracher 300 pages de qualité. Une thèse c’est à partir de bac+6, donc il faut avoir pu assimiler le savoir faire scolaire d’un étudiant. C’est étonnant parce que, quand c’est pour quelqu’un d’autre, on arrive à le faire très vite finalement… Je refuse rarement mais quand je vois que c’est trop technique pour moi, par exemple une thèse en mathématiques ou en informatique, je dis non. »

La précarité du statut de « fantôme » est aussi due au fait qu’il est difficile d’accepter d’autres travaux quand on écrit déjà une thèse (photo Guillaume Krempp/ Rue89 Strasbourg / cc)

De plus, il est impossible pour lui de réaliser des études ou des interviews, il estime ne pas en avoir la légitimité :

« S‘ils veulent des éléments issus du terrain pour illustrer (comme les résultats d’un sondage en sociologie par exemple, ndlr), ils doivent me l’apporter. »

Pour l’écrivain, il existe deux types de clients : les riches étudiants étrangers et ceux qui, paniqués, par manque de temps et d’organisation, le contactent quelques mois avant le rendu. Il a refusé de nous communiquer le nom de ses clients mais il a accepté de nous montrer des documents de travail.

« Je ne peux pas être dans le jugement vu que ça me fait vivre aussi »

Chez le scribe, on ne ressent aucune gêne par rapport à la fraude. Son problème principal est qu’il estime ne pas être assez bien payé, surtout pour gérer des clients compliqués :

« Au delà du travail en lui même, c’est la gestion du client qui prend la plupart du temps. Sans devenir ni son prof, ni son anxiolytique, je dois lui expliquer chaque étape. Il faut savoir gérer l’angoisse du client, ils n’ont prise sur rien donc c’est logique qu’ils angoissent mais en même temps c’est eux qui l’ont voulu… La démarche est celle d’un faussaire vis à vis de ses profs, du jury, c’est complètement malhonnête. Après bon… Je ne peux pas être dans le jugement vu que ça me fait vivre aussi. »

15 000€ la thèse, 2 000€ le mémoire

Thomas fait payer 50 euros la page, avec un prix dégressif pour les travaux plus longs comme les thèses. Les thèses coûtent environ de 10 000 à 15 000 euros, pour une à deux années de travail, « c’est à peu près les mêmes prix que les nègres qui écrivent pour les sommités chez Gallimard, » affirme-t-il. Pour un mémoire de 50 pages, c’est à peu près 2 000 euros et ça lui prend entre trois et six mois. Les prix évoluent selon l’urgence de la demande et sa nature. Une lettre d’amour de 3 pages à faire sous 24h, vous coûtera 600 euros.

« D’ailleurs c’est assez important d’être payé car le degré d’implication est tel qu’il vaut mieux faire appel à un professionnel. On arrive à se distancier des textes parce qu’on est payé, on compartimente d’autant mieux étant donné que l’argent est aussi un symbole de séparation. Tandis que si quelqu’un se dévouait corps et âme sans être payé il aurait plus de mal à faire le deuil de son travail, de cette absence, d’être seulement la mère porteuse mais pas la mère. »

Thomas travaille seul, sous le statut d’auto-entrepreneur, comme une très grande partie des écrivains publics à Strasbourg (photo Guillaume Krempp/ Rue89 Strasbourg)

Depuis décembre, Thomas travaille de manière dissimulée, « au black, » et c’est d’ailleurs la seule raison qui motive l’anonymat de cet article. Si Thomas craint plus l’Urssaf que le courroux de ses clients, c’est aussi parce que, lessivé de travailler pour des clopinettes, il pense depuis quelques temps à changer de métier. Il aimerait former les jeunes écrivains publics, leur apprendre à gérer la relation client, à faire respecter leur travail, à se faire payer correctement…

Dans le petit salon, il fait une chaleur caniculaire. À la fin de l’entretien, Thomas sort de ses larges bibliothèques, deux recueils de poèmes qu’il a écrit lui-même et signés de son nom. Ils sont tristes et romantiques. 

Racisme dans le foot amateur : la ligue sanctionne les agresseurs… et les victimes

Racisme dans le foot amateur : la ligue sanctionne les agresseurs… et les victimes

La Ligue de football amateur du Grand-Est ne croit pas au racisme dans les affrontements qui ont opposés des joueurs de l’AS Benfeld à d’autres de l’AS Mackenheim lors d’un match début mai (lire le premier article).

La commission régionale d’appel de la Ligue, réunie en août (lire notre compte-rendu de cette audience), a confirmé les sanctions prises en première instance : 10 matchs de suspension contre deux joueurs de Mackenheim, et 10 matchs de suspension contre deux joueurs de Benfeld. Que les trois victimes soient des joueurs noirs de Benfeld n’est donc qu’une coïncidence. Les injures racistes entendues par ces joueurs n’ont pas été retenues.

Le club de Mackenheim, condamné pour avoir failli à la police des terrains, doit en outre organiser ses quatre prochains matchs à plus de 30 km du village. La commission d’appel ajoute quatre matchs similaires en sursis et la participation d’un délégué du District d’Alsace aux quatre prochaines rencontres.

La décision de la commission régionale d’appel

Cinq choses que nous retenons de notre année « sans objet et sans déchet »

Cinq choses que nous retenons de notre année « sans objet et sans déchet »

Notre famille s’était engagée à n’acheter aucun objet matériel et à ne produire aucun déchet non-recyclable pendant un an. Cette aventure s’est terminée le 31 août 2018. Quels enseignements en tirons-nous ? Quels écueils avons-nous franchis ou ont été pour nous insurmontables ? Comment nous projetons-nous dans les semaines, mois et années à venir sur ces questions de déchets et de consommation ? Bilan en cinq points des grandes lignes de nos réflexions familiales.

Un an déjà ! En septembre 2017, notre famille de deux adultes et deux enfants, âgés aujourd’hui de 8 et 10 ans, se lançait dans une aventure pas banale : n’acheter aucun vêtement, livre ou matériel d’aucune sorte pendant une année et, dans le même temps, opter pour une alimentation et une hygiène 100% zéro déchet non-recyclable (ZD). C’est le défi « sans objet, sans déchet » (SOSD).

Chaque mois, nous avons publié sur notre blog un « poubellomètre », indiquant le poids de nos poubelles de déchets recyclables : compost, papier-carton-métal (poubelle jaune à Strasbourg) et verre. Aucune autre poubelle n’a été descendue de notre appartement, situé au 3ème étage d’un immeuble tout à fait classique de la Robertsau, à Strasbourg.

Question qui nous a été posée : « Ah bon ? Mais, où sont donc passées vos poubelles ? Vous les avez toutes gardées à la maison ? ». Éclat de rires et explications, que nous avons égrainées à l’occasion de nombreuses rencontres et conférences publiques, dans les médiathèques, au Marché de Noël Off, à l’invitation de partis politiques ou d’associations engagées sur ces questions de déchets et de modes de consommation.

Conférence à la médiathèque de Neudorf – Printemps 2018 (DR)

Non, aucun sac ne s’est entassé à la maison, nous n’avons tout simplement pas produit plus d’une dizaine de kilos de déchets non-recyclables en un an.

Les échanges lors de ces rencontres ont été très riches et la « médiatisation » de notre démarche a été un puissant moteur pour persévérer dans une voie à rebours de notre société de croissance, qui pousse tous et chacun à renouveler ses objets à un rythme effréné, à s’alimenter dans les supermarchés et à confondre plaisir et bonheur, achat et épanouissement social et personnel.

1 – Alimentation et hygiène zéro déchet : renoncements consentis, santé dans la sobriété et petits pêchés

Sur le chapitre des produits alimentaires et d’hygiène, qui nous étaient autorisés dans notre charte, l’affaire a nécessité un peu d’entrainement et de rodage dans les premiers temps, avant de rouler sans trop de difficultés par la suite. Nous avons renoncé à certains aliments, impossibles à trouver facilement en vrac et bio, comme le beurre et la crème, le tofu ou les biscuits. Par facilement, entendons dans des commerces à proximité de chez nous, à des prix accessibles ou sur des marchés tenus les jours où nous sommes disponibles pour cette activité (mardi et samedi).

Il a été possible de remplacer ponctuellement certains produits emballés dans du plastique par leurs équivalents en contenants recyclables ou en vrac, comme les algues, le poisson, la levure de bière, le savon et le shampoing solides, les légumes et les fruits, les céréales, etc.

D’autres ne nous ont pas satisfaits dans leur version recyclable, j’ai nommé par exemple : les brosses à dents et le dentifrice. Entre acheter de l’argile blanche emballée ou un tube tout prêt, une brosse à dents en bambou (avec poils en nylon) vite usée et une en plastique que je peux nettoyer au vinaigre et conserver beaucoup plus longtemps, nous avons fait notre choix. Sans compter les cris d’orfraie de Simon au contact du dentifrice fait-maison avec sa douce muqueuse buccale, elle qui n’aime que le dentifrice industriel au goût « fruité » (no comment).

On a testé les options ZD, avant de revenir au plastique (Photo SOSD)

Bien sûr, nos options alimentaires (brut, en vrac, local et bio) ne conviennent pas à tout le monde. Cuisiner nécessite un investissement en temps, faire ses courses en plusieurs endroits aussi. Des options écologiques, mais également des options « santé » (moins de sucre, moins d’additifs, de produits transformés, de graisses saturées, etc.) et des options sociétales, qui remettent l’alimentation au cœur du budget et du temps familial et font de l’approvisionnement auprès de producteurs locaux un acte politique et un engagement à portée collective.

Nous sommes néanmoins restés gourmands et compulsifs, les jours de fatigue, de tentations, de vacances. Ce qui veut dire parfois écarts, voire grands écarts. Très sérieux pendant plusieurs mois, ne consommant plus ni viande rouge, ni sucreries, ni alcool, ni tabac (gros pourvoyeur de déchets !), nous avons un peu ripé chez les amis ou pendant les vacances : andouille, palets bretons et (quelques) cigarettes sont venus entacher nos belles résolutions. Lâcher prise qui n’a en rien entamé notre détermination à « surveiller » ces tendances à la facilité qui ne nous apportent qu’un plaisir éphémère (mais quel plaisir !) et, en plus de remplir nos poubelles, entament notre capital santé.

2 – Les déchets : ce qui peut être évité doit continuer à l’être

Certes, au démarrage de notre expérience, nous « pratiquions » le zéro déchet depuis plusieurs années. Aucun produit à usage unique, par exemple, ne passait plus la porte de notre appartement depuis longtemps… Mouchoirs en tissu, lingettes lavables pour les WC, torchons et lavettes microfibres en cuisine, serviettes hygiéniques lavables ou vaisselle de camping en inox avaient déjà remplacé leurs équivalents jetables, mouchoirs en papier, papier toilettes ou absorbant, lingettes jetables, tampons et serviettes hygiéniques jetables ou vaisselle en plastique.

Matériel ZD au quotidien, en week-end, au travail… (Photo SOSD)

Restaient néanmoins un certain nombre d’emballages alimentaires, films plastiques autour de certains fromages, pots de crème ou de fromage blanc, barquette de ravioles, emballage de pâtes, riz ou quinoa, etc. Après un an sans, force est de constater qu’à Strasbourg, les alternatives se multiplient dans les magasins bio sous forme de petites ou moyennes surfaces (Biocoop aux Halles et à l’Hôpital civil, Naturalia au centre-ville et au Conseil des Quinze, BioClaire à la Robertsau, Maison Vitale à la Petite France…) ou dans les magasins de vrac (BeeVrac à Cronenbourg, Day by day à Neudorf ou Le Bocal à la Krutenau).

Sur le front des recyclables, il y a matière à raconter, mais nous nous en tiendrons à l’adage suivant : moins, c’est mieux. Après une visite à l’usine de tri des déchets au Rohrschollen, nous reconnaissons la nécessité de développer cette filière – seuls 50% des Eurométropolitains trient leurs déchets, avec environ 20% d’erreurs de tri. Néanmoins, le meilleur déchet reste celui qu’on ne produit pas, tant les ressources en matières premières ou en énergie sont rares et chères.

A l’usine de traitement des déchets recyclables de l’EMS, au Rohrschollen (Photo SOSD)

Conclusion : plus question pour nous de remplir une (certes petite) poubelle par semaine d’emballages inutiles. À la demande d’Alice et de mon mari Marc, qui craignent que nous ne retombions dans nos habitudes anciennes, nous conserverons nos bacs individuels au moins un an encore. « C’est motivant », disent-ils. Ensuite, nous adopterons peut-être le grand bocal en verre, façon « Famille presque zéro déchet ». À voir.

3 – Pas d’achat matériel : toucher du doigt nos « vrais » besoins

Il y a un an, il était question pour nous de limiter drastiquement nos dépenses après un achat immobilier, tout en nous mettant plus complètement en cohérence avec nos idées et nos valeurs dans nos comportements d’achats au quotidien. Tout au long de l’année, nous avons fait avec ce que nous avions, quitte à porter toujours les mêmes vêtements ou à profiter des dons amicaux en textiles pour enfants, par exemple.

Sur le plan du « matériel », vaisselle, ustensiles en tous genres, mobilier ou bibelots, nous avons bricolé avec ce que nous avions en magasin, quitte à parfois transiger pour réaliser un nécessaire bricolage. Là où les choses se sont corsées, c’est en matière de livres. Nous avons certes fréquenté au maximum les médiathèques, essentiellement pour les enfants, et emprunté des livres aux amis, mais j’ai pour ma part bien trop abusé de mon « exception de formation ». J’ai acheté des livres tout au long de l’année et plus encore au mois d’août, pour nous quatre, alors que nous n’avions pas suffisamment anticipé en bibliothèque avant de partir en vacances.

Nos « vrais besoins », ce sont aussi les enfants qui grandissent, qui doivent s’habiller, se cultiver, qui vivent dans une société de consommation difficile à complètement court-circuiter. Simon a plus souffert d’éventuelles restrictions que sa sœur, plus fasciné qu’il est par la nouveauté en matière de jouets (les « saisons » Lego…), de modes à l’école (toupies, cartes Pokemon…), mais tous deux ont pu profiter des cadeaux de leur papa, mamies, amis, sans que nous n’intervenions au-delà des déchets produits, qui se sont retrouvés de temps en temps dans leur petite poubelle à la maison.

4 – Hors de chez soi : petits arrangements en famille et entre amis

Hors de chez soi, comme ces mois d’été, l’exercice SOSD a été moins évident. Loin de nos bases, loin de nos commerçants, de nos médiathèques, de nos habitudes, nous avons recommencé, pour ainsi dire, à vivre « normalement », achetant quelques t-shirts et bouquins. Comme nous nous le sommes permis ces six derniers mois environ, nous également avons acheté de temps à autre, à l’extérieur de chez nous, des aliments emballés, pour nous faire plaisir ou faire plaisir à nos amis : une belle motte de beurre aux algues (miam), une charcuterie paysanne sous vide, une boîte de chocolats.

Dans un autre registre, alors que nous refusions les serviettes en papier, les pailles ou tout autre produits jetables au restaurant, au café, en terrasse, etc., durant les premiers mois du défi, nous avons finalement lâché la rampe en cours de route, fatigués de devoir en permanence expliquer le pourquoi du comment à des serveurs peu amènes, ou maintenir une attention constante, dans des contextes de déjeuners et autres occasions de sociabilité professionnelle.

Buffet pro pour Marc : manger ZD, c’est manger du pain (Photo SOSD)

Nos amis ont plutôt bien joué le jeu, emportant leurs poubelles après un séjour chez nous, ne nous offrant (presque) aucun cadeau neuf, apportant des victuailles zéro déchet aux apéros, le cas échéant. La famille a plus souvent questionné l’intérêt de notre démarche, la considérant au mieux amusante, au pire inutile et frustrante. Le sentiment d’avoir transmis des idées positives, d’avoir insufflé une envie de changement, à de rares exceptions qui se reconnaîtront, s’est bien plus manifesté lors des rencontres publiques que dans nos cercles proches. Sans regret, notre petite musique portera peut-être ses fruits plus tard…

5 – Et maintenant ? Le « sans achat » appliqué à nos vies futures

Il va sans dire que nous ne courrons pas dans les boutiques de fringues made in China le 1er septembre. Nous avons néanmoins quelques achats à faire, déjà commencé avec les soldes fin juillet : vêtements pour enfants, quelques sous-vêtements et vêtements à renouveler pour nous, de quoi bricoler un peu dans le camping-car et l’appartement.

Ces achats à venir se feront à coup sûr après mûre réflexion. Pas question de foncer à la librairie s’acheter des romans qui prendront ensuite la poussière, à part peut-être quelques polars dans la nouvelle librairie qui ouvre ses portes à la Krutenau début septembre. Pas question non plus de stopper cette nouvelle tradition familiale des « cadeaux expériences » qui nous a tant plu cette année. Dernière en date : Alice a fêté ses 10 ans cet été et s’est fait percer les oreilles pour tout cadeau (de notre part). Elle en a été plus que ravie, elle qui réclamait à grands cris des boucles d’oreilles depuis plusieurs années !

Poubelles de Marc et Marie après 11 mois « sans déchet » (Photo SOSD)

Les enfants sont partants pour mixer ces moments passés ensemble avec des objets utiles ou de déco pour leur chambre, lampe de bureau, réveil-matin, moustiquaire façon baldaquin, abandonnant progressivement les envies de nouveaux jouets à tout prix. Plus question pour nous, adultes, en revanche, de revenir à des cadeaux matériels inutiles. Restaurants, week-ends en amoureux ou en famille, activités originales, nous ont largement ravis.

Plus question non plus d’aller se « balader en ville » ou de « faire du shopping ». Les achats, quand il y en aura, seront ciblés et réfléchis, les dépenses impulsives remisées pour longtemps. Je sais que les habitudes, surtout les mauvaises, reviennent généralement au galop. Mais nous serons ensemble pour nous serrer les coudes et nous « surveiller ».

Et, idée soumise par Alice, pourquoi pas une année sans achat tous les deux ans ? C’est son frère qui va être content ! D’ici là, nous vous proposons de vous raconter notre expérience autour d’un apéritif au jardin d’Apollonia, vendredi 7 septembre.

#SOSD

Les livraisons par poids-lourds restreintes dans le centre-ville

Les livraisons par poids-lourds restreintes dans le centre-ville

Les livraisons des commerces de la Grande-Île de Strasbourg deviennent plus contraignantes : horaires restreints, tonnage des véhicules diminué et accès même interdit à certains camions diesel.

Les panneaux indiquant les nouvelles règles, à partir du 1er septembre 2018, pour les livraisons au centre-ville de Strasbourg sont déjà installés aux cinq accès à la Grande-Île autorisés aux camions.

Premier changement, le poids maximum autorisé des véhicules passe de 19 à 7,5 tonnes, quelle que soit la motorisation, pour éviter la circulation de camions imposants mais « presque vides ». Jean-Baptiste Gernet (La Coopérative), adjoint en charge de la logistique urbaine, espère ainsi une « mutualisation des flux », c’est-à-dire le rassemblement dans un même véhicule de plusieurs prestataires. Il explique que certains commerçants utilisent jusqu’à huit organismes de livraisons différents. Robert Herrmann (PS), président de l’Eurométropole, parle lui d’un problème de voirie :

« La taille et le poids de ces véhicules ont des conséquences importantes. On arrive à rendre notre ville de plus en plus belle, mais avec ces camions, on a des pavés déchaussés, des éléments détériorés comme des corniches ou des enseignes de magasins. »

La fin du diesel au centre-ville à l’horizon 2021

Les véhicules diesel de livraisons ne sont plus autorisés dans l’enceinte de la Grande-ïle s’ils circulent sans pastille Crit’Air ou avec une pastille Crit’Air 5. Cette interdiction est une première étape pour arriver à la fin des livraisons diesel au centre-ville à l’horizon 2021, comme annoncé en octobre 2017.

Les camions ne seront plus autorisés à rentrer dans la Grande-île après 11h30 (photo Jean-François Gérard / Rue89 Strasbourg / CC)

Les horaires de livraison sont par ailleurs restreints, de 6h à 10h30 (contre 11h jusqu’alors), sauf pour les véhicules « propres », donc ceux qui roulent au gaz naturel ou à l’électricité. Ces derniers bénéficient d’une heure supplémentaire, soit 11h30. Pour Paul Meyer (La Coopérative), adjoint au maire en charge du commerce, cette mesure porte un intérêt écologique mais aussi pour le cadre de vie :

« Nombre de riverains ne sortent plus, notamment les personnes âgées, qui trouvent le centre-ville trop dangereux, sans parler des parents et des élèves. Il faut aussi parler de la perte de la « commerciabilité » (sic). Le centre n’est pas praticable jusqu’à 11h, 11h30 et parfois midi. Les terrasses sont impossibles à ouvrir le matin à cause des camions qui provoquent de fortes nuisances. »

« Remettre de l’ordre »

Les anciennes règles n’étaient plus adaptées, selon Roland Ries (PS), maire de Strasbourg, qui rappelle que les arrêtés désormais remplacés datent de la construction du tram dans les années 1990. L’idée derrière cette réforme est aussi de »remettre de l’ordre » selon Jean-Baptiste Gernet :

« Personne ne connaissait vraiment la réglementation. On a fait un gros travail de concertation avec les acteurs logistiques et les commerçants. Beaucoup de livreurs pensent que toutes les rues se prennent dans tous les sens. C’était aussi l’occasion de clarifier cela. »

Les livraisons à vélo et à pied sont autorisées toute la journée, pour faciliter leur développement. La Ville espère que ces mesures qui s’appliquent à la Grande-Île vont s’étendre au-delà du centre historique, au fur et à mesure du changement des équipements et des pratiques des entreprises de livraison. Selon Jean-Baptiste Gernet, cette décision répond à une demande des citoyens et à un contexte particulier de « multiplication des signes de dérèglements climatiques » :

« Cette fin du diesel en 2021 est crédible, voire peut être atteinte avant. Les citoyens attendent un changement dans leur quotidien maintenant, pas dans quinze ou vingt ans. « 

Publication des arrêtés pour le GCO : 4 choses à retenir

Publication des arrêtés pour le GCO : 4 choses à retenir

Le préfet du Bas-Rhin et du Grand Est, Jean-Luc Marx, a signé les arrêtés autorisant les travaux du Grand contournement ouest (GCO) de Strasbourg. Sur le terrain, une confrontation se profile. La journée a livré quelques enseignements.

Le dossier du Grand contournement ouest (GCO – voir tous nos articles) de Strasbourg, une autoroute payante de 24 kilomètres, a connu un coup d’accélérateur vendredi 31 août avec la publication des arrêtés autorisant les travaux définitifs. Le préfet du Bas-Rhin, Jean-Luc Marx a répondu aux questions de la presse dans la matinée, suivi par le président de l’Eurométropole Robert Herrmann (PS) qui a salué la publication des arrêtés à la mi-journée.

1 – Pas de temporisation

Suite au vote positif du Coderst mardi 28 août, les concessionnaires du GCO (Arcos, filiale de Vinci pour l’autoroute, et la Sanef pour l’échangeur nord) avaient deux semaines maximum pour réagir. Ils ont pris deux jours et envoyé leurs réponses et observations jeudi 30 août.

Le préfet du Bas-Rhin, Jean-Luc Marx, a indiqué avoir signé « l’autorisation environnementale unique » le soir-même, publié les deux arrêtés autorisant les travaux définitifs vendredi, pour une entrée en vigueur le lendemain, soit samedi 1er septembre. Malgré l’absence de ministre de l’Écologie au gouvernement depuis mardi, l’État souhaite avancer au plus vite sur ce dossier en cette rentrée.

2 – La date incertaine de l’évacuation de la Zad

À Kolbsheim, la résistance au projet s’est matérialisée par une Zone à défendre (Zad), où résident quelques dizaines de personnes et où leurs soutiens peuvent converger de Strasbourg et des villages environnants. Cette Zad est expulsable depuis la fin juin, mais les travaux en forêt ne sont autorisés que du 1er septembre au 15 octobre, car il s’agit d’une zone avec des espèces protégées.

Le préfet a appelé les opposants à quitter les lieux. Mais comme cela a peu de chance d’arriver, il annonce une « concomitance » entre l’évacuation de la Zad et le début des travaux. Quoiqu’il en soit, il appelle à la non-violence, ce qui à ce jour a toujours été la ligne de conduite des opposants. La préfet a aussi déclaré avoir donné des « consignes de vigilance et de précaution » aux gendarmes, même s’il s’attend à « des provocations si nous avons des éléments exogènes », c’est-à-dire des personnes venues d’ailleurs.

Sans surprise, la date d’évacuation n’a pas été dévoilée. L’État peut intervenir au plus vite ou temporiser. Parfois accusé de procéder à « un déni démocratie », le préfet a rappelé que les tribunaux sont la voie ultime. Le concessionnaire et l’État peuvent attendre ou non les recours en référé (jugés sous quelques jours ou semaines) annoncés par Alsace Nature et la députée Martine Wonner (LREM) concernant les arrêtés. L’avocat de « GCO Non Merci, » Me François Zind nous a confirmé travailler sur un recours, sans donner de date de dépôt au moment où il prenait connaissance des textes. Une grande manifestation dans les rues de Strasbourg est par ailleurs prévue le samedi 8 septembre à 14h. Une évacuation avant cette date pourrait braquer les opposants sur la forme.

Selon Olivier Claudon, qui suit le dossier du GCO pour les Dernières Nouvelles d’Alsace, les escadrons de gendarmerie seraient prêts à intervenir à partir du 10 septembre.

Le dossier du GCO a connu un coup d’accélérateur. (Photo Mathilde Piaud/ Rue89 Strasbourg)

3 – Probable retards et surcoûts

Selon le préfet, Vinci a indiqué dans sa réponse que la teneur des arrêtés aura « très vraisemblablement des conséquences sur le planning et les coûts », comme le laissait déjà entendre la société à Rue89 Strasbourg avant le Coderst. Hypothétiquement, Vinci pourrait attaquer les arrêtés, même si ce n’est pas vers cette voie que l’on s’achemine.

Les concessionnaires de l’infrastructure seront rémunérés par le prix des péages selon une formule complexe, avec des prix différents selon le type de véhicule et les heures de la journée. Du côté de la Sanef, c’est l’allongement de la concession sur l’A4 obtenu en 2015 dans le plan de relance autoroutier (PRA) qui permet de dégager 43 millions d’euros pour financer l’échangeur avec l’A4 et l’A35.

Le préfet a indiqué qu’aucune négociation sur des éventuels retards n’avait encore été abordée. Le contrat prévoit des pénalités journalières si la date de mise en service du 30 septembre 2020 prévue dans le contrat n’est pas respectée, mais exclut les causes extérieures et cas de force majeure.

À ce sujet, le préfet a rappelé que Vinci avait juridiquement le droit d’effectuer des déboisements en septembre 2017 à Kolbsheim lorsque des opposants s’étaient interposés, mais pas moralement et politiquement tant que les compensations n’avaient pas été améliorées. Le gouvernement avait demandé de suspendre les opérations. Malgré des progrès, un nouvel avis négatif a été émis par le Conseil de protection de la nature en décembre. Interrogé lors d’un point presse, Robert Herrmann a en tout cas indiqué qu’il n’y avait « pas de raisons » que sa collectivité participe à une éventuelle rallonge budgétaire, car l’Eurométropole n’est jamais intervenue pour retarder les déboisements. « Cela fait l’objet d’une négociation entre l’État et le concessionnaire ».

4 – Des arrêtés qui feront jurisprudence ?

Jean-Luc Marx, ainsi que Robert Herrmann, ont rappelé que certaines prescriptions vont plus loin que ce qu’indique la loi. C’est par ces mesures supplémentaires et l’utilité publique du projet reconnue en 2008 (puis prolongée par le contrat et le Conseil d’État) que les décideurs justifient de passer outre plusieurs avis négatifs d’instances et en particulier ceux des deux enquêtes publiques réalisées au printemps.

Parmi les ajustements récents : une pente plus raide sur le talus du futur viaduc sur la Bruche entre Kolbsheim et Ernolsheim-Bruche pour réduire son emprise au sol. Pour le Grand hamster d’Alsace, chaque hectare détruit sera compensé 2,4 hectares qui seront « améliorés », soit « un ratio jamais atteint », selon Jean-Luc Marx. Au total 115,6 hectares d’habitat du petit mammifère tacheté sont impactés de manière permanente et 80,8 de manière temporaire. Les 45 hectares de zones humides seraient remplacés par 115 hectares dispersés.

Selon nos informations, une délibération du conseil municipal de Strasbourg prévu le 24 septembre doit établir par exemple la transaction de terrains appartenant à la Ville, afin de faire l’objet de ces fameuses compensations.

Visuel du projet de viaduc de la Bruche entre Kolbsheim et Ernolsheim-Bruche (document Arcos)

Robert Herrmann s’est interrogé si ces standards élevés sont une exception ou vont devenir la règle. Car l’Eurométrople compte à son tour construire une route vers 2020 ou 2021, la voie de liaison intercommunale ouest (VLIO), de Entzheim à Bischheim. Ce projet est bien moins contesté, car son impact est bien plus faible et son utilité semble plus évidente pour les élus et les habitants.

Si les compensations, pour les agriculteurs ou les espaces naturels, sont de la même ampleur, cela complique forcément la donne. Car plus il y a de terrains pour ces fameuses compensations, plus cela fige des espaces où les constructions deviennent impossibles, à une époque où les dirigeants aiment encore se voir en bâtisseurs.

« Nous appelons les élus à des décisions ambitieuses pour la Zone à faibles émissions »

« Nous appelons les élus à des décisions ambitieuses pour la Zone à faibles émissions »

Le collectif « Réinventons l’Avenue des Vosges » et l’association Strasbourg Respire espèrent qu’une Zone à faible émissions (ZFE) soit l’opportunité d’avoir des mesures efficaces pour tout type de véhicules, afin de réduire la pollution à Strasbourg.

Les strasbourgeois ont connu cet été la première mise en oeuvre de circulation différenciée lors d’un nouvel épisode de pollution de l’air. Cette mesure ponctuelle a permis de sensibiliser les citoyens que nous sommes au rôle joué par le trafic automobile dans la pollution atmosphérique. En revanche, elle a eu bien peu d’impact sur celle-ci, les orages se chargeant de dissiper les polluants bien plus efficacement.  

La réalité, c’est que la pollution sévit toute l’année dans l’agglomération de Strasbourg ! Sur nos boulevards du centre-ville, où habitent et travaillent des milliers de personnes, les normes européennes de pollution sont dépassées toute l’année selon le bilan de la qualité de l’air 2017. Strasbourg fait ainsi partie des 14 villes polluées pour lesquelles la France risque une amende de 11 millions d’euros et 240 000 euros par jour pour non respect des normes de pollution européennes.  

Concentration sur l'année 2017 d'oxydes d'azote, NOx sur une station en ville à Strasbourg. (Graphique réalisé avec les données Atmo Grand Est)
Concentration sur l’année 2017 d’oxydes d’azote, NOx sur une station en ville à Strasbourg. (Graphique réalisé avec les données Atmo Grand Est)

Dans l’agglomération de Strasbourg, le trafic automobile, principalement diesel, est directement responsable de la pollution de l’air. Selon l’Invent’air 2016 d’Atmo Grand Est, 65% des émissions d’oxydes d’azote et une grande partie des émissions de particules fines classées « cancérigènes certains » par l’OMS lui sont imputables (source ). Or on sait que le risque de mort subites cardiaques, d’asthme et de cancer du sang chez l’enfant augmentent de plus de 30% quand on vit à proximité d’un axe routier.

Pour agir efficacement contre la pollution de l’air sur notre territoire, c’est donc une restriction permanente de la circulation, ciblée sur les véhicules responsables des émissions les plus nocives, qui doit être instaurée.

Les règles sur les livraisons, « une avancée importante »

Selon nos informations, la Ville de Strasbourg travaille actuellement à une Zone à faibles émissions (ZFE), qu’elle devrait proposer au Ministère de l’Environnement en octobre 2018 dans le cadre de la Loi d’orientation sur les mobilités. Concrètement, il s’agit de définir un périmètre dont l’accès sera interdit aux véhicules les plus polluants, selon les modalités choisies par la Ville. La ZFE s’ajouterait aux nouvelles règles instaurées, à partir du 1er septembre 2018, aux livraisons dans la Grande-île, qui constituent une avancée importante pour la qualité de l’air à Strasbourg.

Nous, médecins strasbourgeois, riverains et usagers de l’avenue des Vosges, soutenons la mise en œuvre d’une Zone à faibles émissions sur le territoire de l’agglomération de Strasbourg.

(Photo Pascal Bastien / Divergence)
Deux associations souhaitent une proposition ambitieuse avec les ZFE pour diminuer la pollution à Strasbourg. (Photo Pascal Bastien / Divergence)

En effet, cette mesure s’inscrit dans une approche globale de la pollution d’origine routière à Strasbourg. Si elle est bien conçue, elle sera plus efficace pour réduire la pollution sur ses axes très fréquentés (A35, boulevards de Strasbourg, dont l’avenue des Vosges) que des mesures locales qui peinent à se concrétiser. Par ailleurs, une ZFE s’accompagnera nécessairement d’un contrôle de la circulation des poids lourds dans l’agglomération, réclamé depuis longtemps par les habitants.

« Nous appelons les élus à des décisions ambitieuses »

En même temps qu’elles interdisent la circulation des véhicules polluants, la Ville et l’Eurométropole doivent donner un nouvel élan au développement des transports en commun et respectueux de l’environnement, en poursuivant notamment l’aménagement de pistes cyclables là où elles manquent cruellement, comme sur l’avenue des Vosges. 

Nous appelons donc les élus de la Ville et de l’Eurométropole à des décisions ambitieuses afin que la Zone à faibles émissions agisse rapidement et efficacement pour améliorer la qualité de l’air dans l’agglomération :

    Le périmètre de la ZFE devrait couvrir a minima l’ensemble du territoire de la municipalité de Strasbourg, où se trouvent les principaux points de pollution liée au trafic automobile, et être rapidement généralisé à l’Eurométropole, à laquelle s’appliquent aujourd’hui les mesures d’urgence lors des pics de pollution. Tous les véhicules devraient être concernés, poids lourds, bus/autocars, voitures particulières et d’entreprises, mais aussi les deux-roues et les bateaux touristiques, de même que les véhicules immatriculés à l’étranger. Concernant les critères de pollution des véhicules, il pourrait être commode de s’adosser au système des vignettes Crit’Air. Malheureusement, ses critères d’attribution souffrent de graves lacunes. Ils ne sanctionnent pas assez les véhicules diesels alors que leurs émissions sont plus toxiques que les essences (6 à 7 fois plus de NOx). Ainsi, le principe de précaution sanitaire voudrait que les diesels – quel que soit leur âge – ne circulent pas en ville.  Un contrôle efficace de la ZFE sera essentiel. L’agglomération pourra bénéficier de l’aide prévue par la récente Loi d’Orientation sur les Mobilités pour les collectivités qui mettent en œuvre une ZFE : réglementaire, comme le contrôle automatisé et en stationnement, et coopération des forces de l’ordre et des services de l’Etat.

Pour l’Eurométropole, il s’agit d’une opportunité historique de se hisser au niveau des métropoles européennes qui ont déjà mis en oeuvre des Zones à faibles émissions, parmi lesquelles Paris, Milan, Berlin, Londres, Munich, Francfort, et pas moins de 83 villes allemandes et 13 villes néerlandaises.

À la Meinau, les colocations solidaires peinent à se faire une place

À la Meinau, les colocations solidaires peinent à se faire une place

Depuis septembre 2016, le quartier de la Meinau accueille une « Kaps », c’est-à-dire une « koloc’ » à projet solidaire. En échange d’un loyer attractif, les jeunes qui s’y installent donnent plusieurs heures de leur semaine pour dynamiser le quartier. Après deux ans d’expérience et de bons souvenirs, les colocataires doutent néanmoins de leur utilité.

Entre la Meinau et le Neuhof, un large bâtiment vert pâle abrite les quinze habitants des « koloc’ » à projet solidaire (Kaps) strasbourgeoises. Répartis dans quatre appartements, les jeunes de ces colocations s’installent au milieu des habitants et s’engagent à créer des projets pour répondre aux besoins de leurs voisins. Après deux ans, certains des colocataires souhaitent un meilleur ancrage dans le quartier.

Quatre appartement de cet immeuble de la rue du Rhin Tortu sont occupés par des « kapseurs » (photo Judith Barbe / Rue89 Strasbourg / CC)

Le concept de Kaps est apparu dans les années 1970 en Belgique. En France, c’est l’Association de la fondation étudiante pour la ville (Afev) qui porte les colocations depuis 2010, pour que des jeunes de 18 à 30 ans s’impliquent dans le quartier où ils vivent et y impulsent des projets. En septembre 2016, les premiers « kapseurs » sont entrés au 70 rue du Rhin Tortu, face au parc Schulmeister.

Ludivine, 25 ans, va y déposer ses valises à la rentrée. Déjà bénévole pour l’Afev de Caen, puis celle de Strasbourg, elle vient de finir son master en anthropologie à l’Unistra :

« J’ai pas mal de temps puisque je suis en recherche de boulot. Je voulais mettre à profit ce temps. La lutte contre la discrimination est une cause qui me plaît et qui, en plus, a un lien avec mes études de sociologie. »

Ludivine espère pouvoir nouer des relations avec ses voisins, les habitants de la Meinau et du Neuhof, « pour qu’ils trouvent leur intérêt dans les projets mis en place ». C’est pourtant ce qui a manqué à deux kapseurs qui viennent de quitter l’appartement. Hari, 24 ans et Louise, 25 ans, ont passé plus d’un an dans la colocation de la Meinau. Ils y ont monté des projets à destination des habitants, mais Hari regrette le manque de contacts avec ses voisins :

« Je ne vis pas dans la réalité des habitants. En parlant avec eux, je me rends compte qu’ils ont des soucis que je n’ai pas. Par exemple, le contrôle régulier par les forces de l’ordre. »

Des loyers à moins de 350 euros

Sur impulsion de l’Université de Strasbourg, puis de la municipalité, l’association a entamé une collaboration avec le bailleur social Domial. Depuis, quarante personnes y auront habité, entre un et deux ans. Ils passent en théorie trois à quatre heures par semaine pour organiser leurs actions solidaires. Ils habitent dans des logements sociaux, et bénéficient de loyers attractifs : de 260 à 330€, charges comprises, pour leur chambre dans cet immeuble neuf. Aucune condition de ressources n’est indiquée, « le critère principal c’est la motivation » assure Fanny Sarron, déléguée territoriale pour l’Afev Strasbourg.

Les habitants des Kaps sont pour les deux-tiers des étudiants. Les autres colocataires sont de jeunes actifs, en recherche d’emploi ou en service civique. Peu viennent de milieux favorisés, avec près de la moitié de boursiers. Beaucoup ne viennent pas de Strasbourg, et choisissent les Kaps pour être moins isolés selon Fanny Sarron :

« Ils sont sûrs que dans les Kaps, leurs colocataires sont ouverts d’esprit et solidaires. Tout jeune peut se sentir utile. Cela va aussi lui permettre d’abandonner ses préjugés par rapport aux quartiers populaires. Surtout pour leurs parents d’ailleurs, qui sont souvent réticents à l’idée de laisser leur enfant y habiter. Ce n’est pas seulement l’endroit où le jeune va dormir, il va essayer d’y vivre. C’est aussi un moyen de devenir un citoyen actif. »

Fanny Sarron tient à ce que ces actions se fassent dans des colocations car « c’est en groupe qu’ils pourront monter des projets » (photo Judith Barbe / Rue89 Strasbourg / CC)

En deux ans, le bilan se résume à un bac de compostage, une participation à la fête du parc et à la fête des peuples. À cela s’ajoute des soirées jeux, une pendaison de crémaillère et une fête des voisins, plutôt à l’échelle de l’immeuble. Pour ces quartiers, les Kapseurs peuvent devenir des acteurs associatifs dynamiques estime Fanny Sarron :

« Ce sont des quartiers cloisonnés, et ramener une jeunesse, souvent étudiante, permet de créer de la mixité. Je crois qu’il y a une force dans cette volonté d’aider. »

Les habitants à l’écart des projets menés

Après un an et demi dans une des « koloc », Hari va rentrer en master à la rentrée. Arrivé de Poitiers il y a trois ans pour ses études, il s’est d’abord engagé comme bénévole pour l’Afev avant d’y travailler en service civique puis de choisir de vivre dans des Kaps. Content de s’être engagé avec d’autres jeunes qui « au-delà d’habiter ensemble essaient de participer à quelque chose », il regrette le manque de contact avec les habitants. Les projets menés l’ont été sans vraie concertation :

« On essaie de les mobiliser, on organise des soirées, on fait du porte-à-porte. Mais on a, finalement, peu de contacts avec les habitants. C’est en partie lié à la position du bâtiment, on est vraiment en bordure de la Meinau. On la traverse peu. »

A la question « Qu’est-ce-qui vous rend heureux ? », les habitants ont répondu sur de petites pancartes qu’Hari, ici avec sa copine Justine, ont gardé dans un coin de l’appartement (photo Judith Barbe / Rue89 Strasbourg / CC)

Louise, diplômée d’un master d’allemand cet été et « plus ancienne kapseuse de Strasbourg », acquiesce. Elle a fait partie des premiers habitants de la colocation qu’elle a quitté en juillet 2018. Pour elle, ce problème d’intégration dans les quartiers a existé dès le départ :

« La première chose qu’on nous a demandé c’est : vous, qu’est-ce-que vous voulez faire ? C’était une bonne idée de parler de nos envies, mais on a pris les choses à l’envers. On aurait plutôt du se demander : qu’est-ce-qui se passe dans le quartier ? Avant de créer nos projets, on aurait du se poser des questions en tant qu’habitants, pas en tant que bénévole de l’Afev. »

Elle met en cause des problèmes d’organisation entre bénévoles et de temps accordés aux projets :

« Ce qui m’a plu, c’était d’essayer de s’intégrer dans les quartiers et d’en découvrir les habitants. C’est quelque chose que je n’aurais pas eu en Crous. Mais nos interactions avec eux étaient quand même trop ponctuelles et trop isolées. C’est normal, c’est le début, nous n’avons pas encore réussi à trouver la bonne place. »

« On était vus comme des étudiants parachutés »

Avant d’emménager dans la Meinau, cette ancienne bénévole pour l’Afev s’est confrontée à l’appréhension de ses parents à cause de la réputation du quartier « et des voitures brûlées au Nouvel An », mais elle « s’en foutai[t] ». Elle y recherche d’autres étudiants avec lesquels échanger, alors qu’elle ne connaît personne à Strasbourg. « Ce n’était pas trop cher, ça me permettait de ne pas être isolée et d’apprendre à connaître le quartier ». Mais elle regrette d’avoir laissé passer des opportunités d’intégration dans le quartier, notamment via les associations déjà installées :

« Créer des projets réguliers a été compliqué. Nous n’avons pas de salle et nous n’avons pas beaucoup de connexions avec les associations de la Meinau. On aurait du leur donner plus de coups de main. Là, on était vus comme des étudiants parachutés, on était d’ailleurs les seuls étudiants du quartier. Les habitants ne comprenaient pas pourquoi on était là et les associations aussi étaient perplexes. Nos projets ont été plus utiles pour nous que pour eux. »

Le bâtiment des kaps fait face au parc Schulmeister. Il est à la limite de la Meinau. (photo Judith Barbe / Rue89 Strasbourg / CC)

Les colocations solidaires accusent le coup d’un « excès d’ambition » selon la jeune femme. Elles n’ont pas recherché la coordination avec le tissu associatif :

« La preuve, c’est notre projet de boîte à livre qu’on voulait mettre en place en 2016. On a attendu plusieurs mois la réponse de la mairie qui a été négative. On était très déçu mais on a appris qu’une autre association en installait une, dans le jardin inter-religieux. Si on avait eu plus de relations avec eux, on aurait pu le créer ensemble. »

Du côté des riverains, les Kaps ne sont pas ou peu connues. Les bénévoles de l’Afev sont surtout identifiés pour l’accompagnement d’enfants du quartier, qui existait déjà par le passé et qui selon les associations installées est une bonne chose. Mais leur action en faveur de la vie culturelle et sociale de la Meinau est presque invisible pour le tissu associatif.

En septembre 2018, les Kapseurs ont l’espoir que la situation change et organisent une soirée d’intégration pour communiquer avec les habitants mais aussi les commerçants de la Meinau, dans le but de faire connaître leurs initiatives.

Une expérience enrichissante pour les étudiants

Pour autant, Hari ne reste pas sur une impression négative à l’heure de tirer un bilan de départ. Ce fut son premier engagement associatif et sa première immersion dans un « quartier populaire » :

« Avant, les quartiers étaient pour moi un point d’interrogation. On a pour habitude de voir ce qu’il s’y passe de mal. J’étais curieux de voir ce qu’il s’y passe de bien. En un an et demi je n’ai jamais eu de problèmes. Je n’ai pourtant jamais vu d’articles qui disaient qu’il n’y en avait pas. »

L’idée des kaps est de s’intégrer dans un quartier, que l’un des appartement surplombe depuis son balcon, pour y mener des projets solidaires (photo Judith Barbe / Rue89 Strasbourg / CC)

Avant d’ajouter, sur ce qu’un projet comme les Kaps peut signifier  :

« Les gens disent que les jeunes s’investissent peu ou pas mais j’ai tendance à penser que si on leur propose les moyens de le faire, ils le feront. »

Même constat pour Louise, qui a apprécié d’habiter à la Meinau :

« C’est un quartier super agréable, que je conseille ! C’est très bien situé, il y a pas mal d’associations, c’est bien développé. J’ai appris à connaître la Meinau, j’ai passé des supers moments à la médiathèque, à la salle de danse ou dans l’espace Django. J’ai beaucoup appris. »

Elle a surtout apprécié l’accompagnement individuel d’un enfant du quartier. Louise a tissé des liens avec les familles qu’elle a aidé :

« Les habitants, on les a plutôt rencontré via ces accompagnements, on a pu avoir une réflexion avec eux sur ce que c’est de vivre à la Meinau. Au départ, cela n’a pas été évident de trouver sa place, entre les adultes et les enfants. Pour les enfants, on a presque leur âge, pour les adultes, on est respectables car on fait des études. Avec la petite fille que j’ai suivi cette année, on a crée des vrais liens d’amitié. »

Les dix places libérées dans les appartements pour la rentrée sont attribuées depuis mi-juin. Une ou deux places pourraient se libérer en octobre, mais pas assez pour les quarante candidatures qui sont déjà parvenues. Fanny Sarron réfléchit déjà à l’ouverture de nouvelles Kaps à Strasbourg à l’Elsau ou au Neuhof, en collaboration à nouveau avec le Crous et l’Unistra face aux problèmes de logements étudiants. La difficulté reste de trouver des espaces assez spacieux pour y accueillir une colocation. Des appartements pourraient être disponibles pour septembre 2019 au Port-du-Rhin. Idéalement, c’est une vingtaine de Kaps qui pourraient être créées sur Strasbourg.

Une plainte déposée contre un Intermarché et Pizza Hut pour non-respect d’autocollants Stop pub

Une plainte déposée contre un Intermarché et Pizza Hut pour non-respect d’autocollants Stop pub

Les associations Zéro Déchet Strasbourg, Zero Waste France ont porté plainte pour non-respect de l’autocollant « Stop pub » sur les boîtes aux lettres. Les requérants, qui ont envoyé leur dossier au tribunal de police de Strasbourg mardi 28 août ciblent une franchise Pizza Hut (quatre restaurants à Strasbourg selon societe.com) et l’enseigne Intermarché d’Oberhausbergen. C’est une première en France.

Thibault Turchet, responsable des affaires juridiques à Zero Waste France qui a coordonné le dossier, résume la démarche :

« Nous avons compilé une quinzaine de clichés depuis décembre et dans un second temps un constat d’huissier a été dressé début juillet. Ce sont les deux marques que l’on a trouvé dans une boîte aux lettres ce jour-là. Elles sont représentatives des enseignes qui ne respectent pas l’autocollant habituellement : la grande distribution et la restauration, avec parfois l’ameublement et l’immobilier. La plainte fait aussi suite à des échanges par courrier que nous avons eu pendant l’année et dont les réponses n’étaient pas satisfaisantes. »

Un stop pub mais quand même des envies de pub ?

Dans sa réponse, Intermarché renvoie vers sa société de distribution. Pizza Hut justifie de son côté un non-respect de la réglementation par le fait que les Stop pub ne sont pas toujours apposés par les habitants eux-mêmes, mais par « des concierges d’immeubles » ou « le locataire précédent ». La société demande une liste nominative des personnes opposées aux dépôts de prospectus.

Une pile de prospectus (Photo Judith E. Bell / Flickr / cc)
Une pile de prospectus Photo : Judith E. Bell / Flickr / cc

Un dossier constitué localement

Un groupe Facebook « Balance ta pub Strasbourg » permet aux internautes de compiler les non-respects dans leurs boîte aux lettres, qui a servi à documenter le dossier localement par Zero Déchet Strasbourg.

Thibault Turchet explique pourquoi les deux associations ont ciblé les enseignes dans leur plainte plutôt que les sociétés de distribution :

« On considère que ce sont les marques qui sont responsables de leurs publicités. On sait que certaines entreprises de distribution sont plus responsables que d’autres et indiquent le nombre de « Stop pub » à leurs clients, afin qu’elles adaptent l’impression de leur prospectus. »

Démarche politique

L’autocollant Stop est reconnu par le ministère de l’Environnement qui en a distribué gratuitement entre 2004 et 2008. À l’instar du site Stop-pub, les deux associations interprètent un article du code pénal (voir encadré) qui peut engendrer une contravention de 3e classe, soit 450€ d’amende, montant qui peut être quintuplé pour une personne morale comme les entreprises.

Au-delà du cas des deux enseignes, la démarche des deux associations est politique :

« Nous espérons l’ouverture d’une enquête par le procureur, voire une décision qui fasse jurisprudence. Cela permettra au moins de savoir quelles preuves sont recevables. »

L’association Stop pub ne milite pas contre toutes les pubs, mais uniquement celles déposées dans les boîtes aux lettres, jugées intrusives.