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C’est un site internet d’équipements sportifs comme il en existe des centaines. Tout en haut de la page d’accueil, il est écrit que « Mon vélofrance est le spécialiste dans la distribution de vélos, pièces vélo, pièces VTT, d’accessoires vélo et d’équipement running sur internet ».
On y trouve des vélos électriques dernier cri, pour des prix allant de 410€ pour un VTT de base, à 5 500€ pour un vélo de ville électrique haut de gamme. Avec, à chaque fois, des prix défiant toute concurrence. Ainsi le vélo le plus cher, affiché à 5 500€ est un modèle qui coûte en réalité 8 000€. Une promo alléchante pour un magnifique vélo… Le problème de celui acheté sur mon-velofrance, c’est qu’il n’existe pas.
Lorsqu’on clique sur l’onglet « nous contacter », le site assure être la vitrine numérique d’un magasin qui existerait à Strasbourg. Son adresse : 9 rue de la Brigade Alsace-Lorraine, dans le quartier de la Krutenau. Mais sur place : aucune trace d’un magasin de vélo qui s’appellerait « Mon vélo France ».
À la place, il y a la porte cochère d’un bel immeuble d’habitations, avec différentes plaques : celles de deux podologues, un garage et un cabinet médical. Aux numéros voisins, une agence immobilière et un magasin de prêt-à-porter pour hommes.


Quand on cherche ensuite sur Google maps si le magasin est référencé, c’est une autre adresse qui apparaît : le 36 rue de la Brigade Alsace-Lorraine. Un numéro qui n’existe pas dans cette rue strasbourgeoise.
Lorsqu’on tente ensuite une vérification de l’existence de cette entreprise, on trouve sur la page « mentions légales » du site :
« Bienvenue sur le site Internet www.mon-velofrance.com réalisé et édité par Cycle et Volt au capital social de 107 300,00 €, dont le siège social est situé au (…) 83 140 Six-Fours-les-Plages, France, inscrite au RCS Toulon (…). »

Sur le site Societe.com, le numéro SIREN de l’entreprise renvoie bien à une société nommée « Cycle et Volt », dont le gérant serait Franck Rinaudo. Contacté, le gérant de Cycle et Volt – dont le magasin existe, et qui est bien basé à Six-Fours, explique :
« Depuis un an, je reçois des appels quotidiens de clients qui se sont fait arnaquer par ce site, et qui remontent jusqu’à moi. J’ai porté plainte deux fois pour usurpation de numéro de société. Evidemment je n’ai aucun rapport avec cette soi-disant entreprise, qui est un fake. Tout est faux. Il n’y a qu’à voir les promos qu’ils font, pour les produits qu’ils proposent, c’est juste impensable. »
Si le site est une arnaque, les victimes de ces escroqueries, elles, sont bien réelles. Il suffit – là encore – de chercher quelques minutes sur internet pour trouver les dizaines de témoignages de personnes qui se sont fait avoir.
Sur le site signal-arnaque, qui recense près de 330 000 arnaques relevées par des internautes francophones, les témoignages sur « Mon Vélo France » sont nombreux (une vingtaine), comme celui de « JMC », posté en juin 2022 :
« Je pense être aussi victime de cette arnaque. Commande de batterie BOSCH à 489€ passée le 2 juin 2022. Payé par prélèvement (…). Un mois après, toujours pas de nouvelles. J’ai déposé plainte en ligne sur le site de la fraude sur internet. »

Sur le site « Mon Velo France », on trouve deux numéro de téléphones portables, présentés comme « téléphone du magasin ». Après plusieurs tentatives infructueuses et un message laissé sur le tchat du site, l’un des numéros a rappelé la rédaction.
Il s’agit d’un certain « Franck Lambert », qui parle dans un français impeccable avec un accent africain. La qualité de la ligne est mauvaise. Nous l’interrogeons immédiatement sur la localisation de son magasin, introuvable à Strasbourg : « C’est notre entrepôt de stockage, ce n’est pas un magasin », explique l’homme au téléphone. Et le numéro 36 inexistant ? « Nous n’avons jamais été au 36, nous sommes au 9, c’est tout ».
Interrogé sur les nombreux clients qui font état d’arnaques et de vélos, commandés et payés mais jamais reçus, « Franck Lambert » répond très calmement :
« Vous savez, ça c’est la concurrence. Il y a beaucoup de concurrents dans le secteur du vélo sur internet, et ils font croire aux arnaques. »
Notre interlocuteur semble avoir réponse à tout. Jusqu’à un certain point :
– « Et votre numéro de Siret ? Il ne correspond pas à votre société, pourquoi ?
– C’est parce que notre société est enregistrée au Royaume-Uni.
– Mais vous, vous êtes basé à Strasbourg ? Quelque part en France ? »
Franck Lambert, ou qui que ce soit, raccroche. Il ne répondra plus.
Sur internet, les victimes s’interrogent. Comment une telle arnaque peut-elle subsister, malgré les nombreuses plaintes et les signalements faits auprès de la plateforme Pharos (Portail officiel de signalement des contenus illicites de l’Internet) ? Franck Rinaudo – le vrai gérant de la société prête-nom – semble désabusé :
« Je suis allé deux fois au commissariat, j’ai fait un signalement à Google, j’ai fait un signalement sur la plateforme en ligne… Je ne sais plus quoi faire. Les gens que j’ai au téléphone se retournent même contre moi, mais moi je n’y peux rien ! »
Franck Rinaudo raconte d’ailleurs qu’il s’agit de la troisième fausse entreprise rattachée à la sienne. « Ils avaient créé des noms de site toujours un peu semblables, avec France et Vélo dedans. » Avant de conclure, dépité : « De toute façon, le jour où la police fermera le site, ces escrocs en ouvriront un autre. »

Claudia Harter fait partie du collectif des villageois réunis de Nambsheim, au sud de Neuf-Brisach, créé à l’été 2021 pour s’opposer à un projet de zone industrielle appelée EcoRhena. « Il veulent raser 10 hectares de forêt et artificialiser des zones agricoles mais ils ne savent même pas encore quelles entreprises vont s’installer », résume t-elle. Les arbres que les habitants de la rue du canal aperçoivent depuis les fenêtres de leurs maisons pourraient être remplacés d’ici peu par des usines et des entrepôts. Ils devraient s’étaler sur 55 hectares, soit l’équivalent de la surface de 76 terrains de foot.

Le porteur de projet est le syndicat mixte ouvert (SMO), constitué de Voies navigables de France, de la Chambre de commerce et d’industrie Alsace Eurométropole, de la Région Grand Est, de Colmar agglomération et de la Communauté de communes Pays Rhin-Brisach. Son président est Gérard Hug (Divers droite), qui est aussi à la tête de la communauté de communes. Le SMO a les autorisations pour commencer les travaux et a débuté le défrichage de la zone le 23 septembre. Le chantier doit commencer au mois d’octobre.

Claudia Harter constate que de nombreux habitants de la commune craignent l’apparition « de nuisances sonores, visuelles et olfactives, ainsi que de potentielles pollutions de l’air, de l’eau et du sol ». L’ambiance risque effectivement de changer dans ce village de 600 âmes, situé en bordure du Rhin. Surtout, le collectif redoute l’arrivée de matériaux hautement radioactifs près de chez eux.
EcoRhena se trouve à trois kilomètres du site de l’ancienne centrale nucléaire de Fessenheim, où EDF a le projet d’installer son technocentre. Le projet est d’y fondre des générateurs de vapeur et des réacteurs des centrales nucléaires françaises et européennes en fin de vie, de récupérer leurs métaux les moins radioactifs et de les réutiliser dans la filière nucléaire, ou dans des filières conventionnelles. Dans un document de présentation d’EcoRhena, le SMO note : « Le secteur 3 pourrait accueillir une rampe Roll on Roll off (RoRo, rouler pour entrer, rouler pour sortir, permettant aux camions de débarquer avec leur chargement, NDLR) destinée au transfert de matériaux liés au projet de technocentre. »
En d’autres termes, cette infrastructure permettrait d’acheminer les éléments radioactifs par camions, transportés sur des bateaux, jusqu’au technocentre. Gérard Hug et Claude Brender, maire de Fessenheim, sont favorables à ce projet de Technocentre, mais EDF hésite encore avec d’autres sites en France comme Tricastin près de Montélimar. Le port fluvial avec une rampe « RoRo » pourrait donc être un important argument en faveur de l’installation du technocentre en Alsace.
« On ne sait pas pourquoi il y a « Eco » dans le nom du projet. Il n’y a pas de cahier des charges précis sur les entreprises », remarque Claudia Harter. Selon la militante écologiste et habitante de Nambsheim depuis 1997, le collectif compte 130 membres dans le village, ainsi que des sympathisants :
« Nous ne sommes pas dans une opposition de principe. Tout dépend de la nature des entreprises qui s’installent et de comment elles s’intègrent. Nous sommes favorables à l’installation d’entreprises propres, aux projets d’énergies renouvelables, mais en limitant au maximum les nuisances pour les riverains. Le souci, c’est aussi qu’il n’y a aucune visibilité à part le port RoRo. »

D’après l’agence de développement économique d’Alsace (Adira), EcoRhena fait partie des projets majeurs en Alsace centrale, où la logique d’artificialisation des terres au profit d’industries et de parcs d’activités ne connaît aucune pause. Sur son site, la communauté de communes explique que le but est de « favoriser le développement industrialo-portuaire » pour créer des emplois, notamment suite à la fermeture de la centrale nucléaire qui faisait travailler 2 000 personnes.
Christine Schwartz, maire de Nambsheim, rappelle aussi que l’usine de chewing-gums Wrigley située à Biesheim, une commune voisine, a supprimé 280 postes en 2021 : « Des emplois disparaissent localement. Nous avons donc la responsabilité d’en créer en tant qu’élus. » Pour Claudia Harter, l’argument de l’emploi ne doit pas être utilisé abusivement :
« Le chômage est résiduel dans les environs. Les employés de la centrale ont été reclassés, certains ont été mutés. Et surtout, ce n’est pas une raison pour accepter des pollutions et un technocentre. On peut aussi créer des emplois vertueux. »
Selon Jean-Luc Ludmann, conseiller municipal d’opposition à Nambsheim, la majorité des élus de la commune trouvent que l’emprise d’EcoRhena est trop proche des habitations :
« La zone industrielle sera à 60 mètres de certaines habitations. Si les usines qui s’installent rejettent des polluants ou suscitent de grosses nuisances sonores, le préjudice sera trop important pour les riverains. Nous souhaitons donc qu’il y ait plus de distance entre l’Est de Nambsheim et le début d’EcoRhena. »

De son côté, Christine Schwartz, la maire, soutient le projet et considère que les risques de nuisances sont très faibles, comme « de nombreuses précautions sont prévues par la loi, notamment sur les pollutions ». Elle reconnaît qu’elle n’a, de toute façon, pas vraiment son mot à dire :
« Les zones industrielles, ça se décide au niveau de la communauté de communes. C’est à eux qu’ils faut demander les précisions et quelles entreprises pourront s’installer. »
Mais Gérard Hug, président du SMO et de la communauté de communes du Pays de Neuf-Brisach, n’a pas souhaité répondre aux questions de Rue89 Strasbourg. Jean-Luc Ludmann dénonce une confiscation de la décision :
« Il s’agit de notre commune, mais les réunions avec le SMO sont houleuses et pour l’instant nous ne savons pas s’ils s’adapteront aux revendications des habitants. »
Une manifestation est prévue samedi 1er octobre, près de la future zone industrielle. Des habitants de Nambsheim ont lancé une pétition en ligne signée par plus de 250 personnes. Ils sont soutenus par l’association environnementaliste Alsace Nature et par le collectif anti-nucléaire Stop Fessenheim.
Pourtant, au départ du projet, Daniel Reininger avait participé, en tant que représentant d’Alsace Nature, à l’élaboration d’EcoRhena, avant de quitter le comité de pilotage en septembre 2021. L’association s’investissait dans la conception du projet « pour que les enjeux environnementaux soient pris en compte » :
« Les études d’impact étaient sérieuses et on a réussi, pour une fois, à obtenir de vraies mesures compensatoires : 10 hectares seront défrichés mais la même surface, sur des zones bétonnées ou agricoles, sera reboisée. Nous avons quitté le comité de pilotage car nous avons compris que le port fluvial est calibré pour le technocentre que veut installer EDF à Fessenheim. Alsace Nature est totalement opposée au recyclage d’éléments radioactifs car cela favorise des pratiques dangereuses, des risques non maîtrisés, ou de potentiels problèmes de traçabilité des métaux concernés… »
Daniel Reininger, Alsace Nature
Le collectif Stop Fessenheim s’est aussi joint à la mobilisation, comme l’annonce André Hatz, son président :
« Nous étions, comme Alsace Nature, favorables à un projet de territoire qui prend en compte l’environnement. Nous serons finalement aux côtés des habitants de Nambsheim car il est hors de question qu’il y ait de lourdes nuisances de l’industrie à côté de chez eux. Surtout, nous lutterons contre le projet de technocentre. Quels impacts auraient les transports de réacteurs nucléaires hautement radioactifs ? Quels rejets autour du technocentre en activité ? Ces matériaux faiblement radioactifs pourraient devenir des objets de la vie courante. S’il faut mobiliser des dizaines d’associations pour l’empêcher, on le fera. »
EDF devrait désigner le site retenu pour son projet de technocentre en 2023. La mise en service d’EcoRhena était initialement prévue en 2023, mais les travaux ont quelques mois de retard, ils étaient censé commencer début 2022.

La Bibliothèque nationale universitaire de Strasbourg présente jusqu’au 15 janvier son exposition « Face au nazisme, le cas alsacien » qui vulgarise des travaux de recherches de l’Université de Strasbourg sur la période de l’Alsace annexée par le régime nazi, entre 1940 et 1945. 80 ans après le décret d’incorporation de force dans l’armée allemande de dizaines de milliers d’Alsaciens, l’exposition fait la part belle aux victimes alsaciennes du régime nazi : Juifs, tziganes, homosexuels et Malgré-nous.
Du côté des compromissions alsaciennes avec le Troisième Reich en revanche, l’exposition est beaucoup moins fournie. Seules la figure du traître autonomiste Charles Roos et une évocation de spoliations entre voisins à Haguenau sont présentés dans cette première exposition grand public sur le nazisme en Alsace. Pourtant, la recherche historique sur l’Alsace annexée entre 1940 et 1945 a progressé et des ouvrages ont été publiés sur les collaborateurs alsaciens.
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Haut lieu historique de la musique strasbourgeoise, le Palais des Fêtes a accueilli de grandes symphonies dans le but d’apaiser les âmes. Mais rien ne semble indiquer qu’une grande harmonie sera proposée au public ce lundi 26 septembre, alors que le conseil municipal s’y délocalise pour quelques mois en raison de travaux dans son hémicycle.
Il suffit de regarder les points mis à l’ordre du jour en fin de séance par les oppositions : Fermetures des musées contestée, végétalisation des cours d’écoles qui ne va pas assez vite, inaction sur le camp de l’Étoile, une « commission indépendante du débat public » toujours pas en place, une avenue du Rhin toujours trop fréquentée et polluée…
Avant cela, la séance ne manque pas de sujets saillants avec 61 points à l’ordre du jour. Alors que la municipalité va présenter en début de séance son « plan de sobriété » tout juste concocté suite à l’explosion du prix du gaz, la « fin de l’abondance » ne se retrouve guère dans les autres délibérations.
La municipalité va d’abord voter sur la poursuite d’importants projets avec la métropole, comme la prolongation du tram à l’ouest (point 1 – 122 millions d’euros) ou la rénovation du stade de la Meinau (point 4 – plus de 100 millions d’euros).
Il sera d’ailleurs question, une nouvelle fois, du Racing club de Strasbourg – dont le début de saison est compliqué, puisque les subventions annuelles aux clubs sportifs professionnels seront votées au point 43. La convention avec la Ville tente d’immiscer quelques actions écologiques dans la vie du club.
Ainsi, un joueur participera à une « cleanwalk », une opération de nettoyage des rues du quartier de la Meinau, avec des associations et écoles. Deux après-midi par exemple, indemnisées 35 000 euros pour le RCSA. L’ensemble de la convention pour la Ville s’élève à 535 000 euros pour la saison, en plus du marché publicitaire à 229 000 euros.

Le seul point de tension sur les finances locales concerne la taxe d’habitation (point 22). Supprimée progressivement depuis 2017 par les gouvernements d’Emmanuel Macron sur les résidences principales, elle est maintenue pour les résidences secondaires. La loi permet même une majoration jusqu’à 60% de cette taxe, que la Ville a décidé d’activer en cette rentrée 2022.
L’objectif principal de cette augmentation est de remettre des logements sur le marché de la location pour contenir la hausse des loyers. Mais il n’est pas sûr que cette hausse convainque les 5 300 propriétaires concernés. Dans le cas où ces Strasbourgeois garderaient tous leur logement secondaire, cette augmentation représenterait 1,8 million d’euros supplémentaires pour la Ville. Une manne bienvenue en ces temps de disette.
Mais le débat le plus attendu est celui sur les nouvelles règles de financement des lieux cultes (point 14), permis par le droit local (voir notre article détaillé). La municipalité a remis à plat les règles, en fixant un plafond à 1 million d’euros maximum par lieu tous les 10 ans et, surtout, saisira systématiquement la Préfecture pour savoir si les associations demandeuses représentent « une menace ». Même s’il n’est pas directement question de la mosquée Eyyub Sultan, l’épisode de mars 2021 reviendra forcément en filigrane.
Le sujet s’avère également périlleux pour l’opposition. Comme il s’agit d’un travail réalisé et salué par les représentants des cultes, difficile de s’y opposer frontalement ou de se dire contre le principe général de financer les lieux de cultes. Mais en même temps, il n’est pas question de donner un blanc-seing à leurs adversaires après avoir porté tant de critiques sur leur rapport aux religions.
Surtout que, selon ces règles, l’association décriée Milli Görüs pourrait à nouveau soumettre un dossier, si elle passe les contrôles de la Préfecture. Le groupe Renaissance va d’ailleurs proposer un amendement pour qu’un projet en cours de construction ne puisse être abondé, ce qui empêcherait tout financement futur pour la mosquée controversée. Une règle qui « n’existait pas » selon la municipalité.
Parmi les autres points qui pourraient susciter des débats, figurent également :
En fin de séance, viendront les résolutions, interpellations, motions et autres questions d’actualité, avec une bonne dizaine de points à débattre. Les Socialistes par exemple proposent de financer la gratuité des fournitures scolaires pour tous, en s’inspirant de ce que fait Lille, une mairie PS. Le groupe Renaissance, lui, demande carrément de voter pour l’ouverture 6 jours sur 7 des musées, soit l’exact opposé de la décision de la maire Jeanne Barseghian.
Personne ne se fait donc d’illusion sur les suites données à ces suggestions, mais l’objectif est de provoquer un vote et de voir les écologistes voter « contre » des projets qu’ils n’ont pas prévus et financés. Une autre demande vise à retirer les pubs de la Ville des panneaux publicitaires vidéo, demande que la municipalité dit avoir formulée vendredi (voir notre article).
Après ces votes et débats, sont prévues les interpellations évoquées en début d’article sur les cours d’écoles, le camp de l’Étoile, le débat démocratique ou encore l’avenue du Rhin. Les thématiques choisies par les oppositions marquent une évolution dans les angles d’attaque. Plutôt que d’insister sur les désaccords idéologiques (l’économie, la place de la voiture), elles portent leurs critiques sur les actions de la municipalité concernant les sujets dits « de gauche », et qui figuraient dans le programme écolo (démocratie, sans-abrisme, solidarité, culture, cadre de vie, végétalisation, etc). Un manière peut-être de faire douter l’électorat écologiste et de gauche, plus nombreux à Strasbourg y compris aux élections législatives de juin, mais qui après plus de deux ans montre des signes d’impatience.

Travaux de rénovation au centre administratif obligent, les conseils municipaux de la Ville de Strasbourg et de l’Eurométropole vont se tenir au Palais des Fêtes pour quelques mois. Entre les réunions préparatoires et les séances publiques, cette transhumance va occuper près de deux semaines la grande salle de concert du quartier de la Neustadt à chaque réunion du conseil. Une manière pour la Ville de Strasbourg d’utiliser une salle mythique qu’elle a chèrement payée, près de 20 millions d’euros depuis 2012. Et de reconnaître qu’elle est de toute façon sous-utilisée. Pas étonnant pour une salle aujourd’hui dysfonctionnelle et trop chère pour les exigences actuelles des spectacles.
Il ne faut pas attendre longtemps pour que les spécialistes du monde du spectacle listent les défauts du Palais des Fêtes. À commencer par le fait de ne pas disposer de loges dignes de ce nom. Un spectateur se souvient par exemple d’avoir assisté en 2021 à une performance où les artistes « s’échauffaient et se changeaient derrière le public, cachés par un paravent ».

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Les cars interurbains qui desservent l’ouest de Strasbourg bénéficient d’une voie réservée grâce au projet « Transport en Site Propre de l’Ouest strasbourgeois » (TSPO, voir tous nos articles), ce qui rend le service de transports en commun fiable et efficace. Cependant, cette voie réservée est encore loin d’être présente sur l’ensemble du parcours mais ce samedi 24 septembre, une section de 4,5 km entre Wolfisheim et Ittenheim est mise en service.

Cette section dispose donc désormais de trois voies dans chaque sens : deux voies de circulation et une voie réservée aux transports en commun. Des travaux de finition sont prévus jusqu’en novembre (aménagements paysagers, signalisation, etc). Cette opération, qui a consisté à transformer la bande d’arrêt d’urgence en voie circulée, a coûté 36 millions d’euros, financés pour moitié par l’État puis par la Région Grand Est (20,4 %), la Collectivité d’Alsace (20,4 %) et l’Eurométropole de Strasbourg (9,2 %).

La suite du parcours doit maintenant entrer dans Strasbourg, le long de la M351 et de la M35. Le principe a été voté par l’Eurométropole, pour une mise en service effective entre 2024 et 2026. Les travaux à Hautepierre doivent débuter dès 2023.
La ligne 230 de la CTBR relie Wasselonne à Strasbourg en 40 minutes, cet aménagement devrait permettre aux cars de gagner quelques minutes sur ce trajet proposé plus de 40 fois par jour. Une interconnexion est prévue avec l’arrêt de tram « Paul Éluard » à Hautepierre.

En pleine crise énergétique et dans une période qualifiée de « fin de l’abondance », les panneaux publicitaires vidéo sont de plus en plus décriés. Selon Franceinfo, « un panneau de ce type consomme plus de 2 000 KWh par an, soit autant qu’un ménage français pour l’éclairage et l’électroménager ».
Dans ce contexte, la municipalité écologiste de Strasbourg a demandé à la société JC Decaux de retirer les annonces institutionnelles de la Ville des panneaux lumineux installés dans la commune. Deux types de panneaux sont déployés à Strasbourg : ceux « sur mâts » dans l’espace public où 100% du temps d’affichage est réservé à la Ville et à l’Eurométropole, et ceux à même le sol aux abribus et arrêts de tram. Sur ces panneaux, la Ville dispose d’un sixième du temps d’affichage, soit 10 secondes par minute.
À ce stade, cette demande de la municipalité ne porte que sur les emplacements prévus par la Ville, et non ceux de l’Eurométropole. Mais il s’agit du même service de communication et l’immense majorité des campagnes publicitaires sont menées en commun.
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L’appel est lancé, le départ de la première manifestation interprofessionnelle de cette rentrée 2022 est fixé au jeudi 29 septembre à 14h place Kléber. En cette période particulièrement marquée par la hausse des prix de l’énergie, les contestations porteront – notamment, mais pas seulement – sur les arbitrages réalisés par le gouvernement dans la gestion de cette crise.
Sur la page de l’évènement Facebook, on peut lire les motifs qui vont mobiliser les participants :
« La hausse des prix rend de plus en plus difficile la vie quotidienne de la grande majorité de la population. Les mesures prises par le gouvernement aboutissent à une baisse des revenus réels, alors même que le patrimoine des plus riches et les dividendes versés aux actionnaires ne cessent de croître et que de nouveaux cadeaux fiscaux pour les employeurs sont déjà programmés. De plus, le gouvernement prévoit de nouvelles attaques frontales contre la protection sociale que ce soit sur la question des retraites ou sur l’assurance-chômage. »
Les revendications du mouvement porteront sur le pouvoir d’achat, les hausses de salaire, les droits des travailleurs et la réforme des retraites.
L’appel à la mobilisation soutenu à Strasbourg par les syndicats comme la CGT 67, FSU 67, Solidaires Alsace, ou encore Attac Strasbourg, mais également par les sections locales du Parti Communiste Français, du Parti Socialiste, de la France Insoumise, le NPA ou EELV.

L’évènement social est également marqué par la crise climatique. Que ce soit la hausse des prix de l’énergie, ou les conséquences du réchauffement climatique avec les nombreuses canicules cet été et les incendies dévastateurs dans l’ouest de la France, l’appel à la mobilisation se veut global :
« À cette injustice sociale se combine l’inaction du gouvernement face à la crise climatique, dont les événements dramatiques de cet été sont l’illustration emblématique.
Cette inaction ne fait que renforcer les inégalités puisqu’elle permet aux plus riches de continuer leur mode de consommation, alors même qu’il est le plus destructeur des écosystèmes, et à la plupart des entreprises, en particulier les plus grandes, de continuer à privilégier la logique du profit au dépend du respect des impératifs écologiques. »
Alors que les annonces du gouvernement se multiplient sur les hausses des tarifs de l’énergie et les tentatives de protection des Français (à travers le fameux bouclier tarifaire étendu jusqu’à la fin de 2023), la CGT écrit sur son site internet un communiqué cinglant :
« Macron nous annonce la fin de l’abondance (…) Pour qui ? Pour les 10 millions de pauvres que compte le pays ? L’abondance, nous ne l’avons jamais connue. »
Le syndicat appelle à une taxe sur ce qui est appelé les « superprofits » de la crise, en rappelant que d’autres pays européens comme l’Italie, l’Espagne ou le Royaume-Uni se sont engagés dans cette voie. Emmanuel Macron, lui, dit désormais vouloir porter cette contribution à l’échelon des 27 pays de l’Union européenne.
Pour le 29 septembre, un appel à la grève est également déposé. Il pourrait être suivi dans les transports, les écoles, collèges, lycées et dans les services publics.
Parmi les conséquences dans les services publics, la Ville de Strasbourg a indiqué qu’un service minimum d’accueil serait mis en place dans les écoles avec plus de 25% des enseignants en grève. En revanche, toutes les cantines des écoles seront fermées jeudi midi.
Dans les transports en commun, le mouvement social aura pour conséquence de légèrement réduire le cadencement des bus et trams de la CTS.
Les lignes de tram A, B, D circuleront toutes les 10 à 12 minutes, tandis que les lignes de tram C et E circuleront toutes les 10 minutes et la ligne F toutes les 12 à 15 minutes. La ligne de bus G circulera toutes les 8 à 10 minutes, la ligne H toutes les 10 à 12 minutes. La ligne de bus L1 circulera toutes les 9 à 15 minutes, la ligne L3 toutes les 10 à 14 minutes, la ligne L6 toutes les 10 à 15 minutes entre Pont Phario et Fort Desaix. Pour la desserte de Hoenheim Gare et de Vendenheim Gare, il faudra patienter entre 20 et 30 minutes…
La ligne de bus 2 circulera toutes les 10 à 15 minutes, la ligne de bus 4/4a toutes les 10 à 15 minutes entre Comtes et Capucins. La ligne de bus 13 circulera toutes les 20 minutes environ.

L’invité d’honneur de l’édition 2022 du Festival européen du film fantastique de Strasbourg (FEFFS), du vendredi 23 septembre au dimanche 2 octobre dans tous les cinémas strasbourgeois, est Christophe Gans. Créateur du magazine Starfix, il devenu réalisateur et donnera dimanche 25 septembre une masterclass suivie de la projection de son chef d’œuvre aux cinq millions d’entrées, Le Pacte des Loups (2001), qui vient tout juste d’être remastérisé.

Créé en 2006 sous le nom d’Hammer Festival, le FEFFS s’étale sur dix jours, ce qui permet de présenter soixante longs-métrages et vingt courts sur les écrans des cinémas strasbourgeois, répartis en sélection ou proposés lors d’événements particuliers.
Le plus connu reste « La Nuit excentrique » qui profite de la discrétion nocturne pour accueillir les pires films des collections de la Cinémathèque française. Le 1er octobre, à partir de minuit, la comédie naturiste L’île aux femmes nues, un film de vampire érotique, et enfin un nanar d’arts martiaux hongkongais se succéderont jusqu’au petit déjeuner.
On a le droit d’aimer le fantastique sans vouloir avoir trop peur. Ne serait-ce que pour souhaiter passer de bonnes nuits après les projections, ou simplement parce qu’on n’a pas encore l’âge de voir un tueur en série découper sa proie en rondelles avec un couteau à beurre. La compétition de films d’animation propose donc huit films aux identités visuelles très tranchées, et aux histoires parfois fantasques.
Accessible à tous, le film musical L’Île, d’Anca Damian, revisite l’histoire d’un Robinson Crusoé qui aurait rencontré l’unique survivant d’une embarcation de migrant. Présenté comme « un film coup de poing qui a la douceur d’une caresse », Nayola, réalisé par José Miguel Ribeiro suit une adolescente rebelle dans l’Angola en guerre de 2011.
Le choix du film de la traditionnelle projection plein air, mardi 27 septembre place du Château, s’est – cette année – arrêté sur Flash Gordon. Ce space opéra connu pour ses costumes kitsch fera raisonner sa bande-son composée et interprétée par Queen entre les murs de la cathédrale et du Palais Rohan. Une occasion de partager ce film culte entre générations.

Pour une séance avec des tout petits, privilégiez le conte écologique Le Secret des Perlimps, réalisé par Ale Abreu, déjà venu présenter Le Garçon et le Monde au festival en 2014. Ce joli film coloré retrace l’histoire de deux agents secrets particulièrement mignons, qui devront coopérer devant la menace des géants d’inonder leur vallée.
Le FEFFS, c’est aussi un hymne au cinéma, et davantage quand il se montre audacieux et imprévisible. Les compétitions de courts-métrages sont souvent bien placées pour révéler les talents de demain auxquels on a laissé la liberté de jouer avec leurs caméras – les petits formats étant économiquement moins risqués.
Chaque sélection – courts internationaux, français et d’animation – comportent sept films, donc sept propositions et sept univers à découvrir par séance. Attention tout de même aux surprises. Cette année, la compétition animation est déconseillée aux moins de seize ans. Quelle(s) histoire(s), entre celle d’une agente de la police secrète pendant la dictature militaire au Chili, du jeune drogué Will ou de l’étonnante recherche d’un cadavre en Amérique du Sud ont valu cette limite d’âge ?

Côté longs-métrages, le film d’animation pour adultes Unicorn Wars, de l’Espagnol Alberto Vazquez étonne dès la lecture du pitch. Des oursons et des licornes se livrent à une guerre féroce au cœur de la Forêt magique. Une histoire totalement barrée qui dénonce cependant la folie destructrice des hommes.
En compétition internationale, Sissy, d’Hannah Barlow et Kane Senes, aborde le sujet du harcèlement moral en réunissant, 12 ans après leur lycée, un groupe d’amies pour un enterrement de vie de jeunes filles dans les bois. Mais ces histoires de harcèlement, réels comme virtuels, ressurgissent, déclenchant un étrange jeu de massacre.

Les cinéphiles seront également heureux de découvrir les rétrospectives de cette année, dédiée à la « French Touch« . De La Belle et la bête de Jean Cocteau (1946) à La Beauté du Diable de René Clair, en passant par la première mondiale de la version restaurée de La Cité des enfants perdu du duo Jeunet-Caro, il y aura de quoi se plonger dans un voyage à travers le cinéma de genre français.
Le FEFFS dédie sa sélection « Midnight movies » à l’horreur pour des soirées cauchemardesques, mais parfois très drôles. Ce sera certainement le cas pour Mad Heidi de Johannes Hartmann et Sandro Klofstein.
Comme le laisse présumer le titre, la gentille Heidi des montagnes est de retour… mais pour se venger de manière particulièrement sanglante. Un autre massacre aura lieu dans Kids VS. Alien de l’Etatsunien Jason Eisener, puis dans X de Ti West. Un hommage au Massacre à la tronçonneuse qui s’inscrit dans un décor de ferme texane, investie par l’équipe d’un tournage de film pornographique.

D’autres œuvres horrifiques et particulièrement perturbantes se sont glissées dans la compétition Crossover. Flux Gourmet retrace l’histoire d’un journaliste parti rencontrer un trio d’artistes spécialisés en cuisine acoustique, qui assiste à la montée de leurs désaccords. Dans une toute autre atmosphère, Zalava se déroule dans un petit village kurde, à la veille de la révolution iranienne de 1978, alors qu’une jeune femme est soupçonnée d’être possédée par un démon.

« Avec le festival Opération Quartiers Populaires (OQP), on veut montrer une autre réalité que celle des médias, qui décrivent ces territoires comme conservateurs et rétrogrades. OQP, c’est pour montrer que ça rigole en bas, ça rigole autant d’islam que de sexualité. » Directeur artistique des Fabriques Artistiques Culturelles et Citoyennes (FACC), Yan Gilg enchaîne les punchlines lorsqu’il décrit l’intention du festival OQP, qui se déroulera du 27 septembre au 2 octobre pour sa 7e édition, entre l’espace culturel Le Point d’Eau à Ostwald et le bâtiment Junckers, plaine des Bouchers, à Strasbourg.

Nouveauté de cette édition 2022, le festival commencera avec une carte blanche donnée à Sihame Hamsi pour une soirée stand up. Originaire de Wissembourg, l’artiste a commencé par travailler la danse avec la compagnie Mémoires Vives, aussi organisatrice d’OQP. Aujourd’hui, Sihame Hamsi prend la parole : « Je voulais m’exprimer pour dénoncer par le rire, pointer les choses qui ne vont pas dans notre société, sans agressivité. » La maîtresse de cérémonie a invité d’autres humoristes locaux, comme Margaux Lagleize, Najim ZIani ou encore Matthieu Bartosz.
Le festival OQP doit aussi offrir un « endroit des dialogues interculturels, des mémoires collectives, des luttes sociales et des solidarités à construire ». Mercredi 28 septembre, le court-métrage « Conte à rebours » du sociologue et cinéaste Saïd Bahij sera projeté au bâtiment Junckers (33 Rue du Maréchal Lefebvre, à Strasbourg) à partir de 19h. La projection sera suivie d’une table-ronde autour des questions de citoyenneté dans les quartiers populaires.
Vendredi 30 septembre, à 20 heures, le théâtre du Point d’Eau accueillera un récital, « entre le concert de rap et la pièce de théâtre ». Directeur artistique du projet, Mouss a accueilli de nombreux jeunes dans le local de la FACC dans le quartier de l’Elsau :
« Ce sont des jeunes des quartiers venus nous rencontrer pour développer leur rap ou leurs projets. Puis, au fur et à mesure, certains ont accepté le défi d’un spectacle. La rage de dire, ce sont donc 15 tableaux de jeunes filles ou de garçons, sortis de prison ou en rupture familiale, qui racontent souvent l’envie de s’en sortir et de s’évader du quartier. »

Ce sera sans doute le spectacle phare de cette édition 2022 d’OQP, Les Autres, dernière pièce de l’ancien directeur du Centre chorégraphique national de La Rochelle et chorégraphe, Kader Attou. « C’est une grosse création, commente Yan Gilg, autour de l’étrange et de l’étrangeté. » À voir le samedi 1er octobre, au théâtre du Point d’Eau.
À l’origine de cette pièce, la rencontre de Kader Attou avec des « musiciens remarquables qui jouent des instruments rares et atypiques (…) Loup Barrow est parmi les grands spécialistes du Cristal Baschet, « l’orgue de cristal » et Grégoire Blanc, l’un des rares utilisateurs de thérémine au monde (l’un des plus anciens instruments de musique électronique, NDLR). » C’est le seul événement payant du festival (billet à acheter ici).

Le festival prendra fin avec une « Olympic cup battle ». Cette compétition de danse break est calée sur la discipline olympique qui sera inaugurée lors des Jeux Olympiques de Paris en 2024. Le danseur et entraîneur de la FACCrew Sebastien Vela Lopez tient à rappeler son amour de la discipline :
« Si on est tous ici depuis 30 ans, si la rage nous habite encore, c’est parce qu’on est des passionnés, on est corps et âme attaché à ce travail. »
Les danseurs s’affronteront au rythme d’un dj set et sous le regard d’un jury professionnel. L’événement a lieu samedi 2 octobre à 15h30 au théâtre du Point d’Eau.
C’est sur ce spectacle de clôture que le directeur artistique de la FACC choisit de rebondir pour déplorer le soutien insuffisant des pouvoirs publics et autres collectivités territoriales à l’égard des quartiers populaires. Car Yan Gilg aimerait simplement pouvoir organiser OQP toute l’année. Ce serait non plus un festival, mais un lieu dédié aux cultures des quartiers populaires :
« On œuvre pour la création d’un lieu avec le bâtiment Juncker. On sentait un intérêt de la municipalité actuelle, mais finalement non. On arrive à peine à payer des salaires. On existe depuis 30 ans, mais on reste fragile. »

Au croisement de la petite rue de la Course et de la ligne de tram, quatre policiers nationaux filent à vélo sur le bord de route. Quelques minutes plus tard, un fourgon se place au milieu de la rue piétonne, six autres policiers débarquent. Ils sont cette fois issus d’une compagnie républicaine de sécurité (CRS). Nous ne sommes pas au milieu d’un dispositif policier lors d’un samedi de manifestation, mais au cœur du quartier Gare de Strasbourg, dans l’après-midi du lundi 19 septembre.
Cinq jours plus tôt, la préfecture du Bas-Rhin avait annoncé un « plan de lutte contre l’insécurité » dans le quartier gare à Strasbourg. Sur BFM Alsace le même jour, la préfète du Bas-Rhin Josiane Chevalier a annoncé quinze policiers CRS supplémentaires par jour, « le temps qu’il faudra ». Si la préfecture n’a pas répondu à Rue89 Strasbourg sur la durée de mobilisation de ces effectifs, certains policiers interrogés indiquent revenir du quartier de La Guillotière à Lyon et estiment être à Strasbourg pour quinze jours.


L’annonce de la préfecture répond à la demande de plusieurs collectifs d’habitants, constitués autour de la place Ferdinand-Braun, dont Rue89 Strasbourg a décrit la situation début août, la place Sainte-Aurélie, la rue du Faubourg-National, la petite rue de la Course et la rue de la Course. Ces habitants alertent les pouvoirs publics via des courriers et sur les réseaux sociaux depuis novembre 2021 pour des problèmes d’incivilités, de nuisances sonores nocturnes, de rassemblements qu’ils jugent suspects…
Baptiste – dont le prénom a été changé à sa demande, habitant de la rue du Faubourg-National et membre actif de l’un de ces collectifs, constate des « deals » et des « incivilités » :
« On ne peut pas parler d’insécurité, ce n’est pas le mot. Mais il suffit de regarder par la fenêtre, il y a des personnes qui squattent et qui font beaucoup de bruit. Pas besoin d’être inspecteur de police pour constater qu’il y a des trafics qui se font dans ce quartier. »

Après plusieurs articles de médias nationaux (Le Figaro, Valeurs Actuelles), la préfète Josiane Chevalier a organisé une réunion mercredi 14 septembre en présence de la procureure de la République, Yolande Renzi, d’une dizaine d’habitants et de Pierre Jakubowicz, conseiller municipal d’opposition (Horizons). Ce dernier a été convié car, assure-t-il, il a écrit le 8 août au ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin pour l’alerter sur « l’appel à l’aide des habitants du quartier Gare de Strasbourg ».
En revanche, aucun agent des services de la mairie ni élu de la municipalité n’a été invité à cette réunion. Nadia Zourgui, adjointe à la maire en charge de la sécurité, explique :
« Je ne peux pas me rendre à une réunion à laquelle je ne suis pas conviée. Nous n’avons d’ailleurs pas non plus été informés de la visite de la préfète et de la procureure de la République dans le quartier Gare jeudi 15 septembre. Cela me questionne car le ministre de l’Intérieur lui-même prône un continuum entre l’État et la Ville sur les questions de sécurité. »
Baptiste était présent à cette réunion. S’il reconnaît que son mouvement est récupéré par la préfecture et par Pierre Jakubowicz, il ne s’en préoccupe pas :
« On s’est tourné vers la préfecture parce qu’on avait déjà fait des appels à la ville et à la maire mais que pour eux, la situation n’était pas vraiment problématique. Maintenant, c’est que de la politique et chacun agit pour ses intérêts. La majorité municipale se sent attaquée, avec tous les articles qui sortent sur les relations entre la préfète et la maire. On a même eu droit à un article dans Valeurs Actuelles ! Si on avait pu se passer de tout ça, on l’aurait fait. Ce n’est pas un combat politique pour nous, on veut juste être peinards. »

Dans son communiqué du 14 septembre, la préfète appelle la municipalité de Strasbourg à « utiliser tous les leviers nécessaires » pour améliorer la sécurité dans le quartier Gare. Nadia Zourgui y a répondu dans une publication sur Facebook du 16 septembre, dans laquelle elle affirme que des caméras de surveillance supplémentaires seront installées en 2023 ou 2024, contrairement à des déclarations précédentes des élus écologistes. Elle détaille ces mesures :
« Il y a déjà 23 caméras rien que dans le quartier gare, sur environ 300 à Strasbourg. Nous travaillons pour en installer d’autres à des endroits stratégiques. Nous ne sommes pas contre l’utilisation de la vidéosurveillance, mais pour que celle-ci soit régulée. »
Elle affirme aussi vouloir élargir le périmètre d’application d’un ancien arrêté d’interdiction d’alcool sur la voie publique, qui ne s’applique pas sur toute l’étendue du quartier Gare. Concernant les policiers municipaux, elle note que deux patrouilles de trois agents, soit six agents au total, sont déjà à l’œuvre dans le quartier depuis 2020, et qu’elle ne compte pas en ajouter d’autres.
Pour justifier le renfort de policiers, la préfecture du Bas-Rhin évoque dans son communiqué « plus d’une centaine d’interpellations par mois, dont 20% correspondent à des infractions sur des stupéfiants », sans préciser si cela concerne le quartier Gare. Elle estime aussi que les procédures en matière de stupéfiants ont presque doublé entre 2021 et 2022, passant de 70 à 132 procédures.
Depuis cette annonce, la police nationale communique ses actions de « sécurisation » dans le quartier Gare sur Twitter avec, par exemple, « 26 policiers mobilisés » le 20 septembre dans le quartier, ce qui a donné lieu au contrôle de 112 personnes et à trois interpellations.
Sécurisation du secteur #gare à #Strasbourg : les policiers pleinement engagés dans la lutte contre les incivilités et l’insécurité.@Prefet67 pic.twitter.com/4LwISBIsP1
— Police Nationale 67 (@PoliceNat67) September 16, 2022
Béatrice, qui habite un appartement à l’angle de la petite rue de la Course et de la rue du Faubourg-National depuis 40 ans, reconnaît que la situation s’est un peu calmée avec les passages plus fréquents de la police. Mais elle est surprise par la présence de CRS :
« Je les ai remarqués depuis quelques jours dans le quartier. Bon, ça fait un peu hard hein. C’est plus dans la logique des choses que la police municipale intervienne sur ces lieux. Pour moi les CRS, ça traduit quelque chose de plus grave. »
Florian traverse la petite rue de la Course pour rentrer dans son appartement près de la rue Kageneck. Lui se dit « dérangé » par la présence de policiers partout et la potentielle installation de nouvelles caméras :
« Les gens qui font du bruit tard le soir, moi je ne trouve pas cela grave. C’est un quartier cosmopolite comme on dit. Après les gens qui squattent, peut-être qu’il faudrait leur trouver un logement avant. Que les jeunes qui n’ont rien à faire et nulle part où aller se tournent vers la drogue, ce n’est pas nouveau. Mais ce n’est pas la répression qui va changer quoique ce soit, ils vont juste changer de quartier. Je crains que l’effet de ces patrouilles vise surtout à contrôler l’identité et arrêter des personnes en situation irrégulière. »


Le communiqué de la préfecture mentionne d’ailleurs que la police aux frontières a depuis le début de l’année interpellé plus de 300 citoyens en situation irrégulière, sans préciser si ces interpellations concernent le quartier Gare. Niabia, habitant de Strasbourg depuis 30 ans, pense aussi qu’il y a d’autres solutions :
« Ce sont souvent des gens qui ont du mal à s’intégrer. Puisqu’ils n’ont pas de travail, que certains ne le peuvent pas, ils traînent. Il faut des politiques sociales pour prendre ces gens-là en charge. Ce ne sont pas les policiers qui vont rétablir le lien social. »
Béatrice, comme d’autres habitants du quartier favorables à la présence policière, se pose quant à elle la question de la pérennité d’un tel dispositif, et de ce qui se passera une fois les CRS partis. Une question à laquelle Nadia Zourgui n’a pas de réponse :
« On est bien content d’avoir les CRS à la gare, mais c’est provisoire. On va continuer le très bon travail en équipe avec la police nationale, grâce au groupe de partenariat opérationnel (qui regroupe la Ville, la police municipale et des habitants, NDLR). Mais on continue de chercher les solutions, notamment par les arrêtés, et la mise en place de caméras. »

Le Festival du film fantastique (FEFFS) et Rue89 Strasbourg vous proposent de tenter de gagner une invitation pour deux personnes à la projection spéciale de Rascals, lundi 26 septembre à 19h30 au cinéma Star Saint-Exupéry, en présence du réalisateur Jimmy Laporal-Trésor et du scénariste Sébastien Birchler.
Paris, 1984. Les Rascals, une bande de potes des quartiers, vont devenir la cible d’un groupe de skins ultra-violents, les Boneheads. Guerriers de la nuit à la française, Les Rascals ressuscite avec brio la période des années 1980, où le nom « Le Pen » inspirait encore l’horreur et où des jeunes de tous milieux luttaient ensemble contre le racisme.

Tirage au sort dimanche 25 septembre à 17h. Seuls les gagnants et les gagnantes seront prévenues.

Samedi 24 septembre de 11h à 17h, l’association « Les Voix du Nucléaire » organise un rassemblement appelé « Faites du nucléaire », dans l’objectif de mobiliser l’opinion en faveur du renouvellement des réacteurs, alors que la moitié sont à l’arrêt pour des opérations de maintenance. L’événement – c’est la cinquième édition, se déroule pour la première fois à Strasbourg, place Kléber.
L’association prévoit de tenir des stands d’information sur l’énergie nucléaire, indiquant entre autres que cette énergie utilise moins de ressources naturelles que d’autres, produit relativement peu de dioxyde de carbone par rapport aux énergies fossiles, et surtout dispose d’un ratio d’énergie produite par hectare imbattable. La délicate question des déchets n’est cependant pas mise en avant sur le site web de l’association, qui se contente d’une page extrêmement succincte sur ce sujet et qui n’évoque pas leur stockage.

L’association « Les Voix du Nucléaire » se présente comme « indépendante de toute attache économique, institutionnelle, syndicale ou politique ». Sa présidente et fondatrice, Myrto Tripathi, est une ancienne salariée d’Areva, l’opérateur français du combustible nucléaire (devenu Orano), qui participe à hauteur de 10 000€ au budget de l’association. Le principal contributeur est Framatome, une multinationale de la construction de centrales nucléaires avec 90 500€, selon le registre de transparence de l’Union européenne. L’association était déjà intervenue en juillet à Strasbourg, afin de faire classer le nucléaire dans la liste des « énergies vertes » par l’Union européenne.

En réaction à la proposition de mise à l’abri des personnes installées sous tentes place de l’Étoile, c’est au micro de BFM Alsace que la représentante de l’État estimait qu’en « ce qui concerne l’hébergement d’urgence, l’État se doit d’héberger en fonction de la situation administrative, c’est à dire les personnes ayant un droit au séjour ».

Or ce droit à l’hébergement d’urgence, s’il connait des limites, n’est conditionné ni dans la loi ni dans la jurisprudence par la situation administrative des personnes qui le sollicitent. Claude Berry, avocate et présidente de la commission droit des étrangers à l’ordre des avocats de Strasbourg, précise : « Les conditions d’accès à l’hébergement d’urgence sont celles listées par le code de l’action sociale et des familles ». Plus précisément, « [t]oute personne sans abri en situation de détresse médicale, psychique ou sociale a accès, à tout moment, à un dispositif d’hébergement d’urgence ». Aucune trace donc d’une exigence de titre de séjour pour en bénéficier.
Le 1er avril 2022, le tribunal administratif de Rouen a rappelé que ni les « personnes étrangères faisant l’objet d’une obligation de quitter le territoire français exécutoire », ni celles « dont les demandes d’asile ont été définitivement rejetées » ne sont exclues « du droit à accéder à un hébergement d’urgence ». Selon les juges, elles pourraient même « se maintenir dans un tel hébergement ».
Une décision du Conseil d’État de 2016 est venue flouter l’interprétation de la loi. Depuis celle-ci, le juge administratif ne peut statuer en référé – c’est-à-dire en moins de 48 heures – sur une demande d’obliger l’État à héberger quelqu’un uniquement dans certaines situations. « Il faut une vulnérabilité particulière, peu importe que la personne ait ou non des papiers », explique Me Berry.
Les juges estiment donc que le droit à l’hébergement d’urgence est inconditionnel, mais que pour le réclamer devant eux, seules certaines personnes peuvent bénéficier d’une procédure accélérée.
Au sein des structures d’hébergement d’urgence, il est par contre admis que l’État étudie les situations administratives des personnes depuis une décision de 2018, allant à l’encontre de l’avis du Défenseur des droits de l’époque.
Le droit à l’hébergement est par ailleurs reconnu comme une « liberté fondamentale » depuis 2012, rappelle Marie Rothhahn, chargée de mission pour la fondation Abbé-Pierre. Mais, souligne-t-elle, c’est une obligation « de moyens, pas de résultat ». Dans la pratique, un juge qui devrait déterminer si l’État a failli à ses obligations légales en refusant d’héberger quelqu’un, va « regarder s’il a fait tout ce qu’il pouvait », précise Me Berry, en exposant par exemple le nombre de places de son dispositif d’hébergement d’urgence.
« La crise du Covid et l’accueil des réfugiés ukrainiens en mars 2022 montrent bien que lorsque la volonté politique est là, c’est possible », estime Me Berry. Avec la fermeture de 1 000 places d’hébergement d’urgence d’ici décembre, le nombre de personnes à la rue augmente mécaniquement à Strasbourg. Si l’État justifie souvent d’un manque de moyens pour ne pas héberger certaines personnes, « il n’est pas sûr que cet argument tienne encore dans ce contexte », conclut l’avocate.
Mais dans la pratique, « ce droit d’hébergement ne s’applique désormais que lorsqu’il y a des pathologies graves, des enfants en bas âge avec problèmes de santé, et encore », écrit Marie Rothhahn. Lorsque le client qu’elle défend n’a pas de titre de séjour, Me Berry reconnaît qu’il est très difficile de réussir à ce que le juge administratif enjoigne l’État à l’héberger.

Que ce soit dans les plus petites communes de l’Eurométropole de Strasbourg (EMS), ou dans les plus grandes, tous les maires contactés l’affirment : les réunions de rentrée s’enchaînent et abordent toutes le même sujet de fond. Le montant de la facture de gaz a quintuplé, lors de la dernière négociation du nouveau contrat de l’EMS. Et chacun se demande maintenant : comment arriver à la payer…
À Bischheim (17 188 habitants), Jean-Louis Hoerlé le maire (Les Républicains) de la ville, raconte :
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