Enquêtes et actualité à Strasbourg et Eurométropole

Les opposants au Linky débutent leur campagne anxiogène dans l’Eurométropole

Les opposants au Linky débutent leur campagne anxiogène dans l’Eurométropole

Opposés à l’installation forcée du compteur d’électricité Linky, un collectif récemment constitué a tenu une réunion publique de mobilisation à Ostwald. Devant un public déjà inquiet, les pires rumeurs ont côtoyé pendant deux heures les erreurs d’Énedis et de l’État.

C’était un drôle de spectacle, mardi 2 avril au soir au Point d’Eau à Ostwald. Devant une salle comble, trois personnes ont parlé d’ondes, de cancers, de factures qui vont enfler, d’espionnage de masse, de lobbies tous puissants et de gaspillage d’argent public. Parce que c’est un peu tout ça un compteur d’électricité de nos jours… Le compteur communiquant Linky doit équiper l’ensemble des foyers français en 2021 et Bas-Rhinois en 2022.

Bénéficiant du soutien logistique de la municipalité d’Ostwald, le tout nouveau collectif anti-Linky de l’Eurométropole tenait là sa première réunion publique. La star du soir était Patrick Richardet, animateur d’une démarche d’opposition systématique à Colmar et auteur de Progrès ?, un ouvrage-réquisitoire contre ces compteurs communiquants.

Patrick Richardet a bien su saisir son public avec ses théories sur les cancers du Linky... (Photo PF / Rue89 Strasbourg / cc)
Patrick Richardet a bien su saisir son public avec ses théories sur les cancers du Linky… Photo : PF / Rue89 Strasbourg / cc

Électricité de Strasbourg, pourtant invité, a choisi de ne pas participer. Du coup, sans contrepoint, Patrick Richardet n’a pas fait dans la dentelle. Déroulant à la vitesse de l’éclair une série de diapositives plus anxiogènes les unes que les autres, il a prévenu les participants, en majorité des personnes âgées, qu’ils allaient bientôt avoir mal à la tête, voire attraper une tumeur au cerveau, à cause des ondes émises par le nouveau compteur Linky :

« Les champs électromagnétiques, quand ils passent les défenses biologiques, entraînent la formation de cancers. Beaucoup de gens chez qui on a installé un compteur Linky ne dorment plus ou ont mal aux muscles. On voit apparaître des myélomes, des petites tumeurs cérébrales chez les enfants. Et avec la 5G, ce sera encore pire, une catastrophe humanitaire terrible qui va s’ajouter aux perturbateurs endocriniens et aux nanoparticules ! »

Technologie et personnes âgées, combo assuré

Effet garanti. Mais ce n’est pas tout, selon Patrick Richardet, Enedis (le nouveau nom d’EDF pour la gestion du réseau de distribution d’électricité) pourra connaître ce qu’il y a dans le frigo ou dans la machine à laver grâce à la connexion du compteur Linky à tous les appareils électroménagers :

« On pourra tout savoir, tous les appareils seront connectés et communiqueront entre eux. Le but est de vous faire habiter une “maison connectée” puis ensuite une “smart city”, c’est à dire une ville connectée. Le Linky, ce n’est que la première étape. Le but est d’instaurer une surveillance généralisée de la population, avec les téléphones portables et les drones, pour revendre les données. »

Patrick Richardet pointe que le Linky pourra être piraté, comme tout appareil électronique communiquant, et ne craint pas d’affirmer que des entreprises du Haut-Rhin se sont fait voler leur fichier clients depuis qu’elles ont installé un compteur connecté.

Murmures d’indignation dans la salle. Et comme personne ne semble avoir le début d’une compétence technique sur la communication entre les appareils, ça passe. Une question fuse : « mais comment ça se fait que l’État laisse faire ? » Réponse facile pour Patrick Richardet, pour qui l’État s’est couché devant le lobby d’Enedis, d’EDF ou plus largement du nucléaire…

Les personnes présentes dans le public, déjà inquiètes, sont reparties avec des certitudes sur les dangers du Linky (Photo PF / Rue89 Strasbourg / cc)
Les personnes présentes dans le public, déjà inquiètes, sont reparties avec des certitudes sur les dangers du Linky Photo : PF / Rue89 Strasbourg / cc

Des critiques légitimes noyées

Évidemment, tout est faux. Le compteur Linky ne génère pas plus d’ondes que n’importe quel appareil électrique. Le boitier utilise, pour transmettre ses données, les « courants porteurs en ligne, » une technologie filaire que semble avoir mal compris Patrick Richardet. En outre, aucune donnée autre que la courbe de charge n’est transmise à Enedis et les appareils connectés à internet ne peuvent pas communiquer avec le compteur Linky.

Pour autant, de nombreuses questions légitimes sont posées par les compteurs communicants. Sur la question des données collectées, la Commission nationale de l’information et des libertés (Cnil) a rappelé que les informations de charges ne pourraient être transmises à des tiers qu’avec le consentement exprès des abonnés. Comment fera Enedis pour assurer à ses abonnés que leurs consommation ne sera pas transmise ? Mystère.

Le réseau de communication des compteurs connectés Photo : doc Enedis

Le plus gros reproche, c’est surtout que le bénéfice pour les usagers des compteurs Linky n’est pas prouvé… Ceci pose problème quand il s’agit de remplacer systématiquement des millions de compteurs qui fonctionnent très bien, surtout dans une perspective de développement durable. L’Allemagne a reculé devant ce gâchis organisé et opté pour un déploiement limité aux nouvelles installations ou aux plus gros consommateurs. En France, la Cour des comptes a fustigé le coût de cette opération dans un rapport très sévère : 5 milliards d’euros, actuellement avancés par Enedis mais que tous les abonnés paieront sur la durée, via un renchérissement des abonnements, à partir de 2021.

Un débat public qui n’a jamais eu lieu

Ce débat public n’a jamais été posé, ni par l’État, ni par EDF… et c’est bien là tout le problème. En désertant le terrain, EDF a laissé la place aux théories complotistes et aux approximations les plus fantasques. Lors du débat de mardi soir, les élus d’Ostwald, Fabienne Baas, adjointe au maire chargée de l’environnement et Gilles Kapp, adjoint chargé des travaux communaux, se sont retrouvés dans une position délicate, entre une foule largement soupçonneuse et un fournisseur d’électricité absent… Plutôt gênant pour ce sujet qui concerne très directement tout le monde. Les élus d’Ostwald ont été contraints d’admettre qu’ils « n’avaient pas de position sur le Linky. On ne nous a pas demandé notre avis de toutes façons. »

Contacté, Électricité de Strasbourg Réseaux répond, par la voix de Frédéric Thiry, que l’entreprise n’a pas souhaité participer à cette réunion publique parce que le déploiement des compteurs Linky dans le Bas-Rhin n’est prévu qu’à l’horizon 2021 :

« Nous avons jusqu’à 2022 pour déployer les compteurs connectés, donc on a encore le temps d’en parler. En outre, Électricité de Strasbourg a la confiance des Alsaciens, nous n’aurons pas les mêmes problèmes qu’Enedis. »

Voire. À l’issue de la réunion, de nombreuses personnes se sont inscrites pour recevoir des « informations » en provenance du collectif anti-Linky. Et lors de la soirée, il ne s’est pas trouvé une seule personne pour défendre Électricité de Strasbourg… En revanche, plusieurs personnes parmi le public ont demandé comment s’opposer à la pose des compteurs…

Une sécurité à la merci de prestataires mal contrôlés

La sécurité des installations est une autre question légitime évoquée mardi soir, mais hélas perdue dans le fatras de rumeurs. Le risque zéro est loin d’être assuré puisque pour remplacer les compteurs, Énedis fait appel à de nombreuses sociétés sous-traitantes, avec des prestations calibrées sur le nombre de compteurs raccordés. Du coup, les prestataires se pressent, prennent des raccourcis par rapport aux exigences de sécurité et les employés n’ont parfois pas les compétences ni les formations nécessaires

À la fin de la réunion, de nombreuses personnes se sont inscrites pour recevoir des nouvelles du collectif anti-Linky. Bonne chance pour Enédis ou ES-R avec ces abonnés ! (Photo PF / Rue89 Strasbourg / cc)
À la fin de la réunion, de nombreuses personnes se sont inscrites pour recevoir des nouvelles du collectif anti-Linky. Bonne chance pour Enédis ou ES avec ces abonnés ! Photo : PF / Rue89 Strasbourg / cc

Ces manquements ont légitimement contribué à forger l’inquiétude des abonnés et à nouveau, Énedis minimise en répondant que tous ses prestataires doivent « respecter son cahier des charges. » Quant au patron d’Énedis, Philippe Monloubou, il refuse de débattre de l’utilité du Linky mais il a trouvé utile de déclarer que son entreprise était devenue un opérateur de données.

Des millions d’argent public dépensés sans utilité démontrée pour les citoyens, des rumeurs sur la santé et sur le montant des futures factures propagées par des collectifs et des associations désormais bien organisés, des élus dépassés, un gestionnaire du réseau électrique qui se tient éloigné du débat public… Les ingrédients pour un déploiement serein du compteur Linky dans l’Eurométropole de Strasbourg sont réunis.

Sur Que-Choisir.org : Le vrai et le faux au sujet du compteur Linky

Sur la Cour des comptes : le rapport sur l’installation des compteurs Linky (pdf)

Sur Canard PC Hardware : le dossier complet sur le Linky (pdf)

Manifestation à vélo vendredi, pour que Schiltigheim devienne cyclable

Manifestation à vélo vendredi, pour que Schiltigheim devienne cyclable

Vendredi 26 avril, les cyclistes s’empareront des routes reliant Strasbourg à Schiltigheim. Le collectif Vélorution appelle les citoyens à rejoindre la mobilisation. À l’issue de ce mouvement, le groupe espère obtenir l’aménagement de pistes cyclables à Schiltigheim, qui n’en possède pas sur les grands axes routiers.

En juin 2018, les militants de la Vélorution avaient obtenu des aménagements cyclables sur l’avenue des Vosges, à Strasbourg. Cette année, les mobilisés réclament la mise en place de pistes cyclables à Schiltigheim, route du Général de Gaulle et route de Bischwiller. Pour l’instant, ces axes structurants en sont totalement dépourvus.

Pour faire entendre leurs voix, les cyclistes se rejoindront place de la République, à Strasbourg, vendredi 26 avril 2019 à 19h. Ils rouleront jusqu’à la route de Bischwiller, à Schiltigheim.

Une circulation dangereuse

Avec ses 32 000 habitants, Schiltigheim est la ville la plus dense de l’Eurométropole de Strasbourg (EMS). Pourtant, elle ne dispose que d’un nombre restreint d’aménagements cyclables. En 2017, les usagers de la bicyclette attribuaient une mauvaise note à la commune : seulement 2,73/6, d’après le baromètre des villes cyclables de la Fédération française des usagers de la bicyclette.

Et pour cause : la ville fait figure de mauvais élève comparé à ses voisines. Ses deux plus grands axes routiers, route du Général-de-Gaulle et route de Bischwiller n’offrent que des conditions de circulation dangereuses pour les cyclistes. Ils ne disposent d’aucune voie réservée et les cyclistes se voient contraints d’éviter les voitures, malgré une circulation très dense.

« Schiltigheim suffoque »

Chaque jour, ce sont 15 000 véhicules route de Bischwiller et 14 000 route du Général-de-Gaulle qui traversent Schiltigheim. Une situation qui inquiète quant à la qualité de l’air, alors que la commune ne laisse que peu d’alternatives à la voiture.

Récemment, Greenpeace montrait sur une carte interactive le taux dangereux de dioxyde d’azote auxquels sont confrontés les riverains des deux axes principaux de Schiltigheim, qui voient passer de nombreux écoliers quotidiennement. Pour Vélorution, « Schiltigheim suffoque », et il y a urgence à agir. Le collectif attend une réponse à son action avant les élections municipales de 2020.

Lanceur d’alerte au Parlement européen : attention, contrats courts !

Lanceur d’alerte au Parlement européen : attention, contrats courts !

Les députés européens ont voté pour une meilleure protection des lanceurs d’alerte. Pourtant au sein même de l’institution, ceux et celles qui dénoncent les abus peuvent le payer très cher. En 2017, trois ont saisi les organes de contrôle, les trois ont perdu leur place.

Ifriqiyya Électrique en transe post-industrielle samedi soir à l’Espace Django

Ifriqiyya Électrique en transe post-industrielle samedi soir à l’Espace Django

Après un passage remarqué au festival des Nuits sonores en 2018, les Tunisiens d’Ifriqiyya Électrique font escale à Strasbourg samedi soir. Une expérience scénique tribale et rock’n’roll, à vivre à l’Espace Django.

Plus qu’un concert, c’est un véritable road-movie, une plongée audiovisuelle au coeur d’un Sahara punk que propose le groupe Ifriqyya Electrique.

Lancé en avril 2016 par le compositeur français baroudeur François Cambuzat et la bassiste italienne Gianna Greco, le groupe puise son inspiration aux confins du désert de Djérid, dans le sud-ouest de la Tunisie.

Pendant plusieurs mois, le duo franco-italien s’est imprégné de la Banga : un rituel thérapeutique de possession et de transe hérité des Haoussas, anciens esclaves noirs de cette région du Sahel. Le premier album d’Ifriqiyya Electrique sort en 2017 chez Glitterbeat Records. Authentique, Rûwâhîne l’est par son éclectisme.

De genre, d’abord : les sonorités tribales tunisiennes se mêlent volontiers aux riffs de guitare acérés et aux beats électro. De durée, ensuite : pas question de se plier aux exigences des radios et des maisons de disques. Certains morceaux dépassent allègrement les trois minutes conventionnelles, pouvant même atteindre les neuf minutes.

Ifriqiyya Electrique (Photo Renaud De Foville)
Ifriqiyya Electrique (Photo Renaud De Foville)

Des incantations chantées en polyphonie

Comment qualifier la musique d’Ifriqiyya Electrique ? Sur sa page Facebook, le groupe aime se définir comme un « rituel adorciste » (l’opposé de l’exorcisme) et post-industriel.

La formation trouve sa place dans la lignée des précédents projets perchés de François Cambuzat (Trans-Aeolian, Putan Club). A la façon des gnaouas, les cinq artistes conduisent sur le chemin de la transe, bien aidés par le tintement des qraqeb (castagnettes en métal) et le rythme du tbel (tambour).

Et les incantations chaudes et profondes, chantées en polyphonie terminent de plonger le public dans une atmosphère sombre, où les esprits des ancêtres ne sont jamais très loin.

Le concert prévu à l’Espace Django est programmé seulement quelques jours à peine après la sortie du deuxième album d’Ifriqiyya Electrique, Laylet El Booree. La salle de concerts du Neuhof avoue elle-même être allée « loin » dans l’exploration musicale. Tant mieux.

La crème de la scène strasbourgeoise dans 89dB, en direct du Molodoï vendredi à 18h

La crème de la scène strasbourgeoise dans 89dB, en direct du Molodoï vendredi à 18h

En mai, Strasbourg va bouger comme jamais ! Retrouvez notre radar des sorties dans 89dB, le podcast culturel de Rue89 Strasbourg, en direct du Molodoï vendredi à 18h. Concerts, expos et même spectacles des marionnettes, 89dB va vous en mettre plein les esgourdes !

Vendredi 26 avril à 18h, rendez-vous au Molodoï pour la 2e édition de 89dB, le podcast culturel de Rue89 Strasbourg et voici déjà le programme. L’enregistrement est public et il peut être suivi sur Facebook en suivant ce lien.

Le programme

    Les 25 ans du Molodoï

Le festival des 25 ans du Molodoï démarre début mai. On parlera des origines avec Lionel, ancien de l’équipe du Molodoï, a vu naître ce lieu emblématique. Il sera avec nous en plateau pour parler du concept et de l’histoire de cette salle. Des membres de l’équipe actuelle raconteront les enjeux et leurs envies pour cette salle mythique de Strasbourg.

    Quelle place pour les spectacles de marionnettes en 2019 ?

À partir de vendredi 26 avril, le Molodoï accueille le festival de marionnettes Giboul’off qui se déroule jusqu’à dimanche. On en parle avec une des organisatrices, Célia Constantinesco.

    Le premier anniversaire du Kalt, la boite techno dans une ancienne usine de pâtes, plaine des Bouchers 

Une fois par semaine, le samedi souvent, le Kalt ouvre ses portes aux noctambules amateurs de techno. Retour sur un anniversaire réussi, célébré samedi dernier.

    Le Pelpass Festival est de retour aux Deux-Rives !

On vous présentera les artistes strasbourgeois qui vont enflammer la scène du Pelpass Festival du 16 au 18 mai au Jardin des Deux-Rives, et notamment la folk de Flo Chmod, l’électro instrumentale de Notilus et de Cheap House, l’afrobeat d’Albinoid Sound System, le rock instrumental de Schnack et le rock alsacien des Bredelers. Le Pelpass Festival, ce sont aussi des artistes internationaux avec cette année, par exemple, la Dame Blanche et son hip-hop sur fond de musique cubaine.

    Le Festival O.Q.P. (Opération Quartiers Populaires) rassemble musique, danse, théâtre et cinéma

Du Point d’Eau d’Ostwald, au CSC de l’Elsau, le mois de mai sera chaud ! Ces deux lieux accueillent le Festival O.Q.P. du 1er au 10 mai. Concerts, pièces de théâtre, battles de hip-hop et projection de films, on détaille tout ça dans 89dB. À retrouver notamment le Circle of Dancer, le dimanche 5 mai au Point d’Eau. C’est la ligue des champions de breakdance dans le Rhin supérieur avec des danseurs français, allemands et suisses.

    L’agenda du mois du mai

Pour naviguer sereinement dans le foisonnement de rendez-vous printaniers, nous détaillerons notre sélection des meilleurs sorties à prévoir dans l’agenda du mois de mai.

Le silure, grand poisson des gravières d’Alsace, victime du « délit de sale gueule »

Le silure, grand poisson des gravières d’Alsace, victime du « délit de sale gueule »

Le silure, poisson impressionnant qui peut atteindre 2,50 mètres, peuple les eaux douces alsaciennes. Victime du « délit de sale gueule”, nombreux sont ses détracteurs qui l’accusent d’attaquer des baigneurs ou d’être une espèce nuisible. Mais le silure est plutôt une espèce régulatrice des écosystèmes, et ne présente aucun risque pour les humains.

On en trouve partout en France, dans toutes les zones d’eau douce qu’il peut atteindre. En Alsace, dans le Rhin, dans l’Ill mais aussi dans les gravières comme le Lac Achard ou le Baggersee à Strasbourg, le silure a établi des populations viables.

Sa particularité est qu’il est l’un des plus gros poissons que l’on trouve dans les eaux douces européennes. S’il nage dans de bonnes conditions, il peut vivre jusqu’à 60 ans environ. Il grandit alors tout au long de sa vie et peut atteindre 2,50 mètres, voir plus.

Le silure peut atteindre des tailles impressionnantes s’il vit dans de bonnes conditions. (Photo Tiit Hunt / cc)

Pierre Lettler, de la Fédération de pêche du Bas-Rhin, explique que le silure est probablement présent en Alsace depuis plus longtemps que certains le prétendent :

« Beaucoup disent que c’est une espèce colonisatrice, mais des fossiles de silures qui datent de plusieurs millions d’années ont été trouvés dans les environs, ce qui prouve qu’il était déjà présent il y a très longtemps. Il aurait disparu pendant la dernière ère glaciaire qui s’est terminée il y a 10 000 ans. Mais certains pensent au contraire qu’il n’a jamais complètement disparu du Rhin. Ce sont des populations qui viennent du Danube, en Europe de l’Est, qui lui auraient permis d’atteindre à nouveau l’Europe de l’Ouest. »

La peur du silure…

Le silure fait peur. Victime d’une réputation héritée des mythes populaires, il est vu dans l’imaginaire commun comme un poisson dangereux et nuisible pour l’environnement. Les chercheurs Jean-Marie Bodt, Frédéric Santoul et Muriel Lefebvre ont étudié le traitement médiatique du silure en 2017, avec des statistiques sur les termes employés et les manières d’évoquer ce poisson dans la presse.

Le silure est l’objet de nombreux mythes du fait de son apparence particulière et de sa taille. (Photo Bloch, Marcus Elieser / cc)

Il est qualifié de « requin d’eau douce”, de « (notre) monstre du Loch Ness », de « Goliath du fleuve », de « baleine des eaux douces », de « monstre sanguinaire », de « monstre des rivières », de « nouveau colosse de nos cours d’eau », ou encore de « monstre dévoreur d’enfants ou de jeunes filles ». Ces manières de le nommer, très péjoratives, sont surtout marquées par une dimension mythique.

Celle-ci est exacerbée par l’utilisation d’un vocabulaire propice : « légendes, rumeurs, soupçons, bruits qui courent à son sujet, » explique l’étude. Des histoires sensationnelles se racontent à son sujet. Le silure aurait attaqué des baigneurs, mangé des chiens, des enfants et même des veaux entiers. Dans le Lot, un pêcheur muni d’un écho-sondeur en aurait repéré un de quatre mètres d’après le journal Sud-Ouest en mai 2004. Le 25 octobre 2005, on pouvait lire dans un article du Figaro :

« Il est gros, il est laid, il a colonisé les cinq grands fleuves de France au cours de ces vingt-cinq dernières années et fait fantasmer les pêcheurs de carnassiers. »

Le poisson star… des pêcheurs

Les derniers articles à son sujet qui ont paru dans les Dernières Nouvelles d’Alsace évoquaient en octobre 2018, la pêche au Silure, en septembre 2017, le record du plus gros silure pêché, ou en juin 2014, un silure de 2 mètres pêché à Saverne. Toujours cette dimension mythique et la mise en avant des tailles immenses que ce poisson peut atteindre. On essaye de le pêcher tel le cachalot Moby Dick.

Nicolas Thierry, président de l’association Silurus glanis, qui promeut la pêche sportive de cet animal aquatique et sa préservation, regrette que le silure soit « coupable d’un délit de sale gueule ». Il comprend les craintes des promeneurs et des baigneurs mais aimerait que la société change de regard sur cette espèce.

Pierre Lettler quant à lui, insiste sur le fait que le silure a la réputation (à tort) d’être une espèce invasive ou une menace colonisatrice. Il déséquilibrerait les écosystèmes en exerçant une trop forte pression sur d’autres espèces. Il a même été question de le classer dans la catégorie des « nuisibles », ce qui aurait poussé à le pêcher plus intensément. Mais pour le salarié de la Fédération de la pêche du Bas-Rhin, cette mesure est loin d’être nécessaire.

Un régulateur important

Mais d’après une étude publiée par Scientific Reports en 2017, le silure se nourrit de poissons, y compris d’autres prédateurs comme des sandres ou des brochets. Il s’alimente aussi de mollusques, d’oiseaux tels que des canards, des cormorans ou des cygnes, et même de mammifères comme des jeunes ragondins.

Le Silure utilise des techniques de chasse qui peuvent l’amener à apparaître à la surface. (Photo Epop / cc)

Doté de grandes capacités d’apprentissage, un silure peut adapter son alimentation à la situation, ce qui lui permet de coloniser de nombreux écosystèmes. D’après Mathieu Guillaume, qui a réalisé une thèse sur cet animal, sa présence dépend très peu des ressources alimentaires, car il trouve facilement de la nourriture. En revanche, son alimentation variée limite les dégâts qu’il cause sur chaque espèce.

Pierre Lettler explique qu’il peut même jouer un rôle important pour l’écosystème :

« Les petits silures se nourrissent de coquillages mais aussi notamment de l’écrevisse américaine qui est une espèce invasive. Souvent, il permet de réguler les populations d’autres espèces en exerçant sa pression de prédation. Il se focalise sur ce qui est le plus facile à trouver et donc souvent, sur ce qui est le plus abondant. Ainsi, les espèces qui prolifèrent le plus sont régulées par ce poisson. En plus, les grands silures pratiquent le cannibalisme en s’attaquant aux plus petits… Ça, c’est un mécanisme d’auto-régulation. »

Les dernières études montrent que la sur-pêche du silure pourrait avoir un impact négatif sur les écosystèmes en général puisque ce prédateur y joue un rôle de régulateur. Le classement en « espèce susceptible de provoquer des déséquilibres biologiques » n’est donc pas pertinent d’après la Fédération de la Pêche en France.

Pas de risque pour l’être humain

Ce qui est sûr, c’est que le silure ne se nourrit pas d’êtres humains, il n’a donc aucune raison de les attaquer spontanément. Des incidents sans gravité ont déjà été répertoriés, mais à faible fréquence. Le dernier date d’il y a deux ans : un plongeur a été mordu au Lac Achard, sur les rives d’Ostwald à côté Strasbourg. Le 15 mars 2013, dans le Doubs, une adolescente était attaquée par un silure et s’en sortait avec une égratignure.

D’après Sébastien François, guide de pêche qui étudie cette espèce depuis 25 ans, ce type de situation est extrêmement rare. Le silure peut devenir agressif à un moment dans l’année, lors de la période de reproduction de mai à juillet, ce qui coïncide toujours avec les incidents. À cette période, il fabrique un nid et le protège des prédateurs. Il convient donc d’éviter de se rapprocher excessivement de celui-ci, sous peine de provoquer logiquement une réaction de défense du silure et de risquer, au pire, une grosse égratignure.

Ce poisson est inoffensif pour les êtres humains. Les rares incidents répertoriés ont lieu parce que le silure protège son nid pendant la période de reproduction. (Photo Vic Harkness / cc)

Mais s’il ne se sent pas menacé, ce poisson n’a aucune raison d’attaquer les baigneurs. Il passe son temps plutôt en profondeur, proche du fond et d’autres silures. C’est peut être aux humains de réinterroger la légitimité de leur présence dans certains écosystèmes.

Vers un plan social à la sucrerie d’Erstein

Vers un plan social à la sucrerie d’Erstein

Selon France 3 Alsace, la sucrerie d’Erstein envisage un plan social pour son activité de conditionnement. Suite à la suppression des quotas, le prix du sucre a chuté comme Rue89 Strasbourg l’expliquait dans un reportage dans l’entreprise en octobre 2017. Malgré les préparations de l’entreprise, son équilibre financier est devenu précaire malgré des records de production.

L’annonce est venue de la coopérative nationale Cristal Union, dont la sucrerie d’Erstein est l’un des seize sites de production. Un plan de restructuration du groupe prévoit la fermeture des sites de Bourdon (Puy-de-Dôme) et de Toury (Eure-et-Loir), ainsi que l’arrêt partiel de l’activité de conditionnement du site d’Erstein. Le nombre d’emplois perdus sur le site alsacien n’est pas encore connu mais, selon France 3 Alsace qui cite Gérard Lorber, président des betteraviers alsaciens, « il y aura forcément un plan social. »

En Alsace, la fin des quotas a entraîné une hausse de 11% des surfaces agricoles dédiées à la culture de betteraves sucrières. (Photo CS / Rue89 Strasbourg / cc)
En Alsace, la fin des quotas a entraîné une hausse de 11% des surfaces agricoles dédiées à la culture de betteraves sucrières. (Photo CS / Rue89 Strasbourg / cc)

Le conditionnement de la sucrerie d’Erstein emploie 70 des 200 salariés permanents de l’entreprise alsacienne. Créée en 1893, la sucrerie d’Erstein a soufflé ses 125 bougies l’an dernier, et renouvelé sa ligne de production en 2017. Elle produit du sucre sous toutes ses formes : semoule, cristal, sucre glace, et un peu de sucre de canne.

Actuellement, ses produits sont proposés sous une vingtaine d’emballages différents, dont la marque Daddy.

Les bonnes idées trop rapidement retoquées du budget participatif

Les bonnes idées trop rapidement retoquées du budget participatif

68 initiatives jugées « faisables » sur 213 propositions, c’est le bilan du premier budget participatif de Strasbourg, qui promet de partager un million d’euros entre les projets sélectionnés. Jusqu’au 30 avril, les citoyens peuvent voter en ligne pour leurs favoris parmi ces « finalistes ». Passage en revue des projets retoqués et des raisons avancées.

Plus de 200 Strasbourgeois ont proposé des idées pour notre ville, mais seulement un tiers sont soumises au vote en ligne des habitants. Ainsi, 118 projets ont été écartés par la collectivité. La plupart sont qualifiés d’un sec « non recevable » car leur réalisation dépasserait le budget maximum de 100 000€ par initiative. Par ailleurs, limiter le budget participatif au « budget d’investissement » de chaque projet n’a pas été compris par tout le monde. Les investissements sont des dépenses uniques, travaux, outillage ou matériel et s’opposent au « budget de fonctionnement », qui correspond à des dépenses régulières, comme les salaires ou les loyers. Enfin, quelques dossiers relèvent de terrains privés, ou ne dépendent pas des pouvoirs de la commune.

Malgré la pertinence de plusieurs projets, les citoyens n’ont pas la possibilité de donner leur avis sur ces initiatives. C’est dommage puisqu’il s’agit d’une mine de bonne idées, qui auraient mérité que la collectivité s’y intéresse… On le fait pour elle.

Un café servi par des personnes porteuses de handicap

Voilà une idée originale, qui aurait permis de travailler pour une meilleure intégration des personnes handicapées. Le concept était de proposer des pâtisseries et des boissons dans un salon ou un café employant des personnes handicapées, avec l’aide de bénévoles du quartier Gare-Centre. Comme le résumait l’initiatrice, le projet était de « faire découvrir aux clients la richesse que peuvent apporter des personnes un peu différentes. » Mais la municipalité l’a écarté d’un cinglant : « Le projet relève du budget de fonctionnement et non d’investissement (critère de non recevabilité). »

Accueil et intégration de jeunes réfugiés mineurs

Accueillir les jeunes réfugiés et les intégrer, c’est ce que proposait Thomas Wender dans le cadre du budget participatif. Il déplore l’absence d’hébergement ou de scolarisation pour ces mineurs arrivés en France sans leurs parents. Le projet, estimé par son initiateur à 45 000€, visait à rénover les locaux du Centre Bernanos, qui accueillent 28 réfugiés, avec la collaboration de 200 bénévoles. Une demande qui n’a pas été prise en compte par la collectivité, la qualifiant « d’initiative privée ». Malgré tout, elle devrait être portée à la connaissance des services compétents de la ville grâce à la ténacité des porteurs de ce projet (voir ici leur page Facebook)…

Les locaux du Centre Bernanos accueillent 28 réfugiés, mais ils ont besoin d'être remis aux normes.
Les locaux du Centre Bernanos accueillent 28 réfugiés, mais ils ont besoin d’être remis aux normes.

Une salle de spectacles par et pour les habitants

Une salle de spectacles citoyenne, pour rendre la culture accessible. L’idée : créer un complexe ouvert dans Strasbourg (dont l’emplacement n’est pas précisé), pour diversifier l’offre culturelle. L’infrastructure serait à la disposition des habitants et des associations locales, qui en assureraient la programmation. Une organisation faite maison par les usagers, qui permettrait de développer le lien social et de favoriser la rencontre entre les citoyens et de nouvelles formes d’art. Ce projet, qui rappelle l’ancienne configuration du Hall des Chars,  est passé à la trappe car jugé trop coûteux par la collectivité. Dommage parce qu’il aurait été intéressant de voir naître un lieu culturel, dont la programmation aurait été coproduite par des habitants… Ne serait-ce que pour expérimenter ce que ça pourrait donner.

Composter les déchets verts

Pas de bacs de compostage à proximité de chez vous ? Le projet d’Audrey K. était de mettre en place des composteurs dans chaque parc, square ou coin de verdure pour former le public à leur utilisation, souvent méconnue, et réduire ainsi drastiquement les déchets ménagers. Dans l’idéal, l’initiatrice aimerait une collecte à domicile des déchets verts. En attendant, l’idée serait de distribuer des lombricomposteurs, c’est-à-dire des boîtes avec des vers qui mangent les déchets végétaux, gratuitement dans tous les immeubles, écoles ou bâtiments publics. Tout cela dans le but de moins polluer l’air, ce qui bénéficierait à tous les Strasbourgeois surtout alors que l’incinérateur de la collectivité est à moitié en panne

Cette initiative est jugée non recevable, car trop chère et un budget qui relèverait du fonctionnement. Pourtant un projet beaucoup plus ciblé, un compost au quartier Laiterie, a lui été jugé recevable et estimé à 200€.

Dans Strasbourg, plusieurs immeubles ne disposent pas encore de composteurs.
Dans Strasbourg, plusieurs immeubles ne disposent pas encore de composteurs.

Inciter à l’isolation du bâti ancien en location

Le bâti ancien représente une large part du patrimoine architectural de Strasbourg. L’isolation thermique de ces appartements, souvent en location, aurait bien besoin d’une rénovation. Ce projet avait pour objectif de mettre en place un service, au niveau de la Ville, qui puisse répondre aux interrogations des propriétaires et locataires. Mais surtout, les inciter à la rénovation, afin de lutter contre le gaspillage d’énergie et donc le réchauffement climatique. L’étude de la collectivité s’est soldée, ici aussi, par une simple phrase : « Le projet relève du budget de fonctionnement (critère de non recevabilité). Le porteur peut prendre contact avec energivie.info. » (Bonne chance !) Brigitte R. a listé une dizaine de questions sur le sujet, auxquelles aucune réponse n’a été apportée.

Der Freischütz, l’opéra mythique, modernisé à Strasbourg

Der Freischütz, l’opéra mythique, modernisé à Strasbourg

Une forêt sauvage, un amour menacé, un pacte avec le diable et des balles magiques, voilà ce qui habite la scène de l’Opéra National du Rhin jusqu’au 29 avril 2019. L’Opéra Der Freischütz, premier opéra romantique allemand, narre l’histoire du chasseur Max et du concours de tir où il risque tout.

Der Freischütz, qui peut se traduire par « le franc-tireur » est un opéra du compositeur allemand Carl Maria von Weber rarement monté en France. L’œuvre est considérée comme le premier opéra romantique germanique. Son intrigue fantastique et dramatique présente des forces surnaturelles et prend place dans une nature sauvage, une forêt menaçante. Le livret, c’est-à-dire le texte de l’opéra, est de Johann Friedrich Kind. L’auteur a repris un conte populaire allemand qui a connu différentes versions : un homme passe un pacte avec le Diable en échange de balles magiques.

C’est une histoire qui interroge sur les limites de la moralité et sur ce que l’individu est prêt à risquer pour assouvir ses désirs. Depuis 1821, l’opéra a connu de nombreuses adaptations. Dans cette version, les metteurs en scène Jossi Wieler et Sergio Morabito cherchent à réactualiser l’œuvre afin d’y superposer deux inquiétudes contemporaines, les armes modernes et la technologie de surveillance. L’opéra est en allemand mais un surtitrage en français permet de suivre l’intrigue.

La foule des paysans en ovuerture de l'opéra Der Freischütz
Les chœurs de l’Opéra Nation du Rhin jouent la foule des campagnards se moquant de Max après son échec au concours de tir. (Photo de Klara Beck / ONR)

Le conte ancestral

Max, jeune chasseur, est réputé pour être le meilleur tireur de sa région. Le garde-forestier héréditaire du Prince n’ayant pas eu de descendance mâle, c’est le vainqueur d’un concours de tir qui pourra épouser sa fille, Agathe, et hériter de sa charge. Ce rite initiatique viril est une vieille tradition. Max et Agathe s’aiment mais, depuis l’annonce du concours, Max est malchanceux et tire maladroitement. La veille de l’épreuve finale, il perd contre un simple paysan, Kilian, à une épreuve de tir et est raillé par l’assemblée.

Désespéré, il songe à se tuer lorsque Kaspar, un ancien soldat, vient à lui. Il lui tend son fusil et lui commande de viser un épervier en plein vol, haut dans les nuages. Max est incrédule mais parvient pourtant à l’abattre. Kaspar lui révèle qu’il avait armé son fusil avec une « balle franche. » Cette freikugel est envoûtée par Samiel, le prince démon, et ne manque jamais sa cible. Kaspar réussit à convaincre Max de le suivre à la Gorge-aux-Loups, une grotte maudite où ils pourront fondre plus de balles franches.

Mais Kaspar compte piéger Max. Il a déjà passé un pacte avec Samiel et le diable doit récupérer son âme le lendemain. En lui promettant de l’aider à récupérer l’âme de Max et celle d’Agathe, Kaspar négocie un sursis de trois ans. Samiel l’autorise à fondre sept balles franches. Six toucheront au but, mais le démon compte diriger la septième à son gré, afin que Max tue lui-même Agathe et se suicide de chagrin.

Max (Jussi Myllys) prend le fusil de Kaspar (David Steffens) chargé avec la balle enchantée. (Photo Klara Beck / ONR)

Kaspar (David Steffens) en proie à la peur dans la Gorge-aux-Loups car Samiel s’apprête à prendre son âme. (Photo Klara Beck / ONR)

Une mise en scène qui modernise et qui accable

Jossi Wieler et Sergio Morabito sont deux metteurs en scène qui collaborent depuis 1994. Pour la première fois, ils présentent une nouvelle production en France avec l’orchestre symphonique de Mulhouse, dirigé par Patrick Lange. L’intrigue de Der Freischütz est simple et peut donc se décliner de différentes façons.

Dans leur interprétation, les deux artistes ont choisi de moderniser ce conte pour le faire résonner avec des peurs contemporaines. Samiel, le démon, est incarné par un drone. Il surveille, froid, et lorsqu’il parle c’est une voix robotisée qui se fait entendre, contraste surprenant avec le chant lyrique. Les balles franches sont ces nouvelles armes intelligentes, débarrassées des imperfections humaines et qui tuent sans faillir.

Les demoiselles d’honneur d’Agathe se réjouissent du mariage à venir. (Photo Klara Beck / ONR)

L’esthétique de la scénographie est à mi-chemin entre le terrain de jeux et la bande dessinée. Les couleurs sont vives, notamment l’orange et le bleu. Ces deux couleurs sont celles des tenues que portent les forestiers dans la première scène. Ce sont deux camps de joueurs de paintball. Les maisons les entourant sont de simples façades.

Mais cette ambiance sécurisée se déchire avec Kaspar qui, le visage marqué de fumée rappelant son passé de soldat, amène un véritable fusil de chasse. De la même façon, au début du deuxième acte, les demoiselles d’honneur jettent hors de la scène les affaires d’Agathe (poupées, peluches, miroirs) qui symbolisent son enfance. L’opéra fait glisser ses personnages hors de la naïveté de l’enfance et les jette dans un monde violent. La musique varie beaucoup, les chœurs apportent une amplitude grandiose qui soutient la dimension fantastique du conte.

Une imagerie de bande-dessinée

Les décors se composent essentiellement de toiles et de structures où sont peints rochers, silhouettes et paysages, avec des aplats de couleurs vives, rappelant fortement la bande-dessinée. Cette ambiance bariolée est remise en cause lorsque surgit le drone. Il n’est d’abord qu’une simple ombre, puis il apparaît vrombissant. Lorsque Kaspar et Max fondent les balles, une grande toile de tulle semi-transparent descend devant la scène.

Des images y sont projetées, prises par les caméras de drones, notamment en Syrie (ce qui se devine aux dates indiquées sur l’interface). Les machines surveillent des villes, des campagnes et tirent sur des bâtiments. Cette superposition des costumes, des décors de Nina von Mechow et des images froides de la guerre réelle crée un décalage perturbant. Personne n’est à l’abri, car les drones, modernes freikugeln, peuvent frapper n’importe qui, n’importe où, sans prévenir.

Kilian (Jean-christophe Fillol) cherche à chasser l’ombre du drone Samiel qui plane sur le village. (Photo Klara Beck / ONR)

Ce n’est pas un conte joyeux. Malgré les valeurs morales en apparence simplistes, avec des rôles stéréotypés tels que le méchant, le héros, la fiancée, le Prince, etc. la morale n’est pas manichéenne. L’intrigue prend place après la guerre de Trente Ans, qui a ravagé les populations allemandes, et la société est désaxée. La chasse, décrite par l’opéra comme une « guerre joyeuse » sert à combattre ce traumatisme. Pour tenter de se réorganiser la société se raccroche à des valeurs fortes et monolithiques.

Kaspar, le méchant apparent, est déjà fortement critiqué par les autres personnages. Il est le soldat rapatrié, celui qui est le plus marqué par l’horreur du conflit, et qui donc porte la marque de cette terrifiante violence. Pourtant il est lui aussi victime, du traumatisme et de la violence technologique qu’incarne Samiel. La Gorge-aux-Loups apparait comme le repaire de la sorcellerie, un lieu à fuir pour rester pur. Mais Samiel, et donc le mal, n’y est pas cantonné, et il apparait jusque dans la village. Le viseur du drone peut se poser sur n’importe qui. L’opéra ne laisse pas le public s’en sortir avec le sentiment que tout est en ordre. Quelque chose a profondément chamboulé le monde, et le danger est palpable.

La loi sur l’Alsace devant l’Assemblée nationale fin juin

La loi sur l’Alsace devant l’Assemblée nationale fin juin

De passage à Strasbourg jeudi 18 avril, Jacqueline Gourault, ministre de la Cohésion des territoires et des relations avec les collectivités territoriales, en a profité pour faire un point rapide sur la loi Alsace. Adoptée par le Sénat, elle passera à l’Assemblée nationale fin juin. Des modifications pourraient encore être apportées.

Venue rencontrer les maires des circonscriptions à Altorf, la ministre de la Cohésion des territoires et des relations avec les collectivités territoriales Jacqueline Gourault a profité de son passage pour s’exprimer rapidement sur le projet de fusion des deux départements d’Alsace. Aucune annonce particulière n’a été faite ce jeudi 18 avril, mais la période d’examen à l’Assemblée nationale a été précisée : fin juin.

Dans l’après-midi, la ministre avait rencontré Frédéric Bierry (LR), président du Conseil départemental du Bas-Rhin, et Brigitte Klinkert (LR), présidente du Conseil départemental du Haut-Rhin, pour évoquer les discussions à venir l’Assemblée nationale.

Des modifications possibles

Pour Jacqueline Gourault, l’adoption de la loi au Sénat est une « bonne étape de franchie ». Mais elle n’exclut pas la possibilité de revenir sur certains points, via les amendements qui seront discutés par les députés. « Il faut laisser la démocratie faire son travail. Mais nous voulons respecter les accords de Matignon », a-t-elle expliqué aux côtés des présidents des deux départements alsaciens.

La ministre était de passage à Strasbourg, mais n'a pas fait d'annonce sur l'Alsace (photo CL / Rue89 Strasbourg)
La ministre était de passage à Strasbourg, mais n’a pas fait d’annonce sur l’Alsace (photo CL / Rue89 Strasbourg)

En mars, la CGT avait émis des critiques vis-à-vis du département d’Alsace, craignant une « mise en concurrence des territoires ». Pour la ministre, la loi a toute sa légitimité. « Créer cette collectivité fait sens grâce à la spécificité du territoire. Le fait qu’il soit transfrontalier est le fondement politique de cette loi », estime-t-elle. Elle ajoute que « toutes les sensibilités politiques auront la possibilité de s’exprimer » et qu’elle reste ouverte à d’éventuelles modifications.

Pour rappel, les départements du Bas-Rhin et du Haut-Rhin fusionneront le 1er janvier 2021 pour former la « Collectivité européenne d’Alsace » (CEA – voir tous nos articles) ou « Département d’Alsace », comme le préconisait le Conseil d’État et certains sénateurs. La loi vise à donner quelques pouvoirs supplémentaires à ce grand département, comme la gestion des routes nationales.

Le Conseil de l’Europe s’offre une chance de résoudre la crise avec la Russie

Le Conseil de l’Europe s’offre une chance de résoudre la crise avec la Russie

Alors que l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe avait puni unilatéralement la Russie en réponse à l’annexion de la Crimée, elle s’en remet désormais aux négociations entre les ministres des Affaires étrangères. La Russie a cessé de verser sa contribution au budget du Conseil depuis 2017, mettant le personnel sous le coup d’un plan social qui se précise.

Paiera ? Paiera pas ? Les fonctionnaires du Conseil de l’Europe ont les yeux rivés sur les cordons de la bourse russe. Leur emploi pourrait en dépendre . . .

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« On prend des risques pour sauver les animaux des chasseurs. On risquera la prison »

« On prend des risques pour sauver les animaux des chasseurs. On risquera la prison »

À l’appel de l’association Vegan Bastards Krew, 12 personnes ont perturbé une chasse le 15 décembre. Dans la forêt entre Lipsheim et Geispolsheim, cinq militants ont été arrêtés puis convoqués à la gendarmerie. Le Sénat a récemment voté une proposition de loi faisant passer la peine encourue pour « entrave à la chasse » d’une simple contravention à un an de prison et 30 000 euros d’amende.

Battre la battue. C’était la mission du Vegan Bastards Krew, le 15 décembre 2018. Averti par un panneau municipal, l’association lance un appel à perturber une chasse entre Geispolsheim et Lipsheim. Ils se retrouvent à douze militants antispécistes à l’aurore. Vêtus de couleurs fluos, ils arrivent avec une fanfare, à l’aide de flûte, clairon, crécelle et casseroles, en tapant entre la ligne de chasseurs qui rabat le gibier et celle qui attend, fusil à la main. Dépités, les chasseurs appellent la gendarmerie. Contrôlés, quatre trouble-chasses seront convoqués à la gendarmerie quelques mois plus tard. Aujourd’hui, ils risquent une simple contravention. Dans quelques mois, ils pourraient encourir une peine de 30 000 euros d’amende et d’un an d’emprisonnement, selon un vote d’une proposition de loi du Sénat. Pour Maxence, président de l’association, « le lobby de la chasse a encore fait plier le gouvernement et le Sénat. » Les militants anti-chasse attendent fébrilement le vote définitif du texte par l’Assemblée nationale…
Max préfère ne pas montrer son visage : « Personne ne doit être plus mis en avant qu’un autre au sein de l’association. » (Photo GK / Rue89 Strasbourg / cc)

Rendez-vous à « L’ère Végane »

Maxence donne rendez-vous dans l’épicerie « L’ère Végane », au milieu du chantier du nouveau quartier du Danube. Il porte un t-shirt noir au nom de son association, une casquette américaine également noire et un foulard, qui masquera son visage pour la photo. « Dans notre groupe, personne ne doit être plus mis en avant », explique-t-il, pour éviter toute forme de hiérarchie. Le trentenaire, ancien militaire dans la Marine, a aussi une ancre tatouée sur la main droite. Sensibilisé par son travail au milieu de l’océan, il s’engage d’abord dans l’organisation de protection des fonds marins Sea Sheperd. Puis en août, il fonde l’association Vegan Bastards Krew. Son travail : s’occuper des enfants de 0 à 3 ans placés par la justice en foyer d’accueil. « Une première réponse à ceux qui nous disent qu’on devrait plutôt s’occuper des humains », sourit le militant antispéciste.

Un service d’ordre antispéciste

« Avec deux amis, anciens militaires aussi, on voyait des images de militants se faire molester par des bouchers, pendant des actions. On s’est dit qu’avec un service d’ordre ça ne se passerait pas comme ça », raconte Max. Le Vegan Bastards Krew a ainsi assuré la sécurité de manifestations organisées par L214 ou 269 Life France, deux associations antispécistes. Mais le collectif strasbourgeois est aussi actif dans l’aide au refuge des animaux et la lutte anti-chasse. Le discours de Max sur la chasse est rodé. Il dénonce tour à tour « l’assassinat d’animaux innocents », « la privatisation de la forêt par les chasseurs »… Le Strasbourgeois évoque aussi des sondages favorables à sa cause : selon l’institut Ifop pour la fondation Brigitte Bardot, 82% des Français sont favorables au dimanche non-chassé. Et le militant de fustiger un lien de dépendance des communes aux chasseurs : « Les permis de chasse permettent parfois de boucler le budget municipal ! »

La chasse… aux sous

Le président de la fédération bas-rhinoise de la chasse se sert aussi de l’argument budgétaire. Gérard Lang évoque les droits de chasse, « 2 à 3 millions par an dans le département », mais aussi la valeur de l’activité des chasseurs :
« On paie les agriculteurs et les communes pour chasser. On nous oblige même à tirer un minimum de cerfs ou de chevreuils, sinon vous perdez le droit de chasse. Qui le fait s’il n’y a pas de chasseurs ? On va payer des mercenaires, des fonctionnaires de la chasse, pour réduire la population ? Tout ça, ce serait à la charge du citoyen. »
Les militants anti-chasse fustigent « une fausse solution » pour la régulation des espèces. « Il y a d’autres moyens d’y parvenir, en réintroduisant les prédateurs comme le loup ou le lynx », affirme le président du Vegan Bastards Krew. Et Max de dénoncer une activité polluante : « Les cartouches de chasse contiennent du plomb, ce qui pollue des zones parfois protégées. » Chasseur depuis plusieurs décennies, Gérard Lang balaye les critiques : « Depuis octobre 2018, nous sommes le premier département en France à racheter les cartouches de plomb aux chasseurs pour les inciter à utiliser des balles sans plomb. » Le pharmacien et chercheur en génétique des cervidés, comme le cerf, n’hésite pas à fustiger « l’incompétence » des anti-chasse : « Concernant la régulation de la population, les lynx ou de loups ont des aires de vie trop larges, de plus de 10 000 hectares, ils ne peuvent pas réguler la population d’une telle zone. »

Le Sénat pro-chasse

Gérard Lang se dit satisfait de la répression accrue des « entraves à la chasse ». Mais les actions en pleine battue semblent rares en Alsace. Le responsable départemental déplore plutôt les sabotages de mirador : « Une quarantaine en 2018 dans les Vosges du Nord », lance-t-il au doigt mouillé avant de décrire le mode opératoire : « Certains scient discrètement les barres au trois-quart de l’échelle, ou même un pilier du mirador, pour faire tomber les chasseurs. » Les sénateurs ont aussi voté d’autres amendements favorables aux chasseurs. Ils ont ouvert la possibilité d’allonger la période de tir aux oiseaux migrateurs. Les élus ont aussi poussé pour la reconnaissance et la protection du piégeage de grives à la glu. Symbolique : l’agence française de la biodiversité (AFB) fusionnerait avec l’office de la chasse. Le texte sénatorial doit être voté en procédure accélérée en commission mixte paritaire (sept députés, sept sénateurs et des membres suppléants). Si aucun accord n’est trouvé, l’Assemblée nationale aura le dernier mot. La question se pose : quelques semaines avant les élections européennes, les députés oseront-ils chasser les amendements sénatoriaux ?
#antispécisme

Cinq idées sympas proposées au budget participatif

Cinq idées sympas proposées au budget participatif

Les votes pour le premier budget participatif de la Ville de Strasbourg sont ouverts jusqu’au 30 avril. La municipalité a décidé d’allouer un million d’euros. Voici une sélection totalement subjective de cinq projets parmi les 68 soumis au vote.

Plus de 200 Strasbourgeois ont proposé leurs idées pour Strasbourg, sur le site participer.strasbourg.eu. Parmi eux, 68 propositions ont été jugées « faisables » selon les critères qu’avait posés la collectivité. Les habitants de Strasbourg ont jusqu’au 30 avril pour distribuer 5 points à leurs projets favoris, répartis dans les 10 quartiers « officiels » de la ville. Le nombre de voix est affiché en temps réel. Ceux récoltant le plus de voix seront financés. Le vote se fait uniquement en ligne, même si quelques rencontres sur le terrain sont prévues. Voici cinq initiatives qui ont attiré notre attention.

Des bornes de réparation de vélos sur l’espace public

La « capitale » française du vélo aurait bien besoin de quoi les réparer ! C’est dans cette optique que deux citoyens ont proposé d’installer des stations de réparation autonomes de vélo. Ces deux idées ont été fusionnées en une seule proposition. Ces bornes, dont le nombre proposé est inconnu, seraient idéalement situées dans des lieux tels que des parcs et disposeraient de tout le matériel nécessaire : tournevis, pompe, clé à pipe, etc, de quoi resserrer un frein ou une selle. Les entrées de Neudorf sont aussi mentionnées.

Des citoyens ont pour ambition de faire installer des bornes de réparation de vélos dans Strasbourg.
Des citoyens ont pour ambition de faire installer des bornes de réparation de vélos dans Strasbourg. (Photo Ville de Strasbourg)

Un verger urbain dans le quartier de l’Elsau

Faire pousser ses propres fruits dans son quartier, c’est le projet de Youssef Y. Dans le quartier de l’Elsau, ce citoyen aimerait que, chaque année, une classe par école du quartier plante autant d’arbres fruitiers que d’élèves. Une manière de sensibiliser les élèves à la nature, mais aussi de rendre ces fruits accessibles aux habitants du quartier, qui va connaitre une rénovation d’ampleur. Ce « verger urbain » serait aussi l’occasion d’organiser des ateliers mêlant parents et enfants pour découvrir des recettes ensemble.

Les fruits issus des plantations des arbres fruitiers pourraient être consommés par les habitants du quartier.
Les fruits issus des plantations des arbres fruitiers pourraient être consommés par les habitants du quartier. (Photo Ville de Strasbourg)

Une « tiny house » pour rassembler les citoyens

Les projets soumis pour rassembler les citoyens sont nombreux. Mais ici, l’originalité réside dans son concept venu des États-Unis suite à un désir de revenir à la simplicité face à des constructions de plus en plus grandes : créer un café dans une mini-maison (tiny house). Ce lieu permettrait aux habitants des quartiers concernés de tisser des liens au travers de différentes activités : petits-déjeuners créatifs, bricolage, concerts d’artistes locaux, cours de cuisine ou encore repas chauds pour les sans-abris et lieu de rencontre pour les personnes âgées. La Ville de Strasbourg conditionne la réalisation de ce projet à une prise en charge par une association.

Un café dans une tiny house (mini maison) pour rassembler les habitants du quartier au travers d'activités.
Un café dans une tiny house (mini maison) pour rassembler les habitants du quartier au travers d’activités. (Photo Ville de Strasbourg)

Installation de cendriers urbains pour chasser les mégots

Terminés, les mégots partout dans la rue ! C’est du moins ce qu’aimeraient les porteurs de ces trois projets similaires, fusionnés en une proposition. Pour inciter les fumeurs à arrêter de jeter leurs cigarettes par terre, des citoyens proposent de mettre en place des cendriers en extérieur. Comme ceux installés à Schiltigheim, ils pourraient avoir un aspect ludique en permettant de répondre à des questions rigolotes (chat ou chien, Ronaldo ou Messi, chocolatine ou pain au chocolat…), selon le côté dans lequel est jeté le mégot. Autre idée : mettre en place une filière de recyclage de ces déchets via les cendriers publics. Une possibilité « intéressante » selon les services de la Ville et les citoyens du comité de suivi, qui invitent les volontaires à se joindre à un travail avec des associations.

À noter qu’en 2017, la ville avait déjà testé ces « cendriers ludiques ». Mais seulement 20% des mégots y étaient jetés, 80% restant ainsi au sol. Reste à voir si le projet convaincra les Strasbourgeois cette fois-ci.

L'idée de ces cendriers : inciter les fumeurs à ne plus jeter leurs mégots par terre avec des questions ludiques.
L’idée de ces cendriers : inciter les fumeurs à ne plus jeter leurs mégots par terre avec des questions ludiques. (Photo Ville de Strasbourg)

Photo’graff, pour rendre visibles les visages des citoyens

Mettre en lumière les citoyens, c’est l’objectif de cette initiative portée par trois personnes. Le photographe Valérian et le grapheur Mahon travaillent ensemble pour rendre visibles les visages des habitants, de Strasbourg à Kehl. Cette série de portraits, sous forme de photographies ou de graffitis, serait affichée le long des lignes de tramway transportant les Strasbourgeois vers Kehl. Un projet qui a pour objectif de valoriser à la fois la diversité humaine et culturelle, tout en rappelant l’importance de l’ouverture des frontières. La municipalité a donné un avis favorable sous réserve d’une concertation et de murs disponibles.

Deux artistes, le grapheur Mahon et le photographe Valérian, ont pour objectif de mettre en valeur les habitants de Strasbourg avec ce projet.
Deux artistes, le grapheur Mahon et le photographe Valérian, ont pour objectif de mettre en valeur les habitants de Strasbourg avec ce projet.

Le budget par quartier et la carte

Les quartiers officiels et leur délimitation de la Ville de Strasbourg
Les quartiers officiels et leur délimitation de la Ville de Strasbourg

Le Marché des créateurs revient place de Zurich dans une version augmentée

Le Marché des créateurs revient place de Zurich dans une version augmentée

En pause hivernale depuis sa dernière édition en octobre 2018, le Marché des créateurs sera de retour le 21 avril sur la place de Zurich. Ce « village artistique à ciel ouvert » rassemble 70 artistes et artisans alsaciens présentant leurs œuvres faites main. C’est la première fois que le village regroupe autant d’exposants.

Le troisième dimanche d’avril, mai, juin, septembre et octobre, les stands des artistes locaux investiront la place de Zurich pour présenter leurs créations. Peintures, sculptures, photographies ou encore cosmétiques seront exposés et vendus entre 10h et 19h. Touch-Arts, une association de promotion artistique, organise le marché. Djeb, cofondateur de l’association en 2010, est heureux de voir le marché s’agrandir, avec 70 exposants cette année contre 50 l’an passé. Mais il a été contraint d’opérer des choix parmi 300 candidats. La sélection se fait principalement sur des « coups de cœur », malgré la présence d’un « noyau dur de quinze ou vingt artistes qu’on connait très bien » .

Le Marché des créateurs par l'association Touch-Arts
Le Marché des créateurs sur la place de Zurich (photo remise par Touch-Arts)

De l’art au marché

L’origine du marché se trouve dans l’un des anciens événements de l’association. Touch-Arts était spécialisée dans l’organisation d’expositions, de concerts, et dans le reportage photo. Elle organisait également des vides-dressings, auxquels des artistes locaux ont commencé à s’inscrire avec d’abord quelques stands de macramé. Mais les producteurs du coin, de plus en plus nombreux, ont conduit l’association à organiser les marchés de créateurs, afin de répondre à cet engouement.

Le Marché des créateurs par l'association Touch-Arts
Le Marché des créateurs sur la place de Zurich (photo remise par Touch-Arts)

Locaux ou originaux (ou les deux)

Les exposants sont des locaux, même si Djeb admet faire quelques exceptions afin de mettre à l’honneur des créateurs particulièrement originaux :

« Cette année on se permet d’inviter deux personnes qui ne sont pas d’Alsace mais qui ont des compétences très spécifiques. Un coutelier et une créatrice de maillots de bains venant du sud de la France qui présente sa deuxième collection. Nous n’avons pas cela dans la région. »

Le Marché des créateurs par l'association Touch-Arts
Montage de différents étals (photo remise par Touch-Arts)

Touch-Arts a aussi créé un site internet afin de référencer plus de 300 artistes et créateurs de différents territoires. Le site comporte un agenda, un système de petites annonces et met à disposition des fiches pratiques afin de conseiller les usagers sur l’organisation d’événements et la création d’entreprise.

Professionnaliser les artistes

Djeb est soucieux de l’accompagnement des artistes, notamment des amateurs qui cherchent à se professionnaliser :

« Nous avons quelques personnes au marché qui ne sont pas déclarées. Ils sont dans leur bulle, alors nous les accompagnons. C’est le paradoxe d’avoir plusieurs casquettes en même temps. Tout le monde a un boulot et une passion et tout le monde voudrait vivre de sa passion. Ce qui est intéressant c’est d’offrir une visibilité à des artistes qui n’en ont pas forcément. »

Le Marché des créateurs est un moment d’échange et de découverte où les strasbourgeois peuvent aller à la rencontre des artistes. Ce temps permet d’acquérir des œuvres uniques et locales tout en prenant conscience de la richesse artistique de la région.

#Marché des créateurs

Dans les combles de la Cathédrale : « Un accident peut toujours arriver »

Dans les combles de la Cathédrale : « Un accident peut toujours arriver »

Au lendemain de l’incendie de Notre-Dame de Paris, une visite des combles de la Cathédrale de Strasbourg a permis de rappeler les règles en vigueur et de constater les quelques différences avec l’édifice parisien.

En voyant les spectaculaires images de la Cathédrale Notre-Dame de Paris en flammes, beaucoup de personnes travaillant autour de la Cathédrale de Strasbourg ont eu le même réflexe : comment réagir si la même chose se produisait ici ? « J’ai écrit la liste des contrôles. J’avais besoin de coucher sur le papier tout ce qui doit être fait », raconte Romuald Schnell, technicien en charge de la sécurité et l’entretien de la Cathédrale de Strasbourg. À l’Œuvre Notre-Dame, qui participe à la rénovation et l’entretien de l’édifice, une petite ronde a aussi été improvisée.

Un diagnostic des mesures de sécurité

Le maire Roland Ries (PS), qui dirige par extension cette fondation, a « demandé un diagnostic précis des mesures de sécurité incendie ». Ainsi, à son initiative, une visite des combles a été organisée dès ce mardi 16 avril dans la matinée. L’État, par l’intermédiaire de ses agents de la Direction régionale des affaires culturelles (Drac), a subtilement rappelé qu’il était propriétaire des lieux. Par conséquence, les travaux et leur mise en sécurité se déroulent sous ses ordres.

Cinq chantiers sont en cours sur l’édifice. Les rénovations actuelles concernent le transept sud, la façade ouest, la voûte, la tourelle sud-est ainsi que le réaménagement de la plateforme et sa « maison des gardiens ». Des travaux se déroulent en continu, pour un budget de deux millions d’euros par an. Ils attirent un surplus de vigilance, car les départs de feu y trouvent souvent leur origine (comme par deux fois à Nantes ou potentiellement à Paris).

On accède aux combles par une petite coursive, sous le toît en cuivre (photo JFG / Rue89 Strasbourg)
On accède aux combles par une petite coursive, sous le toît en cuivre (photo JFG / Rue89 Strasbourg)

Des combles cloisonnés

Première différence notable avec l’édifice parisien, les combles sont séparés en trois espaces avec des murs de « recoupement de feu » tous les 25 mètres environ. « Cela n’arrêterait pas le feu, mais limiterait la vitesse de propagation », ajoute Romuald Schnell, le « Monsieur sécurité » de la Cathédrale. D’ici là, les pompiers pourraient affluer et utiliser les « colonnes sèches« , pour faire remonter leur eau dans les étages et éteindre le feu par le haut. « Nous faisons des exercices avec les pompiers pour leur apprendre à mieux connaitre les accès et les travaux », ajoute l’agent de l’État. Les escaliers en colimaçon proposent en effet quelques accès étroits et limités.

Trois espaces de ce type composent les combles sur une longueur de 70 mètres au total environ (photo JFG / Rue89 Strasbourg)
Trois espaces de ce type composent les combles sur une longueur de 70 mètres au total environ (photo JFG / Rue89 Strasbourg)

Sous les lattes, la voûte en pierres, qui laisser passe l'air (photo JFG / Rue89 Strasbourg)
La plupart du bois de chêne a été remplacé lors de l’incendie de 1870 lors de la guerre franco-prussienne. Plusieurs entrées permettent d’entrer sur les combles par les deux côtés. (photo JFG / Rue89 Strasbourg)

Des espaces propices aux flammes

Ces trois espaces au-dessus de la voûte en pierre sont reliés par des portes coupe-feux. Sur le bois, des têtes de détection de fumées sont espacées tous les trois mètres. Comme à Paris, la charpente est en chêne, mais il ne reste presque rien d’origine. La plupart des planches et des chevrons ont disparu lors des incendies, notamment celui de 1870 lors de l’offensive prussienne en France. Les combles attirent l’attention car leur bois ancien, couplé à des poussières ou encore des particules de cire des cierges (qui remontent via la voûte qui laisse passer l’air) sont particulièrement inflammables.

Romuald Schnell liste plusieurs mesures spécifiques à cet espace :

« Les fumées des bougies sont moins chargées par les fabricants. On ne voit plus les traces de suie noir comme par le passé. L’électricité est coupée à partir de 19h et il n’y a pas de tableaux électriques dans les combles. Nous n’avons pas l’équivalent de « la forêt » de Paris, mais un accident pourrait arriver ».

La dernière visite de l’Inspection générale du patrimoine date de novembre 2018 et a délivré un avis favorable.

L'ensemble des planches inclinées et des poutres (les chevrons) sont appelées voliges (photo JFG / Rue89 Strasbourg)
L’ensemble des planches inclinées et des poutres (les chevrons) sont appelées voliges (photo JFG / Rue89 Strasbourg)

Deux statue sont stockées en ce moment (photo JFG / Rue89 Strasbourg)
Deux statue sont stockées en ce moment (photo JFG / Rue89 Strasbourg)

Des chantiers contrôlés

Les entreprises missionnées par l’État disposent parfois de « permis de feu » encadrés, quand elles ont besoin d’ustensiles qui produisent des étincelles ou de la chaleur, tels des outils de soudage.

Carole Pezzoli, conservatrice régionale aux Monuments historiques, rappelle les règles, qui s’appliquent partout en France :

« Les entreprises doivent rester une heure sur site après les travaux quand ils utilisent des ustensiles calorifiques, pour vérifier qu’il n’y ait pas une étincelle, qui avec les poussières et le bois pourraient propager le feu. Un agent de la Drac vient vérifier les chantiers chaque matin. Les normes sont faites pour ce qui relève des choses courantes, mais un accident peut toujours arriver. »

À Paris, la société Europe Échafaudage a précisé qu’il n’y avait aucun de ses salariés lors du départ du feu et qu’elle participe à l’enquête « sans réserve ».

On ne peut accéder à l'espace supérieur que pour des opérations ponctuelles (photo JFG / Rue89 Strasbourg)
On ne peut accéder à l’espace supérieur que pour des opérations ponctuelles (photo JFG / Rue89 Strasbourg)

Les œuvres enlevées lors des travaux

À cela s’ajoute un « Plan de sauvegarde des œuvres », pour les mettre à l’abri lors des travaux. C’était le cas à Paris où 16 statues ont été enlevées de la flèche 5 jours avant l’incendie, avant de partir pour une restauration en Dordogne. Retrouveront-elles un jour leur emplacement d’origine ?

Autre principe qui guide les travaux : mettre peu d’ouvriers en même temps sur un chantier. « On évite la co-activité. Les travaux d’un charpentier peuvent gêner celui d’un couvreur », explique par exemple Grégory Schott, Architecte des Bâtiments de France du Bas-Rhin, et qui supervise chaque chantier. Ce qui explique en partie que ces grandes opérations prennent du temps.

Dans le troisième espace, le plus près de la rosace, derrière la porte au fond de la photo, ce mécanisme permettait de monter des affaires en hauteur dans le chantier (photo JFG / Rue89 Strasbourg)
Dans le troisième espace, le plus près de la rosace, derrière la porte au fond de la photo, ce mécanisme permettait de monter des affaires en hauteur dans le chantier (photo JFG / Rue89 Strasbourg)

Dernière petite différence avec Paris, le toit est couvert de cuivre daté de la reconstruction à la fin du XIXè siècle, là où la flèche de Notre-Dame avait gardé du plomb d’origine, plus lourd. « Cela correspond aux matériaux de construction utilisés à ces époques », complète Grégory Schott, sans que cela ait d’incidence sur l’inflammabilité.

Pour simplifier, l’État gère ou délègue à des sociétés spécialisées les travaux qui concernent les vitraux, les décors peints, les ferronneries ou la charpente. L’Œuvre Notre-Dame s’occupe en particulier des taillage des pierres, même si elle intègre d’autres métiers.

Des murs de ce type entre les combles permettraient de ralentir un incendie (photo JFG / Rue89 Strasbourg)
Des murs de ce type entre les combles permettraient de ralentir un incendie (photo JFG / Rue89 Strasbourg)

L’Œuvre Notre-Dame, bien partie pour l’Unesco ?

L’Œuvre Notre-Dame compte 32 salariés, dont 23 techniciens (des sculpteurs, mais aussi menuisiers, forgerons, conservateurs, bureaux d’études). Ses équipes travaillent actuellement sur la rénovation de la plateforme. Roland Ries a indiqué qu’il a demandé à la fondation d’apporter son aide et son « savoir-faire » à Paris. Elle s’emploie à utiliser et transmettre les méthodes traditionnelles de la taille de pierre.

« Pour l’instant, ce serait ce serait une aide en conseil technique, suite aux diagnostics sur l’état du bâtiment », précise son directeur Éric Fischer. Le reste, comme un détachement des techniciens est très hypothétique à ce stade et n’interviendrait que dans quelques années. « On peut tout imaginer, mais il faut aussi que nous puissions continuer les chantiers ici ». La priorité à Paris est de s’assurer qu’aucun autre endroit, y compris les pierres, soient fragilisées par l’incendie.

Les combles sont accessibles sur des petites portes où la vue sur la place du Château est imprenable (photo JFG / Rue89 Strasbourg)
Les combles sont accessibles sur des petites portes où la vue sur la place du Château est imprenable (photo JFG / Rue89 Strasbourg)

Vue depuis un niveau intermédiaire (photo JFG / Rue89 Strasbourg)
Vue depuis un niveau intermédiaire (photo JFG / Rue89 Strasbourg)

La fondation qui compte un siège et ses ateliers place du Château, ainsi qu’un entrepôt à la Meinau, a candidaté pour être classé au patrimoine mondial immatériel de l’humanité, attribué par l’Unesco. Le dossier a été déposé en mars 2019.

La catastrophe parisienne et les besoins qui en découlent pourraient-il aider la candidature strasbourgeoise ? « C’est évident », s’avance Éric Fischer. « Quand on voit les réactions dans la presse, les demandes depuis hier, il y a quelque chose de particulier à Strasbourg. La capacité à intervenir, la transmission des savoirs et des connaissances sont un modèle à reproduire ». Réponse en novembre 2020.

Strasbourg se mobilise pour Notre-Dame de Paris

Strasbourg se mobilise pour Notre-Dame de Paris

Au lendemain du terrible incendie de la cathédrale parisienne, Strasbourg apporte son soutien à Paris. La fondation strasbourgeoise de l’Oeuvre Notre-Dame se tient prête à aider à la reconstruction de Notre-Dame de Paris. Les cloches de 18 églises de Strasbourg sonneront à midi.

Midi passé. Sur le parvis de la cathédrale, Charles Joly reste immobile, les yeux levés vers le sommet de Notre-Dame. Ce charpentier travaille à la rénovation de quelques poutres du monument strasbourgeois. Hier, forcément, son « âme de bâtisseur en a pris un coup ». Pour ce compagnon du devoir, « c’est 800 ans d’Histoire qui se sont effondrés. » Pour autant, le Strasbourgeois n’est pas favorable à la reconstruction de la merveille parisienne. Trop cher, trop d’autres priorités, selon lui.
La souscription nationale pour la reconstruction de la charpente et de la flèche de la cathédrale a atteint 2 millions d’euros. Voici le lien pour participer à cette collecte nationale Ce don est déductible :
    de l’impôt sur le revenu à hauteur de 66% du montant du don et dans la limite de 20% du revenu imposable ; de l’impôt sur la fortune immobilière à hauteur de 75% du montant du don dans la limite de 50 000€. Cette limite est atteinte lorsque le don est de 66 666€ ; de l’impôt sur les sociétés, à hauteur de 60% du montant du don, dans la limite de 0,5% du chiffre d’affaires HT.

Le Département du Haut-Rhin débloque 100 000€ pour Notre-Dame de Paris

Dans un communiqué de presse, le Département du Haut-Rhin a annoncé qu’une aide exceptionnelle de 100 000€ allait être proposée lors de la séance plénière du conseil départemental du 21 juin. Cette aide vise à « affirmer la solidarité et l’engagement de l’ensemble des Haut-Rhinois dans la reconstruction de cette cathédrale qui fait partie du cœur et de l’âme de l’ensemble des Français. »
La Ville de Strasbourg a proposé à Paris l’expertise de la Fondation de l’OEuvre Notre-Dame, qui assure l’entretien de la cathédrale de Strasbourg depuis le XIIIe siècle. Cette fondation assure la transmission du savoir-faire entre les générations d’artisans qui ont travaillé à l’entretien et à la restauration de la cathédrale de Strasbourg. À ce titre, cette structure laïque, est candidate pour figurer au patrimoine culturel immatériel de l’Unesco. Directeur de la Fondation, Éric Fischer, a précisé à l’occasion d’une visite des combles de la cathédrale que l’expertise portait surtout sur la taille de la pierre mais également sur la serrurerie et la menuiserie. Éric Fischer a rassuré des journalistes présents mardi matin sur les mesures de sécurité appliquées à la charpente de la cathédrale de Strasbourg, des murs coupe-feu en béton, environ tous les 25 mètres, ont été installés en 1998.
Jean-François Gérard se trouve actuellement dans les combles de la cathédrale. Sur 70 mètres environ, cette partie comporte des détecteurs d’incendie tous les 3 mètres et des murs coupe-feu. Comme dans la cathédrale de Notre-Dame de Paris, il n’y a pas d’installation électrique sous les combles.

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Des documents précieux à Strasbourg

« Plusieurs décennies » pour reconstruire Notre-Dame de Paris. C’est l’estimation donnée par le président de la fondation l’Oeuvre Notre-Dame à l’Agence France Presse. Les collections documentaires stockées à Strasbourg devraient permettre d’aider à la reconstruction de la cathédrale, a aussi indiqué Eric Fischer.  
A midi, 18 églises strasbourgeoises rendront hommage à la cathédrale de Notre-Dame de Paris.