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Rédacteur en chef de Rue89 Strasbourg. Spécialisé depuis 2019 en enquêtes locales, à Strasbourg et en Alsace sur des sujets variés allant de l’extrême-droite à l’hôpital public en passant par la maison d’arrêt de Strasbourg, les mouvements sociaux, les discriminations et l’expertise-psychiatrique.
Une tonne et demie de poissons ont été retrouvés dans l’Ill, mercredi 4 juin.Photo : Région Grand Est / Droits réservés
Après la plainte déposée par la Région Grand Est suite à la mort de milliers de poissons dans l’Ill, une enquête pour déterminer l’origine de cette pollution est en cours. Mais pour des pêcheurs du secteur, la station d’épuration de Colmar, située en amont de la zone polluée, est la principale suspecte.
« Une tonne et demi de poissons, c’est ce que nous avons ramassé, mais je pense qu’en réalité c’est au moins le double qui a été tué dans cette histoire » soupire, dégoûté, Arnaud Jamet, directeur du Canoë kayak club de l’Ill Sélestat (Cakcis). Accompagné de plusieurs membres du Cakcis, il a participé, au ramassage des milliers de cadavres de poissons dans l’Ill, trois jours après leur découverte par des pêcheurs dimanche 1er juin, entre Colmar et Illhaeusern. « Une telle mortalité en Alsace, c’est du jamais vu. J’espère que cet événement va réveiller les consciences des politiques », clame le directeur du Cakcis.
Les membres du Cakcis ont rempli leur canoë de cadavres de poissons lors du ramassage, mercredi 4 juin.Photo : Arnaud Jamet / Cakcis
Premier arrivé sur place dimanche matin et à l’origine du signalement aux autorités, Florian Pinto, pêcheur depuis plus de 35 ans, est toujours sous le choc :
« Des poissons de cinq à dix ans sont morts comme ça, en quelques heures. C’est une catastrophe, la rivière va mettre plusieurs années à s’en remettre. Je suis très triste. On nous parle d’écologie tous les jours mais on n’est même pas capable de préserver les êtres vivants que l’on a aujourd’hui. »
Suite à ce désastre écologique, la Région Grand Est, propriétaire et gestionnaire de la rivière depuis 2010, a déposé une plainte jeudi 5 juin. « Une charge polluante importante a pu atteindre l’Ill dans la nuit du 31 mai avec une origine qui reste à déterminer » indique le communiqué de la collectivité.
Les poissons ont été déchargés dans une benne avant d’être transportés chez un équarrisseur.Photo : Région Grand Est / Droits réservés
Une enquête, menée par l’Office français de la biodiversité (OFB), est en cours pour déterminer les origines et les causes de cette pollution.
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Journaliste indépendant basé en Alsace, je m’intéresse de près à l’écologie et aux entreprises du territoire alsacien. Membre du collectif Enketo depuis mai 2025, j’enquête sur les pollutions chimiques des industries.
Plusieurs rassemblements autour du conflit israélo-palestinien sont attendus les prochains joursPhoto : Fantasio Guipont / Rue89 Strasbourg
Du jeudi 12 au mardi 17 juin, une série de manifestations sont programmées à Strasbourg en soutien à la Palestine.
Du jeudi 12 au mardi 17 juin, une série de cinq rassemblements et manifestations en soutien à la Palestine sont prévus à Strasbourg. Ces actions interviennent en réaction à l’arraisonnement du navire Madleen affrété par la Flotille de la liberté et sur lequel se trouvaient notamment l’eurodéputée (LFI) Rima Hassan et l’activiste écologiste Greta Thunberg. Cette expédition voulait forcer le blocus imposé à Gaza par l’armée israélienne, qui prive les Gazaouis d’un accès sûr à l’aide humanitaire.
Jeudi 12 juin à 18h, cinq collectifs de soutien à la Palestine appellent à un rassemblement place Kléber à Strasbourg afin de dénoncer « le génocide à Gaza ». L’appel demande également « la levée du blocus » empêchant l’arrivé de l’aide humanitaire, l’instauration d’un « embargo militaire » contre Israël et la libération des « prisonniers palestiniens ».
Vendredi 13 juin à 17h30, place Kléber, le Collectif Palestine 67 appelle à une manifestation contre « le génocide et le blocus à Gaza ». Le cortège, soutenu par plusieurs organisations syndicales, partira de la rue du 22-Novembre, traversera la place Saint‑Pierre‑le‑Vieux, reviendra par la Grand’Rue, la rue Gutenberg, la place Gutenberg, la rue du Vieux-Marché‑aux‑Poissons pour une dispersion place du Corbeau.
L’appel dénonce notamment « la faillite morale » du gouvernement israélien, les « déplacements forcés », « la famine imposée aux civils » et « les bombardements indiscriminés à Gaza ». Le collectif appelle la France et l’Europe à suspendre l’accord d’association, à instaurer un embargo militaire, à soutenir les juridictions internationales et à la reconnaissance d’un État palestinien.
Samedi 14 juin à 15h, le collectif décolonial pour la Palestine, prévoit une marche au départ de la place Kléber jusqu’à la place de la Cathédrale. Mais compte-tenu de la Marche des visibilités prévue au même moment, la préfecture a pris un arrêté d’interdiction partiel le 13 juin : la manifestation ne doit pas emprunter les rues des Grandes-Arcades, du Vieux-Marché-Aux-Poissons, de la Première-Armée ni le quai des Bateliers.
Le Convoy for justice est attendu lundi 16 juin à 12h30 devant le Parlement européen à Strasbourg. Parti de La Haye, passé par Bruxelles et Paris, ce convoi apportera des témoignages d’anciens prisonniers palestiniens en Israël et de leurs avocats, avec pour objectif d’alerter l’opinion publique ainsi que les institutions européennes sur les violations des droits fondamentaux des prisonnières et prisonniers palestiniens.
Cette mobilisation s’inscrit dans une démarche de plaidoyer international avec la transmission de rapports adressés au Conseil des droits de l’Homme de l’ONU et la proposition de créer une commission internationale dédiée aux droits des prisonniers palestiniens. Après Strasbourg, le convoi doit se rendre à Genève.
Mardi 17 juin à 18h30, le syndicat Sud Rail et le mouvement politique Révolution permanente appellent à un rassemblement devant la préfecture du Bas-Rhin à Strasbourg pour exiger la « relaxe d’Anasse Kazib et celle de tous les soutiens de la Palestine ». Anasse Kazib, militant de Révolution permanente et cheminot syndiqué à Sud Rail, doit comparaître le lendemain pour « apologie du terrorisme » devant le tribunal de Paris après avoir relayé des images du franchissement de la frontière entre Gaza et Israël par le Hamas le 7 octobre 2023.
Pia Imbs avait réussi à bâtir une coalition de maires centristes alliés aux écologistes de Strasbourg.Photo : Pierre France / Rue89 Strasbourg
La présidente de l’Eurométropole, Pia Imbs, ne se représentera pas aux élections municipales en mars 2026. Avec son positionnement centriste et écolo-compatible, elle avait permis aux Écologistes de construire une coalition majoritaire à l’assemblée des 33 communes strasbourgeoises.
Les Dernières nouvelles d’Alsace révèlent que la présidente de l’Eurométropole de Strasbourg, Pia Imbs, a annoncé mardi aux élus du conseil municipal d’Holtzheim, dont elle est maire, qu’elle ne se représentera pas pour un troisième mandat. Après avoir succédé en 2014 au maire de Holtzheim depuis 25 ans, elle confie aux DNA qu’elle s’en tient ainsi à sa promesse de ne pas dépasser deux mandats.
Pia Imbs s’est rapidement engagée dans les affaires de l’Eurométropole, l’assemblée des 33 communes de l’agglomération strasbourgeoise. Après avoir pris la tête d’un groupe de neuf maires en 2014, elle a pris la présidence de l’Eurométropole en 2020 à la suite d’une alliance avec les écologistes, majoritaires à Strasbourg. Son départ ouvre donc la question de sa succession à la tête de l’Eurométropole, surtout en cas de réélection de Jeanne Barseghian à Strasbourg, puisque les écologistes avaient fait de Pia Imbs leur principale alliée pour bâtir une coalition avec les maires centristes de l’agglomération, volontaires pour s’engager sur quelques principes écologistes et notamment l’amélioration des transports en commun.
Sentiment du devoir accompli
Aux DNA, Pia Imbs indique avoir le sentiment du devoir accompli en ayant « fait aboutir « des dossiers serpents de mer », comme l’agrandissement du stade de la Meinau , le Réseau express métropolitain, la location du bâtiment Osmose (Simone-Veil) au Parlement européen, la médiathèque Frida-Kahlo à Schiltigheim… »
Pia Imbs a aussi mis beaucoup d’énergie et de volontarisme dans l’instauration de la Zone à faibles émissions, une mesure décidée par le gouvernement mais qu’elle a portée en son nom pour l’Eurométropole, avant de constater que l’agglomération était en fait bien seule. Elle a aussi accompagné Jeanne Barseghian et Danielle Dambach, la maire (Les Écologistes) de Schiltigheim, dans l’aventure d’une extension du tramway qui devait transformer tout le secteur de l’agglomération autour de la place de Haguenau. Un projet finalement retoqué par la commission d’enquête publique qui a trouvé que tout cela allait beaucoup trop vite. Pas de quoi l’ébranler selon les DNA, où elle déclare que le tram nord est « repris avec une autre méthode ».
Quelques salariés ont tenu un piquet de grève devant le magasin.Photo : AF / Rue89 Strasbourg / cc
À l’appel d’une intersyndicale, une partie des salariés du magasin Ikea de Cronenbourg se sont mis en grève mercredi 11 juin. Ils protestent contre la stagnation de leurs salaires en 2025, décidée par la direction.
Une intersyndicale réunissant la CGT, la CFDT et FO appelle les salariés d’Ikea en France à la grève. Si la mobilisation la plus attendue est celle de Paris, prévue samedi 14 juin, les salariés du magasin Ikea de Strasbourg ont été les premiers de France à cesser le travail mercredi 11 juin. Selon l’intersyndicale, la moitié des 110 employés du site de Cronenbourg se sont déclarés grévistes.
Ce mouvement fait suite à la fin des négociations annuelles obligatoires, qui se sont soldées par un échec selon les syndicats. La direction d’Ikea France n’a accordé aucune augmentation collective des salaires et indiqué que la hausse individuelle sera limitée à 1% au maximum. En 2024, l’inflation moyenne en France a été de 2% selon l’Insee.
« On se sent méprisés par une entreprise qui fait des bénéfices. On accepterait ce résultat si la boîte avait des difficultés, mais ce n’est pas le cas », affirme Guislain Duval, délégué syndical de la CFDT. En août 2024, le chiffre d’affaires annuel d’Ikea France, qui emploie plus de 12 000 personnes, a légèrement baissé pour s’établir à 3,7 milliards d’euros avec un résultat net de 140 millions d’euros.
D’autres salariés, présents sur le piquet de grève, mentionnent également des conditions de travail éprouvantes. « On se retrouve fréquemment avec des problèmes de dos », témoigne Eva, en évoquant des troubles musculosquelettiques ou des lombalgies. « Il y a une volonté de réduire la masse salariale en réduisant les heures des nouveaux et en rajoutant des tâches aux anciens », renchérit Guislain Duval, en citant également « les changements de plannings intempestifs » et les conséquences qui en découlent sur la vie privée des employés.
La 23e édition de la marche des visibilités se tiendra à Strasbourg le samedi 14 juin.Photo : Mathilde Cybulski / Rue89 Strasbourg
Avec pour thème « Faire corps contre le fascisme », la 23e édition de la Marche des visibilités prévue samedi 14 juin adopte une posture politique. Une décision prise collectivement pour la première fois.
« Il fallait que la Pride renoue avec ses origines politiques », se félicite la Station LGBTI, une association d’accueil et d’écoute pour les personnes victimes de discriminations liées à leur genre. Pour sa 23e édition, la Marche des visibilités strasbourgeoise sera étiquetée « antifasciste et festive ». Le départ du cortège est prévu samedi 14 juin à partir de 13h30, place de l’Université. La Marche doit ensuite rejoindre la place d’Austerlitz en passant par le quai des Pêcheurs, avant de se diriger vers la place Kléber via la rue des Grandes-Arcades, puis de retourner place de l’Université en passant par la place de la République.
« Il y a eu une incompréhension l’année dernière. Notre organisation est bien sûr politique, mais elle est apartisane, nous ne voulions pas appeler à voter pour tel ou tel parti. Nous dénonçons le fascisme mais de manière générale », explique désormais Matthieu Wurtz, président du collectif organisateur FestiGays :
« Il y avait un enjeu sécuritaire également, au vu du climat électoral tendu d’alors. Nous n’avons pas appelé à voter contre le RN mais les gens sont assez intelligents pour lire entre les lignes. »
Le terme « apartisan » est selon son président, inscrit dans les statuts de FestiGays. L’organisation d’une assemblée générale extraordinaire et un vote des adhérents du collectif serait donc nécessaire pour les faire évoluer. « On est en train de travailler là-dessus, les choses pourraient être amenées à évoluer », évoque-t-il
Une organisation interassociative
« Après les désaccords sur la politisation de la Marche 2024, certains collectifs se sont rapprochés de FestiGays pour voir comment éviter de reproduire des cortèges séparés », détaille Noé, membre du Front d’Action Gay (FAG) Strasbourg. « Nous avons décidé d’ouvrir le dialogue et de nous fédérer. Les décisions concernant toute la Marche sont désormais prises en commun », confirme Matthieu Wurtz.
Dès décembre 2024, ce sont une quinzaine d’associations et collectifs qui se sont réunis mensuellement pour définir un thème commun et préparer l’événement. Si Matthieu Wurtz concède qu’un mot d’ordre commun « qui devait contenter tout le monde a été difficile à trouver », il estime que la démarche collective a abouti à « un consensus plaisant ». « L’inter-association a aidé à pousser à la politisation de la marche cette année, c’était une volonté forte », précise Flora Giros, vice-présidente de la Station LBGTI Alsace, qui salue « la prise en compte de la multiplicité des points de vue qui a permis d’avoir une meilleure organisation ».
En 2025, la Marche des visibilités sera donc en un seul cortège avec comme mot d’ordre « Faire corps contre le fascisme ». Cette thématique décidée collectivement est une première dans l’histoire des Marches des visibilités à Strasbourg, dont la première édition s’est tenue en 2002.
« Nos droits sont en danger »
Dans un contexte international où la Marche des fiertés a été interdite en Hongrie, où certaines régions de Pologne instaurent des zones anti-LGBT, où les droits des personnes LGBT sont restreints en Géorgie, face à la résurgence de l’extrême droite en Europe et dans le monde, « il est important de manifester pour le maintien de nos droits, rien n’est acquis », plaide Matthieu Wurtz.
« C’est certes une journée de célébration de nos identités mais c’est aussi un endroit où l’on doit revendiquer nos droits à l’égalité », détaille « ViviAnn Du Fermoir De Monsac », drag-queen et cofondatrice de l’association Les Tantines, qui participera pour la première fois au cortège à bord de leur propre char.
Matthieu Wurtz de Festigays précise que la Marche des visibilités, bien que « militante », sera « festive et libératrice » :
« C’est un endroit où l’on peut être qui l’on veut… Pour certains, c’est le seul jour de l’année où c’est possible et c’est un aspect essentiel de la Marche, au-delà des revendications politiques. »
Flora Giros de La Station détaille :
« On ne souhaite pas retirer le côté festif de la marche. On en a aussi besoin. Mais c’est un message envoyé aux alliés : si vous faites la fête avec nous, il faut aussi s’engager pour défendre nos droits. »
Pour la drag-queen ViviAnn, porter un message politique tout en faisant la fête n’est pas antinomique de toutes façons :
« Notre char, qui transportera une dizaine de drag-queens, sera décoré à partir du thème de l’Olympe, mais les pancartes seront très politiques. On est jolies mais on part aussi à la guerre. »
Discours commun et nouvelles zones
Autre conséquence de cette coordination entre collectifs et associations, l’écriture en commun d’un discours « très politique », selon les termes de Flora Giros, qui sera prononcé en amont de la Marche. Un pink block, réunissant des collectifs queer féministes et antifas « radicaux » tels que le Fags, Ascendant Butch, l’Organisation de solidarité trans (OST) ou les Footeureuxses, ouvrira ensuite le défilé. En parallèle du Village des assos place de l’Université, une « zone TransPédéGouine » sera organisée à la Manufacture des Tabacs de 18h à 22h, son équivalent « anti-raciste, anti-impérialiste, queer et féministe ».
La structuration inter-associative a en outre permis de multiplier les « zones calmes » dans le cortège et d’inclure un dispositif pour les personnes à mobilité réduite et handicapées. La journée doit se terminer par la Nuit des FestiGays, au Studio Saglio à partir de 22h.
Ancien membre du syndicat étudiant UNI Strasbourg, Josselin a été définitivement exclu de l’Université de Strasbourg. Il a reconnu avoir réalisé un salut nazi filmé au sein du campus universitaire.
Les membres de l’UNI Strasbourg ont un sens de l’humour bien particulier. Lundi 31 mars, Josselin était entendu par la commission de discipline de l’Université de Strasbourg (Unistra). Alors président, Michel Deneken avait demandé des poursuites disciplinaires à l’encontre de cet étudiant en sciences de la Terre. L’ancien membre du syndicat étudiant UNI Strasbourg s’était filmé en octobre 2023 en effectuant un salut nazi sur le campus universitaire. Un an et demi plus tard, les images fuitent sur X (ex Twitter) au milieu des photomontages sexistes et antisémites révélés par le collectif Golem.
L’humour comme défense
Pour Josselin comme pour Samy Amokrane, ancien président de l’UNI Strasbourg, la défense est la même : l’humour et « l’autodérision ». En amont de l’audience du 31 mars, Josselin s’est défendu par écrit en avançant que « la vidéo (…) relevait d’une blague privée entre amis et n’avait aucune visée publique. En effet, moqué par ses amis pour sa tenue vestimentaire évoquant une iconographie nazie, il s’est filmé faisant un salut nazi hors de toute adhésion idéologique. » De quoi rappeler les arguments mis en avant par Samy Amokrane face à la même section disciplinaire : « Il s’agissait de faire preuve d’autodérision de ce qu’on reprochait à l’UNI. »
Face à la section disciplinaire, Josselin a reconnu le caractère « inacceptable » de son geste. L’ancien étudiant en sciences de la Terre a aussi invoqué l’absence d’intention de nuire à la réputation de l’université. Il s’est défendu de vouloir véhiculer des idées haineuses.
Une sanction « exemplaire »
Les membres de la commission de discipline ont estimé que la vidéo du salut nazi démontre « une absence de discernement et de conscience critique » démontrant que « l’acte commis ne saurait être qualifié de simple “blague”. » Ils se sont aussi accordés sur la gravité des faits ayant eu lieu dans l’enceinte universitaire. La section disciplinaire a enfin affirmé que la diffusion des images sur les réseaux sociaux et dans les médias a « conduit à un trouble à l’ordre public au sein de l’établissement et une atteinte manifeste à la réputation de l’établissement ».
La section disciplinaire a tenu à « sanctionner de manière exemplaire un acte contraire aux valeurs fondamentales de l’Université de Strasbourg ». Josselin a ainsi été exclu définitivement de l’Unistra.
Contacté par le biais de son profil X (ex Twitter), Josselin n’a pas donné suite à notre demande d’entretien.
Rédacteur en chef de Rue89 Strasbourg. Spécialisé depuis 2019 en enquêtes locales, à Strasbourg et en Alsace sur des sujets variés allant de l’extrême-droite à l’hôpital public en passant par la maison d’arrêt de Strasbourg, les mouvements sociaux, les discriminations et l’expertise-psychiatrique.
Ioana espère pouvoir rester en France pour scolariser ses enfants.Photo : PF / Rue89 Strasbourg / cc
Un an après leur relogement derrière la gare, plusieurs familles roms de l’ancien bidonville de Cronenbourg bénéficient d’un accompagnement social. Mais il reste beaucoup à faire pour éviter que le campement ne se reforme à la fin du dispositif.
« C’est bien mieux ici. En Roumanie, on vivait dans une maison insalubre sans eau, sans chauffage. » Pour ce père de famille roms, relogé dans un mobil-home près de la gare de Strasbourg après avoir été expulsé du bidonville de Cronenbourg, le changement de cadre de vie est appréciable.
Depuis juin 2024, treize familles roms de Roumanie et de Hongrie, soit 15 adultes et 13 enfants, ont été installées dans des mobil-homes et des caravanes à l’Espace 16, un « Espace temporaire d’insertion » (ETI) mis en place par la Ville et la Délégation interministérielle à l’hébergement et à l’accès au logement (Dihal) dans l’enceinte du Bastion 16, rue du Rempart.
Désarmer les clans
Pour en arriver là cependant, il aura fallu un long travail de « diagnostic » mené par Trajectoires, une association spécialisée dans l’insertion, afin d’identifier et neutraliser les liens claniques qui pouvaient exister entre certains habitants du bidonville de la M35 (voir notre reportage). Dans cette micro-société qui a culminé à 160 membres, tout se monnayait, y compris l’accès aux cabanes et à l’eau.
À l’Espace 16, les familles qui ont accepté le relogement, bénéficient de conditions sanitaires équivalentes à celle d’un camping, d’un suivi social hebdomadaire, de cours de français et d’un accompagnement vers l’emploi. Les travailleuses sociales de Carilogis, un service de Caritas Alsace, veillent à ce que les familles ne subissent plus l’emprise mafieuse qui pesait sur elles au bidonville. Une vigilance de chaque instant puisque les personnes qui vivaient sur le dos de ces familles sont toujours présentes à Strasbourg.
Il reste encore un an à Carilogis pour faire en sorte que toutes les familles puissent s’insérer dans la société française. L’association compte beaucoup sur l’emploi, condition nécessaire à l’obtention d’un titre de séjour, mais pour l’instant, seuls trois adultes sur 17 disposent d’un contrat de travail : un dans l’entreprise Régie des Écrivains, un autre chez Zalando en Allemagne, et un en tant qu’auto-entrepreneur dans le ferraillage. Quatre autres terminent un stage aux Jardins de la Montagne Verte, avec l’espoir d’y décrocher un emploi.
La Ville de Strasbourg a engagé 450 000€ dans cette opération, remboursés par une première tranche de 190 000€ de la Dihal en 2024. L’opération fait figure de modèle pour la résorption des bidonvilles roms en France, même si la taille du dispositif est sans commune mesure avec les bidonvilles existants à Montpellier ou Nantes.
La professeure Carmen Schroeder est cheffe de service en psychiatrie des enfants et des adolescents aux Hôpitaux Universitaires de Strasbourg (HUS).Photo : Document remis
La cheffe du service psychiatrie enfants aux Hôpitaux universitaires de Strasbourg regrette la promesse non tenue d’un nouveau bâtiment pour la pédopsychiatrie. Carmen Schroeder décrit des équipes débordées face à l’explosion du mal-être des jeunes.
La santé mentale des enfants n’a jamais été une priorité, à Strasbourg comme ailleurs. Pour s’en rendre compte localement, il faut suivre l’histoire des locaux dédiés aux Hôpitaux universitaires de Strasbourg (HUS). Depuis 2010, les réunions se sont enchaînées au sujet du futur bâtiment pour la pédopsychiatrie de l’hôpital public strasbourgeois. Le besoin était urgent tant les locaux situés dans le quartier de l’Elsau étaient vétustes et laids. Après une première désillusion en 2015, les infirmières et médecins du service y ont cru à nouveau en 2021. Jean Castex, alors Premier ministre, avait annoncé 20 millions d’euros pour relancer la construction d’un bâtiment de psychiatrie enfants. Quatre ans plus tard, c’est une nouvelle désillusion pour les professionnels de ce secteur à Strasbourg.
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Rédacteur en chef de Rue89 Strasbourg. Spécialisé depuis 2019 en enquêtes locales, à Strasbourg et en Alsace sur des sujets variés allant de l’extrême-droite à l’hôpital public en passant par la maison d’arrêt de Strasbourg, les mouvements sociaux, les discriminations et l’expertise-psychiatrique.
Conseiller d’opposition de la Collectivité européenne d’Alsace, Florian Kobryn a décidé de s’affilier à La France insoumise. Auparavant non encarté, il devient le premier élu du mouvement au sein du Département.
Florian Kobryn a été président du groupe d’opposition de gauche pendant quatre ans au sein de la Collectivité européenne d’Alsace. Il a quitté ce même groupe en avril à la suite de tensions internes, provoquant sa disparition. Il annonce lundi 10 juin rejoindre La France insoumise (LFI). L’ancien élu issu de la société civile, employé du Théâtre national de Strasbourg, n’était pas encore affilié à un parti. Dans un communiqué envoyé à Rue89 Strasbourg, Florian Kobryn explique son choix :
« Ce mouvement a participé à construire mon éducation politique, mes engagements et mes convictions. C’est donc avec fierté que je poursuivrai, aux côtés du collectif insoumis, les combats que je porte déjà dans une démarche résolument collective, ancrée dans le territoire alsacien, et porteuse d’un projet radical. »
Expérience d’élu
Par rapport aux autres partis de gauche, le mouvement insoumis souffre en Alsace d’un déficit de figures médiatiques et d’un manque d’implantation au sein des instances politiques locales. L’élu insoumis le plus connu est Emmanuel Fernandes, député de la 2e circonscription du Bas-Rhin depuis 2022.
« Pour que le mouvement réussisse, il faudra une mobilisation à tous les échelons pour avoir une proposition politique forte et cohérente. Mon objectif sera de partager mon expérience d’élu local », assure Florian Kobryn par téléphone. En plus de son mandat au Département, il s’engagera dans le groupe d’action de La France insoumise du quartier de la Krutenau. À un an des élections municipales, alors que LFI souhaite peser à Strasbourg, son ralliement devrait être apprécié par le mouvement de gauche radicale.
Fabienne Keller a rejoint Agir en 2017, une composante du bloc présidentiel, après s’être désengagée du parti Les Républicains.Photo : Abdesslam Mirdass / Rue89 Strasbourg
Le 22 mai, neuf pays européens ont fait savoir leur désir de revoir certaines garanties fondamentales de la Convention européenne des droits de l’Homme. L’eurodéputée macroniste et ancienne maire de Strasbourg, Fabienne Keller, alerte sur la dangerosité de politiser une instance en charge de la justice.
Dans une lettre publiée le 22 mai à l’initiative de l’Italie et du Danemark, des représentants des gouvernements d’Autriche, de Belgique, de République tchèque, d’Estonie, de Lituanie, de Lettonie et de Pologne appellent à limiter les pouvoirs de la Cour européenne des droits de l’Homme (CEDH), en matière de migrations. Fabienne Keller, eurodéputée Renew (formation centriste alliée au centre-libéral en France) et ancienne maire de Strasbourg, alerte sur la dangerosité de ce qu’elle considère comme une « attaque directe » contre un « pilier du projet européen ».
Dans leur lettre, ces neufs pays aux gouvernements conservateurs affirment tenir à l’État de droit et à la démocratie. Ils demandent plus de libertés contre les étrangers criminels ou les ingérences étrangères sur leurs sols. Une prise de position de pays membres de l’Union européenne (UE) qui, selon Fabienne Keller, « donne un mauvais exemple » qui risque de « débrider les exigences » de certains gouvernements populistes en matière de droits fondamentaux :
« La CEDH date d’après la Seconde guerre mondiale et la Shoah. Elle prévoit que celles et ceux qui vivent des persécutions dans leurs pays ont droit à une protection dans d’autres, et que ce n’est pas négociable. »
La Cour européenne des droits de l’Homme, située à Strasbourg, est chargée d’appliquer la Convention du même nom, adoptée par le Conseil de l’Europe. Elle fête ses 75 ans en novembre 2025 et compte 46 États membres (la Russie a été exclue en 2022). Son but est de garantir que certains droits fondamentaux (droit à la vie privée, liberté d’expression, à un procès équitable…) soient respectés dans l’ensemble de ces pays.
Rue89 Strasbourg : Vous dénoncez une attaque par ces neuf pays des « fondements des libertés fondamentales » propres à l’Europe, quels sont-ils ?
Fabienne Keller : En tant que députée européenne, je suis particulièrement attachée à l’indépendance des juges et de la Cour européenne des droits de l’Homme. La Cour est l’un des piliers de l’État de droit en Europe, en veillant au respect de la Convention européenne des droits de l’Homme. Or, les neuf États signataires de cette lettre ouverte cherchent à réinterpréter la Convention en matière de migration irrégulière. Cette démarche représente un risque clair de remise en cause des garanties juridiques existantes, qui sont justement là pour protéger nos libertés fondamentales et les valeurs que nous partageons.
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Le Madleen, qui devait rejoindre Gaza avec une douzaine de militants pro-palestiniens à son bord, a été arraisonné par les autorités israéliennes dans la nuit de dimanche 8 à lundi 9 juin. Un rassemblement en protestation est prévu ce lundi 9 juin.
Le Collectif Palestine 67 appelle à un rassemblement lundi 9 juin à 18h place Kléber à Strasbourg pour protester contre l’arraisonnement par l’armée israélienne du navire Madleen, sur lequel se trouvait 12 activistes dont l’eurodéputée française Rima Hassan (LFI) et la militante écologiste suédoise Greta Thunberg. Le rassemblement vise également à demander leur libération.
Le voilier qui devait rejoindre Gaza a été dérouté, dans la nuit du dimanche 8 au lundi 9 juin. Un communiqué du ministère des Affaires étrangères israélien indique que le navire « fait route vers les côtes d’Israël. Il est prévu que les passagers retournent dans leurs pays ». L’organisation Freedom Flotilla Coalition, qui a affrété le Madleen, a dénoncé, lundi matin, une « violation manifeste des lois internationales », assurant que l’arraisonnement par Israël s’est déroulé dans les eaux internationales.
La France insoumise (LFI) et Les Écologistes appellent à manifester lundi 9 juin à 18 heures, place de la République à Paris. Plusieurs rassemblements sont prévus dans d’autres villes de France à la même heure.
Une association anti-coppruption a déposé en mai 2025 une plainte pour des faits de prise illégale d’interêt qui vise les conditions d’acquisition d’un terrain par le maire d’une commune du Haut-Rhin.Photo : DR / Rue 89 Strasbourg
Une association anti-corruption a déposé une plainte pour des faits de prise illégale d’intérêt qui vise les conditions d’achat d’un terrain par le maire d’une petite commune du Haut-Rhin. Un village de moins de 500 habitants du Sundgau où règne selon certains habitants une ambiance délétère.
« On vit dans un monde à part à Mooslargue », affirme un habitant de cette petite commune de moins de 500 habitants nichée au cœur du Sundgau. L’association AC ! – Anti-Corruption fondée en 2021 par un ancien d’Anticor a déposé plainte le 28 mai 2025 contre X pour prise illégale d’intérêt.
Déposée auprès du parquet de Mulhouse, la plainte vise les conditions d’acquisition en 2024 d’une parcelle de bois et de forêt par le maire de la commune, Pascal Sommerhalter. Elle pointe que l’édile, notaire de profession, a acheté en août 2024 ce terrain de 24 ares sans en notifier au préalable la municipalité qui pouvait exercer son droit de préemption, le terrain jouxtant une parcelle communale.
Une information tardive du conseil municipal
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L’Hôtel de la Région Grand Est à Strasbourg.Photo : PF/ Rue89 Strasbourg / cc
Si on leur demandait, 72% des Alsaciens voteraient en faveur d’une sortie de l’Alsace de la Région Grand Est, selon un sondage Ifop commandé par trois associations régionalistes.
Bientôt dix ans que la Région Grand Est existe, née des fusions des Régions Alsace, Champagne-Ardenne et Lorraine. Mais la collectivité régionale n’a toujours pas conquis le cœur des Alsaciens, selon un sondage réalisé par l’Ifop du 14 au 19 avril auprès d’un échantillon représentatif d’un millier de personnes.
Trois associations régionalistes, le Mouvement pour l’Alsace (MPA), Initiatives culturelles alsaciennes (ICA) et le Club perspectives alsaciennes (CPA), militent de longue date contre la Région Grand Est, qu’elles estiment dispendieuse, éloignée et peu efficace. Ces associations, encore traumatisées deux ans après la fusion des régions en 2016, avaient déjà commandé un sondage à l’Ifop sur la « disparition de l’Alsace ».
Mais cette fois, la question posée est plus sérieuse : la re-création d’une Région Alsace administrative, sortie de la Région Grand Est. Si un référendum posant cette question était proposé aux personnes interrogées par l’Ifop, 72% d’entre elles répondraient positivement. À noter que les associations régionalistes n’ont pas ajouté « on s’en fout » ou « ne se prononce pas » aux réponses disponibles, elles auraient pu aider à mesurer sur le « oui » était réellement un vote d’adhésion.
Et cette impérieuse envie de sortir de la Région Grand Est semble concerner toutes les couches de la société alsacienne puisqu’une ventilation des répondants « oui » à la question précédente par leur âge, leur milieu socio-culturel ou leur vote au premier tour de l’élection présidentielle ne fait pas beaucoup varier le résultat :
Les scores les plus bas pour le « oui » se trouvent parmi les professions intermédiaires (64%). En outre, plus les sondés habitent dans des villes importantes, moins ils votent « oui » mais tout de même à 68% dans les plus grandes villes.
Si en 2018, 83% des sondés se déclaraient favorables à « une renaissance de l’Alsace », un vocable qui montrait bien la confusion entre l’Alsace géographique et l’Alsace administrative, le chiffre de 72% pour la re-création d’une Région Alsace en 2026 indique que près de dix ans après la fusion des régions, la Région Grand Est n’a pas encore réussi à établir sa légitimité et sa pertinence en Alsace.
Cet immeuble d’angle, situé 2 rue de Bouxwiller, a été construit par Eugène Brast en 1936.Photo : Digito / Achi-Wiki / cc
L’Art déco fête ses 100 ans. Apparu officiellement en 1925, ce mouvement artistique s’est décliné dans l’architecture, le mobilier, la joaillerie, la mode et les arts graphiques. Visite des façades Art déco de Strasbourg, parmi lesquelles se trouvent… le premier gratte-ciel de la ville.
À Strasbourg, tout le monde connaît le style Art nouveau, ces bâtiments sur les façades desquels les arabesques et les formes végétales prolifèrent et dont les toits prennent parfois la forme d’un bulbe. Apparus à la fin du XIXe siècle, pendant la période allemande de Strasbourg, une grande partie des immeubles Art nouveau (ou Jugendstil en allemand) se trouve dans la Neustadt.
Bien moins connus que leurs prédécesseurs, il y a pourtant à Strasbourg des bâtiments Art déco. Ce mouvement artistique d’entre-deux-guerres prend presque le contre-pied de l’Art nouveau : « Là où l’un était ondulant (Art nouveau), l’autre est zigzaguant (Art déco) », expose Christophe Didier, conservateur général des bibliothèques, adjoint à l’administration de la BNU et co-commissaire d’une exposition sur l’Illustration au temps de l’Art déco.
« L’Art nouveau est très floral, organique tandis que l’Art déco est plus géométrique, plus stylisé », ajoute-t-il. Selon lui, le point fondamentalement divergent entre les deux réside dans « la différence entre nature et géométrie ». Alors que la plupart des bâtiments Art nouveau se concentrent dans la Neustadt, le patrimoine Art déco strasbourgeois est plus « disséminé dans la ville », remarque Christophe Didier. Les bâtiments Art déco de Strasbourg se trouvent principalement dans le quartier des Halles et le quartier suisse de la Krutenau (rue de Berne, rue de Lausanne, rue Saint-Gothard).
Un style qui s’inspire des progrès techniques
En 1925, à Paris se déroule « L’exposition internationale des arts décoratifs et industriels modernes ». C’est elle qui a donné son nom au mouvement. L’Art déco, ne s’inspire plus de la nature mais des progrès techniques, de l’industrie et des nouveaux moyens de transport comme les paquebots.
« Si la géométrisation et la symétrie sont de règle, le vocabulaire architectural Art déco peut adopter des formes variées, des façades nues, à pans plissés, à rotondes circulaires, du style paquebot à des formes presque radicales », décrit Robert Dulau dans son ouvrage Strasbourg 1900-1930.
Une des difficultés auquel se confronte le promeneur pour identifier les bâtiments Art déco dans Strasbourg réside sans doute là : le style Art déco a beaucoup de variantes. Les bâtiments peuvent tantôt avoir des façades avec des bow-windows à angle droit, des lignes très verticales, comme cet immeuble situé à l’angle de la rue Bouxwiller et de la rue des Bonnes-Gens ; tantôt des lignes plutôt horizontales, des arrondis, comme c’est le cas d’un immeuble à l’angle de la rue du Travail et la rue d’Ingwiller.
Cet immeuble d’angle, situé 2 rue de Bouxwiller, a été construit par Eugène Brast en 1936.Photo : Digito / Achi-Wiki / cc Immeuble au 8, rue du Travail. Style Paquebot. Tout en haut, un statue fait office de figure de proue. Construit par Ernest Misbach en 1934.Photo : Wilfred Helmlinger / Achi-Wiki / cc
Parfois les immeubles ont davantage des façades dites à gradins, comme celle du théâtre de la Scala au Neudorf, d’autres fois il s’agit d’un style classicisant. L’ancien bâtiment de l’Esca, rue des Pontonniers, en est un très bon exemple.
« La production Strasbourgeoise témoigne ainsi de la diversité des expressions Art déco », observe Robert Dulau dans son ouvrage. En tous les cas, les formes s’épurent, les architectes multiplient les ouvertures pour faire entrer la lumière dans les habitations (le bow-window est un motif récurrent) et la mode est aux toits plats. C’est d’ailleurs de cette époque que date la première maison à toit-terrasse de Strasbourg : la villa Berst-Knecht.
Villa Berst-Knecht, 4, rue Dotzinger. Construite par Théo Berst en 1926-1927, cette maison est la première de Strasbourg à avoir un toit-terrasse.Photo : Jeanne-Esther Eichenlaub / Rue89 Strasbourg / cc
Le style Paquebot : très en vogue à Strasbourg
C’est « un style qui s’épanouit dans le décor urbain strasbourgeois », comme le souligne Robert Dulau. Les immeubles paquebot sont souvent des immeubles d’angle et reprennent le vocabulaire architectural du bateau : rampes en métal rappelant les bastingages, corniches, hublots, horizontalité. On trouve beaucoup d’immeubles du style Paquebot dans le quartier suisse.
Immeuble de style Paquebot, au 15 rue Jacques Peirotes. Construit par Tim Helmlinger en 1936.Photo : Wilfred Helmlinger / Achi-Wiki / cc L’immeuble du 7, quai Rouget de Lisle. Représentatif du style Paquebot. Réalisé en 1933 par Tim Helminlinger.Photo : Jeanne-Esther Eichenlaub / Rue89 Strasbourg / cc Le rez-de-chaussé du 7 quai Rouget-de-Lisle, avec ses fenêtres « hublot » qui rappellent les paquebots.Photo : Jeanne-Esther Eichenlaub / Rue89 Strasbourg / cc
Un des plus beaux exemples de ce style est la Villa Schranz. Réalisée par Jules-Pierre Haas en 1935, elle se trouve dans le quartier du Rhin Tortu, au 9 rue de Sarcelles. Les terrasses étagées sur deux niveaux rappellent les ponts d’un bateau et les lignes du corps de garde renvoient aux bastingages. La métaphore marine a été poussée à son paroxysme puisque la villa incluait à l’origine un petit port de plaisance privé.
Considérée par le conservateur général du patrimoine Bernard Toulier comme l’un des plus beaux bâtiments de France du XXe siècle, la villa Schranz n’a pas toujours été du goût de ses contemporains. Elle fût un temps surnommée « Narreschiff » (littéralement « La nef des fous », en référence au livre du Strasbourgeois Sébastien Brant. La villa été classée dans l’inventaire des monuments historiques en 1992.
Pourquoi un tel amour pour le style paquebot? « L’intérêt spécifique pour l’architecture paquebot est peut-être lié, à Strasbourg, aux grands travaux du Rhin et à la création du port autonome en 1924, dont le trafic ne cesse d’augmenter dans l’entre-deux-guerres », avance la chercheuse Amandine Clodi dans son article « L’architecture paquebot à Strasbourg, une traversée au cœur de la modernité des années 1930″, paru en 2023. Outre des immeubles de rapport et des villas, on construit également dans ces années-là des bâtiments industriels et administratifs.
Gratte-ciel et façade accordéon
Dans les années 20-30, on reconstruit la ville. Après-guerre, il faut reloger la population. Des immeubles de rapport et des villas sont édifiés. On reconstruit également les infrastructures : écoles, églises, bâtiments publics et industriels. Dans ces dernières catégories, deux bâtiments Art déco interpellent particulièrement à Strasbourg: l’immeuble du gaz, 14, place des Halles et la tour Seegmüller, située au 11 presqu’île André-Malraux. L’immeuble du gaz a été réalisé par Gustave Oberthür en 1933. L’édifice est en béton. Sur sa façade principale, trois bow-windows plissés viennent rompre les lignes horizontales des façades latérales. Cette façade dite en accordéon est inédite à Strasbourg.
L’immeuble du gaz, 14 place de Halles est une réalisation de Gustave Oberthür. Il date de 1933.Photo : Jeanne-Esther Eichenlaub / Rue89 Strasbourg / cc
En 1928, un incendie détruisit les équipements portuaires de la ville. L’armateur Seegmüller confia alors la construction de nouveaux bâtiments à Gustave Umbdenstock. Il érige la tour Seegmüller en 1934. Il s’agit à l’origine d’un silo à céréales de 55 mètres de hauteur, réalisé en briques et béton. Au neuvième étage, un décrochement de niveau confère au bâtiment toute sa singularité. Cette technique n’est pas sans rappeler celle que l’on observe sur certains « buildings » américains. La Tour Seegmüller est d’ailleurs le tout premier gratte-ciel de Strasbourg. Depuis sa rénovation, la tour abrite la Maison universitaire Internationale.
La Tour Seegmüller au 11, presqu’île Malraux est le premier gratte-ciel de Strasbourg. Cet ancien silo à grains a été construit en 1934 par Gustave Umbdenstock.Photo : Greg Matter / Archi-wiki / cc
L’Art déco à Strasbourg revête donc bien des aspects. Les bâtiments sont tantôt très verticaux, avec des bow-windows, tantôt avec des façades à gradin, tantôt dans un style plus classique avec forces sculptures, tantôt avec une prédominance de lignes horizontales lorsque les architectes s’inspirent du monde nautique. Peut-on en déduire que cette diversité de styles est une spécificité strasbourgeoise et qu’il existe un Art déco Strasbourgeois ? « Typiquement strasbourgeois, je dirais non », tranche Christophe Didier tout en ajoutant : « comme il n’y a pas d’Art nouveau strasbourgeois ».