Enquêtes et actualité à Strasbourg et Eurométropole

Avec « un peu de chance », comment l’EuroTournoi attire les stars du hand à Strasbourg

Avec « un peu de chance », comment l’EuroTournoi attire les stars du hand à Strasbourg

Ce jeudi et tout ce week-end, le Rhénus retrouve l’excellence du handball européen avec Thierry Omeyer, Nikola Karabatic et Michaël Guigou, des grands joueurs habitués de son parquet. Depuis ses débuts à la Robertsau dans les années 1990 et « un peu de chance », les plus grands clubs et sélections européennes affluent à l’EuroTournoi de Strasbourg, attirés par le challenge sportif mais aussi une organisation aux petits soins et un public assidu.

En ce lundi 20 août, le Rhénus Sport se pare des derniers préparatifs pour accueillir la 25e édition de l’EuroTournoi (ET), une série de rencontres « amicales » rassemblant des équipes professionnelles de handball venues de toute l’Europe. Cette année, il s’agit de Nantes, Paris, Montpellier, Veszprem, Skopje et les biélorusses du Meshkov Brest, soit « le top du handball mondial » comme se présente le tournoi.

Le directeur de l’association organisatrice, Christophe Celeny, fait le tour de la salle : il faut encore monter l’éclairage, lustrer le parquet, préparer le carré VIP… Dès ce jeudi 23 août, Nantes et Montpellier s’affrontent, soit un bis repetita de la finale de la Ligue des Champions du mois de mai, remportée par le club héraultais.

Les meilleurs viennent… parce que les meilleurs viennent

C’est la particularité de l’édition 2018 : pour la première fois, l’EuroTournoi n’affiche que des équipes ayant foulé les parquets de la plus grande compétition européenne de clubs. Une fierté pour le directeur :

« On avait déjà fait le plateau avant de voir qui s’illustrerait en Ligue des Champions ! En fait on se rend compte que souvent, les équipes qui viennent à l’EuroTournoi sont performantes la saison qui suit. Puis elles reviennent l’année d’après et ça crée un cercle vertueux. Les nouveaux clubs viennent parce qu’ils regardent les affiches des années passées. »

Ce n’est pas le palmarès de l’ET qui le contredira : en 2001, le Chambéry de Bertrand Gille, international français des années 2000, gagne le tournoi avant de devenir champion de France au printemps suivant. En 2006, les espagnols de Ciudad Real gagnent avec Didier Dinart (actuel entraîneur de l’équipe de France), l’année de leur sacre comme champions d’Europe.

Les frères Karabatic et le danois Mikkel Hansen deviennent des habitués de l'EuroTournoi, ici avec le maillot du PSG (Photo EuroTournoi)
Les frères Karabatic et le danois Mikkel Hansen deviennent des habitués de l’EuroTournoi, ici avec le maillot du PSG (Photo EuroTournoi)

D’année en années, la poignée d’équipes invitées reflètent l’hégémonie de l’époque. Il fait la part belle aux équipes allemandes durant les années 1990 et début 2000 : en 1997, le FC Großwallstadt de Jackson Richardson remporte le trophée, puis le SC Magdeburg de Joël Abati et Guéric Kervadec en 1998 et le THW Kiel de Stefan Lövgren en 2002.

Les années 2010 témoignent d’abord de la domination montpellieraine puis de l’avènement du PSG actuel, avec ses stars Thierry Omeyer, Nikola Karabatic, Luc Abalo, Daniel Narcisse et Mikkel Hansen, la star du handball danois.

« On a juste eu de la chance »

Ces équipes, qui évoquent aux passionnés les plus grandes légendes du handball, ont régulièrement répondu présent, et ce, alors que la manifestation affichait des ambitions bien plus modestes à l’origine. En 1994, quelques cadres du club de l’ASL Robertsau (aujourd’hui fusionné avec Schiltigheim au sein de l’Essahb) lancent un tournoi de préparation. Parmi eux figure Christian Carl, président historique, décédé au mois de mai 2018. La compétition se déroule dans le modeste gymnase du club, au nord de Strasbourg grâce à l’action de quelques bénévoles.

Ils commencent à contacter des clubs, et sont eux-mêmes surpris du succès immédiat, comme le raconte Christophe Celeny, lui aussi fondateur du tournoi :

« Au début c’était vraiment juste quelques passionnés de hand qui voulaient mettre en place un tournoi de préparation dans le coin, pas forcément avec les meilleures équipes européennes. On a juste eu de la chance, parce que Montpellier a dit oui tout de suite. Et par la suite, les équipes se sont dit “Si Montpellier vient”… »

En 1999, les équipes s'affrontaient dans des gymnases de la Robertsau. Cette année-là, Montpellier était encore présente avec Stéphane Stoecklin, international français (Photo EuroTournoi)
En 1999, les équipes s’affrontaient dans des gymnases de la Robertsau. Cette année-là, Montpellier était encore présente avec Stéphane Stoecklin, international français (Photo EuroTournoi)

Jackson Richardson au Centre Sportif de la Robertsau

Après sa victoire du premier Eurotournoi à l’été 1994, le club montpellierain remporte son premier titre de champion de France au printemps 1995. C’est l’époque de l’arrivée de l’entraîneur historique Patrice Canayer. Le club règne ensuite en maître (14 titres en 18 éditions, meilleure équipe jusqu’à l’avènement du PSG des années 2010) avant de perdre un peu son statut « d’all star team ».

À cette époque, dans le centre sportif de la Robertsau et ses quelques centaines de places, commencent aussi à arriver des équipes des plus belles terres de hand, de Scandinavie, de Hongrie, d’Espagne. Très vite, on peut voir Jackson Richardson au, mais aussi les frères Gille, Jérôme Fernandez et Thierry Omeyer, gardien multi-étoilé de l’équipe de France.

En 2003, l’EuroTournoi déménage au Rhénus Sport au Wacken, et peut accueillir plus de 4 000 personnes. Cette année-là, on aperçoit déjà un certain Nikola Karabatic sous les couleurs du Montpellier Handball Club. Les années suivantes verront passer d’autres légendes du hand, comme l’entraîneur russo-espagnol Talant Dujshebaev.

Les années olympiques (2000, 2004, 2008 2012 et 2012), le tournoi est avancé au mois de juillet et accueille quatre sélections internationales dont celle de la France. À chaque fois ou presque, les trois équipes sont médaillées le mois suivant lors des Jeux. Pour la 25e édition, le tournoi aligne à nouveau une bonne partie des internationaux français.

Quelques jours avant le tournoi, le comité d'organisation s'affaire pour les derniers réglages, comme l'éclairage. Les panneaux rappelant le palmarès seront accrochés au centre du terrain (Photo DL/Rue 89 Strasbourg/cc)
Quelques jours avant le tournoi, le comité d’organisation s’affaire pour les derniers réglages, comme l’éclairage. Les panneaux rappelant le palmarès seront accrochés au centre du terrain (Photo DL / Rue89 Strasbourg / cc)

« Les équipes viennent jauger leur vrai niveau »

Les organisateurs ne sont plus surpris de la fidélité des équipes stars, même si c’est chaque année « un long travail de discussion ». Pour construire le tableau, le comité se penche sur les grands championnats, tisse des relations avec les cadres et négocie toute l’année.

Il faut jongler avec les calendriers des clubs, aller chercher les grands noms qui draineront le public, et tabler sur les « copains » historiques du tournoi. Montpellier reste un fidèle qui a « grandi avec l’EuroTournoi », d’après les mots de Christophe Celeny.

Mais selon lui, c’est aussi et surtout parce que les clubs y trouvent leur compte au niveau sportif. Le tournoi amical s’est professionnalisé au fil des années, en investissant le Rhénus mais aussi d’autres lieux d’entraînements, en développant des partenariats avec des hôtels et un service « aux petits soins ». Et ça, les joueurs et encadrants apprécient :

« C’est la fin de la période de préparation, les équipes veulent s’étalonner et jauger leur vrai niveau à l’approche de la reprise. Ici, elles trouvent les meilleures conditions, une bonne opposition sportive et des infrastructures. On leur vend le tournoi clés en mains, avec hébergement, centre de remise en forme et lieux d’entraînement évidemment. »

Sans oublier un public alsacien en manque d’équipe dans l’élite française (Sélestat a longtemps été en première division jusqu’à 2017) dans une région importante du handball :

« Les joueurs aiment aussi venir pour jouer dans une salle pleine, devant un public de connaisseurs, car en début de saison, les gradins sont souvent vides. Maintenant, il y a même des clubs qui inscrivent leur victoire à l’EuroTournoi à leur palmarès officiel. »

Chaque année, l’affluence augmente au fil des jours, avec un dimanche toujours complet, le jour des trois matches finaux.

En 2016, l'équipe de France remporte l'EuroTournoi. Depuis l'an 2000, elle vient tous les 4 ans à Strasbourg se frotter aux plus grosses équipes du monde lors d'un tournoi pré-olympique (Photo EuroTournoi)
En 2016, l’équipe de France remporte l’EuroTournoi. Depuis l’an 2000, elle vient tous les 4 ans à Strasbourg se frotter aux plus grosses équipes du monde lors d’un tournoi pré-olympique (Photo EuroTournoi)

Un succès dû aussi à « la convivialité du handball »

Dans les premières années, celui qui n’était alors que vice-président du tournoi raconte qu’il fallait tabler sur autre chose que les hôtels et spas pour faire venir les stars à la Robertsau :

« Au début l’atout du tournoi, c’était la proximité entre les spectateurs, les fans et les grands joueurs. Dans le handball, il y a cette convivialité entre athlètes, organisateurs et spectateurs, qui crée un climat propice à l’organisation d’un tel tournoi. »

Le directeur du tournoi, Christophe Celeny, est confiant dans l'avenir de l'ET, qui est entre les mains d'une grosse centaine de bénévoles (Photo DL/Rue 89 Strasbourg/cc)
Le directeur du tournoi, Christophe Celeny, est confiant dans l’avenir de l’ET, qui est entre les mains d’une grosse centaine de bénévoles (Photo DL/Rue 89 Strasbourg/cc)

Faire les courses VIP au supermarché

Le tournoi a connu une histoire un peu artisanale avant de se développer :

« Au début, on faisait des dîners de clôture au Parlement européen, où chaque équipe invitée devait chanter quelque chose. Une année, on avait invité une équipe japonaise, où jouaient nos amis Stéphane Stoecklin et Frédéric Volle (d’anciens internationaux français, ndlr), et les joueurs se sont mis à nous faire un spectacle de sauts acrobatiques. Maintenant on ne fait plus ça, ça a un peu changé. C’est comme les espaces VIP : les premières années on allait nous-mêmes au supermarché acheter des cacahuètes et des salamis, et on mettait ça dans des bols. Aujourd’hui, on a 1 200 places dans le carré VIP du Rhénus… Se développer nous a aussi permis de recevoir encore mieux « comme à la maison » : on organise des visites de Strasbourg, des activités de team-building, etc. »

Avec un budget de 360 000€, issus pour un tiers de la vente des billets, un tiers des sponsors et un tiers du soutien public de la Région Grand Est et de l’Eurométropole, l’événement s’appuie sur 120 bénévoles issus des clubs de la région.

Les équipes européennes aussi connaissent bien le tournoi strasbourgeois. Ici, le coach Dushebajev donne des consignes aux polonais de Kielce, fraîchement champions de Pologne 2014. (Photo EuroTournoi)
Les équipes européennes aussi connaissent bien le tournoi strasbourgeois. Ici, le coach Dujshebaev donne des consignes aux polonais de Kielce, fraîchement champions de Pologne 2014. (Photo EuroTournoi)
En 2017, les russes de Moscou affrontaient Montpellier et son gardien Vincent Gérard, également gardien de l'équipe de France (Photo EuroTournoi)
En 2017, les russes de Moscou affrontaient Montpellier et son gardien Vincent Gérard, également gardien de l’équipe de France (Photo EuroTournoi)

Bientôt un EuroTournoi devant 8 000 spectateurs

Fort de ses succès, l’Eurotournoi voit son avenir en grand, avec notamment une salle plus grande, la future Arena (ou « Crédit Mutuel Forum« ) de plus de 8 000 places. De quoi accueillir les supporters de toute l’Europe qui commencent à affluer, d’après le comité d’organisation :

« On est passé d’un public de connaisseurs à des gens qui viennent en famille de toute la région, et maintenant, on a des supporters venus de l’étranger. »

Malgré tout, le comité espère maintenir un événement familial, accessible, dans la veine de ce qu’avait imaginé son fondateur historique, conclut le nouveau directeur :

« C’était le bébé de Christian mais tout le monde y est vraiment attaché. Il y a eu une réorganisation, qui a libéré des énergies, avec des jeunes et des moins jeunes qui veulent s’investir. On va continuer sur sa lancée. Faisons déjà de 2018 une édition en hommage à Christian Carl. »

#handball

Sur Internet, la vidéo « Attention à la mousse » continue de faire rire

Sur Internet, la vidéo « Attention à la mousse » continue de faire rire

« Mais c’est de la connerie que vous avez mis-là ! » Au cœur de cette critique teintée d’un fort accent alsacien, un tapis en mousse à l’arrivée d’une course en rollers à Strasbourg en 2008. En une minute trente de vidéo, un homme crie à sept reprises : « Attention à la mousse ! » (le titre de ce petit film d’anthologie). Malgré les avertissements, cinq personnes se ramassent. Les ingrédients pour une vidéo virale sont réunis : des chutes et une spectatrice aussi exaspérée que loquace. Dix ans après sa publication, le clip a été visionné plus d’un million de fois. Libération décrypte ces images avec leur auteur, le Strasbourgeois Frédéric Mossmann.

« Un monument de l’Internet français »

Selon l’auteur de l’article, Frédéric Mossmann a légué « à l’Internet français l’un de ses plus importants monuments. » Le journaliste n’est pas le seul à le penser : sur Twitter, un critique des Cahiers du Cinéma a qualifié la vidéo de « best comédie burlesque ever ». Libération prolonge la marrade en prenant ce sujet absurde avec beaucoup de sérieux.

L’informaticien alsacien, 44 ans, explique pourquoi ce tapis a été posé à l’arrivée de la course. Il fustige aussi le comportement dangereux de certains participants, apparemment incapables de freiner sur leurs rollers. Grand prince, le créateur du site roller-strasbourg.com n’a pas cherché à gagner de l’argent avec cette vidéo. Il aurait pu profiter du nombre de vues pour recevoir des commissions sur des publicités. Aujourd’hui, Frédéric Mossmann continue de photographier des courses de rollers. Pour connaître sa dernière aventure burlesque, rendez-vous sur Libération.

Les 100 places créées pour les sans-abris sont déjà toutes occupées

Les 100 places créées pour les sans-abris sont déjà toutes occupées

En décembre 2017, le maire Roland Ries annonce la création de 100 places d’hébergement pour des personnes sans domicile, quelle que soit leur situation. En cette fin d’été 2018, 107 personnes sont logées dans différents appartements, dispersés dans Strasbourg. Les associations et les bénéficiaires se disent satisfaits même s’ils estiment que le dispositif peut être amélioré.

À l’hiver 2017/2018, la Ville de Strasbourg a transformé ses paroles en actes. En décembre, 500 000 euros ont été débloqués pour financer 100 places supplémentaires d’hébergement d’urgence. Tout s’est enchaîné rapidement. La date limite du dépôt de dossier étant le 5 février. Deux associations ont été choisies à la suite de l’appel à projets : Alsace Terre d’Accueil (30 places) et Caritas Alsace (70 places).

Les premiers bénéficiaires sont entrés dans leur appartement au mois d’avril. La dernière famille a été hébergée en juin. Finalement, 107 personnes ont pu être logées en respectant le budget.

Beaucoup d’enfants sont concernés par ce projet, sur les 77 bénéficiaires de Caritas, on compte 17 hommes, 20 femmes et 40 mineurs. Les situations sont variées : couples, familles, personnes seules et familles monoparentale… Le 27 juillet, un bébé a rejoint l’une des familles. L’habitant le plus âgé a 71 ans. Le seul point commun des personnes est d’avoir été à la rue, sans domicile ni solution d’hébergement d’urgence.

Être vulnérable, seule condition pour bénéficier de ces hébergements

Ce projet s’adresse à toutes les personnes vulnérables, sans aucune distinction de situation ou de pays d’origine. Sur les 107 personnes accueillies, 9 relèvent de droit commun et tous les autres de l’asile. Le choix de cette centaine de personnes s’est fait en coopération avec les travailleurs sociaux. Les orientations ont été ensuite discutées et validées avec la Ville de Strasbourg et le 115-SIAO (services intégrés d’accueil et d’orientation). Des contrats d’hébergement sont valables trois mois et renouvelables avec les personnes.

Les 26 foyers de Caritas Alsace sont dispersés dans les quartiers gare, au centre-ville, au Neuhof et à Illkirch-Graffenstaden. La résidence des arts, située à côté du Molodoï, comprend 13 appartements. La répartition des logements s’est opérée en fonction du quartier d’origine des personnes et de l’école des enfants. Les appartements sont meublés et équipés en matériel électro-ménagers. Ils appartiennent au bailleur social Sedes (ex-Socolopo) ou à des propriétaires privés.

Germain Mignot, responsable de l’une des permanences d’accueil de l’association Caritas, explique :

« L’objectif reste que ces personnes puissent être autonomes et accéder à un logement avec un bail à leur nom. Pour cela, nous avons la possibilité de faire des baux glissants, une fois l’autonomie financière retrouvée. Ainsi, cela permettra à de nouvelles personnes de pouvoir rentrer dans ce dispositif. »

Une personne habite désormais dans ce studio rue du Hohwald. (Photo : Anaïs Puertolas / doc remis)

Un suivi régulier

L’accompagnement proposé par Caritas Alsace est global : santé, scolarisation, démarches administratives, sorties et loisirs, aides matérielles et financières, transport, recherche d’emploi… L’association propose aussi des activités sociales, des temps d’échange et de rencontre. Lundi 23 juillet, un premier atelier était présenté. Au programme ce jour-là, comment fabriquer soi-même ses produits ménagers.

Anaïs Puertolas, conseillère en économie Sociale et familiale et Elena Istrati, assistante sociale, tiennent des permanences et rendent régulièrement visite au domicile des bénéficiaires. Une réunion de coordination avec les services de la Ville a lieu tous les mois afin de suivre les situations des bénéficiaires. Leur besoin d’accompagnements varie beaucoup selon les personnes. Germain Mignot détaille la diversité des cas :

« Il y a des personnes qui ne nécessitent pas un accompagnement renforcé quand d’autres ont besoin d’être vus au moins deux fois par semaine. Pour certaines personnes, aller dans une administration pour refaire sa carte vitale peut se révéler déjà extrêmement complexe. Mais le but, c’est que de plus en plus vite, elles accèdent à l’autonomie : soit qu’elles puissent rester dans leurs appartements, soit qu’on les accompagne dans la recherche d’un nouvel appartement. »

Une femme et ses deux enfants logent actuellement dans cet appartement. (Photo : Anaïs Puertolas / doc remis)

L’objectif des 500 places en question

Lors de la mise en place du dispositif à l’hiver, le maire de Strasbourg Roland Ries (PS) indiquait que « l’objectif est de parvenir à 500 places d’hébergement » par différentes manières, soit le nombre estimé de personnes dormant dehors.

Cette nouvelle étape, qui doit passer par une « conférence de consensus », n’est pas à l’ordre du jour. Marie-Dominique Dreyssé (EELV), adjointe au maire en charge des solidarités et de la gestion du dispositif d’hébergement d’urgence, demande de l’aide de la part de l’État :

« C’est à l’État de prendre ses responsabilités. L’hébergement et tout ce qui dépend de l’immigration relève de l’État. Or, la nouvelle loi Asile et Immigration ne prend pas du tout en compte la problématique de l’accueil. De plus, on ne peut pas créer de nouvelles dépenses à Strasbourg. Aujourd’hui, on est bien embêtés par le pacte financier qui a été voté et nous empêche d’augmenter les dépenses de fonctionnement et donc de débloquer un budget pour ouvrir d’autres places. »

L’annonce de Roland Ries s’est faite en pleine vague de froid, le 14 décembre 2017, le lendemain du décès d’une SDF de 44 ans dans les rues strasbourgeoises. Syamak Agha Babaei, vice-président à l’Eurométropole en charge du logement, avait déjà proposé un plan d’hébergement lors du conseil municipal du 20 novembre 2017. Il avait chiffré sa proposition à 2,5 millions d’euros par an pour héberger 500 personnes, ou 2 millions pour 400 personnes.

Le « succès » du dispositif dès l’été n’a ainsi pas pu empêcher la formation d’un camp de migrants demandeurs d’asile au square des Canonniers dans le quartier du Neuhof, où une quarantaine de personnes se sont installées sous tente pendant plus d’un mois.

Un changement de logique

L’association Caritas Alsace est globalement satisfaite du projet mis en place par la Ville de Strasbourg :

« Cent places, cela fait peu par rapport à la demande, mais il faut bien commencer par quelque chose. Et disposer de plus de places aurait été plus difficile à gérer. Là, ça nous permet d’expérimenter avec les personnes et d’évaluer les besoins en personnel. »

Monique Maitte, membre du collectif SDF Alsace, relate la satisfaction de certains bénéficiaires qu’elle connait :

« Pour eux, les contacts avec les professionnels sont satisfaisants. Pour la première fois, ils envisagent l’avenir, c’est un signe de réussite. On voit la différence surtout sur les enfants. Ils sont plus calmes, moins anxieux. »

Pour cette ancienne sans abri, une des avancées du programme est le changement de l’ordre des priorités : d’abord trouver un logement aux individus, puis se soucier des situations administratives ensuite. Elle note néanmoins ce qui reste à améliorer :

« Par rapport à la résidence des arts, l’accompagnement est parfois plus distant en ce qui concerne les logements les plus éparpillés. Et puis la barrière de la langue reste ce qu’il y a de plus problématique. Il faudrait plus de cours de FLE (Français Langue Etrangère). Mais c’est compliqué car ça implique plus de bénévoles… »

L’association Alsace Terre d’Accueil n’a pas souhaité s’exprimer sur son implication et les situations suivies.

Contre le GCO mais plus seulement, le troisième festival du Bishnoï espère ne pas être le dernier

Contre le GCO mais plus seulement, le troisième festival du Bishnoï espère ne pas être le dernier

La troisième édition du festival politique et festif des Bishnoï, vendredi 24 et samedi 25 août, s’inscrit dans le contexte de l’Alter Tour et des journées d’été des écologistes. Mais surtout, l’association opposée au Grand contournement ouest (GCO) de Strasbourg, saisit l’occasion pour proposer des alternatives à ancrer dans les villages du Kochersberg, au-delà du projet d’autoroute, alors que la pression sur la Zone à défendre du Moulin entre Kolbsheim et Ernolsheim-Bruche s’accroît.

Après deux éditions printanières en 2016 et 2017, le troisième festival du Bishnoï revient cette fois-ci à la fin de l’été. Cet événement politique et festif d’opposition au Grand contournement ouest (GCO – voir tous nos articles) arrive dans un contexte particulier vendredi 24 et samedi 25 août.

La Zone à défendre (Zad) du Moulin, où se tenaient les deux premiers rendez-vous, est désormais expulsable par le constructeur Arcos (groupe Vinci) et les travaux préparatoires de déboisement sont à nouveau autorisés du 1er septembre au 15 octobre.

Une réunion clé prévue fin août

Depuis le printemps, le projet d’autoroute payante de 24 kilomètres a enchaîné plusieurs avis négatifs, notamment de l’enquête publique sur les compensations environnementales. Mais pour le moment, des discussions discrètes se poursuivent pour « exploiter de façon complète » ces avis, sans pour autant qu’une suspension, voire une annulation ne soient à l’ordre du jour. Au contraire, une réunion comité départemental d’évaluation des risques sanitaires et technologiques (Coderst) préalable à l’autorisation des travaux définitifs est prévue le 28 août.

Ces réflexions ont du moins décalé l’autorisation pour les premiers coups de pelleteuse, prévus initialement en août. Elles pourraient entraîner un retard de presqu’un an, soit une mise en service mi-2021.

À la limite entre Kolbsheim et Ernoslsheim-Bruche, le festival des Bishnoï se décale de quelques mètres (photo JFG / Rue89 Strasbourg)
À la limite entre Kolbsheim et Ernoslsheim-Bruche, le festival des Bishnoï se décale de quelques mètres. (photo JFG / Rue89 Strasbourg)

« Ne pas être dans la posture de l’éternel opposant »

Conscient de cette épée de Damoclès, les organisateurs n’ont « même pas essayé » de refaire une édition du festival dans l’enceinte de la Zad, ils l’ont déplacé en lisière d’Ernolsheim-Bruche, à quelques centaines de mètres. Le rendez-vous est fixé derrière le stade, rue du Moulin.

Le président de l’association fondée en 2016, Guillaume Bourlier, explique les changements pratiques, mais aussi politiques :

« Le combat contre le GCO a mis le pied à l’étrier à beaucoup de personnes qui n’étaient pas militants dans l’âme. En discutant, on se rend compte qu’il ne faut pas seulement s’opposer, mais aussi pouvoir proposer. Comme l’association existait, le plus simple a été de changer les statuts pour élargir ses objectifs, afin de proposer des alternatives au niveau local. Notre exemple, c’est la transition énergétique à Ungersheim, même si tout n’est pas parfait et qu’il ne faut pas idéaliser. C’est à la société civile d’initier des choses, car on a vu avec avec le dossier du GCO qu’on ne pouvait pas compter sur le sens des responsabilités de nos dirigeants. »

L’association se déclare désormais aussi « Pour le changement de nos modes de vie ». Le nouveau lieu fait partie de ce changement de position :

« En étant sur le terrain derrière le stade, on sera plus visible et ce sera plus simple d’accéder au festival. Le village ne pourra pas ignorer qu’il se passe quelque chose… Et puis je ne voulais pas être dans le rôle de l’éternel opposant, au GCO ou au maire du village (qui dès le début a toujours négocié des compensations avec Vinci, plutôt que de s’opposer comme à Kolbsheim ndlr). Nous allons par exemple proposer le défi Famille Zéro Déchet, soutenu par les municipalités d’Ernolsheim-Bruche et de Kolbsheim qui nous aident pour la communication ou pour avoir des locaux. »

Guillaume Bourlier, initiateur des Bishnoï début 2016 (photo JFG / Rue89 Strasbourg)
Guillaume Bourlier, initiateur des Bishnoï début 2016 veut donner une autre dimension, plus positive, à son association. (photo JFG / Rue89 Strasbourg)

L’étape finale de l’Alter Tour et les journées d’été des écolos

Le festival débutera vendredi en fin d’après-midi avec l’arrivée finale du 11ème Alter Tour, un circuit à vélo parti d’Amiens le 14 juillet pour aller à la rencontre et promouvoir les alternatives (à ne pas confondre avec Alternatiba, qui a déjà fait étape à la Zad mi-août). La soixantaine de cyclistes arrivés la veille à la Maison Mimir à Strasbourg sont attendus vers 17h, après être partis à 14h30 du musée d’art moderne de Strasbourg. Être certain de recevoir ces participants dans de bonnes conditions a aussi pesé dans le choix du lieu.

Sur place, des concerts sur deux scènes assurent l’aspect festif, autour d’une petite restauration. Trois visites « naturalistes » et une visite « gourmande » jusqu’au samedi soir visent à mieux connaitre ce site naturel. Enfin, un cinéma en plein air proposera des contes, des projections de documentaires et même une cérémonie religieuse. Comme lors des éditions précédentes, il est possible de camper sur place.

Le festival se déroule en même temps que les journées d’été du Parti écologiste européen et d’Europe Écologie – Les Verts (EELV) à Strasbourg. Cette concordance permettra d’assurer le volet le plus politique du festival.

Le samedi 25 à 11h30, les eurodéputés écologistes sont attendus pour des prises de parole de soutien. Dans la foulée, vers 13h, d’autres orateurs sont attendus, notamment par le vice-président de l’Eurométropole et adjoint au maire de Strasbourg, Alain Jund (EELV) et peut-être la députée de la circonscription Martine Wonner (LREM) qui a récemment rendu publique son opposition au projet.

Le programme

Un millier d’écologistes attendus pour les Journées d’été des Verts de jeudi à samedi

Un millier d’écologistes attendus pour les Journées d’été des Verts de jeudi à samedi

La grand messe des écologistes français et même européens se déroule à Strasbourg du jeudi 23 au samedi 25 août. Ces journées de débats et de réflexion sont ouvertes aux non-adhérents, à l’heure où les partis verts cherchent à se positionner sur l’échiquier politique avant les élections européennes.

Rares sont les partis à encore proposer des « Universités d’été » où tous les adhérents voire les sympathisants sont invités à discuter et à débattre des orientations politiques de fond. Avec le nom moins scolaire de « Journées d’été », c’est pourtant le choix du Parti vert européen et de son alter ego français, Europe Écologie – Les Verts (EELV).

Les deux formations ont pour la première fois choisi Strasbourg et le centre culturel Saint-Thomas à l’entrée de la Robertsau, rue de la Carpe-Haute. En ligne de mire, se jouent les élections européennes de mai 2019, pour lesquelles Yannick Jadot sera la tête de liste en France. Les autres partis n’ont pas encore choisi leur figure de proue.

Quel discours en 2018 ?

Quel bilan européen pour les 52 eurodéputés écologistes dont six Français ? Mais surtout comment concevoir l’engagement politique écologiste, à l’heure où tous les partis ou presque s’en réclament. En 2017, EELV a perdu tous ses députés à l’Assemblée nationale et n’a pas présenté de candidat à l’élection présidentielle, suite à son ralliement à Benoît Hamon. La formation désormais est concurrencée à gauche sur ses thématiques par la France insoumise ou Génération.s. Signe d’ailleurs que chaque formation se concentre sur elle-même en cet été 2018, le Parti communiste et la France insoumise font chacun leurs universités d’été le même week-end, à Angers et Marseille.

Quant à la présence de Nicolas Hulot au gouvernement, elle perturbe aussi l’attitude à adopter : faut-il encourager celui qui a failli être le candidat écologiste en 2012 pour obtenir quelques avancées ou au contraire saper toute la crédibilité écologiste du gouvernement Macron-Philippe pour en tirer partie ?

Ateliers et plénières

C’est par de nombreux ateliers, dont les thèmes font parfois écho aux débats que l’on connait à Strasbourg ou en Alsace, que vont tenter d’y répondre les participants. Au programme notamment : l’accès au logement dans les métropoles, Villes et territoires sans perturbateurs endocriniens, l’accueil des migrants et réfugiés, la sécurité nucléaire, les sociétés coopératives, le Concordat et la laïcité, les plans climat, lutter contre la pollution de l’air, le vélo, la politique agricole commune, etc.

Entre ces moments en plus petit comité, quatre réunions plénières de 2 heures, où rien d’autre n’est prévu dans le centre, doivent tenter la synthèse de ces idées. La première en ouverture jeudi peu après 10h (Quel projet de société pour l’écologie et les solidarités ?), deux le vendredi à 14h (penser la décolonisation de la nature) et 19h30 (les victoires de l’écologie) et une dernière en anglais le samedi à 14h (les défis européens et les réponses vertes).

Parmi les orateurs attendus pendant ces trois jours : le maire de Grande Synthe Damien Carême, l’économiste Thomas Porcher, la journaliste Marie-Monique Robin ou des responsable associatifs et militants (Greenpeace, Ligue de protection des oiseaux, Act Up, L214), l’eurodéputée et ancienne candidate à la présidence de la Commission européenne, Ska Keller.

Vendredi à 13h30, le discours de Yannick Jadot devrait donner le ton de sa campagne à venir. Pour le moment, il a surtout répondu à des interviews où il se démarque des mouvements de Benoît Hamon et de Jean-Luc Mélenchon.

Un samedi plus européen, avec un coucou aux anti-GCO

Le samedi, le programme est un peu plus léger et se termine à 18h. Mais cette dernière journée est consacrée aux enjeux européens. Cinq ateliers seront traduits en anglais à destination de participants non-francophones : sur l’ubérisation et la précarisation du travail, le féminisme, un réseau social vert (Tilt!), les inégalités en terme d’éducation et enfin les campagnes numériques.

Pour ce dernier jour, les eurodéputés ont d’ailleurs prévu de faire un tour à 11h30 entre Ernolsheim-Bruche et Kolbsheim, à côté de la Zone à défendre (Zad) où se déroule le troisième festival des Bishnoï en opposition au Grand contournement ouest (GCO) de Strasbourg.

Les journées d’été sont ouvertes à tous, pour un tarif de 40€ ou 15€ pour les étudiants et chômeurs. Quelques invitations « suspendues » ont déjà été payées en avance par certains militants pour celles et ceux qui n’ont pas les moyens de régler. Les organisateurs attendent environ un millier de personnes pendant ces trois jours.

Sur place une restauration proposera des menus végétariens (15€ le midi et 12€ le soir) et à grignoter à toute heure. Le végétarisme d’ailleurs, est-il un régime durable à l’heure des circuits courts ? Ce sera le thème d’un des ateliers : alimentation végétale ou relocalisation agricole ? (vendredi de 9h à 10h30)

Des visites strasbourgeoises

Pour sortir un peu du centre verdoyant Saint-Thomas, trois visites sont prévues. La première le jeudi de 14h à 18h à Schiltigheim avec la maire écologiste élue en avril Danielle Dambach, une deuxième le vendredi dès 9 heures au Parlement européen avec les collaborateurs politiques, et enfin le samedi après-midi à l’écoquartier Danube avec l’adjoint au maire à l’urbanisme, Alain Jund.

Derrière Capitaine Morten et la Reine des araignées, les voix pas si enfantines d’Alsaciens

Derrière Capitaine Morten et la Reine des araignées, les voix pas si enfantines d’Alsaciens

Film d’animation estonien à destination du jeune public, Capitaine Morten et la Reine des araignées est sorti au cinéma le 15 août. Et les voix françaises sont assurées par plusieurs comédiens Strasbourgeois. Rencontre avec deux d’entre eux.

Sorti au cinéma le 15 août, Capitaine Morten et la Reine des araignées est un conte estonien, sorti en librairie en 2010. Il a connu un fulgurant succès, si bien que le studio Nukufilms a choisi de l’adapter pour le cinéma. Et si l’on retrouve 9 Alsaciens sur les 10 noms qui apparaissent au générique, c’est parce que la distribution française a été acquise par la société Septième Factory, créée en 2015 et dont le siège est à Strasbourg.

Avec le Capitaine Morten, Zélie Chalvignac double son premier rôle principal au cinéma (photo remise)
Avec le Capitaine Morten, Zélie Chalvignac double son premier rôle principal au cinéma (photo remise)

Parmi eux, Zélie Chalvignac, vidéaste strasbourgeoise de 27 ans. Elle a interprété… le capitaine Morten. Ce petit garçon est le héros de cette co-production estonienne, belge, britannique et irlandaise. « Je fais des voix depuis l’âge de 15 ans et des doublages depuis quatre ans, on m’a souvent dit que ma voix correspondait bien aux voix de petits garçons », s’amuse celle qui n’avait pas bien réalisé qu’il s’agissait d’un film pour le cinéma jusqu’à la veille de son enregistrement.

C’est la première fois que Zélie enregistre un premier rôle pour les salles obscures. Si cela se fait parfois, elle n’a pas croisé les autres comédiens qui lui donnent la réplique. Le doublage de ses 123 lignes a duré « une matinée ». Les tarifs de la profession suivent une grille qui dépend de l’œuvre (télévision, cinéma, etc.) et du nombre de lignes, soit aux alentours de 700€ pour un film comme celui-ci.

Ce conte moderne est tourné en stop-motion (ou « animation en volume » en français), c’est à-dire avec un enchaînement de photos de manière à donner l’impression d’un mouvement à l’instar des Noces funèbres, les films Wallace & Gromit, Chicken Run, Shaun le mouton ou encore L’île aux chiens). Ces films laissent souvent beaucoup de place aux silences et aux expressions faciales des personnages.

Le Capitaine Morten, un petit garçon doublé par... une jeune femme (Copyright Septième Factory)
Le Capitaine Morten, un petit garçon doublé par… une jeune femme (Photo Septième Factory)

Le film est acheté dès mai 2017 à l’occasion de la rencontre professionnelle européenne Cartoon Movie à Bordeaux. Le réalisateur estonien Kaspar Jancis est l’auteur du livre qui narre les aventures du petit garçon qui va se changer en insecte et devoir obtenir ses galons de capitaine. Le film a été projeté au festival international du film d’animation d’Annecy en juin 2018.

« C’est un film avec un budget de 6 millions d’euros, ce qui n’est pas énorme pour de l’animation, mais qui reste important pour faire un film », ajoute Nancy de Meritens, directrice de Septième Factory. À titre de comparaison, le budget moyen en France était de 8,11 millions d’euros en 2013 et même 60 millions pour le Petit Prince.

Il faut parfois doubler des personnages qui sont des insectes. (Copyright Septième Factory)
Il faut parfois doubler des personnages qui sont des insectes. (Copyright Septième Factory)

Septième Factory a ensuite reçu une copie en langue originale (en anglais) du studio estonien Nukufilm et s’est occupée de trouver les comédiens pour le doublage et de la commercialisation en France.

La sélection des artistes ? Surtout le bouche-à-oreille, les recommandations et quelques essais. Avec la présence d’Arte à Strasbourg et de cinq studios d’enregistrements, l’Alsace dispose un réservoir de « voix » important.

La bande annonce en version française

Maxime Pacaud double quant à lui le père de Morten, le capitaine Vicks qui « vogue à travers les mers, mais revient raconter des histoires ». Pour ce comédien et directeur artistique de 41 ans, c’était pour lui aussi sa première participation dans ce studio pittoresque :

« Au-début, quand on m’a dit que c’était une production britannico-estonienne, je me suis dit c’est quoi cette galère ? Mais en me renseignant et une fois rentré dans le personnage, j’ai compris que c’était un beau film, même si je n’ai pas encore tout vu et compte le voir avec mes enfants dans les prochains jours. Le plus dur est de se caler sur les “M”, les “B”, les “P”, car c’est là que les lèvres se touchent, c’est ce qui se voit le plus à l’écran, même si la traduction essaye d’en tenir compte. »

Capitaine Morten et la Reine des araignées est un conte poétique (Copyright Septième Factory)

La plupart des doubleurs cumulent leur activité avec d’autres métiers d’artistes, d’acteurs ou de monteurs. Une activité soutenue, selon Maxime :

« Je suis toujours étonné, même pour des petits films d’Arts et d’Essais, il y a toujours des doublages. Pour un film pour enfants, c’est plus logique, ils ne vont pas lire les sous-titres à toute vitesse. Avec l’essor de la vidéos à la demande, ou des séries, il y a beaucoup de demande, les doublages peuvent aller vite, 10 jours pour une série entière. Peut-être est-ce l’industrie du doublage, qui est un petit monde en France et encore plus en Alsace, qui est bien organisée, mais on ne ressent pas de baisse d’activité. »

Capitaine Morten et la Reine des araignées est distribué dans 82 salles. « C’est une sortie importante mais qui ne va pas faire beaucoup d’entrées de suite. C’est un film qui peut avoir une longue vie par exemple avec des visites scolaires », explique Nancy de Meritens. Un kit pédagogique avec une marionnette du Capitaine Morten / Zélie est notamment prévu à destination des classes pour faire découvrir ce type de films bien particulier.

Dominique, agriculteur : « Si mon fils ne reprend pas l’exploitation, qui le fera ? »

Dominique, agriculteur : « Si mon fils ne reprend pas l’exploitation, qui le fera ? »

À 16 ans, Pierre-Paul Kretz avait déjà fait son choix de vie : il reprendra l’exploitation agricole de son père, Dominique. Mais les mauvaises récoltes s’enchaînent depuis 2014. Face à la sécheresse de cet été, ils ont décidé de repousser d’une année le passage de relais. Reportage à Osthouse pendant la récolte du tabac.

Osthouse, 14 août, la cloche vient de sonner sept fois. Pierre-Paul Kretz attend un dernier saisonnier dans la cour de la ferme familiale. Dominique, le père et propriétaire de l’exploitation Kretz et fils, sort de la maison. Le retardataire arrive. Ils sont six jeunes des environs d’Erstein à s’engouffrer à l’arrière d’une camionnette verte. La plupart sont silencieux, fatigués. Pierre-Paul est plus loquace : il est déjà réveillé depuis près d’une heure. Avant la cueillette, il a fallu amener les remorques vides près du champ de tabac. Une fois arrivé, le jeune de 24 ans donne les ordres : « Toi tu me prends la ligne une », ordonne-t-il.

Dans le champ de tabac, Pierre-Paul, 24 ans, donne les ordres. Photo : GK / Rue89 Strasbourg / cc

« J’ai horreur de rester entre quatre murs »

Courbés dans les lignes de tabac, les jeunes de 16 à 18 ans s’activent. À cet âge-là, les moyens de gagner un peu d’argent manquent pour les adolescents. À 16 ans, Pierre-Paul passait lui aussi son été dans les champs. Le reste de l’année, il a préparé un bac Sciences et Techniques de l’Agronomie au lycée d’Obernai. « C’est là que je me suis dit que je n’avais pas envie de faire autre chose », explique-t-il. Dans le même établissement, il a enchaîné sur un BTS en Analyse et conduite de systèmes d’exploitation agricole. Mais le jeune homme a horreur de rester entre quatre murs. Quand la journée de cours est terminée, il file aider son père dans les champs. « J’ai déjà dû insister pour qu’il fasse deux années d’étude après le bac », soupire Dominique Kretz.

« Tout ça, je le fais pour l’exploitation »

Un à un, les saisonniers arrivent vers la remorque, une pile de grandes feuilles vertes sur la tête. Sans s’arrêter de répondre à mes questions, Pierre-Paul saisit le tabac, le pose et le range à l’arrière d’un tracteur de « plus de 25 ans ». Chaque été, depuis tout petit, il assiste son père dans le champ. « Sans passion, ce métier est impossible » répète Dominique, une leçon bien assimilée par le fils qui ne manque pas de raisons d’aimer la profession :

« Déjà, en Alsace, on a un climat favorable à de nombreuses cultures. Nous, par exemple, on fait du choux, de la betterave, du blé, du maïs et du tabac. C’est plus intéressant que de la monoculture. Et puis j’aime être dehors, dans la nature. Je ne pourrais pas rester enfermé dehors toute une journée. Même le dimanche, il m’arrive de passer dans les champs à midi, pour couper les fleurs au-dessus des plants de tabac. Tout ça, je le fais pour mon exploitation. Je ne travaille pas pour un chef. »

En été, des journées de 6h à 22h

Actuel salarié de l’entreprise familiale, Pierre-Paul perçoit un SMIC chaque mois. « L’important, c’est que l’exploitation reste viable », explique-t-il. En été, la journée commence à 6h et finit souvent après 22h… L’Osthousien en jean délavé et au pull élimé n’a jamais quitté le village très longtemps. Une fois, il est parti quelques mois près de Berlin pour un stage dans une grande entreprise agricole. De toute façons, le futur propriétaire de la ferme Kretz parle peu de vacances ou de sorties entre amis.

À côté du champ, des TGV et des trains régionaux passent régulièrement. Chaque mois, Pierre-Paul prend son vendredi-samedi afin d’assurer la garde pour les pompiers du coin. « Ça fait du bien de sortir de ton monde », résume-t-il, un petit sourire au coin des lèvres. C’est comme ça qu’il a rencontré Gwendoline. Ils habitent ensemble à 500 mètres de la ferme de la famille Kretz. Pierre-Paul est conscient du schéma qui se répète : sa copine est brancardière, sa mère est aide-soignante. Les deux femmes viennent en aide à leur mari ou copain, dès qu’elles en ont le temps.

Vers 10h30, justement, la mère de Pierre-Paul arrive. Un peu rude, le fils indique l’endroit où cueillir. Agnès écarte les plants de tabac et disparaît dans le champ en maugréant : « Du boulot, partout du boulot… »

C’est le dernier de jour des vacances d’Agnès. Elle vient en aide à son mari et son fils.

Depuis 2012, « coup dur sur coup dur »

Pierre-Paul et son père sont catégoriques : « 2012 a été la meilleure année du siècle ». Ensuite, « ça a été coup dur sur coup dur », lâche le jeune, amer. L’année dernière, le puit d’irrigation a été volontairement contaminé. L’auteur de cet empoisonnement à l’herbicide n’a jamais été retrouvé. En 2014, les champs ont été inondés. L’assurance n’a pas couvert les pertes. Puis le jeune agriculteur fustige la fin des quotas pour la production de betteraves.

Dominique Kretz précise, petit sécateur à la main : « Forcément, les prix se sont effondrés. Et nous, on peut pas concurrencer le cours mondial. » La cession de l’entreprise Kretz et fils attendra donc une année supplémentaire, jusque 2020. Pierre-Paul ne craint pas le manque de financement pour racheter les parts : « Le crédit agricole nous a contacté pour savoir si on avait un projet à financer ». Mais le jeune manque encore d’un plan de long terme à soumettre au syndicat Jeunes agriculteurs (JA). Il pourrait ainsi percevoir près de 17 000 euros pour la reprise de l’exploitation. Le futur chef d’entreprise agricole sait que son idée actuelle sera difficile à appliquer :

« Je voudrais me lancer dans l’élevage de poulets Label rouge. Ça me permettrait de ne pas dépendre de la météo ou des cours fluctuants des légumes ou du tabac. Mais le terrain que j’avais repéré est inondable. Et puis, il faut faire financer ce projet supplémentaire… »

« Ils nous prennent pour des pollueurs »

« Ce métier est aujourd’hui bien plus difficile que de mon temps » regrette Dominique. L’homme de 56 ans se plaint du manque de considération des citoyens : « Ils nous prennent pour des pollueurs ». Et puis il y a le réchauffement climatique. Cette année, la sécheresse pourrait occasionner une perte de 40% dans la production de maïs, selon l’agriculteur en chemise à carreaux rouges. Pierre-Paul reste optimisme : « Le réchauffement climatique peut nous permettre de cultiver le soja. »

Dominique Kretz, propriétaire de l’entreprise Kretz et fils, ne voit d’avenir pour son exploitation qu’avec Pierre-Paul à la tête.

Le père est-il confiant pour l’avenir de son fils ? « On est obligé d’être optimiste, sinon on ne peut pas faire ce métier », répond-il du tac au tac. Il enchaîne : « C’est à cause de la conjoncture que j’ai obligé Pierre-Paul à faire un BTS. On ne sait jamais. Dans dix ans, s’il le veut, il pourra au moins trouver autre chose. »

Quant au futur de l’exploitation, Dominique répond par une question, suivie d’un silence : « Si mon fils ne reprend pas l’exploitation, qui le fera ? »

#Osthouse

Département d’Alsace : les pièges de la réforme constitutionnelle

Département d’Alsace : les pièges de la réforme constitutionnelle

Le gouvernement envisage de sceller le mariage des départements alsaciens par le biais de son projet de réforme de la Constitution. Une solution qui interroge les tenants de la fusion améliorée par son calendrier, voire sa faisabilité politique.

En politique, les arbitrages sont souvent une question de mots. Et pour l’instant, les partisans d’une fusion des deux départements alsaciens, accompagnée de nouveaux pouvoirs, doivent s’en tenir aux expressions utilisées par le Premier Ministre Édouard Philippe dans une lettre adressée le 1er août à de nombreux élus alsaciens . . .

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Le bidonville du square du Neuhof démantelé, la situation des migrants traitée au cas par cas

Le bidonville du square du Neuhof démantelé, la situation des migrants traitée au cas par cas

Le campement de fortune installé depuis juillet rue des Canonniers au Neuhof a été évacué ce vendredi 17 août par les services de la Ville de Strasbourg et de l’État. La situation des 37 personnes provenant de Serbie, Bosnie et Macédoine est traitée par l’Ofii (Office français de l’immigration et de l’intégration). Le square a été nettoyé en fin de matinée.

Ce vendredi 17 août, les 11 familles du campement de fortune du Neuhof ont été prévenues à 7h30 qu’elles décampaient. À 9h30, les 13 mineurs et 24 majeurs étaient déjà dirigés vers le gymnase le plus proche, le Centre sportif Sud rue des Vanneaux, comme pour démanteler le camp formé en août 2017. Ce lieu n’est qu’un endroit de passage, les familles ont été redirigées vers d’autres structures tout au long de la journée. Aucune personne n’est sensée y dormir.
A midi, les services de nettoyage de la Ville avaient totalement nettoyé le square des Canonniers. (Photo : AC/Rue89 Strasbourg)
Lors d’une conférence de presse organisée en fin de matinée, Yves Seguy, secrétaire général de la préfecture du Bas-Rhin, a expliqué qu’il fallait « mettre un terme à cette situation non-réglementaire » :
« La situation des demandeurs d’asile est en cours de procédure. Ceux qui relèvent de la procédure de Dublin (c’est-à-dire de voir sa demande examinée dans le premier pays où les personnes sont enregistrées, ndlr) seront transférés. Un parcours d’insertion sera enclenché si les personnes obtiennent le statut de réfugié. Tout dépendra de leur capacité à faire valoir leurs droits. »
Le gymnase à droite a accueilli ce vendredi 17 août 2018 les familles afin de les orienter. Entre les camionettes, quelques bagages sont entreposées. (Photo : AC / Rue89 Strasbourg )
À midi, cinq familles constituées de 11 adultes et 4 mineurs avaient déjà été orientées. Seulement quelques familles ont été logées dans la métropole strasbourgeoise. La majorité a vocation à être placées « hors du département ». Marie-Dominique Dreyssé, adjointe (EELV) au maire de Strasbourg, en charge des solidarités, assure que les familles ne seront « pas séparées » malgré les différences de statut et de parcours. Elle explique que l’opération s’est déroulée dans le calme :
« On a été en partenariat avec l’État et les acteurs locaux. Les associations font un travail remarquable et permettent d’amplifier la réponse tout en respectant la dignité des personnes. Le dialogue permanent a permis d’aller assez vite aujourd’hui. »

Un « dialogue » avec un seul interlocuteur ?

La présidente de l’association Strasbourg Action Solidarité, Valérie Suzan, a été plusieurs fois au contact du camps en apportant des vivres. Elle a découvert ce matin l’évolution de la situation dans la presse :
« L’État juge normal de ne pas informer ceux qui se soucient de la problématique des personnes de ce camp… »
L’association a agi plusieurs fois, sans coopération avec les services publics, après avoir été alertée par les membres des collectifs Canonniers et D’Ailleurs Nous Sommes d’Ici 67, présents sur le terrain depuis juillet où de la nourriture a été distribuée. Ils regrettent de ne pas avoir été prévenus de l’évacuation programmée. Les deux collectifs s’interrogent sur la destination des familles sont envoyées. Les services de l’État et de la Ville de Strasbourg ne communiquent pas les lieux où les familles sont dirigées car « ces adresses font partie du parcours des familles et ne peuvent pas être communiquées », indique-t-on. À l’échelle de la France, « entre 30% et 35% des demandes sont acceptées, en fonction du pays d’origine », selon Yves Séguy. Mais pour les pays des Balkans uniquement, cette proportion a tendance à diminuer, souvent estimée autour de 80% de refus.

Le square des Canonniers remis en état

En quittant les lieux, certains migrants ont laissé des affaires qu’ils ne pouvaient pas emporter avec eux. Les services de nettoyage de la Ville de Strasbourg ont totalement nettoyé le square des Canonniers. À midi, il ne restait plus que le point d’eau installé il y a deux semaines.
Des affaires ont été abandonnées sur le square, suscitant quelques accros entre les habitants du quartier, souhaitant les récupérer. (Photo AC / Rue 89 Strasbourg)
A 10h30, alors que les familles ont toutes quitté le square, un habitant du quartier a interpellé la Mission Roms. Ce voisin demande à ce que les robinets installés restent en place. Le square ne bénéficie pas de point d’eau pour les enfants qui jouent dans le parc. Interrogée, Marie-Dominique Dreyssée n’y voit pas d’objection de principe.
Vers midi, les quatre robinets d’eau sont la seule marque visible du campement de fortune sur le square des Canonniers. (Photo : AC / Rue89 Strasbourg)

Avec les artistes strasbourgeois inspirés par l’érotisme, le féminisme et le sado-masochisme

Avec les artistes strasbourgeois inspirés par l’érotisme, le féminisme et le sado-masochisme

Se choper à Strasbourg (7/8) – Elles se servent de l’érotisme pour libérer la parole sur le plaisir féminin. Ils mettent en scène des corps mi-homme, mi-femme ou utilisent le sado-masochisme pour provoquer des sensations intenses au sein du public. Huit artistes strasbourgeois dévoilent leurs œuvres érotiques.

Puisque Rue89 Strasbourg a choisi « se choper à Strasbourg » comme série d’articles d’été, je suis allée à la rencontre de quelques artistes strasbourgeois dont certaines œuvres jouent avec la séduction et les fantasmes. Ils abordent le désir par la photo, le dessin ou encore la performance. Ils sont artistes à temps plein ou dessinateurs du dimanche. L’érotisme est une part majeure ou partielle de leur création. Ils réalisent des œuvres douces, ultra colorées ou très sombres. De leur diversité de point de vue naît un dialogue riche et pertinent sur l’art et la sexualité.

Quel regard ces artistes portent-ils sur l’érotisme ? Est-il aisé d’assumer ouvertement ces œuvres ? Que cherchent-ils à provoquer auprès de leur public ? Autant de questions que j’ai posées à huit artistes : Charlie de Stras’boudoir, Joris de Pudeur française, Jean de Erotic GumSamten NorbùLulu la RueDavid Zingraff, et Diane Ottawa et Olivier Lelong de DOOL Fiction (voir des exemples de leur travail ci-dessus).

« Le sexe est encore gratuit, ça touche tout le monde »

J’avais le sentiment que le sexe est à la mode, qu’il fait vendre. Mais Joris, illustrateur strasbourgeois de 27 ans alias Pudeur française, me corrige :

« Je ne pense pas que le sexe soit à la mode. Le problème avec la mode, c’est que ça finit par se démoder. Or le sexe est au-dessus de ça ! C’est la façon de le partager, de le liker, de le regarder qui change et pas celle de le représenter. Et puis merde, il faut l’avouer, le sexe c’est bien, c’est encore gratuit, ça touche absolument tout le monde donc autant en profiter et ne pas hésiter à en parler, avec plus ou moins de poésie. »

Ce qui unit les différents artistes interviewés, c’est l’envie de libérer la parole, de faire sauter des tabous. Lulu la Rue et Dr. Zingraff, performeurs, expliquent :

« Nous avons choisi d’inciter à la discussion sur la sexualité à travers nos différents projets pour arrêter de penser et de faire penser que nos corps, notre sexualité, sont des choses tabous qu’il faut cacher. Il est question de dévoiler, parfois de manière subjective, quelque chose qui fait partie de chacun, dans le but de dédramatiser ces sujets, le tout d’une manière esthétique. »

Pour Samten Norbu, photographe strasbourgeois dont une partie du travail met en scène les corps, il y a dans l’érotisme une puissance non-dite, qui échappe à l’univers marchand :

« L’érotisme, c’est beaucoup ! On enlève les vêtements mais il reste beaucoup de choses dont la subtilité a souvent disparue de l’approche ultra-porn de notre société. Aujourd’hui, on montre tout, tout le temps, partout. L’érotisme au contraire est dans la suggestion qui éveille et met en émoi nos sens. Ce sont tous ces détails qui passent par des jeux de regards, des sensations de frôlements, des mots, des sous-entendus, des odeurs… Ce qui nous met en alerte et ouvre la porte à des sensuelles promesses, des tensions érotiques. »

Les femmes s’emparent aussi de la parole érotique. Elles se détachent du point de vue masculin dominant pour prôner leur propre recherche du plaisir et leur autonomie sexuelle. Christian Authier le souligne dans son livre, Le Nouvel ordre sexuel : « Une nouvelle écriture féminine s’est emparée du sexe. Des tabous ont sauté. Une parole, jusque-là tue, s’est libérée. (…) Au profil bas a succédé le bas les masques. »

Car oui, les femmes aiment le sexe et elles peuvent le dire. Il m’est déjà arrivé d’écrire des nouvelles assez proches de l’érotisme sur l’un de mes blogs. Plusieurs lecteurs me connaissant dans la vraie vie m’ont écrit via Facebook pour me faire part de leur étonnement à voir une femme parler de baise et d’orgasme. Un homme m’a déjà déclaré : « Je ne savais pas qu’une femme pouvait penser ce genre de choses » à propos d’un texte où un personnage féminin parlait ouvertement de son désir de coucher avec plusieurs hommes.

« Le plaisir est centré sur la jouissance masculine »

Charlie, illustratrice strasbourgeoise de 26 ans, cherche à attirer l’attention sur la jouissance féminine avec Stras’Boudoir. Elle explique la motivation de son travail artistique :

« On a beau être en 2018, avoir des milliers d’articles dans les magazines féminins qui sont supposés faire de nous des femmes à l’aise, beaucoup de filles connaissent mal ou peu leur sexualité, ou ne l’assument tout simplement pas. Je voulais donner une image de la femme qui prend du plaisir, qui vit sa sexualité et qui ne la subit pas, une sexualité positive, avec un point de vue féminin.

J’ai pu constater que dans le milieu de l’érotisme et de la pornographie, le plaisir est souvent centré sur la jouissance masculine, avec des rapports parfois très violents envers les femmes. Ce qui n’a rien de normal et qui engendre une génération de mecs à qui il faut expliquer que le plaisir féminin n’est pas uniquement fait de pénétrations et de fessées. »

Erotisme
La cathédrale, ce pénis sans cesse dressé sur la ville ! (Dessin Stras’Boudoir)

Un docteur en chemise et porte-jarretelles

Dr. Zingraff et Lulu la Rue rejoignent la démarche féministe de Charlie :

« Nous nous considérons comme engagés sur plusieurs points comme le féminisme, plus précisément la branche pro-sexe, contre le slut-shaming et également sur les sexualités considérées comme en dehors de l’hétéro-normativité (quand on considère que l’hétérosexualité est la norme, ndlr). »

Le duo pousse aussi à nous faire réfléchir, à travers ses performances, aux questions des identités :

« Le Docteur cherche à questionner le genre binaire à travers sa tenue scindée en deux. Le haut s’inspire des classiques masculins avec la veste, la chemise et le nœud papillon, tandis que le bas reprend certains codes féminins avec les porte-jarretelles et les talons. Le désir ici est de briser l’idée que chaque genre est cloisonné et fermé sur lui-même. »

L’appel à l’iconographie japonaise pour transgresser

DOOL Fiction est un duo composé d’Olivier Lelong et de Diane Ottawa. Pour briser les tabous de la société occidentale, les deux artistes s’inspirent de la culture japonaise, à travers le shunga, des gravures érotiques japonaises, le cinéma, les mangas et l’eroguro, art érotico-gore :

« Ce qui nous fascine, c’est le fossé qu’il y a entre la culture occidentale et celle du Japon. Les relations aux tabous et la perception du bien du mal y sont très différentes. La racine culturelle shintoïste du Japon est très différente des religions monothéistes qui nous paraissent très fermées ou binaires. Cela permet de dépasser les condamnations de ce qui paraît étrange ou déviant. »

L’érotisme, un sujet d’étude sérieux…

Les artistes que j’ai approchés sont tous passionnés par l’érotisme et l’ont longuement étudié. Joris le présente ainsi :

« J’aime traiter de sujets dont je maîtrise tous les aspects. Il n’y en a pas beaucoup mais l’érotisme en fait partie. Je lis beaucoup, je navigue sur les sites “pornos” comme tout le monde, il faut l’avouer, et puis je lis pas mal d’articles qui traitent du sujet. Forcément, je suis plein d’artistes sur les réseaux. Je m’intéresse à tout ce qui gravite autour du sexe en général, comme la censure, la sexualité 2.0, les genres, les rapports au corps, la mode… »

Charlie consacre aussi beaucoup de temps à des recherches sur la sexualité dans l’histoire de l’Art. Lulu la Rue travaille pour sa part sur un mémoire : « Le strip-tease new burlesque, outil d’émancipation, de revendication post féministe et queer ». Sa recherche l’a amenée à étudier une multitude d’univers scéniques, comme le Kabarett der Namenlosen ou le dark cabaret.

… ou pour travailler son style

L’érotisme est aussi un moyen comme un autre de travailler son style ainsi que l’explique Jean, jeune artiste graphiste derrière Erotic Gum :

« Erotic Gum, c’est aussi pour m’exprimer et continuer à créer mon univers. J’y travaille mon style et j’y teste de nouveaux outils. En plus, il n’y a pas de date limite pour rendre mon travail, pas de stress. J’ai déjà reçu des commandes mais je ne les accepte pas. »

Joris le rejoint :

« Pudeur française est devenue une forme plus libre et moins contraignante que mes autres activités et me permet de dessiner régulièrement, de prendre du recul en mettant en image ma propre sexualité. »

Erotisme
Pudeur française

Soirées entre copines et un zeste d’imagination

Joris m’assure mettre en image sa « propre sexualité ». Aborder l’érotisme dans ses œuvres, c’est interroger les sphères comme public/privé ou bien sûr voyeurisme/exhibitionnisme. L’illustrateur n’est pas le seul à s’inspirer de ses propres expériences pour ses œuvres comme nous le raconte Charlie de Stras’boudoir :

« On fait des soirées entre copines, on partage quelques petites anecdotes sur nos aventures et nos fantasmes. Au début de mes travaux, je combinais un peu de tout ça, avec un zeste d’imagination, et puis surtout j’avais donné à mes petites friponnes (du nom de ses personnages dessinés, ndlr) mes traits et mes particularités physiques. »

Dr Zingraff et Lulu la Rue précisent également qu’ils jouent sur scène leur « propre rôle » :

« C’est un rôle qui émerge de notre vie, de nos expériences et qui agit alors comme une extension de nous-mêmes. La scène nous permet de nous exprimer mais de manière plus esthétique, plus plastique et ainsi plus réfléchie. »

Erotisme
Erotic Gum

L’attrait du BDSM pour des actions ressenties, non simulées

Autre thématique récurrente dans l’art érotique : le BDSM (bondage, domination et sado-masochisme, ndlr). Cet ensemble de pratiques sexuelles et psychologiques est très disparate. Il va de la domination et la soumission à la douleur depuis la simple fessée jusqu’à l’utilisation de barbelés ou de fer chaud. Cette sexualité inspire les artistes par son esthétisme et la puissance qui en émane.

Deux couples d’artistes s’y frottent : Lulu la Rue et Dr Zingraff ainsi qu’Olivier Lelong et Diane Ottawa. Les premiers détaillent :

« Le BDSM est avant tout une philosophie dans laquelle la tolérance et l’ouverture d’esprit doivent être de mise. Dans cette pratique, chacun se doit de respecter l’autre, de lui porter une grande attention. On est loin des clichés de grands moustachus barbares, fouet à la main. À la vie comme à la scène, c’est une pratique qui ne se feint pas, les émotions et ressentis sont réels. C’est également sur ce point précis que l’on se lie à la performance ; l’action est vécue, ressentie. Elle n’est ni simulée ni jouée. Il est plus facile au public de s’identifier à des sensations humaines qu’à des personnages de scène qui eux touchent à la fiction d’une part et à notre subjectivité d’autre part. »

Dans leurs oeuvres, Diane et Olivier jouent aussi sur la souffrance des corps. Ils créent ainsi une forme d’érotisme de l’extrême :

« Dans notre pratique de vie et d’art, l’idée est aussi de transformer la douleur qu’elle soit physique ou psychique, de lui donner une consistance formelle. C’est dans cette signature peut-être « sombre et inquiétante » que Diane et moi nous nous sommes trouvés, nos sensibilités, voire ultra-sensibilités, sont identiques, avec une vision assez ying-yang, pas d’ombre sans lumière ni l’inverse. »

Erotisme
« Désirs d’éprise ». (Photo Diane Ottawa et Olivier Lelong / DOOL Fiction)

« On reste dans une société très morale »

On le voit, les artistes strasbourgeois sont nombreux à utiliser et traiter de sexe dans leurs œuvres, même dans une région réputée puritaine comme l’Alsace. Voilà un sujet qui touche le photographe Samten Norbu :

« On reste dans une société très “morale” et donc certaines de mes recherches n’ont hélas pas leur place sur mon site. Cela engendrerait trop de confusions auprès de ceux qui pourraient y aller pour s’intéresser à mes photos culinaires par exemple. Je sais d’ailleurs que cela a déjà pu être un frein pour certains clients potentiels, qui n’ont pas cru que je pouvais produire des photos pour leur société parce qu’à côté de ça je réalisais des photos érotiques… »

Car au-delà de la production d’œuvres érotiques, il y a la question du public. Est-ce que l’art érotique est réservé à un public averti, aux intellectuels et aux spécialistes ? Diane et Olivier répondent :

« Nous pouvons juste espérer que ce qui est profondément vrai et beau pour nous peut l’être pour tout le monde… Mais faire de l’art pour tous est difficile et ce n’est sûrement ni possible ni souhaitable. L’important, c’est d’être et de rester fidèle à ce que l’on est. Évidemment, nous sommes des professionnels de l’image et des artistes, ce qui nous place dans un environnement où sont présents d’autres artistes, des galeristes et des collectionneurs. On peut toujours se questionner sur l’accessibilité de l’art contemporain pour le grand public, celui-ci n’est pas vraiment préparé à la lecture d’œuvres d’art complexes. Sur la question de l’érotisme et de la pornographie, nous ne voyons pas les choses comme ça. Il existe un érotisme de masse très niais et vide comme il existe de la pornographie d’une redoutable intelligence. Comme souvent, tout dépend de qui s’en empare et comment.« 

Tout n’est pas rose dans l’érotisme

L’érotisme met à l’épreuve nos tabous, titille nos fantasmes tout en interrogeant nos limites, et il va plus loin encore en amenant avec lui de multiples questions sociétales. Un exemple : la difficulté d’être une femme qui réalise des dessins érotiques, sujet notamment soulevé par Charlie :

« Malheureusement, être une femme et faire des dessins érotiques est visiblement, pour certains hommes, une porte ouverte à l’envoi de messages déplacés ! Je ne compte plus les messages de mecs qui me demandent quel âge j’ai, qui veulent voir mon visage en entier ou des parties de mon corps, qui m’envoient des images porno en me demandant si j’aime ça et forcément je n’ai pas échappé à la photo avec des sexes en gros plan accompagnés d’accroches subtiles du genre “Je me sens seul ce soir !”. Clairement, ces mecs n’ont rien compris à mon travail et encore moins compris quoique ce soit sur la sexualité féminine. Je n’aimerais pas être dans leur lit ! Heureusement ces quelques détraqués sont minoritaires. »

Lulu la Rue et Dr. Zingraff dénoncent aussi des comportements similaires :

« Il n’est pas rare pour moi, Lulu, de me voire réduite à une paire de fesses, à un objet sexuel sur les réseaux sociaux sous le simple prétexte que j’expose mon corps. Cette problématique de l’exposition est également visible, plus dramatiquement encore, pendant les performances. Il nous est déjà arrivé de voir ou de subir nous-même des attouchements de personnes pensant pouvoir se permettre de toucher les performeurs et performeuses sous le simple prétexte que leur corps est visible de tous, et parfois même directement pendant la performance, s’imposant dans l’espace et à l’instant même de la performance ! On a également déjà reçu des insultes sexistes, misandres voir homophobes, surtout à l’encontre de Dr. Zingraff, les gens associant encore l’expression de codes féminins sur un homme à l’homosexualité, de personnes qui, face à l’inconnu se braquent et ne semblent pas prêtes à ouvrir leurs horizons. »

#érotisme

Comment vivre au port ? Après deux accidents, la cohabitation aux Deux-Rives refait débat

Comment vivre au port ? Après deux accidents, la cohabitation aux Deux-Rives refait débat

Après l’explosion, au Port-du-Rhin, d’un silo à céréales et l’incendie d’une partie des installations de Soprema, peut-on vivre en sécurité près des structures industrielles ? La municipalité a choisi de construire des logements près de sites classés à risques, comme à la Coop située à 300 mètres des malteries d’Alsace ou de la cuve de fioul lourd de la chaufferie SETE de l’Esplanade. Une cohabitation délicate dont les enjeux ont largement été occultés et qui ressortent aujourd’hui.

Le 6 juin, le silo à grains du Comptoir agricole, situé au port Sud de Strasbourg, a été soufflé par une explosion qui a fait plusieurs blessés graves, dont certains étaient encore hospitalisés fin juillet. Le périmètre direct des installations a été rapidement bouclé et évacué et des mesures de confinement ont été mises en place – le silo est situé à un peu plus d’un kilomètre des quartiers du Neuhof et du Polygone – avant d’être levées quelques heures plus tard.

Une explosion ressentie à 3 km

L’enquête est toujours en cours pour déterminer les causes de cet accident. La réglementation en matière de prévention des risques a joué son rôle puisque les effets liés à l’explosion ont été relativement limités, le souffle de cette dernière ayant été évacué vers le haut et non latéralement, ce qui aurait eu des conséquences bien plus graves.

Reste que le souffle de l’explosion a été ressenti jusqu’au môle de la Citadelle, à 3 kilomètres de là. Jeudi 19 juillet, un autre incendie a ravagé plus de 3 000 m² de bâtiments de Soprema, à un peu plus d’un kilomètre au sud. Cette fois-ci sans conséquences humaines. Qu’en serait-il d’installations classées à risques encore plus proches de zones d’habitation, comme celles des malteries d’Alsace, situées juste en face des bâtiments de l’ancienne Coop, future zone culturelle… et résidentielle ?

Photo de l’explosion du silo du Comptoir agricole prise par un Twittos (@fklingler), le 6 juin 2018. (doc remis / Twitter)

Des entreprises livrées à elles-mêmes

Les suites à donner à cet accident ont fait l’objet, le 25 juin, de discussions au cours d’une réunion organisée par le Port autonome et le Groupement des Usagers des ports (Gup) de Strasbourg, à l’adresse des entreprises de la zone portuaire. Le jour de l’explosion du silo, nombre d’entre elles ne connaissaient pas les éventuels risques encourus par leurs salariés et les mesures de sécurité à prendre.

Lucien Modery, responsable d’activité de la société de recyclage Leonhart, qui dispose d’un quai de chargement située à moins de 500 mètres à vol d’oiseau du silo ayant explosé, raconte :

« C’est un ami travaillant au Comptoir agricole qui m’a informé que le toit du silo pouvait contenir de l’amiante et qu’il fallait prendre de mesures de sécurité. L’annonce officielle, recommandant le port d’un masque et la prise d’une douche avant de rentrer chez soi, est tombée après 19h, alors que la plupart des employés avaient déjà quitté leur travail. »

Mais à côté de ces questions de communication, une autre problématique est revenue sur le devant de la scène : celle de la difficile cohabitation entre industries et habitations et de la pression qu’exerce l’expansion urbaine sur le port.

Je t’aime, moi non plus – ou la relation ambivalente que Strasbourg entretien avec son port

Citadelle, Starlette, Coop… la reconquête de friches industrielles et portuaires est aujourd’hui au cœur du projet de zone d’aménagement concerté (ZAC) des Deux Rives.

Une expansion vers l’est qui permet de limiter l’étalement de la ville et la consommation d’espaces naturels ou agricoles ailleurs, mais qui impose de prendre en compte les contraintes liées à l’utilisation de zones polluées (travaux de dépollution des sols, restrictions d’usages…) et qui amène ces nouvelles zones tertiaires et résidentielles à se rapprocher des zones industrielles, de leurs emplois, mais aussi des risques et des nuisances qu’elles peuvent représenter.

Habiter à proximité d’installations portuaires recèle son lot de nuisances, sonores et olfactives (Photo Nathalie Stey).
Habiter à proximité d’installations portuaires recèle son lot de nuisances, sonores et olfactives (Photo Nathalie Stey).

Dans le cas de la Coop par exemple, aux risques technologiques liés à la proximité d’installations de stockage de céréales ou de produits pétroliers, s’ajoutent les nuisances sonores liées au déchargement pneumatique des bateaux de céréales et au passage de lourds trains de marchandises dont les rails encerclent les terrains de l’ancienne coopérative.

Port et riverains : une méfiance réciproque

La SPL est consciente de ces difficultés mais estime avoir trouvé un point d’équilibre entre fonctions résidentielles, économiques et portuaires. Alice Frémeaux, responsable du développement pour le projet Deux-Rives, précise :

« Avec l’aménagement de la rue du Péage, le trafic routier entre les zones Nord et Sud du port bénéficiera d’une voie dédiée qui évitera toute gêne sur les zones résidentielles. Par ailleurs, l’aménagement du terrain Coop respecte les périmètres de sécurité existants. Il n’y aura pas de logements au nord du site. »

La ZAC des Deux Rives vise à urbaniser d’anciennes friches portuaires. Ce faisant, des zones résidentielles seront aménagées à proximité d’installations industrielles existantes. DR
La ZAC des Deux Rives vise à urbaniser d’anciennes friches portuaires. Ce faisant, des zones résidentielles seront aménagées à proximité d’installations industrielles existantes (DR).

Pour Régine Aloird, directrice de Rubis terminal au port aux pétroles et présidente du Groupement des usagers des ports de Strasbourg, le programme Coop doit pourtant être reconsidéré à l’aune des récents événements :

« Dès l’élaboration du schéma directeur des Deux-Rives, en 2011, le GUP a attiré l’attention de la municipalité sur ce problème de risque industriel, qui doit inciter à la prudence. Nous avons toujours exprimé la même position, qui est de dire que le terrain de l’ancienne Coop ne doit pas être dévolu à des fonctions résidentielles. Les élus ont pris leur décision… à eux ensuite de prendre leurs responsabilités, notamment s’il arrive quelque chose. Nous ne voulons pas qu’on se retourne un jour contre les entreprises, en leur demandant de partir. Elles étaient là bien avant l’aménagement des zones résidentielles ! Les silos, notamment, emploient des personnes et fournissent les boulangeries qui, chaque jour, cuisent le pain pour les habitants de Strasbourg. Si la pression devait devenir trop forte et remettre en cause les activités industrielles existantes, l’emploi risquerait de s’en aller ailleurs, de l’autre côté du Rhin par exemple. »

Une société hyper-protégée au sein de laquelle la culture de l’alerte a disparu

Faire cohabiter activité résidentielle et industrie : un désir qui, pour Bernard Mawhin, expert en environnement industriel, ne correspond pas à notre culture du risque :

« Vouloir faire cohabiter activité résidentielle et industries dans la zone des Deux-Rives, en particulier à l’ancienne Coop, signifie que la vie de ces quartiers sera rythmée par l’industrie. Et ce rythme n’est pas compatible avec le mode de vie des habitants.

Une autre problématique est celle du risque industriel, notamment lié à la présence de silos. Ces installations sont conçues pour atténuer les effets d’une explosion, mais on n’est jamais à l’abri d’un sur-accident ; c’est ce qui avait motivé l’évacuation de la zone. Tout ceci est réfléchi pour des activités situées dans des zones industrielles, caractérisées par une densité de population très faible et l’absence de personnes fragiles. Je vous laisse imaginer le même type d’évacuation dans les quartiers Coop, Starlette ou Citadelle – avec, pour ce dernier, une seule voie d’accès !

L’idée de faire cohabiter activités résidentielles et industrielles étaient peut-être valable au XIXe siècle, mais elle ne l’est plus aujourd’hui. Dans notre monde hyper-protégé et hyper-sécurisé, le risque n’est plus accepté et la culture de l’alerte a disparu. En cas d’alarme par exemple, beaucoup de gens ne se sentiraient pas concerné, et ils seraient encore moins nombreux à savoir comment réagir. »

Faire cohabiter logements et industries : une réalité au XIXe siècle, une chimère aujourd’hui (Photo Nathalie Stey).
Faire cohabiter logements et industries : une réalité au XIXe siècle, une chimère aujourd’hui (Photo Nathalie Stey).

Études de risques indisponibles

Est-il prudent de programmer des espaces résidentiels à proximité d’installations classées ? La question a été évoquée en fin de conseil municipal de Strasbourg le 25 juin par Fabienne Keller, ancienne maire et élue (Agir) de l’opposition. Lors du débat public qui s’était tenu au début de l’été 2017, à l’occasion de la première modification du nouveau plan local d’urbanisme (PLU) de l’Eurométropole – intégrant notamment la vocation résidentielle de la partie Sud de l’emprise Coop, contrairement à ce que prévoyait le dernier plan d’occupation des sols (POS) -, les études de risque ayant fondé ce changement n’étaient pas disponibles.

Un manque de transparence que dénonce, aujourd’hui encore, Fabienne Keller :

« L’intérêt de tout le monde serait pourtant que cette opération se fasse en toute sécurité. Nous avons besoin de savoir quels périmètres de risque ont été pris en compte, quels terrains seraient impactés en cas d’explosion et de quelle manière ces risques ont été intégrés aux choix techniques pris par la SPL. Chaque accident doit en effet nous amener à faire évoluer, si nécessaire, la prise en compte des risques.

Le problème est que les riverains du quartier de la Coop sont, par définition, peu nombreux ; il y a donc peu de gens à s’intéresser au dossier. Mais c’est maintenant qu’il faut se poser la question de la prise en compte des risques technologiques dans le cadre du programme, pas une fois que tout sera construit. »

Les habitants des quartiers concernés par les risques industriels sauraient-ils comment réagir en cas d’alarme ? (Photo Chrispit1955 / FlickR / cc)
Les habitants des quartiers concernés par les risques industriels sauraient-ils comment réagir en cas d’alarme ? (Photo Chrispit1955 / FlickR / cc)

Il est vrai que le document d’information communale sur les risques majeurs (Dicrim), que toute municipalité a l’obligation, depuis un décret de 1990, de mettre à la disposition de ses administrés, n’a été adopté par le conseil municipal de Strasbourg que le 3 novembre 2017 et n’a pas spécialement fait l’objet de publicité.

Ce document, qui recense les risques naturels et technologiques présents sur le territoire de la commune, localise les zones à risques et décrit les mesures de prévention existantes et la conduite à tenir en cas de danger, doit pourtant faire l’objet d’une large diffusion auprès des habitants.

#Comptoir agricole#Lucien Modery#Régine Aloird

Les barrages sur le Rhin à l’abri de la libéralisation pour l’instant

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À Summerlied en août, pas mal d’artistes strasbourgeois en concert au milieu de la forêt

À Summerlied en août, pas mal d’artistes strasbourgeois en concert au milieu de la forêt

Le festival Summerlied rénove sa programmation et propose pas mal de rock, de punk et d’autres genres musicaux pas naturellement associés au patrimoine musical alsacien. De vendredi 17 au dimanche 19 août, c’est l’Alsace vivante et ouverte qui se donne rendez-vous dans le cadre magique de la forêt d’Ohlungen.

Tous les deux ans, la forêt d’Ohlungen, près de Haguenau, s’illumine au mois d’août. Le festival Summerlied, c’est le rendez-vous musical de l’Alsace traditionnelle, mais pas celle qui sent le renfermé, plutôt celle qui respire, vit pleinement et s’ouvre et se frotte aux traditions venues d’ailleurs. Le résultat est une programmation vivante où se côtoient la paillardise des Fatals Picards, la sensualité des héritiers de Compay Segundo et les notes de beaucoup de musiciens strasbourgeois, dont Lionel Grob, Matskat, Thomas Schoeffler Jr (dont on a déjà parlé ici), Éric Kaija Guerrier… Car le festival, né il y a 22 ans pour soutenir la langue et la culture alsacienne, pose chaque année la question de l’identité régionale. Qu’est-ce qu’être Alsacien aujourd’hui ? Alors que certains n’hésitent pas à parler de disparition de l’Alsace depuis que la collectivité régionale a été fondue dans le Grand-Est, ils devraient se rendre dans la forêt d’Ohlungen de vendredi 17 à dimanche 19 août… Ils découvriront que l’Alsace est bien vivante et que sa musique résonne fort, grâce au punk des Assoiffés ou au rock des haut-rhinois de Fat Black Crossin’ par exemple. Bien sûr, le festival programme toujours des groupes qui chantent en alsacien, comme Roland Engel ou Isabelle Grussenmeyer mais surtout, cette année permet de retrouver le groupe régional le plus déjanté, les inclassables Bredelers, programmés vendredi. Nouvelle programmatrice de Summerlied, Isabelle Sire résume l’ambition du festival :
« On cherche à faire connaître la culture alsacienne, au delà des cercles traditionnels et permettre aux Alsaciens de découvrir d’autres cultures, d’autres traditions qui elles aussi doivent un peu se battre pour continuer d’exister. C’est pourquoi nous sommes très fiers d’accueillir par exemple un spectacle produit par la Choucrouterie, Henner chez les Yennisch, qui fait beaucoup rire un peu partout en Alsace. »
Le cadre de Summerlied, en pleine forêt, est exceptionnel. (Photo Jean-Georges Ott / Summerlied)
Le cadre de Summerlied, en pleine forêt, est exceptionnel. (Photo Jean-Georges Ott / Summerlied)

Cinq scènes, seulement deux payantes

Parmi les têtes d’affiche, Summerlied 2018 accueille les Fatals Picards et Sanseverino vendredi, Grupo Compay Segundo et Thomas Dutronc samedi, Chico & The Gypsies et Elements 4 Symphonie dimanche. Ce dernier groupe vient au festival avec une création, le mix de leur univers electro-pop avec un orchestre des écoles de musique des environs. Parmi les créations, citons également une pièce d’Éric Kaija Guerrier sur les personnages alsaciens et un hommage à Jacques Higelin appelé « Tombées du ciel ». Au final, Summerlied programme plus de 50 artistes au cours de ces trois soirées, sur cinq scènes dont seulement deux sont payantes, Champs et Clairière. Les trois autres scènes, celle de la Forêt, celle des animations et celle des contes, sont gratuites et proposent samedi et dimanche à partir de 11h, outre des concerts, des rencontres, des lectures et des bals pour enfants. Le festival, qui accueille moins de 3 000 personnes par jour, se veut familial et les jeux de l’association Pelpass seront déployés sur le site.
Summerlied, un festival familial (doc remis)
Summerlied, un festival familial (doc remis)
#Ohlungen#Summerlied

Saligo, scratcheur et DJ des rappeurs strasbourgeois, représentera la France à Berlin

Saligo, scratcheur et DJ des rappeurs strasbourgeois, représentera la France à Berlin

Depuis huit ans, le DJ de hip-hop Saligo se produit sur les scènes strasbourgeoises, mais aussi dans le reste de l’Europe. Cet habitant de Strasbourg représentera la France à Berlin lors de la finale internationale de Battle4Beat, un concours de scratch.

Au moment d’accueillir chez lui, Saligo commence par se confondre en excuse : « Je n’ai pas eu le temps de ranger ». Pourtant, tout semble à sa place dans le grand appartement qu’il partage avec ses quatre colocataires dans le quartier gare de Strasbourg. Dans la chambre du DJ, les piles de vieux disques vinyles côtoient les platines et synthétiseurs dernier-cri. Une douce musique entre la Soul et le hip-hip tourne en fond.

Saligo, alias Pierre-Antoine, représentera la France au tournoi international de scratch Beat4Battle à Berlin. (Photo Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc)

Tout juste rentré de tournée

Le jeune homme de 27 ans, barbe de trois jours et les cheveux mi-longs coiffés en catogan, semble exténué. Il a achevé il y a quelques semaines une tournée de 60 dates en France et en Belgique, en tant que DJ sur scène pour le rappeur parisien Davodka :

« On jouait chaque week-end, on pouvait enchaîner deux concerts par jours. On était toujours entre un train et un bus. Le rythme était éprouvant, mais je ne m’en plaindrais jamais. Maintenant, c’est les vacances, on recommencera à tourner en novembre. »

Pierre-Anthony, de son vrai nom, ne mixe pas seulement pour des rappeurs. Il se produit seul sur scène, compose de la musique instrumentale hip-hop et est aussi beatmaker (il crée des boucles de musique sur lesquelles des rappeurs posent leur voix). Sa spécialité reste le scratch. Il s’agit de modifier avec ses doigts la vitesse d’un disque vinyle pour créer des sons de percussion :

« Ça fait 10 ans que je scratche. J’ai commencé parce que j’admirais la “génération dorée” des DJ scratcheurs français, comme les groupes C2C et Birdy Nam Nam. Ils ont tous les deux étés sacrés champions du monde de la discipline dans les années 2000. J’ai d’abord appris grâce à des tutoriels et des vidéos sur Internet, mais aussi grâce à des amis parisiens puis strasbourgeois comme Widsid, Tweedy ou Mad Presure. »

Seul représentant français à Berlin

Cette discipline fait l’objet de concours et de « battle » partout dans le monde, durant lesquels les concurrents sont jugés sur leur vitesse, leur technique et la musicalité de leurs « sets ». En juin 2018, le DJ strasbourgeois s’est qualifié pour la finale mondiale de Beat4Battle, une compétition internationale de scratch qui aura lieu à Berlin le 31 août :

« Un tournoi de scratch, c’est comme une coupe du monde, ça fonctionne par élimination directe : on a une minute pour scratcher le mieux possible et des juges avec le public désignent un vainqueur. D’habitude, je n’aime pas pratiquer le scratch en “battle”. Il y a un esprit compétitif qui n’est pas le mien. Le hip-hop, c’est la collaboration. Mais il faut être pragmatique : c’est beaucoup plus simple de pouvoir faire des dates ou des tournées lorsqu’on est lauréat d’un titre. »

De la soul au hip-hop

Lorsqu’il évoque sa musique, Saligo égraine ses influences. Avant d’écouter du hip-hop, il a baigné dans la musique noire américaine.

« Quand j’étais enfant, à la maison, il y avait toujours un disque qui tournait. Cela pouvait être Goerge Benson ou Stevie Wonder par exemple. Mon père était batteur, ce qui m’a permis de m’essayer à cet instrument. Ces deux élements m’ont vraiment m’influencé dans ma musique. Si on écoute la ligne de percussion d’un morceau de Stevie Wonder, elle peut être comparable à celle d’un morceau de hip-hop. »

Jusqu’à 19 ans, Saligo vivait à Champs-sur-Marne, en région parisienne. S’il a atterri en Alsace, c’est parce qu’il a suivi ses parents qui déménageaient pour des raisons professionnelles. Loin de chez lui, il n’a eu aucun mal à s’intégrer au milieu du hip-hop strasbourgeois :

« C’est assez dingue parce que des gens dont j’appréciais le travail avant d’arriver ici sont devenus mes amis ! Je pense par exemple à des rappeurs strasbourgeois comme Kadaz, Dah Connectah ou Géabé, avec qui je collabore pour des beats ou en tant que DJ. Puisque c’est une petite ville, tout le monde se connait et travaille ensemble. Les rappeurs collaborent avec les DJ et les beatmakers du cru. Si il y a une personne qui cristallise un peu cet esprit, c’est Goomar, un ami beatmaker qui est de tous les projets qui sortent à Strasbourg ! Lui et moi on a une vraie entente musicale : on a sorti un EP commun en 2016 et on joue souvent ensemble. »

Le Fat, le Mudd ou le Phonographe : les références hip-hop

Cela fait 8 ans que Saligo se produit les clubs et les bars de Strasbourg. Avec le temps, le DJ avoue ressentir une forme de lassitude :

« Ici, on a la chance d’avoir des lieux dans lesquels on peut s’exprimer, comme le Fat Black Pussycat, le Mudd Club ou le Phonographe. Si je vais dans ces endroits à n’importe quelle heure de la journée, je suis certain de croiser des « frérots ». Malheureusement, j’ai vite l’impression d’avoir fait le tour, les établissements sont petits et peu nombreux. Je vais de temps en temps jouer en Allemagne ou en Suisse et dans ces pays, ils ont vraiment la culture de la friche, avec des lieux hybrides entre salle de concert et bar, dans lesquels on laisse un peu tout le monde jouer. »

Mais lorsqu’on lui demande s’il envisage de quitter Strasbourg, le DJ réprime un sourire :

« Ici c’est un peu Disneyland ! La ville est propre, il n’y a jamais de problèmes et beaucoup de touristes. On a une vraie qualité de vie. Je ne voudrais pas vraiment revenir à Paris. Je n’ai pas vraiment l’impression de rater grand-chose, parce que je suis très occupé par ce qui se passe ici. »

L’Université a dépensé 400 000€ pour garder ses bâtiments pendant les manifestations étudiantes

L’Université a dépensé 400 000€ pour garder ses bâtiments pendant les manifestations étudiantes

Selon le gouvernement, le coût des dégradations lors des occupations des universités françaises au printemps, en protestation à la loi Orientation et réussite étudiante (ORE), s’établit à 7 millions d’euros. Comment le gouvernement est-il arrivé à cette somme astronomique ? La ministre de l’Enseignement supérieur, Frédérique Vidal, ne le précise pas lors de ses différentes apparitions médiatiques mais Le Figaro cite une somme de 400 000€, rien que pour l’Université de Strasbourg.

Étrange puisque tout au long du mouvement, que Rue89 Strasbourg a suivi de près, aucune dégradation sérieuse n’a été constatée, en dehors de quelques tags. La question des dégâts occasionnés par les occupations et les interventions policières avait même fait l’objet d’une mini-polémique, sur fond de désinformation des contre-manifestants.

Pas de dégradations majeures à Strasbourg

Benoit Tock, vice-président de l’Université de Strasbourg, confirme :

« Nous n’avons pas souffert de dégradations pendant le mouvement, nous n’avons pas eu de frais de remise en état de nos locaux. C’est à mettre au crédit du sens des responsabilités des étudiants-grévistes d’une part et de notre refus des occupations nocturnes des bâtiments d’autre part. On sait bien que c’est durant la nuit qu’il y a un fort risque d’une perte de contrôle, de la part de tout le monde d’ailleurs. »

Pendant le mouvement contre la loi ORE, des dizaines d'agents de sécurité ont été déployés sur le campus (Photo Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc)
Pendant le mouvement contre la loi ORE, des dizaines d’agents de sécurité ont été déployés sur le campus (Photo Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc)

D’où vient ce chiffre de 400 000€ alors ? Il s’agit de la facture de la société de sécurité, SécuEvents, dont les agents ont été déployés pour empêcher les blocages et les occupations, détaille Benoit Tock :

« Le chiffre de 400 000€ n’est pas encore totalement validé mais il s’agit d’une estimation pour l’emploi de dizaines d’agents pendant plusieurs semaines. »

Une facture qui sera supportée par le budget de l’Université. Bien que le gouvernement ait promis de prendre à sa charge les dégradations des bâtiments, il n’a rien évoqué pour les universités qui ont pris sur elles de protéger leurs locaux. Dans le même article du Figaro, le président de l’Université de Strasbourg, Michel Deneken, affirme réfléchir à installer des « systèmes de vidéosurveillance et de contrôles des allées et venues des étudiants. »

#benoit tock

À Mulhouse, l’avenir de la filière de l’e-sport se prépare à la PowerHouseGaming

À Mulhouse, l’avenir de la filière de l’e-sport se prépare à la PowerHouseGaming

Depuis son ouverture en 2016, plus de 70 étudiants ont déjà franchi les portes de la PowerHouseGaming, l’école d’e-sport de Mulhouse. Si beaucoup rêvaient de devenir joueurs professionnels, ils ont découvert entre-temps d’autres métiers et une envie de transmettre. Rencontre avec des coachs en devenir, des futurs créateurs d’école, fiers de participer à la construction d’un secteur en plein boom.

À la PowerHouseGaming, on forme aux métiers de l’e-sport. L’e-sport ? C’est la professionnalisation du jeu vidéo en réseau : des joueurs professionnels pratiquent à un très haut niveau des jeux sur ordinateur parmi les plus répandus dans la discipline, comme League of Legends, Fifa, Counterstrike, et, de plus en plus, Fortnite. Il est bien question de sport, car l’activité en reprend toutes les caractéristiques : il y a des tournois avec des équipes, des prix, des entraînements intensifs, des classements…

Devenir « joueur pro », c’est le rêve qui anime certains jeunes gamers (joueurs en anglais), et qui les a poussés à se tourner vers une des premières et rares écoles du genre en France, située rue des Trois-Rois à Mulhouse, avant de se rendre compte qu’il y avait d’autres métiers dans le secteur. Car l’école (dirigée par un passionné, Terence Figueiredo) forme en fait à tous les métiers de l’e-sport, de l’organisation au coaching, en passant par le community management ou le métier de technicien réseau. Différentes carrières que comptent embrasser les 24 élèves de la promotion 2017, et les 48 étudiants qui sont sortis en 2018.

Passer du rêve de joueur à agent de joueur

Théo (qui se fait aussi appeler « Mew », car comme tous les gamers, il a un pseudo), 20 ans, est l’un d’eux et s’est découvert une envie de transmission :

« Je sors d’une licence de psychologie. Je pratiquais les jeux vidéos à côté des études et quand j’ai appris qu’on pouvait peut-être en vivre, je suis arrivé dans cette école en voulant devenir joueur professionnel. Mais j’ai réalisé que le rythme des entraînements intensifs, ça ne me plairait pas. J’ai pensé à un métier qui intégrerait le volet psychologie et je pense maintenant devenir agent pour joueurs. »

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Il explique qu’il y a trois agences de joueurs professionnels d’e-sport en France, dont une où il a déjà effectué un stage au printemps. Il a été encouragé par l’école à cumuler les activités :

« Toute l’année, les étudiants ont des projets personnels et doivent parfois partir pour les mener à bien, ils sont aidés par l’école, parfois financièrement, pour aller passer un entretien d’embauche ».

Cours le matin, jeu vidéo l’après-midi

Une liberté qui contraste avec l’emploi du temps rempli et chargé auquel doivent se plier tous les étudiants : entre 8h30 et 19h, les étudiants partagent leur journée entre cours de vidéo, de rédaction web, de streaming, gestion de projet ou management, avant de passer leur après-midi en entraînement et pratique du jeu.

L'emploi du temps des 48 élèves de la promo est bien rempli, même si tous les après-midi sont dédiés à la pratique de leur passion (Capture d'écran site de la PowerHouseGaming)
L’emploi du temps des 48 élèves de la promo est bien rempli, même si tous les après-midi sont dédiés à la pratique de leur passion (Capture d’écran site de la PowerHouseGaming)

Par contre, ils peuvent adapter leur journée de « travaux pratiques » et leurs « sessions en station » selon leur spécialité : joueur, monteur, ou animateur-streamer. Des compétences qu’ils mettent à l’épreuve pour le grand « examen final », les PG Series, un projet collectif d’organisation de tournoi. Cette année, il a eu lieu au Palais des sports de Mulhouse les 30 juin et 1er juillet.

Car les profils de ces jeunes témoignent d’une certaine diversité dans le recrutement de l’école, dont les seules conditions sont d’avoir le bac, d’être majeur… et d’avoir un très bon niveau aux principaux jeux (Diamant pour League of Legends, Master pour Overwatch, Global Elite pour Counterstrike). À leur disposition, chacun son matériel, des ordinateurs dont le prix va jusqu’à 2 200€. Ensuite, chacun peut ajouter son propre clavier, sa propre souris… pour être à l’aise. L’idée de la PHG est d’être autant une maison qu’une école (comme veut le montrer leur vidéo de présentation).

Quand les plus motivés veulent reproduire l’expérience

La quasi-totalité des élèves y vit en internat. Ils doivent participer à la vie de la communauté et gérer les espaces communs, dont la cuisine et le réfectoire. Ils ont un accès libre aux salles d’ordinateurs en-dehors des heures de cours et accès à une salle de sport. Les 10 mois de formation coûtent 8 000€, internat inclu.

Pour encadrer tout cela, c’est Giulian « Myos » qui s’en charge, lui qui est passé par la promo de l’an dernier, en sachant qu’il assisterait le directeur l’année suivante :

« Dès le début, le projet était que j’épaule le directeur pour ensuite monter une école similaire. J’ai donc suivi la formation, mais pas les sessions de coaching. Cette année, j’ai été embauché pour plusieurs missions. Je suis un peu le « coach de vie » des garçons, je leur fais par exemple des plannings de sport et je suis chargé du développement des partenariats. »

Ce passionné s’essaie à la gestion de projet mais ses plans sont un peu contrariés par le quotidien :

« Cela prend du temps de gérer la vie de l’internat. C’est épuisant quand on vit avec 48 garçons, des jeunes adultes qui n’ont pas forcément les automatismes, qui ont chacun leur caractère… »

Les murs de l'école sont garnis de décorations "gaming", ici le slogan dit "Choisis ton arme". (Photo DL/Rue 89 Strasbourg/cc)
Les murs de l’école sont garnis de décorations « gaming », ici le slogan dit « Choisis ton arme ». (Photo DL/Rue 89 Strasbourg/cc)

Cette année, les jeunes ont entre 18 et 29 ans. Des jeunes qui découvrent le principe d’auto-gestion de l’école, où « chacun fait ses tâches et devient responsable de son lieu de vie », comme l’indique le site de l’école. Un quotidien similaire à une gigantesque colocation, avec ses travers en termes de rangement, de respect des lieux et des autres.

Pour Giulian, Théo, Brice et Antonin sont parmi les plus motivés :

« Ces trois jeunes, je les ai vus aider à motiver les troupes. »

Et les filles dans tout ça ? Giulian prévient que l’école n’est pas du tout réservée aux garçons :

« Il y a des chambres prévues pour les filles ! Il y en aura quelques unes à la rentrée 2018. Mais pour l’instant, le peu qui avaient postulé ne correspondaient pas aux profils recherchés par l’école. Trop de passionnées de jeux, pas assez de vraies ambitions professionnelles. »

Des passionnés qui veulent transmettre

Pour Théo, les conditions de vie à l’école sont « vraiment nickels ». À tel point qu’il restera encore à la PHG l’année prochaine… mais du côté des encadrants. Son ambition va plus loin que de se faire embaucher par une agence : il veut créer la sienne. Mais pour ça, il a « besoin de temps », et veut continuer à se former :

« Je serai une sorte d’aide psychologique pour les étudiants, je les aiderai sur leurs stations, dans les travaux pratiques et j’aiderai aussi les joueurs ».

Pour cela, il peut compter sur les conseils d’Antonin « Hookn ». Diplômé 2017, il voulait devenir joueur professionnel, mais révise temporairement ses ambitions :

« Quand je suis entré dans l’école, je sortais tout juste du lycée, avec un bac pro commerce en poche. Pour devenir joueur professionnel, je me suis concentré sur un jeu, League of Legends, et j’ai essayé de devenir très bon. Je n’ai fait que ça. En mars, alors que j’étais encore élève à l’école, j’ai été recruté par une structure semi-professionnelle, Nuit Blanche, qui m’a permis de jouer pendant 4 mois. Ça m’a permis de mettre un peu d’argent de côté. »

Les élèves de l’école participent à des tournois dans toute la France, comme ici à la Gamers Assembly de Poitiers. (Photo PHG)

Pour gagner un peu d’argent, les joueurs comptent sur les gains des tournois et espèrent se faire remarquer auprès des sponsors. Les joueurs semi-professionnels peuvent gagner autour de 500€ par mois, alors que les « pros » peuvent espérer un salaire mensuel entre 1 500 et 3 000€. Le meilleur joueur français, Richard Papillon, a gagné plus de 100 000€ au cours de l’année 2016. Il n’avait pas suivi de formation spécifique, il a appris « sur le tas »… et avec beaucoup de pratique.

Maintenant, Antonin est coach League of Legends, à 19 ans à peine. Toute la semaine, tous les jours, il suit des joueurs, qu’il accompagne aussi aux tournois. Car comme les autres sports, l’e-sport demande une grande concentration et de nombreuses compétences : réflexes, acuité visuelle, stratégie, vigilance, précision, et une certaine hygiène de vie. Pour tout cela, les joueurs ont besoin d’être guidés par des pros ou semi-pros comme Antonin. Lequel vise encore le statut de pro, mais s’assure pour l’instant de « rester dans le milieu ».

Une nouvelle « PHG » en Bretagne ?

Non loin, Brice « Lapin », jeune breton de 22 ans, veut créer sa propre école d’e-sport. En attendant, il s’investit dans sa passion qui l’a mené à la « PHG », le jeu et le montage de vidéo, ou en d’autres mots, ses activités de streamer :

« J’étais en master de commerce international, et je me suis rendu compte que ce n’était pas ma passion. Ce qui me passionnait, c’était les jeux vidéos. Je me suis renseigné sur les écoles et celle-ci m’a paru la plus sûre. Mon projet était surtout de continuer à faire et diffuser des vidéos graphiques sur internet. »

C’est sur la plateforme Twitch que Brice partage sa passion. Comme les autres streamers, il diffuse non seulement ses sessions de jeux, mais publie aussi des vidéos best-of de ses prestations, ce qui lui permet de s’exercer au montage vidéo et au mixage.

Mais cette année scolaire l’a fait se rendre compte qu’il n’était pas fait pour l’intensif :

« J’ai fait un peu une overdose de jeux vidéos… Dans l’immédiat, je vais revenir chez moi, faire un peu le ménage dans ma vie, peut-être bosser un peu dans le commerce classique, pendant un temps, mais quand même bosser dans l’e-sport par la suite, avec comme projet de créer une école vers chez moi. »

Brice travaille à une vidéo pour les PG Series, le tournoi organisé par les élèves en fin d'année scolaire. Un de ses objectifs est de créer sa propre école. (Photo DL/ Rue 89 Strasbourg/ cc)
Brice travaille ici à une vidéo pour les PG Series, le tournoi organisé par les élèves en fin d’année scolaire. Un de ses objectifs est de créer sa propre école. (Photo DL/ Rue89 Strasbourg / cc)

La certitude de dessiner le futur du secteur

Une effervescence contagieuse qui vient peut-être de leur directeur. Pour Terence Figueiredo, l’essor de l’e-sport assure aux étudiants de trouver leur place quelque part, même si ce n’est pas en tant que joueur professionnel, d’autant plus qu’il estime que les compétences acquises en e-sport sont facilement transposables dans d’autres secteurs :

« C’est un domaine d’avenir, il y a de quoi faire ! J’ai confiance dans l’école. On rend les jeunes employables et on crée les nouveaux emplois ! Un jeune qui maîtrise une manette, y a-t-il meilleur conducteur de drones ? Les vidéastes, les streamers, ce genre de compétences qu’on développe ici, elles peuvent s’exporter dans bien des domaines. »

Convaincu et passionné, le jeune directeur s’est donné pour mission de développer l’e-sport dans la région, pour que de plus en plus de jeunes professionnels soient formés aux métiers de la discipline, grâce à une certaine institutionnalisation :

« Nous sommes en passe de créer trois écoles supplémentaires, hors d’Alsace. Ici, nous allons lancer une section sport-étude au lycée Louis-Armand de Mulhouse, et un bachelor e-sport avec les formations en sport de l’Université de Haute-Alsace et de l’Université de Strasbourg. »

En ce qui concerne la PHG, la formation est maintenant reconnue par Pôle Emploi, devrait bientôt être agréée par le ministère de l’Éducation nationale, d’après les mots du directeur.

Terence Figueiredo et ses élèves sont convaincus d’être des pionniers d’un domaine où la France est encore un peu à la traîne. L’e-sport s’y développe depuis les années 2010 et en 2016, la loi pour une République numérique a évoqué pour la première fois de la pratique du jeu vidéo en compétition en France et reconnu un statut officiel aux joueurs professionnels. Pour atteindre ce Graal là, la PHG est donc une des voies… pour ceux et celles qui s’accrochent.