En prévision des fortes chaleurs, l’Eurométropole de Strasbourg offre l’accès aux bus et trams de la CTS, en cas d’alerte à la pollution de l’air.
La présidente de l’Eurométropole de Strasbourg, Pia Imbs, et son vice-président en charge des mobilités, Alain Jund (EELV), ont décidé d’accorder la gratuité des transports en commun, dès le premier jour d’alerte d’un pic de pollution. Auparavant, les tarifs d’accès aux bus et trams de la CTS étaient réduits dans ce cas.
La gratuité vise à favoriser l’usage des transports en commun afin de réduire l’utilisation des voitures personnelles et la pollution atmosphérique qu’elles produisent.
Cette gratuité va devenir systématique, après l’adoption d’une délibération en ce sens lors du conseil de l’Eurométropole du 28 août. Elle concernera les pics de pollution à l’ozone (en été) et les pics de pollution aux particules (en hiver).
Pour l’ozone, une molécule polluante et irritante qui se forme sous l’effet d’une forte chaleur, les pics de pollution sont plus fréquents lors des jours de canicule. Le seuil d’alerte est dépassé à partir de 240 microgrammes d’ozone par mètre cube (µg/m3), relevés en moyenne horaire dans l’atmosphère (voir ici les mesures actuelles).
Vendredi, les taux relevés par Atmo Grand Est oscillent entre 40 et 120 µg/m3, sous le seuil de recommandation et d’information (180 µg/m3) et donc bien en-deça du seuil d’alerte (240 µg/m3).
La pollution à l’ozone expliquée (vidéo Atmo Grand Est / YouTube)
Rue de l’Oberelsau, des habitants du quartier pavillonnaire se battent contre des incivilités commises devant leur propriété. Pour y mettre fin, certains souhaiteraient privatiser un sentier le long de l’Ill. De l’autre côté du quartier, rue de l’Unterelsau, un garagiste et un revendeur de pièces détachées craignent de devoir vendre leur terrain pour une somme dérisoire. Récit des batailles aux frontières de l’Elsau.
« Je vends pas mon terrain pour 18 000 euros. Je préfère m’exploser avec. Ici c’est ma vie. » Haikaz Stepanian travaille dans un garage situé au 198 rue de l’Unterelsau. C’est la fin de l’Elsau. Ici, une autoroute marque la frontière du quartier. Dans la voix du garagiste, la colère se mêle au désespoir ce lundi 20 juillet : « Je suis dans la merde », répète-t-il à plusieurs reprises en roulant le R.
Ici, une autoroute trace la frontière du quartier. Photo : Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc
Les clients ne viennent plus
En avril 2019, Haikaz et ses voisins ont fait l’objet d’une opération administrative et judiciaire d’ampleur. Plus d’une centaine de policiers, gendarmes et fonctionnaires d’autres services de l’État ont procédé à des contrôles au titre du droit du travail, de l’urbanisme et de la police de l’environnement. Une série de casses et de garages plus ou moins clandestins ont été fermés. Voisin de Haikaz Stepanian, Abdelhak Aghriss regrette l’époque précédant cette intervention : « Maintenant, il n’y a plus personne ici. Moi je me débrouille toujours en achetant des voitures et en revendant des pièces détachées. »
Haikaz Stepanian ne veut pas lâcher son garage, en tout cas pas au prix proposé par la Ville de Strasbourg Photo : Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc
Désormais, plus question de garer sa voiture en dehors des emplacements prévus. Les quelques clients d’Haikaz qui s’y sont risqués ont été verbalisés : « Regardez, il n’y a personne. Ils n’osent même plus venir ! » Le chef d’entreprise est interdit bancaire. Le peu d’aide étatique reçu suite à la crise sanitaire a déjà été saisi par un huissier de justice, suite à une procédure pour extension illégale de son activité sur un terrain non constructible.
La Ville de Strasbourg lui a proposé de racheter sa parcelle de 11 ares. Mais le compte n’y est pas, selon cet ancien militaire : « J’ai acheté ce garage 200 000 euros, jure-t-il, et je suis le seul dans la légalité ici. » Le garage Step’Auto est déclaré, confirme un responsable de la Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement (Dreal).
Tout le long du fond de la rue de l’Unterelsau, de gros cadenas et un chien derrière le portail. Photo : Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc La plupart des terrains semblent désormais inutilisés. Derrière ce portail rouge, le terrain anciennement utilisé par Abdelhak Aghriss, vendeur de pièces détachées. Photo : Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc
Patrick, l’artiste, partira bientôt
Un peu plus loin, un haut portail rouge s’ouvre. Dans l’entrebâillement, un petit homme moustachu apparaît. Il ne parle pas français. Questionné sur l’avenir de son terrain, il indique vaguement l’avoir vendu à la Ville. Très vite, ses mains couvertes de graisse noire verrouillent le cadenas autour d’une grosse chaîne qui clôt l’entrée.
Le voisin, Patrick, est un artiste plasticien connu dans le quartier. Il est souvent visible à bord d’un vieux Solex. Comme l’indique un panneau devant l’entrée de son atelier, l’homme récupère et transforme des rebuts. Fatigué, Patrick rendra bientôt son terrain loué à la Ville.
Patrick est un artiste dont l’atelier est à l’Elsau. Photo : Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc Les lectures de Patrick, inscrites sur un mur. Bientôt, Patrick rendra ce terrain loué à la municipalité. L’art de Patrick, c’est la récup’
Une frontière synonyme de pollution
L’ère est au changement au fond de l’impasse de l’Unterelsau. Habitant du quartier pavillonnaire de l’Elsau, Marc Ferrante apprécie cette évolution. Artiste, il se souvient d’une rue encombrée chaque semaine par des carcasses de voitures. Pour lui, cette frontière du quartier est synonyme de toutes les pollutions. « Ici, il est interdit d’utiliser l’eau de la nappe dans les jardins ouvriers », rappelle-t-il.
À la fin des années 2000, une pollution au tétrachloroéthylène a été détectée dans la nappe au sud est du quartier de l’Elsau. Elle vient des usines Elis. Aujourd’hui encore, les Elsauviens de cette zone ne peuvent utiliser l’eau de la nappe. Photo : Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc
À la fin des années 2000, la Dreal a détecté une importante pollution au tétrachloroéthylène dans la zone de l’entreprise Elis. Ce produit est utilisé pour le nettoyage à sec de vêtements dans les blanchisseries. En décembre 2018, dans la nappe au sud est de l’Elsau, « la teneur en chlorure de vinyle restait mille fois supérieure » à la valeur légale. Il aura fallu une mise en demeure de la Dreal en juin 2019 pour que l’entreprise respecte enfin son obligation de pompage pour assurer « le confinement hydraulique de la pollution. » Pour Philippe Lajugie, chef de l’unité bas-rhinoise de la Dreal, il faudra « au minimum cinq ans voire dix, avant que l’eau soit à nouveau potable. »
Cette zone de l’Elsau est « aussi un point noir de bruit, avec une moyenne de 80 décibels durant les journées de la semaine », ajoute Marc Ferrante. Celui qui a soutenu la liste écologiste lors des élections municipales espère que la nouvelle municipalité parviendra à résoudre ces problèmes de pollution de l’Elsau. « Ils se sont engagés à réduire la vitesse sur l’A35, rappelle-t-il, ensuite des mesures de bruit seront réalisées pour voir si d’autres aménagements sont nécessaires. »
Plusieurs bâtisses rappellent l’Elsau rural de l’après-guerre.
Les mémoires du quartier
Le long de la rue de l’Unterelsau, les habitants historiques racontent volontiers les grandes évolutions du quartier. Retraité des ateliers de la Communauté urbaine de Strasbourg (CUS), Guy est né ici en 1956. Le verger de ses parents, négoces en vin, accueille désormais la pharmacie du quartier. Après avoir évoqué l’arrivée de la prison, Sylvie regrette le stéréotype de « quartier dangereux » qui ternit l’image de l’Elsau. Avec cette image qui colle au quartier, l’ancienne vendeuse ressent « une sorte de punition alors qu’il fait bon vivre ici », assure-t-elle.
Sylvie regrette les stéréotypes autour du quartier de l’Elsau, « alors qu’il fait bon vivre ici », assure-t-elle. Photo : Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc
Autres mémoires du quartier, Michel et Georgette, 70 ans chacun. Interrogé sur l’histoire de l’Elsau, l’ancien technicien de laboratoire se lève pour chercher deux volumineux classeurs pleins d’archives. Il évoque la construction de la prison (« Est-ce qu’on nous a demandé notre avis ? Je ne suis pas sûr… ») et le projet de passerelle au-dessus de l’A35. Ce dernier a été abandonné dans les années 80. Georgette, ex-agent d’exploitation chez France Télécom, se dit nostalgique de l’Elsau rural de son enfance :
« Quand j’étais jeune, il n’y avait que des champs ici. L’hiver, on faisait de la luge jusqu’à la nuit tombée. Aujourd’hui, avec toutes ces voitures et ces camions, on ne peut plus laisser les enfants jouer librement. »
De l’autre côté du quartier, d’autres habitants se battent à une autre frontière de l’Elsau. Par crainte de représailles, deux résidents de la rue de l’Oberelsau ont tenu à garder l’anonymat. Ces voisins de l’Ill ont subi plusieurs cambriolages et des agressions physiques ou verbales. Accompagné de son avocate, Yves (le prénom a été modifié) décrit les intrusions dans son jardin, les jets de cailloux ou de bouteille, les insultes : « Parfois, quand je pars en déplacement, ma femme emmène mes enfants à l’hôtel pour être en sécurité », raconte-t-il la gorge nouée.
Le sentier situé entre la rue de l’Oberelsau et l’Ill est difficilement accessible aux véhicules.La journée, le lieu est calme, prisé par les pêcheurs notamment.Certaines nuits, le sentier est squatté et les incivilités sont nombreuses.
Pour Yves, le problème de la rue de l’Oberelsau, c’est le sentier qui sépare l’Ill de leurs terrains : « On a souvent appelé la police, mais le chemin est difficile d’accès pour les policiers. On a fini par arrêter d’appeler. » Une de ses voisines se protège avec un chien de garde et des caméras. Yves a dépensé plus de 10 000 euros pour installer une vidéosurveillance autour de chez lui.
Cadastre à l’appui, Yves affirme que ce sentier fait partie de la propriété des habitants de la rue de l’Oberelsau. Son avocate parle ainsi « d’une forme d’expropriation » par la Ville de Strasbourg. Me Sophie Gallet avait envisagé une plainte contre la municipalité pour mise en danger. Mais la procédure aurait « pris des plombes et elle n’aurait pas abouti », estime-t-elle. Pour Yves, une seule solution : « Nous, les propriétaires, nous sommes d’accord pour entretenir le sentier, parce que personne le fait, mais il faut le fermer. » Une pétition papier circule actuellement pour demander de mettre fin à l’insécurité dans cette rue (voir ci-contre).
Rédacteur en chef de Rue89 Strasbourg. Spécialisé depuis 2019 en enquêtes locales, à Strasbourg et en Alsace sur des sujets variés allant de l’extrême-droite à l’hôpital public en passant par la maison d’arrêt de Strasbourg, les mouvements sociaux, les discriminations et l’expertise-psychiatrique.
Six pays différents sont accessibles dans un rayon de 500 kilomètres autour de Strasbourg. Mais la rareté des lignes transfrontalières et les correspondances nombreuses rendent les voyages en train délicats.
Strasbourg s’autoproclame volontiers capitale de l’Europe. Hôte du Parlement européen (en garde partagée), elle est aussi bien située au coeur de l’Europe de l’ouest.
Les villes voisines allemandes ne sont qu’à quelques kilomètres : 57 km pour Baden-Baden, 84 km pour Karlsruhe, 200 km pour Francfort et une centaine de kilomètres pour Stuttgart. Sur son site, la SNCF met en avant que « l’Allemagne n’a jamais été aussi proche ». Mais le voyageur européen et écologiste dans l’âme doit faire quelques efforts pour parcourir les pays frontaliers sur les rails :
Pour l’Allemagne, correspondances quasi obligatoires
Karlsruhe reste la ville la mieux desservie à partir de Strasbourg : 5 liaisons directes par jour grâce aux trains à grande vitesse français et allemands. Sinon, changement à Offenbourg. Jusqu’à 1h20 de trajet.Pour Stuttgart aussi, changement à Offenburg (en dehors des 2 trains directs quotidiens). Second changement potentiel à Mannheim. Jusqu’à 3h30 de trajet (contre 1h50 en voiture).Pour Francfort, trois trains directs par jour. Sinon, changement à Offenburg. Les lignes à grande vitesse font gagner du temps (1h50 pour Francfort), mais la durée du trajet dépasse celle de la voiture dès que la correspondance est obligatoire.Pour Fribourg-en-Brisgau, aucun train direct, mais un changement à Offenbourg ou Bâle. Jusqu’à 2h de trajet (contre 1h08 en voiture).Pour se rendre à Sarrebruck, un unique train direct quotidien, ou une à deux correspondances (en changeant à Metz). Le trajet de 120 km peut durer jusqu’à 3h (contre 1h30 en voiture).
Deux pays qui se sont longtemps tournés le dos
Le petit TER jaune et blanc au départ du quai numéro 25 de la gare de Strasbourg n’est donc qu’une navette qui emmène les voyageurs à la vraie porte d’entrée vers les grandes villes allemandes : Offenbourg. C’est le constat du géographe retraité Raymond Woessner, qui a publié un « Atlas de l’Alsace » en 2018 :
« Il y a deux gares qui se regardent, chacune d’un côté de la frontière : Strasbourg ouvre vers le réseau français, et Offenbourg vers le réseau allemand. »
L’autorail transfrontalier emmène les voyageurs de Strasbourg à Offenbourg en passant par Kehl Photo : quand les frontières sont ouvertes
Pour le géographe alsacien, le système ferroviaire est encore conçu de manière « franco-française ». Or, une fois arrivé à Offenbourg, « on change de monde » : le système allemand est davantage basé sur un système de correspondance, quand, en France, on cherche à rejoindre directement sa destination finale. Le manque d’intégration ferroviaire directe entre les deux pays est aussi dû à leur histoire compliquée, indique Raymond Woessner :
« Le pont de Kehl, sur lequel passent les trains régionaux, n’est empruntable simultanément dans les deux sens que depuis une dizaine d’années. »
Raymond Woessner rappelle aussi que les seuls trains allemands qui roulent en France sont ceux qui font la liaison Paris – Francfort en passant par Strasbourg. Le territoire français reste selon lui le pré carré de la SNCF. Il estime que l’ouverture à la concurrence des rails français aura des effets bénéfiques sur le nombre de lignes frontalières.
Une lente uniformisation
Faire des lignes directes à travers plusieurs pays nécessite une certaine uniformisation des rails et des trains. C’est moins facile qu’il n’y paraît, explique Raymond Woessner :
« Pendant longtemps, à cause du voltage différent, on avait des motrices diesel qui partaient de France, puis elles étaient décrochées pour mettre une locomotive électrique. Aujourd’hui les trains sont bicourants et peuvent aller dans toute l’Europe. »
Philipp Kosok, de l’Association des Transports Allemands (Verkehrsclub Deutschland), détaille dans un article du magazine allemand Bento qu’un système automatique de sécurité uniformisé est en développement depuis des années. Mais ce système qui indique aux trains quand emprunter un rail en toute sécurité doit encore être finalisé.
S’organiser au niveau local
Face à l’obstacle de la gouvernance à plusieurs pays, les collectivités locales tentent alors de monter des projets au niveau transfrontalier. La Région Grand Est et les Länder de Rhénanie Palatinat, du Bade-Wurtemberg et de Sarre collaborent pour mettre en place plusieurs lignes directes d’ici 2024. Il s’agirait de créer :
Au nord-ouest de l’Alsace, des trajets directs entre Sarrebruck et Strasbourg (au moins un train toutes les deux heures),Une ligne directe de Neustadt-an-der-Weinstrasse à Strasbourg en passant par Wissembourg,Une ligne directe entre Rastatt et Strasbourg,Une autre ligne faisant la liaison Karlsruhe – Lauterbourg – Strasbourg (au moins un train toutes les 4 heures),À plus long terme, des lignes directes entre Colmar et Fribourg-en-Brisgau, et entre Rastatt et Haguenau.
Derrière les voitures, le pont pour les trains. Ils ne peuvent passer en même temps dans les deux sens que depuis une dizaine d’années Photo : JFG / Rue89 Strasbourg
Werner Schreiner, président du groupe d’experts « Transport de voyageurs » de la Conférence du Rhin Supérieur, précise que les partenaires allemands ont engagé 40 millions d’euros pour construire un prototype d’autorail transfrontalier. Il ajoute que de nombreux investissements doivent avoir lieu, pour rénover les rails et quais à la gare de Wissembourg. Une partie de ces projets ferroviaires transfrontaliers est financée grâce à l’Union européenne, à travers des programmes Interreg.
Traverser plusieurs frontières proches : le parcours du combattant
En plus de financer les liaisons locales, l’Union européenne essaye de favoriser une meilleure intégration avec Eurocap-Rail, une ligne à grande vitesse devant relier les trois capitales européennes (Bruxelles, Luxembourg, Strasbourg). Elle devrait permettre de joindre Bruxelles à Strasbourg en 3h. Retenu parmi les priorités de la Commission européenne en 2003, le projet est… encore en cours d’étude. Il nécessite des adaptations de lignes et des créations de portions de ligne à grande vitesse.
Aujourd’hui, il est toujours difficile de se rendre dans ces villes situées à 259 et 440 kilomètres de Strasbourg, sur une diagonale qui traverse la Lorraine et l’Allemagne. Un seul train direct rejoint Luxembourg chaque jour depuis Strasbourg. Sinon, il faut passer par Nancy ou Metz, et envisager un trajet qui peut durer jusqu’à 4h.
Même chose pour Bruxelles, pourtant deuxième siège du Parlement européen (en période de séance plénière parlementaire, des TGV spéciaux sont affrétés en début et fin de semaine) : si l’horaire du seul train direct quotidien ne convient pas, il faut faire un ou deux changements en Allemagne (Offenbourg, Francfort) ou en France (une des seules solutions est de passer par Paris). Résultat, le voyageur strasbourgeois doit compter entre 5 et 7h de train pour se rendre à Bruxelles, contre 4h30 en voiture.
Des TGV à la gare de Paris-Est. Le réseau français est le « pré carré de la SNCF ». Les ICE allemands ne circulent que sur la ligne Paris – Francfort Photo : Bastiaan_65 / FlickR / cc
La voiture sera aussi privilégiée pour se rendre dans d’autres villes européennes pas si lointaines. Strasbourg compte 6 pays différents dans un rayon de 500 km (Allemagne, Suisse, Italie, Autriche, Luxembourg et Belgique). Mais les connexions ferroviaires ne permettent pas d’envisager des visites rapides comme le proposent les compagnies aériennes. Ainsi, pour aller à Salzbourg en Autriche, le Strasbourgeois doit compter jusqu’à 8 heures de train, en changeant deux fois. En voiture, le trajet est plié en 5h30.
Même pour Zurich, pas de train direct, mais un changement obligatoire à Bâle, qui fait office de « porte vers la Suisse ». Pour Milan, grande ville italienne à moins de 500 km, 3 trajets quotidiens sont disponibles, mais en changeant une à deux fois, à Bâle, Arth Goldau ou Chiasso. Résultat : entre 7 et 8 heures de train, contre 5h30 en voiture.
Investir massivement… dans les trains de nuit ?
Les investissements à venir de l’Union européenne pourraient améliorer la situation. Le plan de relance Next Generation UE de 750 milliards d’euros doit augmenter temporairement le budget de l’UE. Le programme prévoit d’investir « dans une infrastructure de transports à la pointe et hautement performante afin de faciliter les connexions transfrontières » grâce à une enveloppe supplémentaire de 1,5 milliard d’euros.
En octobre 2018, le collectif « Oui au train de nuit » demandait le retour de ces trains longue distance devant la gare de Strasbourg Photo : JFG / Rue89 Strasbourg
Un signal bienvenu pour l’eurodéputé allemand écologiste Rasmus Andresen, qui rappelle au magazine Bento que le budget « pré-plan de relance » de l’Union européenne prévoit d’investir 12,9 milliards d’euros dans les projets ferroviaires. Il plaide pour redévelopper les trains de nuit, en espérant que les voyageurs « choisiront de se rendre à Lisbonne en train de nuit plutôt que d’y aller en avion en journée ».
À Strasbourg, le dernier train de nuit a quitté la ville en septembre 2016. Il n’allait déjà plus qu’en France, à Nice, alors que ses liaisons avec Port Bou en Espagne et Vintimille en Italie avaient déjà été interrompues. Le Paris-Moscou, qui faisait étape dans la capitale alsacienne, a cessé d’y passer en décembre 2019. Il permettait de rejoindre Berlin en une nuit.
En 2018, les chemins de fer autrichiens ÖBB disaient « regarder la situation de la France avec intérêt ». ÖBB a repris les trains de nuit allemands et couvre aussi la Suisse et l’Italie. Rentable, elle a développé une ligne allant jusqu’à Bruxelles, à partir de Vienne. Cette ligne passe par Francfort, à moins de 200 km de Strasbourg.
Sur Facebook et Instagram, deux nouvelles pages strasbourgeoises dédiées à la dénonciation du harcèlement de rue et des agressions sexistes ont permis de mettre ces thématiques au cœur du débat public local. Rencontre avec les fondateurs et fondatrices de ces espaces de discussion qui ont obtenu des milliers de membres en quelques jours.
Rue89 Strasbourg : Comment est-ce que la page Instagram « Vigilance Strasbourgeoises » est née ?
Hugo : On était quatre en soirée et on avait tous lu le témoignage d’une personne qui disait avoir été violée près du Phonographe. Ça faisait déjà un moment qu’on voyait les témoignages qui s’alignaient sur le groupe Facebook « Étudiants de Strasbourg ». On a eu un sentiment d’impuissance qui devenait de plus en plus frustrant à supporter. Ce soir-là, on s’est dit qu’avec nos compétences en communication, en référencement, en écriture et en graphisme, il y avait quelque chose à faire sur un outil où il n’y avait pas encore de positionnement sur ce sujet à Strasbourg, à savoir Instagram.
Quel était l’objectif en montant cette page ?
Hugo : On voulait créer un espace de parole sur le harcèlement de rue. On avait la sensation que plus l’espace de parole s’ouvrait, moins les gens avaient peur de parler. Le retour qu’on a eu après quelques jours, c’était : « Je me sens beaucoup mieux maintenant que je sais que je ne suis pas toute seule sur ce bateau, ou tout seul. » Je dis tout seul parce qu’on inclut aussi des témoignages d’hommes.
Votre page ne publie pas seulement des témoignages autour du harcèlement ou des agressions sexistes ou sexuelles ?
Hugo : Des conseils et des initiatives ont aussi été échangés sur les commissariats accueillants pour porter plainte, comme celui de Neudorf. On a eu des professeurs de self défense qui ont donné des conseils. Des juristes ont parlé des moyens légaux de légitime défense. La page centralise beaucoup d’informations qu’on a voulu rendre accessible à tous.
Combien de témoignages avez-vous reçus ?
Hugo : Au total, on a reçu près de 5 000 messages. Parmi eux, près de 1 200 sont des témoignages de harcèlement de rue ou d’aggression sexiste ou sexuelle. Pour le moment, on en a publié près de 10%.
Comment expliquez-vous le succès de cette page, avec près de 10 000 abonnés en une semaine ?
Leila : Beaucoup de gens ont partagé dans leur story le compte de Vigilance Strasbourgeoises en recommandant de nous suivre, de témoigner. Ce qui a fait augmenter notre nombre d’abonnés, c’est une succession de comptes à 400, 500 abonnés qui nous ont mis en avant sur leur page perso.
Hugo : Sur Instagram, il y a beaucoup de jeunes donc on a joué sur des mots forts, pour jouer sur l’impact émotionnel et mobiliser directement. Les visuels, le rouge et le noir, ont très bien marché avec le message qui allait avec.
Capture d’écran de la page Instagram
Il y avait déjà des associations et des collectifs qui mobilisaient sur ces sujets. Pourquoi avoir créé une nouvelle page sur le harcèlement de rue ?
Hugo : Je n’ai pas vu la communication de ces associations et pages déjà créées, du moins dans la vie de tous les jours. Je n’y ai pas été confrontée alors que les témoignages, j’y ai été confrontés et c’est comme ça que j’ai pris conscience de la problématique du harcèlement de rue. Hier, on a fait un sondage et on a découvert que 65 % des hommes abonnés au compte de Vigilance Strasbourgeoises n’étaient pas conscients que le harcèlement de rue était si violent au quotidien. Moi aussi, j’ai pris conscience du sujet lorsque j’ai vu ces témoignages affluer.
Leila, Hugo, vous êtes deux fondateurs parmi les quatre que compte la page Vigilance Strasbourgeoises. Pourquoi les deux autres ont-ils choisi de rester anonymes ?
Hugo : Il faut savoir que pendant ces sept premiers jours de la page Instagram, on a reçu énormément d’insultes, de menaces de mort. Ça nous a bien retourné physiquement. Les deux collègues, qui ne souhaitent pas témoigner, en ont fait des nuits blanches.
Vous avez aussi été critiquée par certaines associations ou collectifs féministes ?
Hugo : La page collage féministe Strasbourg a exprimé un avis divergent sur notre action. Ils prônent la non-mixité et le rejet de la participation des « hommes cis » (des hommes dont le genre est masculin depuis la naissance, ndlr) dans n’importe quelle initiative féministe ou aux questions d’égalité. Nous avons publié leur avis sur nous, en précisant que nous resterions sur cette recherche de témoignages. On n’est pas rentré dans l’invective. On a donné une visibilité à cette voix divergente pour que ceux qui ne nous trouvent pas assez bienveillants, ou déconstruits, puissent se désabonner et suivre des pages qui prônent la non-mixité. Cette transparence, on l’a aussi eue lorsque des rumeurs évoquaient des liens entre nous et un groupuscule d’extrême-droite (selon nos recherches, aucun des quatre membres fondateurs de la page Vigilance Strasbourgeoises n’a de lien avec la Cocarde étudiante, ndlr).
Pourquoi avez-vous décidé de laisser ce compte Instagram à Tiphany, la créatrice de la page Facebook « Témoignages & soutien violences sexistes de rue » ?
Hugo : La démarche de Tiphany sur Facebook nous paraissait équivalente à la nôtre sur Instagram. On s’est dit que Tiphany avait le même état d’esprit que nous, elle a une vision, elle est pour la mixité, elle est pacifique… Quand on a su qu’elle allait créer une association, on s’est dit qu’on pouvait lui donner notre outil de communication, ce qui aidera sans doute l’association à être prise au sérieux, notamment au niveau des instances publiques.
Ensuite, moi en tant qu’homme, blanc, cis, privilégié, je ne cache pas que je me sens pas le plus légitime, même si j’ai des compétences que j’ai pu apporter, je n’ai pas envie de voler le combat de quiconque. Donc aujourd’hui, on donne cet outil sans rien demander en retour.
Hugo et Tiphany, derrière deux pages Instagram et Facebook qui ont propulsé le harcèlement de rue et les agressions sexistes et sexuelles au coeur du débat strasbourgeois. Photo : Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc
Est-ce que cette association a déjà un nom ? Quel est son objectif ?
Tiphany : Pour moi aussi finalement, tout est allé très vite. À la base, je voulais simplement créer une carte et recueillir des témoignages dans un endroit bienveillant, sécurisant et rassurant. Car malheureusement dans d’autres groupes Facebook, il y a des rigolos qui s’amusent à réagir de manière déplacée à ces témoignages.
Ce qui m’a beaucoup frappé, au-delà des milliers de personnes qui ont rejoint le groupe, c’est l’énorme élan de solidarité et l’énergie disponible, donc je me suis dit qu’il y a quelque chose à faire ensemble. On est entre quarante et cinquante personnes qui veulent s’engager dans cette association.
Ensuite, la mairie a voulu nous rencontrer donc on a fait un sondage en interne pour demander quelles étaient les idées pour lutter contre ces phénomènes. On a récolté plein d’idées et je me suis dit, si on veut agir, être dans le concret, il faut créer une structure associative et lancer des projets. Je veux pas laisser retomber cette énergie extraordinaire contre le harcèlement de rue, les agressions sexistes et sexuelles. Et ce ne sont pas seulement des femmes qui veulent s’impliquer, mais aussi des hommes, très profondément marqués par ces témoignages. Donc pour moi c’est important de les inclure et de les sensibiliser. Pour moi, c’est ça le but aussi, de ne pas rester entre filles, parce que nous on sait ce que c’est le harcèlement de rue. C’est aussi de montrer le problème auprès de personnes qui ne sont pas sensibilisées.
Quelle est votre position au sujet du groupe Facebook « Stras défense » qui cherche à organiser un collectif de défense citoyen contre le harcèlement de rue ?
Tiphany : Je ne connais pas ces gens, ni leur intention. Les milices citoyennes risquent-elles d’être violentes ? C’est une possibilité, on ne peut pas l’exclure. Ils peuvent aussi partir d’un bon principe, avec des personnes extérieures qui souhaitent être violentes. Donc je ne suis pas contre rencontrer d’autres idées, d’autres projets. De là à faire des partenariats, je préfère mettre mon véto pour l’instant. La milice, je ne suis pas pour personnellement, ça peut trop vite escalader. Pour moi, la solution n’est pas de répondre par la violence, mais par l’éducation et la sensibilisation à long-terme en incluant toutes les instances publiques, les hommes et les femmes.
Quelle sera la thématique principale de l’association ?
Tiphany : L’urgence est de travailler sur le harcèlement et les agressions sexistes de rue. On a l’impression qu’il y a une recrudescence des témoignages après le confinement. On souhaite aussi repenser la place des femmes dans l’espace public. C’est intrinsèquement lié : on se sent moins en sécurité à certains endroits parce qu’il n’y a pas assez de lumière, les trottoirs sont trop serrés, etc. C’est pourquoi on veut travailler avec la municipalité et la police. C’est anormal que les femmes se privent de liberté pour qu’on n’attaque pas leur dignité.
Quels sujets ont été discutés lors de votre rencontre avec la municipalité ?
Tiphany : La Ville est globalement bien quadrillée par la vidéosurveillance, mais on travaillera ensemble en recoupant notre carte du harcèlement de rue avec celles des caméras pour voir où on pourrait en rajouter. La mairie, qui gère la police municipale, va mettre en place une formation sur le sexisme dans la rue. Elle a affirmé qu’elle sensibiliserait ses agents à la contravention liée à l’outrage sexiste, qui peut représenter 750 euros d’amende. Les policiers municipaux seraient habilités à appliquer cette contravention immédiatement car il ne s’agit pas d’une arrestation.
Pouvez-vous présenter un projet que vous souhaiteriez mettre en place ?
Tiphany : Pour améliorer l’accueil des victimes dans les commissariats, nous allons organiser une enquête interne que nous ferons remonter auprès de la municipalité. Nous allons recenser les témoignages pour savoir ce qu’il s’est passé quand les victimes se sont déplacées et comment elles ont été reçues. On va également organiser une rencontre entre la mairie, la police municipale et certaines victimes de violences. Le but est de comprendre pourquoi elles n’osent parfois pas porter plainte. Ça peut être une épreuve psychologique de répéter 30 fois la même chose. Certains policiers ne sont pas formés et n’adoptent pas un comportement adapté.
On va aussi mettre en place des campagnes de sensibilisation dans les transports en commun et travailler sur l’aménagement urbain. Depuis quelques années, le dispositif des « marches exploratoires » permet à des citoyens de suivre un circuit dans certains quartiers pour voir ce qui est à améliorer. On souhaiterait le développer sous le prisme des femmes. Parfois, on pense qu’il faut éteindre les lampadaires par souci écologique mais sans lumière, on ne se sent pas en sécurité le soir dans la rue.
Quelles sont vos revendications auprès de la municipalité ?
Tiphany : D’abord, il faut travailler sur l’accueil des victimes au commissariat. On veut inciter les femmes à porter plainte et poser une main courante, même pour harcèlement. La police doit assurer une écoute active des victimes et ne pas remettre leur parole en cause. On pense former des personnes qui accompagnent les victimes au commissariat pour qu’elles ne soient pas seules, qui les aident dans leurs démarches de plainte. On aimerait aussi plus de tolérance sur les bombes de poivre ou lacrymogènes, qui sont parfois confisquées par la police lors de contrôles. On doit se sentir en sécurité et avoir la possibilité de s’échapper grâce à cela. Notre but est de sensibiliser le grand public. Des outils existent pour désamorcer les harcèlements dans la rue, il faudrait une formation de masse pour que chacun en ait conscience. Quand on voit une agression se dérouler, on peut intervenir en faisant semblant de connaître la victime. Si elle n’est plus isolée et que le harceleur est exposé, il sera forcé d’arrêter.
Pensez-vous que Strasbourg peut prendre un virage féministe ?
Tiphany : On sent qu’il y a de l’espoir. Quand on voit autant de personnes mobilisées, on se dit qu’on peut changer les choses. Les harceleurs représentent une minorité, alors il suffit que la majorité se dresse contre ces personnes et il n’y aura plus de raison pour que le harcèlement continue de déferler. Au-delà de la revendication féministe, ce problème nous concerne tous, c’est un phénomène de société. On est optimiste. Dans la continuité du mouvement #MeToo, on a l’impression que la prise de conscience est forte grâce à la sensibilisation et à la libération de la parole
Rédacteur en chef de Rue89 Strasbourg. Spécialisé depuis 2019 en enquêtes locales, à Strasbourg et en Alsace sur des sujets variés allant de l’extrême-droite à l’hôpital public en passant par la maison d’arrêt de Strasbourg, les mouvements sociaux, les discriminations et l’expertise-psychiatrique.
Fin juillet, des milliers d’étudiants salariés de Lidl reçoivent leur prime Covid. Problème : il manque plusieurs centaines d’euros. Le service chargé de la paie a pris en compte le temps de travail du contrat, et non les heures réellement travaillées. L’entreprise promet de réparer l’erreur sur la paie du mois d’août.
Face à la première vague de coronavirus, ils ont travaillé 30 heures voire plus par semaine en mars, en avril et en mai. Pourtant, plusieurs salariés en contrat étudiant chez Lidl n’ont reçu fin juillet qu’une partie de la prime promise. Le service chargé de la paie du distributeur allemand n’a pas pris en compte les avenants aux contrats des jeunes employés. Ils ont ainsi reçu 150 euros si leur contrat initial était de 7 heures hebdomadaires, ou 300 euros pour 15 heures par semaine.
« Nous sommes les dindons de la farce comme d’habitude »
« Dépité alors qu’on nous avait promis une prime proratisée ». Ces jeunes ont découvert leur fiche de paye avec amertume et ont partagé leur déception dans un groupe Facebook privé :
« On nous a bassiné pour venir travailler pendant le confinement avec comme motivation qu’il “y aura une prime pour tous les étudiants qui bossent à 30 heures.” Et au final, une fois le confinement terminé, pas de prime, ou du moins pas grand-chose. Nous sommes les dindons de la farce comme d’habitude. »
Le centre commercial Lidl de Bischheim, ouvert en octobre 2017, est emblématique de la nouvelle génération de magasins du groupe. Photo : Mickaël Moebs / Rue89 Strasbourg / cc
Le géant allemand Lidl est resté plus prudent, annonçant en mai une prime indexée sur le temps de travail et versée en juillet. Salariée étudiante d’un supermarché Lidl en Alsace, Manon (le prénom a été modifié) s’attendait à recevoir 600 euros après avoir travaillé 30 heures hebdomadaires. L’employée en a finalement reçu la moitié. Le service chargé de la paie a pris en compte le temps de travail inscrit dans son contrat initial, en ignorant l’avenant qui a augmenté le nombre d’heures par semaine.
Unsa : « Un coup au moral pour ces collègues »
Secrétaire général du syndicat Unsa Lidl, Mohamed Sylla décrit le mode de calcul de cette prime négociée avec la direction :
« Chez Lidl, la prime est indexée sur le temps de présence du 16 mars au 7 juin. Cette prime est de 600 euros pour 30 heures par semaine, pour la partie supermarché et entrepôt. Pour la partie administrative, c’est 300 euros pour 30 heures de présence. »
Le responsable syndical comprend la déception des salariés étudiants :
« Théoriquement, l’entreprise devait tenir compte des heures réalisées, en incluant l’avenant au contrat. Mais Lidl n’a pas tenu compte des heures réellement travaillées. Pour nous c’est inacceptable. Les étudiants forment un grouge d’environ 7 à 8 000 salariés chez Lidl. Cette population a été ignorée. Lidl parle d’oubli… Mais c’est un coup au moral pour ces collègues. »
Une erreur réparée en août ?
Contactée, la direction de Lidl assure que « l’investissement des salariés étudiants qui ont effectué plus d’heures que leur base contrat durant la période Covid sera reconnu à hauteur de leur engagement. » Lidl versera « une somme complémentaire tenant compte du volume réel des heures effectuées lors de cette période sur la paie du mois d’août. » Il fallait juste attendre…
Rédacteur en chef de Rue89 Strasbourg. Spécialisé depuis 2019 en enquêtes locales, à Strasbourg et en Alsace sur des sujets variés allant de l’extrême-droite à l’hôpital public en passant par la maison d’arrêt de Strasbourg, les mouvements sociaux, les discriminations et l’expertise-psychiatrique.
Your Upgraded Plastic (YUP!) est un projet de fabrication de bobines de filaments pour l’impression 3D avec du plastique recyclé. Trois étudiants en ingénierie de Strasbourg créent leur entreprise pour donner une deuxième vie à ces déchets.
Vincent Greff, Mathieu Souhil et Marc Arenz, âgés de 22 à 23 ans, finissent leurs études spécialisées en ingénierie des polymères. Ensemble, ils comptent créer la société Your Upgraded Plastic ! (YUP!). Elle aura pour but de produire des filaments en plastique recyclés utilisables par les imprimantes 3D.
Ils comptent faire fondre de l’acide polylactique (PLA), un plastique, notamment utilisé dans l’emballage alimentaire. Mais leur projet permettra de réutiliser également des plastiques à base de polypropylène (PP), de polyéthylène (PE) et de polytéréphtalate d’éthylène (PET). Dans un second temps, l’équipe envisage de recycler du polystyrène.
Qui a du plastique en trop ?
Pour fournir la matière première, Marc, Vincent et Mathieu cherchent des entreprises ou des associations en Alsace qui voudraient se débarrasser de leurs déchets plastiques. Ils ont besoin de 150 kg de plastique par mois pour équilibrer les frais de production. Par exemple, 50 kg de PLA, 50 kg de PET, 50 kg de PE, selon leurs sources d’approvisionnement.
Pour s’approvisionner, YUP! vise les chutes et les erreurs de production, quand un produit n’est pas conforme par exemple. Les trois ingénieurs de formation souhaitent également récupérer les chutes issues des imprimeurs 3D et d’ordinaire jetées. Autre source potentielle : des emballages déjà utilisés. Les trois entrepreneurs pensent pouvoir récupérer gratuitement ces matériaux. Mathieu ajoute :
« Nous ciblons globalement les entités qui génèrent du plastique dans la région. Nous revaloriserons des produits plastiques qui ont déjà rempli leur première fonction. Ainsi, nous souhaitons favoriser l’économie circulaire car nous contrôlerons toute la chaîne de valeur. C’est ce qui est innovant. Nous récupérons les déchets, nous les trions puis nous les transformons en filaments pour les bobines. »
Mathieu, membre de Your Upgraded project ! (YUP!)
Une extrudeuse, une machine qu’ils ont appris à manier à l’école, permet ensuite de fondre les matériaux plastiques pour les transformer en filaments. Ces derniers sont assemblés en bobines rigides et utilisés pour imprimer en 3D.
Pendant la transformation du plastique, Mathieu explique qu’il y a moins de 1% de pertes : « Tout ce qui rentre dans l’extrudeuse ressort en filament. Donc il n’y a quasiment pas de pertes dans le processus ».
De gauche à droite, Marc Arenz, Vincent Greff, Mathieu Souhil, fondateurs du projet Your Upgraded Plastic ! Photo : YUP!
Devenir une start-up et trouver des investisseurs
Pour débuter ce projet, les futurs fondateurs doivent lever environ 200 000€ de fonds. Cette somme servira en grande partie à financer une extrudeuse performante et des machines comme un broyeur.
À la recherche d’investisseurs, les jeunes ont décidé de candidater pour rejoindre le Semia, un incubateur de start-up à Strasbourg financé par la Région Grand Est. Ils présenteront leur projet en septembre. S’ils sont sélectionnés, ils suivront une formation de trois mois avant d’être présentés à des investisseurs.
Un cycle écologique pour l’impression 3D
Côté clients, la start-up visera des entreprises qui commercialisent les imprimantes 3D et leurs recharges de filaments. Grâce à un sondage, Mathieu, Vincent et Marc ont constaté, notamment pendant la crise sanitaire, que des imprimeurs 3D de Strasbourg s’intéressaient également à l’aspect écologique que présentent ces bobines. Ils précisent :
« Nous voulons vendre directement aux makers, spécialisés dans le service d’impression 3D. Nous avons remarqué que les écoles d’art utilisaient aussi ces imprimantes. Elles demeurent des clients potentiels. Ce qui pousse les utilisateurs de bobines de filaments plastiques à s’intéresser à nos futurs produits, c’est l’enjeu écologique. Le plastique est un polluant, s’il est recyclé localement, il devient plus responsable. »
Selon leur étude de marché, il n’existe en France qu’une seule autre entreprise de production de filaments en plastique recyclé, à Nantes.
Sur le marché actuel, une bobine d’un kilogramme de filaments en plastique pour imprimante 3D coûte entre 20 et 70€. La gamme varie selon l’utilisation prévue du produit, sa résistance à l’eau ou à la chaleur. Mathieu précise les prix que la future start-up envisage :
« Selon nos prévisions, une bobine de fil recyclé coûtera entre 30€ et 50€ le kilogramme. Mais les prix varient en fonction de la matière. Par exemple, un plastique qui nécessite une résistance importante à la lumière du soleil coûtera plus cher qu’un plastique prévu pour faire des produits décoratifs, comme des figurines. Les prix varient aussi en fonction de la l’importance de la commande. »
Pénibilité, horaires instables, manque de reconnaissance et faible rémunération… Mobilisées tout au long de la crise sanitaire, les auxiliaires de vie attendent une revalorisation de leur métier.
« Pendant le confinement, je ne me suis jamais sentie concernée par les applaudissements à 20h, raconte Martine. Notre métier a été oublié. » Pour cette auxiliaire de vie sociale (AVS) dans le Bas-Rhin, le manque de reconnaissance et de rémunération a trop duré. Malgré la pandémie, Martine et ses collègues ont continué d’assurer la toilette, le repas, le ménage et une présence humaine pour des personnes âgées et dépendantes. Mais la prime Covid de 1 500€, promise par les Départements, semble loin d’apaiser les maux et la colère des aides à domicile. Rue89 Strasbourg a décidé de mettre en lumière ce métier souvent méconnu en suivant Martine au cours d’une de ses journées types.
Le café au lait d’Alice, 92 ans
7h55 à Ostwald. Équipée de son uniforme vert Abrapa, fourni par son employeur, d’un masque chirurgical et de ses chaussures « crocs », Martine entame sa tournée. « Comme plusieurs collègues s’occupent de cette dame, on se transmet un jeu de clé », explique-t-elle.
Martine s’affaire pendant qu’Alice petit-déjeune (photo Alice Ferber / Rue89 Strasbourg)
Installée dans son fauteuil, Alice, 92 ans, réclame son café au lait « que seule Martine fait si bien. » Après lui avoir apporté un bol fumant et une part de brioche, l’auxiliaire de vie remplit une grande bassine d’eau tiède. C’est l’heure de la toilette. Avec délicatesse, Martine frictionne le dos d’Alice à l’aide d’un gant savonneux. Un moment calme et respectueux, d’une quinzaine de minutes puis elle lui enfile ses bas de contention. « Aujourd’hui, je lui rendrai visite trois fois, annonce-t-elle. Je remplace mes collègues en vacances. »
Des horaires imprévisibles
À chaque intervention, l’auxiliaire de vie doit « bagder » pour identifier son heure d’arrivée et de départ. Grâce à une application mobile, elle connait l’adresse du bénéficiaire, les souhaits exprimés par sa famille ainsi que la « fiche-mission » qui liste ses tâches : toilette, courses, prise de repas, démarches administratives…
8h55 pétantes. En raison d’un désistement, Martine profite d’une pause de trois quarts d’heure. Une clope à la main, elle raconte comment les imprévus rongent son quotidien :
« Nos horaires ? On n’en a pas ! Je termine rarement avant 20h. Souvent, on m’appelle au dernier moment pour effectuer un remplacement. Il faut toujours être disponible. »
Absence de personnel qualifié
À bord d’une Renault Clio blanche, l’auxiliaire de vie roule jusqu’à l’antenne de secteur, qui couvre 12 communes autour de Geispolsheim. Au bureau, l’équipe Abrapa gère les plannings, les plaintes et les réclamations des employés, des bénéficiaires et de leur entourage. Sandrine Bianchi, la responsable de secteur, estime que « le problème de ce métier, c’est l’absence de personnel qualifié. » Elle affirme que le confinement a exacerbé ces difficultés :
« Entre les arrêts maladie, les suspicions de Covid et la garde d’enfants, c’était l’hécatombe. Les trois premières semaines de mars, les AVS manquaient de protections. À la pharmacie, elles n’étaient pas prioritaires pour recevoir des masques. Toutes avaient la peur au ventre, mais elles allaient travailler sans hésiter. Le contre-coup n’a pas tardé : beaucoup sont tombées malades. »
Neuf mois de formation… une augmentation d’un euro l’heure
Pour la responsable de secteur, tout le système économique est à changer :
« D’après la convention collective, on devrait rémunérer les aides à domicile à un niveau inférieur au Smic, ce qui n’est pas légal (le Smic étant à 1 219 euros nets mensuel, NDLR). Une aide à domicile de catégorie A, non diplômée, doit cumuler 14 ans d’ancienneté pour espérer une augmentation. »
Martine continue :
« C’est un cercle vicieux. Comme on est mal rémunérées, on doit faire des heures supplémentaires. Mais ça nous fatigue et ça plombe notre moral. Pour passer d’une catégorie C à B, une collègue a dû suivre une formation de 9 mois en plus de son boulot. Tout ça pour moins d’un euro de plus par heure travaillée. Sans bénéficier de 13e mois ni de prime vacances. C’est une honte. »
Jusqu’à 700 kilomètres par mois
Pour couvrir les 500 à 700 kilomètres roulés par mois, « plus besoin de GPS, je connais la route par cœur », plaisante Martine. « J’ai une voiture en bon état, avec la clim. Toutes mes collègues n’ont pas cette chance. Sur la route, je fais le vide, ça me repose. » Entre deux interventions, seulement 15 minutes de déplacement sont rémunérées comme du travail effectif… même quand le trajet dure une heure, en raison du trafic.
Le secteur de l’antenne Geispolsheim s’étend de Kolbsheim (nord-ouest) à Plobsheim (sud-est) Photo : Alice Ferber / Rue89 Strasbourg
Fixée par la convention collective, l’indemnité kilométrique dédommage 0,35€/km, ce qui couvre en partie le carburant et l’usure du véhicule. « Cette quote-part n’a pas augmenté depuis 2010 », déplore Sandrine Bianchi.
« Les auxiliaires de vie ne sont pas récompensées pour leur investissement, leur responsabilité et leurs compétences, ni pour leur résistance psychologique et physique. »
Sandrine Bianchi, responsable de l’antenne Gespolsheim Abrapa
Au volant de sa Clio, Martine sillonne les routes du Bas-Rhin Photo : Alice Ferber / Rue89 Strasbourg
De la musique à l’aide à la personne
Originaire de Laon dans l’Aisne, Martine a été professeure de musique à son compte pendant 30 ans. « J’ai enseigné dans les ZEP à Amiens, se rappelle-t-elle. Mais j’en ai eu assez, j’ai tout plaqué, puis j’ai postulé en tant qu’aide à domicile. C’était le seul secteur qui embauchait. »
En décembre 2006, elle rejoint l’Abrapa, principale association d’aide et de services à la personne du Bas-Rhin. Cinq ans plus tard, elle reçoit son diplôme d’auxiliaire de vie sociale. Une progression remarquable, à la hauteur de son investissement. La Laonnoise détaille l’épreuve pour obtenir son diplôme :
« Dans un dossier de vingt pages, j’ai dû décrire des situations d’aide à la mobilisation, à l’habillage, à la toilette, à l’alimentation, à la prise de médicaments ; situer le champ et les limites de mon action ; évaluer les besoins des personnes selon leur situation ; expliquer ma place dans la structure. Pour me préparer, j’ai participé à des journées de sensibilisation aux diverses maladies, ainsi qu’à des formations de secouriste du travail. »
Chez Jacqueline, s’assurer qu’elle n’oublie pas de manger
Chez Jacqueline (le prénom a été modifié), 70 ans, atteinte d’Alzheimer, le programme est dense. « Je m’assure qu’elle déjeune car parfois, elle est distraite et laisse le repas sur la table », commente Martine. Couper la viande en petits morceaux, vinaigrer la salade, tartiner le pâté, peler la pêche… L’auxiliaire de vie répond à tous les besoins de sa bénéficiaire. Après, il faut débarrasser, faire la vaisselle, nettoyer le plan de travail, noter les courses, faire le lit, plier et ranger les vêtements, et enfin s’assurer que les rendez-vous avec les autres intervenants soient bien fixés. Tout ça en une heure.
Pour déplacer seule ses bénéficiaires invalides, Martine dispose de matériel spécial : le soulève-malade, le verticalisateur, ou encore le tapis de glisse. « Parfois le revêtement n’est pas adapté, on n’a pas la place, expose-t-elle. Il faut s’adapter à chaque domicile. »
Retarder l’échéance de la maison de retraite
« Lorsque l’aide à domicile ne suffit plus, le bénéficiaire part en maison de retraite », explique Martine, dont l’action quotidienne permet de retarder cette échéance :
« Quand les personnes sont placées, elles perdent leurs repères, leurs habitudes, leur confort. À domicile, elles reçoivent de la visite, gardent un cadre de vie décent, se maintiennent éveillées. Elles sont encore actrices de leur vie. »
Pour « ses petites personnes », l’auxiliaire de vie n’épargne aucun effort : « J’essaie de préserver leur intimité sans les infantiliser. L’hygiène est cruciale, c’est leur dignité, tout ce qui leur reste. »
Fatigue, stress, charge physique et mentale
Au cours de la journée, il arrive que Martine cherche ses mots. La fatigue pèse. « Le surmenage, le stress, ça fait beaucoup, admet-elle. À cause de mon mal de dos, j’ai été arrêtée 15 jours après le confinement. » En outre, elle doit gérer l’entourage des bénéficiaires qui cherche souvent à surveiller voire contrôler son action.
« Mes problèmes, je les laisse devant la porte. Il faut toujours être de bonne humeur et bienveillante. Si une personne aidée est méchante, je lui pardonne. Elle a ses raisons. »
Martine, auxiliaire de vie sociale
Les AVS doivent endosser une lourde charge émotionnelle. « Au début de ma carrière, j’ai fait une “fin de vie”, se remémore Martine. Pendant deux heures, j’ai dû tenir compagnie à une sourde-muette atteinte d’un cancer qui avait décidé de mourir. Quand on est jeune, ça peut être choquant. » Parmi ses neuf personnes attitrées, la plupart sont infirmes ou atteintes de graves maladies :
« Entre Alzheimer, Parkinson, les handicaps lourds ou la vieillesse, certains cas psychiatriques sont difficiles à gérer. On s’attache beaucoup au début. Avec l’expérience, je sais prendre du recul. Le danger, c’est de trop s’investir. »
« J’apporte du confort, je crée une différence »
Malgré la pénibilité et le faible salaire, l’auxiliaire de vie aime son métier : « Je sens que la personne aidée a besoin de moi, sourit-elle. J’apporte du confort, je crée une différence. Et je suis autonome, je n’ai pas de patron derrière mon dos. »
« À force de côtoyer des personnes âgées, on attrape une forme de sagesse. Je me pose des questions sur mon futur, sur la mort. »
Martine
« Elle s’occupe bien de moi, hein, Martine ! », s’exclame Gisèle, 93 ans. De quoi émouvoir sa « précieuse aide » :
« Quand j’entends de tels compliments, je me dis que j’ai tout gagné. Je ne supporte pas de voir mes petites personnes souffrir. Surtout que je viens pour les aider. Parfois, je me sens impuissante. »
Martine assiste Gisèle pour son déjeuner (photo Alice Ferber / Rue89 Strasbourg)
Manque de reconnaissance
La dévotion, l’engagement et le courage des auxiliaires de vie sont rarement salués. « J’ai déjà été traitée de “boniche”, se désole Martine. C’est blessant et dévalorisant. Même dans les médias, on parle de nous de manière réductrice et dégradante » :
« Le 13 mai, des auxiliaires de vie d’Abrapa sont passées au journal télévisé de 13h sur TF1. Dans un reportage de deux minutes, on voit ma collègue dire bonjour, apporter le journal et sortir la poubelle. Comme si notre quotidien se résumait à ça. J’étais dégoûtée. Les gens ne se rendent pas compte de tout ce qu’on fait. Je veux que la vision de notre métier évolue positivement. »
La prime de 1 500€ versée par le Conseil départemental ? Martine y croira « quand elle sera sur mon compte en banque. » Pas avant l’automne, a priori. « On attend une prise de conscience, poursuit-elle. Le confinement a révélé que ce métier est indispensable. C’est cru, mais si on s’arrêtait, les personnes resteraient dans leurs excréments. Personne ne s’occuperait d’elles. »
Face au pic d’ozone prévu samedi 1er et dimanche 2 août, l’Eurométropole de Strasbourg et la préfecture du Bas-Rhin mettent en place des mesures pour diminuer la pollution atmosphérique.
L’association agréée pour la surveillance de la qualité de l’air dans le Grand Est (Atmo Grand Est) a estimé ce 31 juillet que le taux d’ozone dans l’atmosphère allait probablement dépasser le seuil d’information et de recommandation pour la deuxième journée consécutive. Ce seuil est franchi à partir de 180 microgrammes d’ozone par mètres-cubes relevés en moyenne horaire dans l’atmosphère. Atmo Grand Est recommande donc aux personnes sensibles et vulnérables d’éviter les activités physiques intenses à l’extérieur comme à l’intérieur ainsi que les déplacements sur les grands axes routiers en heure de pointe, peut on lire sur son site.
En période de pic d’ozone, les tarifs des transports en commun baissent. Photo : JC / FlickR / cc
Ce qui change à partir de demain
Pour réduire ces émissions, l’Eurométropole encourage les usagers à se déplacer avec les transports en commun ou le vélo. Un ticket valable une journée sur le réseau CTS (bus et tram) est abaissé à 1,80 euros pour des titres achetés en stations et à 2 euros pour les achats dans les bus. Les Vélhop seront en location à 3 euros pour la journée dans les boutiques centre, gare, université, Koenigshoffen et Schiltigheim. Sur le réseau 67 de la région Grand Est, le forfait spécial « pollution air » permet d’effectuer un aller-retour à 2,50 euros.
La préfecture du Bas-Rhin a aussi annoncé des mesures concernant les automobilistes. A partir du samedi 1er août, dès 6 heures, la préfète a annoncé une baisse de 20 km/h de la vitesse maximale sur les autoroutes et les routes à chaussée séparée sans descendre en-dessous de 70 km/h.
Locataire d’un logement social géré par le Foyer Moderne de Schiltigheim, Martiale Koungou se bat contre les rats depuis le mois de mars. Installée dans ce cinq pièces sous les combles avec six de ses enfants, elle compose aussi avec des infiltrations et une isolation défaillante. La mère de famille affirme en avoir informé son bailleur. Sans effet.
Dans un coin de sa cuisine, Martiale Koungou a posé par terre un verre à bière cassé, hérissé de bris tranchants. « C’est pour qu’ils se blessent en sortant du trou », explique-t-elle. « Ils », ce sont les rats qui se promènent dans sa cuisine et dans sa chambre depuis maintenant cinq mois. La nuit de préférence.
Ces rats pullulent au sein du logement et parviennent à se frayer un chemin malgré les "solutions" apportées par le bailleur, si bien que ma mère doit se débrouiller elle-même à boucher les nombreux trous avec des bouteilles en plastique!!!! pic.twitter.com/OHTWvBziDz
Martiale a commencé par entendre des bruits dans les plafonds en mars, peu avant le confinement. « Quand on tapait sur la cloison, ça se calmait », se souvient-elle. Puis l’une de ses filles commence à se plaindre que ses vêtements sont « rongés par quelque chose ». La jeune femme dit même avoir vu « une bête ». Quelques jours plus tard, Martiale retrouve l’un de ses bébés avec des traces de morsures sanguinolentes sur le front, dans le berceau qu’il occupe à côté de son lit. Un soir, elle finit par tomber nez à nez avec l’un des rongeurs.
Dégâts laissés par les rats dans la cuisine de l’appartement. Photo : Victoire Pirot / Rue89 Strasbourg / cc
Alerté, le bailleur social mandate une entreprise de dératiseurs. Ils passent une première fois en mai, à la fin du confinement, puis en juin, pour poser des pièges collants et reboucher les trous avec un mélange empoisonné ou des plaques métalliques. Problème : plusieurs semaines après, les rats sont toujours là. « J’en ai encore vu un hier soir dans la cuisine, se désole Martiale. Ils ont fait de nouveaux trous. »
Dans la chambre des enfants, Martiale Koungou a laissé un piège collant pour les rats. Photo : Victoire Pirot / Rue89 Strasbourg / cc
« On ne peut pas laisser les gens vivre ce que je vis ! »
Excréments laissés sur le sol, paquets de chocolats grignotés, traces de pattes sur les draps… les marques de leur présence sont bien visibles. Une situation qui l’angoisse : « On ne peut pas laisser les gens vivre ce que je vis !, s’agace-t-elle. J’ai déserté mon lit. Je dors dans le salon, mais on les entend quand même. »
Martiale Koungou montre un paquet de chocolat grignoté par les rats. Photo : Victoire Pirot / Rue89 Strasbourg / cc
Pour Martiale Koungou, cette invasion de rats vient s’ajouter à une longue liste de désagréments rencontrés depuis son arrivée dans les lieux, en 2013. À commencer par des portes qui se sont parfois bloquées toutes seules, enfermant ses enfants aux toilettes ou dans leurs chambres. « On a tout essayé pour les ouvrir à chaque fois mais on a dû les forcer. Depuis on ne les ferme plus. »
Certaines portes se bloquaient sans raison, enfermant les enfants de Martiale Koungou aux toilettes ou dans leurs chambres. Photo : Victoire Pirot / Rue89 Strasbourg / cc
Infiltrations et mauvaise isolation
Autres nuisances : les canalisations de la cuisine, régulièrement bouchées malgré les tamis installés dans l’évier, et les infiltrations d’humidité dans sa chambre. « Vous voyez les marques, demande-t-elle en désignant la poutre au sommet de la charpente, quand il pleut dehors il y a des gouttes qui tombent à l’intérieur à cet endroit. » L’isolation laisse également à désirer. « L’hiver, le froid passe par là », explique-t-elle en désignant une faille courant dans le mur le long d’une poutre. L’été, il y fait particulièrement chaud.
« L’hiver, le froid passe par là », explique-t-elle en désignant une faille courant dans le mur le long d’une poutre. Photo : Victoire Pirot / Rue89 Strasbourg / cc
Logée sous les combles également, dans le même bâtiment, Jessica Ruesz rencontre des problèmes similaires à ceux de sa voisine. Pendant le confinement, des rats avaient élu domicile sous son évier, l’obligeant à sortir toute la nourriture des placards. Elle a retrouvé à plusieurs reprises de l’urine et des crottes de rats sur les plinthes de son salon.
Une trappe rongée par les rats chez Jessica Ruesz. Photo : Victoire Pirot / Rue89 Strasbourg / cc
Les dératiseurs sont aussi passés chez elle à plusieurs reprises depuis mai, mais les rats reviennent en passant par la fenêtre : « Je le sais parce que j’en ai déjà vu repartir par là. » La jeune femme est donc obligée de les garder fermées, malgré la chaleur. Faute de mieux. (« Lorsqu’il est passé, le dératiseur m’a dit que de toute façon, il faudrait refaire entièrement le logement, détaille-t-elle. Car le rats trouveront toujours un moyens de passer dans les combles ») Jessica fait aussi état d’une isolation insuffisante et d’infiltrations. « Vous voyez les marques ? Quand je suis arrivée il y a trois ans, la peinture était nickel », explique-t-elle en désignant le mur mansardé de son salon.
Une demande de relogement refusée
Les appartements de Jessica Ruesz et Martiale Koungou sont tous les deux situés en face d’un immeuble ayant été ravagé par un incendie criminel en septembre dernier. Le sinistre a causé la mort d’un enfant : Maël, le meilleur ami d’un des fils de Martiale. Profondément marquées par ce drame, les deux femmes ont chacune déposé une demande de relogement peu de temps après. Martiale explique :
« J’ai fait une demande de nouveau logement au CCAS de Schiltigheim. Ils m’ont dit que tous les dossiers avaient été remis à la CUS de Strasbourg. Comme ça n’avançait pas, j’ai finalement écrit à Brigitte Macron qui a confié mon dossier à la Préfecture du Bas-Rhin. On m’a conseillé d’écrire à la commission du DALO (Droit au logement opposable, ndlr). C’est ce que j’ai fait. »
Martiale a reçu une réponse cette semaine : la commission a rejeté sa demande, considérant « qu’elle relève de la mutation interne et ne revêt pas le caractère d’urgence » et « que le dossier est incomplet. » Le courrier mentionne deux documents manquants, dont un justificatif de ressources qu’elle affirme pourtant avoir fourni.
« Les rats trouveront toujours un moyen de passer »
Contacté, le Foyer Moderne, bailleur social du logement de Martiale Koungou, reconnaît une « invasion de rats pendant le confinement ». « L’immeuble incendié n’a pu être nettoyé que récemment, explique Pierre Staub, directeur général du Foyer Moderne. Il restait de la nourriture dans les frigos et les appartements, c’est un véritable festin pour les rats. »
Les entreprises de dératiseurs ne pouvant intervenir à domicile de mi-mars à mi-mai, du fait de la crise sanitaire, la prise en charge du problème a été retardée. Mais il estime que l’invasion est aujourd’hui « sous contrôle. C’est sans aucune mesure avec ce qui s’est passé pendant le confinement. » Le directeur général du Foyer Moderne exclut en revanche de faire des travaux de rénovation dans les logements des deux femmes : « Ce sont des bâtiments anciens, les rats trouveront toujours un moyen de passer. »
« Aucun signalement à notre connaissance »
Si le bailleur a reconnu être informé de la présence persistante de rats chez Jessica Ruezs, il affirme en revanche ne pas avoir été mis au courant de la situation de Martiale Koungou, tant concernant les rongeurs que les autres désagréments subis : « Elle n’a fait aucun signalement à notre connaissance. » Une réponse qui met la mère de famille particulièrement en colère : « Je n’arrête pas de les appeler ! Les voisins peuvent en être témoins ! »
Concernant les demandes de relogement enfin, le bailleur affirme que la situation des deux femmes sera traitée en priorité : « Le Foyer Moderne favorise toujours la mutation interne, insiste Pierre Staub. Mais elles veulent rester dans le centre, ce qui complique les choses. Je n’ai pas de logement disponible pour elles pour le moment. » Reste le problème des pièces justificatives à verser au dossier de Martiale Koungou pour lancer la procédure. Cette dernière persiste et signe : elle les a bien envoyées. Le bailleur affirme n’avoir rien reçu.
Nous sommes le 29 juillet 2020, et aujourd'hui ma mère a reçu de la part du service "Hébergement-Logement" de la Préfecture de la Région Grand-Est (@Prefet67), un refus suite à une demande de relogement sous le motif que sa demande ne serait pas "urgente".
Excédée par la situation de sa mère, c’est sa fille Kelly, vivant à Paris, qui a interpellé médias et acteurs sociaux sur Twitter mercredi soir pour tenter de faire bouger les choses. Elle a lancé jeudi 30 juillet une cagnotte en ligne pour aider sa famille. En une journée à peine, cette dernière a récolté plus de 1 000 euros de dons.
Suite aux affrontements à Dijon, très médiatisés, la communauté tchétchène de Strasbourg a réagi afin de lutter contre le discrédit jeté sur toute une communauté.
Le plus loin possible de la porte. La chaise à l’autre bout de la table. « C’est comme ça qu’on reçoit l’invité », explique Shamil Saiev. « Vous asseoir près de la porte serait considéré comme une invitation à partir. Ce sont de petites choses, mais c’est la tradition », glisse le jeune Français d’origine tchétchène de 31 ans.
C’est un de ces samedis soirs de fin juin où le soleil traîne encore ses rayons. Dans les locaux de l’Association tchétchène d’intégration (ATI) du quartier des Poteries à Strasbourg, Shamil Saiev réagit à un article du magazine Paris-Match qui a titré à sa Une : « Alerte aux Tchétchènes, enquête sur une communauté discrète et inquiétante ». Pour ce docteur et assistant de recherches en physique moléculaire à l’Université de Mons en Belgique, ces mots sont choquants. Ils jettent le discrédit sur toute une communauté qui a choisi de combattre les préjugés.
Samedi 27 juin. Nous sommes deux semaines après les événements de Dijon. Des membres de la communauté tchétchène « venus de toute la France » ont voulu venger l’un des leurs. Il aurait été humilié avec un pistolet dans la bouche par un membre de la communauté maghrébine. L’image a circulé sur tous les réseaux sociaux nourrissant un amer sentiment d’humiliation pour les Tchétchènes. Avec ce conflit présenté comme « communautaire » ou « inter-ethnique », le quartier dijonnais des Grésilles a fait la une de l’actualité pendant trois jours. Le maire (LR) de Nice Christian Estrosi a même déclaré que dans certains quartiers de France, « la communauté tchétchène [luttait], face à d’autres communautés, pour avoir le monopole du marché de la drogue ».
Sur Twitter, l’essayiste Raphaël Glucksmann s’est fendu d’un tweet en réaction à la Une du magazine. Photo : Capture d’écran
C’est finalement lors d’une conférence de presse organisée le 22 juin au centre socioculturel Le Galet à Hautepierre que huit organisations ont demandé aux pouvoirs publics d’agir dans les quartiers pour faire respecter la loi. Et s’ils ont condamné l’initiative de plusieurs Tchétchènes de s’être rendus à Dijon, les responsables associatifs l’ont aussi affirmé : ils comprennent. Puis, trois mots sont lâchés par l’un des participants : « le code d’honneur ». Trois mots qui vont cristalliser les échanges avec les journalistes présents.
« Le code d’honneur. Qu’est-ce que ça veut dire en fin de compte ? », interroge Zelimkhan Chavkhalov. Cet avocat au barreau de Strasbourg, âgé de 30 ans et membre fondateur de l’Association tchétchène d’intégration, évoque le malaise qu’il a ressenti pendant la conférence de presse :
« Le terme est sorti. La notion importante c’est l’honneur, qui est régi par des normes. Ce n’est pas un code d’honneur de mafia, c’est un code d’honneur culturel. Il y a un point contraire à la loi française, c’est la vendetta. On est en France, il y a une loi, il faut la respecter. On essaie d’appeler nos jeunes à agir dans le cadre légal mais il faut bien comprendre que c’est de la responsabilité de l’État que des quartiers entiers ne soient plus tenus par des trafiquants ».
À 30 ans, Zelimkhan Chavkhalov est avocat au barreau de Strasbourg. Photo : Ophélie Gobinet / Rue89 Strasbourg / cc
« On a vécu le pire, finalement », reprend Zelimkhan Chavkhalov. « Des jeunes qui arrivent avec des battes et autres, ça peut choquer. Ça nous choquera beaucoup moins. C’est un des facteurs qui peut expliquer ce qui s’est passé à Dijon », suppose-t-il. Arrivé à Strasbourg à l’âge de 13 ans, lui et sa famille poursuivent leur route en Bretagne où ils vivent jusqu’en 2009 avant de revenir en Alsace. Enfant, il a vécu les deux guerres de Tchétchénie et se souvient des bombes, des balles qui sifflent au-dessus de sa tête, des cadavres. Adolescent, il a eu des crises d’épilepsie nocturnes liées à ces traumatismes. Passé par le lycée Couffignal, il s’inscrit à la fac de droit et monte progressivement les échelons. Il a prêté serment il y a un an.
Une jeune génération qui sourit aux clichés
En 2017, Zelimkhan Chavkhalov participe à la création de l’Association tchétchène d’intégration. « L’intégration n’est pas l’assimilation », précise-t-il. Le but : donner des cours de français aux primo-arrivants, les orienter dans les démarches administratives, informer sur les filières d’études supérieures.
En 2017, Zelimkhan Chavkhalov participe à la création de l’Association tchétchène d’intégration. Photo : Ophélie Gobinet / Rue89 Strasbourg / cc
Naturalisés français, diplômés, Zelimkhan Chavkhalov et Shamil Saiev incarnent cette jeune génération d’origine tchétchène qui reste attachée à ses valeurs et se glisse dans la société française. Une génération qui n’oublie pas d’où elle vient et qui sourit de l’image qu’on peut avoir d’elle : le culte de l’homme fort et viril, les grosses berlines allemandes, le MMA (Mixed Martial Art), la lutte… « J’ai fais du karaté kyoshunkai, un truc que ne font quasiment jamais les Tchétchènes », rétorque l’avocat.
« La guerre ça laisse des traces », ajoute-t-il d’un air grave. « On doit être forts psychologiquement et physiquement. Bon, sur ce dernier point je suis un mauvais exemple, même si je vais à la salle de sport ». L’homme au physique élancé éclate de rire.
Après la conférence de presse, un ami lui a envoyé une vieille vidéo où des légionnaires de la Légion étrangère récitent leur code d’honneur. Zelimkhan Chavkhalov commence à réciter des mots dont il se souvient : « chaque légionnaire est ton frère d’armes… ». La suite : « Tu lui manifestes toujours la solidarité étroite qui doit unir les membres d’une famille. »
« Vous avez lu Alexandre Dumas ? »
Solidarité. Famille. Un « mécanisme de défense qui nous a permis de survivre à une certaine époque », rebondit Shamil Saiev. Des valeurs très fortes au sein de la communauté, indissociables de l’histoire chaotique de la petite République du Caucase marquée par la déportation et ravagée par deux guerres (1994-1996 et 1999-2000). En 2003, la capitale Grozny, « la Terrible » en russe, est considérée comme la ville la « plus détruite au monde » par l’ONU. Aujourd’hui, c’est à partir de souvenirs et de mémoires que la diaspora tchétchène construit son histoire en France et à Strasbourg.
Petite République du Caucase, la Tchétchénie compte près de deux millions d’habitants. Photo : Capture d’écran
Dans le quartier de Hautepierre, Naourbek Chokuev, responsable de l’association Vivre, enseigne le français et l’anglais à des russophones. C’est lui qui est à l’origine de la conférence de presse. À 53 ans, il est arrivé en France en 2002 pour fuir la guerre. « Vous avez lu Alexandre Dumas ? », est l’une des premières questions qu’il pose, fier d’expliquer que l’auteur français a consacré un ouvrage à la résistance tchétchène lors d’un voyage dans le Caucase en 1858. Impeccable dans son costard sombre, l’homme aux yeux bleus perçants a un credo : « les études et le travail ». Marié et père de trois enfants, il vit depuis dans la maille Karine et évoque les dérives qu’il observe :
« La drogue, chez nous, c’est la honte. Beaucoup de monde cherche à partir d’ici. Je vois des jeunes livrés à eux-mêmes… C’est impensable dans notre culture ! La discipline de soi, la générosité, l’hospitalité, la patience l’endurance, l’honnêteté, la fidélité, le courage : sans ces valeurs fondamentales, on ne peut pas être Tchétchène. »
Naourbek Chokuev a commencé à apprendre le français dès la première nuit de son arrivée à Paris. Photo : OG / Rue89 Strasbourg
À côté de lui, sa fille Amina Chokueva, 20 ans, approuve. Vêtue d’un jogging noir, elle sort d’une séance de muscu et s’excuse de sa tenue. Puis, elle replace correctement son voile bordeaux sur la tête. Sur certains mots, la voix de la jeune femme trahit une pointe d’accent alsacien. Elle n’avait que deux ans lorsque ses parents sont arrivés en France et ne conserve quasiment aucun souvenir de la Tchétchénie. « Je suis très fière de mon pays », explique-t-elle, précisant qu’elle lit quasiment tout ce qui concerne la terre où elle est née. Elle esquisse un sourire : « Beaucoup de gens ne savent même pas où situer la Tchétchénie sur une carte ».
Diplômée d’un bac pro dans le commerce, c’est après le lycée qu’elle a décidé de se voiler. « Ma mère ne le porte même pas. Je ne savais pas trop comment mes parents allaient réagir… alors que jusque-là, je m’habillais toujours court avec les cheveux lâchés », se souvient-elle. Son père a respecté son choix.
À Hautepierre, l’association Vivre propose des cours de français et d’anglais à des russophones de tous âges. Photo : document remis
Outre l’honneur, la liberté est une autre valeur fondamentale qui guide l’histoire tchétchène. D’ailleurs « bonjour » se traduit littéralement par « arrive libre ». « Au revoir » se dit « va libre ». « Ce sont les femmes qui transmettent ces valeurs de ne pas se plaindre ou admettre nos faiblesses. Ce sont elles qui élèvent les enfants. Elles sont plus costauds que les hommes », estime Shamil Saiev.
Action culturelle organisée par l’association Vivre sur le parvis du centre socioculturel de Hautepierre. (Photo : document remis).
Des frontières d’une génération à l’autre ?
Au coeur du quartier des Poteries, flanqué au coin d’un immeuble de l’avenue François Mitterrand, le local de l’association Daymerkhan Khertch. L’endroit est aussi une mosquée où convergent de nombreux fidèles de la communauté.
Salamu Akhmadov est imam à la mosquée des Poteries. Photo : OG/Rue89 Strasbourg
L’imam Salamu Akhmadov est arrivé en France il y a six ans et ne parle que quelques mots de français. Il observe la jeune génération de Français d’origine tchétchène qui cultive une double identité :
« La génération des années 90 n’est pas la même que celle de leurs parents. Certains sont bilingues, d’autres ne parlent même plus le russe. Ils n’ont pas vécu les mêmes choses, ils n’ont pas vu les mêmes images. Mais les parents les éduquent en leur donnant de bonnes bases. Peu importe le pays, peu importe la communauté, les choses changent d’une génération à une autre, même en France. En bien ou en mal. La génération qui grandit ne sera jamais la même que la suivante ».
À 28 ans, Jonas Magot prépare le concours d’entrée à l’école des avocats. Photo : Ophélie Gobinet / Rue89 Strasbourg / cc
Pour Jonas Magot, qui traduit les propos de l’imam, sa génération est celle qui fait le lien entre les plus jeunes, nés en France, et les anciens. Âgé de 28 ans, l’homme au physique massif a grandi à Nancy puis à Saverne. Il a été éducateur en parallèle de ses études de droit et prépare actuellement son examen d’entrée à l’école d’avocat :
« J’avais 8 ans quand je suis arrivé en France. Quand on grandit dans un pays qui n’est pas le nôtre, on fait sa vie, il y a les copains, les jeux vidéos. À l’adolescence, on se pose des questions, on se demande d’où on vient. On le comprend d’autant plus quand on a l’opportunité de retourner chez nous, revoir notre famille. Certes, il y a des valeurs communes, mais la culture n’est pas la même. Si j’ai des différences déjà moi, alors que je suis né au pays, mes enfants comment ils seront ? Et les enfants de ceux qui seront là bas comment ils seront ? De toute façon, aujourd’hui, nous sommes tous interconnectés. Et on se dit que ces différences sont une grande richesse. »
Journaliste indépendante et professeur d’éducation aux médias. Sujets société, inégalités, éducation, police-justice. J’aime aussi écrire sur le rap et la culture hip hop de Strasbourg et d’ailleurs.
La nouvelle maire de Strasbourg a abrogé l’arrêté anti-mendicité pris par son prédecesseur Roland Ries. Jeanne Barseghian tient ainsi une promesse de campagne.
La simple « présence prolongée » est visée par l’arrêté anti-mendicité Photo : archives Rue89 Strasbourg
Un arrêté controversé, un symbole politique
L’article 2 de cet arrêté visait une occupation « accompagnée de sollicitations ou non ». Cette formulation laissait penser que la simple mendicité pourrait être réprimée. La période concernée était aussi restreinte aux périodes touristiques, comme si l’agressivité était plus supportable le reste du temps. Fin avril 2019, l’association de commerçants Les Vitrines de Strasbourg avait simplement salué un « arrêté anti-mendicité ». Elle omettait ainsi l’adjectif « agressive » censé l’accompagner. Pour un maire dit socialiste, cette décision ressemblait plus à une décision de certains édiles de droite, habitués de ce type d’arrêté parfois perçu comme « anti-pauvre ».
Par cette décision symbolique, la mairie de Strasbourg souhaite initier une nouvelle dynamique « dans une ville où un quart de la population vit sous le seuil de pauvreté. » Elle compte ainsi « promouvoir une prise en charge pluridisciplinaire en renforçant les moyens de l’équipe mobile de rue et en associant la prévention, la médiation, l’accompagnement social, médical, psychologique, le traitement des addictions, la recherche d’un logement et l’insertion sociale. »
Dans le prolongement des réflexions de Mickael Labbé, philosophe et soutien de la liste « Strasbourg écologiste et citoyenne », la mairie de Strasbourg a aussi rappelé son « attention particulière au mobilier et aux aménagements urbains afin de les rendre accueillants pour toutes et tous. »
Rédacteur en chef de Rue89 Strasbourg. Spécialisé depuis 2019 en enquêtes locales, à Strasbourg et en Alsace sur des sujets variés allant de l’extrême-droite à l’hôpital public en passant par la maison d’arrêt de Strasbourg, les mouvements sociaux, les discriminations et l’expertise-psychiatrique.
Incivilités régulières, poubelles à l’abandon, pannes d’eau chaude… Privés de concierge depuis six mois, les habitants de la Cité des peupliers sont excédés par l’inaction de leur bailleur social Neolia.
« Vivre dans un dépotoir, ça me déprime », souffle Amal (le prénom a été modifié). Depuis un mois, la résidente de la Cité des peupliers cherche à joindre Neolia, le bailleur social de son immeuble. « Pour qu’on vide les poubelles, qu’on s’occupe des herbes foisonnantes et qu’on remette un peu d’ordre ici », explique-t-elle. En vain. Les parties communes du 314 avenue de Colmar tombent en décrépitude. Exaspérés, plusieurs locataires songent à déménager.
Poubelles abandonnées et invasion de mouches
La mère nous fait visiter son cocon de 80 m², décoré avec goût et d’une propreté irréprochable. Dans la cuisine, sa fille prépare un brunch à base d’omelette et d’avocat. Un réveil en douceur, mises à part… les mouches qui envahissent la pièce. « La poubelle vient d’être changée, mais c’est toujours infesté. On ne peut même plus déjeuner tranquillement », fulmine -t-elle. Du haut de son balcon, elle aperçoit le capharnaüm qui sert de coin poubelle :
« Les odeurs nauséabondes sont si fortes qu’elles remontent jusqu’au 4ème étage. Impossible d’ouvrir la fenêtre sans être envahies par des bêtes. Alors que ma cuisine est impeccable ! C’est invivable. »
Depuis le balcon d’Amal, vue sur les poubelles laissées à l’abandon (photo Alice Ferber / Rue89 Strasbourg)
Ce matin-là, deux agents taillent les haies et tondent la pelouse. « Mon pire chantier », estime l’un deux :
« Quand on est venu ici pour la première fois, on a mis deux jours à tout déblayer. Ça devait faire un an que personne n’avait tondu. Parmi toutes nos interventions, les plus gros problèmes viennent de Neolia, qui ne commande qu’une taille en hiver contre les deux préconisées à l’année. Je pense qu’ils tirent les sous partout et préfèrent laisser les gens râler. »
L’accès aux poubelles, obstrué par la végétation foisonnante Photo : doc remis Une fois tondu, après plusieurs mois sans entretien Photo : Alice Ferber / Rue89 Strasbourg
Incivilités entre voisins
« Maintenant, même les personnes respectueuses se laissent aller, déplore une autre habitante. Si tout le monde jette ses poubelles n’importe où, ça devient l’anarchie » :
« Il ne s’agit pas d’incriminer tel ou tel voisin, chacun fait ce qu’il veut chez soi. Au lieu de laisser s’installer cette ambiance néfaste, il faudrait à l’ordre ceux qui fument des joints dans la cage d’escalier, mettent leur sono à fond à 4h du matin ou laissent traîner leurs paquets de chips et canettes. Sinon, il n’y a plus aucun respect. »
La veille, un voisin a jeté des meubles depuis son balcon, dégradant un arbre de la cour Photos : Alice Ferber / Rue89 Strasbourg La veille, un voisin a jeté des meubles depuis son balcon, dégradant un arbre de la cour Photos : Alice Ferber / Rue89 Strasbourg
7 mois sans eau chaude
Amal a enregistré une dizaine de vidéos pour prouver à Neolia l’extinction d’eau chaude dans son appartement (doc remis)
À la Cité des peupliers, les désagréments pullulent. De novembre à mai, Amal et ses deux enfants ont souffert d’une chaufferie défaillante. Vidéos à l’appui, elle se remémore cette période pénible, en attendant d’être remboursée par Neolia :
« Pour se laver, on devait chauffer l’eau à la bouilloire et la verser dans un saladier. En plus, un technicien a constaté que la température de mon logement était de 17 degrés, contre les 20 degrés contractuels à respecter. Je ne peux plus vivre ici. Je paie 53 euros de charges par mois, je n’ai ni cave ni grenier. Au bout d’un moment, stop. J’ai grandi au Neuhof, j’étais venue ici pour élever mes enfants dans un environnement sain. Je n’arrive pas à croire que je subis ça depuis 20 ans. »
« On a besoin d’un concierge, et vite ! »
Dans le bâtiment d’en face, Saïda et son mari Saïd Toutouh respirent la bonne humeur. Pourtant, le délabrement des lieux pèsent sur leur quotidien. « Pour inviter des amis à déjeuner, j’y réfléchis à deux fois, reconnaît Saïda. C’est la honte, regardez l’état des parties communes. »
Les poubelles débordent, les détritus jonchent le sol Photo : Alice Ferber / Rue89 Strasbourg Les poubelles débordent, les détritus jonchent le sol Photo : Alice Ferber / Rue89 Strasbourg Les poubelles débordent, les détritus jonchent le sol Photo : Alice Ferber / Rue89 Strasbourg
Pour Saïda, la Cité des peupliers est une histoire de famille. Les Chemlali ont grandi ici. Son frère Ahmed, sa belle-sœur ainsi que son père Chaid, 72 ans, sont devenus ses voisins. Habitant au dernier étage sans ascenseur, Chaid Chemlali a dû se passer de lumière dans les couloirs pendant plusieurs semaines. Saïda souligne l’importance d’Ali, qui a été le concierge de l’immeuble jusqu’en mars :
« J’ai signalé la coupure de courant à Neolia. Rien n’a été fait. Les jeunes peuvent mettre le flash sur leur téléphone pour s’éclairer, mais pas mon papa de 72 ans. Il est tombé, il a eu plein d’hématomes. Quand Ali est arrivé, ça a été réglé en une journée. On le considérait comme un membre de la famille tant il était bienveillant, souriant. Mais il est parti après six mois. Apparemment, on lui aurait refusé une augmentation. Même si on ne retrouvera jamais une perle comme lui, on a besoin d’un concierge, et vite ! »
D’après un locataire du rez-de-chaussée, le hall d’entrée est souvent inondé les jours de pluie (photo Alice Ferber / Rue89 Strasbourg)
Les promesses de Neolia
« Neolia n’entretient pas l’immeuble régulièrement. Ça bouge seulement quand on pousse un coup de gueule. Mais on est fatigué de les appeler sans cesse, on n’a pas que ça à faire ! »
Une locatrice de la Cité des peupliers
Après 20 ans à la Cité des peupliers, Amal songe à déménager Photo : Alice Ferber / Rue89 Strasbourg
Contacté, le bailleur social se dit « parfaitement conscient des dysfonctionnements sur cet immeuble ». Neolia promet d’organiser à l’automne une rencontre avec les habitants pour recueillir leurs doléances. En 2021, la Cité des peupliers devrait être réhabilitée pour « améliorer la performance énergétique des bâtiments et le bien-être des résidents. » L’organisme assure également qu’Alexandre, un nouveau concierge, a pris ses fonctions le 1er juillet. Au milieu de l’été, les résidents interrogés par Rue89 Strasbourg ne l’avaient encore jamais rencontré. « Il rentrera de congés début août », explique le bailleur.
Annoncé début juin par le ministre de l’Éducation nationale, le plan « vacances apprenantes » doit permettre aux élèves de 7 à 17 ans de pallier le retard pédagogique pris pendant le confinement. Mais le dispositif peine à cibler les décrocheurs.
« Les élèves les plus éloignés de l’école n’ont pas pu être impliqués dans cette opération malgré les efforts déployés », regrette Jacques Schweitzer, principal au collège Solignac de Strasbourg. Initié en juillet, le dispositif « école ouverte » se poursuivra au mois d’août. Il prévoit un renfort scolaire pour les écoliers, collégiens et lycéens le matin et des activités culturelles, artistiques ou sportives les après-midis. Mais les équipes pédagogiques n’ont pas toujours pu prioriser l’accès aux élèves décrocheurs ciblés par l’Éducation nationale.
« Les élèves les plus éloignés de l’école n’ont pas pu être impliqués dans cette opération malgré les efforts déployés », regrette Jacques Schweitzer, principal au collège Solignac de Strasbourg.
Sur son site internet, le rectorat se félicite d’avoir multiplié par cinq le nombre d’établissements mobilisés par rapport aux années précédentes. Mais les 150 structures actives cet été semblent bien peu par rapport aux plus de 1 500 établissements de l’académie de Strasbourg, de l’école primaire au lycée. 8 000 élèves y sont attendus.
Au programme : remise à niveau le matin, activités sportives et culturelles l’après-midi
À Lezay Marnesia dans le quartier de la Meinau, une dizaine de professeurs ont répondu présents à l’appel de la direction. Du 24 au 28 août, ce collège se muera en « école ouverte ». Fonctionnant en réseau avec les écoles de la Canardière, de la Meinau et de Jean Fischart, l’équipe pédagogique a prévu d’accueillir jusqu’à 200 élèves de Cycle 3 (CM1, CM2, 6ème).
Au cours de la semaine, des stages de remise à niveau seront assurés pour les matières fondamentales, le français, les maths et l’histoire-géo. En prévision de la rentrée, l’objectif est de « rétablir un esprit de travail et de la rigueur », selon Ariele Gary, cheffe de l’établissement.
Les après-midis, les élèves du réseau pourront s’essayer au graffiti avec l’artiste strasbourgeois Jako ou esquisser quelques pas de flamenco. Des sorties culturelles permettront aux plus jeunes d’apprendre à s’orienter en pleine ville. Toutes ces activités seront gratuites. Les comédiens du théâtre national de Strasbourg offriront aussi une lecture de l’Odyssée aux élèves et concluront la semaine par une représentation gratuite et ouverte aux habitants du quartier, au LAC (lieu d’art et de culture de l’établissement).
Un dispositif sur la base du volontariat
L’ensemble du plan repose sur le volontariat des professeurs. Avec les enseignants, la direction de l’établissement organise son propre projet d’accueil et définit le nombre d’enfants qu’elle est en capacité d’accueillir :
« Pour le moment, ce qui est surtout compliqué, c’est de faire venir les élèves, explique Fabrice Copyloff, enseignant syndiqué CGT au collège Sophie Germain de Strasbourg. On a été en « école ouverte » pendant deux semaines, début juillet, mais tout s’est décidé fin juin, alors qu’une bonne partie des collégiens n’étaient pas revenus en classe à la sortie du confinement. C’était un peu précipité, donc la communication autour du dispositif n’a pas été très efficace »
Fabrice Copyloff, enseignant syndiqué CGT au collège Sophie Germain à Strasbourg
« On n’a pas eu le temps de souffler », estime pour sa part Ariele Gary. Classé REP, son collège est rompu au dispositif déployé chaque année aux vacances d’octobre et avril. « Cette année est particulière au niveau du délai court de mise en place et du besoin des élèves ». Ce qui change, c’est « l’engouement suscité par les propositions de vacances apprenantes » explique de son côté Jacques Schweitzer. Proche du Polygone, son établissement formera lui aussi « une école ouverte » pour la dernière semaine d’août.
Difficile de cibler les élèves décrocheurs
L’Éducation nationale a souhaité cibler en priorité les élèves décrocheurs, mais en laissant la responsabilité aux équipes pédagogiques, « car elles sont au plus près des familles », explique le Rectorat. Sur les 600 élèves du collège Lezay Marnesia, un contact téléphonique a été maintenu une à deux fois par semaine durant le confinement, affirme la cheffe d’établissement. Elle se félicite d’un « taux de retour des élèves de 80% à partir du 22 juin (école obligatoire à cette date, ndlr) » Toutefois la période a constitué une « fracture » pour la plupart des élèves qui ont dû suivre sur leur téléphone, des enseignement virtuels, poursuit-elle :
« Il est difficile d’évaluer qui a travaillé parmi les élèves. Certains élèves qui étaient absents reviennent avec des cahiers de devoirs remplis. D’autres disent avoir travaillé, mais pour nous faire plaisir. D’autres ont travaillé mais pas dans toutes les matières ».
Les moyens en place n’ont pas permis, selon elle, de cibler spécifiquement ces élèves décrocheurs. Même sentiment du côté du principal du collège Solignac :
« En tout une cinquantaine d’élèves ont répondu à cette proposition qui n’a trouvé d’écho que chez les élèves dont la famille acceptait déjà le principe de rescolarisation. Ce qui signifie que les élèves les plus éloignés de l’école n’ont pas pu être impliqués dans cette opération, malgré les efforts de conviction déployés »
Jacques Schweitzer, principal au collège Solignac à Strasbourg.
Les écoles Reuss 1 et 2, Schongauer, Ziegelwasser, les collège Hans Arp, Sophie Germain et Louise Weiss et les lycées Coufignal participent aussi au dispositif. Le rectorat n’a pas fourni une liste exhaustive des structures participantes. Il invite les parents à contacter directement l’établissement de l’élève pour toute inscription.
Des « colos apprenantes »
En plus de ces écoles ouvertes, les lycées professionnels volontaires ouvrent également leurs portes aux lycéens afin de renforcer leurs compétences professionnelles et générales dans le cadre de « l’été du pro ». « L’école buissonnière » offre quant à elle, de courts séjours organisés en zone rurale « avec une priorité donnée à l’éducation au développement durable », annonce le rectorat de Strasbourg.
L’usine de tissage de Ferdrupt est un des derniers bastions du textile dans la région. Quand les salariés ont repris leur usine en 2014, certains observateurs jugeaient l’aventure hasardeuse. Cinq ans plus tard, ils sont toujours là. Mais même dans le haut de de gamme, il faut se battre contre la concurrence à bas prix.
Des bureaux, une chaîne de production qui abrite une trentaine de métiers à tisser, et un hangar. Bienvenue dans le complexe textile de Ferdrupt, toujours là après des décennies de tempête. Anciennement propriété des tissages Kohler, les locaux ont été rachetés par la communauté de communes du Ballon des Vosges en 2015. Aujourd’hui, ils abritent deux sociétés distinctes : la Manufacture Textile des Vosges, spécialisée dans le tissage, adossée à la société Télatex qui fait du commerce de textiles.
Résumé du tissage : les bobines de fil sont installées sur des râteliers On découpe la longueur et le nombre de fils nécessaires Les fils sont installés et tendus sur une bobine… Ils subissent une phase d’encollage : un enduit les rend plus lisses pour supporter le tissage. On obtient le fil de chaîne, qui sert de base au tissage. Le métier à tisser vient ajouter le fil de trame. Le tissage est fini. Ici, du velours avant le découpage des fils qui lui donne son aspect velouté. (photo PP). Prochaine étape : l’ennoblissement.
Depuis le redémarrage des métiers à tisser en 2015, Anne Orivel dirige la Manufacture. Cette ancienne cadre des tissages Lévêque dévoile le site de production, une trentaine de métiers à tisser traitent du lin ou du coton en y ajoutant le fil de trame qui dessine l’armure du tissu.
Dans les années 1990, le site employait 160 personnes. Aujourd’hui, ils sont une vingtaine. La Manufacture textile de Ferdrupt fait partie des quelques entreprises miraculées de la grande saignée des années 2000. Dans la région des Vosges, le textile a fourni plus de 50 000 emplois, principalement des femmes. Il n’en reste plus que 2 500.
Sauvetage in extremis en 2014
Des années fastes de l’industrie textile, Anne Orivel ne connaît que les récits des anciens. Elle a débuté en 2003 comme assistante commerciale aux tissages Lévêque de Saint-Maurice-sur-Moselle, à quelques kilomètres de là. Le naufrage du textile avait déjà commencé, mais il s’est brutalement accéléré un an après. Fin 2004, l’accord multifibre qui protégeait encore un minimum l’industrie textile européenne est caduque. Le GATT, ancêtre de l’OMC, avait consenti cette exception au libré-échange en 1974. Désormais, plus rien n’endigue les importations de textile asiatique. Il s’en est d’ailleurs fallu de peu pour que la carrière d’Anne Orivel dans le textile ne tourne court :
« Je devais me retrouver dans une charrette de licenciements. Au final, c’est une de mes collègues qui a pris ma place comme départ volontaire. Ça ne s’est pas joué à grand-chose. »
Ancienne cadre aux tissages Lévêque, Anne Orivel dirige la Scop depuis son redémarrage en 2015. Photo : Pierre Pauma / Rue89 Strasbourg / cc
Les métiers de Lévêque cessent de tourner en 2013. Un an plus tard, c’est au tour de K. Industries, anciennement Kohler France Textile, de mettre la clé sous la porte. Deux offres de reprise se présentent. La première vient d’un entrepreneur étranger qui veut racheter les machines. La seconde vient de 10 employés emmenés par Guillaume Kohler, le descendant des fondateurs de l’entreprise Kohler Textile France, et Anne Orivel. Entre les aides à la création d’entreprise auxquels ont droit les licenciés et les économies de chacun, ils réussissent à mettre 300 000 euros sur la table. La communauté de communes les appuie en rachetant les locaux, l’activité peut reprendre en avril 2015. Plusieurs observateurs du microcosme textile ne donnent pas cher de leur peau. L’ancien gérant Guillaume Kohler reste au capital de l’entreprise, mais son initiale disparaît du nom de la société. K. Industries est morte, vive la Scop « Manufacture Textile des Vosges »
« Même en travaillant pour Air France ou Hermès, il faut rester compétitif »
Ils sont repartis à 12, ils sont désormais 20. La manufacture est parvenue à l’équilibre budgétaire dès 2018. Pari gagné ? Pas encore, estime Anne Orivel. La petite entreprise aimerait bien investir -il y a une chaudière à changer- et pourquoi pas verser de premiers dividendes à ses actionnaires-salariés. Dans un secteur où les salaires sont nécessairement bas (un peu plus d’un SMIC en moyenne) pour s’aligner sur la concurrence internationale, l’intéressement sur les bénéfices était une vraie carotte. Pour l’instant, personne n’y a goûté. Même avec un carnet de commande bien garni, les bénéfices restent maigres.
« Le problème, c’est que le tissage intervient relativement tôt dans le processus de fabrication : on est les sous-traitant des ennoblisseurs, qui eux-mêmes travaillent pour les confectionneurs… Chacun veut prendre sa marge. Même quand on travaille pour de grandes maisons comme Hermès ou Air France, il faut proposer les prix les plus bas possibles. Même si le prix du tissu est dérisoire dans le prix final du vêtement, le client préfèrera économiser un euros sur le mètre de tissu importé. »
De la dégringolade des années 2000 jusqu’à aujourd’hui, une petite musique de fond ne s’est jamais arrêtée : le salut viendra de l’innovation, notamment dans les textiles techniques. Tissus imperméables, respirants, ignifugés, amincissants, connectés, pourquoi pas les cinq à la fois… Mais l’innovation est coûteuse, et ne protège pas non plus de la concurrence. La Manufacture textile des Vosges reste sur son cœur de métier : le linge de maison, qui constitue encore 60 % de son chiffre d’affaires. Les tissus pour l’habillement et les textiles techniques se partagent le reste.
Ce savoir-faire bientôt bicentenaire n’est pas seulement menacé par la concurrence féroce. Les années 2020 seront aussi celles d’un changement de génération. Anne Orivel voit arriver des départs à la retraites d’ouvriers compétents et qu’il faudra remplacer sans pouvoir promettre beaucoup plus que le SMIC.
Chaque commande compte
C’est le cas de Michel, 37 ans de boite. Il n’en a plus que pour quelques mois à inspecter le tissu qui sort des machines avant de le conditionner pour l’envoi. S’il y a une chose qui a changé, c’est le volume et la variété des commandes honorées :
« Dans le temps avec 30 machines, on produisait une à deux sortes de tissu. C’est terminé tout ça. Aujourd’hui, on a trente machines, et presque autant de tissus différents qui sortent. »
Michel, 37 ans de textile et du tissu par kilomètres au compteur.
La manufacture a dû changer de stratégie. Certes, elle a toujours ses gros clients. Une dizaine d’entreprises constituent 70 % de son chiffre d’affaires, dont 25 % qui viennent de Télatex, la société commerciale de Guillaume Kohler. Mais désormais, il faut se battre pour chaque marché et accepter aussi les commandes aux volumes plus modestes – à partir de 500 mètres – notamment pour les petites séries ou l’édition de textile. L’entreprise peut se piquer de tisser sur mesure pour des clients prestigieux ou des créateurs qui se lancent. Est-ce que ça rapporte ? C’est une autre question, comme l’explique Anne :
« On nous demande parfois de créer un tissu de toutes pièces, mais toujours à des prix compétitifs. C’est compliqué d’expliquer à un client que sur une très petite commande où il nous faut partir de zéro, on ne pourra pas lui faire un prix au mètre aussi avantageux que s’il commandait 10 000 mètres d’un coup. »
Mais la manufacture n’a pas le choix : l’ogre asiatique ne laisse que des miettes. Au made in France les essais de tissus en petites quantités, au grand import les grosses commandes qui permettent de marger, même à très bas prix. Michel ne se fait pas trop d’illusions sur sa capacité à rivaliser avec le grand import :
« Quand je vais chez des clients, je les vois les palettes qui arrivent du Pakistan. Même chez les clients vosgiens, on représente une toute petite partie de leurs commandes. »
Le lin, nouvel espoir du « made in France » ?
Huit ans après un ministre de l’Industrie qui donne sa meilleure pose dans une marinière « Made in France » et neuf ans après la création du label « Vosges Terre Textiles », le message ne passe que difficilement. Impossible de battre l’Asie du Sud-Est, le Pakistan ou la Turquie sur les prix. Anne le sait, c’est un combat à armes inégales :
« Si au moins on imposait au grand import les normes environnementales qui nous sont imposées, ou bien si on lui faisait payer une compensation, ce serait déjà plus équitable ! »
Si l’argument du soutien à l’économie locale ne trouve pas grâce aux yeux du consommateur, il reste celui de la filière courte. Parmi les matières que travaille la Manufacture, il y a le lin. La France reste le premier producteur mondial de cette fibre moins gourmande en eau que le coton, mais expédie sa matière première par conteneurs entiers à l’étranger, quitte à ce que le fil soit réimporté ensuite. La Chine a d’ailleurs tenté de mettre en place sa propre culture de lin, sans succès. En revanche à moins de 100 kilomètres de la vallée de la Moselle, le groupe Emanuel Lang vient de rouvrir une filature de lin. Une activité qui avait complètement disparu en France. Une filière maîtrisée à 100% en France ? Anne Orivel ne demande que ça.
« Le retour de la filature en Alsace est une étape importante. Si on veut y arriver, il faudra réussir à faire sortir un nombre suffisamment important de personnes de la logique du prêt-à-jeter, les convaincre que ça vaut le coup de mettre le prix dans une pièce qu’ils garderont pendant des années… Et il faudra développer nos propres atouts. Pas se contenter de copier les recettes chinoises en apposant une étiquette Made in France. »
Aujourd’hui largement importé, le fil de lin pourrait revenir Photo : PP
Covid : le mirage des masques
Le made in France et le raccourcissement des filières. Deux strophes qui sonnent bien dans la sonate du « monde d’après ». Mais du discours à la réalité, il y a parfois un gouffre dont les manufactures alsaciennes et vosgiennes ont pu faire l’amère expérience.
La crise du coronavirus a brutalement coupé la dynamique de la Manufacture. L’entreprise avait commencé 2020 avec un carnet de commandes plein et l’espoir de faire plus que survivre. Raté. L’entreprise a dû souscrire à un prêt garanti par l’État (PGE). Après deux cas de Covid et 15 jours de fermeture, la reprise a eu lieu assez rapidement. La manufacture avait suffisamment de commandes antérieures à la crise à honorer pour ne pas se consacrer pleinement à la production de masques. Un choix heureux, car plusieurs entreprises de la région ont opéré cette conversion à marche forcée avec un résultat incertain.
Comme en Alsace, la filière textile des Vosges a été mise à contribution : pression de la Préfecture, mobilisation de fournisseurs, et une attente qui semblait interminable pour obtenir l’homologation. Malgré la commande publique, plusieurs entreprises se sont retrouvées avec des invendus sur les bras. Anne Orivel se retrouve bien avec quelques mètres de tissus destinés aux fameux masques sur les bras, mais elle relativise :
« Nous étions déjà très occupés avec nos commandes d’avant-crise, donc nous ne nous sommes pas convertis à 100% en fabrique de masques. Et heureusement ! Il y a des usines qui ont embauché du personnel jusqu’en juin, investi dans des machines… Et qui ne peuvent rien en faire car la demande ne suit pas ! »
Une rentrée incertaine
Quid des prochains mois ? Anne Orivel note qu’une bonne partie des enseignes qui déposent le bilan sont celles qui passaient essentiellement par le grand import (La Halle pour n’en citer qu’une). Comme chaque été, l’usine va se mettre en pause. La rentrée commencera avec le salon du made in France à Paris, qui sera l’occasion de démarcher de nouveaux clients. Mais est-ce qu’Air France commandera des housses de coussin ? L’hôtellerie et la restauration auront-elles besoin de nappes et de draps ? La dirigeante de la Manufacture arrive encore à en rire. Ce n’est pas comme si c’était la première tempête qu’elle affrontait :
« On nous dit que c’est la crise et qu’il va falloir sortir les rames. Mais nous en 20 ans, on ne les a jamais rangées ! »
Le festival des Arts dans la Rue de Strasbourg se tiendra du vendredi 7 au dimanche 9 août. Une sixième édition avec masque obligatoire en « hommage aux centaines d’actions portées par des héros du quotidien durant la période morose que nous avons traversée ».
Pour sa sixième édition, le festival des Arts dans la Rue (FARSe) sera dédié aux héros et héroïnes du quotidien. Du vendredi 7 au dimanche 9 août, 18 compagnies de théâtre, de cirque ou d’art de rue livreront 49 spectacles en plein air à Strasbourg.
Lucile Rimbert, la nouvelle directrice artistique du festival, entend « rendre hommage aux centaines d’actions portées par des héros du quotidien durant la période morose que nous avons traversée. » Les représentations porteront sur le métier d’éboueur, mais aussi le « justicier masqué, le père célibataire inconsolable, (…) la femme active workaholic (accro au travail, ndlr), les aventuriers écologistes… »
Du 7 au 9 août, 18 compagnies de théâtre, de cirque ou d’art de rue livreront 49 spectacles en plein air à Strasbourg. Photo : Doc remis
Mettre en avant de nouveaux héros
Le vendredi 7 août, l’association des clous mettra en scène Christine, un personnage à mi-chemin entre une boxeuse et un clown. Gants aux poings et nez rouge sur le visage, cette battante loufoque parle de ses combats quotidiens dans un spectacle sur la résilience.
Bousculant le stéréotype du super-héros viril, le spectacle des 7 et 8 août « Ne le dis surtout pas » prône la tolérance. Dans cette représentation, le personnage principal, homosexuel, vit avec cette phrase de sa mère, entendue ado : « Ne le dis surtout pas à ton père, sinon il va me quitter ! » La nouvelle directrice artistique a souhaité une programmation qui « décale les regards sur des figures du quotidien, grâce à l’art et l’imaginaire ».
Les samedi 8 et dimanche 9 août, une pièce de théâtre burlesque rendra hommage à la profession d’éboueur, place du Quartier Blanc. Le public y découvrira une troupe transformant les outils de travail en instruments de musique, le tout « sous l’influence rigoureuse et délirante de leur chef ». D’après Guillaume Libsig, adjoint à la maire en charge de la vie associative et de l’animation urbaine, ce spectacle doit fournir « un prétexte pour rire à côté d’une personne qu’on ne connait pas dans un espace ouvert ».
Au courant du week-end, les artistes du Théâtre de l’Unité improviseront un « Parlement de rue « , place de la République. Les spectateurs seront invités à voter des lois proposées par des habitants.
Un public moins nombreux est attendu cette année Photo : Document remis
Masques obligatoires et gestes barrières
« L’extérieur nous protège », a voulu rassurer le Dr Alexandre Feltz, adjoint à la maire, chargé de la santé publique et environnementale. Les masques seront obligatoires pour assister à un spectacle lors du festival. Par souci écologique, l’élu municipal incite à privilégier les masques en tissu réutilisables et à laisser les masques chirurgicaux au personnel soignant, malades et personnes à risque. Plus de 70 bénévoles assureront une distribution régulière de gel hydroalcoolique. Le Dr Feltz parle d’une philosophie de réduction des risques visant à « rire sans souffrir ».
Une jauge variable selon les spectacles
En raison de la crise sanitaire, les organisateurs s’attendent à une affluence restreinte. Le festival sera en « libre accès mais dans la limite de places disponibles », annonce Guillaume Libsig. Les critères des jauges dépendront des spécificités de l’événement et de la capacité d’accueil de la place du spectacle (cour Rohan, place Hans Arp ou place du Quartier Blanc). Aucun nombre de places n’a pourtant pu être communiqué.
L’organisation du FARSe a préféré passer à sept lieux de spectacle pour délaisser les plus grandes places. Exit la place Kléber destinée à l’accueil d’un public jugé trop nombreux. Même constat pour le « FARSe des minis ». L’édition destinée aux plus jeunes se tiendra dans la cour de l’école Pasteur, et non aux Docks d’été comme c’était le cas depuis 2015.
Le conseil municipal va voter la rémunération de ses membres et ses toutes premières mesures. À suivre en direct à partir de 15h.
C’est déjà le deuxième « vrai » conseil pour la maire Jeanne Barseghian (EELV). Ce lundi 27 juillet, la nouvelle municipalité va voter le premier budget supplémentaire de l’année 2020. Il s’agit d’inscrire officiellement les précédentes dépenses dues à la crise du sanitaire (masques, protections, bons d’achat, primes) et les manques à gagner (stationnement, cantines, loyers non-demandés, etc.). Le coût de la crise pour la collectivité est estimé à 10,2 millions d’euros à ce jour.
Un budget supplémentaire et des mesures
Ce budget supplémentaire, voté exceptionnellement au milieu de l’été, sera aussi l’occasion pour la nouvelle équipe de voter quelques premières mesures :
création de 100 places pour sans-abri dont 50 pour les femmes victimes de violences130 000 euros pour de la « végétalisation éphémère » de rues et places cet été1 million d’euros pour des « déminéralisations » pérennes (diminuer la présence de matériaux peu réfléchissants et imperméables, en plus d’ajouter de la verdure)100 000€ pour le recrutement de 15 agents territoriaux spécialisés des écoles maternelles (Atsem)
La problématique des Atsem
Problème pour l’opposant Alain Fontanel (LREM) : si le conseil de l’Eurométropole ne se réunit pas en juillet comme initialement prévu, « le recrutement ne pourra pas être lancé par l’employeur unique » et « la prise de poste serait reportée de la rentrée scolaire à la Toussaint au plus tôt », appuie l’ancien vice-président en charge du personnel. Ce que confirme le premier adjoint Syamak Agha Babaei :
« Après le recrutement de 15 Atsem en septembre 2019, une deuxième tranche de 15 agents a été lancée en février et sera opérationnelle à la rentrée. Il s’agit là d’une troisième tranche, il n’était pas possible de recruter si vite. Il y aura d’autres recrutements de ce type dans le mandat pour arriver à l’objectif d’une Atsem par classe. »
Le dossier des indemnités
L’autre gros dossier est celui des nouvelles indemnités. Or, l’argent est souvent tabou en politique. Partout en France, c’est un angle d’attaque traditionnel des oppositions en début de mandat. Sur ce sujet sensible, elles critiquent au choix la démagogie ou le mauvais symbole des hausses de rémunération.
La maire Jeanne Barseghian (EELV) et son premier adjoint Syamak Agha Babaei (non-encarté) baissent respectivement leur indemnité de 1200 et de 1800 euros mensuels (tous les montants sont en brut) par rapport au mandat précédent. Le bras droit de la maire sera désormais payés comme les 18 autres adjoints et adjointes, qui seront aussi bien rémunérés que leurs prédécesseurs. Grande nouveauté, tous les élus de la majorité (47) auront au moins la responsabilité d’une « délégation », soit d’un quartier, soit d’une thématique. Pour les 18 élus qui ne siègent qu’à la Ville, ils auront une rémunération et une délégation plus conséquente que ceux qui siègent à l’Eurométropole. Une redistribution des indemnités rendue possible grâce à la baisse des indemnités de la numéro 1 et du numéro 2.
Les élus d’opposition ne perdront pas de rémunération (495€/mois) comme ils le craignaient et pourront toujours célébrer les mariages, comme dans toutes les villes de France. Pour justifier la « majoration » de 205 euros de leur revenus, il leur est désormais demandé de participer aux « commissions de sécurité » de la Ville de Strasbourg.
Pour les élus qui siègent à l’Eurométropole (49 sur 65), leur rémunération complète sera à apprécier avec les indemnités votées dans cette seconde assemblée, avec les 32 autres communes. Surtout qu’il n’est pas encore question des nominations dans les sociétés d’économie mixte (SEM) et leurs présidences parfois grassement rémunérées (Parcus, Gaz de Strasbourg, Strasbourg-Événements, etc.).
Les écologistes garderont-ils encore ce reliquat, bien pratique mais coûteux et un peu « Vieux monde » ? L’opposition est en tout cas à l’affût. Elle ne demande pas l’abolition, mais « la transparence ». Syamak Agha Babaei parle de « modération », d’un maximum de présidents « pour les élus qui ne sont pas membres de l’exécutif » et de « rémunération qui ne dépassera pas celle d’un vice-président, ce qui n’était pas le cas avant ». Ces nominations devraient intervenir d’un bloc à la Ville et l’Eurométropole, fin août.
La nouvelle majorité prend ses marques Photo : JFG / Rue89 Strasbourg
Qui pour représenter la Ville et où ça ?
Six des 19 points concerneront les représentations de la Ville de Strasbourg dans des centaines d’organismes. Certaines sont très stratégiques : le Port autonome et ses 10 000 emplois, l’Office de tourisme, appelé par la précédente équipe à être réformé, ou l’Opéra du Rhin. L’opposition compte demander des places dans ces instances.
D’autres représentations sont bien plus anecdotiques comme l’Office national des anciens combattants et l’association de la route de la bière d’Alsace. C’est aussi le moment où la maire dispatche ses équipes dans les écoles, les lycées, etc.
Quatre interpellations en fin de conseil
En fin de conseil, Pierre Jakubowicz (Agir, apparenté LREM) portera sa deuxième interpellation. Elle s’intitule : « l’écologie ne doit pas être un privilège ». Le nouvel élu s’interroge sur la politique dans les quartiers et réutilise le nouveau mot préféré de l’opposition : « pragmatisme ». Sa collègue Rebecca Breitman (Modem) souhaite « un plan de soutien d’urgence pour les associations caritatives dès cet été » et demande comment la Ville compte favoriser les services civiques.
Le groupe « Les Républicains » interroge sur le Marché de Noël, via Isabelle Meyer, et sur… le stationnement payant, par Jean-Philippe Vetter. Après l’interpellation du 10 juillet par le groupe LREM, les deux partis d’opposition se marquent à la culotte sur cette thématique qui leur est chère. Notamment car la promesse des transports gratuits les samedis est repoussée à septembre.
La séance est à suivre en direct-vidéo à partir de 15h. Les commentaires en direct par Rue89 Strasbourg reprendront en septembre.