Rue89 Strasbourg est très heureux d’être parmi les premiers partenaires de Disclose, une association dont l’objectif est de produire du journalisme d’investigation avec un modèle philanthropique. Aidez-nous à lancer cette association qui permettra de produire de l’information comme un bien public.
Depuis plus d’un an, plusieurs journalistes d’investigation de France se regroupent. Pourquoi ? Parce qu’ils ont fait le constat que, quels que soient les modèles économiques appliqués au journalisme d’enquête, ils sont insuffisants et ont des effets pervers sur l’information produite. Pour résumer brièvement le problème, la publicité permet de financer des articles courts, produits en peu de temps et qui génèrent beaucoup de clics, donc des articles faisant appel aux émotions, ne traitant que de la surface des choses. L’abonnement en revanche permet de financer des articles longs, des enquêtes qui prennent du temps et qui donc, coûtent cher. Mais l’information produite est alors réservée à une poignée d’abonnés, souvent déjà les mieux informés et aussi… les premiers concernés.
Comment faire alors pour garder à l’information d’enquête, l’information que seuls des journalistes peuvent produire, son caractère public et son pouvoir d’impact ? À Rue89 Strasbourg, nous tentons un modèle économique hybride : la publicité vendue à la semaine n’est pas indexée sur le nombre de pages vues et les abonnements financent en partie des enquêtes qui restent en accès libre.
Bâtir un Pro Publica français
Et puis il y a le modèle qui a fait le succès de Pro Publica aux États-Unis depuis une dizaine d’années : financer des enquêtes journalistiques par des dons, des fonds en provenance de fondations, pour que les informations produites puissent être reprises par les médias, gratuitement, atteignant ainsi des audiences bien plus importantes. C’est ce que l’association Disclose tente de reproduire en France.
Portée par plusieurs journalistes d’investigation, Disclose veut rappeler que l’information d’intérêt général, d’enquête, est d’abord un bien public. Nous en avons tous besoin pour exercer une vigilance citoyen sur l’ensemble des pouvoirs qui organisent une société démocratique. L’objectif de Disclose est donc d’enquêter, sur des formes longues, pour révéler les abus de pouvoirs qui contreviennent à l’intérêt général.
Bâtir un Pro Publica français, pour du journalisme d’investigation indépendant et accessible.
En prenant la forme d’une association loi 1901, Disclose s’affranchit des impératifs de rentabilité pour se consacrer entièrement à la production d’enquêtes et à leur diffusion. Disclose revendique un journalisme « d’intérêt général », au titre de l’article 19 de la déclaration universelle des droits de l’Homme et du citoyen (1948) :
« Tout individu a droit à la liberté d’opinion et d’expression, ce qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions et celui de chercher, de recevoir et de répandre, sans considérations de frontières, les informations et les idées par quelque moyen d’expression que ce soit. »
Garder l’accessibilité de l’info et donc son impact
Les enquêtes menées par Disclose en France et à l’étranger ont donc vocation à occasionner un impact social tangible et elles seront publiées, lorsqu’elles concerneront Strasbourg ou l’Alsace, sur Rue89 Strasbourg. Disclose se concentrera sur six grandes thématiques : délinquance financière, crimes environnementaux, industrie agroalimentaire, surveillance et libertés fondamentales, santé publique et justice sociale. Des thèmes proches des préoccupations de la rédaction de Rue89 Strasbourg mais hors de notre portée et c’est pourquoi nous sommes très heureux de rejoindre ce réseau.
Les enquêtes de Disclose seront déclinées en divers formats diffusés la même semaine dans plusieurs médias :
Publication de l’enquête écrite sur le site disclose.ngo et éventuellement sur Rue89 Strasbourg,
Podcasts audios téléchargeables sur ordinateur, smartphone et tablette,
Vidéos courtes résumant les enquêtes ou témoignages exclusifs, simples à partager sur les réseaux sociaux,
Documentaires de 20 à 55 minutes.
La photographie occupe également une place centrale dans le projet porté par Disclose. Loin d’être une simple illustration, elle fait partie intégrante de l’investigation et décuple son impact.
Un développement économique en trois phases
Pour se lancer, Disclose compte sur la générosité des citoyens, via une campagne de financement participatif sur Kiss Kiss Bank Bank. L’argent servira à créer un premier fonds de 15 000 euros. Ce fonds doit permettre d’amorcer une sollicitation de mécènes et de fondations internationales.
Puis l’année suivante, une société est créée, « Les éditions Disclose, » détenue à 100% par l’association pour l’édition de BD-reportages et de livres de photographie. La troisième année, une autre société viendra rejoindre le groupe, « Disclose Production », toujours détenue à 100% par l’association, pour la production et la vente de documentaires en France et à l’étranger.
Ces lancements seront accompagnés par le développement des partenariats, des dons, du soutien des citoyens-lecteurs et des fondations.
La Ville de Strasbourg a présenté les animations, et quelques nouveautés, pour la 448è édition du Marché de Noël qui se tiendra du vendredi 23 novembre au dimanche 30 décembre 2018.
Pas moins de 9 adjoints au maire de Strasbourg ont été mobilisés pour épauler Roland Ries lundi dans sa présentation annuelle du programme du Marché de Noël. Il fallait bien ça car, comme l’a rappelé Robert Herrmann (quartier centre et sécurité), « le Marché de Noël définit Strasbourg à l’étranger. » Et tant pis pour le Parlement européen et la capitale des droits de l’Homme, éclipsés par le Père Noël qui viendra cette année avec une armée de lutins, puisque le pays invité est la Finlande.
La 448e édition est prévue du vendredi 23 novembre au lundi 24 décembre de 11h à 20h, 21h les vendredis et jusqu’à 22h les samedis, avec une prolongation jusqu’au 30 décembre pour les chalets de la place de la Cathédrale.
La Grande-Île bouclée
Depuis quelques années, les élus essaient de réconcilier le Marché de Noël avec les Strasbourgeois, de plus en plus nombreux à être échaudés par cette invasion touristique mondiale. Mais c’est surtout le grand théâtre sécuritaire qui risque d’agacer à nouveau les habitants, et mauvaise nouvelle : il est reconduit avec ses check-points à horaires, ses obligations d’ouvrir les manteaux, etc. (lire cette tribune publiée en 2017).
Le maire avait pourtant plaidé pour un allègement de « la bulle » sécuritaire dès le mois de janvier, mais la Préfecture en a décidé autrement. Les détails du dispositifs seront présentés à leur tour dans les prochains jours.
Strasbourg mise sur 4 ambiances différentes pour que chaque stand trouve ses publics (Photo Pascal Bastien / Divergence)
Comme depuis 2015, la Grande Île du centre-ville sera à nouveau vidée de ses voitures pour laisser la place à 306 chalets, répartis sur 12 sites et en 4 « ambiances » : le Cœur de Noël, Noël magique, Noël secret et Noël autrement. Les quais sud de l’Ill rénovés se joindront à la fête, avec 200 étoiles éclairées, des arbres et des jardinières sur les rambardes. La chaussée rendue accessible aux piétons permettra d’organiser une grande course de Pères Noël en rollers le mardi 4 décembre.
Cœur de Noël et la lettre au Père Noël
Le Grand Sapin sera illuminé tous les jours, place Kléber, à 17h avec pour thème « la lettre au Père Noël ». Le village du partage sur la place déclinera tout autour, avec une dizaine de chalets tenus par des associations de solidarité et d’entraide. Les animations de la Soupe Étoilée et le Refugee Food Festival du 17 au 23 décembre sont reconduites.
Mais surtout, une grande patinoire accueillera les amateurs de glisse, débutants et confirmés, sur 12,5 mètres de largeur et 50 mètres de longueur. Elle sera située à l’emplacement des bassins.
L’Aubette est dédiée à la mise en valeur de l’artisanat d’excellence, le bâtiment accueille une exposition des Meilleurs ouvriers de France jusqu’au 9 décembre puis sur les métiers d’art jusqu’au 23 décembre. Les Galeries Lafayettes, dont la décoration des vitrines constituent une attraction, seront cette année associées à la programmation municipale.
La Finlande, installée place Gutenberg avec notamment un grand tipi, proposera ses traditions culinaires et plusieurs animations, dont un concert de la violoncelliste et chanteuse Seeli Toivo, le samedi 24 novembre à 20h30 à la Cathédrale et des projections de films d’animation.
Noël magique : chorales et crèches
Nouveauté 2018 : de la place de la Cathédrale à la Petite-France, en passant par la place Broglie, une douzaine de chorales, dont une finlandaise, vont interpréter des chants de Noël les samedis et dimanche de 15h à 17h, un peu partout dans le périmètre du Marché de Noël. Elles n’ont qu’un chant imposé : « Vive le vent. » En outre, quatre concerts de l’Avent sont proposés avec la Chapelle Rhénane les dimanches 2, 9, 16 et 23 décembre.
Plusieurs crèches seront installées, dont une crèche vivante place du Château et une crèche en bois géante dans la cour du Palais épiscopal, rue du Parchemin, ouverte pour la première fois à cette période.
La flèche de la Cathédrale sera décorée par environ 200 points lumineux supplémentaires, installés de manière pérenne et qui pourront être utilisés pour d’autres occasions. Les réglages et la pose de ces points lumineux ont lieu tout au long du mois de novembre. Ils seront activés quelques minutes, plusieurs fois par heure, selon un cadencement qui reste à trouver. L’installation a fait l’objet d’intenses débats entre la Ville de Strasbourg, l’épiscopat et l’État, propriétaire des lieux.
Noël secret : dédié aux Strasbourgeois
Un peu plus cachées, les places Saint-Etienne, du Marché-Gayot et Mathias Mérian sont dédiées aux familles strasbourgeoises, avec des jeux et un sapin participatif, composé de 87 petits sapins à décorer avec des réalisations faites sur place. Nous avions trimbalé une caméra sur ces nouveaux marché plus enfantins l’année dernière. Ces ateliers appelés « la récré de Noël » sont disponibles sur inscription.
Sur la place Mathias Mérian, une salle de spectacle éphémère sous chapiteau accueillera 76 représentations produites par 16 compagnies, soit 2 à 3 représentations par jour. Ces représentations sont gratuites, mais la jauge étant limitée, une billetterie sera mise en place place du Marché-Gayot.
Place Saint-Etienne, la Tribu des Gourmets proposera des dégustations de vin blanc chaud d’Alsace, avec des animations musicales.
Noël autrement : l’alternative écolo et éthique
Le Marché de Noël Off sera de nouveau proposé place Grimmeissen à la Petite-France, avec ses dômes et des containers empruntés à Ososphère. Ce marché à l’écart des circuits touristiques est également à destination des Strasbourgeois avec 28 exposants issus des réseaux alsaciens de l’économie solidaire et un programme d’animation spécifique (à retrouver sur Facebook). Ici, le sapin sera tout en tubes de néons LED, commandés par une application… Il pourra donc changer de couleur et d’aspect en fonction du moment.
Le sapin alternatif a été conçu par AV Exciters (doc remis)
La place des Meuniers accueille le Marché des irréductibles petits producteurs indépendants, avec le meilleur des pains d’épices, des miels, des moutardes et autres fromages d’Alsace.
L’ensemble de ces animations et décorations coûte environ 4 millions d’euros, dont plus de 800 000€ de dépenses liées à la sécurité, en plus de la mobilisation des forces de l’ordre. Cette dépense est mise en perspective avec les retombées touristiques (2 millions des visiteurs revendiqués) et économiques (250 millions d’euros de chiffre d’affaires).
Deux ans après la publication des propos sexistes sur le blog Paye Ta Fac, l’Université de Strasbourg et Sciences-Po ont réagi avec… une charte et une cellule d’écoute. Des gestes insuffisants et inadaptés, d’après des étudiantes qui dénoncent une persistance des propos et des violences sexistes.
« Si c’est pas oui, c’est non » rappellent des affiches avant un week-end d’intégration de Sciences-Po Strasbourg. Mais certains ont cru bon d’ajouter « ou c’est peut-être. » Près de deux ans après les graves témoignages de discriminations et de propos sexistes tenus à l’Université de Strasbourg et particulièrement à Sciences-Po, il n’est toujours pas évident de rappeler la simple notion du consentement… Un des professeurs, enseignant à Sciences-Po, dont des propos avaient été relayés sur le dit-blog, a été maintenu en poste après un avertissement de la direction. Il avait alors lu une lettre d’excuse en début de chacun de ses cours.
Pourtant, la direction de l’Institut d’Études Politiques (IEP) assure avoir réagi et met en avant ses deux mesures : une charte anti-discrimination, rédigée en écriture inclusive, et l’installation d’une déléguée à la lutte contre les discriminations à partir de la rentrée 2017. Cette magistrate indépendante de la direction est à l’écoute des étudiants, et peut mener une enquête approfondie ainsi que demander des comptes à la direction. Elle a été saisie 5 fois au cours de l’année 2017-2018.
Le Directeur de l’IEP, Gabriel Eckert en est très fier :
« C’est un outil totalement inédit dans le monde de la recherche en France, car elle entend lutter contre toutes les formes de discriminations : le sexisme bien sûr, mais aussi les discriminations sociales, religieuses… Le bilan qu’on en fait, pour l’instant, c’est que cela contribue à renforcer la pédagogie et à faire un travail de sensibilisation aux stéréotypes de genre. On enseigne à nos étudiants des valeurs et on se doit d’être exemplaire sur ces valeurs. »
En outre, l’IEP propose désormais aux promotions de première année une demi-journée de formation sur les discriminations, avec la présentation de la déléguée, une intervention d’un enseignant de la faculté des sciences sociales et une spécialiste des questions de cyber-harcèlement.
Ambiance macho dès que possible
Mais pour le Collectif Copines, association féministe d’étudiantes et étudiants, ces actions sont loin d’être à la mesure des enjeux. Les étudiantes racontent que comme d’autres écoles, l’IEP est particulièrement touché par une ambiance macho, qui se révèle lors des nombreuses soirées ou lors du week-end d’intégration (WEI) : on y chante, on y fait des concours de « chope » (celui qui a embrassé le plus de camarades en un week-end), on y élit Miss et Mister WEI… Un étudiant raconte qu’en 2017, les candidates devaient lécher le nombril des garçons, qui devaient, eux, s’illustrer par des pompes.
Le WEI 2018 a été plus « soft ». Il y a quelques années, c’était en caleçon et sur le bureau d’un amphi que les garçons étaient poussés à s’exposer au vote de leurs camarades de promotion. Une période où était encore d’actualité la rubrique « Sciences Potins » dans le journal de l’IEP, qui relatait alors « qui avait chopé qui, » et d’autres rumeurs sur la vie sexuelle et amoureuse des étudiants.
Le critérium inter-IEP est aussi un événement durant lequel peuvent se dérouler des violences sexuelles. Il s’agit de quelques jours de compétition sportive enrobés de soirées, arrosés d’alcool et de chants pour le moins grivois. En 2017, une « safe-zone » y a été mise en place par la fédération organisatrice. Le Collectif Copines y a joint ses forces en 2018 pour l’édition strasbourgeoise. Le dispositif permet aux personnes qui le souhaitent d’y trouver du calme et une écoute en cas d’agression.
L’IEP de Strasbourg n’est pas épargné par le sexisme ambiant (Photo Wikimedia Commons / cc)
Où est la libération de la parole sur les violences sexuelles ?
Au-delà des propos sexistes, (qui est le seul domaine dans lequel la nouvelle déléguée peut agir), les étudiantes demandent une vraie politique autour des violences sexuelles, comme l’explique Barbara, ancienne porte-parole du Collectif Copines :
« La conférence annuelle est là avant tout pour dire que Sciences-Po fait des trucs “super”. Nous avions demandé que soient abordées les questions de consentement et de viols. On s’était proposé de le faire. On est dans une ère post « MeToo » et on n’est pas capable de faire une conférence sur le consentement ! »
Le directeur nuance en affirmant que le consentement est abordé dans les actions de l’IEP, qui avait notamment diffusé dans ses vidéos une animation expliquant le consentement avec la métaphore de la tasse de thé.
Pour le Collectif Copines, ce genre d’inscription est révélateur d’une culture du viol (Photo Collectif Copines)
Parler de la culture du viol
Pour Barbara, ce qui est en cause, ce sont les non-dits liés à une « culture du viol » :
« Des viols et violences sexuelles, il y en a chaque année, dans chaque promo, cela se sait plus ou moins. Des personnes sont venues se confier au collectif. Et cela a évidemment des conséquences sur l’ambiance de l’école : on sait souvent qui sont les agresseurs, on est en cours avec eux, en soirée avec eux… On devrait partir de ce constat pour avoir une vraie politique luttant contre la culture du viol, qui fait penser aux hommes que leurs agressions n’en sont pas. Il faut expliquer ce qu’est le consentement, que tout ce qui y déroge est un viol, aux hommes comme aux femmes qui ont souvent du mal à poser les mots sur ce qui leur arrive. »
Une déléguée sans pouvoir
Souvent, les victimes ne souhaitent pas porter plainte, et un flou juridique se pose alors : la charte n’est pas contraignante et ne traite pas des violences. De même pour la déléguée, comme le dénonce Barbara :
« J’ai demandé clairement à la déléguée : “si je me fais violer et que je ne veux pas porter plainte, mais que je ne veux plus voir mon agresseur sur les bancs de ma promo, que se passe-t-il ?” Elle m’avait dit qu’elle avait l’obligation de transmettre la situation au procureur de la République. La seule personne qui est donc mise à notre disposition est quelqu’un qui ne peut pas garder confidentiels les faits rapportés ! »
Ce flou juridique et le manque de sanction, certaines étudiantes de l’IEP l’ont éprouvé concrètement il y a quasiment deux ans, lors de faits de harcèlement et de cyberharcèlement. S’estimant victimes d’insultes et d’intimidations, des élèves avaient fait remonter les faits à la direction et à la déléguée. Elles racontent une prise en charge très lente… et inadaptée.
À l’époque, elles s’entendent dire que rien ne peut être fait sur le cyberharcèlement (pas assez « palpable ») d’un point de vue juridique au sein de l’université. Que cela n’est pas du ressort de la direction, qui ne peut agir que d’un point de vue scolaire, et que ce cyberharcèlement relève du domaine privé. Certaines racontent qu’elles auraient imaginé que la direction avait une certaine autorité et aurait pu faire des remontrances aux auteurs. Mais ce seront les victimes qui seront convoquées, individuellement… pour leur assurer qu’elles sont comprises et que ces comportements sont choquants, tout en leur rappelant que rien ne pouvait être fait.
Finalement, leur situation est transmise à l’Université, où seul le Président a le pouvoir d’engager une procédure en conseil de discipline. Et c’est seulement plusieurs mois après les faits, alors que les victimes sont parties en année Erasmus, qu’elles sont recontactées pour savoir si elles veulent poursuivre la procédure.
Ni écoutées, ni entendues
Pour les étudiantes, c’est décourageant, et décevant, comme le détaille l’une d’elle :
« J’attendais d’être écoutée et entendue et je n’ai été ni l’un ni l’autre. Le problème est qu’on a l’impression de devoir batailler et au final, d’avoir été menée en bateau. Il y a cette double violence, de ceux qui nous ont harcelées et de la direction. La charte ne sert à rien s’il n’y a pas de sanctions contre ceux qui la transgressent. »
Certaines parlent aussi d’un sentiment d’intouchabilité en voyant les harceleurs ne subir aucune conséquence, ce que Barbara résume en ces mots :
« Si on voulait qu’un viol soit sanctionné, il faudrait qu’il se passe dans les locaux de l’IEP. C’est comme l’histoire des étudiants qui avaient brûlé un drapeau LGBT à deux pas de l’institut. Il ne s’est rien passé, car ils étaient déjà en-dehors des locaux. »
Égalité murale (Photo Blandine Le Cain / FlickR / cc)
Pourtant, Gabriel Eckert assure que ces problématiques sont prises très au sérieux :
« Dans des cas graves comme des violences sexuelles, j’encourage à porter plainte. De notre côté, nous pouvons alors appuyer cette plainte et protéger la personne, en termes de soutien psychologique et d’organisation de la situation. Dans le cas où la personne ne souhaite pas porter plainte, elle peut venir vers nous, nous serons à l’écoute, comme pour toute difficulté. »
En termes de sanctions, la direction indique que des actions sont entreprises :
« Il y a eu des mesures collectives : j’ai suspendu pendant un an les activités d’une association qui avait engagé des actions s’apparentant au bizutage, pour qu’il soit bien compris que les rapports entre élèves doivent être des rapports de respect. Par ailleurs, dans des cas de harcèlement, si les faits sont précis et circonstanciés et relèvent de l’infraction pénale, je transmets à l’administration centrale de l’Université pour des conséquences disciplinaires. »
La réputation du diplôme passe avant
Mais pour Barbara, qui estime que « les gens sont en colère », le problème est structurel. Au-delà de l’inertie, elle suggère qu’il y a une volonté active de masquer les problèmes :
« L’IEP n’est féministe que quand cela sert sa communication. On met en place une référente pour dire qu’on est féministe, mais sans dire pourquoi on l’a mise, d’où ça vient. On ne parle pas de consentement, pour ne pas dire qu’il y a des viols. Le problème principal est qu’on ne peut pas nommer les choses. Il y a une dictature du silence, la direction nous dit “Attention, ça va entacher votre diplôme”. »
Elle dénonce ce qui est selon elle une obsession de l’image, empêchant de faire face aux vrais problèmes :
« Sciences-Po est géré comme une entreprise, et on sait que tout ce qu’on a à vendre, c’est une réputation. Il nous arrive des choses, mais pour garder ce qu’on a « acheté » (le diplôme), on doit se taire. »
Elle rappelle que pour recruter du monde, le collectif avait fait des affiches constituées de compilation de commentaires sexistes en-dessous d’une publication sur le groupe Facebook des élèves de l’IEP à propos des noms de promotion, très souvent masculins. Le collectif avait dû retirer les affiches, qui d’après la direction nuisait à l’image de Sciences Po Strasbourg.
Les Copines avaient pointé des commentaires sexistes pour encourager à rejoindre le Collectif (Photo Collectif Copines)
Une « cellule d’écoute » sur le campus
Un peu plus loin sur le campus, les étudiantes peuvent trouver une oreille attentive avec la nouvelle « cellule d’écoute et d’accompagnement. » Mais il ne s’agit que d’une adresse e-mail (violences-sexistes@unistra.fr), à l’adresse de toute personne victime de harcèlement ou de violence, qui aurait simplement besoin d’en parler (pour commencer). Ce dispositif fait suite au souhait formulé par la ministre Frédérique Vidal en décembre 2017 que toutes les universités se dotent d’une telle cellule. Là encore, Strasbourg serait à la pointe, d’après Isabelle Kraus, vice-présidente de l’Université chargée de la mission égalités-diversité :
« On était déjà dans les starting-blocks, car c’est un dispositif sur lequel on planche depuis plus d’un an. Alors que peu d’universités en France ont eu le temps de le faire. On s’engage à répondre à l’e-mail dans les 48 heures. Alors des personnes spécialisées dans l’aide et l’accompagnement peuvent recevoir l’étudiant ou l’étudiante. »
Isabelle Kraus rappelle aussi que les victimes peuvent trouver de nombreuses ressources sur le site de l’Unistra, les textes de lois, les contacts internes et externes à l’université… Elle confirme qu’en termes de sanctions, des procédures disciplinaires peuvent être engagées :
« On a eu quelques cas, mais ils sont rares et marginaux. Pour qu’une procédure soit engagée, il faut une déclaration écrite, circonstanciée et signée. Certaines ne sont pas encore prêtes à passer cette étape, et c’est pourquoi la cellule d’écoute peut être adaptée. »
Pour elle, la cellule répond enfin à un manque criant, et a été pensée par tous les acteurs du campus pour une réponse adaptée :
« Nous avons pris conscience qu’il manquait quelque chose, un espace où la personne pouvait parler de ce qui lui est arrivé et mettre des mots dessus. On a travaillé en commission avec des représentants du personnel, des professeurs, des représentants des étudiants. On a vraiment construit quelque chose ensemble. »
L’Université de Strasbourg a distribué des tracts à la rentrée pour faire connaître sa nouvelle cellule d’écoute (Document remis)
« Personne ne connaît la mission égalités-diversité »
Mais pour le Collectif Copines, les plaintes sont rares parce que « personne ne connaît la mission sur le campus » et qu’il y a « zéro communication autour de son action. » Les questions de harcèlement et violences sur le campus sont difficilement trouvables sur le site officiel de l’université si on ne connaît pas l’adresse directe.
Colin Jude, du syndicat étudiant Unef, découvre :
« C’est Rue89 Strasbourg qui m’apprend la création de cette cellule d’écoute à Strasbourg, c’est dire à quel point l’université prend tout cela au sérieux et est désireuse de faire connaître ce dispositif auprès des étudiantes qui pourraient en avoir besoin… On n’a pas été contacté en tant que tel, nos élus ne l’ont pas non plus été individuellement et on a vu passer ni flyer ni affiche. »
Isabelle Kraus répond que la mission multiplie les campagnes de prévention, d’affichage, les cycles de conférence, et reste toujours à l’écoute des demandes. À croire que les étudiants et étudiantes ont fait exprès de passer à côté.
Les boulevards du quartier Gare ont récemment vu se matérialiser une bande cyclable. Mais un coup de peinture ne suffit pas à sécuriser le cheminement des cyclistes, comme Élisabeth, habitante de la Montagne-Verte, en fait presque tous les jours la pénible expérience. Elle a transmis à Rue89 Strasbourg des clichés qui résument son trajet matinal quotidien, jonché d’obstacles que de nombreux cyclistes vont reconnaître.
Une camionnette, une voiture… Les cyclistes n’ont qu’à se déporter sur la voie… C’est ce genre d’écart qui a coûté la vie à une cycliste à la Meinau (Photo Elisabeth / doc remis)Le trottoir et la bande cyclable ne sont pas perçus comme des voies de circulation, ni leur encombrement verbalisé comme tel… (Photo Elisabeth / doc remis)(Photo Elisabeth / doc remis)À l’arrêt complet, à la fois sur la bande cyclable et le passage piéton, ce camion de la Ville de Strasbourg réalise un beau doublé (Photo Elisabeth / doc remis)Les chantiers qui jalonnent les rues ne prévoient que rarement des emplacements de parkings pour les artisans et ouvriers (Photo Elisabeth / doc remis)
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Emmanuel Macron et le Président allemand Franck-Walter Steinmeier sont dimanche 4 novembre à Strasbourg pour commémorer la fin de la Première Guerre mondiale. L’occasion pour les opposants au GCO de faire passer un message. Plusieurs d’entre-eux entament leur troisième semaine de grève de la faim.
Jeudi 8 novembre, entre la Maison Bleue et la Laiterie, le cœur balance. Deux des meilleurs groupes d’ici, The Wooden Wolf et Freez, fêtent la sortie de leurs albums le même soir. Alors, ce sera folk ou hip hop ?
Deux groupes alsaciens aux antipodes musicalement, et pourtant excellents, symboles de la qualité de notre scène musicale locale : The Wooden Wolf et Freez sortent au même moment un album pour l’un, un EP pour l’autre. Le tout est à découvrir jeudi soir, mais malheureusement, il faudra choisir.
The Wooden Wolf, à la Maison Bleue
« Winter Variations », sixième album de The Wooden Wolf, sort le 16 novembre chez Deaf Rock. En plus d’y retrouver les « Four Preludes » de l’op.5, ce sont 8 autres nouveaux titres supplémentaires qui seront à découvrir. Et à la Maison Bleue, jeudi soir, ce sera la meute toute entière qui sera présente pour les jouer. Batterie, violoncelle, guitares, contrebasse, ils seront 4 musiciens pour accompagner Alex Keiling, dans une configuration scénique qu’on n’a pas vue par ici depuis trop longtemps.
Avec le retour du froid, ce concert arrive à point nommé. S’y retrouveront tous les amateurs de grands espaces, ceux qui n’ont pas peur des silences, ceux qui accueillent et embrassent la mélancolie. Il s’agira de se souvenir ensemble des bienfaits de la simplicité d’une corde bien choisie (« It Takes An Angel To Make A Ghost »), de célébrer la poésie à la Bukowski, et de garder une conscience éveillée des problèmes de notre monde (« Four Bullets For Berta Caceres »). On le sait, les concerts de The Wooden Wolf oscillent toujours entre le grand frisson et le souffle retenu. Celui-ci ne dérogera pas à la règle.
Freez et son EP « Frame » à La Laiterie
Freez continue son éclosion. Lauréat Fair 2018, le groupe mené par Eli Finberg est passé de trio à quatuor et développe son univers à coup de clips de haute volée. Le dernier en date, « Flamin’ Goes » en featuring avec Mike Ladd, est d’ailleurs un petit bijou visuel réalisé par Temple Caché (voir ci-dessous). Entre Mr E. et son flow, Arthur Vonfelt et sa batterie, Quentin Rochas aux claviers et Octave Moritz à la trompette, c’est l’osmose parfaite qui mène enfin à la sortie d’un EP, « Frame », le 2 novembre. Mais à découvrir sur scène le 8 novembre à La Laiterie.
Ceux qui citent Sur Ra et The Last Poet en influences sauront réunir les amateurs de hip hop aussi bien que les amateurs de jazz. Leur « cosmic hop », comme ils aiment à le nommer, attirera les tous ceux qui cherchent une bande son à leurs virées urbaines nocturnes. Des claviers en base d’architecture moderne, une trompette pour mettre en son les phares et les lumières dans la nuit, une batterie pour dicter le rythme cardiaque et la voix d’Eli pour suivre les pas. Voilà probablement ce que nous promet « Frame ». À vérifier sur scène.
Deux cents élus alsaciens et allemands de différents bords politiques demandent à Emmanuel Macron de rencontrer les grévistes de la faim opposés au GCO, qui demandent un moratoire. Ils saisissent sa venue à Strasbourg dimanche 4 novembre comme opportunité.
Après quatre jours de repos suite à un coup de fatigue, Emmanuel Macron reprendra ses activités ce dimanche 4 novembre à Strasbourg. Dans la soirée, le président de la République est attendu en compagnie son homologue allemand Frank-Walter Steinmeier à un concert de l’orchestre symphonique de l’Académie supérieure de Strasbourg à la Cathédrale. Cet événement marquera le début des célébrations du centenaire de l’armistice de la Première Guerre mondiale.
Il visitera ensuite des champs de bataille dans dix départements du Grand Est et des Hauts-de-France, jusqu’au 9 novembre. Puis, il animera la grande cérémonie dans la clairière de Compiègne dans l’Oise, le samedi 10 novembre, aux côtés de la chancelière allemande Angela Merkel.
Demande de moratoire
À l’occasion de cette venue en Alsace, 200 élus locaux de tous bords politique interpellent le chef de l’État sur le Grand contournement ouest (GCO – voir tous nos articles) de Strasbourg, un projet d’autoroute de 24 kilomètres qui vise à faciliter le trafic du nord au sud de l’Europe, notamment pour les poids lourds. L’appel a vocation à s’étendre à d’autres élus nationaux dans la journée de samedi.
Des élus de plusieurs bords politiques demandent à Emmanuel Macron de suspendre le gco temps de réanalyser les estimations de trafic de 2013, qui indiquent une baisse de trafic inférieure à 10% sur l’A35. (Photo Abdesslam Mirdass)
Les signataires demandent demandent à ce que le chef de l’État rencontrent les grévistes de la faim opposés au projet. Ce vendredi 2 novembre représente le 12è jour de jeûne pour 9 d’entre eux. Le plus âgé, Jean-Jacques Pion, 79 ans, s’est arrêté à la demande d’un médecin. Plus généralement, ils demandent une suspension, (un moratoire) pour « remettre à plat » l’autoroute payante, au regard des prévisions de trafic de 2013, qui estiment que la diminution de véhicules sur l’A35 sera de moins de 10%. Les ministres ont affirmé que « seule une décision de justice suspensive » pourrait faire évoluer le gouvernement.
Lundi 5 novembre, le président rencontrera des élus à Pont-à-Mousson, instant que pourrait saisir la députée « En Marche » Martine Wonner pour le sensibiliser à la grève de la faim, si aucune rencontre ou geste ne sont effectués dimanche, a-t-on appris auprès de son entourage.
Un rassemblement des opposants est prévu dimanche à 15h place de l’Étoile.
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Discret et redoutable, à l’insu de la plupart des humains, le chat sauvage rôde encore dans les campagnes et montagnes alsaciennes. Ce félin est un prédateur extrêmement performant, qui chasse surtout les rongeurs dans les prairies. Il peut encore se reproduire avec le chat domestique dont il est l’ancêtre.
Dans tout le massif vosgien, ainsi que dans l’ensemble des massifs de plaine d’Alsace comme la forêt de Haguenau ou celle du Grittwald à Vendenheim, des populations de chats sauvages sont recensées. En France, cette espèce est devenue très rare, mais son aire de répartition la plus importante se trouve dans le quart Nord-Est du pays, mais aussi en Allemagne, Belgique selon le Museum national d’histoire naturelle.
Le chat sauvage a besoin de son habitat forestier pour survivre. (Photo Wikimedia Commons / cc)
Les chats sauvages, aussi appelés chats forestiers, sont plus grands et plus lourds que leurs cousins domestiques. Techniquement, malgré cette différence, ils peuvent encore se croiser, et cela se produit souvent. Il y a débat, mais si on croit l’illustre biologiste allemand Ernst Mayr, deux individus sont de la même espèce s’il est possible pour eux de se reproduire. Les chats domestiques et les chats sauvages appartiennent donc à la même espèce mais à des sous-espèces différentes.
Concrètement, si l’on se promène dans la nature et que l’on croise le chemin d’un chat, comment savoir s’il s’agit d’un chat domestique ou sauvage ? S’il est de grande taille, que sa queue est annelée (avec des anneaux de deux couleurs), en massue, que son pelage est gris et peu rayé, que vous distinguez une tache blanche sur son cou et que vous apercevez ses prunelles vertes émeraudes, il s’agit à coup sûr d’un véritable chat sauvage.
Difficile à observer
Les naturalistes les plus téméraires tentent de le pister grâce à ses empreintes rondes, et ses crottes en forme de balles, semblables mais plus volumineuses que lorsqu’elles sont causées par un chat domestique. Sur les arbres, on peut observer des marques de lacération sur une hauteur de 30 à 40 cm avec des bouts de griffes à leurs pieds. Il s’agit d’un marquage pour délimiter leur territoire. Toutefois, il est exceptionnel d’apercevoir l’un de ces félins. Très prudent, ils détectent les humains de loin et restent à distance.
D’après Christian Braun, membre du comité d’administration du GEPMA (Groupe d’Étude et de Protection des Mammifères d’Alsace), l’étude du chat forestier est difficile :
« Il est impossible de donner une évaluation des populations pour la région, aucune étude de densité de l’espèce n’a été réalisée récemment, notamment en raison de la difficulté à mener de telles investigations pour ce type d’espèce. »
Les naturalistes croisent plus souvent le chemin du chat forestier pendant la période de rut en janvier-février, ou alors en juin, lorsque les paysans fauchent les prairies. Ils sortent alors dès l’après-midi, à la recherche de petits mammifères morts ou vivants, qui ne peuvent plus se cacher dans les hautes herbes. « Après les fauches des prés en lisière de forêt, on peut avoir la chance de faire de belles observations », ajoute Christian Braun.
Le chat sauvage chasse les rongeurs. En hiver, il sort souvent dés l’après-midi. (Photo Aconcagua / Wikimedia Commons / cc)
Opportunistes, ces félins élisent domicile dans de nombreux types d’abris naturels, pourvus qu’ils soient en sécurité selon Christian Braun :
« Le chat forestier peut aussi bien « loger » dans un ancien nid de rapaces ou dans un terrier de renard ou de blaireau inoccupé. Il peut également passer la journée dans un massif de lierre ou un roncier impénétrable. En tout cas, il ne fréquente pas les dépendances humaines. »
Menacé autrefois par la chasse, aujourd’hui par l’agriculture intensive
D’après les recherches d’Antoine Waechter, spécialiste des mammifères d’Alsace, le chat forestier a pratiquement disparu du territoire français au XXe siècle à cause de la chasse et du piégeage, avant que ses populations ne réaugmentent lentement, grâce à un arrêté ministériel qui lui offre une protection dans toute la France depuis 1981.
Aujourd’hui, les menaces que rencontre cette espèce sont les collisions routières et surtout la disparition de son habitat à cause de l’urbanisation et de l’expansion des zones dédiées à la pratique de l’agriculture intensive. Habitué aux forêts dans lesquelles il trouve toutes les ressources pour survivre, il ne s’établit pas dans les déserts biologiques que sont les champs de maïs ou de colza. L’hybridation avec les chats domestiques peut aussi causer des pertes de populations dans certains cas.
Il est très rare de croiser le regard du chat forestier. Ici à Hanovre (Photo Michael Gäbler / Wikimédia / cc)
Une espèce peu sociable
Certes, les chats de salons peuvent apprécier les caresses des humains et côtoyer d’autres chats ou même parfois des chiens, mais leurs homologues sauvages sont particulièrement peu sociables. Un individu se déplace sur un territoire de 9 à 1 300 hectares d’après Matthieu Durey « reporter naturaliste » pour l’association Alsace Nature. Mais cet espace, qui constitue son garde-manger, il ne le partage guère.
Les chats sauvages sont solitaires. Les mâles ne fréquentent les femelles que de janvier à mars, lors de la période de reproduction. Les femelles élèvent leurs petits qui naissent par portée de 2 à 3, mais ceux-ci sont indépendants dès l’âge de 5 mois.
La présence de cet habile félin régule les populations de rongeurs. Il arrive que, sans le savoir, des agriculteurs bénéficient de l’aide du chat sauvage qui leur évite les dégâts sur les cultures causées par les campagnols par exemple. Souvent, l’équilibre des écosystèmes nécessite des prédateurs, mais la chasse et les modifications de l’habitat ont éradiqué de nombreuses espèces du haut de la chaîne alimentaire.
Petite surprise mercredi 31 octobre dans le quartier Gare. Des voies cyclables étaient en cours de traçage sur le boulevard de Lyon. Jeudi 1er novembre, elles figuraient sur toute la longueur, à l’exception de la partie la plus au nord avant le carrefour de la Porte Blanche. Ces aménagements étaient réclamés depuis 2013.
Dans le sens du sud vers le nord (vers la gare), la piste est intercalée entre la chaussée et une voie de stationnement (en file indienne) légèrement élargie à l’occasion. Avec la réduction d’une voie de circulation, la solution ressemble ainsi à celle préconisée Avenue des Vosges, où des bandes cyclables provisoires doivent être installées avant la fin 2018. À la différence que le stationnement sur l’avenue de la Neustadt est en bataille.
Installations provisoires
Dans le sens inverse, vers le sud, la piste longe le trottoir et il sera possible de mieux la séparer par rapport aux véhicules à l’aide de « balisettes ». Un feu tricolore au carrefour de la rue de la Broque sera aussi ajouté. Néanmoins, quelques balisettes seront aussi disposée aux entrées et sorties de piste dans l’autre sens (vers le nord), ces points de passage étant particulièrement dangereux.
Des bandes cyclables ont été ajoutées sur les boulevards du quartier gare. (photo JFG / Rue89 Strasbourg)
L’adjoint de quartier Paul Meyer (La Coopérative) insiste sur le caractère provisoire de l’installation :
« Les pistes étaient demandées et devaient se faire lors du mandat. Il a d’abord été convenu avec les services qu’elles soient faites en même temps que la prolongation du BHNS (bus à haut niveau de service G, vers la place de l’Étoile ndlr), mais comme il a été repoussé aux calendes grecques, il fallait faire quelque chose. J’entends les critiques sur le fait que ce n’est pas complètement satisfaisant et je les partage, mais c’est déjà plus sûr et temporaire. »
Il faudra visiblement changer quelques habitudes dans le secteur. Jeudi 1er novembre, deux véhicules étaient déjà stationnées sur cette bande cyclable.
Les automobilistes ne doivent pas stationner sur les pistes cyclables, mais certains le font parfois. Ces comportements doivent bientôt être sanctionnés avec des caméras de surveillance… là où elles sont installées. (photo JFG / Rue89 Strasbourg)
Rénovations à venir
Plus au nord, dans la continuité, les travaux sur le boulevard de Nancy pour le tramway vers Kœnigshoffen se poursuivent et prévoient des pistes cyclables à terme. Le boulevard de Metz a quant à lui une piste cyclable séparée de la circulation sur son axe central.
Quelques rues du quartier Laiterie doivent connaitre une rénovation d’ampleur avant la fin du mandat. Une réunion publique de fin de concertation est prévue vendredi 9 novembre au Molodoï à 19h.
Jusqu’au samedi 3 novembre, le collectif d’artistes « C’est Très Important » présente une exposition talk-show en direct tous les soirs de la semaine au Syndicat Potentiel.
« Une mutinerie à Strasbourg, quittons l’école, sautons la rigole et vivons l’amour ». Tels sont les mots d’ordre de cette première édition de « C’est Très Important », une exposition talk-show que présente le collectif d’artistes du même nom, créé sous l’impulsion d’étudiants et étudiantes de la Hear (Haute école des arts du Rhin) de Strasbourg. Le projet a démarré par une semaine de résidence collective au Syndicat Potentiel, afin d’aboutir à une exposition évolutive dont les différentes parties se révélent au public au fil de la semaine.
Chaque soir à 18h, sauf le dimanche, le plateau s’illumine au cœur du Syndicat Potentiel, laboratoire de jeunes création artistiques contemporaines, qui a déménagé de la Krutenau à Neudorf. La caméra est mise en marche et la conversation s’engage sous le feu des projecteurs. Ces soirées réuniront en leur sein performances artistiques et musicales, interviews, lectures. La semaine est structurée par le programme thématique défini par les artistes, qui s’ouvrent d’ailleurs aux propositions de leur public, mettant l’accent sur une volonté de le faire participer. Un rendez-vous quotidien, pour se rencontrer dans une atmosphère bon enfant et, pour un temps, faire « face, contre, avec ».
Photographie : Lino Pourquié
La “mutinerie” du collectif consiste à se libérer de la mainmise de leur école sur leur travail pour faire se rencontrer les différents publics et les étudiants en arts. Derrière des airs d’utopie, un propos qui se veut politique ? D’après Lola-Ly, étudiante à la Hear, sans que cela soit l’intention principale, il y a du politique dès lors que l’on crée un point de rencontre entre les personnes.
Lors de l’épisode pilote présenté lors du vernissage, le samedi 27 octobre au soir, la volonté d’expérimenter se fait sentir : d’ailleurs, les présentateurs et présentatrices de l’émission parlent de « crash test ». Je me rends alors à ce vernissage-pilote de l’émission avec grande curiosité, et l’intuition que quelque chose d’inattendu peut arriver à tout moment. L’excitation est palpable tandis qu’on s’affaire à la régie pour faire fonctionner le dispositif télévisuel.
« Jouer à faire semblant »
Caméra analogique, régie, jingle, plateau aux éclairages spectaculaires, micros, retranscription live : tout l’attirail de l’émission de télé est bien présent au cœur du Syndicat Potentiel. Les présentateurs et présentatrices enfilent perruques et costumes pour interviewer tour à tour celles et ceux qui prennent part à l’aventure, des artistes aux cuisiniers aux fourneaux chaque soir. Une atmosphère au charme contagieux s’installe, entre rigolade, spontanéité et maladresse.
Un fort décalage avec les médias traditionnels, où toute imperfection est gommée, lissant la parole et les comportements.Versant dans l’art performatif, à la frontière du théâtre, les artistes tentent de combattre les appréhensions et les timidités, multipliant les stratégies pour libérer la parole de l’auditoire, dans ce dispositif pouvant potentiellement impressionner. Le but n’est pas de réaliser l’émission parfaite. C’est le modèle du jeu d’enfant qui est privilégié : Ksenia, étudiante à la Hear, utilise d’ailleurs l’expression « Jouer à faire semblant ».
La question qui se pose est celle de la légitimité : qui peut faire une émission de télé ? Ne suffit-il finalement pas d’une caméra, de micros, d’une régie et de quelques bavards ? Dans le brouhaha de paroles, une formule me marque particulièrement : « n’importe qui peut passer à la télé ». Andy Warhol n’avait-il pas déjà prédit en 1968 : « Dans le futur, chacun aura droit à quinze minutes de célébrité mondiale » ?
Intime, mais universel
Les espaces d’exposition ne sont pas en reste, bien qu’au moment du vernissage seules trois pièces soient ouvertes au public. Dans l’une d’elles, les artistes Hikari Nishida, Albane Durand-Viel et Thibaud Des Mergers constituent une chambre d’ado imaginaire, à l’ambiance cosy et réconfortante. Une pièce sonore, dans laquelle des voix amateures chantent les tubes de nos jeunesses, accompagne la visite d’un trait d’humour et de nostalgie.
Le soir du vernissage, le lieu est bondé et je peine à circuler dans un lieu qui paraît pourtant si intime. Je saisis alors toute l’ambiguïté de l’œuvre : si la chambre est meublée de manière personnelle, elle renvoie pourtant à une communauté de souvenirs. Les photos d’amis accrochées aux murs, l’usage d’autocollants et le journal intime, revisité en poème, connotent un moment de l’adolescence où les émotions se ressentent encore à tâtons. Cette ambiguïté entre l’intime et le partagé trace un fil rouge qui relie l’émission et l’exposition, en juste parallèle à l’univers internet où prolifèrent les témoignages quotidiens les plus personnels. Quelle portion de soi est-on prêt à montrer au monde ou à partager à voix haute ?
L’exposition propose une expérience alternative de l’art en se positionnant à l’endroit des expérimentations qui ratent, de ces tentatives avortées qui font progresser et avancer. D’autres pièces dans le parcours seront ainsi dévoilées au cours de la semaine. Cette manifestation « in progress », en chantier, révèle toutes les potentialités de l’envers du décor. La dimension « DIY » (Do It Yourself) de l’événement remet au goût du jour l’expérimentation et l’improvisation comme des moyens légitimes, et même nécessaires à la diversité de la création contemporaine.
Paula Marie Consuegra est étudiante en Master critique-essais, écritures de l’art contemporain à l’université de Strasbourg et musicienne. Elle s’intéresse à l’art contemporain et plus particulièrement aux pratiques performatives et à l’installation, mais aussi au spectacle vivant.
Les travaux du Grand contournement ouest (GCO) de Strasbourg se poursuivent. En plus de la quarantaine de chantier démarrés, ceux pour l’échangeur prévu au nord à Vendenheim devraient bientôt débuter, ce qui entraînera une fermeture de la bretelle d’accès de l’A4 (Paris/Metz) vers l’A35, direction Lauterbourg.
Les sociétés Arcos, filiale de Vinci qui réalise et exploitera le GCO, et la Sanef, exploitante de l’A4 et chargée de réaliser cet échangeur, annoncent que la voie d’accès sera fermée du lundi 5 au vendredi 23 novembre jour et nuit. Ces dates peuvent être modifiées selon les aléas du chantier et météorologiques.
Crochet par le sud
Pour les automobilistes, les concessionnaires conseillent de poursuivre leur route vers Strasbourg jusqu’à l’échangeur suivant à hauteur de Reichstett et Mundolsheim, avant de faire demi-tour et remonter vers l’A35 au nord (voir plan ci-dessous). Un détour d’environ 9 kilomètres. Un fléchage spécial sera installé.
Les constructeurs du GCO conseillent de prolonger le trajet sur l’A35 vers le sud avant de remonter au nord. (document Arcos / Sanef)
L’échangeur vise à conduire les automobilistes sur le GCO (ou A355) et d’aménager d’autres bretelles pour les automobilistes qui souhaitent accéder à Strasbourg par le nord ou qui rejoignent l’A35.
Pendant plusieurs jours d’octobre, des opposants se sont succédés à Vendenheim, ce qui retardé, voire annulé, certaines opérations prévues par la Sanef, sans que les forces de l’ordre n’écartent les citoyens mobilisés.
Ce mercredi 31 octobre, neuf opposants ont effectué leur 10ème jour de grève de la faim, dans l’espoir d’une suspension de projet, afin de nommer un médiateur sur le projet d’autoroute payante. Jean-Jacques Pion, 79 ans et le plus âgé des activistes, a arrêté sa démarche à la demande d’un médecin. La venue d’Emmanuel Macron à Strasbourg dimanche 4 novembre sera utilisée pour interpeller le chef de l’État par les opposants.
Plan de l’échangeur
L’es parties en bleu et en vert sont nouvelles. Celles en grises existent déjà. (document annexe du contrat de concession)Visualisation de l’entrée nord du GCO : la continuité se fera entre l’A4 et l’A35 au centre. La voie de gauche permettra de rallier Strasbourg, et celle à droite l’A35. (Visualisation XO3D pour Arcos / Vinci)
C’était un peu l’annonce surprise des October Tone Parties, un festival qui s’est déroulé du jeudi 25 au samedi 27 octobre au Molodoï : Partout Partout, groupe phare de la scène strasbourgeoise, roquette du math rock depuis 2 ans, arrête. Ses deux musiciens et fondateurs, Marlon et Flo, l’ont confirmé à Rue89 Strasbourg lors d’une interview en marge du festival (voir la vidéo ci-dessous), ils ont besoin de faire une pause.
Et l’annonce a de quoi surprendre parce qu’en deux ans d’existence, Partout Partout a su lever les foules et fédérer un public toujours plus nombreux à chaque concert. Pour rappel, Partout Partout, c’est la batterie folle mais ultra-précise de Marlon et les riffs ultra-saturés mais ultra-précis aussi de Flo. Le mélange est un chaudron d’énergie brute :
Mais voilà, Marlon et Flo ont le sentiment d’avoir un peu fait le tour avec ce concept qu’ils travaillent depuis 3 ans. En outre, Marlon est toujours à Strasbourg tandis que Flo s’est installé à Marseille…
Ils détaillent dans la vidéo ci-dessous les raisons de leur pause à venir et ce qu’il pourrait advenir de leur collaboration.
Partout dans l’Union européenne des réunions publiques ont lieu depuis le mois d’avril pour que les citoyens donnent leur avis sur l’avenir de l’Europe. Une cinquantaine de consultations se sont déroulées dans l’Eurométropole, la dernière mercredi 24 octobre au centre socio-culturel du Neuhof. Si la démarche permet à chacun de s’exprimer, elle révèle aussi le gouffre existant entre l’Europe et ses citoyens.
Dans le fond de la salle, une jeune femme se lève et prend la parole timidement :
« Excusez-moi mais, depuis le début, je ne comprends rien à ce que vous dites. »
Tout est dit. Cela fait déjà plus de deux heures que la consultation sur l’avenir de l’Europe a commencé au centre socio-culturel du Neuhof. Mais une partie de l’auditoire est comme exclue des débats. Pourtant les organisateurs essayent d’y mettre du leur. En témoignent les mots d’Annick Sittler en direction du public. Elle est présidente du Mouvement Européen Alsace :
« Avant de se construire par les politiques, l’Europe se construit par les gens. Donc c’est important de nous dire ce que vous en pensez. »
S’en suit un instant de flottement dans la salle puis Henri, un participant, ose se lancer :
« L’Europe n’est pas assez démocratique. »
« Il faudrait que les gens sachent ce qu’est l’Europe »
L’affirmation est simple, convenue diront certains, mais elle décontenance un peu les représentants du Mouvement Européen, de la Ville de Strasbourg et de l’Eurodistrict Strasbourg-Ortenau qui animent le débat. Chacun d’entre eux tente de répondre à travers de longs plaidoyers en rappelant tout ce l’Europe a fait pour ses citoyens en général. Dans le public un jeune homme prend la parole :
« Mais aujourd’hui l’Europe est bloquée parce que chaque pays n’en fait qu’à sa tête, c’est ça ? »
La discussion se transforme vite en leçon sur l’Union européenne plutôt qu’en vrai débat. Ce qui fait sourire Kalifa, un habitant du quartier :
« Avant d’en discuter, il faudrait déjà que les gens sachent ce qu’est l’Europe. »
« Ces consultations sont l’entre-soi de l’Europe »
Malgré les efforts de pédagogie, la parole se retrouve rapidement monopolisée par les quelques personnes déjà sensibilisées aux questions européennes. On parle alors de fiscalité transfrontalière, de droit communautaire, de traité de l’Élysée, etc. 90% de la salle est perdue, ce que regrette Farid qui travaille au centre socio-culturel :
« Il y a un vrai décalage. Au début j’ai essayé de rendre la discussion concrète en demandant ce que l’Europe fait pour le Neuhof. J’aurais voulu que ça fasse le lien avec les jeunes mais ça n’a pas trop pris, il y a une certaine opacité et un vocabulaire technique qui rend tout ça inaccessible pour les jeunes. »
Le problème n’est pas propre aux jeunes, et encore moins au Neuhof. Marie-Estelle a assisté à une dizaine de consultations à Strasbourg. Elle est étudiante en master de politique européenne et réalise justement son mémoire sur ces débats citoyens :
« Quelle est l’utilité d’un débat auquel ne participent presque que des personnes déjà convaincues par le projet européen ? C’est un peu « l’entre-soi de l’Europe. » Il ne faut pas s’étonner qu’il n’y ait pas beaucoup de jeunes. Certaines consultations ont lieu en semaine, en plein après-midi. »
Les institutions face à cette fracture
Contrairement à beaucoup de consultations, celle du Neuhof a rassemblé un public assez hétéroclite avec un certain nombre de jeunes. Du coup, Annick Sittler du Mouvement Européen Alsace préfère voir le verre à moitié plein :
« C’est une bonne surprise de voir des gens “normaux”, qui n’ont pas une éducation particulière à l’Europe. Même si c’est pour nous dire qu’ils ne comprennent pas, au moins on leur a donné la parole. À nous de revenir pour relever le challenge d’expliquer les choses le plus simplement possible. Parce que ce qui ressort c’est un net sentiment d’incompréhension et de manque d’information. »
Cette réalité a éclaté aux yeux de tous les organisateurs. La secrétaire générale de l’Eurodistrict Strasbourg-Ortenau, Anika Klaffke, reconnait que :
« Ça a été une prise de conscience pour beaucoup de monde. »
À l’échelle des 27 États de l’Union européenne, ces consultations voulues par le président français Emmanuel Macron se sont terminées, avec plus ou moins d’enthousiasme. Elles auront au moins permis de soulever un point : avant même de parler de démocratie directe, il faut que les citoyens puissent comprendre de quoi il est question. Pour poursuivre ce travail de sensibilisation, la Ville de Strasbourg compte organiser d’autres rencontres publiques l’année prochaine.
En attendant, tous les gouvernements européens vont récupérer les comptes-rendus des milliers de consultations, organisées depuis le mois d’avril, pour essayer d’en tirer des orientations politiques concrètes. Une grande restitution sera achevée le 19 novembre, avant d’être débattue par les chefs d’État au sommet européen du 14 décembre.
Pour les personnes n’ayant pas pu aller aux réunions publiques, la Commission européenne a lancé une consultation en ligne sur son site.
Lundi matin aux aurores, une vingtaine de membres d’associations opposées au GCO a bloqué la sortie d’engins susceptibles d’intervenir sur le chantier de l’autoroute à Vendenheim. Pelles et autres débroussailleuses ont finalement pris la direction d’autres chantiers, laissant la forêt du Grittwald tranquille pour la journée.
Fausse alerte lundi matin pour les anti-GCO ? Le collectif avait appelé ses membres à la rescousse, anticipant une intervention en nombre des forces de l’ordre, après une première semaine passée à gêner les travaux de déboisement entrepris par la société Sanef pour la construction de la future bretelle d’accès au Grand contournement ouest de Strasbourg (GCO).
Le calme a finalement prévalu de part et d’autre, et les militants ont laissé passer le convoi de la société, après avoir reçu l’assurance des gendarmes que ce dernier ne se rendait pas sur le chantier du GCO. L’information a été confirmée quelques minutes plus tard par les membres du collectif chargés de surveiller la destination des poids-lourds. On ne saura pas si l’entreprise avait dès le départ prévu une intervention « hors GCO » ou si la mobilisation des militants y est pour quelque chose. La vigie du collectif « GCO non merci » à Vendenheim devrait en tout cas se poursuivre toute la semaine.
Nouveau recours contre le GCO
Le collectif n’a pas prévu de baisser les bras devant les premiers travaux de terrassement, bien au contraire. Quelques jours après avoir reçu une délégation d’opposants composée de la députée (LREM) Martine Wonner, de l’eurodéputée Karima Delli, du maire de Pfettisheim Luc Huber et de représentants de France Nature Environnement, le ministre de l’Ecologie François De Rugy et la secrétaire d’Etat aux Transports, Elisabeth Borne, ont réaffirmé que les travaux du GCO allaient se poursuivre sauf si « une décision de justice suspensive était de nature à faire évoluer la position du gouvernement. »
Cette annonce, faite alors que dans le même temps, ces mêmes ministres affirmaient charger les services de l’État d’examiner les alternatives au projet « de manière approfondie, » a été prise comme une provocation par Alsace Nature. Vendredi 26, l’association environnementaliste a lancé un nouveau recours avec demande de référé suspension contre l’arrêté autorisant les travaux engagés par la Sanef, au titre de la réglementation sur les espèces protégées.
L’attitude du concessionnaire autoroutier n’a pourtant rien à voir avec celle de Vinci, estiment les militants anti-GCO :
« Les relations sont bien plus courtoises. Vinci est un rouleau compresseur, tandis que la Sanef est déjà acteur dans la région et n’a pas envie de se mettre tout le monde à dos. »
Une tempérance que ces derniers espèrent utile à la réflexion.
Le gouvernement a annoncé la formule retenue pour le futur département Alsace, issu de la fusion du Bas-Rhin et du Haut-Rhin. Bien qu’il ne s’agisse pas d’une collectivité à statut particulier, ce département amélioré prendra le nom de « Collectivité européenne d’Alsace » en 2021.
Le Premier ministre Édouard Philippe a réuni les grands élus alsaciens lundi à Paris pour leur annoncer l’organisation du futur département issu de la fusion du Haut-Rhin et du Bas-Rhin. Il prendra le nom un peu trompeur de « Collectivité européenne Alsace ».
En plus des pouvoirs dont disposent déjà chacun des deux conseils départementaux (gestion des collèges, politiques sociales et soutien aux projets d’aménagement des communes et intercommunalités, financement des pompiers et des routes départementales), la future assemblée bénéficiera de pouvoirs supplémentaires sans pour autant être une « collectivité à statut particulier » telle que décrite dans la Constitution. Mais la situation alsacienne sera en effet inédite dans le paysage institutionnel français et nécessitera le vote d’une loi.
À la tonalité générale des réactions, plutôt positives, le gouvernement semble avoir accordé lundi plus de compétences à la future collectivité que ce qu’était venu annoncer vendredi la ministre en charge de la cohésion des territoires, Jacqueline Gourault.
Le calendrier retenu prévoit la création de cette « collectivité européenne d’Alsace » le 1er janvier 2021, soit avant les élections départementales et régionales, programmées au mois de mars de la même année.
Une loi à voter, des détails à régler
Certains détails doivent encore être réglés, notamment les financements et le siège de la future assemblée. Pour le maire de Strasbourg, Roland Ries, ce siège revient « naturellement » à la ville. Le contenu de l’accord (voir en fin d’article) est encore un peu flou sur les moyens et les pouvoirs réels accordés à chacun. C’est d’ailleurs pour cela que des élus avec des positions jadis divergentes se retrouvent à ce stade. Le dossier est encore loin de se refermer.
Les compétences supplémentaires que récupérera le département Alsace sont les suivantes :
Compétences de l’État
Bilinguisme : possibilité de recruter des professeurs d’Allemand supplémentaires,
Des plaques d’immatriculation avec la mention Alsace,
Les routes nationales et donc les autoroutes gratuites : la partie strasbourgeoise de l’A35 devrait être transférée à l’Eurométropole dans la cadre de sa transformation en boulevard urbain,
Les fédérations sportives et les acteurs socio-professionnels (syndicats, associations, etc.) pourront s’organiser à l’échelle alsacienne,
Retour de statistiques à l’échelle alsacienne (Insee, emploi)…
Les compétences la Région Grand Est
Ces nouveaux pouvoirs sont partagés avec le Conseil régional du Grand Est, chacun sur son périmètre :
Transfrontalier : L’Alsace devient « chef de file », c’est-à-dire interlocuteur privilégié, au côté du Grand Est et des autres institutions,
Tourisme : la collectivité assurera une « coordination » de la politique sur territoire notamment via son agence Alsace Destination Tourisme (ADT),
Economie « de proximité » : comme indiqué samedi, l’Adira est confortée dans ses missions et récupère la marque Alsace,
Culture et Sport : gestion du patrimoine rhénan et de la culture notamment via l’Office pour la Langue et la Culture Alsacienne (Olca)
L’Alsace pourra enfin prétendre à des nouvelles compétences dans le cadre du « principe de différenciation », prévu dans la révision constitutionnelle, si celle-ci va jusqu’à son terme.
Cette solution permet de ne pas revenir sur toutes les politiques engagées. Dans le domaine culturel, la Région Grand Est soutient par exemple les compagnies en mettant à disposition une salle, la caserne des pompiers, lors du festival d’Avignon, un dispositif hérité de l’ex-région Champagne Ardennes. Concernant les trains express régionaux (TER), les tarifs ont été harmonisés avec les cartes Presto et Primo.
Jacqueline Gourault, ministre de la Cohesion des territoires et des Relations avec les collectivités territoriales était en visite vendredi à Strasbourg pour les ultimes négociations. (photo Abdesslam Mirdass)
L’État ne fusionne pas
Le cas de l’Alsace sera cependant particulier : l’administration d’État maintiendra une préfecture à Strasbourg et une autre à Colmar, ce qui évite de relancer les rivalités entre Haut-Rhin et Bas-Rhin, les contours administratifs continueront d’exister.
Le président du Bas-Rhin Frédéric Bierry (LR) a considérablement revu ses exigences à la baisse. Il souhaitait d’abord une sortie du Grand Est, puis avec son homologue haut-rhinoise Brigitte Klinkert une « collectivité à statut particulier« . Le tandem alsacien s’est néanmoins félicité de cette évolution en parlant de « victoire historique » en jouant un peu sur les mots (« collectivité unique » ; « collectivité avec des compétences particulières et spécifiques »).
Le député du Bas-Rhin Bruno Studer s’est fendu d’une parole à l’accent alsacien bien forcé. Une manière de répondre aux moqueries de Jean-Luc Mélenchon sur l’accent du Sud Ouest, mais aussi de marcher sur les plates-bandes de la droite alsacienne et d’un Éric Straumann qui n’a pas manqué de réagir.