Enquêtes et actualité à Strasbourg et Eurométropole

Luxembourg, cette capitale de l’Europe qui mise sur la discrétion

Luxembourg, cette capitale de l’Europe qui mise sur la discrétion

Luxembourg compte la Cour de justice de l’UE, la Cour des comptes européenne, la Banque européenne d’investissement, le Fonds européen de stabilité financière, Eurostat, le Mécanisme européen de stabilité et autres Office des publications officielles. Pourtant, Luxembourg est trop souvent oubliée parmi les capitales européennes, à la différence de Strasbourg, qui jouit de l’aura du Parlement européen.

D’un côté, il y a Strasbourg, sa cathédrale, ses tartes flambées et son Parlement, qui règne en maître sur le quartier du Wacken. De l’autre, Luxembourg, ses fortifications signées Vauban, son Hunnegdrëpp (une délicieuse liqueur au miel) et sa Cour de justice, qui trône sur le Kirchberg. Comme le stipule le traité d’Amsterdam, les deux villes (de même que Bruxelles) se doivent d’accueillir un siège du Parlement européen, ce qui font d’elles des « capitales de l’Union européenne ».

Si les séances plénières du Parlement européen (durant lesquelles votent quelque 751 eurodéputés sur les textes qui façonnent l’avenir de l’UE – et focalisent donc souvent l’attention) se déroulent une fois par mois en moyenne à Strasbourg, Luxembourg, elle, héberge le Secrétariat général de l’institution, de même que le service de traduction.

La CJUE, sans cesse confondue

Loin du « temps politique », le Parlement européen à Luxembourg est donc la facette administrative de l’institution. Or malgré la présence dans ses bâtiments de l’hémicycle originel, seuls 31 visiteurs ont visité le Parlement européen à Luxembourg en 2017… contre 85 562 à Strasbourg la même année. L’eurodéputée alsacienne Anne Sander ne s’en étonne que peu :

« Le Parlement européen, c’est vraiment là où s’expriment les citoyens dans le processus législatif, là où sont actées toutes les décisions européennes. Toutes les institutions contribuent à construire l’UE, mais Strasbourg a quelque chose de particulier. Les gens veulent voir comment le Parlement fonctionne, ils sont attirés car c’est un lieu de pouvoir. Pour toutes ces raisons, ils viennent à Strasbourg, pas à Luxembourg ni à Bruxelles. »

La Banque européenne d'investissements fête ses 60 ans cette année (Photo EIB)
La Banque européenne d’investissements, à Luxembourg, fête ses 60 ans cette année (Photo EIB)

Le Parlement européen n’est pas la seule institution à Luxembourg, loin de là. La capitale compte aussi bon nombre d’agences. Au total, une douzaine d’organes européens sont à recenser sur le territoire du Grand-duché. L’un d’entre eux, la Banque européenne d’investissement (BEI), joue un rôle crucial sur les marchés financiers. Ambroise Fayolle est l’un de ses vice-présidents. Arrivé à Luxembourg en 2015, il l’admet :

« C’est sûr que parmi les capitales européennes, Luxembourg n’est pas la ville la plus connue ! Pourtant, la Cour de justice de l’UE (CJUE) y est implantée, mais c’est dommage, elle est sans cesse confondue, avec la Cour de La Haye [la Cour internationale de Justice, ndlr.] ou la Cour européenne des droits de l’Homme [à Strasbourg, ndlr.] notamment. La BEI c’est pareil, elle est méconnue. Mais je crois que cette discrétion vient du fait que les institutions à Luxembourg ont moins vocation à avoir une parole extérieure que la Commission européenne ou le Parlement européen. »

Depuis février 2015, Ambroise Fayolle est vice-président de la BEI à Luxembourg (Photo CS/Rue89 Strasbourg/cc)
Depuis février 2015, Ambroise Fayolle est vice-président de la BEI à Luxembourg (Photo CS / Rue89 Strasbourg / cc)

Cyril Nourissat, professeur de droit de l’UE à Lyon, a lui aussi son idée sur la question :

«Luxembourg est aujourd’hui, parmi les capitales européennes, celle qui quantitativement compte le plus d’institutions. Mais alors qu’on a à peu près identifié le fait que Strasbourg accueille l’hémicycle du Parlement européen, le lien entre la CJUE et Luxembourg est moins clair. La raison a sûrement à voir avec la nature de l’institution : le juge est un être discret, alors que le parlementaire, lui, est un personnage public. »

Depuis Luxembourg, les juges de la Cour de justice de l'UE (CJUE) interprètent le droit européen (Photo CS / Rue89 Strasbourg / cc)
Depuis Luxembourg, les juges de la Cour de justice de l’UE (CJUE) interprètent le droit européen (Photo CS / Rue89 Strasbourg / cc)

Sur le plateau de Kirchberg à Luxembourg (le quartier européen de la ville), juste en face du mastodonte de verre estampillé « BEI » se dresse en effet un cube foncé, jouxté de deux hautes tours : la fameuse Cour de justice de l’UE, qui veille à l’application du droit de l’Union. Pour beaucoup, le vrai visage européen de Luxembourg, c’est elle. Y siègent des avocats généraux et des juges venus de toute l’Europe. En 2017, la CJUE a accueilli quelque 19 874 curieux, venus visiter la juridiction. Antoine Briand travaille au sein de la Cour depuis quelques mois et explique :

« Il n’y a pas de doute à avoir : Luxembourg prend soin de ses institutions ! La plupart des institutions européennes ont une branche dans cette ville et on observe une véritable volonté de les choyer afin que Luxembourg reste une capitale européenne. La Cour, elle, accueille de nombreux visiteurs, des étudiants, des délégations officielles et autres magistrats nationaux et c’est très bien. Venir à la Cour vaut la peine ! Mais je comprends bien qu’il y ait plus d’intérêt à dire « J’ai été au Parlement européen ! » que « J’ai visité la CJUE… » Peu importe, il est important de connaître et de visiter toutes les institutions. »

La CJUE, où travaille Antoine Briand, a accueilli quelque 19 874 visiteurs en 2017 (Photo CS / Rue89 Strasbourg / cc)
La CJUE, où travaille Antoine Briand, a accueilli quelque 19 874 visiteurs en 2017 (Photo CS / Rue89 Strasbourg / cc)

Car sans les connaître, comment espérer s’en faire une opinion ? Une grande enquête réalisée en 2014 par Eurostat (le service des statistiques de l’UE… aussi basé à Luxembourg) révèle ainsi que 93% des Européens « ont déjà entendu parler » du Parlement européen. Pour la Commission européenne et la Banque centrale européenne (à Francfort), ces taux sont légèrement plus bas. Des statistiques similaires n’existent pas pour la CJUE ni pour les autres institutions luxembourgeoises. Quoi qu’il en soit, pour Emilie Muller, Alsacienne embauchée au Luxembourg depuis 2015, des efforts de taille restent à fournir de la part du Grand-duché pour faire connaître son patrimoine européen :

« Pour être honnête, avant d’arriver à Luxembourg, je n’avais pas idée qu’il y avait toutes ces institutions ici ! J’ai découvert cela en visitant la ville. Petit à petit, je me suis rendue compte qu’il y en a énormément de gens venus vivre à Luxembourg pour travailler dans les institutions européennes. Dans le monde professionnel, je ne compte plus non plus les projets en lien avec l’Europe. Certains ici disent que Luxembourg est la capitale de l’Europe, personnellement je trouve que l’identité européenne est davantage mise en avant à Strasbourg. Il y a par exemple des panneaux qui indiquent le Parlement européen dès l’autoroute ! »

« Pas là pour faire du cinéma ! »

Pourtant, au sein du ministère des Affaires étrangères et européennes du Luxembourg, on se défend, tout en ayant le sentiment de ne pas tout à fait se battre à armes égales :

« On a beau être moins connu que Strasbourg, c’est pourtant ici, au Luxembourg, que tout a commencé, avec la CECA (communauté du charbon et de l’acier) ! On travaille beaucoup à notre visibilité : on a un site internet, des brochures, des choses assez habituelles, quoi… On a aussi organisé pas mal de consultations citoyennes. Même Emmanuel Macron était là. Mais même si on a des mastodontes comme la CJUE, les travaux, ici, sont plus techniques, moins médiatiques qu’au Parlement européen. A Luxembourg, c’est moins le cirque ! A la CJUE, ce sont des juges qui travaillent, pas des députés qui font le show sur Twitter ! La Cour des comptes non plus n’est pas là pour faire du cinéma ! Notre créneau, finalement, c’est un peu tout ce qui est juridico-financier. Ça peut paraître ennuyeux mais c’est important. Et pour cela, il faut du calme et de la sérénité. »

Pour sa part, Danièle Lamarque, la membre française de la Cour des comptes européenne, se plaît de cet environnement propice à la réflexion, même si elle loue aussi la vitalité et le multiculturalisme de sa ville et de son institution :

« Nous sommes 900 à la Cour et on entend parler toutes les langues… C’est d’ailleurs assez rare que l’on soit marié à une personne de la même nationalité que soi… Ici, l’Europe se perçoit quotidiennement, mais parallèlement, la perception de l’europhobie est encore plus douloureuse dans une ville comme Luxembourg, totalement européenne, où, au jour le jour, l’on essaye de faire en sorte que l’Europe fonctionne mieux. Il me semble que Strasbourg dégage aussi une grande fierté de son identité de ville européenne, tournée vers les autres. Cette nature européenne, confortée par la présence du Parlement, est très forte dans le vécu, dans les attitudes des Strasbourgeois. »

Le plateau de Kirchberg, à Luxembourg, qui rassemble les institutions, depuis la terrasse de la Cour des comptes européennes (Photo CS / Rue89 Strasbourg / cc)
Le plateau de Kirchberg, à Luxembourg, qui rassemble les institutions, depuis la terrasse de la Cour des comptes européennes (Photo CS / Rue89 Strasbourg / cc)

Plus encore, à Luxembourg comme à Strasbourg, la haute fonctionnaire constate une « palpitation européenne permanente », encore exacerbée pendant les sessions plénières en Alsace et durant les réunions du Conseil de l’UE qui se tiennent à Luxembourg : trois fois par an, au lieu de se voir à Bruxelles, les ministres européens se retrouvent en effet à Luxembourg. Et l’ancienne élève de l’Ecole nationale d’administration (ENA) de conclure : « Tout cela marque profondément les villes. »

A noter enfin que Luxembourg accueillera bientôt une nouvelle institution : le futur Parquet européen, qui sera notamment chargé d’enquêter sur les fraudes aux fonds structurels de l’UE. Une décision actée fin 2017 par les parlementaires européens, le temps d’une session plénière… à Strasbourg.

Conseil municipal : trois groupes sur quatre insatisfaits dans la majorité

Conseil municipal : trois groupes sur quatre insatisfaits dans la majorité

L’explosion du groupe La Coopérative / Generation.s a occulté une autre phénomène politique local. Ses membres ont pour la première fois critiqué ouvertement et publiquement le fonctionnement de la majorité strasbourgeoise, que ce soient les quatre élus qui partent ou le président de groupe Paul Meyer. Ils expriment, en tirant une conclusion différente, un mécontentement sur la prise des décisions les 49 élus. Les blocages sont la conséquence de . . .

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Département d’Alsace : l’agence d’attractivité démantelée

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Face au Parlement, Osmose : des bureaux à prendre ou à laisser par les institutions européennes

Face au Parlement, Osmose : des bureaux à prendre ou à laisser par les institutions européennes
On appelait ça le « lot E » du quartier d’affaires Archipel, il faudra désormais parler d’Osmose : un bâtiment de 15 000 m² de bureaux, réservés aux institutions européennes, entre les locaux d’Adidas et du Parlement européen. Un second immeuble, plus imposant, de 40 000 m² doit être construit dans un second temps, une fois le premier achevé. Les collectivités locales (Ville de Strasbourg, Eurométropole, Département du Bas-Rhin et Région Grand Est) financent ces deux bâtiments à parts égales et « à blanc », c’est-à-dire sans garantie qu’ils seront occupés par les administrations de l’Union européenne.
Le parvis permettra une avancée piétonne du Parlement européen. La rue Lucien Fèbvre vers la Cité Ungemach disparaîtrait. (image Yam Studio / David Roulin / doc remis)
Le Parlement européen, ou une autre institution des 27 États membres de l’Union (Conseil européen, Commission européenne, conseil des ministres européens, etc) peut s’en saisir. Si passés six mois après son achèvement, le bâtiment n’est pas pourvu, le constructeur pourra alors le proposer à d’autres entreprises du secteur privé.

Ne pas concurrencer, mais compléter le Parlement

La conception a été confiée à l’architecte belge David Roulin de l’agence Art And Build qui avait déjà dessiné la Pharmacopée et l’Agora pour le Conseil de l’Europe au début du siècle. Il travaillera avec le cabinet Oslo Architectes, qui a conçu les bâtiments voisins d’Adidas et d’Euroinformation, filiale informatique du Crédit mutuel (le « lot 1 » du quartier). La promotion est assurée par Icade. Avec l’avancée du Parlement, la rue Lucien Febvre vers la Cité Ungemach sera remplacée par une zone piétonne. À ce sujet, « il faut plus de porosité entre les citoyens et les autorités », estime David Roulin. Le Parlement fait en ce moment un choix inverse en fermant la piste cyclable le long du bâtiment principal et celle sur les berges en face lors des sessions, ainsi qu’en avançant son parvis sur l’espace public. « C’est une façade sobre, tel un fruit avec une enveloppe protectrice et un intérieur végétal », ajoute l’architecte. Enfin une liaison souterraine avec le bâtiment Louise Weiss (IPE IV) où se trouvent l’hémicycle et des bureaux sera possible. C’est le bâtiment face au Parlement, le moins élevé, qui sera construit en premier. « Il fallait un bâtiment qui viennent non pas concurrencer le Parlement architecturalement, mais le compléter », ajoute pour sa part le maire Roland Ries (PS).
VVue du futur bâtiment réservé au Parlement européen de Strasbourg, toisé par bâtiment d'Euroinformation à droite. (visuel Yam Studio /)
Vue du futur bâtiment réservé au Parlement européen de Strasbourg, toisé par bâtiment d’Euroinformation à droite. (image Yam Studio /)
En conseil municipal, le maire de Strasbourg Roland Ries a laissé entendre qu’il existait des marques d’intérêt en provenance du président du Parlement, Antonio Tajani (PPE, centre-droit), mais que ce sera aux eurodéputés élus en mai 2019 de prendre une décision.

Réunis pour Timelight, Océan Delbes, Claire Guetta et Coralie Lhote évoquent leur relation au disco

Réunis pour Timelight, Océan Delbes, Claire Guetta et Coralie Lhote évoquent leur relation au disco

L’exposition Timelight entre dans sa dernière semaine à Strasbourg et jusqu’à Saint-Louis. Trois jeunes artistes racontent leurs expériences et leur relation à l’univers du disco dans ce projet.

Une mélodie disco suggère une ambiance de fin de soirée à l’intérieur de la galerie Faubourg 12 à Strasbourg. Trois artistes du collectif éphémère Shàllplàttadànzbooda, créateurs de l’exposition Timelight, que Rue89 a déjà présentée, racontent leurs expérimentations plastiques autour des enjeux et des codes esthétiques et populaires du disco des années 1970.

Basé en Occitanie et étudiant à la Haute école des Arts du Rhin (HEAR) de Strasbourg, Océan Delbes est sculpteur. Originaire de Rennes, Claire Guetta développe un travail artistique entre photographie, vidéo et sculpture. La troisième artiste, Coralie Lhote, alsacienne et diplômée de la HEAR à Mulhouse, nourrit également une démarche polyvalente mêlant dessin, gravure et installation.

Vue de l’œuvre Tournée ensemble, d'Océan Delbes (photo association Le Tube)
Vue de l’œuvre Tournée ensemble, d’Océan Delbes (photo association Le Tube)

Liliana Amundaraín (LA) – Quand l’association Le Tube vous a proposé de monter le projet d’exposition Timelight, quels sont les aspects du disco qui vous ont attirés ?

Claire Guetta (CG) – Je réutilise les codes esthétiques populaires depuis longtemps, je suis attirée par le kitsch, le camp et le monde des Drag Queens, basé sur le faux, l’exubérance et le simulacre. Dans le disco, je suis intéressée par les nombreux questionnements esthétiques et, en même temps, par les questions de genre que l’on retrouve dans ce mouvement.

Océan Delbes (OD) – Les références à la culture populaire, les couleurs pop, les groupes, tout cela m’a donné envie de participer à Timelight. Et puis les conséquences des interactions sociales sont déjà parmi mes axes de recherche artistique. Mais ce qui m’a fait postuler pour cette événement c’est plus fondamentalement mon intérêt pour l’apparition du plastique en tant que nouvelle matière à cette période, ainsi que son façonnement spécifique.

« Derrière la musique disco il y a bien plus que du strass et des paillettes »

Coralie Lhote (CL) – La thématique du disco pour une manifestation d’art contemporain possède une force et un caractère osé qui m’ont captivée par rapport aux autres projets de résidence dans lesquels j’avais participé auparavant. Derrière la musique disco il y a bien plus que du strass et des paillettes. À côté de l’image très colorée que nous avons de cette époque, il y a une dimension révolutionnaire à travers l’affirmation des minorités. Cet aspect rejoint mes créations car, je propose un aperçu assez sage et doux au début mais, qui mènera le spectateur vers une réflexion plus approfondie.

Vue de l’œuvre More, de Coralie Lhote (photo association Le Tube)
Vue de l’œuvre More, de Coralie Lhote (photo association Le Tube)

LA – Vous avez des démarches artistiques individuelles très différentes. Comment avez-vous choisi les formes de vos propositions pour Timelight ?  

CG – D’abord, ma pratique est basée sur la photo de studio, la vidéo et la sculpture, j’essaie de tester plusieurs médias. Pour Timelight, je voulais revenir au studio, avec la série You make me feel. Mais j’ai eu aussi envie de sortir de ma zone de confort en proposant des performances, une forme artistique toute nouvelle pour moi. J’ai décidé d’écrire une série de performances également intitulée You make me feel, trois pièces interprétées à cette occasion par Noximä Marley. J’avais peur du résultat de ces actions en live qui se déroulent dans le cadre d’un vernissage, mais je suis très satisfaite de ce qui en est ressorti. 

OD – Les formes artistiques que j’aime bien travailler sont la sculpture, l’installation et les moteurs en mouvement. J’ai un véritable plaisir à chercher des matériaux. Cette exposition sur la musique disco m’a permis de continuer à m’exprimer avec les moyens que j’utilise d’habitude. L’installation Tournée collective en est la synthèse.

CL – Le dessin, la gravure et les installations font partie de ma pratique artistique, ainsi que le plâtre qui est une matière que je maîtrise. Le projet Timelight est le début de mon exploration des formes répétitives avec l’installation More. Dans cette pièce, j’ai travaillé la notion de propagation d’un élément singulier. La stratégie de la répétition est fondamentale dans mon approche de la gravure et More rejoint mon travail bidimensionnel.

Vue de la deuxième performance de la série You make me feel, de Claire Guetta (photo association Le Tube)
Vue de la deuxième performance de la série You make me feel, de Claire Guetta (photo association Le Tube)

LA – Vous avez créé le collectif Shàllplàttadànzbooda avec vos collègues Jonathan Naas, Marie Primard et Anna Tjé, comment avez-vous mené vos collaborations ?  

OD – Le format de Timelight, ateliers et expositions étalés sur six mois, nous a offert une liberté pour observer l’évolution de toutes les propositions car on se voyait une fois par mois pour partager nos idées. Le paradoxe de cette temporalité se trouve dans les moments de travail intense qu’on a eu pour créer la vidéo collective Schàllplàttadànzbooda. La pièce nous a permis d’identifier les intérêts communs entre les membres du groupe en facilitant les échanges postérieurs. C’est souvent un regret pour de nombreux artistes de se limiter à la création individuelle, cette modalité de travail à plusieurs est plus satisfaisante. L’école d’art facilite ce travail collectif, mais la vraie difficulté on la rencontre une fois qu’on entre dans la vie professionnelle.

CG – Nous ne nous connaissions pas avant Timelight. Nous avons eu l’idée de monter une pièce tous ensemble, c’est l’origine de la vidéo Schàllplàttadànzbooda. Par ailleurs, je me suis intéressée à la notion de communauté dans le disco pour rencontrer les autres artistes à travers les images de la série photo You make me feel, où j’ai créé une couverture d’album reprenant l’esthétique du disco et la démarche artistique de chacun d’entre nous.

Le rôle des commissaires du Tube, Margot Rieder et Violette Doire, était assez exceptionnel. Souvent, le commissaire est un acteur plutôt en retrait, alors qu’elles se sont investies dans nos projets. C’est un apport que l’on n’a pas quand on produit des pièces pour une exposition.

Vue de la performance The statement : Nyum’s light (a manifesto), de Anna Tjé photo association Le Tube)
Vue de la performance The statement : Nyum’s light (a manifesto), de Anna Tjé (photo association Le Tube / doc remis)

De nouvelles œuvres aux couleurs disco investissent la Fondation Fernet-Branca à Saint-Louis du 24 octobre au 4 novembre, pour le dernier temps de l’exposition Timelight. Les artistes Claire Guetta et Anna Tjé présenteront chacune une nouvelle performance le samedi 27 octobre à l’occasion du vernissage. La fin de cette démarche de l’association Le Tube sera partagé entre une projection-rencontre du film culte Saturday Night Live au Musée d’art moderne de Strasbourg le 30 octobre et la soirée de clôture Disco Never Dies au thème Drag Show au club La Clandestine de la Meinau le 31 octobre.

#Claire Guetta#Coralie Lhote#Fondation Fernet-Branca#Jonathan Naas#Margot Rieder#Marie Primard#Océan Delbes#Violette Doire

La relance des trains de nuit réclamée devant la gare de Strasbourg

La relance des trains de nuit réclamée devant la gare de Strasbourg

Le collectif « Oui au train de nuit » a fait étape à Strasbourg dans le cadre d’une semaine de campagne pour la relance de trains nocturnes. La Région Grand Est indique avoir des discussions avec des opérateurs, mais préfère privilégier ses financements pour les trains régionaux.

Le vendredi 30 septembre 2016, le dernier train de nuit au départ de Strasbourg quittait le quai n°7 à 20h11. Il arrivait le lendemain matin à Nice. Quelques mois plus tôt, la ligne avait déjà été raccourcie, les dessertes de Port-Bou en Espagne et Vintimille en Italie ayant été interrompues. Depuis, seul le Moscou-Paris fait étape dans la capitale alsacienne, opéré par une compagnie russe.

Environ deux ans plus tard, une campagne nationale « Oui au train de nuit », dont le nom fait écho aux appellations des TGV InOui ou Ouigo, plaide pour une relance de ce mode de transport lent économique et écologique. Une cinquantaine de personnes s’est rassemblée devant la gare de Strasbourg jeudi 25 octobre, principalement des usagers et des organisations syndicales.

Baisse de la fréquentation contre baisse du service

De manière générale, la fermeture de six lignes des huit trains de nuit a été décidée en 2015, suite à un rapport qui attestait de leur baisse de fréquentation de 25% entre 2011 et 2015. Le gouvernement socialiste d’alors répondait notamment qu’il y avait désormais d’autres alternatives : les avions, dont le prix a chuté avec l’émergence des compagnies à bas prix, les autocars suite à la loi Macron, ou les TGV, en encourageant parfois des correspondances par Paris.

Pour les défenseurs du train de nuit, la baisse de fréquentation est plutôt la conséquence d’un service qui s’est dégradé avec les années, faute d’investissements : la fin des auto-trains, des sièges inclinables économiques ou a contrario des wagons-lits haut de gamme, un temps de trajet rallongé, des réservations difficiles et limitées à quelques jours avant le départ, etc. Ces trains atypiques s’adressent à une clientèle qui souhaite économiser une journée de trajet ou une nuit hors de chez soi.

Les mots et gestes encourageants de la ministre

Et si les fers de lance de cette action de lobbying y croient, c’est parce que certaines déclarations de la ministre des Transports, Élisabeth Borne, semblent plaider en faveur de ce mode de déplacement. Et comme elle prépare une loi sur les mobilités, c’est le moment d’insister, avec entre autres une pétition en ligne.

Dans un entretien au Journal du Dimanche, la ministre a déclaré :

« La vraie casse du service public, c’est quand on laisse se dégrader la qualité du service dans les trains de nuit jusqu’à ce qu’il n’y ait plus de voyageurs et qu’on arrête ces trains. »

En septembre, le gouvernement s’est engagé à moderniser, et à prolonger au-delà de 2020, les deux seules lignes nocturnes qui subsistent, au départ de Paris. À cette occasion, elle a déclaré que les trains de nuit « ont de l’avenir. » Un autre cas retient l’attention du collectif, celui de la Région Occitanie qui a accepté de co-financer le prolongement d’une ligne au-delà de Toulouse, vers Cerbère et Port-Bou via Perpignan.

Nicolas Forien est un usager, représentant du collectif "Oui au train de nuit" venu de Paris pour le rassemblement strasbourgeois (photo JFG / Rue89 Strasbourg)
Nicolas Forien est un usager, représentant du collectif « Oui au train de nuit » venu de Paris pour le rassemblement strasbourgeois (photo JFG / Rue89 Strasbourg)

Des offres à la Région Grand Est

Au-delà de l’État, au centre des décisions à venir, les manifestants vont donc aussi interpeller la Région Grand Est. Le vice-président en charge des Transports de la Région Grand Est, David Valence, (UDI) indique que sa collectivité ne souhaite pas spécialement dépenser pour ce service, mais qu’elle a reçu des offres :

« Nous avons des discussions techniques avec des opérateurs qui nous disent qu’il y aurait un modèle rentable pour eux. Nous n’y sommes pas opposés, car cela favorise le territoire. Mais il ne faut pas que nous dispersions nos moyens. L’argent que nous mettrons là-dedans, nous ne le mettrons pas dans des lignes comme Strasbourg-Bâle ou Luxembourg-Metz qui sont les plus fréquentées. La Région Occitanie est dans une situation différente de la nôtre, puisqu’il n’y a pas de TGV, alors que nous sommes bien reliés à Paris. La desserte vers le sud peut en effet être améliorée de manière générale. »

Par ailleurs, une toute nouvelle dépense rentre dans le calcul du pacte financier qui limite la hausse des dépenses à 1,2% d’une année sur l’autre pour toutes les grandes collectivités, sous peine de sanctions financières. Ce qui limite un peu les marges de manœuvre pour de nouveaux services.

Ailleurs en Europe

Au-delà de nos frontières, les partisans des trains nocturnes prennent l’exemple de l’Allemagne où des trains de nuit ont été relancés. Les chemins de fer autrichiens ÖBB ont repris l’activité de la Deutsche Bahn rachetant à bas prix 42 voitures-lits et 15 voitures-couchettes. ÖBB espère passer de 1 million de voyageurs ICN en 2016 à 5 millions d’ici 2020 et à trouver une rentabilité. D’autres exemples en Suède, aux Pays-Bas ou en Finlande sont cités.

Le réseau des trains de nuit en Europe en juillet 2018.
Le réseau des trains de nuit en Europe en juillet 2018.

L’enjeu du financement

Le collectif « Oui aux trains de nuit » ne se positionne pas par rapport à la réforme de la SNCF votée au printemps. Mais pour Nicolas Florien, usager et membre du collectif et venu de Paris dans le cadre d’une semaine de mobilisations, il est essentiel que la puissance publique s’implique financièrement :

« On voit que le secteur privé ne vient pas au secours du secteur public par-lui même. Au-delà de l’enjeu de la desserte nationale via les diagonales, il y a un enjeu européen. En France, on a perdu toutes les liaisons avec l’Europe, que ce soit Berlin, Rome, Madrid ou Barcelone qui est à 6h30 de Paris. Les rails existent, le problème c’est le matériel roulant. Ensuite une bonne coopération est essentielle, comme cela se passe entre l’Allemagne, l’Autriche et les pays de l’Est. On oppose beaucoup le train de nuit au TGV, mais c’est surtout par rapport à la route et à l’aviation, plus polluants, qu’il faut se positionner. »

Après avoir pris la parole devant la foule, Hervé Diebold, membre de l’Association des usagers des transports urbains de Strasbourg (Astus) et cheminot, rappelle que ce service concernait encore beaucoup de monde, qui selon lui ne trouvent pas toujours leur compte dans les autres offres :

« La ligne vers Port-Bou avait un taux de remplissage de 50% et 276 000 passagers dans l’année 2014, soit 378 personnes par train. C’est le chiffre qu’il y avait dans l’appel à manifestations d’intérêts publié pour reprendre la ligne (pour lequel aucune compagnie ne s’est positionnée, ndlr). Le déficit par kilomètre est inférieur que sur les Intercités ou les TER « classiques ». En Allemagne, la compagnie autrichienne ÖBB trouve son équilibre avec un taux de remplissage entre 50 et 60%. »

Du côté de Strasbourg, on pense notamment qu’une réactivation du Strasbourg-Port-Bou, puis une prolongation vers Barcelone pourrait séduire un large public.

Au niveau local, la sénatrice strasbourgeoise Fabienne Keller (Agir) a indiqué sur les réseaux sociaux soutenir cette manifestation. La Ville de Strasbourg avait voté à l’unanimité une motion à son initiative contre la fermeture de la ligne vers l’Espagne. Comme pour beaucoup de motions, elle n’a pas été suivie d’effets. Mais peut-être est-ce la moment pour les manifestants de réactiver la liste des votants strasbourgeois.

Contacté dans la matinée, le ministère des Transports n’est pas revenu vers nous dans la journée pour plus de précisions sur la loi en discussion.

L’enquête sur les trains de nuits par le collectif

Le Conseil d’État annule le décret de fermeture de Fessenheim

Le Conseil d’État annule le décret de fermeture de Fessenheim

Le Conseil d’État a annulé le texte sur la fermeture de la centrale nucléaire de Fessenheim jeudi. Le recours avait été déposé par plusieurs syndicats et des collectivités, dont la Région Grand Est, le département du Haut-Rhin et la mairie de Fessenheim, pour lesquelles le Code de l’environnement n’était pas respecté. Le juge administratif a estimé que la décision de la ministre de l’écologie, Ségolène Royal, le 8 avril 2017, n’avait pas été « légalement prise », EDF n’ayant pas alors formé de demande de fermeture.

Pour le rapporteur public du Conseil d’État, dont l’avis a été suivi, « le vice juridique est trop grave pour passer outre. Il ne s’agit pas de se prononcer sur le bien-fondé de fermer la centrale ou non. Mais l’administration s’est liée les mains. »

La centrale nucléaire de Fessenheim. (Photo Pascal Bastien / Divergence)
La centrale nucléaire de Fessenheim. (Photo Pascal Bastien / Divergence)

Dans son article 2, le décret contesté dispose que « l’autorisation d’exploiter la centrale nucléaire de Fessenheim (…) est abrogée » mais inclut trois « conditions » qui lient cette fermeture à la mise en service de l’EPR de Flamanville et à la nécessité de respecter le plafonnement de la capacité du parc de réacteurs nucléaires d’EDF à son niveau actuel de 63,2 gigawatts. De plus, l’exploitant, EDF, devait en demander formellement la fermeture. Des conditions qui n’ont jamais été remplies…

Claude Brender, maire de Fessenheim, Gérard Hug, président de la Communauté de Communes Pays Rhin Brisach, Brigitte Klinkert, présidente du Conseil départemental du Haut-Rhin et Jean Rottner, président de la Région Grand Est, se sont félicités de la décision du Conseil d’Etat même s’ils assurent ne pas « remettre en cause le processus de fermeture mis en œuvre » mais oeuvrer pour « un dialogue constructif avec l’Etat et EDF, en évitant toute forme d’instrumentalisation politique du dossier. »

Mise en service en 1977, Fessenheim est la doyenne des centrales encore en activité. Sa fermeture, qui était une promesse de François Hollande, devait avoir initialement lieu fin 2016 mais elle a été plusieurs fois reportée. Elle est maintenant repoussée à fin 2019 au plus tôt en raison d’un nouveau retard dans l’entrée en service de l’EPR de Flamanville dans la Manche, et au plus tard en 2020 pour le réacteur 1 et 2022 pour le réacteur 2.

Rassemblement samedi contre les agressions visant les personnes LGBTI

Rassemblement samedi contre les agressions visant les personnes LGBTI

Devant la recrudescence d’agressions ciblant les personnes homosexuelles, bi, trans ou intersexe, une manifestation est prévue samedi 27 octobre à Strasbourg pour alerter sur la situation et interpeller le gouvernement.

La ligne d’écoute nationale de SOS homophobie a enregistré une augmentation de 37% des agressions en septembre 2018 par rapport au mois de septembre 2017, contre des personnes de la communauté LGBTI (lesbiennes, gays, bi, trans et intersexe). En réaction, SOS homophobie Alsace et toutes les associations LGBTI strasbourgeoises (Festigays, La Station, La Nouvelle Lune, l’APGL, Les Effronté.es, Festibad, l’Autre cercle, Pelicanto, David et Jonathan, l’Antenne Inclusive, HES, le collectif anticapitalisme-antipatriarcat et L’hêtre) appellent à une manifestation de dénonciation et de soutien samedi 27 octobre à 15h place Kléber.

Selon Floriane Varieras, co-déléguée régionale de SOS homophobie Alsace :

« Les personnes LGBTI ont plus de visibilité aujourd’hui, il y a une libération de la parole. Or comme elles osent davantage se montrer, par exemple se tenir la main dans la rue pour les couples de même sexe, elles sont plus exposées aux risques d’agression… Il y a aussi le débat sur la procréation médicalement assistée qui crée des tensions. »

Rassemblement en solidarité avec la communauté LGBT à New-York après une mesure anti-immigration de l'administration Trump (Photo Mathias Wasik / FlickR / cc)
Rassemblement en solidarité avec la communauté LGBT à New-York après une mesure anti-immigration de l’administration Trump (Photo Mathias Wasik / FlickR / cc)

Les agressions peuvent être physiques ou verbales. Selon SOS Homophobie, on comptait une agression physique homophobe tous les 3 jours en France en 2017. Un chiffre qui pourrait être plus élevé en 2018. Le terme « LGBTIphobies » désigne toutes les agressions ciblées contre des membres de la communauté LGBTI.

Les organisateurs de la manifestation demandent :

    le lancement par le Gouvernement d’une campagne de sensibilisation nationale sur les LGBTIphobies et ses conséquences, la mise en place d’une formation initiale obligatoire sur la prévention des LGBTphobies pour les professeurs, magistrats, policiers et gendarmes, l’adoption d’une circulaire conjointe des ministères de la Justice et de l’Intérieur rappelant l’arsenal législatif sur les LGBTIphobies

Une manifestation similaire, organisée par SOS homophobie à Paris, a réuni trois mille participants dimanche 21 octobre.

 

Grand entretien : La délicate manœuvre de Stéphane Roth pour moderniser Musica

Grand entretien : La délicate manœuvre de Stéphane Roth pour moderniser Musica

Nouveau directeur du festival Musica, le plus important rendez-vous en France de musique contemporaine, Stéphane Roth a la lourde tâche de l’adapter aux mutations de son public, de l’ouvrir sans se départir de sa singularité. Voici son plan de bataille.

Il n’y a pas que les jeunes qui écoutent de la musique bizarre, les vieux aussi ! Le festival Musica explore chaque année après l’été à Strasbourg les chemins parfois alambiqués de la création musicale. Premier festival de France dédié à la musique contemporaine et la création, établi en 1983, Musica accueille plus de 16 000 personnes pendant trois semaines chaque mois de septembre, un public fidèle, curieux, attentif mais… âgé.

Nommé en avril nouveau directeur de Musica, Stéphane Roth a bien compris cet enjeu crucial :

« Le public de Musica est formidable, c’est probablement la première richesse de ce festival unique en France. Mais il doit avoir une moyenne d’âge autour de 60 ans… Et son renouvellement ne progresse pas suffisamment vite. Donc il faut agir maintenant. Un festival doit être un miroir social, il doit faire résonner les questions de classe, de genre, identitaires… Il y a un effort considérable à produire. »

Rue89 Strasbourg : comment dès lors assurer ce renouvellement ?

Stéphane Roth : D’abord, ça passera par une ouverture de la programmation artistique, qui existe déjà d’ailleurs. Le champ de la création musicale peut prendre des formes écrites mais aller aussi du côté des formes improvisées, ou dansées, plus populaires ou même électroniques… La musique contemporaine, on l’oublie parfois, c’est une création idéologique. Elle a eu un sens émancipatoire qu’elle n’a plus aujourd’hui… Je ne le lâcherai pas mais aujourd’hui, si on prend la noise par exemple, qui existe depuis 30, 40 ans et qui se produit dans des lieux alternatifs, il y a des artistes qui ont des préoccupations qui rappellent celles qu’avait Stockhausen en 1960, ça fait partie de leur filiation.

« Les champs adjacents, comme la musique électronique, doivent rentrer dans Musica »

Ces champs adjacents doivent rentrer dans Musica, progressivement, à travers des projets artistiques, forts, structurants et une implication égale à celle qu’on met dans des projets symphoniques. Je veux essayer de tenir ce projet moderniste tout en affirmant que dans la musique électronique, dans la pop, il y a de l’art. Ce n’est pas du divertissement pour autant, je veux retrouver la racine festive de Musica, mais il n’est pas impossible que ma programmation, tout en faisant ça, soit plus pointue.

L’autre volet est un effort pluridisciplinaire, développer les relations avec le théâtre, la danse… On vit sur un vieux mythe de réunion des arts sans s’être mis en capacité de répondre à ce désir. Accepter qu’un chorégraphe peut faire de la musique, comme Pierre Rigal avec MicroRéalités par exemple – on ne sait jamais si c’est la chorégraphie qui produit la musique ou l’inverse… On rentre dans la définition de la création musicale.

Et si je devais donner une définition minimale, la création musicale est la recherche puis le progrès dans un langage, la recherche de l’inouï et d’un autre côté, de raisonner avec la société, de détourner les conventions, d’introduire du subversif là où c’est très ordonné…

Justement, est-ce que Musica est en résonance avec la société ?

Il y a une fausse image de Musica, selon laquelle ce serait un festival d’invités, qui viennent de Paris ou d’ailleurs en Europe… Ce n’est pas vrai du tout, c’est un vrai festival nourri par son public, qui est composé pour beaucoup de Strasbourgeois. Donc, le festival est ancré dans la ville, il est connu mais c’est vrai que certains Strasbourgeois ne se sentent « pas concernés » par le festival, et c’est ça qu’il faut démonter.

« Développer toutes les relations avec les publics »

Cette expression, je l’ai entendue plusieurs fois en discutant de Musica avec des Strasbourgeois, des gens qui connaissent parfois bien le festival, sont capables de citer des invités, des événements, etc. mais ne viennent pas parce qu’ils ont le sentiment que ce n’est pas pour eux… Donc là, il y a un vrai travail et mon projet est directement concentré là-dessus. Nous allons développer de manière considérable ce qu’on appelle globalement la médiation culturelle, c’est-à-dire le développement des contenus si on vient de l’art ou le marketing si on vient de la billetterie. Je veux pouvoir solliciter une base un peu plus large. Nous serons donc beaucoup plus présents sur les conférences, les rencontres avec les artistes, les ateliers d’analyse d’écoute, etc.

En deuxième étage, c’est la relation aux citoyens : par exemple des résidences d’artistes dans des lieux spécifiques de l’Eurométropole ou du Département ou de la Région avec un lien réel au public dans des expériences type « nouveaux commanditaires » dans l’espace public, avec un cahier des charges artistique qui peut être co-élaboré avec des habitants sur des problématiques qui les concernent…

Stéphane Roth a l'intention de rééquilibrer les moyens de Musica entre la production et les publics (Photo PF / Rue89 Strasbourg / cc)
Stéphane Roth a l’intention de rééquilibrer les moyens de Musica entre la production et les publics (Photo PF / Rue89 Strasbourg / cc)

Et il y a une troisième étape, qui est la question de l’étude des publics. Parce qu’il faut un système de collecte et d’analyse des retours, sinon on ne peut pas avoir la prétention de renouveler les publics sans connaître ce qu’il pense et ce qu’il cherche. Il ne s’agit pas simplement de ses désirs, sinon on irait vers quelque chose d’instable, mais il faut pouvoir aller au-delà des applaudissements et des silences… Je voudrais développer une capacité nouvelle d’écoute du public au sein même de Musica. Pour l’instant, j’appelle ça « l’Académie des spectateurs » mais c’est encore un nom de travail, ça va changer… Ce sera une partie intégrante du festival avec laquelle nous allons travailler.

Est-ce à dire que Musica sera présent tout au long de l’année ?

J’aimerais beaucoup. Mais ça pose trois questions qu’il faudra adresser. D’abord, la nature d’un festival, qu’est-ce qu’un festival, à qui ça sert, pourquoi ? Les pouvoirs en ont créé pleins dans les années 70-80 et maintenant il y a un mouvement de repli. Parmi les financeurs, certains plaidaient pour que Musica devienne une biennale… C’est vrai que 3 semaines chaque année, c’est difficile à tenir avec le budget actuel. Mais si Musica disparaît pendant deux ans… Est-ce que c’est encore un festival ancré dans la ville ? D’autres proposaient une réduction de la durée, concentrer les moyens sur une semaine ou deux… Je n’ai pas de réponse toute faite.

Dans sa configuration actuelle, le festival Musica n’est pas en capacité de produire des rendez-vous tout au long de l’année. Sauf à réduire le rendez-vous en septembre, ce qui m’apparaît compliqué pour un festival qui est le plus important de France. Il faut quand même conserver un certain nombre de programmations, d’artistes invités, etc. Donc la deuxième question concerne la capacité des acteurs de la culture à mutualiser leurs moyens : Accroche Note fait ses concerts en juillet, les Percussions de Strasbourg proposent les concerts « At Home, » L’Imaginaire, l’orchestre philharmonique de Strasbourg ont tous des rendez-vous… On devrait pouvoir imaginer des passerelles.

« Mutualiser nos moyens et nos actions »

Pour l’instant, je n’ai pas de plan mais je rencontre les responsables de structures et de festivals à Strasbourg pour voir comment on peut travailler ensemble. Paul Clouvel était déjà parvenu à mettre un peu tout le monde autour de la table avec Musiques Éclatées ou le F7, qui regroupait sept festivals de Strasbourg dont les Giboulées, Ososphère, Jazzdor, et qui avait donné lieu à de beaux croisements. Par exemple, on a vocation à continuer à travailler avec les Nuits de l’Ososphère.

Et puis en troisième point, il y aura la question de cette Académie des spectateurs, qui pourra être une entité et qui pourra proposer des actions de médiation sur plusieurs rendez-vous culturels tout au long de l’année, avoir une politique coordonnée et structurée sur l’accueil des publics. Il faudra y associer les artistes, qui sont demandeurs d’actions tournées vers les publics et qui ont des propositions à faire. Il faut rééquilibrer les moyens en fait entre production et réception, on peut placer la question de la création dans la médiation. Quand Marcel Duchamp dit « c’est le regardeur qui fait l’oeuvre », c’est une vieille idée mais qui a toujours du sens aujourd’hui.

Quel est l’état du budget de Musica ?

Le budget de Musica tourne autour de 2 millions d’euros, avec un accord historique entre l’État et les collectivités locales qui se répartissent chacun environ la moitié du budget. Il y a aussi la Sacem qui participe au financement et puis nous avons la billetterie qui reste importante. Nous avons une équipe de six salariés pour le mettre en œuvre, qui est bien dimensionnée. Mais le budget est trop serré. Mon projet de développement des publics et d’actions culturelles va nécessiter 300 000€ alors qu’on y consacre actuellement autour de 50 000€.

Donc le budget global va progresser surtout qu’il n’a pas évolué depuis 20 ans alors que les charges artistiques, techniques et de sécurité, ont augmenté. Donc les capacités du festival sont moindres qu’au début des années 2000. Il n’y a pas de menace directe sur les recettes mais on attend quand même une écoute des tutelles sur cette question. Et il y a des pistes qu’il faudra explorer plus qu’on ne le faisait jusqu’à présent, comme le mécénat privé par exemple.

Il y a aussi la question du passage au numérique pour le festival et il y a beaucoup à faire, mais à ce stade on n’a pas du tout les moyens pour développer le web. Là aussi, il faudra trouver une solution, peut-être avec un mécène dédié… On aura des contenus, des ressources et un magazine en ligne. On va travailler sur l’histoire de Musica, qui est considérable, et débuter un travail d’archivage, en partenariat avec le centre de documentation de la musique contemporaine.

Des familles roms dorment à nouveau dehors au Neuhof

Des familles roms dorment à nouveau dehors au Neuhof

À peine deux mois après l’évacuation d’un campement de demandeurs d’asile rue des Canonniers au Neuhof, huit nouvelles familles s’y sont réinstallées depuis mi-octobre, faute de place disponible dans les centres d’accueil. Contraints de dormir dans le froid, l’état de santé des très jeunes enfants est préoccupant.

Huit familles demandeuses d’asile ont posé des tentes et des bâches sur les trottoirs de la rue des Canonniers au Neuhof, faute de place dans les centres d’accueil de Strasbourg. Deux mois seulement après l’évacuation d’un campement de familles demandeuses d’asile le 17 août, un nouveau est en train de se recréer au même endroit depuis mi-octobre. La situation est particulièrement préoccupante pour les nombreux enfants en bas âge.

Des familles avec enfants

Mercredi, trente personnes (huit familles) dorment sous des bâches et des petites tentes devant l’ancien hôpital militaire Lyautey au Neuhof. La moitié sont des enfants, dont douze ont moins de sept ans. Les enfants les plus jeunes sont des bébés : ils ont à peine 4 mois, 5 mois, 9 mois… En outre, deux femmes sont enceintes.

Aucune toilettes, aucune assistance médicale, aucun repas chaud. Et « s’il pleut, les matelas sont mouillés, » prévient Gérard, du collectif Canonniers. Avec la baisse des températures (4°C au petit matin lundi), la santé des plus fragiles est en danger. Plusieurs enfants sont déjà allés à l’hôpital (à « la Boussole », la permanence d’accès aux soins) pour des problèmes respiratoires. Trois présentaient des symptômes fiévreux.

Ivanka, la fille d’Alberto (photo de Gérard Baumgard / doc remis)

Lorsqu’Ivanka, 9 mois, la fille d’Alberto Demirodic, a eu une montée de fièvre la semaine dernière, il est resté avec elle toute une nuit à l’hôpital la peur au ventre. Cela fait un peu plus d’une semaine qu’il campe ici avec sa femme et sa fille. Depuis leur arrivée à Strasbourg le 15 septembre, ils dormaient dehors derrière la gare. Ils ont choisi de rejoindre la rue des Canonniers dans l’espoir d’être plus visibles et d’obtenir de l’aide. La majorité des familles du nouveau campement dormaient également derrière la gare avant. Une autre famille dormait sous un pont.

Des discriminations qui traversent les frontières

Alberto et sa famille viennent de Serbie. Ils ont leur attestation de demande d’asile depuis le 24 septembre, mais toujours pas l’ombre d’une proposition d’hébergement. Toutes les familles présentes ont déposé une demande d’asile à la préfecture. L’Etat est dans l’obligation légale de les héberger le temps qu’elle soit traitée. Mais à Strasbourg, « il n’y a plus de place », leur répète-t-on.

Les procédures sont longues. Trois familles ont déjà leur attestation de demande d’asile mais les autres doivent attendre la date de leur convocation à la préfecture pour recevoir ce document. En attendant, elles n’ont rien : pas de toit, ni l’aide financière attribuée aux demandeurs d’asile, dont les virements peuvent mettre plus d’un mois à arriver après que toutes les démarches aient été effectuées.

Les tentes devant l'hôpital Lyautey (photo PR / Rue89 Strasbourg)
Les tentes devant l’hôpital Lyautey (photo PR / Rue89 Strasbourg)

Toutes les familles de ce campement sont roms. Elles viennent de Bosnie, de Macédoine et de Serbie. Dans ces pays, leurs communautés sont gravement discriminées, ce que confirment plusieurs rapports d’ONG qui font état de violences, persécutions, problèmes d’accès au logement, à l’emploi et aux services de santé. Beaucoup vivent dans des camps. Les enfants n’ont souvent pas accès à l’éducation.

Mustafa est venu en France en bus avec sa femme et ses deux enfants :

« Quatre jours à Paris, sept jours à la gare de Strasbourg, dix jours ici… Nous sommes dehors depuis tellement longtemps. Moi ça va, mais mes enfants, c’est un problème ! Ils n’ont pas à manger. Ils dorment mal. Il fait froid, ils ont le rhume et mal à la gorge. Un de mes enfants a 2 ans et l’autre a 4 mois. Je ne suis pas là pour demander de l’argent, je veux juste une maison pour eux. Ils boivent du lait froid, on n’a pas d’endroit où le chauffer. Ils n’ont pas de couches. »

Et pour Mustafa, son exil est lié à l’intolérance religieuse :

« En Macédoine, nous n’avons pas de travail, pas d’école pour les enfants, pas de maison. Tout ça parce qu’on est Musulmans et qu’en Macédoine, ils ne veulent pas de nous. Ils ne veulent même pas de nos enfants à l’école. »

« Ils disent que notre pays est l’Inde et que nous devons retourner en Inde, » rajoute un autre Rom macédonien qui rejoint la conversation.

Les familles dépendantes d’une solidarité de rue

Au Neuhof, les demandeurs d’asile trouvent des personnes qui s’intéressent à elles et leur viennent en aide. Les membres du collectif Canonniers, qui était déjà très présent pour aider les personnes du campement de l’été, passent les voir tous les jours pour faire le point sur leurs besoins et leur santé.

Sans aucune aide financière ou matérielle de l’Etat, les familles de la rue des Canonniers ne pourront pas éternellement survivre des dons et de la bienveillance des quelques anonymes solidaires qui sont venus leur déposer des paquets de couches, du pain et du lait au cours de la semaine.

Le collectif « D’ailleurs Nous Sommes D’ici » multiplie les communiqués pour interpeller les pouvoirs publics sur la situation et les lettres, notamment à l’attention du maire de Strasbourg, Roland Ries. À ce jour, aucune réponse à leurs sollicitations n’a été reçue.

Me Sophie Schweitzer, qui défendait déjà activement les Roms rue du Rempart, a décidé prendre en charge les dossiers de ces familles pour les défendre auprès du tribunal administratif. Le tribunal administratif, saisi en référé par l’avocate, a ordonné à l’État, de loger une première famille sous 48 heures.

Gagnez des pass famille pour Halloween au Parc du Petit Prince

Gagnez des pass famille pour Halloween au Parc du Petit Prince

Le parc du Petit Prince et Rue89 Strasbourg vous proposent de passer une journée à Ungersheim à l’occasion d’Halloween, du 24 octobre au 4 novembre. Trois « pass famille » (pour 2 adultes et 2 enfants) sont à gagner en remplissant le formulaire ci-dessous.

Programme et décors chamboulés pour Halloween

Le parc d’attractions du Petit Prince à Ungersheim s’est transformé pour accueillir la chasse aux citrouilles pour Halloween : toiles d’araignées géantes, citrouilles et autres cucurbitacées multicolores dans tous les allées et jardins du parc, créatures de la nuit et autres apparitions fantomatiques…

Ouhla mais qu'est-ce que c'est ? (doc remis)
Ouhla mais qu’est-ce que c’est ? (doc remis)

Au programme des attractions et animations entièrement thématisées Halloween « gentiment effrayantes et frissonnantes » :

    « Métamorphose-toi en Froussard », avec un tunnel où chacun devra affronter ses peurs… les plus cachées… Le Manoir dans lequel un mystérieux majordome attend les visiteurs pour une série d’épreuves et d’obstacles. La Crypte : Oserez-vous traverser ce lieu hanté par des créatures étranges ? Les Contes qui font peur… : voyagez dans l’Univers d’Halloween Atelier maquillage au Volcan La soirée incontournable à ne pas manquer :

À noter que le mercredi 31 octobre, le parc est ouvert exceptionnellement jusqu’à 22 heures pour une « Halloween Party ».

Le concours

Jacqueline Gourault exclut le statut particulier pour le futur département Alsace

Jacqueline Gourault exclut le statut particulier pour le futur département Alsace

Ancienne secrétaire d’État, promue ministre de la Cohésion des territoires et des relations avec les collectivités territoriales à la faveur du remaniement, Jacqueline Gourault était l’invité d’Europe 1 ce mercredi 24 octobre.

Revoir l’interview de Jacqueline Gourault

« Non, pas un statut spécial »

Comme elle le laissait entendre par le passé, la « madame Alsace » du gouvernement a cette fois-ci clairement exclu que la fusion du Haut-Rhin et de Bas-Rhin ne débouche sur un statut particulier (« non pas un statut spécial »).  Elle confirme que ce futur département aura cependant des « compétences particulières ». Elle cite « le transfrontalier » et « l’identité alsacienne rhénane ».

Elle ne précise pas si ces compétences sont « transférées » ou « déléguées » (signature d’une convention qui peut être retirée à tout moment, notamment par le conseil régional), ce qui constitue à ce jour un point de blocage dans les négociations. Le transfrontalier est bien une compétence de la Région Grand Est.

Quant à « l’identité », le terme est un peu flou et semble recouper plusieurs compétences de l’État, certaines folkloriques (les plaques d’immatriculations) ou plus stratégiques comme le bilinguisme, c’est-à-dire la gestion des profs d’Allemand. Ce point fait l’objet d’une rencontre avec le ministre de l’Éducation Jean-Michel Blanquer. Les questions du partage de l’Économie et du tourisme, autres points de blocage historiques, ne sont pas évoquées.

Et les perdants sont…

Cette organisation administrative s’éloigne donc de celle des deux présidents de départements, la haut-rhinoise Brigitte Klinkert (LR) et le haut-rhinois Frédéric Bierry (LR) qui plaidaient pour cette solution, afin de pérenniser les pouvoirs, ce qu’ils appellent « la capacité à agir ». Le député Patrick Hetzel et le sénateur André Reichardt plaidaient pour une sortie complète du Grand Est à terme.

Le gouvernement doit rendre ses décisions dans les semaines, voire les jours à venir. Frédéric Bierry avait affirmé fin 2017 que si les arbitrages étaient insatisfaisants, il n’excluait pas d’avoir recours à une consultation des habitants via un vote dans les deux départements.

Les actions de militants vegan font voir rouge les bouchers

Les actions de militants vegan font voir rouge les bouchers

Alors que l’association vegan et antispéciste « 269 Life » multiplie les actions démonstratives, les bouchers alsaciens se sentent menacés et appellent les autorités à instaurer une distance de sécurité entre les manifestants et leurs boutiques. Ils craignent des dérapages, alors que la période des fêtes approche.

Des inscriptions à la craie sur les trottoirs, des affiches militantes collées sur leurs vitrines… Les bouchers se sentent menacés par les démonstrations des militants vegans et antispécistes, qui s’opposent à l’exploitation des animaux. Lors d’une conférence de presse mardi matin, les bouchers, charcutiers et traiteurs du Bas-Rhin ont demandé à ce que ces manifestations soient interdites à proximité des boucheries.

« La profession connaît depuis quelques mois plusieurs actions militantes à son encontre. Notamment à Strasbourg. Ces abjections sont orchestrées par des mouvements spécistes radicaux (sic), » indiquait un communiqué de la boucherie Porcus, qui voulait sûrement parler des antispécistes.

L'association Vegan Bastards Krew avait inscrit des slogans devant Porcus (doc remis)
L’association Vegan Bastards Krew avait inscrit des slogans devant Porcus (doc remis)

Affiches, démonstrations et inscriptions

De quelles « abjections » parle-t-on ? Des militants antispécistes et vegan ont collé des affiches « boucher n’est pas un métier » et l’association Vegan Bastards Krew a fait apparaître dans la nuit du 6 au 7 octobre des inscriptions à la craie près des boucheries Porcus, Au Couteau d’Or, Klein et Kirn à Strasbourg (voir la photo ci-dessus). Mais c’est surtout l’action de l’association 269 Life France devant la boucherie Jaegli à Sélestat le 22 septembre qui a marqué les esprits des bouchers : deux manifestants sont venus avec des pancartes et ont dérangé les clients. Bruno Jaegli, le gérant de la boucherie, a attrapé un des manifestants par son sac et a filmé toute la scène en attendant la police.

Aucune de ces actions n’a donné lieu à un affrontement physique violent, mais les bouchers s’inquiètent de leurs propres réactions qui pourraient l’être, a prévenu Jean-Luc Hoffmann :

« Certains confrères sont un peu plus nerveux et risquent de mal réagir. »

En aparté, il poursuit :

« Je prône le calme, mais à un moment donné ça pourrait aller trop loin. Si on perd trop de parts de marché, on a un instinct de survie. Et qu’est-ce que fait un humain quand il a un instinct de survie ? Il attaque. »

Les bouchers charcutiers craignent particulièrement que des actions de ce type soient organisées devant leurs vitrines pendant le Marché de Noël, période de forte affluence. Pour l’instant, seule l’association 269Life a appelé ses militants à déverser du faux sang sur le sol des boucheries, poissonneries et fromageries, entre le 2 et le 16 novembre. Bruno Jaegli pointe qu’une manifestation de cette même association est prévue le 3 novembre, juste en face de sa boutique à Sélestat.

Famille ou réserve de côtelettes sur pattes ? Les conditions du débat inquiètent les bouchers (Photo Visual Hunt / cc)
Famille ou réserve de côtelettes sur pattes ? Les conditions du débat inquiètent les bouchers (Photo Visual Hunt / cc)

« On respecte le droit de manifester, mais pas devant nos boucheries », a renchéri Jacqueline Riedinger-Balzer, présidente de la Fédération des bouchers charcutiers traiteurs d’Alsace. L’organisation est décidée à mener toutes les démarches possibles auprès de la préfecture pour faire interdire les prochains rassemblements qui seraient organisés trop « proches » des boucheries strasbourgeoises, en particulier de Porcus. Mais Porcus étant situé place du Temple-Neuf, juste derrière la place Kléber d’où partent la majorité des manifestations strasbourgeoises, dont une organisée par L214 le 27 octobre.

Un dialogue qui sera compliqué

Olivier Klein, gérant des boucheries Porcus et Maison Klein, se dit prêt à rencontrer les militants les plus radicaux pour discuter avec eux. Ce qu’il ne supporte pas, c’est de voir des affiches au message dégradant pour toute la profession :

« Un boucher qui voit une photo d’un boucher ensanglanté tenant un porcelet mort-né, ça lui donne une image inadmissible de lui-même. »

Les présidents de la fédération des Bouchers charcutiers d’Alsace reconnaissent bien que « manger trop de viande, ce n’est pas bon » et se disent d’accord sur le fait que nos modes de consommation doivent évoluer. Ils se disent touchés par une prise de conscience à la fois quant aux enjeux environnementaux liés à la production de viande, extrêmement consommatrice d’eau et de terres, et quant aux méthodes scandaleuses de certains abattoirs.

Mais les bouchers font valoir qu’ils sont les premiers à prendre en compte le « bien-être animal »… en faisant attention aux conditions d’abattage. Selon eux, cette attention particulière leur permet de gagner des clients par rapport aux supermarchés. Circuits-courts, traçabilité, choix des élevages ou « qualité de la viande »… Les artisans bouchers assurent qu’on ne peut leur livrer des bêtes présentant des traces d’hématomes.

Certains bouchers-traiteurs proposent même des choix végétariens mais une réconciliation entre les deux mondes paraît délicate. Ainsi pour Olivier Klein, « quand on prélève la vie d’un animal, c’est pour le valoriser, » tandis que Jean-Luc Hoffmann assure « respecter l’animal, en le présentant le mieux possible dans nos étalages. »

#antispécisme#Porcus

Fermé en août, le Lieu d’accueil parents enfants trouve refuge à la Maisonnée

Fermé en août, le Lieu d’accueil parents enfants trouve refuge à la Maisonnée

Fin juillet, le lieu d’accueil parents enfants (Lape) rue de Wasselonne, dans le quartier Gare / Laiterie fermait ses portes pour les vacances du mois d’août, sans qu’une réouverture ne soit prévue pour la rentrée. La Maison de l’Enfance, qui hébergeait ce service municipal, va connaitre de longs travaux de rénovation d’au moins 18 mois.

Depuis le 15 octobre, une solution a été trouvée par la Ville de Strasbourg le temps des travaux. Les activités du Lape sont transférées à La Maisonnée (gérée par la structure « Maison verte »), 13 rue Kageneck, les lundis, mardis, mercredis et vendredis matins.

Le nouveau site se trouve donc à un kilomètre du précédent emplacement, dans la partie nord du quartier gare. Dans la même salle, la Maison verte continue d’accueillir ses publics les après-midis, pour les enfants de 0 à 4 ans. L’accueil de l’ex-Lape de la rue de Wasselonne, prévu pour les enfants de 0 à 6 ans, se déroule de 9h à 12h.

La Maisonnée accueillera deux Lieux d'accueil parents enfants différents. (photo JFG / Rue89 Strasbourg)
La Maisonnée accueillera deux Lieux d’accueil parents enfants différents. (photo JFG / Rue89 Strasbourg)

La Maisonnée se trouve à un kilomètre de l'ancien Lieu d'accueil Parents Enfants de la rue de Wasselonne (capture d'écran)
La Maisonnée se trouve à un kilomètre de l’ancien Lieu d’accueil Parents Enfants de la rue de Wasselonne (capture d’écran)

Bruno Studer imite (mal) l’accent alsacien lors des questions au gouvernement

Bruno Studer imite (mal) l’accent alsacien lors des questions au gouvernement

Noyés dans une large majorité de plus de 300 élus (354 sur 577 avec le Modem), les députés « La République en Marche « ont parfois du mal à exister politiquement et se démarquent par des sorties loufoques. Ce n’est pourtant pas le cas du député strasbourgeois Bruno Studer, président de la commission de l’Éducation et des affaires culturelles, ainsi que rapporteur sur la loi contre les fausses informations (ou « infox »).

Dans une question au gouvernement ce mardi 23 octobre, l’ancien professeur d’histoire-géographie a cependant pris un accent alsacien complètement forcé, alors qu’il n’a pas d’accent en temps normal. Une manière sûrement de moquer le leader de la France insoumise Jean-Luc Mélenchon qui s’est lui-même… moqué de l’accent d’une journaliste originaire de Toulouse avant de s’en excuser.

« Une honte ! »

Dans les rangs de l’Assemblée nationale, on entend le député de Colmar, Éric Straumann (LR), furieux lui lancer « C’est une honte ». « Non, ce n’est pas une honte, vous n’avez pas le monopole de l’Alsace ! », lui répond Bruno Studer, qui ponctue son allocution par un « Vive l’Alsace » et une brève imitation de l’accent… marseillais.

La question et la réponse qui risque de passer au second plan était : « Quelle est votre stratégie pour l’enseignement des langues vivantes ? »

Quant au ministre de l’Éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, il regarde impassible et répond le plus sérieusement du monde. Le gouvernement prévoit notamment de faciliter les séjours de 6 mois à l’étranger pour les lycéens. L’école internationale de Strasbourg est notamment citée en exemple.

Rappelons que le gouvernement doit donner ses arbitrages sur les compétences attribuées au futur département Alsace. Alors que la majorité est souvent critiqué pour une mauvaise écoute des territoires, voilà qui va sûrement pimenter les dernières négociations.

La délicate aventure d’une péniche de fret pour rejoindre le centre de Strasbourg

La délicate aventure d’une péniche de fret pour rejoindre le centre de Strasbourg

La Ville de Strasbourg veut développer l’utilisation du bateau pour ramener les marchandises en ville ou évacuer les déblais. Une première expérience a été tentée dans le cadre du réaménagement des quais sud de l’Ill, des pavés ont été ramenés en péniche. Retour sur une entrée décalée dans le centre-ville de Strasbourg

Il y a de l’agitation ce matin au quai Jacoutot. On s’affaire sur les péniches habituellement assoupies le long de la berge. Une fois n’est pas coutume, le Vogel Gryff, un bateau de transport, est venu s’accoler aux péniches d’habitation, la cale pleine de palettes de pavés.

Derniers préparatifs au quai Jacoutot avant le grand départ. (photo Nathalie Stey)
Derniers préparatifs au quai Jacoutot avant le grand départ. (photo NS / Rue89 Strasbourg / cc)

Un air de « retour vers le futur »

C’est l’heure des derniers préparatifs pour le manutentionnaire et le capitaine du bateau. Des gestes ordinaires pour ces professionnels du transport, mais il y a pourtant beaucoup d’observateurs pour assister aux opérations. Car aujourd’hui n’est pas un jour comme les autres : cela fait des décennies que la voie fluviale n’a plus été utilisée pour transporter des marchandises vers le centre-ville de Strasbourg.

Le Vogel Gryff n’a en tout cas pas connu cette époque. Du haut de ses 55 ans, la péniche apparaîtrait presque comme une jeunette…

A l’heure de l’appareillage, il règne une atmosphère joyeuse sur le pont. Pour l’occasion, Guy et Magali Péningue, les patrons du bateau, ont reçu la visite de leurs deux filles, Heidi et Meggie. Il y a aussi Sébastien, un ami de la famille, élève à la section fluviale du lycée Mathis, qui n’a pas hésité à sécher un cours pour pouvoir être présent.

Heidi, elle, a laissé pour un jour sa propre exploitation. Contrairement à sa sœur, elle a attrapé le virus de la voie d’eau et conduit aujourd’hui son bateau. Meggie est descendue « à terre », comme disent les bateliers, et ce voyage est l’occasion pour elle de renouer avec les souvenirs d’enfance et le lien familial à l’eau.

A la barre - joystick de son bateau, Guy Péningue scrute la rivière. Il ne s’agirait pas de toucher le fond ! (photo Nathalie Stey)
A la barre – joystick de son bateau, Guy Péningue scrute la rivière. Il ne s’agirait pas de toucher le fond ! (photo Nathalie Stey)

Une histoire de famille

Les Péningue sont une famille batelière comme il en existe encore 300 en France, qui se transmettent la vocation fluviale et son sentiment de liberté à travers les générations. Mais pour Guy et Magali, pas d’itinérance. S’ils ont effectivement sillonné les canaux et fleuves d’Europe pendant une bonne dizaine d’années, ils ont jeté l’ancre à Strasbourg au début des années 2000 pour pouvoir garder leurs filles avec eux.

Nombre d’enfants de mariniers passent en effet leur scolarité en internat ou en tout cas loin de leurs parents ; une situation dont les Péningue ne voulaient pas. Guy est ainsi allé travailler chez Batorama, pendant que Magali trouvait un emploi « à terre ». Avant de reprendre le transport de marchandises, tout en restant dans la région : depuis 2014, le Vogel Gryff fait la navette entre le port de Kehl et Brumath, la cale chargée de scories issues de l’acierie de Kehl.

Son client, le négociant en matériaux Leonhart, est au fil des ans devenu un spécialiste du transport fluvial, et c’est ainsi tout naturellement que le bateau s’est retrouvé à faire des livraisons de pavés au centre-ville de Strasbourg, dans le cadre des travaux de la transformation des quais Sud.

Passage devant les institutions européennes. (photo Nathalie Stey)
Passage devant les institutions européennes. (photo NS / Rue89 Strasbourg / cc)

Splendeur et volupté

L’entrée dans Strasbourg depuis le canal de la Marne au Rhin a quelque chose d’abrupt et de doux à la fois. Très rapidement, on se retrouve face à la masse des bâtiments européens, dont les vitres ne font que mieux réfléchir la petitesse du bateau. Puis les quais et les immeubles défilent, presqu’en silence, sur fond de clapotis, de gazouillis des oiseaux et de battement d’ailes des canards.

La ville apparaît au travers d’un prisme vert d’eau, comme si la jungle s’invitait en pleine zone urbaine. Le contraste avec les bouchons qui, à la même heure, stoppent voitures et camions à l’approche de Strasbourg est formidable, le décalage par rapport à l’activité qui règne en ville aussi.

Calme et sérénité à l’approche du centre-ville de Strasbourg. (photo Nathalie Stey)
Calme et sérénité à l’approche du centre-ville de Strasbourg. (photo NS / Rue89 Strasbourg / cc)

Une rivière pas si tranquille

Le pont Kennedy surgit de nulle part, avec ses hommes de force qui regardent de haut passer le bateau et sa cargaison. Peu après cependant, cette atmosphère hors du temps s’évapore ; le moteur de la péniche baisse de régime et son capitaine affiche un air soucieux. Le niveau d’eau n’est pas très élevé et Guy est obligé de naviguer le nez sur la sonde, qui lui indique que le lit de l’Ill se rapproche dangereusement du fond du bateau.

La rivière n’est pas entretenue pour laisser passer un bateau de fret, transformant son capitaine en pionnier. D’ailleurs, lors du premier voyage de la péniche jusqu’au quai des bateliers, celle-ci avait heurté « quelque chose » à la hauteur du pont Royal, sans que les bateliers ni VNF ne puisse déterminer de quoi il s’agissait.

Cela passe en haut, mais plus difficilement en bas. (photo Nathalie Stey)
Cela passe en haut, mais plus difficilement en bas. (photo NS / Rue89 Strasbourg / cc)

L’épisode n’était qu’une péripétie de plus pour les Péningue, habitués à « défricher » des canaux n’ayant plus vu passer de péniche de transport depuis un moment. Magali évoque ainsi leur retour dans le fret fluvial, il y a quatre ans :

« Lors de l’un de nos premiers voyages, le bateau a violemment heurté une pierre d’enrochement qui était tombée de la berge. Cela a fait un trou dans la coque et l’eau est très vite montée dans le bateau ; il a fallu le sortir à terre. Heureusement, la réparation a pu être faite rapidement. »

À la hauteur de l’église Saint-Paul, l’avant du bateau soudain se soulève et la péniche ralentit brutalement. Heidi se précipite à la proue et scrute la rivière. Cette fois-ci, pas de doute : le Vogel Gryff a touché le fond. 

Finalement, à force de fines manœuvres, Guy réussit a faire passer son bateau sans plus d’encombre, avec sa fille à l’avant pour le guider. La coque du bateau a été percée au cours de cet accident et a dû être réparée, aux frais de VNF en sa qualité de gestionnaire du réseau.

Pour débarquer à sec, une simple planche et des barrières à franchir. La logistique urbaine fluviale, une nouvelle discipline sportive ! (photo Nathalie Stey)
Pour débarquer à sec, une simple planche et des barrières à franchir. La logistique urbaine fluviale, une nouvelle discipline sportive ! (photo NS / Rue89 Strasbourg / cc)

La logistique fluviale, un vrai parcours de santé

Le bateau arrive au quai des bateliers, où l’attendent caméras et élus municipaux. Sur place, une plate-forme a été aménagée, pour permettre à une grue mobile de sortir les palettes de pavés de la cale pour les charger directement sur camion et ainsi les transporter sur quelques centaines de mètres jusqu’au chantier. Une plate-forme sécurisée, pour que le déchargement du bateau ne représente pas un danger pour les piétons cheminant à proximité, et pour que ces derniers ne risquent pas de tomber à l’eau.

Quant aux occupants du bateau, pour mettre pied à terre, il leur faut jouer aux équilibristes sur une planche (le Vogel Gryff n’a pas pu se mettre contre le quai, au risque de ne pouvoir repartir du fait du manque d’eau) puis passer par-dessus le parapet. Marinier, un métier hautement sportif.

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