Enquêtes et actualité à Strasbourg et Eurométropole

Samedi 17 novembre, les gilets jaunes veulent « paralyser toute l’Alsace »

Samedi 17 novembre, les gilets jaunes veulent « paralyser toute l’Alsace »

En Alsace, les opposants à la hausse des prix des carburants préparent la mobilisation du samedi 17 novembre. Selon une organisatrice, la circulation sera perturbée autour d’une quinzaine d’agglomérations, de Haguenau à Mulhouse.

La liste des blocages prévus le 17 novembre en Alsace est longue. Entre Saverne et Mulhouse, plus de quinze rassemblements contre la hausse des prix des carburants sont en cours d’organisation sur Facebook, d’après Anaïs Kuhn. Elle fait partie des administratrices de la page « Alsace blocage national contre la hausse des taxes ». Près de 34 000 membres y suivent la mobilisation des gilets jaunes, symbole des opposants à la hausse des taxes, en particulier sur les carburants.

Pour rappel, l’augmentation récente des prix du carburant n’est pas seulement liée à la taxation. Selon les Décodeurs du journal Le Monde, en octobre, le prix à la pompe a augmenté de 29 centimes pour le diesel, 62% de cette hausse n’a aucun lien avec les taxes. Autre cause : avec l’assèchement du Rhin, la quantité d’essence transportée vers l’Alsace a diminué et les tarifs sont donc montés.

Un programme encore inconnu

7h30 sur le parking du champ de foire à Saverne, 7h30 devant le Conforama de Vendenheim, 7h30 devant l’aérodrome de Haguenau… Dans toute l’Alsace, ces citoyens en colère se sont donnés rendez-vous dans la matinée du samedi. Les organisateurs ont choisi cette journée pour « avoir un maximum de personnes présentes et bloquer un minimum les travailleurs. »

Le mode opératoire n’est pas encore arrêté. Le programme de la journée sera donné sur place. Anaïs Kuhn évoque des « opérations escargots qui donneront forcément lieu à des blocages. » Le ministre de l’Intérieur a promis l’intervention des forces de l’ordre en cas de « blocage total. »

Sur les différents groupes Facebook liées aux mobilisations locales, des internautes se plaignent d’informations imprécises ou d’une absence de programme pour la journée. Les organisateurs craignent d’être surveillés : « Rien n’est dévoilé a l’avance dans le seul but de ne pas se faire épingler bêtement par les forces de l’ordre », explique David Steinbrecher, un autre meneur de la contestation alsacienne.

« Les esprits ont tendance à s’échauffer »

L’organisation est aussi compliquée par les insultes et les incitations à la violence publiées sur les pages Facebook. Pour ces raisons, le réseau social a supprimé plusieurs événements ou groupes liés à la mobilisation. Des internautes ont crié à la censure. David Steinbrecher a appelé les internautes à rester mesurés :

« Les esprits ont tendance à s’échauffer et à déraper assez rapidement ces derniers temps, s’il-vous-plaît, gardez votre sang-froid et pensez au fait que ce groupe est public. »

Les gilets jaunes exigent surtout une baisse de Taxe Intérieure de Consommation sur les Produits Énergétiques (TICPE). Mais leurs revendications vont au-delà : Augmentation du SMIC de 15% et du budget alloué à la fonction publique territoriale, refonte des droits de successions… « On sait bien que (toutes ces mesures, ndlr) ne sont pas applicables mais autant tout demander », commente Anaïs Kuhn.

Les revendications liées à la mobilisation du 17 novembre 2018.

« On ne veut pas d’organisation politique »

Les syndicats CGT et CFDT ont accusé le mouvement d’être manipulé par l’extrême-droite. Mardi matin sur France Inter, la présidente du Rassemblement National (ex-FN), Marine Le Pen, a affiché son soutien à la mobilisation du 17 novembre. Anaïs Kuhn rejette en bloc les accusations :

« On veut pas d’organisation politique ou syndicale. On a déjà exclu un mec (du groupe Facebook, ndlr) dont on a découvert qu’il était lié à un parti. Et samedi, il sera interdit de montrer toute forme d’appartenance à un parti politique. »

D’autres consignes ont été diffusées sur les réseaux sociaux : amener « de quoi vous tenir chaud, à boire, à manger », rester pacifique et se préparer à un mouvement qui doit durer « autant que nécessaire. » « Les blocages peuvent durer longtemps, affirme Anaïs Kuhn, on a atteint le summum du ras-le-bol général. »

GCO : côtes apparentes et visages émaciés, les grévistes de la faim se déshabillent

GCO : côtes apparentes et visages émaciés, les grévistes de la faim se déshabillent

« Une fausse grève de la faim » ? C’est à ces « rumeurs, » selon les opposants au Grand contournement ouest (GCO) de Strasbourg qu’ont voulu répondre les six grévistes de la faim restants. Non-alimentées depuis 22 jours, deux femmes ont perdu près de 15% de leur poids.

Lundi 12 novembre, il reste six grévistes de la faim opposés au Grand contournement ouest (GCO – voir tous nos articles) de Strasbourg, sur les 10 qui avaient entamé un jeûne de protestation 22 jours plus tôt. Alors que les travaux pour construire l’autoroute de 24 kilomètres ont débuté au nord de Strasbourg, ils demandent un moratoire et une médiation, le temps d’examiner des alternatives proposées par le collectif « GCO Non Merci ». Ils en appellent au président Emmanuel Macron, récemment distingué du titre de « Champion de la Terre » aux Nations Unies.

Un gréviste à bout de force

Devant l’opéra du Rhin, place Broglie, cinq d’entre eux se sont déshabillés pour montrer les effets sur leurs corps de l’absence de repas pendant plus de trois semaines. Cinq et pas six ? Le sixième, Pierre Rosenszweig, 69 ans, était en train de rejoindre ses homologues en traversant à pied la place Broglie. Les regards étaient portés sur les grévistes maigrichons et dénudés. Et en se retournant, journalistes, militants et spectateurs ont découvert qu’il était au sol, visiblement à bout de forces. Très vite, les policiers postés derrière les barrières sont venus lui porter secours. Il a été emmené à l’hôpital de Hautepierre par les pompiers.

Quant aux quatre qui ont arrêté, trois l’ont fait en raison de la reprise de leurs activités professionnelles, dont Marc Hoffsess, qui a écrit une lettre au président de la République et le plus âgé d’entre eux, Jean-Jacques Pion (79 ans) a été arrêté par son médecin.

Les cinq grévistes de la faim ont voulu montrer les effets de leur jeûne sur leurs corps (Photo GK / Rue89 Strasbourg / cc)
Les cinq grévistes de la faim ont voulu montrer les effets de leur jeûne sur leurs corps (Photo GK / Rue89 Strasbourg / cc)

Une rumeur non recoupée

Mais s’ils ont choisi de se déshabiller, c’est surtout pour répondre à des « rumeurs » dont les opposants se sont fait l’écho, selon lesquelles les grévistes rentreraient manger chez eux chaque soir. Ils soupçonnent les pouvoirs publics de propager ces affirmations puisque des agents des services de renseignements ont effectué des visites à l’Église protestante de Bischheim où ils sont basés et se reposent.

C’est par exemple le cas de Christine Ludes, retraitée :

« Je rentre le soir à 21h et je commence ma deuxième vie. Je m’occupe de ma mère handicapée. Le matin je fais encore des courses. »

Les opposants ont en particulier nommé le secrétaire général de la Préfecture du Bas-Rhin, Yves Seguy, en évoquant une cérémonie pour célébrer la Légion d’honneur de la maire de Holtzheim, Pia Imbs, dans une salle de sa commune. Contacté, l’intéressé dément :

« J’y étais invité, mais je n’y ai pas pris la parole. Il n’y a jamais eu de prise de parole publique pour remettre en question cette grève. La seule question à ce moment, c’est à quelle condition ces personnes peuvent sortir de la grève autrement que par un moratoire, puisque le gouvernement s’y est opposé. »

La maire Pia Imbs confirme que seul son « parrain » de la distinction, le député Patrick Hetzel (LR) a pris la parole. D’autres conversations informelles ont été rapportées aux opposants, sans pouvoir les circonstancier avec précision.

Revoir l’action du 12 novembre

Jusqu’à 10 kilos en moins

Reste que l’essentiel n’est pas là. En plus des images spectaculaires, les grévistes ont aussi présenté une attestation médicale signée par six médecins, qui relève que Rachel Kuhn a perdu 14,5% de son poids (8 kilos), tandis que Christine Ludes a perdu 11 kilos (14,2% de son poids). La médecin Anny Zorn a vu les grévistes samedi soir :

« Ils sont très affaiblis et fatigués. Malgré tout, ils entament la quatrième semaine de jeûne avec motivation. Les derniers tests sanguins sont inquiétants pour une des femmes grévistes. Elle présente un taux de potassium dans le sang trop bas. Cela peut engendrer des problèmes cardiaques.Le plus grand risque pour les grévistes, c’est l’arrêt cardiaque surtout pour les personnes âgées de plus de 60 ans. »

Deux femmes ont perdu jusqu'à 15% de leur poids (Photo GK / Rue89 Strasbourg / cc)
Deux femmes ont perdu jusqu’à 15% de leur poids (Photo GK / Rue89 Strasbourg / cc)

Aurélie Kuhn, 35 ans, est la plus jeune des grévistes de la faim :

« C’est un sentiment bizarre que d’avoir du mal à descendre les escaliers, ou de devoir s’asseoir dans la salle de bain pour se brosser les dents. La médecin m’a dit que je ne dois pas descendre sous la barre des 72 kilos. Et je suis déjà à 70… Mais cette problématique est tellement énorme que je ne peux pas m’arrêter là. »

Quant à Christine Ludes, elle s’attendait à une grève longue, mais pas à se déshabiller un jour :

« C’est la première fois que je suis en bikini. Emmanuel Macron sait qu’il y a cette grève, il a été interpellé par Martine Wonner (la députée LREM, ndlr) ou des militants dans la rue. Personne n’a pu faire barrage. »

Ouverture de la préfecture ?

Lors de la venue d’Emmanuel Macron à Strasbourg le 4 novembre, une conseillère « territoire » a reçu des membres du collectif. Les grévistes ont décliné ayant estimé que ce n’est pas l’interlocutrice qu’ils avaient demandé, tout comme les 200 élus locaux les avaient soutenus. Ils n’ont pas eu de retour depuis.

Ce lundi 12 novembre, la préfecture a indiqué sur Twitter que le préfet souhaite rencontrer les grévistes.

En voyant ce tweet, Maurice Wintz, vice-président d’Alsace Nature se dit un peu étonné que le préfet affirme « réitérer » sa proposition de rencontre puisqu’il assure n’avoir « jamais eu de première proposition. » Gréviste pendant deux semaines, il a repris son alimentation pour poursuivre ses enseignements en sociologie de l’Environnement à l’Université, après avoir perdu 12 kilos (15% de son poids). Yves Séguy indique de son côté avoir pris contact avec la pasteur de l’église à Bischheim et reste disposé à recevoir ou rencontrer les intéressés avec Jean-Luc Marx.

Toujours des oppositions

Sur le terrain, des mobilisations continuent. Plusieurs déboisements ont été empêchés, notamment du côté de Vendenheim où quelques dizaines de citoyens s’opposent à tour de rôle à des travaux. En l’absence de gardes mobiles, cela suffit à bloquer les machines. Ce lundi, c’est la coupe d’un alignement d’arbres entre Pfulgrisheim et Pfettisheim qui a été empêché. L’arrêté autorisant ces coupes avait été suspendu par le tribunal administratif, car signé à tort par le préfet. Mais le conseil départemental a pris un arrêté qui autorise à nouveau ces coupes et l’a publié samedi.

Côté justice, le tribunal administratif de Strasbourg étudiera « sur le fond » le recours concernant les travaux préparatoires, en grande partie effectués. Il n’avait pas suspendu ces derniers en avril 2017.

Sécurité du Marché de Noël 2018 : le dispositif de repli reconduit

Sécurité du Marché de Noël 2018 : le dispositif de repli reconduit

Préfecture du Bas-Rhin et Ville de Strasbourg se sont mis d’accord pour reconduire en 2018 le dispositif de sécurité qui prévaut depuis trois ans pour le Marché de Noël : repli dans l’enceinte de la Grande-Île, barrages filtrants aux accès et suppression de toute circulation motorisée.

Comme attendu, le dispositif de sécurisation du Marché de Noël de Strasbourg en 2018 sera sensiblement le même que celui de l’an dernier. Entendant les critiques sur son intensité et la gêne provoquée, le maire de Strasbourg, Roland Ries, avait évoqué en janvier qu’il faudrait peut-être assouplir ce dispositif mais… « personne ne peut prendre ce risque, » a-t-il finalement déclaré lundi en présence du préfet du Bas-Rhin, Jean-Luc Marx.

Car selon Robert Herrmann, adjoint au maire en charge de la sécurité, « la menace est restée la même. » Par conséquent, plusieurs centaines de policiers nationaux, municipaux et agents de sécurité vont de nouveau être déployés du 23 novembre au 30 décembre, au service de 19 points de contrôle autour de la Grande-Île du centre-ville, en patrouilles à l’intérieur de ce périmètre et même à l’extérieur de l’enceinte… En outre, les effectifs des militaires de l’opération Sentinelle vont être à nouveau ajoutés au dispositif.

Cette forte présence des forces de l’ordre et de sécurité vise à décourager toute tentative d’attentat sur ce qui est devenu le « premier marché de Noël du monde » selon CNN, et donc, craint Roland Ries, peut-être aussi le plus dans le collimateur de personnes mal intentionnées. Si des menaces avortées d’attentats potentielles sont par nature difficiles à quantifier, Robert Herrmann a rappelé que tous ces déploiements, dont la facture approche du million d’euros pour la Ville sans compter les forces nationales, ont au moins eu quelques aspects positifs :

« Sur toute la durée du Marché de Noël 2017, nous n’avons eu à déplorer aucune plainte d’agression violente et moins de cinq plaintes pour des vols à la tire… Compte-tenu du nombre de personnes qui visitent notre ville à cette occasion, plus de 2 millions selon les estimations, c’est une sacrée performance. »

Plus de voitures en mouvement…

Pendant toute la durée du Marché de Noël, une zone à réglementation particulière est instaurée avec comme première conséquence l’interdiction de circulation de tous les véhicules dans l’enceinte de la Grande-Île, les lundis, mardis, mercredis, jeudis et dimanches de 11h à 20h, les vendredis de 11h à 21h, les samedis de 11h à 22h du vendredi 23 novembre au lundi 24 décembre, 18h. Ces dispositions sont étendues jusqu’au 30 décembre pour les chalets de la place de la Cathédrale et alentours.

Le dispositif hérité des attentats contre Charlie Hebdo et de Paris est reconduit en 2018 (Photo Pascal Bastien / Divergence)
Le dispositif hérité des attentats contre Charlie Hebdo et de Paris est reconduit en 2018 (Photo Pascal Bastien / Divergence)

Des autorisation spécifiques peuvent être accordées à certains véhicules pour des nécessités de service. Les personnes ayant besoin de cette autorisation spécifique de circulation peuvent adresser leur demande via un formulaire mis en ligne sur le site de la Ville de Strasbourg.

… et plus de voitures à l’arrêt.

Le stationnement est interdit en voirie sur l’ensemble de la Grande Île, 24h/24 et 7j/7 à partir du 22 novembre à 22h et jusqu’au 24 décembre à 18h. Les résidents disposant d’un abonnement sur voirie (zone 2 et 3) ont accès aux autres zones de stationnement sur voirie, en dehors de la Grande-Île et aux parkings en ouvrage dans la Grande Île (dans la limite des places disponibles et après autorisation des services gestionnaires). Les abonnés de ces parkings peuvent continuer à s’y garer. Le stationnement est en revanche interdit dans les parkings Kléber, Gutenberg, Tanneurs et Broglie, sauf pour les abonnés.

Le plan et les infos pratiques de la 448è édition du Marché de Noël de Strasbourg du 23 novembre au 30 décembre 2018. (cliquez sur le plan pour agrandir / Document Ville de Strasbourg et Office de Tourisme)
Le plan et les infos pratiques de la 448è édition du Marché de Noël de Strasbourg du 23 novembre au 30 décembre 2018. (cliquez sur le plan pour agrandir / Document Ville de Strasbourg et Office de Tourisme)

Le long des quais, plusieurs zones de dépose rapide seront réservées et cinq parkings spécifiques pour les taxis aménagés (voir plan).

Des stations de tram fermées

Les tramways de la Compagnie des transports strasbourgeois (CTS) ne desserviront pas la station Broglie, du 23 novembre au 24 décembre. Aux heures d’ouverture du Marché de Noël (voir ci-contre), la station Homme de fer n’est pas desservie. La station Langstross Grand’Rue n’est pas desservie les samedis et les dimanches, toujours aux heures d’ouverture des marchés de Noël. En revanche, la station « Alt Winmärik » continue d’être desservie normalement et devient la seule station accessible au centre-ville.

Seuls les vélos voient leurs moyens progresser, avec des arceaux de stationnement supplémentaires, des voies de transit matérialisées sur le sol et des itinéraires de contournement indiqués aux entrées de la Grande-Île.

Des commerces ouverts les dimanches

Par dérogation, le préfet du Bas-Rhin accorde par arrêté l’ouverture des commerces et magasins durant les quatre dimanches du mois de décembre, soit les 2 et 9 décembre de 14h à 18h30 et les 16 et 23 décembre de 14h à 18h30.

Revoir la présentation des mesures de sécurité pour le Marché de Noël

Revoir la présentation des mesures de sécurité pour le Marché de Noël

La préfecture du Bas-Rhin et la Ville de Strasbourg a détaillé lundi après-midi les mesures de sécurité appliquées au Marché de Noël, édition 2018. Cette présentation a été filmée en direct sur Rue89 Strasbourg.

Lundi à partir de 14h, le préfet du Bas-Rhin Jean-Luc Marx accueille le maire de Strasbourg, Roland Ries, pour détailler les mesures de sécurité qui accompagneront le Marché de Noël 2018. La manifestation accueille plus de 2 millions de touristes pendant plus de 4 semaines, du 23 novembre au 30 décembre.

Craignant des attentats, les autorités ont choisi depuis 2015 de replier l’ensemble des marchés et des événements au sein d’une Grande-Île, fortifiée comme au Moyen-Âge avec passages obligés devant des gardes.

Ces mesures font appel à de nombreuses forces de l’ordre, gendarmes et policiers mobilisés depuis d’autres casernes de France, et des centaines d’agents de sécurité, si bien que le coût pour la Ville seule de ces mesures revient à près d’un million d’euros. Mais elles sont justifiées selon les autorités par les touristes, qui apprécient de « se sentir en sécurité », entourés de policiers et de militaires lourdement armés. D’autres, notamment parmi les citoyens de Strasbourg, estiment que les mesures de sécurité sont ridicules, avec leurs horaires fixes et les barrages qui ne concernent pas les personnes empruntant les tramways…

Pour 2018, le Marché de Noël sera toujours confiné à la Grande-Île centrale. Les véhicules seront interdits à l’intérieur et des points de contrôle seront à nouveau installés à toutes les entrées autour du périmètre. Le reste des éléments seront détaillés lors d’une conférence de presse, que nous retransmettons en direct ci-dessus.

La police en patrouille, au Marché de Noël de Strasbourg en 2016 (Photo Pascal Bastien / Divergence)
La police en patrouille, au Marché de Noël de Strasbourg en 2016 (Photo Pascal Bastien / Divergence)

« M. le Président, l’État peut encore arrêter de construire le GCO »

« M. le Président, l’État peut encore arrêter de construire le GCO »

Alors que six grévistes de la faim du Collectif GCO – Non Merci entrent dans leur quatrième semaine sans alimentation, Marc Hoffsess qui a participé aux deux premières semaines avec trois autres personnes, écrit au Président de la République Emmanuel Macron en pointant la concentration des décisions.

Monsieur le Président,

Par la présente, je veux vous donner des nouvelles de mes camarades grévistes de la faim. Lors de votre venue à Strasbourg, dimanche 4 novembre, vous avez dormi à quelques centaines de mètres d’eux, qui vous attendaient. Le niveau protocolaire de votre visite vous interdisant apparemment de les recevoir, vous avez envoyé une conseillère aux représentants du collectif qui les soutient ; elle n’a pas jugé utile de s’enquérir de leur état.

Pour avoir jeûné avec eux durant les quinze premiers jours de la grève, je peux vous dire que l’effort est rude, sur les plans tant physique que psychique. Ils entament leur quatrième semaine de jeûne et tous les médecins vous diront que désormais ils mettent gravement en péril leur santé, voire leur vie. Ils sont très affaiblis. L’une d’entre eux développe une toux inquiétante, les autres perdent leur voix, tous ont perdu entre huit et douze kilos.

Vous savez que leur protestation pacifique est dirigée contre le projet autoroutier de grand contournement ouest (GCO) de Strasbourg. La mobilisation citoyenne contre ce projet est ancienne, parce que ce projet est absurde, tant il va à l’encontre de l’histoire et des principes mêmes de notre République.

« La seule vallée d’Europe encadrée par deux couloirs à camions »

Il est désormais acquis, même au sein de votre Gouvernement, que ce bout d’autoroute à péage de 24 km n’apporterait aucune amélioration à l’engorgement routier de l’agglomération strasbourgeoise, ni à la pollution atmosphérique qui la caractérise tristement. Il favoriserait le transit routier du nord au sud de l’Alsace, en doublant l’Autobahn A5 existant de l’autre côté du Rhin. Nous vivrions ainsi, entre Vosges et Forêt-Noire, dans la seule vallée en Europe qui compterait deux couloirs à camions ! Pire, le péage trop faible du GCO attirerait les camions qui voudraient éviter l’écotaxe LKW-Maüt allemande !

Au passage, outre plusieurs dizaines d’espèces naturelles protégées, ce GCO détruirait plus de 300 ha de terres d’un Kochersberg, dont tout indique qu’il devra retrouver sa vocation historique de grenier nourricier de Strasbourg et de l’Alsace.

Monsieur le Président, quel sens peut avoir un tel projet, alors que toute la communauté scientifique mondiale alerte sur l’urgence à traiter la pire crise que l’Humanité ait jamais eu à affronter, celle qui touche aux conditions mêmes de sa survie sur Terre ?

Les grévistes de la faim du Collectif GCO Non Merci à l'église de Bischheim (doc remis)
Les grévistes de la faim du Collectif GCO Non Merci à l’église de Bischheim (doc remis)

Au-delà de son sens, la façon dont ce projet est conduit laisse elle aussi pantois. Qui l’a initié ? L’État. Qui en a instruit les études et les procédures ? L’État. Qui a évalué ses impacts ? L’État. Qui a choisi le concessionnaire pour le réaliser ? L’État. Qui a défini avec ce concessionnaire les mesures compensatoires de ses impacts ? L’État. Qui a autorisé le début des travaux ? L’État. Qui a pris des arrêtés dérogatoires au droit commun pour faire entrer le projet dans les clous des décisions de justice qui lui étaient défavorables ? L’État. Qui contrôle l’effectivité des mesures compensatoires ? L’État…

« Le droit à l’environnement existe-t-il ? »

Dans son activité frénétique pour imposer ce projet, l’État n’a tenu aucun compte des résultats de toutes les consultations auxquelles la loi le soumettait, ni des deux avis négatifs du conseil national de protection de la nature, pourtant instance consultative de votre Gouvernement, ni des avis négatifs de l’Autorité environnementale, ni des avis négatifs des commissions d’enquête publique successives.

Le droit de l’environnement existe-t il encore dans notre pays, quand ceux qui ont en charge de l’appliquer en bafouent et les objectifs et l’esprit ? Que dire ainsi de la décision prise en référé “à titre exceptionnel” par le tribunal administratif de Strasbourg de ne pas suspendre les coupes d’arbres, malgré les “doutes sérieux” qu’il reconnaissait quant à la légalité des arrêtés attaqués ? Que dire de ces nouveaux jugements en référé, – procédure d’urgence, en principe -, reportés à plusieurs semaines, lorsque les arbres concernés auront bien été abattus ? Que dire de ces décisions de justice qui tomberont dans plusieurs mois, sans doute négatives, mais qui sont rendues caduques de fait, puisque les travaux auront été largement entamés ?

Monsieur le Président, les anomalies de ce dossier sont trop graves et nombreuses pour que vous puissiez continuer à les cautionner. Il y va de l’urgence écologique et climatique ; il y va de notre confiance dans le fonctionnement de nos institutions, dont vous êtes le garant.

Les grévistes de la faim de Strasbourg ne menacent personne. Ils n’envisagent pas de brûler des portiques autoroutiers, ni de déverser des tombereaux de fumier devant les préfectures, ni de bloquer les routes du pays. Leur action est non-violente et affirme, par leur jeûne auquel se sont solidarisés bon nombre de nos concitoyens, un principe de sobriété qui nous parait essentiel à la résolution des défis qui se dressent devant nous.

L’issue de leur action vous appartient, en pleine responsabilité.

Monsieur le Président, vous avez eu le courage exemplaire d’abandonner le projet d’aéroport à Notre-Dame des Landes. Nous vous encourageons à persévérer dans cette voie, en prononçant un moratoire sur le projet de GCO (il en est encore temps), afin de permettre sa remise à plat.

Nous n’oublions pas qu’en France, plusieurs dizaines de ces projets inutiles et écocides suscitent les mêmes interrogations et les mêmes oppositions que le projet de GCO. Votre Gouvernement s’honorerait devant l’histoire, s’il prenait la décision de tous les réexaminer à l’aune des enjeux exceptionnels et dramatiques de notre siècle.

Recevez, Monsieur le Président, mes salutations les plus respectueuses.

Marc Hoffsess
Gréviste de la faim anti-GCO et pro-climat

À Hautepierre, des étudiants de Sciences-Po pallient les manques de l’Éducation nationale

À Hautepierre, des étudiants de Sciences-Po pallient les manques de l’Éducation nationale

Depuis 20 ans, des étudiants de Sciences-Po Strasbourg font du soutien scolaire bénévole auprès d’élèves de primaire de Hautepierre. Des rencontres fructueuses, à l’image de Maria, 7 ans, et Clémentine, 20 ans, ou d’Armen, 10 ans, et Élise, 21 ans, qui redonnent confiance aux enfants et à ceux qui les entourent.

Il fait déjà froid en ce vendredi d’octobre quand Clémentine, 20 ans, étudiante à Sciences-Po Strasbourg, sonne à la porte d’un immeuble du quartier de Hautepierre, non loin de l’arrêt de tram Le Galet. Comme tous les mercredis et vendredis à 17h, elle y retrouve Maria, 7 ans, élève de CE1.

Et comme chaque semaine, c’est toute la famille de Maria qui l’accueille dans l’appartement de la grand-mère, où tout le monde est régulièrement de passage : la maman, le papa, les frères, la petite cousine… et l’arrière grand-mère.

Elles s’installent à la table du salon avec les cahiers de Maria. Clémentine lui demande ce qu’elle veut faire aujourd’hui et la jeune élève n’hésite pas : « Du fastoche ! »

Travailler en s’amusant

D’habitude, elles font les devoirs ensemble, mais aujourd’hui, la mère de Maria a oublié le cartable chez elle, alors elles feront avec ce qui reste, à commencer par revoir des poésies du CP. L’essentiel, c’est de travailler en s’amusant. Et de travailler le français, si possible. À la maison, seul le père, d’origine arménienne, parle un peu français et le pratique parfois avec ses enfants. Une langue dont l’alphabet, en partie inspiré du grec, trône fièrement sur un des murs de l’appartement, à côté d’un tableau de la Cène, avec Jésus et ses apôtres.

Lors de leurs séances hebdomadaires, Clémentine et Maria travaillent beaucoup le français et revoient ensemble des termes difficiles (Photo DL/Rue 89 Strasbourg/cc)
Lors de leurs séances hebdomadaires, Clémentine et Maria travaillent beaucoup le français et revoient ensemble des termes difficiles (Photo DL / Rue89 Strasbourg / cc)

Sous l’œil avisé de son arrière grand-mère, installée dans un fauteuil près de la table, puis de son père, tout juste rentré du travail, Maria récite un poème intitulé « La pluie Maracas ». Avec Clémentine, elles redécortiquent chaque mot, pour voir si la petite fille comprend bien de quoi parlent les vers : qu’est-ce que la pluie, que sont les giboulées ? Et la neige ? Question facile pour Maria :

« La neige, c’est un truc blanc, ça tombe en hiver ».

Clémentine confie que Maria apprend et enregistre plein de choses très vite, alors qu’elle bute sur d’autres :

« Les saisons, les mois de l’année, les jours de la semaine, elle a vraiment du mal, je ne sais pas pourquoi. »

C’est pour cela qu’elle insiste sur ces éléments temporels, avec son savoir pédagogique improvisé. Après une année de prépa littéraire, Clémentine arrive à l’IEP en septembre 2017. Elle a « envie de faire quelque chose d’utile » et, « tentée par le projet », elle s’engage alors dans l’association Et Les Gosses, une branche du Bureau des Initiatives. Elle suit donc Maria depuis le début du CP.

Aider à enrayer les inégalités qui se creusent

Comme pour les autres enfants suivis par Et Les Gosses (17 actuellement), c’est l’association ABC Hautepierre qui met en contact les bénévoles et les familles des élèves en difficulté. Si l’association travaille en collaboration avec Et Les Gosses depuis plus de 20 ans, elle accompagne des enfants depuis 1980 (voir l’encadré ci-contre).

Comme l’explique Déborah, présidente de l’association estudiantine, l’action se concentre sur les écoles élémentaires, car « c’est là que se creusent les inégalités, au moment où on apprend à lire et à écrire. » Depuis toutes ces années, les écoles élémentaires, surchargées, ne parviennent pas à réduire les fossés linguistiques entre les enfants d’origines étrangères et ceux nés en France.

« Une chance », d’après les familles

Pendant une heure, Maria s’attelle, enthousiaste, à tout ce que lui propose Clémentine : parler des cycles de la lune, s’entraîner à l’écriture… Elle met du cœur à l’ouvrage, et finit par admettre :

« C’est bien de faire les devoirs. J’aime bien toutes les matières. J’aime bien les maths, les écritures… »

Sa grand-mère, qui vient parfois voir si la séance se passe bien, confirme que cet accompagnement a changé sa petite-fille :

« Au tout début, c’est une autre personne qui venait, et Maria n’était pas très contente. Mais maintenant, dès qu’elle voit Clémentine arriver, elle affiche un grand sourire. Et quand elle ne vient pas, elle pleure. Pour la nouvelle année, on lui a demandé si elle voulait que quelqu’un d’autre vienne l’aider. Elle a dit “Non, seulement Clémentine”. »

Elle dit l’avoir vue progresser à vue d’œil, surtout sur le français :

« C’était très difficile pour nous d’aider pour les devoirs. Maintenant ça va mieux. Avoir Clémentine, c’est une chance. On aimerait avoir quelqu’un pour les grands frères aussi. »

D’après l’association ABC Hautepierre, si l’objectif est la réussite scolaire de l’enfant, le but est aussi et surtout « qu’il s’épanouisse, prenne confiance en lui et se projette dans l’avenir… »

Quand elle ne fait pas ses devoirs, Maria se replonge dans les poésies de l'an passé, qu'elle connaît encore par cœur (Photo DL/Rue 89 Strasbourg/cc)
Quand elle ne fait pas ses devoirs, Maria se replonge dans les poésies de l’an passé, qu’elle connaît encore par cœur (Photo DL/ Rue89 Strasbourg / cc)

Valoriser le jeune avant tout

C’est parfois le simple fait d’avoir un suivi personnalisé qui débloque les choses, alors qu’à l’école, le jeune est noyé dans une classe qui compte parfois jusqu’à 30 élèves. Elise a 21 ans et a commencé, dès sa première année à l’IEP, à suivre un élève du CE2 au CM1, Armen. Également arménien, il avait de grandes difficultés sur le français écrit. Elise a essayé de lui redonner confiance en lui :

« C’était tout à fait normal qu’il fasse des fautes d’orthographes. Mais au fur et à mesure, il a beaucoup gagné en aisance pour communiquer. Quand il s’est mis à comprendre de quoi parlaient les poèmes, il s’est mis à projeter sa voix. Et puis il était très fort en maths, donc je faisais régulièrement des jeux mathématiques, et là il se sentait “puissant”. »

Avec Elise, qui a animé beaucoup de colonies de vacances et aime travailler avec les enfants, Armen a doucement évolué vers plus de sérénité :

« J’ai senti au fur et à mesure qu’il s’ouvrait à moi. Au début son regard disait “Pourquoi elle est là ? Qu’est-ce qu’elle va m’apporter ?” Et puis après il était content de faire ses devoirs avec moi. »

Le combo enfant + famille

Dès le départ, Et Les Gosses explique qu’il s’agit plus d’une rencontre que d’un dispositif pédagogique :

« Les bénévoles entrent dans l’intimité de la famille et vont créer un vrai lien. Le fait que ce soit des étudiants rend l’accompagnant plus accessible pour le jeune, le lien de proximité est accru. »

Cela fait plus de 30 ans que les enfants de Hautepierre sont accompagnés par des étudiants (ici, la place Karine). (Photo Damien Senger / FlickR / cc)
Cela fait plus de 30 ans que les enfants de Hautepierre sont accompagnés par des étudiants (ici, la place Karine). (Photo Damien Senger / FlickR / cc)

Elise venait tous les jeudis soirs pendant deux heures, parfois en « ratant des cours » qui « ne [lui] plaisaient pas », et se souvient de moments conviviaux et familiaux :

« Le père voulait passer un test de langue pour pouvoir travailler, donc il se mettait avec nous. Il y avait aussi la grande sœur, qui est aujourd’hui en 6e. Les grands-parents, qui vivaient avec eux, étaient toujours dans les parages. Le jeudi, c’était vraiment le jour où on faisait les devoirs tous ensemble. »

Du côté de Maria, c’est sa petite cousine de 3 ans, Eva, qui vient se joindre à elles. Maria la laisse partager sa chaise en rigolant :

« Eva elle a trop de chance, elle a pas de devoirs ».

Pendant ce temps, la grand-mère apporte un plateau rempli de friandises et de gâteaux arméniens. Dès que Clémentine a fini son thé ou ses morceaux de potirons confits, son hôte lui en propose à nouveau :

« Mange, mange, il faut manger ! »

La bouche pleine, Clémentine s’en amuse :

« C’est comme ça à chaque fois… Mais bon, je viens toujours à l’heure du goûter, donc à la limite, ça tombe bien. »

Un geste qui marque l’affection de la grand-mère de Maria, qui ne tarit pas d’éloges sur son invitée :

« Clémentine est très gentille, c’est une très bonne personne. Je la considère déjà comme ma petite-fille. Croyez-moi, un jour elle viendra habiter chez nous ! »

Clémentine et Maria finissent toujours les séances par un jeu ou un coloriage. Cette fois, il s'agit de se faire des masques pour Halloween ! (Photo DL/Rue 89 Strasbourg/cc)
Clémentine et Maria finissent toujours les séances par un jeu ou un coloriage. Cette fois, il s’agit de se faire des masques pour Halloween ! (Photo DL / Rue89 Strasbourg / cc)

Une rencontre qui permet aussi de créer une passerelle entre deux mondes, bénéfiques aux deux jeunes, comme le raconte Elise :

« C’est sûr que les enfants nous apportent au moins autant qu’on leur apporte. Je parlais à Armen de la Révolution française, et il me parlait de ce qui l’intéressait : principalement les joueurs de foot français, ce à quoi je ne connaissais rien. Il m’a aussi appris les danses du jeu Fortnite« .

Se sortir du scolaire, entre « Hiver magique » et Halloween

Pour renforcer ce lien, ABC Hautepierre organise régulièrement des sorties et des animations avec les élèves et les accompagnants. En juin 2017, l’association a emmené les enfants au Parc animalier de Sainte-Croix. Ils ont également fait une sortie au Vaisseau, et vont parfois au cinéma. Elise relate ses souvenirs d’autres sorties encore :

« On a fait plein de choses, on est allé prendre le goûter au Square Louise Weiss, on a participé à l’animation « Hiver magique » (un « Noël laïque, selon les mots d’Elise). Il y a aussi eu la sortie au parc d’attractions Didiland, c’était l’éclate. »

Une sortie qui a aussi contribué à rapprocher Clémentine et Maria. Ce vendredi-là, la séance se termine sur un coloriage de masques, car le 31 octobre approche. Clémentine demande à Maria ce que représente cette date, et la petite fille a du mal à contenir sa joie : « Halloween !!! »

Chacune doit choisir un masque à colorier et à porter, et la petite fille et l’étudiante se montrent complices. Clémentine explique :

« Pour les coloriages, j’ai pris une citrouille, et après je me suis dit que tu préférerais Elsa de La Reine des Neiges« .

Maria répond :

« Je sais que toi tu préfères la citrouille, je te connais ».

Finalement, Maria a quand même choisi la citrouille, car "ça fait plus Halloween qu'Elsa !" (Photo DL/Rue 89 Strasbourg/cc)
Finalement, Maria a quand même choisi la citrouille, car « ça fait plus Halloween qu’Elsa ! » (Photo DL/ Rue89 Strasbourg / cc)

En général, les étudiants de l’IEP suivent les élèves pendant deux ans, car leur troisième année d’études se déroule à l’étranger. Mais certains ayant tissé un lien fort souhaitent revenir. C’est déjà le cas d’une étudiante qui a décidé de retrouver « son » élève en revenant. Une éventualité un peu lointaine pour Clémentine, qui veut se concentrer sur cette année scolaire et sur sa destination pour l’année prochaine.

Cela dépendra aussi des besoins de Maria, qui s’accroche à l’école, car elle sait déjà ce qu’elle veut faire comme métier plus tard : « Maîtresse ! »

Sous la terre, la Grande guerre, les petites mains et les os…

Sous la terre, la Grande guerre, les petites mains et les os…

Sur l’ancien front de la première guerre mondiale restent ensevelis des millions d’objets et munitions. Des habitants de l’ancienne ligne de front les recherchent. Pillards ? Profanateurs ? Eux se voient comme des gardiens du patrimoine. Rencontres.

Pas moyen d’être tranquille. Le centenaire de la Grande Guerre n’en finit pas et Didier, 43 ans (les prénoms ont été anonymisés), n’attend qu’une chose : que ça se termine. Marre de 14-18 ? Bien au contraire. Ce Verdunois sait tout sur le sujet. Ses pensées, ses journées, ses nuits, son intérieur en sont imprégnées. Mais il regarde avec ironie la valse des commémorations et les cohortes de touristes dans des musées qu’il juge aseptisés. Lui cherche les ornières, les arbres déracinés, les sapes et les abris aux entrées obstruées.

Il ne craint pas de quitter les sentiers, plonger ses mains dans la terre, agripper les objets rouillés. Dans ce corps à corps avec le champ de bataille, il vibre. Son cœur s’emballe soudain à la vue d’une touche de gris pointant du sol, d’une drôle d’écorce ne trompant que les badauds, d’un étrange bâton à la queue en tire-bouchon. Il sait le sol gorgé de ces lambeaux de cicatrice indélébile : éclats d’obus, grenades, boucles de ceinturon, porcelaine ou artisanat de tranchée.

Chaque casque fut celui d’un homme

Il sait que chaque casque fut celui d’un homme, et qu’un cimetière repose sous ses pieds. Chez lui ni fantasme ni dégoût, mais une obsession : vivre en intensité. Difficile ces temps-ci, avec des gendarmes plein les bois. Il lui tarde d’y retourner aussi souvent qu’à l’accoutumée. Didier est un fouilleur. Un, parmi les milliers de passionnés glanant, détecteur de métaux en main ou pas, ce que l’Histoire a légué dans les forêts, champs, chemins et bas-côtés.

Une toute petite partie – sans doute quelques centaines – se concentre, comme lui, sur l’héritage de la guerre 14-18. Ils sont boudés par le monde de la détection, honnis par les archéologues, pris de haut par les historiens, ignorés par les officiels. Bref, ils font quasiment l’unanimité contre eux. Ils seraient irrespectueux des morts, vénaux, inconscients du danger, peu intellectuels, détruiraient le patrimoine, défigureraient la forêt.

Rendez-vous chez Didier. En fin de matinée, le célibataire est à peine réveillé. Aux murs, au sol, sur la table de cuisine, sa collection est partout, noyant l’univers de gris, de rouille et de livres jaunis. Des centaines d’objets, dans une mise en scène maîtrisée. Difficile de poser un pied devant l’autre. L’atmosphère, pour lui enveloppante, est pour nous glaçante. Mais sa voix et sa sincérité le rendent attachant. Dans chacun des objets, il voit « le pire de l’homme » : quand ils sont torturés par la guerre. Mais aussi le meilleur : « l’industrie, le progrès ». Certains sont en effet d’une grande finesse. Comme cette série de verres gravés, sa vaisselle quotidienne. « J’aime cette fin du XIXe siècle, où les gens avaient l’espoir d’améliorer leur vie et concevaient des objets travaillés. » Il nous emmène au sous-sol, particulièrement fourni en cartons et amas. Là, il admet la nécessité de faire un peu le vide : « cela devient étouffant. »

Pas un mètre sans distinguer un éclat d’obus

Pour respirer, cap sur la forêt. Sur le chemin de cailloux, sa démonstration est implacable : pas un mètre sans distinguer, rien qu’à l’œil, un éclat d’obus, une cartouche, ou une bille de shrapnel. La guerre de position obligea les hommes à s’installer et à jeter massivement. La priorité, en pleins combats, n’était pas de faire place nette. Les munitions furent fabriquées industriellement, avec leur taux de perte. Dans ce déluge de feu, les obus étaient réduits en miettes. Dans la forêt de Verdun, 60 millions sont tombés, 15 millions n’auraient pas explosé. Malgré le déminage, une bonne partie, y compris chimiques, y serait encore. Chaque année, des fouilleurs trop confiants sont accidentés. Certains périssent même sur le champ de bataille.

Certains endroits près de Verdun n'ont jamais été remis en culture mais reboisés... (Photo Frédéric Mercenier)
Certains endroits près de Verdun n’ont jamais été remis en culture mais reboisés… Photo : Frédéric Mercenier

Trop dangereux, certains secteurs, comme la zone rouge de Verdun, n’ont jamais été remis en culture, mais reboisés. Objectif : limiter sa fréquentation, même si cet espace n’est pas interdit aux promeneurs. Les déflagrations des obus ont profondément bouleversé les couches du sol et des millions d’objets, munitions et dépouilles de soldats furent recouverts et recouverts encore. Avec le travail des racines, des sangliers et vers de terre, de la pluie, de l’attraction terrestre ou des engins de chantier, ils resurgissent.

Au bord de la route, une très bonne surprise attend Didier. Les engins de débardage des agents forestiers lui ont mâché le travail. Ils ont retourné la lisière et le chemin s’enfonçant sous les arbres. La boue ralentit le pas, mais en quelques mètres, il distingue des sections de barbelés, éclats et têtes d’obus, une gourde encore brillante. Il jubile. Un vrai gosse :

« Tu cherches le trésor à tel endroit, car tu sais ce qu’il s’y est passé. C’est ça l’adrénaline du fouilleur. Voici une pelle, on en trouve plein. Chaque soldat avait la sienne. C’est pratique, inutile d’amener ses outils. »

« Un fusil allemand Mauser 1898. C’est Noël ! »

Didier

Un morceau de métal, à la verticale. Il fond dessus, tire délicatement, et s’écrie : « Un fusil allemand Mauser 1898. C’est Noël ! » Il le dissimule, pour l’emporter sur le retour. Il sait bien qu’il cumulera les interdits.

Un fusil Mauser, c'est Noël ! (Photo Frédéric Mercenier)
Un fusil Mauser, c’est Noël ! Photo : Frédéric Mercenier

En France, en effet, cette fouille n’est pas légale. Le Code du Patrimoine interdit les recherches archéologiques sans autorisation administrative, avec ou sans détecteur de métaux, et même chez soi. Or le champ de bataille en entier est considéré comme un site archéologique. Même les découvertes fortuites doivent théoriquement être déclarées. Le Code Pénal réprime le pillage et la destruction ou dégradation de ces sites, avec des circonstances aggravées en cas de découverte de corps, ce qui peut être apparenté à de la violation de la sépulture. Et le transport et la conservation des produits explosifs ? Le Code de la Défense les subordonne à un agrément, des autorisations et contrôles. L’éventail des peines s’échelonne de 3 750€ d’amende à sept ans d’emprisonnement et 100 000€ d’amende.

Pas un mètre sans un objet qui affleure... (Photo Frédéric Mercenier)
Pas un mètre sans un objet qui affleure… Photo : Frédéric Mercenier

Ni explosion ni macchabée sur l’itinéraire de Didier. Nous continuons à marcher. Longtemps. Nous contournons les trous d’obus, enjambons les barbelés, prenons garde où nous posons les pieds. Une magnifique tranchée remarquablement conservée nous attend droit devant. Didier sait qu’il y trouvera forcément quelque chose.
 Banco : une jolie tasse en porcelaine, « typique allemand du début du siècle. » Trois pelles, un obus français, une bouteille, une plaque de blindage… Une gamelle allemande porte des initiales, « A. K. ». Le paradis pour tout fouilleur, en quête d’objets de la vie quotidienne, témoins de ce que fut la réalité des soldats. Il élabore des hypothèses :

« Je pense que c’était une tranchée allemande, mais reprise ensuite par les Français. »

Il n’y a pas un chat. Ni agent ONF, ni chasseur, ni démineur, ni promeneur. Didier sait le secteur peu fréquenté. Il s’assied. Il sort une bière. Il savoure le moment, son émotion est difficile à imaginer. Cette forêt tout juste entretenue, loin des itinéraires domestiqués, paradis des hêtres, charmes et pins sylvestres, est son havre de paix :

« Être dans la nature, c’est merveilleux. Je peux mourir demain, j’ai eu une belle vie. Passer autant de temps dans ces forêts m’a vraiment procuré un plaisir intense. C’est ici que je ressens le plus la spiritualité, comme dans une église. L’ambiance y est un peu gothique. »

« J’aurais voulu avoir 18 ans en 1914 »

Benoit

Autre position du champ de bataille, autre rencontre. Sur le flanc des Vosges alsaciennes, Benoit, 39 ans, fréquente ces forêts de 14-18 comme un refuge, loin de la société de surconsommation. L’homme au contact doux et discret confie :

« Je me sens décalé, comme si je n’étais pas né à la bonne époque. J’aurais voulu avoir 18 ans en 1914, pour partager les souffrances de tous ces hommes. Peu importe dans quel camp. »

Alsacien, il aurait combattu sous le drapeau allemand, sans l’avoir choisi. Il intégra l’armée dans l’espoir de rejoindre le corps des démineurs, mais fit carrière comme armurier, avant de démissionner et de se reconvertir. Dans ces sous-bois, où la vie fut si dure, il se rapproche de ces hommes qu’il considère comme des frères, et console son sentiment de culpabilité.

Benoit a sa propre manière de parcourir les Vosges (Photo Frédéric Mercenier)
Benoit a sa propre manière de parcourir les Vosges. Photo : Frédéric Mercenier

Il nous raconte son histoire. Benoit a trois ans quand ses parents divorcent. Sa mère part. Il est placé chez ses grands-parents maternels. À cinq ans, il commence à suivre son oncle, adolescent, et ses copains, qui fouillent en forêt, « un loisir de jeunes sur notre secteur, ex-zone de combat. » Avec le recul, il analyse cet attrait :

« Cela comblait pour moi un manque affectif. J’avais de l’empathie pour les soldats, je ressentais cette douleur d’être séparé de sa mère. Je n’ai pas demandé à ce qu’elle parte. Ils n’avaient pas demandé à faire la guerre. Eux comme moi subissaient leur destin. Cela me soulageait un peu. »

Aujourd’hui, il souffre qu’on le traite de « pilleur de tombes », même s’il admet en donner l’apparence. Il faut le voir en treillis, scanner littéralement le sol avec son détecteur de métaux, noter avec son GPS les points intéressants, pour revenir, se faire une idée des 20 à 40 cm de la couche supérieure du sol, rien qu’au son dans son casque. Grave pour le fer ou l’acier, aigu pour le cuivre ou le laiton. Il faut l’entendre parler des zones propices, comme des coins à champignons.

« Il y a des viandards parmi les fouilleurs de 14-18 »

David Cuisinier

Mais il l’assure : même s’il collectionne, amasser ne l’intéresse pas. Encore moins vendre :

« Je ne l’ai jamais fait. C’est malsain. À chaque fois, je me demande qui les a portés, comment ils les ont perdus. Ils racontent une histoire. Je récupère pour éviter que cela se perde ou parte dans des marchés parallèles. »

Les témoignages des occupations et des combats sont partout... pour qui sait regarder (Photo Frédéric Mercenier)
Les témoignages des occupations et des combats sont partout… pour qui sait regarder. Photo : Frédéric Mercenier

Mais combien essaient de vendre ? Impossible à savoir, évidemment, même si leurs détracteurs les renvoient tous, indistinctement, dans la catégorie des pillards. Ebay, Le Bon Coin, Delcampe… certains vendeurs sur ces sites, sous pseudo, cumulent plusieurs centaines de ventes dans la rubrique 14-18, allant de quelques euros à quelques dizaines d’euros, rarement des centaines par pièce. « Nous constatons de plus en plus de ventes d’objets issus de pillages archéologiques », affirme Yann Brun, conseiller sûreté des archives et de l’archéologie au ministère de la Culture, qui englobe cependant dans ce constat toutes les époques, sans les détailler. En 2016, le centenaire de la Grande guerre aurait accru la demande.

David Cuisinier, du site internet et magazine Le Fouilleur, relativise :

« Il y a des viandards parmi les fouilleurs de 14-18, mais c’est très minime. Ces objets ont peu de valeur marchande. Ceux qui cherchent à se faire de l’argent privilégient les objets de la Deuxième Guerre mondiale ou de l’époque napoléonienne, où il y a moins de ferraille, et dont le marché est, en plus, international. »

À une bourse militaria à Verdun, Alain, un exposant, confie vendre de temps en temps, « surtout pour autofinancer ma collection. » Sa table est bien maigre, et le bénéfice du jour (un obus, une douille sculptée et de la vaisselle de soldats) ne dépasse guère les 80€. Bien plus fourni, le stand d’un autre exposant ressemble à s’y méprendre à celui d’un professionnel :

« Je vends ce que j’ai en double. Les touristes hollandais aiment bien ramener une gamelle. Je me fais maximum 50€ par brocante, juste de quoi améliorer le RSA. »

Il est tout de même sur les brocantes quasiment tous les week-ends. Quasiment aucun de ceux que nous avons rencontré ne dit vendre. Vrai ou faux ? Certains avouent surtout avoir peur du gendarme. Mais alors, que font-ils de tous ces objets ?

« Les objets sont mieux avec moi que dans la terre ou dans un musée »

Hervé

Hervé, Alsacien de 23 ans, n’en garde que quelques-uns dans son appartement, tels des aide-mémoire :

« Ils sont mieux là que dans la terre ou dans un musée. Au moins, j’y pense, ils ont une nouvelle vie. Je les garderai toujours et les transmettrai à mes enfants, qui les passeront à d’autres. Cela permet de faire perdurer, au niveau individuel, la conscience et la connaissance de ce conflit. »

Didier continue d’enrichir sa collection, essentiellement avec les pièces « qui ont une âme ». Les objets moins intéressants à son goût, ou ceux qu’il a déjà, il les laisse sur place, sans les remettre en terre « pour que les gens qui se baladent en profitent et ne voient pas que des trous d’obus. Une gamelle, une pioche, c’est quand-même autre chose ! » En 2012, avec la bénédiction du maire de son village, Enzo a monté une exposition. Lucien, quant à lui, donne régulièrement à un petit musée de son secteur, dont les responsables sont toujours ravis d’enrichir leurs collections.

Un comble. Alors que la lutte contre les fouilleurs est orchestrée par le ministère de la Culture, la plupart des musées, présentent des objets issus de fouilles. Certains ont même été créés notamment par des passionnés, fouilleurs à leurs heures perdues ! Depuis 1967, le Mémorial de Verdun a ainsi vu s’enrichir ses collections de dons réguliers d’anonymes, venant de greniers mais aussi du champ de bataille.

Les munitions non explosées sont encore nombreuses sur les anciens champs de bataille. (Photo Frédéric Mercenier)
Les munitions non explosées sont encore nombreuses sur les anciens champs de bataille. Photo : Frédéric Mercenier

Natacha Grosbois, responsable des collections, commente :

« Les gens déclaraient des découvertes fortuites, mais il est certain que dans le lot, il y avait des fouilleurs. L’époque a changé, et nous réclamons aujourd’hui toujours la provenance. »

Les archéologues se sont réveillés. Stéphanie Jacquemot, à la direction régionale des affaires culturelles du Grand Est, formule le mea culpa de toute une profession :

« Longtemps, on a perçu l’intérêt mémoriel des anciens champs de bataille, mais pas leur intérêt patrimonial. On se disait que ce n’était pas plus mal que ces mauvais souvenirs disparaissent, même si les ossements, eux, étaient confiés aux sépultures militaires. Trouver une tranchée de 14-18 sur leur site gallo-romain faisait râler les archéologues. Il faut attendre les années 1990 pour que commence une prise de conscience. Depuis, des fouilles professionnelles ont été menées sur certains sites. »

« Les fouilleurs détruisent tout, alors qu’il y a encore tant à apprendre »

La montée en puissance de cet intérêt archéologique est allée de pair avec une prise de conscience et une inquiétude grandissantes concernant les « fouilles sauvages » et des consignes nationales de fermeté. Didier voit bien l’étau se resserrer, les tribunaux prononcer des peines, et l’opinion se durcir :

« Les Français ne connaissent plus leur histoire. Au lieu de les laisser s’instruire par eux-mêmes, la Drac s’attribue le monopole des recherches. Ils parlent de nos trous mais il faut voir les leur, ils détruisent tout sur leur passage. De toutes façons, que va-t-on détruire que l’on ne sait déjà ? Sur 14-18 on a des tas d’écrits. Nous ne faisons que sauver des objets. »

« Faux, faux, archifaux », plaide Stéphanie Jacquemot :

« Les pilleurs sortent les objets de leur contexte, détruisent tous les indices, alors qu’il y a encore tant à apprendre. Les constatations sur le terrain ne corroborent pas toujours les écrits, les cartes. Tel objet dans telle tranchée datant de telle année peut nous amener à nuancer l’histoire officielle. Oui, les archéologues détruisent les sites qu’ils fouillent, mais au fur et à mesure nous enregistrons les éléments : l’endroit précis des découvertes, dans quelle couche du sol. »

Les archéologues déplorent que ces objets soient retirés de leur contexte (Photo Frédéric Mercenier)
Les archéologues déplorent que ces objets soient retirés de leur contexte. Photo : Frédéric Mercenier

L’argument du sauvetage l’agace particulièrement :

« Le sol de la forêt conserve remarquablement les objets et vestiges, dans une terre humide, à température quasi constante, et en évitant l’érosion. Ils y sont quasiment comme il y a 100 ans, et ne bougeront plus qu’à la marge. C’est Pompéi ! C’est en les sortant de leur milieu, en les exposant à la lumière, l’oxygène, et un changement brutal de température, que l’on accélère leur dégradation. Ils sèchent, le métal s’oxyde, alors que nos services ont des méthodes pour conserver dans de bonnes conditions. »

Evidemment, Didier le libertaire serait bien en peine de répondre du taux d’hygrométrie ou de luminosité de son salon ou de sa cave. Qui sait, aussi, ce que deviendra sa collection, après lui ? Il a longtemps caressé le rêve d’ouvrir son musée, pour « préserver, conserver, et faire de l’éducation populaire. » Des années en couple, il avait projeté d’ouvrir un musée dans leur maison, avec sa collection :

« Ma copine travaillait, je pouvais vivre ma vie de marginal, passer tout mon temps dans les bois. Je me voyais emmener les touristes sur les champs de bataille. J’aurais gagné ma vie comme ça. »

La rupture, il y a quelques années, a sonné le glas de ce projet.

« On m’appelait le fouille-merdes »

Jean-Paul de Vries

Un peu plus au Nord de la Meuse, Jean-Paul de Vries, lui, a réussi. Il y a quinze ans, ce Franco-néerlandais de 46 ans a ouvert son musée dans sa grange, à Romagne-sous-Montfaucon. Les presque 20 000 objets proviennent selon lui essentiellement de 5 km à la ronde, le site d’un carrefour logistique de l’arrière-front allemand. L’an dernier, il a reçu 1 500 visiteurs, dont beaucoup de Néerlandais, y compris des scolaires, qui trouvent même chez lui une salle de restauration.

« Ces millions de soldats sont morts pour rien. Je refuse de l’accepter. J’ai l’impression de prolonger un peu leur existence, pour ne pas qu’ils soient oubliés. »

"Quand j'étais jeune, on m'appelait le fouille-merdes" (Photo Frédéric Mercenier)
« Quand j’étais jeune, on m’appelait le fouille-merdes. » Photo : Frédéric Mercenier

Lui qui attrapa le virus de ces recherches gamin, en vacances dans le coin avec ses parents, revient de loin :

« Dans le village on m’appelait le fouille-merde. Pendant 12 ans j’ai voulu travailler avec les institutions. J’ai demandé en vain des aides financières de l’Europe, du Département, etc. Aujourd’hui on me considère comme un expert. Il y a deux ans le contrôleur général des armées est venu vers moi pour en faire un musée national, mais il fallait que je me mette à genou pendant des années. J’ai dit non. Maintenant, je refuse toute aide publique. »

Dans les Vosges alsaciennes, Pascal, la cinquantaine, connaît ce type d’embûches. Pionnier sur sa zone, il crapahutait dans la montagne dès les années 1970, à partir de la maison de sa famille paternelle, pile entre les deux lignes de front :

« Il y a 40 ans, ici, à l’inverse de beaucoup d’autres champs de bataille comme Verdun, personne ne voulait parler de cette guerre. C’était encore trop douloureux. Toute une génération avait été saignée à blanc. Cela me posait un problème personnel en considération du sacrifice consenti par toute une génération, celle de mes grands-parents. Et puis des fouilleurs sont venus de partout et dispersaient les objets. Je voulais qu’ils restent dans leur lieu d’origine historique. »

Pascal devient une référence locale, mais lui qui aurait tant aimé faire de sa passion son métier, au service d’une institution, restera cantonné à ce rôle. Du gâchis :

« Les historiens sortent de l’université avec un gros savoir littéraire et scientifique. Mais ils ne connaissent pas vraiment le terrain, qui est si instructif. Il leur manque le lien avec la réalité. Mes livres sont faits de ce que j’ai patiemment récolté. »

Partager la mémoire, pas seulement l’histoire

À entendre tous ces fouilleurs, ils seraient quasiment les seuls à faire encore exister, très concrètement, cette mémoire, et pas seulement l’histoire.

Rien d’héréditaire. Dans la famille de Didier, personne ne pratiquait ce loisir. Ses trouvailles faisaient hurler sa mère ! Et les autres ? Autre région, mais même contexte, pour Enzo, en Picardie, jeune de 20 ans s’apprêtant à reprendre la ferme familiale. Son grand-père était obligé de nettoyer ses champs pour ne pas se mettre en danger ou abîmer ses machines. Ses parents ne s’y sont jamais intéressés. Sa collection a émergé des tas accumulés dans les coins, voués à la ferraille. Puis il fut sidéré de ressentir cette émotion indescriptible : « être le premier à toucher ces objets depuis 100 ans. » Faute d’amis de son âge partageant cet attrait, il s’est offert un cercle bien plus âgé. Des fouilles bon enfant, qu’ils partagent sur YouTube.

Lucien, étudiant de 18 ans, était encore moins préparé à cette expérience, quand ses parents ont déménagé il y a dix ans de la ville pour un bourg des contreforts meurthe-et-mosellans des Vosges. Son choc est double : la quantité des vestiges et le désintérêt local. Pourquoi les soldats ont-ils été envoyés là-haut ? Qu’ont-ils ressenti ?

« Avant, les guerres ne m’intéressaient pas. C’est devenu une obsession. Je veux comprendre. Surtout la première guerre mondiale, particulièrement inhumaine. »

Par ricochet, Lucien en vient au aux objets militaires. Le jeune homme, qui va jusqu’à accompagner les gendarmes sur le lieu de ses découvertes d’explosifs (70% de ce qu’il trouve), confie :

« C’était une guerre technique, avec une avancée énorme de l’équipement et de l’armement. Pour survivre dans leurs tranchées, les hommes devaient se débrouiller. ».

Malgré ses bonnes intentions, il est obligé d’assumer sa nouvelle étiquette :

« Je passe pour quelqu’un de bizarre, qui aime la guerre, ce qui est l’inverse de la réalité. Je n’ai juste pas les mêmes occupations que les jeunes de mon âge, qui préfèrent Facebook, traîner avec les scooters, fumer du cannabis ou aller en boîte de nuit, plutôt qu’être curieux et proches de la nature. »

« J’ai ramené ma première grenade à l’école à 4 ans »

Didier

La plupart des hommes que nous avons rencontrés se disent pacifistes, hostiles à la guerre, tout en évoluant dans un univers saturé d’objets de mort. Ne les allongeons pas tous sur un divan, mais penchons-nous sur l’histoire de Didier :

« J’ai ramené ma première grenade à l’école maternelle à l’âge de quatre ans. Je l’avais trouvée dans les champs. À l’adolescence, avec des copains, on s’achetait des uniformes allemands. Il n’y avait pas autant de journaux parlant d’histoire. On sautait sur le moindre Militaria magazine. »

À cet environnement quotidien dédramatisé s’ajoute une généalogie interdisant les postures idéologiques. Sa mère est la petite-fille d’un tirailleur algérien marié à une Alsacienne (donc Allemande à l’époque). « Elle se faisait traiter de bougnoule et de boche. » Il y a dix ans, il a aussi appris que son grand-père paternel est né de l’aventure de sa propre-mère avec un soldat allemand, durant l’occupation dans le Nord, pendant que le père légitime était en camp de prisonnier. « Je ne serais pas né sans les guerres. Ma passion pour l’histoire vient peut-être de là », analyse Didier, ancien objecteur de conscience « pour faire arrêter le cycle infernal. »

Le cycle de la défiance, entre fouilleurs et leurs détracteurs, s’arrêtera-t-il un jour ? Soucieux de stopper les fouilles sauvages, Mickaël Landolt, de la Direction régionale des affaires culturelles du Grand Est, est prêt à tendre une main :

« Les fouilles archéologiques ne sont pas réservées aux professionnels. Elles nécessitent juste l’autorisation du préfet. Quiconque peut en faire la demande. Mais il faut problématiser des recherches, indiquer l’objectif scientifique, la méthode… Les dossiers que nous recevons ne sont que très peu fournis et nous n’accordons donc que très peu d’autorisations. »

Ils pourraient aussi rejoindre des chantiers officiels mais ils sont ponctuels, alors que la passion de beaucoup de fouilleurs est littéralement chronophage.

Une réglementation plus souple pour les fouilleurs ?

Les fouilleurs ne rêvent que d’une chose : une réglementation plus souple, à la manière du Treasure Act, à la britannique. En attendant, certains préfèrent limiter leur pratique aux aspects les moins répréhensibles. Hervé n’utilise jamais de détecteur et ne creuse pas. Enzo fouille quasi exclusivement dans les bois dont sa famille est propriétaire. Alain laisse son téléphone portable à la maison quand il part en prospection, de peur d’être géolocalisé.

En fouilles sur un champs de bataille avec Benoit (vidéo Frédéric Mercenier / Rue89 Strasbourg)

Ce petit jeu du chat et de la souris ne satisfait pas Bernard Klein, le directeur du centre Albert Schweitzer, à Niederbronn-les- Bains. Il arrive que des fouilleurs s’adressent anonymement à cette structure dépendant du Volksbund, l’organisme allemand gérant les sépultures de soldats allemands, pour une découverte de corps à déclarer. Fin 2016, il a voulu dépasser les clivages. Il a fait se rencontrer quatre fouilleurs et deux représentants des services d’archéologie régionale. Une première, audacieuse, à l’atmosphère tendue, mais qui n’a eu aucune suite :

« Ce n’est pas simple, d’autant que chez nous viennent aussi les fouilleurs allemands, qui accentuent encore davantage la problématique, car ils se fichent du cadre juridique français. Mais il faut que les gens se parlent. Il est dans notre intérêt que les fouilleurs se manifestent, surtout quand ils trouvent des corps, afin que l’on puisse leur donner une sépulture. »

La plupart des fouilleurs ont trouvé au moins un corps

La plupart des fouilleurs très actifs ont en effet déjà trouvé au moins un corps. Rien que les champs de bataille proches de Verdun dénombreraient encore 80 000 portés disparus. L’an dernier, des agents de l’ONF ont découvert au bord du chemin des boites et des sacs plastiques remplis d’ossements, avec quelques objets et une demi plaque d’identification. Des fouilleurs ont-ils été pris de remord ? Ont-ils réalisé ce qu’ils encouraient ? Trop tard pour prévenir les autorités, afin que des gendarmes, le médecin légiste voir des archéologues puissent effectuer des constatations in situ.

Dans les faits, beaucoup laissent tout sur place et ne se manifestent pas, de peur d’être démasqués. Certains prennent les objets et laissent les ossements, ne réalisant pas toujours qu’ils réduisent à néant les chances d’identification du soldat.

Un de nos interlocuteurs raconte avoir trouvé un jour, à 5 cm de la surface du sol, des ossements mais pas de plaque d’identification. Il aimerait contribuer à offrir une sépulture décente à ce soldat. Envoyer une lettre anonyme aux autorités ? Aller l’enterrer lui-même ? Il a finalement laissés les ossements sur place.

Didier, lui, a déjà été échaudé :

« J’ai trouvé deux corps. Je voulais qu’ils aient une place dans un cimetière en Allemagne ou en France. J’ai passé l’info à des copains, qui ont transmis. Mais ils ont fini dans des fosses communes. Ils auraient été aussi bien en forêt. »

Un armistice en grande pompe

Un armistice en grande pompe

Le 11 novembre tombant un dimanche, les habitants de Kehl ne verront pas les Strasbourgeois sauter dans le tram pour faire leurs emplettes cette année. En revanche, ils pourraient bien voir leurs pompes à essence réquisitionnés par des gilets jaunes passablement énervés.

 

Un beau pari musical à faire vendredi : le concert caché de l’espace Django

Un beau pari musical à faire vendredi : le concert caché de l’espace Django

À Strasbourg, la découverte se fait encore mieux par la surprise : c’est le pari que se sont lancés les organisateurs des « concerts cachés ». Avec un rendez-vous prévu pour vendredi 16 novembre 20h au Neuhof.

Aller voir un concert sans même connaître l’artiste pour lequel on se déplace ? C’est possible à Strasbourg grâce à l’Espace Django, avec une formule déjà testée l’an dernier, un 16 novembre également. À l’époque, seuls les abonnés avaient eu le privilège d’assister à ce moment. Le rendez-vous était donné à la salle habituelle. Mais ce n’est pas là qu’avait eu lieu le concert. Car voilà un pari supplémentaire : faire découvrir des endroits méconnus du Neuhof, qui souffre encore d’une image négative.

Le public d’abonnés avait ainsi été accompagné par toute l’équipe de Django dans les rues du quartier, jusqu’à découvrir l’école maternelle Ariane Icare. Un concert en salle de classe ? Non ! Car cette école possède une particularité rare dans la région : une piscine pour elle seule. C’est dans le bassin vidé de son eau, aux petits carreaux d’émail bleus et avec de jolies lumières tamisées, que les heureux auditeurs avaient été conduits. La surprise était totale, le lieu incongru, la découverte réussie. Avec une très belle ambiance à la clé.

Un groupe/artiste « d’envergure plus que locale »

Et ce n’est qu’une fois installé dans ce lieu que le public avait enfin pu découvrir les musiciens du soir. Il s’agissait alors du groupe 1984, de l’écurie locale Deaf Rock Records. D’habitude groupe très électrique, ils avaient fait la surprise de préparer un set beaucoup plus acoustique pour coller au lieu et au public restreint. Le tout avait été suivi d’un moment convivial de discussion autour d’un verre, afin d’échanger sur les impressions plus que positives de la soirée.

Cette année, l’espace Django réitère donc l’expérience, fort de cette réussite. Mais ils voient plus grand : le concert caché est enfin ouvert à tous ! Plus besoin d’être un fidèle abonné, il suffit d’acheter sa place comme pour un concert habituel.

Là encore, le rendez-vous sera donné comme à l’habitude, dans la salle, avant de se rendre tous ensemble au lieu prévu mais mystère, quelque part au Neuhof. Et puisque le public est élargi, c’est un artiste (ou groupe) d’une envergure qui dépassera encore plus nos frontières alsaciennes qui sera à l’affiche. Un groupe qui, dit Benoît Van Kote, programmateur du lieu, aurait tout à fait eu sa place dans la programmation habituelle de Django. Mystère, mystère, on n’en saura pas plus…

Alors pour aller voir un concert à l’aveugle, sans connaître le groupe, ni vraiment le lieu, bref en se laissant totalement surprendre, il n’y a plus qu’à faire confiance à l’équipe et à se laisser porter vers une nouvelle belle expérience de concert caché !

Deux dirigeantes de France 3 Grand Est écartées

Deux dirigeantes de France 3 Grand Est écartées

Lisez la suite pour 1€ seulement

    Jouez un rôle actif dans la préservation de la pluralité médiatique Plongez en illimité dans nos articles et enquêtes exclusives Participez librement à la discussion grâce aux « identités multiples »

Je m’abonne 

Abonnez-vous maintenant pour suivre l’actualité locale.

Déjà abonné⋅e ?

Connectez-vous
,

Première réunion publique agitée sur la piétonnisation de la rue du 22-Novembre

Première réunion publique agitée sur la piétonnisation de la rue du 22-Novembre

Le projet est dans les cartons depuis un an. La ville de Strasbourg veut piétonniser la rue du 22-Novembre entre la place St-Pierre-le-Vieux et la rue Gustave Doré. Une centaine de personnes en a discuté jeudi soir dans l’église St-Pierre-le-Vieux lors de la première réunion publique sur le sujet. Si un consensus semble se dégager, une minorité reste sceptique quant au fait de bannir encore un peu plus la voiture du centre-ville.

Il n’aura pas fallu longtemps pour que les débats s’animent . . .

Lisez la suite pour 1€ seulement

    Accédez à nos enquêtes et révélations exclusives Soutenez une rédaction locale qui appartient à ses journalistes Maintenez une vigie citoyenne sur les pouvoirs locaux

Je m’abonne 

Abonnez-vous maintenant pour suivre l’actualité locale.

Déjà abonné⋅e ?

Connectez-vous

Strasbourg : il était une fois… une ville Oasis !

Strasbourg : il était une fois… une ville Oasis !

Jean-Christophe Anna lance un nouveau mouvement pour préparer Strasbourg aux conséquences du réchauffement climatique. Convaincu que les dirigeants politiques n’ont pas pris la mesure des enjeux, il appelle les citoyens à l’aider à construire un programme pour le présenter aux élections municipales.

Toutes les histoires commencent par « il était une fois… » C’est à la puissance du récit que l’humain doit sa conquête du monde et non – comme le raconte Yuval Noah Harari dans son livre « Sapiens, une brève histoire de l’humanité » – à la taille de son cerveau, à la fabrication d’outils ou encore à la maîtrise du feu. Notre capacité à créer des « réalités imaginaires », à les transmettre et à les croire est singulière dans le monde animal ! Ainsi, une nation, une société à responsabilité limitée ou la valeur attribuée à un billet de banque sont de pures constructions intellectuelles nées de notre imagination collective. Aujourd’hui, la croyance qui guide notre civilisation est celle d’une croissance infinie aux impacts délétères sur notre planète. Depuis quelques années, l’évolution de notre climat est devenue l’une des principales préoccupations mondiales. Et pour cause, les incidents climatiques graves se multiplient aux quatre coins du globe. L’été 2018 a été absolument apocalyptique : Record de températures en Suède – 30 à 35 degrés au niveau du Cercle Polaire – Sécheresse historique en Australie – 9 mois sans pluie en Nouvelle-Galle-du-Sud – Climat caniculaire au Canada – plus de 500 feux de forêt simultanés – Mousson spectaculaire en Inde, en Birmanie, au Laos, en Thaïlande et au Vietnam, Incendies très violents en Grèce, au Portugal et en Californie.
Chaleur et soleil en novembre, c'est inquiétant (Photo JC Anna)
Chaleur et soleil en novembre, c’est inquiétant (Photo JC Anna)

Dans une voiture fragile, sortie de la route, sans direction…

Le réchauffement climatique a bel et bien commencé et il va s’accroître, voire s’accélérer dans les prochaines décennies. Les objectifs fixés en 2015 lors de la COP 21 de limiter le réchauffement climatique entre 1,5 et 2°C ne seront pas atteints. La Terre va se réchauffer de 3 à 5°C en moyenne d’ici 2100, ce qui signifie +6 à +10 degrés sur les continents… Mais, le dérèglement du climat n’est malheureusement pas l’unique source d’inquiétude pour l’avenir de la planète et la survie de l’espèce humaine. Dans « Comment tout peut s’effondrer » (Éditions Seuil, avril 2015), Pablo Servigne et Raphaël Stevens comparent notre civilisation thermo-industrielle à une voiture en pleine accélération, au réservoir presque à sec, déjà sortie de la route, avec un habitacle aussi confortable que fragile et une direction bloquée.
    L’accélération, c’est cette croissance infinie, totalement insoutenable dans un monde aux ressources limitées. Cette croissance sans limites est une arme de destruction massive pour la planète. Le réservoir presque à sec, c’est l’épuisement des ressources naturelles, véritables limites de notre civilisation. Nous devrons bientôt nous passer de notre carburant principal, le pétrole, mais aussi de nos essences de substitution, les métaux rares qui alimentent les énergies « renouvelables » – ni « vertes », ni « propres » – et… tous nos smartphones, tablettes et autres enceintes connectées… Contrairement à une croyance fort répandue, la technologie ne nous sauvera pas puisqu’elle sera privée d’énergie. Adieu voitures, conquête de Mars ou de l’univers et KO Google ! La sortie de la route, c’est le franchissement des frontières infranchissables sous peine de nous mettre gravement en danger : le dérèglement climatique, l’effondrement de la biodiversité (60% des populations d’animaux vertébrés en 40 ans), la déforestation massive et la disparition progressive du phytoplancton – nos deux principales sources d’oxygène sur terre – l’épuisement dramatique des réserves d’eau douce, la dégradation et l’appauvrissement des sols, l’acidification et la pollution plastique des océans, la fonte vertigineuse des glaces, le dégel du permafrost… L’habitacle aussi confortable que fragile, c’est la complexité de notre civilisation : nouveau Krach financier imminent et probablement bien plus grave qu’en 2008, chaînes d’approvisionnement à flux tendu et infrastructures (transport, électricité, communication) interconnectées. Cette interdépendance provoquera des conséquences à l’échelle de la planète. Le risque d’effondrement n’est plus local comme par le passé, mais bien global ! La direction bloquée, c’est l’inertie absolue de nos dirigeants au niveau local, national, européen et international.

L’effondrement de notre civilisation est annoncé

La situation actuelle est donc extrêmement grave. Depuis le Rapport Meadows (« Limits to Growth« ) de 1972 qui annonçait déjà l’effondrement de notre civilisation, les études scientifiques les plus sérieuses se sont multipliées (GIEC, CIA, NASA, COP, Sommets de la terre…) sans que rien ne bouge. Dernièrement, les cris d’alarme s’intensifient : 15 000 scientifiques représentant 184 pays ont appelé l’humanité à changer radicalement de mode de vie « pour éviter une misère généralisée et une perte catastrophique de biodiversité » en novembre 2017.
Courses actuelles et projetées du rapport Meadows de 1972 (doc remis)
Courses actuelles et projetées du rapport Meadows de 1972 (doc remis)
200 personnalités ont signé un appel pour une action politique « ferme et immédiate » face au « plus grand défi de l’histoire de l’humanité » le 3 septembre et dans la foulée 700 scientifiques français ont exigé des politiques de passer de « l’incantation aux actes ». Comme l’a dit Nicolas Hulot lors de sa démission, la politique des petits pas est clairement insuffisante. Si son départ a eu le mérite de réveiller les citoyens, n’attendons vraiment plus rien de notre « Champion de la Terre » dont les décisions sont d’une toxicité absolue.

Strasbourg n’est pas à l’abri

Vous vous croyez à l’abri dans notre belle ville de Strasbourg ? Vous avez tort ! L’aspect voilé du ciel alsacien observé fin août était dû aux particules dégagées par les feux au Canada. Et quand l’Aude doit affronter des inondations meurtrières, c’est tout le Grand Est qui est confronté à une sécheresse dramatique. Le déficit de pluviométrie est si grave que le Doubs est à sec et le niveau du Rhin historiquement bas. 27 degrés à Strasbourg mi octobre, c’est inquiétant. Le nombre de journées à plus de 25 degrés a doublé cette année : 107 contre 55 en moyenne. Comme le révèle, une récente étude, la capitale alsacienne a déjà vu sa température augmenter d’1 degré en à peine 17 ans. Et la situation n’est pas prête de s’améliorer. En juillet, le climatologue et vice-président du GIEC Jean Jouzel alertait : « Dans la deuxième partie du siècle, on pourrait craindre des températures record de l’ordre de 50 degrés, voire 55 degrés sur l’Est de la France ».

Les dirigeants ne mesurent pas la gravité de la situation

Les équipes dirigeantes de la municipalité et de l’Eurométropole ont-elles pris la mesure de la gravité de la situation ? Clairement non ! Un certain nombre de décisions vont dans le bon sens, mais il s’agit de tout petits pas qui ne vont ni assez vite, ni assez loin. Pire, nos dirigeants locaux soutiennent des projets aussi toxiques pour notre santé et l’environnement que la rénovation à l’identique de l’incinérateur ou le Grand contournement ouest (GCO)… Lorsque le premier sera relancé, sa trop grande capacité entraînera l’import de déchets d’autres villes, comme le dénonce l’association Zéro Déchet Strasbourg. L’avenir n’est-il pas plutôt au recyclage à 100% ?
Jean-Christophe Anna lors du salon RMS Conf en 2016 (doc remis)
Jean-Christophe Anna lors de l’événement #rmsconf en 2016 (doc remis)
Quant au GCO, c’est un projet aussi criminel pour la nature et la biodiversité, que néfaste pour l’environnement et même totalement absurde au vu de la pénurie énergétique à venir. Malgré une multitude d’études défavorables et un soulèvement citoyen formidable, le chantier a été lancé, les forêts dépecées, avant que nos poumons ne soient asphyxiés. Et l’A35 va devenir un boulevard métropolitain pour « vivre mieux demain »… La piètre qualité de l’air strasbourgeois est pourtant régulièrement dénoncée par le collectif Strasbourg Respire. La pollution atmosphérique urbaine fait aujourd’hui en France autant de victimes que le tabagisme (48 000 personnes chaque année). Reine incontestée du vélo, Strasbourg est « en même temps » la 4ème ville la plus polluée de France. Sacré paradoxe ! Et alors que les arbres représentent la seule solution pour capter un maximum de CO2 tout en favorisant le rafraîchissement de la température au sol, les places minérales se multiplient, la bétonisation de Strasbourg s’amplifie et les espaces verts disparaissent… au grand dam des sportifs qui s’en inquiètent.

Ne pas baisser les bras, agir

Alors, dans un tel contexte, il serait facile de baisser les bras. Pourtant, partout, en France et dans le monde, quelque chose est en train de se réveiller ! Des astrophysiciens aussi brillants qu’Hubert Reeves ou Aurélien Barrau prennent activement position en dehors de leur domaine d’expertise. Des citoyens néo-zélandais, pakistanais, américains, néerlandais ou irlandais attaquent leurs gouvernements pour non respect des objectifs climatiques. 12 000 étudiants des plus grandes écoles s’engagent à ne pas travailler dans des entreprises prédatrices pour l’environnement. Enfin, douze maires de communes comme Grenoble, Bayonne, Grande-Synthe ou Bègles, soutenus par des ONG, interpellent directement Total, pour lui demander de diminuer ses émissions de gaz à effet de serre. À Strasbourg aussi, une formidable énergie bouillonne, une puissante force s’éveille ! D’extraordinaires initiatives mobilisent des Strasbourgeois qui s’activent. Je fais partie de ces « citoyens engagés » qui sont de plus en plus nombreux à vouloir changer le monde. Comment en suis-je arrivé là ? Entre 2014 et 2017, j’ai dans un premier temps profité de mon activité principale pour délivrer des messages sur la nécessaire évolution de notre société. Puis, j’ai vraiment basculé dans un comportement de « colibri » qui fait sa part au quotidien, convaincu qu’il ne faut rien attendre de nos politiques pour conduire un vrai changement.

Entraide et intelligence collective

Assez naturellement, j’ai commencé par des petits gestes pour la planète en divisant par 3 le temps passé sous la douche, en devenant végétarien, en privilégiant le vrac, le bio et le local, en supprimant toute forme de plastique de ma vie et en limitant considérablement ma consommation. Dans la foulée, j’ai créé le site web « 2017-2037 : 20 ans pour tout changer » afin d’éveiller les consciences. La vraie révélation pour moi fut ma participation active à l’extraordinaire aventure citoyenne EurOasis à l’été 2017. J’ai été littéralement impressionné par l’incroyable puissance de l’entraide et de l’intelligence collective qui a permis à une cinquantaine de Strasbourgeois, qui ne se connaissaient pas, de se mobiliser en un temps record pour construire ensemble un projet utile pour demain. Enfin, j’ai décidé il y a quelques mois de consacrer toute mon énergie au service du bien commun. Le faire au niveau national, européen ou international m’a rapidement paru vain. Je suis persuadé que si le changement doit bien être impulsé par les citoyens, il doit l’être au niveau local. La ville représente à mes yeux l’échelon le plus pertinent, le plus humain, le plus résilient. La proximité des élus tout comme l’efficacité directe et l’impact plus rapide des décisions y sont plus importants que nulle part ailleurs.

Strasbourg, ville pionnière

J’ai alors imaginé le projet « Strasbourg GO » dont la raison d’être est de faire de Strasbourg une ville Oasis, un lieu de vie exemplaire d’une nouvelle ère. Né à Strasbourg en 1975 et amoureux de notre ville, j’ai toujours été séduit par sa dimension pionnière (ville libre, imprimerie, Bi-Bop, 50 km/h en ville, place du vélo, paiement mobile…). À notre tour, participons à l’épopée strasbourgeoise et imaginons ensemble un nouveau récit qui fera sans doute voler en éclats certains de nos conditionnements, mais qui nous permettra assurément de mieux vivre dans notre ville. Il était une fois une ville Oasis. La ville pionnière d’une nouvelle ère.
    Il était une fois une ville Végétale et Symbiotique. Une ville forêt où les arbres jaillissent en faisant exploser les dalles de béton. Une ville où les vélos et les piétons ne croisent plus ni voitures, ni camions. Une ville respirable où les cours des écoles se transforment en jardins, où les rues et les toits deviennent des potagers. Une ville où le végétal et l’animal s’affranchissent du minéral, où le vivant devient aussi fleurissant que papillonnant. Il était une fois une ville Autosuffisante et Résiliente. Une ville produisant sa propre énergie et assurant son autonomie alimentaire. Une ville privilégiant l’urgence du long terme à l’anecdotique du court terme, où la décroissance respectueuse de la planète s’impose au développement économique fondamentalement destructeur. Il était une fois une ville Frugale et Circulaire. Une ville préférant le recyclage à l’incinération et la réparation à l’hyper consommation. Il était une fois une ville Collaborative. Une ville dans laquelle chacun contribue au bien commun. Une ville reconnaissant toutes les formes de travail et non pas uniquement l’emploi, la plus artificielle d’entre elles. Une ville suffisamment audacieuse pour expérimenter le revenu universel. Il était une fois une ville Équitable et Inclusive. Une ville sans aucune forme de discrimination ou de harcèlement. Une ville qui met fin aux inégalités pour favoriser l’équité. Il était une fois une ville Humaine. Une ville capable d’abolir toute forme d’exclusion, une ville qui offre un toit à chaque sans abri et qui accueille chaleureusement chaque être humain. Une ville dans laquelle l’entraide l’emporte sur la compétition, l’altruisme sur l’égoïsme. Il était une fois une ville… Libre. Une ville libre d’inventer ses propres règles. Il était une fois une ville Oasis !

Réveil citoyen puis conquête de la ville

Au sein du collectif « Strasbourg GO », notre ambition est de faire de ce rêve une réalité, non pas pour les générations futures, mais pour les générations présentes. Pour y parvenir, nous souhaitons provoquer un réveil citoyen et partir à la conquête de la ville. Nous présenterons donc aux élections municipales de mars 2020, une liste 100% citoyenne. Seule la victoire nous permettra de réellement changer la donne rapidement, efficacement et durablement. Et pour l’emporter, nous devons être nombreux. Nous lançons donc aujourd’hui un appel à tous les Strasbourgeois, conscients de l’urgence d’agir, à rejoindre notre mouvement. Pour ce faire, il vous suffit de renseigner le questionnaire en ligne ici. Dans les 17 prochains mois, nous allons lancer plusieurs initiatives inédites pour vous permettre de contribuer à la construction d’une ville nouvelle par vos actions et vos idées, avec notamment une plateforme collaborative, un grand jeu urbain citoyen, un hackathon, un concours d’urbanisme… Il n’est plus seulement urgent d’agir, c’est devenu tout simplement vital pour nous, nos enfants et nos proches. Si vous souhaitez vous aussi devenir des pionniers, rejoignez-nous et nous ferons ensemble de Strasbourg un formidable terrain d’expérimentations. Gandhi disait « Montrer l’exemple n’est pas le meilleur moyen de convaincre, c’est le seul. » Nous allons montrer l’exemple, ici et maintenant. C’est à nous de jouer pour Strasbourg… GO !

Jean-Christophe Anna pour Strasbourg GO

#Strasbourg Go

Pour la rénovation du quartier Laiterie, l’heure des décisions finales

Pour la rénovation du quartier Laiterie, l’heure des décisions finales

La concertation sur la rénovation du quartier Laiterie touche à sa fin. Une réunion publique ce vendredi soir doit proposer des derniers ajustements. Plusieurs rues seront à sens unique et le stationnement des véhicules sera amputé de nombreuses places.

Un an après le début de la concertation, c’est l’heure des aménagements finaux pour le quartier Laiterie. La rénovation va principalement concerner trois rues : la rue du Hohwald, celle de la Broque et celle du Ban-de-la-Roche (voir la carte ci-dessous).

Lors de notre rencontre avec des habitants fin octobre, il était encore difficile pour les citoyens – pourtant intéressés par la question – d’imaginer la suite et surtout de bien savoir ce qui est déjà tranché ou non. Pour l’adjoint au maire de Strasbourg en charge du quartier, Paul Meyer (La Coopérative), les choses sont désormais claires :

« Ce qui est tranché, c’est le sens de circulation, les zones piétonnes, l’utilisation des parkings et des places. Ce qui reste en débat, ce sont les aménagements fins, c’est-à-dire où est-ce que l’on met on les bennes à verre, les bancs, les canisites, quelles installations sportives, etc. »

Les visuels et plans du futur quartier Laiterie doivent être présentés lors d’une réunion publique, prévue ce vendredi 9 novembre à 19h au Molodoï avec une « restitution » des discussions passées. Même si les principales décisions sont annoncées comme entérinées, il est arrivé plusieurs fois par le passé que la municipalité fasse évoluer ses projets en fonction de mobilisations citoyennes, parfois tardives.

La carte des modifications prévues

    Rue du Hohwald

Paul Meyer a plusieurs fois répété que dans la rue du Hohwald, il souhaitait imiter le modèle de la rue du Jeu-des-Enfants et faire une « cour urbaine », conviviale, piétonne et plus verte qu’aujourd’hui. Cela se limiterait à la partie située en face à la salle de concert de la Laiterie. Mais le projet de cette rue colorée et piétonne du centre-ville a d’abord été porté par un collectif, qui s’était constitué à partir des idées imaginées par les riverains et commerçants. Une telle dynamique n’existe pas dans la rue du Hohwald où cohabitent logements sociaux, structures culturelles (Laiterie, Taps, Fabrique de théâtre, Espace K) et sociales (Porte ouverte et fossé des XIII, Astu), une église et aucun commerce, à l’exception de la boulangerie à l’extrémité.

Cette partie de la rue du Hohwlad, face à la Laiterie ne serait plus accessible aux voitures. L'immeuble à gauche doit être démoli. (photo JFG / Rue89 Strasbourg)
Cette partie de la rue du Hohwlad, face à la Laiterie ne serait plus accessible aux voitures. L’immeuble à gauche doit être démoli. (photo JFG / Rue89 Strasbourg)

La barre de logements sociaux des 12-14-16 rue du Hohwald construite dans les années 1900 devrait être détruite. L’actuel espace vert à l’arrière pour les habitants deviendrait ainsi ouvert sur l’Espace K.

Aujourd'hui, un petit espace vert privé jouxte l'immeuble qui doit être démoli, face à l'Espace K. (photo JFG / Rue89 Strasbourg)
Aujourd’hui, un petit espace vert privé jouxte l’immeuble qui doit être démoli, face à l’Espace K. (photo JFG / Rue89 Strasbourg)

Comme pour toute destruction de logement social, se posera la question du relogement des locataires. Le calendrier est toujours compliqué, car des destructions sont aussi prévues dans les quartiers en rénovation urbaine (Elsau, Hautepierre, Lingolsheim, Marais, etc) et il faut donc trouver des solutions pour chacun, parfois dans d’autres quartiers. Cette démolition interviendrait en 2021 au plus tôt.

Les autres immeubles de la rue, construits à la même époque, ne seraient pas détruits. La partie entre le pont de chemin de fer et le boulevard de Lyon resterait à double sens.

Cette partie de la rue du Hohwald resterait identique (photo JFG / Rue89 Strasbourg)
Cette partie de la rue du Hohwald resterait identique (photo JFG / Rue89 Strasbourg)

La rénovation de ce secteur serait l’occasion d’améliorer le parvis de la Résidence des arts, en pente et en piteux état. Il n’est pas possible d’y prévoir une activité, alors que Porte ouverte, en partenariat avec le Centre culturel et social du Fossé des XIII, est sensé proposer des activités aux enfants du quartier. Un redressement a plusieurs fois été demandé pour rendre cet espace utilisable, en vain.

Le parvis de la résidence des arts mériterait d'être plat pour être utilisable pour des animations. (photo JFG / Rue89 Strasbourg)
Le parvis de la résidence des arts mériterait d’être plat pour être utilisable pour des animations. (photo JFG / Rue89 Strasbourg)

    Rue de la Broque

Concernant la rue de la Broque, il s’agira d’un sens unique vers le boulevard de Lyon. Une large piste cyclable pourra compléter la chaussée. À plus court terme, un feu tricolore doit être implanté au bout de la rue, car le croisement entre cyclistes du boulevard et la rue est dangereux.

    Rue du Ban-de-la-Roche

La rue du Ban-de-la-Roche aura deux sens uniques, l’un vers le nord et l’autre vers le sud, qui rabattront tous les deux vers la rue de la Broque, afin de sortir du quartier par cet axe uniquement.

La logique générale est qu’il devienne plus compliqué de traverser le quartier Laiterie si l’on ne s’y arrête pas. L’axe de transit majeur doit n’être que le boulevard de Lyon.

Toujours rue du Ban-de-la-Roche, la Semencerie va voir le départ de onze de ses artistes vers la Coop à l’été 2019. Vendu en 2018, l‘ancien hangar de semences sera amené à être détruit pour faire place à un ensemble de logements qui reste encore à déterminer.

Demandes contradictoires

Au-delà des aménagements physiques, des habitants que nous avions rencontrés en mai 2018 (voir notre article) souhaitaient surtout voir disparaître les trafics, la prostitution, les incivilités ou les nuisances nocturnes (bruit mais aussi dégradation, bris de verre, etc.), en particulier aux abords de la Laiterie et du Molodoï.

Comme souvent dans les concertations, les demandes ont parfois été contradictoires : plus d’espaces verts pour certains, contre plus de stationnement pour d’autres.

L’épineuse question du stationnement

Comme souvent, la municipalité a tranché pour plus d’espaces pour les vélos et les piétons et moins pour les voitures, y compris celles à l’arrêt. Or, après l’instauration du stationnement payant dans les rues du quartier, le parking gratuit rue du Ban-de-la-Roche est devenu un lieu prisé.

La vieille proposition, plus chère à réaliser, d’ajouter un ou plusieurs étages sur ce parking, site peu utilisable autrement puisqu’il jouxte l’autoroute A35, n’a pas été approfondie ni soumise à la concertation publique.

Et même si la Ville de Strasbourg essaye de favoriser les déplacements à vélo ou en transports en commun, il est souvent conseillé aux demandeurs d’emploi et ouvriers des quartiers populaires d’avoir un véhicule à disposition, afin d’obtenir plus facilement des emplois parfois éloignés et/ou avec des horaires décalés.

Le pari de l’adjoint de quartier est qu’une fois devenu payant, le parking de la rue du Ban-de-la-Roche se videra des voitures « ventouses ». À ce jour, il est saturé car il s’agit de l’un des espaces de stationnement gratuit les plus proches du centre-ville, à côté d’une station de tram. Mais ce changement coûtera 180 euros par an aux habitants et limite les cartes d’abonnement résident à une voiture par foyer. Même la partie conservée perdra des places car elle devrait être « végétalisée, » en y ajoutant des arbres par rapport à ce qui existe aujourd’hui. La partie sud du parking, plus petite, va complètement disparaître au profit d’espaces sportifs (mini stade de foot, panier de basket), pique-nique et jardins partagés.

Le parking du Ban-de-la-Roche est divisé en deux parties. Celle-ci serait remplacée par des terrains sportifs, jardins partagé, à côté du talus de l'A35. (photo JFG / Rue89 Strasbourg)
Le parking du Ban-de-la-Roche est divisé en deux parties. Celle-ci serait remplacée par des terrains sportifs, jardins partagé, à côté du talus de l’A35. (photo JFG / Rue89 Strasbourg)

Les premiers travaux sont attendus à l’été 2019, avec les premières réalisations rue du Ban-de-la-Roche et rue de la Broque espérées pour février 2020. Mais l’ensemble de la rénovation s’étendra vraisemblablement jusqu’en 2022.

Contrairement à la prolongation du Bus à haut niveau de service (BHNS), cette consultation n’a pas été publiée sur le site dédié à la démocratie locale de Strasbourg (participer.strasbourg.eu), qui ne liste en tout et pour tout que… 10 consultations et un seul événement à son agenda en janvier 2019 (!). Le retard du BHNS a néanmoins permis la mise en place de bandes cyclables provisoires sur la majeure partie du boulevard de Lyon, ce qui réduit le nombre de voies de circulation, sans modifier le stationnement.

L’ordre des avocats condamné une nouvelle fois pour harcèlement

L’ordre des avocats condamné une nouvelle fois pour harcèlement

La Cour d’appel de Colmar a condamné l’ordre des avocats de Strasbourg à payer 75 000€ de dommages et intérêts à son ancienne assistante de direction, licenciée en 2014. Les magistrats ont reconnu que l’ancienne employée du barreau de Strasbourg avait été victime de harcèlement moral et parfois à connotation sexuelle de la part de ses employeurs. Il s’agit de la deuxième condamnation en un an pour des faits de harcèlement remontants au début des années 2010.

La chambre sociale de la Cour d’appel de Colmar a condamné une nouvelle fois l’ordre des avocats de Strasbourg pour des faits de harcèlement envers une de ses employées. Elle annule ainsi le licenciement d’une assistante de direction, Valérie Stoll, prononcé le 22 août 2014.

Il s’agit cette fois-ci d’une confirmation du jugement de première instance, mais les dommages et intérêts ont été abaissés à 75 000€ au total, contre environ 128 000€ initialement. À cela, s’ajoutent les indemnités (préavis et congés payés, maladie professionnelle) et différents frais de justice, si bien que le total à payer pour l’ordre s’élève à environ 100 000€. Une partie a été versée au moment du licenciement.

Après l’audience en première instance, l’ordre des avocats strasbourgeois avait fait appel du jugement dans le but que la plaignante soit intégralement déboutée. Mais les juges de Colmar ont retenu dans leur arrêt du 30 octobre 2018, 19 faits caractérisés, commis par le secrétaire général de l’époque, Me Sitz, un ancien avocat qui avait quitté ses fonctions pour exercer ce poste salarié à partir de février 2011.

Parmi les agissements relevés : des propos déplacés à connotation sexuelle (5 fois), un attouchement au niveau des reins, des regards insistants, des menaces de licenciement et invitations à démissionner (4 fois), de l’agressivité (5 fois), ou des propos humiliants en publics (3 fois) jusqu’en juillet 2012, date à laquelle Valérie Stoll, salariée depuis 1989, a été déclarée inapte suite à un examen médical.

De la difficulté de la preuve

Il est difficile d’apporter des éléments de preuve dans un cas de harcèlement, en particulier à caractère sexuel. C’est « un faisceau d’indices » concordants qui ont permis de recouper les faits, relate Me Dominique Harnist, avocate de la victime.

Le jugement retient en particulier des témoignages de collègues, une enquête de la Caisse primaire d’assurance maladie (CPAM) et la tenue d’un journal intime, où les différents faits étaient concordants, malgré quelques imprécisions de dates. « Il fallait supporter le comportement de Me Sitz qui (…) était un adepte de la blague de cul et qu’à certains moments, elles étaient tellement grossières et irrespectueuses qu’elles devenaient gênantes pour ses auditeurs », rapporte une collègue à la CPAM. La victime avait choisi un avocat à Colmar pour que sa défense n’ait pas de lien avec le barreau strasbourgeois.

Valérie Stoll a hésité à utiliser des recours et à s’exprimer sur le sujet, mais elle estime que son cas peut servir pour d’autres :

« Beaucoup de personnes parlent de harcèlement, mais peu osent agir ou sont mal défendues. J’ai beaucoup hésité. Un médecin m’a dit que le harcèlement est une situation que l’on ne supporte plus et dans laquelle une autre personne continue. Le journal intime n’avait pas cette vocation au début, mais il m’a permis de me souvenir des dates. D’autres collègues ont été poussées à bout et sont parties notamment par rupture conventionnelle. »

La Cour d'appel de Colmar (Photo Wikimedia Commons / cc)
La Cour d’appel de Colmar (Photo Wikimedia Commons / cc)

Contacté, le bâtonnier de l’époque, un avocat élu par ses pairs pour veiller sur le bon fonctionnement de l’ordre et sa dizaine de salariés, Me Armand Marx, aujourd’hui à la retraite, a indiqué n’avoir « aucun commentaire à faire ». L’arrivée du secrétaire général était concomitante avec la sienne. Armand Marx n’est cependant pas directement mis en cause par les différents témoins, malgré une dégradation générale de la situation et des « méthodes de management tendancieuses », pointées du doigt. Valérie Stoll l’avait alors alerté pour que la situation cesse. Le bâtonnier du barreau de Strasbourg change tous les deux ans.

Pour l’ordre, le bâtonnier actuel, Me Christophe Darbois rappelle que « plus aucun des anciens protagonistes n’est en place. » Il note néanmoins que ce jugement en appel allège « de manière substantielle » la première condamnation de l’ordre de 50 000 euros. Les comparutions sur reconnaissance préalable de culpabilité (CRPC) aussi appelées « plaider-coupable«  sont prévues pour les délits, mais pas pour les affaires relevant du tribunal des prud’hommes. Ainsi, plaider que les faits ne sont pas établis, malgré un dossier visiblement bien documenté, « est propre à toute défense, pas spécifique à l’ordre », explique sur ce point Me Christophe Darbois.

L’ordre a déjà saisi un avocat auprès du Conseil d’État et de la Cour Cassation pour un avis dans l’hypothèse de se pourvoir ou non en Cassation, pour une ultime relecture du jugement. Ce ne sera pas le cas de Valérie Stoll nous a indiqué son avocate Me Harnist, malgré la diminution des dommages et intérêts en sa faveur en appel.

Deux procédures en deux ans mais pas de troisième

Cet arrêt tombe presque un an jour pour jour après une autre condamnation en appel pour harcèlement moral (mais non sexuel) de l’ordre des avocats de Strasbourg. Il s’agissait alors de son ancienne secrétaire générale, Nathalie Campagnet, déclarée « inapte » en janvier 2011 puis licenciée « sans cause réelle et sérieuse » dans l’année. Elle avait précédé Me Sitz, mis en cause dans ce cas. Les indemnités avaient été plus élevées : 150 800€ rien que pour les dommages et intérêts et plus de 200 000 euros au total.

Il s’agissait alors de l’équipe de direction précédente à celle du licenciement de Valérie Stoll, qui était néanmoins collègue de Nathalie Campagnet jusqu’à son départ. L’ordre s’est pourvu en Cassation fin 2017 et attend encore une décision finale sur ce cas plus ancien, pour lequel la plaignante avait été déboutée en première instance par le tribunal des prud’hommes de Strasbourg.

Il n’y a par ailleurs aucune autre procédure en cours contre l’ordre des avocats strasbourgeois ont précisé plusieurs sources à l’ordre comme pour la partie adverse. Malgré l’attente des jugements définitifs, les sommes sont à régler immédiatement lors des condamnations en appel. Mais « il n’y aura pas d’augmentation des cotisations » des 1 100 avocats du Bas-Rhin, assure Me Darbois, les sommes ayant déjà été versées ou provisionnées au fil des années.

Pourquoi Jo Spiegel et Thierry Kuhn s’engagent avec « Place Publique »

Pourquoi Jo Spiegel et Thierry Kuhn s’engagent avec « Place Publique »

Deux personnalités alsaciennes, Joseph Spiegel, maire de Kingersheim, et Thierry Kuhn, directeur d’Emmaüs Mundolsheim et ancien président en France, lancent le mouvement politique « Place Publique, » autour de l’essayiste Raphaël Glucksmann dans la perspective des élections européennes. Explications.

Deux Alsaciens figurent parmi les 22 signataires de l’appel fondateur de « Place publique » publié dans Libération mardi . . .

Lisez la suite pour 1€ seulement

    Jouez un rôle actif dans la préservation de la pluralité médiatique Plongez en illimité dans nos articles et enquêtes exclusives Participez librement à la discussion grâce aux « identités multiples »

Je m’abonne 

Abonnez-vous maintenant pour suivre l’actualité locale.

Déjà abonné⋅e ?

Connectez-vous

Une centaine de personnes à la rue dans deux nouveaux campements

Une centaine de personnes à la rue dans deux nouveaux campements

Les situations se suivent et se ressemblent pour les nouveaux demandeurs d’asile à Strasbourg. Alors que les hébergements dédiés sont saturés, près d’une centaine de personnes se sont regroupées dans deux nouveaux campements de fortune depuis quelques semaines. À celui des Canonniers au Neuhof, s’est ajouté un autre à Duc d’Alsace, entre Cronenbourg et Hautepierre.

Depuis début octobre environ 45 personnes dont une vingtaine d’enfants et un bébé de cinq mois dorment dehors en face du parking Ducs d’Alsace, près de la station de tram éponyme au nord-ouest de Strasbourg. Ces demandeurs d’asile récemment arrivés en France sont en majorité originaires d’Albanie, de Géorgie pour d’autres. Certaines familles rapportent avoir déjà tenté leur chance en Allemagne.
La tente d’une famille d’Albanais sur le campement de Ducs d’Alsace le 5 novembre à Strasbourg. (Photo : Claire Gandanger / Rue89 Strasbourg / cc)

Les Canonniers, un lieu qui devient emblématique

Dans le quartier du Neuhof au sud de Strasbourg, une cinquantaine d’autres demandeurs d’asile ont reconstitué un campement rue des Canonniers. Alors que Rue89 Strasbourg y dénombrait huit tentes fin octobre, l’association Médecins du monde en a recensé une quinzaine lors de sa dernière maraude début novembre. Ce lieu est devenu un point de ralliement à plusieurs reprises. Les sans-abris y sont visibles, de nombreux riverains se sont montrés solidaires et d’autres familles ont par le passé obtenu un hébergement en s’installant ici, même si cela a pris parfois plusieurs semaines, notamment lors de cet été 2018. De l’autre côté du mur se trouve l’ancien hôpital militaire Lyautey, où 146 places ouvertes lors du plan hivernal 2017-2018  ont été pérennisées. Le 24 octobre, la préfecture a déjà démantelé un campement quai de Malte, près de l’Hôtel du Département, constitué au début de l’été. La « trentaine de ménages » a été relogée à l’hôtel à Strasbourg ou dans le Grand Est.

« Flux migratoires toujours soutenus »

La préfecture assure chercher des solutions pour les nouveaux campeurs dans « le contexte de la saturation des dispositifs d’hébergement dédiés à la demande d’asile dans le Bas-Rhin, en raison de flux migratoires toujours soutenus » :
« La situation des personnes présentes sur le site de la rue des Canonniers et au parking Ducs d’Alsace fait l’objet d’une attention particulière de la part des services de l’État et de la Ville de Strasbourg qui examinent les moyens pouvant être mobilisés en fonction de leur situation administrative et familiale. »
Si les familles sont à chaque fois différentes, la situation donne l’impression d’un éternel recommencement, mois après mois, années après années. Derrière la Gare se sont même des terrains vides qui ont été grillagés fin 2017 pour que plus personne ne s’y installe. La médiatisation de l’existence de ces bidonvilles accélère parfois leur démantèlement et les propositions de relogement, même si cela n’a rien d’automatique.