Au printemps 2019, la compagnie Actémo Théâtre proposera une pièce… dans le salon des habitants du quartier Laiterie. Projection privée est une comédie d’environ une heure, interprétée par trois acteurs et proposée par l’Espace K.
Arrivée en janvier 2016, la compagnie du Kafteur entame sa troisième saison complète à l’Espace K. Et parmi ses nouveaux défis figure l’ouverture vers les habitants du quartier populaire de la Laiterie, pour qui se rendre dans les structures culturelles du secteur n’est pas une habitude. Comme d’autres, l’Espace K a eu le temps de le constater, faire venir ces habitants au théâtre relève toujours du défi. Alors quoi de mieux que de s’inviter directement chez ses voisins ?
Le médiateur culturel de l’Espace K, Régis Harter, résume la formule :
« L’Espace K achète le spectacle puis trouve des personnes, de préférence dans le quartier prioritaire de la Ville (QPV), qui peuvent accueillir amis, voisins ou de la famille selon la taille de leur salon. Il suffit d’un canapé et d’un accès à une autre pièce qui sera la cuisine dans la représentation mais n’a pas besoin d’être la cuisine dans l’appartement. Le tout est suivi d’un moment convivial avec les artistes. L’Espace K propose aussi un accompagnement pour ceux qui le veulent, en venant les jours précédents et aider à préparer. Les spectacles sont prévus plutôt le soir, mais l’idée est de proposer quelque chose de souple, comme le souhaitent les familles. Cela ne peut néanmoins pas se faire le matin, car il faut quelques heures pour que les artistes se repèrent. »
Le spectacle proposé c’est Projection Privée, un texte écrit par le dramaturge français Rémi de Vos en 2000. Pour l’interprétation, c’est Actémo Théâtre (anciennement Actémobazar), voisins du l’Espace K à la Fabrique de théâtre, qui s’en occupe. Les trois fondateurs, Delphine Crubézy, Violaine-Marine Helmbold et Philippe Cousin, ont interprété une poignée de fois la pièce, chez des connaissances à Strasbourg pour se roder, puis deux fois chez des inconnus de quartiers populaires de Mulhouse, l’achat du spectacle et la mise en relation étant assurés par des centres sociaux culturels. Une poignée d’autres représentations sont prévues en 2019 à Illzach.
Une pièce très contemporaine
Ce vaudeville raconte comment un mari rentre un soir éméché et avec une nouvelle conquête, alors que sa femme est absorbée par le feuilleton fictif Amour gloire et luxure devant son téléviseur. La pièce dure une heure dans un Français facilement accessible.
Et même si les éléments « du décor un peu kitsch » sont apportés par la petite troupe, Delphine Crubézy apprécie de changer d’appartement à chaque représentation ou presque, car « ce n’est jamais tout à fait le même spectacle ». Aller vers les publics parfois éloignés des salles de théâtre avec des textes contemporains, la petite équipe connait. Elle avait répondu à l’appel à projets « Les sentiers du théâtre » entre Beinheim et Lauterbourg, dans la plaine du Rhin, au nord de l’Alsace. Au programme : co-direction d’un festival, ateliers en milieux scolaires et pour adultes amateurs et enfin création de spectacles. Une aventure qui devait durer trois ans et s’est finalement prolongée deux de plus.
Mais si Projection Privée a intéressé la compagnie, c’est aussi parce que sous couvert d’humour, elle effleure un sujet de société actuel, explique Delphine Crubézy :
« Ce n’est pas encore l’ère des tablettes et des smartphones, et pourtant il y a déjà la question de la dépendance à la fiction et à la vie par procuration. Les trois personnages sont dans une immense solitude et ne peuvent se parler qu’en s’engueulant ou par la télévision, qui tient un rôle important. »
La pièce Projection privée fait venir trois acteurs dans votre salon. (Photo Jean Lucas / Actemo Theâtre)
Bonnes relations de voisinage culturel
L’Espace K a pour l’instant prévu des représentations vendredi 8 mars, dimanche 31 mars, le week-end du 26 et 27 avril, vendredi 10 et dimanche 12 mai et samedi 15 juin, dans le théâtre à l’occasion de la fête du quartier Gare. « D’autres créneaux peuvent se rajouter », indique la salle de spectacle qui envisage aussi des représentations semi-publiques, par exemple au restaurant de quartier, le Gobelet d’Or.
Le directeur artistique de l’Espace K, Jean-Luc Falbriard, a choisi de programmer cette pièce suite à ses échanges avec la compagnie :
« Nous avons prévu de programmer Actémo après avoir discuté avec Delphine Crubézy de ce que propose sa compagnie, on s’est dit que les spectacles en appartements pourraient être quelque chose à mettre en place dès cette saison dans le cadre de nos actions de médiation culturelle. Elle avait déjà fait des représentations chez des amis communs, mais je n’ai jamais eu le temps d’y assister. Le fait qu’Actémo fasse partie de nos voisins facilite les échanges et fait qu’on est plus à l’écoute. L’une des comédiennes, Violaine-Marine Helmbold, donne des cours chez nous pour les adolescents le lundi soir depuis plusieurs années, déjà lorsqu’on était rue Thiergarten. Le soutien à des compagnies du cru faisait partie du projet artistique présenté pour obtenir l’Espace K. »
Pour accueillir un spectacle chez soi, il suffit d’habiter dans le quartier Laiterie et de contacter l’Espace K, plus précisément son médiateur Régis Harter. Pour ceux qui n’habitent pas le quartier, il ne reste plus qu’à trouver des proches chez qui se faire inviter…
En février 2018, Rue89 Strasbourg vous parlait de l’aspect très éphémère du tarif réservé aux résidents du quartier Laiterie à l’Espace K fin 2016. Pour la saison 2018/2019, ce tarif à 3€ est de retour. Cette fois-ci, pas de financement public via le Contrat de Ville, mais une initiative uniquement portée par le théâtre.
Pas de financement public
Plus qu’un éventuel manque à gagner à compenser, l’Espace K voit plutôt la chose comme des entrées et recettes supplémentaires. Lors des trois mois de fonctionnement fin 2016, ce tarif n’avait jamais été réclamé.
Au-delà du prix attractif, la salle de théâtre humoristique (ex-Hall des chars) espère aussi que ses différentes opérations de médiation (visites, présence à la fête de quartier, cours pour enfants et surtout ses tous nouveaux spectacles en appartements) soient un peu plus reconnues et permettent de mieux atteindre le public cible. Car comme pour la plupart des structures culturelles, une périlleuse « ouverture sur le quartier » fait partie des objectifs.
L’Espace K espère attirer des habitants modestes du quartier Laiterie (photo JFG / Rue89 Strasbourg)
L’idée de la carte abandonnée
Autre changement à partir de septembre 2018, plus besoin de se faire élaborer une carte dans un premier temps. Il suffit simplement d’amener ses justificatifs de domicile dans le quartier prioritaire de la Ville (QPV) et d’être bénéficiaire d’un des 10 minimas sociaux (RSA, allocation de solidarité pour personnes âgées, Allocation adultes de handicap, allocation de solidarité spécifique, etc.) pour entrer à l’Espace K en bénéficiant de ce prix réduit.
Habitant de la Robertsau, Emmanuel Jacob réagit à la fermeture des berges autour du Parlement européen de Strasbourg à la circulation cycliste. Pour ce Strasbourgeois, c’est surtout le symbole envoyé qui est très mauvais, à un an des élections européennes.
Les élections européennes sont dans moins d’un an et le Parlement Européen, avec la complicité de l’Etat et de la Ville de Strasbourg, vient d’envoyer aux Strasbourgeois le pire des signaux : la sécurité des députés européens vaut mieux que la leur.
Malgré quatre manifestations, plus de 2 000 signatures sur la pétition en ligne, personne n’a eu le courage d’arrêter l’infernale mécanique d’une bunkérisation du Parlement Européen à Strasbourg.
Cela a commencé, il y a deux ans, par la fermeture du jour au lendemain de la promenade Alcide de Gasperi. Son nom ne vous dit peut-être pas grand chose, mais c’est l’un des fondateurs de la démocratie chrétienne italienne et il est considéré comme l’un des pères de l’Europe aux côtés de Robert Schuman. L’Europe ferme des voies, comme un sombre présage de ce qui allait arriver à l’Italie.
Il y a un an, en plein été, des arbres ont été abattus le long du quai du bassin de l’Ill. C’est en cherchant la cause de ces coupes que l’on a découvert, presque par hasard, deux petites feuilles A4 sur une grille annonçant des travaux à venir : la fermeture pure et simple du chemin le long de l’IPE 3.
La piste cyclable n’est plus accessible aux Strasbourgeois (Photo EJ / Blog Robertsau)
Après les premières mobilisations de citoyens et d’associations, on nous propose, comme maigre consolation, la fermeture du quai uniquement pendant les sessions. A n’en pas douter à la première alerte, comme la promenade Alcide De Gasperi, il sera définitivement fermé. Aucun responsable ne résiste à la tentation du parapluie. Depuis le Parlement s’est entouré de barbelés, deuxième coup de canif.
Triste message que cette bunkerisation
Désormais inaccessible aux promeneurs, cyclistes, sportifs et aux touristes soucieux de toucher l’Europe du doigt, l’institution se referme peu à peu sur elle. Triste message.
Pour couronner le tout, la Ville vient de poser des panneaux pour annoncer la fermeture. Le message sur les panneaux municipaux dit que, « pour la sécurité de l’Europe » (sic), les Strasbourgeois doivent se détourner, passer ailleurs. Mais ne méritent-ils pas eux aussi de la sécurité ? La vie d’un citoyen de cette ville vaut-elle moins que celle d’un député européen ?
Il ne sert à rien de critiquer ceux qui veulent reconstruire des murs (Trump à la frontière du Mexique, les conservateurs anglais avec le Brexit, la Hongrie avec tous ses voisins….), de distribuer dans de fastueuses cérémonies des prix « Sakharov » et ne pas se rendre compte qu’à Strasbourg, c’est l’Europe elle-même qui lève des murs : elle se bunkérise.
Les risques contre le sécurité du Parlement existent bien sûr. Et ce ne sont pas les trop nombreuses victimes d’attentats qui diront le contraire. Mais ces personnes n’étaient pas protégées dans l’hémicycle du Parlement, c’étaient des citoyens qui animaient un journal, venaient écouter un concert, faire des courses ou simplement admirer un feu d’artifice. Les murs ne protègent pas : ils enferment ceux qui pensent être protégés.
Cet épisode de la fermeture autoritaire de cette piste cyclable, pour paraître anecdotique, est en fait très révélateur de la rupture entre l’Europe institutionnelle et les citoyens européens. Je ne comprends pas que, dans notre ville qui se clame, à longueur de slogans, capitale européenne, personne ne prenne la parole pour s’élever contre l’ignominie qui se déroule sous nos yeux : un grignotage, lent mais mortel, de la belle idée de l’Europe libre, ouverte et démocratique.
En mai 2019, des travaux débuteront dans l’espace vente de la gare de Strasbourg. L’objectif : réduire le nombre de guichets pour y transférer l’espace « Grand voyageur ». À la fin de la même année, la boutique située quai de Paris doit fermer. Plusieurs usagers regrettent cette décision.
Parle à ma machine. Pour acheter son billet de train à Strasbourg, s’adresser à un humain sera de plus en plus rare. La SNCF compte fermer sept guichets strasbourgeois d’ici la fin de l’année 2019. Dans la gare, l’espace vente doit passer de 14 à 10 comptoirs. La boutique située quai de Paris, et ses trois bureaux de vente, fermera à la fin de la même année. L’entreprise ferroviaire n’a pas souhaité confirmer cette évolution. Rue89 Strasbourg a pu accéder à un document interne où ces projets sont évoqués.
La boutique SNCF située quai de Paris, dans le centre-ville, doit fermer à la fin de l’année 2019. (Photo GK / Rue89 Strasbourg / cc)
Les salons feutrés de la gare seront vides
La SNCF rappelle néanmoins plusieurs chiffres, après avoir refusé un entretien sollicité par Rue89 Strasbourg :
« Actuellement, plus de 50% des billets TGV sont vendus sur internet et deux billets sur trois sont des billets dématérialisés sur smartphone. La SNCF s’adapte à l’évolution des modes d’achat de ses clients. […] Le temps d’attente moyen au premier trimestre 2018 pour l’espace de vente à Strasbourg est inférieur à 6 minutes. »
Selon un syndicaliste de la SNCF, un autre projet se cache derrière la suppression de quatre guichets en gare de Strasbourg. La place libérée dans l’espace de vente permettra d’y transférer le « Salon Grand voyageur ». Il se trouve aujourd’hui dans des salons historiques de la station strasbourgeoise, face au quai numéro 1. Dans ces salles pleines de bois noble, de moulures dorées et de lustres, un restaurant haut de gamme pourrait être installé, d’après plusieurs témoins internes à l’entreprise. À ce sujet, la direction de la gare n’a pas « d’éléments concrets à communiquer pour le moment ». Mais la SNCF promet plusieurs annonces pour le mois de septembre.
Le salon Grand Voyageur pourrait accueillir un restaurant en 2020 (Document Remis)
« Il n’y a pas d’humain pour vendre ces billets »
Mi-août, en début d’après-midi, trois personnes attendent leur tour dans la boutique SNCF située quai de Paris. Une vendeuse vient d’apporter une gamelle pleine d’eau pour le chien d’une cliente. La salariée de l’entreprise ferroviaire appelle ensuite le numéro suivant. Une personne se lève. Sa demande ne peut être traitée, lui explique-t-on :
« On ne pourra pas vous aider. Pour les trajets OuiGo, ça se passe exclusivement sur internet. Il n’y a pas d’humain pour vendre ces billets. C’est aussi pour ça que c’est moins cher. »
En entendant cette réponse, une autre cliente se lève de sa chaise. Elle s’apprête à quitter les lieux sans même passer par le guichet. Interrogée sur les raisons de sa venue, elle explique :
« Je voulais payer mon billet en chèque-vacances mais j’entends qu’ils ne font pas de OuiGo ici. C’était la première fois que je venais ici et du coup, c’est probablement la dernière vu que vous me dites que la boutique va fermer l’année prochaine. »
« Sur internet, j’ai peur de me tromper »
Au milieu de la salle, une pancarte informe que les billets OuiBus, OuiGo et Intercités 100% éco « ne sont pas disponibles à la vente en gare et en boutique SNCF ». Malgré ces contraintes et le temps d’attente parfois plus long, les clients tiennent à ce point de vente. Valérie, psychologue strasbourgeoise, apprécie un service de qualité :
« Ici, j’ai l’impression que les agents trouvent des trajets plus pratiques ou des prix plus intéressants. Sur internet, j’ai toujours peur de me tromper et de galérer ensuite pour échanger mon billet ou le faire rembourser. En plus, il faut dire qu’ils sont super sympas dans cette boutique. Ça me fout vraiment les boules qu’ils ferment… »
« Je ne dialogue pas avec une machine »
Parmi les déçues de cette fermeture, il y aussi Evelyne, la soixantaine. Elle aime se décrire comme une « retraitée atypique ». Pour elle, prendre son billet au guichet est un acte de militantisme :
« Je déteste les écrans. Alors venir en boutique, c’est une liberté dont je veux profiter : celle de prendre le temps et de parler à des gens. Je ne dialogue pas avec une machine. »
La dame est sur le point de déménager pour la Franche-Comté. « Plus les moyens de vivre ici », affirme-t-elle. Elle est donc pressée : « J’ai cinq minutes. Si vous m’en prenez moins, c’est mieux. » Evelyne finit tout de même par se lancer dans un long discours :
« Souvent des gens me demandent de l’aide quand ils essayent d’acheter un ticket. Les machines pour vendre des billets, moi j’y comprends rien. C’est clair que c’est pas fait pour les vieux, les étrangers ou les personnes un peu plus lentes d’esprit. Le pire dans tout ça, c’est que certains se trompent en prenant leur ticket et qu’ensuite, ils prennent une amende dans le train. Ça n’arrive pas quand tu dialogues avec un être humain. »
« Ce sont surtout les clients qui vont en pâtir »
Justement. Johan s’est rendu à la boutique cet après-midi pour se plaindre d’une amende de 100 euros. « Je me suis trompé dans la date du voyage retour… », lâche-t-il. Pour ce jeune Strasbourgeois, le service des salariés quai de Paris est « nickel ». Dans des situations complexes, pour un abonnement ou une réclamation, il apprécie de pouvoir dialoguer avec une personne.
Dans la boutique, les vendeurs ne souhaitent pas répondre, sans une autorisation écrite, validée à tous les échelons, de leur direction (qui n’arrivera donc jamais). Un salarié a accepté de nous répondre, par téléphone et sous couvert d’anonymat :
« Ce sont surtout les clients qui vont en pâtir. Les personnes âgées en premier lieu. Ils nous le disent souvent au guichet : « Heureusement que vous êtes encore là. » Ils pourraient pas prendre un aller-retour pour le Sud de la France, avec changement de train et transport de bagages. Et c’est sans compter le temps d’attente, qui atteint souvent 45 minutes, voire une heure en fin d’après-midi… Avec moins de vendeurs, forcément il faudra attendre plus longtemps… »
« On casse volontairement la qualité du service de vente »
Du côté syndical, un syndicaliste de la CGT fustige la suppression de la moitié des guichets de vente à Strasbourg. Selon lui, ce choix entraînera une « dégradation de la prestation, alors qu’il y a toujours de la demande ». Le syndicaliste y voit même une stratégie bien réfléchie :
« On casse volontairement la qualité du service de vente et ensuite la direction nous dit que de toute façon tout le monde prend ses billets sur internet. La stratégie est classique, on dégrade la qualité d’un service pour ensuite justifier sa fermeture. »
Pour l’avenir des vendeurs de billets, le représentant du personnel rassure :
« Certains (vendeurs, ndlr) seront reclassés dans le même établissement et affectés à la vente et à l’accueil des voyageurs sur les quais. D’autres peuvent postuler sur les postes vacants disponibles, parfois situés hors de Strasbourg. Le reste peut demander un plan de départ volontaire. »
Rédacteur en chef de Rue89 Strasbourg. Spécialisé depuis 2019 en enquêtes locales, à Strasbourg et en Alsace sur des sujets variés allant de l’extrême-droite à l’hôpital public en passant par la maison d’arrêt de Strasbourg, les mouvements sociaux, les discriminations et l’expertise-psychiatrique.
Le Conseil départemental de l’Environnement et des Risques sanitaires et technologiques (Coderst) relatif aux travaux définitifs du Grand contournement ouest (GCO – voir tous nos articles) s’est réuni comme prévu mardi 28 août à 8h30, à sous la présidence du secrétaire général de la Préfecture Yves Seguy.
Les 25 participants, des représentants de l’État, des collectivités locales et d’associations, se sont prononcés pour les travaux et leurs compensations environnementales (17 voix pour, 7 voix contre et 1 abstention) ont fait savoir les opposants dès la sortie de la réunion. Exceptionnellement, le vote a eu lieu à bulletins secrets à la demande de Daniel Reininger, président de l’association Alsace Nature qui avait un droit de vote. Un communiqué de la Préfecture est attendu dans l’après-midi.
Des modifications à l’été
Les aménagements avaient été légèrement remaniées cet été suite à deux avis défavorables d’enquête publique, le premier sur le contournement de 24 kilomètres réalisé par Arcos (Vinci) et le second l’échangeur avec l’A4 et l’A35 au nord construit par la Sanef dans la forêt de Vendenheim. Des représentants des deux sociétés étaient présents à tour de rôle pour présenter leurs projets.
La réunion du Coderst s’est tenue à la préfecture dans la matinée du 28 août (photo JFG / Rue89 Strasbourg)
15 jours maximum
Une période de 15 jours maximum permet d’ultimes échanges avec le concessionnaire et la Sanef pour apporter d’éventuelles modifications suite à la réunion de ce matin. Les arrêtés préfectoraux sont publiés à la suite de ces échanges.
Dehors, environ 130 manifestants étaient présents aux alentours de 9h. Certains sont restés jusqu’à la fin de la séance, rejoints par un peu plus de monde en fin de matinée. La réunion a démarré au moment même où le ministre de l’Écologie, Nicolas Hulot, a annoncé sa démission sur France Inter. Il avait rencontré les opposants fin juin, mais ne s’était pas exprimé sur le dossier depuis sa validation à l’automne.
Les opposants se sont réunis de part et d’autre de l’opéra place Broglie dans le but d’interpeller les participants près de l’hôtel du préfet, puis sur les marches. (photo JFG / Rue89 Strasbourg)
Loïc Minery, porte-parole d’EELV Alsace, réagit à ce vote à la sortie de la Préfecture :
« Une fois de plus la démocratie est bafoué, à travers ce vote qui n’était de toute façon que consultatif. Les représentants de l’État étaient juge et partie. On peut toujours attendre un ultime revirement du préfet, peut-être en réaction à la démission de Nicolas Hulot. »
Une manifestation est prévue le samedi 8 septembre à Strasbourg. Alsace Nature et la députée Martine Wonner (LREM) ont par ailleurs déjà indiqué leur intention de déposer un recours en référé contre les arrêtés préfectoraux, qui devraient faire plus de 100 pages.
En abordant le sujet de la prostitution masculine, le long-métrage Sauvage s’est fait remarquer au festival de Cannes en mai, puis au festival du Film francophone d’Angoulême fin août. Tourné en totalité à Strasbourg, il sort en salles ce mercredi 29 août.
« À la lecture des premières lignes du scénario, j’ai compris que c’était le rôle d’une vie, que c’était le film à ne pas rater. » Philippe Ohrel, 52 ans, acteur mulhousien né à Strasbourg, joue un rôle secondaire dans Sauvage, le premier long-métrage réalisé par Camille Vidal-Naquet.
Sauvage est le premier long-métrage de Camille Vidal-Naquet (photo Pyramide Dsitrbution)
Toutes les scènes ont été tournées à Strasbourg. On aperçoit sur les images du film les berges de l’Ill, la façade du Molodoï, la rue du Faubourg-de-Pierre ou encore un bout du Musée d’art moderne. Pour les scènes d’intérieur, les équipes de production ont loué des appartements, qu’ils ont trouvé sur des sites de locations de courte durée. Financé en partie par la Région Grand Est et l’Eurométropole, le film s’est doté d’un casting à 90% alsacien.
Seuls trois des acteurs n’habitent pas dans la région. Et tous ne sont pas des comédiens professionnels, puisque beaucoup d’acteurs locaux n’ont pas passé le casting à cause des nombreuses scènes de nu. Les « auditions sauvages », ont été réalisées dans des boîtes de nuit ou les clubs de boxe de la région, à la recherche d’inconnus pour interpréter les rôles secondaires.
L’acteur principal, Félix Maritaud, déjà vu dans 120 battements par minute, a remporté le prix de la Révélation pendant la Semaine de la Critique à Cannes, puis celui du Meilleur acteur au festival du Film Francophone d’Angoulême qui s’est terminé dimanche 26 août. Le film suit un jeune prostitué, dont on ne connaît presque rien, entre les clients violents et les galères de la rue.
Félix Maritaud a été sacré meilleur acteur par le festival du Film Francophone d’Angoulême pour son rôle dans Sauvage (photo Pyramide Distribution)
Une ville qu’on ne peut pas identifier
Marie Sonne-Jensen, co-productrice et directrice de production du film, a parcouru Strasbourg pour en trouver les décors les plus adaptés à l’histoire :
« Le repérage s’est fait partout : au Port-du-Rhin, dans les périphéries,… On a tout visité. On voulait trouver des lieux neutres, pour lesquels on n’allait pas forcément se dire que c’était Strasbourg en voyant le film. L’idée c’était d’avoir un décor urbain basique, loin des cartes postales et du touristique. »
Pour Philippe Ohrel, la ville de Strasbourg était « parfaite » pour Sauvage :
« Le but était de montrer une ville qu’on n’arriverait pas à identifier, un peu comme les personnages dont on ne connaît pas forcément les noms. Cela correspond à n’importe quelle ville européenne, on pourrait être à Rotterdam, Berlin, Paris. On garde quand même la personnalité de la ville avec les petites rues, les belles bâtisses, qui créent de la vie. »
On aperçoit les berges de l’Ill le temps d’une scène (photo Pyramide Distribution)
Si les Strasbourgeois reconnaîtront certains lieux de tournages, d’autres risquent d’être plus mystérieux. À l’image d’un des décors qui revient le plus souvent, celui d’un bois où les prostitués attendent les clients. Marie Sonne-Jensen raconte le tournage de ces scènes, à quelques encablures de la Cité de l’Ill :
« Il a fallu trouver un endroit qui se rapproche du bois de Boulogne pour six jours de tournage. La rue de la Sauer, vers le cimetière nord, permettait de recréer cette ambiance. On s’est approprié le lieu et on l’a transformé, les voisins l’ont d’ailleurs remarqué. C’est aussi ça le rôle du cinéma, raconter des choses autrement que ce qu’elles sont dans la réalité. On a été très bien accueillis par l’équipe du cimetière et des jardins et on a même pu avoir nos loges et nos repas à l’église protestante. »
« Ce film était une évidence »
Philippe Ohrel tourne la moitié de ses films à Strasbourg, l’autre moitié à Paris. Dans Sauvage, il interprète Claude, un homme d’une cinquantaine d’année qui se prend d’affection pour le personnage principal, de vingt-cinq ans son cadet :
« C’est un personnage doux, le seul homme tendre du film, mais il n’est pas aussi noble qu’il en a l’air. Dès le début j’ai compris que le film était une pépite, autant pour le sujet que pour la façon dont Camille Vidal-Naquet le traite. Honnêtement j’aurais accepté n’importe quel rôle, c’était une évidence ce film pour moi. »
Philippe Ohrel a tourné trois scènes de Sauvage sur ce pont à Hoenheim (photo Judith Barbe / Rue89 Strasbourg / cc)
C’est son « premier rôle de gentil en 48 films » après avoir joué « pas mal de nazis, dont Hitler ». Il a tourné pendant cinq jours, dont trois scènes de nuit sur un pont au dessus de lignes SNCF, entre Hoenheim et Niederhausbergen. Philippe Ohrel aura été poussé à bout physiquement :
« Le prostitué, Léo, tombe dans les bras de Claude, après avoir été agressé. Donc pendant quatre minutes, jusqu’à mon épuisement, j’ai du tenir les 60/70 kilos de Félix (Maritaud, qui joue Léo, ndlr). Il y avait un contraste avec le lieu qui, je pense, a été choisi pour montrer une certaine déshumanisation, avec les trains de marchandises qui passent en dessous. »
Philippe Ohrel a aussi tourné à l’aéroport d’Entzheim, pour l’une des dernières scènes. Une pièce du premier étage a été décorée pour devenir une salle d’embarquement. Cette scène faisait suite, a une scène de bagarre, cette fois-ci de jour, tournée dans le quartier gare près du Musée d’art moderne. Une séquence qui a laissé des traces et a obligé la réalisation à s’adapter :
« Félix est arrivé avec les lèvres enflées, quatre fois leur taille normale, toutes rouges, ce que l’équipe n’avait pas prévu. Donc on a dû tricher. On jouait dos à la caméra, retournés aux trois-quarts ou à contre-jour. Le réalisateur ne pouvait filmer que les yeux de Félix. Ce genre de situation oblige à être créatif… »
Après plusieurs mois de festivals et d’avant-premières, le film sort en salles le mercredi 29 août. À Strasbourg, il n’est programmé pour le moment qu’au cinéma Star.
La compagnie des transports strasbourgeois (CTS) présente son nouveau réseau de bus à partir de la rentrée 2018. Les modifications concernent surtout le nord de Strasbourg et quelques lignes vers l’ouest. Cliquez sur les images pour voir un agrandissement des plans.
À chaque rentrée, la Compagnie des transports strasbourgeois (CTS) publie ses nouveaux horaires et quelques nouveautés sur son réseau de bus. L’année 2018 est marquée par des changements concentrés dans le nord de Strasbourg et de la métropole, ainsi qu’à l’ouest. Au total, 15 communes sont concernées par des modifications de lignes et de services.
Les objectifs sont de mieux desservir la zone commerciale nord (L6, 71, 74 et 75), d’arriver plus vite au centre de Strasbourg (71, 73, 75 et 76), relier les communes du nord entre elles ou les quartiers de Strasbourg entre eux sans passer par le centre-ville (50, 60 et 74) et de ne plus traverser la place des Halles (à l’exception de la L6).
Principale nouveauté : six nouvelle lignes de bus classiques sont créées 41, 60, 73, 74, 75, 76, au nord et à l’ouest de l’agglomération. Cliquez sur les images pour voir un agrandissement des plans.
La ligne 41 à l’ouest et sur l’autoroute
La ligne 41, créée fin août 2018, dessert des villages puis relie Strasbourg via l’autoroute. (document CTS)
La ligne 60, vers le futur quartier d’affaires
La ligne 60 est créée fin août 2018 (document CTS)
La ligne 73, de Lampertheim aux Halles
La ligne 73 est créée fin août 2018 (document CTS)
La ligne 74, entre villes du nord
La ligne 74 est créée fin août 2018. Elle partage un bout d’itinéraire avec la 76 en semaine. (document CTS)
La ligne 75, avec un parcours de jour, et un parcours de nuit et de week-end
La ligne 75, créée fin août 2018 (document CTS)
La ligne 76, uniquement en semaine et aux heures de bureau
La ligne 76 est créée fin août 2018 (document CTS)
Deux nouvelles « lignes structurantes, plus fluides
Changement de nature pour deux lignes, la 4 et la 6, qui deviennent des « lignes structurantes » à mi-chemin entre les Bus à haut niveau de service (BHNS) et les bus classiques. Avec quelques couloirs de bus, aménagements (qui parfois bloquent les automobiles derrière les bus) et priorités aux feux à l’instar de la L1 (ex-ligne 15) entre Lingolsheim et la Robertsau, ces itinéraires gagnent quelques minutes et surtout en ponctualité.
La partie entre Hoenheim Gare et les Halles de l’ex-ligne 4 devient « L6 » (document CTS)
La ligne 6 devient L6
Tracé inchangé, mais des amélioration pour la ligne 6 qui devient L6 (document CTS)
Un drôle de numéro
Pourquoi pas L2 et L3 après la L1 ? Ce système de numérotation permet de ne pas créer de confusion avec la ligne 2 (Elmerforst – Jardin des Deux Rives), inchangée, et de garder le numéro de la ligne 6 pour ses habitués.
Adieu ligne 4 bonjour (L3 photo JFG / Rue89 Strasbourg)
Le numéro 3 était en revanche disponible (comme le 5, 7, 8 et 9) et l’ex-ligne 4 qui reliait Reichstett aux Poteries via les Halles voit son itinéraire bien raccourci. Les parties tout au nord, entre Reichstett et Hoenheim gare et surtout entre les Halles et Wolfisheim et les Poteries sont remplacées par d’autres lignes (74 et 76 au nord ainsi que 41 et 70 à l’ouest).
La ligne Flex’hop 77, sur réservation
Enfin, dernière nouveauté, la ligne dite Flex’hop 77, qui circule entre 6h30 et 20h20 à raison d’une fois par heure du lundi au samedi. Elle permet de relier la zone d’activité de Bischheim au Pôle automobile d’Hoenheim, mais uniquement sur réservation. Pour être cherché à l’arrêt de son choix, il faut appeler 0800 800 169 (appel gratuit) au plus tard une heure avant l’heure indiquée sur les fiches horaires.
La ligne Flex’hop 77 entre le pôle automobile de Hoenheim et la zone d’activité de Bischheim ne fonctionne que sur réservation au 0800 800 169 – appel gratuit (document CTS)
Trois lignes modifiées
Par ailleurs, trois lignes voient leur parcours modifiés.
La nouvelle ligne 50 : Schiltigheim Le Marais – Montagne Verte
La nouvelle ligne 50 (document CTS)
La nouvelle ligne 70 : Robertsau Renaissance – Poteries / Eckbolsheim Parc d’Activités
La nouvelle ligne 70 (document CTS)
La nouvelle ligne 71 : Eckwersheim Hippodrome – Les Halles
La nouvelle ligne 71 (document CTS)
Meilleures correspondances et 5 millions d’euros
Ces différentes modifications, entièrement financées par l’Eurométropole, ont coûté 5 millions d’euros. Ces réorganisations ont aussi permis d’améliorer les correspondances dans les gares TER d’Hoenheim et Vendenheim, afin d’encourager à prendre les abonnements CTS, qui permettent désormais de circuler dans les communes de l’Eurométropole pour le même prix.
Ces modifications et les nouveaux horaires vous facilitent-ils vos trajets ? Ou les compliquent-ils ? Laissez un commentaire.
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Mardi 14 août, la fin de soirée a dégénéré à la Manufakture, ce gigantesque établissement de nuit temporaire à la Krutenau. Après des échauffourées, un groupe de personnes a été violemment expulsé de l’établissement, avec coups et usage de gaz. L’un des clients a brièvement perdu connaissance, un autre affirme avoir été séquestré jusqu’à ce qu’il supprime une vidéo de son téléphone. Quatre plaintes ont été déposées contre les agents de sécurité.
Mardi 14 août, c’est la fête pour une quinzaine de personnes, des trentenaires qui se retrouvent à Strasbourg pour fêter l’anniversaire d’un des leurs. En fin de soirée, ils sont à la Manufakture, ce gigantesque établissement éphémère ouvert à la Krutenau, de mai jusqu’à septembre. Mais vers 1h du matin, quelques membres du groupe s’embrouillent avec d’autres clients de l’établissement.
Franck, tous les prénoms ont été changés, grand gaillard et costaud, s’interpose entre les belligérants. Mauvaise idée, il prend une droite. Il répond et les videurs de la Manufakture interviennent immédiatement. Employés par la société Axial Protection, ils exfiltrent Franck et d’autres membres de son groupe vers la sortie. Et c’est là que la soirée dégénère.
Selon Franck, arrivés près de la sortie de la Manufakture, les agents de sécurité le mettent soudainement à terre :
« Ils m’ont saisi à deux et m’ont tiré vers la sortie en me faisant des clés de bras. Je leur disais “c’est bon je sors” en levant les mains. Jusque là c’est normal on peut dire… Mais à un moment, l’un des videurs me fait un croche-pied pour me faire tomber, je me retrouve au sol avec son genou sur la tête. Il me hurle dessus que je dois me calmer. Puis un autre me donne des coups, à ce moment, j’ai très peur et je me recroqueville, en protégeant ma tête avec mes bras alors que les coups continuent. Au bout d’un moment, je perds connaissance. »
« Ils ont sorti des bonbonnes de gaz et aspergé tout le monde »
Un ami de Franck, Sergio, détaille :
« Les videurs ont cogné Franck pendant qu’ils l’amenaient vers la sortie. Je me disais que c’était quand même pas normal mais bon… Puis les coups se sont intensifiés et vers la sortie, les videurs ont sorti des bonbonnes de gaz. Ils ont aspergé tout le monde. Je vois mon pote s’écrouler et les videurs lui donner des coups de pied alors qu’il est à terre. Je vois bien qu’il ne bouge plus du tout donc là, je me dis qu’il y a un gros gros problème. Je leur hurle d’arrêter mais ça n’a aucun effet, pire ils continuent de nous gazer. »
Les projections de gaz irritant sont telles que plusieurs personnes ont été incapables de voir pendant plusieurs minutes. L’une d’entre elles, Pierrick, affirme avoir reçu du gaz à bout portant, ce qui lui a valu deux jours d’arrêt de travail, une conjonctivite aigüe et les cornées irritées. Une semaine après les faits, il ne peut toujours pas remettre ses lentilles. Au moment des échauffourées, il avait demandé à Sergio de filmer la scène avec son téléphone portable.
« Alors petit enculé, tu crois que tu peux nous filmer ? »
Mais Sergio n’a pas pu conserver la vidéo :
« Après qu’on soit tous sortis, je reviens vers la Manufakture parce que je vois à terre une personne tellement gazée qu’elle avait du mal à respirer, il y avait de la mousse autour de sa bouche. Mais alors que je m’approche de l’entrée, le plus grand des videurs m’attrape dans la rue avec un de ses collègues et me dit “alors petit enculé, tu crois que tu peux nous filmer comme ça ?” Ils m’emmènent dans un petit local près de l’entrée et me menacent de me tuer si je ne supprime pas la vidéo de mon téléphone. Le grand a demandé à ses collègues de me tenir pour qu’il “me finisse avec un high-kick”. J’ai vraiment cru que j’allais y passer, ils étaient d’une violence folle. »
Un peu avant, Franck a retrouvé ses esprits et a finalement été sorti de la Manufakture. Sans qu’il sache pourquoi, il n’a plus ses chaussures, elles ont été jetées plus loin dans la rue par les agents de sécurité. Asthmatique, il souffre du gaz utilisé quelques minutes auparavant, deux de ses amis l’escortent jusqu’à chez lui. Choqué, il mettra plusieurs jours avant de réaliser ce qu’il lui est arrivé.
Le jeudi 16 août, Franck, Sergio, Pierrick et Léon décident de porter plainte pour « coups et blessures » au commissariat de police de Strasbourg. Sergio ajoute « séquestration, détention arbitraire et menaces de mort. » Franck et Sergio sont envoyés par les policiers à la médecine légale de l’hôpital civil, pour que soient constatées leurs blessures. Bilan : hématomes, ecchymoses, brûlures superficielles et cinq jours d’interruption totale de travail (ITT) chacun.
« Alcoolisés, les gens perdent le contrôle »
Mais d’autres blessures sont plus profondes. Rencontré le vendredi 17 août, Franck est encore frêle et hésitant. Il cherche ses mots. Il craint de rencontrer les agents de la Manufakture à chaque coin de rue. Il évite de rester seul et se renseigne sur un éventuel suivi psychologique. Il ne comprend pas comment des professionnels de la sécurité ont pu se déchaîner à ce point sur lui et ses amis et surtout, il s’en veut parce que ce qui devait être une fête s’est terminé en une affreuse bagarre.
Les agents de la Manufakture nient les accusations portées contre eux (Photo PF / Rue89 Strasbourg / cc)
Était-il trop alcoolisé, a-t-il provoqué les agents de sécurité à dessein ? Franck et ses amis assurent qu’ils avaient bu mais qu’ils n’avaient pas perdu leur capacité de discernement. Parmi les amis du groupe, Aziz, qui ne boit pas d’alcool, confirme l’ensemble des faits. Du côté de la Manufakture, le responsable de l’établissement, Franck Meunier, n’était pas sur place ce soir là. Il déplore un épisode « tristement banal » de la vie nocturne :
« Depuis qu’on a ouvert la Manufakture, on a reçu plus de 100 000 personnes et on n’a eu que 3 ou 4 altercations. C’est malheureusement typique, une fois alcoolisés, les gens perdent le contrôle d’eux-mêmes. Ce groupe d’amis avait été repéré par nos serveurs d’abord, parce qu’ils étaient particulièrement pénibles pour leurs commandes et leur comportement était déjà limite avant les incidents, ils avaient détérioré un extincteur… Quand la bagarre entre les groupes a commencé, les agents sont immédiatement intervenus pour exfiltrer le plus costaud, qu’ils avaient déjà dans le collimateur, avant que ça ne dégénère. Et il ne s’est pas laissé faire même s’il dit le contraire aujourd’hui. »
« Nos gestes ont été fermes mais techniques »
Franck Meunier attend des nouvelles de la police, une confrontation sera probablement organisée entre les plaignants et les 4 agents d’Axial Protection. De leur côté, les videurs nient en bloc toutes les déclarations précédentes. Rencontrés une semaine après les faits, ils expliquent collectivement :
« Nous sommes entraînés, expérimentés et nos gestes ont été fermes mais techniques. Il n’y a pas eu de coups portés. Le grand a été escorté vers la sortie par deux d’entre nous, il se débattait, il ne voulait pas nous suivre. Et nous ne l’avons pas mis à terre, il est tombé tout seul tellement il était ivre. Quand c’est arrivé, tous ses amis, une vingtaine de personnes, sont venus s’en prendre à nous. Donc nous avons appelé du renfort, si bien que nous étions tous les quatre près de la sortie. On a pris les gars un par un pour les sortir de l’établissement, c’était vraiment difficile vu qu’ils étaient nombreux et qu’ils nous insultaient. Mais nous sommes restés calmes et nous avons appelé la police. »
Les videurs nient avoir utilisé des gazeuses. S’ils se souviennent bien qu’il y avait des gaz irritants dans le hall d’entrée ce soir là, ils ne savent pas qui les a projetés. Quant à l’épisode de la vidéo et de la séquestration, les agents affirment n’avoir jamais détenu quelqu’un à l’intérieur ni demandé qu’une vidéo soit effacée. Eux aussi sont allés faire constater les coups qu’ils ont reçu, mais dans une clinique et à leur propre initiative. Reconnaissant que ces échauffourées ont été les plus intenses depuis l’ouverture de la Manufakture, ils n’ont pas porté plainte pour les coups qu’ils ont reçu, indiquant qu’il s’agit « des risques du métier. »
Avec l’apparition de la région Grand Est et des nouvelles générations qui parlent de moins en moins le dialecte, les défenseurs de l’identité alsacienne s’inquiètent. Rue89 Strasbourg est allé à la rencontre d’Alsaciens regroupés les 14 et 15 août 2018 pour célébrer le mariage de l’Ami Fritz à Marlenheim.
« Vive Marlenheim, vive l’Alsace et vive l’Ami Fritz ! » Marcel Luttmann, maire de ce village situé à une vingtaine de kilomètres de Strasbourg, ouvre les festivités des 14 et 15 août 2018. Alsaciens et touristes ont afflué pour célébrer, comme chaque année depuis 1973, le mariage traditionnel de l’Ami Fritz et de la belle Suzel... Inspiré d’une œuvre qui célèbre le vivre-ensemble dans l’espace rhénan sur fond de costumes traditionnels, colombages, knacks et géraniums, nous en avons profité pour demander aux participants ce que signifie être Alsacien aujourd’hui.
Le maire Marcel Luttmann lance la 46ème fête de l’Ami Fritz Photo : Judith Barbe / Rue89 Strasbourg / cc
Des noces à la mode du XIXe siècle
La décoration de la place du Maréchal-Leclerc est soignée. Les parterres de fleurs sont parfaitement entretenus et étrangement fournis pour des lendemains de canicule. Des effluves de bières envahissent déjà les rues de Marlenheim. L’église Sainte-Richarde surplombe les maisons en colombage et torchis qui encadrent la place. Une dizaine de stands sont déjà installés à 18h30, le marché a commencé il y a une heure et demie. Entre les saucisses grillées, les viandes séchées et les bars à bières, des artistes locaux vendent leurs dernières créations. Des poupées brodées trônent à côté de bijoux faits main, des cœurs en tissu kelsh pendent au milieu de souvenirs régionaux de toutes sortes : porte-clés, chiffons, aimants…
D’un côté de la place, au fond d’une grange aménagée en salle de restauration pour la fête, Marc et Alain bavardent en alsacien. Ils vendent les saucisses d’Alain et de son fils, devant une série d’affiches qui datent d’une dizaine d’années, vantant les vins de Marlenheim, dont le Steinkoltz, le grand cru produit ici. Un verre à la main, ils affirment : « Chez nous, on fait des vraies knacks d’Alsace, bien comme il faut, avec de la bière d’Alsace. »
« Sixième génération mais pas Alsacien à 100% »
Marc, 53 ans
Marc a 53 ans « et sixième génération d’Alsaciens ! » précise-t-il immédiatement avant d’indiquer que finalement, il n’est pas « tout à fait Alsacien, » car son patronyme est francophone. Il écrase sa cigarette dans le cendrier posé sur la table devant lui :
« L’Alsace reste l’Alsace. On est des Alsaciens avant d’être des Français. On choisit d’être Alsacien mais pas d’être Français. À un moment, on aurait même pu être autonome. On doit garder l’identité alsacienne malgré la région Grand Est. Pourquoi les Corses ou les Bretons ont pu rester dans leur région mais pas nous ? »
Brasseur à Obernai pour Kronenbourg, Marc se désole que l’identité alsacienne se perde jusque dans sa brasserie industrielle :
« Je me souviens qu’il y a une douzaine d’années, avant que j’arrive, une usine avait été fermée en Lorraine et les employés étaient venus travailler à Obernai. Quelqu’un avait séparé les toilettes des Alsaciens de ceux des Lorrains en l’écrivant au marqueur. Et puis, on a été racheté par Carlsberg, un groupe danois… »
Le mariage de l’Ami Fritz, il le connaît bien. Il a dansé quinze ans pour le groupe folklorique de Marlenheim :
« C’est ma mère qui joue la maman de la belle Suzel… Mais ce genre de traditions disparaissent avec ma génération. Avec mes amis je parle encore alsacien et je fais attention à acheter local pour sauvegarder notre culture. J’ai mis mes enfants dans des écoles bilingues, mais ça n’a rien changé. Ils ne parlent pas alsacien. »
Dehors, tous les regards de la foule sont dirigés vers la scène, installée au centre de la place. Deux animateurs portent un costume traditionnel alsacien, le veston rouge avec les boutons dorés. Autour d’eux, une dizaine de filles et de femmes portent la coiffe. Les spectateurs attendent la venue des « futurs mariés », l’Ami Fritz et la belle Suzel.
« Le Grand-Est n’a rien changé à ma vie »
Vers 19h, on annonce au micro qu’on va « accueillir la charmante Suzel. » Les chuchotements s’intensifient. Une mère se tourne vers sa fille, « Elle est mignonne hein la mariée ? » Alors que sur la scène, la jeune femme prononce sa seule phrase en tant que Suzel, « La plume ne marche pas », des Alsaciennes en tenue traditionnelle remarquent : « Elle n’est pas à l’aise, elle a peur », « On ne peut pas danser avec cette coiffe » rétorque son amie.
L’Ami Fritz est tombé amoureux instantanément de la belle Suzel. Et l’inverse aussi ! Photo : Judith Barbe / Rue89 Strasbourg / cc
L’ami de Marc, Alain, hèle son petit fils, qui court avec d’autres enfants sur la place. Pendant la signature du contrat de mariage, les jeux se sont stoppés. Ils ont repris dès l’installation de l’orchestre de Bloosmüsick, la musique traditionnelle alsacienne, mais qui interprète à ce moment-là « Comme d’habitude » de Claude François.
Alain regarde par dessus ses lunettes rouges avant de s’exprimer. Il ressent comme Marc une sorte de fierté d’être Alsacien mais lui non plus ne se considère pas comme un « Alsacien pure souche. » Son grand-père est venu de Pologne. À 55 ans, il se targue d’être l’un des derniers bébés nés dans l’hôpital civil de Wasselonne :
« Ah oui ! Je suis fier d’être Alsacien ! Fier du patois et de nos valeurs : le respect de la personne… Le passage à la région Grand-Est ? Je m’en fiche, ça n’a rien changé à ma vie, je paye pareil. On n’avait pas le choix. On ne peut rien y faire. »
Questionnés sur les traditions alsaciennes, les deux hommes ont pourtant du mal à les préciser. La danse, la langue, la culture sont les seuls exemples qui leur viennent à l’esprit. Quant aux valeurs, le rassemblement et le vivre-ensemble sont évoqués du bout des lèvres.
Les visiteurs regardent la scène sur laquelle l’orchestre de Bloosmüsick va jouer quelques heures plus tard Photo : Judith Barbe / Rue89 Strasbourg / cc
« L’Alsace, c’est l’accent et la choucroute »
Vers 21h, une heure après la signature du contrat, la belle Suzel enchaîne encore les photos et les selfies. Elle continuera le lendemain, quand les touristes afflueront pour la cérémonie à l’église. Cette année, c’est Joanna, 19 ans et étudiante en ostéopathie à Strasbourg, qui a repris le rôle de la jeune paysanne. Elle s’est portée volontaire, elle suit une sorte de tradition familiale, sa mère a été Suzel dans les années 1990 :
« J’ai lu le roman pour la fête et j’ai adoré. Si jamais les touristes nous demandent, il faut qu’on sache tout par cœur, ça ne le fait pas trop si on se trompe de personnage ou de date… Je voulais représenter l’Alsace même si je ne parle pas vraiment la langue.”
Pourtant, la fête n’est probablement même pas alsacienne. Écrit par deux Lorrains (voir encadré), le roman se passerait plutôt dans le Palatinat, en Allemagne. Au XIXème siècle, les deux régions étaient similaires dans leur architecture, leur langage et population. La confusion naît de cette proximité. D’abord fêté à Obernai, c’est à Marlenheim que le mariage s’est ancré, sur décision du maire de l’époque, Xavier Muller.
Mais les touristes sont conquis. Sur le marché, ils sollicitent Joanna. Elle détaille pour eux la coiffe, la longueur de la robe, la couleur de sa jupe… Son enthousiasme étonne parmi le public originaire des environs, pour qui il est de plus en plus difficile de trouver des acteurs pour la fête de l’Ami Fritz. « Le folklore n’attire plus les jeunes, » selon eux.
Le fils d’Alain, Amaury, 22 ans, partage cet avis. Il tient le stand de knacks de son père. Devant lui, des pots de moutarde, de ketchup et de mayonnaise sont soigneusement rangés, à côté des baguettes de pain et de la marmite qui réchauffe les saucisses. « C’est trop alsacien, ce n’est pas de mon âge. » Se sent-il tout de même Alsacien ? « Oui et non, » hésite-t-il devant son père. Il vit à côté de Marlenheim depuis toujours et y a fait sa scolarité. Amaury comprend le dialecte, initié par son père, mais ne le parle pas. Contrairement à ses voisins de table, il se sent « d’abord Français. »
Pour certains, la relève du folklore alsacien n’est pas assurée… Photo : Judith Barbe / Rue89 Strasbourg / cc
Des tables en bois, bancs brinquebalants assortis, sont installées le long du marché. Sous une grande tonnelle, l’association de pisciculture propose des knacks à trois euros, des frites à deux euros et des bretzels à un euro. Il est 23 heures, des bénévoles se pressent pour servir les tablées déjà installées. L’odeur des frites envahit les allées.
C’est sous l’une de ces tonnelles que Franck, Naïs, Mathias et Romain sont assis, ils ont 19 et 20 ans. Le groupe d’amis originaire de Saverne, à l’accent alsacien prononcé, détaille :
« L’Alsace, c’est l’accent et la choucroute, déjà. Mais habiter en Alsace, ça ne veut pas dire qu’on est Alsacien, ce n’est pas une région comme les autres. Il y a une période, au collège, où on trouvait ce côté alsacien nul. Ce sont les fêtes du vin qui nous ont redonné goût au folklore ! »
Naïs rit à la plaisanterie de ses voisins de table mais elle est lorraine. Elle trouve que « l’accent et la choucroute », « c’est quand même un sacré cliché ». « C’est vrai, mais on vit de clichés en Alsace » répond Mathias.
Plus attirés par la fête que par le folklore
Les étudiants ne revendiquent pas vraiment d’identité régionale :
« On est Français avant d’être Alsacien. Mais c’est vrai que cette histoire de Grand Est, c’est un peu n’importe quoi. On ne voit pas à quoi ça sert, on ne se sent pas du tout proches des gens de Champagne-Ardenne. Strasbourg déjà, ce n’est pas vraiment alsacien car il y a des gens qui viennent de partout. »
L’été, les compères participent à quelques fêtes du vin comme celles de Saverne, d’Obernai et de Molsheim. Les quatre amis sont loin d’être les seuls jeunes présents au mariage de l’Ami Fritz mais ce qui les motive, c’est d’abord le plaisir de boire un coup. C’est la première fois qu’ils assistent à la fête de Marlenheim et Mathias confie, amusé : « Pour être franc, je croyais que c’était un mariage d’un homme connu qui nous invitait tous ! »
Derrière, les serveurs, en t-shirt jaune, s’activent encore pour laver les tables et servir les derniers arrivés. Mathias part chercher une dernière bière, après avoir hélé un ancien professeur qu’il vient de reconnaître. « D’ailleurs, pour vous, c’est quoi être alsacien ? ». Monsieur Pascal (son nom a été modifié) réfléchit :
« Aujourd’hui c’est dur à dire. Mes enfants ne sont même plus Alsaciens, ils vont à Paris et dans d’autres villes. C’est aussi pour ça, parce que les jeunes bougent, que cette identité se perd doucement et que les Alsaciens de souche disparaissent de plus en plus. Et puis les traditions se perdent, par exemple il n’y a plus de théâtre alsacien à Marlenheim depuis 6 ans. À l’école, il n’y a que deux enseignants qui sont capables de parler alsacien… »
Le marché a duré jusque tard dans la nuit du 14 août et toute la journée du 15 août Photo : Judith Barbe / Rue89 Strasbourg / cc
Il fait nuit noire à Marlenheim mais les lampadaires aveuglent les derniers spectateurs de l’orchestre. La plupart des visiteurs se sont rassemblés place de l’École pour le feu d’artifice de 23h30.
Une identité qui se perdrait moins à la campagne
Assis sur le rebord d’une haute jardinière, Lina et Albert écoutent la musique. Membres du groupe de danse folklorique de Marlenheim depuis huit et dix ans, ils portent leurs costumes de scène. Ils vivent dans les villages voisins. Albert se souvient de son enfance :
« Quand j’étais petit, on se faisait punir quand on parlait alsacien à l’école. Et maintenant, les jeunes ne savent plus le parler… »
Lina, elle aussi, constate une perte de ce qu’elle appelle les traditions alsaciennes :
« Le dialecte, la danse, la culture, la musique, ça se perd… Moi, j’ai appris à mon fils l’alsacien. J’ai essayé de lui transmettre la fierté d’être Alsacien, et maintenant qu’il a 26 ans, il a toujours cette fierté. »
Puis elle nuance :
« J’ai le sentiment que l’Alsace disparaît moins à la campagne qu’à Strasbourg. L’été, jusqu’en septembre, tous nos week-ends et parfois nos jours de semaine sont pris par des fêtes traditionnelles alsaciennes. On va même jusqu’en Lorraine pour la fête de la tarte flambée. »
La fréquentation de la soirée du 14 août est en augmentation. En 2018, la fête de l’Ami Fritz aura rassemblé environ 10 000 visiteurs sur les deux jours.
L’eurodéputé Yannick Jadot, tête de liste des écologistes pour les élections européennes, est venu lancer sa campagne à Strasbourg. S’il admet que les jeunes se distancient de la politique et que l’impact des élus écologistes peut apparaître comme limité, il appelle tous les citoyens à s’engager, dans les actions qui leur apparaissent comme les plus utiles.
L’eurodéputé français Yannick Jadot passe l’ensemble des Journées d’été de l’écologie à Strasbourg, où il lance sa campagne pour les élections européennes pour lesquelles il sera la tête de liste d’Europe Écologie – Les Verts (EELV).
Après son discours où il a notamment déclaré que « seule [sa] liste est sincèrement, radicalement, positivement européenne, parce qu’elle seule a l’ambition de révolutionner l’Europe de l’intérieur », Rue89 Strasbourg a pu poser quelques questions à l’ancien directeur des programmes de Greenpeace, qui ambitionne un score de 15% en mai 2019.
Rue89 Strasbourg : Lors de votre discours, vous avez notamment insisté sur l’action du maire de Grande-Synthe, Damien Carême, qui a été très applaudi. C’est important pour les écologistes de mettre en avant l’action d’élus locaux ?
Yannick Jadot : Bien sûr. Damien Carême c’est un maire qui, dans le contexte social difficile de sa ville, a mis en œuvre un programme extrêmement ambitieux sur le logement social, la mobilité avec la gratuité des transports à partir de septembre, les cantines bio… Et puis il est le maire qui a démontré qu’on peut accueillir des réfugiés. Ce sujet, à la fois il inquiète nos concitoyens et en même temps il est là, on ne peut pas le contourner. Il l’a accueilli avec responsabilité, sans démagogie et de manière opérationnelle du point de vue de la dignité.
Quand on parle d’écologie on entend souvent le slogan « Penser global, agir local ». Est-ce que cela vous parle ?
Oui et non. On vit dans un monde où on est informé quasiment en temps réel de ce qui se passe de l’autre côté du monde. Les combats que l’on mène, le climat ou la biodiversité, sont des problématiques mondiales, donc on doit agir à cette échelle. Mais ce sont aussi des enjeux locaux sur lesquels on peut reconstruire une société plus démocratique et solidaire.
« Quand les citoyens s’impliquent, ils deviennent moins manipulables »
Quand on se bat sur des enjeux contraignants pour les accords de Paris de la Cop21, cela se traduit à l’échelle locale par des coopératives ou des PME d’énergies renouvelables, une agriculture paysanne, d’autres formes de mobilité, la réduction des consommations d’énergie notamment dans les logements. C’est donc ni « tout est global », ni « tout est local ». On ne peut pas penser que tout se règle au niveau local, sinon on se referme.
Mais il y a cet enjeu essentiel aujourd’hui, de redonner du pouvoir aux citoyens à l’échelle locale, sur des sujets essentiels de leur vie. Quand les citoyens sont amenés à s’impliquer pour des panneaux solaires sur une école, pour les cantines bio, contre des barquettes en plastique comme à Strasbourg, c’est comme cela qu’on créé de la citoyenneté. Ces citoyens deviennent moins manipulables par les forces qui leur disent que tout ce qui leur reste c’est de détester les autres, surtout s’ils viennent d’ailleurs. On a besoin d’agir à tous les niveaux.
L’écologiste Yannick Jadot, est le premier candidat français à faire activement campagne pour les élections européennes de 2019 (photo JFG / Rue89 Strasbourg / cc)
« Il faut parler au cœur avant de parler à la tête »
C’est une chose de se mobiliser pour contre un projet au niveau local comme le Grand contournement ouest (GCO) de Strasbourg quand on estime que cela atteint son environnement proche, mais il est plus difficile de se mobiliser pour une autoroute similaire à Rouen…
Les luttes écologistes ont toujours un côté Nimby (Not in my backyard en anglais pour « pas dans mon jardin »). C’est aussi une façon pour plein de gens de rentrer dans le combat écolo. J’ai vu plein de monde devenir écologiste car telle rivière était polluée, telle infrastructure allait se construire… Le GCO évidement, c’est aussi une façon de découvrir ce qui va perturber son environnement. Et souvent les gens, pas tous, vont faire le lien entre « mon environnement » et l’Environnement en général. L’Environnement c’est d’abord une émotion, c’est se sentir scandalisé. Et cette émotion, la colère de la destruction, va amener à construire une réflexion. Il faut parler au cœur avant de parler à la tête.
Partout en France, des élus écologistes locaux se questionnent quand même sur leur rôle dans une majorité locale non-écologiste. Ils font basculer les élections mais ne sont pas toujours très suivis sur les dossiers stratégiques…
Nous avons des élus investis. En Occitanie, une de nos vice-présidente (Agnès Langevine) veut créer la première région « à énergie positive ». Il y a des choses qui se font partout, c’est au niveau local que se mettent en place des contrats qui aident les agriculteurs à sortir des pesticides, des contrats sur la mobilité, sur les énergies renouvelables… Au fond, c’est plutôt sur les élections nationales que nous avons des difficultés. Sur les élections locales et européennes, les électeurs reconnaissent notre action.
« On a besoin de mieux valoriser nos actions »
C’était le sens de mon discours à Strasbourg : aujourd’hui tout le monde parle d’écologie, mais à l’évidence, les Français s’aperçoivent qu’il y a ceux qui en parlent et ceux qui la font. Il faut arriver à montrer que, nous, on fait la différence, c’est vrai. Nos élus sont tellement investis qu’on ne prend pas le temps de valoriser nos actions. Comme s’il était évident que les écologistes sont à l’origine de plus de bio dans les cantines… Or les gens le savent assez peu. Au bout du mandat, l’élu est content parce qu’il a agi, mais ce n’est pas forcément reconnu.
À Strasbourg, on a un grand quartier qui se construit vers le Rhin, les Deux-Rives et un adjoint à l’urbanisme écologiste, mais il ne saute pas aux yeux que ce quartier a été construit différemment de tout ce qui s’est construit ailleurs…
Nous n’avons pas toutes les manettes, nous ne sommes pas majoritaires – ce qui peut faire la différence – et les collectivités n’ont plus beaucoup d’argent. C’est une discussion que l’on a eu dans un atelier : Strasbourg dans son contrat avec l’Etat n’a pas exclu, comme le font d’autres villes, les fonds européens du pacte financier qui limite les hausses de budget. Ça n’a plus d’intérêt d’aller les chercher ces financements…
Les militants écologistes sont parfois désabusés par la politique et préfèrent se tourner vers l’action associative où ils se sentent plus efficaces.
Je sais, c’est la politique en général qui déçoit. Mais chez nous, les militants sont souvent investis dans les deux. Il n’y a pas une lutte locale où il n’y a pas de militants écologistes. Les jeunes sont très déçus et préfèrent un engagement local. À nous de leur redonner confiance. Je viens de l’associatif et je fais de la politique, car je crois dans le courage politique.
« La santé est devenue un sujet majeur de préoccupation »
En tant qu’eurodéputé, sur quels sujets êtes-vous le plus souvent interpellé ?
Aujourd’hui ? (Sans hésiter). La Santé. On est quand même le pays de la gastronomie et voit que la question tourne autour de la « malbouffe », aussi dans le sens sanitaire. C’est devenu un sujet majeur de préoccupation. La biodiversité aussi, de plus en plus, avec d‘espèces d’oiseaux ou d’insectes qui disparaissent trop vite. C’est finalement assez concret. La question du climat est toujours plus difficile, car elle reste presque abstraite, malgré quelques images ou les chaleurs l’été. Y compris pour les solutions au dérèglement, qui apparaissent comme technologiques. Le citoyen a plus de mal à s’en saisir.
Nicolas Hulot de l’Écologie est-il un ministre à encourager ou à attaquer ?
Il faut toujours l’encourager ! J’aimerais qu’il gagne plus d’arbitrages. Le bilan du gouvernement, ce n’est pas le bilan de Nicolas Hulot. C’est un écologiste convaincu, qui se bat. Le problème c’est que l’écologie de ce gouvernement, quand il s’agit de communication c’est Nicolas Hulot, quand il s’agit d’action c’est Stéphane Travert (le ministre de l’Agriculture), c’est la FNSEA, EDF, Total… C’est ça le problème.
Aujourd’hui, Nicolas Hulot part en guerre contre les pesticides, mais vous vous souvenez d’un Nicolas Hulot actif à l’Assemblée nationale pendant les débats sur la loi agriculture et alimentation quand on était dans le dur ? Non, c’était Stéphane Travert la voix du gouvernement.
Le Palais des Fêtes de Strasbourg est en travaux depuis 2012. Jusqu’à la fin de l’année 2019, c’est sa grande salle de spectacle qui est restaurée. Jeudi, les architectes ont découvert une fresque qu’ils pensaient détruite.
« On avait pratiquement fait le deuil des décors. Puis on l’a découverte ». Michel Spitz, architecte en charge du projet, sourit. Jeudi 23 août, les équipes de restauration de la grande salle de spectacle du Palais des Fêtes, en plein coeur de la Neustadt de Strasbourg, ont mis au jour une fresque datant de la construction du bâtiment en 1903. S’ils connaissaient son existence via des photographies d’époque, ils la pensaient détruite par les rénovations de 1935 puis par celles des années 1950 et 1990.
La fresque a été cachée en 1935 car elle ne correspondait pas à la mode de l’époque (photo Judith Barbe / Rue89 Strasbourg / cc)
Cette deuxième phase des travaux, dont le coût est de 6,6 millions d’euros pour la Ville de Strasbourg, comprend le gros oeuvre : désamiantage, accès pour les personnes handicapées, charpentes, façade…
Les façades seront également refaites (photo Judith Barbe / Rue89 Strasbourg / cc)
Plus grande salle de spectacle de Strasbourg avant l’inauguration du Palais de la Musique et des Congrès en 1975, le Palais des Fêtes a hébergé le premier festival de musique européen selon Michel Spitz. Gustav Mahler et Herbert von Karajan s’y sont produits. Plus récemment, le festival Musica investissait les lieux.
Alain Fontanel, premier adjoint (LREM) au maire de Strasbourg et chargé de la culture, veut que la salle conserve cette fonction, avec les 1 300 places qu’elle offre :
« Le Palais des Fêtes devra trouver son positionnement, par rapport aux nouvelles salles comme le Zénith ou l’Arena. On aimerait vraiment que ce soit l’orchestre philharmonique de Strasbourg qui vienne l’inaugurer, au début de l’année 2020. »
L’orgue sera entièrement restauré
La fresque mise au jour par cette deuxième phase de travaux est à peine visible, au travers de deux trous dans le plâtre. Datant de 1903, elle avait été cachée en 1935 pour correspondre à la mode de l’époque. Son avenir est incertain. Le budget de la restauration n’est pas encore prévu par la Ville de Strasbourg.
L’Eurométropole ne sait pas encore quand cette fresque pourra être rénovée (photo Judith Barbe / Rue89 Strasbourg / cc)
Détail de la fresque de 1903 (Photo Alain Fontanel / Facebook)
De cette rénovation de 1935, les architectes garderont notamment les revêtements en acajou et les charpentes métalliques, qui devront toutefois être renforcées.
La charpente métallique est conservée mais sera renforcée (photo Judith Barbe / Rue89 Strasbourg / cc)
L’orgue est l’un des éléments emblématiques de la salle de spectacle du Palais des Fêtes. Il avait été conçu par Albert Schweitzer. Il a été coffré et démonté. L’ensemble des pièces est installée dans un salon périphérique, dans lequel les tuyaux de l’instrument côtoient les moulures.
L’orgue a été démonté pour faciliter sa restauration (photo Judith Barbe / Rue89 Strasbourg / cc)
Une troisième phase de travaux est prévue, notamment pour la restauration de l’orgue et la mise en état des salles périphériques. Des locaux pouvant accueillir des équipes techniques, dont des loges, devraient y être aménagés, pour recevoir des spectacles.
Dans la soirée du jeudi 23 août, la ligue du Grand Est de football a auditionné en appel les personnes impliquées dans l’agression de trois joueurs noirs pendant un match de football amateur en mai. En première instance, le district d’Alsace avait condamné deux agresseurs de l’AS Mackenheim ainsi que deux footballeurs de l’AS Benfeld, victimes de coups et blessures graves.
« Je suis victime et fautif. » Jeudi 23 août, en fin d’après midi, Kerfalla Sissoko attend devant l’entrée de la ligue du Grand Est de football amateur à Strasbourg (LAFA). Il s’apprête à raconter une seconde fois son passage à tabac pendant un match entre l’AS Benfeld et l’AS Mackenheim. Tout comme deux de ses agresseurs, le footballeur a été condamné à dix matchs de suspension par le district d’Alsace de la Ligue de football amateur du Grand-Est.
De gauche à droite : Moudi Laouali et Kerfalla Sissoko, victimes de l’agression pendant le match entre l’AS Benfeld et l’AS Mackenheim, le 6 mai 2018. A droite, Takoba Tchouta du collectif antiraciste Ubuntu, et Jean-Claude Dietrich, président de l’AS Benfeld (Photo GK / Rue89 Strasbourg / cc)
Les deux clubs ont fait appel des sanctions prononcées lors de deux procédures en première instance. L’AS Benfeld conteste les dix matchs de suspension décidés contre ses joueurs agressés et ceux de l’AS Mackenheim lors d’une procédure disciplinaire. L’AS Mackenheim souhaite de son côté éviter l’interdiction de jouer quatre matchs à domicile et à moins de 30 kilomètres du village, prononcée lors d’une délibération sur l’envahissement du terrain. Le caractère raciste des agressions n’a pas été retenu par la LAFA.
Les auteurs de l’agression sont absents
Il est 18h. Une vingtaine de personnes entrent dans la salle aux murs blancs et à la lumière froide. Face aux six membres du jury de la LAFA, le président et deux joueurs de l’AS Benfeld, deux dirigeants de l’AS Mackenheim, leur avocat et le maire du village s’apprêtent à témoigner. Les auteurs de l’agression sont absents. Au fond de la salle, plusieurs membres des collectifs antiracistes Ubuntu et D’Ailleurs Nous Sommes d’Ici. La directrice de la Maison des Adolescents, Delphine Rideau, prend aussi des notes de l’audience.
Gérard Baumann, membre du jury, précise d’emblée : « Le dossier a été repris dans sa totalité. » L’audition peut commencer. Jean-Luc Dietrich, président de l’AS Benfeld, décrit les « tensions dès le début du match » et un déchaînement de violence soudain, en fin de première mi-temps. « Ce sont seulement les joueurs d’origine africaine qui ont été frappés », rappelle-t-il. Avant de conclure :
« Je veux que mes joueurs soient réhabilités. Ils ne sont pas violents. Kerfalla Sissoko n’avait jamais reçu de carton rouge avant ce match. »
« Le match continuait. Je criais »
La première victime s’exprime. Kerfalla Sissoko ne se rappelle pas les éléments contenus dans le certificat médical : la fracture ouverte au niveau de la tempe, le traumatisme crânien, les trois autres fractures ouvertes d’une pommette et la mâchoire déplacée. Il raconte cette scène :
« J’ai reçu le premier coup au visage. J’étais au sol et le match continuait. Je criais. Ensuite plusieurs joueurs et supporteurs ont continué de me frapper et je suis tombé dans les pommes. »
Dans le jury, Thierry Meyer, ancien joueur de football, s’interroge à haute voix :
« Je n’arrive pas à comprendre que ça éclate d’un coup comme ça. À mon avis, quelque chose s’est passé en amont. »
« Retourne dans ta cambrousse »
Le membre du jury ne trouve pas les raisons de cette violence dans l’enjeu du match, qui n’avait plus d’implication pour le classement de l’AS Benfeld. Pour Jean-Michel Dietrich, le seul objectif qu’il restait à son club était de remporter le prix du fair-play. Car l’AS Benfeld n’a reçu aucun carton rouge de toute la saison. Du côté de l’AS Mackenheim, les footballeurs jouaient la montée en division supérieure. Mais le président du club, Philippe Jehl, rappelle le score : « On gagnait 1 à 0. » Sous-entendu : aucune raison que le match ne dégénère.
Pendant une dizaine de minutes, le jury cherche à savoir si des insultes racistes ont été proférées pendant le match. On n’a rien entendu du côté de l’AS Mackenheim. Le président de l’AS Benfeld non plus. Mais il rapporte le témoignage de la secrétaire du club. Elle affirme avoir entendu « Retourne dans ta cambrousse. »
« J’ai été frappé en plein visage ! »
Le président de l’AS Mackenheim préfère dénoncer « l’agressivité de Sissoko ». Selon lui, il est le responsable des tensions puis du premier coup porté. Le joueur de Benfeld est questionné par le jury : « Avez-vous, oui ou non, porté des coups pendant cette rencontre ? » Le footballeur se défend : « J’ai été frappé le premier, en plein visage ! ». La question est répétée à plusieurs reprises. Le footballeur invoque la légitime défense.
S’ensuivent deux longs plaidoyers. L’avocat du président de l’AS Mackenheim, Me Grégoire Mehl, demande au jury de réduire l’interdiction de matchs à domicile : « Délocaliser quatre matchs dans un rayon de 30 kilomètres va avoir une incidence financière importante pour le club. » Le maire de Mackenheim, Jean-Claude Spielmann, défend sa commune de toute forme de racisme. Il égrène les initiatives locales, entre l’accueil d’une famille de réfugiés et les cours de français donnés à des étrangers.
« On me parle comme si j’étais le fautif »
L’audition touche à sa fin. La tension monte. Takoba Tchouta, du collectif Ubuntu, demande la parole. Il regrette de ne pas avoir pu s’exprimer. Le jury rétorque qu’il n’a fait aucune demande en ce sens et clôt les débats malgré les plaintes de plusieurs membres associatifs.
À la sortie, Kerfalla Sissoko a le regard dans le vide. Son ressenti ?
« On me parle toujours comme si j’étais le fautif… » Il continue, l’air grave : « Si j’étais mort pendant ce match. La ligue de foot aurait fait un match en hommage à Kerfalla. Mais je suis vivant, alors ils ferment les yeux face à cette agression raciste. »
Antonio Gomez, du collectif D’ailleurs Nous Sommes d’Ici, n’imagine pas un revirement des instances sportives :
« Pourquoi les trois seuls joueurs noirs ont été agressés ? La question ne s’est pas posée pendant l’audience. »
Un tournoi de football pour sensibiliser à la problématique du racisme devrait avoir lieu en octobre. Avec le collectif Ubuntu, Kerfalla Sissoko voudrait diffuser une charte dans le football alsacien : en la signant, les clubs s’engageraient à dénoncer et condamner les actes racistes autour du ballon rond. La ligue du Grand Est de football à Strasbourg rendra sa décision en fin de semaine suivante.
Rédacteur en chef de Rue89 Strasbourg. Spécialisé depuis 2019 en enquêtes locales, à Strasbourg et en Alsace sur des sujets variés allant de l’extrême-droite à l’hôpital public en passant par la maison d’arrêt de Strasbourg, les mouvements sociaux, les discriminations et l’expertise-psychiatrique.
Se choper à Strasbourg (8/8) – Strasbourg est-elle une ville trop petite pour coucher à droite à gauche ? Six habitants répondent et si certains apprécient la « taille humaine de la ville », la plupart éprouvent une lassitude entre les ex-copains croisés trop souvent et des mentalités fermées aux sexualités alternatives.
« Parfois, à Strasbourg, j’ai l’impression de baigner dans mon jus de chaussette. » Ludivine est fâchée avec sa ville. Elle y est née, elle y a étudié, elle y travaille, dans un bar. Mais cet été, aucune histoire d’amour à raconter. La serveuse a donc répondu à notre appel à témoignages. La question était : « Strasbourg, une ville trop petite pour être libertin·e ? » Pour y répondre, la jeune femme de 22 ans évoque la difficulté à garder pour elle ses flirts ou ses coups d’un soir :
« C’est une pudeur que j’ai. Je n’ai pas envie que les gens sachent qui je vois, avec qui je couche. Mais comme je reste avec des gens de mon milieu de travail, ou social, les rumeurs circulent. Tout finit par se savoir ici. Et ça m’embête d’avoir à me poser des questions : est-ce qu’ils savent ? Est-ce qu’ils jugent ? Sans compter qu’en tant que serveuse, c’est compliqué d’avoir une réputation de meuf plan cul dans ton bar. Par contre pour un serveur, c’est stylé, ça fait beau gosse. »
Au bord des canaux de l’Ill à Strasbourg. (Photo Pascal Bastien / Divergence )
L’interview se déroule dans la cuisine de Ludivine. Sa coloc’ passe et saisit le sujet de la conversation. Pour elle aussi, la taille de la ville peut-être pesante :
« J’ai un beau vélo, reconnaissable parmi d’autres. Un matin, je me réveille chez un gars et je regarde à la fenêtre. Qui passe en dessous ? Mon ex ! Heureusement, il n’a pas vu le vélo garé devant cet appartement, sinon il aurait tout de suite grillé que j’étais là et avec qui j’étais… »
« Cette année, j’ai annulé plein de rencards »
Julie, 23 ans, a répondu par téléphone. Elle a fui Strasbourg pour le sud pour les vacances. Et elle n’est pas pressée de rentrer :
« J’ai carrément voulu déménager à cause de cette ambiance village. Tu croises toujours les mêmes personnes. J’ai eu trois relations longues à Strasbourg. À chaque fois que je sors, je croise un ex. Ou alors un pote à eux leur envoie un message pour leur dire que je bois un verre avec un gars. Cette année, j’ai annulé plein de rencards : j’avais juste la flemme de subir ça. »
Jérôme : « aucun mal à rencontrer des gens »
Sur la terrasse du Chariot, Jérôme raconte ses anecdotes sur cette « ville à taille humaine ». Après six années passées dans la capitale alsacienne, le jeune de 24 ans ne manque pas d’expériences cocasses :
« En sortant du cinéma, je tente de draguer une fille. Plus tard, je la revois en soirée, en couple avec un pote… Il m’est aussi arrivé d’avoir un rendez-vous Tinder dans un bar. Quand la meuf arrive, elle voit une pote à elle, aussi là pour un date (rendez-vous amoureux, ndlr). Les deux filles commencent à discuter. Le gars et moi, on s’est regardé sans savoir quoi faire. (rires) »
Une pinte de bière à la main, l’étudiant voit plutôt des bons côtés à la taille de la ville :
« Je n’ai jamais eu de mal à rencontrer des gens ici. Et puis souvent, tu as une connaissance commune avec la personne. Ça donne un premier sujet de conversation. »
Pour Jérôme, le problème principal n’a rien à voir avec la taille de la ville : « Beaucoup de gens n’assument pas vraiment une vie sexuelle active. Pas mal d’entre eux pensent que c’est vu d’un mauvais oeil. » Le Strasbourgeois a déjà constaté les différences d’appréciations quant aux conduites des hommes et des femmes :
« Certains potes ont pu faire des réflexions sur des filles “faciles”. Mais quand un mec enchaîne les coups d’un soir, personne ne lui fera de remarques négatives… »
La galère de l’adultère
Insultes et difficultés à satisfaire ses désirs : Alex en a fait les frais. L’homme de 51 ans cherche des relations en dehors de son mariage. Ce n’est pas les infrastructures qui manquent : il donne rendez-vous dans le salon caché d’un sex-shop strasbourgeois, à l’Inox ou dans les hôtels louant des chambres à la journée. Mais selon lui, « 9 personnes sur 10 cherchent des relations durables sur Tinder. »
Alex fustige le « conservatisme par rapport à la fidélité. » Sur plusieurs sites de rencontre, il a déjà été « traité de tous les noms juste parce que ma conception de la vie sexuelle est différente de la majorité. » La conversation se termine sur un constat d’insatisfaction : à Strasbourg, difficile d’avoir une relation libertine, extraconjugale : « Ce n’est pas tous les mois que je peux avoir une relation. J’aimerais faire plus de rencontres », regrette-t-il.
Pour répondre à l’enquête de Rue89 Strasbourg, Sophie et Mathieu invitent chez eux. Le couple de trentenaires vit dans un village à une vingtaine de kilomètres de Strasbourg. Les enfants regardent un dessin-animé pendant que « papa et maman parlent de choses sérieuses ». Il y a un an et demi, ils ont décidé d’abandonner le « modèle du couple exclusif ». Cet été, ils sont allés quatre fois en club échangiste et dans une soirée privée.
Mathieu a déjà croisé un ancien élève dans l’établissement d’Illkirch-Graffenstaden. Pas de quoi le refroidir : « Il y a un accord tacite. Tout le monde vient pour la même raison et ce qui s’y passe ne sort pas du bâtiment. » « C’est une parenthèse », renchérit Sophie.
Selon le couple, Strasbourg et ses environs offrent suffisamment d’occasions pour jouir de leur sexualité libérée : « Je n’ai jamais eu l’impression de ne pas trouver ce que je voulais », affirme Mathieu en mangeant des cacahuètes. En revanche, le couple cherche à se protéger du regard des autres. « Quand on voit le jugement de certaines personnes, y compris parmi nos connaissance, sur l’homosexualité, on préfère éviter de dévoiler notre libertinage à tout le monde. »
Rédacteur en chef de Rue89 Strasbourg. Spécialisé depuis 2019 en enquêtes locales, à Strasbourg et en Alsace sur des sujets variés allant de l’extrême-droite à l’hôpital public en passant par la maison d’arrêt de Strasbourg, les mouvements sociaux, les discriminations et l’expertise-psychiatrique.
En 2017, l’enseigne américaine Kentucky fried chicken (KFC) comptait racheter le fonds de commerce du restaurant Francesca, à côté de McDonald à l’entrée de Schilitgheim. Tenu par un couple de franchisés, ce futur fast-food devait aussi acquérir des terrains à la municipalité, afin d’y installer un parking de 24 places et un « drive », qui rognaient sur le parc de l’Aar voisin.
Ce dossier avait électrisé la vie politique schilickoise . . .
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Mère d’une adolescente désormais étudiante, Catl Meyer a écrit son désarroi face aux lenteurs, aux bugs et au fonctionnement général de Parcoursup, la plate-forme nationale et obligatoire d’orientation des étudiants après le bac. Ministre de l’enseignement supérieur, Frédérique Vidal indiquait mercredi que 65 223 étudiants n’avait pas encore d’affectation, dont « 49 117 inactifs. »
Madame Vidal, je veux bien que vous m’accompagniez pour rassurer ma fille qui depuis ses 15 ans rêve de faire une école d’art, l’école Duperré à Paris, qui, pas de bol, n’est pas dans sa ville d’origine, Strasbourg.
Elle a tout mis de son côté pour cela… C’est un choix pointu on le sait, mais elle a travaillé tout au long de l’année car il faut le bac qu’elle vient de décrocher avec mention bien, mais aussi un dossier de travaux et préparer l’entretien, nécessaire pour ouvrir la porte de cette école publique qui l’a acceptée… en attente. Car on a tout fait comme comme c’était préconisé sur Parcoursup : 10 voeux pour des établissements dans toute la France.
Parcoursup supprime d’un coup tous les voeux
Mais voilà, elle sait que dans le domaine dans lequel elle veut travailler, le design de mode, il lui faut aller à Paris… Au départ aucune réponse positive. Douche froide pour ma fille. Et puis ensuite, au lendemain des résultats du bac, période durant laquelle rappelons-le, Parcoursup était bloqué, plus de voeux du tout… Ma fille a été radiée des listes sans explication ! Nouvelle douche froide et panique.
Après quelques dizaines de coup de téléphone au rectorat de l’académie de Strasbourg, cela a été rectifié. Et là, enfin une réponse positive, mais dans une école de Strasbourg… Dilemme. Oui ça coûterait moins cher, oui elle est prise, mais elle est toujours « en attente » dans l’école de ses rêves à Paris. Doit-elle opter pour une scolarité dans une école par défaut, afin de ne pas prendre le risque de se retrouver sans affectation alors qu’elle est à 15 places de son rêve ?
Comme elle tient à son école, elle est classée « inactive »
Fin juillet, elle y croit encore et donc elle refuse cette dernière proposition. La voilà depuis classée parmi les « inactifs » de Parcoursup… Nous voilà mi-août et plus rien ne bouge. Les deux écoles publiques dont elle attend les réponses ne savent même pas où elles en sont… Elles admettent, dépitées, ne pas avoir la main sur leurs recrutements. Entre temps, ma fille, pour ne pas bloquer le système, a réduit ses choix pour libérer des places.
Le 3 septembre approche mais nous sommes toujours dans l’expectative. Faudra-t-il attendre jusqu’au 21 septembre, date à laquelle vos services promettent, madame la ministre, que tous les étudiants auront une réponse alors que de nombreux étudiants auront déjà fait leur rentrée depuis 15 jours, trouvé leur appartement, acheté leurs fournitures ?
Car l’établissement, c’est une chose mais le logement, n’en parlons pas ! Si vous avez des plans madame la ministre, ce serait sympa… Parce que nous les parents, on ne va pas pouvoir, au pied levé, forcément se déplacer en septembre pour les studios, chambres, ou colocations à trouver et qui sont bien souvent déjà pleins ou loués à cette période. Naïvement, on comptait un peu sur les vacances, vous voyez, pour cela mais maintenant là on fait quoi ?
Il reste finalement les écoles privées hors contrat… C’était peut-être ça le but madame la ministre ? Celle que nous avons repéré, à… Nantes, demande une attestation de désinscription de Parcoursup pour leurs admissions, histoire de s’assurer que les élèves et les parents ne feront pas marche arrière si par miracle cette situation se débloquait. Et tant pis pour la régulation nationale hein… Et je ne vous parle pas du prix ? 8 000 euros en moyenne, par an pour un diplôme qui doit en prendre quatre.
Alors oui madame Vidal je suis désespérée, comme ma fille, car sa nouvelle vie d’adulte est déjà anxiogène avant même qu’elle ne puisse s’envoler de ses propres ailes pour… Ah ben on sait pas.
Les travaux définitifs du Grand contournement ouest (GCO – voir tous nos articles) de Strasbourg débuteront-ils en septembre ? Un peu plus d’un mois après le report de la discussion clé du Conseil départemental de l’Environnement et des Risques sanitaires et technologiques (Coderst) le 19 juillet, une réunion identique est programmée le mardi 28 août à 8h30. Cette étape, conditionnée à un vote positif des participants, est préalable . . .
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