Enquêtes et actualité à Strasbourg et Eurométropole

Lancement d’une association pour l’égalité de genre dans la culture samedi

Lancement d’une association pour l’égalité de genre dans la culture samedi

Tout juste constituée, l’association HFx Grand Est se lance officiellement samedi 26 novembre pour œuvrer en faveur de l’égalité entre les genres dans les arts et la culture. Toutes les bonnes volontés sont les bienvenues.

En 2006, Reine Prat, inspectrice générale du ministère de la Culture fait un constat accablant de l’inégalité entre les hommes et les femmes dans les arts et les lettres. Dans un rapport rendu public, elle met en évidence la surreprésentation d’hommes aux responsabilités dans le secteur culturel, et les difficultés des femmes pour accéder aux moyens de productions et aux subventions. En 2009, elle rédige un second rapport, qui constate que rien n’a changé d’une part mais surtout, qui met en évidence les blocages auxquels sont confrontées les femmes, notamment au sein de l’Etat.

Des collectifs partout sauf dans l’Est

À la suite de la parution de ce texte, et d’une prise de conscience générale dans la culture, se crée le mouvement « HF France : Agir ensemble pour l’égalité entre les femmes et les hommes dans les arts et la culture. » Plusieurs associations régionales naissent en 2009 mais… pas dans le Grand Est. C’est dans ce cadre que s’est enfin créée l’association HFx Grand Est, comme l’explique l’une des cofondatrices, Juliette Steiner, metteuse en scène :

« Les chiffres d’inégalité entre les hommes et les femmes dans notre domaine sont toujours accablants. Ainsi les cinq théâtres nationaux n’ont accordé que 27% de leur programmation 2020 / 2021 à des metteuses en scène. Mais on manque de chiffres régionaux, c’est l’une des raisons pour lesquelles nous lançons cette association pour le Grand Est. »

Tout le monde peut s’impliquer

L’association HFx Grand Est appelle toutes les bonnes volontés à se signaler et à participer à ses premiers chantiers lors d’une soirée de lancement, samedi 26 novembre de 17h30 à 20h au Théâtre national de Strasbourg, en présence de Reine Prat. L’association rejoindra ainsi la Fédération interrégionale HF, qui compte déjà neuf collectifs en France et un transfrontalier, HF Europe. Un « x » a été ajouté au nom de l’association du Grand Est, afin d’intégrer les minorités de genre à ses combats contre les discriminations.

Les collectifs HF ont trois missions principales :

    repérer des inégalités de droits et de pratiques entre les hommes et les femmes dans les milieux de l’art et de la culture, toutes fonctions confondues (artistiques, administratives et techniques), sensibiliser les professionnels, les responsables institutionnels, les élus et l’opinion publique, Obtenir des orientations plus égalitaires des politiques culturelles.

Parmi les actions, Juliette Steiner cite en exemple les Journées du matrimoine qui mettent en valeur les réalisations historiques des femmes et rappelle que depuis la création du Festival de Cannes, seules deux réalisatrices ont reçu la Palme d’Or, en 1993 et 2021 – dont une à égalité avec un homme.

Tiken Jah Fakoly à la Laiterie, pour une démocratie partagée en France et en Afrique

Tiken Jah Fakoly à la Laiterie, pour une démocratie partagée en France et en Afrique

Mercredi 7 décembre, Tiken Jah Fakoly sera à la Laiterie pour un grand moment de musique et de conscience politique. Si la musique adoucit les mœurs, la sienne permet de vivre avec le monde actuel et de croire en un futur meilleur.

Tiken Jah Fakoly est de retour à la Laiterie, et même si la salle strasbourgeoise a déjà reçu six fois le musicien ivoirien, il faut en profiter car ses concerts sont toujours de grands moments à vivre. D’abord, parce que malgré les années qui s’empilent, et les problèmes qui s’entassent en Afrique, Tiken Jah Fakoly a ce rare génie de permettre à Blancs et Noirs de chanter, danser sur les malheurs du monde, dans un grand mouvement cathartique et chaloupé.

Il faut le vivre, se trouver bien dans une salle comble et mixte, entraîné par le reggae impeccable de Tiken Jah alors que ses textes sont sans équivoque sur la misère, l’exploitation de l’Afrique, la complicité des dictateurs… C’est notre monde et il est moche oui, mais qu’est-ce qu’on y peut ? Pas grand chose, mais on peut déjà en être conscient, ensemble, et c’est déjà beaucoup. Tiken Jah Fakoly, qui regarde l’histoire de France, dit « toujours croire au réveil démocratique de l’Afrique. »

Tiken Jah Fakoly Photo : Youri Lenquette

C’est pourquoi Tiken Jah Fakoly ne lâche pas, il ne se laisse pas submerger par les mauvaises nouvelles. Cette tournée suit la sortie de son onzième album, Braquage de pouvoir. Une gemme de reggae root d’abord, mais aussi hip hop, avec des inserts de cuivres très jazz, d’instruments traditionnels et les claviers électros de Maël Loeiz Danion : un cocktail foisonnant et généreux que Tiken Jah maîtrise à la perfection et qui le singularise sur toute la scène musicale depuis vingt ans.

Album après album, méthodiquement, il marque, relève, chante dans la tradition des griots et des troubadours des faits réels : l’absurdité de la quasi-guerre civile qui a secoué la Côte d’Ivoire au début des années 2000 par exemple, est résumée dans le titre Le Pays Va Mal de l’album Françafrique.

Le Pays Va Mal (Vidéo Tiken Jah Fakoly / Youtube)

Autre exemple, l’un des singles de son dernier album est Où est-ce que tu vas ?. Il s’adresse à la jeunesse africaine qui lorgne vers le nord au risque d’y perdre la vie, pour répondre immédiatement : « Toi même tu ne le sais pas. »

Où est-ce que tu vas ? Tu ne le sais pas… (vidéo Tiken Jah Fakoly / Youtube)

La musique de Tiken Jah Fakoly, en français et en dioula – sa langue maternelle, voire en bambara du Mali, s’adresse aussi bien aux Africains qu’aux Européens. Et il vaut mieux réserver sa place pour son passage à Strasbourg : les quelques 900 places de la grande salle de la Laiterie risquent fort de ne pas suffire pour le public strasbourgeois et alentours.

Les enseignants s’inquiètent du manque de personnel et des élèves en souffrance

Les enseignants s’inquiètent du manque de personnel et des élèves en souffrance

Pas assez d’infirmières scolaires pour prendre en charge les élèves suicidaires ou harcelés, recours à de nombreux contractuels sans formation d’enseignant, démissions… Le syndicat FSU a désigné des points de tension dans l’académie de Strasbourg lors d’une conférence de presse vendredi 25 novembre.

« Les élèves ne vont pas bien, et on ne peut pas suffisamment les prendre en charge », résume Valérie Wolff, infirmière scolaire et membre de FSU, syndicat majoritaire dans l’éducation qui fait le bilan de la rentrée 2022 ce 25 novembre. Les chiffres qu’elle donne sont éloquents : « On est 150 dans le Bas-Rhin et 100 dans le Haut-Rhin. Il faudrait 1 100 postes de plus en Alsace pour arriver à un encadrement satisfaisant, avec à minima un poste d’infirmière à temps plein par établissement. »

Valérie Wolff, infirmière scolaire et représentante FSU Photo : Amélie Schaeffer / Rue89 Strasbourg / cc

Un mal-être psychologique croissant chez les élèves, et trop peu de personnel pour y répondre

Selon elle, depuis la crise sanitaire, les élèves sont de plus en plus nombreux à demander des consultations pour des problèmes psychologiques : « Au collège Bugatti de Molsheim, sur 650 élèves, j’en suis une vingtaine pour des idées suicidaires, des questions liées au genre, du harcèlement, ou des difficultés familiales. Les jeunes viennent nous voir de plus en plus tôt. Ils sont presque une dizaine en primaire à être concernés sur notre secteur », indique t-elle.

Arnaud Sigrist et Agathe Konieckza, respectivement co-secrétaires FSU pour le premier et le second degré, dénoncent le manque d’effectif :

« Depuis le début du premier mandat d’Emmanuel Macron en 2017, le nombre d’enseignants dans le second degré n’a cessé de baisser. Dans l’académie de Strasbourg, on a 150 élèves de plus pour 169 professeurs en moins, soit l’équivalent du corps enseignant d’un gros lycée de 1 500 élèves. »

Arnaud Sigrist, co-secrétaire FSU pour le second degré

De grosses inégalités entre les hommes et les femmes

« Le rectorat ne veut pas nous donner les chiffres précis. Rien que dans le Bas-Rhin, on en était à 18 classes sans enseignant dans le premier degré le jour de la rentrée », ajoute Géraldine Delaye, secrétaire départementale de FSU. Selon les représentants du syndicat majoritaire, lors de l’année scolaire 2021-2022, 18% des enseignants étaient contractuels dans l’académie : « Ce sont des personnels précaires, souvent en grande difficulté car embauchés sans formation », explique la secrétaire départementale.

De gauche à droite, Géraldine Delaye, Florence Fogelgesang et Agathe Konieckza, du syndicat FSU Photo : Amélie Schaeffer / Rue89 Strasbourg / cc

FSU profite de l’occasion pour poser la question des inégalités de genre dans l’éducation nationale. Florence Fogelgesang, co-secrétaire départementale, explique que les femmes représentent 73,4% des personnels, mais que leur part est bien plus importante dans les postes les moins bien payés : dans l’académie de Strasbourg, elles sont 84,5% dans le personnel administratif et de santé, contre seulement 52,8% dans le personnel de direction et d’inspection. Jacky Dietrich, qui porte la parole du personnel administratif dans le syndicat, insiste :

« Dans les métiers administratifs, la rémunération moyenne des femmes est de 1 911 euros contre 2 469 euros pour les hommes. 61% des femmes occupent des postes de catégorie C, soit les moins bien payés. »

70 démissions dans le premier degré

Pascal Thil, enseignant en lycée professionnel, rappelle qu’un mouvement social d’opposition à une réforme de l’enseignement professionnel est en cours. Il conspue la volonté du gouvernement d’augmenter de 50% les périodes de stage en entreprise et d’adapter les enseignements aux filières industrielles locales :

« Ce n’est pas ça l’éducation nationale. On n’est pas là pour s’adapter à ce que veulent les patrons, et les jeunes ne sont pas une main d’œuvre bon marché. Si la réforme passe, il y aura des inégalités régionales dans la carte des formations, moins d’heures de cours pour former les élèves alors qu’ils en ont besoin, y compris pour les filières professionnelles, et moins de postes d’enseignant. »

Pascal Thil, représentant FSU pour les lycées professionnels Photo : Amélie Schaeffer / Rue89 Strasbourg / cc

D’après Géraldine Delaye, en raison du manque de moyens, de la difficulté du métier et des rémunérations faibles, le secteur connait une crise d’attractivité sans précédent, d’où les difficultés de recrutement. Sur l’année 2021-2022, 65 enseignants ont démissionné dans le premier degré en Alsace.

Une marche contre les violences sexistes et sexuelles samedi

Une marche contre les violences sexistes et sexuelles samedi

À l’occasion de la journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes, le Planning familial du Bas-Rhin appelle à marcher samedi 26 novembre contre toutes les violences sexistes et sexuelles, à Strasbourg. Le rendez-vous est fixé à 14h, sur le parvis de la Faculté de droit.

« Nous marcherons contre le sexisme (et tout système d’oppression), contre le silence collectif face aux violences sexistes et sexuelles, contre l’inversion de la culpabilité, contre la justification et la banalisation de toute forme de violences. Nous marcherons pour honorer les mortes et les morts du système sexiste et pour la fin des violences. »

Ce sont les mots écrits sur la page Facebook de l’évènement, organisé par le Planning Familial 67, ce samedi 26 novembre 2022, à l’occasion de la journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes.

Appel à manifester ce samedi 26 novembre, contre les violences sexistes et sexuelles. Page facebook du Planning Familial 67.

Nombreuses associations participantes

Si l’appel à manifester est lancé par le Planning Familial 67, de nombreuses associations sont cosignataires de la tribune, comme Support Transgenre Strasbourg, NousToutes 67, le Brif, Collages Féministes Stras ou encore DisBonjourSalePute.

La liste de leurs revendications est longue et détaillée. Les associations demandent pour commencer « la formation de tous les professionnels susceptibles d’accompagner les personnes victimes de violences sexistes et sexuelles dans leur parcours judiciaire et de soin », mais aussi « un meilleur dépistage des violences sexuelles et sexistes et un meilleur accompagnement des personnes victimes », ou encore « le respect des séances d’éducation à la vie affective et sexuelle dans chaque établissement scolaire ».

À l’heure où l’IVG est de plus en plus menacé aux États-Unis, le Planning Familial 67 – qui défend justement le droit à l’avortement et à la contraception – réclame « la gratuité et le réel accès à la contraception et à l’IVG sur l’ensemble du territoire. »

Un viol ou tentative de viol toutes les 7 minutes en France

Dans son appel à manifester, le Planning Familial 67 égrène également des chiffres glaçants sur les violences sexistes et sexuelles dont sont victimes les femmes. Et rappelle ainsi qu’au moins 213 000 femmes sont victimes de violences physiques ou sexuelles de la part de leur conjoint ou ex-conjoint chaque année en France, qu’un féminicide a lieu tous les deux jours dans le pays, ou encore qu’un viol ou une tentative de viol a lieu toutes les 7 minutes.

Pour lutter, dénoncer, et marcher contre ces violences, les associations appellent donc à marcher, samedi 26 novembre à partir de 14H.

Le ras-le-bol des habitants rend délicates les ambitions de démocratie participative à la Meinau

Le ras-le-bol des habitants rend délicates les ambitions de démocratie participative à la Meinau

L’assemblée de quartier de la Meinau du mardi 22 novembre ne s’est pas déroulée comme prévu. Les objectifs des ateliers thématiques semblent dérisoires face aux problèmes quotidiens auxquels font face beaucoup de Meinauviens.

« Voilà, au bout de 20 minutes, on aborde les sujets qui préoccupent vraiment les gens ici. L’insécurité, les rats, le manque de services publics », s’exclame une femme au micro. L’ordre du jour de l’assemblée de quartier de la Meinau du mardi 22 novembre est en train de voler en éclats. Des mains se lèvent dans toute la salle pour demander la réouverture de la mairie et du poste de police de proximité, des contraventions contre les incivilités ou encore davantage de rigueur des bailleurs sur l’entretien des espaces communs.

À cet instant de la soirée, les ateliers de quartier auraient dû être présentés. Il s’agit d’une partie du nouveau processus de démocratie participative à Strasbourg, mis en place par la municipalité écologiste. Lors d’assemblées de quartier, les habitants doivent déterminer des groupes de personnes qui se consacrent à une thématique précise et se réunissent régulièrement pour aboutir à une réalisation concrète. René Leboedec et Vincent Leport, deux retraités de la Meinau, sont donc censés proposer deux ateliers : « Mémoire de quartier », visant à réfléchir à l’évolution urbaine dans le contexte des rénovations, et « Cadre de vie », pour évoquer diverses problématiques liées à l’environnement comme la propreté urbaine.

L’ordre du jour de l’assemblée n’a pas été respecté car les personnes présentes souhaitaient surtout interpeller l’élu de quartier pour diverses problématiques. Photo : TV / Rue89 Strasbourg / cc

Mais la plupart des 75 personnes présentes n’ont pas l’intention d’être studieuses ce soir. Et pour cause, les solutions à leurs problèmes passeront difficilement par la démocratie participative organisée par la Ville. Quand ils demandent un commissariat de proximité, on leur répond qu’il faut aller voir la police nationale. Des bâtiments en mauvais état ? Tournez-vous vers votre bailleur. Abdelkarim Ramdane, l’élu de quartier, est assailli d’interpellations… sur des éléments de la vie publique qui ne sont pas toujours du ressort de la municipalité.

« On a peur que tout s’écroule »

Monir Rahel évoque par exemple le cas des balcons de la rue de Provence, où il habite, qui menacent de s’effondrer. Son bailleur est Ophéa, une structure contrôlée par l’Eurométropole, donc où la municipalité a son mot à dire. « On veut savoir quand les choses s’amélioreront, on est venus pour ça », souffle le Meinauvien. Il dénonce aussi ne pas avoir accès aux expertises sur son bâtiment :

« On a peur que tout s’écroule comme c’est déjà arrivé. Les immeubles voisins, qui étaient comme le nôtre, ont été rénovés parce qu’il y avait de l’amiante. Chez nous, Ophéa dit qu’il n’y a rien, mais on n’a aucun document qui nous le prouve. J’aimerais avoir les preuves. »

Grâce à son insistance, il apprend finalement qu’il doit attendre la rénovation du bâtiment qui commencera au mieux fin 2023.

D’autres habitants s’insurgent parce que l’éclairage public est éteint la nuit dans une partie du quartier depuis plusieurs semaines. « On vit dans le noir », lance une femme. Abdelkarim Ramdane pense d’abord qu’il s’agit du plan d’économie d’énergie, mais la responsable de la direction de territoire, présente également, affirme que l’extinction est liée à une panne. Les participants à l’assemblée relèvent aussi la prolifération des rats à la Meinau. L’élu estime que le phénomène est principalement lié à des comportements individuels de personnes qui laissent des déchets partout. « Il faut les verbaliser », rétorque un homme dans la salle.

Abdelkarim Ramdane a souvent expliqué aux habitants qu’il ne pouvait rien faire sur les problématiques qui lui étaient soumises. Photo : TV / Rue89 Strasbourg / cc

Abdelkarim Ramdane explique qu’il est très difficile de retrouver les coupables et que la Ville fait de la prévention. Il reconnaît aussi que dans certains cas, les poubelles sont sous-dimensionnées par rapport aux besoins des habitants. Ces derniers sont donc contraints de laisser leurs déchets à côté. Dans beaucoup de rues, les poubelles ne sont ni enterrées, ni placées dans des abris étanches, et les ordures sont donc de toute façon accessibles aux rats, que les habitants déposent les sacs au bon endroit ou pas.

Après quasiment deux ans et demi de mandat, la municipalité écologiste peine à lancer le processus de la démocratie participative à la Meinau. Photo : TV / Rue89 Strasbourg / cc

« Les statistiques, ce n’est pas humain »

L’élu indique aussi que le commissariat de quartier a cessé ses activités après le Covid, car la police nationale constatait que sa fréquentation n’était pas élevée. Même chose pour la mairie de quartier, fermée pendant le précédent mandat, mais que l’actuelle municipalité ne semble pas vouloir rouvrir pour l’instant. « Les statistiques, ce n’est pas humain monsieur. Il y a des personnes âgées qui ne portent pas plainte ou qui n’accèdent pas à certains services à cause de ça, parce que c’est devenu plus compliqué », déclare une dame. Abdelkarim Ramdane assure qu’il comprend les problématiques, mais étant le seul élu présent, il ne s’engage sur rien, surtout dans un contexte où la municipalité essaye de faire des économies pour pallier les hausses de la crise énergétique.

La quasi-intégralité de l’assemblée de quartier consiste finalement en un temps d’échange avec Abdelkarim Ramdane. À dix minutes de la fin, alors que la salle se vide, René Leboedec et Vincent Leport essaient de présenter brièvement leurs ateliers et recueillent quatre adresses mail de personnes potentiellement intéressées. Le scénario de la dernière assemblée, en mars, avait été similaire : les mêmes ateliers de quartier avaient été rapidement proposés, mais n’avaient pas encore démarré, faute de candidats. Leurs instigateurs ont donc dû attendre huit mois, pour finalement revivre la même chose.

De nombreux habitants ont évoqué la nécessité pour eux de rouvrir le commissariat et la mairie de quartier. Photo : TV / Rue89 Strasbourg / cc

Convaincre que la démocratie participative peut être utile…

« C’est un peu frustrant parce qu’on a travaillé pour penser notre présentation… Mais on comprend, les gens ont besoin d’interpeller les élus sur ce qu’ils vivent quand ils les voient », constate Vincent Leport. Louise Guionie, chargée d’animer la participation citoyenne au Neuhof et à la Meinau, admet que la mise en œuvre de la démocratie locale est très compliquée :

« On doit repenser le format de ces assemblées. Beaucoup ont pu interpeller leur élu de quartier, c’est déjà une bonne chose. Ensuite, on doit les convaincre qu’ils peuvent avoir un impact et ça, ce n’est pas évident. Mais certaines des problématiques soulevées peuvent être traitées à travers l’atelier ”Cadre de vie”. »

Abdelkarim Ramdane a essayé de répondre aux interpellations des habitants de la Meinau. Photo : TV / Rue89 Strasbourg / cc

À l’issue de l’assemblée, Monir Rahel ne cache pas sa déception :

« Tout le monde ici sait où sont les problèmes et quelles sont les solutions, pourquoi ils ne les règlent pas ? L’élu nous dit qu’il ne peut rien faire la moitié du temps. On se sent humiliés par ces réunions, c’est du blabla, ça fait des années qu’on leur parle des mêmes soucis. Comment vous voulez qu’on ait envie de s’investir plus ? »

La prochaine assemblée de quartier aura lieu en avril 2023. « On ne va pas attendre encore six mois avant de lancer les ateliers de quartier. Même si on est cinq, on va commencer, » assure René Leboedec. Deux ans et demi après le début du mandat, la démocratie participative pensée par la municipalité écologiste peine encore à débuter à la Meinau.

Plan canopée : la Ville compense les pertes de l’été et plante 1 000 arbres supplémentaires

Plan canopée : la Ville compense les pertes de l’été et plante 1 000 arbres supplémentaires

La municipalité écologiste poursuit son « plan canopée » avec la plantation de 1 000 arbres cet automne. D’autres arbres sont plantés en plus pour compenser les 115 arbres morts cet été à cause de la sécheresse.

Quai Koch jeudi 24 décembre, des agents du service espaces verts de la Ville de Strasbourg s’attellent à l’installation de 38 jeunes arbres, sur les 1 000 environ qui doivent être érigés dans le cadre de la troisième phase du « plan canopée ». « On ne sait pas encore, à l’unité près, combien seront plantés car il peut toujours il y avoir des problèmes sur un site où l’on se rend compte que le sol n’est pas adapté parce qu’on trouve des tuyaux par exemple », explique une agente du service des espaces verts.

Suzanne Brolly, adjointe à la maire en charge de l’Habitat, indique que la moitié des arbres du plan doivent être plantés dans des espaces verts comme des parcs, et l’autre moitié sur des zones plus minérales, dans des rues :

« Nous avons été critiqués parce que beaucoup d’arbres sont plantés dans des espaces déjà verts, mais cela a un intérêt aussi, notamment pour la biodiversité en ville. Le pouvoir rafraichissant des parcs est très important, mais pour cela il faut aussi y renouveler la végétation. Pour ceux qui sont plantés dans les rues, on essaye d’établir des connexions et des continuités afin de créer des couloirs écologiques, également dans le but de favoriser la biodiversité. »

Déminéralisation des abords de la patinoire

À cause de la sécheresse, 12% des 966 plants sont morts, soit environ 115 arbres. « Tous les arbres morts sont remplacés, autant de fois qu’il le faudra jusqu’à ce qu’ils survivent, et ces plantations ne sont pas comptabilisées dans les arbres des nouvelles saisons », précise Suzanne Brolly.

L’objectif du plan canopée est d’arriver à 10 000 nouveaux arbres à Strasbourg en 2030. Il comprend aussi des déminéralisations : par endroits, la municipalité enlève du béton, revégétalise et plante des arbres. Pour la « saison 3 » du plan canopée, il s’agira notamment des abords de la patinoire à Cronenbourg et du Palais de la musique et des congrès.

Sophie Dupressoir (à gauche), élue du quartier des Contades, et Suzanne Brolly (à droite), adjointe à la maire, présentent la « saison 3 » du plan canopée. Photo : Amélie Schaeffer / Rue89 Strasbourg

Aux habitants de proposer où planter

Sophie Dupressoir, élue référente des quartiers Tribunal et Contades, rappelle les enjeux patrimoniaux à prendre en compte lors des plantations :

« Nous tenons compte de l’avis de l’architecte des bâtiments de France pour la sauvegarde et la mise en valeur du patrimoine. Les plantations quai Koch s’inscrivent dans l’histoire de la Neustadt, conçue par les Allemands pour favoriser le bien-être et la santé des habitants, avec les Bains romains et de nombreux espaces verts comme le jardin botanique. Nous souhaitons offrir un cadre propice à la marche et au vélo, avec des rues ombragées et une continuité de la Grande-Île jusqu’au Parlement européen. »

Les élues affirment que dans certaines zones très minérales, les plantations sont difficiles car elles impliquent de prendre sur la route ou le stationnement, ce que les riverains ne souhaitent pas toujours. Suzanne Brolly précise que la municipalité incite les Strasbourgeois à suggérer les zones de plantation sur le site Strasbourg.eu (page consultable ici). Ainsi, en cette fin d’automne, des arbres seront notamment dressés rue Pauline de Metterne et Amélie de Berckheim à la Robertsau suite à des propositions d’habitants. Les plantations quai Koch ont aussi été suggérées par des riverains.

Des éducatrices créent un collectif de lutte pour la protection de l’enfance : « Il y a des défaillances partout »

Des éducatrices créent un collectif de lutte pour la protection de l’enfance : « Il y a des défaillances partout »

Des éducatrices chargées de trouver des solutions pour des mineurs en difficulté dans leur famille constatent l’apparition d’une multitude de dysfonctionnements de l’aide sociale à l’enfance. Elles fondent un collectif pour rassembler tous les acteurs du secteur en Alsace, et dialoguer avec les élus.

« Pendant une semaine entière, chaque jour, j’ai vu un autre collègue fondre en larmes. Je me suis dit que ce n’était plus possible », se souvient Anne, éducatrice au service d’action éducative en milieu ouvert (AEMO), géré par l’association Arsea. Avec Mathieu et Marie, elle fait partie des initiateurs du collectif Protection de l’enfance Alsace en lutte, qui a émergé au printemps dernier et organise un premier rassemblement lundi 28 novembre devant l’hôtel du Département. Fin novembre, il compte environ 50 membres et son groupe sur le réseau social Facebook réunit 115 profils.

Les travailleurs sociaux ont manifesté en février dernier pour demander de meilleures conditions de travail. Photo : TV / Rue89 Strasbourg / cc

Anne, Mathieu et Marie effectuent des AEMO. Il s’agit de mesures de suivi de mineurs, suite à une décision d’un juge. Concrètement, l’éducateur se rend au domicile de la famille pour rétablir, avec les parents, de bonnes conditions de vie de l’enfant. Du moins, c’est la théorie. Du fait de leurs rôles, ces travailleurs sociaux sont aux premières loges pour constater les dysfonctionnements de la protection de l’enfance, comme l’explique Marie :

« Nous sommes en charge de trouver des solutions, donc nous devons souvent solliciter d’autres structures ou services pour les mettre en œuvre. Mais dans les foyers, les établissements médico-sociaux, il n’y a pas assez de places et de moyens. Les centres médico-psychologiques proposent des rendez-vous avec des psychiatres ou des prises en charge au bout de presque un an parfois. Les délais de la CAF et de la MDPH sont trop élevés, ce qui augmente les difficultés financières. On manque d’accompagnants d’élèves handicapés (AESH, NDLR), à cause de ça, beaucoup de jeunes ne sont pas encadrés à l’école alors qu’ils en auraient besoin. Il y a juste des défaillances partout, et en attendant, les familles et les enfants sont en détresse, leur état se dégrade. »

« Au bord de la rupture »

Marie donne l’exemple du suivi d’un frère et d’une sœur qui vivent chez leur mère : « L’un des deux a d’importants troubles du comportement suite à des violences intrafamiliales. Sa mère ne parvient plus à lui poser des règles, elle est dépassée par la situation car son enfant devrait avoir un encadrement psychologique. On attendait un rendez-vous chez le psychiatre avec le centre médico-psychologique depuis un moment, on a relancé cet été, pour l’obtenir en janvier 2023 seulement. En plus, elle n’arrive pas à subvenir financièrement aux besoins de ses enfants en raison d’un déménagement pour s’éloigner de son ancien compagnon violent et des délais de traitement de la CAF : elle ne touche à ce jour aucune aide au logement. Elle demande le placement de son fils, ce que le juge a suivi en juin, mais comme il n’y a pas assez de places, dans les foyers ou les familles d’accueil, le jeune est toujours chez sa mère. Elle est découragée, au bord de la rupture. »

Anne (à gauche) et Marie (à droite), souhaitent rassembler tous les corps de métier de la protection de l’enfance en Alsace pour fixer des revendications communes. Photo : TV / Rue89 Strasbourg / cc

Anne, employée au service AEMO depuis 2003, a vu la situation se dégrader au fil du temps. « Aujourd’hui, on se retrouve sans solution à proposer, et on est donc obligés de bricoler pour trouver des issues. Cela augmente fortement notre charge de travail », explique t-elle.

Dialoguer avec tous les élus qui ont un lien avec la protection de l’enfance

Dans le collectif, les fondatrices espèrent accueillir de nombreux acteurs de la protection de l’enfance pour analyser précisément quels sont les différents problèmes, et proposer des solutions. Anne ajoute :

« Nous dialoguerons avec les élus de la Collectivité européenne d’Alsace (CeA, NDLR), puisque ce sont les départements qui ont la compétence de l’aide sociale à l’enfance. Mais nous avons une approche transversale. Les centres médico-psychologiques sont gérés par l’ARS, donc à l’échelle nationale et pas du département. Nous interpellerons toutes les institutions publiques nécessaires, et nous nous arrêterons quand il y aura une évolution concrète. »

Le foyer de l’enfance du Bas-Rhin, au Neuhof, accueille les mineurs en urgence suite à une décision de placement d’un juge. Photo : TV / Rue89 Strasbourg / cc

Le collectif a déjà été reçu par le directeur des services adjoint de la CeA en charge des Solidarités. La collectivité affiche une certaine volonté d’améliorer la situation, avec l’organisation des Assises de la Protection de l’enfance début novembre et une augmentation des dotations pour le secteur. Rue89 Strasbourg avait publié plusieurs enquêtes sur des dysfonctionnements au foyer de l’enfance du Bas-Rhin ou à l’Arsea les mois précédents.

L’une des mesures que les travailleuses sociales du service AEMO demandent, c’est une baisse du nombre de mineurs suivis par éducateur. « On en est à 31 jeunes en moyenne, ça peut monter jusqu’à 35. On aimerait en avoir 24 maximum, pour bien faire notre travail, qui demande du temps de dialogue et de réflexion », expose Mathieu.

« Les enfants en pâtissent »

Lors des Assises alsaciennes de la protection de l’enfance, Frédéric Bierry (LR), président de la CeA, a pointé les difficultés de recrutement d’éducateurs comme principal obstacle à l’amélioration de la situation, tout en indiquant que les grilles de salaire des travailleurs sociaux se décident à l’échelle nationale. Pour Marie, le manque d’attractivité des métiers du social est loin d’être lié uniquement à la rémunération : « La perte de sens est particulièrement difficile à vivre. Quand on a la sensation de ne pas avoir de solution, de bâcler notre travail par manque de temps, c’est très difficile. Ceux qui en pâtissent le plus sont les enfants. »

La promenade de la prison de Strasbourg : réduite, sans eau et risquée

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Manifestation spontanée mercredi contre une conférence anti-avortement au Parlement européen

Manifestation spontanée mercredi contre une conférence anti-avortement au Parlement européen

Les États-Unis comme voie à suivre pour lutter contre l’avortement… C’est le thème d’une conférence prévue ce mercredi 23 novembre au Parlement européen. Plusieurs collectifs féministes ont décidé de protester à 18h, en manifestant au pied de l’institution.

Alors que les députés européens siègent en session plénière depuis lundi et jusqu’au jeudi 24 novembre, l’ONG European Centre for Law & Justice (ECLJ) organise, avec le soutien d’une députée européenne, une conférence anti-avortement au sein même du Parlement européen. Titre de la conférence : « Agir contre l’avortement aux États-Unis et en Europe : Quelle marche à suivre ? ».

Une ONG, une députée d’extrême droite, et l’ancien avocat de Trump

Sur son site internet, l’ECLJ se définit comme une ONG dédiée à « la promotion et la protection des droits de l’homme en Europe et dans le monde ». Fondée en 1998, elle dit « agir dans les domaines judiciaires, législatifs et culturels et défend en particulier le droit à la liberté religieuse, la vie et la dignité des personnes ».

Une ONG « pro-life », qui a donc décidé d’organiser cette conférence anti-avortement, avec comme invités, la députée européenne espagnole Margarita de la Pisa Carrion, élue en 2019 et membre du groupe des Conservateurs et Réformistes Européens (CRE) ou encore Andrew John Ekonomou, ancien avocat dans l’équipe juridique de Donald Trump quand il était président. Il est également présenté sur l’affiche de l’événement comme président du conseil de l’ECLJ.

Affiche présentant la conférence anti-avortement organisée ce mercredi au Parlement européen par l’ONG ECLJ. Capture d’écran du compte Facebook de l’ONG.

Plusieurs collectifs féministes se rassemblent pour l’occasion

Plusieurs associations et collectifs féministes comme Osez Le Féminisme 67 ou le Bloc révolutionnaire insurrectionnel féministe (BRIF) ont donc décidé de se mobiliser, et organisent un rassemblement ce mercredi, à la même heure que la conférence.

Cornélia Schneider est membre du BRIF et du Support Transgenre Strasbourg (STS) :

« Les gens qui organisent cette conférence sont enregistrés comme lobby officiel au Parlement européen, ce qui fait que dès qu’ils invitent des députés, ils ont le droit d’accéder à une salle. »

Cette conférence intervient dans un contexte brûlant, alors que demain, jeudi 24 novembre, les députés français doivent examiner le texte de loi visant à inscrire le droit à l’avortement dans la Constitution.

« Ce n’est pas un hasard », pour Cornélia Schneider, qui explique que « toute la sphère féministe de Strasbourg est mobilisée ». La militante espère également voir, dans les rangs de la manifestation de ce soir, quelques élus : « Nous avons interpellé la délégation aux droits des femmes de la Ville, Christelle Wieder, et nous attendons la venue de la députée Sandra Regol. »

La députée écologiste de Strasbourg a en effet été personnellement interpellée par l’ECLJ, qui lui a envoyé un courrier le 17 novembre dernier, accompagné d’une maquette de fœtus, comme elle le raconte sur son compte twitter.

Pendant la coupe du monde, des matchs « ensanglantés » contre « le foot de la FIFA »

Pendant la coupe du monde, des matchs « ensanglantés » contre « le foot de la FIFA »

La coupe du monde de football a commencé dimanche 20 novembre au Qatar. Pendant le premier match de l’équipe de France ce mardi, un collectif militant et queer a décidé de jouer une partie aspergée de faux sang sur le parvis du palais de justice. Une première action qui en appelle d’autres.

Le premier coup d’œil est trompeur : des maillots de football floqués aux noms d’Eden Hazard et Mesut Özil (des joueurs belges et allemands), des chaussettes jusqu’au tibia et des baskets colorées. Pourtant, il ne s’agit pas, ce mardi soir, d’un banal match de foot urbain. « C’est une partie ensanglantée ! Pour dénoncer les violations des droits de l’homme et les menaces contre les personnes LGBT+ au Qatar », explique Cécile Mourier. Elle est membre des footeureuxses, un jeune collectif de personnes queer (de minorités sexuelles ou de genre) en mixité choisie (sans hommes cisgenres, c’est-à-dire qui se reconnaissent dans le genre assigné à la naissance).

« On adore jouer au foot, le foot c’est cool ! C’est celui de la FIFA qu’on n’aime pas », indique le collectif Photo : DL / Rue89 Strasbourg

Le noyau dur « d’environ 18 personnes », compte Cécile, se retrouve pour jouer de manière informelle depuis une petite année. « Mais nous sommes en train de nous structurer en association sportive, Olymqueer, dont nous serons la section foot », précise la joueuse arborant maillot et bonnet blancs.

« Montrer qu’on existe en tant qu’équipe queer »

Ce mardi soir, le groupe a décidé de jouer sur le parvis du palais de justice pendant le premier match de l’équipe de France au Qatar, pour fustiger « l’inaction de nos dirigeants et l’hypocrisie de la Fédération française de football » et parce que « le sport, c’est politique« . Barbouillée de faux sang, ayant tracé des slogans (« Coupe du monde de la honte », « la FIFA tue ») sur les t-shirts et sur un drapeau français taché, la petite dizaine de personnes présentes veut montrer un autre visage du ballon rond :

« On aurait pu faire un autre genre d’action, mais on voulait jouer. Parce que le foot, c’est trop cool, on adore ça ! C’est le foot de la FIFA qu’on n’aime pas. »

Cécile Mourier, membre des footeureuxses

Cécile ajoute que « l’idée était pour nous de montrer qu’on existe en tant qu’équipe queer, qu’on n’a pas peur d’être là, d’être visible, et de s’approprier l’espace public ». Elle encourage d’ailleurs les personnes « intéressées par une équipe non compétitive, de tout niveau » à les rejoindre.

D’autres contre-actions pendant le mondial et un autre match écarlate samedi

La joueuse insiste sur la vocation militante de la toute jeune association : « on souhaite organiser des événements, des rencontres, nouer des dialogues avec d’autres organisations militantes strasbourgeoises autour d’actions non-violentes ». Avec ses « partenaires », dit-elle, elle a l’idée « d’investir un bar qui boycotte le mondial et proposer autre chose, un documentaire sur le foot féminin par exemple… »

Cécile Mourier et ses « partenaires » invitent les personnes intéressées à les rejoindre. Photo : DL / Rue89 Strasbourg

Dimanche après-midi, le premier jour du mondial, les footeureuxses avaient déjà joué au foot sur le même parvis et fait un « die-in » pour représenter les ouvriers morts sur les chantiers des infrastructures de cette coupe du monde. Ce mardi soir, au bout d’une vingtaine de minutes, le score ressemble plus à un match de handball : 10 à 8. Certaines entament « I will survive » à chaque but.

Dimanche 20 novembre, jour d’ouverture du mondial, la jeune association militante a fait un « die-in » sur le parvis du tribunal pour faire écho aux ouvriers morts sur les chantiers Photo : doc remis

Elles donnent rendez-vous ce samedi à tous les volontaires qui veulent taper du ballon ensanglanté devant le tribunal. Ce sera pendant le match de l’équipe de France contre le Danemark à 17h.

Épuisés, les magistrats de Strasbourg exigent une réponse concrète du gouvernement

Épuisés, les magistrats de Strasbourg exigent une réponse concrète du gouvernement

Une centaine de magistrats, greffiers et avocats s’est rassemblée mardi devant le Palais de justice de Strasbourg à l’appel de plusieurs organisations syndicales. Les participants ont dénoncé les trop faibles moyens accordés à la justice et les conséquences délétères qui en résultent, pour tous les professionnels et les justiciables.

Pas d’audience dans les tribunaux mardi 22 novembre. Mises à part les comparutions immédiates, magistrats et greffiers ont tout renvoyé à une date ultérieure, afin de protester contre un état de délabrement de la justice qu’ils jugent incompatible avec l’exercice de leurs missions.

Déléguée régionale de l’USM, Isabelle Rihm détaille les conséquences du manque de moyens au tribunal judiciaire de Strasbourg Photo : PF / Rue89 Strasbourg

Mobilisés en décembre 2021 à la suite du suicide d’une jeune magistrate et d’une tribune signée par 3 000 juges et procureurs, ils ne constatent aucun changement dans les juridictions un an plus tard, et ce malgré les promesses du gouvernement. Mardi 22 novembre, lors d’un nouveau rassemblement sur les marches du Palais de justice, Isabelle Rihm, juge des libertés et déléguée régionale de l’Union syndicale des magistrats (USM), résume :

« Le ministère de la Justice indique que les problèmes de personnels sont réglés. C’est faux. La réalité, ce sont toujours des audiences surchargées qui se terminent trop souvent au milieu de la nuit, des délais au-delà du raisonnable, des jugements non expliqués, des décisions exécutées plusieurs mois, voire plusieurs années après. Ce sont toujours des tribunaux vétustes et des logiciels des années 90. »

« Aucun plan d’action, aucune perspective »

Judith Haziza, également juge des libertés et déléguée régionale adjointe du Syndicat de la magistrature (SM), reprend :

« Les recrutements prévus pour 2023 sont largement insuffisants. Aucun plan d’action n’a été défini malgré l’urgence de la situation et lorsque des organisations syndicales demandent une expertise sur le risque grave auquel sont exposés l’ensemble des personnels de justice, le ministère répond tout simplement “non”. »

Les responsables du tribunal étaient présents sur les marches, dont le président du tribunal Thierry Ghéra. Plusieurs dizaines d’avocats ont aussi manifesté. L’un d’entre eux, Pierre Rosenstiehl, a évoqué les délais auquel il était soumis désormais : 12 à 18 mois pour tous les contentieux, des convocations 18 à 24 mois après les faits, etc. « Dans une affaire d’urbanisme plaidée en février, le délai du jugement est prorogé tous les deux mois… et tout le monde attend. »

Cercle vicieux

Ces délais qui s’allongent provoquent souvent de nouveaux besoins de justice comme l’explique Frédéric Mauche, juge des affaires familiales, vice-président du tribunal de Strasbourg :

« Quand un couple qui se sépare est forcé par les délais de continuer à vivre sous le même toit, on peut craindre l’apparition de nouveaux faits qui nécessiteront de faire appel à la justice. Actuellement, nous répondons aux urgences mais comme à l’hôpital : le manque de moyens provoque le décalage de tout le reste… avec son cortège de complications. Nous devons retrouver la capacité de juger de manière adaptée, et non plus contrainte. »

« On pratique une justice d’abattage, 15 minutes par dossier »

Frédéric Mauche relève que la Commission européenne pour l’efficacité de la justice (Cepej) estime que le tribunal de Strasbourg devrait fonctionner avec environ 140 magistrats. Ils sont pourtant deux fois moins. Juge des tutelles au tribunal d’instance de Haguenau et déléguée régionale du SM, Véronique Kretz est plus directe :

« Le tribunal de Haguenau a absorbé l’activité du tribunal de Brumath et de Wissembourg. Il y avait cinq magistrats, nous ne sommes plus que trois. On n’arrive plus à suivre ! On pratique une justice d’abattage, 15 minutes par dossier, avec le sentiment de mal juger. Quand on expédie, on se trompe. La justice, c’est écouter les gens et pour ça il faut du temps. »

Véronique Kretz remarque que de plus en plus de magistrats démissionnent, ce qui témoigne d’une « perte de sens » selon elle.

Un colloque sur les violences faites aux femmes dans le porno sème la discorde parmi les féministes

Un colloque sur les violences faites aux femmes dans le porno sème la discorde parmi les féministes

Depuis 12 ans, la ville de Strasbourg organise un colloque à l’occasion de la journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes. Cette année, il avait pour thème la pornographie. Mais les principales concernées n’étaient pas invitées…

Elles ont bravé le froid, et le vent glacial. Pancartes au cou, ou portées à bout de bras, Beverly, Alix, Cornélia, Prune, Siade… Elles sont une dizaine à protester ce mardi 22 novembre matin, devant les portes du Palais de la Musique et des Congrès. À l’intérieur, depuis 8h, se déroule le colloque de « Lutte contre les violences faites aux femmes », organisé par la ville de Strasbourg et plusieurs associations.

Le thème de cette 12e édition : la pornographie. Et sur la scène, au même moment : Céline Piques, porte-parole d’Osez le Féminisme, Lorraine Questiaux, avocate au barreau de Paris et spécialiste du système prostituteur et pornographique, ou encore Alyssa Ahrabare, juriste spécialisée sur le sujet des libertés fondamentales. Mais pas une ou un travailleur du sexe, ni de réalisateur, de réalisatrice, d’acteur ou d’actrice de film pornographique.

À l’intérieur du Palais de la Musique et des Congrès, la grande salle était comble en fin de matinée, avec environ 1000 personnes venues assister au colloque sur les violences faites aux femmes dans la pornographie. Sur scène, aucune travailleuse du sexe. / Photo Amélie Schaeffer / Rue89 Strasbourg

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À l’IHU, « 50% des infirmières de bloc sont parties, mais on continue de faire 100% de l’activité »

À l’IHU, « 50% des infirmières de bloc sont parties, mais on continue de faire 100% de l’activité »

Des infirmières spécialisées des Hôpitaux universitaires de Strasbourg ont manifesté mardi 22 novembre. Le mouvement est né à l’Institut hospitalo-universitaire, où Monique, Barbara et Myriam vivent un sous-effectif inédit qui met en danger les soignants et les patients.

Infirmière de bloc opératoire depuis cinq ans, Barbara Gauthier se félicite face à la cinquantaine de consœurs qui manifestent ce mardi matin. À l’appel du syndicat Force ouvrière (FO), elles sont descendues sous les fenêtres de la direction des Hôpitaux universitaires de Strasbourg (HUS) vêtues de leur blouses et de leur charlottes bleues pour dénoncer un sous-effectif toujours plus dangereux, pour les soignants comme pour les patients.

Myriam Sutter, 11 ans d’expérience en tant qu’infirmière de bloc diplômée d’État (Ibode), résume la situation à l’Institut hospitalo-universitaire (IHU), d’où la mobilisation est partie :

« Il y a deux ans, on était 30 infirmières de bloc à l’IHU. Maintenant, nous sommes 14. Nous avons perdu la moitié de nos effectifs mais on continue de faire 100% de l’activité. »

Une partie des infirmières de bloc de l’IHU de Strasbourg. Elles avaient déjà manifesté le 8 novembre 2022. Photo : Amélie Schaeffer / Rue89 Strasbourg / cc

« Il nous arrive de travailler 20 jours d’affilée »

Les soignants subissent ce sous-effectif croissant. Pour Barbara Gauthier, le rythme de travail est devenu intenable : « Il nous arrive de travailler 15 à 20 jours d’affilée, sans coupure, même la nuit et le week-end, ça ne s’arrête pas. » « C’est du jamais-vu », souffle Monique Blum, 28 ans d’expérience comme infirmière de bloc. Il y a peu, elle a travaillé 60 heures en huit jours. La première journée, l’infirmière a passé 16 heures à l’hôpital : « J’ai travaillé de 7 heures à 14h30 puis j’ai repris à 19h30 pour terminer à 4 heures du matin. » À ses côtés, une collègue rappelle : « Et le lendemain, elle est revenue à 12h30… »

Devant la préfecture du Bas-Rhin, où la manifestation a pris fin, les infirmières de bloc comptent les collègues perdues les deux dernières années : deux départs à la retraite, cinq soignantes qui ont rejoint le privé, une autre qui a préféré l’intérim, deux cadres reclassées et d’autres parties en formation… « Le problème, c’est que personne n’est arrivé entretemps », souffle une collègue de Monique, Barbara et Myriam.

Infirmière de bloc depuis cinq ans, Barbara Gauthier se félicite face à la cinquantaine de consœurs qui manifestent ce matin. Photo : Amélie Schaeffer / Rue89 Strasbourg / cc

« La sécurité du patient est en danger »

Pour Monique, avec ce sous-effectif inédit, « la sécurité du patient est en danger ». Baraba précise :

« Comme on manque de soignants, on est passé de deux infirmières de bloc diplômées d’État par opération, à une seule et un interne en médecine. Nous à la fin de l’opération, on vérifie qu’il n’y a plus rien dans le corps du patient. Un interne n’est pas formé pour ça. »

À partir de 17 heures chaque jour, les infirmières spécialisées de l’IHU doivent rejoindre les blocs opératoires du Nouvel hôpital civil (NHC). Elles assurent alors les opérations d’urgence des spécialités comme « la chirurgie digestive, l’urologie, la chirurgie thoracique, l’ophtalmologie. Normalement il y a une équipe spécialisée dans la cardiologie, mais comme ils manquent de personnel, on se dédouble alors qu’on n’a pas été formées. Ça aussi, c’est risque supplémentaire pour le patient, qui est devenu récurrent. »

Secrétaire général du syndicat FO des HUS, Christian Prud’homme déplore l’absence de solution du côté de la direction d’établissement et de l’Agence régionale de Santé (ARS), malgré une première manifestation sur le même thème le 8 novembre. Infirmier anesthésiste de profession, le syndicaliste rappelle :

« La charge mentale qui pèse sur ces professionnelles est énorme. Elles ont la vie de patients entre leurs mains. Les Ibodes doivent connaître tout le déroulé des opérations, anticiper les complications et les instruments à utiliser. Beaucoup d’entre elles n’en peuvent plus. Elles sont sur le point d’appeler leur médecin qui les mettra en arrêt. »

Trois maisons de santé de quartier constatent l’importance de l’environnement pour les habitants

Trois maisons de santé de quartier constatent l’importance de l’environnement pour les habitants

En 2019, les maisons de santé de Hautepierre, du Neuhof et de la Cité de l’Ill ont interrogé les habitants de ces quartiers sur ce qui les rend malades et ce qui les aide à aller mieux. Les témoignages recueillis révèlent un rapport ambigu au cadre de vie et une conception de la santé plus large que la simple absence de maladie.

« Ce qui me rend malade, c’est quand ma mère est malade et que je ne sais pas quoi faire », Ilham, 10 ans. « J’espère la bonne santé de ma famille pour tenir le coup », Adam. « Je suis stressé angoissé par rapport à ce qui s’est passé dans mon pays. Les mauvais souvenirs du pays reviennent. Le stress des papiers de demande d’asile, l’attente. » « Les conditions de travail de mon emploi me rendent malade », Natacha. « Personnellement, je fume pour rester en forme, no stress avec une cigarette. Je mange des bonbons, du chocolat, je bois du café avec du sucre, du vélo, de la marche, j’écris beaucoup sur la vie du quotidien », Nadia, 44 ans.

Beaucoup de verbatims, quelques noms et des textes d’intention qui expliquent le projet. La santé, ça vous parle ? est un ouvrage publié en octobre 2022 par les maisons de santé de Strasbourg au terme de trois années de travail. En 2019, ces structures ont envoyé des habitants relais et des médiateurs poser deux questions aux résidents des quartiers de Hautepierre, Neuhof et de la Cité de l’Ill : qu’est ce qui vous rend malade et qu’est-ce qui vous aide à aller mieux ? Leurs réponses dessinent une définition très large de la santé et un rapport particulier aux quartiers. Entretien avec Anaïs Cayla, coordinatrice de la maison de santé de Hautepierre, structure porteuse du projet.

Rue89 Strasbourg : Il existe un certain nombre d’outils statistiques qui permettent de dresser un état des lieux de la santé des habitants dans les quartiers prioritaires. Pourquoi avoir choisi de recueillir la parole des résidents sur ce sujet ?

Anaïs Cayla : Des outils existent en effet. Mais je pense que nous avions besoin de les confronter à certaines choses que nous avions pu entendre dans les cabinets de consultation. Des éléments difficilement quantifiables qui ne rentrent pas dans les diagnostics de territoires réalisés par la Ville ou par l’Observatoire régional de santé. Notamment tout ce qui relève de l’environnement de vie, du lien social et familial, des parcours migratoires… Des choses qui participent d’un état général de bien-être ou de mal être, mais que l’on n’associe peut être pas forcément tout de suite à la santé, souvent renvoyée à la présence ou à l’absence de maladie.

Qu’est-ce qu’être en bonne santé ?

Tous ces éléments peuvent sembler être des à-côtés mais ils sont essentiels pour nos patients. En tant que professionnels, nous avons notre propre regard sur ce qu’est la santé. Une approche qui correspond à la définition de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) : la santé comme un état de complet bien-être physique, mental et social. Nous nous sommes demandé si nos patients la percevaient aussi de cette manière. Qu’est ce que cela signifie pour eux concrètement ?

Anaïs Cayla, coordinatrice de la maison de santé de Hautepierre. Photo : AM / Rue89 Strasbourg / cc

Vous avez choisi de recueillir la parole des résidents grâce à des binômes composés d’habitants relais et de médiateurs travaillant au sein des maison de santé. Comment avez vous élaboré cette méthodologie ?

Nous nous sommes dit qu’il était important de ne pas se contenter des médiateurs pour aller vers les habitants. Ça nous paraissait faire sens d’être accompagnés d’usagers qui avaient développé des liens de confiance avec nous à mesure des années. Des patients qui pourraient être des facilitateurs, des passeurs, des traducteurs… qui permettent aussi de désintimider les gens à qui nous voulions parler. Nous avons également choisi de sortir de la maison de santé pour aller à la rencontre des habitants, notamment avec du porte-à-porte.

Avez-vous formé les habitants relais à cet exercice ?

Oui. Nous nous sommes tournés vers l’association Migration santé Alsace (travaillant sur les discriminations dans l’accès à la santé, NDLR) pour les former à recueillir la parole des résidents. C’était une demande des habitants relais également : certains nous ont dit qu’ils avaient envie de se prêter au jeu, mais qu’en même temps cela les effrayait un peu. On sait qu’il n’est pas anodin de recueillir la parole, que cela peut être difficile à gérer d’entendre des récits de parcours migratoires, d’isolement, de situations de violence…

Habitants – OMS : même combat

L’idée, c’était de leur donner des clés pour savoir comment rester à la juste place, avoir le recul nécessaire pour accepter que, des fois, l’on ne puisse pas répondre à la détresse d’une personne. Il s’agissait également de leur donner des outils pour relancer un échange, parce que l’on sait que l’on va parfois devoir relancer une personne pour qu’elle parvienne finalement à dire ce qu’elle aimerait raconter mais n’ose pas formuler.

Qu’est-ce qui est ressorti de tout ce travail de recueil de la parole ?

La première chose qui est apparue, c’est que même si les habitants ne le savent pas forcément, ils ont la même définition de la santé que l’OMS. Quand ils parlent de ce qui les rend malade, ce qui revient, c’est l’importance de leur cadre de vie, de la relation à l’autre, du lien familial, de la présence d’espaces verts dans leur environnement, d’espaces de socialisation… Cette question des espaces est d’ailleurs ce qui, moi, m’a le plus marquée. On réfléchit beaucoup avec nos partenaires à ce que l’on pourrait proposer comme activités qui accompagnent nos projets. Mais je me souviens d’une personne qui m’a dit : « On manque de lieux pour se rencontrer, il y a trop d’activités. » Cette personne, elle avait juste besoin d’un banc sur lequel s’asseoir pour discuter avec des gens. Pas qu’on lui propose quinze activités tous les jours.

Ce que je trouve intéressant dans ces réponses qui font une large place à l’environnement, c’est que cela pose des défis à des acteurs qui ne sont pas forcément des acteurs de santé. Hautepierre entre dans la phase II de la rénovation urbaine mais ça veut dire quoi rénover un quartier ? Qu’est ce que cela signifie en termes d’espaces pensés pour le collectif ? De parcs ? D’espaces partagés ? De bancs tout simplement. L’urbanisme n’est pas qu’une question de transports et d’accessibilité. Cela interroge finalement l’organisation sociale : qu’est ce que l’on a comme endroit pour sortir de chez soi et créer du lien ?

« Un verre et une cigarette, et ça va bien »

Des questions de santé disons plus classiques ne sont pas apparues dans les réponses ?

Si. On se rend bien compte que les gens entendent les messages de santé publique. Certains enfants interrogés ont d’ailleurs eu un côté bon élève : quand ils ont appris qu’on était la maison de santé ils nous ont parlé des cinq fruits et légumes par jour. Mais une fois que l’on dépasse cela, les discours sont un peu différents. Je me souviens d’une patiente qui m’avait dit: « Oh la la il ne faut pas que je le dise mais moi pour aller bien, mon petit plaisir c’est une cigarette et un verre d’alcool. » Il n’y a pas de souci, on est aussi là pour parler de ces choses et moi aussi ça m’arrive de m’ouvrir une bière en rentrant quand j’ai eu une dure journée. Très spontanément, les gens nous ont répondu sur des choses qui ne concernaient pas la maladie comme, « ce qui me fait du bien, c’est d’aller dans mon jardin », « c’est de rencontrer mes voisins », « c’est d’écrire à ma famille » ou même de se téléphoner pour des personnes qui ont parfois un océan entre elles.

Est-ce l’environnement qui rend malade ou qui aide à aller mieux ?

C’est les deux. Ce qui rend malade, c’est le mal logement, l’indifférence, le racisme, les discriminations subies… et ce qui fait aller mieux c’est la possibilité d’avoir un quartier où l’on se sent bien avec des espaces verts, un jardin, des endroits ou l’on peut se croiser. L’importance du quartier est revenue dans les témoignages récoltés par chaque maison de santé. On a souvent cette image stigmatisée d’un endroit où l’on vivrait mal et dont tout le monde voudrait partir. Mais les gens n’ont pas envie de les quitter, ils s’y sentent bien. Ils souhaitent au contraire les investir davantage, développer ce qui y existe déjà. On peut parler d’amour pour ces lieux de vie, le terme n’est pas trop fort. Alors oui, il y a plein de problèmes par ailleurs, du mal-être par rapport à l’insalubrité de certains logements, le fait qu’ils soient trop petits… mais ce sont aussi des endroits repères, des lieux qui permettent la socialisation, la création de lien… C’est une espèce d’équilibre fragile.

La cité de l’Ill. Photo : TV / Rue89 Strasbourg / cc

Vous avez choisi de faire un livre avec tous ces témoignages, pourquoi ?

L’avantage du livre, c’est que ça passe de main en mains. Ça s’emprunte, ça se dépose dans une cabane à livres, sur un banc… Ça se corne, ça se plie, ça se souligne. Nous voulions un objet vivant qui s’adresse au plus grand nombre. Quelque chose qui parle aux habitants, un endroit où leur parole serait valorisée. Un outil qui puisse servir aux jeunes professionnels qui viennent se former chez nous aussi. Parce que c’est difficile de rendre compte dans un cours théorique de ce que peut être l’exercice dans un quartier populaire, de l’effet millefeuille de la santé qui s’intrique avec d’autres champs. Nous espérons qu’il pourra servir à d’autres maisons de santé qui auraient besoin de retour d’expérience. Nous espérons, aussi, que le politique va s’en emparer.

Au départ, votre travail visait à interroger ce qui fait santé pour les habitants des quartiers prioritaires. Mais ce qui fait « maladie » ou « mal-être » dépasse de loin ce que les maisons de santé peuvent soigner…

Ce qui peut-être intéressant devant tous ces éléments, c’est de réfléchir à comment l’ensemble d’un territoire répond à ces questions. Pas juste les maisons de santé mais aussi les confrères en exercice isolé, les associations de quartiers, les partenaires… Je pense que la réponse à apporter est globale. En tant que structures, on ne prétend pas sauver nos patients. On fait ce qu’on peut avec les outils que l’on a : à Hautepierre, une médiatrice, deux psychologues, un psychiatre, une travailleuse sociale et un accès aux interprètes. On sait déjà que l’on ne peut pas répondre à tout. Et c’est peut-être ce que l’on dit à travers ce travail collectif, de trois maisons de santé ensemble. À plus forte voix.

#Maisons de santé

Les galères de Paul, étudiant, pour récupérer 300 euros de charges

Les galères de Paul, étudiant, pour récupérer 300 euros de charges

Paul loue un appartement à la Krutenau depuis juillet 2020. Jusqu’en mai 2022, il a payé 50 euros de charges fixes par mois, mais n’a jamais reçu de précisions sur ces dernières. Paul a dû insister six mois, de mai à novembre, et a cessé de virer son loyer pendant trois mois, pour apprendre qu’il avait payé 300 euros de trop.

« Pendant deux ans, ils ne m’ont rien envoyé », explique Paul, 26 ans. L’ancien étudiant, diplômé en septembre 2022, a dû se renseigner seul pour connaître ses droits de locataire. Sur son bail, géré par la société Immoval, un montant mensuel est dédié aux charges – 50 euros par mois. Une somme fixe, forfaitaire, qui doit en théorie être régulée chaque année. « J’ai vu le terme “avance sur charge”, ça m’a fait réfléchir », poursuit-il.

Le principe de ce forfait est de couvrir les frais locatifs selon une estimation basée sur les années précédentes. Le décompte annuel des charges, effectué par le gestionnaire, permet au locataire de récupérer ce qu’il a payé en trop, ou au propriétaire de demander un montant plus élevé lorsque les charges prévues ont été dépassées. Mais Paul a réglé les mêmes charges fixes de juillet 2020 à mai 2022, sans recevoir le moindre document lui indiquant s’il a trop ou pas assez payé.

« Si je n’avais rien demandé, ils ne m’auraient rien donné »

Après une première sollicitation d’Immoval par mail fin mai 2022, il lui a fallu relancer cinq fois le bailleur et attendre le 9 novembre pour obtenir les documents de décompte de charge des années 2020 et 2021. Il a alors découvert qu’en deux ans, il avait payé 300 euros de plus que les frais réels. « Ils vont les enlever sur mon prochain loyer, donc ça va, mais si je n’avais rien demandé ils ne m’auraient rien donné », estime Paul, qui est encore engagé à rester dans son logement pour quatre ans. Une somme conséquente, surtout dans un budget étudiant.

En mai, son bailleur a plaidé par mail un manque de temps : « Vous recevrez [les documents] dans les meilleurs délais », y lit-on. Rue89 Strasbourg a eu accès à l’échange de d’e-mails. Sans plus de détails, il a décidé de cesser de payer son loyer en juillet, jusqu’à ce que ces documents lui parviennent. « Je ne savais pas quoi faire d’autre », justifie-t-il. Cette fois-ci, la réaction du gestionnaire a été immédiate : un courriel de juillet l’a invité à régulariser sa situation. Il a répondu qu’il attendait toujours la régularisation de ses charges. En l’espace d’une heure, il a obtenu une autre réponse vague : « Les décomptes de charges devraient être établis sous peu. »

immoval contades strasbourg
Une agence Immoval à Strasbourg, dans le quartier des Contades. Photo : CB / Rue89 Strasbourg / cc

Il ne paie pas son loyer en juillet, ni en août, ni en septembre, puis recommence à le virer en octobre et novembre, en gardant trois mois de retard. Ce qui lui vaudra, le 4 novembre, de recevoir une mise en demeure l’invitant à régler sa dette sous huit jours, sous peine de recevoir la visite d’un huissier. « Alors j’ai tout payé le jour même et j’ai envoyé moi aussi une mise en demeure », retrace-t-il. Le 6 novembre, il envoie un courrier avec accusé de réception, demandant, comme depuis mai, d’avoir accès aux documents de décompte des charges locatives pour 2020 et 2021. Finalement, le 9 novembre, il a donc reçu les précieux papiers lui confirmant qu’il avait payé 300 euros en trop.

« On fait au mieux »

Contactée, la société Immoval se défend de toute mauvaise foi : « Effectuer le décompte des charges demande d’avoir accès à beaucoup de documents qui nous sont transmis par les syndics », explique Aline Fougeroux, attachée de direction et responsable du service gestion. Elle justifie donc le délai par la complexité d’accéder à certaines factures : « On est assez vigilants et on fait au mieux, on s’excuse si c’est parfois un peu long. » La société gère environ 1 500 lots locatifs dans l’Eurométropole. Aline Fougeroux poursuit : « Il faut qu’on ait toutes les factures, qu’on remplisse des formulaires, ce n’est pas toujours facile de le faire directement à l’année échue. »

Les charges locatives concernées sont définies exclusivement par décret. Elle englobent par exemple le chauffage lorsqu’il est collectif, l’électricité ou les frais de nettoyage des parties communes.

Si Paul ne l’avait pas contacté, Aline Fougeroux assure que le gestionnaire l’aurait fait de lui-même. Et ce au plus tard lorsque le locataire aurait quitté le logement : « On rembourse par virement », assure t-elle. Selon Aline Fougeroux, l’obligation de régulariser une fois par an est plutôt une indication : « Le législateur prévoit une fois par an, mais maximum tous les trois ans. »

Une obligation… sans sanction

Dans la loi, l’obligation est pourtant claire : le bailleur fait parvenir au locataire un décompte des charges chaque année puis procède, un mois après, à leur régularisation. Celui-ci doit également tenir à disposition du locataire tous les documents justificatifs pour une durée de six mois à compter de la date où le décompte des charges est effectué – pour vérifier qu’elles lui sont bien imputables. Mais c’est au locataire ou au propriétaire d’être vigilant, précise Bintz, une autre agence de gestion, à Rue89 Strasbourg.

Dans le sens inverse, le propriétaire a trois ans pour réclamer à son locataire un complément de charges lorsque la régularisation va dans son sens. Le même délai s’applique pour le locataire – encore faut-il que le locataire sache qu’il peut récupérer une partie de ses charges.

Mais en 2017, la Cour de Cassation a arrêté que « l’obligation de régularisation annuelle des charges n'[est] assortie d’aucune sanction et que le bailleur [peut] en justifier à tout moment dans la limite du délai de prescription ». Trois ans, donc. Sans sanction, difficile de savoir si l’obligation de donner cette information aux locataires est bien respectée par les gestionnaires.

Selon Bintz, la seule instance de vérification est le fisc : « On paye tous des impôts, donc il faut justifier les sommes perçues. » Autre possibilité de contrôle : lorsque le propriétaire est une entreprise qui dispose elle aussi d’un comptable. Du côté d’Immoval, on précise aussi que des exercices comptables sont effectués par le gestionnaire. « On ne peut pas garder de l’argent qui ne nous appartient pas, on rembourse tout le monde », élude Aline Fougeroux.

Manifestation des « complotistes assumés » : « On est tous seuls, on dirait que les gens s’en foutent »

Manifestation des « complotistes assumés » : « On est tous seuls, on dirait que les gens s’en foutent »

Samedi 19 novembre, un peu plus de 200 personnes ont défilé entre le Conseil de l’Europe et la place de la République à l’appel de l’inter-QG Gilets jaunes du Bas-Rhin et des collectifs AntiPass 67 et 68. Des « complotistes » autoproclamés, en réaction à toute forme de parole officielle.

Caricatures du couple Macron, croix de Lorraine sur fond tricolore, seringues stylisées, gilets jaunes et symboles « peace » à trois branches. En face du Conseil de l’Europe, ils sont un peu plus de deux cents à attendre le départ du cortège sous le regard des promeneurs de l’Orangerie, en ce début de samedi après-midi. Au sein de ce « Rassemblement InterHumains des complotistes », des membres des collectifs Antipass 67 et 68, de l’inter-QG des Gilets jaunes du Bas-Rhin, des Loups de la liberté de Haguenau et d’Urgence solidarité soignants sacrifiés – collectif de soignants non vaccinés suspendus – de Colmar.

La manifestation qui commence à partir du conseil de l’Europe. Photo : Amélie Schaeffer / Rue89 Strasbourg / cc

« On est tous complotistes aujourd’hui »

« La plupart des manifestants présents ne croient plus les médias “mainstream”, c’est-à-dire tous les médias, les syndicats et tous les partis », pose en préambule RedBoutchka, co-organisatrice de cet événement revendiqué comme apartisan. Un « rassemblement de complotistes » assumé. « Le titre est provocateur, mais dès qu’on pense différemment de la doxa, dès que l’on remet en question la pensée unique, on est taxé de complotiste », poursuit la jeune femme. « Le complotiste, c’est celui qui remet tout en question, qui doute de toute version officielle, qui utilise son esprit critique, alors oui on est tous complotistes ici aujourd’hui », rebondit El Schnucko, l’organisateur déclarant de la manifestation.

Redbouchka et El schnucko organisateurs de la manifestation. Photo : Amélie Schaeffer / Rue89 Strasbourg / cc

Membre des Gilets jaunes avant d’avoir intégré le mouvement antipass, ce psychomotricien libéral n’a pourtant pas toujours douté de la parole gouvernementale concernant l’épidémie :

« Les trois premiers mois, j’y ai vraiment cru. J’ai enlevé mes enfants de l’école. En vacances, on allait se baigner tôt le matin pour éviter de croiser du monde. Mais ensuite j’ai écouté des économistes alternatifs qui ont démontré qu’il n’y avait pas de surmortalité liée au Covid (ce qui est faux, NDLR) ».

S’il se défend d’être opposé aux vaccins (antivax) de manière générale, l’Alsacien s’oppose à la vaccination contre le Covid en particulier. « Mon corps c’est mon corps. C’est un choix qui ne concerne que moi, car c’est pour se protéger soi qu’on se fait vacciner, pas pour protéger les autres, » dit-il.

Après le passe sanitaire, le crédit social ?

« Il y a des structures qui ont décidé d’arrêter de travailler avec moi à cause de ça, explique t-il. Certains de mes collègues n’ont pas compris et m’ont dit qu’il fallait que je vive avec mon temps. Même avec la famille, ça a parfois été compliqué. » Il reste toutefois mobilisé « pour éviter la mise en place de toute nouvelle forme de passe ou de discrimination entre les Français », craignant l’avènement d’un crédit social à la chinoise dans les mois à venir.

La suspension de soignants et pompiers pourtant jugés essentiels un an plus tôt a été très mal vécue par certains. Photo : Amélie Schaeffer / Rue89 Strasbourg / cc

À quelques minutes du départ, les discours s’enchainent depuis le toit du camion de tête. Sont évoquées tour à tour la gestion de la crise sanitaire par le gouvernement, la suspension des soignants non vaccinés et l’augmentation du coût de la vie, mise en relation avec la guerre en Ukraine, « déclenchée par l’Otan ».

« Ça m’est arrivé de diffuser de fausses informations »

14h, le cortège se met en mouvement. Au bout d’une bannière verte mentionnant la 5G, le vaccin contre le Covid et la Dépakine, Gwladys interpelle : « Pourquoi les médias ne jouent pas leur rôle ? Pourquoi ne parlent-ils pas des effets secondaires graves du vaccin contre le Covid ? Votre média dit que les complotistes produisent de fausses informations mais qui les propage vraiment ? » interroge la jeune femme « diplômée de Sciences-Po Lyon » et travaillant dans la réalisation de documentaires et le journalisme citoyen. « Il faudrait fact-checker les fact-checkeurs, juge t-elle. Qui contrôle ce qu’ils disent ? »

Photo : Amélie Schaeffer / Rue89 Strasbourg / cc

De l’autre côté de la banderole, Salvator se fait plus discret sur la question de l’information. « Les résistants ont parfois tendance à croire des choses qui vont dans leur sens même si ce n’est pas vrai », explique t-il au sujet des opposants au passe sanitaire :

« Moi même, il m’est déjà arrivé de diffuser de fausses informations. Ça peut arriver. Mais nous, contrairement aux autres, nous sommes obligés de nous justifier parce que nous sommes dans le combat. Il y a une vraie volonté de ridiculiser les résistants ».

Après avoir travaillé dans l’intérim, dans l’Éducation nationale en tant que prof de physique-chimie et dans le bâtiment, l’homme a finalement acquis une ferme où il vit en autonomie. Il manifeste aujourd’hui « pour la liberté », s’oppose à la vaccination contre le Covid et le déploiement de la 5G.

« On est des incompris »

Au milieu du cortège, Nine marche tranquillement, non loin d’un petit groupe de percussions. Un t-shirt AntiPass 67 sur les épaules. Présente sur les rassemblements de Gilets jaunes il y a quelques années, la quadragénaire est redescendue dans la rue dès juillet 2021 pour s’opposer à la vaccination contre le Covid.

« Je ne voulais pas me faire injecter un produit expérimental », justifie-t-elle. Membre de différents collectifs, dont Alsace Révoltée, cette habitante de l’Eurométropole pense avoir perdu une possibilité d’emploi à cause de ses convictions :

« J’étais en intérim. Je devais passer en CDI, mais l’entreprise qui voulait m’embaucher est allée faire un tour sur mon profil Facebook et a dit à l’agence que j’étais une rebelle et qu’elle ne voulait finalement pas me prendre. Je me suis dit que ce n’était pas un endroit pour moi et j’ai retrouvé du travail ailleurs. Mais toujours en intérim. »

Les amalgames entre les errements des gouvernements successifs sont fréquents Photo : Amélie Schaeffer / Rue89 Strasbourg / cc

Si son choix de ne pas se faire vacciner a été plutôt bien accepté par sa famille, il ne l’a pas été par tous ses proches. « J’ai des amis qui m’ont dit que je mettais tout le monde en danger en refusant de me faire vacciner. » « Il y a une forme de rejet, poursuit-elle. Ma fille de onze ans n’est pas vaccinée non plus. Il y a des fêtes chez certaines de ses amies auxquelles elle n’a pas été invitée pour cette raison. » Si elle reconnaît voir « toujours les mêmes » en manifestation, Nine apprécie toutefois de les retrouver :

« Ici, on a l’impression d’être avec des gens qui voient les choses de la même manière que nous. Ailleurs, on est des incompris. »

« On se dispute avec les amis »

Venu de Colmar, Marc marche en soutien aux soignants suspendus. « Contre la folie gouvernementale actuelle et tous les mensonges autour de la crise sanitaire. » Ce peintre à la retraite n’a jamais été Gilet jaune, mais bat le pavé depuis le début de la mobilisation contre le passe sanitaire. « La vaccination est une saloperie que l’on veut imposer aux gens » juge-t-il, allant jusqu’à parler « d’une espèce de négationnisme » pour qualifier le « silence autour des effets secondaires des vaccins contre le Covid (des effets qui sont pourtant suivis de près, NDLR). »

Marc, manifestant. Photo : Amélie Schaeffer / Rue89 Strasbourg / cc

Le Colmarien estime le mouvement anti passe « peu compris ». « On se dispute avec les amis, détaille celui qui reconnaît avoir « perdu beaucoup de proches » :

« Pour être amis, il faut avoir des idées communes… donc bon. Alors on vient ici et on rencontre de nouvelles personnes qui deviennent des amis. Les gens ont quand même des idées fixes. On cherche à dénoncer un complot et c’est nous que l’on dit complotiste ».

Le manifestant regrette l’époque où la mobilisation contre le passe pouvait faire descendre plusieurs milliers de personnes dans la rue. « Maintenant, on dirait que tout le monde s’en fout. » Quant à une éventuelle réconciliation entre pro et anti-passe, « elle ne sera possible que le jour où cela deviendra une évidence que l’on a été manipulés. »

« Venir ici, ça me recharge en énergie »

16h, le cortège arrive en vue de la place de la République. Membre du collectif Antipass 68, Gabrielle, enseignante dans l’Éducation nationale, manifeste contre la gestion de la crise sanitaire. Et pour ses élèves :

« Je n’avais jamais manifesté de ma vie, mais quand j’ai vu qu’il voulait vacciner des gamins, alors que ça ne les concerne même pas, ça m’a révoltée. Dès juillet 2021 je suis descendue dans la rue. J’ai des collègues qui m’ont regardée d’une drôle de façon. D’autres, qui ont les mêmes idées que moi, qui m’ont dit qu’ils rasaient les murs. »

Venir en manifestation ?

« Ça me recharge en énergie et me redonne du courage. Ici, les gens ont le même point de vue que moi. Et puis sinon, on est quand même isolés, seuls chez nous. N’empêche, toute cette histoire, ça sépare quand même bien les gens. »