Le 20 juin, un CRS a reçu deux gifles de la part d’un collègue qui lui a lancé « j’aime pas les Arabes » devant témoins, lors d’un pot à la caserne. L’incident a donné lieu à une plainte et une enquête administrative, au ralenti depuis quatre mois.
Le 20 juin 2022, la CRS 60, basée près d’Avignon (Vaucluse), est en déplacement à Strasbourg (Bas-Rhin). Profitant d’un jour de repos dans la caserne qui les accueille, une vingtaine de policiers organisent un pot de départ. Tout l’après-midi, ils partagent un barbecue dans la joie et la bonne humeur.
Vers 18 heures, le brigadier-chef Stéphane V., 50 ans, rejoint les festivités alors qu’il n’est pas invité. Une heure et demie plus tard, il s’approche du brigadier Kamel F., 34 ans, assis avec ses collègues. Une dizaine de CRS sont encore sur place et assistent à une scène saisissante.
Deux gifles au visage
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La société In’li Grand Est a ordonné et obtenu l’expulsion des occupants du squat Bourgogne à la Meinau, qui pourrait intervenir prochainement.
L’expulsion guette les occupants du squat Bourgogne, un immeuble de 54 logements voué à la démolition situé au 23, 25 et 27 rue de Bourgogne à la Meinau (voir tous nos articles). La société propriétaire, In’li Grand Est, ancienne Société immobilière du commerce et de l’industrie, a maintenu sa demande d’expulsion immédiate malgré l’approche de l’hiver lors d’une audience devant le juge des contentieux de la protection, statuant en référé, mardi 11 octobre. Vendredi 4 novembre, le juge a ordonné l’expulsion immédiate de 22 occupants du squat Bourgogne qui contestaient leur éviction, et de toute autre personne qui s’y trouverait.
L’imposant immeuble est occupé depuis près d’un an Photo : TV / Rue89 Strasbourg / cc
L’ordonnance précise qu’In’li, qui a porté plainte pour dégradation dès décembre 2021, peut faire appel à la force publique et à un serrurier le cas échéant. Lors de l’audience, les occupants ont nié avoir commis les dégradations et ont fait valoir leur qualité de demandeurs d’asile pour certains, et les bénéfices que leur procure cette installation débutée en janvier, notamment pour la scolarisation des enfants. Mais le juge des référés n’a pas retenu ces arguments, estimant que le dossier manquait de preuves en ce sens.
Les occupants condamnés à verser 300 euros
En outre, la loi Élan (Évolution du logement, de l’aménagement et du numérique) de 2018 a supprimé la trêve hivernale pour les occupants sans titre d’un domicile d’autrui. Le juge des référés a retenu cette exception dans son jugement, alors que les squatteurs n’occupent aucun domicile puisque les locataires d’In’li ont tous été relogés.
Les occupants sont souvent des demandeurs d’asile géorgiens Photo : TV / Rue89 Strasbourg / cc
Le juge des référés n’a toutefois pas accordé d’astreinte journalière à In’li. Les occupants ont été condamnés à verser solidairement 300€ à la société et aux frais d’huissiers qui viendraient à s’ajouter à la procédure. À ce jour, les occupants sont toujours présents au squat Bourgogne. Contactée, In’li Grand Est n’a pas communiqué sur ses intentions.
Le Molodoï accueille jeudi 24 novembre une soirée d’ambient electro avec notamment Ouai Stéphane mais ce sera aussi l’occasion de célébrer la sortie du premier album de Flupke, musicien strasbourgeois à l’univers acidulé et régressif.
Après être apparu comme un ovni sur la scène musicale strasbourgeoise il y a cinq ans, Flupke fait enfin son « coming out » jeudi 24 novembre au Molodoï. Il y présente son premier EP (extended play, un demi-album) lors d’une release party, preuve que cet artiste original peut aussi faire comme tout le monde.
Car à découvrir l’univers de Flupke, entre pop hallucinée et adolescence attardée, on pourrait se le demander. Jérémie Revel a pris le surnom Flupke en référence à la deuxième série d’Hergé, mettant en scène deux gamins habitués aux bourdes et à s’affranchir des limites. Guitariste du fort célèbre groupe de funk / soul Fat Badgers, Jérémie a couvé l’electro de Flupke depuis plus de dix ans.
Je ne pas possible rappelle les sonorités des premières consoles de jeu.
Sa page Bandcamp ne propose pourtant qu’une demi-douzaine de morceaux mais tous témoignent de créativité débridée et d’une inventivité positive qui chatouillent les neurones en cette période morose.
Interrogé sur son univers, Jérémie Revel évacue en répondant qu’en tant que musicien, il « teste plein de trucs » et que l’objectif est d’arriver à proposer une musique « ambient avec des sons jolis et rigolos ». En plein dans le mille. Quant à la présence de sa tête hallucinée dans ses clips et en couverture d’une bonne partie de ses morceaux, Jérémie l’explique par un pied-de-nez à une époque qu’il juge « individualiste et égocentrée ».
Propulsion de Flupke dans 3, 2, 1…
Individualiste, peut-être, en tout cas Jérémie Revel peut survivre dans ce monde puisqu’outre les compositions et l’interprétation des titres de Flupke, c’est également lui qui réalise les clips et même le jeu vidéo qui accompagne Je ne pas possible !
La soirée au Molodoï célèbrera également le nouvel album de Difracto, producteur de musique électronique plus classique mais bien planant tout de même. Autre artiste présent jeudi soir, l’inclassable Ouai Stéphane qui outrepasse volontiers les limites également, mais avec moins d’attention à l’esthétique et à la mélodie que Flupke.
« Les Strasbourgeoises et Strasbourgeois engagés », un podcast de Rue89 Strasbourg. Dans cette série de portraits sonores, des militants racontent leur engagement, leur parcours. Huitième épisode avec Romain Lory, éducateur sportif au FC Kronenbourg.
À l’âge de six ans, Romain Lory découvre le football dans le club du quartier de Cronenbourg. Après avoir fait carrière dans différentes équipes de la région, il revient au Football club Kronenbourg en 2007 avec deux amis et le projet de rendre au club sa splendeur passée.
Créé en 1908, le FCK est une des associations sportives historiques de la ville et les résultats de ses équipes ont fait la fierté de ce quartier populaire. Pourtant, au début des années 2000, le club est presqu’à l’abandon. Ses équipes ont mauvaise réputation et l’image de « club de quartier difficile » leur colle au maillot. C’est dans ces conditions que Romain Lory et ses amis s’attèlent à redresser le club. Quinze ans plus tard, ses jeunes joueurs amateurs sont au top et évoluent aux meilleurs niveaux régionaux.
Depuis cette année, le FC Kronenbourg a retrouvé son terrain d’entrainement au cœur du quartier. Photo : AL / Rue89 Strasbourg / cc
Pour Romain Lory, animer des équipes de jeunes dans un club de quartier comme le FCK, c’est bien plus que chercher la performance. « On n’est pas juste là pour leur donner un ballon et les faire courir autour du terrain » indique l’éducateur sportif. « Je veux leur faire découvrir une multitude de choses à travers le football. »
Ainsi, le club propose aux jeunes de nombreuses activités, des sorties hors du cadre du football et de l’aide aux devoirs. « C’est la mission d’un club de quartier », précise l’entraineur qui n’hésite pas non plus à s’investir directement quand un enfant rencontre des difficultés scolaires. « On est le relais des parents qui sont à la maison. »
Romain Lory, 36 ans, éducateur sportif au FC Kronenbourg. Photo : AL / Rue89 Strasbourg
Plusieurs associations appellent à un rassemblement dimanche 20 novembre à Strasbourg, à l’occasion de la journée internationale de la mémoire transgenre.
Support Transgenre Strasbourg, le Bloc révolutionnaire insurrectionnel féministe, Arc en Ci.elles et les Collages féministes Strasbourg appellent à un rassemblement dimanche 20 novembre à 15h place Kléber à Strasbourg.
Ces associations, qui placent leur mobilisation dans le cadre de la 24eJournée internationale de la mémoire transgenre, relèvent « au moins 390 assassinats, directs ou indirects par l’exclusion sociale et le suicide, de personnes transgenres, ou de personnes simplement non-conformes à la norme de genre. (…) Et ces morts ne représentent qu’une partie du total des crimes de haine transphobes. »
Un drapeau transgenre Photo : DR
Les quatre associations remarquent en outre que « partout dans le monde des gouvernements réactionnaires, voire ouvertement fascistes, répriment de plus en plus violemment les personnes qui n’expriment pas un genre [jugé] conforme, » ce qui laisse craindre une détérioration du nombre constaté de ces crimes de haine.
La rédaction de Rue89 Strasbourg est composée de journalistes toutes et tous prêts à écouter les Strasbourgeoises et les Strasbourgeois pour parler des sujets qui les intéressent. Notre existence et notre moral dépendent du nombre d’abonnements pris pour nous soutenir. 🙏⤵
Le gouvernement veut réformer l’enseignement en lycée professionnel, en doublant le temps de stage en entreprise. Une intersyndicale d’enseignants s’est réunie devant le rectorat de l’académie de Strasbourg jeudi. Reportage.
« Je ne veux pas former des esclaves », « Les enfants qu’on a en classe ont droit à une formation, ils ne sont pas une main d’œuvre exploitable, corvéable à merci », « Nos jeunes ne sont pas de la chair à canon »… Les formulations choisies par les enseignants présents devant le rectorat de l’académie de Strasbourg jeudi 17 novembre sont fortes. Ils sont une cinquantaine à manifester contre une réforme des lycées professionnels, dans le cadre d’une journée de grève nationale.
Une cinquantaine de professeurs se sont rassemblés devant le rectorat ce 17 novembre, contre la réforme des lycées professionnels. Photo : Amélie Schaeffer / Rue89 Strasbourg / cc
L’un des principaux points de tension est la volonté du gouvernement de doubler le temps de stage en entreprise et donc de diminuer d’autant le temps en classe. En tout, les élèves passeraient alors un tiers de leur formation en apprentissage.
Laurent Feisthauer, de la CGT, indique que cette diminution du nombre d’heures de cours menace l’équivalent de 8 000 postes d’enseignants. Ce projet intervient alors que la Région Grand Est envisage de fermer le lycée polyvalent de Pulversheim en 2025, et une dizaine d’autres établissements ces prochaines années. Giulia Vinci enseigne la matière prévention santé environnement au lycée professionnel Haute-Bruche à Schirmeck et craint des conséquences néfastes pour les élèves :
« Moi je leur apprends quels sont leurs droits, qu’est ce qu’un contrat, qu’est ce que la sécurité au travail… C’est là qu’on leur tient un discours différent de celui qu’ils entendent dans les entreprises. On ne forme pas juste des futurs travailleurs corvéables à merci, mais des citoyens. C’est le rôle de l’école en théorie. D’où la présence de matières générales dans le cursus. On leur apprend à bien s’exprimer, à rédiger des lettres de motivation, des CV, il y a des enseignements culturels, c’est indispensable. »
Giulia Vinci craint des conséquences néfastes pour les élèves. Photo : Amélie Schaeffer / Rue89 Strasbourg / cc
« Notre métier ne s’improvise pas, je le fais depuis 35 ans »
Une dizaine de professeurs du lycée Schweisguth de Sélestat, spécialisé dans le secteur tertiaire, sont présents. Ils ont crée le collectif « Touche pas à mon LEP (Lycée d’enseignement professionnel, NDLR) » spécialement pour lutter contre la réforme. Parmi eux, Sandrine Legrand, professeure d’économie, de gestion et de vente, estime qu’il n’est pas souhaitable que la formation repose plus sur les entreprises :
« Déjà, les boîtes avec lesquelles nous sommes en contact ne le veulent pas. C’est un métier d’être enseignant. Le gouvernement pense que les jeunes doivent apprendre directement sur le tas, dans l’environnement professionnel. C’est complètement déconnecté de la réalité. Nous avons des jeunes qui ont parfois de grosses difficultés, des problèmes de comportement, que des entreprises nous renvoient parce qu’elles n’arrivent pas à les gérer ou parce qu’ils sont largués et ne comprennent pas ce qu’ils doivent faire.
Le but de nos enseignements, c’est aussi leur apprendre à être autonomes. Cela ne s’improvise pas, moi je le fais depuis 35 ans. Dans la profession, nous sommes donc massivement opposés à cette réforme. Il faut une part d’immersion dans l’entreprise évidemment, mais elle ne peut pas remplacer les cours. »
Raphaël Dargent, professeur de Lettres et d’Histoire au lycée Schweisguth, fait partie du collectif Touche pas à mon LEP. Photo : Amélie Schaeffer / Rue89 Strasbourg / cc
Le ministère de l’Éducation nationale a créé des groupes de travail avec notamment des syndicats pour orienter la réforme, même si ses grandes lignes sont déjà écrites. Elle devrait être présentée en 2023. « On mobilise très en amont parce que nos métiers, l’idée du lycée professionnel, est en train de mourir », considère Pascal Thil, représentant syndical de FSU. Les représentants de la CGT, de Solidaires, de l’Unsa, du Snalc, du Snetaa et du Snuep-FSU prennent la parole successivement et sont applaudis par l’assemblée. Sandrine Legrand insiste : « On parle de la jeunesse populaire évidemment. Ce ne sont pas les enfants des politiciens et des patrons qu’on a en lycée professionnel. »
Une carte de formation adaptée au bassin d’emploi
Raphaël Dargent, du syndicat Snalc, est professeur de Lettres et d’Histoire au lycée de Sélestat. Il dénonce d’autres éléments de la réforme :
« Le plan, c’est aussi que la carte des formations soit davantage dessinée par la Région, en fonction du bassin d’emploi. Nous pensons que les jeunes doivent avoir le choix, et ne pas dépendre des industries présentes. On veut également qu’ils aient la possibilité de continuer les études, par exemple en BTS. »
Une intersyndicale appelait au rassemblement. Photo : Amélie Schaeffer / Rue89 Strasbourg / cc
« Même pour l’apprentissage des métiers c’est problématique, parce que les professionnels des entreprises ne sont pas habitués à montrer les gestes. Être professeur d’usinage demande des compétences particulières », ajoute un militant. Les syndicats préviennent qu’ils seront mobilisés dans la durée, toute l’année, avec des actions variées dans les lycées et dans la rue.
Le président du syndicat de défense des consommateurs et des salariés CGT Indecosa dénonce la passivité de l’exécutif strasbourgeois et eurométropolitain quant à l’incinérateur de Strasbourg. Les salariés de l’usine et d’entreprises sous-traitantes sont exposées à des cendres hautement cancérigènes depuis plusieurs années.
« Madame Pia Imbs, présidente de l’Eurométropole de Strasbourg, Madame Jeanne Barseghian, maire de Strasbourg,
La colère, car l’article ne reprend rien de plus que ce que nous vous avions signalé il y a un an déjà. En octobre 2021, nous vous avons adressé un courrier (ainsi qu’au groupe Séché et à l’usine Senerval – du nom de l’incinérateur) portant sur les très inquiétants témoignages que nous avions reçus. Votre réponse nous est revenue deux mois plus tard : « Nous nous en remettons aux autorités de contrôle (l’inspection du travail et la Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement -Dreal).
Dans la soirée du dimanche 23 octobre, le syndicaliste a alerté la Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement (Dreal) sur la présence de CMR à l’air libre et en grandes quantités dans l’installation. Photo : Documents remis
Alerte d’une association, des réponses condescendantes
Nos questions étaient claires, ouvertes, courtoises. Elles se voulaient le reflet de l’activité d’une association de consommateurs portant la spécificité de s’intéresser tout particulièrement au cadre social et environnemental des produits que nous consommons. Ces notions s’appliquent également aux services mis à disposition des usagers, que ce soit dans le domaine marchand ou dans le domaine public. Notre alerte entrait dans le cadre des actions menées par ces associations de bénévoles qui ne comptent pas leur temps et s’impliquent dans la vie citoyenne de leur territoire.
En retour, nous n’avons reçu que des réponses condescendantes, la vôtre comme celle du prestataire se résumant par cette phrase de conclusion : « Soyez assurés que Senerval s’inscrit dans une démarche de progrès continu, qui vise à analyser les retours d’expérience et mettre en place les actions correctives chaque fois que cela est nécessaire. » À la lecture des récents développements de ce dossier, on pourrait presque en rire, si cela n’était pas aussi tragique.
Une découverte tardive des substances cancérigènes
Malgré nos alertes, les « autorités de contrôle » auxquelles vous vous en remettiez semblent aujourd’hui s’apercevoir de la présence de ces sacs un peu partout dans l’usine. Ils contiennent des Refiom (Résidus d’épuration des fumées d’incinération des ordures ménagères, classés substances cancérigènes, mutagènes et reprotoxiques – CMR). On parle ici de plusieurs tonnes de cette substance.
Notre courrier vous indiquait clairement que des témoignages attestaient de leur présence, même après que 220 millions d’argent public aient été engloutis dans cette unité. Nous vous indiquions qu’on en trouvait à même le sol, en tas, au contact des eaux de pluie et exposés aux vents. Et nous n’avons obtenu, pour toute réponse, qu’un renvoi à un document semi publicitaire vantant la gestion des déchets par l’Eurométropole de Strasbourg.
Nos questions sans réponse
Oui, nous sommes profondément en colère, car si brusquement il s’avère que ces sacs de Refiom entreposés partout dans l’usine, et pouvant se répandre à l’extérieur (pluie et vent), existent bel et bien et ne sont pas le fruit de notre trop grande écoute de rumeurs alarmistes, alors qu’en est-il de nos autres questions ?
Rappelons ici les questions que nous posions dans notre courrier de 2021, en dehors de cette seule alerte sur le stockage de ces résidus, pourtant déjà bien calamiteux :
Est-il vrai que la délégation de service public signée par l’Eurométropole implique que les travaux lourds soient laissés à la charge de la communauté, incitant par là même le délégataire (quel qu’il soit) à ne pas effectuer de travaux sur les problèmes légers, pour ne pas avoir à en supporter le coût ?Est-on vraiment certain que les riverains et les salariés ne s’exposent à aucun risque de type CMR lié à l’activité de l’usine ? Comment le garantir si des Refiom traînent un peu partout au gré du vent et des eaux de pluie ?
Un recours à des explosifs sans arrêter les fours ?
Est-il seulement possible qu’il soit de façon récurrente, bien plus fréquemment que d’ordinaire, fait recours à des explosifs dans les fours pour libérer les canalisations des poussières accumulées, et ce alors que le four n’est pas à l’arrêt ?Qu’y a-t-il de vrai dans l’affirmation que, faute de moyens, la quasi totalité des camions de déchets ne font pas l’objet de contrôles, ce qui fait qu’on retrouve régulièrement des substances interdites voire dangereuses dans les fosses d’incinération ?Est-il possible que des conduites aient été « réparées » avec ce qui ressemble à s’y méprendre à du gros scotch plastique, qui n’a bien évidemment pas résisté aux pressions ni aux poussières ?Pourquoi a-t-on ignoré ces images des moniteurs de contrôle des fours indiquant clairement de larges périodes de surpression ? Interrogé à ce sujet, un spécialiste de la question nous a assuré que cette situation pourrait mener à l’explosion du four, menaçant la survie de tout ce qui se trouverait dans les 15 mètres autour, assortie de larges projections de poussières CMR.Est-il vrai que certains couloirs se retrouvent littéralement noyés par des nuages de Refiom fuyant des joints de tuyauterie ?
Une année s’est écoulée, inutile et toxique
Est-ce un embarras politique qui cherche à poser un voile opaque sur un tel scandale sanitaire ? Ou s’agit-il d’une mauvaise évaluation de vos services de l’ampleur du désastre écologique, sanitaire et financier que représente ce dossier ?
Quoi qu’il en soit, une année s’est écoulée. Une année inutile. Une année toxique pour toutes celles et ceux qui y auront été exposés. Une année dont ils seront en droit de réclamer des comptes auprès des responsables.
Nous attendons, cette fois, des réponses précises et circonstanciées de votre part.
Le président du syndicat Indecosa CGT du Bas-Rhin,
Alors que la révolution iranienne entre dans son troisième mois, le collectif de soutien strasbourgeois appelle à continuer les manifestations en solidarité.
Le Collectif de solidarité avec le peuple iranien (CSAPI) organise une nouvelle manifestation, samedi 19 novembre de 15h à 17h, place Kléber à Strasbourg. Après des chaînes humaines, des concerts et des performances, le CSAPI maintient ces rendez-vous pratiquement chaque semaine alors qu’en Iran, la révolution ne faiblit pas malgré une répression qui aurait fait plus de 300 morts, essentiellement des étudiants selon une estimation de l’ONU.
Chaîne humaine en solidarité avec les Iraniens en lutte, dimanche 30 octobre Photo : Mahdi Pourarab / doc remis
Débutée mi-septembre en réaction à l’assassinat par la police des mœurs de Mahsa Amini, une jeune fille qui avait refusé de réajuster son voile, la révolution en cours en Iran est brutalement réprimée par le régime des mollahs. Plus de 14 000 personnes ont été arrêtées et mercredi, trois nouvelles condamnations à mort ont été prononcées contre des manifestants.
« Parole aux taulards » – Épisode 1. La majorité des 655 détenus de la maison d’arrêt de Strasbourg passent plus de 22 heures par jour dans des cellules vétustes aux équipements souvent dysfonctionnels. Leurs conditions de détention dépendent beaucoup du bon vouloir des surveillants.
« La direction vous a fait visiter les cellules des mineurs, parce que c’est propre, c’est pareil chez les femmes. » Lorsque Valentin (tous les prénoms des détenus ont été modifiés) a contacté Rue89 Strasbourg en juin, l’ancien détenu tenait à apporter « quelques détails » sur les conditions de détention qu’il avait connues à la maison d’arrêt de Strasbourg. À la lecture de notre reportage en compagnie du sénateur Jacques Fernique (EE-LV) sur la prison strasbourgeoise, Valentin a dû esquisser un sourire narquois, de ceux à qui on ne la fait pas : « Ils vous ont montré l’Unité des détenus violents (UDV) et l’étage 1 parce que ça a été refait à neuf. Mais les autres cellules, ça n’a rien à voir, c’est catastrophique. »
Entrée du quartier pour femmes de la maison d’arrêt de Strasbourg. Photo : Abdesslam Mirdass / Rue89 Strasbourg Les toilettes d’une cellule du quartier femmes de la prison strasbourgeoise.
« Tu marches trois pas et t’as des staphylocoques »
« Nous sommes obligés de faire les travaux là où c’est le plus urgent », avait indiqué le directeur de la maison d’arrêt de Strasbourg, Said Kaba, lors de la visite du parlementaire en juin 2022. Mais la réalité se fait plus crue avec le récit des détenus. Tous évoquent ces pannes qui durent dans cette prison construite au milieu des années 80. « J’ai eu deux fois des problèmes de chasse d’eau (qui se trouve dans la cellule de neuf mètres carrés, sans porte, NDLR) raconte Valentin, je chiais dans un sachet et je le jetais par la fenêtre, pendant un mois et demi. » Kader évoque un lavabo cassé pendant deux mois, « un plombier venu à l’arrache et un lavabo qui ne fonctionne toujours pas. »
Saïd Kaba, directeur de la maison d’arrêt de Strasbourg, rencontre le sénateur écologiste Jacques Fernique à l’entrée de la maison d’arrêt de Strasbourg le 16 juin 2022. En arrière-plan, Florian Kobryn conseiller départemental écologiste à Strasbourg. Photo : Abdesslam Mirdass / Rue89 Strasbourg
La saleté répugnante des douches est une autre constante. Bertrand décrit des douches « horribles » où le sol est « plein de champignons et les évacuations d’eau bouchées ». Kader renchérit : « Tu marches trois pas et t’as des staphylocoques. » D’autres décrivent des douches cassées, où le bouton pressoir ne fonctionne plus. Et malgré tout, les détenus déplorent de ne pas pouvoir se laver plus souvent. « Avant, on avait douche après le sport, mais ça a été supprimé il y a deux trois ans, regrette Sofiane, c’est pareil pour le parloir, avant on avait le droit à une douche avant de voir nos proches. »
Dépendre du bon vouloir des surveillants
Autre source de mécontentement de plusieurs détenus : le rationnement des cantines. Pour des tarifs bien plus élevés qu’à l’extérieur, les prisonniers peuvent acheter une sélection limitée de produits, de la nourriture à l’eau en passant par le tabac. Ferat se plaint ainsi des restrictions sur l’eau : « T’as le droit à 12 bouteilles par semaine seulement. Pendant la canicule, en trois jours c’est terminé. Dans d’autres prisons, tu peux commander autant d’eau que tu veux. » La qualité des produits laisse aussi à désirer, comme le raconte Kader : « Ça m’est déjà arrivé de recevoir de la viande périmée ou un pot de mayonnaise qui périmait quatre jours plus tard. En plus, les frigos qu’on a sont pourris. Ça m’est déjà arrivé de jeter la moitié de ce que j’avais parce que le frigo avait lâché. »
Dans une cellule de la prison strasbourgeoise. Photo : Abdesslam Mirdass Les tarifs des cantines à la maison d’arrêt de Strasbourg. Photo : Document remis Les tarifs de la cantine pour les détenus tout juste arrivés à la maison d’arrêt de Strasbourg.
« Ce qui rend fou en maison d’arrêt, résume Valentin, c’est de passer 22 heures 30 en cellule à dépendre du bon vouloir des surveillants, à sortir dans une cour sale et d’avoir des douches non fonctionnelles. » Après avoir passé plusieurs années en détention à l’Elsau, Valentin décrit cette dépendance vis-à-vis des employés de la maison pénitentiaire avec nuance : « La moitié des surveillants sont très humanistes, ils sont là pour toi. Mais t’as aussi des gens pas professionnels… »
Violence sur détenu, plainte et représailles
Cette enquête, réalisée sur une période de six mois, a permis d’établir deux situations, l’une de violence, l’autre d’abus de pouvoir, qui révèlent un sentiment d’impunité chez certains surveillants. Un avocat, un détenu et l’un de ses proches ont confié l’histoire de Grégory. Selon les récits recueillis, un technicien intervenait dans sa cellule pour une réparation quand le jeune homme a été agressé par un gardien de prison estimant que le détenu lui avait manqué de respect. Rue89 Strasbourg a pu consulter un certificat médical datant de mai 2021 indiquant que le jeune homme « déclare avoir été agressé ce jour vers 14h00 ». Selon l’examen d’un médecin de la prison, Grégory présentait des ecchymoses sur le cou, les épaules et les avant-bras.
Le père de Grégory ne comprend pas cette violence, gratuite selon lui. Il dénonce aussi les représailles subies après un dépôt de plainte par son fils :
« Ils ont commencé à le fouiller tous les jours, à le fouiller à nu pour chaque parloir… On a voulu le transférer dans un autre établissement, parce qu’on le privait de presque tout, mais la direction refusait. C’est comme s’il devait payer une autre fois. Moi j’avais peur. Il disait qu’il n’en pouvait plus… »
Un encadrement du personnel jugé « défaillant »
Dans la cellule, le détenu dépend de la bonne volonté du surveillant pour chacune de ses sorties. Jacques l’a appris à ses dépens. Il souhaitait se rendre en zone scolaire lorsqu’un surveillant l’insulte et lui bloque la porte avant de rappeler qu’il est le seul à décider si le prisonnier peut aller en classe ou non. C’est finalement l’intervention d’un collègue qui permettra à Jacques d’étudier. Ce dernier a porté plainte pour cet abus de pouvoir. La direction de l’administration pénitentiaire a répondu en promettant un « examen attentif de la situation évoquée ».
Des fenêtres tombent de longues bandes de plastiques ou de draps. Elles sont utilisées pour passer des objets d’une cellule à l’autre. Photo : Abdesslam Mirdass / Rue89 Strasbourg
Dans ses deux derniers rapports d’inspection à la maison d’arrêt de Strasbourg, le Contrôleur général des lieux de privation de liberté a taclé l’encadrement du personnel de surveillance « jugé défaillant » avec le « constat d’une détention livrée à elle-même » en 2015. Suite à plusieurs préconisations urgentes, une nouvelle visite deux ans plus tard avait permis de constater que « l’organisation du service et de l’encadrement de la détention est restée inchangée par rapport au précédent contrôle ». Le dernier rapport sur la prison strasbourgeoise restait très critique :
« Les surveillants se montrent globalement passifs dans leurs rapports avec la population détenue, notamment lors des mouvements, attendant que les personnes détenues se manifestent. Ces dernières ont d’ailleurs déploré auprès des contrôleurs leur faible disponibilité et l’absence de suivi de leurs sollicitations. Ce manque de vigilance est particulièrement préoccupant s’agissant des violences dont peuvent être victimes des personnes détenues, les contrôleurs ayant été à même de constater que leur repérage n’était pas toujours réalisé avec la perspicacité et la promptitude voulues. »
Le paradoxe d’une prison qui enfreint la loi
C’est tout le paradoxe des prisons, qui doivent permettre de remettre des délinquants sur le droit chemin. Pourtant, ces établissements sont eux-mêmes en infraction avec la législation française et internationale. Comme l’indiquait sur le ton de l’évidence un officier de la maison d’arrêt lors de la visite du sénateur Jacques Fernique en juin 2022 : « En Europe, on est censé avoir des cellules individuelles, mais ça n’existe nulle part. »
C’est le paradoxe d’une institution qui punit les délinquants tout en enfreignant la loi. Photo : Abdesslam Mirdass / Rue89 Strasbourg
« Certains détenus cherchent à fuir les addictions et / ou une partie de leurs fréquentations de l’extérieur, synonymes de risque accru de récidive. Le cadre imposé par la prison peut parfois répondre à ces attentes. Mais la grande majorité des prisonniers souffrent des conditions de détention qui les isolent du reste de la société », constate un membre du personnel soignant de la maison d’arrêt de Strasbourg. Ce dernier rapporte les souffrances exprimées par les détenus, « les neuf mètres carrés partagés avec quelqu’un et les problèmes qui vont avec, les conditions d’hygiène dégradantes, le fait de devoir attendre des jours voire des semaines pour la moindre demande… »
« Le détenu peut se suicider sans qu’on le voie »
De l’extérieur, pour les surveillants, les cellules de la maison d’arrêt de Strasbourg ont un défaut. Leur configuration ne permet pas aux gardiens d’avoir une vue sur la fenêtre et les lits superposés. « Le détenu peut se suicider sans qu’on le voie par une pendaison en position assise sur les toilettes », avait expliqué un officier pendant notre reportage dans la prison strasbourgeoise. Dans la nuit du 21 au 22 juin 2022, un détenu s’est pendu dans sa cellule dans le quartier des arrivants de la prison de l’Elsau.
Sollicitée, la direction de la maison d’arrêt de Strasbourg n’a pas donné suite à notre demande d’entrevue.
Rédacteur en chef de Rue89 Strasbourg. Spécialisé depuis 2019 en enquêtes locales, à Strasbourg et en Alsace sur des sujets variés allant de l’extrême-droite à l’hôpital public en passant par la maison d’arrêt de Strasbourg, les mouvements sociaux, les discriminations et l’expertise-psychiatrique.
La préfète du Bas-Rhin et la maire de Strasbourg ont dévoilé un dispositif de sécurité quasi-inchangé pour l’édition 2022 du marché de Noël, sans fouille systématique des sacs à l’entrée de la Grande-Île et avec un espacement des chalets.
« Nous souhaitons un dispositif à la fois plus efficace et moins anxiogène », résume Jeanne Barseghian (EE-LV), la maire de Strasbourg, à la conférence de presse sur la sécurisation du marché de Noël 2022 ce mercredi 16 novembre. Pendant quelques années avant 2020, de 11h à 20h, toute personne qui rentrait sur la Grande-Île de Strasbourg était contrôlée. Nombre de Strasbourgeois étaient agacés par cette pratique, qui n’avait d’ailleurs pas empêché l’attentat du 11 décembre 2018.
Des agents de la police municipale participeront au dispositif de sécurité, notamment pour les contrôles de véhicules à l’entrée de l’hypercentre. Photo : Amélie Schaeffer / Rue89 Strasbourg / cc
En 2022, le dispositif de sécurité sera en grande partie similaire à l’année précédente : espacement des chalets pour permettre une surveillance accrue des allée du marché et absence de vérification systématique des sacs. Les fouilles seront aléatoires et concerneront les piétons et cyclistes aux points d’accès à la Grand-Île et à l’intérieur du marché. Les personnes avec des objets volumineux comme des valises, des grands sacs à dos ou des vélos-cargos seront particulièrement ciblées. Tout le marché se déroulera sur la Grande-Île, il n’y aura plus de chalet place du Corbeau contrairement à l’édition 2021.
1 000 personnes mobilisées à chaque instant pour la sécurité du marché de Noël
La police municipale contrôlera aussi les véhicules qui entreront dans l’hypercentre. Le stationnement sera interdit en permanence dans la Grande-Île du 24 novembre à 11h au 24 décembre à 18h. La circulation y sera interdite de 11h à 20h (sauf autorisation) à partir du 24 novembre jusqu’au dernier jour, le 24 décembre, à 18h. Josiane Chevalier, la préfète du Bas-Rhin, détaille :
« En tout, en prenant les unités de police nationale, les agents municipaux, les patrouilles sentinelles, les entreprises de sécurité privé et les pompiers, 1 000 personnes seront mobilisées chaque jour pour la protection de l’événement. (…) La présence de forces de l’ordre sera aussi accrue dans les autres quartiers de la ville. (…) La menace terroriste est toujours importante à Strasbourg comme ailleurs dans le pays. Il y aura aussi des patrouilles allemandes comme d’habitude. »
L’arrêt de tram Broglie n’était pas desservi pendant toute la durée du marché de 2021. Ça sera à nouveau le cas en 2022. De plus, les trams ne s’arrêteront pas aux arrêts Langstross Grand’Rue et Alt Winmärik pendant les heures d’ouverture du Marché de Noël, de 11h à 20h. Dominique Rodriguez, directeur départemental adjoint de la sécurité publique du Bas-Rhin, explique que ces deux arrêts du centre-ville n’étaient pas adaptés à une sécurisation à cause de l’étroitesse de la rue. Le seul arrêt de tram où il sera possible de descendre à l’intérieur de la Grande-Île sera donc Homme de Fer, avec des contrôles aléatoires.
Le 16 décembre, la préfète du Bas-Rhin et la maire de Strasbourg ont présenté le dispositif de sécurité du marché de Noël 2022. Photo : Amélie Schaeffer / Rue89 Strasbourg / cc
Un million d’euros pour la Ville de Strasbourg
Des unités d’intervention formées aux tueries de masse seront prêtes à intervenir. Les équipes mobiles de police quadrilleront stratégiquement l’hypercentre pour « un temps d’intervention théorique de moins d’une minute en cas d’incident », estime Dominique Rodriguez. Il ajoute que des policiers seront chargés de lutter spécifiquement contre les vols à la tire. Enfin, pour chaque intervention des secours, deux équipes des pompiers de deux casernes différentes s’élanceront simultanément pour garantir une intervention la plus rapide possible.
Sans donner de chiffre précis, car « le calcul est compliqué », Josiane Chevalier affirme que le coût du dispositif est très conséquent pour l’État avec « 350 membres des forces de l’ordre mobilisées à chaque instant » et leur hébergement à prendre en charge. Avec la mobilisation de ses agents et de ses moyens, la Ville dépensera un million d’euros pour la sécurisation du marché de Noël, annonce Jeanne Barseghian.
Sept détenus ou ex-prisonniers racontent leurs conditions de détention à la maison d’arrêt de Strasbourg. Leurs descriptions offrent une contre-visite de la prison, de la cellule à la sortie de l’établissement pénitentiaire, en passant par la cour de promenade, l’atelier et le parloir.
« Bonjour, je suis un ancien détenu de la maison d’arrêt de Strasbourg (…) je voudrais vous apporter quelques détails sur les conditions de détention déplorables de cette prison. » La série « Parole aux taulards » est née grâce à un ancien détenu. Après avoir lu notre reportage sur la prison strasbourgeoise, Valentin (tous les prénoms des détenus ont été modifiés) a souhaité témoigner de sa propre expérience.
La visite surprise initiée par le sénateur écologiste Jacques Fernique le 16 juin 2022 a certes permis une incursion précieuse dans la maison d’arrêt. Mais la visite guidée par la direction et le peu de temps laissé pour s’entretenir avec les prisonniers ont empêché de prendre conscience de la réalité quotidienne d’un détenu strasbourgeois.
Photo prise lors de la visite de la maison d’arrêt de Strasbourg par le sénateur Jacques Fernique, en juin 2022. Photo : Abdesslam Mirdass / Rue89 Strasbourg
Au total, Rue89 Strasbourg a pu recueillir les témoignages de sept personnes, certaines au cours de leur incarcération, d’autres une fois libérées. Sur la vétusté des cellules, l’accès restreint à un emploi, le manque de personnel de réinsertion ou la violence du parloir pour les proches, leurs histoires se répètent et détaillent la violence des conditions de détention : la chaleur et le manque d’eau pendant les canicules, la perte de confiance en soi jusqu’à la dépression, l’enfermement 22 heures sur 24 ou encore l’incompréhension face aux signaux parfois contradictoires envoyés par la direction d’un côté et les surveillants de l’autre.
Une « contre-visite » des cellules, du parloir, de la cour…
Cette série d’investigation se décline en six épisodes publiés chaque jeudi. Elle prend la forme d’une « contre-visite » après celle menée par Jacques Fernique. En prenant les témoignages de détenus et ex-prisonniers ces six derniers mois, Rue89 Strasbourg peut dresser un portrait plus précis de la prison. Des professionnels du milieu carcéral ont aussi été sollicités pour obtenir leurs points de vue. Des avocats ont également accepté de fournir les documents permettant d’étayer des informations obtenues des prisonniers.
Cette description de la maison d’arrêt de Strasbourg commencera par la pièce où le détenu passe la quasi-totalité de son incarcération : la cellule. Le deuxième épisode portera sur la promenade et la réduction du temps extérieur depuis la pandémie de covid. Le troisième article décrira le parloir, ses fouilles et ces mères, pères, frères et sœurs parfois traités comme le détenu qu’ils viennent voir.
Rédacteur en chef de Rue89 Strasbourg. Spécialisé depuis 2019 en enquêtes locales, à Strasbourg et en Alsace sur des sujets variés allant de l’extrême-droite à l’hôpital public en passant par la maison d’arrêt de Strasbourg, les mouvements sociaux, les discriminations et l’expertise-psychiatrique.
L’Association des usagers des transports en commun de Strasbourg ne croit pas en la capacité de la SNCF d’assurer le cadencement exigé du futur Réseau express métropolitain, une sorte de RER strasbourgeois. Les petites gares du Bas-Rhin pourraient même pâtir d’une concentration des efforts vers l’agglomération.
« On préfère avertir les usagers pour qu’ils ne soient pas déçus. » Le président de l’Association des usagers des transports urbains de Strasbourg (Astus), François Giordani, est amer. Mardi après-midi devant la presse, il a évoqué la gêne de son association, enthousiasmée par l’arrivée le 12 décembre du Réseau express métropolitain (REME, voir tous nos articles), mais certaine que la SNCF n’arrivera pas à fournir le service annoncé :
« Tous les jours, nos membres nous alertent sur des retards et des trains supprimés à la dernière minute. La SNCF n’a pas assez de conducteurs, pas assez de matériel, pas assez de pièces de rechange pour satisfaire aux exigences d’un service déjà “aménagé” à la baisse depuis un an… Et ils devraient être en mesure de faire rouler 800 trains supplémentaires par semaine à partir du 12 décembre ? Nous sommes très inquiets et les assurances, purement déclaratives, de la SNCF ne nous ont pas rassurés. »
Le REME devrait ajouter 800 trains par semaine autour de Strasbourg Photo : Amélie Schaeffer / Rue89 Strasbourg / cc
Contactée, la communication de la SNCF n’a pas été en mesure de trouver un interlocuteur pour répondre à cette mise en cause avant la parution de cet article. Mais l’entreprise publique a déjà reconnu elle-même ses difficultés de recrutement, le métier de conducteur de train ayant perdu beaucoup d’intérêt depuis qu’il n’y a plus les avantages du statut de cheminot mais toujours ses contraintes d’horaires et de déplacements…
15 minutes de plus et tout bénéfice est perdu
Autre point d’inquiétude de l’Astus, si le REME parvient à exister selon les cadencements demandés par la Région Grand Est et l’Eurométropole de Strasbourg, ses deux collectivités financeuses, il devrait provoquer une dégradation quasi-automatique du service des TER au-delà de l’étoile strasbourgeoise, comme l’explique André Lott, vice-président de la Fédération nationale des associations d’usagers des transports (FNAUT) du Grand Est et président de Bruche-Piémont Rail :
« On a regardé en détails les horaires des TER à partir du 12 décembre. Et on remarque que des trains au-delà de Molsheim ou d’Haguenau ont été décalés de 5 à 15 minutes. Ça n’a l’air de rien, mais 15 minutes de plus à attendre devant la porte d’un lycée et 15 minutes sur le quai au retour, chaque jour, ça change tout ! Des parents vont légitimement se demander s’il ne vaut pas mieux conduire leurs enfants… »
La dernière version de Réseau express métropolitain telle que votée à la Région et à l’Eurométropole. Photo : extrait de délibération
Les deux associations d’usagers ont listé plusieurs problèmes très concrets que vont provoquer ces modifications d’horaires, « décidées sans concertation » selon elles. Mais la SNCF n’a guère été à l’écoute selon François Giordani et André Lott.
Ainsi, les deux représentants d’usagers ont constaté que les trains ne seront plus en mesure de desservir aux bonnes heures de début et de fin de service le site industriel de Merck, 2 200 employés et 800 prestataires… « Qui acceptera d’attendre une demi-heure chaque jour pour des trajets aussi courts ? C’est irréaliste, et de nombreux employés habitant dans le Piémont vont opter pour la voiture », se désole André Lott.
Quatre hubs et des connexions ralenties
Selon l'analyse des membres de l'Astus, qui ont épluché les futurs horaires, la SNCF a réorganisé son service dans tout le Bas-Rhin pour l'adapter aux exigences de cadencement du REME. Quatre mini-hubs seront activés dans les gares de Molsheim, Entzheim, Bischwiller et Haguenau. Entre ces gares et Strasbourg, le REME proposera un bien meilleur service de transports en commun qu'actuellement selon leur analyse, mais au-delà, le service va se dégrader selon l'Astus :
"Il y aura des changements de trains systématiques dans ces quatre gares, pour tous les trains qui viennent des petites villes. Auparavant, les gens pouvaient choisir les omnibus, qui étaient plus longs mais directs. Après le REME, ils devront changer de train et attendre parfois 12 minutes, tous les jours, pour des trajets restants de 3 ou 4 minutes !"
François Giordani et André Lott sont d'autant plus tristes de ces constatations qu'ils considèrent le REME comme une avancée majeure dans l'offre de transports en commun. "Devant le silence de la SNCF, on préfère sonner l'alarme, quitte à être démentis par les faits", soupirent-ils.
Un collectif de Gilets jaunes et d’opposants au passe sanitaire organisent une manifestation samedi 19 novembre à Strasbourg pour dénoncer les atteintes aux libertés d’une manière générale.
Gilets-jaunes et opposants au passe sanitaire prévoient de manifester à Strasbourg samedi 19 novembre, entre 13h et 18h. L’appel vise à dénoncer la gestion de la crise sanitaire du Covid, la guerre en Ukraine, les atteintes aux libertés et appelle d’une manière générale au rassemblement de tous ceux qui se sentent « bernés par le gouvernement ».
Organisé par « l’inter-QG Gilets jaunes du Bas-Rhin » et les collectifs AntiPass 67 et 68, l’appel donne rendez-vous au parc de l’Orangerie avec une destination place de la République, où des animations et échanges seront proposés. L’appel précise que toute bannière syndicale ou politique est à proscrire, sauf le Gilet jaune.
Qui est complotiste ?
Non sans humour, le tract amalgame plusieurs thèmes prisés des complotistes pour s’en moquer, afin de dénoncer ce qualificatif souvent appliqué aux opposants aux mesures sanitaires… feignant d’ignorer que dans les réseaux antipass ou Gilets jaunes, de nombreux appels de mouvements sectaires et de fausses informations sont diffusés sans aucune modération ni dénonciation (voir notre enquête sur les réseaux antipass et plus récemment au sein du réseau Solaris), quand il ne s’agit pas de tentatives de récupération de l’extrême-droite.
Le tract de la manifestation Photo : doc remis
La marginalisation de cette frange de la population, qui a commencé avec la brutale répression des Gilets jaunes pour se poursuivre avec la stigmatisation des opposants au passe sanitaire par le gouvernement et le président de la République, a produit cette fracture sociétale.
De trop nombreuses personnes sont désormais persuadées que « les médias mentent » systématiquement, et que « la vérité » est plutôt à chercher du côté de chaînes Youtube ou Odysee. À ce jour, aucune politique nationale ne semble avoir pris la mesure du problème…
Les ouvriers de l’usine Heineken, choqués par l’annonce de sa fermeture, ont fait grève ce 15 novembre. Devant la brasserie, dans leur diversité d’âge et de profession, beaucoup se sont confiés sur ce qu’ils ressentent alors que leurs emplois vont disparaître. Reportage.
Mora est abattue. Cariste en CDI depuis cinq ans, elle n’en revient toujours pas de la brutalité de l’annonce de la fermeture de la brasserie Heineken et de la suppression de 220 postes à Schiltigheim en 2025. « Je ne m’attendais pas à une décision aussi radicale. Je pensais qu’on aurait juste une baisse de l’activité à la limite », souffle t-elle.
Les employés ont bloqué l’accès au site de production ce 15 novembre. Photo : Amélie Schaeffer / Rue89 Strasbourg / cc
Ce mardi 15 novembre, au lendemain de cette annonce, l’usine est à l’arrêt, bloquée par 80 salariés qui tiennent un piquet de grève. La plupart devaient commencer leur service à 5h du matin. D’autres viennent en solidarité, et prendront le relais dans l’après-midi. Mora, 37 ans, commence à réaliser les conséquences de cette décision :
« J’ai été intérimaire pendant 12 ans avant d’obtenir ce poste fixe. Il fallait toujours refaire ses preuves dans les nouvelles entreprises, prendre un nouveau rythme. J’étais souvent stressée, avec la pression de ne pas travailler assez, la peur de ne pas réussir à payer les factures. Là, j’ai enfin une situation plus confortable. J’habite à Cronenbourg, je viens à vélo, j’aime mon équipe, je gagne 1 800 euros nets. C’est dur de se dire que je vais certainement replonger dans ma vie d’avant, et avoir une baisse de revenu. »
Mora a peur de redevenir intérimaire après la fermeture de la brasserie. Photo : Amélie Schaeffer / Rue89 Strasbourg / cc
« Charlène de Heineken ne travaille pas la nuit ici »
En passant, des voitures klaxonnent pour montrer leur soutien. Vestes jaunes sur le dos, les ouvriers d’Heineken ont le regard grave aujourd’hui. David s’occupe de la maintenance des machines depuis 32 ans. Comme d’autres de sa génération, il a d’abord vécu la fermeture du site Fisher, qui appartenait aussi au groupe néerlandais Heineken, à quelques centaines de mètres :
« Ils se sont faits des couilles en or grâce à notre sueur. Nous on est presque des machines de l’usine. Charlène de Heineken ne travaille pas la nuit ici, mais elle a 15 milliards sur son compte. Et là, ils considèrent qu’on n’est pas assez rentables, ils nous jettent, parce que le site est vétuste, mais c’est voulu ça, ils n’ont pas investi pour rénover. Il y a de plus en plus de travail dans la maintenance je le vois bien. »
Après plus de trente ans chez Heineken, (de gauche à droite) David, Laurent et Thierry se rappellent avoir beaucoup donné pour leur entreprise. Photo : Amélie Schaeffer / Rue89 Strasbourg / cc
Laurent a aussi 31 années d’ancienneté : « C’est une grosse partie de ma vie, c’est sûr. » Certains mois, avec les nuits et les jours fériés travaillés, il gagne 2 500 euros nets, à 50 ans passés. Il craint de ne pas réussir à trouver d’emploi ensuite. « Un collègue a démissionné à 55 ans, il n’a plus été pris nulle part jusqu’à la retraite » se rappelle t-il. Pour Thierry, qui s’occupe du conditionnement depuis 30 ans, « ça va faire très bizarre de continuer pendant trois ans, tout en sachant qu’on va fermer ». Tous comptaient sur leur contrat à Heineken pour aller jusqu’à la retraite.
Devant la brasserie, les ouvriers d’Heineken discutent des conséquences de l’annonce de la fermeture de l’usine. Photo : Amélie Schaeffer / Rue89 Strasbourg / cc
Des conditions de travail difficiles
« Beaucoup d’entre nous ont des familles ou des prêts à payer. Perdre nos CDI, c’est voir arriver la crainte des difficultés financières. Forcément, après une vie de travail, on le prend mal », résume Didier Deregnaucourt. L’ouvrier de 57 ans et délégué du personnel pour la CGT, constate l’anxiété de certains de ces collègues :
« C’est un vrai coup de massue pour les anciens qui se rendent compte qu’ils sont censés continuer à travailler quelques années, et qui n’ont aucune idée de comment ils vont faire. Et on a beaucoup de jeunes qui sont bien dans la boîte aussi, qui se voyaient continuer. Là, on a dû les calmer parce qu’ils partaient sur des actions plus combattives. »
Didier Deregnaucourt de la CGT veut protéger ses collègues, notamment ceux qui approchent de la retraite. Photo : Amélie Schaeffer / Rue89 Strasbourg / cc
Didier Deregnaucourt espère, dans le meilleur des cas, annuler le processus de fermeture, mais il a peu d’espoir. « On va surtout négocier les indemnités pour qu’il n’y ait pas de problème de retraite », expose t-il. Les quelques gouttes de pluie qui tombent du ciel ne perturbent personne. « On est habitués à des conditions difficiles », lance Laurent. Le cariste alterne depuis des décennies entre les horaires de nuit, les journées qui commencent à 5h ou celles qui finissent à 21h : « C’est pas bon pour la santé, on le sait bien. »
« On donne beaucoup. Quand il y a des problèmes, on va très vite pour les régler. C’est notre conscience professionnelle », témoigne David. Un autre assume d’y aller « moins à fond, pour se préserver ». Les deux constatent qu’à la fin, ils sont dans « la même situation, alors à quoi bon ? »
Le sentiment d’injustice est palpable. Les 3,3 milliards d’euros de bénéfices nets de Heineken en 2021 passent mal. « On leur rapporte de l’argent avec cette usine, c’est un choix d’optimisation, c’est tout », estime David, amer.
Les salariés d’Heineken estiment être trahis par leur direction, qui décide de fermer le site de Schiltigheim malgré de gros bénéfices. Photo : Amélie Schaeffer / Rue89 Strasbourg / cc
Des jeunes employés très déçus
Valérian, lui, a 25 ans. Il aurait bien signé un CDI dans la brasserie à l’issue de son CDD en juillet 2023. « C’est compromis », reconnaît-il : « J’ai un bac+5 en génie industriel. J’aime travailler ici. Je loue un appartement. Je pensais essayer d’acheter un bien assez tôt, mais là ça ne sera pas possible. »
Manon avait choisi de faire son apprentissage en assurance qualité à Heineken en imaginant être embauchée à l’issue. Quant à Rebecca, elle est passionnée par son boulot à la brasserie. Son CDD court jusqu’à juillet 2023 :
« Je travaille sur le goût et l’odeur de la bière, c’est très intéressant. Dans l’idéal, je veux rester dans ce milieu. Mais pour ma génération, ça ne sera pas comme pour celle de mes parents. C’est un peu décourageant quand on voit que les entreprises pour lesquelles on aimerait bosser ferment les unes après les autres. Je viens de Schiltigheim, la cité des brasseurs. Mais quand Heineken sera fermé, il n’y aura plus aucune brasserie. »
Rebecca souhaite continuer à travailler dans une brasserie après la fermeture de son usine à Schiltigheim. Photo : Amélie Schaeffer / Rue89 Strasbourg / cc
De nombreux intérimaires sont présents aussi. Ils soutiennent la mobilisation et regrettent également la décision. Par exemple, Grégory, cariste, aime les missions pour Heineken : « Il y a une bonne ambiance et on est mieux payés que dans beaucoup d’entreprises, souvent plus de 2 300 euros nets. »
Grégory, intérimaire, travaille pour Heineken depuis quatre mois. Photo : Amélie Schaeffer / Rue89 Strasbourg / cc
Didier Deregnaucourt affirme que des discussions commenceront bientôt entre les représentants du personnel et la direction : « Nous serons exigeants, et nous saurons nous faire entendre si nous ne sommes pas satisfaits », prévient le délégué CGT. La grève doit durer 24h et s’arrêtera donc le 16 novembre à 5h, selon les syndicats.
La Mission de vigilance contre les sectes alerte quant à la présence de la Nouvelle acropole parmi les organisateurs de la Nuit de la philosophie, un festival qui doit se dérouler à Strasbourg du 16 au 19 novembre. La Mission accuse ce mouvement d’emprise mentale, de prosélytisme et de dérives autoritaires.
Une statue représentant Socrate Photo : Lentina X / FlickR / cc
Dans une note publiée début 2021, la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes) estimait que les enseignements dispensés par l’organisation (sur la citoyenneté, l’écologie, etc.) conduisaient « vers une idéologie d’extrême droite, à l’opposé de la démocratie ». Pour ces raisons, la Miviludes a alerté sur cette « Nuit de la philosophie » dans deux tweets publiés le 9 novembre. L’organisme attaché au gouvernement explique notamment :
« Ce mouvement a fait l’objet de 27 saisines depuis 2020, en raison d’une organisation extrêmement pyramidale, d’exigences économiques et humaines disproportionnées, et de plusieurs situations d’emprise entretenues sur des personnes fragiles. »
Les Cafés philo restent à distance
À Strasbourg, la Nuit de la philosophie embarque dans son programme les Cafés philo, organisés depuis plus de vingt ans par Bernard Clauss à la Brasserie Michel. Contacté par Rue89 Strasbourg, ce dernier indique n’avoir aucune relation avec la Nouvelle acropole et rappelle que ses ateliers « arment pour lutter contre le dogmatisme ».
Après la mise en garde de la Miviludes, la Ville de Lyon a annulé la location de la salle qui était prévue pour la Nuit de la philosophie dans cette ville.
Dans son sixième long métrage, Valéria Bruni Tedeschi retrouve la fougue de ses années de formation au théâtre de Nanterre, dirigé alors par Patrice Chéreau. Rencontre avec une réalisatrice à l’image de son film : drôle et intense
Valéria Bruni Tedeschi poursuit sa veine autobiographique en se penchant cette fois sur ses années de formation au théâtre des Amandiers, auprès de Pierre Romans et de Patrice Chéreau, directeur du théâtre de Nanterre de 1982 à 1990. La réalisatrice filme, au plus près des corps et des visages, ces jeunes exaltés par leur amour du jeu, cette excitation de se savoir au bon endroit au bon moment, avec des personnes qui leur ressemblent et qu’ils admirent. Stella (Nadia Tereszkiewicz) et ses camarades ont une rage de vivre et de jouer. Dans cette école hors des codes, ils brûlent les planches et la chandelle par les deux bouts, découvrant l’amour, la drogue, la paternité, le Sida…
Comme elle sait si bien le faire, aidée de ses deux amies Noémie Lvovsky et Agnès de Sacy, Valéria Bruni-Tedeschi alterne scènes intensément dramatiques et humour noir. Partie de ses souvenirs et de ceux de ses anciens camarades de l’époque – parmi eux Agnès Jaoui, Vincent Pérez, Marianne Denicourt, Bernard Nissille, Thibault de Montalembert ou Bruno Todeschini – elle a recréé une formidable troupe de comédiens, dont il y a fort à parier, comme leurs ainés, que l’on va en entendre beaucoup parler. Rencontre avec l’un deux, Oscar Lesage et Valéria Bruni Tedeschi
Rue89 Strasbourg: Pourquoi raconter cette histoire maintenant ?
Valéria Bruni Tedeschi : Je pense qu’il y a un temps juste pour raconter une histoire autobiographique. On m’a déjà dit, il faut attendre 7 ans, là j’en ai mis 30 ! Mais je n’y serais pas arrivé avant, si c’est trop proche c’est difficile.
Est-ce que vous avez retrouvé les sensations vécues à l’époque?
Je ne me pose pas la question par rapport à l’époque, de savoir si cela reflète ce que j’ai vécu. En revanche, c’était jubilatoire de vivre ce film avec ces acteurs-là, je suis très heureuse de les voir à l’écran et je trouve que c’est déjà pas mal. Je suis très amoureuse de cette bande que nous avons constituée avec Marion Touitou, la directrice de casting. Ils ne sont pas exactement fidèles à l’idée des personnages que nous nous faisions en écrivant le scénario car, en les rencontrant, nous sommes partis sur d’autres choses. Ce qui est important pour moi, c’est d’avoir eu cette énorme envie de les filmer en me levant le matin.
Vous avez répété un mois avant de commencer le tournage. Cela a permis cette liberté de jeu, cette énergie qui émane de ce groupe de comédiens ?
Oui, nous avons pris le temps de nous connaître, il fallait inventer un langage commun. Pendant le casting, nous avions déjà travaillé ensemble, je voulais plus de répétitions encore mais ce n’était pas possible donc j’ai fait un casting très long pour commencer les répétitions secrètement… Ensuite j’ai travaillé pour constituer un groupe, avec à l’intérieur, des méthodes de travail adaptées à chacun d’entre eux. C’est comme dans un pays, avec plusieurs dialectes: il faut trouver un langage commun mais aussi travailler la spécificité de chacun. En Italie, il y a beaucoup de dialectes… C’est bien cette image non ? Je viens de la trouver!
Comment Valéria a-t-elle travaillé avec vous Oscar ?
Oscar Lesage : On a beaucoup cherché ensemble. Et surtout, elle nous parle constamment pendant les prises, entre deux répliques !
Ah bon, comme Patrice Chéreau, que l’on voit travailler ainsi dans le film ? Mais ce sont des répétitions de théâtre ! Cela a dû être terrible pour l’ingénieur du son et le montage !
Valéria Bruni Tedeschi : François Waledish, le chef opérateur son, était furieux, plus que d’habitude ! Lors de la fête de fin de tournage, il avait une sorte de rage contenue et il m’a dit qu’il ne travaillerais plus jamais avec moi et qu’il n’avait plus envie de faire de cinéma. J’étais absolument désolée. Finalement il est revenu sur cette colère une fois qu’il avait digéré le tournage. Je lui ai dit que de toutes façons, je ne l’aurais jamais laissé faire ! J’aime travailler avec les mêmes personnes, je suis un grande fidèle, dans la vie comme au travail. Un peu comme une araignée qui tisse sa toile, une vieille araignée maintenant, je m’entoure des gens que j’aime, même les gens morts ! C’est pour ça que je travaille avec mon ex, mon actuel… mon futur (rires), ma mère, ma fille, mon amie comédienne Valéria Golino… Ma mère, je ne la vois pas beaucoup, alors j’en profite pour tourner avec elle, j’adore ma mère, je n’ai pas dû passer toutes les étapes psychanalytiques mais c’est comme ça, je l’adore.
Oscar Lesage : Pour revenir à la façon de diriger de Valéria, j’ai le souvenir d’une urgence: chaque scène est cruciale, il n’y a pas de petites scènes et aucune prise n’est pareille. Elle apporte des idées tout le temps. D’ailleurs, il y a d’autres scènes magnifiques qui ont été coupées au montage, c’était très riche. Elle nous pousse à toujours surprendre l’autre. Tu ne joues jamais « assis dans un pouf » si je peux m’exprimer ainsi.
Valéria Bruni Tedeschi : La version longue fait 4h30… Je leur ai promis que je leur montrerai bientôt. Avec Anne Weil, on a sans cesse cherché un équilibre entre l’histoire d’amour et les scènes de groupe. Si on restait trop sur l’histoire d’amour, on se plombait, si on restait trop sur le travail du groupe, on risquait de perdre le spectateur.
Louis Garrel interprète Patrice Chéreau, metteur en scène adulé par ses apprentis comédiens. Photo : doc. remis
En dehors de l’énergie de ce groupe, j’ai été surprise par leur insolence vis à vis de leurs « maîtres » Patrice Chéreau et Pierre Romans. Vous n’étiez pas impressionnés par ces figures tutélaires ?
Je crois qu’on était tous assez courageux oui. Avant tout, Patrice et Pierre cherchaient des personnalités pour leur théâtre. Qu’est-ce qu’une personnalité ? C’est un être humain qui décide d’avoir le courage de ne pas être conventionnel. Pour ce film, j’ai aussi cherché des personnes émouvantes, plus que de bons comédiens. J’ai le goût de la vérité, elle m’excite. Bien sûr, comme tout le monde, parfois je me plie à certaines règles mais quand je le fais, je m’ennuie.
Vous portez un regard qui m’a semblé très juste, sur les comportements toxiques de certains personnages : la drogue, la drague, la violence…
La seule vraie critique que je fais sur ce qu’il s’est passé à l’époque, concerne la drogue. Le fait que ceux que nous admirions tant se droguent devant ou avec nous, qui étions presqu’encore des enfants, je ne pouvais pas ne pas le critiquer. Il y a une responsabilité quand on travaille avec des jeunes. Mais c’était une école extraordinaire et Patrice et Pierre, tous les deux, étaient des génies. En ce qui concerne l’attitude de Patrice avec les jeunes garçons, c’était de la drague, mais, à l’époque, ce n’était pas grave. On n’avait pas les mêmes codes qu’aujourd’hui, il faut absolument remettre les éléments dans leur contexte. Ce n’était pas grave parce qu’il n’a jamais fait de chantage. Il se trouve qu’il aimait les jeunes garçons et plutôt les jeunes garçons hétérosexuels ! »
À la fin de l’entrevue, Valéria Bruni Tedeschi confie qu’elle n’a pas envie que des polémiques ternissent son film ou l’image de Patrice Chéreau, mais le film est suffisamment intelligent pour répondre par lui-même. Toute la beauté de Les Amandiers est justement de ne pas cacher les contradictions et les ambiguïtés de chacun.