Un collectif d’étudiants appelle à se mobiliser ce jeudi 18 février. Les manifestants revendiquent de nouvelles mesures d’aide et une réouverture plus complète des établissements.
Les 20 et 26 janvier, des étudiants avaient déjà manifesté pour la mise en place par le gouvernement de mesures contre la précarité étudiante.
Celle-ci a été fortement aggravée par le confinement et par les cours en ligne, favorisant le décrochage scolaire, notamment dû aux mauvaises conditions du travail à distance.
Des premières mesures fin janvier
Suite aux premières manifestations, le gouvernement a annoncé la mise en place de “chèques psy” permettant de consulter un psychiatre gratuitement. L’autre mesure importante est la possibilité de bénéficier de “repas à 1 euro” qui donnent le droit pour tous les étudiants, boursiers ou non, à deux repas par jour à faible prix dans les restaurants universitaires.
Cependant, des étudiants jugent ces mesures insuffisantes face à l’ampleur de la précarité de certains. Une troisième manifestation est organisée le 18 février à 13 heures, au départ de la place de la République.
Depuis février, une réouverture limitée
Les universités, fermées aux étudiants depuis le 30 octobre 2020, ont rouvert leurs portes depuis le début du mois de février, mais avec seulement un cinquième de l’effectif total sur place. Les étudiants réclament la réouverture complète, et ce avec des moyens humains supplémentaires, c’est-à-dire avec l’embauche de davantage de professeurs et de personnels.
Des étudiants demandent à être davantage considérés dans la politique sanitaire et économique du gouvernement. Photo : GK / Rue89 Strasbourg
Ils désirent également la mise en place la plus rapide possible de mesures d’aide “immédiates et pérennes pour tous les étudiants et étudiantes, sans distinction de nationalité”.
Les masques et le gel hydro-alcoolique constituent également un budget supplémentaire de plus d’une trentaine d’euros par mois. C’est pour cette raison qu’une autre revendication sera l’obtention de gel et de masques gratuits.
Dimanche 14 février lors de la 25e journée de Ligue 1, le Racing Club de Strasbourg rompt la malédiction face au FC Metz, son rival lorrain, devenu la bête noire du club alsacien au fil des années. Le doublé d’Adrien Thomasson permet à la formation alsacienne de s’imposer en terre messine (1-2). Une performance inédite depuis octobre 2007.
La série de défaites prend fin ce 14 février 2021, un jour parfait pour s’imposer face au FC Metz pour les amoureux du Racing. Pour la première fois depuis octobre 2007, les footballeurs strasbourgeois viennent à bout des messins (1-2). Cette victoire en Lorraine fait un très grand bien au club alsacien. Le Racing Club de Strasbourg (RCS) totalise désormais 28 points au compteur.
Une victoire urgente, un programme chargé
L’urgence de renouer avec le succès s’est fait ressentir avant le début de la rencontre. Avec sa victoire contre Angers, le FC Nantes se rapprochait du Racing dans le bas de tableau. Lors de la même journée, les Verts de Saint-Etienne retrouvaient aussi le chemin de la victoire. Le RCSA se positionne au 16e rang de la Ligue 1, avec le même nombre de points que l’équipe stéphanoise.
Le Racing devait aussi gagner car les Strasbourgeois ont un programme chargé après la réception du club d’Angers, dimanche 21 février. Les grosses cylindrées du championnat vont se trouver sur la route du Racing : Lille, leader du championnat (le 28 février), l’AS Monaco au pied du podium (le 3 mars) ainsi que Rennes, qui clôture le top 5 (le 14 mars). Des échéances où les cigognes vont devoir être au rendez-vous sans laisser des plumes, sous peine de voir la distance avec la zone rouge se rétrécir.
La dernière victoire du Racing face au FC Metz remontait à octobre 2007. Désormais cela est de l’histoire ancienne… Photo : la Cave de Papy
Adrien Thomasson le totem d’immunité ?
Avec son doublé sur la pelouse du FC Metz, Adrien Thomasson a marqué la saison strasbourgeoise. Cette saison 2020-21 lorsque l’on parlera de ce joueur, automatiquement l’acteur principal de la victoire dans le derby de l’Est occupera nos pensées.
Dans ces deux buts inscrits, il ne faut pas oublier Jean-Eudes Aholou qui adresse une passe décisive pour le premier but strasbourgeois. Celui-ci est synonyme de l’égalisation (33e) après que l’ouverture du score du FC Metz avec son milieu Thomas Delaine (17e minute).
Il faut aussi souligner le travail de Frédéric Guilbert pour sa première titularisation en championnat après le départ de Kenny Lala. Le défenseur strasbourgeois est à l’origine du second but en adressant un centre à destination de Thomasson qui crucifie le FC Metz à la 84e minute (1-2).
Le héros du jour mérite un très gros cœur de la part de la Cave de Papy, tellement que l’on ne distingue plus son emplacement sur la feuille de match confectionnée par nos soins. En ce jour de Saint-Valentin, la Cave de Papy procède à la distribution de cœurs sur le onze titulaire strasbourgeois.
La Saint-Valentin, la victoire du Racing, les coeurs pour les joueurs strasbourgeois étaient impératifs lors de l’émission Photo : La Cave de Papy
Dans la commune de Schnersheim, les jeunes générations d’agriculteurs succèdent aux anciennes, avec la volonté de faire toujours plus grand. Après la tentative d’une nouvelle porcherie, un jeune éleveur de poules pondeuses souhaite à son tour agrandir son cheptel. Plusieurs habitants s’y opposent farouchement mais la mairie soutient le projet. Et plus encore.
Il nous attend au pied de son immense hangar, au milieu des champs de maïs et de blé, recouverts d’une fine pellicule de neige. Éleveur de poules, Frédéric Lux a beaucoup hésité à s’exprimer, « pour ne pas nuire » à son projet. « Et puis nous sommes encore en enquête publique, explique-t-il, techniquement, c’est compliqué pour moi. Mais je ne voulais pas laisser la parole uniquement à mes opposants. » Dans ce petit village de 1 800 habitants, le sujet est ultra-sensible.
Passer de 22 800 poules à 62 800
Le jeune homme de 27 ans est à la tête d’un élevage de 22 800 poules pondeuses depuis quatre ans déjà. Frédéric Lux travaille en collaboration avec sa mère, Sylvia Lux, qui gère la partie céréalière (maïs, blé, colza et betteraves, en agriculture conventionnelle). Depuis 2019, il a pour projet de construire un deuxième bâtiment, « plus grand et mieux », insiste l’éleveur, pour y accueillir 40 000 poules supplémentaires.
Frédéric Lux nous invite au chaud, dans un local de son exploitation. « Malheureusement, en raison de la grippe aviaire, je ne peux pas vous faire voir mes poules, c’est vraiment dommage », insiste l’agriculteur. « C’est un peu la pire période pour moi en ce moment ». Ses poules sont enfermées depuis le mois de novembre, en raison des mesures imposées par le gouvernement.
Dans l’immense hangar de Frédéric Lux, il y a aujourd’hui 22 800 poules dites « plein-air ». Il compte construire un deuxième bâtiment juste à côté (à droite sur la photo), pour y mettre 40 000 poules supplémentaires (photos MdC / Rue89 Strasbourg).
Frédéric Lux a décidé de faire de l’élevage de poules « plein air ». « Parce que c’est ma vision des choses, pour le bien-être animal. Je voulais aussi diversifier l’exploitation. » Pourquoi d’emblée commencer avec 22 800 poules ? « C’est la surface dont je disposais qui a conditionné ce chiffre, explique-t-il, les normes imposent 4 m2 par poule sur le parcours extérieur, et 9 poules par m2 à l’intérieur. » Voilà donc Frédéric Lux à la tête d’un élevage déjà très dense. Mais son projet ultime, c’est d’en avoir 68 800.
« On ne va pas nourrir l’Alsace avec des bâtiments de 100 poules ! »
Pourquoi ce choix de développement de masse ? « Quand la marque Bureland m’a dit qu’il y avait de plus en plus de demandes d’œufs plein-air, est-ce que ça t’intéresse ? J’ai dit oui. » Le jeune homme dépose donc un permis de construire, accordé par l’ancien maire de Schnersheim en août 2019.
Dans sa demande d’autorisation environnementale (obligatoire car son exploitation est une installation classée protection de l’environnement ou ICPE) faite auprès des services de la préfecture en juillet 2020, il est écrit : « Au terme du projet, la production annuelle sera de 22 360 000 (soit 325 œufs/poule/an). » Pour Frédéric Lux, c’est clair : « On ne va pas nourrir l’Alsace avec des bâtiments de 100 poules ! Et ça aide aussi à sortir les poules des cages. Il faut de l’alternatif, comme moi. »
Sur le site du ministère de l’Agriculture, il est en effet dit qu’après les états généraux de l’Alimentation en 2017, la filière avicole s’est engagée à réduire la production d’œufs de catégorie 3 (en cage) à 50% d’ici 2022. En 2019, 66% des œufs produits en France étaient encore issus d’élevages en cage.
« Ce projet va aussi me permettre de m’améliorer »
C’est le principal argument de Frédéric Lux, qui insiste sur les améliorations de son agrandissement :
« Avec ce projet, on va fabriquer notre propre aliment à la ferme. Aujourd’hui, on se fournit auprès de notre collègue Hervé Roeckel (éleveur de 169 000 poules pondeuses, dont 120 000 en cages, ndlr), à Avenheim à 2 kilomètres. Là, on évitera les transports, et tout se fera ici. »
Frédéric Lux, 27 ans, éleveur de poules pondeuses à Schnersheim (photo MdC / Rue89 Strasbourg).
Autres nouveautés : un hangar équipé de panneaux photovoltaïques avec l’idée de produire l’électricité nécessaire pour le bâtiment, ainsi qu’un séchoir à fientes, « ce qui permettra de réduire les odeurs notamment à l’épandage car les fientes séchées sentent beaucoup moins. » Frédéric Lux insiste : son projet est « écolo, local, et éthique ».
« Des poules en mauvaise santé », selon Kase
Mais ce projet d’agrandissement est vivement contesté à Schnersheim. Principalement par l’association Kase (Kochersberg, Action, Sauvegarde et Environnement) qui compte environ 100 foyers d’adhérents dans une dizaine de communes et qui défend la sauvegarde et la protection de l’environnement.
Kase était déjà montée au front à l’été 2020 au sujet d’un élevage de 1 200 cochons sur paille porté par Maxime Lux (aucun lien de parenté avec Frédéric Lux). Le projet est suspendu pour quelques mois, mais devrait se faire sur un autre terrain. Et l’association compte bien continuer le combat en luttant cette fois-ci contre l’agrandissement du poulailler Lux.
Sylvie (son prénom a été modifié), 55 ans, est une membre active de Kase :
« Il y a deux choses qui nous dérangent dans ce projet : la question du bien-être animal et celle du risque sanitaire. On a beau dire que c’est de la poule de plein air, mais 10 mois par an, on les enferme ! Et les quelques mois où elles sont dehors, il y en a 3% seulement qui sortent… Regardez cette photo que j’ai prise moi-même sur place : cette poule est déplumée ! Elles n’ont pas l’air en bonne santé. »
Sylvie, membre de l’association Kase, opposée au projet de Frédéric Lux.
Photo prise en 2020 par Sylvie, adhérente de Kase, d’une poule de l’élevage de Frédéric Lux (document remis).
Frédéric Lux répond à ses détracteurs :
« Mes poules vont bien, en 4 ans d’exploitation, elles n’ont reçu aucun antibiotique, ni vaccin. Elles sont en bonne santé, justement parce qu’elles sortent. Cela renforce leurs défenses immunitaires. »
Du plein-air, mais sans ombre et trop grand
Le chiffre de 3% de poules qui sortent effectivement était donné dans notre enquête de juillet 2020 sur les élevages plein-air, et confirmé par Anne Vonesch, vice-présidente d’Alsace Nature et membre du groupe de dialogue civil sur les productions animales de la Commission européenne.
Séverine Henry, maître de conférences et chercheuse au CNRS en sciences du comportement animal expliquait également à Rue89 Strasbourg : « Dans des conditions où les poules sont si nombreuses, leurs comportements sont fortement inhibés et une majorité reste à l’intérieur. »
Lorsque nous faisons le tour du hangar avec l’agriculteur, impossible de voir les poules de l’extérieur puisqu’il n’y a pas de fenêtre, ni d’ouverture. Côté « parcours », là où normalement les poules sortent, il y a donc un immense terrain de plus de 9 hectares. Quelques arbrisseaux d’environ 1,50 mètres de haut font pâles figures. Le jeune homme explique avoir planté ces arbres fruitiers et ces noyers à l’automne dernier. Au bout de 4 ans d’exploitation donc… « C’était dans mon cahier des charges », confie-t-il. Au loin, on aperçoit un champs de maïs que l’on imagine haut et feuillu en plein été. Mais aux abords du hangar, il n’y a aucune végétation pouvant fournir une ombre conséquente.
Normalement les poules sortent de ce côté-ci du hangar, lorsque les trappes sont ouvertes. On peut voir sur la photo qu’il n’y a aucune ombre directe possible. Une petite dizaine d’arbres ont été plantés à l’automne 2020 (photo MdC / Rue89 Strasbourg).
Sylvie s’insurge :
« Une poule a besoin d’ombre, pour picorer les vers de terre, les graines des arbres, et surtout pour se sentir à l’abri. Comment voulez-vous qu’elles se sentent rassurées lorsqu’elles sont sur un terrain vague de 9 ha, désert, ou au milieu d’un champs de maïs où elles n’ont aucune visibilité ! Ce ne sont pas les quelques arbres plantés il y a 6 mois qui vont tout changer. »
Frédéric Lux lui, assure que l’été ses poulettes se promènent dans son champs de maïs, « mais personne ne les voit ! »
Photo fournie par Frédéric Lux, qui assure que ses poules sont en bonne santé et sortent sur leur vaste étendue de plus de 9ha (document remis).
Dans le futur projet d’agrandissement, les 40 000 poules supplémentaires bénéficieront d’un parcours de 18 hectares nous explique le jeune éleveur, toujours pour rester dans les normes de 4 m² par poule, soit l’équivalent de 18 terrains de football.
Le risque sanitaire pointé du doigt par les opposants
Deuxième argument des opposants au projet d’agrandissement de l’Exploitation agricole à responsabilité limitée (EARL) de Frédéric Lux : les risques sanitaires. Le tract diffusé par l’association Kase s’est largement inspiré des propos retrouvés sur le site de l’Institut Pasteur, sur la page de la grippe aviaire :
« À l’heure actuelle, la transmission du virus ne se fait que de l’animal à l’homme, mais les autorités sanitaires redoutent une évolution du virus vers une forme transmissible d’homme à homme, porte ouverte à une pandémie. »
Et le tract de citer directement l’Institut : « Cependant, la menace est toujours réelle : la propagation de l’infection chez les oiseaux augmente la probabilité de l’apparition d’un nouveau virus grippal dans la population humaine. »
Sur ce point précis, Frédéric Lux est sûr de lui : ses opposants ont tort :
« Dans un élevage comme le mien, grand, contrôlé, et approuvé par les services vétérinaires, il y a moins de risques que dans un petit élevage où les poules vivent dehors et se mélangent à d’autres bêtes ! »
« Ça pue » versus « Vous êtes à la campagne ! »
Elisabeth Gervais ouvre la porte de sa maison, une belle piscine, un petit potager. Le tout à trois mètres du premier champ de la zone agricole de Schnersheim et à 100 mètres d’une des porcheries du village. Odeur entêtante de bêtes et de lisier dans l’air. « Vous sentez ? Ça pue hein ? » La quinquagénaire, née dans le village, n’en peut plus :
« Je suis une fille de la campagne, mon grand-père était agriculteur ici. Mais là, c’est trop. En été, ils déversent le lisier des cochons dans le champ, sous nos fenêtres. Entre les odeurs d’ammoniac des poules de Lux et les excréments des cochons, vous imaginez manger votre barbecue vous ? »
Depuis sa terrasse, Elisabeth Gervais a une vue imprenable sur la zone agricole de Schnersheim, avec de gauche à droite : la porcherie Schotter, le poulailler Lux, la porcherie Lux, le hangar Kubler et l’exploitation de vaches laitières Velten.
Les « odeurs pestilentielles », c’est l’autre point négatif du projet selon les adhérents de Kase et certains habitants. Clara, 27 ans, habite ici depuis 3 ans :
« Ça pue tout le temps ! Je sais que j’habite à la campagne et c’est normal qu’il y ait des odeurs, mais là il y en a trop. Les jeunes qui reprennent les fermes de leurs parents n’arrêtent pas de s’agrandir et s’agrandir… Ça commence à faire beaucoup ! »
L’argument a le don d’agacer Frédéric Lux.
« On nous demande de faire du local, du naturel, et quand on fait des efforts, on nous dit après que ça pue ! Oui, vous êtes à la campagne, c’est comme ça ! Mon élevage sent très peu et il sentira encore moins avec mon séchoir à fientes. »
Mais le plus agaçant pour le jeune agriculteur, c’est la contestation que suscite son projet : « J’ai du mal à comprendre pourquoi on empêche un jeune de 27 ans de travailler ».
Plusieurs opposants expliquent : « Nous ne sommes pas contre les agriculteurs mais nous aimerions instaurer un dialogue. » Le manque de transparence et l’idée que les choses se font sans demander l’avis des habitants, c’est ce qui rend furieuse Sylvie. Mais pas seulement.
Frédéric Lux a dû soumettre son projet d’agrandissement à une enquête publique qui se termine le 26 février. Certains habitants dénoncent un manque de communication de la mairie à ce sujet (photo MdC / Rue89 Strasbourg).
Il y a aussi plusieurs membres du conseil municipal, côté opposition, qui ont appris très tardivement l’existence de l’enquête publique concernant le projet de deuxième poulailler. C’est le cas de Céline Boh, infirmière de 41 ans et élue depuis juin :
« J’ai appris qu’il y avait une enquête publique et donc qu’il y avait ce projet d’agrandissement, en trouvant un tract de Kase dans ma boîte aux lettres, début janvier ! L’enquête avait déjà commencé (le 4 janvier, ndlr) ! Et je suis au conseil municipal ! C’est anormal ! »
À la tête d’une installation classée pour la protection de l’environnement (ICPE), Frédéric Lux doit en effet soumettre son projet à une enquête publique. Selon le Code de l’environnement et notamment l’article L.123-10 : « Quinze jours avant l’ouverture de l’enquête et tout au long de son déroulement, le maire doit informer le public, par tous les moyens possibles (affichage, presse écrite, communication audiovisuelle), de l’objet de l’enquête… »
« Il y a écrit « par tous les moyens possibles », s’agace Sylvie : « Et qu’a fait la mairie de Schnersheim ? Ils ont publié un petit encart dans deux journaux locaux, comme les y oblige la loi, et ils ont mis une affichette devant la mairie. Mais rien dans le bulletin communal qu’on a tous reçu en décembre, rien sur la page Facebook de la mairie, et rien sur le site internet ! »
« Un bulletin communal déjà plein », justifie la mairie
La mairie de Schnersheim assure que « le bulletin communal était déjà plein début décembre » lorsque les dates de l’enquête publique ont été données par la préfecture. Finalement envoyé aux habitants autour du 19 décembre, le document de 4 pages aborde la crémation des sapins, les travaux de voirie et donne des informations sur les décorations d’automne du village. Mais aucune mention de l’enquête publique prévue initialement du 4 janvier au 15 février 2021.
Après avoir contesté cette mauvaise communication auprès de la préfecture, l’association a finalement obtenu un allongement de la durée de l’enquête publique jusqu’au 26 février. « C’est une petite victoire », glisse Sylvie, « mais ce n’est pas fini ! » Pour Frédéric Lux, cette décision prolonge encore de deux semaines le stress de l’enquête. « Je n’en peux plus, souffle le jeune homme, ça fait un an et demi que je me suis lancé dans ce projet, je ne pensais pas que ce serait si compliqué. »
« Nous avons peut être mal communiqué »
Après avoir demandé un rendez-vous avec Denise Boehler, la maire de Schnersheim, c’est finalement avec quatre élus que Rue89 Strasbourg a pu s’entretenir dans la petite salle du conseil municipal. Aux côtés de la nouvelle édile, peu loquace, se tenaient également son premier adjoint, Vincent Heckmann, Vincent Zaepffel, maire délégué de Kleinfrankenheim (commune associée de Schnersheim) et Hervé Roeckel (conseiller municipal).
Hervé Roeckel est également éleveur de poules (168 999 poules pondeuses dont 120 000 en cages) à Avenheim – commune associée de Schnersheim –, et Vincent Heckmann est exploitant agricole (producteur de tabac).
Denise Boehler, la maire de Schnersheim, et Vincent Zaepffel, maire délégué de Kleinfrankenheim et chargé de communication pour la commune de Schnersheim (photo MdC / Rue89 Strasbourg).
Interrogé sur la communication tardive et incomplète de cette enquête publique, Hervé Roeckel a rapidement reconnu :
« Oui, on aurait dû mieux faire. Mais il y a eu des problèmes administratifs, les confinements, même la famille Lux ne connaissait pas les dates jusqu’au dernier moment… Mais c’est vrai, la communication n’a pas été ce qu’elle aurait dû être. »
Un avis que ne partage pas Vincent Zaepffel, également chargé de la communication pour la mairie, qui coupe son collègue et affirme au contraire : « Nous avons fait tout ce que la loi nous demande. »
Manque de transparence et soutien sans faille aux agriculteurs ?
Mais pour Kase et certains élus comme Céline Boh ou Marie-France Walter, également dans l’opposition, il s’agit plus globalement d’un manque de transparence de la municipalité vis-à-vis des projets agricoles. Céline Boh raconte ainsi « ces soirées passées certains lundis à la mairie, entre premiers adjoints, où l’on discute sûrement des projets à venir, et de comment les soutenir, mais où nous ne sommes pas tous conviés ! » Marie-France Walter, ancienne juriste et également nouvelle élue depuis juin, dénonce le soutien sans faille de la mairie aux agriculteurs du village.
Capture d’écran du site de la mairie de Schnersheim : les deux premiers adjoints sont agriculteurs, ainsi que Sylvia Lux et Hervé Roeckel, conseillers municipaux. Hubert Velten est quant à lui le frère de Dominique Velten, exploitant de vaches laitières.
On compte dans la liste des élus actuels, 5 familles d’agriculteurs sur 19 membres : le 1er adjoint Vincent Heckmann (producteur de tabac), la 2e adjointe, Eliane Schotter (élevage de cochons), Sylvia Lux (la mère et associée de Frédéric sur l’exploitation), Hervé Roeckel (éleveur de poules) et Hubert Velten, le frère de Dominique Velten, également exploitant de vaches laitières. Sur les trois premiers adjoints, il y a donc deux agriculteurs.
« Nous sommes un village à vocation agricole depuis très longtemps »
Alors y a-t-il une emprise du monde agricole sur le conseil municipal ? Hervé Roeckel voit les choses autrement :
« Oui nous sommes un village agricole et à vocation agricole depuis très longtemps. Nos grands-parents et nos arrières-grands-parents parfois étaient agriculteurs. Ça paraît donc évident qu’il y ait des agriculteurs au conseil ! Au total nous sommes une vingtaine sur la commune. On est là pour conseiller, on connaît le sujet, c’est un devoir de mémoire. À l’époque, l’élevage se faisait dans le village, puis dans les années 90-2000, on l’a sorti des habitations, on a créé des zones agricoles, ça a coûté beaucoup d’argent mais c’était un progrès. Nous nous adaptons ! »
L’éleveur reconnaît toutefois que ces zones agricoles ne cessent de se densifier avec les années :
« Les fermes ont tendance à s’agrandir, c’est vrai, mais il y a aussi des fermes qui se sont arrêtées. Ici il y a eu deux exploitations laitières et un élevage de poules en moins ces dernières années. Le grand-père de Frédéric Lux avait des cochons, maintenant son petit-fils veut faire des poules, ça évolue ! »
Mais rien de trop intensif selon les membres du conseil municipal présents ce jour-là. Pourtant, nous avons regardé de plus près les évolutions des exploitations à Schnersheim-Avenheim-Kleinfrankenheim. Et elles donnent le tournis.
« La plus grande zone agricole du Kochersberg »
Il y a d’abord la société de Dominique Lux (le père de Maxime Lux), l’EARL du Schottehof, créée en 1980, pour de l’élevage de porcs. Ils ont une autorisation de 2 008 « animaux équivalents » depuis 1998, soit au total, 1 922 bêtes (une truie revient par exemple à 3 animaux équivalents selon la nomenclature française).
Il y a également l’EARL Ferme Schotter (Eliane – 2e adjointe au maire, ndlr, et son mari Michel), qui existe depuis 1979, et qui détient une autorisation pour 1 385 animaux équivalents depuis 2008.
L’une des porcheries Schotter, est à moins de 200 mètres du village de Schnersheim.
À moins de trois kilomètres, à Kleinfrankenheim, on trouve également la société d’élevage porcin de Laurent Ulrich, qui existe depuis 1988. En 32 ans, la famille Ulrich est passée de 867 porcs, à 6 024 animaux équivalents autorisés en 2012, soit un total de 6 634 bêtes.
Si l’on additionne les élevages de ces trois exploitations, on arrive donc à un total de 9 941 cochons. À ce chiffre, il faut donc encore ajouter les 168 999 poules d’Hervé Roeckel, qui a repris l’élevage de son grand-père (« qui avait 10 000 poules en 1968 » explique l’éleveur), et les vaches des quatre exploitations laitières de la commune.
Lorsqu’on arrive à Schnersheim, on distingue très vite les nombreux hangars agricoles et les exploitations qui bordent le village (photo MdC / Rue89 Strasbourg).
Bref, le dicton du coin résume bien les choses : « On est dans la zone agricole la plus importante du Kochersberg », du nom de cette région alsacienne située à une vingtaine de kilomètres à l’ouest de Strasbourg, sur la route de Saverne.
Devant ces chiffres et ces évolutions impressionnantes, Hervé Roeckel ici encore, souhaite recadrer le débat :
« À l’époque de mon grand-père, dans les années 70, l’éleveur touchait 0,10 – 0,12€ par œuf. Aujourd’hui, c’est 0,05€. Donc oui, on se retrouve à gérer des élevages beaucoup plus grands, parce qu’on suit l’évolution de l’économie aussi. Nous devons produire deux fois plus qu’avant pour nous en sortir. »
Hervé Roeckel, à la tête d’un élevage de 168 999 poules pondeuses à Avenheim.
« La commune ne fait que suivre la loi, si le projet est conforme, on l’autorise »
Cette municipalité est-elle donc toute acquise aux projets agricoles ? « Non », assure la maire Denise Boehler, qui parle pour la première fois. Mais très vite, c’est de nouveau son voisin de table Hervé Roeckel – au conseil municipal depuis une quinzaine d’années et membre de la commission agricole –, qui reprend la parole :
« Le projet de l’agrandissement du poulailler a été approuvé en août 2019 par l’ancien maire. Nous ne faisons rien en douce ! La position de la commune, c’est d’autoriser les extensions si on est dans les règles. La commune ne fait que son devoir. »
Quid enfin d’un éventuel conflit d’intérêts, vue la présence de la mère de l’éleveur, et donc associée au projet soumis à enquête publique, au conseil municipal ? « Sylvia se retirera des délibérations lorsque le conseil devra émettre un avis sur le projet, c’est évident », tranche Hervé Roeckel.
Le projet d’usine de méthanisation de 2015 a laissé des traces
À l’origine de cette enquête, Rue89 Strasbourg a été alerté au sujet de l’élevage industriel des poules de Frédéric Lux à Schnersheim. Mais au fur et à mesure des rencontres, nous avons découvert un conflit bien plus profond entre les agriculteurs et certains habitants. Avec des racines qui remontent au projet d’une usine de méthanisation en 2015, prévue à Kleinfrankenheim.
C’est là que tout a commencé. De la naissance de Kase, aux oppositions viscérales et aux conflits violents entre habitants, en passant par des réunions publiques vécues comme des traumatismes pour certains agriculteurs. Hervé Roeckel se souvient :
« Ça a laissé des traces, c’est pour cela qu’aujourd’hui les agriculteurs ne veulent plus organiser de réunion publique sur leur projet (c’est ce qui était reproché au jeune Maxime Lux à propos de son élevage de cochons sur paille, ndlr), ils savent que ce sera un lynchage organisé. »
« Maintenant, on se limite à la partie réglementaire »
Un vif débat en 2015 et des échanges virulents, voilà l’argument ultime avancé aujourd’hui par le conseil municipal de Schnersheim pour justifier leur maigre communication sur l’enquête publique de Frédéric Lux en 2021 : « Quand a voulu communiqué dans le passé, c’était une horreur. Alors maintenant, on se limite à la partie règlementaire », balaye Vincent Zaepffel.
Si le projet de méthanisation a finalement été abandonné en novembre 2015, les noms des acteurs eux, n’ont pas changé. On retrouve celui de Dominique Velten, de la famille Schotter ou Lux. Tous défendaient le projet d’usine de méthanisation. Avec à leur côté le maire de l’époque, René Hepp.
Côté opposants, on trouvait Kase, mais aussi un certain Michel Stern, conseiller municipal de Schnersheim à l’époque. Le même Michel Stern s’est d’ailleurs lancé dans la course à la mairie en 2020. Dans sa liste : une seule agricultrice, « malgré les mains tendues à plusieurs d’entre eux » explique Sylvie. Il avait notamment tenté d’approcher Frédéric Lux, nous raconte une habitante qui souhaite rester anonyme :
« Je pense qu’il était plutôt ouvert à nos idées, explique celle-ci, mais il ne pouvait pas ne pas suivre sa mère, ni les grands et anciens exploitants du village. »
Du côté de Denise Boehler, en effet, il y avait les cinq familles d’agriculteurs et Michel Stern a finalement perdu, avec 3 voix d’écart, dès le 1er tour en mars.
Deux visions qui s’opposent
Dans le futur proche de Schnersheim, il y a donc le projet de Maxime Lux, qui devrait vite revenir sur la table des négociations, et celui de Frédéric Lux. Marie-France Walter, l’une des quatre membres de l’opposition du conseil municipal, semble abattue :
« J’habite Schnersheim depuis 1983, et je pleure. Ça me rend folle quand je vois la communauté de communes du Kochersberg parler de « beau jardin » sur leur site internet et de « bon air ». On laisse s’implanter ces trucs-là, ces bâtiments horribles dans un si joli village. En tant que mère de famille et bientôt grand-mère j’ai une responsabilité. Que va-t-on laisser aux générations suivantes ? C’est à nous de faire les bons choix, aujourd’hui. Mais là, certains ne se posent même pas la question du choix… «
En guise de réponse, Hervé Roecquel et Vincent Heckmann lâchent d’une même voix, en souriant : « C’est bien beau le bio, mais si on a chacun 50 poules dans son jardin, comment on nourrit tout le monde ? Ou alors on décide de ne plus manger de jambon, d’œufs, de steaks… Mais que mangent ces gens-là ? »
C’est sur cette parcelle où poussait auparavant du tabac, que Frédéric Lux souhaite construire son deuxième hangar à poules. Les 40 000 poules auront un parcours de 18 Ha, soit l’équivalent de 18 terrains de foot (photo MdC / Rue89 Strasbourg).
Puis Hervé Roeckel se veut apaisant : « Le changement ne va pas se faire en un claquement de doigts. Il faut être patient. »
En attendant que ça change donc, le conseil municipal de Schnersheim a voté en faveur du projet d’agrandissement de Frédéric Lux jeudi 11 février, avec 14 voix pour, 4 contre, et 1 abstention. Un vote que devra prendre en compte le commissaire enquêteur dans son rapport final, avant de le transmettre à la préfecture.
Diplômée à Lille en 2012. Après Paris et Marseille, je me suis installée à Strasbourg en 2020. Je suis aujourd’hui indépendante en radio et web, pour Rue89 Strasbourg, Mediapart, Louie Media et France Culture. J’aime les reportages et les enquêtes au long cours, sur les sujets de société et sur notamment sur les violences sexistes et sexuelles.
La centrale d’appels Bluelink installée depuis 2016 à Strasbourg a créé des emplois, mais aussi des burn-out. Management psychorigide, employés interchangeables, heures non récupérées… La direction a admis des dérives qu’elle estime toutefois minoritaires.
Rideaux en berne et portes closes, les théâtres demeurent fermés depuis plusieurs mois. Victimes directes de la crise sanitaire, ces lieux de culture tentent silencieusement de survivre, privés du public. En Alsace comme ailleurs, chacun cherche à s’adapter, dans un flou entretenu par la rapide évolution du virus et la frilosité des annonces politiques.
« C’est un drôle de métier, directeur d’un théâtre fermé. » Avec ironie, Matthieu Cruciani évoque la situation qu’il vit depuis près d’un an. La Comédie de Colmar qu’il codirige avec Émilie Capliez est, comme tous les théâtres de France, fermé depuis le premier confinement, malgré une timide reprise au début de l’automne.
Dans les salles désormais secrètes, les professionnels du spectacle vivant luttent ensemble pour ne pas se laisser gagner par le froid. Le metteur en scène :
« Je ne trouve pas que ce soit une crise très inspirante. Elle enlève les rapports humains, elle nous met dans des routines, elle nous mécanise. »
Cette mécanique, c’est notamment celle d’une quête de réponses, semaine après semaine. Privées de balises, les structures naviguent à vue.
Le flottement d’une reprise qui ne s’annonce pas
Depuis la déception de la réouverture annulée mi-décembre, le gouvernement ne semble pas vouloir donner un horizon clair. Dans chaque prise de parole du Premier ministre, les indices se limitent à de vagues considérations sur les potentielles évolutions de la crise sanitaire. Ce brouillard du calendrier est une des principales causes d’épuisement et d’anxiété des professionnels de la culture.
Renaud Herbin, le directeur du TJP Centre Dramatique National Strasbourg-Grand Est, détaille :
« On nous demande de faire et de défaire des hypothèses sans cesse. C’est très chronophage. Ça demande des heures et des heures de travail pour accoucher de quelque chose qui n’est déjà parfois plus d’actualité. Le moral en prend un coup. »
Ces rebondissements usent d’autant plus qu’ils épuisent des forces dont les théâtres auront besoin pour gérer leur réouverture, quand le temps viendra.
Répétitions de « Quartier 3 : destruction totale » au TAPS Laiterie par la compagnie Coup de Chien Photo : de Julie Schertzer
Ce sentiment est largement partagé. Pauline Meyer, chargée de communication du Point d’Eau, théâtre d’Ostwald, témoigne de cette angoisse :
« Nous avons commencé à parler d’une réouverture en mars dès le mois de janvier… mais depuis la situation a encore évolué. Nous n’avons même pas un mois de visibilité. »
Le Théâtre National de Strasbourg (TNS), plutôt que d’espérer une reprise rapide, a décidé de se fixer un horizon plus lointain, envisageant de ne pouvoir rouvrir qu’en mai. Bertrand Salanon, directeur délégué artistique du lieu, reste d’ailleurs prudent sur cette projection :
« La grande incertitude, c’est au fond : qu’avons-nous à reporter ? Quand est-ce que ça va s’arrêter ? Nous pourrions ne pas rouvrir avant juin ou juillet. »
Mais cela lui semble préférable à cette tension permanente qui force à rester sur le qui-vive :
« L’expérience nous a montré qu’on doit se donner des cadres. Il est nécessaire que nous puissions nous fabriquer notre propre horizon. »
Ce flou de l’avenir semble être le facteur d’inquiétude le plus mordant. Il met en péril les programmations, mais aussi les projets des artistes, qui ne peuvent plus planifier leur déploiement.
Le sentiment d’abandon se fait de plus en plus pointu
Cette fermeture des lieux de culture fait débat, notamment autour de la notion d’activités essentielles. C’est avec une amertume généralisée que les acteurs culturels se sont vu apposer l’étiquette « non essentiels » qui les oblige à rester fermés, là où d’autres secteurs d’activité, comme les lieux de culte, ont pu bénéficier de réouvertures. Si la nécessité de limiter les contacts pour ralentir la propagation de l’épidémie est saluée, les choix et les priorités effectués par le gouvernement provoquent la colère d’un bon nombre de responsables.
La compagnie l’Indocile s’est littéralement confinée plusieurs jours au Brassin, salle de spectacle de Schiltigheim, pour une immersion totale dans leur nouvelle création. Photo : Document Remis
Bertrand Salanon souligne qu’avec « les grands centres commerciaux remplis de monde, il y a un paradoxe, voire une incohérence. C’est vrai que nous avons parfois l’impression qu’il y a deux poids, deux mesures. » Il rejoint également la voix des professionnels affirmant que les théâtres sont bien plus sûrs en termes de distanciation et de gestes barrières que n’importe quel magasin :
« Ce qui est incompréhensible c’est que nous soyons l’objet de fermetures alors que nous sommes des lieux qui, de par leur nature, sont des lieux capables de maîtriser les flux de personnes. »
Alain Perroux, directeur de l’Opéra National du Rhin, note l’ambivalence de laisser autorisés des rassemblements religieux, assimilables sanitairement aux événements artistiques :
« Aujourd’hui je ne vois pas ce qui différencie, du point de vue de l’accueil, des tailles de salle et des conditions sanitaires, les lieux de culture et les lieux de culte. »
Le traitement de faveur dont semblent bénéficier certains secteurs suscite l’incompréhension. Pour Renaud Herbin, « il s’agit d’une volonté politique qui nie notre rôle au sein et au service de la société. » Le mot n’est jamais prononcé, mais il plane sur cette indignation : le sacrifice de la culture au profit de secteurs peut-être plus risqués, mais aussi plus importants aux yeux du gouvernement.
La solution du collectif pour continuer à faire corps
Face à cet état de fait morose, les théâtres misent tout sur le collectif. Les équipes font bloc, notamment en s’accordant des temps hebdomadaires de réunions en présentiel. Les théâtres ont massivement fait appel aux artistes pour réinvestir leurs espaces. Les accueils de résidences sont devenus la norme, et bien qu’aucun spectateur n’entre plus dans les bâtiments, ces derniers fourmillent d’activité.
« Nous avons beaucoup travaillé à convertir ce qui était des temps d’exploitation en temps de répétition pour des projets en cours ou à venir » explique Bertrand Salanon. Le TNS accueille de nombreux techniciens, qui ont été remobilisés pour accompagner des artistes.
Car les théâtres n’ont pas purement et simplement mis à l’arrêt toute leur mécanique. Les promesses d’embauche sont tenues, les commandes sont honorées. Les spectacles annulés et reportés se voient dédommagés par un coût de dédit, qui permet aux artistes d’amortir le choc. « Nous avons intégré une clause d’annulation dans les contrats, afin de sécuriser les compagnies. » explique Olivier Chapelet, directeur du Théâtre Actuel et Public de Strasbourg. Cette solidarité fait écho à la nature collective des arts de la scène.
Les créations qui ne peuvent pas se jouer en public se reportent parfois en vidéo. C’est le choix de l’Opéra National du Rhin, qui a fait face à l’annulation de ses spectacles par des captations, diffusées en ligne et sur les télévisions régionales. Alain Perroux détaille :
« Pour nous, ces captations permettent d’aller au bout d’un processus créatif. Elles nous permettent de diffuser. D’abord à notre public habituel, pour maintenir le lien. Mais cela peut aussi nous permettre de toucher un public nouveau. Avoir ces captations en ligne de mire motive les équipes. Il est important pour leur bien-être qu’elles puissent travailler malgré tout. »
La création semble être actuellement tout ce qui maintient un certain nombre de professionnels dans un optimisme prudent. Le pire qui pourrait advenir serait le désœuvrement. C’est un constat que partage Renaud Herbin, nuancé par un doute existentiel sur le cœur même de son activité :
« C’est un épuisement qui est général. Ce qui nous tient, c’est que nous servons à la création. Même si cela pose des questions sur le pourquoi, pourquoi créer si nous ne pouvons pas rencontrer le public ? »
À l’Opéra national du Rhin, « Hansel et Gretel » de Engelbert Humperdinck fut joué sous l’œil des caméras. Photo : de Klara Beck / doc remis
L’engorgement des chaînes de diffusion menace d’inonder les planches
Maintenir l’activité artistique participe bien à garder le moral, mais les conséquences se font sentir sur les programmations. Un embouteillage se forme aux portes des prochaines saisons culturelles. Les spectacles créés avant la pandémie et ceux développés pendant les résidences ne peuvent pas être annulés. Il faut donc les reporter. Seulement, beaucoup de créneaux sont déjà réservés des années à l’avance. En résulte une difficulté à réorganiser ces spectacles, que ce soit en termes de place mais aussi de cohérence.
Barbara Engelhardt, directrice du Maillon, a vu arriver cette problématique de façon inéluctable :
« La question des reports s’est posée assez rapidement pour nous. Nous avions deux grands temps forts, dès mai et juin 2020. C’était le début de l’effet boule de neige qui fait qu’aujourd’hui, on croule sous cette avalanche de reports. »
Puisque les artistes ne se sont pas arrêtés de créer et que les projets n’ont pas été mis au placard, il faut trouver la meilleure manière de relâcher cette pression. « Il y a des spectacles qui veulent être vus, » affirme-t-elle.
Au Point d’Eau d’Ostwald, les gradins repliés laissent la place à une caméra pour tout public. Photo : Document remis
En résulte un risque de trop plein, de fouillis, note Barbara Engelhardt :
« C’est tout le casse-tête d’une programmatrice de théâtre de ne pas perdre de vue le sens d’une programmation. Les saisons risquent de devenir une sorte de fourre-tout et il faut trouver les leviers pour éviter que ce soit juste un enchaînement de spectacles, comme des focus sur certains artistes, des formes ou thématiques spécifiques à partager et approfondir. »
Les impératifs qui pèsent sur la programmation rongent largement sur la marge de manœuvre déjà mince des structures. Plus la fermeture se prolonge, plus les spectacles s’accumulent et plus le problème, pressant, se répercutera longtemps.
La crise : une opportunité d’amélioration ?
Heureusement, l’ambiance générale n’est pas totalement morose. La possibilité depuis janvier de donner des représentations en milieu scolaire est une bouffée d’air frais pour les compagnies. De plus, cette situation d’exception peut aussi servir à développer de nouvelles idées. Pour Matthieu Cruciani, « il faut tenter de transformer cette attente impuissante en quelque chose d’un peu plus nourrissant pour les jours à venir. »
La crise a notamment mis en lumière certains dysfonctionnements des institutions. « Il va falloir refondre notre rapport aux politiques d’abonnement, avoir plus de flexibilité. On va prendre la réalité pour ce qu’elle est » ajoute le codirecteur de la Comédie de Colmar, qui veut voir dans cette adversité une chance d’innovation.
Mais presque tout ce qui a permis de s’adapter à la crise sanitaire s’est fait à l’aune du télétravail et de la distanciation. Ces impératifs semblent diamétralement opposés au spectacle vivant, présence sensible dans un temps de rassemblement. Gérald Mayer, directeur du Point d’Eau d’Ostwald, croit à la capacité d’adaptabilité des théâtres :
« Il faut rester lucide et objectif : ça va être très compliqué. Mais le fait de repenser, de réinterroger nos pratiques s’annonce comme un défi stimulant. Il va falloir reconstruire globalement nos relations avec le public, trouver de nouvelles ressources et créer de nouvelles solidarités. »
« Very Little Nemo », une version courte, destinée aux salles de classe, du spectacle Little Nemo, mis en scène par Émilie Capliez Photo : de Dorothée Lachmann / doc remis
Un élément d’importance soutient cette conviction : la dimension économique. Malgré les pertes sèches subies par le secteur du spectacle vivant, les théâtres publics ne sont pas directement menacés. C’est ce qu’affirme Olivier Chapelet lorsqu’il tempère ses difficultés :
« Nous avons la chance d’avoir un employeur solide. Nous travaillons, nous ne sommes pas au chômage, nous préparons les saisons. Nous sommes dans l’action et c’est déjà une chance formidable. »
Bien que la situation soit douloureuse, notamment pour les techniciens du spectacle, les structures en elles-mêmes subsistent et continuent de tourner. Grâce à cela, les professionnels peuvent poursuivre leurs activités. Ces théâtres travaillent avec une distance d’anticipation, ce qui offre un certain contrôle en situation de crise. Mais la grande incertitude est de savoir jusqu’à quand il leur faudra tenir ce régime, et s’il sera possible de limiter la casse.
Ce dimanche à 15h, le Racing Club de Strasbourg se déplace sur la pelouse du FC Metz. Depuis octobre 2007, les Strasbourgeois n’ont pas été en mesure de vaincre le rival lorrain. L’exploit va-t-il survenir ?
Pour les amoureux du ballon rond et du Racing, la Saint-Valentin va se passer forcément avec une opposition très attendue par les supporters des deux équipes.
Le RC Strasbourg souhaite sortir d’une mauvaise dynamique malgré un très bon début d’année (3 victoires, 2 nuls, 3 défaites ). Les Strasbourgeois restent sur une défaite en Coupe de France le mercredi 10 février face à Montpellier (0-2). En championnat, le club alsacien s’est incliné face à l’Olympique Lyonnais en infériorité numérique dès le quart d’heure de jeu (3-0). Actuellement Strasbourg bataille pour assurer son maintien parmi l’élite du football français. Le Racing (15ème de Ligue 1) détient six points d’avance sur la zone rouge mais cet écart a la fâcheuse tendance de se rétrécir depuis plusieurs rencontres.
Le FC Metz navigue dans une partie plus calme du championnat. Les Lorrains comptent dix points de plus que notre équipe et se positionnent au septième rang de la Ligue 1. Metz n’a perdu qu’une fois en 2021 face à l’ASSE. Les Grenats ont aussi réalisé l’exploit de s’imposer face à l’OL avec un but à la 90e minute. Une performance unique cette saison !
Les Strasbourgeois doivent laver l’affront face à une formation qui tient en échec le Racing depuis octobre 2007 Photo : La Cave de Papy
Un match particulier pour Habib Diallo
L’attaquant sénégalais recruté par le Racing pour 10 millions d’euros en provenance du … FC Metz est un joueur très attendu lors de cette rencontre. La Cave de Papy espère que l’ancien Messin jouera un mauvais tour à son ancien club pour pencher la balance vers le camp bleu. Quoi de mieux d’imaginer les supporters rivaux perdre le derby à cause d’un joueur fort apprécié lors de son passage en Lorraine. L’occasion de mettre la cerise sur le gâteau et d’oublier que depuis 2007, le Racing n’a pas battu le FC Metz.
La Cave de Papy espère voir une réaction des joueurs strasbourgeois. La sortie prématurée en Coupe de France, la défaite à Lyon mais surtout le retour brestois dans les dernières secondes restent en travers de la gorge des supporters alsaciens. L’engouement du derby perd de sa saveur suite aux restrictions sanitaires privant les passionnés d’être présents au stade et de prendre la route pour effectuer les 165 km qui relient les deux villes.
Dans cette période compliquée, un petit rayon de soleil illuminerait de bonheur toute une ville qui vibre pour son équipe. Après tout, le kop strasbourgeois l’a indiqué la saison dernière : « le soleil se lève à l’Est mais ne brille que sur Strasbourg ! »
🏟🎥 « Le soleil se lève à l’Est, mais ne brille que sur Strasbourg », le tifo de la Meinau pour le derby #RCSAFCM❗️ pic.twitter.com/S1ApITPa3I
Dans une tribune adressée à Rue89 Strasbourg, 34 adhérents du Parti socialiste du Bas-Rhinois critiquent la sincérité de « l’Appel inédit » et demandent à être associés aux prises de décisions pour s’accorder sur « un projet commun ».
Appeler au rassemblement des forces de gauche pour gagner les élections qui s’annoncent n’a rien d’inédit. Ce n’est une nouveauté que pour celles et ceux qui se sont, à un moment ou à un autre, affranchis de la solidarité qui doit prévaloir entre nous, faisant fi de l’intérêt de notre famille politique.
Nous sommes nombreux, militants socialistes, à avoir appelé la gauche à l’unité. Mais l’union ne vaut que si elle émane d’une démarche sincère, si ses militants la veulent et œuvrent ensemble à sa construction. Elle se crée, et ne peut se créer, que dans le cadre d’un processus démocratique regroupant l’ensemble des militants et des sympathisants.
Une marginalisation des militants
Le rassemblement se bâtit à partir du dialogue. Il ne saurait se décréter par le haut et pour le haut. L’éloignement du Parti Socialiste de son histoire et de son identité, la marginalisation de ses militants dans les prises de décisions politiques, ont conduit à faire de notre appareil une simple machine électorale.
Nous devons revenir à nos valeurs fondamentales si nous voulons permettre le dialogue entre les mouvances de gauche, partis politiques, le monde syndical et associatif et les citoyens qui s’y reconnaissent, et nous accorder sur un projet commun.
Cette approche implique d’abandonner toute tendance hégémonique et sectaire. Nous devons bâtir, ensemble, un nouveau contrat social qui tienne compte du contexte économique actuel. Ce contrat doit être fondé sur la défense de nos libertés, le progrès humain, l’éducation, la justice sociale, la lutte contre la pauvreté et la protection de l’environnement.
« L’impératif de la négociation »
Nous sommes convaincus que notre fonctionnement doit reposer sur l’affirmation de nos valeurs, le consensus et le respect des règles établies. La transparence et l’horizontalité dans nos choix d’orientations politiques et les négociations avec nos partenaires sont un impératif à notre réussite.
C’est dans cet esprit que nous avons, femmes et hommes socialistes, réunis au sein de Convergence Militante, engagé une réflexion afin de participer au dialogue et de contribuer à l’élaboration d’une union pérenne.
C’est parce que nous entendons et partageons l’envie d’une gauche unie, forte, capable de se dépasser au service de l’intérêt général, que nous appelons à son rassemblement véritable.
Signataires
Ibiem Linda / Abenin Fabrice / Altenburger Julien / Angel Fabielle / Ayadi Khelifa / Azirar Moussa / Azirar Yamina / Bodein François / Cerf Alec / Derais Gabriel / Deriano Nathalie / Fix Jean-Jacques / Gangloff Camille / Greiner Antoine / Husson Stéphane / Jalagonia Megi / Jampoc-Bertrand Nathalie / Jost Eddy / Kabroua Djamel / Lars Tanguy / Laurent Aliénor / Le Damany Paul / Meister Aymeric / Meyer Marie / Muller Olivier / Oumar Barry Alpha / Poirot Emilie / Ratbi Mina / Rudloff Samantha / Steegmann Edouard / Tetsi Liliane / Van de Weghe Marie-Odile / Wald Nathalie
Les mesures nationales et un couvre-feu anticipé dans plusieurs villes ont peut-être évité aux hôpitaux du Grand-Est d’être saturés par la reprise de l’épidémie de Covid-19. Mais malgré un pic moins intense, le bilan humain vient de dépasser celui de la vague de printemps. Rue89 Strasbourg fait le point en graphiques.
Entre le 19 mars 2020 et le 8 février 2021, 7 645 décès imputés à la Covid-19 ont été comptabilisés dans les hôpitaux du Grand-Est, selon Santé Publique France. Une accalmie de plusieurs mois a succédé à la « première vague », mais depuis octobre, un « plateau » tout aussi meurtrier s’est installé. Au printemps, la centaine de morts quotidiens a été dépassée au plus fort de la vague tandis que depuis l’automne, le nombre de morts oscille autour de quarante par jour.
Dans le Grand-Est le plateau d’automne a fait autant de morts que la vague du printemps (Visualisation RDS / Rue89 Strasbourg).
Nous avons distingué deux périodes épidémiques, de durée équivalente. La première du 19 mars au 14 juillet 2020, la seconde du 13 octobre 2020 au 8 février 2021. D’un côté 118 jours et 3 728 morts, de l’autre 119 jours et 3 729 morts de l’autre. Un bilan équivalent, avec cependant des disparités entre les départements peuplés et moins peuplés.
Moins de morts en Alsace-Moselle
Entre le 19 mars et le 14 juillet 2020, environ deux morts sur trois dans le Grand-Est ont été enregistrés dans un hôpital d’Alsace ou de Moselle. À l’automne, cette proportion n’était plus que d’environ un mort sur deux comptabilisé dans un hôpital d’Alsace ou de Moselle. La seconde vague dans ces trois départements est sensiblement moins létale, avec 600 décès de moins, de 2 402 à 1 802 personnes.
L’influence des trois principaux départements a diminué à l’automne (Visualisation RDS / Rue89 Strasbourg).
Le cas du Haut-Rhin est particulier, avec le rassemblement évangélique de Mulhouse qui avait été un évènement de super-propagation en février 2020. La flambée épidémique a démarré avant la publication de statistiques détaillées par Santé Publique France. Ainsi, 872 décès covid-19 ont eu lieu dans un hôpital haut-rhinois, entre le 19 mars et le 14 juillet. Pour la deuxième vague, c’est moitié moins : 415 entre le 13 octobre et le 8 février 2021.
Dans le Haut-Rhin, la mortalité hospitalière a diminué de moitié pendant l’automne (Visualisation RDS / Rue89 Strasbourg).
Dans le Bas-Rhin, en revanche, le « plateau » d’automne et d’hiver s’approche du bilan de la « première vague » : 579 décès du 13 octobre au 8 février, contre 677 au printemps. Compte tenu du niveau soutenu d’hospitalisations et de réanimations, ce total devrait s’alourdir en février et mars 2021.
Dans le Bas-Rhin, un plateau conséquent à l’automne (Visualisation RDS / Rue89 Strasbourg).
La Moselle est devenue le département du Grand-Est comptabilisant le plus grand nombre de décès covid-19 à l’hôpital, avec 1 704 morts entre le 19 mars 2020 et le 8 février 2021. Très proche du bilan haut-rhinois lors de la première phase épidémique avec 853 morts, la Moselle a connu ensuite un automne presque aussi meurtrier en enregistrant 808 décès.
En Moselle, un plateau hospitalier très meurtrier à l’automne
Ailleurs, un automne plus meurtrier
Si les hôpitaux d’Alsace et de Moselle ont enregistré moins de décès lors du plateau d’automne, il en va autrement dans les autres départements. La Meurthe-et-Moselle, la Marne et les Vosges totalisent 1 227 morts, soit 321 de plus en automne qu’au printemps (+35%). À Nancy, le maire Mathieu Klein (PS) a demandé un « reconfinement local » lors des fêtes de fin d’année.
La Meurthe-et-Moselle, la Marne et les Vosges ont connu un automne et un hiver plus meurtrier Photo : Visualisation RDS / Rue89 Strasbourg
La mécanique de ces plateaux de décès est toujours floue. Comme le détaille Christian Rabaud, infectiologue et président de la Commission médicale d’établissement du CHRU de Nancy :
« Nous avons connu le couvre-feu plus tôt que d’autres, suivi le même confinement que l’ensemble du pays, et après nous sommes restés sur un haut plateau. Pourquoi ? Ce n’est ni le climat, ni l’observance des mesures qui semble l’expliquer. Et la période est trop ancienne pour incriminer les variants. Donc… C’est le mystère ! »
Cette tendance observée en Meurthe-et-Moselle est similaire à celle de la Marne et des Vosges. Dans ces dernières, le total de morts covid-19 dans les hôpitaux s’élève à 620 entre le 19 mars 2020 et le 8 février 2021, soit 1,6 décès pour 1 000 habitants.
Les hôpitaux de Meurthe-et-Moselle rattrapés à l’automne Photo : Visualisation RDS / Rue89 Strasbourg
Les départements moins peuplés accusent la plus forte hausse de décès
Les quatre départements restants sont les moins peuplés des dix que compte le Grand Est. Ainsi, les Ardennes, l’Aube, la Haute-Marne et la Meuse pèsent peu dans le bilan. Mais la deuxième phase y a représenté l’augmentation la plus forte de décès, avec 66% de plus qu’au printemps. Depuis l’automne, ils concentrent environ un décès sur cinq dans le Grand Est, contre un sur dix au printemps.
Dans les autres départements, la vague d’automne-hiver a fait davantage de morts dans les hôpitaux qu’au printemps (Visualisation RDS / Rue89 Strasbourg).
Leurs bilans s’avèrent chargés pour certains quand on les rapporte au nombre d’habitants. On compte alors 1,6 décès pour 1 000 habitants dans la Meuse et 1,4 en Haute-Marne. Des proportions similaires à la Moselle et le Haut-Rhin, qui présentent les totaux les plus importants.
Voici un tableau récapitulatif des départements de la région pour la période du 19 mars 2020 au 8 février 2021 :
Décès covid-19 à l’hôpital
Décès pour 1 000 habitants
Moselle
1 704
1,6
Haut-Rhin
1 312
1,7
Bas-Rhin
1 306
1,1
Meurthe-et-Moselle
895
1,2
Marne
671
1,1
Vosges
620
1,6
Meuse
303
1,6
Aube
293
0,9
Ardennes
284
1
Haute-Marne
257
1,4
Source : Santé Publique France + INSEE
Ce plateau prolongé de mortalité dans le Grand-Est témoigne d’une tension constante des hôpitaux depuis l’automne. Christian Rabaud prévient :
« Si l’épidémie repart, on a très peu de réserves pour encaisser cette accélération. Avec des hôpitaux pleins de patients covid, mais surtout des patients non-covid qui ne peuvent plus attendre, on sera très vite dans le rouge. »
Un collectif d’associations, de partis et de mouvements appellent à manifester samedi contre la loi sur les « séparatismes » et toujours contre la loi « sécurité globale ».
Samedi 13 février, la météo prévoit des températures entre -4 et -8°C à Strasbourg, mais qui a froid quand les libertés sont en danger ? Pas les militants de la coordination de 17 associations et partis « contre les lois liberticides ». Ils ont déposé une nouvelle déclaration de manifestation samedi à Strasbourg, à partir de 14h. Il s’agit d’au moins la onzième occurrence contre le projet de loi sur la « sécurité globale. » Ils ont désormais ajouté à leurs revendications des dénonciations d’une autre loi préparée par le gouvernement, actuellement discutée à l’Assemblée nationale, celle sur les « séparatismes », renommée loi pour « conforter les principes républicains ».
« La loi a été renommée pour cacher sa véritable cible : les Musulmans, » pointe Jean-Claude Meyer, journaliste et militant de l’Union juive française pour la paix, membre du collectif. Ce projet de loi vient à nouveau renchérir l’arsenal législatif de l’État contre l’Islam radical. Dans une grande tradition républicaine, elle a été initiée suite à l’émotion suscitée par l’assassinat de Samuel Paty en octobre 2020, cet enseignant tué par un déséquilibré après avoir été l’objet de messages haineux sur les réseaux sociaux.
Le 28 novembre, plus de 3 000 personnes avaient manifesté contre la loi de « sécurité globale » (Photo PF / Rue89 Strasbourg).
Pour les membres du collectif, dont la Ligue des droits de l’Homme, la FSU, et la France Insoumise, ces deux lois procèdent d’une même logique : criminaliser des communautés entières d’une part, et donner plus de moyens aux policiers pour gérer les conséquences de cette politique d’autre part.
La loi dite de Sécurité globale prévoit en effet d’étendre les moyens technologiques et de surveillance pour les forces de l’ordre, ainsi que d’étendre les prérogatives des policiers municipaux et des agents de sécurité privés. La loi sur les « séparatisme » prévoit un nouveau délit de « mise en danger de la vie d’autrui par diffusion d’informations relatives à la vie privée, » de restreindre l’instruction à domicile et de contraindre les associations à « s’engager à respecter les valeurs de la République. »
Comme à chaque fois, l’accès au centre-ville est interdit aux manifestants par la préfecture du Bas-Rhin. Le cortège se contentera donc de le contourner. Les organisateurs regrettent de ne pouvoir passer par le centre-ville pour diffuser plus largement leurs tracts mais, assurent-ils, « l’opposition contre ces lois est réelle. Nos tracts sont très bien reçus et les cortèges, même s’ils ne sont pas toujours très étoffés, forment le noyau dur de cette opposition. »
Sentiment d’être constamment surveillés, rappels à l’ordre incessants, obsession pour les performances des salariés… Plusieurs anciens téléconseillers témoignent des dérives d’un management « en roue libre » dans la centrale d’appels Bluelink. La nouvelle direction, nommée en septembre, promet un meilleur encadrement des managers.
« Psychologiquement, je ne me sens plus en sécurité chez Bluelink Strasbourg. Fin 2020, j’étais désemparée. Pour me protéger, je suis en arrêt maladie pour quatre mois depuis novembre. » Depuis avril 2017, Lola (le prénom a été modifié) travaille dans la centrale d’appels située rue Livio. En face de l’entrepôt Amazon, près de 200 téléconseillers répondent aux réclamations des clients d’Air France, Delta Airlines ou Devialet.
Obnubilés par les chiffres, les managers poussent au burn-out
Dans un open-space aux murs recouverts de citations enthousiastes et autres « Empathie », « Écoute » ou « Humanly digital », Lola a subi « des méthodes managériales qui poussent au burn-out ». Face à l’inaction de sa direction, elle a décidé de dénoncer les dérives managériale chez Bluelink Strasbourg. « J’ai eu besoin de le faire pour moi, mais aussi pour que ça n’arrive pas aux suivants ».
Jouez un rôle actif dans la préservation de la pluralité médiatiquePlongez en illimité dans nos articles et enquêtes exclusivesParticipez librement à la discussion grâce aux « identités multiples »
Rédacteur en chef de Rue89 Strasbourg. Spécialisé depuis 2019 en enquêtes locales, à Strasbourg et en Alsace sur des sujets variés allant de l’extrême-droite à l’hôpital public en passant par la maison d’arrêt de Strasbourg, les mouvements sociaux, les discriminations et l’expertise-psychiatrique.
Des élections municipales partielles sont programmées, si la situation sanitaire le permet.
La Préfecture du Haut-Rhin vient enfin de fixer des dates pour les communes dont les élections municipales ont été annulées par le tribunal administratif. Les électeurs sont attendus aux urnes les 21 et 28 mars. « À tout moment, et jusqu’à la tenue du scrutin, les dates de ces élections pourront être reportées en fonction de l’évolution de la situation sanitaire », prévient néanmoins l’administration.
Ce sera notamment le cas à Sainte-Marie-aux-Mines (environ 5 000 habitants), la plus grande des quatre communes du Val d’argent. Les élections avaient été annulées mi-octobre suite à un recours du maire sortant et battu de 15 voix. En mars, les rideaux de l’isoloir avaient été retirés le jour du vote, en raison de la pandémie du coronavirus. (lire notre article)
Les élections à Sainte-Marie-aux-Mines sont enfin fixées.
Trois autres communes, de moins de 1 500 habitants sont concernées par de nouvelles élections : Chalampé, Hindlingen et Dessenheim. Cette dernière n’a plus de maire depuis juillet et une annulation au tribunal administratif. Des élections partielles avaient été programmées en novembre, mais annulées en raison du 2ème reconfinement.
Le village de Chalampé fait de son côté face à une démission collective de ses élus et élues, intervenue en décembre. À Hinflingen, la cause est le décès le 18 janvier du maire Paul Sahm à 78 ans, alors qu’il entamait son sixième mandat.
Des régionales et départementales en juin
Dans le Bas-Rhin, la commune de Duttlenheim doit aussi voir ses élections réorganisées d’ici le 13 juin au plus tard en raison de la crise sanitaire. Par ailleurs, les élections régionales de départementales viennent d’être déplacées aux 13 et 20 juin.
L’élue strasbourgeoise et ancienne maire socialiste Catherine Trautmann plaide dans une tribune pour repenser les rames de tram actuelle et futures pour que les cyclistes retrouvent leur place aux cotés des piétons. Une mesure qui permettrait de renouer avec l’objectif initial des trams et répondre aux enjeux des déplacements de demain.
Le premier tram de Strasbourg inauguré en 1994 était conçu comme le moyen par excellence d’un transfert de la voiture particulière vers le transport public, le vélo, la marche à pied.
Pour réussir ce transfert modal, il était nécessaire d’organiser la complémentarité des modes et la compatibilité dans l’espace public de ces différents modes de transport. Cette phase est celle d’un nouveau partage de l’espace public au centre-ville pour éviter la circulation excessive, les bouchons et la pollution. Avancent alors simultanément le plan de circulation avec les boucles qui tangentent le cœur de ville, la réalisation de la première ligne de tram et le premier plan cyclable, le tout permis par l’extension du secteur piétonnier de Strasbourg.
Plus de conflits piétons/cyclistes jusque dans le tram
Cette nouvelle expérience de ville devait permettre à chaque habitant ou visiteur d’opérer librement son choix de mobilité. Le tram à plancher bas intégral était alors pensé comme une continuité de l’espace public qui en tant que tel devait être accessible à toutes et à tous : pour les personnes à mobilité réduite, les parents et les enfants avec poussette et… les vélos, afin de faciliter les jonctions sur les trajets de moyenne et longue distance et pour que les kilomètres à parcourir ne soient pas rédhibitoires sur le choix du vélo comme véhicule principal de trajet domicile/travail par exemple.
Le vélo dans le tram a été possible dans ce contexte à l’exception des heures de pointe et je continue à préconiser cette pratique. Le succès du tram, le développement de l’usage du vélo, les récentes extensions du secteur piétonnier et la mise en œuvre de mesures contraignantes en horaire et véhicules propres au centre-ville ont changé la donne. Plus d’usagers, plus de conflits piétons/cyclistes et véhicules de livraison dans le partage de l’espace public et ce jusque dans le tram.
Catherine Trautmann plaide pour un aménagement spécifique des rames de tram pour concilier l’espace entre cyclistes et piétons. Photo : Abdesslam Mirdass / Studio Hans Lucas
Des médiateurs à bord
Une première remarque venant d’une voyageuse fréquente dans le tram. Une grande partie des problèmes proviennent du non-respect d’un code commun d’usage qui ne devrait pas relever de la responsabilité des conducteurs, mais bien des passagers.
Ceux-ci devraient être accompagnés régulièrement par des agents dédiés, afin d’éviter que piétons et cyclistes forcent le passage quand le tram est plein, pour inciter les passagers à libérer les sièges empêchant l’accès des vélos aux heures autorisées et pour éviter l’usage du tram par les livreurs à vélo.
Rechercher l’innovation dans les prochaines rames
Je suggère que pour faciliter la présence de vélos dans le tram on envisage des aménagements des rames existantes : mise en place de crochets, redressement des sièges gênants par exemple, et surtout recherche d’innovation pour une combinaison apaisée des usages dans les prochaines rames.
Je préconiserai également de recourir à la possibilité d’utiliser des bus équipés de porte-vélos sur des lignes à déterminer en concertation avec les usagers. Pourquoi ne pas recourir également aux applications mobiles pour savoir dans quelles rames de tram et quels bus il est possible de charger son vélo ?
Des solutions complémentaires
Qui dit usage organisé du vélo, dit aussi pôle d’échange train / tram / vélo. Je rêve d’un grand parking à vélo comme j’en ai visité aux Pays-Bas à l’arrière de la gare, destiné à des vélos simples ou des vélos-cargo.
Les cyclistes choisissent aussi le tram à pieds et pas seulement avec le vélo. Les deux solutions ne peuvent être que complémentaires. Surtout quand on envisage le développement du vélo électrique.
Pour moi la question du vélo dans le tram n’est pas une question anodine qui ne concernerait qu’une tolérance à des horaires déterminés, c’est une question qui réinterroge la manière d’organiser la transition automobile vers les modes actifs de mobilité et la résorption des conflits d’usage de l’espace public. Cette transition concerne les familles, les particuliers, les entreprises, les administrations, et bien sûr les jeunes qui dès à présent opèrent les choix de mobilité de demain.
C’est pour la réussite de cette transition que je suis favorable à la gratuité des transports publics pour les moins de 18 ans et les plus de 65 ans. Et je milite pour l’organisation d’assises des mobilités durables et du partage de l’espace public qui permettent d’envisager toutes les solutions, des plus grandes au plus petites, pour dessiner la nouvelle étape de la ville fluide et mobile.
Yasemin Cetindag a été tuée par son compagnon le 23 décembre, sous les yeux de ses quatre enfants. La jeune femme de 25 ans était victime de violences conjugales depuis plusieurs années. Entre 2017 et 2019, 13 mains courantes ont été déposées. Aucune n’a suscité l’ouverture d’une enquête.
Pas une, ni deux. Mais treize. Treize mains courantes ont été déposées entre 2017 et 2019, pour rapporter des faits de violences entre Yasemin Cetindag et son compagnon de l’époque, Savas O.
Le 23 décembre dernier, la jeune femme de 25 ans est morte, étranglée et poignardée par le père de ses enfants, deux mois après l’avoir définitivement quitté. « Elle avait pourtant lancé plusieurs appels à l’aide », selon Xavier Metzger, avocat de Leyla Cetindag, la grande sœur de Yasemin et partie civile dans cette affaire.
13 mains courantes déposées par Yasemin et par ses voisins
Cet article fait partie de l’édition abonnés. Pour lire la suite, profitez d’une offre découverte à 1€.
Diplômée à Lille en 2012. Après Paris et Marseille, je me suis installée à Strasbourg en 2020. Je suis aujourd’hui indépendante en radio et web, pour Rue89 Strasbourg, Mediapart, Louie Media et France Culture. J’aime les reportages et les enquêtes au long cours, sur les sujets de société et sur notamment sur les violences sexistes et sexuelles.
Le Racing Club de Strasbourg n’a rien pu faire pour contenir les assauts lyonnais d’une attaque en feu cette saison (défaite 3-0). Le Strasbourgeois Adrien Thomasson a été expulsé dès la 15e minute de jeu compliquant encore plus les perspectives de ramener un résultat de Lyon. La Cave de Papy revient sur cette rencontre du samedi 6 février.
Dans un match qui s’annonçait difficile face à un cador, l’expulsion précoce d’Adrien Thomasson n’a pas pas permis aux Strasbourgeois de lutter correctement. Face à la deuxième meilleure attaque du championnat et en infériorité numérique pendant 75 minutes, le Racing club de Strasbourg a sombré samedi soir au Groupama Stadium (3-0) de Lyon.
Le tournant du match intervient dès le quart d’heure de jeu. Le milieu de terrain offensif Adrien Thomasson reçoit un carton jaune pour une semelle sur le tibia du lyonnais Thiago Mendes. Le milieu strasbourgeois conteste cette décision auprès de l’arbitre Amaury Delerue et la couleur du carton passe du jaune au rouge. Même si on ignore les mots qui se sont échangés, cette réponse directe de l’arbitre montre que le carton rouge pourrait être sorti bien plus souvent sur les pelouses de Ligue 1 à chaque fois qu’un joueur conteste une décision…
L’entraîneur strasbourgeois est furieux et dénonce un traitement de faveur pour certaines équipes du championnat. D’autant plus lorsqu’une main volontaire du défenseur lyonnais Marcelo déjà averti, intervient sans connaître la même issue (50e minute). Les mots de Thierry Laurey en conférence de presse sont alors justifiés : « Si monsieur l’arbitre pense qu’il doit expulser mon joueur, il n’y a pas de problème. Mais par contre il faut qu’il expulse Marcelo alors. Car là, il y a deux poids deux mesures ». Thierry Laurey confie au micro « vouloir être arbitré de la même façon ». Sans pour autant mettre la défaite uniquement sur le compte de ces décisions.
🎙💥 Thierry #Laurey : "On se retrouve à 10 de manière un peu bête. L'arbitre a sorti un 2nd avertissement très rapidement mais ne l'a pas adressé ensuite à Marcelo pour une main totalement volontaire en seconde période. Cela aurait dû lui valoir aussi un carton rouge." 🤬❌ pic.twitter.com/TOBeJQhlvJ
Un duel face à l’Olympique Lyonnais n’est pas une partie facile. En infériorité numérique, la tâche prend une tournure qui relève presque de l’impossible. Avant ce tournant du match qui vient fausser toute la confrontation, la Cave de Papy tient à mettre en avant deux situations dangereuses strasbourgeoises. Kévin Zohi oblige le gardien lyonnais à se détendre pour préserver son but et ainsi empêcher l’ouverture du score du Racing (8e). Quelques minutes plus tard, l’attaquant strasbourgeois Majeed Waris s’illustre avec une frappe contrée par Thiago Mendes (12e).
Lorsque les Alsaciens se trouvent à dix, la machine lyonnaise se met en route avec les réalisations de Memphis Depay (20e) et Karl Toko Ekambi (30e). La Cave de Papy relève une statistique intéressante qui renforce la difficulté de stopper l’Olympique Lyonnais lorsque l’équipe est lancée. Depuis le début de saison, quand l’OL ouvre le score, le club s’impose à chaque fois. Au début de la seconde période (47e), le RCSA se procure une autre situation intéressante avec de nouveau Kévin Zohi mais sa frappe cadrée manque de puissance.
Les Strasbourgeois avaient réussi à repartir de Lyon avec le point du match nul (1-1) le 16 février 2020. (photo Andréa Lamy (16/02/2020))
Le travail défensif empêche d’encaisser plus de buts
Même si le Racing s’incline (3-0) face à l’Olympique Lyonnais, le score aurait pu être encore plus lourd. La Cave de Papy tient à souligner du positif dans la rencontre. Eiji Kawashima parvient à repousser une frappe du lyonnais Houssem Aouar dès la 5e minute de jeu. Le gardien du Racing stoppe aussi un coup franc de Memphis Depay à la 26e minute. Par contre sur une nouvelle situation sur coup franc qui amène le troisième but lyonnais, le Japonais est mal placé. Une position qui profite à Memphis pour marquer directement sur coup de pied arrêté le troisième but (68e). Le défenseur strasbourgeois Lionel Carole se montre lors d’une intervention qui empêche Lucas Paqueta de filer sur le but (58e). Alexander Dijku est décisif en fin de rencontre sur ses interventions pour empêcher d’encaisser un quatrième but.
Les regards sont désormais tournés sur le très attendu derby face à Metz qui se profile pour la Saint-Valentin. Avant cela, une rencontre de Coupe de France va opposer le Racing à Montpellier mercredi à 14h45 au Stade de la Meinau.
Les chroniqueurs de la Cave de Papy s’attendent à un match très équilibré mercredi 10 février en Coupe de France contre Montpellier mais pensent que le Racing va s’imposer.
L’Abrapa a annoncé le 22 janvier aux habitants de sa résidence de la Petite-France qu’ils devraient quitter les lieux d’ici le 31 mai. En cause, des travaux de mise aux normes d’accessibilité trop importants. Quelques résidents attachés à leur quartier se sont mobilisés mais le départ des aînés est acté.
Papis et mamies ont fait de la résistance ! Sur 35 personnes âgées de la résidence Abrapa du 7 rue du Bouclier, dans le quartier de la Petite-France à Strasbourg, une demi-douzaine ont décroché le droit de rester chez eux. Mais la présence de personne âgées dans cet ensemble de trois bâtiments magnifiques, dans un écrin de calme au cœur de la ville, c’est terminé.
Fin janvier, en relevant leur courrier, les habitants de la résidence Abrapa Petite-France découvrent une lettre les conviant à une « réunion d’information » quant au devenir de la structure :
« Propriété de la Ville de Strasbourg et de la Société d’équipement de la région de Strasbourg (SERS), la résidence est confrontée à d’obligatoires travaux de mise en conformité du bâtiment, à la fois en terme d’accessibilité mais aussi de système de chauffage. Ces travaux d’ampleur représentent un tel coût d’investissement qu’ils remettent aujourd’hui en cause la destination même de la résidence et la possibilité financière pour les personnes âgées d’y résider. »
La résidence Abrapa Petite-France compte quatre bâtiments, dont une vieille bâtisse très appréciée des résidents. Photo : AM / Rue89 Strasbourg / cc
La nouvelle, inattendue, est très mal reçue par les résidents, comme en témoigne Muriel Adolf, 85 ans :
« On ne nous avait informés de rien avant cette lettre. Il y avait bien quelques rumeurs de travaux depuis un an environ, mais jamais on ne nous avait dit que nous devrions partir ! »
Six mois pour faire ses valises…
C’est pourtant ce qui a été demandé aux résidents lors des réunions organisées par l’Abrapa ce 22 janvier. L’association spécialisée dans l’aide et l’hébergement des personnes en perte d’autonomie les a informés de la fermeture de leur résidence et leur a demandé de quitter les lieux d’ici le 31 mai. Elle leur a proposé qu’ils soient relogés dans d’autres résidences de l’Abrapa, situées à la Krutenau, aux Halles, ou encore à Cronenbourg. L’association a promis que les déménagements seraient pris en charge et a offert un accompagnement psychologique pour les résidents, consciente que ce changement de cadre de vie serait un bouleversement important.
La résidence de la Petite-France compte 55 logements, dont 35 sont encore habités. La majorité des résidents ont accepté le déménagement mais une demi-douzaine, particulièrement remontés, ont refusé.
« On fait partie de la vie de ce quartier »
« Ici on est en plein centre-ville. C’est là qu’on a choisi de vivre, pas ailleurs ! » tempête Lydia Leray, 80 ans et installée depuis 18 ans au 7 rue du Bouclier. « Je suis à côté de Grand-Rue, tout près de mes deux cinémas et de ma librairie. Ici c’est la vie », réagit de son côté Muriel Adolf. « Et puis c’est un espace piéton, un quartier très sûr pour nous », poursuit, Marie-Jo Bradin. « On fait partie de la vie de ce quartier, on a notre place en ville », ajoute Lydie Leray. Des amitiés se sont liées. Nous ne sommes pas des objets que l’on peut déplacer à loisir ! »
Au delà du quartier, c’est également leur résidence qu’ils refusent de quitter. Une grande bâtisse ancienne – sur les quatre immeubles que compte l’ensemble- leurs appartements sous-pente, une terrasse de 60 mètres-carrés, un jardin d’hiver… et surtout « un calme olympien ». « L’été c’est merveilleux, on entend les oiseaux chanter. Vous ne trouvez ça nulle part », s’enthousiasme Lydia Leray. Mais ce qui fait le charme ancien des lieux constitue précisément le cauchemar de l’Abrapa.
Plus de normes, donc des bâtiments neufs
Une loi du 11 février 2005 est en effet venue faire évoluer les normes en matière d’accessibilité. Gestionnaire d’un établissement recevant du public, et plus particulièrement des personnes âgées, l’Abrapa avait jusqu’au 31 mars 2019 pour lancer un chantier de mise aux normes ou déposer un agenda de programmation des travaux. Installation de garde-corps, changement des éclairages, réaménagement de tous les circuits extérieurs, installations de rampes, réaménagement de tous les appartements et notamment des salles de bain pour y mettre des douches italiennes plus accessibles… Les travaux sont nombreux et difficiles, du fait de la nature ancienne de certains bâtiments. Compliqué, par exemple, de réaliser une douche à niveau quand la salle de bain repose sur un plancher.
Au chantier de l’accessibilité s’ajoute celui de la rénovation énergétique des bâtiments, « véritables passoires » thermiques, de l’aveu même des occupants. Pour rester dans les lieux, l’Abrapa aurait dû débourser près de deux millions d’euros selon sa propre estimation.
Des travaux… à la charge du locataire
La convention signée entre la SERS, société d’économie mixte de la ville de Strasbourg, et l’Abrapa pour la location et la gestion des bâtiments stipule que c’est à l’association de prendre en charge tous les travaux, même structurels, alors que ces derniers reviennent d’ordinaire à la charge du propriétaire. Directeur général de l’Abrapa, Jean Caramazana détaille :
« C’est une convention qui a été signée à la fin des années 80. À l’époque, les gens étaient peut-être un peu naïfs. Personne n’imaginait, je pense, qu’il y aurait autant d’évolution en matière de normes. Mais aujourd’hui, cet investissement est trop important pour nous. Il mettrait en péril l’équilibre des finances de l’Abrapa. »
Au coeur de la Petite-France, dans un écrin de verdure, les vieux se trouvaient bien là Photo : Google Earth
Le directeur assure par ailleurs que la résidence n’est pas attractive et peine à se remplir depuis des années :
« Ce que tout le monde voit, c’est le bâtiment ancien, central, qui, il est vrai, a énormément de cachet. Mais il y a quatre bâtiments, dont certains avec des logements qui donnent sur la rue au rez-de-chaussée. Ces appartements là ne sont pas faciles à louer. »
650€ par mois, sans le chauffage : trop cher
Les loyers demandés ne sont guère attractifs non plus : environ 650 euros auquel il faut ajouter le chauffage, électrique, qui n’est pas pris en compte dans le calcul des aides au logement. Pour un habitat à destination sociale, c’est trop cher explique Jean Caramazana :
« Nous sommes bien au dessus des prix du marché. Pour avoir un ordre d’idée, les loyers tournent autour de 500 euros dans notre résidence de la Krutenau et le chauffage est compris dedans. »
Au final, cette résidence Petite-France est « en hypertension financière depuis des années », détaille le directeur :
« L’ardoise des derniers travaux réalisés à la fin des années 2000 pour la mise aux normes incendies et l’étanchéité n’est pas encore effacée. C’est un crève-coeur pour nous aussi de nous séparer de cette résidence mais nous n’avons plus la possibilité de faire autrement. »
Après deux années passées à chercher des solutions avec la SERS, et notamment des subventions, l’Abrapa a fini par résilier son bail, rassurée sur la destination du bâtiment, qui pourrait être loué à Amitel. L’association y installerait un foyer de jeunes travailleurs.
Une résidence intergénérationnelle, bonne idée pour les résidents, moins pour les structures
« C’est pas la peine de nous mettre dehors, nous partirons de nous-mêmes dans le cercueil », lâche Roger Cailliau, laconique. Les quelques résidents bien décidés à rester sont dubitatifs concernant la nécessité des travaux d’accessibilité. « J’ai mesuré la marche pour accéder à ma douche : elle fait 23 centimètres ! Mais elle ne me gêne pas, je rentre encore dedans ! » réagit Mme Bonnarel, 93 ans et doyenne des résidents.
Les habitants du 7 rue du Bouclier utilisent les ascenseurs de la résidence pour éviter le grand escalier d’honneur mais s’accommodent très bien des couloirs qui seraient trop étroits selon les normes actuelles et de leurs douches à marches. « S’il y avait péril en la demeure, on s’en serait rendu compte quand même », soupire Muriel Adolf.
Roger Cailliau esquisse une idée pour rester à la Petite-France :
« Puisqu’il paraît qu’ils vont installer des jeunes ici, pourquoi est-ce qu’on ne mettrait pas en place une résidence intergénérationnelle ? On est certes âgés mais nous ne sommes pas encore gâteux il me semble, il y aurait des choses à apprendre de cet échange pour chacun ! »
Une solution modérément accueillie par l’Abrapa, qui explique qu’elle ne pourra assurer le suivi sur site d’une poignée de résidents.
Contacté, Jean Werlen, adjoint à la maire de Strasbourg et président de la SERS (EELV), a assuré que personne ne serait mis dehors :
« L’émotion est considérable et ça se comprend. L’idée d’un déménagement crée des angoisses. Si quelques résidents veulent rester, ce ne sera pas un souci. On fabriquera ensemble des solutions juridiques. On fera du sur-mesure. Mais le personnel d’Amitel n’étant pas apte à assurer le suivi de personnes âgées, ce sera à l’Abrapa de le prendre en charge. »
Une prise de position réitérée dans un courriel adressé au fils de Muriel Adolf dimanche 7 février que Rue89 Strasbourg a pu consulter et dans lequel l’élu confirme que « les directions de la SERS et d’Amitel sont convenues de proposer à l’Abrapa la continuité des séjours des quelques résidents qui souhaiteraient conserver leur logement sur site. » Le courriel explique encore que l’Abrapa, Amitel et la SERS doivent encore arrêter les modalités pratiques de cette cohabitation, mais que le portage des repas sera assuré.
Quant aux travaux, seuls ceux qui concernent la rénovation énergétique des bâtiments seront mis en œuvre, dans deux ans environ. La mise en normes en matière d’accessibilité n’est en revanche plus obligatoire, du fait du changement de destination des lieux.