Enquêtes et actualité à Strasbourg et Eurométropole

Discrètement, le Kalt installe une scène électro berlinoise à Strasbourg

Discrètement, le Kalt installe une scène électro berlinoise à Strasbourg

Le Kalt a ouvert ses portes en avril dans le quartier de la Plaine des Bouchers à Strasbourg. Si quelques affiches le signalent en ville, l’ouverture du club a été plutôt discrète. Pourtant les habitués des cercles de la musique électro investissent le lieu chaque week-end et apprécient son ambiance et sa programmation, qui leur rappellent les obscurs clubs berlinois.

Samedi 16 juin, près d’un millier de personnes se sont pressées au Bike Park de Strasbourg tandis que beaucoup d’autres sont restées derrière les grilles. La soirée était organisée par Arkatek, un sound system de la région avec une programmation aux accents tribe, techno et acide, la preuve qu’il existe un public électro dans la région. Certains l’ont bien compris et cherchent à créer le lieu qui accueillera les amateurs de techno de Strasbourg et de sa région.

Le club Krimmeri Alternative, plus connu sous le diminutif Kalt, a ouvert le 20 avril dans la Plaine des Bouchers, en toute discrétion. Une poignée d’affiches plutôt sobres ont été collées dans quelques rues de Strasbourg, même pas de flyers.

« Je suis allé à Berlin en 15 mn de vélo »

Pourtant, dès les premières soirées organisées au Kalt, le public a répondu présent et l’endroit est plutôt bien noté par les premiers utilisateurs sur Facebook :

« Avant hier, Strasbourg est devenue européenne, Merci ! » ; « Underground, comme un vent de souffre dans une plaine bien calme. » ; « C’est la 5ème fois que je vais à Berlin, mais cette année je n’ai eu besoin que de 15 min de vélo pour arriver à destination ! Bravo c’est propre à tous les niveaux ! » ; « Bon je sais pas par où commencer, j’ai encore du mal à me remettre de mes émotions de cette soirée d’ouverture… Çà faisait trop longtemps que j’attendais un club comme celui-ci à Strasbourg : un club industriel, agréable, où l’on peut fêter plus simplement, et avec une programmation électronique recherchée. » ;  » Voilà un endroit qui va devenir un QG pour un grand nombre de passionnés d’électro. Moi la première. Bravo, vous avez réussi à offrir à Strasbourg ce qui lui manquait cruellement. »

Logo du Kalt. (Capture d’écran de la page Facebook du Kalt)

Le club n’est ouvert qu’un soir par week-end (vendredi ou samedi) et plusieurs co-gérants se sont associés pour diriger l’établissement : Jean Clauss, Simon Fath, Étienne Kalebdjian, et Pacôme Orzi. Trois fondateurs sont des anciens du Collectif Ephémère, dont les soirées avaient leur petite réputation à Strasbourg. Quant au dernier, il est DJ et fondateur du collectif d’artistes Manufaktur.

Des influences berlinoises

Le bâtiment situé rue Lafayette en pleine zone industrielle est vaste. Il s’agit de l’ancienne usine de pâtes alimentaires Bec d’Or fondée par Gaspa SA vers 1950 et fermée à la fin de l’année 2002. Le matériel et les machines ont été déplacées, les pièces vidées et depuis, presque rien n’a été ajouté. La salle principale se compose d’un espace DJ et d’un grand bar en béton. Malgré un espace très vaste, il fait chaud et l’énergie dépensée par les danseurs rend les murs rapidement humides.

L’architecture industrielle n’est pas sans rappeler les clubs berlinois qui se sont installés dans d’anciennes usines comme le Tresor ou le Berghain. La décoration y est toujours brute et minimaliste avec seulement quelques spots de lumières pour que le bâtiment désaffecté conserve la même allure que dans sa vie passée.

Le club Tresor à Berlin. (Photo Flickr : cc Mitch Altman)

Le Kalt accueille une clientèle strasbourgeoise mais pas seulement. Certains fêtards traversent la frontière pour s’y rendre. Dans le fumoir étroit, adossés contre les hauts murs de béton, on entend les clubbers discuter dans une sorte de brouhaha linguistique avec beaucoup d’allemand. Alors que les Strasbourgeois ont bien souvent tendance à traverser le Rhin pour leurs achats ou y passer la soirée, il était plutôt rare de croiser des clubbers Allemands dans un établissement strasbourgeois.

À l’entrée, les clients doivent faire face à une fouille minutieuse. Sac, portefeuille, coque de téléphone, la moindre poche ou tirette est ouverte et inspectée méticuleusement. Il faut être prêt à dire adieu à certains objets interdits, comme un simple feutre fluorescent qui finira à la poubelle. Les objectifs des téléphones, sont eux recouvert à l’aide de petites gommettes : le Kalt interdit les photos au cours de la soirée. Un procédé assez habituel… à Berlin encore, où de nombreux clubs appliquent cette règle.

Une scène de référence dédiée aux arts visuels

La société exploitante du Kalt a été soutenu financièrement par le Feder (fonds européen de développement régional) en tant que tiers lieu culturel dans le cadre du développement des entreprises du secteur culturel. Le projet de l’établissement est de devenir une scène de référence dédiée aux arts visuels et aux musiques alternatives électroniques. Une ambition qui pourrait se concrétiser par une programmation pointue : plusieurs Dj’s internationaux se sont déjà déplacés pour mixer au Kalt, comme Peter Van Hoesen, un maître de la techno lente ou dite « ambiante. »

D’autres artistes parmi lesquels Nd_baumecker et Luigi di Venere ont délaissé le Panorama Bar ou encore l’About Blank de Berlin pour se produire dans ce tout nouveau club strasbourgeois. Quant à Claudio PRC qui est programmé le 13 juillet, il s’agit de son unique date en France depuis octobre.

Ivre, il roule à vélo sur les rails et bloque tous les trains à Strasbourg

Ivre, il roule à vélo sur les rails et bloque tous les trains à Strasbourg

Être capitale du vélo a parfois des inconvénients insoupçonnés. Ce vendredi 22 juin vers 18h15, une personne à vélo et alcoolisée s’est retrouvée sur les rails de trains à quelques centaines de mètres en amont de la gare de Strasbourg, au lieu dit du « faisceau Saint-Hélène » sur la ligne Paris-Strasbourg, là où les trains se séparent vers Bischheim.

Dans ce cas, une alerte est émise, ce qui bloque tous les trains à l’arrivée comme au départ, côté nord et côté sud. Peu avant 19h, la personne a été interpellée, suite à une intervention de la police. Il s’agit d’un homme d’un peu plus de 50 ans. La circulation ferroviaire a repris dans les minutes suivantes.

Les trains ont été bloqués à Strasbourg pendant 45 minutes (photo JFG / Rue89 Strasbourg)
Les trains ont été bloqués à Strasbourg pendant 45 minutes (photo JFG / Rue89 Strasbourg)

Problème supplémentaire, trois jeunes personnes ont ouvert les portes d’un TER à l’arrêt en provenance de Sélestat. Ils sont descendus à hauteur des faubourgs de Strasbourg, vers la Laiterie. Leur présence signalée sur les voies a donc aussi bloqué la reprise des trains côté sud (Colmar, Mulhouse, Lyon, Marseille, etc.), quelques minutes supplémentaires. Les trois personnes ont rejoint une propriété privée ce qui les met hors de danger.

À l’Edgefest, discuter de la place des femmes dans le numérique

À l’Edgefest, discuter de la place des femmes dans le numérique

Du 25 juin au 7 juillet, L’Edgefest cherche à montrer que la création numérique n’est pas réservée aux geeks. Les technophiles ou simples curieux se croiseront pour 15 événements, entre la presqu’île Malraux, la Manufacture des tabacs et à l’école Epitech. À noter parmi les sujets au programme de cette 8ème édition, la place des femmes dans le numérique.

L’association Alsace digitale organisera pour l’Edgefest 2018 quinze événements et ateliers sur le thème de la création numérique. Le festival s’étale sur deux semaines (du lundi au 25 juin au samedi 7 juillet), au Shadok, à la Manufacture des tabacs et à l’école Epitech (situé dans le centre de Strasbourg).

Le mardi 3 juillet de 17h à 20h, le Shadok accueillera un « Barcamp » sur le thème de l’égalité homme-femme dans le numérique.

Une « anti-conférence »

Les femmes ne représentent que 10% des postes dans les métiers de l’informatique en France. En Alsace, elles occupent 12% des fonctions de direction. Pour Catherine Mosser chargée de développement pour l’association Alsace Digitale, peu de femmes parviennent à s’imposer :

« C’est un secteur qui garde une image très masculine. Les femmes n’osent pas s’y aventurer parce qu’on leur dit que ce n’est pas fait pour elles. C’est un problème que l’on doit traiter dès le plus jeune âge : on veut vraiment qu’il y ait plus de filles dans les filières d’informatique et du numérique. »

L’événement est pensé comme une anti-conférence : plutôt que de faire appel à des experts, les organisateurs ont choisi de donner la parole aux participants. Les personnes présentes constitueront des petits groupes et discuterons des moyens concrets pour intégrer les femmes dans le milieu du numérique. Chaque heure, ils présenteront le fruit de leur réflexion, avant de former de nouveaux groupes.

L'un des moments forts de l'Edgefest est la soirée Edgenight sur la presqu'île Malraux (photo Alsace Digitale)
L’un des moments forts de l’Edgefest est la soirée Edgenight sur la presqu’île Malraux (photo Alsace Digitale)

Donner de la visibilité femmes intégrées dans le numérique

L’évènement est co-organisé avec la « Web Academy ». Cette filière de l’école informatique Epitech est destinée aux personnes en situation de décrochage scolaire. Elle lance lance à la rentrée une promotion composée de 80% de femmes. Sophie Viger, directrice de la formation, ainsi que d’anciennes élèves seront présentes pour évoquer leurs parcours.

L’atelier est ouvert à tous et gratuit, mais en raison du nombre de places limités, les participants doivent s’inscrire sur le site internet de l’Edgefest pour récupérer leurs invitations.

Parmi les autres ateliers organisé pendant l’Edgefest, on compte des cours intensifs de programmation informatique à destination des collégiens et des lycéens les jeudi 28 et 29 Juin de 10h à 17h dans les locaux de l’école Epitech. Le Shadok hébergera également une démonstration de réalité virtuelle, sur le thème du voyage dans le temps.

Enfin, le vendredi 6 juillet, la traditionnelle « Edgenight » clôturera le festival, avec musique en plein air, des sessions de code projetées sur la façade de la médiathèque Malraux, ainsi qu’un jeu de piste, dont le contenu est gardé secret par les organisateurs. Dès 22 heures, la fête devient la « Silent Party », avec casque sur les oreilles pour chacun pour ne pas déranger le voisinage.

Chaque dimanche, le cauchemar nocturne des étrangers en France pour leurs papiers

Chaque dimanche, le cauchemar nocturne des étrangers en France pour leurs papiers

À Strasbourg, comme dans le reste de la France, les étrangers en France doivent désormais demander ou renouveler leurs titres de séjour en prenant rendez-vous par Internet. Mais le site de la préfecture n’est disponible que du dimanche minuit au lundi 10h… Résultat : une file numérique se forme chaque semaine, fort pratique car invisible mais aux effets délétères bien réels pour les étrangers.

Mardi 5 juin, la préfecture du Bas-Rhin a vu son parvis envahi par des membres et sympathisants d’associations d’aide aux personnes étrangères, telles que Médecins du monde et la Cimade. Une cinquantaine de personnes ont voulu alerter sur les conséquences de la dématérialisation des procédures sur les étrangers en France. Depuis 2012, les prises de rendez-vous pour une inscription ou le renouvellement d’un titre de séjour se déroulent uniquement sur Internet. Et cette partie du site de la préfecture du Bas-Rhin n’est ouverte que les lundis matins, de minuit à 10h.

Françoise Poujoulet, déléguée de la Cimade pour l’Alsace et la Lorraine, ne voit aucun intérêt dans cette procédure numérique :

« Les publics que nous accompagnons n’ont ni connexion internet, ni matériel informatique. Les gens attendent donc plus longtemps pour être régularisés, et durant ce temps ils n’ont pas de vie… Ils vivent dans l’angoisse d’un contrôle. L’accueil en préfecture a toujours été problématique, mais avec la dématérialisation il y a une gestion assumée de la pénurie d’effectifs, avec un manque de plages disponibles qui pénalise directement les étrangers. »

C’est le cas d’une réfugiée rencontrée, que nous appellerons Fatou pour conserver son anonymat :

« J’ai essayé de prendre rendez-vous plusieurs fois par internet pour un titre de séjour, mais il n’y avait pas de plage disponible. J’ai essayé pendant deux mois puis j’ai fini par me rendre à la préfecture directement. Là, on m’a remis une autre adresse internet pour m’inscrire… Comme j’avais de très grosses douleurs à la tête, je me suis rendu à l’hôpital civil. Avec l’aide de l’assistante sociale sur place, on a de nouveau essayé de prendre rendez-vous à la préfecture… mais toujours impossible. Je suis ensuite allé voir l’association Médecins du monde, et au bout de trois mois on a réussi à avoir un rendez-vous… deux mois plus tard ! J’ai donc mis 7 mois pour avoir un papier à montrer en cas de contrôle de la police. Pendant deux ans ma vie a été très compliquée. »

« Le troisième dimanche soir, j’ai enfin pu obtenir un rendez-vous »

Nahed Pust, retraitée et bénévole depuis 12 ans au Collectif Judeo-Arabe et Citoyen pour la Palestine (CACP), aide régulièrement les demandeurs d’asile à prendre des rendez-vous car elle parle différentes langues arabes. Elle a essayé, depuis chez elle, par trois fois de prendre un rendez-vous sur le site de la préfecture pour une seule et même famille :

« Avant d’accéder aux plages des rendez-vous, il y a deux pages à lire dans un français très compliqué. La famille palestinienne que je suivais alors, ne parlait pas français. Le premier dimanche soir, à minuit, je n’ai pas réussi à accéder au calendrier pour prendre un rendez-vous. Le deuxième dimanche soir, j’ai pu enfin accéder au calendrier, j’ai cliqué sur mardi, et le temps que je fasse le code pour reconnaître que je n’étais pas un robot, la date avait été prise par un autre usager. Le troisième dimanche soir, j’ai décidé de choisir directement le vendredi, et là j’ai pu avoir un rendez-vous pour deux mois plus tard. »

Lors de la manifestation du 5 juin, les militants avaient apporté des captures d’écran du site de la préfecture (photo Salem Slimani / Rue89 Strasbourg / cc)

Mêmes difficultés rencontrées par Alain Kauff, citoyen engagé dans l’aide aux réfugiés. Il a suivi durant plusieurs mois un groupe de 12 jeunes migrants arrivant de Calais :

« Impossible pour ces jeunes de faire cette démarche d’inscription avec leurs smartphones, pour ceux qui en possèdent un. Il leur faut d’abord trouver un accès à un ordinateur, ce qui n’est pas évident. Le plus dur est ensuite d’accéder au calendrier. Les textes sont écrits si petits et dans un français subtil. Pour un réfugié débutant en français, il faut environ 50 minutes pour accéder aux plages des rendez-vous. »

Dilara est assistante sociale à Médecins du monde, elle décrit une réalité occultée par la numérisation des procédures :

« Avant les files d’attente étaient visibles devant la préfecture, c’était beaucoup plus scandaleux, maintenant les files d’attente sont devenues numériques. C’est pratique pour la préfecture car personne ne les voit mais les réfugiés passent leur temps à attendre, attendre d’avoir une inscription, attendre aux frontières, attendre d’avoir ses papiers… C’est l’attente constante. Et nos institutions en France reproduisent ça. »

De son côté, la préfecture du Bas-Rhin indique qu’un dispositif est mis en place pour les usagers en difficulté avec l’informatique. Yves Séguy, secrétaire général de la préfecture du Bas-Rhin et sous-préfet de l’arrondissement de Strasbourg, détaille :

« Le sens de l’histoire est de négocier le tournant numérique, d’avoir de plus en plus de services dématérialisés. En préfecture et en sous-préfecture, nous avons « mon point numérique, » qui propose des ordinateurs en accès libre avec l’aide des agents de la préfecture et des services civiques. Ce dispositif peut servir aux étrangers pour une première inscription. »

« La préfecture n’est plus la salle des pas-perdus »

Toujours selon Yves Séguy, il y a désormais une meilleure qualité d’accueil et de service au sein de la préfecture :

« Grâce à ce système, nous avons mis fin aux files d’attentes. La salle de la préfecture n’est plus une salle des pas-perdus. Ça me paraît être un élément de qualité pour des publics qui demandent une carte de séjour. Le dispositif séjour compte 9 guichets plus deux guichets hors rendez-vous pour gérer les urgences. Ce dispositif a été mis en place depuis mai, auparavant il y avait 4 guichets. »

L’administration précise que l’accueil est passé de 4 à 6 guichets ouverts en 2016 à 11 guichets, tout en répondant aux démarches en ligne. Mais l’existence de ces guichets d’urgence surprend les associations d’aide aux étrangers. Pour Dilara, « ni les bénéficiaires, ni les travailleurs sociaux n’ont jamais entendu parler de guichets d’urgence. » Nicolas Fuchs, coordinateur régional de Médecins du Monde, en a appris l’existence que très récemment :

« Quand on demande à la préfecture comment mes guichets d’urgence fonctionnent pour savoir comment orienter nos publics, on n’a pas de réponse. On nous dit qu’on ne veut pas qu’il y ait trop de monde qui se présente à ces guichets… Mais il faut mettre les moyens nécessaires pour aider et accompagner les personnes précaires, qui forment le public le plus en recherche de protection. »

Pour la préfecture, l’idée n’est pas de faire la publicité de ces guichets d’urgence afin de ne pas parasiter l’inscription en ligne :

« Il ne faut pas troubler le dispositif numérique, les situations d’urgence doivent rester exceptionnelles. On ne peut pas avoir une démarche organisée et à côté avoir des files d’attente d’urgences. »

Manifestation de la Cimade devant la préfecture du Bas-Rhin (Photo SS / Rue89 Strasbourg / cc)

80% de demandes non-abouties, selon le robot de la Cimade

Face à l’augmentation des difficultés d’inscription, la Cimade a décidé de collecter des chiffres pour prouver les difficultés rencontrées par les étrangers. L’association a développé un logiciel qui « simule le comportement d’une personne et tente de prendre rendez-vous ». Ce robot, effectue une visite toutes les heures, pour chaque planning d’ouverture de chaque préfecture en France.

Les résultats concernant le préfecture de Strasbourg sont plutôt mauvais. Prenons l’exemple d’étrangers ayant obtenu de l’OFPRA une protection internationale de la France (réfugié, protection subsidiaire, apatride). Entre mars et mai 2018, 80% de ces personnes n’ont pas pu prendre de rendez-vous, faute de date disponible.

Pour Médecins du Monde, cette dématérialisation a également des conséquences néfastes sur la santé des étrangers. Nicolas Fuchs explique :

« Nous constatons que ces gens n’ont pas de droits, faute d’y avoir seulement accès. Une demande en préfecture permet normalement d’enclencher leur demande d’asile et de bénéficier de l’Aide Médicale d’Etat (AME) pour 3 mois. On reçoit donc un grand nombre de personnes sans couverture médicale. Une personne qui arriverait en France en très bonne santé ne le resterait pas, faute d’accès à des services de santé, faute d’hébergement. Donc on ne fait qu’aggraver les situations. C’est un mauvais calcul pour la santé publique sur notre territoire. »

Pour Yves Séguy de la préfecture du Bas-Rhin, le dispositif actuel n’est pas parfait, mais va connaître des évolutions :

« Le dispositif tel qu’il est aujourd’hui est remis à jour tous les lundis à minuit. C’est un dispositif national, on n’a pas la main dessus. Il serait mieux de faire la mise à jour le lundi à 14h par exemple, c’est vrai que c’est un peu ridicule de se lever la nuit pour faire une inscription en ligne. On a fait remonter les informations. Le système offre une vue des rendez-vous sur deux mois, là aussi on aurait pu étendre la plage de prise de rendez-vous, mais on se rend compte qu’au-delà le taux de rendez-vous non honorés est important. Aujourd’hui, on a 15% d’absentéisme, c’est pourquoi on travaille sur la possibilité de rappel de rendez-vous par sms. »

Petites simplifications dans les commentaires

Petites simplifications dans les commentaires

Après plus d’un an, nous supprimons deux services annexes de Rue89 Strasbourg : les commentaires via GraphComment et les réactions via Antenna. Ces services n’ont pas fait la preuve de leur absolue nécessité et nous préférons nous concentrer sur des services liés à votre compte d’utilisateur local.

En octobre 2016, nous avions installé GraphComment sur Rue89 Strasbourg, pour améliorer nos commentaires. L’idée était de proposer une conversation plus riche, en s’assurant notamment que les trolls soient éliminés par une sélection distribuée, et en valorisant les meilleures contributions. C’est toujours notre objectif mais nous pensons aujourd’hui que le service n’a pas fait la preuve de sa capacité à améliorer la nécessaire discussion suite à nos articles. Donc, nous supprimons ce service de Rue89 Strasbourg pour l’instant. Tous les commentaires étant synchronisés, ils sont conservés.

En janvier 2017, nous avions installé Antenna sur Rue89 Strasbourg, pour permettre des réactions spontanées sur nos articles, ou sur des passages de nos articles. Plus de 2 700 clics de réactions ont été enregistrés chaque semaine via Antenna en moyenne. Bien que le concept soit amusant, le service n’a pas fait la preuve de son absolue nécessité. En outre, les données recueillies par le script d’Antenna, soit l’usage qui est fait de notre site web et la manière dont il affecte les lecteurs, étaient envoyées aux États-Unis sans aucune garantie de réutilisation, conservation ou suppression.

Another subversive comment (Photo Duncan C / FlickR / cc)
Another subversive comment (Photo Duncan C / FlickR / cc)

La solution, c’est la simplification !

Donc aujourd’hui, on simplifie un peu nos commentaires : nous utilisons à nouveau les commentaires natifs de WordPress, avec la création d’un compte utilisateur sur Rue89 Strasbourg. Ce compte utilisateur va permettre aux lecteurs d’accéder à leurs options, comme s’abonner à la newsletter quotidienne mais aussi d’accéder à leurs données, dans le cadre d’une mise en conformité de notre petit média (encore longue et complexe) avec le Règlement européen de protection des données (RGPD).

Rappelons que notre ambition, en tant que média local indépendant, est de susciter la discussion sur des thèmes liés à l’actualité de Strasbourg. Nous lisons tous les commentaires et nous répondons à chaque fois que c’est nécessaire ou que nous sommes interpellés. Contrairement à de nombreux médias, nous ne supprimerons pas les commentaires, qui nous apparaissent essentiels et utiles dans le dialogue entre une rédaction et son audience. Nous espérons avoir prochainement les moyens financiers d’installer d’autres services d’écoute et de recueil de l’audience, dont les données seront hébergées sur notre serveur et qui ne nécessiteront pas la création d’autres comptes d’utilisateurs.

Des commentaires ? 🙂

Les Bains municipaux ferment, leur avenir choisi en octobre

Les Bains municipaux ferment, leur avenir choisi en octobre

La longue fermeture des Bains municipaux débute samedi 23 juin. L’édifice construit en 1908 (voir ici toute l’histoire du bâtiment) doit rouvrir à l’automne 2021. Sa rénovation a été confiée par la Ville de Strasbourg à sa société publique locale (SPL) des Deux-Rives.

Cette dernière est toujours dans une phase de « dialogue compétitif » avec quatre groupements d’entreprises, qui devront gérer les travaux puis la gestion de la piscine de la Victoire. L’objet des tractations est de faire converger les propositions et d’avoir les même règles juridico-administratives pour tous les candidats. Le lauréat devrait être désigné en septembre par un jury de la SPL.

Dialogue avec 4 entreprises

L’objectif est ensuite que le projet définitif, estimé à 30 millions d’euros, fasse l’objet d’une présentation et débat en conseil municipal en octobre. L’utilisation du bâtiment de la chaufferie n’est par exemple pas encore tranchée.

Pour le reste, il est convenu depuis 2015 que les deux piscines seront maintenues au même prix qu’ailleurs, qu’une piscine extérieure sera ajoutée. Les bains romains et sauna seront maintenus, mais leur prix d’accès reste à déterminer. Quelques douches publiques à destination des sans-abris doivent être maintenues.

Le projet pour le bâtiment dit de « l’aile médicale » est séparé de ce montage et sera géré directement par la Ville de Strasbourg (3,5 à 4 millions d’euros), qui veut y développer le Sport-Santé sur ordonnance.

Vendredi 22 juin, dernier jour pour barboter avant plus de trois ans dans l’édifice. (photo JFG / Rue89 Strasbourg)

Une petite plaque

Avant la fermeture, une petite cérémonie a été organisée en présence du maire Roland Ries (PS) pour dévoiler une plaque indiquant que le bâtiment est désormais classé aux monuments historiques (les parties anciennement inscrites, mais pas l’intégralité) et des panneaux extérieurs pour renseigner sur le bâtiment. Une fois le futur projet choisi, des panneaux pour le présenter seront ajoutés.

Pour l’adjoint au maire en charge du dossier, Olivier Bitz (LREM), l’objectif est d’envoyer un signal avant les longs travaux :

« Dévoiler une plaque sert à montrer la volonté de préserver le patrimoine avant la rénovation. Depuis que j’ai pris le dossier en charge, les deux orientations ont été le développement du Sport Santé et le renforcement du classement patrimonial, deux éléments où la Ville était absente. Elles sont la condition de la réussite politique jusqu’à présent. »

La transformation du lieu est scrutée de près par plusieurs forces vives du quartier. À ce stade, pas de manifestation ou d’interpellations en particulier ne sont prévues. Il faut dire que les contours exacts ne sont pas encore connus.

Fermeture des Bains, ouverture à Hautepierre

Pendant plusieurs mois, des agents vont néanmoins rester sur site. Avant les travaux réalisés par les entreprises du bâtiment, il faut débarrasser certaines parties ou encore déconnecter les réseaux. Les douches publiques doivent rester ouvertes jusqu’à l’ouverture d’une extension de l’accueil de jour, rue Fritz Kiener, prévu pour le printemps 2019.

Les agents seront notamment réaffectés à la piscine de Hautepierre qui rouvre le 8 juillet. Pour le dernier jour avant fermeture, vendredi 22 juin, l’entrée des Bains municipaux est exceptionnellement gratuite.

50% de participation au premier tour des élections turques à Strasbourg

50% de participation au premier tour des élections turques à Strasbourg

Près de 40 000 ressortissants turcs du Grand Est ont voté pour l’élection présidentielle entre le 7 et le 19 juin. En cas de second tour des élections turques anticipées, les 82 000 inscrits pourront revoter du 30 juin au 4 juillet.

Le premier tour de scrutin pour l’élection présidentielle turque anticipée s’est achevé mardi 20 juin pour les Turcs de France. D’après le consul de Turquie à Strasbourg, sur 82 000 inscrits à Strasbourg, près de 40 000 personnes ont participé au scrutin, dont 38 000 dans les bureaux de vote installés à Hautepierre et le reste dans d’autres bureaux de vote aux frontières (Luxembourg, Allemagne…). La participation des ressortissants turcs du Grand Est avoisine donc les 50%.

La France compte 340 750 électeurs turcs enregistrés. En 2017, 45,5 % des ressortissants turcs inscrits en France avaient pris part au référendum sur la réforme de la constitution du pays.

Amende administrative pour les photos prises dans les isoloirs

Suite à notre reportage publié le 20 juin, Rami Sayliman, consul de Turquie à Strasbourg, précise :

« Personne n’a distribué des cadeaux à proximité des bureaux de vote, et il était interdit d’entrer dans l’isoloir avec le téléphone portable. Quand les observateurs des partis politiques ont remarqué quelqu’un qui prenait une photo en cachette, chaque fois on a demandé à cette personne d’effacer la photo prise et on a fait un constat pour l’envoyer au Conseil supérieur des élections. Il y a une amende administrative pour ceux qui prennent des photos dans l’isoloir. »

Des observateurs du parti pro-Kurde HDP à Strasbourg confirment ces dispositions concernant les photographies.

Voyage des urnes sous surveillance

Les bulletins de vote des ressortissants turcs de la circonscription du consulat de Strasbourg ont été acheminés à Lyon mercredi 20 juin. Les urnes de France seront ensuite transportées à Ankara par la compagnie Turkish Airlines. Leur voyage se déroule sous la surveillance de responsables des partis politiques AKP, CHP et MHP, majoritaires aux dernières élections législatives turques de 2015.

Le scrutin du premier tour va se dérouler dimanche 24 juin en Turquie. En cas de second tour, les ressortissants français seront appelés à voter dans les mêmes conditions du 30 juin au 4 juillet.

Pour le BHNS G sur les boulevards, les 191 arbres abattus

Pour le BHNS G sur les boulevards, les 191 arbres abattus

Pour le détournement de la ligne F vers Kœnigshoffen, tous les arbres du Boulevard de Nancy et rue du Faubourg national (environ 150) ont été abattus. Pour la prolongation du Bus (BHNS, ligne G) de la gare vers la place de l’Étoile en 2020/2021, les coupes vont se répéter puisque les 191 arbres sur le terre-plein central où peuvent stationner les voitures . . .

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GCO : Le tribunal administratif autorise Vinci à évacuer la Zad

GCO : Le tribunal administratif autorise Vinci à évacuer la Zad

Le tribunal administratif de Strasbourg accède à la principale demande de Vinci et sa filiale Arcos qui souhaite se faire aider de la force publique pour accéder aux terrains à Kolbsheim. Sur place, résident quelques opposants au Grand contournement ouest (GCO) de Strasbourg.

Le tribunal administratif de Strasbourg vient de rendre sa décision concernant la Zone à défendre (Zad) du Grand contournement ouest (GCO – voir tous nos articles) de Strasbourg. Dans cette forêt en contrebas du village de Kolbsheim, des opposants à l’autoroute payante de 24 kilomètres ont élu domicile. Le juge administratif autorise Vinci via sa filiale Arcos à faire évacuer les lieux avec l’aide des forces de l’ordre dès qu’il le souhaite. La décision a un effet immédiat, dès que la décision sera notifiée aux 11 personnes. Les gendarmes peuvent donc apporter la décision sur place aux habitants, comme la convocation au tribunal la semaine précédente, et procéder à l’évacuation dans la foulée.

Pas de facturation à 500€ de l’heure

En revanche, il n’accède pas à la possibilité de faire constater par huissier un éventuel blocage par « tout opposant », ni que cela leur coûte 500 euros par heure entamée. Lundi en audience en référé, Vinci constructeur et futur exploitant pendant 54 ans demandait à pouvoir être accompagné des forces de l’ordre pour évacuer la zone et procéder à des travaux dans cette forêt (sondages géotechniques et archéologiques d’abord, puis construction d’un viaduc). Il doit aussi retirer du lierre deux mois avant les déboisements, autorisés à partir du 1er septembre. Lors de l’audience, l’avocat de la défense Me François Zind avait contesté la compétence du juge et le degré d’urgence compte tenu du fait qu’une enquête publique est toujours en cours.
La Zad du moulin vit peut-être ses derniers jours. (photo JFG / Rue89 Strasbourg)
Seul un recours devant le Conseil d’État sous 15 jours est possible, mais il n’est pas suspensif. Il a donc peu d’intérêt pour les opposants et n’est pas prévu.

Le Maillon au service d’une « pensée critique » en 2018 / 2019

Le Maillon au service d’une « pensée critique » en 2018 / 2019

Barbara Engelhardt a dévoilé les contours de la saison du Maillon pour 2018 / 2019. Pour sa première année à la tête de ce théâtre de Strasbourg, la directrice espère contribuer à l’établissement d’une « pensée critique » à l’échelle européenne, des spectacles et de nouvelles formes de narrations pour questionner le quotidien.

Depuis vendredi, les spectateurs du théâtre du Maillon de Strasbourg peuvent consulter la programmation de la saison à venir. Un coup d’œil à l’édito liminaire permet d’approcher le ton qui sera donné en 2018/2019 : « la nécessité d’une pensée critique en Europe. »

À l’occasion du lancement de cette saison, nous avons rencontré Barbara Engelhardt, directrice du Maillon, afin de donner un aperçu des spectacles qui seront joués. Une saison très politique où la diversité des formes vient nourrir la pensée sur nos sociétés et où le théâtre deviendrait un lieu privilégié pour l’échange et le partage de ces réflexions.

En octobre, Les Spécialistes d’Emilie Rousset s’installera à la BNU (Photo: Ph. LEBRUMAN).

L’héritage européen de Mai 68

Cela débutera avec un premier temps fort intitulé « Utopies et Résistances », en partenariat avec la Bibliothèque Nationale Universitaire, qui présente depuis le 28 avril une exposition sur « Mai 68 en Alsace » à partir de documents d’archives et de témoignages. En écho à ce regard local, deux spectacles viendront interroger l’expérience de révolte suscitée par cette période selon une perspective plus européenne et contemporaine :

« Dans beaucoup de spectacles, on trouve un retour sur des contextes sociopolitiques qui ont déclenché une anarchie libératoire, pour dire et montrer qu’à travers l’art on peut voir la réalité différemment et aussi révéler nos possibilités d’interagir et d’intervenir. Cela est lié à la question de la révolte, de la contestation et de la résistance, et à celle d’un engagement politique et citoyen. C’est sur cela que porte le temps fort du début de la saison : il établit un lien entre l’expérience de résistance et de la révolte dans notre vie quotidienne et mai 68. »

Deux lieux et deux formes pour cela. Les Spécialistes, le vent de la révolte d’Emilie Rousset est une installation performative où les spectateurs sont invités à se déplacer librement entre différentes stations de pensée. Ce spectacle sort de l’espace de la salle de théâtre pour s’installer à la BNU où la rencontre avec ces « spécialistes » vise à la construction de cette fameuse pensée critique.

My Revolution is better than yours de Sandra Mitrović sera interprété en serbe, espagnol, français et anglais (Photo : Martin Argyroglo).

Dans la salle du Maillon, My Revolution is better than yours de Sanja Mitrović est interprété par un groupe de comédiens d’origines diverses. Ce spectacle interroge ce qui demeure aujourd’hui de ce mouvement à un niveau supranational :

« Un spectacle comme My Revolution… part d’une réflexion à l’échelle européenne. Sanja Mitrović élargit notre regard et dépasse une vision nationale de l’Histoire. On a affaire à une génération d’artistes qui ne diraient plus qu’ils sont serbes par exemple mais qui se considèrent, je crois, comme étant européens. »

Quel héritage pour la Révolution syrienne ?

Loin de Mai 68, la révolution est devenue « orpheline » en Syrie. Dès lors comment en créer et en communiquer l’histoire ? C’est ce que se demande l’artiste franco-syrienne Leyla-Claire Rabih dans sa dernière création à partir de trois textes de Mohammad Al Attar :

« Chroniques d’une révolution orpheline de Leila-Claire Rabih est une pièce sur l’espoir d’une révolution démocratique qui a donné un élan à toute une société et qui, suite à des répressions qui vont jusqu’à détruire les familles et les amitiés, a comme “explosé” dans des camps contradictoires. Il y a quelque chose qui a vraiment provoqué une fracture sociétale et qui est né de cette déception et de la répression. Nous sommes liés à l’histoire de ces régions du monde qui ont aussi un impact direct sur notre quotidien. Ce qui est montré dans le spectacle c’est la problématique d’une mémoire à créer. »

En mai, Chroniques d’une Révolution orpheline de Leyla-Claire Rabih (Photo : Benoît Delgrande).

L’Europe des idéaux, celle de la réalité géopolitique

Le lien entre la violence déclenchée par ces répressions et l’exil d’une partie de la population syrienne nous ramène en Europe et aux problématiques qui la traversent. Le Maillon, en tant que scène européenne, y accorde une attention particulière, sans se confiner à un territoire et à un contexte socio-politique donnés, mais en les abordant sous un angle large :

« Cette saison permet de porter un regard sur l’Europe de l’intérieur et de l’extérieur. Cette confrontation des points de vue me semble importante car il y a des idéaux politiques mais aussi la réalité à observer dans un contexte géopolitique. »

Aussi, Hymn to Love de Marta Górnicka aborde, à travers la Pologne, la question du renfermement européen de l’intérieur sous forme de théâtre choral. La voix et le choeur viennent mettre à jour l’hypocrisie d’un pays où l’hospitalité est une valeur cruciale… sauf quand il s’agit de l’appliquer aux réfugiés. De l’autre côté de la frontière, Empire de Milo Rau et Winterreise de Kornél Mundruczó utilisent chacun à leur manière la vidéo pour interroger le présent et l’avenir de ces individus sur le vieux continent.

Le premier suit les parcours de quatre comédiens d’origine grecque, kurde, syrienne et roumaine :

« Empire de Milo Rau est un spectacle dans la tradition du théâtre documentaire, mais qui dépasse la dimension simplement documentaire. Il entremêle les témoignages individuels et fait apparaître l’ancrage de ces histoires biographiques dans un contexte plus universel. Il traite des récits de vie individuels de comédiens qui chacun ont vécu une guerre dans leur passé et qui se trouvent aux portes de l’Europe. Ils essaient de se construire un futur dans l’Europe occidentale au moment où elle ferme ses frontières. »

Empire de Milo Rau, en mars(Photo : Marc Stephan).

Le cinéaste et metteur en scène Kornél Mundruczó revient de son côté sur cette thématique en s’appuyant sur la musique de Franz Schubert. Elle sera interprétée par l’Orchestre philharmonique de Strasbourg, sous la direction de Thierry Fischer :

« Winterreise de Kornél Mundruczó propose une autre perspective sur le phénomène migratoire. Il part d’images filmées dans un camp de réfugiés hongrois en 2014. Ces images accompagnent un groupe d’hommes qui se retrouvent dans une forme d’impasse ; ils sont bloqués dans ce camp sans possibilité d’en sortir. L’attente, la passivité, l‘incertitude sont omniprésentes dans ces images, où l’œuvre visuelle vient faire écho à l’œuvre musicale. »

« On est face à une hybridation des formes »

Quels que soient les thèmes ou les problématiques des différentes propositions, on voit l’émergence de formes nouvelles issues de mélanges entre les disciplines. Ainsi, les spectacles échappent à une catégorisation imperméable et donnent lieu à de nouvelles :

« Les artistes s’ouvrent à des évolutions qui caractérisent la création contemporaine au sens large. C’est l’autre axe de toute la saison ; on a affaire à une programmation dans laquelle il ne s’agit plus à chaque fois d’un certain genre artistique, on ne parle plus de danse, de théâtre mais on est face à une véritable hybridation des formes. »

En janvier, Le Bruit des arbres qui tombent de Nathalie Béasse (Photo : Roger Blin).

Au carrefour entre danse, théâtre et arts visuels, il ne faudra pas manquer le poétique voyage auquel nous convie Nathalie Béasse dans Le Bruit des arbres qui tombent. À travers le portrait de quatre individus se dressent de véritables tableaux vivants empreints d’humour et d’émotions.

Dans une autre veine, certains spectacles expérimentent de nouvelles interactions avec le public. Le chorégraphe Omar Rajeh convie par exemple le public à un banquet dans Beytna :

« Dans Beytna, c’est une sorte de partage, de rencontre ; celle de 4 chorégraphes qui viennent des quatre coins du monde sur le plateau. Pendant que le public observe leur façon de communiquer et de rendre compte de leur identité personnelle et culturelle, une cuisinière prépare un repas qui sera partagé à la fin du spectacle. Il y a une partie conventionnelle avec public dans les gradins, et le rituel familier de convivialité, d’hospitalité. Dans cette situation familière de dialogue prend forme une réflexion autour de ce que signifie le dialogue des cultures différentes. Selon moi c’est un des spectacles qui thématise aussi l’Europe sous la forme de la communication ; qui s’ouvre au public en l’invitant. La situation sur le plateau devient une situation réelle puisque partagée avec le public. »

Tandis qu’Alexander Devriendt propose avec £¥€$ une game performance sur le marché financier :

« Dans £¥€$, on est dans une situation particulière, où le spectateur devient vraiment joueur parce qu’il participe à un jeu : il est celui qui spécule. Il entre en jeu tout en apprenant énormément de choses sur les différents systèmes monétaires. Il joue aussi un rôle actif dans cette fiction théâtrale, dans laquelle chacun est au centre du pouvoir de la finance, et exerce un pouvoir sur les autres en augmentant son propre capital. »

En janvier, Beytna vous convie à un banquet (Photo : Ibrahim Dirani).

En outre, la multiplication des formes suit celle des lieux et des spectacles comme Les Spécialistes évoqué plus haut, Pakman de De Post dit Hessdalen et RVP de François Chaignaud et Théo Mercier prennent place respectivement dans une bibliothèque, dans un camion et dans un parking. Selon Barbara Engelhardt :

« J’ai trouvé important de marquer dès le début qu’en sortant de son propre théâtre en cherchant une présence dans l’espace public, on répond à une nécessité. Le premier et le dernier spectacle de cette saison sont hors les murs, parfois chez les partenaires habituels mais aussi à la BNU, à l’Aubette, dans un parking souterrain ou dans un camion qu’on pourra retrouver à différents endroits de la ville. C’est aussi créer une situation où le théâtre noue un autre contact avec un public, où le théâtre va aussi vers le public. Une présence dans des lieux parfois étranges mais où on découvre que certaines formes ne nécessitent pas forcément un dispositif traditionnel frontal, qui créent une autre intimité avec le public, dans l’espace urbain. Le parking par exemple est lié à un imaginaire autre qu’une salle de théâtre. Cela joue aussi bien sur la perception que sur la conception du spectacle. »

Pakman de De Post dit Hessdalen (Photo : Message de Hessdalen).

L’art comme espace de liberté

Le temps fort sur Mai 68 du début de saison permet d’entrevoir un retour sur des périodes sociopolitique d’où ont émergé une sorte d’anarchie libératoire et où l’art permettait d’une part de considérer la réalité autrement, d’autre part d’interagir ensemble. D’autres représentations reviennent sur ces phases historiques plus ou moins lointaines :

« Dans d’autres expériences comme celles sur DADA ou dans les Bacchantes il y a un côté anarchique. L’art peut être une échappatoire et ébranler des certitudes d’une manière plutôt joyeuse et ludique. »

Les Bacchantes, prélude pour une purge de Marlène Monteiro Freitas (Photo : Laurent Philippe).

Le premier rappelle le côté cathartique des fêtes en l’honneur de Dionysos à l’époque de la Grèce antique :

« Les Bacchantes relève du rituel dionysiaque, d’une anarchie et d’une énergie carnavalesque, une forme de représentation qui thématise notre existence entre raison et folie, humanité et animalité. Il y a un moment où il faut laisser déborder les choses pour nous libérer. Marlène Monteiro Freitas est une chorégraphe-danseuse qui incarne personnellement déjà cette anarchie, elle se dépense corps et âme sur le plateau en entraînant toute sa compagnie avec elle dans une chorégraphie extrêmement écrite, millimétrée qui à la fois montre que même dans la forme il y a toujours une brèche pour faire exploser les codes. »

Ca Dada d’Alice Lalon (Photo : Elisabeth Carecchio).

Le second est un spectacle à voir en famille, où la lecture variera selon que les spectateurs soient adultes ou enfants :

« Ca dada vit de la présence d’enfants. Il revient sur le courant artistique et idéologique de Dada et chacun va en sortir autrement. On pourrait dire que le spectacle sème la pagaille, le spectateur y prend du plaisir et construit aussi ses propres images. Il en va de même pour les propositions de cirque. Dans Optraken, le dispositif est tel qu’on a toujours l’impression que le ciel va tomber sur la tête des artistes ce qui crée des moments très comiques, mais raconte aussi quelque-chose qui sera lu différemment selon que l’on est adulte ou enfant. »

Dans la peau de Don Quichotte de Métilde Weyergans et Samuel Hercule (Photo : Céline Ogier).

Revisiter les classiques

Enfin, le dernier grand axe de cette saison est l’éclairage nouveau qu’apportent des mises en scène contemporaines sur des « classiques » de la culture européenne :

« Toute une série de spectacles reviennent sur un matériau soit littéraire soit musical classique dans une approche contemporaine et créent de nouvelles passerelles. »

Don Quichotte prendra ainsi l’allure d’un bibliothécaire confronté à la technologie dans un ciné-théâtre musical mis en scène par Métilde Weyergans et Samuel Hercule. D’autres classiques de la littérature seront revisités :

« Sur le plan littéraire, il y a Leonce und Lena de Georg Büchner dont Thom Luz fait un théâtre musical. Il offre sa vision dans une forme musicale ludique où il retranscrit l’atmosphère qu’il a trouvé, loin d’un théâtre “psychologique” ou de texte. Dans The Way she dies, TG STAN, avec Tiago Rodrigues, sont dans cette démarche de relecture de ce qui est considéré comme une grande œuvre de notre culture. A travers le jeu, le regard est porté sur la démarche elle-même de relecture et de réinterprétation d’un matériau littéraire. »

The Way she dies par TG STAN (Photo : Filipe Ferreira).

« Sur le plan musical, il y a Winterreise, d’après Schubert, ou Requiem pour L., où Alain Platel et son partenaire Fabrizio Cassol partent du Requiem de Mozart et opèrent un métissage culturel. La musique de Mozart est omniprésente mais transposée dans le présent par des musiciens venus d’Afrique pour la plupart. C’est une forme très particulière, très contemporaine. »

Requiem pour L. d’après Mozart (Photo : Chris Van Der Burght).

Un siècle sans entracte 1924-2019 – Une histoire du Wacken

Cette saison sera la dernière dans les locaux du Parc des expositions du Wacken avant leur démolition. L’occasion de revenir sur les évènements qui ont marqué ce lieu, mais aussi sur l’histoire de tout un quartier et à travers eux sur celle de périodes strasbourgeoises. Elle sera installée du 17 octobre au 30 mars au Wacken.

Deux rappeurs strasbourgeois balancent la sauce contre le Bastion Social

Deux rappeurs strasbourgeois balancent la sauce contre le Bastion Social

« Bastion Sauce Blanche », c’est le titre du dernier rap écrit par Dah Conectah et Géudé (plus connu sous le nom de GAB). Les deux artistes strasbourgeois y dénoncent l’implantation de l’ultra-droite dans la capitale alsacienne… et le manque de contre-discours des artistes locaux.

« J’aurais pas de repos tant que les rues de ma ville sentiront le couscous. » « Bastion Sauce Blanche » n’est pas un rap d’extrême-droite. Ses deux auteurs, strasbourgeois, ont voulu « envoyer un gros mollard sur le Bastion Social et l’Arcadia. » Ils ont publié leur son sur Youtube dans la journée du 18 juin.

« Mes einsatzgruppen sont de retour à Strasbourg »

Les soixante premières secondes du rap caricaturent la rhétorique de la fachosphère :

« Tiens tes mioches ou j’ai ma pioche / Mes einsatzgruppen [régiment de l’armée nazi, ndlr] sont de retour à Strasbourg. »

Pour cette production politisée, le rappeur GAB a changé de nom : Géudé, comme transformé en membre du GUD. Plusieurs adhérents du Bastion Social, dont le fondateur Steven Bissuel, sont d’anciens membres du Groupe Union Défense, une association étudiante d’extrême-droite.

Avant le premier refrain, le rappeur gerbe ses propres paroles. Dans le clip, le bruit de vomissements accompagne des images de défilés nazis. Puis le refrain :

« Au royaume des fils de pute, le nazillon est roi,
A quinze sur un jeune Turc, le Bastion s’y croit
Je vois pas tes affiches en Zup [Zone à urbaniser en priorité, ndlr]
j’crois pas qu’tu t’autocensures,
j’crois qu’tu t’chies d’ssus
et j’parle pas de sport de combat »

« On les tourne en dérision »

Contacté par Rue89 Strasbourg, Dah Conectah explique son initiative :

« C’est un peu une initiative citoyenne. On n’est pas des militants antifas ou des black blocs ou ces conneries…  Vu qu’on est artiste, on prend les choses à notre manière. Une expédition punitive, casser leur local, ils s’y attendent… Donc on les tourne en dérision. »

Dans son rap, l’artiste dénonce l’apathie des artistes locaux face à la montée de l’extrême-droite visible à Strasbourg : « Dites moi donc où sont les artistes engagés / Pour qu’ils s’investissent il faut qu’ça les touche comme un direct en plein nez ou quoi ? »

Racisme à Strasbourg

Arrivé de Lorraine il y a plus de dix ans, le rappeur dit avoir ressenti une « atmosphère malsaine » à Strasbourg :

« Au cours d’une vie strasbourgeoise, on entend des trucs bizarres… En rentrant d’un concert à la gare, j’entendais un mec qui faisait des bruits de singe en passant à côté d’un homme noir… »

Les références au nazisme étaient nécessaires selon Dah Conectah, qui a tenu à garder l’anonymat :

« On avait un positionnement difficile [en faisant un son sur le Bastion Social qui reprenait en partie leurs discours, ndlr]. Le danger, c’était de faire de la pub pour eux. Donc on a fait quelque chose de clair, pour pas que ça soit rattrapable dans leur sens. »

Les rencontres se succèdent pendant ce temps au Bastion Social, qui accueille régulièrement des personnalités de l’extrême-droite européenne. Ses militants sont appelés à se rendre à l’université d’été du mouvement néofasciste, qui aura lieu du 29 au 1er juillet à Avallon, en Bourgogne.

Municipales : Syamak Agha Babaei et « Le Labo citoyen » veulent avoir leur mot à dire

Municipales : Syamak Agha Babaei et « Le Labo citoyen » veulent avoir leur mot à dire

Près d’un an, après son lancement, le collectif de réflexion politique fondé par Syamak Agha Babaei s’ouvre au public. Si la question de la conquête du pouvoir n’est pas encore à l’ordre du jour, « Le Labo citoyen Strasbourg » a pour objectif de peser dans le débat public local et à terme pour les élections municipales. Prochain projet : une « agence de notation » citoyenne.

Environ un an après le lancement de l’idée (dont nous vous avions parlé), Syamak Agha Babaei et une vingtaine de proches ont présenté de manière publique les contours de leur think tank local, appelé « Le Labo citoyen Strasbourg ». Le vice-président de l’Eurométropole et conseiller municipal strasbourgeois, qui a quitté le Parti socialiste fin 2015, et les fondateurs ont mené des réunions privées pour définir les valeurs du collectif.

Ce mardi 19 juin, pas de prise de parole, juste un déjeuner autour d’une table place Kléber, pour retrouver quelques nouveaux soutiens et parler de la démarche aux passants, comme aux journalistes intéressés. L’utilisation de l’espace public est l’un des thèmes de prédilection du Labo citoyen.

Syamak Agha Babaei, seul élu

L’événement a eu lieu entre 12h30 et 13h30 place Kléber, car… la majorité des membres ont une activité professionnelle et ne sont pas élus. On retrouve des travailleurs sociaux, retraités, père au foyer, orthophoniste, consultant, universitaires, etc. Syamak Agha Babaei, qui exerce toujours comme médecin urgentiste à 80% du temps, nous avait confié dès juillet 2017 son intuition que le conseil municipal sera fortement renouvelé en 2020. Beaucoup de ses membres actuels ont déjà débuté la pré-campagne.

Les membres fondateurs ont entendu parler de ces réunions par le « bouche à oreille » ou ont un lien plus ou moins direct avec Syamak Agha Babaei. D’autres membres n’ont pas souhaité apparaître publiquement ce jour, car ils travaillent dans des collectivités. Il est difficile de brosser un portrait précis car il n’était pas possible de parler avec tout le monde. Mais on retrouve quelques anciens du PS, certains qui y ont toujours une carte, et d’autres personnes non-engagées. La plupart disent ne pas se reconnaître dans le fonctionnement actuel des partis politiques.

La première photo de famille parvient à réunir plus de monde que celle « Strasbourg demain », l’association lancée par Philippe Bies, un candidat potentiel à la mairie en 2020.

Les premiers membres du collectif « le Labo citoyen strasbourg » (photo JFG / Rue89 Strasbourg)

Paroles de fondateurs

Bocar Ba, éducateur a rejoint le collectif dès le début :

« Ici on refait de la politique en dépit de l’ambiance actuelle. Les gens globalement de gauche se posent la question de comment faire. Ca me parait un où l’on peut encore s’exprimer, même si on ne sait pas encore où on va. »

Sébastien, de son côté n’est là que depuis un mois :

« Aujourd’hui, la politique fonctionne sur un modèle de « cour » autour d’un élu, qui va demander son avis à une cinquantaine de personnes, toujours les mêmes et qui sont souvent des personnes favorisées. On veut sortir de ce schéma. On n’y est pas encore et on verra ce qu’il en est à la rentrée, quand il faudra agir sur le terrain. »

Réunions entre « forums » et « labo »

Plus étonnante est la mise en relation entre Syamak Agha Babaei et Sophie Parisot, orthophoniste :

« Le film Demain m’a beaucoup inspirée et j’ai écrit à beaucoup d’élus strasbourgeois, car si les politiques ne suivent pas les citoyens, cela ne sert à rien de s’engager. Syamak est le seul à m’avoir répondu. J’ai apprécié son écoute, que j’avais déjà remarqué il y a plusieurs années au conseil d’administration du Cardek (le centre socio culturel de la Krutenau) quand il pouvait venir. »

Concrètement, les réunions collectives, souvent les soirs de semaine, sont appelées des « forums ». Cinq « labo » en ont découlé en plus petit comité pour travailler des thèmes précis : Santé, Égalité homme/femme, Transitions, Culture et Éducation. Avec ce lancement public, Le Labo citoyen Strasbourg espère désormais intégrer d’autres personnes intéressées par la démarche.

À ce stade, les travaux n’ont pas débouché sur des propositions concrètes comme on pourrait trouver dans un programme. Seul un manifeste qui pose des bases assez larges « pour une ville des égales et des égaux, des communs, solidaire, verte, innovante et désirable ». Elles ancrent ce collectif plutôt à gauche, ce qui correspond aux engagements actuels et passés des personnes rencontrées.

Syamak Agha Babaei explique les raisons de l’absence de mesures à ce jour :

« Une proposition, il faut qu’elle soit chiffrée, inscrite dans le temps, qu’on étudie quels sont les leviers d’une ville. Cela demande beaucoup de ressources et on n’en est pas encore là. On fait de la slow politique. »

Pour Christophe Bapst, enseignant et consultant et membre depuis le début, une idée commence à poindre :

« Nous avons appris beaucoup de choses lors des réunions. Il y a des acteurs compétents mais pas toujours la mise en réseau. Nous sommes aujourd’hui place Kléber car il n’y a pas de lieu pour se réunir librement dans les 10 quartiers de Strasbourg. Un des modèles est le Molodoï dans la culture, mais il n’y a pas d’équivalent pour le reste. Même les centres sociaux culturels sont sous conditions. »

Pas d’association à ce stade

Le collectif est informel et n’est pas structuré sous forme d’association, mais n’exclut pas un jour de le devenir. Une structure officielle est parfois nécessaire pour louer une salle ou recueillir des dons. Mais la forme un peu rigide des associations est aussi jugée contraignante par certains qui trouvent que la formule actuelle de « réseau social non-virtuel » fonctionne bien à ce stade.

À deux ans de l’élection d’un nouveau maire, difficile de ne pas penser aux élections municipales de 2020. Il y aura-t-il une liste du Labo citoyen ? Pas sûr… « Ce n’est pas quelque chose sur lequel on a travaillé », répond prudement Syamak Agha Babaei. Plusieurs fondateurs ont indiqué apprécier ne pas être dans une démarche de « conquête du pouvoir », si ce n’est « le pouvoir citoyen ».

Le prochain projet est une « agence de notation citoyenne » pour noter l’utilité de diverses politiques publiques locales, et « pas seulement ce qui est rentable », dixit Sophie Parisot. Et donc à terme les futurs programmes. Elle ajoute que le collectif se donne « le droit d’échouer », une notion qu’avait déjà exprimée en juillet 2017 par Syamak Agha Babaei, qui s’est par le passé interrogé sur le sens de son engagement politique.

Une grande rencontre publique autour d’un pique-nique / brunch prévue le dimanche 8 juillet au parc du Heyritz à partir de 11 heures. Le thème sera la place de la nature en ville.

La Région Grand Est somme Unser Land d’arrêter d’utiliser son logo

La Région Grand Est somme Unser Land d’arrêter d’utiliser son logo

Quelle drôle d’idée a piqué une poignée de chefs du Grand Est ? Alors que le rapport du préfet sur une possible évolution et fusion des deux départements alsaciens (Haut-Rhin et Bas-Rhin) est attendu pour « la fin du printemps », soit en théorie mercredi 20 juin à minuit, les esprits s’échauffent chez quelques dirigeants politiques. Ils viennent de donner une belle occasion au parti régionaliste alsacien Unser Land de se victimiser.

Les élus du Grand Est ont visiblement bien mal pris la campagne de pub peu flatteuse d’Unser Land qui appelle le « peuple alsacien » à « prendre [son] destin en main », que l’on peut voir sur certains panneaux et tracts. Par lettre recommandée d’huissier, ils demandent à Unser Land de cesser l’utilisation de son logo, apposé sur un boulet de prisonner.

Une démarche guère diplomatique, qui suffit à galvaniser le jeune parti alsacien qui parle de « censure » et « tentative d’intimidation ».

Unser Land doit-il dire "Tschüss" au logo Grand Est pour sa contre-campagne ? (photo Facebook)
Unser Land doit-il dire « Tschüss » au logo Grand Est pour sa contre-campagne ? (photo Facebook)

Une marque déposée

Sur le site de l’Institut national de la protection intellectuelle (Inpi) la marque « Région Grand Est » est belle et bien déposée depuis le 15 mars 2016. Mais l’utilisation de logo est néanmoins permise dans le cas des caricatures qui permet bénéficier de l’exception aux droits d’auteur. Ce qui ici, prête à discussion.

De manière étonnante, le courrier de menaçant mentionne que le siège du Grand Est est situé à Metz, là où il a plusieurs été mentionné que le siège restait à Strasbourg (notamment à l’Inpi). La lettre envoyée le 15 juin et reçue le 18 donne un délai de huit jours pour retirer le logo de la discorde.

Selon Jean-Georges Trouillet, secrétaire général et porte-parole du parti, la campagne a vocation a durer bien au-delà du délai donné par le Grand Est :

« Que ce soit 8 heures, 8 jours, ou 8 semaines, on ne changera pas nos panneaux. Le préfet donne un avis, mais ce n’est pas lui qui décide ensuite. Ce logo n’est pas celui d’une entreprise privée, mais d’une administration qu’on a la droit de critiquer. »

Le projet Unser Land

Unser Land a présenté pour l’Alsace un projet de sortie du Grand Est qui s’inspire de l’Assemblée Corse. Il semble néanmoins hors du cadre fixé par le Premier ministre, à savoir une fusion des départements au sein du Grand Est, avec une porte ouverte à l’expérimentation pour récupérer certains pouvoirs de la Région Grand Est ou de l’État.

Respecter une loi, si…

Néanmoins, Unser Land se dit prêt à retirer les affiches polémiques à une condition :

« Dans le cas où effectivement une loi permettrait la censure souhaitée par M. Rottner, Unser Land se conformera au droit, à condition, bien évidemment, que l’État se conforme également au droit, et en particulier à la Charte européenne de l’autonomie locale, en organisant un référendum sur la sortie du Grand Est.

Dans le cas contraire, il est bien évidemment hors de question pour notre mouvement d’accepter toute forme de censure, qui plus est de la part d’un triste sire sans parole (c’est-à-dire son président Jean Rottner, un temps à la pointe de la fronde anti-Grand Est ndlr). »

Le parti alsacien qui ne perd pas une occasion d’égratigner la nouvelle administration rappelle que sa campagne « n’est pas financée par l’argent du contribuable » contrairement à … « la propagande du Grand Est ».

Unser Land a accédé aux financements publics des partis avec les élections législatives de 2017, mais le premier versement n’a pas encore été effectué en raison des recours qui doivent encore être purgés. Selon Jean-Georges Trouillet, Unser Land vit uniquement des cotisations de ses adhérents à ce jour.

Cet été, les parcs de Strasbourg se mettent au cinéma

Cet été, les parcs de Strasbourg se mettent au cinéma

Tous les jeudis de l’été, la Ville de Strasbourg et les associations « Les films du Spectre » et « Troisième souffle » proposent des soirées animées avec des projections de films en plein air dans les parcs de Strasbourg. Esquimaux, bonbons, chocolats… Demandez le programme !

Vous prévoyez de passer l’été à Strasbourg et êtes déjà assommés à l’idée des longues soirées sans les copains et dans l’étuve de la ville ? Pas de panique, apéro mix, pétanque, jeux, concerts et films en plein air sont au programme ! Du 5 juillet au 30 août, Strasbourg s’associe à deux associations cinéphiles pour proposer chaque jeudi soir une soirée au frais dans un parc de la ville. Les associations « Les films du spectre, » organisatrice du Festival européen du film fantastique, et « Troisième souffle, » un temps candidate à la reprise de l’Odyssée, vont se partager l’été et programmer des films en tous genres, du western à la comédie musicale.

La programmation balaye les décennies de La Fille du 14 juillet d’Antonin Peretjatko (2013) aux années 1950 avec les Vikings de Richard Fleischer (1958) en passant par Les Bronzés de Patrice Leconte (1978). L’occasion de découvrir ou de revoir des films cultes dans l’ambiance des « îlots de fraîcheur » chers à la municipalité. « Pour passer une soirée confortable, paniers pique-nique, nappes, plaids, transats et chaises pliantes seront les bienvenus », invite celle-ci.

Extrait du délirant film « La Fille du 14 Juillet ». Peu avant cette image, Pator, le pote d’Hector et passager de cette voiture, remercie le Front Populaire. Ils partent en vacances dans le sud de la France. Mais la crise économique les rattrape à peine arrivés : la rentrée est avancée d’un mois. Une burlesque débandade commence.

Voici le programme complet :

    Jeudi 5 juillet, au Parc du Heyritz :
      18h-20h30 : Animation musicale, jeux en bois et bowling 20h30-21h : Apéro mix Aérobic avec Vladimir Spoutnik 21h-21h30 : Spectacle de claquettes 22h : Court métrage 22h15 : Chantons sous la pluie de Gene Kelly et Stanley Donen (1952, 1h43, version originale sous-titrée)
    Jeudi 12 juillet, au Parc de l’Orangerie, devant le pavillon Joséphine
      18h-21h : Animation musicale, jeux en bois et bowling 21h-21h45 : Jeux Vikings 22h : Court métrage 22h15 : Les Vikings de Richard Fleischer (1958, 1h56, version originale sous-titrée)
    Jeudi 19 juillet au Parc de la Citadelle, entrée rue de Boston
      18h-21h : Animation musicale 19h-21h : Tournoi de pétanques 21h-22h : Fanfare 22h : La Fille du 14 juillet d’Antonin Peretjatko (2013, 1h30)
    Jeudi 26 juillet au Parc du Heyritz
      18h-20h : Animation musicale 20h-22h Bal Lindy 22h : Les Demoiselles de Rochefort de Jacques Demy (1967, 2h)
    Jeudi 2 août au Parc de l’Orangerie
      18h-20h30 : Animation musicale, jeux en bois et bowling 20h45-21h15 : Quizz sur extraits de films 21h30 : Court métrage 21h45 : Sueurs froides d’Alfred Hitchcock (1958, 2h09, version originale sous-titrée)
    Jeudi 9 août au Parc de la Citadelle
      18h-21h : Animation musicale, jeux en bois, bowling et duel de nerfs à la Sergio Leone 20h15-21h15 : Duel d’impro façon western spaghetti 21h30 : Court métrage 21h45 : Et pour quelques dollars de plus de Sergio Leone (1965, 2h12, version française)
    Jeudi 16 août au Parc du Heyritz
      18h-19h : Animation musicale 19h-21h : Blind test 21h-22h : Concert 22h : La Vie aquatique de Wes Anderson (2004, 2h, version originale sous-titrée)
    Jeudi 23 août au Parc de l’Orangerie
      18h-20h : Plateau radio 20h-21h : Concert 21h30 : Do the Right Thing de Spike Lee (1989, 2h, version originale sous-titrée)
    Jeudi 30 août au Parc de la Citadelle
      18h-21h : Animation musicale 19h-21h : Ciné quizz 21h30 : Les Bronzés de Patrice Leconte (1978, 1h30)
    Samedi 1er septembre au Parc du Heyritz, soirée de clôture de la saison

      17h-20h : Animation musicale, jeux en bois et bowling 20h-20h45 : Concert 21h : Court métrage 21h15 : The Party de Blake Edwards (1968, 1h39, version originale sous-titrée)

Buvette et petite restauration sur place.

Entre l’urne et la mosquée, des élections turques à Strasbourg sous tension

Entre l’urne et la mosquée, des élections turques à Strasbourg sous tension

Ce mardi 19 juin, le premier tour des élections anticipées turques se termine pour les Turcs de la diaspora. À Strasbourg, elles se sont déroulées à Hautepierre… dans les locaux de l’organisation islamique Ditib. De chaque bord politique, les électeurs voient dans ce double scrutin une échéance cruciale : dernière chance pour les uns de sauver la démocratie laïque et ultime étape pour les autres pour mettre en place d’un régime nationaliste et conservateur. Reportage.

Samedi 9 juin, quartier de Hautepierre à Strasbourg, les voitures défilent dans la rue Thomas Mann. Par petits groupes, les électeurs turcs rejoignent la queue devant le bâtiment de l’association islamique Ditib. Passé le premier vigile, ils traversent une tente et font face à l’entrée du bureau de vote. Un drapeau turc flotte devant la fenêtre du premier étage. Les soutiens du HDP, pro-kurde, grincent des dents face à ce « symbole du nationalisme turc. »

Samedi 9 juin, peu avant 21h, le bureau de vote de la rue Thomas Mann est sur le point de fermer. (Document remis)

Élections à hauts risques pour Erdogan

Du 7 au 19 juin, la diaspora turque d’Europe est appelée à voter pour le premier tour des élections législatives et présidentielles anticipées en Turquie. Là-bas, le premier tour du scrutin se tiendra le 24 juin. Si l’actuel président, Recep Tayyip Erdogan se veut favori, la recomposition du paysage politique turc pourrait le mettre en difficulté.

Les laïcs du parti kémaliste CHP portent le candidat d’origine sunnite Muharrem Ince dont les meetings font salles combles à travers tout le pays. Le HDP pourrait quant à lui passer la barre des 10% de voix aux législatives, exigé pour siéger au parlement. Son candidat, Selahattin Demirtaş, continue de passionner les foules… depuis la prison où il est incarcéré sans procès depuis deux ans.

Par un jeu d’alliance inédit, le CHP, associé au parti de droite islamique Saadet et au nouveau parti Iyi, issu d’une scission des nationalistes du MHP, pourrait imposer un second tour à Erdogan, ce qui serait déjà perçu comme une victoire. Le parti kémaliste affiche son optimisme, comptant sur un report des voix du HDP sur son alliance d’opposition. Dans ce contexte, le score du HDP pourrait être déterminant pour l’issue des élections.

Des électeurs de tout l’Est de la France

Les citoyens passent au détecteur de métaux, puis tout se passe très rapidement. Il y a du monde et la salle est petite pour accueillir plus d’une dizaine d’isoloirs et sept tables où les électeurs glissent le bulletin dans l’urne. La moindre personne statique se voit sommée :

« Vous avez voté ? Si oui, il faut sortir. »

Face à chaque urne, deux fonctionnaires « neutres » et trois observateurs de l’AKP, du CHP et du MHP (les principaux partis au parlement turc) scrutent le déroulé du vote (Document Remis)

Fayik Yagizay assiste aux élections en tant qu’observateur pour le parti pro-kurde HDP. Il n’a aucune critique à l’égard du lieu de vote. Car l’actuel consulat, avenue des Vosges, est trop petit pour accueillir les électeurs du Grand Est et d’au-delà. Depuis 2014, la diaspora turque peut voter aux élections nationales turques. Avec 82 000 inscrits, Strasbourg est le deuxième plus gros point de vote de l’Hexagone pour ces élections. Le long du trottoir, les voitures portent des plaques d’immatriculations du Haut-Rhin, d’Allemagne ou de Moselle. Ce représentant du HDP au conseil de l’Europe exprime sa confiance envers le consul de Turquie à Strasbourg :

« Le consul est très objectif et il ne veut pas de manipulation. Je suis sûr qu’il ne veut aucune fraude pendant ce scrutin. »

Vote dans les locaux d’une association islamique

Lundi 11 juin en fin de matinée, un tract pro-Erdogan est accroché à côté de la porte d’entrée du lycée privé et confessionnel Yunus Emre. À quelques pas, le nouveau consul de Turquie à Strasbourg veille, tout sourire, dans le bâtiment de Ditib, transformé en local du consulat. Il s’excuse : « Je ne vous offre pas de café, la machine est en panne. » Le distributeur de boissons semble en état de marche. Mais personne n’ose l’utiliser pendant le Ramadan.

Le diplomate, en poste à Strasbourg depuis à peine six mois, a en charge une circonscription qui s’étend sur tout le Grand-Est, ainsi que la Franche-Comté et une partie de la Bourgogne. Il dément tout mélange entre politique et religion, même si les urnes sont installées dans les locaux de l’administration confessionnelle de l’État turc :

« L’association Ditib envisage de démolir ce bâtiment. Ce n’est pas un bâtiment religieux. Tous les partis et les électeurs viennent sans problème. Nous avons pris des mesures de sécurité. On applique toutes les règles électorales : pas de symbole de partis politiques, pas de symbole de Ditib. En semaine, cinq bureaux de vote sont ouverts, sept le week-end. Sur chaque bureau de vote, cinq personnes siègent : deux fonctionnaires et des représentants des trois partis qui ont recueilli le plus de vote lors des législatives de 2015 : l’AKP, le CHP et le MHP. Les partis Saadet et HDP sont là en tant qu’observateurs. »

En semaine, cinq bureaux de vote sont mis à disposition des électeurs turcs à Strasbourg. Pour faire face à l’affluence du week-end, le consulat ajoute deux urnes supplémentaires. (DM)

« On vous reproche de ne pas être de vrais Turcs »

À la sortie du lieu de vote, Samal guette depuis plusieurs heures. Ce militant kurde pro-HDP de 66 ans vient de Saint-Avold en Moselle. Il a prévu de passer la semaine à surveiller le local de l’association Ditib, la mosquée et le lycée Yunus Emre. Pour lui, les locaux réquisitionnés pour l’élection ne sont pas appropriés :

« Cela dérange plein de monde que ça se passe ici évidemment. Ditib met une pression sur la population. Pendant le Ramadan, ici c’est mal vu si on boit ou si on fume. On vous reproche de ne pas être de vrais Turcs. Des gens ne sont pas à l’aise avec cette pression. Ce n’est pas un plaisir de venir voter. »

Samal soupçonne les tenants locaux de l’AKP de distribuer « des petits cadeaux » aux électeurs venus grâce aux mini-bus payés par le parti présidentiel, comme l’an dernier lors du référendum :

« Qui sait ce qu’il se passe à l’intérieur de la mosquée voisine de Ditib ? »

Samal souhaite rester anonyme :

« Je n’ai pas pu aller en Turquie de 1982 à 2011 et j’aime mon pays. Ici, j’ai juste le droit de surveiller les islamistes, qui eux sont assis derrière les tables et payés. »

Invitation de Şaban Kiper… sous conditions

Pendant notre échange avec Samal, Şaban Kiper, porte-parole du Ditib à Strasbourg et ex-conseiller municipal de Roland Ries (PS) est passé en voiture. Il nous téléphone quelques dizaines de minutes plus tard alors que nous avons déjà quitté les lieux :

« Alors comme ça vous venez à Ditib et vous ne nous rendez pas visite ? Vous auriez dû vous présenter, on vous aurait offert un thé. »

De retour mercredi 13 juin, en fin de journée, nous espérions honorer sa proposition et saisir l’ambiance de rupture de jeûne à la mosquée voisine du Ditib. Un grand dîner y est organisé ce soir. Mais Şaban Kiper a changé de ton : hors de question d’y poser des questions politiques, Ditib n’a rien à voir avec les élections. Si l’on veut assister à une soirée de rupture de jeûne, nous sommes les bienvenus à la mosquée de Bischwiller, à 30 minutes de là. Nous restons donc à proximité du lieu de vote strasbourgeois.

« À la mosquée, il faut séparer le politique du religieux »

Sur le trottoir d’en face, un jeune attend à l’entrée de la mosquée. À 22 ans, il se présente timidement comme « le vice-président des jeunes de la mosquée de Ditib », un groupe sans existence légale. Elle permet à des jeunes de faire une sortie karting ou de visiter la mosquée de Kehl. Aslan refuse de donner le nom de son candidat de cœur mais exprime son amour pour le pays :

« Moi, je suis Turc et fier de l’être. Il n’y a qu’un vote possible pour la Turquie. On est ici pour la Turquie. »

L’ami d’Aslan arrive. Il est aussi très impliqué dans les activités de la mosquée. Interrogé sur la place des élections au sein de l’établissement religieux, le jeune répond sans hésitation :

« À la mosquée, il est indispensable de séparer le politique et le religieux. Il y a différentes sensibilités politiques ici. Il faut rassembler tout le monde. »

« La mosquée est un lieu de propagande pro-Erdogan »

Mais quelques mètres plus loin, la famille de Sara n’est pas du même avis. « La mosquée est un lieu de propagande pro-Erdogan », affirme sans ciller la jeune militante pro-kurde. Après avoir traduit la conversation à son père, l’homme acquiesce tout en continuant de fumer sa cigarette. Cette membre du mouvement de la jeunesse Kurde va même plus loin dans ses accusations :

« En sortant d’ici, j’ai entendu des jeunes dire qu’ils allaient vendre la photo de leur bulletin de vote pour 100 euros. Les électeurs de l’AKP sont payés s’ils donnent une preuve de leur vote… »

Un journaliste kurde présent sur place n’est pas du même avis :

« Ils ne vont pas magouiller ici mais l’année dernière, lors du référendum qui se tenait ici aussi, on a vu passer des cartons de cadeaux pour les votants. »

Quant au HDP, malgré ses faibles moyens, il affrétera des bus depuis Saint-Avold dimanche prochain, une pratique de tous les partis. Des covoiturages sont aussi organisés. Pendant cette discussion, un homme rejoint sa voiture les bras chargés d’un grand carton. Difficile de ne pas penser aux cartons estampillés « Evet » (oui en turc) du dernier référendum, dont nous ont parlé les kurdes. Mais l’homme démarre avant que nous puissions l’interroger.

« Les gens se méfient des journalistes »

Nous tentons de parler avec une personne chargée du bon déroulement de la queue à l’extérieur. Mais inutile d’insister, il ne veut pas s’exprimer. À ses côtés, un homme en costume répond à sa place :

« On est autour des 3 000 votants par jour en semaine. Les gens se méfient des journalistes à cause de tous les articles orientés qui paraissent (Le Point avait mis une photo d’Erdogan titrée « Le Dictateur ? », ndlr). Il y a du mouvement en continu pendant toute l’année, mais ils ne s’intéressent aux Turcs que pendant les élections. »

Nous avons affaire à Yasin Sayin, ex-président de la branche jeunesse de l’Union des Européens Turcs Démocrates (UETD) et actuel porte-parole de l’UETD Alsace, l’organisation qui a géré tous les meetings gouvernementaux depuis 2015 en France. Il est venu pour le dîner de Ditib. Peut-être l’occasion de comprendre pourquoi il n’y a pas eu de meeting électoral de l’AKP en France cette année. « Vu que c’est une élection anticipée, il n’y a pas eu d’occasion de faire un meeting », affirme-t-il. Il ajoute :

« En octobre 2015, ce n’était pas un meeting électoral. Il était venu rencontrer la population pour la mobiliser contre le terrorisme. »

« Il », c’est Erdogan, que peu de monde ici nomme directement :

« Les rencontres se font toute l’année en fonction des emplois du temps des personnalités politiques. Ils font assez d’interventions en Europe, pas besoin d’intervenir pour les élections spécialement. »

Au passage, Yasin Sayin affirme que la visite d’Erdogan à Sarajevo, la seule en Europe depuis l’annonce des élections anticipées, n’était pas non plus une visite de campagne :

« Il s’agissait de l’assemblée générale de l’UETD Europe – qui a changé de nom et est devenue l’UID. Il était l’invité d’honneur. L’UETD n’a pas de lien direct avec l’AKP. Le président de la République prend en considération la diaspora. Notre association regroupe des millions de Turcs en Europe, d’où sa considération pour le président de la République. Mais le contact sera maintenu de la même manière avec le prochain président, même s’il est de gauche. »

Macron et Erdogan : « C’est pareil »

Il est bientôt 21h, et les derniers électeurs du jour arrivent encore. Mehmet et sa famille sont venus ce soir de Metz à trois voitures pour donner leurs voix à Erdogan et l’AKP. Le fils défend l’actuel président turc :

« Tout se joue sur la personne à la tête du pays. Après, il y a toujours des insatisfactions. Nous on a voté Macron à l’élection présidentielle française. Mais est-ce que les gens sont tous contents maintenant ? C’est pareil. Moi je vote pour celui qui fait du bien à mon pays. Il n’y a qu’à voir le développement de la Turquie depuis ces 15 dernières années. Je regrette toute la désinformation dans les médias. Moi je regarde la télé turque et je m’informe beaucoup sur Internet, via Google Actu. »

Nous parlons au trentenaire des rumeurs de rémunérations des photos de vote AKP. Cela le fait rire  :

« Ah bon? Ah, si j’avais su j’aurais fait des photos ! »

Une jeune femme voilée de la famille intervient :

« Les photos, c’est simplement pour se montrer sur les réseaux sociaux. »

L’achat de voix : « C’est du passé tout ça »

Dimanche 17 juin, vers 17h, le pic de l’après-midi est déjà passé. Un policier posté à l’entrée de la rue Thomas Mann régule le trafic important. Il y a quelques minutes à peine, la queue des électeurs s’étendait presque jusqu’à la sortie de l’autoroute, nous confie-t-il. A cette heure, elle atteint encore la rue Henri Bergson. Quant aux voitures et autres cars, ils sont garés un peu partout dans les rues attenantes jusqu’à la sortie d’autoroute.

La queue devant les locaux temporaires du consulat de Strasbourg à Ditib dimanche 17 juin, lors du premier tour des élections anticipées turques pour la diaspora. (Photo : CG / Rue89 Strasbourg / cc)

Salim et sa famille sont venus de Belfort. Ils ont attendu trois heures pour pouvoir mettre leurs bulletins dans l’urne. Ils retournent à leurs voitures les bras chargés de sacs de fruits et légumes glanés à la kermesse de la mosquée de Ditib, qui fête la fin du Ramadan. Le père s’amuse des accusations de corruption des électeurs :

« On n’a pas acheté nos voix. Nous avons payé toute cette marchandise, il ne faut pas croire tout ce qu’on raconte ! C’est du passé tout ça. »

Pour répondre aux détracteurs du président turc, Salim prend sa famille en exemple :

« Il ne faut pas écouter tous ceux qui disent qu’Erdogan est un dictateur vous savez ! Regardez par vous-même : ma femme est voilée, ma sœur ne l’est pas, nous sommes libres ! »

« On risque de perdre la démocratie et la laïcité »

Murat et Fatma ont eu la chance de ne pas faire la queue, grâce à la carte d’invalidité de Fatma. Ils sont venus de Montbéliard voter pour le parti CHP. Pour le couple, ces élections sont cruciales pour l’avenir du pays :

« La Turquie traverse une période très dure. On risque de perdre la démocratie et la laïcité si on reconduit le gouvernement islamiste qui est à la tête du pays depuis 16 ans. Nous sommes des musulmans sunnites qui défendons la laïcité. Ne croyez pas qu’il faut être kurde pour défendre la démocratie en Turquie. »

« Mais il n’y en n’a pas beaucoup comme nous qui viennent voter », regrette Fatma. Le couple se fait peu d’illusions sur l’issue du scrutin. Le quinquagénaire confie  :

« Les scrutins précédents ont été reconnus truqués déjà, et c’est passé quand même. Sur Facebook, j’ai vu des vidéos de bulletins déjà tamponnés avant l’isoloir. Alors bien sûr on a des doutes. Mais on vote, on n’a pas d’autre choix, même s’il faut qu’on fasse 400 km aller-retour, qu’on paie l’essence, la nourriture pour le voyage. J’ai mal au cœur pour les Turcs qui vivent en Turquie alors que ces Turcs ici qui votent pour des islamistes vivent en démocratie. »

« On a toujours peur d’être espionnés »

Avec la même motivation, Çetin est venu avec sa fille, longue chevelure à l’air et sa mère, fichu noué sur le haut de la tête. En cette fin d’après-midi, le trio de Schirmeck tente sa chance pour la troisième fois :

« Tout à l’heure, il y avait vraiment trop de monde. »

Ils sont Alévis et viennent voter CHP, pour marquer leur attachement à la démocratie et à la laïcité et leur rejet de « l’individu » qu’ils ne veulent plus voir au pouvoir. Çetin admet avoir peur de le nommer :

« Oui, il y a une chape de plomb autour de lui et de l’AKP. Même si on n’a pas les mêmes fous qu’en Allemagne, on n’a toujours peur d’être espionnés et de ne plus pouvoir retourner en Turquie. »

Çetin et sa famille aussi ont des doutes sur l’utilité de leurs votes :

« On vote mais on ne sait pas ce qui va se passer derrière. »

Le père de famille est écœuré pour son pays d’origine :

« Ils sont plus pro-Erdogan ici qu’au pays. En Turquie, les gens sont fatigués, même dans le milieu de l’AKP. Là-bas, il n’y a plus de débat possible. Dans les cafés, les gens n’osent plus parler politique, c’est le mutisme. Et les usines ferment, les petits commerces ferment. J’en veux beaucoup à l’Europe et aux Etats-Unis de laisser ce dictateur en place au nom de leurs intérêts. »

Yulia : de la révolte de Gézi aux urnes de Hautepierre

En s’éloignant de la maille Athena, à l’arrêt de tram Ducs d’Alsace, nous tombons sur une jeune fille qui cherche son chemin. Longue chevelure à l’air, piercing au nez et épaules dénudées, l’allure de Yulia tranche avec celle de la majorité des femmes dans la queue du bureau de vote. Pourtant, l’étudiante kurde cherche bien Ditib, déterminée à aller donner sa voix à Selahattin Demirtas, leader du HDP.

Yulia a participé aux manifestations du parc Gezi en 2013 à Istanbul. La répression policière lui a valu à l’époque une longue convalescence. Elle a décidé de saisir l’occasion des études pour s’expatrier à Strasbourg, où elle apprend le français depuis deux ans. Elle se désole face à une diaspora majoritairement acquise au leader islamo-conservateur :

« Les Turcs en Europe votent pour que les Turcs en Turquie aient une mauvaise vie, c’est fou. J’ai découvert que les Turcs d’ici étaient pro-Erdogan, en parlant avec mes camarades de fac et en fréquentant les döners. Dans les restaurants turcs ici, les chaînes pro-Erdogan passent en boucle à la télévision, les gens sont fiers d’afficher leurs opinions politiques et de faire ouvertement de la propagande. »

La jeune femme s’arrête à une centaine de mètres de la rue Thomas Mann. « Vous croyez que toute cette foule est pro-Erdogan? », demande-t-elle intimidée tout à coup à la vue de la queue. Nous la laissons aller rejoindre ses compatriotes.

À la fin du scrutin pour les Turcs de l’étranger, le 17 juin, les enveloppes seront comptées et les urnes scellées seront rassemblées à Lyon le 20 juin. Puis elles seront acheminées par avion à Ankara pour y être dépouillées à la fermeture du vote en Turquie, le 24 juin. Les partis d’opposition sont déterminés à les surveiller tout au long de leur périple.

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