Enquêtes et actualité à Strasbourg et Eurométropole

Voitures électriques : Strasbourg primée pour des bornes jamais installées

Voitures électriques : Strasbourg primée pour des bornes jamais installées

200 bornes de recharge supplémentaires d’ici fin 2019. C’est un des engagements de l’Eurométropole qui lui a valu le Prix spécial du jury des Trophées des territoires électromobiles en décembre 2018. Mais un an après, aucune nouvelle borne n’a été installée dans l’agglomération.

C’était il y a un peu plus d’un an à la Foire européenne de Strasbourg. Devant les caméras et les micros, Robert Herrmann, président (PS) de l’Eurométropole, vantait l’engagement de la collectivité en faveur de la voiture électrique. L’agglomération devait louer des emplacements à deux acteurs privés, Electricité de Strasbourg (ES) et Bouygues, pour qu’ils y installent des bornes de recharge.

2018 : les grandes annonces

ES estimait alors les besoins de l’Eurométropole à 250 stations de recharge d’ici cinq ans. Dans un communiqué, l’entreprise parlait même d’un déploiement possible de 1000 bornes à l’horizon 2035.

Du côté de Bouygues, le groupe prévoyait d’installer 80 stations à Strasbourg en 2019. C’est en tous cas ce que nous disait il y a un an Céline Oppenhauser, chargée de projet en innovation dans les mobilités à l’Eurométropole.

En résumé, l’Eurométropole avait promis l’installation de 200 bornes de recharge en 2019. En témoignent les mots de Robert Herrmann dans la vidéo ci-dessous. Elle a été réalisée par Avere-France (Association nationale pour le développement de la mobilité électrique) qui a remis, fin 2018, à l’Eurométropole, le Prix spécial du jury des Trophées des territoires électromobiles.

2019 : zéro borne installée

Mais à ce jour, le nombre de nouvelles bornes de recharge installées cette année dans l’Eurométropole s’élève à… zéro. Cela fait deux ans que l’Eurométropole a lancé un appel à initiatives privées pour installer des stations de recharge mais le dossier est toujours au point mort.

Chez Avere-France, il y a forcément une certaine déception d’avoir remis un prix à l’Eurométropole et de constater que l’engagement des 200 bornes supplémentaires n’a pas été tenu. En témoigne son responsable communication Mathieu Chiara :

« C’est dommage, il y a une contradiction entre le fait de vouloir restreindre la circulation des véhicules les plus polluants sans encourager l’achat de véhicules plus propres. Pour que les gens passent à l’électrique, il faut qu’ils puissent recharger leurs voitures sereinement. Ça passe forcément par l’installation de bornes dans la rue pour toutes les personnes qui n’ont pas de garage et qui ne peuvent pas recharger chez elles. »

Une déception partagée par Didier Bollecker, président de l’Automobile Club de Strasbourg, pour qui les promesses faites en 2018 n’étaient que des effets d’annonce.

Le projet repart de zéro

Mathieu Chiara assure vouloir contacter l’Eurométropole pour comprendre ce qui n’a pas fonctionné :

« Quand on remet un prix, on aime suivre les initiatives récompensées pour éventuellement pouvoir accompagner les projets où ça bloque. »

L’Eurométropole nous a confirmé qu’aucune station de recharge ne verrait le jour en 2019, mais sans expliquer le retard pris par le dossier : « Un nouvel appel à initiatives privées sera lancé dans les prochaines semaines. » En clair : le précédent partenariat entre l’Eurométropole, ES et Bouygues ne s’est jamais concrétisé.

Un calendrier toujours flou

Il y a un an, ES avait lancé une carte interactive en ligne. L’outil devait permettre aux usagers de voitures électriques d’indiquer leurs préférences pour l’installation des bornes de rechargement. Cette carte est toujours active et a reçu à ce jour plus de 250 propositions d’emplacements sur l’agglomération strasbourgeoise.

Impossible pour l’instant de savoir quand ES tirera les premiers enseignements de sa carte consultative. L’entreprise dit pour l’instant de ne pas avoir de « visibilité sur le calendrier » mais assure que tout le monde sera « évidemment informés » lorsque « le dossier aura suffisamment avancé ». Le groupe Bouygues n’a pas souhaité répondre à nos questions, renvoyant vers l’Eurométropole de Strasbourg.

Sélest’Art 2019 : une biennale entre nature et urbanisme

Sélest’Art 2019 : une biennale entre nature et urbanisme

Du 28 septembre au 27 octobre 2019, à l’occasion de la 23ème édition de Sélest’Art, douze installations présentées dans l’espace public forment une balade urbaine autour de deux thèmes croisés : le patrimoine et la nature.

Depuis son instauration en 1984, Sélest’Art, rendez-vous annuel consacré à la création contemporaine, devenu biennale en 1993, désire démocratiser l’art contemporain en l’inscrivant dans l’espace public. Cette année, la Ville de Sélestat a lancé un appel à projets offrant de nombreuses perspectives d’interprétation : « Quand art contemporain et nature s’invitent dans la ville ». Parmi les 200 propositions, le comité de sélection a retenu 12 installations prenant place, suivant un parcours quasi-circulaire, dans différents espaces emblématiques du patrimoine naturel et architectural de la ville.

Détourner l’ornementation urbaine

Françoise Saur, Composition sur le marbre, 2016-2019 (photo : Agathe Claudel) 

La balade urbaine de cette édition de Sélest’Art débute devant l’office du tourisme avec l’œuvre de Françoise Saur, Composition sur le marbre, une série de neuf photographies qui évincent habilement de certains panneaux municipaux les traditionnelles affiches publicitaires. Cette variation de bouquets de fleurs, véritable travail chromatique, s’assortit d’une symbolique conventionnelle jouant à la fois sur l’esthétique et l’éphémère du végétal. Les clichés sont, d’après l’artiste, autant « de rencontres botaniques », dont « contenu, contenant et décors sont arrangés et pensés pour mettre en valeur la fleur, souvent sauvage, et souligner une opposition entre sa fragilité et la puissance à connotation mortuaire du marbre ».

À l’image de cette œuvre inaugurale, l’univers floral surgit dans de nombreuses créations de la biennale, rappelant son utilisation ornementale dans l’histoire de l’art. Une idée de nature, moulages de feuilles d’acanthe en plâtre sur tiges métalliques d’Axel Gouala, se pose sous les arbres du jardin du tribunal d’instance, comme tombées des chapiteaux de colonnes corinthiennes.

De même, les Grotesques, sculptures en céramiques colorées de Cécile Meynier, se déploient  sur le mur d’enceinte du Jardin Hortus Beatus et détournent avec une nouvelle esthétique l’usage traditionnellement décoratif de l’organique. Tandis que Merhyl Levisse pare l’hôtel de ville d’un papier peint fleuris qui se fond dans l’architecture du monument avec son œuvre Avoir le sens de la mesure

Aurélie Slonina, Wild / Crash / Push, 2008-2011 Photo : Agathe Claudel

D’inspiration plus contemporaine, Wild/Crash/Push d’Aurélie Slonina agrémente les balcons de l’Arsenal Sainte-Barbe, offrant une réflexion sur deux pratiques d’ornementation urbaine apparemment incompatibles : les jardinières et le graffiti. En adaptant une police rappelant le Street-Art, Aurélie Slonina crée des balconnières de géraniums, icône de l’embellissement urbain, qui forment les mots Wild (sauvage), Crash (éclat), Push (impulsion).  

Autant d’œuvres qui invitent à la réflexion autour de l’ornementation et du patrimoine, en jouant sur l’inattendu, en perturbant le conventionnel ou encore via le mariage de différentes périodes. La décoration étant une pratique relativement conventionnelle, ces créations semblent se fondre dans l’architecture de la ville sans difficulté, au risque de ne pas être suffisamment remarquées. 

Des Cyclades à la Mongolie: une invitation au voyage

La suite des nombres premiers de l’œuvre Protos d’Eva T. Bony, débutée dans les Cyclades en 2013 durant la crise économique grecque, connaît à Sélestat une nouvelle activation. Cette écriture mathématique, inscrite sur le sol à la chaux blanche, fait allusion à l’omniprésence des données chiffrées dans nos sociétés. Évoquant le Land Art, une pratique artistique s’inscrivant dans un cadre naturel où les œuvres sont exposées aux éléments et soumises à l’érosion, le tracé de Protos évolue au fil des saisons. Il connaîtra un effacement progressif jusqu’à sa disparition cherchant ainsi à reconnecter graduellement le visiteur avec son espace de vie.

Alexandre Kato, TTT, 2019 Photo : Agathe Claudel

Place de la République prend place TTT, une œuvre d’inspiration japonaise, influence fréquente dans le travail d’Alexandre Kato. Utilisant comme matériaux pour cette sculpture des objets liés à la domestication du paysage, en l’occurrence des balais de cantonnier retournés et accolés les uns aux autres, sur lesquels sont placées des pierres récupérées dans les Vosges, Alexandre Kato, créé une analogie entre un carré de verdure et des poils verts synthétique.

Cette installation qui évoque les jardins secs japonais propose une réflexion sur l’influence de l’homme sur la “nature”. En effet l’artiste prône dans cette œuvre très architecturée, la mystification d’un état naturel vierge, les paysages qui nous entourent étant presque toujours marqués par des modifications humaines.

Guillaume Barth, L’arbre bleu, ovoo du Paulownia, 2019 Photo : Agathe Claudel

En clôture de parcours, l’œuvre de Guillaume Barth, L’arbre bleu, Ovoo du Paulownia, revisite une pratique chamanique mongole. S’inspirant de la tradition des ovoo, amas de pierres ou de branchages, destinés à honorer les dieux, l’artiste drape le paulownia, arbre remarquable du square Paul Louis Weiller, d’une multitude de bandes de tissus dans un camaïeu de bleu. Cet amas d’écharpes récupérées chez Emmaüs, évoque les prières des voyageurs vers « Tengri » l’éternel ciel bleu. Transposant cette pratique à Sélestat, l’artiste nous propose à l’instar de des pratiques spirituelles observées en Mongolie, de repenser notre vision de la nature.

Ces œuvres, comme une majorité des créations réalisées pour cet événement, ont été pensées in situ, l’artiste prenant pleinement en compte le lieu de leurs expositions dans son processus créatif. Elles sont autant de mises en scène, particulièrement réussies, de notre rapport à la nature de son appropriation à sa redécouverte.

Une biennale évolutive et participative

Près de la moitié des installations présentées à l’occasion de Sélest’Art sont vouées à se transformer, soit de manière participative, soit naturellement avec le passage du temps. Bien que la participation du public ne soit pas nouvelle dans le milieu de l’art, comme en témoignent par exemple les actions dadaïstes du début du XXè siècle ou la forme du happening apparue à la fin des années 1950, l’immersion et l’implication des spectateurs sont de nos jours des enjeux quasiment incontournables dans les biennales d’art contemporain. 

Le duo d’artistes Scenocosme (Grégory Lasserre et Anaïs met den Ancxt) est à l’origine de deux installations, Pulsations et Urban Lights Contacts, qui évoluent grâce à l’interaction humaine, par le biais de technologies qui se confondent aux éléments naturels ou bâtis. Prenant place dans différentes villes depuis 2014, Urban Lights Contacts, illumine et sonorise, l’interaction tactile des spectateurs entre eux et avec l’oeuvre. Ainsi la façade de la mairie de Sélestat sera colorée au rythme de son utilisation. Suivant la même recherche de proximité, Pulsations invite les passants à sentir et à écouter la vibration des arbres, en apposant leurs oreilles sur leurs troncs. 

Anne Houel invite petits et grands à donner vie à 30 tonnes de sable, symbolisant l’évolution du tissu urbain. En réalisant des châteaux de sable tous issus du même moule : une jardinière rectangulaire, les participants façonnent une « ville » en miniature qui se construit, s’effrite, ou disparaît avant de renaître sous une nouvelle forme. Soumise aux aléas météorologiques, cette installation essentiellement ludique met en lumière de nombreuses préoccupations de l’artiste sur « l’évolution perpétuelle de l’architecture et les choix qui la motivent ». 

Apolline Grivelet, La cabane de papier, 2019 Photo : Agathe Claudel

De même que Protos, ou 30 tonnes de sable, La cabane de papier d’Apolline Grivelet, va connaître de nombreuses modifications au cours de son exposition. Cette cabane à structure en bois, dont la couverture est entièrement constituée d’encyclopédies, sera lentement reconquise par la nature qui l’a inspirée. En effet certains volumes ensemencés de mycélium (l’appareil végétatif des champignons) nourriront une multitude de moisissures jusqu’à l’effacement de leur contenu, soulignant l’obsolescence des ouvrages papier face à leur numérisation.  

La création contemporaine en vase clos

Les biennales d’art contemporain, événements majeurs de l’actualité artistique à l’international, se caractérisent bien souvent par le rayonnement culturel qu’elles entraînent. Sélest’art, l’une des plus anciennes de France, présente cette année sa 23è édition, mais ne se déploie malheureusement pas en dehors de son parcours balisé. En effet aucune autre programmation culturelle (rencontre, débat, projection, etc.) ne lui est associée, si ce n’est un hommage rendu à Tomi Ungerer sur les grilles d’enceinte des Archives municipales.

Près d’un an après l’inauguration de Touch Me, auto-proclamée première biennale de Strasbourg, on peut s’interroger sur la spécificité de ces événements qui ne se démarquent que peu des expositions classiques, mais qui se prévalent du terme biennale, et de l’aura qui est associée à un rendez-vous événementiel revenant tous les deux ans.

Ceci-dit, on ne peut que saluer la constance de Sélest’Art qui, depuis plus de 30 ans, cherche à démocratiser l’art contemporain de manière totalement gratuite et cette année intégralement en extérieur.

Se modifiant un peu plus chaque jour pour offrir aux visiteurs de nouvelles découvertes, cette édition ne fait pas défaut à ce dévouement comme le souligne Jean-Michel Guillon, coordinateur de l’événement :

« Nous présentons des installations conceptuelles qui sont très belles, mais pour pérenniser ce rendez-vous, il faut jouer autour de l’accessibilité de l’art contemporain ».

Strasbourg : l’extrême droite lave plus blanc que blanc

Strasbourg : l’extrême droite lave plus blanc que blanc

À peine dissous, le Bastion Social réapparaît avec un nouveau nom, Vent d’Est. Son nouveau vernis écologiste s’articule avec la défense de la culture alsacienne. Une nouvelle manière de faire oublier ses liens avec le GUD.

L'extrême droite strasbourgeoise se recompose derrière Vent d'Est. L'ancienne association, le Bastion Social, avait été dissolue.
Dessin de Piet.

« L’improVIPsation club » veut pousser des stars à improviser plus d’une heure

« L’improVIPsation club » veut pousser des stars à improviser plus d’une heure

« L’improVIPsation club » d’Antonia de Rendinger s’installe sur le plateau de la Scène de Strasbourg. Un jeudi par mois, une soirée d’impro inédite avec des invités de prestige animera cette salle de la Plaine des Bouchers.

Quelques mois après avoir présenté son spectacle d’improvisation Moi jeu ! (qu’elle reprendra cette saison) à la Scène de Strasbourg, Antonia de Rendinger revient avec un concept ambitieux s’étalant sur toute la saison. La comédienne lance « L’improVIPsation club » dans le même établissement. Son objectif : faire de l’improvisation pendant un long spectacle de plus d’une heure.

De l’improvisation en petit comité

Pour l’accompagner sur scène, Antonia de Rendinger souhaite convier pour chaque soirée une personnalité du monde des arts et du spectacle, d’où ce nom d’ImproVIPsation club. Le spectacle conviera également des artistes locaux, proches de la maîtresse de cérémonie. Un musicien au moins accompagnera chaque spectacle. Le tout sera joué à La Scène de Strasbourg, ce théâtre privé ouvert récemment par les frères Vardar et dirigé par leur neveu, Musah Recepovic .

Loin des sketchs et des matchs d’impro enchaînant les formats nerveux, Antonia de Rendinger tient à développer une couleur, un univers et un récit, en prenant le temps de proposer une histoire. L’improvisation sera très largement humoristique mais les formats pourront explorer le dramatique, la réflexion… Les concepts et règles, moteurs et inspirations du jeu, changeront en fonction des soirées et des invités.

Antonia de Rendinger n’est pas là que pour la déconne non plus ! Photo : de Kasia Kosinski

Des soirées uniques et sur mesure

Les spectacles sont d’autant plus intrigants que certains invités prévus ne se sont encore jamais confrontés à l’improvisation théâtrale, ce sera l’occasion de découvrir des artistes chevronnés sous une lumière neuve.

Le premier spectacle aura lieu jeudi 17 octobre à 20h30 en compagnie de Philippe Lelièvre, improvisateur professionnel pour la première fois à Strasbourg. Puis ce sera au tour de David Salles d’improviser le 14 novembre. Le comédien est surtout connu par son travail auprès des chaînes Youtube Studio Bagel et Golden Moustache. Le calendrier et les têtes d’affiches sont amenés à évoluer, mais des noms comme Caroline Vigneaux, Ibrahim Maalouf, ou celui du musicien humoristique Oldelaf ont déjà été avancés.

#La Scène de Strasbourg

Par Jupiter, faut-il réformer les retraites ?

Par Jupiter, faut-il réformer les retraites ?

Pour le retour de « l’Université en campagne contre les idées reçues », le programme en partenariat avec Rue89 Strasbourg se penchera sur la réforme emblématique du quinquennat d’Emmanuel Macron. Rendez-vous mercredi 16 octobre à 18h30 au CSC de Koenigshoffen.

La vidéo de la soirée

Il s’agit d’une captation en direct de la conférence, il peut parfois être difficile d’entendre les échanges directs avec le public

C’est sûrement la réforme majeure du quinquennat d’Emmanuel Macron, elle concerne tous les travailleurs : les retraites ! Le gouvernement entend notamment regrouper les 42 systèmes de retraites en un seul.

Signe que le dossier est difficile, l’exécutif a plusieurs fois repoussé son calendrier pour se donner des délais de réflexion supplémentaires. « La réforme n’est pas écrite », a rappelé le Premier Ministre, Edouard Philippe, mi-septembre, avant de lancer un nouveau cycle de discussions avec les syndicats et le patronat. Dans le contexte post-Gilets jaunes, une concertation avec les citoyens français est aussi promise jusqu’à la fin décembre 2019. La réforme concerne ceux nés après 1963.

On se voit mercredi ? Photo : Dessin Laurent Salles / Affiche par l’Université de Strasbourg

Quelques exemples d’idées reçues :

    « Les fonctionnaires ont un système plus avantageux que les salariés des privés »« Le gouvernement ne va pas toucher à l’âge de départ »« L’espérance de vie s’allonge, donc il faut repousser l’âge de départ »

Pour sa première de la saison 2019/2020, “L’Université en campagne contre les idées reçues” propose de défricher le sujet qui va rythmer la seconde moitié du quinquennat. N’hésitez pas à venir poser vos questions aux universitaires ou simplement profiter du savoir scientifique sur le sujet pour s’informer.

L’intervenant invitée est Fabienne Muller, maître de conférence HDR en droit de la protection sociale à l’Université de Strasbourg

La naturopathie progresse mais qui sont les naturopathes ?

La naturopathie progresse mais qui sont les naturopathes ?

Journaliste et cofondatrice de Rue89 Strasbourg, Marie Hoffsess publie un livre sur les naturopathes, à base d’une vingtaine d’entretiens. Une rencontre à la librairie Quai des Brumes est prévue le jeudi 17 octobre.

Peut-on guérir sans médicament ? C’est la raison d’être des naturopathes qui exercent en France. Journaliste et cofondatrice de Rue89 Strasbourg en 2012, Marie Hoffsess s’est intéressée à la profession. Elle n’a pas seulement étudié le sujet puisque c’est l’une de ses activités professionnelles depuis 2018.

Son livre, publié chez l’éditeur belge Amyris, s’appuie sur « une vingtaine d’entretiens », dont un quart de praticiens en Alsace. La journaliste a aussi rencontré des responsables de la profession. Certains de ses témoignages sont restés anonymes. L’auteure détaille :

« C’est un livre de journaliste, mais aussi un plaidoyer pour la profession. C’est le genre de bouquin que j’aurais aimé lire pendant ma formation. Il y a beaucoup de livres sur la naturopathie, mais pas sur ceux qui l’exercent. Or, il faut savoir ce que ça implique en terme de quotidien, de revenus, d’approche, etc. La plupart des naturopathes ne sont pas dans leur cabinet toute la journée, ce que je craignais. Ils sont souvent en reconversion et cumulent avec d’autres activités, par choix ou par nécessité. Ils s’intéressent à la nature, mais ont une clientèle en ville. Mais l’ouvrage ne concerne pas que les professionnels. Pour un patient, c’est important de se renseigner pour savoir où l’on met les pieds. »

La couverture

Des écoles qui apparaissent

Contrairement à l’Allemagne où il existe des Heilpraktiker (« guérisseurs » en allemand), la profession de naturopathe n’est pas réglementée en France. Mais il existe des écoles de formation : 8 d’entre elles sont regroupées dans une fédération. En Alsace, il existe 4 écoles ou antennes de formation : deux à Obernai, une à Strasbourg et une à Colmar. Une autre serait en train de se créer à Mulhouse.

Marie Hoffsess termine une formation étalée pendant 3 ans sur ses week-ends. D’autres sont plus concentrées, sur 12 ou 18 mois. L’occasion pour elle de déconstruire un cliché sur la profession :

Souvent la caricature est de dire que les naturopathes soignent avec des plantes. Ce n’est qu’une toute petite partie pour les cas aigus. Il y a des approches psychologiques, d’autres sur l’alimentation et enfin énergétiques. La vraie différence avec des médecins est d’adopter une approche plus globale de la santé, faire des liens entre organes, détecter quelles sont les causes de symptômes, qui peuvent-être le stress, l’hygiène de vie, le manque de sport…

Manifestation en soutien des Kurdes de Syrie samedi

Manifestation en soutien des Kurdes de Syrie samedi

Une manifestation en soutien des Kurdes de Syrie est organisée samedi 12 octobre de 14h à 16h, place Kléber à Strasbourg à l’appel d’Europe Ecologie – Les Verts.

Le rassemblement veut dénoncer l’offensive de la Turquie dans le nord de la Syrie, une zone actuellement contrôlée par les Forces démocratiques syriennes (FDS), une coalition formée par d’anciens rebelles syriens et surtout par les Unités de protection du peuple (YPG), la principale milice kurde, considérée comme terroriste par Ankara.

Objectif : briser la paix kurde

La Turquie souhaite prendre le contrôle d’une bande d’une trentaine de kilomètres entre Ras Al-Aïn et Tall Abyad, distantes de 120 km, afin d’éloigner de la frontière les YPG, afin d’y créer une zone de sécurité où installer une partie des 3,6 millions de réfugiés syriens vivant sur son sol.

Explosion dans la ville de Qamishli, au nord est de la Syrie Photo : North Press Agency / Twitter

Cette offensive est condamnée par la France, lors d’une réunion en urgence du Conseil de sécurité de l’ONU, qui a exigé l’arrêt de cette « action militaire unilatérale ». Les FDS étaient notamment chargés de surveiller les camps de prisonniers de Daech où des signes de révoltes ont débuté depuis l’offensive turque…

https://twitter.com/AFP_Beirut/status/1182688062247260160

Cette attaque menace également la relative stabilité de cette portion de la Syrie, appelée Rojava par les Kurdes, où un embryon de gouvernement laïc s’est installé avec le soutien des occidentaux.

Rojava, la révolution par les femmes

Exclue en 2018, l’association Alis-Unli remporte sa première victoire à une élection de représentants de locataires

Exclue en 2018, l’association Alis-Unli remporte sa première victoire à une élection de représentants de locataires

Non-habilitée à concourir à l’élection des représentants de locataires Habitation Moderne en 2018, la jeune association Alis-Unli est arrivée en tête du scrutin ce vendredi 11 octobre.

Le dégagisme frappe aussi les représentants de locataires. Dans la matinée du 11 octobre, l’association de locataires Alis-Unli a remporté les élections du bailleur social Habitation Moderne, suite à l’annulation du scrutin de l’année précédente. Avec 46,35% des voix, Alis-Unli enverra une élue au conseil d’administration (CA) du bailleur social jusqu’en 2022. Carima Lizad, habitante de Koenigshoffen, surveillera la gestion et les orientations d’Habitation Moderne et y défendra les intérêts des locataires. La prochaine réunion du CA est prévue pour le 17 octobre.

Alors que la participation a été sensiblement similaire à 2018, c’est un revers pour les formations traditionnelles telles que la Confédération Syndicale des Familles (CSF, 19,39%), la Confédération Nationale du Logement (CNL, 18,98%) et l’association Consommation Logement et Cadre de Vie (CLCV, 15,25%). Seule la CSF disposera d’un représentant en conseil d’administration de Habitation Moderne, pour Micheline Luis. Avec un score supérieur à 10%, la CLCV et la CNL pourront néanmoins participer aux conseils de concertation locative. Cette instance peut aussi servir à la défense des locataires.

Résultats des élection d’octobre 2019

AssociationScoreÉlus
Alis 46,35% ; (679 voix)1
CSF 19,39% ; (284 voix) 1
CNL18,98% ; (278 voix) 0
CLCV15,25% ; (224 voix) 0

Le dépouillement s’est tenu ce vendredi au siège du bailleur social, après 10 jours de vote par correspondance ou en ligne. La séance s’est tenue sous le regard d’un huissier.

Alis compte avant tout questionner l’organisme sur la question des charges.

Réaction de Hmida Boutghata, président de l’association de défense des locataires Alis-Unli, qui a remporté sa première élection le vendredi 11 octobre.

La CSF obtient un siège, alors qu’elle n’en avait pas eu l’année d’avant. Son président dans le Bas-Rhin, Edmond Wolff tempère son résultat :

« On a repris le flambeau pusiqu’on avait pas d’élu. Mais cela est secondaire car Habitation moderne est une société d’économe mixte et les voix des représentants des locataires n’y sont que consultatives. Ce qui compte c’est de continuer de travailler dans les conseils de concertation locative et d’obtenir un meilleur logement pour les locataires. On se demande comment les plus pauvres pourront continuer à se loger avec la financiarisation du logement social et la hausse des charges locatives. On continuera notre travail sur le terrain et en pied d’immeubles comme on a toujours fait depuis des décennies. »

Edmond Wolff, à l’issue des résultats

Pour la CLCV 67, qui perd son siège acquis en 2018, Daniel Bonnot est plus sévère envers l’association Alis :

« La démagogie l’a emporté. Alis promet de raser gratis. Ils ont siégé 4 ans à CUS Habitat et je ne connais pas leur bilan. On verra dans 3 ans. »

Daniel Bonnot, à l’issue des résultats

Le représentant de la CNL, qui perd aussi un siège obtenu en 2018, a refusé toute discussion dès que nous nous sommes présentés, bien avant les résultats.

Une annulation en mai

En mai, le tribunal d’instance avait annulé les élections d’Habitation moderne d’octobre 2018, car le dépouillement n’avait pas été public. Ce recours était la conséquence d’un différent qui oppose la jeune association des locataires indépendants de Strasbourg (Alis) et le bailleur social de la Ville de Strasbourg.

L’association Alis n’avait pas pu concourir aux élections des représentants de locataires suite à une modification de la « loi Égalité et Citoyenneté » de 2016. Les nouvelles conditions imposaient à la formation locale une affiliation à une organisation représentative nationale. Ces critères avaient été ajoutées au code de la construction et de l’habitat (CCH) par Philippe Bies, alors député du Parti socialiste et rapporteur de la loi pour la partie logement social. Ce 11 octobre, Philippe Bies a présidé le dépouillement qui a duré plus de 3 heures. L’élu strasbourgeois a dû faire preuve de patience pour déminer les questions, remarques et quelques tensions entre associations. Le résultat n’a pas été contesté à l’issue de la séance.

Pour Alis, cette nouvelle législation était une manœuvre de Philippe Bies visant à exclure cette jeune association des conseils d’administration des bailleurs sociaux. Pour respecter ces nouvelles obligations, l’association s’est rapprochée de l’Union nationale des locataires indépendants et de l’association de consommateurs Famille de France.

La 3è élection pour Alis

Jusque-là, Alis avait participé à une élection en 2014 où elle avait fini 3è (22,16%) chez CUS Habitat (devenu Ophéa) et obtenu un représentant comme les 3 autres associations historiques. Lors des élections de 2018, le bailleur social du Conseil départemental du Bas-Rhin, la Sibar, avait de son côté autorisé Alis à concourir. L’association avait recueilli 13% des voix, pas assez pour obtenir un représentant, mais assez pour être considérée comme « représentative » et participer aux conseils de concertation locative. CUS Habitat s’était opposée à la participation et l’élection avait été jugée conforme par le tribunal administratif de Strasbourg.

À Koenigshoffen, permaculteurs et jardiniers auront bientôt 9 000 mètres carrés à disposition

À Koenigshoffen, permaculteurs et jardiniers auront bientôt 9 000 mètres carrés à disposition

Dans le quartier de Koenigshoffen, des travaux de décontamination de la nappe phréatique sous le bois du Kupferhammer vont commencer mi-octobre. Fin 2021, plus de 9 000 mètres carrés seront libérés pour des jardins partagés ou de la permaculture.

Une friche de plus de 9 000 mètres carrés d’espaces verts se trouve au sud-est de Koenigshoffen, à l’ouest de Strasbourg. Fin 2021, des jardiniers et permaculteurs pourront enfin s’y installer. Cette surface doit rester libre le temps de décontaminer la nappe phréatique sous le bois voisin. L’opération va débuter dans les semaines à venir. Elle durera entre 20 mois et deux ans. « Nous attendons des initiatives citoyennes qui souhaitent élargir les jardins partagés une fois ces travaux terminés « , affirme Christel Kohler (LREM), adjointe au maire en charge des espaces verts.

Pollution au tétrachloroéthylène

Mi-juin 2017, la Ville de Strasbourg a pris un arrêté face à « la très forte contamination de l’eau prélevée en tétrachloroéthylène » dans la zone. Selon le ministère de la Santé, ce solvant peut être toxique « pour le système nerveux et les reins et lors d’une exposition très intense, ses effets peuvent aller jusqu’à la perte de connaissance et la mort. » La Ville a ainsi suspendu tout usage de « l’eau de la nappe phréatique issue de puits publics ou privés » pour la majeure partie de ces jardins partagés qui jalonnent le reste de sud-est de Koenigshoffen.

Sous le bois du Kupferhammer, les taux de contamination locale de la nappe sont bien supérieurs aux recommandations de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’environnement, de l’alimentation et du travail (Anses). Sous le jardin de permaculture partagée Saint-Gall, des concentrations en tétrachloroéthylène supérieures à 1 000 microgrammes par litre (μg/L) ont été recensées. Les autorités publiques préconisent d’être sous un taux de 250 μg/L « pour les expositions de long-terme. » « Dès 2017, on a dû utiliser un puiseur pour arroser avec l’eau de ville plutôt que celle de la nappe phréatique », explique Fabien Dumay, président de l’association Permaculture partagée St-Gall.

Les usines utilisent souvent le tétrachloroéthylène pour le nettoyage à sec des tissus ou le dégraissage de métaux. Selon Christelle Kohler, « une étude historique a relevé une activité de métallerie dans le bois du Kupferhammer jusqu’aux années 70. »

La zone orange est correspond aux sols pollués. Dans celle plus foncée, la concentration est 4 fois supérieure aux recommandations sanitaires. Photo : document Ville de Strasbourg

Elargir l’expérimentation en permaculture

Fabien Dumay cultive fruits, légumes et herbacés dans le jardin Saint-Gall depuis 2015. Selon cet ingénieur pour l’Eurométropole de Strasbourg, l’utilisation restreinte de l’eau n’a pas été une gêne particulière. Mais ce permaculteur voit d’un bon œil l’arrivée de nouveaux jardiniers, ou d’une autre association de permaculture :

« Cela permettrait de faire de cet espace un lieu d’expérimentation plus fort. S’il y avait plusieurs sites de permaculture, nous pourrions faire des échanges d’expérience, mutualiser l’entretien des communs (barrières, récupérateur d’eau, serre, chemins, ndlr) et les commandes de matériel. »

L’autosuffisance ? « Un rêve »

Face à la friche, une cinquantaine de permaculteurs se rendent quelques heures par semaine dans le jardin de Saint-Gall. Ce sont les légumes-racines qui prennent le plus de temps, comme les panais, les navets, les radis ou les céleris. La plupart des membres de l’association sont strasbourgeois, avec un emploi. Certains viennent aussi chercher le calme au milieu de la végétation.

Le résultat est loin des ambitions de départ, portées par un fondateur controversé, Christian Köppel. Alors membre du mouvement identitaire Egalité&Réconciliation, l’initiateur parlait d’autosuffisance. Depuis, une nouvelle association a remplacé « Brin de paille », qui était liée au mouvement d’Alain Soral, idéologue d’extrême-droite et condamné à plusieurs reprises pour ses propos antisémites.

Fabien Dumay admet que cet objectif reste pour l’instant du domaine du rêve :

« En période estivale, entre mai et novembre, un végétarien comme moi parvient à produire la moitié de ce qu’il consomme, en sachant que je mange à la cantine le midi… »

L’asso cherche des bras

L’association Permaculture partagée Saint-Gall cherche de nouveaux membres pour atteindre une moyenne de travail hebdomadaire de 3 heures par personne. « 60% de ce qu’on plante pousse tout seul, explique Fabien Dumay, comme les poireaux, l’ail, la sauge, le thym, la rhubarbe ou même les framboises. »

« Face au réchauffement climatique, il faut des forêts plus naturelles »

« Face au réchauffement climatique, il faut des forêts plus naturelles »

Écologue, Jean-Claude Génot se désole que les questions de gestion des forêts ne soient pas abordées lorsqu’il est question de leur résistance au changement climatique.

Durant cet été, les médias ont beaucoup relayé l’inquiétude des forestiers face aux effets de la sécheresse actuelle. Mais on entend peu ou pas les défenseurs de la nature s’exprimer sur le sujet. Toujours le même refrain : le réchauffement climatique menace nos forêts, adaptons-les à ce nouveau climat.

On souligne la sécheresse, on pointe le fait que les herbivores contrarient la régénération naturelle de la forêt (ce qui n’est pas faux dans de nombreux endroits du massif Vosgien) mais pas un mot sur l’exploitation du bois, comme si la sylviculture était neutre dans cette histoire.

Car enfin, si les épicéas meurent massivement c’est bien parce que la nature sanctionne de façon magistrale les erreurs des sylviculteurs qui les ont planté en dehors de leur aire naturelle en peuplements mono-spécifiques, pourtant plus fragiles face aux aléas climatiques et biologiques.

Produire plus de bois…

Depuis le Grenelle de l’environnement en 2007, les forestiers doivent produire plus de bois, ce qui les conduit à pratiquer des fortes éclaircies dans des peuplements qui sont restés longtemps assez denses.

Ces nouvelles zones coupées menacent les essences qui ont besoin d’ombre comme le sapin et le hêtre et qui ne supportent pas une mise en lumière trop forte. L’idéal pour ces arbres est d’avoir la tête au soleil et les pieds à l’ombre, or ces éclaircies menacent l’ambiance forestière humide, surtout face à des fortes sécheresses.

Les prélèvements importants dans les parcelles éclaircissent trop les peuplements forestiers et les rend encore plus sensibles à la sécheresse Photo : Jean-Claude Génot / doc remis

De plus, elles réduisent la décomposition de la litière et le recyclage des nutriments en diminuant la diversité des organismes dans le sol. Le réchauffement climatique fait peser un risque sur la forêt qui intéresse les industriels. Ce risque sera d’autant plus important que les forêts seront plus artificielles, avec des essences exotiques, des forêts moins denses plus sensibles aux sécheresses, moins de bois mort donc moins d’humidité au sol et des sols tassés par des engins de travaux forestiers plus lourds.

Qui plus est, le rajeunissement des forêts est lié aux coupes actuels. Il réduit les capacités de la forêt à être un puits de carbone efficace. En effet, quand une forêt fabrique plus de bois qu’elle n’en perd, elle absorbe alors plus de gaz carbonique (CO2) qu’elle n’en émet. Il vaut donc mieux laisser vieillir les forêts.

Comment planter pour mieux se planter

La forêt écosystème, elle, en a vu d’autres. Elle est capable de s’adapter car la diversité génétique des arbres est élevée. Cela est dû à la recolonisation post-glaciaire des différentes espèces européennes à partir de leurs refuges dont l’isolement a créé des différences génétiques importantes. Mais alors pourquoi certains forestiers veulent absolument introduire de nouvelles espèces ?

D’abord la filière bois a poussé l’État à inscrire les plantations comme indispensables dans le Programme national forêt bois adopté en 2016 qui prévoit « d’adapter les sylvicultures pour mieux répondre aux besoins des marchés« . Pourtant la forêt sait se régénérer naturellement depuis des millénaires. Ensuite les forestiers ont peur d’être accusés de laxisme, il faut agir et pour cela rien de mieux que des plantations, cela se voit et fait tourner la machine économique.

Epicéas attaqués par les scolytes et affaiblis par la sécheresse. Photo : Jean-Claude Génot / doc remis

Mais comment peut-on être assez naïf pour croire qu’il suffirait d’introduire des essences exotiques résistantes aux sécheresses pour régler tous les problèmes de la forêt face au réchauffement climatique ? Alors que l’introduction d’espèces exotiques est considérée comme une menace pour la biodiversité par de nombreux spécialistes de la conservation de la nature, les forestiers favorables à l’introduction de nouvelles espèces n’émettent aucune réserve sur ce risque.

Une volonté de maîtriser la nature, un mauvais choix

Comment croire que des espèces exotiques qui n’ont jamais coévolué avec la faune, la flore et les champignons locaux vont mieux s’adapter aux modifications climatiques en cours que celles qui sont là depuis des millénaires ?

Le choix des plantations relève d’une volonté de maîtrise de la nature et sur le plan économique, c’est un pari risqué. De plus parmi les essences exotiques préconisées, gageons qu’il y aura des conifères à croissance rapide. C’est un mauvais choix sur le plan du bilan carbone car les résineux stockent moins de carbone que les feuillus pour un même volume de bois.

En outre, les résineux sont moins efficaces que les feuillus sur le plan de la lutte contre le changement climatique. En effet des chercheurs ont montré que les plantations de résineux effectuées massivement en Europe à la place des forêts feuillues naturelles depuis le XVIIIème siècle n’ont pas permis de faire de la forêt européenne un puits de carbone, malgré le gain de surface couverte par des forêts mais au contraire d’accumuler une dette de carbone.

Pourquoi ce paradoxe ? D’abord parce que l’exploitation de ces plantations de résineux sur des cycles relativement courts relâche le carbone accumulé dans la biomasse, le sol, le bois mort et l’humus. De plus, la conversion des feuillus en résineux modifie le pouvoir réfléchissant des arbres (pourtant plus bas chez les résineux que les feuillus), la rugosité de la canopée (la capacité à plus ou moins laisser passer la lumière) et l’évapotranspiration du sol, plus soumis à la lumière dans les plantations de résineux que dans les forêts de feuillus.

La coupe rase des épicéas dépérissant met les sols à nu ce qui les fragilise Photo : Jean-Claude Génot / doc remis

Tous ces paramètres sont plus négatifs en terme d’atténuation de chaleur pour les plantations de résineux que pour les forêts naturelles de feuillus d’où une contribution au réchauffement plutôt qu’une atténuation !

On voit donc que remplacer des forêts feuillues âgées par des résineux exploités sur des cycles beaucoup plus courts renforce le réchauffement climatique. Les plantations sont subventionnées et si l’épicéa n’a plus la côte, le sapin de Douglas, originaire d’Amérique, vient le remplacer.

Pourtant, cette espèce ne supporte pas, elle non plus, les fortes sécheresses. Cela le rend sensible aux attaques de champignons ainsi qu’à celles d’une mouche qui pond dans les aiguilles.

Que les arbres soient autochtones ou allochtones, stressés par une sécheresse, ils deviennent beaucoup plus sensibles aux champignons ou aux insectes pathogènes, voire aux deux à la fois. Mais plus la forêt est artificielle en composition et en structure (on parle de futaie régulière où tous les arbres ont le même âge avec souvent une seule espèce), plus elle sera sensible et moins résiliente.

Le retour des coupes rases

L’exploitation des épicéas atteints par les scolytes donne lieu à des coupes rases qui offrent souvent un spectacle de désolation. Le sol est mis à nu et subit les fortes températures. Pourtant en forêt publique alsacienne, les forestiers ne pratiquaient plus de coupe rase depuis une vingtaine d’années.

Coupe rase d’épicéas atteints par les scolytes dans les Vosges du Nord Photo : JC Génot / doc remis

On peut légitimement se demander si les plantations, soumises aux futures canicules, vont se développer normalement sans subir de dégâts ? En forêt publique en-dessous d’un hectare, les coupes rases ne devraient pas être reboisées mais laissées à la dynamique naturelle avec du bois mort abandonné au sol et sur pied. Ces zones sont des refuges pour la faune.

Ailleurs, il faut éviter la coupe rase en laissant les autres essences présentes et des bouquets d’épicéas dépérissant car la forêt a besoin de bois mort et de l’ombre que peuvent encore fournir les arbres secs. Si le reboisement artificiel est inévitable, mieux vaut privilégier les essences locales en laissant venir également la régénération naturelle.

Misons sur les essences autochtones

Vouloir adapter la forêt au climat relève de l’arrogance humaine et du refus d’accompagner ce changement dont nous sommes responsables. Il faut plus que jamais travailler avec la nature et non contre elle. Plus on veut s’éloigner du mode de fonctionnement naturel d’une forêt et plus cela coûte cher en énergie manuelle, mécanique et chimique, donc en argent.

Il faut réduire les facteurs de vulnérabilité qui rendent les forêts encore plus sensibles au réchauffement climatique. Pour cela, il faut miser sur les essences autochtones, des forêts à structure irrégulière avec un mélange d’espèces et des âges différents, des rotations de coupes plus longues, des peuplements matures plus denses et du bois mort au sol. Il faut également développer des forêts en libre en évolution où l’adaptation se fera naturellement et dont nous aurons des leçons à tirer pour les forêts exploitées.

Municipales : Mathieu Cahn chargé de conduire la liste socialiste à Strasbourg

Municipales : Mathieu Cahn chargé de conduire la liste socialiste à Strasbourg

Sans grande surprise, les militants socialistes des neuf sections strasbourgeoises ont choisi Mathieu Cahn, actuel adjoint au maire de Strasbourg, pour conduire la liste du Parti aux élections municipales à Strasbourg.

Le Parti socialiste a communiqué ce résultat dans la soirée de jeudi, sans préciser les scores. Mathieu Cahn était opposé à Guillaume Parent, secrétaire de la section Marne-Forêt-Noire du PS.

Mathieu Cahn devra osciller entre bilan socialiste et renouvellement Photo : JFG / Rue89 Strasbourg

Parmi les 191 inscrits des neufs sections du PS à Strasbourg, 101 personnes se sont déplacées, 74 ont voté pour Mathieu Cahn, 21 pour Guillaume Parent et 6 se sont abstenues.

Mathieu Cahn s’était porté candidat à la suite de l’abandon surprise de Philippe Bies, également adjoint au maire mais aussi ancien député et qui avait initié une démarche appelée « Strasbourg demain. »

Mais les relations entre les deux adjoints auparavant inséparables tenants de l’orthodoxie socialiste au sein d’une majorité municipale éclatée se sont récemment tendues.

Contesté par certains militants sur son incapacité à se renouveler, une majorité semblait délicate à trouver pour Philippe Bies au sein du Parti socialiste. Un faux départ aurait été particulièrement gênant dans cette campagne où le PS va devoir se trouver des alliés dès le premier tour, sachant que ce ne pourra pas être les écologistes…

Elu depuis 2008 à l’exécutif de la Ville de Strasbourg, ancien premier secrétaire du Parti socialiste du Bas-Rhin, ancien collaborateur d’élus de 1998 à 2000… Mathieu Cahn aura du mal également à jouer la carte du renouvellement mais à 44 ans, il est plus jeune que Philippe Bies (55 ans).

Campagne difficile en vue pour les Socialistes

Après ses faibles scores en 2017 et aux européennes en 2019, ainsi qu’en manque d’espace entre La République en Marche et les écologistes, le PS ne part pas favori à Strasbourg. Mais l’élection municipale répond à d’autres logiques qu’un scrutin national. Mathieu Cahn devrait revendiquer une part du bilan de Roland Ries depuis 2008.

Il a en revanche comme handicap d’avoir présidé la Maison des associations (voir nos articles) où des faits de harcèlement sexuel sont reprochés à l’ancien directeur, un sujet qui devrait surgir tôt ou tard dans la campagne et prendre plus ou moins d’ampleur selon l’issue du procès en novembre.

Les profs du collège Lezay Marnésia enseignent la solidarité par l’exemple

Les profs du collège Lezay Marnésia enseignent la solidarité par l’exemple

À Strasbourg, un collège de la Meinau se distingue des autres établissements par l’engagement de son corps enseignant. Rencontre avec les profs du Lezay Marnésia, qui ont placé la solidarité au cœur de leurs priorités.

Solidaires des surveillants précaires puis des élèves sans-abris, le personnel du collège Lezay Marnésia à la Meinau se bat sur tous les fronts. Début avril, un tiers du personnel a décidé de reverser une partie de leur prime pour travailler dans un établissement « Réseau d’Éducation prioritaire plus renforcé » (REP+, les ex-ZEP) à leurs collègues surveillants. Ils s’opposaient à la non-considération des pions par cette prime d’environ 1 000 euros par an, alors qu’ils partagent le même environnement de travail.

Puis, plus visible, dix profs ont planté leur tente devant le collège pour y passer une nuit fin mai. Un geste de solidarité avec deux de leurs élèves de troisième, des réfugiées kosovares, qui préparaient leur brevet tout en vivant dans la rue. Ce soir-là, elles dormaient sous tente dans un camp de sans-abris de Strasbourg. « Quand on réalise des actions, des collectes d’argent ou des dons de vêtements, l’impulsion vient souvent d’une ou deux personnes. Et le reste des collègues finit par suivre », raconte Agathe Bertrand, professeure d’espagnol.

Les enseignants ont campé devant le collège Lezay-Marnésia au printemps dernier
En mai, les enseignants ont campé devant le collège Lezay Marnésia en solidarité avec deux jumelles kosovares à la rue Photo : Document remis / Mathieu Béchu-Diaz

Trois mobilisations depuis fin 2017

À Strasbourg, l’histoire des jumelles de 15 ans n’est pas un fait isolé. Avec la multiplication des camps de migrants, les profs du Lezay-Marnésia, alors réunis au sein du collectif « Un Toit pour nos élèves », se sont déjà mobilisés à trois reprises depuis décembre 2017, avec à chaque fois la même demande : un hébergement en dur et au chaud pour leurs élèves.

« Nous ne sommes pas toujours informés de ce genre de situations. Nous sommes bien entendu au courant que certains élèves, notamment étrangers, vivent de façon très précaire, mais nous ne savons pas toujours qu’ils dorment sous tente. Quand on l’apprend, on se dit : Non c’est pas possible ! »

Agathe Bertrand, professeure d’espagnol

Dans ce cas précis, le corps enseignant a pris connaissance des conditions de vie des deux sœurs à l’occasion d’un conseil de classe en mars, quand fut évoqué la poursuite d’études. Dans ces réunions expérimentales, les élèves sont convoqués lorsque leur cas est évoqué. « L’une d’elle s’est mise à pleurer, se rappelle Loïc Klenklé, professeur de mathématiques. C’est à ce moment-là qu’elle nous a avoué qu’elle et sa famille avaient été déboutés du droit d’asile et qu’ils avaient été expulsés de leur logement. »

S’est ensuivi une cagnotte en ligne pour financer une semaine de location et des courses d’alimentation, avant que plusieurs professeurs n’acceptent, dans l’urgence, d’héberger les filles à tour de rôle. « On ne pouvait pas tolérer que nos élèves dorment sous tente. Il fallait agir, d’où notre nuit dehors en mai », poursuit le prof de math. L’action a en tout cas fait du bruit, puisqu’une solution dans un centre d’hébergement d’urgence a été trouvée deux jours plus tard, comme l’a précisé le collectif dans une publication sur Facebook. Les deux sœurs ont finalement eu leur brevet.

« On n’est pas dans un schéma, où l’on fait nos cours et on se casse »

Agathe Bertrand, enseignante du collège

Couverte par les médias locaux, cette mobilisation des professeurs du Lezay-Marnésia a fait parler en dehors de ses murs. « Nous avons appris lors du conseil d’administration que les parents d’élèves en avaient pas mal discuté entre eux », glisse Agathe Bertrand.

Ilknur Aydin, mère d’un garçon inscrit en classe de 6e et d’une fille en 3e, a découvert l’action de solidarité en faveur des jeunes filles en lisant le journal :

« Tout a été fait de façon discrète et humble. À aucun moment, les professeurs n’ont souhaité se faire de la publicité. C’est une mobilisation qui venait tout droit de leur cœur. Ça n’a fait que confirmer ce qu’on pensait d’eux : à savoir que c’est une équipe pédagogique très bienveillante et engagée dans, mais aussi en dehors du collège. »

Cette parent d’élève élue au conseil d’administration de l’établissement ne tarit pas d’éloges pour qualifier l’engagement du corps enseignant, qui selon elle, contribue à redorer l’image des quartiers.

« Ma fille m’a dit qu’elle était fière d’être élève au collège Lezay Marnésia, alors même que l’établissement a une mauvaise réputation puisqu’il est classé en REP+ ».

Soudée, motivée, disponible… « Il est clair que nous sommes un groupe qui bouge pour ses élèves et qui réagit vite », commente Loïc Klenklé. Pour sa collègue Agathe Bertrand, les profs de l’établissement ont « peut-être un intérêt plus grand pour les élèves et leur réussite ». Et d’ajouter : « On n’est pas dans un schéma, où l’on fait nos cours et on se casse ».

Loïc Klenklé et Agathe Bertrand sont les président et secrétaire de l’association « Un Toit pour nos élèves » Photo : Rue89 Strasbourg / RD

« Prêts à agir » pour de futures situations de crise

Depuis juin 2019, cet investissement pour plus de justice sociale s’est traduit par la transformation du collectif « Un Toit pour nos élèves » en association : une façon pour Loïc Klenklé et Agathe Bertrand, respectivement président et secrétaire, d’être mieux structurés pour la prochaine intervention. Car les deux profs ne sont pas dupes. Étant donnée la présence de deux classes UPE2A (Unité pédagogique pour élèves allophones arrivant, c’est-à-dire des personnes qui ne parlent pas français) au sein du collège et le découpage géographique, les adolescents des campements de demandeurs d’asile, comme celui des Canonniers par le passé, seront forcément scolarisés au Lezay Marnésia.

En ce début d’année 2019/2020, aucun élève du collège n’est concerné, mais un camp s’est formé une nouvelle fois aux Ducs d’Alsace entre Cronenbourg et Hautepierre. Il se peut qu’une nouvelle famille de demandeurs d’asile avec des enfants scolarisés se retrouve à la rue à tout moment.

De plus, l’association sera l’occasion d’étendre le rayon d’action. Une mère angolaise et ses deux enfants, dont l’un d’eux est inscrit à l’école maternelle attenante, rue du Poitou, est en effet menacée d’expulsion. Le président de l’association « Un Toit pour nos élèves » se tient donc prêt à toute éventualité :

« La maîtresse de maternelle du petit est venue nous avertir de la situation difficile que vivait sa famille, à l’occasion d’une collecte de fringues pour les jumelles kosovares. On sait que l’échéance de fin d’hébergement est proche. On surveille ça, on sera prêts à agir ! »

Loïc Klenklé, prof de maths et président de l’association « Un Toit pour nos élèves »

Guerre, pauvreté, répression… Käthe Kollwitz insuffle la révolte au musée d’art moderne

Guerre, pauvreté, répression… Käthe Kollwitz insuffle la révolte au musée d’art moderne

C’est la première fois qu’un musée français consacre une rétrospective à l’artiste allemande Käthe Kollwitz. Dessins à l’encre de Chine, au crayon, peintures au pastel, gravures à l’eau forte, sculptures… Cette icône de l’art engagé a usé de tous les moyens pour décrire avec justesse et profondeur les ravages de la pauvreté, de la guerre et de la répression. Une rétrospective incontournable.

Une injustice prend fin au Musée d’Art Moderne et Contemporain de Strasbourg (MAMCS). Pour la première fois en France, l’artiste allemande Käthe Kollwitz a enfin le droit a une rétrospective. Jusqu’au 12 janvier 2020, près de 150 de ses oeuvres sont exposées à Strasbourg.

Cette icône de l’engagement pacifiste a d’abord dessiné et gravé la pauvreté et la révolte des plus démunis. Témoin de l’entre-deux guerres en Allemagne, Käthe Kollwitz a ensuite dénoncé les ravages des conflits armés. Ses gravures les plus sombres montrent les enfants prêts à être mobilisés, le désespoir des parents ou de la veuve face aux morts des champs de bataille… « C’est une artiste complète, qui nous touche par son humanité profonde, ses dessins de visages, de mains… Tout ce qui fait de nous des Hommes », analyse Estelle Pietrzyk, directrice du MAMCS.

Dans le cycle « Une révolte des tisserands », Misère, entre 1893 et 1897. Lithographie à la plume et au crayon, grattoir. Photo : Document remis

L’artiste et le peuple

« Je veux agir dans ce temps », écrivait Käthe Kollwitz dans son journal intime, entre la fin du XIXe siècle et 1945. Lorsque l’artiste peint une révolte de tisserands datant de 1844, elle donne aux révolutionnaires des vêtements d’ouvriers de son époque. Cette femme engagée tenait à participer à « une compréhension mutuelle entre l’artiste et le peuple ».

L’épouse du docteur Karl Kollwitz voyait les malades, les affamés et les mourants défiler chez elle, plusieurs dizaines chaque jour. Cette « femme assise se lamentant les bras levés », cette famille miséreuse aux yeux dans le vide, cette mère ne sachant comment nourrir son fils… Käthe Kollwitz les a toutes vues. Ainsi s’est construit une oeuvre réaliste, souvent crue, toujours bouleversante.

Dans le cycle « Une révolte des tisserands », Marche des tisserands, entre 1893 et 1897. Lithographie à la plume et au crayon, grattoir.

La force de ses oeuvres vient peut-être de cette proximité avec ses sujets. Dès 1914, Käthe Kollwitz perd son fils Peter, engagé volontaire. Par la suite, la mère se met à crayonner l’attente du retour, le désespoir des parents endeuillés, le sacrifice d’un enfant pour une patrie mensongère. Ces dessins sont bouleversants de justesse, de pudeur et d’une violence qu’on croit inimaginable. La deuxième partie de l’exposition se voit avec le cœur serré. Chaque détail rend l’horreur de la guerre plus réel.

Mère avec deux enfants, 1932-1936, Bronze.

Un art engagé

Grâce à son art, Käthe Kollwitz défend les opprimés, s’oppose à la guerre. En 1906, elle dessine l’affiche pour l’exposition allemande sur le travail à domicile. En 1924, la mère endeuillée appelle au rassemblement avec pour mot d’ordre « Plus jamais la guerre ». Quatre ans plus tôt, elle attirait l’attention sur la famine dans la capitale autrichienne : « Vienne meurt! Sauvez ses enfants! », est écrit en rouge aux côté d’un squelette. Il fouette une femme courbée, suivi de gamins en pleurs. Ils s’accrochent à elle.

Une reconnaissance française tardive

La reconnaissance française a été tardive pour cette artiste aussi inclassable qu’intemporelle. « Les artistes allemands ont mis du temps à être étudiés en France », regrette la directrice du MAMCS. Bien sûr, quand les universitaires français s’y sont mis, ils ont travaillé sur les peintres comme Otto Dix, Max Liebermann ou George Grosz. Les hommes d’abord… Ce qui est d’ailleurs une autre révolte portée par Käthe Kollwitz. D’abord interdite d’accès aux Beaux-Arts de Berlin, fermé aux femmes, elle est parvenue à se hisser au rang d’icône de l’art engagé allemand. De même, les spécialistes américains des « Gender Studies » (études du genre) ont beaucoup travaillé sur la représentation du corps féminin par l’artiste allemande. Le Musée d’art moderne permet donc à la France de rattraper son retard face à une figure d’une telle envergure.

GCO : L’agriculture intensive s’impose dans la compensation des terres

GCO : L’agriculture intensive s’impose dans la compensation des terres

Avec le GCO, 128 agriculteurs ont perdu des terres agricoles. Les pertes seront réparties entre 500 exploitants dans le cadre d’un réaménagement de parcelles. Mais le syndicat agricole majoritaire, la FDSEA, prônant une agriculture intensive, domine les instances décisionnelles comme les commissions communales et départementales. Plusieurs exploitants se disent victimes de cette mainmise syndicale.

Henry (le prénom a été modifié à sa demande), agriculteur bio à Griesheim, est consterné. L’autoroute du Grand contournement ouest de Strasbourg (GCO) pourrait bien le pénaliser davantage qu’il ne le pensait : « Le remembrement profitera à une minorité d’agriculteurs au dépend de certains autres. » Ce « remembrement », c’est une très importante opération de réaménagement de parcelles mise en place pour minimiser les pertes de surfaces des agriculteurs suite à la construction du GCO, une rocade payante de 24 kilomètres. Son tracé passe sur 300 hectares de terres agricoles sur lesquelles 128 agriculteurs ont des terrains. En compensation, des terres leur sont réattribuées et les pertes sont mutualisées.

Des instances décisionnelles noyautées

« Les instances décisionnelles de ce réaménagement sont noyautées par le syndicat agricole dominant, qui prône l’agriculture industrielle et qui risque de profiter de la situation », d’après Henry. Le syndicat en question, la FDSEA, a négocié avec Vinci (société constructrice et concessionnaire du GCO) le financement des opérations de réaménagement et a obtenu un remembrement sur une surface de 11 250 hectares. L’accord a permis de mutualiser les pertes entre 500 agriculteurs, qui ne seront privés que de 3% à 5% de terres chacun.

Dominique Daul, membre du bureau de la FDSEA, répond à ces accusations:

« Nous étions opposés au GCO au départ. Pour nous le bilan est négatif aussi vu que nous perdons des terres. Etant donné que nous savions que l’autoroute allait être construite, nous avons négocié. Au final, la mutualisation sera d’une grande ampleur et cela arrange beaucoup les agriculteurs, surtout ceux qui sont concernés par le tracé. » 

300 hectares de terres agricoles disparaissent pour laisser place au chantier de l'autoroute qui fera 24 km. (Photo Emeline Burckel / Rue89 Strasbourg / cc)
300 hectares de terres agricoles disparaissent pour laisser place au chantier de l’autoroute qui fera 24 km. Photo : Emeline Burckel / Rue89 Strasbourg / cc

Le remembrement : un enjeu immense

Concrètement, les décisions relatives au remembrement sont prises en concertation lors des « commissions communales de remembrement ». Ces réunions sont organisées par le Conseil départemental du Bas-Rhin. Sont présents : des représentants des communes, des représentants des exploitants agricoles, des propriétaires de parcelles rurales, un représentant du conseil départemental et des « personnes qualifiées en protection de la nature. » (voir notre article sur les conséquences sur la nature).

Lors d’une telle opération, l’enjeu est immense. Les agriculteurs peuvent obtenir des parcelles plus vastes, plus faciles à exploiter grâce à leurs découpages et des sols de meilleurs qualité. La réussite économique d’un exploitant peut ainsi dépendre de ces commissions.

L’enjeu : le classement des terres

En ce moment, le remembrement en est à la phase du classement des terres. Chaque parcelle agricole est évaluée selon sa qualité, de T1 pour la meilleure, à T5 pour la moins bonne. La décision est prise lors des commissions, avec l’appui d’un géomètre. Les paramètres pris en compte sont principalement la nature du sol et la pente des champs. Plus le terrain est pentu, moins le rendement est bon. En fonction du classement de ses terres actuelles, l’agriculteur recevra une parcelle plus ou moins productive, plus ou moins grande.

Henry G. prouve par des mesures de pente que sa situation est injuste. (Photo TV / Rue89 Strasbourg / cc)
Henry G. prouve par des mesures de pente que sa situation est injuste. Photo : TV / Rue89 Strasbourg / cc

Un champ mal classé pour Henry

À Griesheim, là où Henry cultive son blé, son colza et son maïs, la nature du sol est excellente et très homogène. Mais c’est la pente du terrain qui détermine principalement le classement des terres. Avec une inclinaison maximum de 13-14% dans son champ, Henry a vu ses terres classées en T5, la pire catégorie…

À 200 mètres de là se trouvent d’autres champs qui ont 13% et 12% de pente. Ceux-ci sont classés en T3, malgré une pente quasiment équivalente à celle d’Henry. D’un ton sec, l’agriculteur dénonce une injustice :

« C’est simple, ces deux champs classés en T3 appartiennent respectivement à l’ancien président local de la FDSEA et à l’actuel président local du syndicat. Comme ils ont toujours le dernier mot lors des commissions, c’est facile pour eux de s’en sortir gagnant. Là typiquement, leurs terres sont surévaluées. Ils obtiendront probablement de meilleurs champs que ce qu’ils avaient avant, aux dépens des autres. Au final, sur les 8 agriculteurs de Griesheim, 3 sont proches de la FDSEA et vont sortir gagnants. Et ça fonctionne de cette manière partout. »

Le champ d'Henry G. est classé dans la pire catégorie : T5. (Photo TV / Rue89 Strasbourg / cc)
Le champ d’Henry G. est classé dans la pire catégorie : T5. Photo : TV / Rue89 Strasbourg / cc

« La FDSEA noyaute tout »

Mais concrètement, comment la FDSEA peut-elle avoir le dernier mot ? Pour Paul Fritsch, du syndicat de la coordination rurale, la réponse est simple :

« La FDSEA représente le syndicat majoritaire, ils ont le dernier mot dans les commissions locales car ils sont automatiquement représentés. En général, dans chaque village, il y a au minimum un syndiqué à la FDSEA et un autre aux Jeunes agriculteurs (JA). Les deux votent dans le même sens car ils forment une coalition. Et beaucoup les suivent de peur de se les mettre à dos. Dans le monde agricole, tout le monde sait qu’ils ont une sorte d’emprise et qu’ils noyautent tout. »

Les comptes rendus de commissions de remembrement signalent toujours que la majorité des personnes présentent sont des agriculteurs. En revanche, leur affiliation n’est pas indiquée. Difficile de prouver par ce biais que la FDSEA-JA a forcément la majorité.

Contestation en commission départementale…

Gérard Bossu siège en tant que représentant du Département lors de nombreuses commissions de réaménagement. L’ingénieur du CD67 ferme les yeux sur ces enjeux de pouvoir :

« La composition des commissions de remembrement est déterminée par la loi. La FDSEA ne peut pas faire ce qu’elle veut. Si les critiques d’Henry à propos du classement des terres sont justifiées, nous pouvons procéder à une modification de ce classement. C’est au niveau des commissions départementales que les contestations de décisions sont étudiées. »

… où la FDSEA est quasi-majoritaire

Paul Fritsch rétorque :

« Je siège aux commissions départementales de remembrement. La FDSEA-JA a un poids extrêmement important lors de ces commissions, car elle est représentée sous plusieurs titres. C’est grâce à ce jeu qu’ils arrivent à s’imposer. »

L’article L. 121-8 du Code rural impose une composition précise pour les commissions départementales de remembrement. Les intérêts de la nature et des communes doivent y être représentés. Les syndicats FDSEA, JA, Coordination rurale et Confédération paysanne y portent la parole des agriculteurs.

Les sièges en plus de la FDSEA

En réalité, les présidents de la FDSEA et des JA sont invités d’office en plus des sièges réservés à chaque syndicat. Le président de la chambre d’agriculture est présent également et représente les intérêts de la FDSEA, puisque c’est le syndicat majoritaire. En tant que « personne qualifiée », un autre salarié de la chambre d’agriculture est automatiquement présent.

Ensuite, deux représentants des propriétaires bailleurs, deux représentants des propriétaires exploitants et deux représentants des exploitants preneurs sont présents. Pour une commission départementale datant de juillet 2019, Rue89 Strasbourg a découvert l’appartenance de tous ces représentants à la FDSEA ou aux JA. Même résultat pour deux autres commissions, datant de 2018 et 2010.

Au final dans ces commissions, sur 32 personnes en tout, 15 sont issues du monde agricole. Parmi elles, une seule personne de la confédération paysanne et un seul représentant de la coordination rurale siègent aux côtés de 13 personnes liées au syndicat FDSEA-JA (en bleu ci-dessous).

« Seul face à 13 sièges de la FDSEA-JA »

Parfois, ces personnes sont même titulaires de postes à haute responsabilité, comme présidents de groupes locaux ou vice-présidents de la fédération. Au sein de la commission réunie en juillet 2019, l’un des représentants des communes est également un agriculteur affilié à la FDSEA. De nombreux membres du syndicat agricole sont donc représentés sous d’autres titres lors de ces commissions départementales.

Paul Fritsch, du syndicat Coordination rurale, s’insurge de ce constat :

« Je suis l’unique personne qui représente le syndicat de la coordination rurale. Qu’est ce que vous voulez que je fasse avec un seul siège face à 13 personnes de la FDSEA-JA qui font bloc ? Cette situation est absolument scandaleuse, c’est digne d’une dictature de l’agriculture industrielle ! »

« C’est sûr, la FDSEA-JA a beaucoup de poids »

Un agriculteur affilié à la FDSEA, qui souhaite rester anonyme, témoigne également à ce sujet :

« C’est sûr qu’en tant que syndicat majoritaire, la FDSEA-JA a beaucoup de poids, y compris lors des commissions. Et il n’est pas impossible que cela s’exprime lors des remembrements liés au GCO. Après, ça dépend des zones et des personnes qui sont derrière. Pour ce qui est des commissions communales, il y a certains agriculteurs affiliés, notamment au niveau de Pfettisheim, Griesheim, ou Stutzheim qui peuvent avoir tendance à s’imposer. Mais ça n’est pas le cas partout. Moi je me bats juste pour ne pas être trop pénalisé par le remembrement. Il faut aussi comprendre que les agriculteurs sont souvent la tête sous l’eau comme ils ne sont pas rémunérés au juste prix. La grande distribution décide de nos prix de vente… et c’est aussi ce contexte qui fait qu’il y a parfois des abus. »

Le revirement de la FDSEA face au GCO

La FDSEA avait lutté contre la construction de l’autoroute jusqu’en 2017… avant de quitter le collectif d’opposition pour se consacrer aux revendications liées au remembrement. Luc Huber, maire de Pfettisheim et membre historique du collectif GCOnonmerci participe à des réunions d’organisation du réaménagement. Il dénonce le revirement du syndicat agricole majoritaire :

« La FDSEA nous a trahi. Ils ont participé à la lutte contre le GCO simplement pour faire monter la tension et obtenir de Vinci, qui finance toute l’opération, de meilleurs réaménagements. En réalité, je suis persuadé, et nous sommes beaucoup dans ce cas, que la FDSEA sortira gagnante de cette opération. Le fait d’avoir l’occasion de remembrer sur une telle étendue, pour eux c’est une aubaine. Les agriculteurs affiliés vont profiter de cela pour obtenir des parcelles plus grandes, plus arrangeantes avec des chemins moins nombreux et plus larges pour laisser passer les machines. Avec le GCO, la logique productiviste a aussi gagné dans le domaine agricole… » 

Municipales : Jean-Philippe Vetter, définitivement investi candidat de la droite

Municipales : Jean-Philippe Vetter, définitivement investi candidat de la droite

Le parti « Les Républicains » a choisi sa tête de liste à Strasbourg pour les élections municipales en mars 2020.

La commission d’investiture de « Les Républicains » a voté. Après une audition, fait rare, c’est Jean-Philippe Vetter qui a été choisi par les 46 cadres du parti. Il représentera la droite à Strasbourg lors des élections municipales, les 15 et 22 mars 2020.

Jean-Philippe Vetter, 39 ans, termine son premier mandat au sein de l’opposition strasbourgeoise. L’attaché de l’eurodéputé Geoffroy Didier a pour le moment beaucoup insisté sur le « renouvellement » des visages, son avant-projet étant encore très général. « C’est trop tôt pour un programme précis. Il se construira avec les Strasbourgeois et sort habituellement en janvier/février », nous disait le candidat avant l’audition. Il était opposé à Jean-Philippe Maurer, 59 ans, un habitué des campagnes électorales depuis 1998. Ce dernier était très appuyé par les cadres bas-rhinois du parti, qu’il a notamment côtoyés au conseil départemental. Il avait listé 73 propositions dans un pré-programme. Jean-Philippe Vetter l’a emporté 14 à 9, soit 60% des voix exprimées.

L’investiture de Jean-Philippe Vetter pose une intrigue : l’ancienne maire (2001-2008) Fabienne Keller, membre du nouveau parti de centre-droit Agir, penchera-t-elle pour son ancien attaché parlementaire ou ses nouveaux alliés au Parlement européen de « La République en Marche » ? En septembre, elle avait dit au Figaro qu’elle se prononcerait « en fonction du projet ».

Jean-Philippe Vetter compte incarner une nouvelle droite urbaine comme candidat aux élections municipales à Strasbourg Photo : Facebook

Rassemblement des troupes, puis programme

En dépit de leurs différences (nous en avons listé sept ici), notamment générationnelles, les deux élus d’opposition partagent certains axes de programmes : un coup de frein aux projets immobiliers, la construction d’un parking proche du centre-ville, la défense de l’Europe à Strasbourg, plus de moyens pour la sécurité, etc.

En coulisses, l’un des premiers chantier sera de réunir les équipes des deux candidats. Les deux hommes ne se sont pas vraiment attaqués frontalement et ont plutôt mis en avant leur « complémentarité ». Jean-Philippe Vetter a proposé à son ancien concurrent de prendre la troisième place de sa future liste. Un engagement réciproque qu’avaient pris les deux Jean-Philippe.

Le suivant défi sera de s’accorder avec ce qui reste de l’UDI, qui a désigné comme chef de file Laurent Schumacher. Enfin, reste à présenter un programme plus détaillé et chiffré pour enfin incarner une forme d’ »alternance » à Strasbourg face à la majorité sortante, éparpillée sur plusieurs listes.

Municipales : Maurer / Vetter, le jeu des 7 différences

Municipales : Maurer / Vetter, le jeu des 7 différences

Le parti « Les Républicains » va décider ce mardi 8 octobre de son candidat pour les élections municipales à Strasbourg. Afin de faire gagner du temps aux 46 membres de la commission d’investiture, qui départageront Jean-Philippe Maurer et Jean-Philippe Vetter, Rue89 Strasbourg a décelé leurs différences.

Depuis janvier, deux candidats briguent l’investiture pour conduire la liste « Les Républicains » aux élections municipales : Jean-Philippe Vetter, 39 ans, s’est déclaré le premier, suivi par Jean-Philippe Maurer, 59 ans.

Avec ses faibles scores aux élections européennes, la droite n’est pas favorite à Strasbourg pour reconquérir la mairie qu’elle a dirigée entre 2001 et 2008. Mais dans cette campagne « des idées et des personnes », dixit nombre de candidats, où tous les prétendants relèguent leur étiquette au second rang, les deux candidats peuvent se targuer de ne pas avoir participé aux affaires locales depuis deux mandats.

Les autres listes du centre et de gauche (La République en Marche, écologistes, Parti socialiste, voire Generation.s) ne pourront pas totalement se détacher du bilan, et incarneront plus difficilement une forme « d’alternance ». Mais quel candidat la droite va-t-elle choisir ?

Peut-être moins intronisé auprès des cadres nationaux du parti, Jean-Philippe Maurer semble avoir comblé une partie de son retard en sortant 73 « premières » propositions. Si bien que l’investiture prévue initialement le 24 septembre a été décalée de deux semaines, le temps de la réflexion. Ce mardi 8 octobre à partir de 18h30, la commission d’investiture qui se réunit à Paris doit faire passer une audition à chacun des candidats, puis décider via un vote.

Dans les premières déclarations des candidats, on retrouve beaucoup de similitudes : critique de l’urbanisme, atténuer les différences entre le centre-ville et les quartiers périphériques, fiscalité stable, plus de sécurité, de propreté, soutien financier aux projets de nouveaux stades sportifs, à l’aéroport… Néanmoins, voici quelques une des leurs différences personnelles, mais aussi de programme.

Jean-Philippe Vetter (à droite) et Jean-Philippe Maurer (à gauche) seront-ils difficiles à départager ? Photos : JFG / Rue89 Strasbourg

1 – Deux générations

La jeunesse contre l’expérience. Jean-Philippe Vetter a 39 ans. Il a été deux fois candidat sur une liste municipale. En 2008, il était en position non-éligible en cas de défaite avec la 36ème place sur la liste Keller-Grossmann. En 2014, il est 8ème et entre au conseil municipal malgré la défaite de la liste UMP-UDI de Fabienne Keller, dont il est l’attaché parlementaire au Sénat depuis 2011.

Par la suite, Jean-Philippe Vetter prend ses distances avec Fabienne Keller puisqu’il cesse d’être son collaborateur en 2017. Après une courte expérience dans le privé, il devient assistant parlementaire de l’eurodéputé Geoffroy Didier, un des cadres qui compte au parti « Les Républicains ». Pour autant, il ne rejoint pas un groupe, parfois qualifié « d’anti-Fabienne », lorsque l’ancienne liste UMP se scinde en deux en avril 2018. Lorsque Geoffroy Didier est réélu eurodéputé, il obtient un changement dans son poste : davantage de présence à Strasbourg et moins à Bruxelles.

Logiquement, il insiste sur le besoin de nouveaux visages pour plaider sa cause : « Les Strasbourgeois n’ont pas peur du renouvellement : au contraire, ils l’espèrent ! », indique-t-il sur Facebook en faisant référence à l’âge d’élection de Catherine Trautman (39 ans) et de Fabienne Keller (41 ans).

Plus âgé, Jean-Philippe Maurer a lui 59 ans et six mandats au compteur. Attaché préfectoral, il est élu sans discontinuer depuis 1998. D’abord comme conseiller départemental du sud de Strasbourg, deux fois, puis député sous la présidence de Nicolas Sarkozy (2007-2012). Il devient vice-président du Conseil départemental du Bas-Rhin lorsqu’il n’est pas réélu député en 2012, bloqué par la vague rose hollandaise qui profite à Philippe Bies (PS). En 2014, il entre pour la première fois au conseil municipal strasbourgeois, dans l’opposition, sur la même liste que Fabienne Keller et Jean-Philippe Vetter. Il est réélu en tant que vice-président du Conseil départemental en 2015, cette fois-ci en binôme avec Pascale Jurdant-Pfeiffer (UDI). En 2017, il se représente aux élections législatives contre l’avis de son parti. « Les Républicains » avait investi… Pascale Jurdant-Pfeiffer.

Pas rancunière, cette dernière figure dans ses soutiens pour cette pré-campagne municipale. « Je suis un baroudeur du suffrage universel. Je ne suis pas stressé par les campagnes sur mon nom, j’en ai déjà gagnées et elles nécessitent un travail conséquent à Strasbourg, mon équipe est en place. Je ne suis pas en phase d’apprentissage », avance comme gage de démarcation celui qui a quitté en 2018, avec 5 autres élus, le groupe local de Fabienne Keller et Jean-Philippe Vetter.

2 – La sécurité, une forte thématique de droite

La sécurité est toujours une thématique forte pour la droite, la politique locale ne fait pas exception. C’est d’ailleurs le premier des 15 thèmes du pré-programme de Jean-Philippe Maurer. Il liste plusieurs mesures comme l’interdiction des squats, la vidéosurveillance dans les ensembles immobiliers neufs « et chez les bailleurs sociaux », voire équiper la police municipale de drones « pour ne plus dépendre de caméras statiques ».

Jean-Philippe Vetter a pris plusieurs fois la parole pour défendre l’arrêté anti-mendicité dite « agressive » du 25 avril, qui a fracturé la majorité. Pas assez appliqué, ne contrant pas la mendicité « organisée », il voit des défauts dans ce texte. Lors d’un premier bilan au conseil municipal, il regrettait toujours la présence de « ce qu’on appelle des punks à chiens » rue des Grandes-Arcades. Il n’est pas possible de simplement verbaliser « des regroupements » dans l’espace public, lui a répondu en somme l’adjoint au maire en charge à la Sécurité, Robert Herrmann, qui faisait valoir « une quarantaine » de verbalisations depuis l’été. Interrogé sur le sujet, Jean-Philippe Maurer estime néanmoins que c’est une « mesure nécessaire », mais « voi[t] surtout que l’arrêté anti-alcool de 2012 n’est pas appliqué ».

3 – Europe : un musée ou un « ambassadeur » ?

« Il faut faire ce qui dépend de nous, pas de Bruxelles, de Paris ou de l’Allemagne. Pour que Strasbourg rayonne, elle doit raconter l’Histoire européenne. Cette histoire, elle existe depuis le Moyen-Âge. Je suis persuadé que les gens sont intéressés par l’Europe, en atteste le monde aux journées portes ouvertes du Parlement. Une de mes premières décisions serait de créer un comité scientifique pour une Cité de l’Europe. Elle s’inspirerait du Mémorial de la Paix à Caen ou des plages du Débarquement. Dans l’idéal, elle se situerait dans le quartier européen, accessible en transports et avec un parking. La cause étant collective, je créerai un syndicat mixte avec l’Etat, la Région et le Département, pour maîtriser les coûts ». Voilà pour la mesure-phare de Jean-Philippe Maurer

Jean-Philippe Vetter a promis qu’il serait présent à toutes les sessions plénières, une fois par mois. Après avoir utilisé le terme de « VRP » de Strasbourg auprès des parlementaires européens et de l’administration, il a opté pour celui « d’ambassadeur », plus consensuel. Il veut mener une contre-offensive, notamment sur la question des coûts. Le parlement bruxellois devra être rénové en profondeur ou reconstruit, pour plusieurs centaines de millions d’euros.

Un sujet européen concret attend la future majorité : Les institutions européennes se montreront-elles intéressées par les bureaux « Osmose », face au Parlement, que les collectivités locales alsaciennes payent et construisent pour elles ? Un échec retomberait forcément sur les épaules du futur maire.

VVue du futur bâtiment réservé au Parlement européen de Strasbourg, toisé par bâtiment d'Euroinformation à droite. (visuel Yam Studio /)
Les collectivités vont bientôt fêter la pose de la première pierre d’un des deux bâtiments de bureaux « Osmose » (le plus petit, à gauche), sans savoir si les institutions européennes sont preneuses. Photo : visuel Yam Studio / Archi David Roulin / doc remis

4 – Stade de la Meinau : quelle place pour la fan zone ?

Les deux candidats ne reprochent pas les 100 millions d’argent public (dont 50 à la charge de l’Eurométropole, propriétaire, et 12,5 à la Ville) pour rénover et agrandir le stade de la Meinau en 2025. Ils sont plutôt du genre à appuyer ces dépenses publiques pour contrer l’argumentaire des écologistes qui estiment au contraire que la dépense relève « des affaires privées », du « monde du spectacle » et qu’il y a d’autres priorités, à commencer par se préparer aux conséquences du changement climatique.

Élu du quartier, Jean-Philippe Maurer se montre néanmoins assez strict sur la création d’une « fanzone ». Cette place, avec écrans et restauration payante, pourrait accueillir des centaines voire des milliers de personnes et empiéterait sur l’espace public et le parking face au stade. « Il faut une bonne insertion dans le quartier. Il faut garder un peu de stationnement et surtout dans le futur bail, il faudra marquer de manière très claire qu’elle serve les soirs de matches du Racing et que toute autre utilisation exceptionnelle se fasse avec l’accord de la mairie », précise Jean-Philippe Maurer. Un point de vigilance que ne porte pas son concurrent.

5 – Qui est le plus pro-voiture ?

C’est l’un des clivages les plus marquant entre gauche et droite sur la gestion d’une ville : la place de la voiture. Pourtant celui qui a été le défenseur le plus vocal de la voiture lors du mandat, Thierry Roos, a quitté « Les Républicains » suite à la déroute des européennes. Ce dernier se trouve plutôt autour d’Agir et de la future liste d’Alain Fontanel avec La République en Marche.

Les deux Jean-Philippe ont exprimé leurs réticences sur le rythme d’interdiction des voitures les plus anciennes, notamment l’interdiction de tous moteurs diesels d’ici 2025. Une décision qui reviendra au futur boss de la place de l’Étoile. Les deux veulent aussi concrétiser une promesse non-tenue du maire Roland Ries : construire un parking « en ouvrage » proche du centre durant le mandat 2014-2020. Mais Jean-Philippe Maurer va plus loin, il promet deux parkings, vers l’Hôtel des Postes et place de la Bourse.

Jean-Philippe Vetter qui s’est souvent placé dans « l’après-Ries » plutôt que « l’anti-Ries » a inscrit dans son projet qu’il ne serait pas « le maire qui va réintroduire la voiture dans le centre historique ». Lors de son interview en mars à Rue89 Strasbourg, il évoquait l’objectif de construire un parking, sans arrêter la localisation. Il évoquait aussi un ancien projet jonction souterraine entre les parkings des Bateliers et la place Gutenberg, afin de supprimer les voitures en surface rue du Vieux-Marché-aux-Poissons.

Concernant le stationnement payant dans les rues, Jean-Philippe Vetter souhaite rétablir la gratuité entre midi et deux. Jean-Philippe Maurer promet que la première heure soit gratuite.

Pour autant, il serait réducteur de dire que la droite est dans le tout-voiture. Dans son pré-programme, Jean-Philippe Maurer a plusieurs mesures pour les transports en commun : des trams jusqu’à 2h du matin le week-end, des extensions à la Robertsau, Koenigshoffen et au sud jusqu’au Stockfeld, une nouvelle ligne, un « gel des tarifs » (ce qui revient à limiter les développements futurs critiquent les partisans des augmentations). Marqueur néanmoins du tropisme pro-voiture, Jean-Philippe Maurer écrit qu’il souhaite développer les transports en commun pour… « désengorger les routes ». Et que conduire en ville redevienne un plaisir ?

6 – Une Place du Château verte ou animée ?

Les deux candidats veulent prendre le contre-pied des nombreux réaménagements de places lors des deux mandats. S’ils ne contestent pas la disparition des voitures, ils critiquent les grandes étendues de pavés qui ont souvent remplacé les routes et les parkings. À l’heure où le phénomène des « îlots de chaleur » est bien documenté, ils aimeraient les voir plus végétalisées.

Sur la plus belle d’entre elles, la place du Château au pied de la cathédrale, on note une petite différence. Comme sur les autres aménagements (quai des Bateliers, place Kléber), Jean-Philippe Maurer veut planter « des arbustes, buissons ou des fleurs d’espèces variées ». Dans son entretien à Rue89 Strasbourg, Jean-Philippe Vetter disait plutôt imaginer un kiosque à musique, avec une buvette « classe ».

Avec peu d’arbres, pas de pelouse et peu de vie alors qu’il n’y pas de riverains, la place du Château concentre de nombreuses critiques.

7 – La passion cachée : free-fight contre rap

Jean-Philippe Maurer est un inconditionnel des combats de free-fight, le MMA. En tant que député, il avait même plaidé, en vain, pour son autorisation en France, à l’heure où il est facile depuis l’Alsace d’assister des combats en Allemagne. C’est d’ailleurs la volonté de l’actuelle ministre des Sports, la Mulhousienne Roxana Maracineau. « Une position courageuse », selon le candidat.

Jean-Philippe Vetter a lui eu sa période de rap. Il est déjà venu poser son flow sur les ondes de RBS au début des années 2000 à l’époque où la radio associative était à Cronenbourg.

Reste à savoir si la commission d’investiture a prévu une battle d’impro de rap ou un combat dans un octogone en cas d’égalité à l’issue de son vote…