La Grenze, c’est ce projet de nouveau lieu culturel éphémère derrière la gare de Strasbourg. Elle espérait se lancer fin juin mais ses fondateurs se sont heurtés à des obstacles récurrents quand il s’agit d’ouvrir ce type d’endroit en France. La Grenze a fini par ouvrir vendredi 12 juillet.
Rue89 Strasbourg vous en parlait mi-mai, un nouveau lieu éphémère doit ouvrir cet été dans un hangar SNCF derrière la gare. L’idée de la Grenze, c’est de créer du lien social en proposant des concerts, une restauration de proximité, et des activités sportives et culturelles. Mais l’été avance et la Grenze n’est toujours pas ouverte. Que s’est-il passé ?
Une cinquantaine de bénévoles se sont relayés pour retaper ce hangar Photo : La Grenze
Jusqu’à cinq mois pour être dans les règles
Les fondateurs de la Grenze se sont frottés aux difficultés que n’importe quelle personne ou société rencontre lorsqu’elle ouvre un établissement recevant du public. Paul Meyer, adjoint au maire en charge du quartier gare, détaille :
« La législation française ne fait aucune différence entre un lieu qui va rester ouvert deux mois, comme la Grenze, et un lieu qui va peut-être rester ouvert cinquante ans. »
Or, en France, un lieu qui souhaite recevoir du public doit premièrement obtenir une autorisation de réaliser des travaux. Cette procédure peut déjà prendre jusqu’à quatre mois. Ensuite, la sous-commission départementale de sécurité doit se réunir pour valider ou non si un lieu est conforme aux normes de sécurité lieu. Elle a un mois pour le faire.
La Grenze aurait donc dû déposer son dossier, au plus tard, début janvier, mais à l’époque, l’association était encore en lice pour ouvrir à la Coop. Finalement, elle n’a déposé sa demande d’autorisation de chantier qu’à la mi-mai.
La Ville mobilisée pour accélérer le dossier
Si le temps légal d’examen du dossier de la Grenze était respecté, elle n’ouvrirait pas avant l’automne. Or, Paul Meyer rappelle que c’est un projet important pour la Ville :
« On veut soutenir les gens qui émergent, qui essayent d’innover, qui n’ont pas de gros capital et qui ne sont pas forcément à l’aise avec ces démarches administratives. Donc la Ville fait de son mieux pour que la Grenze ouvre le plus vite possible. Mais on doit aussi trouver un équilibre pour accompagner ce type de projet de manière un peu plus forte sans pour autant faire de favoritisme. »
Un engagement que saluent d’ailleurs les membres fondateurs de la Grenze.
Le collectif Vacance collective a accompagné les bénévoles de la Grenze pour fabriquer des tables et des bancs en bois de récupération Photo : La Grenze
Plus l’ouverture tarde…
La sous-commission départementale de sécurité s’est réunie vendredi 12 juillet à la Grenze pour se prononcer sur la conformité du lieu. Malgré les délais serrés, le lieu a pu ouvrir et les Strasbourgeois sont invités à en profiter lors d’une soirée « La Grenze, c’est Party » et jusqu’à la mi-septembre.
Plus d’un milliard d’anciens francs, soit plus de 1,5 million d’euros. Le 30 juin 1971, en seulement quatre minutes, le gang des Lyonnais marquait à jamais l’histoire du grand banditisme en France. Récit du « casse du siècle » à travers les souvenirs de quatre Strasbourgeois présents ce jour-là : Alice, François, Raymond et Roger.
9h : Alice croise un des complices sans le savoir
Le feu est rouge au croisement de la rue André Malraux et de l’Avenue de la Marseillaise. Une Estafette Renault s’arrête. Le feu piéton passe au vert. Alice traverse (son prénom a été modifié). L’étudiante de 24 ans se rend à la pharmacie de la Marseillaise où elle réalise son stage de fin d’étude :
« J’ai aperçu le conducteur de la camionnette. Il avait un drôle d’air, il regardait dans tous les sens, il ne semblait vraiment pas rassuré. »
En 1971, la pharmacie de la Marseillaise était déjà là Photo : Maxime Nauche / Rue89 Strasbourg / cc
Au même moment, un fourgon blindé arrive rue Wencker sous escorte policière et pénètre dans la cour intérieure de l’Hôtel des Postes. Quatre postiers déchargent les sacs d’argent liquide sur des gros chariots. Ils rentrent dans le grand bâtiment néo-gothique. À cet instant, les employés de poste ne sont plus escortés.
9h05 : le milliard est déjà dans la nature
Alors qu’Alice arrive à la pharmacie, la sirène de l’Hôtel des Postes retentit. Beaucoup de monde s’amasse autour de l’entrée principale. Des postiers, des passants, et bientôt des policiers et des gendarmes. Dans cette confusion, un jeune homme descend du bus Avenue de la Marseillaise. François Burgard sort juste de l’école de journalisme de Strasbourg et vient d’être embauché aux Dernières Nouvelles d’Alsace (DNA). Il remarque que ça s’agite autour de l’Hôtel des Postes. François aperçoit un collègue à lui qui l’interpelle :
« Il y a eu un braquage, viens avec moi ! »
Sans le savoir, après seulement quelques semaines dans le métier, François allait couvrir un des braquages les plus marquants de l’Histoire de France :
« En arrivant sur place, c’était la cohue, il y avait une telle sidération que la scène paraissait irréelle. Tout le monde était sous le choc et se demandait comment les gars avaient fait. »
À l’intérieur de l’Hôtel des Postes, les interrogations s’orientent sur une porte en particulier. Une porte qui permet de sortir directement dans la rue depuis le couloir de la chambre forte. Une porte normalement condamnée mais que les braqueurs ont bien empruntée.
C’est par cette porte à droite de l’image que les cinq braqueurs sont sortis avec le magot Photo : Maxime Nauche / Rue89 Strasbourg / cc
Plus d’un an de repérage pour un braquage de quatre minutes
Une semaine avant le braquage, deux faux serruriers viennent à l’hôtel des postes pour changer la serrure de cette fameuse porte. Ils prétendent être envoyés par l’administration. Dans l’agitation permanente qui règne sur place, personne ne se doute de rien. Pour François, c’est une histoire aussi incroyable que difficile à raconter dans le journal :
« Il fallait réussir à expliquer aux lecteurs comment cinq individus ont pu dérober un milliard en seulement quatre minutes. La rédaction m’a envoyé aux studios de dessin des DNA. On devait réaliser un croquis des couloirs de l’Hôtel des postes pour montrer comment les gars ont intercepté l’argent avant qu’il n’entre dans la chambre forte. »
Pour y arriver, les braqueurs se sont simplement déguisés en électriciens. Peu avant 9h, ils ont gagné le couloir qui mène au coffre en prétendant simplement avoir des réparations à faire. Quand les quatre postiers arrivent avec les chariots chargés d’argent liquide, les gangsters n’ont plus qu’à dégainer leurs calibres cachés sous leurs blouses grises. Les employés n’opposent aucune résistance. Les braqueurs sortent tranquillement Avenue de la Marseillaise, par la porte que tout le monde pensait condamnée.
Le croquis publié dans les DNA après le hold-up Photo : Document remis par François Burgard
Si l’opération parait simple, elle a nécessité plus d’un an de repérage. Des mois de travail pour être le plus efficace possible. Ça a parfaitement fonctionné. À part les quatre postiers qui se sont faits braquer, personne n’a eu le temps de réaliser qu’un hold-up était en cours. À l’époque, Robert Conrath était opticien juste en face de l’hôtel des postes :
« C’est uniquement le lendemain dans la presse que j’ai découvert en détail ce qu’il s’était passé. Je n’en revenais pas de n’avoir rien remarqué sur le moment. »
9h30 : début d’une enquête sans épilogue
Le mode opératoire du « casse du siècle » rappelle celui de deux autres braquages. Ceux des postes de Chambéry, fin 1970, et de Beaune, dans les années soixante, qui trônent au palmarès du gang des Lyonnais. Voilà une piste, mais il manque de preuves.
Les enquêteurs se rendent plusieurs fois chez les commerçants en face de l’Hôtel des Postes, notamment chez Raymond Vonesch, fondateur du Snack Michel :
« Ils voulaient savoir si j’avais remarqué quelque chose mais c’est allé tellement vite que je n’ai même pas vu que des gars étaient sortis de la poste avec de l’argent. C’est uniquement quand j’ai vu la police débarquer que j’ai compris ce qu’il s’était passé. Mais je n’avais strictement aucune information. »
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La police non plus n’avait pas grand chose. Sur les lieux du hold-up, elle n’a retrouvé qu’un foulard jaune perdu par un des braqueurs, et un emballage de bonbons coincé dans la serrure de la porte par laquelle les gangsters sont sortis. Deux éléments qui n’ont rien donné.
Dans la clairière des Sept-Écluses à Plobsheim, les enquêteurs ont retrouvé l’Estafette dans laquelle avait été transporté le magot. Le véhicule était vide, exception faite d’une pièce d’un centime et d’un disque de stationnement.
Alice la jeune pharmacienne, au cœur de l’enquête
La police finit par apprendre que l’Estafette a été volée à Metz. Et après ? Pendant plusieurs mois, Raymond Vonesch est le témoin passif des difficultés de la police :
« Comme le restaurant est en face de l’Hôtel des Postes, les enquêteurs venaient souvent manger chez nous. Bien sûr ils ne nous disaient rien mais comme ils étaient là, c’est qu’ils n’avaient toujours pas résolu l’affaire. »
La police s’accrochait à ce qu’elle pouvait et notamment au témoignage d’Alice, la jeune pharmacienne qui a aperçu le conducteur de l’Estafette quelques minutes avant le braquage :
« Ils m’ont convoqué au commissariat pour faire un portrait-robot. Les techniques de l’époque étaient loin de celles d’aujourd’hui ! On me proposait des formes types de nez, de bouches, d’yeux, etc. Je devais me débrouiller avec ça mais ce n’était pas très ressemblant ! »
Au début, cela amuse Alice d’être au cœur d’une enquête policière, d’en découvrir les coulisses. Elle est plusieurs fois convoquée par la police pour tenter d’identifier des suspects derrière des vitres sans tain. Mais cela devient rapidement usant :
« Les enquêteurs n’arrêtaient pas de venir chez moi pour me poser des questions et me montrer des photos. Ils espéraient que je reconnaisse quelqu’un mais ça n’a jamais été concluant. Au bout d’un moment, je commençais même à avoir peur que les gars qui avaient fait le coup s’en prennent à moi, pour que j’arrête de parler. »
Les portraits robots ne sont guère concluants Photo : image d’archives
Malgré elle, Alice voit sa vie privée et professionnelle rythmée par les questions des policiers, puis par celles de journalistes :
« Ils n’arrêtaient pas de venir à la pharmacie. Certains, notamment ceux de Paris Match, ont complètement déformé mes propos. Ils ont même écrit que j’avais vu le chauffeur avec une Winchester à canon scié alors que je n’ai pas vu d’arme et que, si ça avait été le cas, j’aurais été incapable de dire de quel modèle il s’agissait ! »
Finalement, seul le temps permettra à Alice de retrouver sa tranquillité.
Trois ans et demi plus tard, les Lyonnais arrêtés mais toujours pas de preuves
L’épopée du gang des Lyonnais s’arrête en décembre 1974. La police coince la plupart des membres à Lyon alors qu’ils rentrent d’un énième braquage dans le Nord de la France.
Seize individus comparaissent devant les assises du Rhône en juin 1977 pour huit hold-up commis entre février 1972 et décembre 1974. La date du 30 juin 1971, celle du casse du siècle à Strasbourg, ne figure pas dans l’accusation. Un indic a mis la police sur la piste de Joanny Chavel, membre du gang des Lyonnais, mais les enquêteurs n’ont jamais réussi à faire le lien avec le braquage de l’Hôtel des Postes.
Les Lyonnais écoperont de peines allant d’un à quinze ans de prison. Aujourd’hui, il ne fait plus de doute que le gang était derrière le braquage de Strasbourg. Edmond Vidal, dit «Monmon» , un des ténors de la troupe, le revendique dans son livre Pour une poignée de cerises paru en 2011.
Deux membres du gang des Lyonnais faisaient partie du service d’action civique (SAC), une association de soutien à Charles De Gaulle, souvent qualifiée de « police parallèle » aux méthodes musclées. Joanny Chavel, présent lors du hold-up de Strasbourg, et Jean Augé, cerveau de l’opération mais absent le jour du braquage.
Après leur arrestation, lors des auditions, certains membres du gang des Lyonnais évoquent des liens avec la sphère politique. Cela fait écho au livre du journaliste Patrice Chairoff « B… comme barbouzes », publié en 1975, dans lequel plusieurs témoignages anonymes affirment que les braqueurs de Strasbourg ont bénéficié d’un soutien politique, à droite. Mais l’affaire en est restée aux stades des soupçons.
Le tribunal administratif de Strasbourg s’est prononcé sur l’arrêté controversé pris par le maire le 25 avril.
Le tribunal administratif de Strasbourg n’a pas suspendu l’arrêté anti-mendicité du maire par un jugement en référé ce jeudi 11 juillet. La formation collégiale de trois juges n’a pas estimé que les éléments des deux requérants étaient de nature à faire peser un « doute sérieux » sur la légalité de l’acte. Les arguments menant à la décision n’ont pas été motivés dans la décision (voir en fin d’article).
Les arguments en présence
Lors de l’audience le jeudi 4 juillet, l’avocat des deux personnes précaires qui ont porté ce recours, Me François Zind, avait justifié l’urgence par la fin de plusieurs actions de solidarité pendant l’été. Une des rares place végétalisée et avec accès à l’eau du centre-ville est concernée.
La simple « présence prolongée » est visée par l’arrêté anti-mendicité Photo : archives Rue89 Strasbourg
Les deux individus, un homme et une femme, avaient été assistés par le collectif le Labo citoyen, un club de réflexions et proposition sur les politiques locales. L’avocat pour la Ville de Strasbourg Me Antoine Marcantoni avait pour sa part défendu un arrêté « limité » géographiquement » (places du Marché-Neuf, du Temple-Neuf et rue des Grandes-Arcades). Ses arguments juridiques avaient parfois contredit les justifications politiques du maire Roland Ries (PS) et de son adjoint à la Sécurité, Robert Herrmann (PS).
Sur le fond, les deux requérants estiment que les chiffres des mains courantes de la police municipale ne montraient pas d’augmentation des interventions ces dernières années ou à la période visée (du 25 avril au 30 septembre et du 23 novembre au 31 décembre). L’avocat de la Ville avait par ailleurs soutenu que l’arrêté ne visait « pas spécifiquement les vagabonds », mais cherchait à « prévenir des comportements inappropriés » et « pas forcément répréhensibles par le Code pénal », en comparant notamment la mesure à un arrêté interdisant de circuler à vélo dans la rue d’Austerlitz, très fréquentée par les piétons à la Krutenau. Il avait notamment insisté sur l’occupation prolongée de l’espace public.
Rendez-vous dans plusieurs mois
Les magistrats se pencheront à nouveau sur le texte, sur le fond. Les délais moyens à Strasbourg sont de 10 à 12 mois. D’ici là, il est probable que les élections municipales de 2020 soient passées.
Contrairement à la suspension qui est générale, il sera possible d’amender certains articles ou extraits lors de l’examen. Et contrairement à ce qu’a affirmé l’avocat de la municipalité lors de l’audience, Roland Ries a bien plusieurs fois promis une évaluation de cette mesure « avant l’été ».
Photos – Ambiance dans les travées de la 606ème foire Saint-Jean au Wacken, amenée à trouver un ou plusieurs nouveau(x) point(s) de chute à l’été 2020.
Où ira la foire Saint-Jean en 2020 ? Les futurs bureaux et appartements au Wacken / Archipel poussent les manèges et les stands de la fête foraine à aller voir ailleurs… Il a un temps été question du Zénith ou de Kœnigshoffen, sans que ces solutions n’aboutissent.
La municipalité souhaite désormais la répartir dans plusieurs points de la ville à partir la prochaine édition, en juillet 2020. Les discussions autour d’un éventuel « festival des arts forains », avec débats et conférences, doivent débuter à la rentrée. En attendant, voici quelques images dans les allées de ce qui ressemble fort à la dernière du côté du Wacken, à l’occasion de la 606ème édition de la Foire Saint-Jean.
L’incontournable Grande roue Photo : Abdesslam Mirdass / Hans Lucas La foire, c’est aussi les biscotos dans le punching ball Photo : Abdesslam Mirdass / Hans Lucas Le train fantôme, un classique qui a changé avec les années (Photo Abdesslam Mirdass / Hans Lucas)Photo : Abdesslam Mirdass / Rue89 Strasbourg
Déjà déplacée au début des années 2000
En 2006, ce rendez-vous du début de l’été strasbourgeois avait été déplacé au Jardin des Deux-Rives, pour faire place au tram E. Il est ensuite revenu sur son lieu d’origine, sur un espace plus ramassé, au nord des rails, depuis 2011. L’éloignement proposé vers l’Allemagne à une époque où les bords du Rhin étaient encore très peu habités avait suscité le mécontentement des forains. Envisagé dès 2002, ce départ contraint avait néanmoins été décalé de quelques années, comme le déménagement à venir, évoqué depuis le début du mandat.
Après l’étape strasbourgeoise, les caravanes et les installations pliables partent ensuite du côté de Mulhouse, jusqu’au 15 août.
Pendant que certains ont la tête sur les épaules, d’autres sont de côté Photo : Abdesslam Mirdass / Hans Lucas Derrière le stand, des gérants de toutes les générations Photo : Abdesslam Mirdass / Hans Lucas Oui, toutes les générations. Il s’agit souvent d’affaires familiales Photo : Abdesslam Mirdass / Hans Lucas Les stands comme les auto-tamponneuses ou la pêche aux canards laissent leurs places à des bâtiments modernes, qui encerclent déjà le site actuel Photo : Abdesslam Mirdass / Hans Lucas À l’arc, à la carabine… les tirs d’adresse ont depuis toujours bien leur place parmi les stands, sous le regard des smartphones désormais. Photo : Abdesslam Mirdass / Hans Lucas N’est-ce pas ? Photo : Abdesslam Mirdass / Hans Lucas Le booster max, l’une des plus grandes attractions Photo : Abdesslam Mirdass / Hans Lucas (Photo Abdesslam Mirdass / Hans Lucas)Photo : Abdesslam Mirdass / Rue89 Strasbourg Ça se passe comme ça tout là-haut Photo : Abdesslam Mirdass / Hans Lucas Une sortie familiale toujours appréciée… Photo : Abdesslam Mirdass / Hans Lucas Au basket, il faut rentrer le plus de panier en un temps donné. Quelques prix à la clé. Photo : Abdesslam Mirdass / Hans Lucas Les plus grosses peluches sont à la foire Photo : Abdesslam Mirdass / Hans Lucas Fritures, viandes et boissons fraîches, un autre charme de la foire Photo : Abdesslam Mirdass / Hans Lucas Le tir, une attraction sollicitée à tout âge Photo : Abdesslam Mirdass / Hans LucasPhoto : Abdesslam Mirdass / Hans Lucas Que serait une foire sans ses grillades ? Photo : Abdesslam Mirdass / Hans Lucas
Ces vastes manèges pourront-ils être installés dans les quartiers de Strasbourg ? C’est l’un des enjeux pour l’an prochain Photo : Abdesslam Mirdass / Hans Lucas
Une bonne occasion de prendre de la hauteur (Photo Abdesslam Mirdass / Hans Lucas)Photo : Abdesslam Mirdass / Rue89 Strasbourg
Photo : Abdesslam Mirdass / Hans Lucas
La présence du tramway oblige à resserrer le site de la foire Saint-Jean, qui s’étendait auparavant sur l’ensemble du parc des expositions. Photo : Abdesslam Mirdass / Hans Lucas
L’entreprise RSI Video Technologies doit faire face à un « projet de licenciement collectif pour motif économique ». La procédure, initiée par le nouveau propriétaire, a démarré lundi 1er juillet : 31 emplois sont directement menacés. Le personnel craint la disparition totale du site de Strasbourg.
L’entreprise RSI Video Technologies est née il y a dix-neuf ans à Strasbourg. Elle conçoit des systèmes d’alarmes et les vend à des télésurveilleurs et des particuliers du monde entier. Rachetée en 2016 par le groupe américain Resideo (anciennement Honeywell), celui-ci envisage de supprimer 31 postes dans le bureau d’études de Strasbourg qui compte 71 employés.
Par le biais d’un plan de restructuration, Resideo souhaite « simplifier l’organisation de ses différents services, » selon François Griset, représentant du personnel strasbourgeois.
L’équipe technique de Strasbourg craint de disparaître car la conception pourrait être regroupée dans des bureaux d’études existants en Chine ou en Inde par exemple. Toujours selon François Griset, cette restructuration s’inscrit dans un plan du groupe « pour atteindre en 2023 un chiffre d’affaires de 5,9 à 6,2 milliards de dollars » contre 4,8 milliards en 2018.
Au plus vite et avec le minimum légal
Les employés auraient réclamé à ce que ce plan de licenciement soit gelé pendant la durée des vacances d’été mais la demande a été rejetée par la direction qui a « assuré que tout va bien se passer, » selon François Griset :
« La direction veut faire au plus vite et faire le strict minimum. Par exemple, elle s’est bien gardée de nous dire qu’il fallait faire appel à des experts avant la réunion du 1er juillet lors de laquelle l’annonce du plan a été officialisée. »
L’étude du plan de licenciement devrait durer deux mois maximum. Si le plan est validé, 31 employés seront licenciés.
D’une PME alsacienne à un groupe mondial
D’après François Griset, « tout le monde a été surpris par la violence de l’action » :
« Jusqu’en 2016, RSI était une entreprise familiale, la meilleure que beaucoup d’entre nous n’ont jamais connu. Tout se passait très bien, on avait de bonnes conditions de travail. On n’avait encore jamais eu à faire face à ce genre de situation. »
Le siège de RSI Vidéo Technologies au parc des Poteries Photo : doc remis
RSI Video Technologies a été rachetée par la multinationale américaine Resideo en 2016. L’entreprise comptait alors une centaine d’employés. Pour François Griset, c’est à cet instant que « la direction a commencé à prendre des décisions étonnantes » et que « certains produits proposés par l’entreprise ont commencé à ne plus vraiment correspondre aux besoins des clients ».
De nombreux employés (plus de 30 en 3 ans) ont alors progressivement quitté l’entreprise et n’ont jamais été remplacés. Malgré cela, le chiffre d’affaires de RSI a continué de croître de 40% entre 2016 et 2018, passant de 43,8 millions d’euros à 67,4 millions.
Vers une fermeture totale du site de Strasbourg
Aujourd’hui, le personnel de RSI craint que le plan mène à une fermeture totale du site de Strasbourg. Pour François Griset, les conséquences de la restructuration vont être importantes : « on risque de perdre nos clients, et donc nos commerciaux d’ici deux ans, il ne restera sûrement plus que le service comptabilité à Strasbourg. »
La direction de Résideo n’était pas disponible pour répondre à nos questions au moment de la rédaction de cet article.
La municipalité souhaite installer des pisteurs sur quelques vélos pour remonter jusqu’aux voleurs.
« Il faut que la peur change de camp ». C’est la dernière idée du duo Paul Meyer / Jean-Baptiste Gernet pour lutter contre le problème endémique des vols de vélos à Strasbourg. Les deux adjoints au maire (La Coopérative / Generation.s) respectivement en charge du numérique et des mobilités alternatives souhaitent placer des trackeurs GPS sous certaines bicyclettes.
La balise, dont l’emplacement n’est pas révélé, se doit d’être discrète et de pouvoir être positionnée à différents endroits du cadre. Une application et un site permettraient d’être alerté lorsque son biclou est détecté « en mouvement », alors qu’il est censé être verrouillé. Un bouton permettrait ensuite à l’usager d’alerter la police immédiatement. L’idée, c’est qu’en cachant des « pisteurs dans les vélos », dixit Paul Meyer, avec cette incertitude nouvelle, les voleurs craignent d’être retrouvés facilement.
Le risque de se faire traquer et repérer, un moyen de décourager les voleurs de vélo ? Photo : JFG / Rue89 Strasbourg
Un marché public de 89 000 euros
Pour y arriver, la Ville de Strasbourg a lancé un marché public. Les offres pourront être réceptionnées jusqu’au 6 août. Si l’appel est fructueux, le prestataire serait sélectionné à la mi-septembre. « Environ 200 vélos » de volontaires seraient équipés, avec un mélange entre vélos neufs, d’occasion, gravés ou non, électriques et vélo-cargos pour mieux cerner les habitudes de vol. De plus, quelques « vélos d’appât » seraient équipés pour détecter le comportement des voleurs, voire remonter des filières. L’autonomie demandée des capteurs est de 30 jours. Le montant alloué va jusqu’à 89 000 euros hors taxes.
Anecdote à l’appui, Jean-Baptiste Gernet espère que ce mécanisme dissuade les voleurs et renseigne les autorités :
« Ce système utilisé par la Poste pour ses vélos électriques a permis de le retrouver, mais surtout de découvrir un endroit où 74 autres vélos étaient entreposés. »
Jean-Baptiste Gernet, en marge du point presse du 9 juillet, rue du 22 novembre.
Plus de 5 000 vols par an estimés
En 2017, 2 055 plaintes pour vol ont été enregistrées à Strasbourg par la police et selon une enquête de la municipalité répondue par environ 2 500 personnes, 65% des actes ne font pas l’objet de plaintes (et 3% ont récupéré leur engin). « Le premier frein à la pratique est le vol et un quart des personnes qui ont subi un vol ne rachètent pas de vélo », ajoute Paul Meyer.
Ce qui permet d’extrapoler à 5 880 le nombre de vols réels à Strasbourg là où intervient la police nationale (Schiltigheim, Ostwald, Bischheim, Illkirch-Graffenstaden, Lingolsheim, Bischheim et Hoenheim)
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De multiples dispositifs d’hébergement existent en fonction des différents publics accueillis. Le nombre de places augmente à Strasbourg et dans le Bas-Rhin. Pourtant, de nombreuses personnes sont toujours à la rue.
La question de l’hébergement d’urgence revient régulièrement dans le débat public. Pour qu’il se déroule sur de meilleures bases, Rue89 Strasbourg a répertorié les dispositifs d’hébergement existants à Strasbourg. Une soixantaine de structures disposent d’environ 5 500 places (voir carte ci-dessus). La majorité est répartie dans des logements éclatés (ou « en diffus ») dans l’Eurométropole. Les dispositifs recensés s’adressent à différents publics, par exemple les hommes, les femmes à la rue de nationalité européenne, les demandeurs d’asile ou les réfugiés…
Plus de 9 000 places d’hébergement dans le Bas-Rhin
Selon la préfecture du Bas-Rhin, le département compte actuellement 9 051 places d’hébergement de tous types, un chiffre qui a augmenté de 50% en quatre ans. On retrouve également ce chiffre du côté de la Fédération des acteurs de la solidarité d’Alsace (FNARS), qui comptabilise le nombre de places dont dispose le Service intégré de l’accueil et de l’orientation (SIAO).
En 2018, il disposait de 8 785 places soit 266 places de moins qu’en 2019. Selon la préfecture, cet écart peut s’expliquer par le nombre de places d’hôtel mobilisées, qui peut beaucoup varier au long d’une année. À ce chiffre s’ajoute le nombre de places ouvertes chaque année dans le cadre des plans hivernaux, du 1er novembre en 31 mars. En 2018, 264 places ont été mises à disposition des différentes structures d’accueil, selon la préfecture, souvent dans des hôtels.
Le SIAO centralise les demandes de personnes à la rue ou mal logées via les appels au 115 ou par l’intermédiaire de travailleurs sociaux. Il les oriente ensuite vers différentes structures. Pour les demandeurs d’asile, l’orientation peut également se faire par l’Office français de l’immigration et de l’intégration (OFII). En d’autres termes, il est impossible, à de rares exceptions près, de se présenter à la porte d’une structure d’hébergement, même d’urgence, en espérant pouvoir y être logé temporairement.
Un tiers de l’hébergement lié à la demande d’asile
Une part importante des personnes à la rue viennent de pays non-membres de l’Union européenne, souvent des Balkans (Serbie, Montenegro, Bosnie-Herzégovine, Géorgie, Albanie etc.) Avant de pouvoir déposer un dossier de demande d’asile, les personnes étrangères doivent d’abord s’enregistrer auprès d’une plateforme d’accueil (PADA).
À Strasbourg, cette plateforme se situe au 7 rue Saint-Michel entre la rue du Faubourg-National et le musée d’art moderne, et elle est gérée par le Foyer Notre-Dame. Les demandeurs d’asile peuvent ensuite être orientés vers un centre d’accueil (CADA) le temps de l’acceptation, ou non, de leur demande d’asile.
Toujours selon la préfecture du Bas-Rhin, il existe à ce jour 3 299 places d’hébergement dédiées aux demandeurs d’asile sur l’ensemble du département, la plupart étant à Strasbourg et ses environs. Ce chiffre comptabilise les places disponibles au sein de plusieurs dispositifs (hébergement d’urgence, centre d’accueil, centre d’orientation….). Parallèlement, selon le Foyer Notre-Dame, entre 3 500 et 4 000 personnes s’enregistrent chaque année dans le département auprès de la plateforme d’accueil.
« Le calcul est vite fait », constate l’adjointe au maire de Strasbourg en charge de la solidarité, Marie-Dominique Dreyssé (EELV), « le territoire n’a pas la capacité d’accueillir tous les demandeurs d’asile. »
Des « défaillances » dans l’hébergement des demandeurs d’asile
Marie-Dominique Dreyssé pointe des « défaillances » au sein de la procédure d’asile :
« Globalement, les publics isolés, surtout en début et en fin de procédure, sont en difficulté. Quand une personne étrangère arrive sur le territoire mais qu’elle n’a pas encore déposé son dossier, elle n’est pas considérée comme demandeuse d’asile et peine ainsi à être hébergée. De la même manière, les personnes déboutées de l’asile se retrouvent souvent à la rue. »
Le terme « réfugié » englobe souvent, à tort, un ensemble de situations particulières. Seules les personnes qui ont obtenu l’asile bénéficient du statut de réfugié, qui n’intervient donc que dans un second temps. Syamak Agha Babaei, vice-président de l’Eurométropole en charge de l’habitat, pense qu’il faut sortir de la formule trompeuse « accueil des réfugiés » :
« Cela laisse entendre que l’État ne veut aider que les personnes régularisées. Mais c’est plus généralement aux personnes sans-abris qu’il faudrait donner un logement et un accompagnement social. Les sans-abris, cela peut-être des réfugiés, mais aussi des migrants, des déboutés, des personnes de droit commun… »
Un cercle vicieux entraîné par le manque de places
Le manque de places peut également avoir pour conséquence le retour à la rue de personnes régularisées, comme l’explique Arnaud Fritsch, directeur du Foyer Notre-Dame :
« Une fois le statut de réfugié obtenu, une personne peut, par exemple à la sortie d’un CADA pour être hébergée dans un centre d’insertion pour réfugié (CIR)… sauf si ce dernier dispositif est déjà complet ».
Si l’Office Français de Protection des Réfugiés et Apatrides (OFPRA) rejette une première fois la demande d’asile d’une personne, cette dernière peut, dans un délai d’un mois, déposer un recours auprès de la Cour Nationale du Droit d’Asile (CNDA). Cette dernière dispose ensuite de 5 mois pour rendre sa décision ou de 5 semaines si la demande d’asile de la personne est placée en « procédure accélérée ».
Durant le temps dont bénéficie légalement la CNDA pour statuer suite au dépôt d’un recours, la personne qui l’a déposé est encore considérée comme demandeuse d’asile et peut, en théorie, continuer de bénéficier d’un hébergement. Sauf si, là encore, les places manquent.
Il existe ainsi des dispositifs d’hébergement d’urgence pour les demandeurs d’asile (HUDA). Ils ont vocation à accueillir en priorité des demandeurs d’asile sous le coup d’une procédure accélérée ou bien relevant d’une procédure dite « Dublin ». Cette procédure délègue la responsabilité de la prise en charge de la demande d’asile au premier pays de l’Union Européenne (en plus de la Suisse, de la Norvège, du Liechtenstein et de l’Islande) qui a accueilli la personne demandeuse. Si une personne est arrivée par l’Italie et qu’elle demande l’asile en France, elle peut être renvoyé en Italie pour l’examen de sa requête mais peut, avant, être accueilli au sein d’un HUDA.
En outre, il existe des dispositifs d’hébergement pour les familles étrangères dites « à droits incomplets », par exemple lorsqu’un membre de la famille dispose d’un titre de séjour et qu’un autre non.
Le parcours d’une personne à la rue et les places
https://www.canva.com/design/DADeiNYc9vs/view
Des camps de sans-abris se forment régulièrement à Strasbourg
Le manque de places, entraînant des temps de procédure plus longs, explique en partie la formation de ces camps. Arnaud Fritsch du Foyer Notre-Dame explique :
« Je comprends que certaines personnes nous critiquent parce qu’on n’arrive pas à prendre en charge tout le monde. Cependant, beaucoup de moyens sont déployés à la fois de la part de l’État, de la Ville, ou des associations ».
Un constat partagé par Daniel Baumgartner, directeur général de l’association Horizon Amitié :
« Il y a 5 ans, nous ne disposions que de 60 places d’hébergement [contre plus de 500 aujourd’hui, ndlr] pour les demandeurs d’asile ».
Des politiques financières « ubuesques »
Avec le collectif Labo Citoyen, Syamak Agha Babaei a proposé à la municipalité l’ouverture de 500 places d’hébergement supplémentaires, un chiffre censé correspondre au nombre de personnes à la rue calculé sur la base des appels au 115. « Le coût total de ces places, avec un logement et un accompagnement social, reviendrait à 3 millions d’euros. « Cela représente 1% du budget de fonctionnement de la ville », explique-t-il.
« Le problème, c’est que tout le monde ne souhaite pas accueillir«
Depuis son appel volontariste « Wir schaffen das« – « nous y arriverons », slogan de sa politique d’accueil – la chancelière allemande s’est heurté à de nombreux obstacles, notamment à la montée de partis d’extrême-droite en Allemagne. L’Alsace, comme le reste de la France, n’est pas non plus épargnée par cette ascension. Selon Syamak Agha Babaei, cela pourrait être paralysant pour les politiques d’hébergement :
« Il n’y a pas de crise migratoire mais il y a bien une crise de l’accueil. L’histoire de Strasbourg est traversée par une tradition de tolérance et d’humanisme et la capitale européenne ne pourrait pas se donner les moyens d’accueillir 1 000 personnes ? Le vrai problème, c’est que tout le monde ne le souhaite pas. Un des arguments principaux est de dire qu’un accueil plus général ferait monter les voix du Rassemblement National (RN, extrême-droite). Mais alors que faut-il faire ? Continuer à démanteler des camps de sans-abris puis poser des blocs de bétons pour empêcher les gens à la rue de s’installer ? C’est intenable ».
Germain Mignot, responsable au sein de l’association Caritas, fait lui aussi état du poids de cet argument politique auprès de plusieurs élus locaux :
« Certains élus me confient qu’ils souhaiteraient, au regard de leurs principes personnels, se donner les moyens d’accueillir plus de monde. Mais ils craignent alors de voir leur électorat se tourner vers l’extrême-droite et s’autocensurent sur le sujet ».
Les camps de sans-abris n’abritent pas seulement des personnes demandeuses d’asile. Des sans domicile fixe, relevant du droit commun (individu de nationalité française, réfugié…), peuvent également y trouver une tente, faute d’avoir pu trouver dans le parc privé ou social un hébergement. Selon les chiffres de la préfecture, il existe environ 3 500 places d’hébergement pour les personnes issues du droit commun dans le Bas-Rhin soit un peu plus que pour les demandeurs d’asile.
De l’urgence à l’insertion, un circuit en trois étapes
Au commencement de la chaîne de l’hébergement, on trouve les dispositifs d’urgence. Ils peuvent prendre la forme d’accueils de nuit, comme les deux structures rue du Rempart et rue Fritz-Kiener, gérés par le CCAS de Strasbourg et proposant « un accueil inconditionnel ». « Mais uniquement pour les personnes de sexe masculin », précise un employé qui ne craint pas la contradiction. Pour les femmes, un autre accueil de nuit est géré par l’association Antenne au 6 rue Antoine de Saint-Exupery, au Neuhof.
L’hébergement d’urgence est aussi assuré via un logement pendant plusieurs nuits au sein de chambres d’hôtel (1 393 places disponibles en 2018 dans le département selon la préfecture du Bas-Rhin).
Après l’hébergement d’urgence, vient celui de l’hébergement de stabilisation (ou « urgences posées »), système qui assure un logement et un accompagnement social au moins pour quelques mois.
L’étape suivante est l’insertion ou la réinsertion, c’est-à-dire un accompagnement social encore plus long et plus important qui est censé amener la personne vers une forme plus durable de logement. Certaines associations distinguent clairement les dispositifs de stabilisation des dispositifs d’insertion. D’autres, au contraire, peuvent associer les deux dispositifs en terme de durée de séjour ou de degré d’accompagnement.
« Ce système ne marche plus »
Marie-Dominique Dreyssé espère toujours qu’il existe une sortie par le haut de ce dispositif en cascade :
« Il y a toujours des personnes à la rue, alors il faut continuer d’augmenter les moyens humains et financiers, ce qui permettrait également de sortir de l’urgence et de pouvoir mettre en place des suivi plus important pour les personnes en difficulté. »
Selon Germain Mignot, indépendamment du nombre de places, c’est surtout le système lui-même qu’il faudrait revoir :
« Ce sytème ne marche plus. Beaucoup de gens ne suivent pas le parcours urgence-stabilisation-réinsertion mais font des allers-retours et se retrouvent parfois, pour différentes raisons (dépression, accident de la vie…) à nouveau à la rue après un premier passage en centre de réinsertion. Du coup, c’est “retour à la case urgence”. Les dispositifs devraient être plus adaptés aux besoins des personnes. »
Le recours aux chambres d’hôtels est, à ce titre, de plus en plus remis en question par les associations et par l’État lui-même. Daniel Baumgartner, directeur général d’Horizon Amitié, explique :
« Les politiques d’hébergement actuelles visent à réduire l’utilisation de chambres d’hôtel. Cela coûte cher et les personnes qui y sont hébergées ne bénéficient souvent d’aucun accompagnement social. Rien n’est fait pour elles, elles ont un toit sur la tête mais c’est tout. »
« Avoir un toit ne suffit pas »
Horizon Amitié, comme beaucoup d’autres associations, privilégie l’hébergement en logements éclatés plutôt que l’hébergement collectif ou en chambre d’hôtel :
« D’abord, avoir un logement, c’est une question de dignité. Cela permet également de mettre en place un accompagnement social plus important même s’il y a encore de quoi faire du point de vue des solutions à trouver pour réussir à s’adapter aux besoins spécifiques des personnes. »
« Avoir juste un toit ne suffit pas, il faut donner la possibilité aux personnes d’imaginer leur vie ici », résume Syamak Agha Babaei.
La Foire Saint-Jean quitte le Wacken. La municipalité souhaite la répartir dans différents espaces du centre-ville d’ici l’année prochaine. De nombreuses contraintes vont être à prendre en compte, c’est pourquoi elle requiert l’aide des Strasbourgeois.
Dès l’année prochaine, la Foire Saint-Jean pourrait avoir lieu en plein centre-ville. Place des romains, jardin des Deux-Rives, Zénith de Strasbourg, Wacken… En l’espace de dix ans, elle s’est installée un peu partout, en raison de l’impossible de trouver un emplacement pérenne. Mais l’an prochain, il sera impossible d’installer la fête foraine au Wacken, le quartier est en pleine transformation avec la construction du quartier d’affaires Archipel et du nouveau théâtre du Maillon.
Pour Chantal Cutajar, adjointe au maire (sans étiquette), « la Foire Saint-Jean peine toujours à trouver sa place à Strasbourg » parce qu’il « n’y a pas eu assez de concertation ». Pourtant, il s’agit là d’une manifestation très attendue et d’une tradition qui rythme la ville.
Un « atelier de projet » débutera en septembre 2019. La municipalité appelle à la mobilisation de l’ensemble des « forces vives » : les services administratifs, les forains mais aussi les habitants de Strasbourg eux-mêmes devront trouver des solutions pour accueillir la foire en centre-ville.
Au Wacken, les manèges et les stands de la Foire Saint-Jean occupent 5 hectares (Photo HJ / Rue89 Strasbourg)Photo : Photo HJ / Rue89 Strasbourg
« Tout repenser de A à Z »
En répartissant la Foire Saint-Jean dans plusieurs zones de la Grande-Île, Strasbourg s’inspire de villes comme Bruxelles ou Bâle qui veillent à garder cette fête populaire au centre-ville. Les visiteurs pourraient alors évoluer entre différents petits quartiers à thèmes.
Chantal Cutajar espère qu’une solution pourra être trouvée pour l’édition 2020 de la Foire Saint-Jean mais pour l’instant, rien n’est gagné. En effet, aucune décision concrète n’a encore été prise.
Car les contraintes techniques à prendre en compte (comme le poids ou la taille des manèges) sont nombreuses et critiques. Ramassée, la Foire Saint-Jean occupe déjà 5 hectares au Wacken. La Ville va notamment devoir faire appel à un Assistant à Maîtrise d’Ouvrage (AMO) afin de trouver des espaces susceptibles de pouvoir accueillir les 150 attractions de la fête foraine.
Une chose est sûre : aucun stand ne sera installé place Broglie à cause du marché. Tony Coppier, forain présent à la Foire Saint-Jean, refuse de causer du tort aux autres commerçants.
D’imposants manèges à sensation sont installés à la Foire Saint-Jean – où pourraient-ils bien s’installer au centre-ville ? Photo : HJ / Rue89 Strasbourg
Un « festival des arts forains »
En plus de sa localisation, la nature même de la manifestation va changer. La Foire Saint-Jean aspire à devenir « le festival des arts forains ». Les animations traditionnelles de la fête foraine seront conservées mais les visiteurs pourront y retrouver des conférences, des expositions et des projections. Peut-être que l’exposition retracera le ballottage de la Foire Saint-Jean à Strasbourg ?
Une fois implantée au centre-ville, la foire, habituellement ouverte pendant 21 jours, durera moins longtemps. Si la municipalité arrive à concrétiser son projet, les forains n’auront que quelques jours pour monter et démonter les attractions. Pour le moment, aucune précision n’a pu être fournie par la Ville sur ce délicat dossier.
Les stands d’alimentation de la fête foraine doivent être à proximité de points d’eau Photo : HJ / Rue89 Strasbourg
Le théâtre de Hautepierre peine à attirer les habitants alors qu’il est installé au coeur du quartier depuis 1978. Les acteurs culturels de Hautepierre espèrent qu’un appel à projets, plusieurs fois évoqué, permettra de proposer une programmation sur-mesure.
C’est un théâtre de trois cents places, une belle salle, bien équipée et bien située au cœur d’un quartier d’environ 20 000 habitants. En face, le centre commercial Auchan ne désemplit pas, le théâtre est facilement accessible en voiture, des pistes cyclables y mènent, un arrêt de tram à moins de 100 mètres…
Mais rien n’y fait, les habitants du quartier n’y mettent pas les pieds, et pire, le lieu reste inconnu de la plupart des passants interrogés sur son parvis. Demander le théâtre, c’est se faire diriger vers une autre maille du quartier, au Centre social et culturel “Le Galet” qui accueille parfois des spectacles.
« Il faudrait écrire “Théâtre” sur l’entrée »
« Un théâtre ? Ici ? Ah, il y avait bien le Maillon avant mais là il n’y a plus rien » commente un passant avant de s’engouffrer dans le centre commercial.
Il faut dire que l’architecture du bâtiment n’aide pas à rendre l’établissement culturel attractif. Des panneaux de tôles ondulées, un cube de béton, aucune inscription sur sa façade, rien ne laisse penser qu’il y a un théâtre. Car oui, c’est tout bête mais « il faudrait déjà écrire “Théâtre” sur l’entrée » propose Abdelkrim. « Vous voyez un théâtre, vous ? Un vrai théâtre, y a une entrée, ça se reconnaît, là on dirait un cube pour stocker des choses ! »
La façade du Théâtre de Hautepierre ne laisse pas supposer qu’il s’agit d’un lieu culturel… Photo : FL / Rue89 Strasbourg / cc
Des habitants se souviennent de l’occupation des lieux par le Maillon. Ils appellent d’ailleurs toujours la salle le « Théâtre du Maillon » alors que celui-ci est domicilié au Wacken depuis l’incendie du bâtiment de Hautepierre en 2003.
Rouvert en 2009, le Théâtre de Hautepierre est depuis géré par la Ville de Strasbourg. Jusqu’en 2017, il hébergeait la compagnie Les Migrateurs qui proposait une programmation autour du cirque, avec des spectacles mais aussi des activités pour les habitants. Mais Les Migrateurs ont cessé leurs activités en 2018.
« C’est occupé de manière très ponctuelle »
Tatiana connaît le théâtre grâce à sa fille qui a assisté à des représentations avec son école. Elle trouve dommage que les informations sur la programmation de la salle ne soit pas mieux diffusées et donne l’exemple de l’Espace Django dont elle voit les affiches en ville.
La structure culturelle du Neuhof serait une bonne source d’inspiration, tout comme Le Préo à Oberhausbergen, lui aussi cité en exemple. Contrairement à ces deux salles de spectacle, le théâtre de Hautepierre ne communique pas directement sur sa programmation. Ce sont les structures qui occupent la salle qui diffusent elles-mêmes les informations sur leurs spectacles. Principalement Le Maillon, qui continue à occuper la salle pour quelques dates par an, le TJP et les Percussions de Strasbourg.
Myriam Schmitt, coordinatrice du Centre social et culturel de Hautepierre “Le Galet”, se désole : « C’est occupé de manière très ponctuelle. À part de la location d’espace, il n’y a rien du tout ».
« On a du mal à faire venir le public de Hautepierre en centre-ville pour des spectacles. Cette salle est une bonne entrée en matière », explique Aline Kernel, médiatrice culturelle à l’association Contact et Promotion. Elle regrette le départ de la compagnie des Migrateurs qui était très présente dans le quartier et travaillait en collaboration avec les associations « pour introduire la culture auprès d’un public qui n’y accède pas facilement ».
Réinscrire le théâtre dans le quartier… six ans plus tard
Il y a six ans, un article de Rue89 Strasbourg évoquait l’ambition des élus et acteurs culturels de « réinscrire le théâtre dans le quartier ». Un projet toujours d’actualité en 2019 mais qui semble mis en veille à ce jour. On évoque ici et là un potentiel appel à projets pour en faire un vrai théâtre avec sa propre programmation et un lieu attractif pour les habitants voisins.
Les acteurs culturels du quartier sont d’accord pour dire qu’il faudrait rendre ce lieu plus vivant. Meriem Chemlali, qui gère le restaurant Table & Culture accolé au théâtre, se remémore : « C’était un lieu vivant ! On le trouve un peu trop endormi maintenant. » Un temps, son restaurant associatif a été hébergé dans le hall du théâtre pendant les travaux dans le local voisin. Cette installation provisoire a finalement duré deux ans, de 2015 à 2017, et Meriem en garde un bon souvenir. Le restaurant continue à servir des snacks certains soirs de spectacle. Il arrive même que le personnel du restaurant se charge d’ouvrir la porte du théâtre aux compagnies. Une simple porte sépare le restaurant de la salle de spectacle.
Les Percussions de Strasbourg en répétition sur la scène du Théâtre de Hautepierre.
De l’autre côté du bâtiment, Les Percussions de Strasbourg ont aussi un accès direct à la salle. La formation musicale est voisine du théâtre depuis la construction du bâtiment en 1978. Les musiciens effectuent une partie de leurs répétitions sur la scène du théâtre et y jouent deux fois par an (en novembre et en mars).
À côté des concerts, ils animent depuis longtemps des ateliers de percussion pour des écoles et collèges d’Hautepierre, ainsi que pour les adultes. « Et c’est gratuit pour les habitants du quartier », précisent-ils. En juin, tous les percussionnistes en herbe se retrouvent sur la scène du théâtre pour un concert en public. Le lien entre les Percussions de Strasbourg et le théâtre d’Hautepierre est si bien identifié qu’ils ont déjà été plusieurs fois sollicités par des acteurs culturels qui souhaitent monter un projet en collaboration avec eux pour co-gérer le lieu.
Un appel à projets encore fantôme
Plusieurs structures culturelles constatent que la mairie a abandonné toute ambition pour ce théâtre et se verraient bien reprendre la gestion de la programmation. Marion Grandjean et Christophe Muller, tous deux metteurs en scène et professeurs de théâtre au conservatoire de Colmar, sont en pleine rédaction d’un dossier de candidature. Ils se prennent à rêver en grand d’un théâtre populaire avec une programmation changeant au gré des quatre saisons de l’année. « Il y aurait à chaque fois une fête pour commencer la saison et un débat pour la finir, » annonce Marion avec enthousiasme. Pour les deux artistes, l’idée serait de monter un collectif avec des associations locales et des habitants pour en faire un lieu « de culture et de citoyenneté ».
Pour pouvoir candidater, les deux artistes vont devoir encore un peu patienter car rien ne se fera avant les prochaines élections municipales annonce Alain Fontanel, adjoint au maire de Strasbourg en charge de l’action culturelle. « Il n’y a jamais eu jusqu’à maintenant un projet suffisamment fédérateur pour avoir la légitimité de gérer ce lieu et créer la dynamique. Pour l’instant, nous n’avons pas trouvé ces partenaires là. »
Il précise que de toute façon le programme du théâtre est très rempli jusqu’à l’été prochain. Le TNS, Carré d’Art ou encore des associations du quartier ont réservé des dates pour la saison 2019-2020. Ce délai devrait permettre à la ville d’approfondir le travail avec les associations du quartier, en reproduisant notamment la méthode qui a porté ses fruits pour le projet de l’Espace Django. Il ne reste plus qu’à espérer que la future équipe municipale se saisisse rapidement de ce dossier. Et en attendant, on pourrait déjà commencer par afficher « Théâtre de Hautepierre » sur la façade du bâtiment…
À 21 ans, le rappeur Strasbourgeois Larry enchaîne les réussites : en mai, il a signé chez Sony et a monté son propre label, Gothvm Records, chez lui, à l’Elsau. Samedi 29 juin, il s’est produit à l’espace Marcel Marceau, à Neudorf. Rue89 Strasbourg l’a rencontré, après un concert survolté.
Il est minuit passé lorsqu’il débarque sur la scène du centre Marcel Marceau à Neudorf. Au cours de cette soirée du samedi 29 juin, son nom était sur toutes les lèvres. Lui, c’est Larry, jeune rappeur de l’Elsau, un des nouveaux phénomènes du rap français. Celui qui a démarré dans la musique il y a seulement deux ans, après avoir pratiqué le judo, le foot, la boxe et la danse hip hop, a signé en mai un contrat en maison de disque chez Columbia Records, filiale de Sony. Désormais, le jeune homme de 21 ans bénéficie d’un directeur artistique et de conditions d’enregistrements professionnelles.
Sur scène, sa tête blonde, ses tatouages, sa belle gueule et sa musique font monter la température de la salle où le mercure taquinait déjà les 40 degrés.
En juin, Larry s’est aussi produit sur une des scènes du festival Solidays, à Paris. Photo : Basile Berthou
Avant Larry, huit artistes de la scène rap locale (A-Rob, Mismo, Werco, Leyklow, Elektrip, Flovazmob, Linss, Yunglabz), ont enchaîné les sets avec une sono parfois un peu capricieuse. L’ambiance est joyeuse, jeune, estivale.
Organisée une semaine après le bac par trois lycéens de l’association A.E.F, la soirée Stras’ Bail Night a réuni un peu moins de 700 personnes, dont une majorité d’ados mineurs. Détail notable : de très nombreuses jeunes filles sont présentes. C’est l’une des bizarreries de cette musique qu’on ne s’explique plus : alors que les textes ont rarement été aussi crus, le rap n’a jamais été autant prisé par le public féminin.
Suivi par près d’un million de personnes sur sa chaîne YouTube, le jeune Elsauvien de 21 ans a su créer la complicité avec son public. Photo : Basile Berthou
Torse nu, micro en main, Larry court d’un bout à l’autre de la scène. « La concu’ pue la merde, tu l’sais », lâche-t-il dans le morceau Sacoche. Le public est survolté, saute sur place et enchaîne les pogos, ce mouvement de foule où les spectateurs se rentrent les uns dans les autres.
« Le prince de la ville »
C’est dans sa loge, après le concert, que Rue89 Strasbourg a rencontré celui que certains médias spécialisés dans le rap comme Booska-P surnomment déjà « le prince de la ville ». Solidement soutenu et entouré par ses proches, Larry est encore un peu essoufflé par son passage sur scène lorsqu’il évoque son rap, sa célébrité, sa famille et son quartier, l’Elsau.
Comment vivez-vous cette célébrité arrivée très rapidement ?
« Je le vis bien ! Quand j’ai commencé, je savais que de toute façon, j’étais déjà préparé. Et j’ai une bonne éthique : mes parents sont avec moi. Ça me permet de garder la tête sur les épaules et de ne pas partir dans des délires, de faire la star ou autres… Ça me permet de rester humble. On gère le buzz comme ça. On fait ce qu’il y a à faire et puis c’est tout.
Vos parents, votre entourage, vos amis sont très présents pour vous soutenir. C’est un socle sur lequel vous vous appuyez ?
Oui, à mort, à mort, à mort. Tout le monde n’a pas la chance d’avoir ses parents. Je n’ai pas à me casser la tête à me méfier de qui que ce soit : ce sont mes parents qui gèrent (son père, Badr Yahyaoui, fondateur de Artcorps Street Workout à l’Elsau, et Batuhan sont ses managers, sa mère, Soumia, s’occupe de ses contrats, ndlr), ça veut dire que je suis serein. Je ne peux que penser à ma carrière et me concentrer dessus.
Pensez-vous que la vidéo de Booska-P qui vous est consacrée a contribué à booster votre lancée dans le milieu artistique ?
Ça a été un tremplin, mais pour moi, c’est le titre Sacoche qui a poussé le tout (le clip cumule plus de 2,5 millions de vues sur YouTube, ndlr). Quand ce son est sorti, il a tout pété et c’est là qu’un plus large public m’a découvert.
Sorti le 5 juin, Sacoche cumule plus de 2,5 millions de vues sur YouTube. Son mouvement de danse, genoux pliés, a été très repris par les ados sur les réseaux sociaux.
Quels sont les artistes rap que vous écoutez ? Des anciens ou des artistes de la nouvelle génération ?
Depuis que je suis tout petit, mes parents regardaient beaucoup de clips : 50 Cent et son clip Candy Shop… Moi j’écoute des rappeurs actuels, donc du Ninho, Maes, Zola, Diddi Trix, et des rappeurs moins connus. Pour ce qui est des anciens, je me suis buté sur du Rohff.
Si vous deviez faire un featuring (une collaboration avec un autre rappeur, ndlr), quel artiste aurait votre préférence ?
En fait, je ne pense pas à ça, parce-que je veux monter tout seul. Je n’ai pas envie de faire un feat avec quelqu’un de connu et qu’on puisse dire que je n’ai fait que surfer sur sa célébrité et son buzz. Non. Je veux faire ma place tout seul. Pour l’instant, ça ne m’intéresse pas. Mais si je devais faire un feat maintenant,… je ferais un feat avec moi même (il sourit) !
« Avant, on ne me laissait pas rentrer en boîte à cause de ma tête, mon style : ça faisait trop quartier. Maintenant, c’est moi qu’on invite. »
Est-ce que les thèmes que vous abordez aujourd’hui dans vos chansons, à savoir le rapport à la police, la cité, sont les mêmes que dans vos premiers textes ?
Non. Parce-qu’à l’époque, quand j’ai commencé à rapper, je faisais encore un peu de danse, donc je parlais de ça. Par la suite, j’ai arrêté la danse et j’ai traîné un peu au quartier (il se marre). Donc je raconte ce qu’il se passe maintenant, ce que je peux voir…
Votre mouvement de danse, genoux pliés, a été énormément repris et imité sur les réseaux sociaux. Vous vous y attendiez ?
Non ! Je l’ai juste fait comme ça, mais je ne m’attendais pas à ce que ça prenne une ampleur pareille…
Quelle est la devise qui vous guide dans votre jeune vie d’artiste ?
« Le travail paie » ! Je vais te raconter une anecdote. À l’époque, je ne rentrais pas en boîte. C’était pas possible. J’étais trop petit en taille, on me demandait ma carte d’identité. La tête n’était pas bonne, le style n’était pas bon : ça faisait trop quartier. Même en jean, les videurs ne me laissaient pas rentrer. Quand j’ai commencé le rap, je leur ai dit à tous : “la prochaine fois que je me présente en boîte, c’est eux qui m’inviteront et j’irais en jogging”.
Et la première fois que j’ai effectivement pu rentrer en boîte, c’était en décembre 2018 au Mood Club (à Vendenheim, ndlr) quand j’ai fais la première partie de SCH (rappeur originaire d’Aubagne, ndlr). Ce que j’avais prédit est arrivé. Et plus personne ne me parle mal. C’était la revanche et ouais, « le travail paie » !
« Je veux faire ma place tout seul ». Photo : Basile Berthou
Vous abordez votre carrière avec la mentalité d’un boxeur, non?
Peut-être inconsciemment, parce-que j’ai fait de la boxe. Mais en vrai, c’est de famille, je crois. On a un esprit de compétition, on veut tout le temps être au top. Quand j’aime quelque chose, ça y est, c’est mort : tant que je ne réussis pas, je ne m’arrête pas.
Ça a tout le temps été comme ça : au foot, dans la boxe, au judo. Je ne veux pas dire que j’ai été trop trop fort et que j’aurais pu réussir partout, mais moi j’étais là, j’étais en place. J’étais pas le plus nul, j’étais pas le plus fort, mais j’étais là. Quand j’étais au foot, j’étais toujours titulaire, la boxe pareil. Je décrochais des titres…
(sa mère intervient et complète : « champion de France ! Il a gagné tous les titres ! Zéro défaite ! »)
Partir de Strasbourg pour votre carrière pourrait être une option ?
Non, moi je reste à Strasbourg. Je veux tout construire à partir d’ici. L’objectif, c’est de faire réussir Strasbourg, s’il y a moyen… Strasbourg, on est là maintenant ! »
Un nouveau label à l’Elsau
À la fin de l’entretien, Soumia, la maman de Larry, évoque le lancement du label Gothvm Records, officialisé le 3 juin dernier. Entreprise pour le moment encore installée au domicile familial (en attendant que les travaux des futurs locaux, situés à l’Elsau, soient terminés), ce label prépare et encadre de jeunes artistes qu’il espère voir émerger : coaching dans l’écriture, apprendre à travailler en collaboration avec un beatmaker (compositeur de sons, ndlr), soigner son image sur les réseaux sociaux, entre autre.
Financé en partie par des fonds personnels injectés par les parents de Larry, le label a aussi eu un coup de pouce de Sony. Larry termine par un appel : « Celui qui veut travailler sérieusement est le bienvenu dans le label ! ». Affaire à suivre donc…
Journaliste indépendante et professeur d’éducation aux médias. Sujets société, inégalités, éducation, police-justice. J’aime aussi écrire sur le rap et la culture hip hop de Strasbourg et d’ailleurs.
Le tribunal administratif a étudié jeudi en référé une demande d’annulation de l’arrêté anti-mendicité, pris en avril par le maire de Strasbourg.
C’était un moment attendu dans la vie politique mouvementée et militante autour l’arrêté anti-mendicité adopté le 25 avril (voir nos articles). L’audience devant le tribunal administratif, jeudi 4 juillet, a vu l’avocat de la Ville de Strasbourg proposer des arguments juridiques assez différents des justifications politiques développées par le maire Roland Ries (PS) et son adjoint à la Sécurité Robert Herrmann (PS). Du côté des opposants, cela a permis d’en savoir plus sur les chiffres et les justifications de cet arrêté qui a fracturé la majorité municipale.
Deux individus appuyés par un collectif
Deux particuliers s’estimant visés par le texte ont porté ce recours : Steve Le Faou, présent à l’audience mais à qui aucune question n’a été posée et Lucie Bon, non-présente. Le premier, sans emploi, a vécu dix ans à la rue entre 2006 et 2016 et participe comme bénévole aux tournées de deux associations de solidarité. La seconde indique vivre à la rue, mais peut justifier d’une adresse à l’association l’Étage. Fournir une pièce d’identité et une adresse est une condition pour se pourvoir devant la justice administrative, ce qui de fait exclut plusieurs personnes à la rue.
Ils ont été appuyés par le Labo citoyen Strasbourg, un club de réflexions sur les politiques locales fondé notamment par le conseiller municipal et vice-président de l’Eurométropole, Syamak Agha Babaei (majorité, divers gauche). Comme il s’agit d’un collectif informel, il n’a pas d »‘intérêt à agir » telle une association Une cagnotte a été mise en ligne pour financer l’action.
La délicate question de l’urgence
Il y a-t-il une urgence à se prononcer sur la légalité de cet arrêté ? Oui, selon Me François Zind qui estime que l’été est une période plus difficile pour les personnes à la rue. Plusieurs associations de solidarité arrêtent leurs tournées et certaines structures ferment en raison des congés. De plus, seule la place du Marché-Neuf, visée par l’arrêté, est « végétalisée et avec un point d’eau » poursuit celui qui a travaillé deux ans pendant ses études dans « un centre d’accueil pour grand précaires ».
Pour la défense, Me Antoine Marcantoni a rétorqué que l’intérêt public était supérieur, car le texte est proportionné : « Je n’ai jamais vu une mesure aussi limitée dans l’espace ». Si le tribunal n’est pas sensible à cette notion d’urgence, il n’a pas à s’intéresser aux autres arguments développés et ce cas sera étudié au fond, dans une dizaine de mois.
Les SDF ne sont pas visés…
Concernant la légalité de l’arrêté, Antoine Marcantoni a pour sa part plaidé que ce texte ne cible « pas de catégorie de personnes ». Une défense juridique pour parer les critiques faisant été d’une « discrimination ». Il a insisté sur le fait que le texte pointait l’occupation prolongée de l’espace public qu’elle soit « accompagnée de mendicité ou non ».
L’argumentation contraste avec celle du tandem Ries-Herrmann qui a toujours défendu un arrêté « anti-mendicité agressive » (le dernier adjectif étant peu repris, les articles de l’arrêté étant assez vagues sur la notion d’agressivité). François Zind a tenté de retourner l’argument « est-ce que l’on pourrait verbaliser les lycéens d’un établissement réputé qui déjeunent parfois sur la place ou les pratiquants qui sortent du temple ? »
Pour Antoine Marcantoni, il faut différencier cette mesure (qui entraînerait donc en théorie des PV de 38 euros) de police administrative, différente de celles de la police judiciaire qui peut déjà sanctionner actes violents, un des axes d’attaque principal des détracteurs du texte. « Le but est de prévenir des actes pas forcément répréhensibles par le code pénal ». Il a comparé cet arrêté à celui qui interdit aux cyclistes de rouler rue d’Austerlitz, entre la place éponyme et la place du Corbeau, qui vise « à prévenir les accidents ».
Analyse fine des courriers et PV
Pour la procédure, la Ville a produit 27 courriers et e-mail de plaintes diverses pour les années 2016 à 2019, sans qu’il n’y ait d’augmentation au fil des années selon les requérants (2 en 2016, 5 en 2017, 12 en 2018 et 5 en 2019), les plaintes étant parfois hors secteur. Concernant les interventions, la Ville de Strasbourg a indique que 194 procès verbaux ont été dressés sur les 3 places et rue concernées entre le 1er janvier 2018 et le 25 avril 2019. Mais en se plongeant dans le détail, François Zind ne voit pas de justification chiffrée pour motiver l’arrêté.
En se limitant aux 61 interventions de la police municipale, seules 21 des 61 interventions (34%) concernent la période de l’arrêté (25 avril au 30 septembre et du 23 novembre au 31 décembre), la majorité concernent des musiciens (50% en hiver et 66% en été) et qui ont débouché sur 1 seule interpellation de personnes à la rue, pour non-tenue de chiens en laisse. En comptant toutes les 194 mains courantes, c’est-à-dire y compris celles établies depuis le centre de supervision, 106 concernent la période de l’arrêté et ont mené à 10 interpellations. « S’il y a un problème, la situation se résorbe d’elle-même quand la police vient », en conclut François Zind.
Au passage, Me François Zind soulève aussi que l’association de commerçants qui a réclamé cet arrêté depuis des années, les Vitrines de Strasbourg a son siège au croisement des trois places.
Pour la Ville, Me Anoitne Marcantoni a ajouté que l’arrêté n’est pas une expérimentation, contredisant là encore les dires de Roland Ries qui a plusieurs fois promis une évaluation « avant l’été ». Les requérants demandaient sur quels critères serait évalué un tel test.
Décision sous deux semaines
La décision du tribunal, qui présentait une rare formation collégiale de trois juges, est attendue dans un délai de 15 jours maximum.
Questionné à la sortie du tribunal Me Marcantoni ne donne pas de durée pour expliciter ce qu’est une « occupation prolongée » de l’espace public, mais parle « d’une utilisation pérenne et répréhensible de l’espace, ce qui n’est pas le cas d’un piéton ». Notons que pour les groupes de musique, la durée pour jouer avant une intervention de la police est de 20 minutes.
« C’est à cause d’une dizaine de mecs bien identifiés qu’on en prend plein la gueule. Il n’y a jamais eu de problème pendant 10 ans. », s’agace pour sa part le requérant Steve Le Faou.
Steve Le Faou, qui a longtemps vécu à la rue, est l’un des deux requérants contre l’arrêté anti-mendicité Photo : JFG / Rue89 Strasbourg
« On a laissé le temps à Roland Ries de revenir sur cet arrêté avant de déposer ce recours. », ajoute pour sa part Me François Zind selon qui la notion d’urgence est la plus difficile à justifier. Sur le fond, le tribunal peut censurer certaines phrases ou certains articles. Mais cette décision-là pourrait intervenir après les élections municipales de mars 2020.
La Grenze, c’est ce nouveau lieu culturel éphémère derrière la gare de Strasbourg. Le lieu devait ouvrir fin juin, ce sera finalement vendredi 12 juillet, sous réserve d’un avis favorable.
L’équipe, majoritairement composée de bénévoles, a travaillé pendant des semaines pour transformer le hangar et le parking du centre technique de la SNCF en un lieu accueillant.
Le collectif Vacance collective a accompagné les bénévoles de la Grenze pour fabriquer des tables et des bancs en bois de récupération Photo : La Grenze
Sous réserve d’un avis favorable des sous-commissions de sécurité et d’accessibilité, dont la visite est prévue le jour même, l’ouverture de la terrasse et du bar extérieur est prévue dès 18h. Suivra l’ouverture de la salle de concert à 19h avec un concert (entrée libre) de Yes Basketball (rock- hip-hop – alternative – indé). Puis à 21h, un second concert (entrée de 7 à 12€) avec cette fois les groupes Frustration et Kamarad, un groupe de post-punk qui envoie du pâté.
Kamarad pour donner l’énergie du départ à la Grenze.
Kehl est-elle un paradis pour les gérants de boîtes de nuit ? Alors que les établissements comme le Gold Club ne désemplissent pas, Rue89 Strasbourg a cherché à comprendre pourquoi il est plus intéressant de faire vivre une boîte en Allemagne. Cela tient en trois mots : l’argent, les lois et la localisation.
« Situés en Allemagne, nous nous proclamons Strasbourgeois ». Sur sa page Facebook, le Gold Club annonce la couleur. Cette boîte de nuit a remplacé le K3 à Kehl en 2013. Depuis, ses affiches fleurissent à Strasbourg à destination des jeunes de 17 à 23 ans. Toute leur communication est en français, comme 80% de leur personnel, et le succès est au rendez-vous.
L’image et l’ambiance font la différence
Les commentaires enthousiastes sur Google ou Tripadvisor au sujet du Gold Club sont plutôt unanimes, comme celui-ci posté il y a un mois :
« Cette boîte de nuit est vraiment bien comparée aux autres de Strasbourg, elle est grande, les deux bars permettent d’être servi assez vite, les toilettes sont plus ou moins propres et le staff est sympa. Seul bémol, la musique est beaucoup trop forte, et ça tout le temps. »
D’autres commentaires louent le « personnel accueillant » et une ambiance chaleureuse et conviviale, ou parlent d’une « très bonne boîte qui fait pâlir la concurrence Strasbourgeoise », et d’une « musique sympathique et moins commerciale que ce qu’il se fait dans le milieu ».
Surtout, les étudiants français n’ont pas du tout l’impression de franchir une frontière ou d’être freiné par une barrière de la langue. Le Gold Club est une mini-France, comme le raconte Samir, DJ et directeur artistique de l’établissement :
« On a une majorité de Français qui vient. Au micro, on demande “ça va Strasbourg ?” En moyenne, sur l’année, nous avons 1 700 personnes sur tout le week-end, dont 900 personnes le vendredi soir, et, donc, 80% de français ».
Le Live Club, un établissement du centre-ville de Strasbourg, qui cible aussi les jeunes de 17 à 22 ans, accueille 200 personnes par soir, sur une surface de 180 m².
Pour le hip-hop, direction l’établissement cousin, le K Club (les gérants de ces deux établissements sont frères). Un peu plus excentré, situé à Kehl-Sundheim, il se targue sur son site d’avoir « accueilli les plus grands » (50 Cent, The Game, Ja Rule, T-Pain, Damso, Booba…).
À Strasbourg même, rien de tel en termes d’envergure ni de fréquentation.
Pour les jeunes strasbourgeois, l’ambiance et les prix des établissements allemands font déjà la différence Photo : Raffi Asdourian / FlickR / cc
« Pour le même prix, le double de la dose »
Être installé à Kehl est un avantage financier, notamment pour pouvoir proposer des boissons plus abordables, comme l’explique Samir :
« L’alcool est moins taxé en Allemagne (il n’y a pas d’autres taxes que la TVA, ndlr), ce qui fait que pour le même prix, 7 à 10€ le verre, on propose le double de la dose. En plus, on n’est pas obligé d’utiliser un doseur comme en France. Et sachant que l’entrée est à 10€, que les gens peuvent venir chez nous en tram ou même en partageant un Uber, ils peuvent passer une bonne soirée pour 20€ ».
À condition bien sûr de ne prendre qu’une boisson et de venir en tram. Éric Legrand, patron du Live Club, confirme que « le verre d’alcool est à 30 ou 40% plus cher en France ».
Des conditions plus strictes en France
Au-delà du prix, c’est toute la réglementation allemande qui avantage ces établissements par rapport au secteur strasbourgeois, comme l’explique Samir :
« Il est plus facile d’obtenir une licence de vente d’alcool en Allemagne, on n’y paye pas des prix extravagants (à partir de cent euros et jusqu’à 5 000 euros maximum, ndlr), on l’obtient plus facilement. Au niveau sonore, on est limité à 110 décibels (dB), au lieu de 102 dB en France. Aussi, on a un fumoir avec chicha, ce qui n’est pas possible en France, et un espace extérieur. Il me semble qu’à Strasbourg, il n’y a pas de club agencé de cette manière (il y a bien la “terrasse” du Spyl au centre commercial de l’Esplanade, mais il s’agit vraiment d’un petit espace pour fumeurs, ndlr). »
Eric Legrand soulève également que les conditions sont plus strictes en France pour obtenir une licence : il faut un casier judiciaire vierge et un permis d’exploitation délivré après une formation de 6 à 20 heures.
Surtout, on ne peut obtenir une licence IV qu’en cas de transfert ou de rachat de fonds de commerce. Le nombre de licences est fixé par la préfecture, qui les garde limitées en ville. Il est rare d’acheter la licence seule, mais selon les régions, il faut compter au moins 20 000 euros.
Samir nuance en précisant que le Gold n’échappe pas à « la rigueur allemande » :
« Nous subissons tout de même deux contrôles par an au niveau des issues de secours et des alarmes incendie. »
Pour le patron du Live Club, de nombreuses règles françaises compliquent la vie des lieux de nuit strasbourgeois :
« Ces établissements situés à Kehl constituent une concurrence presque déloyale, contre laquelle on ne peut pas se battre. En France, par exemple, “l’open bar” est interdit, les charges sociales sont plus hautes, on peut moins facilement engager des extras (du personnel ponctuellement engagé pour des soirées, ndlr)… »
Un point de vue corroboré par Jacques Chomentowski, vice-président du Syndicat des hôteliers, restaurateurs et débitants de boisson de Strasbourg, et patron du Coco Lobo, un bar à tapas à la Petite-France :
« La concurrence déloyale se situe au niveau des frais financiers. Par exemple, en Allemagne, il n’y a pas de notion de fonds de commerce. Un établissement comme le Gold en France pourrait devoir payer 800 000€ de fonds de commerce, alors que là, il ne paye que son loyer ».
Éric Legrand constate qu’à cause de cette lourdeur, peu d’établissements ont ouvert ces dernières années à Strasbourg, voire pas du tout :
« Il me semble que ces 5 dernières années n’ont vu aucun nouvel établissement de nuit ouvrir à Strasbourg (il y a tout de même le Kalt, ndlr). Il faut savoir qu’en France, 3 000 discothèques disparaissent chaque année. Dans 10 ans, il n’y en aura plus beaucoup. Aujourd’hui, il est difficile d’ouvrir un établissement, les banques ne financent plus. »
A Kehl, le Gold Club bénéficie d’un bon emplacement et des règles allemandes, plus souples Photo : Phot Niels displayed / FlickR / cc
À Kehl, on échappe au voisinage et au marché de Noël
Éric Legrand explique qu’être au centre-ville de Strasbourg signifie dépendre de la tolérance du voisinage notamment :
« C’est assez connu qu’on est strict au centre-ville de Strasbourg. On limite les plages horaires, on limite le bruit… Il suffit qu’un voisin râle et cela déclenche une étude acoustique, aux frais de l’établissement bien entendu. Il y a les associations de riverains qui se plaignent des nuisances sonores en permanence. Or, le Live existe depuis plus de 20 ans. Quand les gens achètent un appartement, ils ne peuvent ignorer notre présence. »
À l’inverse, c’est une aubaine pour le Gold Club et le K Club de profiter de Strasbourg sans subir les lois françaises, comme le soulève Éric Legrand :
« Ces boîtes peuvent faire de l’affichage sauvage dans tout Strasbourg, alors que nous, on serait tout de suite sous la coupe d’une convocation puis d’un PV. Basés en Allemagne, ces établissements y échappent et c’est complètement déloyal. »
Il rappelle aussi qu’au mois de décembre, le centre-ville de Strasbourg subit un blocage complet en raison du plan vigipirate anti-terroriste, ce qui pousserait de nombreux clients potentiels à aller en Allemagne, plus facile d’accès. Pour le Gold, l’accès n’a jamais été trop un problème. Quand il était encore le K3, il fournissait une navette gratuite qui partait de la place de l’Étoile plusieurs fois par nuit, retour compris.
Avec l’arrivée du tram, Kehl et ses boîtes de nuit sont devenus encore plus accessibles Photo : JFG / Rue89 Strasbourg
Une meilleure entente avec la Ville
En plus, Jacques Chomentowski suggère que les relations sont meilleures avec les forces de l’ordre en Allemagne :
« A Kehl, quand un portier a un problème, la police vient aider l’établissement. En France, on est vu comme “un endroit à problèmes”. »
La Ville de Kehl, par l’intermédiaire d’Annette Lipowsky, chef de cabinet du maire, confirme que les nuisances de ces “nightclubs” ne sont pas une problématique d’envergure :
« Puisque ces boîtes se situent dans une zone commerciale, elles ne dérangent pas les habitants. Ce qui peut être problématique, ce sont les personnes ivres qui se rendent aux arrêts de tram les samedis et dimanches matin et sont assez bruyants. Nous mettons donc en place un service de sécurité qui doit faire en sorte que la circulation du tram ne soit pas perturbée par ces nombreuses personnes alcoolisées. »
Mais même si le succès de ces établissements s’explique par leur caractère “français délocalisé”, Éric Legrand n’envisagerait pas pour autant de chercher à s’installer à Kehl :
« On a envie de rester dans une région ou une ville à laquelle on est attaché. On se dit qu’une autre clientèle peut toujours venir chez nous, une clientèle qui voudra mettre 3€ de plus. Et puis dès qu’on s’excentre, les clients doivent prendre la voiture pour venir, ça pose une contrainte supplémentaire. »
Candidat pour représenter la droite aux élections municipales à Strasbourg, Jean-Philippe Vetter a débuté aux fourneaux d’une boulangerie une journée de campagne avec 16 rencontres en 24 heures.
Qui a dit que seul le premier adjoint Alain Fontanel (LREM) aimait se déguiser ? Le candidat de droite Jean-Philippe Vetter s’est frotté aux fourneaux au « Pain de mon grand père » à la Krutenau dès 5 heures du matin ce vendredi 5 juillet pour une opération de communication autour de sa future campagne.
Certes, pas de tablier ou de toque pour le conseiller municipal, c’est en chemise blanche immaculée qu’il a enfourné quelques baguettes et viennoiseries. La première étape d’un « marathon de 24h ». Une manière aussi de rappeler que celui qui agrandi à Colmar est « fils de boulanger ». Manches retroussées à l’américaine, il descend ensuite travailler la pâte des viennoiseries au sous-sol.
Un petit tour au sous-sol où sont préparées les viennoiseries Photo : JFG / Rue89 Strasbourg
Objectif de la journée, « mettre en lumière ceux qui agissent dans l’ombre pour Strasbourg ». Au programme (voir dans l’encadré en bas de l’article), des services publics, l’aéroport, la qualité de l’air, les milieux économiques, etc. :
« Si cette ville est agréable, c’est certes grâce à son architecture et à son patrimoine, mais aussi parce qu’il y a des gens derrière, des agents de la collectivité, des commerçants, des associations… »
Jean-Philippe Vetter, dans le sous-sol de la boulangerie vers 5h25
Si la campagne ne devait pas déboucher sur un mandat de maire, un projet de reconversion ? Photo : JFG / Rue89 Strasbourg / cc
Une communication assumée
Non-engagé en politique, Bruno Dinel, le maître boulanger qui a fondé « Au Pain de mon Grand père » il y a 17 ans avec son père (12 magasins dont 7 à Strasbourg) se prête volontiers au jeu :
« Nous nous connaissons bien avec Jean-Philippe Vetter qui est un voisin. Nous sommes de la même tranche d’âge et il faut soutenir tous ceux qui veulent faire bouger les choses, mettre en avant des savoir-faire. Le pain est le produit gastronomique français le plus abordable. Et c’est l’occasion de montrer que le conseiller municipal, cela peut être un voisin comme une autre. »
Devant sa boulangerie vers 5h40, juste après le départ de Jean-Philippe Vetter
Un coup de com’ de 24 heures là où une campagne nécessite un engagement quotidien ? Assurément. L’élu d’opposition (lire ici ses premières propositions) assume et déroule :
« Quoi que je fasse, on pourra toujours dire qu’il y a un aspect communication. Je préfère prendre ce risque et être au contact, vivre une partie de la journée de ces gens. C’est une forme d’humilité. »
Une manière, aussi, de montrer qu’à 38 ans, le plus jeune candidat déclaré peut tenir des cadences infernales qu’exigent la fonction ? « Des infirmières, des commerçants ou des médecins le font plus souvent », balaye-t-il. La journée sera relayée sur les réseaux sociaux par son équipe de campagne. Cinq proches étaient présents pour le début.
5h35, Jean-Philippe Vetter sort du four quelques baguettes et doit vite filer, du côté de la Meinau où les agents de la déchetterie vont débuter leur tournée vers 6h. « Un service intégral, ce qui est rare », souligne-t-il.
Enfournage de baguettes Photo : JFG / Rue89 Strasbourg
Davantage à Strasbourg
L’assistant de l’eurodéputé Geoffroy Didier (LR), réélu en mai, va désormais être affecté à Strasbourg en permanence, et non à Bruxelles où il travaillait trois semaines sur quatre. Ce retour dans la capitale alsacienne lui permettra d’être davantage présent pour sa campagne, qui doit monter en régime.
En dépit du faible score de la droite aux élections européennes, il brigue toujours l’investiture là où certains maires sortants préfèrent s’afficher « sans étiquette ». Il espère incarner une « droite urbaine » aux côté d’une « droite des champs » que représente davantage le favori à la présidence du parti Les Républicains, Christian Jacob. Et surtout « ouvrir la liste un maximum ». Les investitures devraient se décider au début de l’automne. Pour l’instant, seul l’élu à la Ville et au département Jean-Philippe Maurer s’est manifesté à droite.