Enquêtes et actualité à Strasbourg et Eurométropole

Le supermarché Match à la Robertsau contraint de fermer le dimanche

Le supermarché Match à la Robertsau contraint de fermer le dimanche

Selon le Blog de la Robertsau, la Cour administrative d’appel de Nancy a rejeté la requête du supermarché Match de la Robertsau qui réclamait une nouvelle interprétation de sa décision du 19 juillet 2018. Lors de ce précédent arrêt, la CAA de Nancy avait annulé partiellement les délibérations du conseil départemental du Bas-Rhin du 8 décembre 2016 et du conseil municipal de Strasbourg du 12 décembre 2016, lesquelles autorisaient l’ouverture des supermarchés lorsque leur surface de vente était inférieure à 1 000 m². Ces dispositions avaient été négociées par les syndicats et les élus de Strasbourg pour faire une entorse au droit local alsacien-mosellan, lequel proscrit l’ouverture des magasins le dimanche (voir tous nos articles).

Le supermarché Match continuait d'ouvrir les dimanches, malgré l'interdiction (Photo EJ / Blog Robertsau)
Le supermarché Match continuait d’ouvrir les dimanches, malgré l’interdiction (Photo EJ / Blog Robertsau)

En l’espèce, les commerces à prédominance alimentaire n’étaient plus autorisés à ouvrir les dimanches et les jours fériés, à l’exception de ceux dont la surface de vente est inférieure à 120 m², soit les épiceries de quartier.

Dans ce nouvel arrêt, la CAA a répondu au supermarché Match que son précédent arrêt était très clair, que le supermarché ne pouvait pas ouvrir le dimanche et que sa requête était irrecevable. La cour de Nancy l’a donc rejeté. Lors d’une précédente décision, le supermarché Match avait tenté de réduire sa surface de vente les dimanches pour contourner l’interdiction d’ouverture mais cette fois, il a dû prévenir ses clients qu’il resterait dorénavant fermé les dimanches.

Le maire de Phalsbourg prend un arrêté interdisant les lanceurs de balles de défense

Le maire de Phalsbourg prend un arrêté interdisant les lanceurs de balles de défense

La commune de Phalsbourg interdit l’usage des lanceurs de balles de défense lors de la manifestation des Gilets jaunes du samedi 9 mars, selon un arrêté pris par le maire. Mais il s’agit d’un texte d’une portée symbolique.

Le maire de Phalsbourg (Moselle), Dany Kocher, a publié vendredi 8 mars un arrêté interdisant l’usage des lanceurs de balles de défense (LBD) par les forces de l’ordre sur le territoire de sa commune, à l’occasion de l’acte XVII des Gilets jaunes, samedi 9 mars.

Le document a été publié par le journaliste David Dufresne, sur Twitter, qui a vérifié son authenticité.

L'arrêté anti-LBD de la commune de Phalsbourg (doc remis)
L’arrêté anti-LBD de la commune de Phalsbourg (doc remis)

Condamnations internationales

Dans le document, le maire fait référence aux demandes du commissariat des droits de l’Homme du Conseil de l’Europe d’interdire le LBD, ainsi qu’à la demande de l’ONU d’enquêter sur l’usage excessif de la force en France à l’occasion des manifestations des Gilets jaunes.

Selon Laurent Nuñez, secrétaire d’État français à l’Intérieur, les forces de l’ordre ont procédé à plus de 13 000 tirs de balles de défense depuis novembre 2017 et le début des manifestations des Gilets jaunes. Plus de 2 200 manifestants ont été blessés et 83 enquêtes concernant des tirs de LBD sont en cours.

Dans son deuxième article, le texte indique que l’arrêté est envoyé au commandant de la brigade de gendarmerie de Strasbourg. Mais le maire n’a pas autorité sur les gendarmes, même lorsqu’ils sont sur le ban de sa commune. En outre, l’organisation, le déploiement et l’équipement des forces de l’ordre sont des compétences de l’État, déléguées aux préfets dans les départements. Le présent arrêté n’a donc qu’une portée symbolique.

Dany Kocher, 56 ans, élu maire en octobre 1993 et réélu depuis par cette ville de 4 500 habitants à la frontière avec l’Alsace, n’en est pas à son premier coup d’éclat symbolique. En juin 2018, il avait entamé une grève de la faim pour empêcher la fermeture d’une classe de maternelle dans sa commune.

#Phalsbourg

Gagnez des places pour Alireza Ghorbani au festival Strass’Iran

Gagnez des places pour Alireza Ghorbani au festival Strass’Iran

Le festival Strass’Iran et Rue89 Strasbourg vous proposent de gagner cinq places pour le concert d’Alireza Ghorbani, maître iranien du chant religieux, vendredi 22 mars.

La musique traditionnelle iranienne accorde une place particulière au chant. Alireza Ghorbani a débuté le chant à l’âge de 12 ans. Il fut le vocaliste soliste de l’Orchestre National d’Iran et devint un des plus célèbres maîtres de chant persan à travers le monde, grâce à sa maîtrise vocale, son large répertoire et sa créativité musicale qui marie le classique et le contemporain. Quatre ans après sa prestation remarquable, lors du festival « Sacrées journées » de Strasbourg, il revient en Alsace présenter ses dernières œuvres.

En 2004, Alireza Ghorbani participe à l’album « Calligraphies Vocales », l’art du chant classique persan en trio avec Djamchid Chemirani et Daryoush Tala’i. Ce disque, très remarqué par la critique et les médias français, est récompensé à deux reprises : Coup de cœur Musique du monde 2005 et Prix In honorem 2005 de l’Académie Charles-Cros.

Suite à ce succès, Alireza Ghorbani se lance dans l’interprétation des textes des grands poètes persans qui ont bercé son adolescence. Il rend hommage à Rûmi dans le spectacle « Les chants brûlés » ainsi qu’à Khayyam dans « Ivresses », aux côtés de Dorsaf Hamdani.

Avec son nouvel album « Eperdument… (chants d’amour persans) » (2015) Alireza Ghorbani nous convie à un voyage initiatique au Gulistan, le « jardin des roses », lieu d’inspiration des grands poètes persans tels Hafez, Sadi et Rumi, et nous invite à découvrir l’univers d’auteurs contemporains comme Mohamed Reza Shafie Kadkani et Fereydun Moshiri. Le tout sur des compositions originales de Saman Samimi, qui propose un son à la fois ancien par ses racines et nouveau par ses arrangements inédits.

Concert vendredi 22 mars à 19h30 à l’église Sainte-Aurélie avec :

    Alireza Ghorbani, Milad Mohammadi, Zakaria Yousefi, Saman Samimi.
Alireza Ghorbani (doc remis)
Alireza Ghorbani (doc remis)

Le concours

Europe passoire ou forteresse ? On en discute avec des universitaires lundi

Europe passoire ou forteresse ? On en discute avec des universitaires lundi

En partenariat avec Rue89 Strasbourg, « l’Université en campagne contre les idées reçues » propose une soirée sur l’Europe et les migrations lundi 11 mars au CSC de Kœnigshoffen pour répondre à vos questions avec deux invités.

« L’Europe est un passoire qui laisse tout le monde entrer » ; « L’Europe est une forteresse qui expulse à tour de bras et laisse les personnes mourir dans la Méditerranée ». Voilà deux idées reçues, deux raccourcis, souvent entendus en termes de migrations. Mais résistent-elles à l’analyse scientifique ? Dans le cadre de sa deuxième saison, le programme « L’Université en campagne contre les idées reçues » consacre un cycle de conférences sur l’Union européenne à quelques mois des élections européennes du 26 mai, en partenariat avec Rue89 Strasbourg.

Un exemple d’idée reçue ? Les allocations

Cliquez sur l’affiche pour l’agrandir

C’est l’objet de la rencontre ouverte à tous de ce lundi 11 mars de 18h à 20h au Centre socioculturel (CSC) de Kœnigshoffen, 41 rue Virgile. Deux invités décortiqueront certaines idées reçues et répondrons à vos questions : Smaïn Laacher, sociologue, ainsi que Philippe Gillig, sociologue et économiste, tous deux à l’Université de Strasbourg notamment.

Problème mondial, conséquences à Strasbourg

Europe passoire ou forteresse… Strasbourg s’avère en tout cas être en dernière ligne sur ce sujet, puisque la capitale alsacienne est un carrefour de migrations. La municipalité a plusieurs fois érigé des grillages et autres blocs de béton suite à l’installation, puis au démantèlement de camps de sans-abris dans différents quartiers de Strasbourg (Gare, Neuhof, Cronenbourg, etc). Il s’agissait souvent de demandeurs d’asile venus de pays de l’Est, non-membres de l’Union Européenne (28 pays et bientôt 27).

Originaires des pays de l'est de l'Europe, plusieurs migrants s'étaient installés quai de Malte (Photo Gérard Baumgart / doc remis)
Le square Quai de Malte (Photo Gérard Baumgart / doc remis)

Des places ont par ailleurs été ouvertes, ponctuellement ou de manière pérenne. Plusieurs associations ou collectifs se mobilisent sur ces questions. Bien que les migrations relèvent des États, les villes doivent fournir des réponses, parfois dans l’urgence, à ce défi du XXI siècle.

Hautepierre : la rénovation des mailles Brigitte et Éléonore se prépare

Hautepierre : la rénovation des mailles Brigitte et Éléonore se prépare

Le nouveau projet de rénovation de Hautepierre va être soumis à l’Agence nationale de rénovation urbaine le 28 mars. En parallèle, la municipalité rouvre une phase de concertation. Quelles sont les priorités du projet ? Qu’attendent les habitants des mailles Eléonore et Brigitte concernées ? Rue89 Strasbourg fait le point avant la réunion publique de mardi 12 mars.

« Ça ne peut plus durer, on vit dans une poubelle et on paie jusqu’à 600 ou 700 euros de loyer pour ça ! », s’impatiente la locataire d’un logement du bailleur social CUS Habitat, lors d’une réunion organisée par la Confédération nationale du logement (CNL) à Hautepierre. Alors, que les mailles résidentielles Jacqueline, Catherine et Karine ont bénéficié du premier programme de rénovation urbaine entre 2009 et 2013, la maille Eléonore, où elle habite, attend toujours la deuxième tranche de rénovation, comme la maille Brigitte. « Mon balatum n’a jamais été changé depuis mon emménagement en 1979″, renchérit une autre. « Il y a de l’humidité sur les murs, les toilettes sont fissurées… « .

Quatre ans après la signature du contrat de Ville pour la deuxième tranche de rénovation urbaine à Strasbourg, l’échéance se rapproche. Comme pour tous les quartiers de Strasbourg concernés, la Ville va soumettre le schéma général de rénovation des mailles Brigitte et Éléonore au comité d’engagement de l’Agence nationale de rénovation urbaine (Anru) le 28 mars. L’objectif de Strasbourg est de mobiliser 157,4 millions d’euros pour le quartier, dont 33,1 millions de subvention de l’Anru.

Concertations publiques

Pour définir son projet, la Ville s’est appuyée sur des concertations publiques entre 2015 et 2018. L’évocation de cette phase surprend les locataires impatients réunis par la CNL. Pourtant, la direction de proximité de Hautepierre assure que celle-ci aurait déjà permis à 450 personnes de s’exprimer. Céline Tattegrain, cheffe de projet renouvellement urbain pour Hautepierre, détaille pour Rue89 Strasbourg :

« Un forum d’une demie journée s’est tenu en 2015 qui a fait un bilan de la première rénovation et amorcé la réflexion sur le nouveau projet. Il avait fortement mobilisé. En 2016, une opération de porte à porte sur les mailles Brigitte et Eléonore a permis de recueillir les impressions et les attentes de 180 ménages. En 2017, deux balades urbaines avec les élus et une du conseil citoyen avec l’architecte chargé de l’étude de projet ont eu lieu dans le quartier. On a aussi tenu trois réunions d’information et des groupes de travail réguliers avec les partenaires associatifs. En 2018, on a fait une vingtaine de sorties pour des rencontres en pieds d’immeubles et dans l’espace public et nous étions présents sur les temps forts du quartier. Enfin, le conseil citoyen de Hautepierre s’est réuni une dizaine de fois sur le sujet et a donné son avis formel. »

Cette étape de consultation des habitants relevait d’une volonté de la municipalité strasbourgeoise . Du 4 février au 5 avril, c’est désormais la phase de concertation réglementaire qui se met en place dans les quartiers concernés. Depuis le 26 février, une exposition est ainsi à la disposition du public, chaque jeudi à la maison de l’enfance de Hautepierre pour prendre connaissance des grandes lignes du projet. Une ultime réunion publique se tiendra au même endroit mardi 12 mars à 18h.

(Photo CG / Rue89 Strasbourg / cc)

À ce stade, « les choses restent encore très ouvertes à l’échelle des îlots et des immeubles », assure Mathieu Cahn, adjoint au maire de Strasbourg en charge de ce dossier. « La convention Anru est vivante, il y aura encore beaucoup de concertation », promet-il tout en soulignant qu’ « on n’en n’est plus à pouvoir remettre en cause les grands principes. »

Trois priorités

Ces grands principes, quels sont-ils ? Le projet de rénovation d’Éléonore et Brigitte va viser trois grandes priorités : d’abord continuer à « transformer l’image du quartier » en accentuant son attractivité, centrée sur la proximité du centre commercial Auchan, du Zénith, de l’hôpital et d’équipements sportifs. Le projet soumis à l’Anru propose ainsi une « ouverture » de la maille Eléonore par un cheminement piéton continu de l’hôpital jusqu’au collège Érasme dans la maille Brigitte.

Sur l’emplacement de l’ancien parking d’Eléonore, trois immeubles, déjà en chantier, devraient accueillir des bureaux d’entreprises issues de la pépinière de Hautepierre, ainsi que la direction de territoire. Le projet prévoit aussi la construction d’un hôtel hospitalier, au bord d’Eléonore, au niveau de la sortie d’autoroute et d’une maison de santé en bord de la maille Brigitte.

Deuxième priorité : varier les formes d’habitats pour encourager la mixité sociale. Les immeubles d’Eléonore qui longent l’avenue Racine face à l’entrée de l’hôpital devraient être démolis et laisser place à des constructions neuves, dédiées à l’accession sociale et classique à la propriété et à la location classique. En tout, 304 logements sociaux devraient être détruits, pour casser la continuité des actuelles barres de HLM.

Dernière priorité, et là on en revient à nos locataires impatientes : réhabiliter le bâti, c’est-à-dire les immeubles HLM et leurs abords publics comme privés. Et sur ce point, ça se complique. Mathieu Cahn confie :

« Le niveau de réhabilitation des logements sociaux est en cours de définition avec l’Anru qui va fixer le montant maximum que le bailleur pourra investir pour intervenir à l’intérieur de chaque logement. »

Comprendre : la Ville et l’Anru n’ont pas les mêmes vues sur le sujet…

Pour le reste, le projet prévoit la restructuration du groupe scolaire Eléonore, avec la création d’une cantine scolaire, et la rénovation et le retournement des entrées des gymnases de chaque maille et de nouveaux aménagements sur la plaine des sports, dont l’extension de la piscine de Hautepierre. Enfin, un nouvel échangeur routier doit être construit sur l’A351 à l’entrée de Hautepierre pour fluidifier le trafic près de la maille Éléonore.

Qu’attendent les habitants ?

En dehors de la rénovation de leurs appartements parfois insalubres, qu’attendent les habitants ? Rue89 Strasbourg est allé à leur rencontre, guidé par la porte-parole de la CNL à Hautepierre, Geneviève Manka.

La maille Brigitte compte la plus grande proportion d’habitat privé et est la moins dégradée des deux mailles à rénover, précise-t-elle. Ici comme à Eléonore, des fresques décorent certains murs des HLM. « Vont-elles disparaître avec l’isolation des bâtiments par l’extérieur comme dans les mailles déjà rénovées ? », s’interroge la militante. « Ça effacerait la vie de quartier », prévient-elle. Ailleurs, notamment dans la maille Karine, elle regrette que les immeubles n’aient pas été désamiantés lors de l’isolation : « Ils ont collé du polystyrène isolant thermique par-dessus les plaques d’amiante », rappelle-t-elle.

Dans la maille Eléonore, en attendant la rénovation de leur immeuble, des locataires en ont décoré l’entrée eux-mêmes. (Photo CG / Rue89 Strasbourg / cc)

Brigitte dispose d’un vaste et vert intérieur de maille, dont seuls les scooters des adolescents dérangent la tranquillité en cet après-midi de fin d’hiver. « Les bancs vont-ils disparaître comme dans la maille Karine ? Les lieux seront-ils maintenus en espaces verts ou accueilleront-ils de nouveau logements privés pour densifier la maille comme ça a été fait ailleurs ? Que vont devenir les arbres ? », s’inquiète Geneviève Manka.

Aujourd’hui, les immeubles sont traversants par des porches qui passent en dessous. Cela permet aux habitants de circuler rapidement à pied de l’extérieur à l’intérieur de maille. « Condamner ces porches traversants oblige à faire des kilomètres pour faire le tour de la maille », souligne-t-elle, sachant que la Ville n’est pas favorable pour les garder, puisqu’ils servent aussi d’abris aux trafics.

Manque de commerces

À côté de la Maison de l’enfance, au-delà du petit parc boisé, la maison de Hautepierre fait office de centre de vie dans le quartier, avec en son sein le centre socio-culturel du Galet. Elle accueille aussi des locaux pour les associations du quartier depuis 2013.

« Avant, on faisait nos réunions en pieds d’immeubles », se souvient la défenseuse des locataires. Pour autant, elle regrette l’époque où les lieux abritaient un centre commercial :

« Il y avait la Poste, un coiffeur, une boutique de vêtements, un tabac. C’était vraiment le lieu de convivialité de Hautepierre. Mais Auchan l’a fait crever. Et on a raconté que c’était la faute des jeunes qui y faisaient des bêtises… »

Désormais, le manque de commerces de proximité est criant. À l’entrée de son immeuble face au collège Érasme, Paul Kabore exprime son attente de plus de sécurité dans la maille, ouverte sur le parking. Ce père isolé développe :

« Ce serait vraiment important qu’il y ait au moins des cassis et des dos d’âne pour ralentir la circulation et protéger les enfants. J’ai aussi l’impression que quand il neige, il n’y a pas de responsable pour déblayer. C’est très dangereux pour les enfants. »

Stationnement et hausse des loyers

Pour le reste, il espère que la rénovation de Brigitte soit « comme Karine » et insiste sur le besoin d’isolation des immeubles :

« Depuis que je vis ici, je paie bien plus de chauffage que quand j’étais ailleurs. Il n’y a pas d’isolation. »

Bien sûr, il reconnaît aussi un problème de places de parking, mais tient à relativiser :

« C’est un problème général ici, lié à la proximité de l’hôpital et de la mosquée, qui attire beaucoup de monde le vendredi. Mais on assume cet inconvénient. C’est la facture à payer pour l’emplacement. »

L’aide-soignant à temps partiel s’inquiète aussi pour la nouvelle augmentation de loyer à venir après la rénovation :

« Les augmentations de loyer, ça devient vraiment exagéré. Sur 550€, une fois les APL déduites, je payais 200 € l’an dernier. Maintenant je paie 247 €. Je me demande à quoi m’attendre pour la suite. »

De nouvelles augmentations de loyers et moins de places de stationnement, c’est ce que craignent tous les habitants rencontrés lors de cette visite.

Depuis l’installation d’un parking payant pour l’hôpital, le grand parking de la maille Éléonore est saturé par les voitures du personnel et des visiteurs. À cela s’ajoute la disparition d’un parking, en face celui de l’hôpital. La collectivité l’a cédé pour la construction de trois bâtiments dont le chantier est déjà bien avancé. Ils doivent abriter prochainement la direction de territoire et des bureaux privés, dont ceux de boîtes issues de la pépinière d’entreprises de Hautepierre.

Les enfants d’abord

Avec ses 50 entrées d’immeubles et ses quatre écoles, la maille Éléonore est immense. Geneviève Manka espère que les travaux d’isolation des HLM n’interviendront pas en pleine hiver comme ça avait été le cas dans la maille Catherine.

« Ils ont enlevé les écailles d’amiante alors qu’il faisait – 5 C° dehors. Pour compenser l’humidité, les gens ont dû chauffer à mort. C’était absurde. »

Sur des barres aussi étendues, il serait d’autant plus dommage de fermer les passages sous les immeubles, ajoute-t-elle en progressant par l’intérieur de maille à travers les aires pour enfants peu dotées en jeux.

Mohammed Ali mentionne sans s’attarder le manque de propreté des parties communes et le problème des cafards dans les appartements. Mais pour le père de famille, le plus fondamental est de bien réaménager l’intérieur de la maille, « très important pour les enfants ». Une préoccupation partagée par Yonis Roberto, installé dans sa chaise de camping au pied d’un immeuble près de l’école. Le jeune homme insiste :

« Il faut absolument maintenir et refaire les aires pour les enfants. »

Le jardin de nos rêves, paré pour le printemps. (Photo CG / Rue89 Strasbourg / cc)

Plus loin, Satsita Akhaeva, renchérit :

« Il leur faut plus de jeux, plus de places de balançoires, et de la place pour faire du vélo aussi. »

Le jardin de nos rêves

En son cœur, la maille Eléonore recèle une pépite, « le jardin de nos rêves », un jardin partagé de 18 parcelles où Béatrice, jardinière très investie, accueille les habitants de tous âges, depuis 2006. L’endroit est un lieu de rencontre précieux pour les habitants. Béatrice assure :

« On m’a promis qu’on ne toucherait pas au jardin. Un grillage plus haut autour va être installé, c’est tout. »

La retraitée a elle aussi une idée pour les enfants du quartier :

« Comme il fait de plus en plus chaud en été, on pourrait installer une dalle à jets d’eau, comme à Illkirch. Ça ferait du bien aux gamins. Et ce serait bien mieux que de les voir casser les bouches d’incendies qui inondent tout. »

#maille Brigitte

La péniche du Cabaret Onirique est à vendre

La péniche du Cabaret Onirique est à vendre

En novembre 2017, la péniche du Cabaret Onirique débutait sa « folle odyssée » comme nous le titrions alors plein d’enthousiasme… Car il avait fallu à son capitaine, Océane Gil, vaincre nombre de barrières financières, légales et administratives pour installer, sur les docks Malraux, un nouveau lieu culturel dédié au spectacle vivant, de l’humour au burlesque en passant par la chanson. Ancrer une péniche avec une scène, deux espaces publics et une terrasse était déjà une sorte d’exploit. Las, faute de trésorerie suffisante pour installer le lieu dans les habitudes des Strasbourgeois, l’entreprise a pris l’eau assez vite et la péniche a fermé ses portes aux alentours de l’été 2018.

700 000€ la péniche

Le Cabaret Onirique est en redressement judiciaire et une annonce pour vendre la péniche, dont la superstructure a été spécialement conçue par l’architecte Chloé Kessler, a été publiée sur un site spécialisé. La mise à prix est de 700 000€, indique le site qui précise par ailleurs :

« La salle principale, avec ses 5 mètres de hauteur sous plafond offre une immersion totale au spectateur, et permet de bénéficier d’une vue panoramique sur la scène. Ce lieu atypique dispose également d’un véritable bar situé à l’étage, avec vestiaire et toilettes, ainsi que d’une loge. »

La salle de spectacle du Cabaret Onirique (doc remis)
La salle de spectacle du Cabaret Onirique (doc remis)

L’emplacement de la péniche est relativement recherché. Juste à côté de la Médiathèque Malraux, il permet d’intéresser les passants dans ce nouveau quartier, alors que les travaux des Black Swans se terminent à l’autre bout du quai. La péniche est voisine du Barco Latino, une péniche-bar spécialisée dans les mojitos, un troisième emplacement est disponible de l’autre côté mais dans l’attente d’un projet.

Organisation de l’islam : le CFCM évince l’Alsacien Abdelhaq Nabaoui

Organisation de l’islam : le CFCM évince l’Alsacien Abdelhaq Nabaoui

Le Conseil français du culte musulman a révoqué Abdelhaq Nabaoui, actuel président du Conseil régional du culte musulman d’Alsace, de ses fonctions d’aumônier national des hôpitaux. L’instance représentative des musulmans en France ne supportait plus que l’Alsacien fasse cavalier seul dans ses initiatives.

Trop, c’est trop, pour le Conseil français du culte musulman (CFCM). L’institution représentative des lieux de culte islamiques en France a décidé fin 2018 de révoquer Abdelhaq Nabaoui de ses fonctions d’aumônier national des hôpitaux . . .

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Deux trains au milieu de la nuit pour arriver au Carnaval du Morgenstreich

Deux trains au milieu de la nuit pour arriver au Carnaval du Morgenstreich

Le carnaval du Morgenstreich à Bâle est l’un des plus réputés de la région mais il débute à 4h du matin. Pas de panique, des trains spéciaux sont mis en place depuis Strasbourg.

Juste après le défilé strasbourgeois, le plus grand Carnaval de Suisse débute lundi 11 mars à l’aube pour trois jours. À l’occasion du Morgenstreich à Bâle, la Région Grand Est et la SNCF affrètent comme chaque année deux trains express régionaux (TER) depuis l’Alsace pour se rendre à la fête au son des tambours, cliques et autres piccolos. Les trains partent au milieu de la nuit de dimanche pour arriver vers 3 heures le lundi matin au centre-ville de Bâle et ne pas rater le départ des cortèges et l’allumage des lumières à partir de 4 heures.
Le carnaval bâlois démarre dans la nuit (Photo Allie_Caulfield / Flickr / cc) (Photo Allie_Caulfield / Flickr / cc)
Le carnaval bâlois démarre dans la nuit (Photo Allie_Caulfield / Flickr / cc)
Ainsi, un train s’élance de la gare de à Strasbourg à 1h40 et un autre à 2h29 de Mulhouse, ce qui permet d’embarquer des voyageurs à Sélestat, Colmar et Saint Louis. Les forfaits spéciaux mis en vente permettent de rentrer dans la journée du lundi pour finir (ou commencer) sa nuit avec n’importe quel train TER au départ de Bâle (hors TGV donc).

Horaires des deux trains

Ville Horaire Prix aller-retour
Strasbourg 1h40 12€
Sélestat 2h07 10€
Colmar 2h21 8€
Arrivée à Bâle 3h05
Ville Horaire Prix aller-retour
Mulhouse 2h29 5€
Saint-Louis 2h46 5€
Arrivée à Bâle 2h54

Petite hausse de prix

Depuis l’année 2018, les forfaits de groupes (tarif unique pour 1 à 5 personnes pour une trentaine d’euros) n’existent plus. Ainsi, ces tickets aller-retour sont à acheter à l’unité, au tarif 12€ par personne au départ de Strasbourg (+2€ depuis 2018) et 10€ au départ de Sélestat (prix stable) et 8€ de Colmar (+3€). Le train qui part de Mulhouse et passe par Saint-Louis est au prix unique de 5€ (prix stable). Ces deux trains nocturnes sont aussi ouverts à la réservation en aller simple avec les différentes réductions SNCF (Cartes Primo, Presto, Famille nombreuse, Militaire, etc.), mais le tarif n’est pas toujours avantageux selon les catégories.

Les Actuelles du TAPS, prendre le risque de découvrir l’écriture théâtrale contemporaine

Les Actuelles du TAPS, prendre le risque de découvrir l’écriture théâtrale contemporaine

Festival dédié à l’écriture théâtrale, Actuelles s’installe du mardi 5 au samedi 9 mars au TAPS Laiterie. Au menu, écritures contemporaines, scénographies atypiques et dégustations de plats inspirés par les spectacles.

Le festival des Actuelles existe à Strasbourg depuis 2005 et continue de promouvoir des auteurs francophones d’aujourd’hui. Il propose cinq soirées uniques, en y conviant les Strasbourgeois.

Son objectif est de ne pas se raccrocher compulsivement aux auteurs classiques, gage de succès (mais aussi de sclérose) dans le théâtre contemporain. Les auteurs et autrices sont tombés leur piédestal avec l’émergence de la mise en scène moderne. Les metteurs en scène s’emparent du texte, le remanient, le transfigurent et finalement s’en passent volontiers. Dans ce « nouveau » paradigme, qui a tout de même plus d’un siècle, l’auteur des pièces jouées est souvent un auteur mort. Ainsi le texte devient un matériau malléable et docile, qu’il est davantage tolérable d’exploiter.

(Photo de Raoul Gilibert)
La Loi de la Gravité d’Olivier Sylvestre aux Actuelles XX (Photo de Raoul Gilibert)

La complexe élaboration d’un festival engagé

Le festival, qui se déroule cette année du 5 au 9 mars, met en lumière une sélection de textes et de cinq jeunes auteurs et autrices. L’engagement social et politique des textes est une constante des éditions. Programmé le jeudi 7 mars, Pig Boy 1986-2358 de Gwendoline Soublin évoque la trans-humanité, tandis que Gens du pays de Marc-Antoine Cyr prévu le vendredi 8 mars pose la question de l’identité et du vivre ensemble à travers les yeux d’un adolescent.

Les années passées, la normalisation de la société et la transidentité (La loi de la gravité d’Olivier Sylvestre en 2018,) les enfants-soldats (À la guerre comme à la Gameboy d’Édouard Elvis Bvouma en 2017) ou encore la déshumanisation du système financier (Krach de Philippe Malone en 2016) avaient été abordées.

Pour l’artiste associé du TAPS Yann Siptrott, qui co-dirige le festival, cet engagement est logique :

« Ces thématiques posent la question de ce qu’est devenu le théâtre aujourd’hui, si c’est devenu une tribune. Moi j’aime penser que monter sur une scène de théâtre c’est déjà un acte d’engagement. Les jeunes auteurs sont le vivier de demain, et je trouve cela dommage qu’ils soient si peu mis en avant. Je pense que tous les auteurs qui viennent aux Actuelles sont reconnaissants de la petite fenêtre qu’on leur donne. »

Le festival des Actuelles a été initié par Olivier Chapelet en 2005. Cette année-là, cet ancien artiste associé du lieu a pris la direction du Théâtre Actuel et Public de Strasbourg (TAPS). La mission des deux salles du TAPS (celle de Laiterie où se déroule le festival Actuelles et celle du Scala à Neudorf) est depuis son origine une salle qui permet à de jeunes compagnies de trouver des moyens et un public, un tremplin parfois déterminant. Dans la même optique, les Actuelles offrent une opportunité rare aux auteurs et autrices. L’écrasante majorité des textes lus n’ont pas encore été publiés. La primeur est réservée au public strasbourgeois, qui se fait cobaye de ces jeunes écritures.

(Photo de Raoul Gilibert)
La Loi de la Gravité d’Olivier Sylvestre aux Actuelles XX (Photo de Raoul Gilibert)

Pour parvenir au quintet retenu, un long processus s’est activé pendant plus d’un an. Un « comité de lecture » dirigé par les deux artistes associés du TAPS (actuellement Pascale Jaeggy et Yann Siptrott) est chargé de lire plus d’une centaine de pièces afin de sélectionner, à force de débats, de consensus et de négociations, les textes présentés. L’événement a su acquérir une solide réputation dans le milieu du théâtre francophone, et les propositions affluent.

Yann Siptrott rend compte de l’ampleur de ce travail :

« Nous lisons 80 textes par an en moyenne. Là, nous attaquons les textes reçus en janvier et février 2018. Nous en recevons de manière assez régulière. Le réservoir est d’environ 100-150 textes. Mais nous lisons aussi plus qu’avant, 20 textes par mois. »

Initialement les Actuelles n’étaient censées se composer que d’une lecture au pupitre, sans mise en scène ni apparat. Mais les éditions successives ont su enrichir la formule. À présent, les soirées proposent des lectures théâtralisées, avec des metteurs et metteuses en scènes sélectionnant une équipe de comédiens. Une scénographie propre à chaque texte est longuement élaborée, à l’aide de maquettes et de réunions de mi-projet.

(Photo de Benoît Linder)
Faire des enfants d’Éric Noël aux Actuelles XIX (Photo de Benoît Linder)

Construire collectivement, l’essence même du théâtre

L’année 2019 marque la XXIe édition du festival, mais celui-ci est loin d’avoir 21 ans. Aux débuts, le festival était bi-annuel, avant de changer de formule en 2012 pour se resserrer autour de cinq soirs. L’organisation est confiée aux deux artistes associés du théâtre. Leurs mandats durent trois ans et sont décalés afin qu’il y ait toujours un « ancien » pour former un « nouveau ». À deux, ils pilotent le festival.

C’est sur conseil de l’un d’eux que le TAPS a entamé une collaboration avec la section scénographie de la Haute École des Arts du Rhin (HEAR, les ex-Arts déco) en novembre 2011, pour la XIIIe édition, par l’intermédiaire de l’enseignant François Duconseille. Depuis, chaque lecture se déroule dans un espace conçu par les élèves scénographes de la HEAR. Les élèves sont accompagnés et conseillés par le responsable technique du TAPS Laiterie, Denis Rondel. La lecture théâtralisée est une forme de spectacle qui permet de s’essayer à différentes dispositions.

(Photo de Raoul Gilibert)
Maquette pour Le Mensonge du singe de Christophe Tostain aux Actuelles XX (Photo de Raoul Gilibert)

Depuis avril 2015 (XVIIe édition), un partenariat s’est noué avec la faculté des arts de l’Université de Strasbourg (Unistra) sous l’impulsion de Sylvain Diaz, maître de conférences en études théâtrales. Les élèves de première année du Master Recherche étudient les cinq textes des Actuelles à venir et conçoivent les livrets qui seront distribuées aux spectateurs. Plus que de simples programmes, il s’agit du fruit de leurs réflexions sur les textes du festival, avec des suggestions de références pour prolonger les propos des spectacles. Les Actuelles s’efforcent ainsi à mettre en avant le côté collectif, parfois en coulisses, des arts de la scène.

Ce qui est élément indispensable aux yeux de Yann Siptrott :

« L’intérêt des Actuelles c’est de faire se rencontrer un metteur en scène, un musicien et des comédiens sur un texte qu’ils ne connaissent pas et qu’ils n’ont pas choisi. L’idée c’est de générer des rencontres qui pourront peut-être se poursuivre. »

(Photo de Benoît Linder)
Faire des enfants d’Éric Noël aux Actuelles XIX (Photo de Benoît Linder)

Chaque soirée se divise en deux temps : d’abord la lecture puis un moment d’échange. La discussion s’amorce, hors du cadre formel habituellement posé dans ce genre de rencontres entre artistes et public. Les élèves de la HEAR, de l’Unistra, l’auteur ou l’autrice et les spectateurs sont amenés à discuter et débattre, sous la supervision du journaliste Thomas Flagel.

Un cuisinier inspiré par les pièces

La dernière touche atypique du festival est la présence d’un cuisinier, Olivier Meyer (connu pour ses expériences culinaires avec Kuirado) qui prépare à l’intention de chaque soirée des dégustations que lui a inspiré la pièce. Certes, pour Faire des enfants du Québécois Éric Noël en 2017, la nature profondément violente et gore du texte l’avait conduit à imaginer un petit pâté de légumes secs censé évoquer un étron, accompagné de betteraves sanglantes.

Mais les créations du cuistot sont toujours goûteuses, et son inspiration permet de se saisir du spectacle par une autre approche. Pour Rona Ackfield, un texte à quatre mains (écrit par Élise Boch, Noémie Fargier, Lara Khattabi et Lucie Pannetrat) et où l’identité de Rona se divise en quatre versions d’elle-même, Olivier Meyer a conçu un ensemble de quatre vérines, proposant une saveur distincte pour chacune des femmes. Il est rare de pouvoir prétendre « manger du théâtre », au sens propre. Cette présence d’un artisan culinaire est d’ailleurs fortement liée au festival puisqu’elle date de la troisième édition, en novembre 2006.

(Photo de Raoul Gilibert)
La Loi de la Gravité d’Olivier Sylvestre aux Actuelles XX (Photo de Raoul Gilibert)

Quelques places de dernière minute

À l’heure actuelle, les soirées de jeudi et de samedi sont complètes et il reste quelques places pour le vendredi. Cependant, le jeu des réservations et ses impondérables permettent d’envisager d’obtenir une place sur la liste d’attente, ouverte trois quart d’heure avant de début du spectacle à la billetterie du TAPS Gare.

#Olivier Chapelet

Strasbourg choisit les bus électriques Aptis

Strasbourg choisit les bus électriques Aptis

Après 5 tests par la Compagnie des Transports strasbourgeois (CTS), l’Eurométropole a choisi de commander 12 bus 100% électriques. Il s’agira du véhicule Aptis développé par NTL (New Translohr), une filiale d’Alstom (51%) et de la Banque publique d’investissements (BPI, 49%) basée à Hangenbieten. Ce bus aux allures de tramway (plancher bas, grandes vitres) circulera sur la future ligne entre la gare et . . .

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Municipal-o-drome de février 2019 : une nouvelle tête à droite, une autre recule

Municipal-o-drome de février 2019 : une nouvelle tête à droite, une autre recule

Qui sera le nouveau maire de Strasbourg en mars 2020 ? Rue89 Strasbourg vous propose de retrouver chaque mois le positionnement de chacune des listes et ses candidats potentiels. Le mois de février 2019 n’a pas enregistré de candidatures officielles, mais les positions bougent un peu à droite.

Le municipal-o-drome est un outil imaginé par Rue89 Strasbourg qui vise à sortir de l’instantanéité des déclarations des prétendants. L’autre objectif est d’avoir l’ensemble du panorama électoral en un coup d’œil pour remettre chaque mouvement dans ce contexte plus global. Passer la ligne d’arrivée revient à être le candidat investi par sa formation. Depuis janvier 2019, le positionnement de chaque candidat est décidé par les journalistes de la rédaction selon leur appréciation de la situation. Il dépend aussi de critères objectifs comme une déclaration publique ou non de candidature qui permet d’apparaître sur la pelouse, la concurrence au sein de son « écurie » ou la capacité des différentes équipes à mener une liste. S’être déclaré en premier confère aussi un avantage (provisoire) au sein de sa famille politique. L’ordre de placement de haut en bas ne répond pas à une logique particulière. Le mois de février 2019 n’a pas enregistré de déclaration officielle. Mais un nouveau prétendant potentiel arrive à droite (Frédéric Bierry), tandis qu’au centre-droit, le champ pourrait s’élargir si l’ancienne candidate Fabienne Keller (aujourd’hui chez Agir) s’éloigne de la compétition locale. Elle devrait figurer en position éligible, en tant qu’alliée de la liste « La République en Marche » aux élections européennes en mai. Cette hypothèse devient de plus en plus crédible. Côté gauche, on est davantage dans une phase d’observation. Pour zoomer, il suffit de continuer à faire défiler son écran vers le bas.

Des pistes d’améliorations ? N’hésitez pas à nous en faire part en commentaires. Nous tenterons d’en tenir compte pour les prochaines éditions.

Jean-François Gérard, Geoffrey Brossard et Nina Courtois Un outil créé à trois, dans l’ordre : un journaliste, un développeur web et une graphiste

Lies : contrôler, pour un soir, les mécanismes du capitalisme mondial

Lies : contrôler, pour un soir, les mécanismes du capitalisme mondial

À travers un spectacle participatif sous la forme d’un casino clandestin, le collectif belge Ontroerend Goed permet d’expérimenter avec Lies (£¥€$) l’ivresse du pouvoir au sommet de l’économie mondialisée. À vivre à l’Aubette jusqu’à vendredi.

« Économie », « capitalisme », « système bancaire » : ces termes, partie intégrante de notre quotidien peuvent être bien souvent fort nébuleux pour certains. Et pourtant, comprendre le fonctionnement de l’économie c’est bien comprendre la manière dont se structure la société ainsi que notre rapport à autrui. Tout bonnement parce qu’une large part de nos interactions sociales sont économiques. Salariat, commerce, services, la relation à l’autre se joue souvent à travers un échange de monnaie.

Or cette monnaie est fiduciaire, c’est -à-dire que loin d’avoir une valeur intrinsèque elle possède une valeur symbolique, issue d’un consensus général. Le système a fixé que le billet aurait la valeur de 20 euros, et les euros en question sont des unités valables au sein dudit système, lui-même articulé à d’autres devises. Car, concrètement, le joli papier bleuté de votre billet ne vaut rien en lui-même. Et par la confiance que vous lui accordez, et que le reste de la société lui accorde, il devient une valeur. Mais tout cela demeure malgré tout très volatil, et ne cesse de le devenir davantage avec l’avancée de la dématérialisation des paiements. Lorsqu’un achat transite par virement bancaire ou règlement sans contact via une carte bancaire ou un téléphone, ce n’est qu’une confiance que les intéressés s’échangent. D’aucuns pourraient dire du vent.

(Photo Michiel Devijver)

Le jeu comme pédagogie, une recette connue au service de la compréhension du système financier

Présenté par le Maillon, le collectif belge Ontroerend Goed a cherché la meilleure manière de rendre palpables ces transactions et les mécanismes du système économique au sein duquel nous évoluons parfois sans y penser. Cette troupe est familière de formes spectaculaires rompant avec le traditionnel rapport frontal entre une scène bien délimitée et un public passif.

Cela s’est vérifié avec des spectacles comme A Game Of You (2015) où le spectateur devenait le sujet du spectacle, mis face à sa propre intériorité dans un parcours ludique, ou encore Fight Night (2018) disséquant le rapport du public à la démocratie et à ses velléités de dissidence. Ici, encore une fois, Ontroerend Goed désire bouleverser des mécanismes sociaux, inconsciemment intégrés comme allant de soi et sur lesquels nous ne prenons même pas le temps de nous questionner.

Afin de briser les images d’Épinal cristallisées en visages archétypaux telles que la fameuse Crise, ou encore les banquiers, terribles croque-mitaines des bas de laine, ils ont imaginé un spectacle atypique qui fait du spectateur un acteur au sein d’un système économique. Dans une salle aux lumières feutrées et aux croupiers placides, arrière-boutique d’un bar peuplée de pokers clandestins, tel est le plateau qu’investit la performance £¥€$.

(Photo Tom Verbruggen)

Tout comme ce nom imbrique les devises, le dispositif présente plusieurs tables, accueillant chacune 7 spectateurs et un croupier ou une croupière. Leur nombre oscillant entre 6 et 12, £¥€$ convie par représentation entre 42 et 84 spectateurs à intégrer un capitalisme sous forme de jeu de société. Misant l’argent de leurs poches, celui avec lequel ils sont venus au spectacle et qui se voit converti en jetons, les spectateurs se retrouvent membres de systèmes monétaires dont les noms ne sont pas anodins. Le spectateur ayant misé le plus de cash à chaque table donnera son prénom à ce microcosme financier. Ainsi, chaque module possède sa propre monnaie, que ce soit des « Clara », des « Archibald », des « Pierre » ou encore des « Marie-Louise ».

Alexander Devriendt, le metteur en scène, déclare dans une interview :

« Dans cette formule de jeu, on n’est pas obligé de prendre les spectateurs par la main, c’est eux qui mènent le jeu. La zone grise entre jeu et pièce de théâtre est très excitante pour nous. »

(Photo Tom Verbruggen)

Spéculation malveillante ou entrainement incontrôlable ?

Alors le jeu, guidé par le croupier mais toujours à l’initiative des participants, débute, et mêle les investissements avec les prises de risques, les opérations bancaires avec les menaces de faillite. Car, une fois assis à cette table, les spectateurs deviennent des privilégiés, les magnats marionnettistes qui tirent les ficelles d’un système à échelle mondiale. Traders sans limite et nantis gourmands vont côtoyer des investisseurs plus prudents ou d’une autre obédience morale.

Les convictions des joueurs seront chamboulées, car pour la première fois confrontées réellement à leur objet : le pouvoir de l’argent entre leurs mains, seront-ils aussi idéalistes que sans lui ? Les sommes sont colossales et le sens des réalités n’est plus qu’un vague filet de sécurité prêt à se rompre devant la hardiesse de vos montages financier. £¥€$ ne demande pas de comprendre ou de cautionner les dérives des grandes fortunes et des gens de pouvoir, mais de les vivre. Et par l’expérience, chaque spectateur expérimente les mécanismes désincarnés qui régissent le monde.

(Photo Tom Verbruggen)

Inflations, dérégulations, crise des subprimes… Le déroulement du jeu suit l’histoire de l’économie mondiale depuis la fin de la Seconde guerre mondiale. Alexander Devriendt et son équipe ont bien documenté leur sujet. Ils revendiquent la lecture de nombreux traités d’économie, et au fond leur démarche s’apparente à de la vulgarisation et de la responsabilisation citoyenne.

Cette prise de conscience est capitale : comment faire confiance en un système dont les rouages sont incompris ? Il s’agit bien, au cours de ces presque deux heures de représentation, de se saisir de la réalité de la société que nous habitons. Et par ce savoir, il devient impossible de ne pas responsabiliser les citoyens en conséquence. La monnaie n’est issue que d’un consensus, et sa fragilité est mise en évidence par les multiples crises et dérégulations qui viennent rythmer les décennies d’incertitudes économiques. Avec cette connaissance de notre propre précarité, c’est peut-être une nouvelle approche de l’économie que nous nous verrions adopter.

(Photo Tom Verbruggen)

Un nouvel échangeur plus grand et plus pratique à l’entrée de Hautepierre

Un nouvel échangeur plus grand et plus pratique à l’entrée de Hautepierre

L’Eurométropole enchaîne les dernières réunions publiques de concertation sur la rénovation urbaine de ses quartiers. La collectivité va en effet présenter son dossier au comité d’engagement avec l’État à la fin de mois de mars pour la deuxième vague de travaux.
Dans les ultimes discussions internes, l’adjoint au maire de Strasbourg pour le quartier de Hautepierre, Serge Oehler (PS), a obtenu l’extension d’un des échangeurs routier au-dessus de l’autoroute l’A351, à hauteur de l’hôpital.
Les deux bretelles actuelles près de la ligne de . . .
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40 profs en grève mardi au lycée Pasteur

40 profs en grève mardi au lycée Pasteur
Une quarantaine de professeurs du lycée Pasteur ont déposé un préavis de grève pour la journée du mardi 5 mars, sur les 65 qui doivent être présents ce jour-là. Les professeurs protestent contre la réforme du lycée du gouvernement et des moyens en diminution dans leur établissement. Dans un tract diffusé aux parents, signé des syndicats SNES et CFDT, les enseignants grévistes reprochent :
    « l’absence de négociation de l’employeur malgré le dépôt d’un préavis de grève le 7 février, le maintien d’un projet de dotation horaire globale (DHG) qui ne garantit ni la pérennité des postes à long terme ni de bonnes conditions d’enseignement pour les élèves, le caractère encore très flou des prévisions d’effectifs et des choix de spécialité des futurs élèves de première qui hypothèque grandement l’organisation de la rentrée 2019, l’incertitude et le désarroi éprouvés par les équipes enseignantes qu’une réforme improvisée soumet à des risques psycho-sociaux que l’institution affirme par ailleurs combattre. »
Le tract du SNES et de la CFDT à propos du lycée Pasteur (doc remis)
Le tract du SNES et de la CFDT à propos du lycée Pasteur (doc remis)
Selon les enseignants en grève, des adaptations de la carte scolaire menacent des postes d’enseignants au lycée Pasteur, situé près du Nouvel Hôpital Civil. « Si elle était appliquée à la rentrée 2019, indique le tract, les conditions d’enseignement des collègues et les conditions d’apprentissage des élèves seraient dégradées par la suppression de nombreux demi-groupes. »

Une réunion d’information publique

Les enseignants précisent qu’ils seront présents pour renseigner les parents à 8h devant l’établissement et qu’une assemblée générale suivra. La réforme du lycée provoque de nombreux mouvements parmi les enseignants qui n’y voient guère de raisons d’espérer des améliorations de leurs conditions de travail. Une intersyndicale s’est formée et une réunion d’échange et d’information sur la réforme du lycée, du baccalauréat et de Parcoursup, est organisée mercredi 6 mars à partir de 18h, au Palais universitaire, salle Pasteur à l’appel des organisations SNES-FSU, SNESup-FSU, CNT, SUD Éducation, CGT Educ’action, SNFOLC, SNPREES-FO, FCPE 67 et UNL.
#lycée Louis Pasteur

Au sommet des Vosges, la dernière tournée d’un facteur à l’ancienne

Au sommet des Vosges, la dernière tournée d’un facteur à l’ancienne

Thierry a été facteur de montagne en Alsace pendant 24 ans. Il vient de prendre sa retraite. Au fil des années, des cafés pris et des services rendus, il a créé un fort attachement chez les habitants. Issu de l’ancienne génération de facteurs, il exerçait son métier d’une façon amenée à disparaître, à l’heure où la Poste cherche à devenir une entreprise « rentable », loin de sa mission initiale de service public.

Ce jour-là, la neige tombe sans discontinuer. Le ciel est blanc et se confond avec le paysage. Le chasse-neige est passé mais la route a été recouverte en une heure. Thierry plante sa voiture au lieu-dit « Vers Pairis ». Après le virage, son Dacia Duster glisse tout seul dans le bas-côté, stoppé dans sa course par la clôture du pré. Le facteur ne peut rien faire. « C’est bien la première fois que je me plante ici. La neige est une vraie merde aujourd’hui. Il ne fait pas assez froid donc ça fait de la bouillasse, c’est dangereux », s’irrite t-il.

La voiture blanche flanquée du logo La Poste reste là, le nez dans la neige et le moteur allumé, le temps que Thierry, bonnet vissé et chaussures de marche aux pieds, aille déposer le courrier à la ferme située à quelques mètres. Il revient accompagné du maître de maison et de son 4×4. En quelques minutes, l’homme tracte le Duster hors du fossé. Un merci et une poignée de main plus tard, nous voilà repartis. Sur le siège passager, je n’en mène pas large. Thierry, lui, se marre. « Au moins, vous aurez tout vécu sur ma tournée, même les accidents ! »

Sans l'aide d'un habitant, le facteur aurait pu rester bloquer de longues heures. (photo Pauline Jallon)
Sans l’aide d’un habitant, le facteur aurait pu rester bloqué de longues heures. Photo : Pauline Jallon / Rue89 Strasbourg

Au mois de juin 2018, Thierry, 54 ans, a fêté les 24 ans de sa tournée, au-dessus du village d’Orbey (Haut-Rhin) dans le massif des Vosges. Près de 80 kilomètres de petites routes et de chemins dans la forêt. Seulement des hameaux ou des fermes isolées. Un peu plus d’une centaine de foyers dont beaucoup de personnes âgées. Entre eux, les facteurs disent « la tournée des Hautes-Huttes », du nom d’un des lieux-dits les plus hauts perchés du parcours, à presque 950 mètres d’altitude. Sur les registres de la Poste, c’est la tournée numéro 5 207, la plus longue du coin. Dans le meilleur des cas, le soleil brille sur les sommets et le cadre devient magnifique, quand la plaine d’Alsace est noyée dans les nuages. Les pires jours, le vent souffle et il neige, tandis que ciel et terre se confondent dans une même blancheur. « Ça chibe », comme on dit dans le patois local, pour désigner la neige qui s’envole à cause du vent.

« Pas beaucoup de courrier mais beaucoup de kilomètres »

Thierry, facteur à l’ancienne

En cette journée de février 2018, Thierry se lève à 5h30 pour débuter sa journée à 6h50, au centre de tri de Kaysersberg, où se retrouvent une trentaine de facteurs avant leur départ. Le facteur a grandi dans le coin et a toujours vécu à quelques kilomètres de sa tournée quotidienne. « Avant nous étions au bureau de poste d’Orbey et je partais de là-bas. Puis en 2005 il y a eu un regroupement de secteur », explique le facteur en triant le courrier. Une situation banale pour ce coin rural : ces dix dernières années, la Poste a fermé 6 000 bureaux parmi les moins rentables. L’entreprise en perte de vitesse sur le courrier (18% en moins en quatre ans et 500 millions d’euros de déficit chaque année) cherche par tous les moyens à faire des économies ou à trouver de nouveaux revenus. Les zones rurales -  et les facteurs qui y travaillent, comme Thierry -  sont parmi les premiers concernés.

La tournée des Hautes-Huttes n’est pas la plus simple. Presqu’aucune rue, seulement des lieux-dits. Il y a les Allagouttes, le Noirmont, le Sombrevoir, la Mossure, le Lomberg. Le courrier tient généralement en deux caisses et quelques colis. Des lettres des impôts, de la banque, des catalogues de vêtements. Des journaux surtout, Les Dernières Nouvelles d’Alsace ou L’Alsace, avec un Vosges-Matin et un Figaro. Les porteurs de journaux ne montent pas jusqu’à la crête des Vosges, à la limite entre l’Alsace et la Lorraine. « Je n’ai pas beaucoup de courrier, mais beaucoup de kilomètres. Quand je travaillais à Mulhouse, au tout début, je faisais deux kilomètres et j’avais 1 000 foyers, dix fois plus qu’aujourd’hui ! », rigole Thierry. Après quelques lotissements dans le haut du village d’Orbey, le facteur part à l’assaut de la montagne. Il est environ dix heures.

Le courrier sur la table de la cuisine

Avec les années, Thierry connaît par cœur les habitants et leurs préférences. Donatienne, 89 ans, reçoit tous les jours son journal directement sur la table de la cuisine. « Elle sait toujours tout alors qu’elle ne sort jamais de chez elle », commente le facteur devant sa ferme. Effectivement, la vieille dame nous accueille sur ces mots : « Il paraît que Claude n’a plus d’électricité depuis hier, à cause de la tempête. » Les deux fermes sont espacées de plusieurs kilomètres, mais l’information circule vite dans la vallée. Le facteur y contribue. « Oui je l’ai vu tout à l’heure, il utilise son tracteur comme générateur de secours. »

Donatienne vit avec son fils Bruno, éternel célibataire aux alentours de la cinquantaine. Autrefois, elle élevait des poules et des vaches, comme la plupart des petits paysans du coin. Elle a arrêté depuis que l’arthrose l’empêche de se mouvoir correctement. « Fais-toi un café, Thierry », ordonne t-elle, assise en tablier de cuisine, la canne à la main. Le facteur a ses habitudes chez elle : il s’y arrête au moins une fois par semaine, se fait lui-même son café pour éviter à la vieille femme de se lever. Ils parlent de la neige, de l’accident du facteur un peu plus tôt dans la matinée, partagent les dernières nouvelles du coin. Dix minutes pas plus, car la tournée est encore longue.

Le facteur s'arrête parfois chez les habitants le temps d'un moment convivial. La caricature de la tournée dans Bienvenue chez les Ch'tis n'est pas loin. (photo Pauline Jallon)
Le facteur s’arrête parfois chez les habitants le temps d’un moment convivial. La caricature de la tournée dans Bienvenue chez les Ch’tis n’est pas loin. Photo : Pauline Jallon / Rue89 Strasbourg

Comme Donatienne, d’autres ont exprimé le désir de recevoir le facteur dans leur cuisine. C’est l’occasion de discuter quelques minutes. Pierrot, 89 ans lui aussi, reçoit tous les jours son journal sur la table. « Même quand il n’est pas là, c’est toujours ouvert », m’explique le facteur. Ce jour-là, le vieil homme et sa femme sont en pleine préparation du repas. Monique hache un peu de lard et le met à frire dans une poêle. Pierre insiste pour faire goûter sa liqueur de sauge maison. Thierry refuse parfois l’hospitalité des habitants. « Sinon, je rentrerais à 19h tous les jours ».

Une pétition pour conserver la boîte aux lettres jaune

Apprécié des habitants, Thierry a mis en place au fil des années des petits arrangements. Ici, le facteur laisse le courrier dans la voiture. Là, il le dépose dans la bergerie en cas d’absence. Les colis, il les laisse parfois dans un coin abrité, même s’il est censé laisser un avis de passage. « En montagne, ça arrange tout le monde. Ça évite aux gens de faire des kilomètres pour aller récupérer leur paquet dans le village. » Parfois aussi, il récupère du courrier à poster sur le frigo ou directement dans la boîte aux lettres quand celle-ci est munie d’une pince à linge. Avant, les habitants de la tournée disposait de deux boîtes aux lettres jaunes, relevées tous les jours par le facteur. Aujourd’hui il n’en reste qu’une, dans le hameau des Basses-Huttes. « Les habitants des Hautes-Huttes avaient créé une pétition pour garder leur boîte, mais ça n’avait pas marché », se souvient Thierry.

Depuis cinq ans, La Poste enlève les boîtes aux lettres dans les zones les plus reculées, dans un souci de rentabilité  –  et malgré la loi française qui rend obligatoire la présence d’une boîte à moins de dix kilomètres de toute habitation. Il y a presque dix ans, la tournée des Hautes-Huttes a même fait l’objet d’une tentative de regroupement, comme l’explique le facteur. « Ils voulaient mettre des boîtes aux lettres collectives en bas des routes, pour nous éviter d’aller jusqu’à chaque ferme isolée. C’est déjà le cas dans le département des Vosges par exemple. » La tentative a échoué car la zone est classée en parc naturel. « Ils ont décrété qu’un mur de boîte aux lettres en pleine nature, c’était moche. Sans ça, au moins la moitié des tournées du coin aurait sauté ! »

Généreux et arrangeant, Thierry bénéficie en retour de l’aide des habitants, comme en cette journée de février. « J’ai les numéros de tous les fermiers du coin dans mon répertoire. Ils viennent me sortir de la neige avec leur tracteur en quelques minutes quand je me plante comme aujourd’hui. Souvent mon chef n’est même pas au courant ». La plupart du temps cependant, il parvient à se rendre à chaque boîte aux lettres malgré la neige. « J’ai l’habitude. Mes remplaçants, sont moins à l’aise et ils ramènent souvent du courrier non-distribué parce qu’ils n’ont pas réussi à aller à tel endroit ».

Sur les hauteurs, pas de vélo (même électrique) pour le facteur, mais un véhicule tout terrain. (photo Pauline Jallon)
Sur les hauteurs, pas de vélo (même électrique) pour le facteur, mais un véhicule tout terrain. Photo : Pauline Jallon / Rue89 Strasbourg

« Personne ne vient à part le facteur et les témoins de Jéhovah »

Jean-Paul, instituteur

Les semaines où Thierry est absent, deux jeunes facteurs le remplacent : ce sont eux qui reprendront la tournée après son départ, qui attriste les habitants. « Il vient, il nous dit toujours quelques mots. Parce que les jeunes facteurs, avec nous, ils ne parlent pas. Ils ne savent peut-être pas quoi nous dire », constate Monique, la femme de Pierrot, au sujet des nouveaux facteurs. Le facteur veille pourtant à ce que la tradition se perpétue. « Il nous a expliqué chez qui il fallait rentrer, qui voulait son journal dans la cuisine et qui aimait discuter cinq minutes », explique l’un d’eux.

Sabine et Jean-Paul, instituteurs tous les deux, font le même constat. « L’autre facteur, on l’a déjà vu physiquement mais on n’a jamais parlé avec lui. Avec Thierry on a toujours notre rendez-vous pour le calendrier au mois de janvier. On boit un café et on mange les petits gâteaux de Noël », raconte Sabine. Les fameux calendriers, Thierry les commande via un catalogue, les paie avec son propre argent puis les revend. Une tâche réservée aux postiers depuis des décennies et qui fonctionne bien en montagne. Attablé devant son café, Jean-Paul ajoute : « De toute façon, depuis qu’on vit là, personne ne monte à part le facteur et les témoins de Jéhovah. »

Les remplaçants de Thierry, comme tous les nouveaux facteurs, sont contractuels : si La Poste est toujours officiellement un service public, ses salariés ne sont plus fonctionnaires. Au centre de tri de Kaysersberg, ils ne sont plus que deux : Thierry et l’un de ses collègues, qui a commencé à la même époque. « À la télévision, quand j’étais petit, il y avait le dessin animé Casimir. Le personnage du facteur rentrait chez les gens avec sa sacoche en cuir et sa casquette, il leur donnait le courrier et il discutait avec eux. À ce moment-là je me suis dit que je voulais faire ce métier moi aussi », se souvient Thierry.

En 1982, il passe un concours d’État. Il apprend par cœur le nom des départements, des préfectures et sous-préfectures. Il prête aussi serment au tribunal, jure de ne pas lire les courriers qu’il distribue et de préserver la vie privée des habitants. Cette solennité et ce sens de la mission ont disparu aujourd’hui : moins payés parce que contractuels, soumis davantage à la pression hiérarchique, les remplaçants de Thierry abattent la tournée plus rapidement, prennent moins le temps de partager avec les habitants.

« Aller à un enterrement, ça fait partie de mes attributions »

Thierry, facteur à l’ancienne

Thierry, lui, fait partie des derniers rentrés au centre de tri après sa tournée, vers 13 ou 14 heures certains jours. Et sa mission quotidienne va bien au-delà des petits arrangements pour le courrier ou des cafés. Il y a dix ans, il a retrouvé François inanimé dans son salon, victime d’une crise cardiaque. « J’avais pour habitude de déposer le courrier sur la table, c’était toujours ouvert. Là, la porte était fermée mais sa voiture était garée devant. J’ai senti que quelque chose n’allait pas. J’ai fait le tour de la maison et j’ai vu par la fenêtre arrière, qu’il était allongé au sol. J’ai appelé les secours. »

Six ans plus tard, le facteur est venu au secours de Marie-Louise. La vieille dame s’était brisé la hanche après une chute. Il a été le premier à la trouver. « Je l’ai aidée à s’asseoir contre le mur puis j’ai appelé son fils Roger et les pompiers ». Marie-Louise est décédée il y a deux ans. Il s’est rendu à son enterrement. « Ça fait partie de mes attributions. » Plus joyeux, il a assisté aussi aux naissances : « Quatorze l’année où j’ai commencé ! Et ça n’a rien à voir avec mon arrivée », ajoute t-il d’un air entendu en éclatant de rire. Au centre de tri, son responsable d’équipe, Timothée, remarque que « des facteurs comme ça, il y en a de moins en moins. »

La fin de tournée, sous le soleil, est plus paisible. (photo Pauline Jallon)
La fin de tournée, sous le soleil, est plus paisible. Photo : Pauline Jallon

Le facteur devient « agent-vendeur »

Car le métier évolue. En 2016, la Cour des comptes a publié un rapport qui épingle La Poste et la gestion de ses 73 000 facteurs. Pour « assurer la viabilité économique et donc la pérennité de l’entreprise », le métier doit se transformer. Le métier de facteur est décrit, conformément au quotidien de Thierry, comme « une profession riche en particularités et en traditions. » Mais pour les magistrats financiers, ces traditions « solidement ancrées » peuvent parfois « constituer des freins à son adaptation aux besoins nouveaux ». Le rapport donne ensuite un chiffre éloquent : « Le nombre de facteurs en activité a diminué d’environ 2% par an depuis 2011, quand le nombre de plis à distribuer baissait de 5% ». Il faut rentabiliser, donc.

L’entreprise transforme donc ses facteurs en agents multi-tâches. Ils font désormais passer le code de la route dans leurs bureaux pour trente euros. Ils deviennent « agents-vendeurs » pour des entreprises, en proposant des catalogues de produits aux habitants de leur tournée. Thierry propose cette « prestation » sur sa tournée, depuis bientôt un an, dans l’incompréhension générale des habitants, qui connaissent trop bien leur facteur. « Statistiquement, ça permet plus de ventes, mais les gens rigolent souvent avec ça, ils ne comprennent pas pourquoi je ne mets pas juste le catalogue dans la boîte aux lettres. »

Plus connu, depuis juillet 2017, La Poste propose également « Veiller sur mes parents », un nouveau service pour lutter contre la solitude des personnes âgées : pour un tarif entre 19,90 euros et 139,90 euros, le facteur discute quelques minutes avec la personne, une à six fois par semaine selon le contrat. Thierry n’en a souscrit aucun. « Je l’ai dit à mon chef : pourquoi faire payer aux aînés quelque chose que j’ai toujours fait gratuitement pour eux ? » Sur les autres tournées de montagne du secteur, il n’y en a pas non plus. Au 31 mai 2018, selon une information du site Les Jours, La Poste n’avait souscrit que 3 251 contrats dans toute la France, majoritairement en zone urbaine.

« Quatre fois le tour du monde en quarante ans de métier »

Bernard, facteur à la retraite

Thierry a partiellement échappé aux transformations impulsées par l’entreprise. Mais depuis 2010 déjà, il ne travaille plus qu’à 80% : un aménagement qu’il a demandé lui-même, pour pouvoir aider davantage sa compagne Sylvine, propriétaire d’un hôtel-restaurant dans la vallée, et rencontrée par ailleurs sur sa tournée : son père possédait une ferme-auberge aux Hautes-Huttes, où les facteurs avaient pour habitude de s’arrêter. Mais le facteur désirait aussi s’échapper un peu : « C’est quand même plus tout à fait comme avant », dit-il, évoquant la « pression au bureau » et les « objectifs de vente » assénés tous les matins en réunion. « Quand j’ai commencé, on ne parlait pas de tout ça. »

Thierry a débuté la tournée des Hautes-Huttes en 1995. Une époque où le facteur était essentiel pour les « anciens », qui bien souvent n’avaient pas de voiture pour se rendre au village. Il y avait Pauline, « la doyenne des Hautes-Huttes », à qui il apportait parfois des médicaments quand sa fille Francine travaillait. Il y avait aussi « la Jeanne Jules », chez qui tous les facteurs déjeunaient à midi. « Un passage obligé, la reine du monde de la cuisine », ironise le facteur. « Je passais à dix heures le matin, elle avait déjà mis les pâtes à cuire. Je repassais à midi pour manger, elles cuisaient encore ». La vieille femme lui demandait parfois de rapporter une baguette de pain. « Elle me donnait 100 francs pour ça et me laissait la monnaie ensuite ! », se souvient le facteur.

Son prédécesseur sur la tournée, Bernard, a encore plus incarné l’image d’Épinal du facteur, à partir de 1971, quand la Poste se nommait encore « PTT », pour Poste, Télégraphes et Téléphone. Le retraité se souvient des pèlerines en laine et des sacoches en cuir. « À l’époque, je faisais tout à pied l’été et à skis l’hiver. Et il n’y avait pas de route, c’était des sentiers. J’ai compté : j’ai fait quatre fois le tour du monde en quarante ans de métier ! » Bernard rapportait aussi du tabac, du pain, des journaux, de la pharmacie pour rendre service. « Un sac devant, un sac derrière, et c’était parti ». La boîte aux lettres n’existait quasiment pas à son époque. Dans une pochette, l’ancien facteur garde de cette époque quelques photos et des coupures de journaux. Une dame lui a même écrit un poème lors de son départ en retraite.

Bernard, le prédécesseur de Thierry allait aux mêmes endroits, mais avec d'autres moyens de déplacement (document remis)
Bernard, le prédécesseur de Thierry allait aux mêmes endroits, mais avec d’autres moyens de déplacement Photo : document remis
Une petite lettre et ça repart. (document remis)
Une petite lettre et ça repart. Photo : document remis

C’est au tour de Thierry désormais de quitter la tournée des Hautes-Huttes. À tout juste 54 ans, la Poste lui a proposé un TPAS, temps partiel aménagé senior. En juillet, il a arrêté complètement, mais continue de toucher 70% de son salaire jusqu’en 2021. Ensuite, ce sera la retraite, la vraie. Le facteur a déjà rendu le Duster et ses vêtements bleu marine flanqués du fameux logo jaune.

#Orbey

[Annulé] Dimanche à 14h11, le Carnaval des Monstres chimères et carabistouilles

[Annulé] Dimanche à 14h11, le Carnaval des Monstres chimères et carabistouilles

Le Carnaval de Strasbourg reprend son itinéraire classique par les quais des Bateliers, tout juste rénovés. Quelques familles strasbourgeoises défileront dans un groupe en début de cortège ce dimanche 10 mars.

Le départ du Carnaval de Strasbourg sera donné ce dimanche 10 mars à 14h11 précises, pour une légère référence au chiffre 11, emblématique des carnavals rhénans. Pour cette troisième édition confiée à l’association Arachnima, des Strasbourgeois pourront défiler dans le cortège. Pour participer, il faut se signaler avant le 6 mars.

Côté animations, la fanfare Feis permettra de patienter en musique à partir de 13h30 sur la place de l’Étoile d’où la joyeuse troupe s’élance. Un Monsieur et Madame Loyal, placés sur des gyropodes ouvriront la marche. Autre nouveauté, un vélo-cargo accompagné d’un système de photo-selfie prendra des clichés dans la foule et offrira les impressions.

La municipalité prévoit 500 kilos de bonbons (photo JFG / Rue89 Strasbourg)
La municipalité prévoit 500 kilos de bonbons (photo JFG / Rue89 Strasbourg)

Dix tableaux

Au total, dix « tableaux » se succéderont avec à chaque fois une grande machine mécanique entourée par trois ou quatre groupes et compagnies déguisés. Dans l’ordre, les dix sous-thèmes sont le Voyage de l’Hydre ; les Carabistouilleurs ; le Cerbère bestiaire (où les familles pourront parader) ; la Roue de la fortune ; les Perchés de la bagatelle ; le Diable au corps ; le Kraken bourlingueur ; Turlututu, Griffes et Chapeaux pointus ; le Monstre du Loch Ness et enfin le Chant de la méduse.

Le Carnaval retrouvera son itinéraire habituel dans la Krutenau, sur les quais et jusqu’au centre-ville. Le parcours 2018 dans la Neustadt pour contourner les quais des Bateliers alors en travaux a été jugé trop long, ce qui laissait trop d’espacement entre les machines. Les premières arrivées place Kléber sont attendues vers 16h. Les « bidulos » seront ensuite exposées jusqu’à 18h.

Les rues du parcours et quelques unes aux abords seront vidées de leurs voitures.