La vie devant soi au TJP, ou la marionnette au service des souvenirs

Du 6 au 8 mars au TJP, Simon Delattre propose une adaptation de La vie devant soi dans un juste mélange des genres, théâtre, marionnettes et musique, répondant à la poésie et à la tendresse du texte de Romain Gary.
Peut-on vivre sans amour ? C’est la grande question que se pose Momo, environ dix ans. Il raconte sa vie chez Madame Rosa, une vieille juive qui a connu Auschwitz et qui autrefois, il y a bien longtemps, « se défendait » rue Blondel. Elle a ouvert « une pension sans famille pour les gosses qui sont nés de travers ». Momo est l’un de ces enfants de Belleville. Il raconte, avec un langage poétique et décalé, son amour pour cette figure maternelle qu’il aime de tout son cœur – presque autant que son « parapluie Arthur », une poupée qu’il s’est fabriquée avec un vieux parapluie.
« Au début, je ne savais pas que Madame Rosa s’occupait de moi seulement pour toucher un mandat à la fin du mois. Quand je l’ai appris, j’avais déjà six ou sept ans et ça m’a fait un coup de savoir que j’étais payé. Je croyais que Madame Rosa m’aimait pour rien et qu’on était quelqu’un l’un pour l’autre. J’en ai pleuré toute une nuit et c’était mon premier grand chagrin. Madame Rosa a bien vu que j’étais triste et elle m’a expliqué que la famille ça ne veut rien dire et qu’il y en a même qui partent en vacances en abandonnant leurs chiens attachés à des arbres et que chaque année il y a trois mille chiens qui meurent ainsi privés de l’affection des siens. Elle m’a pris sur ses genoux et elle m’a juré que j’étais ce qu’elle avait de plus cher au monde mais j’ai tout de suite pensé au mandat et je suis parti en pleurant. ». Extrait des premières pages du roman.
Dans un univers propre à l’enfance, coloré, déformé, fantastique et si poétique se déroule le récit de Madame Rosa, de son passé, de ses peurs, et de Momo qui, en plein dans l’enfance, fait l’expérience de la mort. L’histoire d’un amour inconditionnel, d’une famille qui se choisit, en dehors des modèles établis.

Ce récit universel évolue dans un décor dynamique et fantasque inventé par la compagnie Rodéo Théâtre. Au centre de la scène, un long escalier, aux marches disproportionnées, dont l’ascension est une épreuve quotidienne pour Madame Rosa « avec tous ces kilos qu’elle portait sur elle et seulement deux jambes », débouche sur un minuscule appartement, une boîte aux dimensions exiguës, qui rend plus imposante encore la masse corporelle de sa locataire. Tout autour, la cage de scène du plateau est laissée volontairement à nue, comme pour rappeler la mystification acceptée par le public qu’est la représentation. Un clin d’œil à l’art de la mystification de Romain Gary et à la supercherie Emile Ajar ?
Une représentation de la mémoire
Par l’utilisation de la marionnette, le récit se retrouve embarqué entre réalité et imaginaire dans une atmosphère onirique proche de l’univers du roman.
« Les marionnettes permettent d’aborder le plateau d’un point de vue cinématographique, de varier les échelles, de créer des images qui prennent le relais de ce qui peut être dit. » Simon Delattre.
Le metteur en scène Simon Delattre utilise l’art de la marionnette pour servir son propos, répondant à la problématique de la représentation de la mémoire. Car si le récit de Gary situe Momo dans son enfance, l’adaptation l’inscrit dans notre époque, à l’âge adulte. La présence des marionnettes replace le récit dans le temps, projections déformées des souvenirs de l’enfant.

Rétablir l’action dans notre époque, c’est aussi rebondir sur les problématiques des quartiers populaires ouvertes par l’auteur en 1975, qui font résonance avec des phénomènes actuels. Enracinée dans un quart monde immigré, la toile de fond du roman dépeint un mal social qui est l’illustration d’une vérité plus profonde, une solitude de l’existence qui n’est pas seulement propre aux apatrides. Or cette vie n’est jamais vécue de façon désespérée ou haineuse. L’humour involontaire et l’infinie tendresse de Momo à l’égard des hommes permettent d’échapper à la noirceur. Son regard vaut tous les maux de la mort et justifie l’optimisme du titre, car ni Madame Rosa ni Momo ne sont jamais seuls. Il y a toujours quelqu’un, quelque chose, fût-ce un parapluie, des rêves.
« Personne ne peut vivre sans amour »
L’histoire d’amour qui relie Madame Rosa et Momo est la clé de voûte de cette histoire peuplée de rencontres, de situations inattendues, présentées sur la scène par quatre interprètes, dont une musicienne, Nabila Mekkid. L’artiste habille et habite la scène de sa voix éraillée tandis qu’elle s’accompagne à la guitare dans une ambiance blues/folk, teintée d’électro et de chants en français et en arabe.
Incarnation de l’un des thèmes forts de la pièce, la musicienne fait des prostituées des êtres de solidarité, d’humanité et de liberté. Rôle de l’art qui fait écho à une question que pose Simon Delattre à travers ce spectacle : « Comment l’art peut-il sauver nos vies ? », réflexion qui n’est pas sans rappeler les propos de Gary :
« L’art et le roman sont une conquête de la liberté, une création d’œuvres libératoires, dans un but toujours frustré de libération absolue de l’homme dans la réalité ».
Quelle forme prendrait nos souvenirs si nous tentions de les représenter ? La réminiscence des traits d’un visage ou d’une silhouette oscillent souvent entre le flou et le net. Afin de donner corps à ces images, nous fabriquerons des marionnettes évoquant la façon que l’on a de percevoir les autres.
Il y a 40 ans, à cette même période, des tracteurs déneigeaient la place Kléber

Archives vivantes – Sans doutes êtes-vous ravis de sortir d’hibernation hivernale, de pouvoir enfin aller boire des coups au soleil et sortir se balader, voire faire le plein de vitamine D dans les parcs. Mais les archives (et les climatologues !) sont là pour rappeler que ces « belles journées » ont un petit goût de pas normal….
Si vous n’aviez jamais vu Strasbourg déneigée à l’aide de tracteurs, c’est chose faite avec cette vidéo d’archives de 1978 (la 3e vidéo). Il y a à peine plus de 40 ans, en février 1978, les autorités strasbourgeoises se retrouvaient un peu débordées par des grosses chutes de neige. Les automobiles, qui circulent encore place Kléber à cette époque, tentent de braver les flocons tombant en masse.
Quinze ans plus tôt, en janvier 1963, les habitants descendent les rares rues en pente à l’aide de luges et patinent sur les plans d’eau. Des images à des années lumières de cette fin de février 2019, où les strasbourgeois sortent en t-shirt, sous un ciel dépourvu de tout nuage. Impossible de trouver une place en terrasse au soleil et tout le monde – ou presque – est ravi.
20 degrés un 28 février
Et pourtant, il n’y a pas de quoi se réjouir. Avec des journées autour de 15°C, voire plus lors des derniers jours de février, l’impact du réchauffement climatique est clair, comme l’explique Grégory Fifre, chargé d’études à Météo France à Strasbourg :
« Le mois de février de cette année est exceptionnel, avec 5 degrés de plus que les normales de saison. Depuis les années 2000, on a des hivers plus chauds, alors que ceux des années 60 et 70 étaient plutôt plus froids que la norme. On a en moyenne une tendance à un réchauffement climatique très nette et on va avoir en moyenne de plus en plus souvent des hivers doux. »

Un réchauffement très net depuis les années 2000
La capitale alsacienne a battu son record d’heures d’ensoleillement pour un mois de février, qui datait de 2008 (146,1 heures), comme l’anticipait (avec un enthousiasme perturbant) la Chaîne Météo. Au 26 février à 16h, Strasbourg avait enregistré 146,5 heures de soleil depuis le début du mois. La moyenne est de 84 heures.
Strasbourg suit une tendance qui est mondiale, mais le Nord-Est vit un réchauffement légèrement plus élevé que dans le reste de la France, en raison de son éloignement de l’océan.
La température moyenne entre 2000 et 2017 a été supérieure de 1°C à la moyenne de l’ensemble du XXe siècle, comme nous l’expliquions en 2018. Grégory Fifre confirme cette tendance :
« Parmi les 10 années les plus chaudes relevées aux XXe et XXIe siècles, 9 d’entre elles l’ont été depuis les années 2000. »
Une tendance de fond au réchauffement… qui n’empêche pas quelques hivers froids
Plus proche, en 2010, la ville traversait un important épisode neigeux et quelques strasbourgeois « s’aventuraient au ski de fond dans la ville », se rappelle Grégory Fifre. Cet hiver encore, en décembre 2018, puis en janvier 2019, la neige a rendu visite pour une courte durée à la capitale alsacienne. Les Alsaciens se rappellent aussi de ce mois de mars 2006 où Strasbourg est descendue jusqu’à 0°C et a regardé avec stupéfaction la neige couvrir les rues pendant plusieurs jours. Au sud de la région, Mulhouse se réveillait sous 50 centimètres de neige et devait fermer son aéroport 24 heures. Quelques images de cet épisode neigeux sont à retrouver dans cette autre archive.
Carnaval annulé dans un Mulhouse enneigé
La fin de la neige n’est pas (encore ?) actée
Les hivers froids et enneigés sont-ils alors terminés pour de bon en Alsace ? Ce n’est pas aussi simple que ça, alerte Grégory Fifre :
« L’an dernier, en 2018, à la même période, on était à 3 degrés en-dessous des normales de saison. En 1961 et 1962 (les deux années précédant la première vidéo), les températures étaient de 4 degrés supérieures aux normales de saison. Ce n’est pas parce qu’il fait chaud cette année qu’il ne pourra pas y avoir à nouveau des hivers plus froids. »

En fait, le changement climatique ne peut s’observer via des éléments ponctuels, mais par une répétition d’un même aléa climatique. En dépit du réchauffement global, des variations naturelles plus fines sont toujours à l’œuvre et n’empêchent qu’il gèle l’année prochaine à la même date.
Mais dans ce contexte, les batailles de boule de neige devraient de plus en plus appartenir aux souvenirs estime Grégory Fifre :
« On a de fortes présomptions sur une hausse de phénomènes extrêmes, en termes d’intensité et de fréquence : des orages violents, des tempêtes… Mais il est vrai que de grosses neiges qui tiennent longtemps à Strasbourg, c’est de plus en plus rare. Il faut insister sur cette réalité : le climat se réchauffe et les hivers sont de moins en moins rudes ».
Ou comment mettre des mots sur ce sentiment d’inconfort et de décalage au moment de sortir manger une glace en plein hiver.
La Mine, l’un des rares lieux underground de Strasbourg, menacé de fermeture

Les étudiants de la Haute École des Arts du Rhin (HEAR) de Strasbourg sont inquiets, l’un de leurs lieux fétiches pourrait bientôt fermer. « La Mine » est leur salle des fêtes, idéalement située en face de l’école des Arts Décos, rue de l’Académie, dans l’annexe.
Chaque année, les étudiants de deuxième année se refilent les clés de ce local, qui abrite des concerts, des DJ sets, des expositions et tout un ensemble de bonnes soirées, sans lesquels il serait quand même difficile d’être étudiant en arts… L’économie du lieu, à base de litres de bières vendus 2,5€ le demi, permet de financer certains projets des étudiants dont les créations qu’ils présentent pour leurs diplômes.
De nouvelles normes tous les ans
Évidemment, le lieu n’est pas aux normes de sécurité. Il n’y a pas de sortie de secours, des barreaux aux fenêtres et l’ensemble de l’installation électrique pourrait bénéficier d’une révision. C’est en outre assez petit, autour de 20 m², bar compris. Régulièrement, le propriétaire des locaux, la Ville de Strasbourg, alerte la direction sur de possibles problèmes liés à la sécurité des lieux. Cette dernière rétorque que la réfection du bâtiment de l’annexe, qui doit déménager à la Manufacture des tabacs en 2022, n’est pas dans ses priorités.
Sauf que le 15 janvier, l’école est cette fois avertie par un courrier signé par Jean-Baptiste Mathieu (voir ci-contre), en tant qu’adjoint au maire en charge de la police des bâtiments, qu’une série de manquements à la sécurité ont de nouveau été repérés dans l’annexe par une commission de sécurité. L’école doit mettre en oeuvre une série de mesures et le courrier précise en conclusion « qu’il y a lieu de proscrire l’organisation de manifestations festives ou de soirées étudiantes dans les locaux de « La Mine, » ces activités n’étant pas autorisées dans l’établissement. »
Panique chez les étudiants, qui négocient avec la direction de garder leurs soirées à La Mine, quitte à fermer deux heures plus tôt. Chaque mois, les étudiants ont le droit d’organiser une « soirée minuit », qui se termine à minuit donc. Et la dernière « soirée-minuit, » appelée « Nickel Chrome 2 » vendredi 1er mars, a été déplacée par l’administration à la salle Prechter, plus grande certes mais ce n’est plus vraiment chez les étudiants. En outre, l’administration leur a collé un vigile, parce que c’est la réglementation.

Contacté, Jean-Baptiste Mathieu se veut rassurant :
« D’ici à ce qu’on arrive à un arrêté de fermeture, il y a encore de la marge… Il doit être possible de mettre en place des mesures de compensation. Notre objectif n’est pas de fermer un lieu apprécié des étudiants. »
David Cascaro, directeur de la HEAR, espère lui aussi sauver La Mine :
« Depuis que je suis directeur, j’assume les risques liés à l’utilisation de cette salle. C’est vrai que les termes du courrier sont très fermes cette fois, j’ai sollicité les responsables de la Ville de Strasbourg, pour que la Ville de Strasbourg s’accorde avec elle-même sur les suites à donner. »
L’évolution drastique des normes de sécurité ont empêché l’Ososphère de se tenir à la Coop en 2015 et provoqué la fermeture de la Maison Mimir en 2016. La Mine pourrait sera-t-il le prochain lieu à fermer le rideau, dans une ville qui se fossilise de plus en plus et où les lieux alternatifs et underground sont déjà extrêmement rares ?
Fondé par des étudiants de l’école des Arts Décos il y a plus de 20 ans, La Mine accueille régulièrement plus de 80 étudiants dans ce salon partagé amélioré. Le courrier de la Ville rappelle qu’il n’est pas question d’en accueillir plus de 19. Les fêtes risquent d’être beaucoup moins drôles…
The Lemon Twigs dimanche soir : les frères D’Addario prêts à faire danser la Laiterie

Auteurs de Go To School, un concept album rock racontant l’histoire d’un chimpanzé au lycée, The Lemon Twigs est de passage à Strasbourg. Pour tous les amoureux des 70s, de rock, d’énergie et de claque musicale, c’est à La Laiterie que ça se passera dimanche soir.
Ils ont à peine la vingtaine et sont déjà les auteurs d’un opéra-rock tendance comédie musicale. Eux, ce sont Michael et Adam D’Addario. Considérés comme des petits génies du rock depuis 2016 et la sortie de leur premier album Do Hollywood, ils sont difficiles à cataloguer dans l’industrie musicale actuelle. Déjà comédiens à Broadway et multi-instrumentistes dès leur plus jeune âge grâce à leur père, ils font fi de des conventions et avancent à leur guise sur leur chemin. Et le moins que l’on puisse dire est que cet itinéraire est passionnant.
Une jeunesse amoureuse du passé
Qui, à 20 ans, peut en effet se targuer d’enregistrer un album sur un chimpanzé nommé Shane traversant la difficile période du lycée, le tout avec les techniques à l’ancienne ? Voilà le pari qu’ont tenu ces deux grands amoureux du son de l’époque. Go To School, sorti en 2018, est un disque d’une heure, multipliant cordes, chœurs et titres brillants. Aucun synthé, aucun son digital, rien que du pur et de la bande, à l’image de leurs idoles de l’époque, The Beach Boys et The Beatles. Le tout, produit par eux-mêmes.
Pourtant, ce n’était pas les producteurs de génie qui manquaient dans leur entourage, puisque Todd Rundgren (producteur entre autres de Patti Smith, Hall & Oates, New York Dolls…) incarne le père du chimpanzé Shane sur l’album. Mais il était inconcevable pour eux de ne pas imprimer leur identité tout au long de cet album. Une manière de comprendre un peu mieux le niveau d’exigence de Brian et Michael D’Addario.
Car ces deux frères détonnent dans le paysage actuel par cette exigence inouïe et revendiquée, pour un son comme on n’en fait plus. Rien n’est vraiment laissé au hasard, jusque sur scène, où la complémentarité du duo explose en une fête jouissive de guitares, le tout dans une ambiance glamour et baroque à souhait. Pantalon pattes d’éph’, chemise largement ouverte, cheveux longs, attitude survoltée…
Certains reprochent au groupe de ne finalement rien inventer qui n’aurait déjà été fait dans les années 1970. Ceux qui ont assisté à leurs concerts savent que c’est justement bien là toute la force de The Lemon Twigs. Faire en 2019 ce que peu de groupes sont capables de faire depuis près de 50 ans : du rock, sans complexe, avec toute l’impertinence de la vingtaine et une ambition démesurée. Et tant mieux si on pense tenir là les dignes descendants de Queen.
Au conseil de l’Eurométropole, un Plan pour cyclistes et piétons sous-financé

Les échanges au conseil de l’Eurométropole devraient se tendre autour de l’adoption d’un plan pour vélos et piétons ambitieux, mais insuffisamment financé à ce jour. La taxe de séjour pour les locations type AirBnb devrait aussi susciter des débats. À suivre en direct à partir de 9h.
Contrairement à beaucoup de métropoles, Strasbourg a longtemps indiqué ne pas avoir de « ligne budgétaire » dédiée à ses cyclistes, mais que la petite reine irriguait ses politiques sociales (vélo-écoles), économiques (insertion via des ateliers), économiques (soutien à de la réparation),de sécurité routière (éclairage) et bien sûr ses grands travaux (réaménagement de rues et places, prolongation de tramway, rénovation de quartiers), etc.
Mais pour 2019, le président de l’Eurométropole Robert Herrmann (PS) a indiqué que sa collectivité consacre « un budget de sept millions d’euros par an, infrastructures comprises ». Ce montant a vocation à être reconduit dans les années futures, sauf si bien sûr la nouvelle majorité en 2020 en décide autrement. En conférence de presse, l’élu strasbourgeois a rappelé que son assemblée des 33 communes est bien « la seule » à financer les politiques cyclistes à Strasbourg, une petite pique à certains de ses homologues de la municipalité strasbourgeoises qui interviennent et communiquent souvent sur le sujet.
Le PAMA de la discorde
Alors pourquoi ce changement de pied comptable ? « C’est un agrégat des nos politiques que j’avais demandé pour obtenir un montant par habitant. Des villes à la pointe en Europe comme Copenhague ou Amsterdam sont à 25 voire 30€, ce qui pourrait être un objectif », explique le conseiller délégué au vélo Jean-Baptiste Gernet (La Coopérative). Dans l’agglomération, on arrive donc à 15€ par habitant en moyenne.
Problème, l’ancien membre du PS n’est plus en odeur de sainteté auprès de Robert Herrmann qui a présenté lui-même le Plan d’action des Mobilités Actives (PAMA) 2019-2030 (le précédent date de 2011). La raison ? Il lui reproche de ne pas avoir voté le budget fin 2018, un moment toujours symbolique qui souvent marque la limite entre majorité et opposition.
« Vélo washing »
Sans cacher « des désaccords », Jean-Baptiste Gernet répond qu’il était simplement « absent de la salle » lors du vote, comme son acolyte Paul Meyer. Invité ou non, il assure qu’il ne serait pas venu présenter la chose de toute façon :
« Ce plan élaboré avec Roland Ries (maire de Strasbourg et vice-président en charge des Transports) était prêt dès la fin 2017 et a été retardé pour être intégré au Grenelle des Mobilités (en 2018 ndlr). Il est ambitieux et j’en partage les orientations, mais comme il est sous-financé, je considère que cela devient un document de campagne pour Robert Herrmann, qui s’est déclaré candidat. Dans les actes on a eu du velo-bashing pendant le mandat et là c’est du velo-washing. »
« Ce nouveau plan vélo ne disposera pas des financements nécessaires avant 2020 comme cela a été confirmé en commission plénière. Nous sommes donc en présence d’un plan purement théorique. »
Coté finances, la délibération annonce en effet que les politiques vélos correspondent à 15€ par habitant et par an. Or l’avant dernier paragraphe qui sera soumis au vote indique qu’il faudrait 25€/habitant et par an (12 millions d’euros). « Il reviendra aux futurs exécutifs d’en préciser la programmation », dit le texte.
Dans cette passe-d’armes annoncée, il sera intéressant d’observer qui vient soutenir qui dans ses interventions.

Quand les automobilistes paient le stationnement…
Selon Robert Herrmann, ces politiques dites pour les « mobilités actives » (le vélo et la marche) devaient bénéficier de la manne récupérée par les amendes de stationnement, transférée par l’État aux communes. On parle désormais de forfait post-stationnement (FPS) à la place des anciens procès verbaux (PV). Après la rémunération de la société Streeteo (filiale d’Indigo) choisie par la Ville de Strasbourg, l’Eurométropole espérait percevoir 9 millions d’euros en 2019, sur la base des contraventions de 2018. Elle ne percevra en fait que 1,5 million. À plus faible proportion, Schiltigheim et Bischheim abondent aussi à ce budget, puisqu’elles ont des zones de stationnement payant.
Pour Robert Herrmann, les élus ont été « douchés froids » :
« Nous avons maintenu la somme, mais n’avons pas pu l’augmenter comme nous l’espérions. Mais on ne peut pas non plus se plaindre que les automobilistes respectent le stationnement payant. »
Jean-Baptiste Gernet estime de son côté que l’argent des FPS sert en fait à diminuer la contribution de l’Eurométropole au budget de la Compagnie des Transports de Strasbourg (CTS).
La relance du projet « Velostras » présentée en novembre 2018, cette fois par la coalition de tous bords (Robert Herrmann, Jean-Baptiste Gernet, des maires de différents partis, dont l’écologiste Danielle Dambach) est la face la plus visible de la politique vélo, via les infrastructures (32 millions d’euros estimés répartis sur 11 ans). Mais le projet a été accueilli avec fraîcheur par certains cyclistes. Une grande partie des pistes existe déjà et il suffit d’y rajouter un peu de peinture, d’autres doivent être ajoutées le long de routes qui n’existent pas encore (la VLIO à l’ouest notamment), tandis que le tour de la Grande-Île, prévu initialement en 2013, a disparu. Quant au financement, il revient en fait à un kilomètre de tramway par an.
Vélostras présenté fin 2018 pour achèvement en 2030

Vélostras présenté en 2013 pour achèvement en 2020

Pour les piétons, les politiques sont un peu moins visibles et coûteuses, Le PAMA vise à développer les circuits Vitaboucle ou communiquer sur les bienfaits de la marche. Plus généralement, donner un meilleur espace aux vélos vise aussi à les détourner des endroits où la cohabitation est difficile avec piétons, sur les trottoirs, et dans les centre-ville. L’Eurométropole compte développer des « magistrales piétonnes », c’est-à-dire des larges trottoirs continus sur de longues distances.
Un soupçon de taxe de séjour, l’office de tourisme à la trappe
Un peu plus tard, l’Eurométropole va voter une nouvelle fois sur la réglementation des locations via des sites type Airbnb. La délibération vise notamment à identifier quel logement a collecté quel montant de taxe de séjour, plutôt que de faire un versement global. En 2018, les plateformes (AirBnb, mais aussi Home Away, Abritel, Mister Bnb) ont généré 315 000 euros environ de taxe de séjour sur 5,43 millions collectés dans la métropole. Les hôtels restent donc prépondérants, en dépit des 3 000 annonces environ recensées à Strasbourg et ses alentours.
Polémique le lundi en conseil municipal, les subventions à l’office de tourisme (1,3 million d’euros comme en 2018) seront débattues à huis clos, lors de la commission permanente. L’association est pourtant sous le coup d’un groupe de travail depuis un an pour réformer l’association suite à un audit sévère. Dans l’hémicycle strasbourgeois, le manque d’événements ou de réflexion vis-à-vis des personnes non-héterosexuelles, ou à degré moindre issues d’autres minorités, pour l’événement Strasbourg Mon Amour (130 000 euros en plus, et 60 000 euros par la Ville + 80 000 euros en nature) a été questionné au sein de la majorité, ce qui a valu les railleries de… son opposition. Mais le débat se passera à huis clos, loin du public ou des journalistes.
La collectivité européenne d’Alsace devrait changer de nom, selon le Conseil d’État

Avant que le projet de loi pour l’Alsace ne soit présenté aux ministres, le Conseil d’État a alerté le gouvernement sur plusieurs défauts à commencer par… son nom qui « ne correspond à rien en droit français. » En outre le Conseil d’État critique deux compétences importantes récupérées en partie par le futur Département fusionné.
Comme pour chaque projet de loi, le Conseil d’État a rendu un avis concernant la création d’un grand Département alsacien. Cette note émise le 21 février, rendue publique sur le site . . .
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Connectez-vousComment le vieux Cronenbourg populo s’embourgeoise doucement

Bus et trams, écoquartier, petits commerces bio et jolis immeubles années 1930 à retaper… Le vieux Cronenbourg a tout du nouvel eldorado bobo de Strasbourg. Néanmoins, avec une forte concentration en logements sociaux, une population ouvrière vieillissante et une autoroute qui le sépare du centre-ville, le quartier reste très populaire. Une mixité faite pour durer ? La réponse est à découvrir lors de la nouvelle sortie commentée réservée à nos abonnés, jeudi 7 mars.
Embourgeoisé, le vieux Cronenbourg ? Outre les prix des appartements du quartier Saint-Florent qui montent en flèche, c’est l’ouverture, en 2018, d’un petit commerce de produits bio et vegan en vrac, route de Mittelhausbergen, qui nous met la puce à l’oreille. Le magasin, tenu par une jeune femme installée de fraîche date dans le quartier, est également un lieu de retrait de paniers de légumes et fruits locaux. La gérante de BeeVrac, Marion Haenggi, confirme :« Le magasin fonctionne bien, preuve qu’il y a une demande ! J’ai quelques clients qui viennent de Schiltigheim ou Bischheim, de Mittelhausbergen ou de Truchtersheim, mais la majorité de la clientèle habite le quartier et vient à pied ou à vélo. J’ai beaucoup de familles avec de jeunes enfants, surtout des nouveaux arrivants de 30 ou 40 ans, mais aussi quelques retraités. »Ces clients piétons ou cyclistes habitent surtout le quartier Saint-Florent, cœur de l’ancien Cronenbourg, construit entre les années 1840-1860 – avec l’installation d’ateliers ferroviaires (rotondes) et ouverture de la brasserie – et les années 1930, mais vivent également dans les nouveaux ensembles immobiliers de Rotonde (23 000 mètres carrés livrés très récemment) et Brasserie (2014-2018).

« Entre primo-arrivants et petits bobos, les écarts se creusent »
Jean-François Savona, professeur des écoles (instit’) à Camille-Hirtz et habitant du quartier depuis 23 ans, est aux premières loges pour apprécier son évolution sociologique. Pour lui, à l’homogénéité sociale (ouvriers et employés) qui prédominait jadis succède aujourd’hui une dynamique contradictoire :« Une partie du quartier se paupérise, surtout autour des grands axes, tandis que Saint-Florent devient « petit bobo », avec ses fonctionnaires ou ses cadres intermédiaires, venant notamment du secteur hospitalier (Hautepierre et Hôpital civil). Cette population, qui a les moyens d’acheter et de rénover dans de l’ancien, est attirée par la desserte en tram, le centre à 7 minutes à vélo et l’accès autoroutier hyper facile. La sortie de l’école est très bigarrée, avec des étrangers primo-arrivants, des familles d’origine immigrée complètement intégrées et ces nouveaux bobos. Cette mixité sociale est le grand intérêt de Camille-Hirtz. Mais, progressivement, les écarts se creusent. »

« Manque un lieu culturel emblématique, qui fasse venir du monde »
L’Usage du monde était le bébé de Gilles Million, aujourd’hui directeur de la Confédération de l’illustration et du livre Grand Est (CIL Alsace), installée au Pôle Rotonde, dans une impasse à deux pas de la station de tram du même nom. L’ancien libraire se souvient :« Quand j’ai ouvert en 2001, je tablais sur le fait que le quartier allait bouger, je pariais sur la gentrification [l’embourgeoisement], qui s’est produite, mais pas à la hauteur de ce que j’espérais… L’évolution sociologique est réelle à Cronenbourg, mais très lente. »De surcroît, pour Gilles Million, le développement urbain du quartier n’est pas forcément très heureux sur le plan architectural, en particulier à Rotonde et Brasserie (partie Bouygues), et ne s’accompagne pas de la création d’un « lieu culturel structurant », vecteur de lien social. L’ancien libraire précise :
« Même si c’est consommateur d’argent public, le quartier manque d’une médiathèque [celle de Cronenbourg est située dans la cité nucléaire, au-delà de la voie ferrée et du parc de la Bergerie], d’une salle de spectacle ou d’un lieu emblématique qui fasse venir du monde. De même, on n’a pas de caviste, de bar ou de café, pour se retrouver, boire un verre… »Pas de café ni de caviste, mais une boulangerie bio (la Petite Boulange), des épiceries, des coiffeurs et des agences immobilières, comme dans tout quartier résidentiel. Et des restaurants dans toutes les gammes, du kebab au bistrot chic, en passant par des pizzerias de bon niveau et les futurs Trois Brasseurs, au cœur de l’écoquartier. Côté événementiel, on pourrait rétorquer que le NL Contest, week-end au skatepark consacré aux rollers, BMX, skate, mais aussi graffitis et musiques urbaines, remplit ce rôle tous les mois de mai depuis une quinzaine d’années… Mais ce serait un peu court.

À Brasserie, les « éco-valeurs » des débuts se heurtent au problème du stationnement
Il n’empêche, tout n’est pas rose à Cronenbourg, où la population s’accroît (25 000 habitants sur l’ensemble de quartier) au fil des programmes immobiliers. À Brasserie, l’écoquartier construit sur la friche des anciens locaux de l’usine Kronenbourg, l’esprit écolo des débuts se heurte à la réalité sociale et urbanistique du secteur. Guillaume Libsig, propriétaire d’un appartement rue du Brassin, apprécie la faible densité du quartier, un immobilier « encore accessible » financièrement, des petits commerces « du kebab à l’épicerie bobo », et la « mixité plutôt réussie » du quartier, mais déplore :« À Brasserie, il y a des tensions entre les premiers habitants, conscients des éco-valeurs et des contraintes de l’écoquartier – géothermie, espaces verts partagés, pas de voitures en surface [en théorie] – et les nouveaux arrivants, qui n’en ont pas été informés ou qui n’ont pas envie de jouer le jeu. Sans parler des riverains qui viennent se garer gratuitement ici… En ce moment, on est en pleine médiation sur le stationnement avec le syndic et l’aménageur. Selon moi, les contraintes d’un écoquartier devraient faire l’objet d’un accompagnement et d’une sensibilisation auprès des habitants sur plusieurs années. Si ça devient un quartier lambda, je ne resterai pas… »D’autant que, rappelle Serge Oehler, adjoint (PS) au maire de Strasbourg en charge des quartiers de Hautepierre et Cronenbourg, des parkings-relais sont accessibles à proximité (Rotonde et Ducs d’Alsace), sécurisés et gratuits pour les détenteurs d’une carte Badgéo (abonnement CTS). Ce qui n’empêche pas l’élu de regretter l’annulation du projet de parking en silo dans le programme Bouygues, route d’Oberhausbergen, remplacé par un immeuble de bureaux…

Une nouvelle école privée à l’entrée du quartier
Comme Serge Oehler, Françoise Bey, conseillère départementale (PS) du quartier, souhaite une meilleure intégration de Cronenbourg dans le tissu urbain de Strasbourg. Celle-ci passerait par la création d’un nouveau collège au cœur du quartier – refusé par le conseil départemental -, par la réhabilitation (programmée) du tunnel piétons-cyclistes sous l’autoroute et la voie ferrée vers le centre-ville, ou l’implantation des nouveaux locaux de la Doctrine chrétienne, école privée actuellement située au centre-ville, route d’Oberhausbergen (à côté du magasin Botanic et des terrains de sport). Ce dernier projet est en cours d’étude et devrait drainer une population plus aisée, avec le risque d’accroître encore les clivages et de faire reculer un peu plus la mixité sociale, à tout le moins scolaire.Vous avez un avis sur les Gilets jaunes ? Venez le confronter avec nos invités

Qu’est-ce qui motive un membre des Gilets jaunes d’aller occuper un rond-point, de passer son samedi dans les rues de Strasbourg, Colmar ou Belfort ? Ce mouvement apparu mi-novembre se structure, en dehors de toute organisation et malgré les tentatives de récupération et d’endoctrinement. Jeudi soir, venez rencontrer deux Gilets jaunes alsaciens, impliqués depuis les origines et posez leur vos questions.
Aurélien, alias « Karl », et Cathia sont présents sur les ronds-points alsaciens, respectivement à Mulhouse et au pont d’Aspach, depuis le 17 novembre. Pourquoi se sont-ils mobilisés aussi spontanément ? Et pourquoi, après 15 semaines, sont-ils toujours actifs dans ce mouvement qui a pris le nom de « Gilets jaunes » ? Parti sur des revendications contre les hausses de taxes sur les carburants, le mouvement a évolué avec des demandes d’égalité fiscale et l’exigence d’une démocratie plus directe.

Comprendre ce mouvement hétéroclite, composé souvent de personnes novices en politique ou dans l’engagement social, est très compliqué. En outre, le mouvement pâti d’un effet loupe de la couverture médiatique de ses manifestations, qui focalisent souvent sur les violences. D’autres y voient un début de reprise en main du pouvoir politique par une partie de la population qui en a été privé.
Un mouvement délicat à appréhender
En outre, le mouvement est sujet aux tentatives de récupération en provenance des partis politiques, la France insoumise et le Rassemblement national notamment, ce qui complique l’émergence de représentants. Dimanche 25 février, les Gilets jaunes de l’Est de la France sont néanmoins parvenus à se doter d’une coordination.
C’est pourquoi il nous est apparu indispensable de prendre du temps pour rencontrer certains de ces membres. Karl et Cathia ont accepté de venir à Strasbourg et de dédier une soirée à l’explication de ce mouvement auquel ils appartiennent. Venez-vous aussi vous confronter à la réalité, dans une ambiance détendue toutefois, en participant à cette interview publique.
Y aller
Invités de l’apéro : les Gilets jaunes, jeudi 28 février à partir de 18h30, au Graffalgar, 17 rue Déserte à Strasbourg.
GCO : Le tribunal valide la deuxième version du viaduc

Le tribunal administratif a validé en référé le nouveau permis d’aménager le viaduc de Kolbsheim. Il s’agissait de l’opportunité la plus probable pour les opposants de retarder les travaux déjà entamés.
Le tribunal administratif de Strasbourg a rejeté le recours en référé d’Alsace Nature contre la deuxième version du permis d’aménager le viaduc de Kolbsheim, au milieu du Grand contournement ouest (GCO – voir tous nos articles) de Strasbourg, une autoroute payante de 24 kilomètres. Si le tribunal reconnaît qu’il y a « urgence à statuer », ce qui valide la procédure en référé, il ne voit pas dans les arguments présentés par Alsace Nature des éléments de nature à le faire douter de la légalité du permis déposé par la préfecture du Bas-Rhin.
À l’instar du référé précédent concernant l’échangeur nord, les magistrats n’ont pas pris la peine de justifier comment ils écartent les deux points litigieux.
La décision du tribunal
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Comme il n’y a plus d’audience programmée à brève échéance (voir l’infographie en bas d’article), ce rejet sonne comme un clap de fin sur le front de la justice administrative.
Trois permis pour un viaduc
Le premier permis d’aménager a été retiré, avant même que le même tribunal ne l’annule, en raison d’un avis des Architectes des Bâtiments de France (ABF) non-conforme. Un accord pour l’ouvrage est nécessaire car les jardins du Château de Kolbsheim, inscrits aux Monuments historiques, se situent à quelques centaines de mètres. Mais lorsque ce permis avait été publié en octobre 2017, il co-existait avec un autre permis de construire, valable pour la commune voisine d’Ernolsheim-Bruche (pour le sud du viaduc). Le permis d’Ernolsheim concerne la partie sud de ce viaduc de 465 mètres de long et une dizaine de hauteur.
Désormais, le permis délivré le 25 janvier 2019 pour Kolbsheim cohabite avec ce permis d’Ernolsheim de 2017 vraisemblablement illégal. Similaire à celui de Kolbsheim, il s’appuyait aussi sur un avis a posteriori des ABF. Mais il a été affiché entre août et septembre 2018 et n’a pas été repéré par les opposants à cette période. Les délais de recours sont épuisés. Le maire de ce village a toujours adopté la posture de l’acceptation du projet et des négociations avec les concepteurs, plutôt que de s’approcher des opposants comme à Kolbsheim.
La jurisprudence en débat
Or, une décision de 2009 du Conseil d’État dite de la « Commune de Grenoble » pose comme principe qu’une opération doit « faire l’objet d’un seul permis de construire ». Ce principe est d’ailleurs assorti d’exceptions, notamment « l’ampleur et la complexité du projet le justifient ». Des critères qui ne s’appliquent pas selon l’avocat d’Alsace Nature, Me François Zind. Le cas de la Commune de Grenoble distinguait un stade de foot de 20 000 places, le stade des Alpes, et son parking. Ce principe a été confirmé et précisé dans une autre décision en 2016 autorisant la construction d’éoliennes et leur point de livraison.
Pour l’État, la représentante du préfet, a fait valoir qu’Alsace Nature connaissait l’existence de cet autre permis et qu’elle aurait pu l’attaquer dans les délais autorisés ou « évoquer l’existence d’un autre permis » dans sa procédure précédente.
Pour le constructeur et exploitant Arcos (Vinci), l’avocat Me Jean-Nicolas Clément a insisté sur « l’urgence à exécuter la décision de l’administration », qui devrait contrebalancer celle à suspendre l’acte le temps d’un examen approfondi. Le viaduc devait être réalisé en « moins de six mois » pour ensuite un « point de passage » pour les engins et construire, les « autres parties du projet ». Question calendrier, il a ajouté que la situation actuelle a « rogné les marges de confort » de la société. Cette dernière annonce sur son site une mise en service pour la mi-2021 et non septembre 2020 comme prévu dans le contrat de concession de 2016. Elle est exposée à des pénalités financières en cas de retard.
Sur la question du permis d’aménager, il a aussi plaidé pour l’utilisation des « exceptions » posées la jurisprudence du Conseil d’État.

L’architecte des ABF vient s’expliquer
La question de l’avis des ABF a moins fait débat. Invité par la préfecture, Gregory Schott, architecte des Bâtiments de France du Bas-Rhin est venu lui-même expliquer avec clarté l’avis qu’il a élaboré en novembre 2018 « avec le constructeur » et délivré le 13 décembre 2018. Il a indiqué que son avis était un « accord », assorti de deux « recommandations » et non de « prescriptions ».
La première a été suivie par la Préfecture, à savoir de demander des matériaux avec une finition « non-brillante ». La deuxième est plutôt un « point de vigilance » à savoir que les plantations « optionnelles » (comme indiqué au tribunal) mais néanmoins « nécessaires au projet paysager » (comme indiqué dans son avis) pour cacher la viaduc doivent bien faire l’objet d’autres demandes d’autorisation auprès des ABF. Il n’avait pas émis l’avis précédent en 2017, qui incombait à son prédécesseur.
Des travaux le jour de l’audience
Dans l’après-midi, quelques heures avant l’audience des travaux se sont déroulé à cet endroit. Une trentaine de militants ont retardé les coulées de béton sous-terraines d’environ une heure, avant d’être écartés par les gendarmes. Toujours dans la même journée, le président de l’Eurométropole, Robert Herrmann (PS), soutien le plus actif du projet a indiqué publiquement avoir porté plainte, suite à un courrier anonyme de menaces.



Une décision sur le fond est attendue dans les mois à venir. Lorsque le premier permis avait été suspendu en référé en septembre 2018, l’audience sur le fond avait été programmée en novembre, puis décalée par le juge à la fin décembre, lorsqu’elle avait été renvoyée à février 2019 dans la confusion.
Perdu dans les recours ? Notre infographie
L’ordre des procédures est en fonction de la chronologie de la première décision de Justice sur chaque cas. TA=Tribunal administratif
Guillaume Herbaut à Stimultania : l’Ukraine photographiée entre les lignes

Jusqu’au 31 mars 2019, le pôle de photographie Stimultania expose le travail de Guillaume Herbaut. Entre 2013 et 2017, au cœur de la crise ukrainienne, partant des manifestations pro-européennes de Maïdan jusqu’à la guerre civile, le photojournaliste livre son témoignage d’un pays en plein déchirement.

C’est sur un portrait issu de la série The New Amazons que débute l’exposition l’Ukraine, de Maïdan à la guerre. Dans cette photographie en grand format une jeune femme aux longs cheveux blonds, coiffée d’une traditionnelle couronne de fleurs ukrainienne, pose torse nu, un poing levé vers le ciel, l’autre posé sur sa hanche. La carnation légèrement dorée de sa peau se détache de l’herbe jaunie et de l’arrière plan, où le ciel gris se confond avec une barre d’immeubles de la banlieue de Kiev. Une composition forte qui reprend une symbolique revendicatrice, questionnant la place des femmes et de leurs corps dans la société.
Ce portrait de Guillaume Herbaut pris en novembre 2012, est celui d’Inna Shevchenko, une jeune protestataire du groupe féministe Femen, en lutte pour les droits des femmes en Ukraine, avant de connaître l’exil politique en France et d’y développer le mouvement à l’international. À partir de cette note contestataire l’exposition développe un message visuel et politique percutant sur l’Ukraine des années 2010 et les revendications sociétales qui bouleversent le pays.

Depuis un premier voyage à Tchernobyl en 2001, Guillaume Herbaut, photographe français né en 1970, développe un travail au long cours sur l’Ukraine. Sur les murs plutôt chargés de la galerie Stimultania, dans une scénographie semi-circulaire organisée chronologiquement, le spectateur découvre une soixantaine de clichés, issus de différentes séries photographiques débutées en 2012. En angle de vue frontal, les clichés se positionnent au même niveau que le spectateur, l’exhortant à se confronter directement à la crise ukrainienne mise en images.
Le portrait d’un pays en crise
Soigneusement composées, les vues de zones urbaines, structurées par leurs architectures, saisissent l’ampleur des manifestations de Maïdan, le mouvement d’opposition populaire apparu le 21 novembre 2013 en réaction au changement de cap du gouvernement ukrainien envers l’Union européenne. Il se transforme progressivement en lutte contre la corruption généralisée et l’ingérence du pouvoir russe dans les affaires du pays. Les clichés du photojournaliste présentent les affrontements. Les cadrages géométriques en plan large, s’attardent sur la détermination des manifestants, ou sur les rangs des Berkout, la police antiémeute, dans une opposition qui devient meurtrière.

Des affrontements violents se déroulent entre forces de l’ordre et manifestants pro-européens depuis le 21 janvier. Les unités spéciales antiémeutes, les Berkouts, utilisent des armes à feu contre la foule. À la fin de la journée, on dénombre cinq morts et plusieurs centaines de blessés.
Tandis que les manifestations de Kiev aboutissent en février 2014 à la destitution du président Viktor Ianoukovytch, les provinces ukrainiennes du Sud-Est, à forte population russophone, connaissent des soulèvements puis des référendums d’autodétermination au printemps. Ces évènements débouchent sur l’installation d’une guerre dans le Donbass qui se poursuit depuis près de cinq ans.
L’Ukraine, de Maïdan à la guerre suit l’évolution politique du pays et les spectateurs découvrent alors les ravages de ce conflit, que ce soit sur les territoires ou sur les populations. Cependant, les photographies ne présentent jamais directement de scènes de violences. En photographiant les paysages ruraux de l’Est ukrainien, Guillaume Herbaut explore une large gamme chromatique, changeant au fil des saisons. Les lignes de force horizontales sont souvent entravées par des éléments architecturaux dévastés, autant d’éléments de ruptures symptomatiques d’un pays divisé.

Le monument de Savur-Mohyla, à la mémoire des soldats soviétiques morts durant la Deuxième Guerre mondiale pour contrôler cette ligne de crête stratégique, a été détruit. Le 21 août 2014, après des semaines de bombardements entre les forces pro-russes et pro-ukrainiennes, l’obélisque du mémorial est tombé.
Dépasser le sensationnalisme de l’actualité
Cette exposition, dont la date de clôture, le 31 mars, coïncide avec le jour du premier tour de l’élection présidentielle ukrainienne, offre le panorama d’un quotidien contrasté, fait d’attentes souvent déçues. Dans ce pays partagé en différentes zones et rongé par la corruption politique, s’est installé un conflit fratricide. Via ses photographies, Guillaume Herbaut confronte le public à des problématiques géopolitiques complexes, alors même que l’Ukraine, observée par ses voisins, l’Union Européenne et la Fédération de Russie, s’enlise depuis bientôt cinq ans.
Les photographies présentées lors de cette exposition naissent souvent dans l’urgence, ce sont des instantanés qui multiplient les points de vues sur la crise ukrainienne. Alors que notre société est submergée par les fake-news, il est essentiel pour le photographe de replacer les images dans leurs contextes. Aussi chaque cliché, s’accompagne d’une légende détaillée à la minute près.
Grâce à sa scénographie et à sa médiation, l’exposition de Stimultania nous propose une réflexion nuancée autour de ce conflit, l’explorant à la fois du côté ukrainien et du côté pro-russes. Tant par leurs parti-pris visuels que par leurs thématiques, les séries photographiques présentées engagent un vaste chantier de questionnements sur les origines d’un conflit, la nature d’une opposition, les notions de combattants et de héros.
Aller plus loin
Samedi 6 avril et dimanche 7 avril de 12h à 19h, En Cavale avec Guillaume Herbaut, un workshop atypique proposé par Stimultania sur la thématique de l’émeute
Un nouveau collectif de parents en campagne pour défendre les quatre jours et demi à l’école

Un nouveau collectif de parents d’élèves de Strasbourg s’est constitué, cette fois pour défendre la semaine de 4,5 jours dans les écoles. Soutenu par la FCPE, ce collectif veut croire que la bataille n’est pas perdue, malgré le revirement du maire.
À un an des municipales, Roland Ries a-t-il tenté d’acheter la paix sociale avec les enseignants sur le dos des enfants scolarisés dans les écoles de la Ville ? C’est en tout cas ce que pensent des parents d’élèves, après l’annonce surprise du maire début février qu’il renonçait à son projet d’une semaine d’école à quatre jours et demi avec une demie journée d’activité éducatives, pour revenir à une semaine de quatre jours dès septembre.
La Fédération des conseils de parents d’élèves du Bas-Rhin (FCPE 67) ne décolère pas. Après les derniers conseils d’écoles, son secrétaire générale Claudio Fazio dénonce une « confiscation de l’organisation des votes par les enseignants ». Il regrette que le projet du maire ait avancé depuis 18 mois sans concertation avec les corps intermédiaires concernés :
« Il y a eu une crispation des enseignants du fait qu’ils n’ont pas été associés au dossier. Dès le départ, la municipalité était sûre de son affaire. Il aurait pourtant fallu associer syndicats d’enseignants et associations de parents d’élèves à la construction du schéma. La Ville a fait une série de maladresses dans sa méthode. Et maintenant, on en est à constater les dégâts. »
Un débat fort mal posé
Pour lui, en centrant le débat sur le bien-être de l’enfant, la Ville a ouvert un débat « inaudible pour la majorité des parents d’élèves qui ne se sont pas sentis concernés » :
« Le volet social des rythmes scolaires a été complètement occulté du débat au profit du seul bien-être de l’enfant. La majorité des parents n’y a donc pas pris part parce qu’ils pensaient que le scénario des quatre jours et demi était sûr. Si on avait aussi parlé de l’incidence sur l’organisation des familles, de comment meubler les mercredis, des implications pour les familles monoparentales qui ont retrouvé un emploi avec leurs enfants gardés dans un cadre épanouissant… Ils se seraient bien plus impliqués dans ce débat ! »
Mais tout n’est pas encore joué, assure Claudio Fazio :
« Les parents commencent à se rendre compte des incidences de ce revirement et nous allons en réexpliquer les conséquences sur la vie des familles. Nous entendons mobiliser la majorité silencieuse qui a cru que la mairie serait inflexible. »

Un collectif de parents strasbourgeois favorables à la semaine de quatre jours et demi s’est constitué via le réseau social Facebook le 31 janvier. Appelé « Pour des rythmes scolaires respectueux de tous les enfants », ce collectif compte à la date de parution de cet article 120 sympathisants. Il a donné lieu à une première réunion qui a rassemblé une vingtaine de parents. Avec la reprise de l’école depuis lundi, il compte mobiliser au-delà. Manuel Santiago, l’un de ses fondateurs, explique :
« Notre collectif s’est monté en réaction aux derniers votes de conseils d’école et au constat qu’un autre collectif de parents laissait croire que tous les parents étaient pour la semaine de quatre jours. Nous avons été tellement surpris de la position de la Ville et constaté le désarroi de certains parents chacun dans son coin. Ce retour en arrière est carrément incroyable. Dès décembre, on a bien vu monter des discours sur les quatre jours, avec beaucoup de démagogie. Mais jamais la municipalité n’avait évoqué avec les parents la possibilité d’un retour aux 4 jours. »
« Tout le monde était un peu perturbé par le maire »
Manuel Santiago explique que l’annonce du maire en décembre avait déjà « un peu perturbé tout le monde » :
« Il a annoncé une proposition originale qui n’était pas dans l’enquête soumise en octobre. On s’est quitté avant Noël dans une situation de confusion. D’autant plus que les attentats avaient fait passer tout le monde à autre chose. Certains parents n’avaient pas saisi le mode d’emploi du schéma proposé, et notamment la gratuité de l’après-midi d’activités éducatives. C’est pour ça qu’on a sollicité des réunions avec la Ville à la rentrée de janvier. Mais les syndicats enseignants eux s’étaient organisés parce qu’ils avaient compris que les conseils d’écoles permettraient imposer les quatre jours. A contrario, du côté des parents, cette idée qu’on resterait au pire au statu quo a bloqué toute mobilisation. »

Dès la semaine dernière, le collectif et la FCPE 67 ont adressé une lettre ouverte au maire de Strasbourg pour dénoncer son manque de courage politique :
« Une démarche réalisable et souhaitable aurait été de planifier le développement des nouveaux rythmes sur plusieurs années en opérant un processus d’évaluation-ajustement. Vous auriez ainsi amorcé un changement dans la mentalité des parties prenantes. Ceci vous aurait donné les moyens et le temps de réaliser votre projet initial. «
Le second collectif retourne en campagne
Ce second collectif entend désormais tracter dans la Ville et pas seulement aux abords des écoles pour informer les parents et citoyens strasbourgeois des enjeux des rythmes scolaires. Manuel Santiago ne cache pas sa défiance envers le fonctionnement des conseils d’écoles :
« Les conseils d’écoles ont toujours voté pour les quatre jours puisqu’ils sont constitués de plus d’enseignants que de parents. Mais du côté des parents, il y avait de plus en plus d’adhésion à la solution du maire. Sur 700 parents, 300 ont voté pour sa proposition lors des derniers conseils d’écoles. »
Sur le plan juridique, ces parents dénoncent le manque de cadre réglementaire des conseils d’écoles. Dans la pratique, les directeurs ou directrices y ont seuls le dernier mot sur l’ordre du jour et aucun quorum n’est fixé pour les votes. Plutôt que de mettre en cause la validité des votes passés, ils entendent donc imposer à l’ordre du jour des prochains conseils les votes de règlements intérieurs. Pour eux, c’est la condition préalable à tous nouveaux votes sur les rythmes scolaires. En cas de blocage sur ce point, la FCPE n’exclut pas de saisir la justice administrative.
Après l’annonce du maire début février, les conseils d’écoles doivent encore prendre position sur deux schémas de durée des journées d’écoles. À moins qu’une troisième option ne soit remise à l’ordre du jour…
Aller plus loin
Sur Facebook : la page du collectif « Pour des rythmes scolaires respectueux de tous les enfants »
Rythmes scolaires : chronique d’un plantage municipal

Les concertations sur un nouveau schéma de rythmes scolaires pour les écoles de Strasbourg ont duré 18 mois. À l’arrivée, le maire Roland Ries a fait machine arrière le 4 février en annonçant se ranger derrière les enseignants, pour un retour aux quatre jours d’école. Déroulé de ce plantage municipal.
Tout ça pour ça. Après un an et demi de réflexions et de concertations sur une modification des rythmes scolaires dans les écoles de Strasbourg, le maire Roland Ries (PS) a annoncé le 4 février que celles-ci reviendraient dès septembre à la semaine de quatre jours. Un revirement surprise alors qu’il avait annoncé le 10 décembre un scénario novateur tout autre : une semaine de cinq matinées et quatre après-midi, dont une libérée pour des activités éducatives gratuites.
Le décret Blanquer de juin 2017 rend possible une dérogation à la semaine légale de quatre jours et demi dans les écoles, à la condition que mairies et conseils d’écoles proposent un schéma commun. Dès la publication du décret, les conseils d’écoles de très nombreuses écoles du Bas-Rhin ont voté le retour à la semaine de quatre jours, largement soutenues par les syndicats enseignants. La maire de Strasbourg, quant à lui, avait annoncé dès juin 2017 qu’il n’y aurait pas de changement pour la rentrée 2017 et que la municipalité se laissait du temps pour se réorganiser.
L’an dernier, l’ouverture d’une vaste réflexion
Dès lors les conseils d’écoles et la mairie ont avancé sur deux trajectoires complètement antagonistes. Pour les enseignants, largement majoritaires au sein des conseils d’écoles, il allait alors de soi que le retour à la semaine de quatre jours à Strasbourg n’était que l’affaire d’une année scolaire. Mais dans un courrier adressé aux écoles le 16 octobre 2017, le maire de Strasbourg annonce qu’il va ouvrir une vaste réflexion sur la libre organisation du temps scolaire. Les syndicats enseignants sentent la menace sur l’évident retour aux quatre jours. Ils n’auront de cesse de réclamer le respect des votes des conseils d’écoles. Enseignant au début de sa carrière, Roland Ries avait accueilli avec enthousiasme cette réforme emblématique du gouvernement PS en 2014 et a toujours indiqué par la suite qu’il estimait que cette organisation est meilleure pour les écoliers.

Le 21 mars 2018, à l’initiative des syndicats, enseignants et parents d’élèves manifestent devant le centre administratif de la mairie, avec comme mot d’ordre « 4 jours à Strasbourg, c’est ce que veulent les conseils d’écoles ! » Françoise Buffet, adjointe au maire en charge de l’Education, et le directeur de cabinet du maire, Jean-François Lanneluc, reçoivent une délégation de l’intersyndicale enseignante. Mais entre politiques et enseignants, c’est le dialogue de sourds. La Ville lance sa réflexion au printemps et multiplie les conférences de scientifiques sur la chronobiologie des enfants, orientant toujours plus le débat sur la thématique des bienfaits de la semaine de quatre jours et demi.
Un questionnaire biaisé ?
À la rentrée 2018, les choses s’accélèrent. En septembre, une concertation entre parents, enseignants, élus municipaux et agents scolaires de la Ville établit un questionnaire. En octobre, la Ville lance sa vaste consultation citoyenne sur la base de ce sondage. Mais sa version retenue étonne même les participants au comité de pilotage. Plusieurs d’entre eux rapportent que la Ville n’a pas vraiment tenu compte de leurs suggestions dans sa version finale, qui vise surtout à préciser les conditions de réussite d’un scénario à 4,5 jours. Les syndicats enseignants dénoncent un questionnaire biaisé, tout comme des parents d’élèves de trois écoles du centre-ville, constitué en “Collectif Parents Strasbourg,” et qui récoltent plus de 600 signatures à leur première pétition.
En décembre, le maire hésite
Pour autant, la participation est forte : un tiers des parents d’élèves, un tiers des agents de la Ville et la moitié des enseignants. De l’aveu même du maire, les scores sont serrés entre la préférence pour un retour à 4 jours et un maintien des quatre jours et demi. Il tarde à trancher. Alors que sa décision était attendue pour le 6 décembre, il ne fait son annonce que le 10. Il explique avoir fait son choix « dans l’intérêt de l’enfant » et propose aux conseils d’écoles de se positionner sur deux questions : d’abord sur son scénario à cinq matinées et quatre après-midi dont une libérée pour des activités éducatives gratuites, ensuite sur le schéma en vigueur jusque là d’une semaine à quatre journées et demi d’enseignements.
Au lendemain de cette annonce et à moins de deux semaines des vacances de Noël, la Ville est accaparée par l’attentat du Marché de Noël. Cet événement a-t-il retardé un dialogue entre la Ville et les enseignants ? Dans tous les cas, les syndicats enseignants, eux, sont restés mobilisés. Dès le 11 décembre, ils sondent le potentiel de mobilisation des enseignants. Réunis en intersyndicale dès le 13 décembre, ils décident d’un mouvement de grève pour la rentrée de janvier.
Des parents en renfort pour les quatre jours
Le 19 décembre, ils sont reçus par l’inspecteur d’académie par intérim. Celui-ci s’engage à faire remonter au maire la demande de l’intersyndicale de mettre à l’ordre du jour des conseils d’école une troisième question portant sur le retour aux quatre jours, en plus des deux options proposées par le maire. Dans le même temps, le petit collectif de parents d’élèves favorable au retour à la semaine de quatre jours a grossi et multiplié les contacts dans une vingtaine de groupes scolaires de la Ville. Il y diffuse son propre questionnaire aux parents d’élèves.
Grève historique dans les écoles
À la rentrée des vacances de Noël, alors que les conseils d’écoles se préparent à voter, la grève du 15 janvier est suivie par 75% des enseignants. La moitié des écoles de la Ville sont tout bonnement fermées. Le service minimum d’accueil est déclenché dans neuf écoles sur dix. Du jamais vu à Strasbourg. Les enseignants réclament qu’une troisième question sur un retour à quatre jours soit mise au vote lors des conseils d’écoles qui trancheront sur les rythmes scolaires. Ils réclament que les résultats de ces votes soient appliqués.
Résultats des conseils d’écoles en direct
En parallèle, la Ville organise trois réunions d’information à destination des parents d’élèves élus, sur son scénario retenu, les 8, 18 et 19 janvier. Mais avec les syndicats d’enseignants, le dialogue est rompu. Pour plus de transparence, le syndicat majoritaire parmi les enseignants du primaire, le Snuipp, révèle les résultats des conseils d’écoles au jour le jour sur son site Internet, avant même qu’ils soient transmis à la mairie. Ils sont sans appel : c’est un raz de marée en faveur du retour à la semaine de 4 jours, sauf 11 écoles sur 112. Une tendance sans surprise, puisque les enseignants sont largement majoritaires dans ces instances représentatives. Des représentants de parents élus se joignent à ces votes. Le 22 janvier, l’intersyndicale rencontre la nouvelle directrice académique des services de l’éducation nationale de Strasbourg (DASEN) pour lui demander d’interférer auprès du maire afin qu’il respecte le résultat des votes des conseils d’écoles.
D’un point de vue politique, les deux candidats déjà déclarés de la droite pour les municipales de 2020, Jean-Philippe Vetter et Jean-Philippe Maurer interpellent le maire au conseil municipal pour rejeter ce scénario « atypique ». Strasbourg n’a pas besoin de se distinguer sur ce sujet à leurs yeux. Un potentiel thème épineux de campagne émerge pour les prétendants à la succession de Roland Ries et membres de sa majorité.
Revirement du maire
Forts de ces résultats, les syndicats enseignants maintiennent la pression et refusent toujours de dialoguer avec la Ville. En renfort, le collectif Parents Strasbourg – qui revendique désormais des relais dans 80% des écoles de la Ville – prévoit une manifestation devant le centre administratif de la mairie pour le retour aux quatre jours le 6 février. La manifestation n’aura en fait pas lieu. Avant cela, la Ville convainc l’intersyndicale des enseignants d’une rencontre le 31 janvier. Françoise Buffet leur promet que l’équipe municipale sera prête à « discuter sans exclusive, » à condition que la rencontre reste confidentielle.
Le jeudi 31 janvier, Jean-François Lanneluc, le directeur de cabinet de Roland Ries, est présent parmi les interlocuteurs de la Ville. Il assure qu’il a pris connaissance des votes et qu’il va faire une proposition au maire qui en tienne compte. Trois jours plus tard, le lundi 4 février, le maire convoque une conférence de presse exceptionnelle sur les rythmes scolaires à 17h30. À 17h, il réserve la primeur de sa décision finale aux syndicats enseignants : il accepte un retour à la semaine de quatre jours par « pragmatisme ». Ne reste plus qu’à trancher dans les prochains conseils d’écoles sur la durée des journées et le temps des congés.
Le collectifs Parents Strasbourg crie victoire. Les enseignants ont obtenu gain de cause. Mais d’autres parents, alertés dans la dernière ligne droite, dénoncent désormais une « trahison » et promettent que tout n’est pas encore joué.
Remanié et étendu, le viaduc du GCO repasse devant le tribunal

Le deuxième permis d’aménager le viaduc de Kolbsheim comporte quelques changements, notamment sa surface au sol qui augmente de 7,86%.
La question du viaduc central du Grand contournement ouest (GCO, voir tous nos articles) de Strasbourg revient devant les juges ce mardi 26 février. Cet ouvrage d’art de 465 mètres de longueur et une dizaine de . . .
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Connectez-vousAtomisés mais déterminés, les Gilets jaunes de l’Est se dotent d’une coordination

Durant la journée de dimanche, plus de 200 Gilets jaunes surtout d’Alsace mais aussi de Franche-Comté et de Lorraine étaient réunis près de Strasbourg pour évoquer les suites à donner au mouvement. Pas de conclusions ni de nouvelles formes d’actions, mais une coordination régionale est née.
Comment continuer, comment compter ? La question était sur toutes les lèvres, dimanche 24 février au Cercle Saint-Symphorien d’Illkirch-Graffenstaden, alors que se réunissaient environ 200 membres des Gilets jaunes de l’Est de la France. Après quinze semaines de mobilisation, la question de l’impact et de l’essoufflement du mouvement a évidemment été posée, sans jamais s’imposer comme un sujet de débat. Dans cette austère salle paroissiale un brin défraîchie, quelques tables sont dressées et beaucoup de chaises… Depuis 10h du matin, les tours de parole se succèdent au micro. Une minute et 30 seconde chacun, pas une de plus pour dire ce qu’on pense de la situation globale… C’est peu pour dénoncer la finance internationale, les fins de mois, les violences policières ou le cynisme du gouvernement. Mais pour ces ouvriers, artisans, indépendants venus d’Alsace ou de Franche-Comté, parfois de Lorraine, parler, c’est déjà beaucoup.
« Nous sommes ici pour abolir la dictature »
Sur les murs de la salle, de sobres pancartes proclament « Nous sommes ici pour abolir la dictature », ou « L’euro c’est la fortune pour les riches et la misère pour les pauvres. » Il est aussi question de contrôler les médias. Mais lors des prises de parole, on évoque plutôt les autres, les copains, les solidarités de ronds-points, de rues, de péages… On se parle, on s’entraide mais comment se comprendre ? Les participants sont parfois ingénieurs, parfois à la limite de la marginalité… Les écarts semblent impossibles à surmonter pourtant, tous partagent le même ras-le-bol et le sentiment d’avoir participé à l’émergence d’une question essentielle dans le débat public. La formuler est plus compliqué. Est-ce qu’il s’agit de la renaissance d’une conscience de classe, d’une nouvelle forme de syndicalisme par-delà les morcellements des entreprises, d’un mouvement politique qui serait transpartisan ?
« Au début, on a été naïfs »
Le sujet de l’antisémitisme est rapidement évacué comme n’étant qu’une stratégie du gouvernement pour diviser les Gilets jaunes et rendre le mouvement impopulaire : « c’est pas notre problème, » répondent en choeur les participants. Se présentant comme musulman, Yhya de Schiltigheim montre son fils à l’assemblée, né d’une union avec une femme de confession juive, la salle applaudit. Tout ça est bien beau mais que faire des antisémites lorsqu’ils sont détectés ? Pas de réponse. Même chose pour les casseurs d’ailleurs. Franck, déménageur de Hirsfelden, n’a pas de solution :« Au début, on a été naïfs. Mais après, on a su repérer les casseurs dans les manifs. On les a signalés aux policiers… Mais ils les ont laissé agir. On dirait que ça les arrangeait, qu’avec de tels agissements les médias allaient avoir leurs images pour les journaux du soir… Et nous on ne peut pas les virer ces mecs, ils sont jeunes, ils cherchent de l’adrénaline, qu’est-ce qu’on peut faire contre eux ? »

« On parle beaucoup de démocratie… Et si on en faisait ? Moi j’organise des ateliers constituants, on se saisit d’une question et on écrit les pouvoirs nécessaires pour faire évoluer les choses. On devient tous des législateurs du dimanche avec ces ateliers et les gens repartent contents, ils ont vécu un moment de démocratie réelle. »Le référendum d’initiative citoyenne (RIC) est un sujet largement accepté, et réclamé, par l’ensemble des Gilets jaunes, une adhésion qui s’explique aussi parce qu’on évite généralement d’entrer dans les détails d’application, questions posées, base choisie et conséquences… Ce fut la tonalité générale, les sujets qui fâchent, susceptibles de diviser, ont soigneusement été évités. Pour l’heure, l’unité du mouvement et sa préservation sont plus précieux que tout. En fin de journée, l’assemblée est parvenue à se mettre d’accord sur un texte. Le lendemain, un communiqué en donnait une nouvelle version, définitive cette fois.
Gagnez des places pour « Depuis Médiapart » avec Edwy Plenel

Les cinémas Star et Rue89 Strasbourg organisent une soirée exceptionnelle autour du film documentaire « Après Médiapart, » mercredi 13 mars en présence d’Edwy Plenel, directeur et fondateur de Médiapart.
Le pitch
En installant sa caméra au coeur des locaux de la rédaction du journal en ligne Mediapart, avant, pendant et après l’élection présidentielle française de 2017, Naruna Kaplan de Macedo a pu suivre le quotidien de celles et ceux qui y travaillent. Sur fond de dossiers comme l’affaire Baupin, les Football Leaks, les financements libyens, le film nous donne à voir comme jamais les coulisses d’un certain journalisme d’investigation.
La bande-annonce
Bande-annonce de « Depuis Mediapart » (vidéo Dock(s) 66 / Viméo)

La soirée
La rédaction de Médiapart a continué son travail et se trouve à l’origine de plusieurs informations essentielles qui ont secoué le gouvernement ces dernières semaines, dont le feuilleton sur Alexandre Benalla. Les cinémas Star et Rue89 Strasbourg reçoivent Edwy Plenel pour évoquer les enjeux en cours, à l’issue de la projection.
Le concours
Y aller
Depuis Médiapart, mercredi 13 mars à partir de 20h15, au cinéma Star Saint-Exupéry, rue du 22-Novembre à Strasbourg. Voir sur Facebook.


