Enquêtes et actualité à Strasbourg et Eurométropole

Au tribunal, la chute de quelques pions du trafic de stup’ à l’Elsau

Au tribunal, la chute de quelques pions du trafic de stup’ à l’Elsau

Après une enquête de trois mois et un coup de filet en février à l’Elsau, une douzaine de prévenus se sont retrouvées en comparution « immédiate » vendredi 6 mars. Mais les faibles quantités saisies, le manque de preuves et de liens entre les prévenus laissent une impression d’inachevé.

L’opération antidrogue à l’Elsau du mardi 11 février n’a pas permis de démanteler de réseau d’approvisionnement. Douze personnes ont été arrêtées ce jour là et prévenues pour « offre, emploi ou cession d’héroïne, de cocaïne ou de cannabis. » Elles ont été jugées vendredi 6 mars par le tribunal correctionnel de Strasbourg, en « comparution immédiate. » Le substitut du procureur de la République, Vincent Tridon, a requis des peines sévères, pour la plupart entre 3 et 6 ans d’emprisonnement ferme.

Mais le tribunal correctionnel n’a prononcé que cinq peines de plus de deux ans de détention. Concernant les sept autres prévenus, trois jeunes ont été condamnés à des peines entre huit mois et un an ferme de détention. Un autre prévenu sortira bientôt de la maison d’arrêt de l’Elsau, sa peine d’un mois de prison couvrant la durée de sa détention provisoire. Enfin, une peine avec sursis, une condamnation aménageable et une relaxe ont été prononcées.

Quelques minutes avant que le juge prononce les condamnations, une trentaine de personnes attendaient fébrilement devant la porte de la salle 301 du palais de justice de Strasbourg. Photo : Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc

12 prévenus, cinq kilos

Environ 5 kg de produits stupéfiants ont été saisis, principalement de la cocaïne et de l’héroïne. Me Eric Lefebvre, conseil de l’un des prévenus, parle d’une opération « de communication ». Habitué des dossiers de stupéfiants, l’avocat s’étonne des faibles quantités saisies et des petits montants de liquidités retrouvés chez certains accusés :

« J’ai des dossiers où l’on parle de centaines de milliers d’euros après des enquêtes de 18 mois. Ici, on comptait les billets de 10 euros après trois mois d’investigation… »

Face au président et à ses deux assesseurs, la plus grande salle du tribunal a été remplie toute la journée pour ces « comparutions immédiates. » Douze prévenus au premier rang, 12 gardiens derrière eux et au troisième rang, une quinzaine de copines, sœurs ou mères des prévenus.

D’emblée, le procès ouvert n’était pas à la hauteur de cette opération qui a mobilisé plus de 200 agents des forces de l’ordre en février. Les médias locaux ont relaté ce déploiement, titrant parfois sur un « démantèlement de réseau. » Or, ce vendredi 6 mars, aucun prévenu n’était poursuivi pour « association de malfaiteurs ». Il n’y a pas eu d’instruction, aucun lien n’a été solidement établi entre les différents accusés.

« Des histoires singulières qui sont juxtaposées »

Au cours des premières heures du procès, le président du tribunal a parfois interrogé les prévenus en évoquant des liens d’amitié entre eux, l’utilisation d’un même téléphone portable ou les témoignages de clients. « On fait croire, de manière artificielle, qu’on juge un réseau de trafic. Ce sont seulement des histoires singulières qui sont juxtaposées », rétorque Slim Benchaabane, l’un des 11 avocats de la défense dans sa plaidoirie.

Lors des questions aux prévenus, le président du tribunal et le procureur ont semblé manquer d’éléments solides à plusieurs reprises. Lorsqu’il interroge Fahrid (le prénom a été modifié) sur un récent voyage à Amsterdam, le juge doit se contenter des réponses du mis en cause. Aucun fait à sa disposition ne lui permet d’acculer l’accusé dans d’éventuelles contradictions : « Il y est allé avec sa copine pour son anniversaire, en train et en réservant un hôtel à son nom », rappelle Me Xavier Metzger, son avocat, en réaction aux suspicions.

Toujours pour tenter d’établir un lien entre les accusés, le procureur évoque la découverte de bonbonnes jaunes chez Ahmed (le prénom a été modifié). Le procureur dans ce procès note la couleur jaune de ces contenants servant généralement au trafic de cocaïne ou d’héroïne. « Dans la cave de Denilbek (le prénom a été modifié), il y a aussi des emballages jaunes », souligne-t-il. « Si on se fournit dans la même épicerie qui vend ces emballages jaunes, ça ne veut pas dire qu’on travaille ensemble », répond l’un des mis en cause.

Les « pions » se sont faits prendre

L’un après l’autre, les avocats contestent les peines « disproportionnées » demandées par le procureur. Me Xavier Metzger rappelle que Denim (le prénom a été modifié) n’a jamais été observé en possession de stupéfiants au cours des trois mois d’enquête, et ce malgré les caméras de surveillance et les policiers planqués à plusieurs reprises à proximité des lieux de deal. D’une réquisition du procureur de 3 ans d’emprisonnement ferme, Denim écope finalement d’un placement en détention de dix mois.

Au courant de l’après-midi, après 7 heures d’audience, quelques proches des prévenus sortent fumer une cigarette. Pour ces habitantes de l’Elsau, ce sont les petites têtes du deal, les « pions » du réseau, qui sont aujourd’hui jugées. La mère d’un accusé se demande « quand est-ce que ça a merdé, est-ce que je lui ai donné trop de liberté ? » Une voisine lui répond par « l’abandon des jeunes du quartier », qui finissent par tomber dans le trafic « parce qu’il n’y a rien à faire à l’Elsau. »

Des petits vendeurs et un malchanceux

Sur le premier banc, parmi les douze prévenus, une moitié n’a pas le profil du donneur d’ordres. Il y a Walis (le prénom a été modifié) qui gagne près de 450 euros en travaillant sur des marchés. Consommateur quotidien de joints, amateur de cocaïne le week-end, il dit vendre pour financer sa consommation. Son casier judiciaire est vierge. Le juge l’interroge brièvement. Il écope de huit mois de prison avec sursis.

À côté de Walis, Alexandre (le prénom a été modifié) est accusé d’avoir vendu près de 200 grammes de cannabis entre septembre 2019 et février 2020. « Selon vos déclarations, vous avez gagné moins d’un Smic avec cette vente ? », demande le procureur. Le jeune en jogging confirme. L’ancien travailleur en manutention sera condamné à 8 mois de prison avec sursis.

Tout au bout du banc, il y a Adou. Il semble ne pas comprendre ce qu’il fait là. Cet Algérien, en situation irrégulière en France, a eu le malheur d’être présent sur les lieux de vente de shit. Jamais condamné, il nie être un vendeur. Déclaré pénalement irresponsable par une expertise psychiatrique, il sera finalement relaxé.

Pour les sept autres condamnés, le juge a donc prononcé des peines plus lourdes, de plus d’un an d’emprisonnement ferme. Ceux-là étaient récidivistes. Ils stockaient chez eux ou dans des caves plusieurs centaines de grammes de drogues dures, parfois des couteaux, un taser ou un pistolet. Lorsque l’énoncé des condamnations prend fin, quelques femmes pleurent au fond de la salle, voyant leur fils, leur frère ou leur copain partir en prison.

Promesses non-tenues, programmes flous… L’Elsau reste à l’écart des élections municipales

Promesses non-tenues, programmes flous… L’Elsau reste à l’écart des élections municipales

Malgré l’approche du scrutin municipal, les habitants de l’Elsau hésitent entre abstention et vote sans conviction. Depuis plus de 5 ans, le supermarché est fermé et aucune mesure propre au quartier n’a été présentée.

« Ici, c’est comme au bled. Sauf que les politiques, ils font leurs promesses en cravate. Comme au bled en revanche, ils ne font rien une fois élus. » Maxime (le prénom a été modifié) enchaîne les clopes devant l’entrée d’un immeuble de la rue Watteau à l’Elsau.

Fin de matinée du mercredi 4 février, vers 11 heures, le marché s’approche de sa fin. Entre les étals de légumes, de fruits, de vêtements et de bijoux à 5 euros, quelques Elsauviens négocient le prix des oignons frais ou d’une casserole : « Normalement, elle est à 25 euros, pour l’Elsau, je la fais à 22 », assure un vendeur.

Bonnet, veste et jogging noir, Maxime porte un regard sombre sur les élections municipales. D’ailleurs, il n’ira pas voter. Il ne se sent pas représenté, d’autant qu’il ne connaît aucun Elsauvien sur une liste. Les habitants du quartier seraient-ils moins engagés qu’ailleurs à Strasbourg ?

« Il manque des lieux pour que les différentes générations se rencontrent ici. Les anciens pourraient alors donner les vraies valeurs de la vie aux plus jeunes, celles qui donnent envie de s’engager… »

« J’avais voté pour elle à l’époque, mais le quartier a été abandonné »

Mains jointes derrière le dos, longue barbichette grisonnante, Boudemar traverse l’allée du marché en saluant les vendeurs. Son choix n’est pas encore fait, le retraité n’a pas encore lu les programmes et attend la prochaine réunion pour les élections municipales dans le quartier. Mais à l’heure de rédiger ces lignes, aucune rencontre n’était programmée à l’Elsau avant le premier tour des élections… « Il faut voter, ça peut changer les choses », affirme le vieil homme, sans grande conviction.

Spontanément, Boudemar évoque la candidature de Catherine Trautmann (parti Socialiste). « J’avais voté pour elle à l’époque (des années 90, ndlr) », se souvient-il. Mais l’heure n’est pas à l’espoir pour Boudemar. Il estime que son quartier a été abandonné par les pouvoirs publics : « Nous, on demande pas grand chose, un peu de propreté, un peu de sécurité », résume-t-il. De l’unique réunion dédiée aux élections municipales dans le quartier, l’habitant retient surtout l’absence de plusieurs têtes de liste.

Le supermarché fermé au cœur de la défiance

La colère est bien plus sensible chez Hatice, occupée à faire ses courses dans l’une des deux seules épiceries du quartier. Si cette habitante de l’Elsau a voté aux élections municipales de 2014, elle ne se rendra pas aux urnes le 15 mars. Pour cette fille d’Elsauviens, « les personnes âgées sont laissées à l’abandon. » Le supermarché, fermé depuis plus de cinq ans, complique la vie des personnes à mobilité réduite. Cette épave de tôle, toujours couverte d’une bâche « Ici ouvre bientôt un Carrefour Express », est au cœur de la défiance elsauvienne à l’égard des responsables municipaux.

Promise par l’ancien adjoint de quartier Erik Elkouby, la réouverture du supermarché de l’Elsau intéresse surtout le gérant des épiceries Cebalim. Bayram Cebik estime avoir perdu 60% de son chiffre d’affaires depuis la fermeture de la grande surface. « On était complémentaire, explique le commerçant, les gens venaient au Leclerc pour acheter de l’alcool et du porc avant de faire quelques courses chez nous… » Le commerçant ne sait pas encore pour qui voter. « Je ne connais pas les candidats », justifie-t-il.

« Ils proposent quoi pour le quartier ? »

Midi passé, une odeur de friture et de steacks hachés émane de la roulotte de Nourdine, située entre la rue Watteau et le centre socioculturel. Le rappeur Lord Jaks vient de commander un sandwich. Originaire de Schiltigheim, le jeune traîne souvent à l’Elsau. Interrogé sur son intérêt pour les élections municipales, il répond par une autre question : « Ils proposent quoi pour le quartier concrètement ? »

« Des propositions apparaissent petit à petit pour le quartier, mais c’est parce qu’on met la pression sur les candidats », estime Marc Ferrante, habitant du côté pavillonnaire de l’Elsau. L’artiste plasticien a récemment cosigné une tribune enjoignant les têtes de liste à formuler des propositions concrètes pour le quartier. Les réponses des listes municipales seront bientôt publiées sur Rue89 Strasbourg… si elles arrivent. Mais pour Michel Witasse, également résident d’une maison elsauvienne, le désintérêt des habitants du quartier pour les élections municipales est parfaitement compréhensible : « Ça fait cinq ans qu’on se fout de notre gueule. »

En pleine rénovation, le quartier Laiterie a raté son rendez-vous avec les élections municipales

En pleine rénovation, le quartier Laiterie a raté son rendez-vous avec les élections municipales

Les engins de chantier tournent pour embellir le petit quartier de la Laiterie d’ici le printemps. La campagne des élections municipales est très peu passée par ce quartier populaire, dont la transformation fait naître des questions sur son avenir.

Devant l’école maternelle Louise Scheppler, les élections municipales ne font pas vraiment partie des discussions des parents d’élèves. Certains ne sont d’ailleurs pas européens et ne pourront voter. D’autres veulent d’abord savoir s’il n’y a pas de risque à venir dans un bureau de vote en raison de l’épidémie de coronavirus.

Ici, la dernière mobilisation remonte à la première quinzaine de février et visait le rectorat plutôt que la mairie. La présidente de l’association de parents d’élèves Laurence Garnier raconte :

« Il y avait 3 enseignants pour 5 classes, alors qu’une absence était programmée depuis début janvier. Nous étions 5 parents à appeler et envoyer un mail tous les jours. Lorsque nous avons dit que la prochaine étape était de contacter la presse, une personne a été ajoutée dans la demi-journée. On ne sait pas si c’était prévu ou si c’est uniquement parce qu’on a râlé qu’il y a eu des moyens… »

L’école Scheppler est une spécificité à Strasbourg. Dans le pré-programme de Philippe Bies (PS, finalement pas candidat) il était question de la « déplacer », en raison de sa proximité avec l’autoroute A35, bruyante et polluée.

Les parents habitent au quartier Laiterie, un Quartier Prioritaire de la Ville (QPV). Mais l’école est située… de l’autre côté de la route. Elle n’est donc pas considérée comme une école de QPV, avec les moyens supplémentaires qui iraient avec. Autre particularité, elle n’est pas rattachée à un groupe scolaire. Après la maternelle, ses élèves sont répartis entre les écoles élémentaires Finkmatt, Sainte-Aurélie ou de l’Elsau. L’école a des horaires spécifiques, on y débute la journée à 8h et non 8h30 :

« Sur 55 élèves en petite section, il y a 25 dérogations délivrées par la Ville. Certains parents mettent les enfants à Sainte-Aurélie ou Finkmatt pour être avec les grands frères et sœurs, mais il y a aussi de l’évitement. »

Deux projets ont été déposés au budget participatif pour améliorer l’école : obtenir un préau, et réaménager le parvis, qui donne sur une bretelle d’autoroute, des pistes cyclables très fréquentées avec quelques seringues par terre. En vain, les projets n’ont pas eu le « coup de cœur » du conseil de quartier, ni assez de votes ensuite.

« Mais le préau a été enfin promis », se félicite Laurence Garnier après un combat de 5 années. À 10 jours, elle sait qu’elle ira voter, mais est encore indécise. « On ne peut pas dire que rien n’a été fait dans le quartier ces dernières années, contrairement au mandat précédent » dit celle qui a souvent échangé avec l’adjoint de quartier Paul Meyer, présent sur la liste d’Alain Fontanel (LREM).

Laurianne Garnier, présidente de l’association des Parents d’élèves de l’école Louise Scheppler (Apeels) est satisfaite de certaines évolutions du quartier. Elle hésite encore quant à son vote. Photo : JFG / Rue89 Strasbourg

Rénovation et stationnement en discussion dépassionnée au bar

Dans le bar au coin de la rue du Hohwald, le gérant et propriétaire depuis 6 ans, « Mike », est bien plus distant de la politique. Il ne sait même plus où il est inscrit depuis son déménagement. « La gauche s’est effondrée en faisant une politique de droite », remarque-t-il.

Sur l’évolution récente du quartier, il aimerait en savoir plus :

« On a bien eu l’information qu’il y allait avoir une rénovation, qu’il y avait des réunions où je ne pouvais pas aller puisque c’est le soir et que je travaille, mais ensuite on ne sait pas ce qui est décidé. Pourquoi on refait toute la rue de la Broque, mais que la moitié de celle du Hohwald ? Ce n’est pas une rénovation complète alors que les trottoirs sont tout abîmés. Qui a décidé cela ? »

Il aurait aimé une entrée de rue plus avenante et peut-être aménager une petite terrasse.

La future rue de la Broque doit ressembler à cela, courant 2020. Photo : doc Ville de Strasbourg

Le long de son établissement, boulevard de Lyon, l’ajout de bandes cyclables, qui a réduit le nombre de voies pour les voitures, ne fait pas débat comme sur l’avenue des Vosges. « C’est la moindre des choses pour toutes ces personnes qui se déplacent à vélo. Deux voies de circulation, c’est suffisant. Je ne comprends pas que ça ait pris autant de temps. » Il se satisfait aussi que la salle de concert de la Laiterie n’ait pas déménagé vers la Coop comme envisagé. « Cela amène du passage les soirs de concert ».

Sur d’autres décisions en revanche, comme le stationnement, il voit des « contradictions totales » :

« On décourage la voiture, sans vraiment proposer d’alternative, mais quand les ventes chutent, les politiques pleurent ! Ensuite, on va enlever du stationnement et des arbres sur le boulevard pour le bus, mais on va en planter à l’arrière du quartier pour faire un espace vert à la place du parking. Où est la logique ? »

Avec un client, la discussion s’engage au comptoir. « Tu savais qu’ils vont aussi supprimer les places sur le boulevard ? », lui apprend Mike. Le jeune homme fait de gros yeux. Il ne peut pas travailler sans sa voiture. « Je bosse de nuit dans l’industrie à Drusenheim. Je suis rentré à 3h du matin. » Avec la réduction de places du parking du Ban-de-la-Roche et son passage en zone payante, il a décalé le parking de son véhicule de l’autre côté de l’A35, dans un coin encore gratuit. Mais en apprenant que le boulevard va perdre ses places, il craint des reports supplémentaires de véhicules.

Le jeune homme repart. Il a d’autres choses en tête que les élections. « Des jeunes qui squattent dans les caves pour fumer de la chicha ». La question a été portée devant les tribunaux par son bailleur social, rue de Rothau.

Le quartier Laiterie n’a pas été un lieu majeur de la campagne. Photo : JFG / Rue89 Strasbourg

Un immeuble amené à devenir une place

Les incertitudes sur l’avenir du quartier forment un thème récurrent chez beaucoup d’habitants. Elles soulèvent des questions. Pourquoi le bar Laiterie attribué en 2017 n’a-t-il pas encore ouvert, alors que plusieurs équipes avaient candidaté ? D’autres se demandent ce que va devenir la barre de 24 logements sociaux des 12-14-16 rue du Hohwald, en face à la Laiterie.

Un habitant de l’immeuble sort de chez lui. « Cela fait deux ans que l’on parle de destruction, mais aucune proposition de relogement n’a été adressée. Il semblerait que le bâtiment soit classé et donc qu’on puisse rester… » Quant à l’état supposé insalubre qui empêche des rénovations ? « J’y habite depuis 10 ans et avec un peu d’entretien, il est en bon état », répond celui qui ne souhaite pas déménager. Il s’en va travailler sur une trottinette électrique.

Renseignements pris, la municipalité a bien acté une démolition. La prochaine majorité devra la voter en 2020. Le relogement avant destruction nécessitera ensuite environ deux ans, car il faudra trouver des places dans le secteur et parmi les loyers les plus faibles de la ville. Objectif, créer une placette. Mais la nouvelle majorité pourra stopper ces projets.

La rue de la Broque, réaménagée pour les cyclistes, une des deux rues et demi refaite. Photo : JFG / Rue89 Strasbourg

Trop petit, le quartier intéresse peu les militants

Quartier populaire de petite taille, la Laiterie, n’a pas eu le droit à son « world café », ces tables rondes où les candidats ont rencontré les habitants dans les CSC de Hautepierre, Elsau, Neuhof ou d’autres quartiers de la ville. Et sans marché, ce n’est pas non plus un coin prisé par les opérations de tractage, contrairement à l’école Sainte-Aurélie ou le marché devant le musée d’art moderne.

Au Gobelet d’Or, restaurant de quartier où se tiennent quelques rencontres, seules deux formations ont demandé à venir. Le gérant Nguyen Anza, qui ira voter « par conscience citoyenne » mais sans grandes illusions, ne sent pas une grande appétence pour la campagne chez ses clients : « Sur la religion et la politique les gens ont tendance à se fermer ». De sa fenêtre, il voit la nouvelle aire de jeux installée au milieu des grilles de chantier et au pied de l’autoroute :

« Le but de la rénovation est de diminuer le passage de véhicules et que les gens viennent passer du temps dans le quartier. On verra si ça fonctionne. »

Au pied de l’A35 une aire de jeux est installée à la place du parking. Un mur d’escalade suivra. Photo : JFG / Rue89 Strasbourg

Ce jeudi 5 mars, c’est une délégation de colistiers écologistes qui est venue, avant les socialistes le vendredi 13 mars. Ce soir-là, sur la petite vingtaine de personnes présentes, il y a autant de colistiers et de soutiens que d’habitants à convaincre.

Après une vingtaine de minutes de présentation du « bouclier social et écologique », place aux questions. Certaines sont d’ordre général, comme les normes nationales pour les constructions neuves, « moins exigeantes que celles de 2012 », regrette un participant qui travaille « dans la construction ». Le débat dévie sur les énergies renouvelables.

A une rencontre avec les colistiers écologistes, autant de soutiens de la liste que de curieux Photo : JFG / Rue89 Strasbourg

« Lutter totalement contre la voiture, c’est impossible »

Une dame habillée d’un manteau en rouge tend la main vers la fenêtre d’où provient un bruit de fond : « Pour l’autoroute A35, son bruit et sa pollution, on ne peut rien faire. »

Les colistiers s’y mettent à plusieurs pour répondre. Étienne Gondrexon, 40e sur la liste, déroule :

« On peut réduire la vitesse, ce qui fera moins de bruit. Abaisser la vitesse permet aussi de réduire la largeur des voies et donc d’en ajouter une pour les transports en commun, ainsi que de créer plus facilement un mur anti-bruit. »

Puis, la question du stationnement est soulevée. La dame en rouge poursuit :

« On n’a pas de problème avec le fait que la Laiterie soit ici. Mais l’idée était que les gens aillent au nouveau parking près du tram à Koenigshoffen et viennent à pied, avec des cheminements, ce qui n’est pas le cas. Mettre un ou deux étages en silo aurait été plus simple, car il y a beaucoup de stationnement sauvage désormais. »

Les colistiers écologistes ne souhaitent pas construire de parkings en ville et parlent de leur grand emprunt écologique pour augmenter la cadence des transports. « Lutter totalement contre la voiture, c’est impossible. Si vous êtes à Saverne, vous ne pouvez pas revenir en train après un concert », objecte un participant. « Le programme prévoit de construire quatre parkings-relais, mais loin du centre-ville », répond Étienne Gondrexon. « Cela permet de repartir plus vite pour une foule qu’une file de voitures », argumente Marc Hoffsess, 14e sur la liste. Cette proposition inspirée de villes allemandes convainc davantage.

Le nouveau parking du ban de la roche, plus petit est désormais payant en journée est complet un soir de concert. Photo : JFG / Rue89 Strasbourg

En sortant du bar, difficile de donner tort à la dame en rouge. En ce soir de concert des Wampas, des automobilistes tournent et ressortent du tout nouveau parking extérieur, payant en journée mais gratuit le soir. Ils n’ont pas trouvé leur place. Un peu comme le quartier dans la campagne électorale.

En mars, le festival des Giboulées tombe sur toute l’Eurométropole

En mars, le festival des Giboulées tombe sur toute l’Eurométropole

Du 13 au 21 mars, le TJP, centre dramatique national de Strasbourg présente sa biennale, les Giboulées. Dans plusieurs salles de l’Eurométropole, 86 représentations sont programmées en huit jours, du théâtre aux arts plastiques en passant par la danse et la marionnette.

Les giboulées sont des averses brèves et drues qui annoncent le printemps. Avec 26 spectacles pour 86 représentations données en huit jours, le festival des Giboulées porte bien son nom. Présenté tous les deux ans par le TJP , l’événement propose une profusion de spectacles et d’expériences artistiques. Ils explorent les trois grandes thématiques chères à ce théâtre : le corps, l’objet et l’image. Les représentations auront lieu dans plusieurs salles de l’Eurométropole.

Des objets imprévisibles

Le TJP est connu pour être l’un des seuls centres dramatiques nationaux en France à se consacrer à la marionnette. Dans les spectacles des Giboulées, la marionnette sera donc naturellement présente, et cela sous différentes formes. Avec Kazu et les hommes volants les pantins seront mis au service d’une expérience poétique sensorielle et porteront, avec le marionnettiste, une histoire fantastique. Mais les objets à figures humaines ou animales ne sont pas les seuls à prendre vie dans ces spectacles.

Dans « Kazu », Juan Perez Escala interagit avec ses créations et leur insuffle une vide propre. Photo : de Julie Fauglas

Il n’est pas facile de placer des limites claires à la marionnette. Le pantin est identifiable facilement, mais où s’arrête-t-il ? Dans À poils ce sont des fibres qui servent de matière première au jeu. Lorsque les artistes de Ora (Orée) accumulent sur le plateau des tissus, des bâtons, des débris vagues, des peluches, est-ce encore de la marionnette ? Qu’importe. Le grand avantage des spectacles des Giboulées est de ne se pas poser la question du registre ou du cloisonnement des pratiques. Tout ce qui est utilisable est utilisé, pourvu que cela serve le spectacle.

Les solides motards du spectacle « À poils » s’adoucissent à mesure que leur pilosité s’accroit. Photo : de la Compagnie S’appelle Reviens

Ce que je recherche c’est une belle image

Avec un théâtre qui se détache du texte, même s’il peut s’en inspirer (comme C’est un secret qui est une adaptation libre de L’Oiseau bleu de Maeterlinck) aucun risque de tomber sur un spectacle qui se suffit à lui-même en se contentant de servir le texte. Ce qui prime dans toutes ces œuvres c’est l’expérience du spectateur. En travaillant sur la problématique corps-objet-image, les artistes mettent au cœur de leurs préoccupations ce qui se passe sur le plateau en relation avec ce qui se passe dans la salle. Les incidents techniques eux-mêmes ne sont plus des erreurs mais des évolutions imprévisibles du décor vivant.

Le conte du spectacle « C’est un secret » joue sur les ombres pour évoquer plutôt que de tout montrer en pleine lumière. Photo : du Théâtre de Nuit

Des spectacles qui assument le risque de leur nature vivante, donc de leur imprévisibilité, cela rassure et rassemble. L’absence d’une technicité trop clinique au profit d’un artisanat organique rend l’expérience chaleureuse. Dans 間 (Ma, Aïda…) deux artistes tentent de donner 36 spectacles en l’espace d’une heure. La course est intense, comme pour épuiser le théâtre et le pousser dans ses limites. C’est aussi en mettant ainsi en avant les mécaniques des spectacles qu’il est possible de les dédramatiser, de les rendre plus humains. Les Giboulées, dans le hasard du plateau, invitent au rassemblement des gens.

Pour Camille Boitel et Sève Bernard le temps leur est compté. Pour réussir leur défi il leur faut utiliser toutes sortes de dispositifs scéniques. Photo : de la compagnie L’Immédiat

Explorer et sortir de sa zone de confort

Plusieurs dispositifs sont mis en place pour faire vivre cette semaine avec intensité. Les Précipités d’Expériences notamment proposent de passer dans les coulisses de la recherche artistique. La première séance testera les possibilités de l’obscurité et du carton. La seconde mettre à l’épreuve des bouteilles de verre, des nuages, et des masques. Il sera possible de voir les artistes au travail, dans le doute comme dans la découverte des bonnes idées. L’École du risque, elle, questionnera le rapport au risque et à sa prise volontaire. Le spectacle sera créé en 48 heures après une exploration urbaine de Strasbourg par un groupe d’amatrices et d’amateurs. Rien ne sera sûr, rien ne sera contrôlé, et c’est ce risque qui fait tout le sel.

Les performeurs font du spectacle « Ora Photo : Orée » un amoncellement d’objets hétéroclites. ( de Pascale Cholette

Le festival sera aussi sur les ondes, grâce aux efforts conjoints de Radios Pratique(s), la radio éphémère du TJP, et Radio en construction (90.7 FM). Des missions seront données en public pour discuter des spectacles et des thématiques du festival. La programmation propose des spectacles accessibles pour tous les âges, à partir de 3 ans. Un festival où se rendre en famille donc.

Municipales : Quand le ton se durcit pour la dernière semaine de campagne

Municipales : Quand le ton se durcit pour la dernière semaine de campagne

Pour convaincre les indécis en dernière semaine de campagne, il faut parfois se démarquer en allant chercher ses adversaires.

Le débat à la librairie Kléber mercredi 4 mars par le Club de la presse a lancé la dernière séquence de la campagne des élections municipales. Après de nombreux débats thématiques ainsi que des rencontres avec des groupes d’intérêts (associations de quartier, de commerçants, religieuses, de protection de l’environnement, de cyclistes, etc), voici le temps de la confrontation finale entre têtes de listes.

Être identifié

Selon un sondage BVA, un tiers des électeurs étaient encore indécis fin février. Les listes travaillent leur message final à destination du grand public. À ce jeu-là, Jean-Philippe Vetter a sûrement frappé le plus fort avec son panneau sur l’avenue des Vosges, très vu, commenté et même détourné. Ces techniques permettent d’associer un candidat à une idée forte, un atout dans une campagne locale où les clivages politiques sont atténués.

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Municipales : Alain Fontanel, invité de RBS à 10h

Municipales : Alain Fontanel, invité de RBS à 10h

Les têtes de liste aux élections municipales durant la dernière semaine de campagne.

Radio RBS et Rue89 Strasbourg devaient interroger les candidats aux élections municipales à Strasbourg chaque matin à 10h du 9 au 13 mars. Par mesure de précaution, les interviews se dérouleront finalement par téléphone. Il n’y aura pas de retransmission sur StrasTV.

Les interviews seront néanmoins à écouter en direct sur la fréquence 91.9 FM et sur le site de la radio. Les meetings de fin de campagne sont tous annulés pour limiter la propagation du coronavirus.

Ce lundi 9 mars, c’est Alain Fontanel (LREM / 100% Strasbourg) qui répondra aux questions de Stéphane Bossler pour débuter la semaine.

Alain Fontanel est notre invité lundi 9 mars avec RBS et Stras TV Photo : JFG / Rue89 Strasbourg

Écologie : il est vert mon bilan !

Écologie : il est vert mon bilan !

L’écologie s’impose comme un thème majeur de ces élections municipales, et les Verts ne sont pas épargnés par la critique. L’opposition dénonce régulièrement la « bétonisation » menée par Roland Ries et Alain Jund, y compris sur la « ceinture verte ». Un nouvel élément de langage a également fleuri au cours des débats : celui de « l’écologie punitive ». Une des expressions favorites de Jean-Philippe Vetter et d’Alain Fontanel pour taper sur Jeanne Barseghian.

Sasha et les vélos, une aventure cycliste dessinée par Ariane Pinel

Sasha et les vélos, une aventure cycliste dessinée par Ariane Pinel

Les Strasbourgeois Ariane Pinel, illustratrice, et Joel Henry, auteur et explorateur, ont réalisé leur premier album ensemble sur un thème cher à la ville : le vélo. Une expédition poétique.

Qui est ce petit personnage qui sillonne le globe à deux-roues ? Les auteurs de Sasha et les vélos aiment laisser parler en premier les lecteurs et journalistes. Il ? Elle ? « C’est un personnage non-genré », s’amuse Ariane Pinel, l’illustratrice. Cela peut donc être un garçon ou une fille.

Le scénario ? Sasha reçoit un vélo pour son anniversaire. Un vélo qui va l’emmener à la rencontre d’autres bicyclettes à travers le globe. Pédalo, Grand-bi, VTT, vélo-cargo… « Tous les vélos dessinés existent vraiment », assure l’artiste.

Une collaboration strasbourgeoise

Les lecteurs de Rue89 Strasbourg ont déjà pu voir les coups de crayon d’Ariane Pinel, trentenaire. En avril 2019, elle racontait sa semaine chez un maraîcher du Ried. Elle a illustré notre série d’été 2018 « Se choper à Strasbourg » ou des sujets plus lourds comme l’affaire Naomi Musenga ou le harcèlement.

Cet ouvrage pour enfants est le fruit d’une rencontre avec Joel Henry. Explorateur original et auteur de 65 ans, il a aussi publié des billets de blog sur des excursions absurdes aux débuts de Rue89 Strasbourg.

Achevé fin 2019, ce travail a nécessité un an :

« Nous nous sommes rencontrés dans l’idée de faire un projet ensemble. On se retrouvait pour chercher des idées et on s’est retrouvé tous les deux sur le vélo qu’on utilise au quotidien. À Strasbourg, on peut tout faire à vélo et dans le livre, c’est aussi le message, Sasha peut aller partout. C’est aussi une idée générale que l’on diffuse ailleurs à travers ce livre. »

Ariane Pinel

Avec Sasha et les vélos, Ariane Pinel publie son premier album Jeunesse. Par le passé, elle a déjà réalisé des bandes dessinées et des romans illustrés.

Inspirée par les peintres flamands

Chaque double page consiste en une grande illustration, surmontée de quelques lignes de texte. Cette présentation a un objectif selon Ariane Pinel : 

« J’ai ce souvenir de regarder des grands livres que l’on peut re-regarder à l’infini. Sur chaque double page, il y a Sasha à trouver et beaucoup de petits détails à découvrir. »

Le livre est une succession de grandes illustrations. La première double page contient quelques allusions à Strasbourg. (extrait Sasha et les vélos / remis)

Quelle est la principale source d’inspiration de ces grandes compositions ? D’autres livres pour enfants ? Des jeux ? Pas vraiment. Ariane Pinel réfléchit… « Les tableaux des peintres hollandais Bosch et Bruegel » . Mais le mouvement primitif flamand n’a guère représenté les vélos.

À l’Université de Strasbourg, une mobilisation contre la recherche par à-coups

À l’Université de Strasbourg, une mobilisation contre la recherche par à-coups

Près d’un millier de manifestants ont manifesté dans les rues de Strasbourg jeudi, contre la loi de programmation pluriannuelle de la recherche (LPPR). Ils ont dénoncé les mécanismes de financement de la recherche, qui privilégient les contrats aux dispositifs pérennes. Reportage auprès du laboratoire SAGE, mobilisé depuis le 10 janvier.

« Y’en a assez, y’en a assez de la précarité, dans les labos et à l’université ! », scandaient jeudi après-midi étudiants, enseignants et personnels de l’Université de Strasbourg sous une pluie battante.

Au départ du Patio, près d’un millier de manifestants ont défilé dans les rues de Strasbourg, du campus à la place de la République, pour demander le retrait des réformes des retraites, de la formation des enseignants, ainsi que le retrait d’une loi qui ne sera présentée qu’au printemps : la loi de programmation pluriannuelle de la recherche (LPPR).

Au Patio, avant le départ en manifestation, les personnels mobilisés de l’enseignement et la recherche ont tour à tour pris la parole pour dénoncer « une précarité comme seul horizon ». Photo : Kévin Gasser / Rue89 Strasbourg

Les personnels mobilisés de l’enseignement supérieur et de la recherche partagent le constat de trois rapports préliminaires à la loi d’un manque de moyens mais critiquent leurs conclusions. Les manifestants dénoncent la précarisation de la recherche, le recours à la contractualisation plutôt qu’à la titularisation et une « marchandisation de la connaissance. »

Plusieurs laboratoires strasbourgeois s’érigent déjà contre cette future loi de programmation pluriannuelle de la recherche, selon une cartographie réalisée par des géographes mobilisés. Le laboratoire SAGE (Société, Acteurs, Gouvernement en Europe), créé en 2013 et situé à la Maison des sciences de l’homme (MISHA) est le premier à s’être mobilisé à Strasbourg, dès le 10 janvier.

La Maison des sciences de l’Homme (MISHA) héberge plusieurs laboratoires mobilisés contre la LPPR. Photo : KG / Rue89 Strasbourg

Cette unité mixte de recherche, selon le terme administratif, regroupe 60 enseignants-chercheurs – politistes, sociologues, géographes, juristes, historiens et ethnologues – issus de 7 filières différentes de l’Université de Strasbourg. Mais aussi 8 chercheurs au Centre national de recherche scientifique (CNRS), 6 ingénieurs d’études, 3 personnels administratifs et environ 70 doctorants. Ils effectuent des travaux de recherche sur des sujets transnationaux en sciences humaines et sociales.

Les contrats de recherches apportent 90% du financement

Sous la tutelle du CNRS et de l’Université de Strasbourg, le laboratoire SAGE finance ses recherches, en dehors des salaires des chercheurs qui sont payés par l’État, avec un budget d’environ 1,5 million d’euro. Mais cette somme provient à 90% de contrats noués suite à des appels à projets, seuls 120 000€ proviennent d’une dotation stable de l’Université de Strasbourg et du CNRS.

Marine de Lassalle, 52 ans, directrice du laboratoire SAGE et enseignante-chercheuse à l’Institut d’études politiques à Strasbourg, dénonce ce déséquilibre budgétaire :

« Nous avons besoin d’un accroissement de cette dotation, plutôt qu’un financement de notre laboratoire par ces contrats de recherche qui favorisent la mise en compétition des chercheurs et dont le taux de succès est trop faible (environ 15% NDLR). Beaucoup de dossiers n’aboutissent pas mais mobilisent le temps de nos chercheurs. »

42 heures de direction par an, le reste c’est bonus

Pour ses tâches de directrice de laboratoire – représentation, animation, structuration des thèmes de recherche – Marine de Lassalle n’est rémunérée que 42 heures sur toute l’année universitaire :

« La direction du laboratoire me prend bien plus de temps que ces 42 heures. Je préférerais plutôt, comme la loi le permet, me décharger de ces 42 heures (les retirer de son temps d’enseignement, NDLR). Mais je suis allée voir la personne responsable de ma composante à l’IEP, et ce n’est pas possible : il n’y a pas assez d’enseignants. »

Résultat, Marine de Lassalle jongle entre enseignement, recherche et sa fonction de directrice du laboratoire. « C’est ça le travail gratuit ! », lâche-t-elle. « J’ai l’impression de ne pas pouvoir bien faire mon travail. »

Marine de Lassalle, directrice du laboratoire SAGE et enseignante-chercheuse à l’Institut d’études politiques de Strasbourg. Photo : KG / Rue89 Strasbourg

« Mon poste va être supprimé »

La précarité touche également les BIATSS (personnels ingénieurs, administratifs, techniques, sociaux et de santé et des bibliothèques). Après un CDD de 6 mois en 2016, Delphine (le prénom a été modifié) est assistante de gestion budgétaire depuis mars 2017 au laboratoire SAGE. Elle était rémunérée par un contrat de recherche jusqu’au mois d’août 2019. Mais depuis, cette mère de 4 enfants est rémunérée au SMIC à temps partiel (80%) grâce au reliquat d’anciens contrats de recherche. Son contrat de travail s’achève en décembre 2020 :

« Je vais passer un concours externe de technicien de gestion en mai. Si je loupe ce concours, j’irais toquer à Pole Emploi, parce que ce poste va être supprimé. »

Pourtant, le travail ne manque pas. Trois personnels gèrent le budget du laboratoire qui demande plus d’un millier de bons de commande par an pour une trentaine de contrats de recherche simultanés. Delphine explique :

« Nous mangeons en 30 minutes. Au lieu de supprimer le poste, il faudrait au contraire un employé en plus. Et ça l’Université de Strasbourg le sait très bien. »

Fatima, gestionnaire administrative du laboratoire depuis 2013, est en « CDI non permanent », rétribuée par la Direction de la recherche et de la valorisation de l’Université de Strasbourg. D’abord en contrat à durée déterminée pendant 6 ans, la jeune femme a pu faire évoluer son contrat grâce à la loi.

« Mon poste n’est pas ouvert au concours interne des techniciens de gestion de l’Université de Strasbourg. Elle ne reconnaît pas officiellement l’utilité de mon poste. Pourtant j’ai été “cédéisée” l’an dernier. Ça montre l’absurdité de la situation. Je ne suis pas considérée comme une fonctionnaire. Je n’ai pas de carrière. Nous sommes les invisibles. »

Le « LOTOfinancement » contre l’autofinancement

Mathias Thura, maître de conférences en sociologie au Centre universitaire d’enseignement du journalisme, est un des co-initiateurs du LOTOfinancement, une action critique et satirique envers le « renforcement du financement par appels à projets aux effets chronophages et délétères », indique un communiqué de presse.

Mathias Thura, également membre du laboratoire SAGE, a obtenu 7 000€ après un appel à projets de l’Institut français du monde associatif pour mener une recherche sur la protection civile. Sous sa capuche, muni de sa pancarte pour la promotion du LOTOfinancement lancé il y a quatre semaines, il s’étonne d’être rentré « dans cette mécanique aliénante de l’appel à projets » :

« Au lieu de passer du temps à monter des dossiers et à les évaluer derrière, nous allons au bout de la logique de la marchandisation de la recherche avec ce loto. Près de 200 participants ont permis de collecter une somme d’environ 1 000€. Nous allons la jouer à la Française des Jeux. »

12 jeunes de l’Elsau en comparution immédiate suite une opération antidrogue

12 jeunes de l’Elsau en comparution immédiate suite une opération antidrogue

Mardi 11 février, les forces de l’ordre ont interpellé 19 individus suite à une importante opération antidrogue dans le quartier de l’Elsau. Ce vendredi matin, 12 personnes doivent être jugés en comparution immédiate.

Le trafic de cocaïne a donné un nouveau surnom au quartier de l’Elsau, la « Cité blanche ». Deux semaines après la sortie d’une mixtape du même nom, plus de 200 policiers, gendarmes et autres membres de l’unité d’élite du Raid sont intervenus à l’Ouest de Strasbourg suite à plusieurs mois d’enquête sur un important trafic de stupéfiants. 19 personnes ont été interpellées suite à cette importante opération antidrogue. 12 d’entre elles seront jugées en comparution immédiate devant le tribunal correctionnel de Strasbourg.

Rue89 Strasbourg voulait vous permettre de suivre cette audience en direct mais des contraintes techniques au palais de justice nous ont empêché de transmettre.

265 personnes à la rue et sans solution à Strasbourg, selon la Nuit de la solidarité

265 personnes à la rue et sans solution à Strasbourg, selon la Nuit de la solidarité

Dans la nuit de mercredi 4 au jeudi 5 mars, près de 400 bénévoles se sont réunis pour la première Nuit de la Solidarité strasbourgeoise. Divisés en 67 équipes, les citoyens ont rôdé dans la ville afin de recenser le nombre de sans-abris. Cette initiative a permis aux associations organisatrices d’établir le portrait robot du SDF strasbourgeois.

Dans la nuit du 4 au 5 mars, Strasbourg a connu sa première Nuit de la solidarité. Inspirée d’initiatives similaires comme à New-York, Bruxelles mais aussi Paris, 26 associations ont collaboré afin de mettre en place cette soirée. Entre 330 et 400 bénévoles, divisés en 67 équipes, ont inspecté le centre de Strasbourg et ses alentours afin de dénombrer le nombre de sans-abris vivant dans la rue.

À l’aide d’un questionnaire, chaque équipe a interrogé les personnes sans domicile rencontrées et consigné les informations obtenues. Les équipes ont également distribué des boissons chaudes aux personnes rencontrées. De plus, une équipe spécialisée était prête à agir pour les personnes en situation d’urgence extrême.

“Notre initiative n’a pas pour but de supprimer les maraudes. Les solutions d’aides habituelles aux sans-abri se sont poursuivies, » explique Adelheid Tufuor, membre du comité de pilotage de la Nuit de la solidarité.

279 rencontres dans la rue dont 265 sans solution

Après une nuit de recensement, les membres de la Nuit de la Solidarité ont rencontré 279 personnes dont 265 sont sans « solution institutionnelle. » Parmi toutes ces personnes, une large majorité sont des hommes (186 soit 66.7%) entre 25 et 54 ans (73.8%). Près de deux tiers des sans-abris rencontrés sont à la rue depuis plus d’un an. Tandis que 57% dorment dehors avec ou sans abri de fortune.

Un SDF dormant dans la rue par manque de places d’hébergement Photo : Karim Corban / Flickr / cc

Grâce à d’autres données provenant notamment du Conseil départemental et du service d’accueil et d’orientation du Bas-Rhin (SIAO 67), les bénévoles ont pu extrapoler ces informations à l’ensemble de la ville. Selon ces calculs, on estime que 3 290 personnes seraient en situation d’urgence dont 872 sans hébergement. Si on s’intéresse plus précisément à ces personnes, il y aurait 600 personnes logeant dans des squats.

« Ces chiffres complètent une observation sociale qui existe déjà. »

Adelheid Tufuor.

En effet, même si Strasbourg est une ville riche, elles est aussi l’une des plus inégalitaires de France. Selon un rapport de l’INSEE, une personne sur quatre vit sous le seuil de pauvreté, établi à 1 026 euros par mois. De plus, la ville est soumise à de fortes tensions sur les demandes d’hébergements et de logements sociaux. 

Interpeller le public et les candidats

« Les données engrangées nous permettent d’interpeller et d’interroger les candidats sur la politique qu’ils comptent mettre en oeuvre pour aider les personnes en rue, » exprime Léna Malo, membre du comité de surveillance de la Nuit de la solidarité.

Les chiffres publiés jeudi soir ne sont pas définitifs, un rapport plus complet et plus détaillé doit être communiqué dans deux à trois mois. Par la suite, ces données serviront aux équipes des prochaines nuits de la solidarité afin d’améliorer les méthodes de recensement. La date de la prochaine Nuit n’est pas encore connue mais les associations à l’origine du projet espèrent pouvoir en organiser deux chaque année.

Ancien commando parachutiste, il dénonce le harcèlement moral à la police municipale de Bischheim et se fait virer

Ancien commando parachutiste, il dénonce le harcèlement moral à la police municipale de Bischheim et se fait virer

Après 12 ans passées dans les commandos de l’armée de l’air, Grégory avait envie d’être utile à la population. Il s’est engagé dans la police municipale. Las, le retour à la vie civile s’est heurté aux mesquineries des guéguerres de bureau.

Commando parachutiste de l’armée de l’Air, Grégory a été déployé au Sahel, en Lybie, en Ouganda, en Afghanistan… Il en est revenu avec une belle brochette de médailles mais il ne pensait pas que son terrain le plus difficile serait la commune de Bischheim.

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Pendant la Nuit de la Solidarité, 400 bénévoles à la recherche des sans-abris à Strasbourg

Pendant la Nuit de la Solidarité, 400 bénévoles à la recherche des sans-abris à Strasbourg

Le 4 mars, 400 bénévoles ont quadrillé Strasbourg pour dénombrer les personnes à la rue. Ils ont également fait passer des questionnaires. Du côté des sans-abris, on accueille l’initiative favorablement, sans se faire trop d’illusions. Reportage.

« Où pensez-vous dormir ce soir ? Allez vous dormir seul ou en groupe ? Faîtes-vous appel au 115 (numéro hébergement d’urgence) ? Si ce n’est pas le cas, pour quelle raison ? Avez-vous des animaux ? » David (son prénom a été changé), vit dans la rue depuis 20 ans. Il répond aux questions qu’on lui pose, « sans grand espoir… mais bon, si ça peut aider, c’est bien. »

« Si on veut trouver des solutions, il faut déjà connaitre la situation et les besoins précis », estime Maxime, bénévole à la Nuit de la solidarité de Strasbourg ce mercredi 4 mars. En 2019, le collectif des morts de la rue a décompté 29 décès dans la capitale alsacienne. « La rue tue et notre opération s’inscrit dans ce contexte grave, » précise Germain, membre du collectif « En Marge », qui lutte contre l’exclusion.

Un comptage fiable

La démarche : compter de manière fiable les personnes qui dorment dehors à Strasbourg. Le questionnaire anonyme permet d’avoir des statistiques et proposer des mesures adaptées.

Pour Jean-Sébastien, membre du comité de pilotage de l’action, la période électorale est propice à cette action :

« On ne pose pas de questions sur le statut administratif ou l’identité. On veut juste des éléments pertinents pour trouver des solutions. Tout est confidentiel. C’est aussi pour imposer le débat sur ce sujet pendant la campagne des élections municipales et pousser les candidats à proposer des mesures fortes. »

Les organisateurs de la Nuit de la solidarité ont réalisé une découpe très précise de secteurs pour n’oublier aucune rue. Photo : TV / Rue89 Strasbourg / cc

Tout Strasbourg quadrillé par 400 bénévoles

Le collectif Nuit de la solidarité Strasbourg est constitué de 26 associations et collectifs. Au total, 400 bénévoles se sont divisés en 65 équipes de six, avec au moins une personne expérimentée dans chaque équipe. Après une formation et une collation en début de soirée salle de la Bourse, les équipes partent vers 20h15. Celle de Guillaume se dirige vers le centre-ville, dans le secteur entre la Cathédrale et la place Broglie.

« Le 115, ça sert à rien ! »

Après quelques minutes, Guillaume aperçoit David, qu’il semble connaitre. « Ça va toi en ce moment ? Ouais à peu près… Il commence à faire froid. » L’équipe prend le temps de discuter. Gabrielle, dont c’est la première maraude, lui fait passer le questionnaire en 2 minutes. Il est inspiré de celui de la Nuit de la solidarité de Paris, dont la première a eu lieu en 2018.

« Le 115, ça sert à rien. Si t’as de la chance, tu es hébergé quelques jours et après ils te jettent dehors. Moi je ne les appelle plus. » Saïd, qui vit « dans la rue depuis 10 ans, » rencontré après David, commente la démarche :

« J’ai longtemps travaillé, mais là je ne trouve plus de taf à cause de mon genou. Vu de loin, on a l’impression qu’il y a des structures et des dispositifs pour tout… En vrai, si tu as un accident de vie, tu peux vraiment te retrouver à la rue. La Ville et l’État, franchement, je n’attends rien d’eux. Pourquoi ça changerait du jour au lendemain ? Les politiques, qu’ils commencent par arrêter de nous exclure avant de prétendre sortir tout le monde de la rue. Et franchement… il y a des bâtiments vides partout et des centaines de personnes dehors. S’ils voulaient vraiment améliorer la situation, ça serait déjà fait depuis longtemps. Ils n’en ont rien à foutre des gens comme nous, ils veulent se faire bien voir pour être élus c’est tout. »

« L’exclusion crée de la violence »

Saïd préfère plaisanter. Il fait une devinette. « Qu’est-ce qui est plus grand que la tour Eiffel et plus léger qu’une plume ? » Fanny, une autre bénévole, propose « l’atmosphère » ? Au bout de quelques minutes, Saïd donne la réponse. « C’est son ombre ! » Puis il repart « vers une boulangerie qui donne ses invendus : je vais ramener de la bouffe à mes potes ! » L’équipe se dirige vers un autre groupe de personnes.

« Sale clodo, t’es une merde, je vais te casser le nez. » La situation est tendue. Un coup de poing part. « Et ouais, la rue c’est moche petite merde. » Franck et « Soul’ » s’interposent pour séparer « leurs deux potes. » Guillaume essaye de comprendre la situation :

« Souvent, il suffit d’une personne qui pète un câble pour qu’une situation dégénère. Il y a des mécanismes très violents qui peuvent se mettre en place dans la rue, avec des rapports de force qui s’installent et qui sont difficiles à vivre. C’est l’exclusion qui crée ça ! »

Pour Soul’, beaucoup de personnes se sentent complètement oubliées. Photo : TV / Rue89 Strasbourg / cc

Pas de vrai changement sans la politique

Fabrice (son prénom a été modifié) ne décolère pas. « Vous les associations vous êtes juste là pour nous donner de l’espoir, mais nos situations ne s’arrangent jamais vraiment. » Guillaume, qui a déjà travaillé pour plusieurs associations, ne s’indigne pas :

« Pas étonnant que des personnes de la rue ressentent ça. Les associations aident comme elles peuvent mais elles restent tributaires de leurs budgets et des structures qui existent. Tant qu’il n’y a pas de changement politique profond, on ne peut que mettre des pansements sur des plaies. »

Guillaume décide d’appeler la police. Les autres sans-abris sont en danger. « Ils m’ont dit au téléphone qu’ils nous observent avec une caméra de vidéosurveillance depuis une demi-heure… » Des policiers arrivent en fourgon et constatent la situation. « On ne peut pas faire grand chose », disent les agents. Fabrice est contrôlé, puis il s’éloigne. D’après Guillaume, « rien ne garantit qu’il ne reviendra pas. »

« Aller à la rencontre des autres »

Après cette altercation, l’équipe finit son parcours vers 23h30. Elle est de retour salle de la Bourse pour un débriefing d’un quart d’heure. « Je ne m’attendais pas à une situation pareille », explique Laurie. « On est restés soudés à ce moment-là, avec les autres sans-abris présents aussi, c’était le plus important. »

D’après Jean-Sébastien, « aucun autre incident n’a été rapporté ce soir. » Gabrielle se dit « bouleversée » par ce qu’elle a vécu pour une première :

« Il faut aller à la rencontre des autres, notamment des personnes différentes de nous. C’est le seul moyen pour vraiment comprendre la situation et les enjeux. »

L’équipe de Guillaume et Gabrielle a compté 15 personnes qui dorment dehors dans cette partie du centre-ville. Elle a fait passer 7 questionnaires. Les bénévoles rentrent chez eux vers minuit.

À la salle de la Bourse, Jean-Sébastien explique que dans la nuit, les résultats des 65 zones seront étudiés :

« Grâce aux statistiques, on pourra cibler notre plaidoyer. Après on veut aussi rappeler, et pour ça il n’y a pas besoin de chiffres, qu’une des choses les plus importantes, c’est de lutter contre l’exclusion sociale. Il faut faire exactement l’inverse de l’arrêté anti-mendicité par exemple. »

La Nuit de la solidarité était aussi un moyen de faire se rencontrer des personnes qui ne se rencontrent pas habituellement. Photo : TV / Rue89 Strasbourg / cc

Le 5 mars, au lendemain de la Nuit de la solidarité, un débat public est organisé, toujours salle de la Bourse. « C’est ouvert à tous. On veut que les citoyens, y compris les gens de la rue, puissent proposer des solutions. Des candidats à la mairie vont venir aussi, » décrit Adélaïde Tufuor, une autre membre du comité de pilotage. « C’est la multiplication des actions comme celles-ci, qui peuvent faire pencher la balance au niveau national. On a mis en place une méthode que l’on veut partager, pour que cela se fasse dans d’autres villes. Une Nuit de la solidarité sera très probablement à nouveau organisée à Strasbourg l’an prochain, » conclut Jean-Sébastien.

#collectif En Marge

Un TGV Strasbourg-Paris déraille près de Saverne : 22 blessés dont un grave

Un TGV Strasbourg-Paris déraille près de Saverne : 22 blessés dont un grave

Jeudi à 7h45 entre Ingenheim et Saessolsheim près de Saverne, un train à grande vitesse a déraillé avec ses 348 passagers à bord. L’incident aurait été provoqué par un affaiblissement de talus. Les secours ont été mobilisés pour venir en aide aux 22 blessés, dont le conducteur qui a été héliporté vers l’hôpital de Hautepierre.

Il était 7h45 ce jeudi quand les passagers du TGV Strasbourg-Paris de 7h19 ont ressenti un puissant choc. Arnaud, un passager, raconte :

« On a ressenti un sacré choc. Puis on a immédiatement senti que le train déraillait et les ballasts ont percuté les vitres du wagon. »

Entre Ingenheim et Saessolsheim, la motrice a semble-t-il percuté un talus sur la ligne à une vitesse de 300 km/h. Le choc fit dérailler l’avant du train puis s’en est suivi une longue glissade sur les abords de la voie. 

Selon les informations données aux passagers, l’affaissement du talus aurait été provoqué par les fortes pluies des jours antérieurs et le passage du train précédent.

Le TGV a percuté le talus à pleine vitesse (Photo Groupe SNCF / Twitter)
Le TGV a percuté le talus à pleine vitesse Photo : Groupe SNCF / Twitter
Les secours sont arrivés rapidement sur place Photo : SDIS / doc remis

22 blessés dont un grave

Très rapidement, les secours ont été mobilisés pour porter assistance aux passagers du train. Le bilan fait état de 22 blessés en « urgence relative » et d’un blessé dans un état grave, le conducteur du train. Ce dernier a été héliporté vers le centre hospitalier de Strasbourg – Hautepierre. Trois aux blessés ont été hospitalisés, les autres blessés très légèrement ont été soignés sur place.

Hormis le déraillement du train, de nombreux passagers font état de vitres brisées. Cependant, l’arrivée rapide des secours et du personnel de la SNCF a rassuré les passagers. L’ambiance à bord des voitures a été sereine, comme nous l’a confirmé un passager. Les passagers ont été emmenés dans la salle polyvalente d’Ingenheim.

Le glissement de terrain qui a provoqué l'accident (Photo Groupe SNCF / Twitter)
Le glissement de terrain qui a provoqué l’accident Photo : Groupe SNCF / Twitter
Vue panoramique de l’emplacement de l’accident Photo : SDIS / doc remis

Le trafic ferroviaire perturbé

Le trafic sur cette partie du tronçon est interrompu et les TGV ont été détournés vers les voies classiques entre Vendenheim et Baudrecourt. Cependant, la préfecture du Bas-rhin signale que l’incident impactera la circulation ferroviaire et des retards sont à prévoir.

La préfecture conseille aux automobilistes d’éviter le secteur et de laisser la priorité aux véhicules de secours. 111 sapeurs pompiers, 12 agents du Samu et 58 engins ont été mobilisés ainsi que 102 gendarmes pour sécuriser les lieux et faire les constatations nécessaires à l’enquête ouverte par le Parquet de Strasbourg. Une cellule d’urgence médico-psychologique a été déployée sur place.

Ce déraillement rappelle le tragique accident d’Eckwersheim. Pour rappel, en novembre 2015, une rame de TGV a déraillé lors d’un essai, cet accident coûta la vie à 11 personnes.

Inventaire à la pré-maire : Hombeline du Parc

Inventaire à la pré-maire : Hombeline du Parc

Rue89 Strasbourg publie « L’inventaire à la pré-maire », une série de vidéos courtes avec des candidats aux élections municipales. Dernier épisode avec Hombeline du Parc (RN / « Rassemblement pour Strasbourg »).

Qui sont les candidats à la fonction de maire de Strasbourg ? Rue89 Strasbourg analyse les programmes, les listes, le bilan et les parcours… Mais rares sont les moments de spontanéité dans une campagne.

Avec des vidéos de 3 à 4 minutes sur le modèle du portrait chinois, les candidats sont amenés à parler d’eux-même. Quelle personnalité locale les inspire ? Quel est leur quartier fétiche ? Quel bâtiment les fait vibrer ? Des petites questions simples avant d’aborder la suite, plus politique et en lien avec leurs programmes.

Le portrait au laser d’Hombeline du Parc

Pour ce dernier portrait, Hombeline du Parc donne le même bâtiment emblématique qu’un autre candidat. Elle a plus de mal à citer une mesure des derniers mandats. Mais c’est sûrement son choix de célébrité locale qui étonne le plus.

Découverte de latrines antiques à Koenigshoffen, une mine d’or pour les archéologues

Découverte de latrines antiques à Koenigshoffen, une mine d’or pour les archéologues

Après la découverte d’une nécropole romaine en 2019, une nouvelle fouille sur la route des romains à Koenigshoffen a mis à jour des fondations d’habitations du premier siècle après J.-C. Ces découvertes permettront aux archéologues d’en savoir plus sur la vie des habitants de la région.

Mercredi 4 mars, les archéologues d’Archéologie Alsace ont dévoilé les résultats d’un mois de recherche archéologique le long de la route des romains dans le quartier de Koenigshoffen. A l’inverse de la nécropole exhumé en 2019, ce sont des habitations qui ont été mises à jour au cours des dernières semaines. Il s’agit d’arrière-cours de bâtisses datant d’une période située entre le Ier et le IIe siècle après Jésus-Christ.

Chaque trou est la trace d’une ancienne fondation Photo : F.S.

« Il s’agit d’une surface de fouille exceptionnelle dans un milieu urbain », se félicite Pascal Flotté, archéologue responsable du site. S’étendant sur un hectare, la zone de fouille a mis à jour plusieurs kilogrammes de céramiques et des fondations de bâtiments. Grâce aux précédentes recherches, les archéologues affirment qu’il ne s’agit pas de résidences mais d’une quinzaine d’arrière-cours.

Des informations sur la vie des habitants

Ces annexes peuvent paraître anecdotiques, mais pour les archéologues, elles constituent une véritable mine d’informations. Contrairement aux jardins actuels, les arrières-cours comportaient des caves, des latrines et encore d’autres types de bâtiments. Ces édifices regorgent d’informations permettant aux archéologues d’en apprendre plus sur la vie des habitants de l’époque.

Illustration d’une arrière-cour du Ier siècle après J.-C. (Photo P.-Y. VidelierPhoto : Archéologie Alsace)

Les latrines et plus particulièrement les déjections fécales sont particulièrement intéressants pour les archéologues comme le précise Pascal Flotté : « Grâce aux rejets fécaux, on peut en apprendre davantage sur l’alimentation des habitants et les parasites présents dans leur nourriture. » D’autres découvertes, comme plusieurs fours de poteries, confirment la présence d’artisans parmi la population de l’époque.

Encore plusieurs mois de fouilles nécessaires

Les fouilles précédentes dans le quartier de Koenigshoffen avaient aussi permis de mettre à jour des sites importants pour la compréhension de l’histoire de la zone. En 2019, les salariés d’Archéologie Alsace découvraient une série de sépultures de légionnaire romains. L’année précédente, les archéologues ont exhumé une série de sculptures avant l’extension de la ligne F. Des résultats qui confirment les prévisions des archéologues. En 2017, ces derniers parlaient de « premiers sondages prometteurs ».

Les récentes découvertes nécessitent encore plusieurs mois de recherches. Les fouilles se poursuivront jusqu’en novembre 2020. Après quoi, le site de fouille sera remblayé et les travaux pour le nouveau bâtiment des Compagnons du Devoir débuteront.

#route des romains