Enquêtes et actualité à Strasbourg et Eurométropole

Ce week-end, la rue du Jeu-des-Enfants devient la rue Alain Bashung

Ce week-end, la rue du Jeu-des-Enfants devient la rue Alain Bashung

L’Institut National de l’Audiovisuel (INA) et la Ville de Strasbourg proposent, samedi 22 et dimanche 23 juin, une immersion dans l’univers d’Alain Bashung, rue du Jeu-des-Enfants.

Alain Bashung a passé toute son enfance en Alsace, dans le village de Wingersheim. Dix ans après sa disparition, l’Institut national de l’audiovisuel (INA) et la Ville de Strasbourg ont souhaité rendre hommage à cet artiste local et le faire revivre à travers de nombreuses archives régionales et nationales.

Une exposition à ciel ouvert

Samedi et dimanche, la rue du Jeu-des-Enfants, ses commerces et ses cours intérieures accueilleront une exposition interactive à ciel ouvert. Celle-ci prendra la forme d’installations photos, sonores et audiovisuelles qui retraceront les moments forts de la carrière d’Alain Bashung. La Ville a même décidé de rebaptiser la rue temporairement.

Magnétoscopes, cassettes VHS, anciens téléviseurs… Grâce à du matériel vintage disposé dans toute la rue, le public pourra découvrir la personnalité du chanteur, son humour cinglant et son côté romantique.

Strasbourg rend un hommage festif à Alain Bashung les 22 et 23 juin Photo : INA

Ses proches à la librairie Kléber samedi

La Librairie Kléber reçoit samedi à 17h quelques personnalités proches d’Alain Bashung, dont notamment Chloé Mons, la dernière femme du chanteur, ou encore Jean Fauque, son parolier.

Parcours immersif au Star dimanche

Dimanche à partir de 17h, le public pourra déambuler dans les différentes salles du cinéma Star pour « voir et pour entendre Bashung ». L’INA a préparé un « parcours immersif » qui mélange des extraits d’interviews radio et télévisuelles, ainsi que les « meilleurs moments de la carrière d’Alain Bashung au cinéma », selon Mélina Napoli, la déléguée régionale Grand Est de l’INA.

Ce week-end spécial s’achèvera avec la projection dimanche à 20h et 21h15 au Star du concert Alain Bashung : Live au Temple, tourné en 2006.

#Alain Bashung

Ballon d’Alsace, Kaysersberg, Ribeauvillé… Ces sites classés pourraient être moins protégés

Ballon d’Alsace, Kaysersberg, Ribeauvillé… Ces sites classés pourraient être moins protégés

Une consultation sur un projet de décret se termine. Il est question de transférer les autorisations de travaux dans les sites classés du ministère de l’Écologie aux préfets. Les opposants craignent un recul de la protection de ces lieux. Dans le Grand Est, la liste de ces sites n’est pas en ligne.

Qui doit délivrer des autorisations de travaux dans les sites naturels classés de France ? Depuis une loi de 1906, confirmée en 1930, c’est le ministère de l’Environnement notamment via ses services en région, la Direction régionale de l’Environnement, de l’Aménagement et du Logement (Dreal). Mais un projet de décret, dont la « consultation » est uniquement en ligne se termine ce jeudi 20 juin. Il propose de confier cette décision aux préfets dans les départements.

Quand il s’agit de travaux concernant un monument historique, l’autorisation relève alors du préfet de région. Les objectifs annoncés ? « Simplification » des démarches et réduction des délais d’instruction des demandes, en passant de 6 à 4 mois.

Craintes de pressions et facilités

Une partie des défenseurs de l’Environnement y voient un risque de pressions sur les préfets, par le biais des maires ou des entreprises. Ces sites naturels sont par exemple des emplacements de choix pour des hôtels ou une résidence secondaire.

La directrice du Réseau des Grands sites de France Soline Archambault s’inquiète au micro de France Inter d’un manque de cohérence d’un site à l’autre :

« Si ces autorisations sont déconcentrées au niveau préfectoral, il y a un risque de perdre une vision nationale de ce qui fait la qualité du patrimoine en France. »

Matinale de France Inter, lundi 17 juin

D’autres personnalités ont aussi alerté le gouvernement. « Les 101 préfets de département ne disposent en effet ni de la stabilité ni de l’expérience ou des moyens nécessaires pour conserver ces joyaux paysagers », expliquent-ils dans une tribune au JDD.

En creux, il pèse un soupçon de non-impartialité de l’État sur ces dossiers. Dans le Bas-Rhin, la gestion du cas de l’autoroute payante du Grand contournement ouest (GCO – voir nos articles) de Strasbourg a poussé quatre des principales associations environnementales, en charge de la protection des oiseaux, des mammifères, des amphibiens et Alsace Nature à ne plus assister aux commissions avec l’État. Au mois de juin, les associations sont revenus à la table sur les autres dossiers que le GCO, où elles réclament plus de transparence.

Dans le Grand Est, une liste… invisible

Quels sont précisément les sites concernés en Alsace ? Difficile de le savoir pour le grand public qui souhaiterait participer. Le site de la Direction régionale de l’environnement, de l’agriculture et du logement (Dreal) du Grand Est affiche… une page vide. Ainsi que sur un autre onglet, une carte miniature et illisible même en agrandissant l’écran.

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La liste des 159 sites classés et 172 sites inscrits selon la Dreal Grand Est dans les derniers jours de la consultation sur le transfert de pouvoir de travaux Photo : capture d’écran

Contactée à 3 jours de la fin de la consultation, lundi 17 juin, la Dreal Grand Est n’a pas rectifié son site depuis. Elle nous a en revanche fait parvenir une carte globale où il faut cliquer sur l’onglet « sites et paysages » pour voir discerner les lieux concernés.

Sur les sites internet des 16 autres Dreal de France, une liste et des descriptions sont facilement consultables, sous différentes formes selon les régions (tableaux, photos, cartes…).

Nous avons retrouvé la carte lorsque les administrations répondaient encore au périmètre « Alsace », avant 2016. Y figurent le col de Saverne, les abords du château du Haut-Koenigsbourg, le rocher du Saut du Cerf à Ribeauvillé, le cimetière de Fouday, le rocher et la chapelle Saint Wolfgang à Kaysersberg, des places, des églises, des arbres remarquables… Soit 25 sites en tout. Mais deux tiers des 2 700 sites naturels classés (2% du territoire) ont été transférés aux préfets en 1988 lors d’une « première vague de déconcentration » selon la présentation du projet.

Les sites classés et inscrits en Alsace

sites classés
En violet, les sites classés en Alsace, avant le regroupement des régions en « Grand Est », en janvier 2016. Photo : Cliquez sur la carte pour agrandir

Un projet bien accueilli au Ballon d’Alsace

En Alsace, le site le plus important en taille, le seul dont l’étendue est supérieure à 25 hectares, est le Ballon d’Alsace avec ses 800 000 visiteurs par an. Dans le Grand Est, c’est le seul site à demander une labellisation « Grands sites » comme le Marais Poitevin, la Montagne Sainte-Victoire, les îles sanguinaires en Corse, le Puy de Dôme, le Pont du Gard, etc. Deux autres endroits sont en réflexion, le Mont Sainte-Odile et la Crête des Vosges.

L’actuel président du Syndicat mixte intercommunal du Ballon d’Alsace (Smiba, qui gère ce site) Florian Bouquet (LR), par ailleurs président du conseil départemental du Territoire de Belfort, voit plutôt ce projet d’un bon œil :

« Il est devenu si compliqué de faire des travaux sur les sites classés en France que les parlementaires ont voté des exceptions pour reconstruire Notre-Dame. Le préfet reste un représentant de l’État et de sa politique. Le projet de décret précise que pour les travaux d’ampleur, cela remonte au ministre. Les élus ne sont pas là pour piller des ressources naturelles, qui sont des atouts touristiques et marketing. Ministère ou préfecture, je n’ai pas de dogme, fédérer trois préfets, comme nous sommes sur trois départements (Territoire de Belfort, Vosges et Haut-Rhin) peut aussi avoir ses lourdeurs… Le petit risque, c’est plutôt si un maire est en porte-à-faux vis-à-vis de son préfet sur un autre sujet, et que cela devienne un blocage. Là, ça peut être bien d’avoir plus de recul avec un ministère. »

Son département est d’autant plus concerné qu’il vient d’acquérir cinq immeubles « vétustes », abandonnés par des anciens comités d’entreprises d’industries pour les vacances de ses salariés. « Le Tour de France va passer à 30 mètres de cette horreur », regrette l’élu de Châtenois-les-Forges, qui espère les retaper dans le but de leur redonner vie.

Ballon d'Alsace
Qui doit décider des travaux sur les sites classés ? Photo : Olive Titus / Flickr

Même son de cloche pour Guy Miclo, maire (divers gauche) de Rougegoutte au pied du Ballon et président du Smiba entre 2008 et 2015 :

« Pour moi, plus il y a de proximité, mieux c’est. Les préfets, et j’en ai connu quelques uns, ne sont pas du genre à se laisser démonter par des élus. Quand les dossiers sont décidés loin du terrain, ce n’est pas très bon. »

Même si aucune opération n’a été bloquée, il garde le souvenir d’échanges compliqués avec le ministère :

« On a eu de grands travaux pour 14 millions d’euros pour une requalification totale du site et des modifications des pistes de ski. Pour chaque opération, il fallait soutenir un dossier devant la Dreal, avec parfois deux ou trois passages. À chaque fois, il faut revoir le dossier avec le constructeur, ce qui prend quelques mois. Pour un parking, l’enrobé n’avait pas été accepté, il avait fallu des dalles alvéolées qui laissent passer l’herbe. Une autre fois, il a fallu placer des plaques chauffantes sur tout une piste de ski et les laisser deux semaines pour attraper des lézards vivipares. Tout ça pour en attraper une quinzaine et les déplacer de 800 mètres, et pour 400 000 euros. »

À la veille de la clôture de la consultation, plus de 2 000 commentaires sont postés, en grande partie opposés au projet.

Pour rassurer les opposants, le ministère de l’Environnement a promis qu’il pourra toujours « s’auto-saisir » en cas de problème. Pas sûr que cela suffise à éteindre les débats.

Six mois après les blessures : « Les violences policières ont ruiné ma vie »

Six mois après les blessures : « Les violences policières ont ruiné ma vie »

Il y a six mois, ils ont été blessés par un tir de LBD ou des coups de matraque. Aujourd’hui, certains ont abandonné le gilet jaune, résignés et contraints par le porte-monnaie. D’autres sont encore traumatisés, allant parfois jusqu’à la dépression ou la décision de déménager. Retour sur les violences policières et les cicatrices indélébiles.

« Castaner, je ne peux plus le voir. Je l’ai ici, » Flaure Diesse désigne son cou. La mère de Lilian a le ministre de l’Intérieur en travers de la gorge. Son fils, qui ne manifestait pas, a été touché à la mâchoire par un tir de lanceur de balles (LBD) en rentrant d’un magasin de sport le samedi 12 janvier, en marge de l’Acte IX des Gilets jaunes. Mais l’enquête de la police des polices tarde à rendre ses conclusions et Christophe Castaner refuse même le terme de « violences policières. »

Fin mai, Lilian Lepage est parti une semaine chez son père. Flaure Diesse est alors tombée malade… « Le contrecoup » de six mois épuisants pour la mère du jeune. Photo : GK / Rue89 Strasbourg / cc

« Lilian veut partir de cette ville »

L’ancienne conseillère en vente vient de vivre six mois éprouvants. Seule, elle a dû gérer les rendez-vous avec le chirurgien, le dentiste, les journalistes, l’avocat et la direction du lycée pour son fils de 16 ans. Ce dernier se remet tout doucement de ses blessures. Un chirurgien a enlevé la broche qui tenait sa mâchoire début juin. Mais l’enfant est traumatisé. Flaure Diesse le sait :

« Il est plus fermé qu’avant. Il sort beaucoup moins. Il ne veut pas voir un psy parce qu’il ne veut pas montrer ses faiblesses mais je sens qu’à l’intérieur quelque chose ne va pas. (…) L’année prochaine, il envisage de partir en internat. Je pense qu’il veut partir de cette ville (et rejoindre son père en Bretagne, ndlr). »

« J’ai craqué »

Flaure Diesse sort épuisée de cette longue épreuve. Fin mai, Lilian est parti une semaine rejoindre son père. Sa mère est alors tombée malade, comme un contrecoup d’un effort trop intense. « J’ai craqué, explique-t-elle d’une voix encore faible, heureusement mes amis m’ont soutenue. » Furieuse de l’absence de soutien de l’État, la Strasbourgeoise apprécie les quelques initiatives autour d’elle :

« Des Gilets jaunes ont offert un jeu vidéo à mon fils (Red Dead Redemption II, ndlr) et je tiens aussi à remercier l’association Idéo d’Ostwald, qui a remboursé les frais liés aux cours à domicile… »

Depuis cet entretien, une cagnotte a été lancée ainsi qu’une soirée de soutien, initiée par le Vegan Bastard Crew. Suite à la blessure de Lilian, Flaure Diesse a dû repousser le concours qu’elle préparait. Elle veut devenir assistante sociale pour les mères célibataires. Son difficile début d’année a renforcé sa détermination.

« C’est comme s’ils me matraquaient à nouveau »

Le soleil brille à Brumath, ce mardi 14 mai. L’infatigable Marlène Lutz discute avec ses amis Gilets jaunes à côté d’un rond-point. Lors de ce fameux Acte IX en janvier à Strasbourg, cette veuve de 63 ans a été matraquée à l’arrière du crâne, alors qu’elle était rue du 22-Novembre pour s’écarter des affrontements pont du Maire-Kuss. Un nouveau combat a alors commencé pour l’ancienne aide-soignante :

« Si à ce jour, je suis encore dehors à me battre, c’est pour que plus personne ne vive ces brutalités, ces bavures policières, parce qu’ils s’en prennent à tout le monde, du moment que tu ouvres ta bouche, que tu manifestes… alors que manifester est un droit. »

Aujourd’hui, Marlène Lutz se dit traumatisée par toutes ces personnes « matraquées, gazées, éborgnées. » Chaque image de violence policière lui rappelle la douleur ressentie le 12 janvier :

« Chaque fois que je vois qu’ils matraquent quelqu’un, c’est comme s’ils me matraquaient moi. Parce que je peux ressentir ce que les gens ressentent. »

A gauche, Marlène écoute Carolane Ortlieb, figure locale des Gilets jaunes. Photo : GK / Rue89 Strfasbourg / cc

« Je suis pas dans mon état normal »

Un peu plus loin, Pascal Kaiser fait les cent pas, en silence. Encore aujourd’hui, le menuisier ne préfère pas témoigner. Blessé à la cheville lors d’une manifestation à Paris le 5 janvier, l’auto-entrepreneur a perdu la mobilité et son revenu pendant plusieurs mois. Il a aussi divorcé. Son psychiatre lui a prescrit des anti-dépresseurs. « Je ne suis pas dans mon état normal, s’excuse-t-il, je le sens. Il ne vaut mieux pas que je réponde maintenant, ce n’est pas vraiment moi. »

A gauche, Pascal Kaiser, le 14 mai 2019. Il avait alors refusé notre demande d’interview. Trois semaines plus tard, il est à nouveau blessé pendant une manifestation à Montpellier… Photo : GK / Rue89 Strasbourg / cc

Un mois plus tard, Pascal accepte l’interview. Il boite à nouveau. Le 8 juin, le menuisier manifestait à Montpellier. « Je me suis pris trois coups de matraque au niveau de la cuisse, raconte-t-il, j’ai gueulé comme un veau. J’ai pensé qu’ils m’avaient pété la jambe » Le même jour, une grenade de désencerclement explose en vol, au niveau de son dos. Le Gilet jaune n’a pas senti les dégâts sur le coup :

« Quand la grenade explose, tu te barres en courant. Après, quand j’ai regardé, c’était vraiment pas beau (la brûlure au second degré, ndlr) »

Lors de la manifestation du 8 juin à Montpellier, Pascal a été brûlé au second degré par l’explosion d’une grenade. Photo : Document remis

« Les violences policières ont ruiné ma vie »

Comme Marlène, Pascal se bat aujourd’hui contre les violences policières. « Je veux que les gens sachent ce qu’il m’arrive : chaque fois que j’y vais, je me dis que je suis pacifique, donc qu’il ne m’arrivera rien… » Et même lorsque l’artisan tenait encore debout grâce à ses béquilles, des policiers l’ont frappé (voir ici à 42 min), le 23 février à Strasbourg. Mais il continue de mener ce combat même si, dit-il, « les violences policières ont ruiné ma vie… »

Résignés et contraints financièrement

À Mulhouse, Alexandra Di Nanno est passée à autre chose. L’opératrice pharmaceutique a été frappée au niveau du crâne, également lors de l’acte IX à Strasbourg. Entre un déménagement et le travail à l’usine, elle n’a plus eu le temps de se rendre au QG mulhousien ni de participer aux manifestations. Mais elle s’est servie de son exemple pour témoigner de la brutalité de la répression : « Ceux qui ont vu ma cicatrice étaient obligés de reconnaître que non, en France, ça ne va pas… »

Dylan et Alexandra, 22 ans, un couple, deux blessés lors de l’acte IX. Photo : GK / Rue89 Strasbourg / cc

Avec son copain Dylan, Alexandra mène la lutte contre le capitalisme au quotidien. Le couple évite les supermarchés, achète en vrac sans emballage et se rend souvent dans une ferme du coin pour ses fruits et légumes. Elle explique :

« En voyant qu’on n’arrive pas à atteindre l’État ni les multinationales avec des manifestations, on boycotte au moins par notre consommation. »

Dylan approuve :

« Quand on voit que les Gilets jaunes n’ont presque rien changé, on se dit que ce ne sera pas pour notre génération. Alors on espère au moins qu’on sème la graine. »

« Pacifique ou non, on nous tire dessus »

Mathieu et Baptiste soutiennent toujours le mouvement… mais ils ne manifestent plus. Le premier est en Australie pour une formation. Le deuxième enchaîne les heures au volant de son poids-lourd. L’ancien militaire n’est pas étonné du coup de matraque pris en pleine figure : « J’ai été dans l’armée, je sais qu’il y a des cons dans les forces de l’ordre. » Mathieu est plus vindicatif :

« Je serai moins gentil à la prochaine manifestation. De toute façon, qu’on manifeste pacifiquement ou non, on se fait tirer dessus. Donc autant arrêter d’être pacifique puisque ça change rien, on se fait toujours tirer dessus. »

Sorties scolaires : « Je ne veux pas que mes enfants soient humiliés parce que je porte un foulard »

Sorties scolaires : « Je ne veux pas que mes enfants soient humiliés parce que je porte un foulard »

En juin, Rue89 Strasbourg a rencontré Marie-Jane Auraghi. Mère de trois enfants en école primaire, elle se bat pour continuer de les accompagner en sortie scolaire, même avec un voile. Un article de loi voté par le Sénat a finalement été retiré mais cette représentante de parents d’élèves craint une application de la mesure via des consignes aux établissements.

« J’ai trois enfants à l’école primaire, alors je compte bien accompagner encore pas mal de sorties scolaires », sourit Marie-Jane Auraghi, déterminée, un foulard rose clair noué autours de la tête. Avec le collectif Parents Strasbourg, dont elle est une des membre fondatrice, ainsi que des parents élus des écoles des Romains et Gustave Stoskopf, elle se mobilise contre la discrimination des mères musulmanes ayant fait le choix de porter un voile.

Un amendement du Sénat finalement retiré

Le 15 mai, le Sénat adoptait un amendement dans le cadre de l’examen du projet de loi « pour une école de la confiance » du ministre de l’Éducation nationale, Jean-Michel Blanquer. Cet amendement, déposé par « Les Républicains », visait à interdire le port du voile pour les mères d’élèves accompagnatrices lors des sorties scolaires. « Cet amendement ne mentionnait pas simplement les signes religieux ostentatoires, il visait clairement les femmes musulmanes », abonde Marie-Jane Auraghi.

L’amendement est finalement retiré du projet de loi le 13 juin à l’occasion de la commission mixte paritaire (qui a aussi abordé la question des jardins d’enfants). Mais des mères d’élèves restent inquiètes. « Jean-Michel Blanquer a fait savoir qu’il mettrait tout en œuvre pour qu’il y ait le moins de personnes possibles portant des signes ostentatoires en accompagnement des sorties scolaires. Nous craignons qu’une circulaire allant dans ce sens et excluant les mères voilées ne soit envoyée au rectorat », explique Marie -Jane Auraghi. « C’est pour cela que nous restons mobilisées », poursuit-elle. Ainsi une manifestation a rassemblé une soixantaine de personnes dans l’après-midi du 19 juin.

Une stigmatisation des mères et des enfants

Pour Mme Auraghi, une circulaire visant à exclure les femmes voilées des sorties scolaires serait stigmatisante et humiliante à la fois pour les parents et pour les élèves eux-mêmes.

« Comment pourrais-je expliquer à mes enfants que je ne peux pas les accompagner en sortie scolaire juste parce que je porte le voile ? Cela empêcherait de bâtir une relation de confiance entre les parents, les élèves et l’école. Ma fille est en maternelle. Comment peut-elle avoir envie de faire de longues études au sein d’une institution qui la rejette depuis ses trois ans et qui rejette sa mère ? Je ne veux pas que mes enfants soient humiliés parce que je porte un foulard sur la tête. »

Injonction contradictoire

Marie-Jane Auraghi souligne également l’injonction contradictoire qu’une interdiction de la sorte adresserait aux mères d’élèves musulmanes, déjà souvent victimes de stéréotypes:

« On nous montre souvent du doigt en disant que les musulmanes qui portent le voile sont des femmes soumises et qui peinent à s’intégrer dans la société. Mais en excluant les mères voilées des sorties scolaires, on empêcherait justement des femmes qui le souhaitent de s’investir dans la vie des écoles. »

Marie-Jane Auraghi craint, à terme, si une circulaire est mise en place, de ne plus pouvoir prendre part du tout aux activités scolaires.

« Je suis déléguée de parents d’élèves. Est-ce qu’on va me dire un jour que je ne pourrai plus l’être à cause de mon voile ? Ce serait comme si on voulait dire que je n’existe plus. »

Une mobilisation inédite

À l’origine, le collectif Parents Strasbourg, fondé en octobre 2018, luttait pour le retour à la semaine des quatre jours dans les écoles de Strasbourg. Après avoir eu gain de cause, il s’est ensuite articulé autours de l’opposition au projet de loi de Jean-Michel Blanquer et la revendication d’une Atsem par classe maternelle.

« C’est surtout parce que nos enfants risquent d’être touchés que j’ai lancé une mobilisation avec le collectif Parents Strasbourg », explique Marie-Jane Auraghi. Une mobilisation a priori inédite, selon elle qui n’a pas souvenir d’un autre rassemblement de mères musulmanes autour de la question scolaire.

Des établissements plus réticents que d’autres

La jeune femme reconnaît toutefois qu’à Strasbourg, « aucune mère voilée ne s’est vue refuser frontalement d’accompagner une sortie scolaire ». Mais certaines écoles seraient tout de même plus réticentes que d’autres. Une mère d’élève aurait confié à Mme Auraghi :

« Certains enseignants ciblent les parents qu’ils veulent prévenir en priorité pour accompagner les sorties scolaires et ensuite seulement ils font passer un mot dans le cahier de vie des élèves pour informer les autres. »

« Nous nous mobilisons en prévision »

De son côté, Marie-Jane Auraghi reconnait elle aussi ne jamais avoir essuyé le moindre refus, que ce soit pour accompagner une sortie scolaire ou dans le cadre de son engagement auprès des parents d’élèves.

La situation au sein des écoles de Strasbourg serait ainsi loin d’être catastrophique. C’est justement ce qui pousse Marie-Jane Auraghi à passer à l’action. « Nous nous mobilisons en prévision de ce qui pourrait arriver si jamais une circulaire est adoptée par le Rectorat et pour que toutes les mères puissent continuer d’accompagner les sorties scolaires de leurs enfants ».

Le camp de migrants des Canonniers à nouveau démantelé

Le camp de migrants des Canonniers à nouveau démantelé

Mardi 18 juin, environ 140 personnes, dont une cinquantaine d’enfants, ont été évacuées de leur camp établi rue des Canonniers au Neuhof.

Le camp dit « des Canonniers » au Neuhof a été démantelé mardi 18 juin dans la matinée. Selon le collectif d’aide aux migrants D’ailleurs nous sommes d’ici, 140 personnes ont été évacuées, dont 50 enfants. Arrivés principalement d’Albanie, de Georgie et de Serbie, ces personnes doivent être conduites dans un gymnase à proximité avant d’être orientées, en fonction de leurs situations, vers différentes structures d’hébergements.

Environ 140 personnes vivaient sur le camp dit « des Canonniers ». Entre promiscuité et manque d’hygiène, la situation devenait intenable Photo : Antonio Gomez

« Expulsion ou retour à la rue »

« Ce n’est pas une solution », affirme Antonio Gomez du collectif D’ailleurs nous sommes d’ici, « ces personnes vont à nouveau se retrouver à la rue après leur passage dans des structures d’hébergement temporaires, ou alors elles vont être expulsées du territoire ».

Les familles viennent généralement des pays de l’Est de l’Europe Photo : Gérard Baumgart / doc remis

Cela fait trois fois en un an qu’un camp de migrants fait l’objet d’un démantèlement au Neuhof. La Ville a tenté à plusieurs reprises d’empêcher les migrants de s’installer dans cette partie de la ville. Mais, faute de logement, les demandeurs d’asile sont toujours parvenus à reformer le camp des Canonniers.

C’est d’ailleurs la crainte du collectif « Canonniers », qui avait alerté sur la situation dès le mois de mai. Dans une série de six questions à l’État et au maire, il s’interroge sur ces délais, que ce soit pour loger les gens mais aussi pour apporter un minimum d’aider sur place (douches, eau, déchets). Il craint la mise en place de barrières, comme par deux fois au quartier gare.

Les situations sanitaires de ces campements deviennent rapidement très problématiques… Photo : Gérard Baumgart / doc remis
Les personnes sont heureuses d’apprendre qu’elles seront logées correctement, mais leur errance est loin d’être terminée… Photo : Gérard Baumgart / doc remis

Municipales : Robert Herrmann ne se présentera pas

Municipales : Robert Herrmann ne se présentera pas

Le président de l’Eurométropole, un temps candidat, ne figurera sur aucune liste lors des élections locales en mars 2020.

Il avait fixé trois conditions en janvier, elles ne sont pas réunies en juin. Après près de 30 ans de vie politique Robert Herrmann, membre du Parti socialiste, annonce qu’il ne sera sur aucune liste lors des élections municipales à Strasbourg en mars 2020. Le premier adjoint au maire en 2008-2014, puis président de l’Eurométropole depuis 2014 souhaitait mener un rassemblement avec le centre-droit, ne pas être « numéro 2 », ainsi que cumuler la fonction de maire de Strasbourg et de président des 33 communes :

« Aujourd’hui, ces éléments ne sont pas réunis. Ces dernières semaines ont été le fruit d’intenses réflexions personnelles sur la meilleure manière d’aborder cette échéance, dans le contexte politique que nous connaissons. J’ai considéré que la position la plus claire et la plus cohérente était de n’être présent sur aucune liste et, à la fin du mandat, de me retirer de la vie politique. Il est important d’avoir une équipe solide, avec une vision forte pour Strasbourg. Elle devra conjuguer l’urgence climatique avec les besoins économiques et sociaux de la population

Ces conditions de base fixé par l’élu de 64 ans étaient-elle trop restrictives pour réussir l’union ?

« Quand je suis arrivé en politique à 36 ans, c’est un âge où l’on se dit qu’on veut absolument en être et c’est normal de passer par des renoncements. Mais il n’y a que dans les systèmes totalitaires que l’on peut imposer sa vision et je n’ai pas de raison de considérer que les autres ont tort. Une décision est plus simple quand elle est prise librement et non à contre-cœur. »

Robert Herrmann
Artisan d’une coalition gauche-droite à l’Eurométropole, Robert Herrmann ne répliquera pas ce modèle à Strasbourg Photo : Pascal Bastien / Divergence

À son arrivée à la tête de l’Eurométropole en 2014, Robert Herrmann a conduit une coalition inédite avec les maires, pour la plupart de droite et du centre. À cette époque, le Front national montait même à Strasbourg, « En Marche » n’existait pas et l’on décelait quelques proximités de vision entre le nouveau Premier Ministre Manuel Valls, dont il était proche politiquement, et une partie de « Les Républicains » (alors UMP), comme Alain Juppé. Cette alliance permettait à la majorité PS de ne plus dépendre de votes écologistes.

Selon l’élu local, qui précise au passage qu’il n’a pas de problème de Santé, cette configuration difficile à reproduire pour l’élection municipale a permis de « débloquer des dossiers » comme la transition énergétique par exemple via la géothermie, le Plan d’urbanisme, les créations d’entreprises et d’emplois et surtout l’autoroute payante du Grand contournement ouest (GCO) de Strasbourg, qu’il a été un peu seul à porter, et la future transformation de l’A35 :

« Je revendique et assume cette vision de l’aménagement du territoire. D’ailleurs beaucoup de personnes contre le GCO disent désormais que maintenant qu’il est là, autant l’utiliser pour détourner des camions de l’A35 ou de l’Avenue du Rhin. Sur ces sujets, on ne ressort mal à l’aise que si l’on ne dit pas les choses clairement. »

Voie libre pour Philippe Bies ?

Sur la forme, son choix laisse le champ libre au Parti socialiste à Philippe Bies, adjoint au maire et seul candidat déclaré. Le Parti à la rose doit décider de sa tête de liste durant l’été. Mais avec son score assez faible en mai aux européennes (4è avec 7,7%), il risque de devoir réfléchir à une stratégie d’alliances. Le PS gardera-t-il Strasbourg en 2020 ? « C’est mal barré », estime Robert Herrmann au vu de la situation. En convenant qu’il « n’incarnait pas totalement le PS », il se questionne… « Le PS a-t-il seulement encore la direction de la ville ? »

Sur le fond, ni le maire sortant Roland Ries (PS), ni le président de l’intercommunalité ne se représentent. Chaque candidat, même membre de l’actuelle majorité, pourra se distancier du bilan, à la mairie comme à la métropole.

Parmi les dossiers à traiter dans la fin de mandat, il liste le Plan Climat à adopter à la fin de l’année, programmer la sortie du diesel (en 2025 ou 2030), la rénovation urbaine dans les quartiers, la remise en marche de l’usine d’incinération, les travaux pour le stade de la Meinau et de la Sig.

Aux urgences de Strasbourg, la grève suspendue à 50 lits

Aux urgences de Strasbourg, la grève suspendue à 50 lits

Un accord passé entre les syndicats hospitaliers et la direction des hôpitaux universitaires a permis d’éviter la grève aux urgences de Strasbourg. Elle pourrait reprendre si les services ne disposent pas de 50 lits supplémentaires d’ici le 1er juillet.

« Il n’y a pas de grève chez nous ». Christophe Gautier, le directeur général des hôpitaux universitaires de Strasbourg veut être très clair lorsqu’il évoque les services d’urgences hospitaliers. « En tout et pour tout, il n’y a eu qu’une seule journée de grève », résume-t-il. Un préavis de grève sur des revendications locale avait été déposé début avril par les syndicats Force Ouvrière (FO), CGT et l’Association des médecins urgentistes de France (Amuf). Mais des négociations engagées avec la direction ont rapidement mené à la signature d’un protocole d’accord.

Les urgences de Hautepierre attendent 50 lits supplémentaires pour éviter la grève. Photo : LS / Rue89 Strasbourg / cc

Le nombre de lits au cœur des revendications

L’accord inclut la promesse d’une réouverture de 50 lits, fermés l’an dernier dans les deux centres hospitaliers « faute de médecins et d’infirmiers », selon Christian Prud’homme, responsable régional du syndicat FO. La remise en service de ces lits est l’une des principales revendications syndicales au sein des hôpitaux Strasbourgeois. « Le 1er juillet, [l’intersyndicale FO, CGT, et Amuf ndlr] se réunira avec la direction pour vérifier que le protocole d’accord est respecté », indique Syamak Agha Babaei, responsable de l’Amuf au niveau des hôpitaux universitaires de Strasbourg et vice-président de l’Eurométropole. « Si la promesse de réouverture de lits n’est pas tenue, nous reposerons un préavis de grève », prévient de son côté Christian Prud’homme.

« Certains patients attendent plus de 15 heures aux urgences »

« Le manque de lits est un problème à Strasbourg comme dans les autres hôpitaux en France », souligne Florian Brunet, infirmier urgentiste à l’hôpital d’Hautepierre et représentant de l’Alsace au sein du Collectif national Inter-Urgence.

« À partir du moment où l’hôpital est plein et qu’il n’y a plus de lits de disponibles, des patients qui nécessiteraient pourtant d’être hospitalisés peuvent parfois rester plus de 15h à attendre sur un brancard… »

En parallèle, le nombre de passages aux urgences de Strasbourg a augmenté de 15% en quatre ans. L’insuffisance de lits entraîne donc des conséquences importantes sur le temps d’attente des patients et le personnel hospitalier. Selon Florian Brunet :

« Certains jours, dès le matin, les urgences ressemblent à un hall de gare ! Les brancards sont entassés en file les uns à côté des autres parce que le service est saturé. Cela entraîne une surcharge de travail et une fatigue physique et psychologique pour les infirmiers, les aides-soignants, les médecins… Certains patients ne comprennent pas pourquoi ils attendent aussi longtemps. La violence verbale et physique augmente. Les insultes, les menaces, les crachats au visage… ça arrive de plus en plus souvent. »

Pour remédier au « sentiment d’insécurité » enregistré au sein des services d’urgence, la direction de l’hôpital a embauché un vigile, présent de 20h à minuit et un avocat assure une permanence téléphonique 24h sur 24h.

Solidarité avec les urgentistes en France

L’arrêt des fermetures de lits est également une demande portée au niveau national par Inter-Urgence. Le collectif, qui recense les services hospitaliers en grève dans toute la France, plaide pour que du personnel soit recruté et pour une augmentation salariale de 300 euros nets pour tous les employés paramédicaux (infirmiers, aides-soignants…). À Strasbourg, la « prime d’insalubrité » a été revalorisée dès la mise en place du protocole d’accord, de 25 euros nets à 70 euros.

« Au niveau de notre direction, on a obtenu tout ce qu’on pouvait. C’est bien mais ce n’est pas suffisant. Maintenant, c’est auprès de l’Agence régionale de la santé et du ministère que l’on pourra obtenir le reste », explique Florian Brunet. Du côté des syndicats, « la lutte continue » même si la grève est suspendue localement au sein des hôpitaux strasbourgeois.

« Nous soutenons les urgentistes en grève ou qui mènent des actions régulières comme à Lons-le Saunier. Le 6 juin dernier, nous sommes allés manifester à Paris. Si une nouvelle date de mobilisation nationale est décidée, nous serons de la partie », affirme Christian Prud’homme.  

Vingt idées pour réparer l’avenue du Rhin ratée

Vingt idées pour réparer l’avenue du Rhin ratée

La mission d’information sur l’axe le plus pollué de Strasbourg a rendu ses conclusions et liste des propositions de court et de moyen terme.

Il fut un temps où Strasbourg rêvait de se doter d’une autoroute moderne côté sud. À quelques pas du centre, la « contournante sud » aurait permis de relier l’Autobahn allemande qui déboule à Kehl, à quelques centaines de mètres de la frontière. Cette voie fluide, l’ex-RN4 (50 000 véhicules par jour en 2002), était même enjambée par l’ancien viaduc Churchill, pour ne pas perdre de temps à un carrefour.

De l’autoroute à l’avenue cauchemar

Mais le grand dessein a fait long feu. Avec les années 1990 et l’urbanisation des « Fronts de Neudorf », place à une avenue, l’avenue du Rhin. Côté sud, on construit une autre rocade et le pont Pfimlin, mais encore peu utilisés, car… non-raccordés à l’autoroute achevée de l’autre côté du fleuve. Stigmate de cette époque, les premiers bâtiments de l’avenue du Rhin à Strasbourg sont « aveugles », c’est-à-dire sans fenêtre ou presque côté route : le cinéma UGC, les archives départementales, le magasin Siehr…

En 2019, cet axe de 2×2 voies est l’un des cauchemars strasbourgeois : bien que peu d’accidents y soient recensés, elle est trop bruyante, trop polluée (dont 40% vient du trafic routier) ou inesthétique. Pourtant, tout le long de l’axe Deux-Rives, les logements et bureaux se multiplient depuis deux mandats. Et ce sont donc autant des potentiels électeurs mécontents.

Camions, trafic, manque d’alternatives… Un consensus se dégage pour dire que l’avenue du Rhin est ratée. Comment l’améliorer ? Photo : JFG / Rue89 Strasbourg

Une mission d’information

C’est notamment sur ce constat que s’est formée la « mission d’information » autour de l’avenue du Rhin en octobre 2018, dans le contexte post-GCO. En effet, la situation de cet axe fait écho à celle de l’A35, que l’on imagine un jour transformée en boulevard. Depuis 2012, les camions « en transit », c’est-à-dire qui ne s’arrêtent pas, sont interdits. Comme en théorie après la mise en service du Grand contournement ouest. Mais l’incapacité à faire respecter cet arrêté sur cet axe aux 45 000 véhicules par jour, où aucun contrôle ou presque n’a lieu, interroge sur l’avenir de l’A35. Et le statu-quo ne satisfait guère à Neudorf, alors que le trafic avait baissé jusqu’en 2013.

Six mois plus tard, c’est l’heure du rendu avant les vacances pour le groupe qui comprenait 19 élus de toutes les tendances politiques. En s’appuyant sur deux demi-surprises : un quart des 2 500 à 3 000 poids-lourds (autobus et cars compris) n’est pas censé rouler là. Autre apprentissage, 40% des camions qui partent du Port autonome de Strasbourg (PAS) ne sortent pas de la ville. « Il y a un travail à faire sur la logistique depuis le port », en conclut la rapporteuse, l’écologiste Françoise Schaetzel.

Selon la rapporteuse et la présidente de la mission, l’adjointe au maire Camille Gangloff (PS), les sept premières propositions (voir ci-dessous) peuvent être prises sous six mois, avant la fin du mandat. La principale est notamment d’affecter la police municipale à des contrôles « humains ». Par ailleurs, la mission préconise deux arrêtés, l’un qui étendrait le périmètre d’interdiction des camions en transit jusqu’au pont de l’Europe (où la petite zone de contrôle prendrait plus de sens) et l’autre qui interdirait tout poids-lourds entre 22h et 6h, comme sur d’autres avenues résidentielles de la capitale alsacienne.

Des propositions pour les prochains mandats

Les autres propositions sont à plus long terme, avec comme objectif final, une 2×1 voie en 2030. Elles pourraient donc s’inviter dans le débat des élections municipales. Citons par exemple l’idée de rouvrir la gare TER du Port-du-Rhin, prolonger le tram F du côté de Starlette et la Coop, végétaliser les abords, ouvrir des stations Citiz, créer une piste cyclable distante de l’avenue le long du canal et du quartier Danube ou plus périlleux, « encourager les activités économiques qui apportent une plus-value en matière d’emplois », mais qui « limitent les transports par la route ». La question de rouvrir une route à camions (ex-route EDF) le long de la forêt de la Robertsau (bientôt classée en réserve naturelle) pour accéder au Port par le Nord est la seule préconisation qui divise les participants.

Une des modifications parmi les plus significatives serait de prendre en compte la qualité de l’air dans les futurs plans locaux d’urbanisme, et que les permis de construire en dépendent. Idem pour les écoles, le cas de l’implantation de l’école Danube (Solange Fernex) ayant laissé des traces…

En débat dès lundi

À cela s’ajoute la proposition de mettre en place une « gouvernance » de l’avenue. Concrètement, elle prendrait la forme d’un groupe avec les parties prenantes de ces mesures (Ville, Eurométropole, Port, l’État, Atmo Grand Est, habitants, etc.), suivrait les décisions et en rendrait compte tous les ans.

Le rapport et ses préconisations seront soumises au maire Roland Ries et débattues au conseil municipal de ce lundi 24 juin.

Le tram D, récemment prolongé vers l’Allemagne et imaginé comme « épine dorsale » avant la construction des logements, est déjà très utilisé, proche de la saturation aux heures de pointe. Pour Camille Gangloff (PS), cette situation appelle à repenser la suite du développement du quartier pour apaiser l’avenue du Rhin :

« Il y a un plan de mobilité au Port mais seuls 5% des employés l’utilisent, il n’y en a pas à Rhéna… Avant de poursuivre la densification du secteur, il faut un travail sur les mobilités alternatives. Le trafic baissait sur cette avenue jusqu’à 2013 et depuis a toujours augmenté. »

De quoi sûrement relancer d’âpres débats dans l’hémicycle et en dehors, jusqu’à 2020.

Bonus : quand Strasbourg vantait son contournement sud !

Où l’on évoquait une deuxième phase vers l’Allemagne…
#Françoise Schaetzel

Au milieu des manèges d’Europa-Park, l’aumônier qui unit et répare les âmes

Au milieu des manèges d’Europa-Park, l’aumônier qui unit et répare les âmes

Europa-Park, ses manèges, ses spectacles, ses 18 quartiers thématiques visités par 5,6 millions de visiteurs chaque année… Mais c’est aussi une soixantaine de mariages par an, célébrés par deux aumôniers, présents tous les jours auprès des salariés et des visiteurs. Un rôle moins léger qu’il n’y parait. Rencontre.

Robe blanche à dentelles et costume bleu, Melanie et Peter sortent de l’église norvégienne sous les bulles de savon soufflées par leurs amis… et sous les applaudissements des visiteurs du parc, mi amusés, mi surpris. Ils sont désormais femme et mari. Chaque saison, une centaine de cérémonies religieuses, catholiques ou protestantes, sont célébrées à Europa-Park : une quarantaine de baptêmes ainsi qu’une soixantaine de mariages et renouvellements de vœux. 

Melanie et Peter se sont dit « Ja ! » Photo : FG / Rue89 Strasbourg

Tous sont célébrés dans les règles : même si on se trouve dans un parc d’attraction, on ne convole pas à Rust comme à Las Vegas. Les promis doivent préalablement passer devant le maire et passer par une préparation nuptiale avec l’aumônier qui les unira. Pour les Catholiques, comme Melanie et Peter, c’est le diacre Andreas Wilhelm qui est mobilisé. Diplômé en histoire et en théologie, le Pastoralreferent de 62 ans est marié et père de deux filles. Il officie à Europa-Park et dans un hôpital de Lahr, comme d’ailleurs son collègue, le pasteur protestant Martin Lampeitl. 

« Les Mack ont la foi du paysan »

Il n’y a aucune obligation légale à ce qu’un parc d’attraction ou une grande entreprise soit dotée d’aumôniers. Si Andreas et Martin officient à Europa-Park, c’est à la demande de la famille qui en est propriétaire. Dans un français fluide, Andreas explique :

« Les Mack sont croyants. Ils ont la foi du paysan qui sait que son sort dépend du ciel. Depuis la création du parc, ils font bénir chaque manège. C’est une façon de les protéger des accidents, économiques et mécaniques. En 2005, ils ont demandé au diocèse de leur fournir un prêtre. L’évêque a accepté : c’est notre mission évangélique d’être auprès des gens, partout. »

Andreas Wilhelm a béni l’union… qui aura des hauts et des bas ? Photo : FG / Rue89 Strasbourg

Et l’Église y trouve également son compte :

« Le parc nous prête ses salles pour nos activités pastorales. C’est un retour à une vieille tradition. Savez-vous qu’au Moyen-Âge, le village de Rust, proche d’un passage à gué du Rhin, était sur le chemin des pèlerins pauvres pour Saint-Jacques de Compostelle ? »

Mais ces mariages ne sont-ils pas une attraction supplémentaire, un service au catalogue de l’Europa-Park ?

« Nous ne sommes pas payés par Europa-Park ni par les gens qui passent devant nous. Mon collègue et moi nous sommes payés par l’Etat, c’est la règle en Allemagne. Et les chapelles sont mises gratuitement à disposition par le parc. Bien sûr les mariés peuvent tenir le banquet sur place, mais ils n’y sont pas obligés. Beaucoup prennent juste un cocktail au champagne avant d’aller fêter ailleurs, et d’autres partent directement après la liturgie. »

Rencontres et adieux

Alors, quel est l’intérêt pour l’entreprise ? « Peut-être fidéliser les clients ? Mais ceux qui se marient ici sont presque tous déjà des visiteurs réguliers… » Comme Melanie et Peter. Ces ouvriers qui habitent à la frontière suisse aiment venir au parc avec Sina, leur fillette. Mais tous les mariés ne sont pas des voisins.

Andreas Wilhelm
Une quarantaine d’enfants sont baptisés chaque année dans le parc, à la chapelle Santa-Isabella par exemple. Photo : FG / Rue89 Strasbourg

En ce moment, Andreas est en contact avec des Martiniquais, des Normands et des Provençaux : 

« Je leur ai demandé pourquoi ils voulaient se marier ici et pas dans leur si belle région. Ils m’ont répondu que chez eux, ils seraient obligés d’inviter tous les habitants de leur village, alors qu’ici ils ne seraient qu’un petit groupe… »

Andreas rit de bon cœur avant de retrouver son sérieux : 

« Les mariés ont tous un lien particulier avec Europa-Park. J’ai célébré des liturgies pour des gens de Hanovre et de Munich qui s’étaient connus par internet avant de se voir pour la première fois ici. J’ai un autre couple, chacun des deux était venu avec son groupe d’amis, et ils se sont rencontrés en faisant la file pour un manège… »

Le parc génère un sentiment d’attachement, que certains visiteurs veulent faire partager à leurs proches : 

« Pour ses 25 années de travail, une dame habituée du parc a invité ses collègues qui avaient été très compréhensifs avec elle pendant sa longue maladie. Un jour quelqu’un m’a dit : “On sait bien que nous ne sommes pas vraiment en Italie ou en Espagne, mais les émotions qu’on éprouve ici, elles sont réelles”. »

Et cet attachement peut aller très loin : 

« Un monsieur et sa femme venaient en vacances chaque année. Un jour, elle m’a appelé pour me dire que son mari était mort et qu’il avait demandé que ses cendres soient répandues dans le parc. Mais la loi l’interdit. Alors on a fait une liturgie de souvenir avec ses amis. C’était très émouvant. »

Sortie de la Stabkirche norvégienne sous le regard des visiteurs. Photo : FG / Rue89 Strasbourg

Médiateur et confident

Car Andreas n’est pas là que dans les moments heureux. Quotidiennement, il offre aux visiteurs du parc une épaule, une oreille : 

« Un monsieur a voulu me voir en urgence. Il était arrivé le matin pour des vacances avec sa femme et leurs enfants. Il était cadre et ne les voyait pas beaucoup d’habitude. Au premier repas, il y a eu une dispute avec sa fillette. Ça a fait une crise avec sa femme. Et ils sont repartis sans lui. Nous avons parlé longtemps. » 

Une situation qui peut étonner dans ce temple de la distraction. Mais selon Andreas, elle n’est pas si exceptionnelle :

« J’ai une théorie : la moitié des visiteurs font plus de deux heures de route jusqu’au parc, et pour certaines familles qui n’ont plus l’habitude de rester si longtemps ensemble, c’est un concentré difficile à vivre. » 

Andres Wilhelm est chaque jour au contact des employés du parc. Photo : FG / Rue89 Strasbourg

Cette mission pastorale, Andreas l’exerce aussi auprès des employés, 3 700 au plus fort de l’été. Plutôt qu’en directeur de conscience, il se voit en confident : « Certains préfèrent venir me voir moi plutôt que le prêtre de leur village parce qu’ils ont peur que leurs voisins sachent qu’ils ont des problèmes. »

Au fil du temps, le diacre a même pris dans l’entreprise un rôle informel de médiateur :

« Les employés savent que je ne suis pas payé par le parc. Au début, Roland Mack (le patriarche de la famille propriétaire d’Europa-Park, ndlr) voulait me diriger comme l’un de ses employés. C’est son caractère. Mais j’ai posé les limites. Et il a compris que je pouvais devenir une sorte de transmetteur. Par exemple, il y a un travailleur, sa femme allait être opérée et il ne savait pas comment faire garder leurs enfants. Il n’osait pas en parler à ses chefs. Je leur ai expliqué la situation et ils lui ont donné une semaine de congés. »

Malgré tout, Andreas Wilhelm vit à Europa-Park la part la plus festive de son activité. Une fête dont il fait profiter ceux qui sont dans la difficulté, grâce aux recettes de la collecte réalisée lors des cérémonies : « Un monsieur originaire de Grèce, venu célébrer ses noces d’argent, m’a dit “J’ai réussi dans la vie, je veux aider maintenant”. Et il a donné 1 000 €. » Cet argent a déjà servi à financer des pompes à eau et des système d’irrigation, en Tanzanie et au Ghana. Les prochains seront installés en Ethiopie.

Tous les moyens de transport « doux » se valent-ils ?

Tous les moyens de transport « doux » se valent-ils ?

Un nouveau collectif à Strasbourg milite pour la gratuité des transports en commun. Trop cher, objectent leurs contradicteurs. Jamais à court d’idées, Piet propose de financer cette généreuse mesure en taxant un moyen de locomotion qu’il tient pour une aberration écologique et esthétique : les segways.

Dessin de Piet

Où l’utiliser, combien rapporte-t-elle ? Mode d’emploi de la consigne du verre

Où l’utiliser, combien rapporte-t-elle ? Mode d’emploi de la consigne du verre

Depuis un demi-siècle, la consigne a totalement disparu des supermarchés français. Seule l’Alsace continue à l’employer, parfois sans que ses habitants en soient informés.

Quand on pense à la consigne, les regards se tournent vers l’Allemagne, pays où plus de 98,5% des bouteilles et des canettes (en verre, aluminium, plastique) sont recyclées. Un exemple qui inspire de nombreux gouvernements européens, dont la France, qui réfléchit à la réintroduction de la consigne.

Instaurée au Royaume-Uni au début du XIXe siècle, la consigne consiste à retourner ses bouteilles vides au vendeur, afin qu’elles soient nettoyées puis réutilisées, plutôt que jetées (et éventuellement recyclées). Tombée en désuétude à la fin des années 1960, cette pratique a été remplacée par le verre dit « perdu » : un matériau recyclable mais non consigné, plébiscité des fabricants pour son coût de production moins élevé.

Mais dans l’hôtellerie-restauration, ainsi que dans quelques lieux d’Alsace pour les particuliers, la consigne a survécu. C’est d’ailleurs la dernière région de France où elle est encore d’usage. Pour Edouard Haag, directeur général de la brasserie Meteor, c’est même un avantage concurrentiel :

« Les gens sont très attachés à la consigne, ce serait une erreur commerciale de s’en séparer. En buvant de la Meteor, nos consommateurs soutiennent une entreprise familiale, qui n’a jamais cessé de produire de la bière conditionnée en verre consigné. »

À Strasbourg notamment, il est encore possible d’acheter sa bière en verre consigné. Une façon de picoler local et de donner un coup de pouce à l’économie circulaire.

À l’usine Meteor de Hochfelden, une partie de la chaîne de production est consacrée au nettoyage des bouteilles consignées Photo : Robin Dussenne / Rue89 Strasbourg

Pourquoi favoriser le verre consigné ?

Selon un rapport de l’Ademe (Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie) publié en 2018, 88 % des consommateurs trouvent la consigne très utile ou assez utile. Adoubé, ce procédé vertueux présente même le double avantage d’être écologique et économique selon Simon Baumert, coordinateur de l’association Zéro déchets Strasbourg :

« Par rapport à une bouteille classique, en verre perdu, une bouteille en verre consigné permet de réduire de 79 % l’émission de gaz à effet de serre. L’autre intérêt est que le client ne paye plus que le contenu, et pas le contenant, ainsi il paye sa bière au litre moins cher. »

Chaque année en Alsace, près de 25 millions de bouteilles d’eau et de bière sont consignées, soit autant de déchets en moins. Une bouteille est réutilisée vingt fois en moyenne et peut avoir jusqu’à 30 ans de durée de vie.

Où ramener ses bouteilles ?

On estime à 400 le nombre de points de vente permettant aux clients de consigner et déconsigner leurs bouteilles sur les deux départements du Bas-Rhin et du Haut-Rhin, et de façon plus isolée, en Moselle et dans le Territoire-de-Belfort. « Grosso modo, là où la bière Meteor est vendue », résume Simon Baumert.

À savoir qu’une centaine de commerces sont équipés de machines à déconsigner en libre-service. Dans la capitale alsacienne, 16 magasins disposent dudit appareil, tandis qu’une dizaine d’épiceries permettent aux amateurs de houblon de ramener leurs bouteilles (sans machine), en l’échange d’un bon d’achat à déduire des courses, une fois en caisse (voir carte ci-dessous).

Dans le deuxième cas de figure, le nombre de références est souvent limité (seules les grandes Meteor et Kronenbourg sont acceptées) et il est impossible de savoir de soi-même si le supermarché pratique la déconsigne, à moins de demander à un employé.

Au regard de cette carte, deux observations s’imposent : le centre-ville de Strasbourg est mal équipé en machines à déconsigner (Grande île, Neustadt, quartier gare), à la différence des quartiers périphériques (Cronenbourg, Hautepierre, Koenigshoffen). Autre constat, certaines enseignes sont plus mauvais élèves (Monoprix, Carrefour) que d’autres (Auchan, Super U).

Contactée par Rue89 Strasbourg, la chaîne de supermarchés Monoprix a indiqué « réfléchir sérieusement à la question du développement durable », tout en spécifiant qu’une « telle décision d’entreprise – accepter les bouteilles consignées – aurait plus d’impact, si elle était déployée à l’échelle nationale ».

Quelles bouteilles ramener ?

L’immense majorité des supermarchés reprennent les Meteor et les Kronenbourg de 75 cl (les deux brasseries partagent le même parc de bouteilles), mais sont plus rares à accepter les fameuses Fischer de 65 cl (produites par l’usine Heineken à Schiltigheim) au bouchon refermable ou autres eaux minérales et sodas.

Dans certains magasins comme le Auchan des Halles, la liste exhaustive des références est affichée au dessus de la machine, pour d’autres comme par exemple le Leclerc Rivetoile, rien de tel n’est indiqué.

Au Leclerc Rivetoile, la machine à déconsigner est coincée entre le rayon des vins et des flasques. Photo : Robin Dussenne / Rue89 Strasbourg

C’est donc pour répondre à cet enjeu de la lisibilité, que la brasserie Meteor et les sources Carola et Lisbeth se sont associées à Zéro déchet Strasbourg pour lancer le réseau Alsace consigne. « Dans un premier temps, l’objectif est de créer des magasins pilotes pour remettre la consigne au cœur des pratiques des consommateurs », expose Simon Baumert.

L’idée est d’en augmenter la visibilité en rassemblant toutes les références consignées (bières, eau, jus, sodas, etc.) en un même endroit ou en indiquant d’un autocollant les supermarchés qui jouent le jeu.

Dans un deuxième temps, le réseau incitera les magasins à s’équiper de machines, à proposer plus de références et s’ouvrira aux plus petites entreprises. « Il est tout a fait envisageable d’ouvrir le réseau aux micro-brasseurs », complète Edouard Haag. Les grands industriels envisagent notamment de partager leurs laveuses, afin que tous ceux qui le souhaitent, soient en mesure de proposer leurs breuvages en verre consigné.

Enfin, à l’image de Carola qui avait édité une carte interactive pour identifier les lieux de dépôt de ses bouteilles d’eau en verre consigné, le réseau Alsace consigne va développer un projet similaire.

Combien ça rapporte ?

Reste la question de l’argent. La consigne rapporte en moyenne 0,20 € par bouteille : de 0,10€ pour une canette de 33cl à 0,55€ pour une Fischer, avec un montant qui peut fluctuer de quelques piécettes d’un supermarché à l’autre.

Les syndicats des agents de la Région Grand Est dénoncent une « méthode pour supprimer des postes » dans les lycées

Les syndicats des agents de la Région Grand Est dénoncent une « méthode pour supprimer des postes » dans les lycées

Une vingtaine de personnes se sont rassemblées vendredi 14 juin à Strasbourg devant le lycée Kléber et l’hôtel de Région pour protester contre un projet d’harmonisation des dotations dans les lycées du Grand Est. Selon cinq organisations syndicales, 600 postes d’agents pourraient être supprimés.

Une intersyndicale CGT, CFDT, FO, UNSA, et FSU a déposé un préavis de grève illimitée le 21 mai dernier. Ils accusent la Région Grand Est de vouloir mettre sur pied un « plan social de grande envergure » qui amènerait, au sein des lycées, à la suppression de 600 postes d’ATTE (adjoint technique territorial des établissements d’enseignement) d’ici trois à quatre ans. Vendredi 14 juin en début de matinée, une vingtaine de membres de l’intersyndicale se sont retrouvés devant le lycée Kléber. Ils se sont ensuite rassemblés devant la Maison de la Région au Wacken.

Les membres de l’intersyndicale se sont réunis devant le lycée Kléber avant de se diriger vers l’Hôtel de Région Grand Est. Photo : LS/Rue89 Strasbourg

« Nous sommes inquiets pour nos conditions de travail »

« En Alsace, 80 postes vont être supprimés dont 6 au lycée Kléber », détaille Jacques Castelli, membre du syndicat FO. Le reste des suppressions concernerait 93 postes en Champagne-Ardenne et 374 postes en Lorraine. Pascal Koehler, secrétaire général de la CGT des personnels du Conseil Régional du Grand Est expose la « méthode »:

« Sur 5500 agents présents sur la Région Grand Est, la direction prévoit d’en sortir 1200 des lycées. 600 postes seraient supprimés. Les 600 autres basculeraient sur des équipes mobiles d’ouvriers professionnels ou serviraient à la création d’équipes de titulaires remplaçants. »

La CGT ne se déclare « pas contre le principe d’équipes de remplacement » mais pointe les difficultés que pourraient occasionner des suppressions ou des mutations de postes. « Nous sommes inquiets pour nos conditions de travail », explique une militante CGT devant la Maison de la Région, « une suppression de postes entraînerait une dégradation des services rendus dans les lycées, le personnel se retrouverait surchargé. »

Pour arriver à l’annonce des chiffres avancés, l’intersyndicale se base sur un document de travail distribué lors d’une réunion entre les syndicats et la Région dans le cadre d’un plan d’harmonisation des dotations des lycées du Grand Est. « En 2017, 7075 postes ont été budgétisés. En 2018, 6500. Cette année, les syndicats FO et UNSA ont fait des calculs et sont arrivés au résultat suivant : dans les cibles de dotations, nous détectons la suppression de l’équivalent de 600 emplois », détaille Pascal Koehler.

« Un mensonge éhonté »

De son côté, la direction de la Région Grand Est conteste fermement ces chiffres. « Le tableau de dotations fourni aux syndicats lors d’une réunion de travail n’est en aucun cas un document définitif, et il ne tient pas compte des dotations individualisées par établissements qui doivent encore être calculées. Le présenter comme s’il s’agissait d’un document officiel émanant de la collectivité serait un mensonge éhonté », martèle Nicolas Pernot, directeur général des services de la Région Grand Est.

Selon M. Pernot, des postes pourraient être supprimés « au fur et à mesure dans certains établissements surdotés ». Des départs à la retraite pourraient ne pas être remplacés, des agents pourraient effectivement basculer au sein des équipes mobiles mais « uniquement sur la base du volontariat », tient à préciser le directeur. « Dans d’autres établissements sous-dotés, des postes seront créés », poursuit-il. Un travail « d’évaluation des besoins » doit être mené dans les prochains mois dans chaque lycée de la Région Grand Est.

La mobilisation ne fait que commencer

Pour l’intersyndicale, ces réponses sont irrecevables. « La direction nous accuse de diffuser de fausses nouvelles mais c’est la Région qui nous a donné les chiffres sur lesquels nous avons basé nos calculs ! », s’indigne Jacques Castelli. « Nous sommes ouverts au dialogue », tempère Pascal Koehler, « nous ne demandons qu’à rencontrer le président de la Région (Jean Rottner, ndlr) mais il refuse de nous voir, il brise le dialogue social ».

Un dispositif de sécurité comprenant des agents et des policiers était posté devant la porte de la Maison de la Région lors du rassemblement des membres de l’intersyndicale vendredi matin. « La direction surréagit », regrette un militant CGT, « il y a quasiment autant d’agents de sécurité que de manifestants, c’est trop, cela révèle un malaise de la part de la direction. » Les syndicats appellent les agents de la Région à manifester le 20 juin prochain devant l’Hôtel de Région de Metz. « Nous attendons entre 250 et 500 agents », espère Pascal Koehler.

Le plan d’un collectif de parents pour pallier le manque d’Atsem en maternelle

Le plan d’un collectif de parents pour pallier le manque d’Atsem en maternelle

Les personnels éducatifs et les parents déplorent le manque d’aides (Atsem) dans les écoles maternelles de Strasbourg. Le Collectif Parents Strasbourg exige la mise en place d’un ou d’une Atsem par classe toute la journée. Pour cela, des solutions et un financement ont été pensés : ils seront discutés au conseil municipal, lundi 24 juin.

D’après la municipalité, 317 Agents territoriaux spécialisés des écoles maternelles (Atsem) travaillent à temps plein pour les 391 classes de maternelles de Strasbourg. Le « Collectif Parents Strasbourg » n’en a recensé que 273. En effet, certains critères n’ont pas été pris en compte de la même façon (notamment en ce qui concerne les agents en arrêt longue maladie ou en formation). À cela s’ajoutent une vingtaine d’Atsem « volantes » qui assurent les remplacements dans les 60 écoles de la ville. Quoiqu’il en soit, il y a moins d’une Atsem par classe dans les écoles de Strasbourg. La capitale alsacienne connaît « l’un des plus faibles taux d’encadrement de France », selon une enquête qu’a mené le collectif auprès de 25 grandes villes.

Aux côtés des enseignants, les Atsem se chargent notamment de l’accompagnement des activités, des soins quotidiens et veillent à l’hygiène et à la sécurité des enfants.

Pour arriver à l’objectif d’un agent par classe, le Collectif Parents Strasbourg a élaboré (avec l’aide du Labo Citoyen et du syndicat CGT-Eurométropole) diverses options. Pour Marie-Jane Auraghi, membre du collectif, « la municipalité doit effectuer un choix politique et faire du bien-être de ses citoyens une priorité ». Selon elle, « la Ville est en mesure de le faire et doit simplement s’en donner les moyens ».

Le Collectif Parents Strasbourg se mobilise avec le Labo Citoyen et la CGT Eurométropole. Photo : HJ/Rue89 Strasbourg

Un plan d’embauche de 60 personnes

Dans un premier temps, le Collectif Parents Strasbourg propose que « pour pallier à l’urgence », la municipalité recrute 60 Atsem d’ici la rentrée 2019 (45 à temps plein et 15 Atsem « volantes » supplémentaires). Le projet coûterait à la municipalité environ 500 000€ pour le reste de 2019.

Ensuite un plan pluriannuel d’embauche permettrait d’améliorer les conditions d’encadrement des enfants. A partir de janvier 2020, le collectif propose d’ajouter 15 à 20 nouvelles Atsem chaque année.

En ce qui concerne l’année 2020, la proposition nécessiterait un engagement de l’ordre de 1,5 million d’euros : un choix qui ne métrait en péril ni la situation financière de la ville, ni le pacte financier (ne pas augmenter les dépenses de plus de 1,2% chaque année). En effet, avec l’externalisation à venir de l’orchestre philharmonique, plusieurs millions d’euros vont être libérés du budget de la collectivité.

Plusieurs modèles de financement sont envisageables

Pour financer cet objectif à plus long terme, le collectif propose de « négocier avec l’Etat un accompagnement financier partiel ». D’autre part, la reconversion de certains agents municipaux (faisant déjà partie des effectifs) est une autre piste. Par exemple, plusieurs agents d’entretien des écoles ont déjà suivi une formation et ont été embauchés en tant qu’Atsem.

Enfin, la Ville peut aussi choisir de financer l’embauche des Atsem à l’aide des impôts locaux. En effet, partout en France, la taxe d’habitation et la taxe foncière est revalorisée en fonction des indices de consommation. En 2019, cela représente 2,2% de recettes en plus, soit assez pour financer ces embauches.

Rendez-vous le 24 juin

En plus du plan d’embauche, le collectif réclame à ce que le devoir de réserve des Atsem ne s’applique plus au sein des conseils d’écoles. En effet, celles-ci risquent des sanctions lorsqu’elles s’expriment sur leurs conditions de travail ou sur le bien-être des élèves.

Prochaine étape pour le Collectif Parents Strasbourg : le conseil municipal du 24 juin, où il présentera sa proposition suite au recueil de plus de 2900 signatures à une pétition reconnue par la municipalité. Plusieurs syndicats ont déposé un préavis de grève pour le personnel Atsem le même jour.

Gagnez des places pour le Ciné-débat « Gilets jaunes : une répression d’État »

Gagnez des places pour le Ciné-débat « Gilets jaunes : une répression d’État »

Mardi 25 juin, à 20h15, Rue89 Strasbourg organise la projection du documentaire « Gilets jaunes : une répression d’État », réalisé par l’équipe du média d’investigation StreetPress. 10 invitations pour deux personnes sont à gagner. La projection au cinéma Star Saint-Exupéry sera suivi d’un débat sur le maintien de l’ordre à la française…

Le résumé

Pour la première fois, un film documentaire raconte et décrypte la répression du mouvement social des Gilets Jaunes. En six mois, les violences policières ont d’abord été niées par le gouvernement, puis décrites comme des dérives ponctuelles, attribuables à quelques individus au sein des forces de l’ordre. StreetPress démontre ici que ces blessés sont plutôt liés à un choix politique : celui de la répression. En traçant en parallèle avec les émeutes de 2005, les documentaristes montrent que les techniques de maintien de l’ordre utilisées contre les Gilets jaunes ne datent pas d’hier…

La bande d’annonce

Le débat

Le débat qui suivra la projection sera animé par Guillaume Krempp en présence de :

    Matthieu Bidan, Mathieu Molard et Cléo Bertet, réalisateurs du documentaireCarolane Ortlieb, une des figures du mouvement des Gilets jaunes au niveau local Jérémie Gauthier, sociologue spécialiste de la police en France et en Allemagne

( L’invitation de représentants des forces de l’ordre n’a toujours donné aucune réponse positive )

Le concours (jusqu’au 21 juin)

Les jardins d’enfants obtiennent un délai de cinq ans pour se transformer

Les jardins d’enfants obtiennent un délai de cinq ans pour se transformer

Les sénateurs et députés ont décidé d’accorder cinq ans aux jardins d’enfants pour s’adapter à la loi « Pour une école de la Confiance » qui oblige la scolarisation à trois ans. Mais les contours de cette transformation exigée restent encore flous.

La loi « Pour une école de la confiance » vient d’être adoptée. Suite au compromis de la commission mixte paritaire entre Sénat et Assemblée nationale, les jardins d’enfants disposent de cinq ans (et non plus de deux) pour changer leur mode de fonctionnement. Ce délai devrait « permettre à ces établissements de proximité de se transformer pour continuer à offrir un service de qualité », se réjouit dans un communiqué le député strasbourgeois Bruno Studer (LREM), président de la commission de l’Education.

Pour Aurélie Ira, co-présidente de la fédération nationale des jardins d’enfants, « c’est une demie-défaite, et une demie-victoire… Cinq ans, c’est beaucoup mieux que deux. Ça nous laisse le temps de travailler, d’envisager les choses différemment ». Mais pour l’instant, l’avenir des jardins d’enfants, un modèle atypique très présents en Alsace, n’est pas encore fixé.

Séance de lecture aux jardin d'enfants Les p'tits loups d'Alsace à Strasbourg. (Photo : CG / Rue89 Strasbourg)
Séance de lecture aux jardin d’enfants Les p’tits loups d’Alsace à Strasbourg. (Photo : CG / Rue89 Strasbourg)

Difficile de se projeter

La loi « Pour une école de la confiance » rend obligatoire la scolarisation des enfants à partir de trois ans. Les jardins d’enfants qui accueillent les petits de 2 à 6 ans n’ont désormais plus le choix, ils doivent évoluer. Plusieurs solutions ont alors été imaginées : certaines structures finiraient par se rapprocher des garderies en accueillant uniquement des enfants de âgés de moins de 3 ans. D’autre part, les actuels jardins d’enfants pourraient devenir des écoles maternelles ou des écoles hors-contrat. Dans l’entourage de Bruno Studer, on promet un « travail d’accompagnement » pour ces modifications.

Dans une réunion de travail, le directeur de cabinet du ministre de l’Education Jean-Michel Blanquer se serait dit « disposé à donner les formations nécessaires au personnel. » Seule difficulté, « les éducateurs de jeunes enfants ne veulent pas forcément devenir instituteurs », rapporte l’un des participants.

L’avenir du personnel, quant à lui, reste encore très incertain. Des discussions devraient avoir lieu prochainement. « L’annonce est très floue, on ne comprends pas bien bien ce qu’ils veulent de nous. Mais en quatre mois, on a rencontré tous les ministres et  les hauts-fonctionnaires. Ils vont nous convier autour de leurs tables de travail, et on va y aller », déclare Aurélie Ira. « J’espère sincèrement que ces 5 ans seront l’occasion de mieux faire connaître le modèle des jardins d’enfants, qui permet une prise en charge différente de celle proposée à l’école mais vraiment intéressante en termes éducatif », a pour sa part réagi la sénatrice strasbourgeoise Fabienne Keller (Agir, allié du gouvernement). 

Sexisme à la Maison des associations : « M. le maire, sortez de votre silence »

Sexisme à la Maison des associations : « M. le maire, sortez de votre silence »

Fondé récemment pour dénoncer le harcèlement sexuel au travail et soutenir les victimes, le collectif « Entendre, croire, agir » demande au maire de Strasbourg de se positionner plus clairement sur l’affaire de la Maison des associations.

Monsieur le Maire,

Nous vous adressons cette lettre ouverte pour vous informer de la création du collectif Entendre, Croire, Agir – collectif féministe de lutte contre le harcèlement sexuel au travail et de soutien aux victimes à Strasbourg.

La création de notre collectif fait suite aux faits de harcèlements sexuels dénoncés à la Maison des associations de Strasbourg (MDAS) et à notre sidération face à l’absence de considération des victimes par leur employeur.

En raison des liens qu’entretient la Ville de Strasbourg avec la Maison des associations, nous ne pouvons que déplorer votre silence, celui des élus et l’absence de tout soutien vis à vis des victimes. Pourquoi un tel silence quand nous savons toutes et tous que les discriminations vis à vis des femmes demeurent structurelles et quotidiennes, y compris dans la représentation politique à Strasbourg ?

« Les actes de vos adjoints vous positionnent »

Ce silence est d’autant plus assourdissant que le président de la MDAS, Mathieu Cahn, est aussi votre adjoint à la vie associative et dispose d’une délégation sur les questions de discriminations. Vos actes et ceux de vos adjoints vous positionnent publiquement et politiquement.

Le collectif Entendre, Croire, Agir dénonce ce mutisme et le message qu’il envoie aux citoyennes et citoyens : « Agresseurs, la voie est libre : vous pourrez compter sur nous, élus strasbourgeois, pour minimiser les faits. A moins que vous n’alliez jusqu’à parler à la presse, ce qui est le seul moyen de réveiller notre sens des responsabilités. »

Le silence est complice – Photo prise lors d’un rassemblement suite à des propos sexistes de Donald Trump en février 2017 Photo : Alisdare Hickson / Flickr / cc

Cela envoie le signal que le harcèlement sexuel et le sexisme ne sont pas graves, que les victimes ne souffrent pas, que leur parole n’a pas à être entendue ni considérée.

Lorsque le président de la MDAS, Mathieu Cahn, affirme que les salariées ont « mal perçu des propos ponctuels inadaptés » (article du 29 mars 2019 publié par Rue89 Strasbourg), il se place dans le camp de ceux qui rendent insignifiantes les paroles des femmes. Il explique aux victimes comment elles auraient dû nommer le problème, qui, à l’entendre, n’en a jamais été un. Il se permet ainsi de réécrire l’histoire et fait passer une situation pour une autre. Surtout, ce sont la solidarité et l’impunité masculines qui s’expriment ici de manière forte.

« Toutes ces stratégies protègent les agresseurs »

Toutes ces stratégies visent à protéger les agresseurs et permettent aussi de garantir à d’autres potentiels agresseurs d’être protégés par ceux qu’ils ont eux-mêmes protégés… Ce sont les mêmes stratégies qui étaient utilisées au sein du boy’s club « la ligue du LOL » et dont une partie des responsables a été sanctionnée par leur employeur respectif.

L’ensemble de ces comportements est révélateur d’un environnement qui autorise les hommes à agresser. Le sexisme n’existe que parce qu’une série d’actes individuels sont posés, il va de ladite blague sexiste jusqu’au viol ou au féminicide. Il est de notre responsabilité de refuser collectivement cette situation et toutes les autres situations de violences sexistes et sexuelles qui s’exercent quotidiennement à Strasbourg et il est de votre responsabilité de sortir de votre silence et de rendre compte.

Quitte à nous répéter, nous voulons savoir pourquoi la Ville de Strasbourg n’a démontré absolument aucun soutien aux victimes de harcèlement sexuel ? Nous voulons savoir quelles sont les mesures concrètes prises par la Ville pour que ça ne reproduise plus jamais ? Une simple action de communication ne suffira pas. Il s’agit désormais de poser des actes concrets.

« Nous sommes contraintes de parler en notre nom seul »

Nous constatons, par ailleurs, que Mathieu Cahn, président de la MDAS, cumule de nombreuses autres attributions. En tant que votre adjoint en charge de la vie associative, il est largement décisionnaire des attributions de subventions aux associations. Aujourd’hui, et c’est notamment le cas de la grande majorité des membres de Entendre, Croire, Agir, il n’est plus possible aux Strasbourgeoises et Strasbourgeois de dénoncer certaines politiques publiques locales au nom des structures associatives, espace de démocratie essentiel s’il en est, dont elles ou ils sont membres.

Nous sommes contraintes et contraints de porter nos revendications en tant que citoyennes et citoyens, de peur que notre association se fasse couper les vivres. Nous sommes légitimement en droit de nous poser la question de la posture de la Ville et de ses élus dans ses relations aux associations.

Disposant en outre d’une délégation aux discriminations, nous nous interrogeons sur les moyens réels que se donne Strasbourg pour lutter contre les discriminations : pourquoi la mission Droits des femmes et égalité de genre n’a pas réagi ? A-t-elle réellement les moyens politiques et financiers d’agir ?

Pour démontrer la volonté de la Ville de lutter réellement contre le harcèlement sexuel au travail et la fin du sexisme, le collectif demande :

    Que vous retiriez – à minima – ses délégations d’adjoint à la discrimination et aux associations à Mathieu Cahn, qui, par son attitude, s’est montré très en deçà de ce qu’on est en droit
    d’attendre d’un adjoint au Maire,La mise à disposition gratuite d’une salle une fois par mois de 18h30 à 21h30 pour des réunions féministes autogérées et animées par le collectif Entendre, Croire, Agir et les associations féministes de Strasbourg,Que vous rappeliez par des affichages sur le périmètre eurométropolitain que le harcèlement et le sexisme sont interdits,Que vous vous engagiez dans une réelle égalité professionnelle dans l’administration municipale, qui est censée montrer l’exemple et que vous continuiez à former les agentes et les agents de la Ville,Que vous donniez de réels signes de prise en compte de la parole des victimes lorsqu’elles parlent et dénoncent.

Soyez assuré, Monsieur le Maire, de notre détermination. Nous ne protégerons plus les agresseurs par un silence pudique. Nous les exposerons et ferons du bruit. Nous les afficherons et ne les lâcherons pas.

Le Collectif Entendre, Croire, Agir