Cette année, Rue89 Strasbourg accueille une nouvelle journaliste à plein temps, Camille Balzinger, et sa première salariée non-journaliste, Sahra Lakraa, qui sera chargée de soigner nos précieux abonnés et d’en trouver de nouveaux !
En 2024, ce n’est pas une mais deux embauches que Rue89 Strasbourg accueille ! Et nous en sommes très heureux. Présente dans l’équipe de Rue89 Strasbourg depuis mars 2021, Camille Balzinger a d’abord travaillé en temps que journaliste indépendante, en collaboration avec d’autres titres de la presse indépendante comme Reporterre, Streetpress et Mediapart. Née à Strasbourg, Camille a grandi à la Meinau puis s’est formée au journalisme à l’université Concordia à Montréal au Canada, après des études de droit.
Camille Balzinger aime les enjeux sociaux, le droit et prête une oreille à toutes les colères. Photo : PF / Rue89 Strasbourg
C’est ce qui explique peut-être son appétence pour les sujets juridiques, où le droit sert de fil conducteur, comme lorsque le tribunal administratif retoque un arrêté trop vite pris par une collectivité ou quand la préfecture mélange les droits des personnes sans-abri présentes en France. Comme tous les journalistes de Rue89 Strasbourg, Camille Balzinger est généraliste mais ses thèmes de prédilections sont les enjeux sociaux, les colères exprimées ou enfouies et elle aime se balader dans les couloirs des tribunaux.
Sahra, chargée des abonnements
La rédaction de Rue89 Strasbourg est donc désormais composée de cinq journalistes permanents. Une équipe solide et engagée, coordonnée par Guillaume Krempp, rédacteur en chef depuis janvier 2023. Ce sont d’abord les abonnements qui permettent d’étoffer cette rédaction unique en son genre à Strasbourg. Avec plus de 1 900 personnes abonnées au 31 décembre 2023, nous débutons 2024 confiants, mais ce nombre est encore insuffisant pour financer intégralement l’activité, qui doit faire appel à d’autres ressources comme les bourses et la publicité.
Sahra est une virtuose des tableaux Excel et des réseaux sociaux. Photo : PF / Rue89 Strasbourg
C’est pourquoi nous accueillons également notre première salariée non-journaliste, Sahra Lakraa. Elle est chargée du développement des abonnements, de l’audience et de la communication. C’est beaucoup trop de missions, mais Sahra est déterminée. Née à Strasbourg, Sahra a grandi au Neudorf avant d’étudier les arts plastiques à la Sorbonne, puis le marketing à Paris. Pianiste formée au conservatoire, Sahra est aussi une virtuose des réseaux sociaux, des tableaux excel et des cohortes de souscriptions… Autant de compétences dont le manque commençait à se faire cruellement sentir… même pour le piano.
Un rassemblement de soutien aux deux manifestantes pour la Palestine placées en garde à vue est prévu ce vendredi 3 octobre devant l’hôtel de police.Photo : Fantasio Guipont / Rue89 Strasbourg
Samedi 6 janvier, la collectif Palestine 67 organise une manifestation « pour la fin du génocide à Gaza ». Celle-ci partira à 14 heures de la place Dauphine à Strasbourg, en direction de la gare.
« 30 034 tués depuis le 7 octobre, dont 11 833 enfants. Ne soyons pas complices par notre silence ! » Ainsi est annoncée la manifestation de samedi 6 janvier à Strasbourg, « pour la fin du génocide à Gaza » et organisée par le Collectif Palestine 67, composé de 38 organisations strasbourgeoises. C’est la onzième manifestation organisée par ce collectif à Strasbourg depuis l’attaque du Hamas contre des civils israéliens du 7 octobre 2023.
Un « génocide » à Gaza ?
Pour la première fois, le collectif appelle à « la fin du génocide » et non plus à un « cessez-le feu ». Dans un entretien à Mediapart, l’avocate italienne Francesca Albanese, rapporteuse spéciale des Nations unies (ONU) pour les territoires palestiniens occupés depuis 2022, explique :
« Israël est en train de faire quelque chose de très cynique qui n’est jamais arrivé dans l’Histoire à ma connaissance. On pourrait comparer ce qu’il se passe à Gaza avec les génocides du Rwanda et en Bosnie (dans la région de Srebrenica en 1995 – NDLR), à la différence qu’à Gaza aujourd’hui l’information est bloquée et le crime invisibilisé. Le cynisme est tel que les Israéliens savent que ce qu’ils sont en train de faire est criminel et le présentent comme nécessaire… »
L’avocate estime que « la définition du génocide inscrite à l’article 2 de la convention pour la répression du crime génocide du Haut-commissariat pour les Droits de l’Homme des Nations unies s’applique au cas actuel de Gaza », et précise à Mediapart y préférer le terme de « nettoyage ethnique ».
Une manifestation attendue par les militants
La manifestation de samedi 6 janvier partira à 14 heures devant le centre commercial Rivétoile à Strasbourg. Elle passera par la place de la Bourse, puis la Krutenau, avant de rejoindre le centre-ville en passant par le pont du Corbeau, pour finir place Kléber.
« Après la manifestation du 23 décembre qui a rassemblé près de 300 personnes, les manifestants nous ont demandé à continuer d’organiser des manifestations en janvier. D’autres se sont même mobilisés le 31 décembre au soir, place Kléber. Donc nous continuons la mobilisation, on ne peut pas ne pas le faire vu les 300 à 400 personnes qui viennent à chaque fois. C’est moins que les 3 000 d’octobre mais ça reste une mobilisation conséquente. »
Hervé Gourvitch, membre du Collectif Palestine 67
À l’issue de la manifestation place Kléber, des prises de parole des différents collectifs sont prévues.
Tête du liste du Rassemblement bleu marine / Front national, Jean-Luc Schaffhauser ne siègera plus aux conseils municipaux et métropolitains de Strasbourg Photo : Pascal Bastien / Divergence
Dans un entretien au Washington Post, l’ancien conseiller municipal de Strasbourg, Jean-Luc Schaffhauser (Front national), évoque ses projets pour rapprocher la France de la Russie. Le quotidien américain révèle notamment les liens financiers qui unissent l’Alsacien au numéro 2 de la diplomatie russe à Paris.
« Nous devons changer tous les gouvernements. Tous les gouvernements d’Europe occidentale seront changés. »Dans un entretien accordé au Washington Post, l’ancien conseiller municipal du Front National (FN, devenu Rassemblement national) à Strasbourg Jean-Luc Schaffhauser dévoile une partie de ses plans diplomatiques avec la dictature russe.
Une fondation soutenue par Moscou
Jean-Luc Schaffhauser compte ainsi lancer prochainement une fondation, qui sera soutenue financièrement par Moscou. L’objectif de l’institution : plaider pour un cessez-le-feu en Ukraine avec un maintien des positions russes dans l’Est du pays. C’est déjà la position du Rassemblement national mais comment présenter une telle stratégie auprès des pays occidentaux ? Selon l’ancien conseiller municipal d’extrême-droite, en faisant valoir que la Russie s’éloignerait ainsi de la Chine pour retrouver sa proximité avec l’Ouest. L’homme politique alsacien se rendra à Moscou en janvier pour échanger avec le directeur des services de renseignement extérieurs russes, Sergei Naryshkin. Le voyage est organisé par un ancien officier des renseignements militaires russes.
Ce n’est pas la première fois que Jean-Luc Schauffhauser sert les intérêts russes en Ukraine. L’ancien conseiller municipal strasbourgeois du Rassemblement national a participé en tant qu’observateur aux élections présidentielles et législatives dans l’Est de l’Ukraine en novembre 2014. Une semaine après les élections législatives ukrainiennes, qui avaient vu la victoire des pro-européens, les deux républiques séparatistes (pro-russes) de Donetsk et Lougansk organisaient leur propre scrutin. Les alliés de la Russie servent ainsi de caution à des scrutins de propagande. Pour rappel, il n’y avait qu’un seul candidat à la présidentielle de la république auto-proclamée de Donetsk jusqu’au jour de l’élection, qui a vu apparaître deux candidats factices.
Un ambassadeur russe pour locataire
Candidat indépendant aux élections législatives de 2022, Jean-Luc Schaffhauser avait pour binôme un ancien militaire à la retraite. C’est ce réseau que l’homme politique a activé en juin 2023 lors des émeutes qui ont suivi la mort de Nahel. Au Washington Post, l’Alsacien pro-russe affirme être en relation avec plusieurs anciens officiers des renseignements militaires français prêts à prendre le pouvoir en cas de crise et d’effondrement politique en France : « Nous devons proposer le meilleur gouvernement pour la France, un gouvernement de l’ombre… des gens qui sont vraiment patriotes. »
Dans cet article dédié aux efforts de la Russie pour saper le soutien occidental à l’Ukraine, le quotidien américain questionne les intérêts poursuivis par Jean-Luc Schaffhauser. Ce dernier jure agir pour le bien de la France. Mais le Washington Post révèle que l’ancien conseiller municipal strasbourgeois reçoit régulièrement des versements du numéro 2 de l’ambassade de Russie à Paris, Ilya Subbotin. Ce dernier loue l’étage d’une propriété de Jean-Luc Schaffhauser à Strasbourg.
Pour rappel, l’Alsacien est l’homme clé derrière deux prêts qui ont sauvé le FN de la banqueroute. En 2014, un premier prêt de 9,4 millions d’euros avait été accordé par une banque russe au Front National. Un autre prêt de 8 millions d’euros a été octroyé par un Français lié aux autorités russes par de mystérieux accords, le tout via une une banque basée aux Émirats arabes unis. En mai 2023, Jean-Luc Schaffhauser a été auditionné au sujet de ces prêts par les députés membres de la commission d’enquête sur les ingérences étrangères.
Rédacteur en chef de Rue89 Strasbourg. Spécialisé depuis 2019 en enquêtes locales, à Strasbourg et en Alsace sur des sujets variés allant de l’extrême-droite à l’hôpital public en passant par la maison d’arrêt de Strasbourg, les mouvements sociaux, les discriminations et l’expertise-psychiatrique.
A 31 ans, Joy Fleutot milite pour une éducation libérée des clichés de genre.Photo : Photo : Fantasio Guipont / Rue89 Strasbourg / cc
À l’origine d’une des seules boutiques de jouets non-genrés de France, la Strasbourgeoise féministe Joy Fleutot milite au quotidien pour une éducation plus égalitaire, dans son magasin et sur les réseaux sociaux. Elle lutte pour déconstruire les clichés sexistes inculqués très tôt aux enfants.
« Qu’est-ce que vous appelez des chaussures pour fille ? Une couleur, un motif, une matière ? », demande Joy Fleutot à une cliente. Cette militante féministe de 31 ans a ouvert il y a quatre ans sa boutique de jouets non genrés à Strasbourg, au 46 rue du Jeu-des-Enfants. Active sur les réseaux sociaux, elle est suivie par plus de 15 000 personnes sur Tik Tok et Instagram.
Au quotidien, en magasin et en ligne, elle lutte contre les clichés genrés véhiculés dès l’enfance et propose une nouvelle manière d’éduquer les plus jeunes… tout en s’amusant.
« Si on veut des chaussures roses, il faut me le dire comme ça. J’aime interroger les gens pour leur faire prendre conscience qu’ils reproduisent des stéréotypes automatiquement. Ce n’est pas anodin. Arrêtons d’enfermer les enfants dans une éducation genrée. »
L’éducation genrée à la source d’inégalités
Joy Fleutot s’oppose à l’idée que les jouets soient de simples outils de divertissement. « Ils sont la plupart du temps des moyens d’apprendre. Quand on ne donne que la moitié des jouets, on prive l’enfant d’une partie de l’apprentissage. » En exemple, elle cite la capacité des petites filles à développer plus tôt un langage plus riche. Pour la gérante, cela découle du fait qu’elle sont plus incitées à parler pendant leurs jeux, en racontant des histoires à leur poupée ou en présentant des produits en jouant à la marchande.
À contrario, les garçons ont plus accès à des objets de construction qui développent la géométrie dans l’espace et la logique.
« Pas étonnant que plus tard, les filières d’ingénieures soient largement plébiscitées par des hommes. Les filles ont eu moins de chance de développer une appétence pour ce milieu. On les retrouve davantage dans des métiers du soin ou relationnels. Offrir un jouet n’est pas une action quelconque. »
Quel que soit leur âge, les enfants ont besoin de trouver des modèles auxquels s’identifier. C’est un autre aspect auquel Joy Fleutot veut rendre attentifs ses clients :
« Récemment, j’ai proposé un livre sur les grandes femmes de l’histoire à une cliente. Elle s’est sentie obligée de me rappeler qu’elle cherchait un présent pour un garçon. Je lui ai répondu qu’à l’école, dans les livres d’histoire, il y avait principalement des hommes, mais qu’on demandait aux filles de les étudier également. Elle s’est sentie un peu bête, puis a trouvé que c’était une très bonne idée. Il y a des réflexes qui ont la vie dure. »
« Mieux vaut se construire sans ces stéréotypes »
Grâce à sa boutique et à travers ses vidéos, Joy Fleutot souhaite montrer qu’un autre chemin est possible. Avec une large palette de couleurs accessibles à tous, des jouets répartis par âge et une grande représentativité pour que chacun puisse s’identifier tout en étant exposé à la diversité. Et ce, quel que soit son genre, sa culture, son handicap… Par exemple, elle propose des jeux de mémoire où le but est de retrouver des paires de métiers : la danseuse et le danseur, le cuisinier et la cuisinière, les astronautes… « Il ne faudrait plus jamais qu’un enfant s’empêche de rêver à une profession parce qu’il ou elle n’a jamais vu quelqu’un lui ressemblant l’exercer. »
Dans la boutique de la jeune femme, la diversité est de rigueur. Photo : Fantasio Guipont / Rue89 Strasbourg / cc
Travailler pour le marché de l’enfance n’a pas toujours été une évidence pour la jeune femme. C’est une conviction qui lui est venue avec son éveil au féminisme : « Mieux vaut se construire sans ces stéréotypes que devoir se déconstruire une fois adulte », explique-t-elle en connaissance de cause – elle aussi a dû faire un travail pour se libérer de certains automatismes.
« En cours de marketing, vendre aux hommes ou aux femmes »
Son déclic est survenu lors de sa reprise d’étude, après un bac+2 en commerce à Metz et une expérience de deux ans en prêt-à-porter féminin, à Nancy. « J’aimais le contact avec les gens, mais je ne voulais pas être là uniquement pour ça. J’avais envie de choisir les produits que je défendais et ne pas subir une direction. C’est là que j’ai eu l’idée de lancer ma boutique. » Joy Fleutot décide alors de reprendre ses études à Strasbourg, où habite son conjoint.
Elle intègre une école de commerce et se rend rapidement compte qu’elle n’est pas en accord avec tout ce qu’elle apprend :
« En cours de marketing, on nous enseignait qu’on ne vend pas pareil aux hommes et aux femmes, qu’on doit segmenter le marché. Au même moment, j’ai eu un espèce d’éveil de conscience féministe. On ne peut pas déplorer les inégalités homme-femme tout en continuant à entretenir des stéréotypes forts dans les actes d’achats, qui rythment notre quotidien. »
Elle découvre que le marketing genré est récent, puisqu’il date des années 70 et a été inventé pour permettre aux industriels de vendre davantage de produits alors que la natalité baissait. « L’idée était d’augmenter les ventes en créant deux marchés. Ils ont fait en sorte qu’on ne puisse plus transmettre les affaires de son aînée fille à son deuxième enfant si c’est un garçon, par exemple. »
Petite histoire du marketing genré, par Elise Gravel.Photo : Fantasio Guipont / Rue89 Strasbourg / cc
La jeune femme commence à lire de plus en plus d’essais féministes, suivre de nouveaux comptes Instagram et en discuter autour d’elle. « Petit à petit, c’est tout un monde qui s’est ouvert à moi », sourit-elle. Parmi les moments marquants de sa déconstruction, Joy Fleutot se remémore des discussions avec son conjoint, qui est lui-même « plutôt en dehors des normes sociales ». Un jour qu’ils sont sur le chemin du retour de vacances, elle déplore le fait de devoir remettre un soutien-gorge en rentrant, alors qu’elle a aimé en être débarrassée pendant son séjour. « Il m’a demandé, « comment ça, tu vas devoir en remettre ? » J’ai commencé à lui expliquer, mais au bout d’un moment, je me suis interrogée moi-même. D’où venait ce sentiment d’obligation ? »
Lutter contre les clichés sexistes à la racine
Elle poursuit ses études et son questionnement. Souvent en désaccord avec les valeurs qu’on lui enseigne, elle remonte à la source des clichés qu’elle souhaite de plus en plus dénoncer :
« Une fois que j’ai vraiment pris conscience de ces stéréotypes, je me suis dit qu’il y avait quand même beaucoup de gens qui y correspondaient. On ne peut pas juste partir du principe que c’est totalement faux. J’ai commencé à creuser, et je me suis rendue compte que ça découlait de l’éducation. On dit aux enfants qu’ils peuvent devenir ce qu’ils veulent, mais sans leur donner les mêmes chances, les mêmes imaginaires, les mêmes stimulations… Il y a toujours une sorte de moule plus ou moins conscient véhiculé par toute la société. »
En exemple, elle prend son cas. Petite, elle était passionnée par les voitures électriques. Elle pouvait regarder ses camarades y jouer pendant des heures. « Pour autant, je n’en ai jamais demandé. Pourquoi ? » Ce n’était pas la faute de ses parents, assez ouverts.
Par contre, elle se rappelle n’avoir vu que des garçons y jouer dans les catalogues, sur les emballages, dans les magasins… « Inconsciemment, je me disais que ce n’était pas pour moi. Ce n’était même pas une possibilité. » Aujourd’hui, elle ne veut plus que des enfants se sentent limités, ni qu’ils assimilent si tôt des différences entre eux.
Dans la boutique, un espace adulte accueille notamment des essais féministes, pour informer les parents. Photo : Fantasio Guipont / Rue89 Strasbourg / cc
Entre insultes et fatigue militante
Si la manière de militer de Joy Fleutot est un peu particulière, elle est exposée aux mêmes difficultés que les autres féministes. « Dès l’ouverture de la boutique, j’ai reçu des mails de menaces ou d’insultes », déplore-t-elle. Elle est souvent la cible de commentaires haineux sur les réseaux sociaux, qui visent la plupart du temps à la dénigrer.
« À coup sûr, je retrouve des insultes ou des commentaires virulents sous les vidéos que je poste sur TikTok. Parfois, j’essaie de leur répondre, mais souvent la personne n’est pas là pour avoir un échange. Ça m’arrive d’avoir une boule au ventre quand je fais de nouveaux posts, car je sais que je vais recevoir ce type de message pendant plusieurs jours, voire semaines. Mais je continue à défendre mes idées. »
Ces commentaires réguliers alimentent un sentiment de lassitude. Comme de nombreuses féministes, elle passe beaucoup de temps à se renseigner, discuter, faire de la pédagogie… À son échelle, elle considère que les enseignes de jouets ont encore du chemin à faire pour rendre leurs rayons moins sexistes, notamment sur le packaging et le conseil. « Ça ne se limite pas à sortir une gamme non genrée perdue au milieu des boites roses et bleues ». En dehors des boutiques de jouets, elle note des évolutions sur la manière de percevoir les genres. « J’ai l’impression qu’on a beaucoup avancé sur le fait que les femmes peuvent être fortes, courageuses… Par contre, accepter qu’un garçon puisse être sensible, coquet, puisse avoir peur… C’est encore difficile et c’est sûrement le prochain challenge. »
L’année écoulée a été éprouvante pour les journalistes de Rue89 Strasbourg. Malgré tout, nos investigations et notre suivi des mobilisations locales n’ont jamais paru si nécessaires. Pour 2024, on vous promet une nouvelle année d’enquêtes et de luttes.
2023 s’achève et la rédaction profite d’une courte pause salutaire. Notre journalisme assume un engagement quotidien pour la justice sociale et contre les ravages du capitalisme, les violences patriarcales et la montée des idées xénophobes. Autant de sujets pour lesquels cette fin d’année sonne l’alarme à tous les étages…
Face aux vents contraires
Face à la puissance de l’empire médiatique d’un Vincent Bolloré, nous continuerons d’incarner un journalisme de terrain, loin des plateaux télé et autres journaux dirigés par un industriel ultra-conservateur. Nous enquêterons sur les agissements des groupuscules d’extrêmes droites locales. Nous mettrons en avant ces quotidiens des quartiers populaires, loin des amalgames qui ne cherchent qu’à attiser les haines.
Face à l’entêtement de l’Etat à maintenir éternellement 42 000 tonnes de déchets sous la plus grande nappe phréatique d’Europe occidentale, face à la répression inouïe du mouvement écologiste à Sainte-Soline, nous continuerons d’enquêter sur les projets écocides. Nous continuerons de documenter les violences policières.
À nos lecteurs et lectrices,
À celles et ceux qui nous soutiennent,
À celles et ceux qui lancent l’alerte,
À celles et ceux qui luttent,
Pour 2024, l’équipe de votre média d’investigation locale ne peut que vous promettre d’être présent à chaque instant d’une nouvelle année d’enquêtes et de luttes.
Rédacteur en chef de Rue89 Strasbourg. Spécialisé depuis 2019 en enquêtes locales, à Strasbourg et en Alsace sur des sujets variés allant de l’extrême-droite à l’hôpital public en passant par la maison d’arrêt de Strasbourg, les mouvements sociaux, les discriminations et l’expertise-psychiatrique.
Après un mois de Marché de Noël au centre-ville de Strasbourg, Mathieu Schneider, vice-président de l’Université de Strasbourg, réagit en tant que « citoyen engagé ».
Après 30 jours, le siège de la ville est levé.
Les chalets sont clos, les camionnettes se pressent pour charger les dernières marchandises. Le centre-ville semble reprendre son souffle. La forteresse de pacotille, bravement tenue par des vigiles désabusés, aura finalement tenu bon. Elle aura vu passer certainement plus de trois millions de badauds (on attend les chiffres officiels), dont on espère qu’ils seront repartis satisfaits de leur « expérience » au Marché de Noël. Car c’est de cela qu’il s’agit : une expérience, une manière de dire (en se photographiant) : « J’y étais ! »
La jolie forteresse habillée en carte postale croquignolette aura permis à de nombreux forains, marchands et commerçants de faire de belles affaires. On nous taira sûrement le chiffre, mais s’il permet à des personnes d’en vivre, à des jeunes de se faire un peu d’argent, il faut évidemment s’en réjouir.
Pour les Strasbourgeois, un sentiment amer
Et pourtant, cette édition du Marché de Noël laisse derrière elle un sentiment amer aux Strasbourgeoises et aux Strasbourgeois : on en trouvera peu qui avoueront goûter cette période de l’année. Et il y a des raisons objectives à cela :
1) Voir plus de dix fois la population de la ville défiler dans les rues du centre en quatre semaines (et surtout en quatre week-ends) a de quoi donner le tournis (ou la nausée) : Strasbourg est littéralement asphyxiée, congestionnée. On peine à s’y frayer un chemin, on ne trouve plus une place dans un café ou un restaurant, et revenir avec un caddie rempli de courses ou un landau relève de la course d’obstacles. La petite forteresse a cela de particulier qu’elle est gardée pour la sécurité de ceux qui l’assiègent.
2) La manne financière ne profite qu’à quelques-uns : certains commerces (ceux qui ne sont ni dans la restauration ni dans l’hôtellerie) voient seulement les touristes passer. Leur gain est marginal, en tout cas pas en proportion du nombre de visiteurs. Quant à certains Strasbourgeois (dont je suis), ils font délibérément leurs courses ailleurs. Autant de manque à gagner pour les commerces de proximité qui ont leurs habitués.
3) Mais surtout, la politique écologique de la ville se heurte à une fracassante contradiction. Comment expliquer qu’on demande, avec la prétendue ambition de réduire la pollution aux particules fines, à un habitant des environs de payer 35€ pour trois heures de stationnement lorsqu’il vient faire ses courses ou se rend chez le médecin, alors que des dizaines de bus attendent sur la place de l’Étoile ? Que les forces de l’ordre laissent tourner leurs moteurs aux points de surveillance ? Et que ceux qui circulent tranquillement à pied dans le centre-ville sont venus en avion de Madrid, de Londres ou de New York ? Dissuader les habitants de la ville et de ses environs de prendre leur voiture pour quelques kilomètres, mais laisser affluer en masse les cars et les voyageurs en avion, il y a là un paradoxe à lever.
4) Enfin, qu’est-ce que ces millions de touristes apportent à la ville et à ses habitants ? Des taxes, indirectement, certes, mais surtout… des prix en hausse ! Les tarifs dans les restaurants s’envolent, sans parler des prix des hôtels qui atteignent des niveaux dignes des plus grandes métropoles mondiales. Tout cela a une répercussion indirecte sur le coût des logements privés à moyen et long terme. Et, par effet de vases communicants sur le temps long, le centre-ville se vide de ses commerces et services aux habitants au profit d’enseignes de restauration bas de gamme et de meublés à prix d’or.
Étrangers refoulés, étrangers désirés…
Je ne peux m’empêcher de finir ce texte par une question plus fondamentale, qui fait un douloureux écho à l’actualité. Alors que le Parlement vote une loi pour limiter la venue de quelque centaines de milliers d’étrangers par an en France – des étrangers qui veulent travailler ici, qui consommeront, qui contribueront au dynamisme de la France, qui paieront des impôts, qui alimenteront les caisses de nos retraites -, on ne s’offusque pas de faire venir par millions des visiteurs occasionnels, qui ne viennent que consommer ponctuellement (et heureusement générer quelques profits collectifs par le jeu des taxes), mais qui contribuent aussi à l’augmentation du coût de la vie dans les villes et à la paupérisation d’une partie des Français.
S’il ne faut exclure ni les uns ni les autres, il y a certainement un rééquilibrage à faire. La question de la pertinence du Marché de Noël de Strasbourg, et du partage de ses recettes comme de ses contraintes, doit être posée dans le débat public. Strasbourg n’arrêtera pas à elle seule le surtourisme, mais elle a les moyens de l’encadrer et de préserver pendant un mois un peu du centre-ville à ses habitants.
De nouvelles règlementations entreront en vigueur dès le début ou au courant de l’année 2024. Florilège de celles qui concernent Strasbourgeois et Strasbourgeoises.
Véhicules polluants interdits à la circulation, collecte étendue aux biodéchets… De nouvelles réglementations auront un impact concret sur la vie des Strasbourgeoises et des Strasbourgeois en 2024.
Interdiction des véhicules Crit’air 4
Dans le cadre de la mise en place de la Zone à Faibles Émissions (ZFE, voir tous nos articles), de nouveaux véhicules seront interdits à la circulation dans l’Eurométropole de Strasbourg : ceux qui correspondent à la norme Crit’air 4. C’était déjà le cas des véhicules sans vignette et Crit’air 5, c’est à dire les plus polluants. Les vignettes sont à commander sur le site du gouvernement.
L’interdiction s’applique « à l’ensemble des types de véhicules motorisés : voitures particulières, véhicules utilitaires légers, poids-lourds, autobus et autocars, deux et trois roues motorisés. Elle s’adresse donc tant aux particuliers qu’aux acteurs socio-économiques du territoire », indique l’EMS par communiqué.
Zones concernées par l’application de la Zone à Faibles Émissions.Photo : Eurométropole de Strasbourg
Pour aider à respecter la nouvelle règlementation, l’Eurométropole de Strasbourg a produit deux guides explicatifs. De plus, la présidente de l’Eurométropole de Strasbourg a annoncé qu’aucun contrôle automatique des vignettes n’est prévu avant 2025. « Par la force des choses, la phase de pédagogie concernant les Crit’Air 4 est prolongée jusqu’en 2025 », a indiqué Pia Imbs.
Cette réforme du stationnement, amorcée dès 2022, a déjà été entamée avec la mise en place de 225 places violettes, réservées au stationnement de courte durée en centre ville – 1h15 maximum.
Dés le 1er janvier cependant, les professionnels pourront bénéficier de tarifs spécifiques « Pro Mobile » pour stationner au centre-ville. Les prix varient en fonction des besoins, de la demi-journée à 5,5 euros jusqu’ à l’année à 600 euros. Aussi, les professionnels du soin et de l’aide à la personne auront accès à un forfait « Pro Mobile – Santé ». Ces forfaits leurs permettront de stationner sur toutes les zones payantes.
Du vert dans les bacs
Autre changement en cours : la collecte des biodéchets. Depuis 2022, des bacs destinés à accueillir les déchets organiques sont déployés dans plusieurs quartiers. En 2024, les résidents de Bischheim, Hœnheim, l’Esplanade, la Grande-Île, Neudorf, la Musau, la Robertsau et la Krutenau verront apparaître dans leurs rues ces bacs en apport volontaire.
Carte du déploiement des collecteurs de biodéchets Photo : doc Eurométropole
La collecte des biodéchets concerne « tous les déchets alimentaires comme les épluchures, les coquilles d’œufs, les noyaux, les restes de repas (os et restes de viandes, charcuteries, arêtes, féculents…) et aussi les produits périmés sans les emballages ».
Dès le 1er janvier en principe – selon la loi – les collectivités devront proposer une solution de tri des déchets à la source, aux particuliers et aux professionnels. Cela concerne les déchets verts et les déchets alimentaires.
Hausse du Smic et des cigarettes
Dès le 1er janvier également, les immeubles de plus de 200 logements ainsi que ceux possédés par une seule personne devront faire l’objet d’un diagnostic de performance énergétique (DPE). Le diagnostic doit être fait aux frais du propriétaire et « renseigne sur la performance énergétique et climatique d’un logement ou d’un bâtiment (étiquettes A à G), en évaluant sa consommation d’énergie et son impact en terme d’émissions de gaz à effet de serre ».
Quant aux fumeurs et fumeuses, le paquet de cigarette augmentera – entre 50 centimes et un euro pour un paquet. Le tabac à rouler et les cigares augmenteront aussi. L’augmentation sera désormais indexée sur l’inflation de l’année en cours.
Comme les curieux du Service National Universel à Haguenau en mai 2023, testez vos connaissances.Photo : CB / Rue89 Strasbourg / cc
Avez-vous bien lu les quelques 900 articles que Rue89 Strasbourg a publié en 2023 ? Eh bien, c’est ce que nous allons voir tout de suite grâce à notre petit quiz…
Une fois de plus en 2023, l’actualité n’a pas manqué de secouer Strasbourg. Réforme des retraites, sans-abrisme, tentative d’enfouissement des déchets à Stocamine ou encore enquête sur les cendres cancérigènes à l’incinérateur… Alors comme c’est devenu une petite tradition, voici un quiz sur le traitement de l’actualité par Rue89 Strasbourg de janvier à décembre 2023.
En 2023, Rue89 Strasbourg a publié plus de 900 articles et nos pages ont été vues 5,1 millions de fois par plus de 3 millions de visiteurs ! C’est pas mal même si on aimerait qu’une part plus importante de cette audience participe à notre financement. Seules 1 909 personnes ont choisi de contribuer financièrement à l’existence d’une presse indépendante à Strasbourg, en s’abonnant, c’est trop peu ! En 2024, prenez une bonne résolution démocratique et cliquez là.
Si le quiz ci-dessous ne s’affiche pas, il est nécessaire de désactiver le bloqueur de pubs de votre navigateur. Nous vous invitons à le désactiver de manière permanente pour le domaine rue89strasbourg.com. Il n’y a que trois emplacements de publicité sur notre média et aucun suivi marketing.
Votre score en commentaire !
N’hésitez pas à publier votre score en commentaire, même s’il n’est pas au top ! On ne juge pas, promis. C’est toujours délicat pour une rédaction de savoir comment une actualité est perçue par son audience. Et d’ailleurs, nous sommes à l’écoute de vos remarques sur le travail de Rue89 Strasbourg en 2023 dans les commentaires. C’est le moment aussi de poster vos questions, demandes, suggestions ou conseils pour 2024 !
Parce que la politique n’est pas condamnée à être assommante, petit florilège des situations politico-comiques de l’année 2023.
« Bof bof ». L’année politique qui vient de s’écouler pourrait sobrement se résumer ainsi, après des revers cinglants comme l’échec de la mobilisation contre la réforme des retraites ou l’adoption d’une loi immigration bien plus dure que prévue. Vous êtes déprimé·e par le suivi de l’actualité politique ? Reste l’humour : pour la fin d’année, nous revenons sur les moments drôles ayant jalonné l’année politique strasbourgeoise. En espérant vous arracher un sourire.
Elsässer loveur
Certains moments nous marquent par leur absurdité soudaine. Comme durant la séance plénière extraordinaire de la Collectivité européenne d’Alsace, convoquée le 13 avril. D’un coup, nous avons été émus par la dose d’amour que nous a livré le conseiller du canton de Reichshoffen, Victor Vogt (Les Républicains). Saluant d’emblée ses « sœurs et frères d’Alsace » et « tous ceux qui aiment l’Alsace à distance », l’élu a tenté de draguer toute une région. Dans son intervention, il a mêlé analyse politico-historique et logorrhée de loveur :
« C’est un moment qui n’est pas celui du cri du cœur, ou celui du désir d’Alsace qui est dépassé. Je vous le dis mes chers collègues, l’Alsace, c’est désormais un cri d’amour. L’Alsace a besoin d’amour, l’Alsace a rendez-vous avec son cri d’amour. Ce cri d’amour, nous l’avons déjà eu à travers le temps. Il a parfois été ignoré, comme en 2013, parfois piétiné, comme en 2015. (…) Il est venu le temps du cri d’amour d’Alsace qui doit être entendu. »
Victor Vogt, élu de la CeA et maire de Gundershoffen
Plus loin dans le débat, l’élu de la CeA et maire de Roeschwoog, Michel Lorentz (Divers centre) s’est senti suffisamment en confiance pour faire carrément toute son allocution en alsacien. Sans sous-titre pour les journalistes. Si d’autres élus suivent la tendance en 2024, nous pourrions nous mettre sérieusement à l’alsacien, à Rue89 Strossburi.
Une semaine plus tard, le 19 avril, Emmanuel Macron est venu en Alsace pour doucher les espoirs de Victor Vogt et d’une bonne partie de l’assemblée. Sans la moindre once de sentimentalisme.
Hannah Arendt et le stationnement payant
Pendant le conseil municipal du 26 juin à Strasbourg, lors d’un débat houleux sur le stationnement – c’est un pléonasme – les répliques fusent dans l’opposition pour dézinguer la hausse des tarifs du stationnement. Ce jour-là, la socialiste Anne Pernelle Richardot (PS) supplante tous les autres conseillers. En réaction aux réponses du premier adjoint Syamak Agha Babaei (sans étiquette) et celle de l’adjoint Pierre Ozenne (EE-LV), elle dégaine une citation de la philosophe Hannah Arendt :
« Quand tout le monde vous ment en permanence, le résultat n’est pas que vous croyez ces mensonges, mais que personne ne croit plus rien. Un peuple qui ne peut plus rien croire, ne peut plus prendre de décision, il est privé non seulement de sa capacité d’agir, mais aussi de sa capacité de penser et juger, et d’un tel peuple vous pouvez faire ce que vous voulez. En fait madame la maire, c’est bien cela que vous voulez. »
Rapidement, Jeanne Barseghian (EE-LV) s’impatiente : « Je suis pas sûre qu’Hannah Arendt se soit déjà exprimée sur le stationnement… » Au bout de quelques secondes, le ton devient plus pressant, en répétant une série de « Et donc ? » ou « Et votre vote ? ».
Mais la conseillère d’opposition ne se laisse pas couper la parole – pas son genre. Elle va au bout de son propos et vote contre. « La référence m’est venue sur le coup », se remémore Anne Pernelle Richardot, six mois après le débat. « Je n’ai pas le souvenir qu’ils aient beaucoup ri en face, Syamak Agha Babaei était même plutôt énervé. Ça restait un coup de canif à une majorité qui s’autocongratule. » À l’autre bout du fil, on devine le sourire.
Droit à l’image des poissons
Un mois plus tôt, lors du conseil municipal du 10 mai, s’est tenu un débat d’un autre registre sur la politique animale de la Ville. Moins féroce, mais plus bariolé. Après la présentation de la délibération par la conseillère déléguée (et ancienne candidate du Parti animaliste aux législatives) Marie-Françoise Hamard, deux heures de débats suivent. D’une intervention à l’autre, les élus passent du coq à l’âne en évoquant la ferme de la Ganzau, la peur des chiens ou la surpopulation de rats. In fine, toutes les prises de parole restent dans le sujet, au vu du cadre assez large de l’échange… Jusqu’à l’intervention déroutante d’Alain Fontanel.
Avec son ethos d’énarque, l’élu d’opposition Renaissance paraît plus à sa place dans un colloque d’expert-comptables que dans un Comedy club. D’un ton très sérieux, il partage « son inquiétude » et évoque la prévention pour les personnes âgées vulnérables pendant les périodes de canicule. Il cite ensuite une campagne de prévention avec un visuel de communication montrant des poissons rouges passant d’un bocal à l’autre. Regards interloqués dans l’hémicycle. L’élu poursuit :
« J’ai cru comprendre que cette campagne était mise au rebut, que vous avez demandé à ce que la collectivité n’utilise plus cette campagne, puisque finalement les poissons rouges n’avaient pas donné leur accord à l’utilisation de leur image et qu’il y avait là une instrumentalisation et une mise en scène du poisson rouge. (…) Je voulais m’assurer que la défense du droit à l’image du poisson ne se ferait pas cet été au détriment des seniors de notre ville. Je vous remercie. »
Alain Fontanel, ancien président du groupe d’opposition de la majorité présidentielle.
« Bon », commente sobrement la maire avant de rassurer ce dernier, alors qu’une voix plus grave à ses côtés lâche hors micro un « n’importe quoi ! » plus sincère. La manœuvre prend tout le monde de court. Personne n’aura vu le stand-upper caché en Alain Fontanel, avant son départ du conseil municipal à là séance suivante. Personne, sauf nous.
Papier cailloux manif’
Au pic de la mobilisation contre la réforme des retraites, alors que Strasbourg connaissait des manifestations d’une rare intensité, la préfecture du Bas-Rhin a tenu à montrer qu’elle ne laisserait rien passer. Pas même trois cailloux. En procédant à une fouille minutieuse de la place de la République, la police nationale a débusqué quelques caillasses hors des bosquets. Fière de sa trouvaille, bombant le torse comme jamais, la préfecture du Bas-Rhin a partagé sa prise de guerre dans ce tweet légendaire :
— Préfète de région Grand Est & du Bas-Rhin 🇫🇷🇪🇺 (@Prefet67) March 30, 2023
S’ensuit une cascade de commentaires sarcastiques des internautes, taillant la stratégie de communication de la préfecture. Parmi les manifestants, l’histoire circule et circulera encore pour de nombreuses années, comme une vieille légende du folklore militant strasbourgeois. On exagère à peine.
Après une fouille intense de la place de la République, on remarque très vite que de nouveaux cailloux ont été sciemment dissimulés dans les buissons. Nous attendons une réaction de la préfecture.
Pour la prochaine manifestation, des pavés ont été dissimulés directement dans le sol par les blackblocs.Photo : Roni Gocer / Rue89 Strasbourg
Jeanne Barseghian évoque nos « pensées iconoclastes et désoxydées par nos désirs excommuniés »
Autre moment surréaliste, la passion soudaine pour Les Inconnus qui prend les élus strasbourgeois. Lors d’un débat sur le tram Nord, pendant le conseil municipal du 12 décembre, l’adjoint chargé de l’équité territoriale, Benjamin Soulet a ressorti une référence bien connue au sketch des chasseurs :
« Si je résume : il y a le bon tram d’un côté, c’est un tram qui roule sur des rails, il dessert des stations et apporte d’excellents services à la population et à l’environnement. C’est le tram des mandatures précédentes. Et il y a le mauvais tram, il roule sur des rails, il dessert des stations et apporte d’excellents services à la population et à l’environnement. Mais c’est le mauvais tram. »
La référence plaît tellement à la majorité écologiste qu’elle est reprise plus tard par l’adjointe chargée de la démocratie Carole Zielinski, puis par le premier adjoint Syamak Agha Babaei et enfin la conseillère municipale déléguée, Sophie Dupressoir, qui évoque le sketch des « Innocents » avant d’être reprise par ses collègues.
La joie indescriptible de Nicolas Matt quand on lui souhaite un bon anniversaire.
Plus loin dans la séance, Jeanne Barseghian reste dans le registre. Pour répondre à Nicolas Matt qui évoque les frères Rapetou (« Faut que tu craches, faut que tu payes, pas possible que t’en réchappe, nous sommes les frères qui rappent tout »), elle lui souhaite un bon anniversaire et lui livre sa propre citation :
« Il ne faut pas cautionner, l’irréalité sous des aspérités absentes et désenchantées de nos pensées iconoclastes et désoxydées par nos désirs excommuniés de la fatalité destituée et vice et versa et… vice et versa. »
Nous avons hâte de suivre les futurs péripéties de nos chers élus pour l’année 2024. En espérant d’autres moments grandioses.
De nombreuses organisations écologistes s’opposent au confinement des déchets toxiques de Stocamine par un sarcophage de béton sous la nappe phréatique.Photo : Mathilde Cybulski / Rue89 Strasbourg
Le Conseil constitutionnel a censuré un amendement concernant Stocamine dans la loi de finances 2024. Ce n’est pas la première fois que le gouvernement use de stratagèmes inconstitutionnels pour enterrer définitivement les 42 000 tonnes sous la plus grande nappe phréatique d’Europe occidentale.
Saisi par plusieurs députés concernant la loi de finances 2024, le Conseil constitutionnel a rendu sa décision le jeudi 28 décembre. Les Sages ont donné raison au député insoumis de la deuxième circonscription du Bas-Rhin, Emmanuel Fernandes (LFI), qui avait signalé l’article 208 du texte de loi.
L’article concerne le site d’enfouissement de déchets toxiques de Stocamine, situé sous la nappe phréatique rhénane. Il énonçait que « l’État s’assurera de l’extraction des déchets du site de Stocamine […] lorsque deux conditions seront remplies : que des techniques de robotisation rigoureusement éprouvées, au regard de la sécurité des travailleurs et de la protection de l’environnement, seront disponibles, et dès lors qu’il [sera] mis en évidence un impact lié à la remontée de l’eau saumurée sur le stockage des déchets. »
Pas à « sa place dans une loi de finances »
Le député Emmanuel Fernandes dénonçait un article « parfaitement inutile« , qui ne contient dans son énoncé aucun crédit alloué. Il estimait qu’il s’agissait d’un « cavalier budgétaire« , puisqu’il ne s’agit « ni d’une disposition affectant les dépenses financières de l’année 2024, ni d’une garantie financière. »
Le jugement est partagé par les Sages du Conseil. Dans leur décision, ils estiment que « les dispositions contestées ne concernent ni les ressources, ni les charges, ni la trésorerie, ni les emprunts, ni la dette, ni les garanties de l’État, ni la comptabilité publique », qu’elles n’ont « pas pour objet de répartir des dotations aux collectivités territoriales ou d’approuver des conventions financières » et « ne portent pas sur le transfert de données fiscales, lorsque celui-ci permet de limiter les charges ou d’accroître les ressources de l’État« . De fait, le Conseil constitutionnel conclut que les dispositions de l’article 208 « ne trouvent pas leur place dans une loi de finances. »
Deux ans plus tard, le gouvernement persiste avec le même stratagème. En novembre 2023, le tribunal administratif de Strasbourg a suspendu en urgence un nouvel arrêté préfectoral pour l’enfouissement définitif des déchets. Le juge administratif estimait notamment que « les choix destinés à répondre aux besoins du présent ne doivent pas compromettre la capacité des générations futures et des autres peuples à satisfaire leurs propres besoins. »
« Une grossière manipulation » selon le député Fernandes
Le tribunal s’exprimera définitivement sur le fond du recours d’Alsace Nature au courant du premier semestre 2024. C’est justement en anticipant cette décision sur le fond que le gouvernement a tenté de répondre au juge administratif par un amendement qui promettait le déstockage des déchets en cas de pollution avérée de la nappe phréatique. Comme le résume le député insoumis Emmanuel Fernandes :
« L’objectif assumé du gouvernement est de tenter d’afficher sa prise en compte des « générations futures » pour tenter de manipuler deux juridictions administratives : le Conseil d’Etat dans le pourvoi en cassation contre la suspension de l’enfouissement définitif des déchets toxiques de StocaMine et le tribunal administratif de Strasbourg dans le recours en annulation en cours d’instruction. Cette manœuvre, en plus d’être un cavalier budgétaire, puisqu’il ne s’agit ni d’une disposition affectant directement les dépenses budgétaires de l’année 2024 ni une garantie financière, contrevient au principe de séparation des pouvoirs garanti par l’article 16 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789.
Dans cette grossière manipulation, le gouvernement méconnaît de surcroît, en introduisant cet article, plusieurs dispositions constitutionnelles sur la préservation de l’environnement et la responsabilité des pollueurs. Emmanuel Fernandes estimait que l’ajout de l’article à la loi de finances était une « grossière manipulation », servant à l’État pour influer la justice administrative dans deux dossiers en cours d’instruction : un pourvoi en cassation auprès du Conseil d’État contre la suspension de l’enfouissement définitif des déchets toxiques, et le recours en annulation auprès du tribunal administratif de Strasbourg. La censure de l’article par le Conseil constitutionnel empêche désormais l’État de s’en prévaloir. »
2023 a débuté avec un mouvement social historique et s’est achevé sur le vote de la loi immigration, une victoire idéologique pour le Rassemblement National. Retour sur une année éprouvante pour votre média local et indépendant qui ne cesse d’assumer un journalisme engagé.
« C’est un travers connu du journalisme : lorsque les quartiers s’embrasent, on envoie les journalistes, pas avant. Même si, essayant de raconter le quotidien des habitants des quartiers populaires en dehors de ces périodes, nous avons nous aussi augmenté significativement nos papiers sur la banlieue après la mort de Nahel.
Au-delà d’une chronique des voitures brûlées, nous voulions prendre un peu de recul. Je me suis lancé dans l’écriture d’un papier revenant sur les précédentes réactions aux bavures policières. Plus encore que les « émeutes nationales » suivant la mort de Zyed et Bouna en 2005, j’ai réalisé que les quartiers strasbourgeois ont des deuils et des colères qui leurs sont propres.
C’est le cas de l’histoire d’Hassan Jabiri, un Marocain de 33 ans habitant le Neuhof et tué lors d’un contrôle routier par un gendarme, en 2004. Le quartier le pleure, proteste. Il y a de la casse. Tout le monde est persuadé que le gendarme s’en sortira impunément. Trois ans plus tard, il est condamné à huit mois de prison avec sursis. En discutant sur le terrain avec les habitants, je réalise que beaucoup connaissent déjà l’histoire, qui se transmet jusqu’aux plus jeunes.
En écrivant, j’ai eu peur de mentionner son nom de famille, de réveiller des souvenirs. Hassan avait une petite fille, qui n’aura pas eu le temps de bien connaître son père. Lorsque le papier est sorti, j’ai repensé à l’utilité de cet article. Ça faisait presque vingt ans ; même sans la mort de Nahel, l’histoire méritait un article. Quelques jours plus tard, je reçois un message de sa fille, qui a désormais mon âge. Après des études réussies, elle travaille à Paris et s’est éloignée de tout ça. Savoir qu’elle a apprécié qu’on reparle de son père a donné beaucoup plus de sens à l’article. »
Roni Gocer, journaliste pour Rue89 Strasbourg
Entrée du collège Sophie Germain après la nuit d’émeutes. Photo : Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc
La migration et ses drames
Au courant de l’été, une triste nouvelle est parvenue à notre journaliste Camille Balzinger, spécialisée dans les thématiques liées à la migration et à l’asile. Confrontée quotidiennement à des récits de précarité extrême de personnes en attente d’un hébergement d’urgence ou de titres de séjour, elle raconte la fin tragique de l’une de ses sources :
« Géorgien, combattant en Ukraine, Makho a cherché l’asile en France en 2022. Après avoir raconté son histoire à Rue89 Strasbourg, le père de famille a passé plusieurs mois à attendre la décision de l’Office français pour la protection des réfugiés et des apatrides. Il a reçu une réponse négative, entamé la procédure pour faire appel et est retourné combattre en Ukraine. Il est décédé sur le front.
À Strasbourg, en attendant une réponse à sa demande d’asile, Makho restait enfermé chez lui. Il n’a pas eu accès aux cours de français et n’avait pas le droit de travailler. Il tournait en rond.
En France, la demande d’asile est appréciée à l’aune du risque que le demandeur encourt à être renvoyé dans son pays d’origine. On considère que certains pays sont « sûrs », comme la Géorgie par exemple. Leurs ressortissants obtiennent rarement l’asile.
L’histoire de Makho a fait naître chez moi un sentiment de grande injustice : la France a failli à le protéger. Il est venu chercher de l’aide. En échange, l’État français a estimé que son histoire n’était pas assez tragique, et elle l’a renvoyé à la guerre.
Lorsqu’on écrit sur des sujets très humains, il est difficile d’être un simple témoin. Parfois, ces histoires nous questionnent sur l’utilité de notre travail, quand ces récits semblent si loin des préoccupations quotidiennes des Français.
Puis on finit par se dire que laisser une trace de ces récits est crucial et que c’est aussi à ça qu’on sert, nous journalistes. Souvent enfin, les histoires qu’on raconte, quel que soit leur impact sur nous, permettent de mettre des visages sur des mots tels que « migrants » ou « réfugiés », à illustrer la violence d’une juridiction silencieuse ou encore à recréer un peu d’altérité et d’empathie. »
Camille Balzinger, journaliste pour Rue89 Strasbourg
Géorgien, combattant en Ukraine, Makho a cherché l’asile en France en 2022. Il est mort sur le front ukrainien après avoir vu sa demande d’asile refusée. Photo : Document remis
Manifestation contre l’enfouissement définitif de 42 000 tonnes de déchets ultimes sous la nappe phréatique rhénane à Wittelsheim le 23 septembre 2023.Photo : Mathilde Cybulski / Rue89 Strasbourg
Un sujet aussi technique que d’intérêt public : la plus grande nappe phréatique d’Europe occidentale, alimentant en eau potable plus de cinq millions de personnes, est menacée de contamination par plus de 42 000 tonnes de produits toxiques stockés à Wittelsheim (Haut-Rhin). Thibault Vetter raconte son enquête sur ce scandale environnemental :
« Grâce à une bourse, j’ai pu consacrer des semaines entières à m’intéresser au site d’enfouissement de déchets industriels ultimes de Stocamine. Avec l’aide de ma consœur allemande Bärbel Nückles, j’ai mené cette enquête qui nous a permis de produire une dizaine d’articles avec des informations, des analyses ou des témoignages exclusifs.
L’exercice journalistique était difficile. Une partie des faits sur lesquels j’enquêtais ont eu lieu il y a 20 ans. De plus, le sujet est particulièrement opaque : il est impossible d’accéder aux déchets, situés à 500 mètres sous terre. C’est après de longues et difficiles démarches que j’ai réussi à consulter des centaines de pages d’archives. J’ai ainsi réussi à trouver des sources en capacité de témoigner sur cette problématique très technique.
Pourtant, à Rue89 Strasbourg, nous savons bien que Stocamine ne suscite pas d’audiences importantes. Mais nous avons tout de même décidé collectivement d’investir le sujet avec une grande intensité, tout simplement car nous estimons que ce scandale environnemental est d’intérêt public. Pour rappel, on parle ici d’un risque de pollution de la plus grande ressource d’eau potable d’Europe occidentale.
Ce choix éditorial du temps long de l’enquête malgré de faibles audiences est une posture rare dans le journalisme. Notre indépendance nous a permis de prendre cette décision. Aujourd’hui, je ne pense pas me tromper en disant que je suis probablement le journaliste qui a le plus enquêté sur Stocamine cette année. En novembre, la suspension provisoire de l’enfouissement des déchets par le tribunal administratif de Strasbourg m’a confortée dans le choix de donner une telle importance à cette décharge souterraine. »
Thibault Vetter, journaliste pour Rue89 Strasbourg
Ces enquêtes ont été longues, et difficiles. Car la puissance du système de l’hôpital public semble finalement inébranlable. Malgré la souffrance de ses agents, malgré les suicides, malgré les morts de patients. Rien ne semble faire bouger les choses.
En principe, je fais ce métier car j’ai l’espoir d’aider à porter la parole des gens qu’on n’écoute pas, ou mal. J’essaie de révéler des faits, parfois tus ou cachés. Avec l’idée que forcément, une fois que les vérités seront révélées au grand public, les choses changeront. Mais aujourd’hui, je réalise qu’aucun de mes sujets sur l’hôpital n’a suscité de changement positif pour les agents qui m’ont parlé. Certains ont simplement décidé de partir, et de quitter l’hôpital public. Ou alors ils continuent d’avancer, tête baissée et dents serrées. »
Maud de Carpentier, journaliste pour Rue89 Strasbourg
Avant les fêtes de Noël, l’année s’est terminée par un dernier coup dur pour la rédaction. Le 19 décembre, la loi immigration est votée par l’Assemblée Nationale. Pour obtenir la majorité nécessaire, le parti présidentiel Renaissance a satisfait les exigences de durcissement du texte des députés Les Républicains. Résultat : la présidente du Rassemblement National Marine Le Pen annonce une « victoire idéologique » avec l’adoption de cette loi qui remet en cause le droit du sol, facilite les expulsions et freine l’accès aux allocations sociales pour les personnes étrangères.
Rédacteur en chef de Rue89 Strasbourg. Spécialisé depuis 2019 en enquêtes locales, à Strasbourg et en Alsace sur des sujets variés allant de l’extrême-droite à l’hôpital public en passant par la maison d’arrêt de Strasbourg, les mouvements sociaux, les discriminations et l’expertise-psychiatrique.
L’équipe de Kooglof!, fin 2023, se compose de six salariés et deux auto-entrepreneurs.Photo : document remis
Depuis novembre 2020, les habitantes et habitants du centre-ville de Strasbourg ont la possibilité de se faire livrer leurs repas en évitant de passer par UberEats ou Deliveroo. Trois ans après son lancement, l’application Kooglof se porte bien et son équipe multiplie les projets.
Rue89 Strasbourg vous en parlait dès novembre 2020. Dans le centre-ville de Strasbourg, l’association Kooglof propose depuis trois ans une alternative locale aux plateformes de livraison telles qu’Uber Eats ou Deliveroo. Depuis, l’association salarie six personnes, travaille avec deux auto-entrepreneurs et renouvelle son application mobile. Après trois ans d’activité, Kooglof compte une trentaine de restaurants partenaires « actifs » et livre les repas dans un rayon de « quatre à cinq kilomètres autour de la cathédrale », précise Valentin Campana, 29 ans et co-fondateur de la plateforme Kooglof.
Trois ans plus tard, six salariés
À l’origine, Valentin et ses quatre associées veulent proposer avec Kooglof une alternative aux grandes plateformes de livraison de repas à domicile, en donnant un statut et une rémunération décente aux livreurs. « Ça a bien marché », estime Valentin, qui n’est pas juste président de Kooglof, mais aussi coursier :
« Nous rémunérons les salariés et les auto-entrepreneurs à l’heure, et non à la tâche. Nos livreurs n’ont donc pas la pression pour faire le plus de commandes possibles. Ils ne prennent pas de risques à vélo pour aller le plus vite possible, car quelque soit le nombre de commandes ils gagnent la même chose, entre 15 et 20 euros de l’heure en fonction des moments, le taux horaire est plus élevé le week-end par exemple. »
Kooglof travaille aussi avec deux auto-entrepreneurs qui ont demandé ce statut, assure Valentin Campana. « Au début, on n’avait pas les moyens de se salarier, mais désormais 80% d’entre nous le sont », explique-t-il.
« Nous avons créé les premiers postes salariés en janvier 2023. C’est uniquement à ce moment-là que notre chiffre d’affaire, environ 80 000 euros hors taxe, nous a permis de franchir le cap. C’est grâce à la diversification de notre activité et des commandes régulières dans des entreprises, ou des tournées, que nous avons un revenu relativement stable. »
En citant ce chiffre, Valentin Campana se veut précautionneux. « Il faut voir qu’on a des frais de réparation de vélos et d’investissement, car ce sont encore nos premières années », précise-t-il.
Pour la livraison de repas, Kooglof est attentif à rester concurrentiel vis-à-vis des grandes plateformes :
« Le but est que nous ne soyons pas plus chers que les plateformes classiques. En commandant par Kooglof, le client a 3,90 euros de frais de livraison, au moins. La commission sur les restaurants est en moyenne de 25%, contre 30 à 35% chez Uber Eats. Et nous n’avons pas de frais de service, ce qui place notre service dans les mêmes gammes de prix que les grandes plateformes. »
60% de repas, 40 d’autres livraisons
Pour proposer aux livreurs des horaires de travail plus classiques, Kooglof fait également de la livraison à vélo autre que pour des repas à domicile. « Les repas représentent 60% de notre activité, détaille Valentin, entre midi et 14 heures, puis le soir entre 18 et 22 heures ». Ce type de livraisons est saisonnier et peut varier beaucoup d’une période à l’autre de l’année, rajoute le co-fondateur. La structure s’ouvre donc à d’autres types de livraison :
« On a investi dans des vélos cargos et des remorques, puis on fait des tournées de livraison à Schiltigheim dans les Biocoops et pour quatre magasins Carrefour franchisés. On livre pour l’entreprise Class’croute à l’Espace européen de l’entreprise aussi. On se diversifie pour ne pas mettre tous nos œufs dans le même panier et pour proposer de vraies journées de travail. »
En élargissant leurs activités, ils ont obtenu une subvention de l’Eurométropole de Strasbourg dans le cadre de la mise en place de la Zone à Faible Émission (ZFE). « Ça nous a permis d’acheter deux vélo-cargos électriques », explique Valentin.
En 2024, la société Kooglof prévoit de développer ce pan cyclo-logistique, notamment pour des transporteurs qui seront impactés par la ZFE. Depuis 2023, certains véhicules n’ont plus le droit de circuler dans l’Eurométropole car trop polluants. Kooglof tente donc de substituer les vélos aux camions.
Des humains derrière la plateforme
Kooglof compte 7000 comptes utilisateurs. « On a souvent de bons retours lors des livraisons, un petit sourire, un petit merci », explique Valentin. Une personne est chargée de dispatcher les commandes entre les livreurs lors de tournées de livraison de repas. « Il y a une ligne téléphonique dédiée pour les livreurs et les clients. Donc s’il y a quoi que ce soit, il y a un humain derrière la plateforme« .
Dès 2024, Kooglof aura une application améliorée :
« Nous allons intégrer les paiements en tickets restaurants, permettre les commandes groupées et proposer de meilleures fonctionnalités. Le tout avec une nouvelle interface utilisateur, dans une application qui aura nos couleurs. »
Cette amélioration est permise grâce à la fédération dont fait partie Kooglof, CoopCycle. Avant, il fallait passer par CoopCycle pour trouver l’application Kooglof, ce qui pouvait empêcher certains utilisateurs de trouver la version strasbourgeoise. « Nous sommes l’une des cinq premières structures à customiser l’application avec nos couleurs », explique Valentin Campana.
Durant les fêtes, Kooglof restera en pause jusqu’au 2 janvier 2023.
Pour limiter le nombre de véhicules incendiés et autres débordements, la préfecture du Bas-Rhin, la Ville et l’Eurométropole de Strasbourg ont adopté plusieurs mesures pour la nuit de la Saint-Sylvestre.
Feux de voitures, abondance d’alcools et pétards à volonté : la recette d’un Nouvel an chaotique est connue de tous les Strasbourgeois et toutes les Strasbourgeoises. Pour tenter de limiter les dégâts, la préfecture du Bas-Rhin, la Ville et l’Eurométropole de Strasbourg ont pris une série de mesures.
Tram et bus toute la nuit, sauf entre 22h30 et 2h30
À partir de 19h, le réseau bus-tram de la CTS bascule donc en mode « Nouvel an ». Les trams A, B, C, D, E et F desserviront leurs stations toutes les demi-heures. Les 11 lignes de bus qui resteront en circulation (C1, C3, C6, C8, C9, ligne 2, ligne 4, ligne 17/19 et les bus 74 et 75) seront desservies toutes les heures pour la plupart. En revanche, la circulation de tous les trams et bus sera totalement interrompu entre 22h30 et 2h30.
À noter que les lignes E et F fusionneront à l’arrêt République. La ligne F commence à Comtes pour s’interrompre à République, et inversement pour la ligne E qui démarre à Robertsau Escale (cf le plan ci-dessous). La station souterraine gare centrale ne sera pas desservie par les trams A et D à partir de 22h30.
Pour limiter les débordements liés à l’usage des pétards, la préfecture du Bas-Rhin a dégainé dès le mois de décembre un premier arrêté. Du lundi 4 décembre au mercredi 3 janvier 2024, l’achat, la vente et l’utilisation « d’artifices de divertissement et d’articles pyrotechniques de catégories C2,F2, C3, F3, C4, F4, P2 et T2 » sont interdits sur l’ensemble du Bas-Rhin. Si vous êtes perdus par les sigles, un feu d’artifice F2 correspond par exemple à un pétard à mèche.
La vente, la distribution et l’achat de carburants dans un récipient transportable sont également prohibés à partir du 29 décembre jusqu’au 3 janvier. Enfin, la vente et la consommation d’alcool sur la voie publique sera interdite du dimanche 31 à 12h, jusqu’au 1er janvier à 12h.
Pour Strasbourg, Illkirch-Graffenstaden, Hœnheim, Bischheim, Ostwald, Lingolsheim et Schiltigheim, toutes les catégories de feux d’artifices seront prohibées. La préfecture a aussi décrété un couvre-feu pour les mineurs de moins de 16 ans non accompagnés, entre 22h et 6h, dans les communes de Strasbourg, Hœnheim, Bischheim, Schiltigheim, Illkirch-Graffenstaden, Lingolsheim et Ostwald.
Contre les voitures brûlées, des interdictions de stationnement
Pour endiguer l’explosion des voitures flambées au Nouvel an, la municipalité strasbourgeoise a également émis un arrêté pour interdire le stationnement des véhicules dans plusieurs zones de banlieues de Strasbourg. Les « services impliqués dans le plan d’actions de prévention des violences de la Saint-Sylvestre » limitent l’interdiction à des rues précises, comme la rue de Rieth à Cronenbourg, l’avenue Racine à Hautepierre, la route de l’Île-des-Épis au Port du Rhin (voir la carte ci-dessous).
Pour mettre les véhicules à l’abri, 10 parkings surveillés sont ouverts gratuitement près des zones concernées par les interdictions de stationner à Strasbourg. Les parkings suivants sont concernés : parc des Romains, parc de la Citadelle, ducs d’Alsace, stade de la Canardière, piscine de la Kibitzenau, jardin des Deux Rives, poteries, centre de conduite, centre funéraire cimetière nord et Elsau.
Une mesure similaire a été prise ailleurs dans l’Eurométropole, pour les parkings de l’école des Pruneliers (Bischheim), Hoenheim Gare, relais tram Baggersee et complexe sportif du Lixenbuhl (Illkirch), stade Joffre Lefebvre (Lingolsheim) ou pour le parking de la Piscine (Schiltigheim).
Avec une estimation de 10 500 personnes, la préfecture a sans doute sous-estimé la participation à la mobilisation contre la réforme des retraites à Strasbourg.Photo : Pascal Bastien / Rue89 Strasbourg
Réforme des retraites, débordements et violences policières, école de Cronenbourg incendiée, Clestra, Stocamine… Retour en dix photos sur l’actualité strasbourgeoise et alsacienne de l’année 2023.
Janvier : le mouvement contre la réforme des retraites, une mobilisation historique
Photo : Pascal Bastien / Rue89 Strasbourg
Le 19 janvier 2023, 18 000 Alsaciens (10 500 selon la préfecture) manifestent dans les rues de Strasbourg contre la réforme des retraites. C’est la première manifestation d’un mouvement social historique qui va durer jusqu’en juin 2023. Malgré ces fortes mobilisations, la loi passe en force à l’Assemblée Nationale grâce à l’article 49.3 engagé par la première Ministre Elisabeth Borne, en mars. Votée dans la foulée par le Sénat, la réforme des retraites est finalement promulguée par Emmanuel Macron le 14 avril, et validée par le Conseil Constitutionnel.
Florian, romancier et bénévole de la maison Mimir réagissait alors, très ému, le jour du drame :
« En ce qui me concerne, c’est 10 ans de bénévolat qui partent en fumée. On faisait des travaux depuis des années. C’est un ancien squat qui a obtenu un bail emphytéotique en moins de deux ans, c’est un record. Au niveau de l’activité, c’était un lieu socio-culturel alternatif comme plein d’autres. C’était la chorale féministe, des cours d’alsacien, une scène slam tous les mois… C’est un vrai deuil affectif. »
Mars : répressions des forces de l’ordre contre les manifestants, l’affaire de la Petite rue des Dentelles
D’après la reconstitution des évènements par Rue89 Strasbourg, au moins trois manifestants font des malaises, parfois même aux pieds des policiers. Ainsi, sur cette photo de Mathilde Cybulski, on voit un jeune homme en jogging rouge, allongé et inconscient. Il aurait fait une crise d’asthme en raison de la saturation en gaz lacrymogène dans l’air.
Avril : Emmanuel Macron hué et bousculé à Sélestat
Photo : Abdesslam Mirdass / Rue89 Strasbourg
En plein débat national sur la réforme des retraites, et alors que les manifestations continuent partout en France, Emmanuel Macron se lance dans une tournée de réconciliation dans plusieurs villes. Le 19 avril, il se rend à Muttersholtz et Sélestat, où il est copieusement hué et bousculé par des dizaines de manifestants.
Mai : Affaire de harcèlement moral chez Alsace Habitat, le témoignage de Carine
Photo : Emilie Terenzi / Rue89 Strasbourg
Carine fait partie des cinq salariés du bailleur social Alsace Habitat qui portent plainte pour harcèlement moral contre leur ancien directeur général Nabil Bennacer. Des faits qu’elle a signalés au président de la Collectivité européenne d’Alsace dès mars 2020. En vain. Elle tient à témoigner dans Rue89 Strasbourg.
Le gite était occupé par 28 personnes au total. Pourtant, il avait une capacité de 15 personnes. 11 personnes qui se trouvaient au premier étage sont décédées. Parmi elles, dix adultes en situation de handicap mental léger et un encadrant.
Depuis, malgré plusieurs interdictions préfectorales, de nombreuses manifestations en soutien aux victimes palestiniennes ont également eu lieu à Strasbourg et partout en France.
Diplômée à Lille en 2012. Après Paris et Marseille, je me suis installée à Strasbourg en 2020. Je suis aujourd’hui indépendante en radio et web, pour Rue89 Strasbourg, Mediapart, Louie Media et France Culture. J’aime les reportages et les enquêtes au long cours, sur les sujets de société et sur notamment sur les violences sexistes et sexuelles.
Annulation d’un rassemblement néonazi, suspension d’un enseignant au comportement problématique, augmentation des moyens alloués à la protection de l’enfance… Cette année encore, les enquêtes de Rue89 Strasbourg ont eu de forts impacts.
Verser cinq euros par mois, ou cinquante euros par an, à un média local et indépendant, c’est donner la parole à celles et ceux qui l’ont rarement. Soutenir Rue89 Strasbourg par l’abonnement, c’est permettre aux lanceurs d’alerte alsaciens d’être écoutés et de bénéficier d’un journalisme qui prend le temps d’enquêter et d’assurer la protection de ses sources. C’est ainsi que chaque année, notre petite équipe d’une douzaine de « journalistes engagés pour la justice sociale, le respect des minorités ou la protection de l’environnement », parvient à changer les choses localement.
Cette année encore, Rue89 Strasbourg a continué de grandir. Au-delà de l’embauche de Roni Gocer au poste de journaliste politique, Camille Balzinger est venue renforcer les rangs des journalistes salariés avec un poste à mi-temps. Du côté des ressources financières, la rédaction a continué de progresser pour atteindre plus de 1 900 abonné·es, soit 200 abonnements supplémentaires par rapport à fin 2022. Une évolution positive mais insuffisante, d’où le recrutement d’une personne chargée des abonnements à partir de janvier. Nous espérons accentuer la dynamique jusqu’à obtenir 3 000 abonné·es, ce qui nous permettra d’être rentable tout en rémunérant nos journalistes salariés à un niveau plus en accord avec leurs qualifications et leur engagement.
Pas d’impact sans travail au long court
Il y a des dossiers qui intéressent notre rédaction depuis plusieurs années. Nous sommes convaincus que le travail journalistique au long cours finit souvent par produire des effets. C’est le cas pour notre suivi de la sphère néonazie dans l’Est de la France. Pour rappel, Rue89 Strasbourg vous révèle depuis 2019 les agissements des hooligans néonazis Strasbourg Offender. Ainsi, lorsque nous révélions l’existence d’un festival néonazi programmé dans les Vosges en février, la pression médiatique suscitée a été telle que le ministre de l’Intérieur a fait interdire l’événement.
Rédacteur en chef de Rue89 Strasbourg. Spécialisé depuis 2019 en enquêtes locales, à Strasbourg et en Alsace sur des sujets variés allant de l’extrême-droite à l’hôpital public en passant par la maison d’arrêt de Strasbourg, les mouvements sociaux, les discriminations et l’expertise-psychiatrique.
Le Centre international de recherches artistiques a été placé en liquidation judiciaire, après 42 ans d’existence. Il cumule plus de 50 000 euros de dettes. Les dernières salariées ont été licenciées mi-novembre, les enseignants et les élèves ne retourneront pas en cours en janvier.
Finalement, la rentrée de septembre s’est déroulée comme si de rien n’était. Ou presque. Car en coulisses, les membres du conseil d’administration savent bien que la situation financière de l’association est inextricable. « Petit à petit, tout le monde a démissionné », confie Stéfanie Alves, présidente par interim, arrivée en 2022. « Moi, j’ai dû rester jusqu’au bout pour gérer la procédurede cessation de paiement.«
Liquidation judiciaire prononcée après 42 ans d’existence
Accédez à nos enquêtes et révélations exclusivesSoutenez une rédaction locale qui appartient à ses journalistesMaintenez une vigie citoyenne sur les pouvoirs locaux
Diplômée à Lille en 2012. Après Paris et Marseille, je me suis installée à Strasbourg en 2020. Je suis aujourd’hui indépendante en radio et web, pour Rue89 Strasbourg, Mediapart, Louie Media et France Culture. J’aime les reportages et les enquêtes au long cours, sur les sujets de société et sur notamment sur les violences sexistes et sexuelles.